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24/01/2015

Des mots, des signes, des films. Comment nommer, et quoi ? Besoin d’images...

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« As-tu déjà regardé l’ombre de tes larmes ? Ce n’est pas une ombre ordinaire, ça n’a rien à voir. C’est une ombre venue exprès pour nos cœurs d’un autre monde lointain. En les voyant, je me suis demandé si, en réalité, ce n’était pas mon ombre qui pleurait de vraies larmes, dont les miennes n’étaient que le pâle reflet. »

Haruki Murakami

Chroniques de l’oiseau à ressort

(pp. 934-935, éd. 10/18)

Murakami est aussi l’auteur d’Underground, enquête sur un terrible attentat au Japon, dans le métro

Nécessité de penser les attentats des jours derniers, penser le terrorisme, les meurtres et les suicides jihadistes, les haines et leur contraire.

PENSER... Caricatures, musique, articles, livres, émissions... Pour réagir à l’horreur des faits, nous avons lu et relu, écouté, échangé, noté, repris, remanié, cherché à comprendre ce que l’intelligence ne peut saisir, cet innommable de la pure violence humaine. C’est parce que les mots étaient impuissants dans l’instant du choc que Joachim Roncin a créé une image avec une formule minimale sur fond noir, et c’est pour la même raison que tout le monde s’en est saisi, et, je crois, pour cela aussi qu’elle a recouvert tous les morts : journalistes (les cinq dessinateurs et leurs divers collègues), Juifs, policiers...  Après, toutes les questions sont apparues. Que faire de la peur, de la tristesse ? Que faire contre le terrorisme ? Comment nommer les faits, et comment nommer ce terrorisme (islamisme, salafisme, fascisme...)? Comment nommer ses acteurs ? Que mettre derrière ces mots ? Quelles causes analyser et quelles réponses donner ? Dans quels pièges ne pas tomber (ceux que les manipulateurs commanditaires des crimes de ce fondamentalisme totalitaire – commanditaires d’une manière ou d’une autre – nous tendent, stratèges du chaos qu’ils voudraient installer, de la haine qu’ils voudraient provoquer, ayant décidé de sacrifier au passage ceux qui appartiennent à une culture religieuse dont ils se réclament.). Quelle réalité de notre pays cela nous dit-il (quand les auteurs de l’effroyable sont d’ici, même s’ils ont puisé ailleurs les strates délirantes d’une pensée qui légitime le pire) ? Et qu’est-il dit ainsi du passé refoulé, de l’amnésie historique et des rejets, des erreurs politiques (géopolitiques) considérables, de cet inconscient du pays qui produit une terrible explosion, un désastre ? Comme l’acting out de quelqu’un qui est dépassé par les tensions internes.

Liberté d’expression, laïcité, appartenances identitaires, pays, fonctions... tout a explosé en questions et domaines multiples : idéologie, politique, géopolitique, anthropologie, sociologie, philosophie. Mais pas pour anéantir le désir d’intelligence. Au contraire. Quelque chose de vif s’est mis en place, pour une exigence de compréhension et d’action (chacun à sa mesure).

CHOC, autre choc. Quand j’ai lu que des jeunes fils ou petit-fils de Pieds-Noirs étaient partis « faire le Jihad », j’ai trouvé que cela était très significatif : pour ces quelques adolescents, qui ont fait le même choix que des camarades musulmans, le processus de radicalisation s’appuie, je crois, sur le même refoulé de la conscience collective française. Eux aussi ont en eux l’humiliation et le rejet vécu par leurs parents ou grands-parents, le poids des non-dits, des exclusions, de l’ostracisme, des mensonges. Et cette difficulté à savoir qui on est vraiment, quelle est cette identité qui n’est pas reconnue (métissage de plusieurs immigrations, mélange devenu part de la France), qui est stigmatisée (même le Musée de l’immigration occulte...). Cela sort violemment dans une colère qui ne sait pas ce qu’elle traite. Leur engagement vers la mort (et leur faux retour vers un Orient perdu) donne des clés pour comprendre ces autres jeunes manipulés par des gens qui les sacrifient. Lereligieuxn’est pas l’essentiel (même s’il ne faut pas du tout le négliger) : l’essentiel c’est le désespoir. Le constat c’est un échec national, préparé par les années du confort de l’exclusion. Il n’y a pas que l’extrême droite qui enferme et rejette ceux qui ont des racines traversées d’un ailleurs marqué par des mémoires générationnelles d’exil, de guerre, d’exil. Elle le fait, sûr. Mais cela se porte aussi très bien à gauche, et encore mieux à l’extrême gauche (sous prétexte d’anticolonialisme mal compris, car il déplace les responsabilités de la colonisation, comme le dirent si bien Jean Pélégri dans « Ma mère, l’Algérie » et René-Jean Clot dans « Une Patrie de Sel »).Enfin cela se porte très bien, de manière générale... Evidemment ce questionnement n’annule pas les questions sur le salafisme jihadiste et sa criminelle responsabilité propagandiste. Mais une pièce a deux faces, la réalité aussi. Et même plus...

IMAGES pour penser encore, autrement. Ce besoin de regarder et regarder les dessins des artistes assassinés, de leurs collègues survivants, et de ces caricaturistes ou humoristes ou poètes du trait, d’ici et d’ailleurs. Besoin d’images...

Besoin d’images, et besoin de visages. Dans les films il y a des visages...Et la mort et la vie.

Visages de jeunes, notamment. Le cinéma a interrogé les dérives jihadistes et le désespoir nihiliste bien avant 2015. Méditation répétée dans le cinéma algérien ou marocain pour penser, interroger, combattre les racines du terrorisme (et cela donne des œuvres fortes). Prescience d’un film français, mal entendu (La désintégration). Mémoire algérienne dans les interrogations et les portraits de films de Jean-Pierre Lledo et évocation de massacres (cf.  octobre 1961 et Oran, 5 juillet 1962). Message d’Abd Al Malik, son itinéraire (film reprenant son livre autobiographique"Qu'Allah bénisse la France"). Documentaires sur l’OAS, cet autre terrorisme. Documentaire, aussi, sur le procès fait à Charlie Hebdo. Etc. 

Et si le traumatisme vécu localement, Paris, a d’abord effacé de notre conscience, dans sa violence, des horreurs parallèles dans le temps, monstrueuses par le nombre des victimes (Nigeria...) il ne les a pas occultées totalement, même si ce qui pétrifie et emplit l’esprit d’effroi ne laisse pas dans l’instant de place au vaste... L’Afrique est présente aussi dans des films...et l’intérêt qu’on leur porte est réel.

Titres de films et de pièces (références) et lien vers une vidéo essentielle, voir la note suivante... http://tramesnomades.hautetfort.com/archive/2015/01/25/re... 

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