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17/05/2015

Regards d’artistes, regard sur des œuvres d’artistes : une exposition, galerie Mamia Bretesché...

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Je viens à peine de voir cette exposition, qui se terminait deux jours après...

De revoir, plutôt, car j’étais passée très vite une première fois, et je voulais retrouver ce qui m’avait accrochée dans l’instant. Car les dessins, les peintures, les créations plastiques, c’est tout de suite qu’on aime, ou pas, que le regard saisit ce qui va nous traverser, ou rester en surface, ne parler en rien, ou, au contraire, se faire langage intérieur, questions. La première œuvre que j’avais remarquée, d’abord, c’était une tête graphique, œuvre de Sofia Hijat. Cela faisait écho à des recherches que j’avais voulu mener (en enseignant la poésie visuelle, persuadée du fait que le graphisme est une voie de liberté : par les doigts passent des signes issus du corps, de l’inconscient du corps, et ce chemin fait accéder à un savoir secret, sa propre liberté). C’est là un langage si proche que j’y ai reconnu d’instinct d’où venait ce besoin de tracer de mots un visage, d’en emplir le cerveau...  Mais la force qu’elle y met, et le sens, cela est très particulier, s’intègre ici à un art personnel très maîtrisé. Poésie visuelle, peut-être (dans ma perception), si j’ai le goût d’y retrouver cela, et vision d’une corporéité qui m’enchante, car c’est le corps et la tête qui revendique une autonomie de pensée et de création. Et quelle force...  Cependant, se rapprochant, on déchiffre des lettres et des bribes de mots, lettres et syllabes arrachées au français et à l’arabe, questionnement sur la double culture, qui est, vue ainsi, bien plus qu’un croisement de savoirs. Cela devient une peau tissée de racines duelles, multiples quand on pense aux étymologies plurielles des langues. La peau c’est bien plus que l’intellect brut. Cela signifie (et je ne peux qu’adhérer à cela) que nos langues mêlées nous créent, sensuellement tout autant qu’intellectuellement (qu’on les maîtrise tout à fait ou qu’on en soit imprégné sans savoir les utiliser également dans tous les contextes). Langues désirantes. Mais aussi que nous portons en nous, physiquement et esthétiquement, les traces et souffrances héritées des mémoires séculaires d’où nous venons. Pour nous délivrer de ces douleurs ancrées dans le corps, et au contraire en saisir les messages de vitalité créative, de joie, il faut les tracer ensemble dans notre conscience et les œuvres, dire ce que ces corps d’identités multiples savent, et de quels messages riches ils sont porteurs. Ode au métissage, cette œuvre concerne tout le monde, car qui oserait se croire autre que métis ? (J’ai photographié aussi un fragment de près, de ce visage de mots, pour en montrer le tissage). De l’artiste il y avait d’autres œuvres, dont un autre visage, avec des surimpressions différentes, images entre rêve (ou cauchemar, suivant lecture) et réel projeté. Evidence d’une démarche qui appartient à une œuvre construite en lucidité.

Mais dans cette exposition j’ai aimé tout autant les deux autres artistes. Ils avaient tous en commun cette présence des lettres ou chiffres mêlés aux dessins ou peintures, dans des styles très différents.

Très émue par les œuvres de Mounir Gouri, qui demandent de rester longtemps à les « lire ». D’abord pour repérer les différents outils plastiques qu’il utilise : crayon du dessin, beaucoup, encre, gouache ou aquarelle, pour de minuscules taches d’orange-rouge (ou de pointes de rose sur une des créations, et un peu de bleu sur une autre). Une sorte de signature s’impose : fil de fer barbelé qui court, fin, soit pour emprisonner très légèrement un corps d’homme assis (un méditant ?), soit pour menacer des êtres qui sont là, au-dessous, soit pour suspendre des objets. Symboles nombreux, mais, aussi, discrets. Tout est d’une très grande finesse, subtil. Et c’est poignant. Car ce fil de petites pointes dures, posé là, et là, qui semble risquer de tout déchirer, marque un enfermement qui est une souffrance et qui est refusé. Chacun peut l’interpréter comme il le sent : questionnement métaphysique ou douleur sociale, réflexion idéologique, philosophique, ou interrogation intime. Je vois dans cette œuvre l’expression d’une connaissance du corps, de la conscience, de l’énergie (ce corps-conscience du tao chinois, ou ce corps mystique du soufi – ce qui revient d’ailleurs au même). J’ignore, n’ayant pas eu l’occasion de parler avec l’artiste, si lui-même sait ce qu’il montre, ou s’il le fait par prescience, s’il a, malgré lui, un savoir intuitif qui est antérieur à la prise de conscience. Mais c’est comme s’il dessinait les centres énergétiques du corps (le chakra de l’Inde, le  tan tien de la Chine...). Tourbillons crayonnés qui sortent du sommet de la tête, spirales ascendantes, ou du ventre, en avant. Des êtres sont là, parfois plusieurs, à côté les uns des autres, mais comme silencieux, parfois seuls, et entravés par ces fers à peine marqués mais si présents. Le fil de fer peut relier des corps solitaires, comme si la communication était atteinte par ce qui emprisonne. Et il peut suspendre, ou frôler de sa présence esquissée, des symboles, nombreux (posés là comme le seraient les mots d’un poème) : valises, sacs, clés, cœurs, ballons, minotaures... et fleur moucharabieh multipliée, rosée. La fleur apaise, dessine comme un bijou, adoucit la présence dure des minuscules pointes de fer : un peu d’espoir. (Est-ce hommage aux femmes, de la part de l’homme artiste, que faire de la fleur moucharabieh la messagère de cet espoir? J’aurais tendance à le croire. Ou un appel à ce qui, dans la culture, agit dans le quotidien pour donner de la douceur à la vie, refuge rassurant des objets traditionnels de la maison familiale?). Mon désir, sortant de là, aurait été de pouvoir partir avec un livre empli des reproductions de ces fines ciselures signifiantes, ces poèmes visuels en suspension... (Un éditeur, un jour, peut-être ?).

Et il y avait les tableaux d’Abdelkrim Tajiouti. Des œuvres au fond noir (pour des questions nécessaires et sombres...). Sur ce noir, des chiffres blancs, nombreux, parfois isolés, un 7 (un 2 ?),  parfois créant des nombres restreints ou infinis. Et, sur chaque tableau, un objet symbole de ce que la peinture dénonce. Chauve-souris (menace, dévoration, nuit, drone, peur ?), grenade porteuse de mort, signe de guerre, et arme. Les chiffres représenteraient autant les soldats ou terroristes que les victimes. Enfants soldats, aussi ? Chiffres infinis tant les morts s’accumulent depuis des siècles, et tant ils tombent, dans notre siècle à peine achevé, dans notre siècle à peine commencé... Chiffres ? J’y vois aussi l’argent des marchands d’armes, trafiquants d’un côté, vendeurs « légaux » de l’autre, pays, comme le nôtre qui est dans les premiers à faire voyager les instruments de mort... Comme les chiffres n’ont pas de signe distinctif (tueurs ou morts,  humains ou sommes) on peut y voir un sens : peu importent les morts pour les marchands, peu importent les droits humains pour le marché, légal ou mafieux. Ce sont des œuvres de colère, juste colère. On sent une obsession (plus que légitime pour qui refuse que la violence et la haine mènent les actions des hommes et régissent l’ambiance de nos vies). Refus intense de cette violence, décision de mettre en face toute la force de l’art, un art engagé s’il en est. On m’a dit (car je ne l’avais pas vu) qu’en décembre l’artiste avait exposé là - et cela était resté en janvier (œuvre tristement visionnaire pour Paris) un Kalachnikov, ce fusil d’assaut des bandits et des terroristes, mais le sien était en savon de Marseille. Idée géniale. Si les armes devenaient de simples statues à faire fondre dans l’eau, la mort s’éloignerait (celle qui vient du meurtre). L’arme en savon se transformerait en objet de purification, ou en jouet ridicule, car ridicule est ce goût de la mort et de la violence, ridicule à force de bêtise et de cruauté ignorante. C’est ce que ces œuvres  nous disent.

Le hasard m’a fait découvrir sur la Toile (croisement de rencontres) une artiste qui est présente aussi sur le site et dont les créations m’intéressent (quelque chose à voir avec l’art chorégraphique...) : Annabel Aoun Blanco. Raison de plus pour suggérer de chercher, sur le site de la galerie, au-delà de la page d’accueil (déjà ample) la rubrique où des pages sont consacrées à divers créateurs (il n’y a pas que ces quatre noms).  Ainsi j’ai repéré d’autres œuvres qui me touchent : le Don Quijote de Nasr-Eddine Bennacer et son cœur sur la main, cela ne peut que me parler... Comme ce que je revois de Samta Benyahia, qui a exposé aussi ici, et dont je connais bien l’œuvre. J’aime les photographies issues des vidéos de Yun Aiyoung, forme d’art aux possibilités troublantes, pour traduire un monde de fantasmagories, entrer dans le rêve. Yamou... On croit voir d’abord  une photographie... d’un univers étrange et beau, mais non : huile sur toile ! Et les fenêtres de Luis Moragon, dans la nuit, je ne peux qu’apprécier : cela rejoint chez moi une thématique obsessionnelle (mais heureuse), peut-être à cause de Baudelaire...  Et ceux qui iront fouiner dans ces pages en ligne feront d’autres découvertes, vers d’autres artistes, suivant leur univers intérieur (là c’est ce qui coïncide avec le mien...).

Donc... pour ce voyage (et en savoir plus sur les artistes dont je parle ci-dessus, ayant vu les œuvres, ou que j’évoque ensuite, ayant deviné ces œuvres, ainsi que la Toile les transmet), visiter le site, Galerie Mamia Bretesché  : http://www.mamiabreteschegallery.com/  

11/05/2015

Edouard Glissant. Retour sur une œuvre majeure...

Le Sel noir.jpgSOLEIL de la conscience.jpg

« L’écrivain est l’ethnologue de soi-même » 

Edouard Glissant cité par René de Ceccaty, Le Monde (papier), 4-2-11

Au soir tardif du 10 mai, je relis une de mes notes de 2011, sur cet auteur, un hommage juste après sa mort. Quand on se souvient des drames que les pièges identitaires (forcément inégalitaires et vouant les êtres au racisme) ont causé dans l’histoire, relire un penseur-poète qui nous propose une éthique du nomadisme, une dynamique des interférences, ne peut que nous aider à traverser ces pièges. De ma note (très longue, par les très nombreux liens) je ne reprends ici qu’un fragment, nécessaire, et des citations (en ajoutant une), peu de liens (mais j’en ajoute trois)...  Ci-dessous...

Dénonçant  l’enfermement dans une identité limitative qui resterait figée, il opposait notamment les notions de créolité et de créolisation, ce dernier concept se posant dans la dynamique d’un monde moderne exigeant de l’individu l’acceptation d’une réflexion sur son identité, pas pour la renier, mais pour prendre conscience de sa nécessaire transformation du fait des interférences culturelles, des échanges. L’éthique entre les peuples devant être celle de la relation, pas de la domination. Le lisant, on peut comprendre la « poésie » comme genre, mais aussi comme modalité du regard sur le monde, esthétique de l’éthique des interférences. Penser « l’envers lumineux de l’histoire »...

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CITATIONS :

 « Toute parole est une terre / Il est de fouiller son sous-sol / Où un espace meuble est gardé / Brûlant, pour ce que l'arbre dit ». Plus… sur : http://www.lehman.cuny.edu/ile.en.ile/paroles/glissant_champ.html 

« Le nomadisme m’a permis d’échapper à tous les enfermements. Mais en voyageant, on transporte toujours ‘‘ses’’ lieux avec soi, ses lieux communs .Chaque lieu est incontournable. On ne peut le remplacer ni en faire le tour.» (...) « Au plus fort de mon activité politique dans les années 60, j’écrivais des poèmes résolument opaques. L’obscur est le renoncement aux fausses vérités des transparences. Je réclame pour tous le droit à l’opacité.» (Édouard Glissant cité dans l’article de Gilles Anquetil, Le Nouvel Observateur) http://bibliobs.nouvelobs.com/actualites/20110203.OBS7408/hommage-le-cyclone-glissant.html

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LIENS :

Le site officiel : http://www.edouardglissant.fr/  (En exergue, ceci : « Le poète achemine la connaissance du monde dans son épaisseur et sa durée, l’envers lumineux de l’histoire qui a l’homme pour seul témoin. »)

Une page sur Recours au poème, « Les Fruits de l’Archipel », par Marc-Williams DeBono : http://www.recoursaupoeme.fr/essais/les-fruits-de-l%E2%80%99archipel/marc-williams-debono

Un sommaire (articles sur l’auteur), remue.net : http://remue.net/spip.php?mot119

Et... la note (liens, dont papalagi...) sur Trames nomades, en 2011... Edouard Glissant, le poète, le penseur du Tout-Monde, de la "créolisation" du monde. Hommage : http://tramesnomades.hautetfort.com/archive/2011/02/05/edouard-glissant-le-poete-le-penseur-du-tout-monde-de-la-cre.html

02/05/2015

De phrase... en phrases lues, relues, danser en esprit. CITATIONS

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« Vent tissé », seuils et pas... (C’était le titre de la note du 04-12-2010. Exergues...).

Trames... Vent tissé, fils brisés, parfois. Tisser, c’est faire pont, mais c’est aussi dénouer les nœuds mensongers, dénoncer l’injuste, par le murmure ou par le cri. Cependant, toujours, revenir au silence, au poème, au regard…  Voici mon manifeste aux mots empruntés. Goût de citer, d’extraire, qui n’est séparable, pour moi, ni de la lecture, ni de l’écriture… Seuils et pas.

Je reprends, ci-dessous, plusieurs des exergues posés en 2010, au moment de la création du blog sur hautetfort... et un peu après. Et, là, cette anthologie miniature, sorte de manifeste aux mots empruntés, s’enrichit encore de quelques citations... qui me sont essentielles. Exercice : bribes notées au fil des lectures, cristal des livres, essence nourricière. Anthologie, et autoportrait... Danser en esprit... Être.

Autoportrait, peut-être, aussi, ce fragment de l’intime sur deux étagères... Lire (trames... errance / écriture... / identités traversées... / être...).

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« La seconde métaphore est la trame. » 

  Jorge Luis Borges,

  Treize poèmes.

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« Notre vie est du vent tissé. »   

   Joseph Joubert,

   Pensées.   

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« Cela qui fait de nous l’humanité

Tissage et métissage »

Salah STETIE, Le Bleu de la question (ds A poèmes ouverts, Anthologie, choix de JP Siméon, éd. Points)

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 « Je suis seuil et je suis chemin.

 Je suis pierre qui dit l'horizon.

 Je suis l'enclos des pas nomades.

 Je suis paume où se lisent les lignes de l'ailleurs. »

  Jacques Lacarrière

    A l'Orée du pays fertile

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« Trame parmi les incidents / Peut lui être augure »

Ted Berrigan

Les sonnets 

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« Il est urgent de réveiller le nomade que chacun porte en soi. »

Jean Malaurie

Ultima Thulé

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« On n'est pas originaire d'un lieu mais de plusieurs. »

Eric Faye

Somnambule dans Istanbul

(cité par Florence Bouchy, Le Monde du 29-11-2013) ......

 « Salut aux passeurs, aux errants, aux exilés. »

Jean-Claude Xuereb, Ulysse ou l’ultime épreuve

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« ... l’habité, l’inhabité. / Voué à l’errance. »

Edmond Jabès

Récit

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 « Ils construisent des murs et ils détruisent le vent. »

Jean-Marie Kerwich, poète gitan, cité par Alexandre Romanès, poète et directeur de cirque.

Nomades, nous resterons : http://www.lemonde.fr/idees/article/2011/02/26/nomades-nous-resterons-par-alexandre-romanes_1485448_3232.html )     

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« Développez votre étrangeté légitime. »

René Char

Fureur et mystère

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« errance de qui ne se lasse pas / de traverser les frontières »

Abdelwahab Meddeb

Portrait du poète en soufi

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« Sur cet îlot de l’univers / L’univers seule patrie »

Ahmed Azeggah

Arrêtez (Anthologie de la poésie algérienne, « Quand la nuit se brise », dirigée par Abdelmadjid Kaouah, Points)

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« La pensée avant d’être œuvre est trajet. »

Henri Michaux

Poteaux d’angle

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« La Nature est une Maison Hantée – mais l’Art – une Maison qui essaie de l’être. »

Emily Dickinson

Autoportrait au roitelet

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 « -- Et cela pourriez-vous le décrire? Et je répondis : -- Oui, je le peux. »

        Anna Akhmatova    

       Requiem

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« Dans de la colle durcie, Ce pas. Oh, que d'efforts Pour repousser pour rebrousser la route De l'opinion commune! » 

      Marina Tsvétaeva         Le Poème de l'air

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 « Qui dira l’intérieur d’une orange ? / Qui peut à cette clarté-là lire au-dedans des pierres précieuses ? »

Rainer Maria Rilke

Chant éloigné

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« De jour tu écris le poème / qui écrit / en toi / la nuit »

Henry Bauchau

Nous ne sommes pas séparés

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« Je reconnais ma nuit je reconnais ma cendre / Ce qu’à la fin j’ai su comment le faire entendre / Comment ce que je sais le dire de mon mieux »

Aragon

Le roman inachevé

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« Un livre ouvert c’est aussi la nuit. »

Marguerite Duras

Ecrire

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« Affirmer et garder par un poème, / ce qu’est la durée. »

Peter Handke

Poème à la durée

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« J’efface en écrivant. J’écris en effaçant. Je l’un ou l’autre, ou l’inverse. N’importe. Je cultive les passerelles. »

Lyonel Trouillot

Eloge de la contemplation/Poésie

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« Travaillant et retravaillant / les mêmes textes / jour après jour / perdant tout sens / de ‘production’ et de ‘publication’ / toute idée d’une ‘réputation’ à forger / engagé plutôt dans quelque chose / -- loin de toute littérature -- / que l’on pourrait pertinemment nommer / un yoga poétique. »

Kenneth White

La Résidence de la solitude et de la lumière / méditations pyrénéennes 1

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« Un coup de dés jamais n’abolira le hasard » (...) « C’était le nombre  issu stellaire » (...) « Rien n’aura eu lieu que le lieu » (...) « Toute Pensée émet un Coup de Dés »

Stéphane Mallarmé

Un coup de dés

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« Pour chercher le ‘duende’*, il n’existe ni carte ni ascèse. On sait seulement qu’il brûle le sang comme une pommade d’éclats de verre... » (« Le ‘duende’ opère sur le corps de la danseuse comme le vent sur le sable. »

Federico Garcia Lorca

Jeu et théorie du duende

[* el duende : (intraduisible...). La flamme de l’art, qui rend possible l’art, la poésie. Le souffle du flamenco, le feu qui jaillit de l’élan du corps, hors de toute maîtrise technique. Une magie qui opère à la frontière de la souffrance et de la joie. De l’ordre de la transe mystique ou sensuelle. Transcende tout. C’est présent ou pas, et on le sait.]

Federico Garcia Lorca

Jeu et théorie du duende

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« Il faut être toujours ivre. Tout est là : c’est l’unique question. » (...) « Enivrez-vous ; enivrez-vous sans cesse ! De vin, de poésie ou de vertu, à votre guise. »

Charles Baudelaire

Petits poèmes en prose

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« J’ai tendu des cordes de clocher à clocher ; des guirlandes de fenêtre à fenêtre ; des chaînes d’or d’étoile à étoile, et je danse. »

Arthur Rimbaud

Les Illuminations

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« Les labyrinthes érudits de Borges ont ouvert mon troisième œil en me faisant découvrir les profondeurs des sagas et des mythologies. »

Erri de Luca

La parole contraire

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 « Mon pays, / C'est toutes parts où des hommes. / Mon pays? / Toutes parts où des soleils. »

Gabriel Audisio, poème

Hommes au soleil, 1923

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« Sur cet îlot de l’univers / L’univers seule patrie »

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« Seul un esprit socratique d'indulgence envers les autres et de rigueur envers nous-mêmes peut constituer une réelle menace pour une civilisation fondée sur le meurtre. »       

Albert Camus      

Conférence, 1946, Columbia University, USA. NRF, janvier 1996, n° 516.

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« Si l'homme nouveau n'invente pas un vocabulaire à la mesure de sa conscience / Que s'écroule l'homme nouveau. » Jean Sénac Citoyens de beauté 

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« On se croit libre de vivre sa vie d’être humain et d’écrivain, ne se reconnaissant d’autres obligations que celles que vous dicte votre conscience d’être humain ordinaire, semblable — et singulier pourtant — à des milliards d’autres êtres humains.

Et on se retrouve face à une foultitude d’individus et d’institutions qui ne rêvent que de vous inclure de gré ou de force dans une division du monde en troupeaux ethniques, évidemment hiérarchisés les uns par rapport aux autres. » 

Anouar Benmalek

De la malédiction d’être arabe

et de quelques moyens, pour un écrivain arabe, d’y échapper

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 « Vivre ailleurs que là a changé pour moi le sens du mot vivre. »

Marie Cardinal

Au pays de mes racines

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 « Qu’avons-nous appris ? A vivre sans sombrer dans la haine. »

René-Jean Clot

Une Patrie de Sel

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« Les paysages sont comme les livres : ils nous ouvrent à la vie mais leur sens change selon l’âge et les circonstances. (…) Et, matrice de notre mémoire, ils nous constituent à jamais. C’est en eux que s’élaborent, jour après jour, notre sensibilité et notre métaphysique du monde. »

Jean Pélégri

Ma mère, l’Algérie

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« Un honnête homme, un homme de cœur, ne saurait se taire ni se boucher les oreilles. »

Mouloud Feraoun

Journal 1955-1962

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« Jamais l'Obscur en soi ne fut si parfait / car toutes les haines emmêlées / à la liasse des remords / ont saccagé les derniers relents de la lumière »

Umar Timol

(Source : africultures.com / Rubrique POESIE)

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« Oui, j’essaierai d’être. Car je crois que c’est orgueil de n’être pas. »

Antonio Porchia

Voix

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« Je suis l’analogue de ce qui est. »

Paul Valéry

Ego scriptor

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« As-tu déjà regardé l’ombre de tes larmes ? Ce n’est pas une ombre ordinaire, ça n’a rien à voir. C’est une ombre venue exprès pour nos cœurs d’un autre monde lointain. »

Haruki Murakami

Chroniques de l’oiseau à ressort

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« Prends et lis! Prends et lis! »

Augustin (de Thagaste, 654-430)

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« le monde est un tissu d’épiphanies / toute chose visible porte en elle / les traces de l’Invisible »

Abdelwahab Meddeb, Portrait du poète en soufi (Belin)

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« Indemne, qui le prétend ? / Mais d’où survient le lien, la ligature du moment ? »

 Jean-Marie Blas de Roblès, Hautes lassitudes (Dumerchez)

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« L’Orient n’a jamais commis l’erreur de verser dans la poésie individuelle ; tout ce qui a une valeur dans la poésie orientale traite de l’universel. »  Antonin Artaud, Préface (élogieuse) au recueil de Roger Gilbert-Lecomte, La Vie l’Amour la Mort le Vide et le Vent  (Poésie/Gallimard)

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« Je ne reconnaîtrai jamais le droit d’écrire ou de peindre qu’à des voyants » Roger Gilbert-Lecomte (à propos de Sima), Puisque peinture il y a... / Œuvres complètes (Gallimard)

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« Nous ne voulons pas écrire, nous nous laissons écrire. » Roger Gilbert-Lecomte, Avant-propos au premier numéro du Grand Jeu (Poésie/Gallimard et Oeuvres complètes, Gallimard) 

01/05/2015

POESIE VISUELLE, note introductive...

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Voici une introduction à la poésie visuelle... Mon regard, pour commencer, puis des citations issues de recherches universitaires, dont la lecture de ce qui est lisible en ligne est fort abordable (d'abord un essai de définition sur la poésie visuelle, comme forme poétique, ses sources, son évolution, puis  une thèse sur un poète visuel). De nombreux liens suivent (page BNF, textes, SITES - très beaux visuellement, livres, bibliographies, vidéo, film, PORTAILS de liens, répertoires... Etc.)     

Passionnantes approches, qui peuvent ouvrir une porte (des portes)  vers une étude approfondie et éclairante. Ceci peut concerner des passionnés, déjà intéressés et lecteurs "visuels", mais aussi être l'occasion d'une découverte aux promesses infinies, pour les autres. La poésie, qui peine souvent à se faire lire, est un domaine où se manifestent des tentatives de métamorphose de ce que peut être tant l'écriture que la lecture. Parfois cela va jusqu'à une conscience d'art total. Créer avec l'énergie vitale de tous ses sens, faire entrer le poème dans une chorégraphie, le geste dans le poème... Penser et vivre le regard créateur de poésie au même titre que la main qui trace des mots. Laisser dans l'image les mots se deviner, s'inventer. Provoquer, par des techniques diverses, dont la photographie, un graphisme sans lettres, ou lettres captées autrement. Faire du regard un acteur de poésie, au même titre que l'intellect qui use des mots, des alliances de sens. Traverser des limites. D'autant plus que les outils que nous avons actuellement nous donnent la possibilité de les transformer en stylos alternatifs et rejoindre, ainsi, l'art plastique, les arts visuels, les arts du geste, la danse... Etc.   

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« La poésie visuelle : essai de définition », par Vincent Foucaud , agrégé d’espagnol, recherche (thèse) sur la poésie visuelle.  (Archives ouvertes. HAL, document bilingue anglais-français). Pour une approche vraiment informée : https://halshs.archives-ouvertes.fr/hal-00658808/document [ CITATIONS : « Elle est une forme de poésie expérimentale et se trouve par conséquent intimement liée à d’autres formes de poésies contemporaines comme la poésie sonore, la polypoésie, la typoésie, la poésie concrète, la cyberpoésie... » (...) «... Cette forme d’art ultra-contemporaine (en effet, les anthologies existantes citent toutes des poètes vivants) s’inscrit dans la très ancienne tradition de la poésie figurative que l’on fait remonter à l’Antiquité. » (...)  « Mais la poésie visuelle s’inspire aussi des multiples associations texte-image qui parsèment les arts visuels, depuis les hiéroglyphes égyptiens de l’Antiquité jusqu’aux tableaux de Miró qui intègrent des mots dans la peinture, comme dans l’oeuvre ‘Escargot femme fleur étoile’(1934). La poésie visuelle est donc née de traditions artistiques diverses et anciennes. Elle se présente pourtant comme une forme d’art inédite et novatrice.» (...) «... Nous essaierons de mettre en évidence les caractéristiques propres à la poésie visuelle. Pour cela, nous nous appuierons uniquement sur un corpus espagnol, plus précisément sur 235 poèmes composés par quelques 58 poètes visuels, tous cités dans l’ouvrage de Alfonso López Gradolí : ‘Poesía visual española (Antología incompleta)’(Madrid, Calambur, 2007» (...) «... Cette réflexion d’ordre méta-artistique était sous-tendue par un système multi-réflexif complexe de mises en scène du signifiant. » / « Ce qui frappe en premier lieu quand on s'intéresse aux poèmes visuels, c'est leur caractère ludique. » (...) «... Les poèmes visuels sont davantage caractérisés par une réflexion plus profonde sur la poésie elle-même, sur l'art en général et sur le statut du poète. » (...) « par sa forme hybride associant plusieurs sémiologies souvent issues de plusieurs disciplines artistiques, elle pose plus que jamais le problème des frontières entre les différents arts et celles entre l'art et la littérature. Cette caractéristique de la poésie visuelle a été mise en évidence par la poétesse visuelle Julia Otxoa qui parle de « ‘poesía visual como arte combinatoria.’ » (...) « Ce caractère combinatoire de la poésie visuelle pose parallèlement le problème du statut du poète visuel qui n'est plus jugé sur son style d'écriture ou sur sa manipulation des vers ou des rimes, mais bien sur sa virtuosité à composer les macro-signes que sont les poèmes visuels. Certes, le poète visuel reste un assembleur de signes, mais il ne s'agira plus d'associer dans un syntagme des signes linguistiques comme le fait le poète traditionnel, mais des signes linguistiques avec des signes iconiques. Ces signes iconiques se révèlent parfois être des images insérées par montage, sans que celles-ci soient modifiées par la main du poète. » (...) «... Cette forme d'art est constituée d'un enchâssement de réflexivités fondées sur plusieurs mises en scène simultanées du signifiant.» (...) « Ainsi, en conclusion, nous pouvons observer que la poésie visuelle est une forme transcendante d'art dans le sens où elle s'interroge sans cesse non seulement sur sa propre matière, mais aussi sur la notion d'art et plus généralement sur le langage. » (...) « Elle rappelle ainsi que la lecture est un acte tout aussi subjectif que l'écriture. »] TEXTE intégral sur le site, voir le lien ci-dessus...

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THESE de Marc Audi, 2011, Sorbonne et Barcelone. Sur la poésie visuelle de Joan Brossa (1919-1998). SEPT PAGES (passionnantes) de présentation de l’objet de la thèse, à lire là : http://www.paris-sorbonne.fr/IMG/pdf/AUDI_position.pdf [ CITATIONS :  « L’objet de cette thèse est de décrire, de mettre en contexte et d’analyser l’intégralité de la poésie visuelle de Joan Brossa, composée de 1941 à 1998, en très grande partie inédite à ce jour. Considéré comme l’une des personnalités majeures de la littérature et de l’art expérimentaux du XXe siècle en Catalogne et en Espagne, son oeuvre est un pivot entre les avant-gardes historiques – très riches dans les domaines catalan et espagnol. » (...) « Brossa mit au centre de ses recherches la poésie qu'il a appelé visuelle à partir de la fin des années 1950. C'est précisément dans ce domaine particulier que l'on peut lire, aujourd'hui, une partie de l'histoire des croisements entre l'art et la littérature des cinquante dernières années. » (...) « Ses liens avec le groupe madrilène El Paso dans les années 1950, les dialogues de la poésie visuelle de Brossa avec l’oeuvre plastique de Tàpies, Chillida ou Miró à partir des années 1960, sont quelques exemples d’un travail ouvert sur son temps. Outre ces collaborations, ’étude de la poésie visuelle fait apparaître le contexte comme un matériau en soi. La récupération, l’objet trouvé, le travail à partir de la presse, sont des techniques de composition que Brossa hérite du dadaïsme et du surréalisme, mais qu’il porte à un degré de pertinence extraordinaire, dans une Espagne et une Catalogne muselées. » (...) « Dès le début de nos recherches, le dépouillement des archives de poésie visuelle à la Fundació Joan Brossa de Barcelone a été une source d’émerveillement et de questionnement. Les originaux de plus de mille poèmes visuels y sont conservés, souvent organisés en recueils inédits, des séries de collages de matériaux de récupération, verbaux ou alphabétiques essentiellement. Nous avons conçu le projet d’en établir une recension intégrale » (...) « La première partie de cette étude est consacrée à la définition du concept de poésie visuelle en général. Celui-ci interroge les limites et la nature du genre poétique, auquel Brossa reproche son enfermement dans le domaine strictement littéraire. Si la poésie visuelle est un autre de la littérature, il faut donc déterminer en quoi, et selon quels principes. L'examen de la notion de poésie expérimentale s'avère nécessaire avant de parvenir à l'une de ses branches, la poésie visuelle. » (...) « Reprise probablement au poète italien Carlo Belloli, puis utilisée par de nombreux poètes expérimentaux dans toute l’Europe et en Amérique avec des variantes depuis les années 1950 – dont celui plus connu peut-être de poésie concrète –, la notion de poésie visuelle est restée fort vague. Elle désigne une poésie dont les enjeux formels et sémiotiques reposent fondamentalement sur l’image plutôt que sur le langage. L’héritage de l’oeuvre de Kurt Schwitters, qui fut avant tout poète, et du questionnement radical de Dada sur le langage et la signification y est très présent » (...) « Cependant dans le domaine littéraire, toujours dans le sillage de Dada, l’incessante exploration brossienne transforma la manière de concevoir, d’imprimer, de diffuser et de ‘lire’ les poèmes.» (...) « Les poèmes visuels sont donc des objets hybrides, sur la ligne de partage très poreuse au XXe siècle entre les domaines littéraire et plastique. » (...) « Ce sont des poèmes sans syntaxe, la plupart du temps sans texte, l’image n’y ayant pas de fonction illustrative. Une poésie qui compose des images non rhétoriques, des images au sens propre, représente un défi théorique pour la critique littéraire, » (...) «... Brossa propose une nouvelle perception du poème ainsi qu’une nouvelle façon de faire de la poésie qui répond à ce qui lui apparaît comme une insuffisance du texte. Le texte, pour Brossa, n’atteint l’imagination que de manière indirecte et médiate ; il faut solliciter d’autres sens, de nouvelles formes. Le bouleversement technique va de pair avec un renversement de l’attitude poétique : le poète-médium transcrivant des images rêvées cède le pas au poète visuel qui crée directement de nouvelles images. » (...) « La poésie visuelle dialogue alors avec la création proprement plastique. » (...) « Brossa baptise ses créations plastiques du nom de poésie visuelle. C’est un parler paradoxal dans la mesure où dans ses images le poète se tait tout en disant ceci est un poème. En quoi ces images sont-elles des poèmes ? La poésie naît ici des liens incessants que l’image entretient avec la lettre, mais aussi et surtout, des séries ordonnées d’images. » (...) « Les poèmes visuels s’inscrivent dans une syntaxe propre. » (...) « ... le hasard joue un rôle essentiel jusque dans la réflexion sur l’existence que Brossa a de plus en plus menée dans sa poésie littéraire. » (...) « La thèse comprend (...) une base de données comprenant plus de mille poèmes visuels. » (...) « ... utilité pour les archives de la Fundació Joan Brossa, qui viennent d’être transférées au Museu d’Art Contemporani de Barcelona (MACBA). » Page sur Joan Brossa (musée) : http://www.macba.cat/ca/brossa-joan

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Documentation BNF : http://data.bnf.fr/11959250/poesie_visuelle/

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TEXTES :

Jacques Donguy, « Poésie visuelle internationale », parcours : http://www.costis.org/x/donguy/poesie-visuelle-fr.htm

Poésie visuelle (« ‘l’interlangue’ de mon siècle »), par Gaëlle Theval, revue littéraire Trans : http://trans.revues.org/157

« Penser l’image, voir le texte », par Bettina Thiers , La vie des idées : http://www.laviedesidees.fr/Penser-l-image-voir-le-texte.html

« Le poème visuel », préface d’une anthologie, par Harry Polkinhorn, sur  le blog de Lucien Suel : http://academie23.blogspot.fr/2007/10/anthologie-posie-visuelle-harry.html

« La poésie visuelle », par Giovanni Pozzi , page Books google : http://bit.ly/1DIwI9b 

Artwiki. Poésie visuelle, texte : http://www.artwiki.fr/wakka.php?wiki=PoesieVisuelle

Jean-Jacques Thomas, « Essais sur la poésie française », éd. P.U. Lille, sur un livre de Pierre Garnier (« Spatialisme et poésie concrète », éd. Gallimard, 1960), page Books Google : http://bit.ly/1JGQwCd 

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SITES dédiés, œuvres, poètes visuels :

Xavier Dandoy de Casabianca : http://xddc.org/index.html

Démosthène Agrafiotis : http://dagrafiotis.com/?cat=8&lang=fr

Hortense Gauthier : http://des-plis-et.com/tag/poesie-visuelle/

Ratures, SITE (collectif) d’expression poétique (Grenoble): http://ratures.over-blog.fr/album-1299672.html

Poésie cybernétique, scriptpoèmes, photographies  d’Antero De Alda, et ANTHOLOGIE de poésie visuelle : http://www.anterodealda.com/p_visuelle.htm

Collection de poésie visuelle et sonore, site de poésie Tapin : http://tapin2.org/

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LIEUX, événements :

Galerie 13 (et liens): http://poesievisuelletreizegalerie.blogspot.fr/

Galerie nomade, librairie, livres d’artistes : http://artistesdulivre.com 

Association PAGES, promotion du livre d’artistes : http://www.pages-paris.com

Librairie Nicaise : http://www.nicaise.com

Biennale de poésie visuelle et Festival « Poètes pour la paix » (avec  trois ONG : ‘Poetas del mundo’, ‘100 thousand poets for change’ et ‘World poetry movement’ : http://www.lr2l.fr/acteur/biennale-de-poesie-visuelle-ille-sur-tet.html

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LIVRES :

« Typoèmes », livre de Jérôme Peignot (typographie et poésie visuelle), éd. du Seuil : http://jeromepeignot.free.fr/2004-peignot-typoemes/2004-00.html

LIVRE, de Julien Blaine, « Cours minimal sur la poésie contemporaine » (quelques clés sur la poésie), éd. Al Dante : http://al-dante.org/poesie/blaine-julien-cours-minimal-sur-la-poesie-contemporaine/ 

Et citation (le « descriptif ») sur Cultura : http://bit.ly/1FDPXa0 

Plus... BIBLIOGRAPHIE, tag ‘poésie visuelle’ (dont plusieurs ouvrages de Julien Blaine), éd. Al Dante : http://al-dante.org/shop-4/product-tag/poesie-visuelle/

Bibliographie, Médiathèque de Paris : http://bit.ly/1dBKfKQ 

Ilse Garnier, « Jazz pour les yeux / Anthologie de poésie spatiale, éds. « L’herbe qui tremble » : http://www.lherbequitremble.fr/catalogue-Garnier.html

Pierre Garnier, « Manifeste pour une poésie nouvelle, visuelle et phonique », éd Silvaire (fonds cédé aux Eds du Rocher). / Texte sur Pierre Garnier (Célébration) , par  François Huglo, sur Sitaudis : http://www.sitaudis.fr/Celebrations/pierre-garnier-un-agitateur.php

« Visuelle poésie », éd. Reclam Phillip. Sur Decitre : http://bit.ly/1zl8czz 

BIBLIOGRAPHIE, BNF, le livre d’artiste, PDF : http://www.bnf.fr/documents/biblio_livre_artiste.pdf

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DOSSIER: « Avant-gardes poétiques et littérature numérique » : http://www.olats.org/livresetudes/basiques/litteraturenumerique/5_basiquesLN.php

ETUDE  et  reproductions, « Des signes dans l’espace », sur Recours au poème : http://www.recoursaupoeme.fr/essais/des-signes-dans-l%E2%80%99espace/lucien-wasselin

ENTRETIEN avec Philippe Castellin, par Alexandre Gherban, sur Poezibao. « La poésie est sans épithète » (ou les cloisons qui sont des leurres...) : http://bit.ly/1ECFf1o

PUZZLE d’écrits de 1 à 11 (au 29-04-15), par Camille de Toledo, « Manifeste d’un art potentiel » (pour situer la question de la poésie visuelle dans le contexte général de la création contemporaine, XXI è siècle), Remue-net : http://remue.net/spip.php?article7235   (en marge le sommaire de l’ensemble)

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SOMMES...

« L’œil littéraire. La vision comme opérateur scriptural », collectif, P.U. Rennes. Etudes réunies par Paul Dirkx : http://artsetmondesocial.blogspot.fr/2015/03/lil-litteraire-la-vision-comme.html

« Anthologie du graphisme », éds Pyramid : http://pyramyd-editions.com/anthologie-du-graphisme/

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Cédérom, Académie de Grenoble, « Créations poétiques au XXème siècle », site de Créteil : http://bit.ly/1ECGsFV 

Effets spéciaux et poésie visuelle, Jean-Marie Marbach. VIDEO  : http://www.jm-marbach.net/

FILM, documentaire de Claudio Francia, « De la poésie visuelle à l’Art total », Yadé films : http://www.lussasdoc.org/film-de_la_poesie_visuelle_a_l_a... 

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PORTAIL :

Répertoire de poésie (portail, nombreux sites) : http://repertoiredepoesie.free.fr/ecriture-online.htm#editeursonline

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IMAGES Google. Poésie visuelle : http://bit.ly/1GDr7Ty 

Poésie visuelle contemporaine. IMAGES Google (des images communes, et quelques images présentes sur une page et pas sur l’autre...)  : http://bit.ly/1zAwNku 

Images google, livres d'artistes : http://bit.ly/1Y2rK5u

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PAGES wikipedia (pour certains liens, certaines références) :

Poésie visuelle : http://fr.wikipedia.org/wiki/Po%C3%A9sie_visuelle

Poésie graphique : http://fr.wikipedia.org/wiki/Po%C3%A9sie_graphique

Calligramme : http://fr.wikipedia.org/wiki/Calligramme

Livre d'artiste : https://fr.wikipedia.org/wiki/Livre_d%27artiste 

30/04/2015

« Petit-fils d’Algérie », BD, avril 2015

BD Petit-fils d'Algérie.jpg

 

 

 

 

Album de Joël Alessandra (scénario, dessin, couleurs), éd. Casterman, coll. Univers d’auteurs.

 

 

 

 

 

 

 

Critique, par David Taugis, sur actuabd.com. Intéressante, parce qu’elle met l’accent, dans l’origine de cette famille, dont l’histoire est donc comptée par le « petit-fils », dessinateur bédéiste,  sur le premier exil de ces Italiens. Immigrés : Français... après.

...Rappel important du fait migratoire dans la constitution de ce « peuple » de Pieds-Noirs, communauté majoritairement issue de l’immigration méditerranéenne. (Et qu’on a tendance à transformer en  « colons » venus de France, à les assimiler à eux, ou aux descendants des soldats colonisateurs... Non. Ils n’étaient même pas des Français, alors, eux. Ensuite, ils ont eu le tort de se laisser piéger par un mélange entre l’ancrage algérien - l’amour de cette terre - et la construction mensongère - élaborée par le pouvoir français, sa propagande - d’une identité qui devait se confondre avec l’acceptation d’un statut et d’une citoyenneté inégalitaires. Tous n’étaient pas dupes, mais beaucoup, car un système dans lequel on baigne nous imprègne. Et que la population, en France métropolitaine, globalement, l’appuyait). Citations : « Découverte poignante de Constantine par ce fils de Pieds-noirs italiens qu’est Joël Alessandra. Où il reconstruit son passé autant que des morceaux d’histoire d’Algérie. » (...) « Il se penche non seulement sur l’histoire de tous les Pieds-noirs, mais aussi sur l’évolution de l’Algérie, sa mémoire, ses blessures dues aux années terribles des attentats durant les années 1990. » / « Dans ’Petit-fils d’Algérie’, le sentiment de réconciliation et d’apaisement nous ramène au ‘Portugal’de Pedrosa. Une porte à nouveau ouverte vers le passé, et un chemin de mémoire éclairé pour les générations suivantes. ».

....Oui, il fallait insister aussi sur cet aspect : « réconciliation et apaisement ». Les générations qui suivent les temps des conflits et des violences peuvent avoir, réciproquement, un regard qui se défait des ombres et des peurs, mais garde les proximités. Dans la guerre d’Algérie (guerre d’indépendance), il y avait, d’une part, un peuple qui voulait ne plus dépendre d’une identité captive et se libérer de ce joug, et, d’autre part, un pouvoir colonisateur, avec son armée et ses fantasmes de puissance, en France métropolitaine. Au milieu, les Pieds-Noirs qui n’étaient ni l’un ni l’autre (mais dont certains choisirent d’être acteurs de cette libération nationale, et d’autres de tout faire pour ne pas perdre ce qu’ils considéraient comme leur patrie, mais française, notamment en se faisant manipuler par des stratèges suicidaires, cf. oas métro – comme on dit). Il est temps de mettre de côté les jugements (sur les uns et les autres) et de prendre en compte, surtout, ce sentiment, non-dit, pour des Pieds-Noirs, de se retrouver dans l’horreur d’une sorte de guerre civile. On voit mourir les uns et les autres, voisins et lointains (au sens littéral et au sens métaphorique). Exil sur exil : il y a de quoi perdre le sens des racines, et de quoi, chez ceux qui suivent, de tenter de le retrouver. ...Quand on lit cet album, on sait qu’on peut remplacer « Italiens » par « Espagnols », « Maltais », « Gitans », « Arméniens », etc. et repérer les mêmes schémas. Ainsi les BD des fils et petit-fils de Pieds-Noirs tiendront le rôle d’une salle de Musée de l’immigration... ! (Inexistante... elle). Migrations, errances... exils. Est-ce drame ou chance ? Un sens est à déchiffrer, à mon avis. Le résultat, aussi : métissage d’âme, qui peut ouvrir - et ouvre - les lignées à une acceptation de l’Autre, au goût des langues, au refus du racisme. Terrien, n’est-ce pas suffisant ? (Remarque récente d’un Pieds- Noirs arrivé en France très jeune adolescent – je mets PN avec ‘s’ car on a deux pieds, même si on est ‘un’). Lire l’article intégral de David Taugis, actuabd.com: http://www.actuabd.com/Petit-fils-d-Algerie-Par-Joel 

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Critique sur 9èmeart.fr. Par Alfro ... Moins bonne  critique, car partiale, et peu cohérente. Bizarrement, déjà, le site (dédié à la BD...) reproche à l’auteur son expression par la... BD (car, dit l’auteur de la page, c’est ainsi moins convaincant qu’un reportage... !). Ce qui est ignorer tout le courant de la BD qui crée en ayant comme supports des autobiographies, biographies, enquêtes, reportages,  voyages, récits historiques. Ensuite, le parti pris est flagrant. Alfro (pseudo…) sur 9emart.fr, donc, continue en exprimant son malaise. Comme le retour de ce petit-fils de Pieds-Noirs se fait dans l’harmonie, que ce qu’il apprend de la vie de sa famille en Algérie ne peut être que créateur de lien (au singulier, sens fort) avec les Algériens qu’il rencontre, la ville, la mémoire familiale, un ancrage dans cette part de son identité hérité. Comment... ???!!! Des Pieds-Noirs qui ne correspondent pas aux clichés construits par la métropole, une parole paisible avec les Algériens, du dialogue ??? Non, Alfro ne supporte pas ça. Donc il déclare que c’est « bâtard » comme point de vue. Il soupçonne de « l’angélisation », trouve que la violence de l’OAS et du FLN n’est pas assez présente... Sauf que l’auteur n’est pas venu pour ressasser la guerre et se vautrer dans les émotions négatives : il est venu (par accident au départ, une invitation qui se transforme) avec l’intention de profiter de ce voyage pour faire un pont entre lui et ceux dont il descend, un pont entre celui qui méconnaissait sa part algérienne et cette part enfouie, un pont entre lui et les êtres de l’Algérie vivante actuelle. Pour comprendre d’où il vient en partie. C’est juste... ce qu’il fallait faire. Et tant mieux si c’est de la BD. Cela complète une « collection » d’œuvres qui finissent par réaliser un portrait nuancé d’une communauté. (Les Pieds-Noirs et leur « algérianité » complexe, triste et joyeuse à la fois : triste par l’exil, joyeuse par la conscience d’une culture qui ne peut se perdre complètement, car elle se glisse dans les interstices de la mémoire transmise, même insuffisamment.  Et que, si la métropole a tendance à la jeter aux orties, cette mémoire, il y a aussi, justement, des consciences qui portent un autre regard, comme des éditeurs de BD...  Et il y a, c’est essentiel, une proximité avec les natifs de l’autre rive, par cette algérianité commune que même les descendants retrouvent quand ils franchissent la mer, ou sans la franchir encore, dans leurs rencontres d’autres exilés, sur cette rive.).   Ce texte critique décevant, par ces deux faiblesses importantes, donc, est à lire ici (il a quand même le mérite d’en parler, ce qui est déjà beaucoup). LIEN, 9emeart.fr : http://www.9emeart.fr/post/critique/franco-belge/petit-fils-d-algerie-la-critique-3882

Autres BD,  même thématique 

Jacques Ferrandez (particulièrement « Fils du Sud » dans « Carnets d’Orient ») et « L’Hôte » puis « L’Etranger » de Camus (voir TAGS à son nom, pour notes) : http://www.bedetheque.com/auteur-877-BD-Ferrandez-Jacques... 

« L’Algérie c’est beau comme l’Amérique », d’Olivia Burton et Mahi Grand http://steinkis.com/l-alg-eacute-rie-c-est-beau-comme-l-a... 

« Là-bas », de Tronchet-Sibran, éd Dupuis  http://www.dupuis.com/la-bas/bd/la-bas-la-bas/2870 

« Le chat du rabbin », de Joann Sfar https://fr.wikipedia.org/wiki/Le_Chat_du_rabbin

« Pierrot de Bab El Oued », éd Limage, Alger, de Sid Ali Melouah. Bio sur ActuaBD http://www.actuabd.com/Deces-du-dessinateur-algerien-Sid-... 

Hommage sur Femmes en action (forum). Sid Ali Melouah : http://femmesenaction.forumactif.fr/t644-deces-du-dessina...

Zoom sur la BD algérienne, sur ToutenBD, 2004 : http://www.toutenbd.com/dossiers/article/zoom-sur-la-bd-a...  

La BD algérienne à travers une expo (avril 2016) : http://www.lecourrierdelatlas.com/1115006042016-Caractere... 

...... BIBLIOGRAPHIE thématique, ALGÉRIE, guerre d’Algérie. Sélection de BD... http://www.bdfugue.com/bd/selections/independance-algerie

...... Voir aussi… Algérie, guerre d’Algérie, mémoire, livres Jeunesse… note. Un livre, et une bibliographie : http://tramesnomades.hautetfort.com/archive/2016/02/29/un...

29/04/2015

Jean-Paul Gaultier, exposition au Grand Palais, Paris, du 1er avril au 3 août 2015.

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 Une exposition qui donne de la joie. Malgré les drames de l'actualité, la vie nous rattrape, forte.  

Quand on arrive dans les salles de l'exposition, la surprise est vite présente. On ne savait pas à quoi s'attendre vraiment, même en ayant lu des articles, vu des pages sur la Toile. Des visages mobiles qui se mettent à parler... mystère de la technique : on est retenu, comme hypnotisé... Impression de percevoir l'amour que l'artiste exprime pour les gens à travers ce qu'il crée. Se déploie un théâtre des corps heureux (divers mais heureux). D'une nudité naturelle, légère, esquissée, pudique à force d'être si évidente. On comprend mieux le rôle des vêtements, vus dans des clips musicaux qu'on reconnaît. Ces défilés si lointains, si étrangers à mon univers, d'habitude, je me rends compte, en fait, qu'ils ont glissé dans ma culture du quotidien, que Jean-Paul Gautier a fait déborder la mode hors de la mode, comme il a fait entrer sa culture du quotidien dans un art qui le transcende, le métamorphose. Même les flacons de parfum, qui me paraissaient si bizarres, prennent sens. La clé en est donnée par le petit ourson du premier geste créatif, l'objet d'enfance qui fut et reste le témoin d'une vocation, d'un appel. C'est émouvant de voir la trace d'une naissance à la création. C'est cela déjà qui procure de la joie, cette entrée sans effraction dans cette genèse : l'élaboration d'un monde intérieur, où on voit comment il se construit en découvrant sa voie. Ensuite on ne peut qu'éprouver de l'enthousiasme devant tant d'inventivité, de liberté.

J'ai pris quatre photographies, dont les trois posées là, et une que je garde pour une autre lecture...

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Présentation, site du Grand Palais : http://www.grandpalais.fr/fr/evenement/jean-paul-gaultier :   [ Citations (description) : « L’exposition présente des pièces inédites du créateur (haute couture et prêt-à-porter), créées entre 1970 et 2013. Elles sont accompagnées de croquis, archives, costumes de scène, extraits de films, de défilés, de concerts, de vidéoclips, de spectacles de danse et d’émissions télévisées » (...) « Cette exposition est réalisée par le Musée des beaux-arts de Montréal avec la Réunion des musées nationaux - Grand Palais, et la collaboration de la Maison Jean Paul Gaultier, Paris. »]...

Exponaute : http://www.exponaute.com/expositions/8894-la-planete-mode...

Diaporama, sur timeout.fr (visible quand la souris passe sur la photographie...) : http://www.timeout.fr/paris/art/exposition-jean-paul-gaul...  

19/04/2015

Huy Thiêp NGUYEN. Leçon d’écriture, leçon de liberté... "Refuser de courber l'échine..."

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« Il en est de la littérature comme de la Voie. Etre, c'est ne pas être; ne pas être, c'est être. "Plein" et "vide" sont des catégories de la pensée (...) si l'on considère la littérature comme une voie parmi tant d'autres, afin de se perfectionner, on ne se sera pas trop trompé... » (Un maître parle...)

Huy Thiêp NGUYEN, « Mon oncle Hoat et autres nouvelles »

Il y a des relectures qui résonnent en nous particulièrement. Celle d’un article de L’Express, de 2012, prend un sens différent, en fonction de l’actualité récente, des dissensions idéologiques brutales qui font devoir se positionner dans le combat contre les fanatismes, les intégrismes, et les pensées de haine. (Mais ce ne sont pas vraiment des pensées, celles-ci, juste des fracas émotionnels qui sortant de la part la plus sombre des peurs souterraines construisent des machines mentales de destruction, ou des complicités avec ces machines mentales. Porosité des univers des mots...).

Dans cet article, qui suit l’interdiction faite à Huy Thiêp Nguyen de sortir du Vietnam, pour répondre à une invitation à l’étranger (France...), tout est dit de la situation des écrivains dans ce pays, et tout est dit de la manière dont cet auteur trouve le moyen de traverser les murs qu’on lui oppose. Tout est dit aussi du choix qui reste à ceux qui refusent les oppressions totalitaires, qu’elles soient politiques ou religieuses. Et du choix qui reste à tous, partout : « refuser de courber l’échine ».

Lire ceci : « L'écrivain doit nager à contre-courant et, par conséquent, il s'attire constamment des ennuis, dit Thiêp. Qu'importe qu'on cherche à lui couper les ailes, il doit refuser de courber l'échine. Car il aime la liberté, et c'est un réel handicap. Cherchons cette liberté dans la douleur, au sein même de la pauvreté et des coups bas politiques. »  (Et lire ou relire tout cet article, précieux, et intégralement en ligne).

L’Express, 21/06/2012, par André Clavel : http://www.lexpress.fr/culture/livre/crimes-amour-et-chatiment_1128950.html

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Ses livres, référencés sur le site « vietnam.aujourdhui »   : http://vietnam.aujourdhui.free.fr/livres/nguyenht.htm

Librairie internationale (livre mentionné en exergue et autres publications de l’auteur) : http://bit.ly/1HIGoHe

Fiche wikipedia : http://bit.ly/1yIZNWO

14/04/2015

Hasard, vent, création... et relecture d’ August Strindberg...

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Je marche, et je deviens street-artiste imaginaire... Puisque je ne le suis pas vraiment, ou seulement si on peut parler de street-art des captations, non de ce qui est peint sur les murs, mais de ce que les murs peignent... Je me contente paresseusement de regarder, et de photographier. Les yeux errent au hasard des pas, et justement, là, je vois une image créée par l’agacement de passeurs (peut-être) qui ont déchiré les affiches, et, sans s’en rendre compte, sans doute, ont participé à une construction mentale collective. Moi j’y vois un ciel, l’image d’un mur aussi, et le symbole de l’écriture qui n’est que cet amoncellement-destruction des phrases venues, effacées, reprises ou jetées, déchirées aussi, puis recréées par l’effarement du temps. J’y vois le vent, des voiles ou des feuilles. Quelqu’un a tracé un chiffre, que je préfèrerais à l’envers (donc que je mettrai à l’envers : il suffira d’un geste du doigt pour que cela s’inverse). Et il reste un fragment du mot cinéma, seule trace minuscule d’un texte, mot (aussi) que je préfère lire à l’envers, ou ne plus pouvoir lire, qu’il n’y ait que les lettres, comme pour un graphe miniaturisé.  

Hasard, vent, création...  En rentrant je regarde l’image jouée aux dés de l’incertain, je note ce qu’elle me dit. Et je repense à August Strindberg, parce que ces trois mots font écho... Recherche d’un petit livre de quelques pages, perdu sur les rayons : « Du hasard dans la production artistique » (publié en 1894, « Revue des Revues »), éd. L’Echoppe, 1990. Relecture... Il raconte comment des Malais utilisent des bambous « végétant aux bois » (son expression), en faisant des trous dans les troncs, et comment « couchés sur terre » ils écoutent « des symphonies exécutées par ces harpes éoliennes gigantesques »... « mélodie et harmonie selon le hasard du coup de vent. » Mais il évoque aussi les tisserands se servant du kaléidoscope, et c’est « l’occurrence aveugle » qui réunit les « morceaux de verre peints ». A partir de cela il explique sa conception de la création, comment il allie recherche et hasard, tant en musique qu’en peinture, pensant qu’il faut « imiter la manière de créer de la nature ». (Oui, ici, en ville, ce sera la nature qui se mêle aux murs et aux sols...).

Ce texte aide à comprendre sa démarche d’écrivain, auteur dramatique. Voir cette page, Encyclopédie de L’Agora : http://agora.qc.ca/dossiers/August_Strindberg  

Jean-Pierre Sarrazac, universitaire et auteur dramatique, lit le texte concernant la peinture et le commente, parlant de « méthode de création transversale », de l’inconscient, d’une « dramaturgie de l’autoportrait » où on cherche à capter la part inconnue en soi, individuelle et commune (le transpersonnel), par la libre association, sorte d’écriture automatique (conception, 1894, qui précède le Manifeste du surréalisme) . Lien : http://www.dailymotion.com/video/xaf46a_jean-pierre-sarrazac-strindberg-pei_creation

Auguste STRINDBERG, encyclopédie Larousse en ligne : http://www.larousse.fr/encyclopedie/personnage/August_Strindberg/145332

Fiche wikipedia : http://fr.wikipedia.org/wiki/August_Strindberg

© MC San Juan (TramesNomades) / Texte et photographie

06/04/2015

Ecriture... A L’INDEX N° 28, revue littéraire

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Puissante œuvre poétique que celle d’Anne Sexton

 

 

 

 

 

(née en 1928 dans le Massachusetts, morte en 1974, suicidée), fascinante même dans cette obsession suicidaire (qu’elle partage avec Sylvia Plath, poète immense aussi, née en 1932, morte en 1963, par un suicide que toute son œuvre  semble annoncer). Amitié qui constitue le dossier d’ouverture de la revue. Ce qu’Anne Sexton écrit sur (et à) Sylvia Plath est bouleversant, intime, riche autant pour ce partage fraternel d’émotion que pour tout ce qui est dit du processus d’écriture, entrelacé dans le même partage. Puissante écriture, tant pour les textes d’analyse de soi (par quelqu’un qui a vécu la démarche analytique) que pour les poèmes. On la connaît peu, d’où la nécessité d’un tel dossier. Je ne sais pas pourquoi elle a été plus négligée, en France, que Sylvia Plath. J’ai aimé le portrait que Jacques Basse fait des deux auteurs (non, moi je ne mets pas le « e » d’un féminin formel, qui, à mon avis, est un contresens linguistique). Jacques Basse, je l’avais découvert par hasard, avant de lire A L’Index, en cherchant un texte de René-Jean Clot, et le nom m’avait mené à son site, et au portrait du peintre-écrivain (qui m’est cher, très cher), et depuis c’est lui que je cherche aussi, pour ce regard sur des visages marqués par l’écriture. Traits noirs, mais pas tristes, ici. C’est la vitalité qu’il a voulu montrer, pas le désespoir sourd. Dépressives, Anne Sexton et Sylvia Plath, le sont donc au point d’en mourir, de « vouloir mourir » (comme l’affirme en titre le poème de la page 11, d’Anne Sexton, ou page 17 celui sur « La Mort de Sylvia »). Mais leur lecture donne de la joie, par la profondeur du cri intérieur, par la maîtrise lucide, malgré tout, du langage pour saisir ce qui est en jeu,  même quand, comme moi, on se sent complètement étranger à ce genre de triste déchirement intérieur. Mais sans doute en nous tous y a-t-il un écho de tels questionnements. Camus l’a dit, la question du suicide est le sujet philosophique central, et moral, c’est pourquoi ces poètes parlent de nos vies. Et la différence avec elles, avec elle, c’est qu’elles savent, elle sait, quel est le gouffre qui  attire. Nous, consciemment, non, mais qui sait ce qui est mortifère dans nos rapports aux émotions, au corps, au monde. Parfois nous frôlons la mise en danger de soi, par une fuite apparente des parts sombres, et l’inconscient est là.

Magnifique texte, que celui de Frédéric Miquel, dès le début : « Un verre à la main, une bouteille de vodka dans l’autre, elle se mit à exhumer amoureusement les souvenirs enfouis au plus profond de la terre séchée de sa mémoire... ». Il parle d’un « corps solaire » mais c’est l’être entier qui est solaire dans ce portrait d’un « physique éblouissant de beauté ». Texte amoureux. C’est la juste approche, pour lire et relire : que ce soit amoureux. Voilà un critère pour apprécier une œuvre : produit-elle en nous un tel élan (comment, peu importe, mais d'une impulsion violente, de manière inconditionnelle et dans la distance de la gratuité) vers l’être qui a tracé ces mots-là? Anne Sexton y réussit. (Tous ceux qui ont écrit ou dessiné pour ce dossier l’expriment diversement).

Echo des ombres, êtres perdus dans l’immense et dans l’angoisse, le beau poème de Guy Girard (2011). Je retiens ici un fragment, particulièrement : « dansante évidence de la lumière éclairant de son ombre / ce grain de poussière  dans le jeu de quilles du présent. »

Rabiaa Marhouch dit son admiration pour les poèmes d’Anne Sexton, comme dans une sorte de terreur : « Ta poésie me terrasse ». « Ma page blanche » : je le vois, ce texte,  comme un poème en prose. Elle y parle de la lecture de cette œuvre accomplie, achevée, d’Anne Sexton, qui peut être contemplée dans un ciel de splendeur et qui écrase par sa magnificence, quand on admire. Un début, une fin, finalité qui peut paraître trop loin, inatteignable. Je peux comprendre, et l’angoisse et l’élan que le texte sait traduire avec force : « Ma poésie est à délivrer de ta Poésie. »... Au début, cependant, elle écrivait : « Je suis une immensité qui se méconnaît. ». Oui... C'est une phrase qui restera longtemps dans la mémoire, après l'avoir lue. On aura donc envie de relire ce texte, et de suivre cette écriture...

Mais aucune de mes grandes admirations ne m’a jamais fait ressentir ces peurs, même adolescente. Très jeune je savais (et je l’avais décidé, je m’en souviens, à douze ans exactement : j’ai même le souvenir d’un instant précis, à l’ombre d’une entrée de patio, cristallisation des pensées de beaucoup de moments et de jours...). Je savais que le temps serait mon espace d’écriture, des décennies de travail devant moi quand d’autres avaient des décennies de travail derrière eux. De plus, Rimbaud démontrait que l’inverse est possible, l’intense concentre le temps et tout peut être transcendé. La preuve... Enfin, pourquoi craindre le temps si l’on ne rêve pas d’une accumulation de livres remplissant une bibliothèque, mais plutôt de l’ouvrage essentiel, qui serait le produit de la déchirure d’infinis brouillons,  alchimie de soi autant que des mots tracés. L’importance de la création ce n’est pas le poids. Je n’ai pas un rapport quantitatif avec la mesure d’une œuvre. Et ne m’intéresse, pour moi et les autres (écriture, ici, lecture, là), que ce que signifie (et crée) cette lente métamorphose que l’écriture ne fait pas que traduire mais bien plus produit. Les mots comme un feu qui brûle l’inessentiel et fait sourdre de notre ombre des scories qui ne sont pas des déchets mais gardent en eux une densité volcanique faite de son contraire, et, en eux, aussi, ces vacuoles d’espace cosmique. Le creux de soi, centre libre, n’est pas que racines. Ce que je veux dire par cosmique, c’est justement ce qui empêche l’admiration de se muer en peur de ne pouvoir atteindre cela qui est écrit par quelqu’un d’autre.  Tous peuvent être sculpteurs d’eux-mêmes, donc de leur œuvre. A condition de... Affaire de travail, de lecture, et de conscience. De perception de cet espace immense autant interne qu’externe. Et de ce sens présent partout, qu’il faut juste déchiffrer. Est-ce orgueil ? Non. L’humilité, je la mets plutôt dans un goût pour la longue patience, très longue patience... Et pourquoi pas ? Regards et regard...

Donc, poèmes d’Anne Sexton, dans ce numéro. Citations. « Vouloir mourir » (texte pp.11-12) :

« Puisque vous demandez, la plupart du temps je ne me souviens pas. / Je marche dans mes vêtements sans porter la marque de ce voyage. / Puis ce désir viscéral presque innommable revient. »

Et

« La Mort de Sylvia » (pp.17-19)

« Sylvia, Sylvia, / où es-tu allée / après m’avoir écrit / du Devonshire (...) ? » (...) « à quoi as-tu été fidèle, / comment, au juste, t’es-tu allongée dedans ? »

(...)

« cette mort que nous disions avoir toutes deux dépassée, / celle que nous portions sur nos poitrines maigres »

Cette mort l’attriste, mais lui donne le désir « d’y goûter, comme à du sel. »... Elle le fera, plus tard. Ses textes disent qu’elle ne sait toujours pas de quelle plaie vient encore ce désir de mourir qu’elle croyait avoir vaincu. « Innommable » désir, sans mémoire pour pouvoir le cerner. Innommable, car il est le désastre du défi lancé à l’écriture. Si les mots d’Anne Sexton avaient pu saisir totalement l’attrait de la mort, cet attrait aurait-il été englouti dans le travail de mise à la conscience par l’écriture ? Ou, au contraire, si l’enjeu avait juste un peu déplacé le regard ? L’influence de Robert Lowell n’a-t-elle pas été un frein, malgré ce qu’elle en dit, admirative et reconnaissante ? Dans un texte elle écrit « Après tout, le suicide est le contraire du poème » (« Le pilier de bar devait chanter », pp.7-11, citation, p.10). Et elle ajoute qu’avec Sylvia elles discutaient « souvent de contraires ». C’est comme si, là, on était au bord d’une frontière qui aurait pu être traversée dans un sens ou tout à fait dans l’autre sens. Même si, bien sûr, on ne peut rien dire sur le mystère des bascules dans la dépression, ni, dans le fond, pas beaucoup plus sur ce que l’écriture arrive à vaincre chez autrui...

Ce dossier seul justifie la parution du numéro, qu’il emplit déjà, jusqu’à la page 26 (seulement ?) : qu’il emplit de sens.

Mais d’autres textes suivent...

Poèmes de la « Petite anthologie portative ». Plusieurs auteurs. Je relève un nom, pour les textes que je préfère : Nora Thermes, d’évidence. Découverte d’une écriture, où je sens un souffle, une pensée qui sous-tend la poésie (pp. 36-38). Une démarche qui engage tout l’être. C’est une écriture...  On reste à hauteur du dossier...  Citer, c’est parfois trahir un peu, quand tout est lié (comme pour le texte de Rabiaa  Marhouch...). Mais commenter sans citer, non.

Donc... Nora Thermes « S’enorgueillir alors de n’être jamais qu’à soi / Et ne se dicter comme quête relationnelle / (Pour ne point effleurer l’affect, / Et sanctifier l’angoisse) / Que la triomphante obtention / Des ombres des corps les moins lumineux » (...) ///   « Et tisser sans transparence des liens furtifs / Fugaces, pour ne point plonger / Ne point goûter la douce douleur salée / Des abîmes d’impudiques » 

Pages 49 à 64, jeu entre écriture et dessins, Jean Chatard et Claudine Goux. Humour et poésie. C’est original (« Visages, Nuages, Mirages »).

Pages 65 à 69, mon texte, poème, vers libres et prose. « Une et toutes douleurs ». Exergues (bien sûr...) : Anna Akhmatova, Monique Rosenberg, Lyonel Trouillot, Geneviève Clancy. Je ne peux que tisser lecture et écriture. Je ne citerai qu’un fragment, tout au début. Il donne une des clés, en posant une question : « Le lieu est-il l’exil de la pensée ? ». Exils, conscience : méditation... La traversée des frontières est au centre de mon identité, de tous mes questionnements. Pluriel interne, valises « arrachées », et chiffre de l'éthique nomade. Regard autre. Je signe d'un S, mémoire du soleil-signature de Jean Sénac, et de l'initiale en commun, S solaire, oui, et S des pluriels, qui ouvre le multiple en soi et dehors (MC San Juan...).

Page 77, poème, « Marelle », de Jean-Claude Tardif. Evidemment le jeu n’est qu’un prétexte, pour cartographier bien plus que les pas sautillants d’enfants... J’aime beaucoup. On entre plus facilement dans un univers quand on a lu des recueils, des pages diverses de l’auteur. Dans un poème on ouvre alors un monde. On peut se tromper et inventer un sens qui n’est pas celui que l’auteur voulait nous faire lire. Mais le lecteur crée aussi le texte qui inscrit plus que le poète croyait dire (et il le sait).

Donc... « Sur le chemin de la marelle / L’éclat calcaire / Limite au bonheur »  Pourquoi limite ? Parce que cela casse la symétrie plane ? Parce que cela alourdit et ramène au sol vers l’éclat (trop poudreux ?) « L’enfant solaire » ? Ferme son espace ?  Mais quand même l’élan qui élève. « Agir »... « Lancer la pierre / Contraindre l’espace ». Non, décidément, ce n’est plus seulement le jeu d’enfance, le rêve dans la lumière. J’y vois le symbole de nos vies, tous au départ « enfants solaires », à sauter « Sur la nuit et les jours », « Blancs et noirs » du jeu,  à devoir trouver la route entre les « droites » quand un instant peut faire dévier, et arriver, au bout du compte, à être capable de dévier exprès des chemins fixés, sans angoisse. Le but, la fin, dans le texte, c’est aller  « Jusqu’à l’asymétrie ». Parce que l’espace libre échappera aux traits normatifs, que la vie fera entrer du désordre dans nos jours et nos années, et nous forcera à sortir des repères anxieux, obsessionnels, des normes et des cadres. Mais il y a un mot, « lutte », qui marque l’effort de l’enfant dans son jeu (pour suivre ce qui est droit), et, peut-être, la lutte de l’adulte, au contraire (pour fuir ce qui est trop droit...). Asymétrie vivante, l’art... 

Les pages qui suivent sont de Claire Dumay. Feuilletant la revue sans regarder le sommaire pour trouver les pages, au départ, j’ai lu la dernière phrase d’un de ses deux textes (pp.78 à 85), et j’ai immédiatement reconnu le style, signe qu’il est très personnel. Un style...  « Essai d’autobiographie », voilà qui soutient ma lecture du poème de Jean-Claude Tardif... La même chose est dite (sans le savoir, en voulant dire le contraire, en regrettant ce contraire...). Elle explique son impossibilité à inscrire un quelconque projet autobiographique qui ressemblerait à ce qu’elle lit ailleurs. Elle croit devoir s’en désoler... Parce qu’elle perd les repères, ne sait plus où elle va, en est « ébranlée, bousculée ». Justement, c’est bien. C’est signe que l’écriture ne se ment pas, que le désordre de la vie est bien là (qui fait arriver où on ne va pas, et fort heureusement car autrement on n’aurait pas su le décider...). Bien sûr les visages du passé ne seront pas les visages du passé. Les bribes captées deviendront autre chose. Et « tourner autour » c’est cela qui est intéressant, car autour on prend le juste recul, alors que dedans on serait enfoui dans les identifications faussaires. « Tourner autour » obligerait-il vraiment au « recyclage d’une gestation unique » que même cela serait une perspective d’écriture. Une page qui devient cent, car elle a autant de significations que de tentatives d’écriture du même instant d’un être. « Impasse » ? « Inutile de dévider l’impasse », écrit-elle. Moi, justement, j’entre dans ce texte qui se dit impasse avec un plaisir de lecture où je trouve matière à comprendre, à interroger. Les histoires tranquillement déroulées ne m’intéressent pas, mais cette hésitation de l’écriture, oui. Car le basculement est en train de se jouer. On approche l’asymétrie que visait le poème Marelle... Parce que le doute l’installe. Aux orties le moment où Pascal « marchait solitaire sur la grève » : c’est juste une clé, le saut de la marelle, avant ce trou du silence où autre chose émerge. Et que ces doutes sont bien écrits... !

Claire Dumay, encore, « Ecrire le matin ». Là aussi j’aime beaucoup. Amusée, aussi. Je remplacerais matin par nuit et je reconnaîtrais  la plupart des signes. Le matin, pour moi, serait celui des nuits blanches (alors je peux voir l’aube). Très beau texte sur l’écriture, celle qui vient sans qu’on la cherche, comme d’une étrangère. Lieux et rythme d’un monde très féminin. Solitude de l’écriture dans les moments où l’espace se libère. Rangements... ou ménage qui va marquer des pauses cérébrales, gestes dont on ne sait s’ils produisent, causent, ce qui s’écrit, ou viennent de ce qui s’écrit. Boisson chaude qui donne de la douceur au corps. Toilette décalée pour ne pas stopper l’élan du flux qui passe par les doigts. Citations : « Je quitte le mémorial, les eaux sacrificielles, la crypte funéraire » (...) « L’exode des mots supplante la stagnation, le règne de l’immobilité. Moi qui suis un être d’attache, fidèle à mes demeures, m’affranchis malgré moi de ces contrées souterraines, de la claustration du confessionnal. » (...) «  J’entre en migration. Les lettres qui sont frappées sur le clavier ne sont plus traces, ni empreintes. »   

Poème... Anne-Marie Marcelli, pp. 90-95. « Prémonitoires ». Le silence, l’écriture, le corps, la peur (ou les peurs). Toujours, l’écriture est interrogée, questions entrelacées aux thèmes courants de la vie (le corps, les liens, les lieux, la matière). Je lis, et des fragments retiennent l’œil.  Ainsi :

« Je vis / Que les pierres / Même les pierres / Se froisseraient comme du papier / ... / Et nous sommes / Moins que pierre » (...) « Ecoutons / Les murmures étouffés / De la source du verbe / Qui tremblent dans nos os » (...) « Faisons la paix / Avec le temps / Silence / Prière ». Belle méditation sur la genèse de nos écritures... et ce qui s’installe quand on fait taire les mots. Une sagesse du silence ?

Des poèmes en prose de Marie-Anne Bruch je préfère « Toussaint », « Sable et cendre », « Cercles ». 

A noter, une étude (dense, riche) d’Alexandre Zotos, sur la poésie d’ Ali Podrimja.

Et des recensions.

A L’Index N°28, Table des matières (et, sur ce blog éditeur, numéros précédents et projets) : http://lelivreadire.blogspot.fr/2015/02/a-lindex-n28-en-cours.html

Autres numéros de la revue, ici : notes, blog Trames nomades, tags...

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Anne Sexton, site dédié : http://anne-sexton.blogspot.fr/

05/04/2015

PAGES TISSEES. Des blogs, des blogs, des blogs et leurs liens... Sites et lecture infinie...

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« ...On gagne en liberté avec les années. Je suis maintenant dans une urgence et une impatience adolescentes. Il faut que les choses aient lieu. » (...) « ... Affronter les gens ou ne pas les affronter. On peut mettre, ou non, la négation. »

Maïtena Biraben , citée par Marie-Laure Delorme, JDD, Regards/Portraits, 05-04-15

« ...On a toutes les lumières en soi. » (...) « Je suis aussi bien passionnée par les textes taoïstes que soufis ou chrétiens. Ils ouvrent des portes intérieures et nous aident à traverser les émotions. Je ne suis pas religieuse et assez méfiante vis-à-vis des croyances, même si j’ai un sens des rituels, si importants dans le respect de l’autre. »

Juliette Binoche, entretien, JDD, 05-04-15, propos recueillis par Alexis Campion

................................................ ("Qui si je criais", voir le lien, fin de note, avant "poésie" (Poezibao) et "sagesses")............

Hasard des lectures du jour, exergues trouvés sans les chercher, dans la presse. Citations qui disent exactement certaines choses essentielles. Que ce qui doit être pour donner sens complètement à notre vie ait lieu. Qu’on pose le non qu’il faut poser, comme le font les auteurs de pages qui suivent... Et que des mots cassent les murs intérieurs. Et pourquoi ce choix d'illustration (qu'on retrouve en vignette et en lien, vers un site)? Car c'est révélateur du processus qui mène aux pages lues. On cherche un poème, et on tombe sur un lien vers un site de ressources, un site de veille. Pages tissées... Des blogs, des sites. Pages personnelles ou simples lectures, colères, engagements, humanisme, poésie, revues et éditions, parfois. Préférences. Pour des écritures, des thématiques, des questionnements. Une esthétique... qui fait éthique... parentés morales. Murmures et cris. Plus on lit de pages sur papier et plus on lit de pages sur la Toile, et inversement. Découvertes de poèmes, de commentaires, désir d’aller lire tel recueil... Réflexion en cours, actualité, et le hasard qui fait rencontrer, justement, les pages qui donnent les clés qui manquaient. Voyage... d’un clic je suis à... Nouméa. D’un autre je reviens à... Lampedusa (trois adresses dans la liste en marge, trois textes). Ci-dessous j’ai surtout repris des titres qui étaient dans la liste en marge (pages qui n’y sont plus, mais les sites, oui, pour l’essentiel), ou ajouté des liens qui n’y étaient pas encore, pour construire une mémoire de pages, ici... Dans certains cas l’actualité impose, comme la nécessité de garder trace de « paroles contraires » (cf. note du 30-03-15), consciences solidaires de Soufiane Zitouni : les liens sont dans cette note, et certains blogs découverts ainsi rejoignent la liste (Pages tissées) pour d’autres écritures. J’aime les blogs de netwriters, de gens qui écrivent vraiment, pas ceux où l’on se contente de faire copie de textes lus... Sauf quand, c’est rare, le montage des choix est une création, un collage qui fait sens. Ici, j’ai choisi des blogueurs que je connais, et des blogwriters inconnus (blogwriter, j’aime ce terme anglais, pour une fois... emprunt que je garde : c’est court, c’est net). Inconnus mais proches en conscience. La liste en marge est alphabétique. Ici je vais tenter un ordre (logique intérieure...). Je ne mets pas (ou exceptionnellement, si la structure du blog le rend nécessaire) le lien vers l’accueil des sites, mais je choisis une page particulière, que je voudrais faire découvrir, et je la laisse longtemps en ligne (liste puis note). On peut ensuite voyager dans les pages ouvertes... Tisser ainsi des fils entre les pages des uns et des autres, connus et inconnus, c’est, presque, aussi, tracer un autoportrait, ou portrait en projet, en advenir.

Pour commencer.... Je pose des pages précises. Mais ensuite on peut aller découvrir tout ce qui peut être lu d'autre en allant voir l'accueil, les sommaires... Lecture infinie, donc...

MEMOIRE du VENT, septembre 2012, un texte de Khalil Gibran, « Et une femme qui portait un enfant dans les bras dit... » (extrait, Le Prophète). Je fréquente ces pages depuis longtemps... Poésie, voyage... Pas de mise à jour depuis 2013 ? Lassitude peut-être (je n’aime pas le trop long silence des blogs. Mais pourtant...) : http://memoireduvent.canalblog.com/archives/2012/09/06/25048943.html

BLOG de Jean-Claude Tardif, écrivain et éditeur (une ample note mensuelle, ou quelques notes brèves). A L’INDEX, novembre 2014, Jacques Basse, Anthologie de poésie turque (Visages de poésie), et autres informations littéraires. L’exigence comme méthode et pratique. Lucidité comme éthique sociale et d’écriture, fidélité au réel. Un goût des autres, savoir prendre le temps de rendre hommage. C’est ce que je perçois :   http://poesiealindex.blogspot.fr/2014_11_01_archive.html     

Le livre à dire, Empreinte. A L’Index N° 29. J-C Tardif veut faire lire et relire Gabriel Okoundji : http://lelivreadire.blogspot.fr/2015/02/a-lindex-n29-n-empreinte-consacre.html

PAPALAGUI, BLOG de Christian Tortel, journaliste, s’intéresse aux « littératures éparses et ultrapériphériques ». Il nous ouvre des mondes, et interroge une certaine immobilité perverse qui fige les consciences, source de tous les pièges du racisme, ou de l'indifférence. Invite au nomadisme de l'âme (à comprendre comme esprit, intelligence du regard). Sur cette page, juin 2013, une citation de René Char (« Va vers ton risque... ») et Les Matinaux en illustration (plus une explication du terme papalagi - ou papalagui). Dans ses liens : îles, sud, nomadisme et « tout-monde »...  http://papalagi.blog.lemonde.fr/2013/06/26/va-vers-ton-risque/

Le rendez-vous des civilisations, de Florent de Gigord, dont le blog montre l’intérêt pour la spiritualité, à condition qu’elle soit liée à une démarche libre. Liberté de conscience, d’abord. Culture ouverte aux sagesses diverses. Culture large, nourrie de lectures. Humanisme et fraternité. Le dialogue contre les idéologies de l’affrontement. Connaître la pensée et la spiritualité des autres, pour comprendre. Donc voyager hors de ses cadres, entrer en empathie dans le cœur, le centre, des sagesses proches et lointaines. Esprit curieux de découvrir et faire découvrir des sites, en proximité éthique (et esthétique...). Ainsi, dans la note qui suit, il présente d’un trait en une ligne (mais avec des illustrations choisies), un blog qui fait partie justement aussi de mon panthéon, « Thé au jasmin ». Et il répond à un commentaire, de manière intéressante, même page : http://flo92100.blogspot.fr/2013/04/the-au-jasmin.html

« Thé au jasmin », blog de Kenza, qui aime la voix de Melody Gardot, la poésie, la peinture... En exergue : « L'art et rien que l'art, nous avons l'art pour ne point mourir de la vérité. »,  Friedrich Nietzsche. Et, sur certaines pages, comme un programme, cette citation : «Trois opérations : Voir, opération de l’œil. Observer, opération de l’esprit. Contempler, opération de l’âme. Quiconque arrive à cette troisième opération entre dans le domaine de l’art.», Emile Bernard. La blogueuse fait des choix, reprend des notes d’éditeurs, cite, sait associer une reproduction (c’est très riche en illustrations : peintures, expositions diverses), écrit peu, mais un peu, comme dans cette page, citation et remarque brève qui fait présence. Ce que j’aime, je crois, c’est ce « tissage » (là aussi) de références qui sont un langage en soi : http://theaujasmin.blogspot.fr/search/label/Lectures

Vivre à BELCOURT, site de Luc Demarchi. Petit à petit le site accumule des pages autobiographiques, classées dans les portfolios, et on voit une écriture se définir, s’affirmer. Certains textes offrent des fulgurances. Deux autres pages à lire dans la liste en marge, deux pages que j’aime particulièrement. Parole d’exil, de tendresse, réflexion sur la mémoire, sur le lieu d’ancrage, l’enfance, autrui. Le retour sur soi rejoint l’universalité des émotions. Le lisant on se demande quelle est l’influence des paysages (nature et ville) sur notre formation, quels sont les liens entre les gens d’un même quartier, la fraternité des appartenances, non communautaires, mais d’ancrage dans un espace voisin. Et le passage dans l’imaginaire de l’autre rive (imaginaire car le réel se recrée, et la vision traverse le temps) offre une méditation sur le regard, les perceptions. Je rêve d’un recueil qui regrouperait ces pages en ouvrage à feuilleter. En voilà une, « Le rendez-vous manqué » (Camus !)... http://belcourtois.com/index.php/projet/le-rendez-vous-ma...

ARMENIANtrends/Mes Arménies. Voilà ce qu’il donne en accueil comme autoportrait et programmation : « Arménies - traversées de soi, de l'autre - flux et reflux informulés - quête d'Eden - les saisons d'ordalie - accéder aux métamorphoses - scander les gouffres et les cimes - multiple, errant, total ». Oui, traversées de soi, de l'autre : Arménie en thème majeur, mais aussi des poèmes personnels, dispersés ça et là, des pages (et poèmes, aussi), sur les créations d’une plasticienne qui vit entre Allemagne et France, Nicole Guiraud (présente aussi sur mon blog, note et album, listes, etc.), des réflexions que l’histoire ou l’actualité impose, des traductions. Humanisme engagé, fraternité. Là j’ai choisi un poème, « L’œil » : http://armeniantrends.blogspot.fr/2013/10/loeil.html

Les SONGES d'une NUIT. Blog de Pôl Kraly. "L'homme sans costume", 15-12-13. Il y a une démarche très personnelle, une recherche. Pages méditées qui cherchent une cohérence entre exigence spirituelle et éthique laïque : http://lessongesdunenuit.hautetfort.com/archive/2013/12/15/l-homme-sans-costume-5247759.html

MEMOIRE de Là-bas. Blog d'Hubert Ripoll. LIVRE, liens, commentaires, contributions. Une très belle écriture tente une cartographie identitaire loin de tout enfermement : http://memoiredelabas.blogspot.fr/2009/08/alimentez-vous-meme-memoire-de-la-bas.html

MEMOBLOG, de Paul Souleyre. Mémoire, encore, mais la recherche de fils et filles de Pieds-Noirs. Questions sur la transmission, l’identité, le rapport avec l’autre rive. Avec la perception d’une deuxième génération d’exil et mémoire (ou oubli : l’amnésie doit parfois être interrogée quand on fait ce chemin vers une vérité de la transmission). Désir de lucidité, même si cela peut déranger des regards venant d’une autre génération, d’une autre approche idéologique (là l’idéologie est évacuée, volonté d’une démarche rigoureuse, plongée en soi, archéologie des passages de témoins des anciens aux plus jeunes, par les mots et par les silences). « Un peu d'ordre dans Mémoblog », en accueil : http://www.memoblog.fr/ 

MUSIQUE, Andalousie, fraternité. Blog "El Duende", de Florence Guilbot. Une page sur "El Gusto", et le mot qui rejoint, en sens algérois, la signification andalouse du duende. La musique andalouse, et Enrico Macias, plus comme musicien que chanteur (chanteur aussi mais importance donnée à sa musique, son orchestre andalou). Mais elduende.musicblog.fr ne peut plus être trouvé. La blogueuse l'avait écrit, disant qu'elle pensait arrêter, sans cesser d'aimer ce qu'elle aimait, fidèle à ses passions. Lassitude ou besoin de passer à autre chose.  (Mise à jour, 06-06-2016).

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TITRES et LIENS. Humanisme, sagesses, écritures, engagements, se croisent.... Des VOIX....

Abdou LABBIZE, photographe algérien. Humanisme, générosité. Il offre au regard les êtres et les lieux, les paysages et le patrimoine de l’Algérie. Série PORTRAITS. Regarder en musique : http://www.labbize.net/French/Pictures/Portraits/Portraits.htm 

Anouar BENMALEK. Questionnaire de Proust. De quoi entrer dans l’univers profond d’un écrivain de talent : http://anouarbenmalek.free.fr/textes_divers/questionnaireDeProust_juin2008.htm

L'AGORA, Canada. Immense site, lecture infinie... CONTE SOUFI sur la pauvreté et la mort. Rûmi : http://agora.qc.ca/thematiques/mort/documents/le_cercueil

VACARME.org. Texte très important. A lire, relire, méditer. UNE VIE NON FASCISTE : http://www.vacarme.org/article2288.html 

Patricia Grange, BLOG Papillons de mots, "A l'origine notre père obscur", recension, et poème : http://www.papillonsdemots.fr/2015/01/26/a-lorigine-notre... Voir son site, Le Jardin de Mariposa (et écouter... en accueil) : http://www.patriciagrange.fr/ 

Cathy GARCIA. "Le désespoir des anges", d'Henri Kénol. Une note, pour découvrir tout le blog : http://bit.ly/1bYMEOZ

Muriel DIALLO, texte sur la création en exil... http://www.africultures.com/php/index.php?nav=article&... Voir aussi la page sur aflit.arts (Afrique, Femmes écrivains) : http://aflit.arts.uwa.edu.au/DialloMuriel.html   

Kamel DAOUD. Algérie-Focus, Djazairi, ma langue : http://bit.ly/1axv0Bm

Kamel DAOUD. Sur la haine. Le Quotidien d’Oran : http://bit.ly/1IA7DkZ  

ESPRITS NOMADES. Emily Dickinson, "la recluse incandescente" : http://www.espritsnomades.com/sitelitterature/dickinson/dickinson.html

Jalel El Gharbi, BLOG. « S’il n’y avait qu’un texte à faire connaître... », Giono, et F. Bach http://jalelelgharbipoesie.blogspot.fr/2014/06/sil-ny-avait-quun-texte-faire-connaitre.html

NOUS LAMINAIRES. Julien Delmaire, sur Yahia Belaskri : http://bit.ly/1J9uEfu

KAIZEN. REZA, entretien. « Femme témoin de paix » : http://bit.ly/1GVwMIB

 Chahla Chafiq, SITE.  Reparler d’humanisme : http://bit.ly/1xQNS8G

Chahla Chafiq, SITE. « Jaune de nulle part », POEME : http://bit.ly/1P9CN7Y  

Ecritures du monde...Chantal  Serrière, BLOG. « Claude s’en est allée » :  http://bit.ly/1P9CVo5  

Le journal des chercheurs, René Barbier. « La fraternité de reliance »... (et sa lecture d’Abdennour Bidar) : http://www.barbier-rd.nom.fr/journal/spip.php?article1963

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Soufiane Zitouni est attaqué, suspecté, propos déformés. Mais des consciences réagissent. J’avais posé une citation et le lien pour intégrer sa lecture de la couverture du « journal des survivants », Charlie, à ma propre réflexion, très intéressée par le fait de découvrir une interprétation proche de la mienne, qui avait été écrite d’instinct (alors qu’il se référait à un hadith, en philosophe et en mystique). J’ai suivi ensuite l’évolution des réactions, sa démission, ce qu’il en écrivit, lu des commentaires, des articles. Puis j’ai lu avec attention les notes qui suivent, essentielles, ayant du mal à supporter les pièges manipulateurs des fondamentalismes... qui sont le terreau des horreurs qu’on apprend jour après jour...

Mohamed Louizi. BLOG. Lycée Averroès del’UOJF : http://bit.ly/1CGGED0 

Suite... Lycée… PRECISIONS : http://bit.ly/1FbXvw0

Mohamed Louizi. Suite... INTIMIDATIONS : http://bit.ly/1P9Dnma

Vincent Bonnet. BLOG. "Deux cas pour la liberté d'expression" (et Médiapart)... https://blogs.mediapart.fr/vincent-bonnet/blog/160215/de-...

Germinal Pinalie, BLOG. Face à Edwy Plenel : http://bit.ly/1J9wddv

Et, ample complément d’information, article de Libération, rencontre avec Soufiane Zitouni, 18-02-15, propos recueillis par Anastasia Vécrin : http://bit.ly/1Ler0AL

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Voyage... loin, ou moins loin, mais toujours possible entrée vers soi...

Madrépores éds. Nouméa. « Âmes errantes » : http://madrepores.blogspot.fr/2012/06/ames-errantes.html

Scholastique Mukasonga. « Ce que murmurent les collines » :  http://www.scholastiquemukasonga.net/home/ce-que-murmurent-les-collines/

El PODER de la PALABRA. Lire, voir, écouter (musique) http://www.epdlp.com/index.php

BABELMED.  « Anatomie de l’errance », de Bruce Chatwin, par Rosita Ferrato : http://bit.ly/1CGHbVF

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« Qui si je criais...? », Florence Trocmé. « VEILLE autour de l'antisémitisme, des exterminations & génocides, répressions, oppression et persécutions, hier et aujourd'hui ». Ressources nombreuses en ligne : http://www.scoop.it/t/qui-si-je-criais

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Marina Tsvetaïeva, POESIE...  BioBibliographie, par Florence Trocmé, POEZIBAO : http://poezibao.typepad.com/poezibao/2005/05/marina_tsvta...

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Sagesses...

SOUFISME.org.  Faouzi Skali sur Eva de Vitray : http://www.soufisme.org/site/spip.php?article10 

Lectures non duelles, un SITE et ses LIENS : http://leveil.org/liens

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Clin d’œil, après un drame... ALGERazur. BLOG. Note sur Florence Arthaud, fille de Pieds-Noirs (mère) http://algerazur.canalblog.com/archives/2015/03/10/31678797.html

04/04/2015

La RUE... Fin de la trêve hivernale... Regards.

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Solitude, et pierres. Magnificence des lumières de la ville et terrible froideur. Corps épuisés, êtres dans l’errance. Pas celle de la recherche de soi vers le projet d’autre lieu extérieur et intérieur. L’errance dans la perte et le vide. Des yeux qui appellent au secours, ou qui n’appellent plus. C’est la rue, ici, partout, en France. Nuit : quelqu’un de très âgé étend une sorte de matelas et du plastique au-dessus de lui pour se protéger de l’humidité. Jour : deux enfants sourient aux passants, assis sur une toile avec leur mère, bout de trottoir froid. Scènes de tous les jours. Quai de métro : odeurs d’alcool et de cigarettes, hommes groupés, d’un côté, homme seul, ailleurs, qui lit : il ne veut rien des aides qui le feraient cohabiter avec ces voisins si différents. L’un d’eux, pourtant, cherche à parler aux inconnus : un peu de parole et de regard. Couloir de métro : quelqu’un aborde les gens en dansant, élégant, presque, rire des yeux, c’est l’autre solitude d’un être qu’on voit partout à des heures différentes. La rue est cet espace où se croisent ceux qui n’ont qu’elle comme lieu, et ceux qui n’ont qu’elle comme rencontre. Cela c’est le réel que tous peuvent faire entrer dans l'espace de leur conscience. On regarde ou on ne regarde pas, chacun dans son monde. Mais des créateurs choisissent de faire du regard une action, et  forcer celui des autres pour que peut-être une solidarité vienne (et ce n’est pas vain). Des associations font des paris, en croyant à la culture, la création, qui peut sauver. Documentaires dont la fonction principale est le témoignage (c’est ridicule d’exiger, comme le fait quelqu’un dans un commentaire sous une bande-annonce, de conditionner le fait de voir le film au pourcentage destiné aux gens de la rue). Et, autre expérience, regard de soi sur soi, photographies qui sont celles de ces hors lieux : témoignage, aussi, mais en plus opération d’alchimie, l’appareil photographique devient pour certains l’outil d’une résurrection, preuve que des initiatives particulières sont à inventer. Film, puis DVD, « Au bord du monde » : quel titre juste... l’idée de cet abîme qui fait frontière, sépare de tout. « 300 hommes » : hommes, d’abord humains, parlant de notre humanité. « Prises de rues », exposition. Photographies pour une « deuxième chance »...

 « Au bord du monde », documentaire de Claus Drexel. Bande-annonce (et commentaires sur le film) : http://www.allocine.fr/video/player_gen_cmedia=19540665&cfilm=220999.html

Critiques presse, allocine.fr : http://www.allocine.fr/film/fichefilm-220999/critiques/presse/#pressreview40009004

Citations (presse) : Le Figaroscope : « Un film remarquable de noblesse et d'humanité. » / Marianne, par Alain Dreyfus : « Claus Drexel n'est pas le premier à traiter de la grande exclusion, mais il est le seul à le faire avec un tel parti pris esthétique. Non par afféterie, mais parce que le Cinémascope permet à l'oeil de discerner avec netteté tant les corps défaits que la splendide dureté du monde de pierre qui les abrite et les repousse. » / critikat.com, Marianne Fernandez : « un regard, un regard profondément humain »

Soutien de nombreuses associations (liste sur le site officiel, ainsi que les prix multiples qui récompensent cette œuvre) : « Nous soutenons le film ‘’Au bord du monde’’, pour la dignité et la parole qu'il donne aux sans-abri. Ce film ose le plus bel écrin de beauté pour ces âmes éprouvées et pose un regard sur une société qui ne parvient pas à les protéger. ». SITE (et DVD, Arte éditions, avril 2015) : http://www.auborddumonde.fr/index.php?chemin=null&langue=fr

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« 300 hommes », long-métrage documentaire d’Aline Dalbis et Emmanuel Gras (sortie fin mars 2015). Fiche allocine.fr : http://www.allocine.fr/film/fichefilm_gen_cfilm=228337.html

Une démarche, dit Clément Ghys dans Libération (24-03-15), qui refuse de voir ces êtres dans un ensemble confus les abandonnant à l’anonymat : « respect absolu des réalisateurs pour leurs sujets ». Ils « donnent à voir des êtres au milieu d’un inframonde. ». Le lieu où se réfugient ces hommes est à Marseille : http://next.liberation.fr/cinema/2015/03/24/marges-a-l-ombre_1227602  

Diaporama, vidéo, informations et liens, sur le site Les films de l’air : http://www.lesfilmsdelair.com/film/300-hommes

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« Prises de rues », exposition. Treize photographes d’eux-mêmes... Les photographies ont été exposées sur les grilles de l’Hôtel de Ville du IVème arrondissement de Paris jusqu’au 23 mars 2015. Elles sont visibles sur le site Deuxième marche, et des tirages peuvent être achetés. Poésie, humour, tristesse de ce qui est signifié, mais traces d’espoir, regard qui dit très fort la réalité des paradoxes (ou les paradoxes de la réalité).  Les titres sont très révélateurs.

« Ascenseur social », de Stéphane Baratay. Un escalier envahi de feuilles mortes ou de papiers, sans personne, pour sortir, semble-t-il, d’un passage souterrain entre deux rues, ou venant d’un jardin (Les Tuileries peut-être).

« Au bout la lumière », de Lorenzo Barranco. Tunnel, comme ceux où se réfugient des gens qui dorment dehors, courbes qui font temple, flaques, et cercle de lumière du jour donnant sur des arbres aux troncs épais. Espoir ? Mais c’est... au bout.

Clic-claque photographie un ciel d’arbres, avec un lampadaire : « Bientôt la nuit, douce chaleur ». Ainsi, c’est un oxymore. Seule une lumière, mais tout en haut, seule douceur, dans la menace de la nuit froide.

« Bleu blanc rouge »... Elise Juville a trouvé un sens interdit rouge à côté d’une flèche bleue, dans l’autre sens mais quand même symbole contradictoire. Il y a les trois couleurs du drapeau français : le symbole est ici celui d’une trahison des valeurs. Quelle égalité ? Quelle fraternité ?

Le « Brouillard » de Michèle est celui d’une sorte de parc d’automne. Feuilles mortes. Est-ce un lieu de refuge ? De solitude ? D’évasion ?

« Clair obscur » de Ramen semble une photographie qui serait un fragment d’un film japonais. Quelqu’un est assis là, on ne sait où. L’échappée est barrée de planches, comme les marques d’un enfermement dans une situation insupportable.

« Hitchcok », photographie signée ‘Bossu de Notre-Dame’. Echo des oiseaux du cinéaste de l’effroi... Quelqu’un qui vit dans la rue, est en train de nourrir les pigeons, cherchant ce qu’il donne dans une sorte de voiture d’enfant chargée d’effets : lui partage... et ils viennent en masse à lui. Ce doit être sa joie.

« L’abandon », de Cerf-volant. Dans les mêmes tons un peu rosés : voiture d’enfant (vide), sol, feuilles mortes, un désert. La rue commence parfois pour certains par un abandon, enfant, mais l’abandon est aussi  ce non-geste collectif de la société. Solitudes.

Humour et poésie, chez Franck et Michel, Clic-claque (Le pseudo n’est pas clic-clac, mais bien clic-claque : gifle, froidure du vent qui claque dans les nuits dehors, mort risquée ou trouvée. Claques de la souffrance. Gifle que les images renvoient, pour secouer l'inertie sociale. On nous laisse interpréter. C’est aussi fort que les photographies, ce choix). Poésie et humour aussi chez Régis, Jean-Marc, et  les autres... Tout est très réussi...

SITE : http://deuxiememarche.org/exposition-prises-de-rue/

Page (et diaporama), toutelaculture.com : http://bit.ly/1Hu66gn

Article, Le Parisien, 20-02-15, par Philippe Baverel, « Des sans-abri derrière l'objectif » : http://bit.ly/1NHPW4G

30/03/2015

« Parole contraire ». Présence contre l’absence, l’évitement, la fuite, le renoncement... Mots autres...

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Page éditeur, « La parole contraire », janvier 2015, Gallimard : http://bit.ly/1z8suFE

 On reproche à Erri De Luca une « incitation » à la violence, pour avoir utilisé le mot « saboter », en répondant à une question de journaliste au sujet de la ligne Lyon Turin que la région concernée  refuse et qui présente de grands dangers environnementaux et de santé publique. Il soutient le refus et prête ses mots d’écrivain à ce refus. Reprenant une injonction biblique il dit devoir « ouvrir la bouche pour les muets », parler pour les « sans-voix », pour défendre ce droit à la parole des autres. De ce projet contestable du Val de Suse (« réaliser un lieu qui n’existe pas ») il dit : « Une utopie, et des pires qui soient, est l’asservissement d’un territoire à une spéculation déclarée stratégique pour de plus grands abus. » (p.19). Il rappelle que cela passe par « Le percement et la pulvérisation des gisements d’amiante » (pp. 19 et 39). Et il évoque de même les gisements de pechblende (radioactif) qui doivent aussi être percés (p.40). Mais son propos principal est la revendication de son droit de parole d’écrivain et le refus de la distorsion du sens des mots qui est à la base de l’accusation. « Saboter », ce n’est pas pour lui faire violence, c’est « entraver », rendre impossible ce qu’on refuse, et entraver les mensonges et la désinformation.

Cet écrivain est un autodidacte qui fut d’abord un ouvrier, dont la révolte explique les engagements passés. L’érudit qu’il est devenu par grande patience de lecteur intense, et pour avoir fait des choix éthiques qui signifiaient engagement autre dans le travail des langues, notamment. L’holocauste, et précisément la Shoah qui en est l’ombre immense, ont été pour lui devoir de langage : apprendre le yiddish parce que les êtres qui le parlaient avaient été tués en masse et que la langue risquait de disparaître, apprendre l’hébreu ancien et faire de la Bible une lecture quotidienne...

Lecteur, il l’a été de livres fondateurs, pour lui. « En tant que lecteur, je n’ai pas eu de préférence pour la littérature sociale et politique. Les labyrinthes érudits de Borges ont ouvert mon troisième œil en me faisant découvrir les profondeurs des sagas et des mythologies. » (p.11). Il évoque Orwell dans la genèse de son anarchisme. Libertaire il est, et reste. Par-dessus tout il est écrivain, et il se bat pour le sens donné aux mots. Et pour ce droit à la « parole contraire », celle qui ne se soumet ni aux ordres, ni aux modes, ni  au groupe. Celle qui est portée par une conscience autonome et donc libre. Responsable. Et qui se doit de résister. « J’ai été formé à l’école du XXème siècle où les écrivains, les poètes, ont payé le prix fort pour leurs paroles. » (p. 37). Son livre est une sorte de manifeste éthique, qui pousse le lecteur à l’examen de sa propre parole. Que fait-il du langage devant les abus et oppressions dont il est témoin, même de loin... ?

LIRE...

Tribune sur le contexte du procès fait en Italie à Erri de Luca, sur plainte d’une société française (LTF, Lyon Turin Ferroviaire) et recension du livre rédigé par lui pour faire connaître sa position. Libération, 02-02-2015, par Eliane Patriarca (lisible en ligne intégralement) : http://bit.ly/1IIpsz1  (Citations : « Erri de Luca fut, dans les années 70, militant de Lotta Continua » (...)  « avant de faire des mots son seul outil, d’apprendre l’hébreu ancien et le yiddish, de devenir cet érudit qui lit chaque matin l'Ancien Testament, ce mystique sans religion qui puise dans la Bible une concentration unique de sens et de poésie. »  (...) « Comment en est-on arrivé en Italie à inculper un écrivain pour des mots ? »

Chronique de François Xavier, Salon littéraire : http://bit.ly/1OO42ow

Entretien, JDD, 8 mars 2015, propos recueillis par Cécile Amar. Le titre papier était « Je donne ma voix à ceux qui n’en ont pas » : http://bit.ly/1Ajx4CP (Citations : Sur le sens du mot ‘saboter’ : « Dans toutes les langues du monde, ce verbe a des sens multiples. Saboter, en plus de produire des dommages matériels, embrasse le sens d'entraver, empêcher, faire obstruction, s'opposer. » (...) Sur le rôle de l’écrivain « Il y a un verset des proverbes dans l'Ancien Testament qui stipule :"Ouvre ta bouche pour le muet." Écrire, c'est la possibilité pour quelqu'un qui a un écho public d'offrir son audience, sa parole à ceux qui n'ont pas ce droit. " » (...) « Apprendre le yiddish était la seule chose que pouvait faire quelqu'un né après 1945. Je voulais remuer les lèvres d'une langue assassinée. » / Sur l’hébreu (il lit la Bible en hébreu): « Cela n'a rien à voir avec le monde juif. Dans la Bible, la parole fait advenir les choses.» (...) « Il y a un mot hébreu qui tient ensemble le mot et la chose accomplie, c'est davar. En tant que lecteur et écrivain, je suis fasciné par cet emploi de la parole, qui lie le dire et le faire. Je suis comme un alpiniste dans l'Himalaya qui veut visiter les montagnes les plus hautes de la planète. Dans l'ancien hébreu, les montagnes les plus hautes sont rejointes par la parole. »)

Rencontre avec Erri De Luca, EHSS/Rencontres littéraires : http://bit.ly/1He97RF  

SOUTIEN : http://soutienaerrideluca.net/

Pétition : http://www.petitions24.net/soutien_a_erri_de_luca

..............  Paroles contraires... aussi :

Cette conviction (nécessité et force de l'optimisme) chez Thierry Saussez : «En ces temps où la barbarie et l'extrémisme exercent une telle menace, nous affirmons qu'il faut dépasser l'indignation proclamatoire pour faire de l'engagement un axe fondamental de notre action. » (Car l’indignation proclamatoire n’est pas « parole contraire » : elle n’est que justification de son retrait, elle est l’inverse de la parole contraire)...Tribune de Thierry SaussezJDD, 22-03-15 : http://bit.ly/1He94Fq

Parole contraire... En soi, débat intérieur, et, dans la société (démocratique), place pour les contradictions, pour les « contraires ». Je lis un entretien dans lequel Eugène Green parle de l’oxymore, car « Le dogmatisme est un refus de l’oxymore »... EntretienLe Monde, 24-03-15, propos recueillis par Aureliano Tonet : http://bit.ly/1OO4bZb

De même, ce que dit Roger-Pol Droit sur François Jullienà propos de son "Lexique euro-chinois de la penséerencontre la même problématique. Parole contraire, pensée contraire, philosophie réelle tout simplement. Cette pensée qui met du "jeu" dans les évidences, les dérangeant donc. Un mot : "dynamique". Ce qui parle dans le contraire, c'est l'écart, le pas de côté qui questionne les certitudes... Chronique de Roger-Pol Droit, sur la pensée de François Jullien, Le Monde, 26-03-15 : http://bit.ly/1HVYgPZ 

29/03/2015

Confidences d’un homme en quête de cohérence, de Thierry Janssen. En exergue, Nietzsche

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« Il faut porter du chaos en soi pour accoucher d’une étoile qui danse. »

Friedrich Nietzsche (citation mise en exergue par l’auteur)

« Confidences d’un homme en quête de cohérence », de Thierry Janssen, édition Les liens qui libèrent, 2012, et Pocket, 2014 : http://www.pocket.fr/site/thierry_janssen_&181&21585.html

Superbe phrase de Nietzsche, superbe choix dont on comprend la raison quand on lit ce livre. Un homme agissant, capable de changer de métier, d’y revenir autrement, de se dévoiler totalement. (Autant que peut se dévoiler quelqu’un qui fait le récit de sa démarche, de son advenir, en allant chercher dans les ombres et les douleurs ce qui nourrit sa richesse intérieure, ce qui construit). Capable, aussi, l’auteur, de décrypter les clés des accidents de la vie, un problème de santé qui a du sens, comme tout peut se déchiffrer et signifier, mais parce qu’il le trouve lui-même (car il met en garde, dans ces pages, sur ceux qu’il appelle les « donneurs de sens », c’est-à-dire ceux qui font métier de capter le sens des autres, de dicter leur traduction personnelle, charlatans de l’interprétation, alors que seul l’individu peut savoir lire la signification personnelle de son histoire singulière). Je connaissais déjà Thierry Janssen, par des articles, des conférences, mais je n’avais encore rien lu des livres publiés, tout en sachant que je le ferais, estimant ce que je percevais de cette conscience libre.  

Dans ce livre il raconte ce qu’il nomme « accouchement de Soi » (p.35). De Soi, pas de soi. C’est-à-dire mise au monde, au-delà des peurs et des échecs, des errements qui sont dans toute vie, mise au monde de la haute conscience, de cette part qui est « l’étoile qui danse » ou qui permet « l’étoile qui danse ». Thierry Janssen écrit : « Encore faut-il savoir qui nous sommes, ou plutôt qui nous souhaitons être. Car nous sommes au moins deux : notre Ego et notre Essence – notre Moi névrotique et notre Soi apaisé. » (p.37). Mais pour vaincre le Moi névrotique c’est un long chemin, plus long pour certains que pour d’autres. « Or qu’est-ce que vivre, sinon écrire son roman personnel ? » L’écrire en le cherchant, en cherchant le chemin qui mène à sa vérité, malgré les identités qu’on nous prête, ou qu’on nous vole... Ce chemin qui devrait pouvoir aboutir au « Centre de Soi » (p. 42). Lisant on s’identifie aussi, on se demande où on en est, dans l’aller-retour incessant entre sagesse frôlée et sagesse perdue, par fatigue, paresse, dispersion, ou errance fausse (car une autre errance, elle, renvoie au centre, mais elle est chemin d’exigence,  passage par des voies que le hasard nous donne, obéissance à des synchronicités qu’on perçoit, par attention aux signes du réel). Thierry Janssen, lui, a eu cette écoute, il en parle. Ainsi, il cite, déjà, d'abord, une pensée attribuée à Christophe Colomb : « Un homme ne va jamais aussi loin que lorsqu’il ne sait pas où il va. » (p.47). Et, page suivante, son propre journal, où il a fixé cette phrase, et noté la nécessité « de suivre notre intuition et de partir vers l’inconnu ». Marcher vers l’inconnu, c’est trouver cette capacité de juste errance qui laisse entrevoir des synchronicités qui peuvent guider, car c’est le langage de sa propre haute conscience, à travers des coïncidences, des fils de sens croisés.

Certaines expériences qu’il relate peuvent surprendre des lecteurs qui se veulent rationalistes (ce rationalisme de fausse raison, de perception fermée), s’ils n’ont pas fait dans leur vie la rencontre des mêmes vécus, s’ils sont ignorants des mêmes possibles. Lui-même a dû à certains moments de sa vie se défaire de préventions similaires, de méfiances : cela peut aider à comprendre cette tension entre la raison, comme la veut notre mental (et comme c’est nécessaire en partie),  et le mystère présent, aussi,  autant dans les faits de la vie que dans notre cerveau. La raison c’est peut-être justement la tension entre le vouloir rigoureux de la pensée lucide et le vouloir rêveur de l’intuition visionnaire. Abandonner la tension serait risquer de tomber dans le piège d’une pensée obtuse, qui ne veut rien voir du mystère de nos vies, ou dans le piège d’une fièvre imaginaire qui ne voit que mystère et voiles et laisse la raison aux orties... Abandonner la tension, c’est choisir d’être borné, au sens fort, avec des murs autour de soi... Dans ce livre on est dans la tension permanente, les murs défaits pierre à pierre. Cela passe par des apprentissages, par des pratiques, énergétique comprise (pp. 69-73, notamment), associée à la découverte de la méthode Brennan. Par des lectures, aussi. De Jack Kornfield (p ;76), de Susan Thesenga (p.82), par exemple. Les livres aussi sont des rencontres offertes par le hasard. Synchronicités encore, je crois. Sur ces signes venant de l’intérieur de soi ou de l’extérieur de soi (des théories existent, contraires) il revient, questionnement subtil (pp. 106-108).    

Tension, aussi, dans les choix de l’auteur, pour maintenir sa « cohérence », son « intégrité ». Cela demande de savoir refuser des sollicitations, pouvoir dire non (pp. 124-125). Je note, aussi, dans les dernières pages particulièrement, l'insistance sur l’importance de l’empathie, de l’humilité.

Derniers mots... écrits en 2012 en Egypte. Un peu de peur devant ce dévoilement risqué dans son livre. Mais il se recentre, dit comment, regardant un paysage lumineux, présent en son corps, les « deux pieds sur le sol »... et il retrouve la paix. Ce passage est à lire sur le site de l’auteur :http://www.thierryjanssen.com/livres/livres-broches/168-confidences

A nous...

Et d’autres livres à lire...

Entretien, JDD, 12-11-2011, pour le livre « Le Défi positif », propos recueillis par Robert Melcher : http://bit.ly/1CzxidF

Entretien, Kaizen, 26-10-2012, dans le prolongement du livre « La Solution intérieure », propos recueillis par Lionel Astruc : http://bit.ly/1bGYL2X

Page sur INREES, bibliographie : http://www.inrees.com/soutien/Thierry-JANSSEN/

28/03/2015

Lire Jiddu Krishnamurti. Le Livre de la Méditation et de la Vie... Ecouter...

KRISHNAMURTI LE LIVRE DE LA MEDITATION ET DE LA VIE.jpg

Lire, relire, mais par fragments... Car c’est dense, et qu’on se retrouve devant un espace de questions, de paradoxes, d’apparentes contradictions. De retour à faire sur soi, mais un soi en construction et déconstruction permanente, qui est censé chercher sa liberté intérieure, une bascule de conscience. 

Je reprends donc juste quelques pages, pour commencer cette relecture. L’écoute. Quand le bruit des discours nous recherche, dans la politique et les débats...

Ecouter... pages 21 à 26. Jiddu Krishnamurti parle à un public qui l’écoute... Et il parle de l’écoute, interrogeant cet acte même. Mais qu’est-ce qu’écouter ? Est-ce simplement être là, intéressé ou captivé, s’oubliant soi pour recevoir la parole de l’autre ? Ou au contraire est-ce d’abord faire place à une sorte de silence, à l’écoute de soi (et par quel silence ?). Est-ce faire un effort d’attention soutenu, difficile, pour tenter de comprendre ce qui nous est dit. Ou est-ce lâcher cet effort qui est une barrière de plus à l’écoute réelle ? Doit-on se fixer sur les mots de l'autre, des autres? Mais quels sont les mots qu'on entend : ceux de celui qui parle, ou ceux qu'on invente, chargés de nos peurs, de nos idées, de nos fantasmes peut-être? Et justement, pendant cette période, en France, avec les questions posées et les évidences fausses qui se croisent, convictions et stratégies, croyances et mauvaise foi, que faire, nous, avec les mots des uns et des autres, quand même les mots sont matière à débat ou instrumentalisation. C'est là que le retour à la pensée de Jiddu Krishnamurti est bienfaisant. Cela donne envie de prendre du recul, de refuser les injonctions idéologiques diverses, d'en trouver la force intérieure. Marcher sur la ligne raide du fil dressé entre les abîmes. Solitude comme éthique. Mais que dit-il dans ces passages sur l'écoute, ce penseur unique, hors appartenances? Il parle des écrans à défaire pour écouter vraiment, ces projections diverses... "Nous est-il possible d'écarter tous ces écrans à travers lesquels nous écoutons - et d'écouter vraiment?" Il propose une sage méfiance. Attention au "bruit des mots". Pour se défaire des pièges de ce bruit-là... "écouter avec une passivité vigilante". Paradoxe bien représentatif des exigences du penseur méditant. Trouver en soi autant la vigilance extrême, lucidité et pensée intense, et en même temps se mettre en état de passivité. Fil du rasoir...   

L’ouvrage, Livre de Poche : http://www.livredepoche.com/le-livre-de-la-meditation-et-de-la-vie-jiddu-krishnamurti-9782253147527

« Sa conviction était qu'un tel changement devait passer par une transformation de ce qu'il appelait le ‘vieux cerveau conditionné de l'homme’ (‘mutation de la psyché’) afin d'accéder à une liberté que ni les religions, ni l’athéisme, ni les idéologies politiques ne seraient capables de produire, puisque, selon lui, elles ne font que perpétuer les conditionnements. ». C'est ce qui est dit de lui dans la fiche wikipedia, quia raison de mettre l'accent sur cette liberté qui refuse l'enfermement dans des systèmes de croyance. Spiritualité sans religion, transcendance sans le Dieu des croyances traditionnelles, mystique d'un maître qui ne se veut surtout pas maître : http://fr.wikipedia.org/wiki/Jiddu_Krishnamurti

Site dédié (Association culturelle Krishnamurti). En exergue, une citation « La vérité est un pays sans chemin » : http://www.krishnamurti-france.org/  

J. Krishnamurti online : http://www.jkrishnamurti.org/fr/

Le journal des chercheurs, René Barbier. Textes sur Krishnamurti : http://barbier-rd.nom.fr/journal/spip.php?page=recherche&recherche=Krishnamurti

Page sur meditationfrance : http://www.meditationfrance.com/enseigne/krishnamurti.htm

Sur psychologies.com, « Le philosophe insoumis » : http://www.psychologies.com/Culture/Maitres-de-vie/Krishnamurti

Blog dédié : http://lapenseedekrishnamurti.midiblogs.com/ 

René Barbier sur Krishnamurti : http://www.barbier-rd.nom.fr/journal/spip.php?article1112

15/03/2015

Francopolis... Voyage en poésie... Auteurs à découvrir ou relire. TEXTES.

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Un voyage bref en poésie. Sur une page d'exergues, livre de poche ouvert au hasard. Puis sur le site Francopolis...

« Je suis là. Mon destin est d’être là. »

Jean-Claude Pirotte, Un voyage en automne

« Etre le greffier du temps / quelconque assesseur que l’on voit rôder / lorsque se mélangent l’homme et la lumière. »

Jean-Claude Tardif, L’Homme de peu

(Exergues du livre  de Philippe Claudel, « Les Âmes grises »)

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« Toute nuit est lumière. »

Héraclite

[FRANCOPOLIS... Exergue de la page consacrée à Francesca Y. Caroutch. Rubrique Salon de lecture, page élaborée par Dana Shismanian  (textes et biobibliographie. Extrait : « Née le 3 février 1937 à Paris. Poète, traductrice, romancière, essayiste, spécialiste du bouddhisme tibétain, membre de l’Académie européenne des Sciences, des Arts et des Lettres, également peintre, elle a publié de nombreux recueils de poèmes, des récits, des études sur le symbolisme de la Licorne. »] : http://www.francopolis.net/salon/CaroutchFrancescaY-fevrier2015.html

Citation.Poème choisi par Dana Shismanian. « L’or des étoiles » de Francesca Y. Caroutch : « Les pires abîmes avaient enfanté / l’entrelacs de nos chemins./// Nous célébrions la transhumance des esprits / à travers les mille scintillements de la matière, /les métamorphoses du cosmos vers la lumière. /// Nous célébrions l’ascension de l’âme vers le soleil, / la contraction de l’univers avec ses graines et ses pierres, ses racines et ses tombeaux. »

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Page, A propos d’un recueil de Jean-Claude Tardif, « L’homme de peu » (éds La Dragonne),  par Florence Noël. Commentaire et textes : http://www.francopolis.net/francosemailles/jeantardif.htm

CITATION, fragment de poème de J-C Tardif, choisi par Florence Noël :  

« Pour retenir le quotidien /comme un fruit dans le compotier /il a en héritage / les gestes lents de la vie / qu'il enferme le soir/ dans sa montre à gousset / et des mots aux parfums de draps mouillés qu'il lustre comme des vêtements de travail,/ par esprit de compagnonnage ».

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Poèmes de quatre auteurs, rubrique Coup de cœur, dont trois textes de J-C Tardif, du recueil « La Vie blanchit », éds la Dragonne, et une prose d’Henri Michaux, du recueil « Poteaux d’angle ». Choix de Dana Shismanian :  http://www.francopolis.net/rubriques/coupdecoeur-textedecembre2014.html

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Le site Francopolis, accueil : http://www.francopolis.net/index.htm

Printemps des Poètes 2015 :http://www.printempsdespoetes.com