07/12/2012

Actualité sociale, d'une part. Et d'autre part, une analyse. Lisibilité du monde, replis, fermetures, et xénophobie... Décryptage, par Pierre Rosanvallon. Quel lien?

La couverture du JDD de la semaine dernière était un résumé de toutes les péripéties d'une lutte des jours précédents et, d'avance, des jours qui suivirent. On y voit la solidarité des hommes engagés avec détermination, soudés. On y voit la détresse de certains moments (qui bouleversent les témoins, ce qui explique le résultat des sondages : une majorité des Français mécontents du traitement politique de cette affaire.) On y voit la pensée, la force des présences, et le charisme positif de celui qui porte haut l'élan de tous, Edouard Martin. (Un des salariés déclarait aux journalistes qui le filmaient : "Lui, je le suivrais au bout du monde..."). Drames sociaux qui résultent des choix de financiers prédateurs d'entreprises (Mittal, là...). Pourquoi les responsables régionaux n'ont-ils pas anticipé les évolutions industrielles? Pourquoi les responsables politiques, au niveau national, ne choisissent-ils pas d'entendre mieux ce que les travailleurs concernés savent de l'histoire de leur entreprise, et savent, mieux que quiconque, de Mittal? Face sombre de la mondialisation, quand elle n'est pas lien mais pièges... Et, au contraire, dans ce qui nous est donné à voir des syndicalistes dans ce combat, et des salariés ensemble, c'est une vision du peuple (que nous sommes) qui permet de retrouver un peu d'espoir dans la capacité des gens de faire lien.... 

JDD.pngAlors que, d'autre part, on a quotidiennement des signes contraires, quand on voit comment des gens, souvent, traduisent le réel, interprètent les faits d'actualité (nationaux et internationaux) en y mettant des affects négatifs, des passions défensives. Conversations captées, dialogues impossibles, mauvaise foi et ignorance, messages qui circulent (plus proches du hoax ou de la propagande que de la recherche d'information et de la réflexion), dans l'autosatisfaction béate de qui croit savoir mieux qu'autrui. Notre société semble malade... Une part d'elle en tout cas. Pas seulement la nôtre, ici, mais  notre monde européen, miroir des secousses autres du monde, ailleurs.

C'est pourquoi j'ai lu avec attention cet entretien où Pierre Rosanvallon dit les causes du repli et de cette montée des populismes qu'on ne peut que constater en France et en Europe. Des droites dures qui se trouvent des maîtres à penser fort douteux (Buisson... ), qui assument leurs rejets loin de toute éthique minimale, de tout humanisme. Des extrémismes qui se dressent comme si l'Histoire n'avait rien enseigné... Et des gens qui basculent dans la complaisance, l'acceptation des idées qui sont à la frange du pire... Mais comment résister à cela? Pierre Rosanvallon dit aussi dans cet entretien qu'il faut que soient élaborés "des outils de compréhension du monde dans lequel nous vivons". Par qui? Par des chercheurs? Par des penseurs qui fourniraient clés en main des concepts et des clés? Ou, aussi (aussi ou surtout?), par des citoyens qui, partout où ils sont, poseraient des "non" contre les bribes de négation de la pensée qu'ils croisent jour après jour?   

«Pierre Rosanvallon :  "Le vivre-ensemble est dégradé"», Le JDD, 02-12-2012, Interview, par Marie-Laure Delorme : http://www.lekiosk.com/article-1479796-Pierre-Rosanvallon... : (CITATIONS : « … Les progrès du populisme en Europe. Ils sont notamment à mes yeux le résultat d’une absence de lisibilité du monde. On se réfugie alors dans une lecture minimaliste de l’agression du monde vis-à-vis de soi . On gère cette réponse par un mélange de repli et de haine face à l’extérieur. Le ressentiment devient alors la force motrice du politique. Ressentiment qui est une façon de conjuguer l’impuissance et le sentiment de subir une réalité dont l’intelligibilité vous échappe.»  / (…) « Le vivre-ensemble est dégradé. La société s’est maintenant organisée selon des mécanismes de ségrégation et de ghettoïsation à tous les niveaux. Les Français vivent de plus en plus dans de petits mondes clos, rongés par la peur de voir leur homogénéité menacée. » (…) « La xénophobie et le protectionnisme progressent là où l’ignorance mutuelle nourrit les peurs et les fantasmes. Quand l’ignorance domine, ce sont les stéréotypes qui gouvernent les esprits. » (…) « On est, hélas, au-delà de la droitisation. Les mouvements populistes donnent en effet  partout le ton en Europe. » (…) « Ce sont des visions fermées de l’identité, uniquement défensives, négatives. » / « On voit les mouvements populistes monter en puissance alors que l’on vit la deuxième crise de la mondialisation. La première avait eu lieu à la fin du XIXè siècle. » (…) « … L’Europe n’a pas progressé comme espace de redistribution. » (…) « A l’intérieur de chaque pays, c’est aussi la solidarité intranationale qui recule. L’Europe est un espace de circulation mais pas de redistribution. »)

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