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17/03/2017

PASSANTS… « Nous sommes tous des passants », dit Achille Mbembe, historien et philosophe…

Mbembe.jpg« Nous sommes tous des passants »… Alors pourquoi nous emprisonner dans des certitudes identitaires qui nous font nous méfier des autres et causent le racisme? Prenons conscience que nous sommes « tous des passants » et lâchons l’inutile piège identitaire. Passionnant texte d'Achille Mbembe

Tous « passants », prisonniers qui doivent se défaire des pulsions morbides des fausses appartenances. C’est à la fois vrai et incomplet...  Vrai à un niveau de haute sagesse, celle de ceux qui ont fortement la conscience du passant qui se sait éphémère sur cette terre (même si tous se savent mortels...). Cependant on naît quelque part, imprégné de l'esthétique des paysages du lieu,  des parfums de la région, des goûts des recettes.  Et nous pensons d'abord dans une langue (ou bi-langue). C'est à partir de cela que nous trouverons le goût des autres et le goût d'ailleurs... Pas en nous déracinant de notre culture au sens privatif, mais plutôt en nous enracinant dans des liens avec ce qui nous était au départ étranger. La haute sagesse d'une conscience identitaire élargie à la planète (et plus, cf. pensée du tao, par exemple) n'est pas opposée à un ancrage. Je complèterais (et corrigerais) cette profonde réflexion du philosophe par celles qui sont développées dans deux ouvrages. Celui d'Amin Maalouf, "Les identités meurtrières" (il dénonce le danger du communautarisme, mais ne voit pas comme idéale une uniformisation illusoire et pauvre...). Et celui d'Amartya Sen,  "Identité et violence" : il définit le multiculturalisme - où les cultures plurielles se rencontrent et s'enrichissent - qu'il oppose au mono-culturalisme (où les communautés sont refermées sur elles-mêmes, coupées des autres) : la pluralité culturelle traverse d'abord l'individu... Et donc, sage peut-être mais ancré, pluriel lui aussi, l'individu, loin des prisons mentales de communautés figées,  baigne dans la richesse du multiple... Je crois qu'il vaut mieux penser que tout peut se croiser et interférer.

Extrait : « Malheureusement, le propre du moment néolibéral est de libérer toutes sortes de forces obscures et perverses que l’on était plus ou moins parvenu sinon à dompter, du moins à reléguer dans le domaine des tabous dans un passé pas très lointain. Tel est le cas du racisme, mais aussi de toutes les pulsions autoritaires dont il faut  répéter qu’elles n’épargnent pas les démocraties libérales. / On ne l’a pas suffisamment fait ressortir, mais à la racine du racisme propre aux sociétés prises dans les rets du néolibéralisme se trouve la difficulté de jouir. Cela étant, les pulsions racistes sont ­devenues des pulsions de type libidinal. / Pour fonctionner, le racisme a besoin de la fiction selon laquelle il y aurait des corps purs, des cultures pures, du sang pur. Or, il n’existe aucun corps humain qui soit pur, diaphane. En matière de corps, de religion, de culture ou de sang, le blanc n’existe tout simplement pas. Tous les corps sont gris ocre et obscurs. Et c’est ce qui fait d’eux des corps vivants et humains, et à ce titre poreux, ouverts sur ce qui les fait vivre, sur la chair du monde. »

Lien, Le Monde, 24-01-17... http://mobile.lemonde.fr/idees/article/2017/01/24/nuit-de... 

Achille Mbembe a publié un essai sur les nationalismes, et leur lien avec l’évolution autoritaire des pouvoirs, les passions guerrières, la violence. « Politiques de l’inimitié », 2016. Vers un au-delà de l’humanisme. Page de l’éditeur : http://www.editionsladecouverte.fr/catalogue/index-Politi...

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