Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

26/11/2012

Histoire/Mémoire. François Hollande à Alger : un mois avant ce voyage, des morts font retour de mémoire et questionnement, après de longs silences…

Histoire? Au singulier? Non : regards, au pluriel, sur l'Histoire. Pluriels regards du fait des appartenances diverses, des histoires singulières et communautaires diverses, des idéologies qui souterrainement influencent les analyses et même les recherches documentaires (idéologies inconscientes, inavouées, hypocrites, ou affirmées). Il y a les faits qu'on retient, les faits qu'on néglige. Les compassions qu'on a pour autrui (ou pour soi, un "soi" individuel ou collectif), ou qu'on exige des autres, pour soi ou pour un "autrui" choisi. Mémoire? Au singulier? Mémoires plurielles, plutôt. Tant d'êtres se souviennent de tant de vécus... Et même en soi, intimement, des mémoires se font la guerre : notre identité n'est pas si simple qu'on puisse comprendre facilement tous nos souvenirs d'Histoire et leur donner un sens audible... D'autant plus que l'actualité nous rattrape : le présent est là, qu'il faut vivre. Et c'est cela qui compte : pour soi et pour autrui... Ainsi, dans ce voyage de François Hollande en Algérie, ce qui compte c'est le présent du dialogue entre nos deux pays tellement tissés ensemble (nous sommes nombreux à pouvoir dire "nos pays" au sens fort du terme...). Ce qui compte c'est l'avenir fraternel à construire. Il en va de la démocratie dans les deux pays, qui ont à lutter (tous deux) contre leurs extrémismes et contre les extrémismes à l'oeuvre dans les pays de nos régions (Méditerranée complexe, marquée par des révolutions non achevées et difficiles, et par le conflit non résolu du Moyen Orient, Europe qui voit la montée de forces obscurantistes, de mouvements néonazis, comme en Grèce et en Hongrie). Ils lutteront d'autant mieux contre ces dangers qu'ils trouveront des accords d'apaisement : reconnaissance des faits du passé, liens économiques et stratégiques...

...................................................................................................................................................

Des faits, des infos, des questions...

« La veuve de Maurice Audin en appelle à Hollande », par Marie Quenet, JDD, le 25-11-12 :  http://www.lejdd.fr/Societe/Actualite/La-veuve-de-Maurice-Audin-en-appelle-a-Hollande-577353 (« La douleur est toujours là. Josette Audin, 81 ans, triture ses lunettes, s’interrompt, regarde au loin. Cinquante-cinq ans après l’arrestation de Maurice Audin, jeune mathématicien communiste arrêté par les parachutistes français pendant la bataille d’Alger, la veuve poursuit sa quête de vérité. Les militaires ont prétendu que son mari s’était "évadé". Il n’a plus jamais donné de nouvelles. » (…)  « Elle lui a écrit (à Hollande),  le 6 août dernier, demandant "que les historiens puissent avoir accès à toutes les archives de toutes les personnalités civiles et militaires françaises en charge du 'maintien de l’ordre' en Algérie". Un dernier espoir pour élucider « l’assassinat » de son époux, devenu une figure emblématique des tortures pendant la guerre d’Algérie. » (…) « J’espère que vous ferez aussi, au nom de la France, non pas des excuses pour des actes qui ne sont pas excusables, mais au moins une condamnation ferme de la torture et des exécutions sommaires commises par la France pendant la guerre d’Algérie." (…) « Le 26 mars dernier, le candidat Hollande n’écrivait-il pas à l’association Audin ( http://www.ljll.math.upmc.fr/AUDIN/index.htm ) afin de saluer son action "pour que la vérité soit enfin reconnue officiellement par l’État", ajoutant qu’il croyait « utile que la France présente des excuses officielles au peuple algérien"? ») / La lettre de Josette Audin est publiée sur le site du JDD.

Je remarque que la réponse de François Hollande est datée du 26 mars, jour anniversaire d’autres morts de 1962 (dont le JDD ne parle pas)… Et qu’il mentionnerait des « excuses » à faire à l’Algérie. Il avait répondu, de même, à des associations l’appelant au nom des Pieds-Noirs exilés mais aussi des morts du 26 mars 62 à Alger, ou du massacre du  5 juillet 62 à Oran, des harkis massacrés, des nombreux disparus sans sépulture. Il prêterait attention à leurs doléances, serait attentif à leurs interrogations. Mais une des premières actions concernant la mémoire de la guerre d’Algérie a consisté à poser le 19 mars comme date anniversaire d’hommage aux morts civils et militaires de ce conflit, ce qui est vécu comme un déni insupportable. Dire que le jour du cessez-le-feu officiel (entre les armées, oui) est celui de la fin réelle de cette guerre c’est confondre des réalités entre elles. Choisir cette date c’est céder à la pression de la FNACA (Association qui représente d’Anciens combattants de la guerre d’Algérie, qui ont fait de cette date du 19 mars une revendication essentielle, ne voulant ni tenir compte des demandes des Harkis ni de celle des Pieds-Noirs, tous assimilés à de sombres réactionnaires). Les Harkis  sont ainsi méconnus une fois de plus après avoir été abandonnés à la mort pour une grande part d’entre eux puis « accueillis » avec leurs familles de manière scandaleuse ensuite en métropole. Les Pieds-Noirs, eux, sont donc renvoyés aux clichés et amalgames habituels, qui assimilent leurs morts d’après le 19 mars – et leurs Disparus – à des activistes terroristes, donc criminels, donc ne méritant aucunement un quelconque hommage : "ils ont eu ce qu’ils méritaient" ! Et même ceux qui, ailleurs – ou pour certains - sont contre la peine de mort et la torture, traitent avec mépris ceux qui ont subi  torture ou peine de mort sans jugement, quand il s’agit de Pieds-Noirs (fussent-ils des bébés ou des enfants, morts d’être nés là et jugés pour faute de «malnaissance » (il y faut bien un néologisme… !). Cette page du site d'Algérianie dit (Lettre au Président) ce qui est ressenti par beaucoup, à propos de cette date du 19 mars : http://lesamisdalgerianie.unblog.fr/

Ostracisme qui perdure, dans les mentalités et dans les institutions. Peur de paraître idéologiquement douteux en montrant de la compassion pour des morts eux-mêmes stigmatisés dans l’esprit national. Peur. C’est ce manque de courage de la pensée qui est présent partout. Poursuite des projections sur les Pieds-Noirs devenus responsables universels de la faute originelle de la colonisation de l’Algérie (que le pays n’assume pas plus qu’il n’assume vraiment la colonisation en général). Or il serait bon de rappeler encore que c’est la métropole, son pouvoir - et son peuple globalement d’accord – c’est bien la métropole qui a choisi d’être un pays qui colonise, qui a pour cela armé des hommes et fait, en Algérie et ailleurs, nombre d’actes de prédation et de violence criminelle. Les Pieds-Noirs issus des immigrations diverses ne sont pas coupables de cela. Mais, comme le dit très bien Jean Pélégri dans son livre « Ma mère l’Algérie », c’est ainsi que les métropoles agissent… Il serait temps d’arrêter ça.

Bien sûr, ce peuple métissé (Pieds-Noirs...) avait  lui-même été formaté par la propagande d’Etat (Algérie « française », Algérie en « départements », Berbéro-Arabes ou  Juifs berbères,  et Espagnols ou Maltais ou Gitans ou Italiens…  tous avec  des « ancêtres Gaulois »- en tout cas à l’école...). Bien sûr le statut même de « colonie » (fût-elle nommée « département »…) marquait les inconscients et travaillait de l’intérieur les rapports humains, déformant le réel, mutilant le regard (celui qui définit l’éthique des rapports humains dans la pensée de Lévinas), même si une sorte de fraternité du peuple existait parallèlement à son contraire. Bien sûr, les Pieds-Noirs n’ont pas choisi de lutter pour l’indépendance – sauf une partie pas si négligeable d’entre eux (tous ceux qui refusaient de soutenir les exaltés activistes, ceux qui se posaient des questions et les posaient, ceux qui choisissaient la fraternité active, et certains qui sont allés plus loin en se positionnant politiquement pour l’indépendance du pays). Mais étaient justifiées  les craintes qu’ils pouvaient ressentir au sujet des positionnements et des pratiques du FLN : la suite l’a démontré… Que l’Algérie entière affronte la France pour exiger son indépendance… cela aurait été possible, si on avait eu notre Mandela. (Il nous en aurait fallu plusieurs…sans doute, car des manigances diverses agissaient dans l’ombre : je ne crois pas que De Gaulle aurait apprécié une Algérie indépendante avec une forte communauté d’origine européenne et judéo-berbère, et je ne crois pas non plus que certains pays  étrangers aient laissé leurs services secrets indifférents à une telle perspective…).

Mais, ceci dit, pourquoi encore ce refus de prendre distance par rapport à ces drames d’il y a cinquante ans? Distance  non pour entrer dans l’indifférence, qui serait encore une autre façon de faire déni, mais pour mettre de côté les rejets idéologiques et penser l’Histoire avec plus de sérénité et de respect de tous… Respect, donc, pour les Harkis abandonnés à un printemps et un  été tragiques, pour les morts du 26 mars 62 et du 5 juillet 62 ( faits et dates qui suivent le 19 mars 62), pour les Disparus d’avant et après le 19 mars…

Et, autre question, en miroir, rarement posée dans les structures engagées qui sont censées représenter toute  la communauté des Pieds-Noirs et parler en son nom :  ces associations d' exilés (Rapatriés, dit-on) peuvent-elles toujours être audibles? Leurs revendications, leurs demandes peuvent-elles l'être? Ne sont-elles pas parasitées par un contexte politique et idéologique parfois trouble (certaines, en tout cas)? (Quand beaucoup de natifs d’Algérie ne sont engagés nulle part en tant que tels. Restant hors des associations ils ne cautionnent en rien certains positionnements dans lesquels ils ne se reconnaissent aucunement). Ainsi la critique du terrorisme de l’OAS est-elle toujours aussi ferme que celle qui concerne les crimes du FLN ? La réalité coloniale qui fut celle de l’Algérie est-elle vue par toutes ces associations  comme une réalité condamnable? (Ou y a-t-il une loi implicite qui impose comme trait d’origine - et preuve d'identité partagée? - d’être un partisan nostalgique de l’ Algérie française en tant que telle, dans le refus de l’Algérie algérienne INDEPENDANTE ? Alors que la colonisation  a été-  est -  universellement condamnée. Même si à peu près sur tous les continents l’état actuel des peuplements humains est le produit de successives colonisations – dont certaines ont réussi, au sens où elles sont devenues pérennes, même si leurs débuts ont toujours été violents et prédateurs . Ainsi le Maghreb ne serait pas arabisé et musulman s’il n’avait été colonisé par des Arabes musulmans…). Le désir qui fut celui de vivre dans son pays natal, l'Algérie, n’a-t-il pas été parfois confondu avec le seul goût pour la terre et ses paysages, quand continuer à vivre en Algérie aurait signifié partager encore cette terre et ces paysages avec une majorité arabo-berbère et musulmane ? N’a-t-on pas laissé croire cela ? (Alors que les liens de rive à rive passent surtout par des liens entre les gens, souvent natifs de la même ville, entre des communautés humaines qui ont tant de points communs, dans le fond… !). A-t-on suffisamment exprimé et expliqué cela aux Français métropolitains ? L’a-t-on suffisamment exposé aux siens (façon de parler elle-même discutable : le proche est divers… mais raccourci nécessaire – et, je le pense, manière de dire une appartenance communautaire qui n’a rien à voir avec une tentation communautariste…) ? Dans la France actuelle, dangereusement tentée  - dans un contexte de crise - par des rigidités idéologiques et la tentation de recréer des boucs émissaires -  les associations de Pieds-Noirs ont-elles fortement exprimé leur solidarité avec les natifs et les descendants de l’Algérie et de tout le Maghreb, en luttant contre toutes les formes de racisme ? (Oui, c’est vrai, SOS-Racisme a eu un natif du Maghreb, Pied-Noir, comme cocréateur… Oui, c’est un Pied-Noir qui a été cocréateur de Coup de Soleil, pour affirmer la fraternité et aider à la connaissance des cultures communes du Maghreb… Et D'Algérie-Djezaïr aussi. Oui, l’Araprem revendique fraternité et humanisme. Oui, des associations de villes créent des ponts de rive à rive. Etc. Mais… ?). Et, quand l’amalgame entre Islam et islamisme est devenu une obsession de l’extrême droite, les Pieds-Noirs ont-ils su utiliser leur connaissance de la culture musulmane pour dénoncer de telles errances ? Ont-ils su se méfier des manipulations de ceux qui font semblant de s’intéresser à la mémoire des « rapatriés » exilés pour récupérer leurs voix ? Et, enfin, alors que la Toile est un champ où la bêtise se fait envahissante (avec une propagande qui utilise les hoax comme base de réflexion - et les brèves phrases chocs comme limite maximale de la complexité acceptable…)  a-t-on pris en main la lutte contre ces dérives ? L’a-t-on fait ? Pour ne pas laisser la vulgarité faussement politique contaminer ceux qu’on appelle encore « compatriotes », avec un reste de nostalgie pour une identité algérienne intérieure qu’on ne sait pas toujours bien dire…) ? Pour ne pas laisser des extrémistes minoritaires  donner de nous une image fort négative, quand, en fait, ils ne correspondent à rien, ne font écho à rien, si ce n’est au bruit qu’ils font.  Ou a-t-on pensé trop souvent qu’il ne fallait pas heurter certaines de nos franges (pour respecter les traumatismes des uns et les croyances des autres …)? C'est dommage que tant de travail (culturel, notamment, mais aussi relationnel, de réseau), que tant d'investissement humain (non sans effets positifs... dans les prises de conscience des personnes pouvant se construire sur une base identitaire enfin reconnue, enrichie), que ces réflexions, ces recherches, n'aboutissent pas à plus de questionnements et à une implication citoyenne plus lisible par tous, à l'éthique claire et au message humaniste sans failles. (C'est loin d'être le cas dans certaines structures, quand d'autres sont même à l'opposé de ces valeurs de fraternité, et ne sont pas suffisamment condamnées par les premières).    

Est-ce ainsi qu’on fait résilience ? Est-ce ainsi qu’on se rend audible ?

Peur des conflits ? Peur d’être perçu(s) comme « traître(s)» ? Quand est facilement vu comme traître celui qui essaie de penser aussi contre lui-même, oui : Camus fut à certains moments clés de son expression algérienne détesté par ceux qui ne voulaient pas entendre son message de lucidité (dénonciation de la misère en Kabylie, par exemple, ou Appel à la trêve). Son courage intellectuel et son humanisme devraient être un repère essentiel pour penser et s’exprimer… Certains grands Algériens actuels en sont les descendants très estimables (quand d’autres en furent des contemporains admirables) : écrivains, intellectuels, artistes, journalistes… en 2012. Voilà nos frères en humanité…

…………………..

Et, pour revenir à l’information et à l’article qui ont déclenché cette réflexion, scandaleux est le silence concernant la mort de Maurice Audin. Comme scandaleux est le déni  au sujet des autres dates que j’ai évoquées. Et comme était inacceptable l’occultation des crimes du 17 octobre 61 à Paris (j’ai fait plusieurs notes sur ce jour terrible, et, dans d’autres pages, à d’autres périodes, sur les 26 mars et 5 juillet 62 et l'abandon des Harkis : voir tags et « recherche » sur le blog, voir aussi les listes, cf. Frères de Rives). Pour Maurice Audin, le JDD dit qu’une journaliste du Nouvel Observateur aurait trouvé un document aux Etats-Unis : la vérité de sa mort pourra peut-être se faire connaître… et la réalité de la torture (et des exécutions sans jugement) une fois de plus être confirmée.

Excuses à l’Algérie, aurait dit François Hollande, en réponse à Josette Audin (?). Le terme ne me paraît pas du tout adéquat. Bien dérisoire, d’une part, et faux, d’autre part : le constat de faits d’Histoire n’est pas de l’ordre de la morale individuelle : cela sent la stupide « repentance ». A ce sujet il serait bon de faire lire alors à notre Président la chronique excellente d’Elie Barnavi, dans Marianne du 17 au 23 novembre 2012, page 83.(Mais parler d'excuses ne semble pas correspondre aux discours antérieurs, assez clairs apparemment sur ces notions, quand il était traité du 17 octobre 61). Cependant : « Contre la repentance, pour la reconnaissance » : http://www.marianne.net/Contre-la-repentance-pour-la-reconnaissance_a224327.html  Le chroniqueur de Marianne pointe le ridicule de cette « mode politico-sentimentale » en donnant comme exemple le ministre danois qui, en août 2007 va en Irlande et « s’excuse » pour les… dommages créés par les Vikings du VIIIème siècle au peuple irlandais.. Par contre, dit-il, quand Hollande reconnaît la répression du 17 octobre 1961, c’est « lucidité ». François Hollande serait-il en train de risquer de basculer vers cette posture danoise d'un jour ? Elie Barnavi fait cette analyse (sur la situation idéologique générale) : « Tout cela serait risible s’il n’avait pas d’effets politiques et moraux désastreux. Lorsqu’on exige la repentance des anciennes puissances coloniales pour des crimes, réels, commis au temps des colonies, on oublie ceux, bien réels aussi, des Etats souverains nés sur les décombres des empires. Lorsqu’on demande la repentance de l’Occident pour la traite négrière du XVIIIe siècle, on fait l’impasse sur l’esclavage du XXIe. A force de « pendre des squelettes » d’un passé enfoui, selon la forte formule de Mona Ozouf, on ignore les corps souffrants d’aujourd’hui. L’histoire n’est pas le grand livre du Jugement dernier. Nous ne pouvons rien pour réparer les méfaits de nos devanciers, nous n’en sommes pas coupables. ». Et il conclut ainsi : «… Lorsque  François Hollande, au nom de la République, « reconnaît avec lucidité » la répression brutale des manifestants algériens à Paris le 17 octobre 1961, il ne s’égare pas sur le terrain glissant de la repentance, comme le laissait entendre le titre trompeur du Figaro du 18 octobre 2012 (« Hollande fait repentance »). Il « reconnaît » une infamie qui a souillé la République, il sanctionne officiellement, non en moraliste mais en homme d’Etat, une vérité d’histoire. / Le maître mot est « lucidité », une vertu qui n’a rien à voir avec la repentance, et tout à voir avec la reconnaissance. » Ce (très bon) numéro de Marianne (http://www.marianne.net) comporte un dossier sur ces questions de la reconnaissance du passé par les nations. Dans celui-ci la question de la colonisation est évidemment traitée. Mais aussi, réciproquement,  l’état de la réflexion dans les pays qui ont subi cela. De l’Algérie, un article de Martine Gozlan (pages 78-80) montre le « balancement » des Algériens  entre des critiques féroces du FLN et du régime et la revendication collective de la mémoire commune de la colonisation et de la guerre : les souffrances qui cimentent le peuple et tiennent lieu, aussi, d’identité nationale, sans que pour autant soient prises au sérieux par les intellectuels les demandes réitérées d’excuses faites par des officiels à la France. (Ce qui ne les empêche pas de juger sévèrement le vulgaire  bras d’honneur d’un Longuet : jeu ridicule d’un pays à l’autre, leur réciproque « commerce » dit Kamel Daoud). Mais l’intelligence algérienne, elle, est au-delà des  gesticulations (comme la pensée, en France, les refuse aussi). Malheureusement la politique échappe souvent à l’intelligence et à la pensée, pour être happée par les émotions manipulatrices et les passions qui aboutissent le plus souvent à la haine et au cynisme (comme c’est le cas dans les pulsions des groupes et des foules)… Les forums, algériens ou français, ne sont pas à la hauteur des pages brillantes et subtiles d’un Kamel Daoud (cité par Martine Gozlan pour ses éditoriaux du Quotidien d’Oran, et qu’on peut lire aussi dans Algérie-Focus) ou d’un Elie Barnabi (Marianne, donc), à l’exigence lucide doublée d’une forte vision éthique, parfois amère (tout le contraire de la morale sentimentale…).

…………………………………………………………………………………………………………………………………………

INFORMATIONS (Disparition de Maurice Audin, Fusillade du 26 mars à Alger, Massacre du 5 juillet à Oran, Harkis, date du 19 mars votée au Sénat en déni des douleurs méprisées). Puis CITATIONS (harki.net/Harkis et Droits de l'Homme) et COMMENTAIRE (Trames nomades...). Ci-dessous, après les LIENS :

« Où est Maurice Audin ? » Article de Libération, 28-11-2001, lisible sur algeria-watch.de : http://www.algeria-watch.de/farticle/1954-62/aussaresses_audin.htm

Page sur la Place Maurice Audin inaugurée à Paris, 2004, sur felina.pagesperso : http://felina.pagesperso-orange.fr/doc/alg/campagne_maurice_audin.htm

Fiche Wikipedia, Maurice Audin : http://fr.wikipedia.org/wiki/Maurice_Audin

« Guerre d’Algérie : révélations sur l’Affaire Audin », Nouvel Observateur, par Nathalie Funes, 01-03-2012. (L'article informe... Les commentaires, eux, sont révélateurs du goût de la haine qui habite certains : désolant et triste.) : http://tempsreel.nouvelobs.com/l-enquete-de-l-obs/20120301.OBS2698/guerre-d-algerie-revelations-sur-l-affaire-audin.html

………………………..

Fusillade de la rue d’Isly, fiche wikipedia (Siège de Bab El Oued, manif. et fusillade, bilan, conséquences, film censuré, bibliographie, filmographie, liens, archives INA) :  http://fr.wikipedia.org/wiki/Fusillade_de_la_rue_d'Isly

VIDEO INA, « Algérie :  Les événements du 26 mars 1962 » : http://www.ina.fr/economie-et-societe/vie-sociale/video/CAF90005855/algerie-les-evenement-du-26-mars1962.fr.html

BLOG de Camille Vert, d’Arzew. Page sur le 26 mars 1962. VIDEO : Le FILM de Christophe Weber, Fr3 (Document, et TEMOIGNAGES). Indispensable, pour comprendre : http://arzew.net/26-mars-1962-Rue-d-Isly-Alger.htm

Alger, après le 26 mars 1962, VIDEO Dailymotion. Images filmées par les caméras de l’ORTF (et témoignant de la violence des tirs) : http://www.dailymotion.com/video/x8ybvb_alger-apres-le-26-mars-1962_news

………………………..

Massacre du 5 juillet 1962, fiche wikipedia (contexte de violence, manifestation, fusillade, massacre, réaction française, morts et disparus européens et musulmans, reconnaissance, bibliographie, articles, lien) : http://fr.wikipedia.org/wiki/Massacre_du_5_juillet_1962

Liste de morts ou disparus le 5 juillet 1962 à Oran (sur site dédié, oran1962.free.fr) : http://oran1962.free.fr/liste_victimes.htm  

« 5 juillet 1962, une journée si particulière », Le Monde, par Hélène Sallon, 04-07-2012 : http://www.lemonde.fr/afrique/article/2012/07/04/5-juillet-1962-une-journee-si-particuliere_1728365_3212.html

« 5 juillet 1962 à Oran, un massacre oublié », par Léon Mazzella, 05-07-2012 : http://www.lemonde.fr/idees/article/2012/07/05/5-juillet-1962-souvenir-du-massacre-d-oran_1729190_3232.html

5 juillet 1962, La version d’un Pied-Noir, J. Castano, sur Le Matin (Algérie), et liens notés par lui en annexe. Plusieurs commentaires, divers, dont le témoignage, fraternel, d’un ancien militant du FLN, Cheik Benzaoui, posé le 07-12-2010, 14h55 (repris ensuite avec une note, par JF Paya): http://www.lematindz.net/news/3249-oranhellip-5-juillet-1962-la-version-drsquoun-pied-noir-nbspnbspla-nuit-tom.html

………………………..

« Une brève histoire des Harkis », par Abderahmen Moumen, 02-11-2008, sur tempspresents.wordpress.com (Catégories diverses, Rapatriement et abandon, Massacres, Marginalisation, Reconnaissance). Texte complété par une bibliographie essentielle :  http://tempspresents.wordpress.com/2008/11/02/une-breve-histoire-des-harkis/

Fiche wikipedia, Harki (Engagements, Accords d’Evian, Rapatriement-Abandon-Massacres, Hommages, bibliographie (Histoire, Témoignages ou Romans, et BD), documentaires, téléfilms, articles : http://fr.wikipedia.org/wiki/Harki#Articles_connexes

VIDEO INA, Mots croisés, 2003. Massacres de Pieds-Noirs et Harkis. (« Reportage. Rappel de la position de la France et de l'attitude de l'armée lors de la fin de la guerre d'Algérie, qui ont laissé se perpétrer des massacres de Pieds noirs et de Harkis ; commentaire sur images d'archives alternant avec les interviews de soldats, d'un officier et du fils d'un Harki. ») : http://www.ina.fr/histoire-et-conflits/guerre-d-algerie/video/2434021001004/massacres-pieds-noirs-et-harki-en-1962.fr.html

BLOG Mediapart, Hamed. Recension d’un dossier des Temps Modernes sur les Harkis. Harkis 1962-2012: les mythes et les faits : http://blogs.mediapart.fr/blog/hamed/260212/harkis-1962-2012-les-mythes-et-les-faits-un-numero-de-la-revue-les-temps-mode     

Article « Massacres » sur le site harki.net (Harkis et Droits de l’Homme) : http://www.harki.net/article.php?id=331#massacres

MISE AU POINT de AHDH (harki.net/Harkis et Droits de l’Homme) en réponse à un article mensonger paru dans El Watan le 10-11-12 ( Contribution de Nourdine Bellara) : http://www.harki.net/article.php?id=737 

CITATIONS (nombreuses et référencées). Analyses et témoignages sur l’abandon des Harkis et les massacres,wikiquote.org : http://fr.wikiquote.org/wiki/Harki  

…………………………….

19 mars 1962 : « Une transition sanglante, un traumatisme durable », sur herodote.net (site d’Histoire) : http://www.herodote.net/19_mars_1962-evenement-19620319.php

S’adressant aux candidats aux primaires socialistes, puis au candidat choisi et enfin au Président élu, l’association L’ARAPREM (Harkis et Pieds-Noirs, Rapatriés pour la Réconciliation des Mémoires, résumait en une phrase le ressenti de toute une communauté de natifs exilés : « Nous sommes les victimes expiatoires d’une décolonisation mal préparée et précipitée.» Les réponses reçues pouvaient faire espérer compréhension et dialogue (et non trahison des promesses, comme ce fut fait avec cette loi sur le 19 mars votée de manière hâtive). Pour complaire à qui ? Au PC ? A la gauche radicale du PS ? A la FNACA ? Lire ces courriers sur le site : http://www.araprem.asso.fr/presidentrepublique.htm Et pour situer l’association, voir la page « Qui sommes-nous ? » : http://www.araprem.asso.fr/association.htm (« Nous sommes des rapatriés d'Algérie rassemblés autour de concepts républicains, démocratiques, laïques, sociaux et humanistes qui ont une exigence de vérité. L’Araprem est une Association qui est ouverte à toutes celles et tous ceux qui défendent les valeurs de la République : Liberté Égalité Fraternité et Laïcité. / C’est avant tout dans la reconnaissance de ces valeurs que doit s’inscrire l’appartenance à l’association : "pour savoir où l’on va, il faut savoir d’où l’on vient" et faire le nécessaire devoir de mémoire pour regarder notre Histoire en face. /"C'est l'homme qui fait l'histoire, mais sans histoire l'homme ne serait rien". / Notre leitmotiv est sans repentance ni amnésie, car il nous faut regarder le passé, mieux le connaître pour servir le présent et nourrir l' avenir. ») Suite sur le site…

« Le 19 mars devient la journée du souvenir de la guerre d’Algérie, Le Monde/AFP, 08-11-12 » : http://www.lemonde.fr/afrique/article/2012/11/08/le-19-mars-devient-la-journee-officielle-de-memoire-des-victimes-de-la-guerre-d-algerie_1788174_3212.html  (« …La proposition de loi socialiste qui fait du 19 mars, date anniversaire du cessez-le-feu en 1962, la "journée nationale du souvenir" en mémoire des victimes de la guerre d'Algérie, a finalement été adoptée définitivement par le Parlement, jeudi 8 novembre, après un vote en ce sens au Sénat. Le texte a été adopté par 181 voix contre 155, la gauche sénatoriale s'étant prononcée pour, la droite contre. » (…) « L'une des principales associations, la Fédération nationale des anciens combattants en Algérie, Maroc et Tunisie (Fnaca), qui représente 350 000 adhérents, notamment d'anciens appelés du contingent, militait depuis de nombreuses années en faveur d'une journée d'hommage le 19 mars. Une quarantaine d'autres associations, qui revendiquent plus de un million de membres, défendaient en revanche la date du 5 décembre, officiellement retenue depuis 2003, pour rendre hommage aux victimes, mais qui ne correspond à aucun événement de la guerre d'Algérie. »)

Pourquoi tant de luttes autour de cette date ? Les significations opposées de ce jour (pour une lecture différente de l’Histoire…).  « 19 mars 1962 :  Journée du souvenir ? »,  La Dépêche, par  Gérald Camier  : http://www.ladepeche.fr/article/2012/10/26/1475139-19-mars-1962-journee-du-souvenir.html  (Dans cet article, informatif,  les deux points de vue.  Pour (Volonté de la FNACA, association d’Anciens combattants, avec  le PCF et le PS : parce que c’est la date officielle du cessez-le-feu ).  Contre : « Insulte faite à nos pères »  (les communautés humaines heurtées par une date qui officialise un déni de la mémoire des massacres qui ont suivi le 19 mars : Harkis et Pieds-Noirs, Rapatriés, représentés ici par Jacques Alim, responsable d’AJIR pour les Harkis, et associé à la démarche de quarante associations contre cette date. CITATION :  « Pour nous, le 19 mars 1962 n'est pas du tout le jour de la fin de la guerre en Algérie. » (…) « Les blessures seront encore plus profondes. »)

Adoptée au Sénat.  « La loi sur le 19 mars et les harkis : une faute mémorielle, une marque d’irrespect envers les harkis et leur famille. ». Harkis et Droits de l’Homme, sur harki.net :  http://www.harki.net/article.php?id=733   (CITATIONS : « Quelles leçons tirer de l’adoption de ce texte ? On ne peut que se désoler de l’attitude des uns et des autres dans cette affaire : - - Attitude décalée de certains sénateurs UMP qui, pour défendre le rejet du 19 mars, sont venus, en séance, sur le terrain de la « repentance », croyant déceler dans l’adoption de ce texte un geste qui serait fait en direction de l’Algérie. Une attitude tout à fait contreproductive. / - Attitude décalée de certains parlementaires socialistes qui, tel Alain Néri, sourd aux arguments développés par les associations de harkis, ont repris à leur compte la douleur de ces derniers tout en défendant la proposition de loi, croyant ainsi s’exonérer du reproche qui leur était fait. Une manipulation inacceptable. Il n’est pire sourd que celui qui ne veut pas entendre. / - Attitude outrancière de certains pieds noirs qui ont confondu rejet du texte de loi et rejet du principe de l’indépendance de l’Algérie, (voir les panneaux « 19 mars 1962 – Victoire du FLN » lors des manifestations) position insoutenable à nos yeux. Une position qui ne tient pas la route quand on explicite les raisons véritables du refus du 19 mars. Cela s’appelle « brouiller le message » (…) « - Une attitude étriquée, qui manque d’universalisme, quand on voit certains représentants d’associations défendant la mémoire de victimes de l’OAS, critiquer l’association harkis et droits de l’Homme pour avoir cité les victimes de la fusillade du 26 mars 1962 parmi les morts postérieurs au 19 mars. Devait-on tirer à vue sur des personnes susceptibles de sympathie avec l’OAS ? L’association harkis et droits de l’Homme s’élève contre cette étroitesse de vue et ce manque d’humanité, indépendamment de sa position sur cette organisation, avec qui elle ne partage aucune valeur. / - Une autre attitude étriquée, à l’inverse, consistant pour certaines associations de pieds noirs, à ne jamais citer, sciemment ou par aveuglement, les victimes de l’OAS de l’après 19 mars. »)  Suite sur le site… (LISTE de CRIMES imputés à l'OAS, et commis  après le 19 mars...).

Je fais le même constat…

Concernant certaines associations de Pieds-Noirs. Ce que j’appelais « trouble » dans un passage de ma note ci-dessus, posant des questions sur la capacité de certaines associations à se faire entendre. Je reprends ce que j’écrivais, pour rapprocher nos analyses faites indépendanmment et qui se rejoignent largement : «… Les revendications, les demandes, exprimées par ces associations de Pieds-Noirs (« Rapatriés », dit-on) peuvent-elles toujours être audibles ? Ne sont-elles pas parasitées par un contexte politique et idéologique parfois trouble? » (‘Ces’ renvoyait à certaines structures dont je parlais juste avant).

Cependant je ferai une remarque (petit point de désaccord) : La confusion entre rejet d’une loi, qui fait déni des massacres et crimes, et rejet de l'indépendance n’est pas le fait de certains Pieds-Noirs (ou descendants) seulement ; elle est aussi parfois le fait de certains anciens harkis (ou fils), rejoints, de même que les Pieds-Noirs, par des 'soutiens' métropolitains politiquement manipulateurs. La fracture est idéologique, pas de communauté.

Tout à fait d’accord avec ce qui est dit dans cet article de AHDH (et j’insisterai encore) sur ceux qui soutiennent les victimes de l’OAS (ou la demande de réponse concernant la disparition de Maurice Audin, par exemple -  que par contre ceux qui voient en lui un ‘traître’ ne soutiendront pas)  mais méprisent (ou même haïssent : cela c’est moi qui l’ajoute, constat fait plus d’une fois) les victimes autres, ‘autres’ pour eux, celles du 26 mars ou du 5 juillet, par exemple. Ces 'soutiens' sont souvent le résultat de convictions idéologiques, plus que l'élan d'une réelle empathie. (Ce n'est évidemment pas le cas des proches, des amis, ni même celui de tous : mais souvent...). Humanité affirmée d’un côté, et violence acceptée de l’autre. Preuve que leur positionnement n’a rien d’humaniste et universel, mais n’est qu’une posture idéologique fondée sur des pactes politiques intériorisés, une grande ignorance, et une aptitude à haïr qui rend inaudible (là aussi, mais cette fois dans un ‘camp’ opposé) leur discours sur les Droits humains. Les Droits humains n’ont pas de ‘camp’. La gauche qui méprise des gens massacrés n’a, des valeurs censées être de gauche, que de vagues souvenirs plus staliniens que quoi que ce soit d’autre. Ceux qui acceptent sans compassion la mort de leurs ‘ennemis’ idéologiques (ou qu’ils croient tels…) ne sont que des esprits prêts pour n’importe quel totalitarisme, s’il prend la couleur qui leur conviendra… C’est là que les extrêmes se rejoignent, ou se rejoindront, qu’ils se disent de gauche ou de droite… On voit là encore un des visages de l’ostracisme, et ses effets.

..........................................................................................................................................

Précisions, nécessaires,  sur des associations qui se préoccupent des victimes de l’OAS (mais pas des victimes du FLN), parlent de terrorisme pour les uns (OAS), mais pas pour les autres (FLN) : comme si l’assassinat de civils (y compris d’enfants) était tolérable quand la ‘cause’ est censée le justifier, et intolérable seulement quand c’est autrement situé. Les mêmes mettent beaucoup d’énergie à condamner l’idéologie de l’Algérie française, comme si c’était omniprésent, et encore d’actualité. (Sans se replacer dans le contexte d’une Histoire et une réalité fort complexe, sans voir que des êtres qui se voulaient patriotes, et parfois l’avaient montré dans d’autres périodes de l’Histoire récente, pouvaient avoir cru sincèrement, et sans haine, à une évolution autre du futur algérien.  Sans voir que la victoire du peuple algérien lui a été volée – même si cela aussi mérite analyse).  

Ils semblent, dans certaines de ces associations n’avoir comme Bible historique que l’œuvre de Benjamin Stora (qui pourtant, aussi respectable soit-elle, gagne à être éclairée et complétée  par les travaux d’autres historiens : algériens, pieds-noirs, métropolitains ou étrangers…). Jamais ils n’évoquent... le 26 mars,les Harkis, le 5 juillet (ne voyant apparemment dans les victimes de la fusillade que des criminels condamnables, justement exécutés, et dans les morts d’Oran des coupables ou des mythes : ils semblent ainsi vouloir rester ignorants des faits, indifférents aux témoignages).

Certaines de leurs pages (sites associatifs…) donnent l’impression que le révisionnisme et le négationnisme ont envahi les bibliothèques et les têtes françaises, dès qu’on donne la parole à des témoignages de vie qui ne correspondent pas à leur vision, à la Vérité telle qu’ils la définissent  (assez univoque et lisse, hors questions, loin des doutes.

Un cas… ANPNPA. Association Nationale des Pieds-Noirs Progressistes et de leurs Amis : http://www.anpnpa.org 

Dans leur site la catégorie Pieds-Noirs renvoie à ‘un’ article, où ils mettent en question une étude sur le vote pied-noir. Mais ils glissent au passage une affirmation sur une association (Le Cercle algérianiste), dont ils assimilent tous les adhérents au vote FN et à la nostalgie Algérie française la plus réactionnaire, ce dans un raccourci très mensonger : la réalité est, là encore, bien plus complexe…).

Pas d’analyses réelles, pas de réflexions solides, je trouve, mais des renvois à des schémas proches du pouvoir algérien le plus clos, dans la ligne d’une idéologie assez voisine d’une pensée… FLN. Et ce terme de ‘progressistes’ pour se définir… ?  Vieilles lunes… (Quel progrès ? Quelle utopie ? Quelles valeurs ?). Valeurs…. ? Celles de Daum, et sa vision haineuse des Pieds-Noirs (partis d’Algérie pour de mauvaises raisons, évidemment…) : ils s’y réfèrent.  Sont-ils atteints de haine de soi (phénomène que la psychanalyse sait étudier…) ? Ou sont-ils dopés à l’idéologie ?

Tiens, ils récupèrent eux aussi Camus (le pauvre, tiraillé entre des courants contraires qui ne savent pas le lire, mais en font une icône diversement colorée suivant le groupe captateur…). Vivant, il aurait secoué tout ça : gauches ou droites (plus ou moins extrêmes)  à voies fermées et voix souillées par le manque d’humanisme…

Rejet des victimes du 26 mars (ramenées à l’obéissance à un Mouvement séditieux…  sans rien voir du contexte).  Là encore : lecture bornée du réel. Leur rejet va si loin qu’il fait penser à de la haine et qu’ils réclament le vote d’une loi anti-OAS à l’occasion des hommages rendus à ces victimes sur le Quai Branly : http://www.anpnpa.org/?cat=23  Et, logique conclusion, ils ont milité pour la date du 19 mars (déniant ainsi d’ailleurs tout autant une reconnaissance des massacres des 26 mars et 5 juillet que ceux concernant les Harkis – catégorie qui n’existe pas sur leur site… (Sur la  page ‘OAS’ du site, on voit aussi une lettre de Delphine Renard, victime de l’OAS. Qu’elle refuse de voir minimisé et présenté comme accident (malheureux mais pas volontaire) l’attentat qui lui fit perdre la vue, c’est plus que compréhensible (un ex OAS aurait parlé de bavure ( !), parce qu’elle n’était pas visée, elle, mais Malraux…). Mais elle voit une réécriture de l’Histoire par l’OAS là où il n’y a pas vraiment de risque… Et une légitimation de l’OAS dans des actes qu’on peut analyser tout autrement… (Elle signe sa lettre ouverte en tant que représentante de  l’Association nationale pour la protection de la mémoire des victimes de l’OAS , ANPROMEVO, aux adhérents effectivement proches de l’ANPNPA, idéologiquement, et peu enclins à penser plus largement la réalité de toutes les victimes du terrorisme : terrorisme, à nommer ainsi, quel qu'il soit (FLN?) - et non excusable... suivant le masque idéologique qu'on lui prête...).

Association de victimes de l’OAS, aussi (ou descendants de victimes), celle des  Amis de Max Marchand, de Mouloud Feraoun, et de leurs compagnons », qui a un site : http://marchandferaoun.free.fr/. Légitimes totalement dans leur droit de se regrouper pour rappeler l’atteinte, les traumatismes terribles, les dérives haineuses, les crimes. Respect, oui, de la mémoire de ces enseignants assassinés, colère contre les criminels qui ont tué Mouloud Feraoun ( dont le Journal est un de mes livres phares). Feraoun, écrivain à la personnalité admirable : subtil humaniste.

Mais là aussi, une partie du réel est pris en compte, le reste n’est pas évoqué...……………………………………………………………………………………………………………………………………………………………

Deux mondes idéologiques, et leurs marges : deux fermetures en miroir. On voit une date ou une autre, des noms ou d’autres. On fait se haïr des morts, camp contre camp. Heureusement…  la pensée complexe apparaît dans certains lieux d’écriture (comme sur les pages de harki.net, déjà mentionnées...). Heureusement... parfois l'humanisme est affirmé comme terrain fondateur (pages d'Araprem, par exemple).

..................................................................................................

Paradoxes, aussi, quand une association dont l'objet est la défense des droits de l'homme, hésite entre stigmatisation et soutien ponctuel. Ainsi la LDH de Toulon évoque sur son site, en 2005, les Disparus français de la guerre d'Algérie, à associer aux démarches concernant les Disparus algériens de la décennie noire : http://www.ldh-toulon.net/spip.php?article898 . Mais, si des pages sont consacrées aux questions de cette mémoire méditerranéenne de l'Algérie et des Pieds-Noirs, la préférence est d'évidence donnée, par exemple, au regard d'un Daum, qui déforme systématiquement l'Histoire de l'exode, en opposant sa vision, très dogmatique et stigmatisante, aux témoignages de ceux qui ont vécu cet exode, et qui peuvent en dire les causes (et les disent). Choquant que la défense des Droits de l'homme puisse exclure une communauté humaine.

De même, les articles, les dessins humoristiques (année 62 surtout, mais pas seulement) les phrases qui moquent et méprisent les Pieds-Noirs, tous ces signes d'un ostracisme (qui est une sorte de racisme), ces signes ne sont relevés par personne, ne sont condamnés par aucune association antiraciste. La stigmatisation des Pieds-Noirs fait partie d'un refoulé qui n'est pas interrogé. Et les réactions (lettres ouvertes, par exemple) tombent dans les oubliettes des poubelles de la presse, sauf dans de très exceptionnels cas...

........................................................................................

RAPPEL historique, à lire dans la note « Juifs d’Algérie : 2000 ans d’histoire », par Edith Ochs, Huffingtonpost, 25-11-12 : http://www.huffingtonpost.fr/edith-ochs/juifs-dalgerie-2000-ans-dhistoire-suite_b_2185271.html?utm_hp_ref=international    (… « L'assassinat de Cheikh Raymond (Raymond Leiris), le maître du "malouf", sur le marché de Constantine, le 22 juin 1961, donna le premier signal du départ. Puis le jour de l'Indépendance de l'Algérie, il y eut le massacre d'Oran. "Qui se souvient en France du massacre au faciès des Européens dans les rues d'Oran le 5 juillet 1962 ?" demande Tarnero. / C'est ainsi qu'on vit la foule des "pieds-noirs" affluer sur le quai de la Joliette et le tarmac de Marignane et d'Orly. Ceux qui s'étaient engagés dans le combat au côté du FLN tentèrent l'aventure, brièvement. »)

Les commentaires sont fermés.