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25/02/2015

ECRIVAINS. Quatre voix tues... Malek Alloula, André Brink, Claude Michel Cluny, Assia Djebar

Des écrivains meurent, des œuvres s’arrêtent, mais pas la lecture infinie de ces livres. Parfois, même, paradoxalement, les hommages déclenchent l’intérêt de gens qui ne connaissaient pas les auteurs. Poètes et romanciers. Algérie, Afrique du Sud, France... Paroles engagées, comme celles d’André Brink contre le système de l’apartheid et celles d’Assia Djebar contre l’asservissement des femmes et pour une parole historique qui affronte les pages sombres. Exigence de l’écriture poétique, chez Claude Michel Cluny et Malek Alloula, de deux manières différentes, et plus discrètement chez Malek Alloula, pas connu autant qu’il le faudrait...

Exergues... Puis lectures proposées, par ordre alphabétique...

Malek Alloula, André Brink, Claude Michel Cluny, Assia Djebar

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« et maintenant / quel héritage de bois mort / sous la canicule »

(Extrait de la Lettre du Cisia, Anthologie « Quand la nuit se brise »)

 « Il est un terme où j’arrive toujours / A la tombée de la nuit / Un aveuglement ancestral / Dont je retrouvais le sens circulaire / D’où partaient ces voix / Pour parler si calmement de la mort / Comme d’une lampe éteinte avant la débâcle. »

 (choix de Tahar Ben Jelloun)

Malek Alloula

« On avance le long de strates analogues aux fibres du bois, butant, maladroits, sur des nids, des nœuds, des failles. La terre suppure une espèce de sève où ce qui s’aventure s’englue et se fait digérer vivant. Le ciel a des couleurs violentes, fiel, fièvre pourpre. Les fleuves n’existent pas. »

Vénus  (« D’autres planètes »)

Claude Michel Cluny

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Malek Alloula... En exergue, le début d’un poème publié dans l’anthologie « Quand la nuit se brise », Poésie algérienne, Points (choix d’Abdelmadjid Kaouah), et un  poème, cité par Tahar Ben Jelloun dans son article d’hommage au poète mort à Berlin pendant une résidence d’écriture, mi février  (Le Point,  20-02-15). Texte où  Tahar Ben Jelloun dit les souffrances et les forces de l’auteur, son parcours. Et ceci, qui, pour un poète, est signe d’exigence, de sagesse : « Il écrivait peu, mais chacun de ses textes est ciselé comme un diamant. » (...) « Malek Alloula fréquentait les poètes soufis comme Ibn Arabî et Al-Hallaj tout en lisant Hölderlin et Paul Celan. Son regard sur le monde était juste, c'est-à-dire totalement désespéré. Que ce soit dans Villes et autres lieux, dans Rêves/Sépultures ou dans Mesures du vent, l'écriture est d'une forte rigueur, avec une belle exigence. C'est un grand poète qui s'en est allé. On peut regretter que sa poésie, publiée principalement aux éditions Sindbad, n'ait pas eu le succès qu'elle mérite. Mais les poètes, les vrais, sont souvent de cette sorte, non seulement ils ne s'occupent pas du "marché", mais se contentent de quelques lecteurs fidèles. » : http://www.lepoint.fr/invites-du-point/tahar-ben-jelloun/ben-jelloun-le-poete-algerien-malek-alloula-est-mort-20-02-2015-1906668_1921.php

Rencontre, en 2010, «... à l’occasion de la réédition de l’intégralité de l’œuvre de ce poète oranais par les éditions Barzakh, à Alger. Ont donc pris part à cette rencontre, en plus du principal intéressé, à savoir Malek Alloula, le directeur de l’IDRH, Mohamed Bahloul, ainsi le directeur des éditions Barzakh, Sofiane Benhadjaj. »  : https://milianihadj.wordpress.com/2010/11/22/malek-alloula-a-lidrh-quand-un-ecrivain-revendique-sa-%C2%ABpaysannerie%C2%BB/

Huffingtonpost/maghreb, 18-02-15. « Il a publié "Les festins de l'exil" en 2003. Sa dernière œuvre a été un roman-photo intitulé "Paysage d'un retour" publié en France en collaboration avec le photographe Pierre Clauss en 2010. » : http://www.huffpostmaghreb.com/2015/02/18/malek-alloula_n_6705024.html

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André Brink, pour nous, c’est le témoin, l’engagé courageux qui aida à nous révéler, par ses livres, ce qu’était le système de son pays, contre lequel il luttait. Emouvant de savoir le rôle d’auteurs français dans son cheminement intellectuel et militant. Rôle de Camus, notamment.

Hommage de l’éditeur Actes Sud à André Brink, décédé le 6 février 2015 : http://www.actes-sud.fr/hommage-andre-brink  (« Je sais maintenant, plus que jamais auparavant, ce que Nelson Mandela a voulu dire quand il m'a déclaré, le dernier matin que j'ai passé avec lui : Tu es un Africain. ». Mes Bifurcations. Mémoires (2010)

« André Brink n'a jamais cessé le combat », JDD, 08-02-15. Entretien avec l’éditeur du romancier sud-africain, Bernard Magnier, Actes Sud. Par Marie-Laure Delorme : http://www.lejdd.fr/Culture/Livres/Andre-Brink-n-a-jamais-cesse-le-combat-717118  (Citations : « Avec ce livre (Une Saison blanche et sèche)’, André Brink a fait découvrir à toute une génération l'apartheid dont il dénonçait les exactions et les abjections. Né dans une famille afrikaner, il était blanc et aurait dû être du côté de l'oppresseur. Il en était d'autant plus crédible dans sa dénonciation. Je me souviens notamment de lui, à Apostrophes, répondant, en français, aux questions de Bernard Pivot. Il nous donnait à voir le monde sud-africain dans toute sa complexité et son horreur. Mais au-delà de ce livre, il est l'auteur d'une œuvre considérable. Il n'a jamais cessé d'écrire, même après la fin de l'apartheid. » (...) « (En 2013) il nous disait ses attentes et son immense tristesse des espoirs déçus. »)

André Brink, écrivain engagé contre l’apartheid,  est mort début février 2015, JDD, 07-02-15 :http://www.lejdd.fr/Culture/Mort-d-Andre-Brink-l-auteur-de-Une-saison-blanche-et-seche-716832 (Citation : « En 1973, il fut le premier écrivain afrikaneer frappé par la censure en Afrique du Sud pour son roman Au plus noir de la nuit. »)

Mort d’André Brink, l’article du Monde/Afrique, 07-02-15 : http://www.lemonde.fr/afrique/article/2015/02/07/l-ecrivain-sud-africain-andre-brink-est-mort_4571955_3212.html (Citations : « Sa prise de conscience des abominations de l'apartheid coïncide avec une ‘’histoire d'amour’’pour la France, où la littérature – Hugo, Zola, Anouilh, Colette, Simenon et surtout Camus, dont il était le traducteur en afrikaans – jouera un rôle décisif. » (...) « ‘’Je dois m'efforcer d'être digne des exigences et des complexités de l'univers sociopolitique auquel j'appartiens, répétait-il. Et en même temps, je dois m'efforcer d'être digne des exigences de la création littéraire. Seule la qualité détermine l'efficacité.’’ Une conception très haute de la liberté d'expression. »)

Commentaire intéressant d’un lecteur, Henri Chamussy , qui note la proximité des dates de disparition d’auteurs et le sens que dit du monde notre lien de lecteurs avec ces auteurs. « Apprendre d'un même coup les disparitions d'André Brink et de Assia Djebar, c'est douloureux, mais en même temps... » (... l’interculturalité du monde relié par le pouvoir des mots, des lectures communes...) .

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Claude Michel Cluny, auteur et éditeur, mort le 11 janvier 2015... Indépendance dans la manière de penser l’écriture, le rôle de l’écrivain,  les idées sur les liens entre création et société, les conditions de la création.  Echapper aux modes (en le choisissant consciemment, en élaborant cette liberté personnelle - si difficile tant l’influence du climat idéologique d’un moment est prégnante - par le choix de la réflexion solitaire). Questionnement aux sources de son écriture, mais qui va bien au-delà d’une élucidation de son art propre, et pense la création – en général – aussi à partir de l’examen de la logique sociale dont il fait le constat. Contexte (notre période contemporaine) qui serait celui d’une sorte d’idéologie du renoncement éthique, d’une esthétique et d’une théorie littéraire de l’imposture. Contre cela, l’exigence...

Très bel hommage sur le site de l’éditeur. La Lettre de Colette Lambrichs, qui, évidemment, remarque l’étrange, ou belle, coïncidence (le poète est mort le jour de la grande manifestation du 11 janvier ) :  (Citations : « Est-ce l’ultime trait d’humour de Claude Michel Cluny d’être passé de vie à trépas le jour de la grande manifestation nationale ? Partir comme un chat sans déranger personne était bien dans ses manières. » (...) « La plus grande partie de son œuvre littéraire a été publiée à La Différence, poésie, essais, fictions et son Journal littéraire, « L’Invention du temps » dont dix volumes sont d’ores et déjà parus. Un cercle de lecteurs inconditionnels la salue comme une des œuvres majeures de la seconde moitié du XXe siècle. Je pense qu’ils ont raison mais la littérature survivra-t-elle à la barbarie qui vient ? Son immense culture a permis qu’existe la collection ‘’Orphée’’ qui compte aujourd’hui 256 titres de poètes du monde entier ») : http://www.ladifference.fr/Lettre-fevrier-2015-Ou-sont-les.html#lettre3480

Hommage de Jalel El Gharbi, qui a publié sur l’œuvre deClaude Michel Cluny : http://jalelelgharbipoesie.blogspot.fr/2015/01/claude-michel-cluny.html

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Assia Djebar... Déjà des travaux supplémentaires sur cette oeuvre... Annonce d’un colloque international préparé à Oran sur l’œuvre d’Assia Djebar (morte le 6 février, le même jour qu’André Brink), Le Huffingtonpost/Maghreb, 23-02-15. Diaporama sur ses livres : http://www.huffpostmaghreb.com/2015/02/23/assia-djebar-colloque-oran_n_6735102.html

Hommage d’El Watan repris par Courrier international.Parcours d’Assia Djebar. « Un esprit libre contre la régression et la mysoginie » http://www.courrierinternational.com/article/2015/02/09/assia-djebar-un-esprit-libre-contre-la-regression-et-la-misogynie (Citations :  Au sujet du livre ‘Nulle part dans la maison de mon père’ : « Le titre de ce roman magnifique, que nous avions qualifié de "livre où elle se livre", de même que plusieurs de ses passages, était assurément un message d’une grande délicatesse mais d’une force terrible. » (...) ///  Et sur son expérience d’académicienne : « Elle va plus loin dans son discours, lâchant dans ce cénacle des mots qui, sans doute, n’y avaient jamais été prononcés, sinon du bout des lèvres, revendiquant pleinement ses origines, dénonçant le colonialisme et son entreprise de négation de la culture algérienne, évoquant les langues amazighe et arabe, de même que le Coran, griffant au passage la tentative de positiver une occupation et une ségrégation violente (on est alors en plein débat sur la "colonisation positive"). »)

Assia Djebar. BioBibliographie, et filmographie. Fiche auteur, Africultures : http://www.africultures.com/php/?nav=personne&no=3798

« La femme sans sépulture », livre lu par Sophie Perrin, 28-01-2003, Africultures. Livre de mémoire, qui place les femmes au centre de l’histoire algérienne : http://www.africultures.com/php/?nav=article&no=2765  (Citation : « Assia Djebar confiait, lors de sa dernière intervention publique, qu'écrire en français lui permettait une ouverture d'une part sur les autres langues – en faisant entendre en écho l'arabe et le berbère - et d'autre part sur sa culture et les femmes. Effectivement, par cette " langue de la transparence ", elle donne la parole à ceux qui restent dans l'ombre. »)

« Nulle part dans la maison de mon père », 2007, fiche livre, Africultures. La place des femmes, à travers l’expérience personnelle sensible, la difficulté à trouver cette place : http://www.africultures.com/php/index.php?nav=livre&no=7374 (Citation : « Après plusieurs fresques historiques évoquant l'Algérie, Assia Djebar, s'abandonnant à un flux de mémoire intimiste, nous donne son livre le plus personnel. Elle ressuscite avec émotion, lucidité et pudeur la trace d'une histoire individuelle dont l'ombre projetée n'est autre que celle de son peuple. ») 

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