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23/01/2015

« Pourquoi tant de haine ? », dossier, Le Un

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« Ce n’est pas vrai qu’un mort / Soit comme un vague empire / Plein d’ordres et de bruit. (...) – Mais c’est vrai que des morts / Font sur terre un silence / Plus fort que le sommeil. »

 Souvenir

Guillevic      (recueil « Exécutoire »). Poème choisi par Louis Chevaillier, rubrique « La voix du poète », Le Un  

En exergue du numéro, Camus (parlant des Possédés). CITATION : « Pour moi Dostoïevski est d’abord l’écrivain qui, bien avant Nietzsche, a su discerner le nihilisme contemporain, le définir, prédire ses suites monstrueuses, et tenter d’indiquer les voies du salut. Son sujet principal est ce qu’il appelle lui-même ‘’l’esprit profond, l’esprit de négation et de mort’’, l’esprit qui, revendiquant la liberté illimitée du ‘’tout est permis’’, débouche dans la destruction de tout ou dans la servitude de tous. » (Témoins, automne 1957-1958).

Après les attentats, tenter de penser les racines des drames, et les perspectives offertes à ceux qui ne veulent pas rester impuissants et n’attendent pas tout (mais beaucoup cependant) des pouvoirs de l’Etat. Editorial : « Après le deuil vient le temps de la réflexion. ». Suite en Une... 

Différents points de vue (et, justement, différents : la complexité de cette réalité terrifiante est saisie, et le lecteur peut réfléchir en sortant des excès compassionnels – du seul compassionnel – et échapper aux injonctions politico-morales qui forcent à penser dans un sens, pris au piège, parfois, de clichés désolants. Là, non,  rien de tel : des avis qui se confrontent, mais sans polémique, entrant tellement dans la recherche de ce qui, racines complexes des faits, échappe d’abord au regard de l’émotion. Mots clés de la thématique :  fanatisme, djihadisme, islam, Coran, laïcité... "Pourquoi en sommes-nous là?"

Les contributeurs : Edgar Morin, Leïla Slimani, Michel Onfray, Dominique Schnapper, Metin Arditi, Olivier Roy, Mayanthi Fernando, Tahar Ben Jelloun. Noter, aussi, la rubrique "Repères", qui, en dessins, fait l'historique de l'insertion des jeunes dans les quartiers (par Manon Paulic/Jochen Gerner).

Sur le site certains articles sont lisibles. Ainsi : « Un islam sans racines ni culture », par Olivier Roy, http://le1hebdo.fr/numero/40/un-islam-sans-racines-ni-culture-651.html

Et « Une armée de plumes », par Leïla Slimani : http://le1hebdo.fr/numero/40/une-arme-de-plumes-642.html

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CITATIONS :

"Aux essayistes, comme aux écrivains, va bientôt revenir la tâche de prendre de la distance. De faire quelques pas en arrière pour apprécier ce qui se passe." (...) "La littérature est plus que jamais nécessaire. Elle ramène de la complexité et de l'ambiguïté dans un monde qui les rejette." Leïla Slimani, écrivain, "Une armée de plumes".

"Les humiliations subies ne s'oublient pas. Elles se transmettent de génération en génération. La marginalité sociale et le chômage endémique n'expliquent pas tout. La démocratie 'extrême' ne favorise pas l'intégration des populations marginales ou fragiles. Elle cultive une relativité des valeurs qui constitue un choc pour les héritiers des cultures traditionnelles." (...) "Il faut lutter contre l'antisémitisme, même sous ses formes sophistiquées d'antisionisme (...)." / "Il faut lutter pour que cesse la lente communautarisation de la société française. Trop souvent les politiques ont alimenté l'idée de 'communautés' au sein de la société française et fait apparaître les juifs et les musulmans comme étrangers à la nation, tandis que se développait la confusion entre juif et Israélien." Dominique Schnapper, sociologue, "Les ressorts de la haine".

"IL Y A UN TEMPS POUR TOUT". "Un temps pour dire (...) qu'une terre éclairée doit savoir vivre avec celui qu'elle a a fait venir pour vider ses poubelles." (...) "Il y a un temps pour dire que former des imams français qui souscrivent aux valeurs de la France ne serait pas la pire des idées."/"Un temps pour rappeler ces mots : Il ne faut jamais blesser les hommes, disait Machiavel. Il faut les caresser ou les occire, car un homme blessé est un animal dangereux." (...) "Un temps pour rappeler à François Hollande, qui parle d'unité, que ce mot dit l'unicité, qu'il est le contraire de la pluralité. Que c'est un mot d'exclusion. C'est d'union qu'il faut parler. D'union, qui désigne une entente entre plusieurs. Ce qui est tout autre chose. Et c'est le cœur du problème." Metin Arditi, écrivain, "To be or not to be Charlie"

"Dehors, droite et gauche confondues, la France a bombardé les populations musulmanes (...) sous prétexte de lutter contre le terrorisme." (...) "La plupart des intellectuels (...)"... 'je songe au terrible rôle de BHL..." (...)  "Comment ces guerres répétées contre les musulmans partout sur la planète depuis presque un quart de siècle ne pouvaient-elles pas faire de la France une cible? Ce qu'elle est devenue aujourd'hui. Islamophobe au-dehors, la France est islamophobe au-dedans." (...) Que n'avons-nous aujourd'hui, à gauche, un Chevènement capable, au-dehors, de mener une politique proarabe qui ne soit pas anti-israélienne et, au-dedans, de conduire une politique clairement laïque qui ne laisse aucun pion se positionner dans une stratégie antirépublicaine sur l'échiquier français." Michel Onfray, philosophe, "Le balai de l'apprenti sorcier"

"Les rejetés rejettent ceux qui les rejettent. Une partie de ces jeunes se sentent non pas Français, mais privés de patrie." (...) "Pour les jeunes d'ascendance maghrébine, le poids de la colonisation qu'ont subie leurs ascendants n'a pas disparu." (...) "Une grande majorité d'Arabo-musulmans souffrent de toutes les humiliations subies par le monde arabe. Ils voient dans les guerres américaines en Afghanistan et en Irak des interventions impérialistes contre des nations arabes." (...) "L'Occident dénonce avec horreur le terrorisme aveugle qui tue civils, femmes et enfants, sans se soucier que dans le monde arabo-musulman, on dénonce avec horreur les bombardements aveugles qui tuent civils, femmes et enfants, les assassinats ciblés par drones ou autres." (...) "Ainsi la guerre du Moyen-Orient est entrée en France le 7 janvier 2015." (...) "L'IMPUISSANCE." (...) "La coalition inclut l'Arabie saoudite, dont le régime est proche de celui que rêve d'instaurer Daech." (...) "L'AVEUGLEMENT. L'interventionnisme occidental accentue la décomposition des nations du Moyen-Orient qu'il a en grande partie provoquée." (...) "L'ILLUSION. L'objectif des Occidentaux au Moyen-Orient est la restauration des Etats-nations déjà décomposés. Alors qu'il existe un seul et vrai but de guerre à opposer au califat de Daech, c'est la confédération du Moyen-Orient, à l'image amplifiée d'un Liban, qui respecterait l'autonomie et la liberté des ethnies et des religions diverses qui y sont implantées, dont le christianisme" (...) "Sauf redressement et changement de voie, tout s'aggravera, y compris en France." (...) "... L'espoir serait que, de cette société civile qui s'est réveillée, puisse naître en dehors des partis une confédération d'associations." (...) "Mais malheureusement l'anti-islamisme profite maintenant du raz-de-marée de dimanche, l'orientant pour isoler, culpabiliser, dégrader les populations musulmanes. De plus une incompréhension réciproque s'est installée dans les esprits : les uns, laïcs, ne peuvent admettre une limitation de nature religieuse à la liberté, quand les autres ne peuvent accepter une atteinte à ce que leur religion a de plus sacré. / "La réponse n'est pas dans les polémiques lapidaires. Elle est dans l'introduction au cœur de la culture française, et d'abord à l'école, d'une culture historique." (...) "Il faut également rappeler que le 'terrorisme' n'est pas une invention islamique en Europe." (...) "La re-pensée, la ré-éducation sont beaucoup plus nécessaires que les proclamations antiracistes. / S'impose à nous une grande, lourde, mais nécessaire tâche de régénération de la pensée, qui comporte nécessairement une regénération de la pensée politique." Edgar Morin, philosophe, "Essayons de comprendre..."

"Terroristes ou djihadistes, ils se construisent un statut de héros, de guerriers (...) ils se mettent en scène (...) ne préparent ni leur fuite ni des lendemains qui chantent, et meurent en direct à la une des journaux télévisés, dans un bref spasme de toute-puissance." (...) "En ce sens ils sont bien le produit d'une culture nihiliste et individualiste de la violence que l'on retrouve dans d'autres secteurs de la jeunesse (...)."Il y a beaucoup de rebelles en quête d'une cause, mais la cause qu'ils peuvent choisir n'est évidemment pas neutre." (...) "On pourrait enfin se demander si la 'laïcité' ne fabrique pas à son tour un sacré qui échapperait à la liberté d'expression." (...) Ce religieux (...) est reconstruit à partir d'une déculturation profonde des nouvelles générations. Le salafisme, qui en est l'expression la plus pure, rejette toutes les cultures à commencer par la culture musulmane et sa propore histoire. (...) " L'Arabie saoudite... (...) La Mecque aujourd'hui, c'est Las Vegas plus la charia." (...) "Historiquement, l'islam comme le christianisme se sont 'enculturés', aujourd'hui religion et culture se séparent. La question est donc non pas de 'réformer' l'islam, mais de 'culturer' l'islam en l'insérant dans la société française. En mettant en avant une conception de la laïcité qui exclurait le religieux de l'espace public, on contribue à 'fanatiser' le religieux." Olivier Roy, politologue, spécialiste de l'islam politique, "Un islam sans racines ni culture".

"Les musulmans sont donc placés dans une situation impossible : ils doivent désavouer une appartenance communautaire à laquelle ils sont pourtant constamment réduits." Mayanthi Fernando, anthropologue, "Le fardeau de la représentation".

"Deux visions du monde vont s'affronter à travers la lecture du Coran. La première est portée par des théologiens appartenant au courant mutazilite, des rationalistes lisant le texte de manière symbolique et métaphorique." (...) "... Face à eux des traditionalistes pour qui le Coran est non seulement incréé, mais doit être lu de manière littérale sans aucune distance ni interprétation." (...) '... Victoire de l'obscurité sur la lumière, du rigorisme sur l'intelligence." (...) "La défaite de la raison est aussi celle de l'humanisme qu'on trouve dans le Coran." Tahar Ben Jelloun, écrivain, "Lire le Coran".

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Des lectures sont suggérées, au fil des articles ou dans la note "Pour aller plus loin". Dont l'ouvrage d'Abdelwahab Meddeb, "La Maladie de l'islam", 2202, éd. du Seuil, ou "Généalogie de l'islamisme" d'Olivier Roy, Pluriel, 2011.

 

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