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09/02/2015

ISLAMISME, triple piège...

ISLAL CHAHLA  CHAFIQ.gifMINARET ensanglanté.jpgLA LOI de DIEU.jpg

 

((Piège? Triple? Oui. Ne pas voir les masques du fondamentalisme. Ne pas voir les masques de ceux qui attisent peurs et amalgames. Ou, complices objectifs, creuser les failles en croyant combattre l’intégrisme...))

[SOMMAIRE  de cette note : EXERGUES, citations : Imre Kertesz (entretien, Le Monde, 28-01-15, sur la présence toujours recommencée de l’ombre du fascisme), Jacques André (démocratie et inconscient), Wole Soyinka (entretien, JDD, 08-0-215, sur sa colère contre l’aveuglement des pouvoirs devant l’évolution de la radicalité islamiste, celle des « agents d’un fondamentalisme à l’échelle du globe »)/ REFLEXION personnelle (Comprendre : mon commentaire, en italique) / + CITATION (Fatih Akin, sur responsabilité de tous)... / + SUITE REFLEXION / Et... REVUE de LECTURES (résumés, citations, liens) : Kamel Haddar (directeur d’Algérie-Focus/analyse des failles), Rochdy Alili, historien (D’où vient le fanatisme musulman ? Rigorisme et radicalisation...), Joseph Yacoub, universitaire ( les causes plurielles de ce terrorisme), Slim Laghmani , journaliste (dire la distinction islam/islamisme ne suffit pas : ce n’est pas entendu car on s’y prend mal – il faut expliquer comment cela fonctionne pour distinguer)/ Ali Malek, écrivain (l’esprit du Coran est trahi par les oulémas, le problème vient des hadiths : l’islam des islamistes a les mêmes « maîtres » depuis le XVIè siècle – et les signes religieux apparents revendiqués comme formes spirituelles, voile ou halal, sont des marges hors spiritualité authentique qui donnent une image faussée de la religion, dans le déni des valeurs)/ Abderrahman Al-Rached, directeur du plus important quotidien panarabe,  dénonce « Le crime des manipulateurs » / Chala Chafiq, analyse en sociologue les motivations des jeunes séduits par l’islamisme (et elle met l’accent sur l’idéologie, négligée quand on ne voit que le djihadisme, qui en découle) / Dalal El-Bizri nous donne des éléments pour comprendre comment la parole sur l’islam, dans des pays musulmans, peut-être une cause d’angoisse, un risque majeur pris, et que cela induit une double peur : « pour » et « de » l’islam,    Islamophobie » interne(« intime »), qui est en miroir de la peur de l’islam vu de l’extérieur... / Wole Soyinka    dit sa colère devant l’insuffisante lucidité des gouvernements successifs du Niger, qui n’ont pas mesuré à temps la force et la violence de la radicalisation islamiste, et la dimension mondiale du fondamentalisme militant. / Pierre-Jean Luizard analyse le danger de l’universalisme calculé de Daech et son projet de choc, non entre Orient et Occident (comme le croit Huntington), mais entre deux mondes : croyants (quelles que soient leurs origines), et incroyants (fussent-ils Arabes ou musulmans de culture, mais mauvais musulmans selon les critères de Daech /  Gilles Kepel  (spécialiste de l’islam) constate que Daech est en train de mettre en place la stratégie  de l’idéologue syrien Abou Moussab al-Souri (dont il a traduit les thèses), visant la provocation d’une situation de guerre civile entre musulmans et non musulmans (par la revendication au nom de l’islam pour développer le rejet de ces derniers et leur radicalisation en réaction). Utiliser les fractures et les accentuer (le choix des cibles est pensé aussi dans ce but... La réponse ? Le 11 janvier en était une (‘sursaut’, ‘digue culturelle’. Donc... digues similaires.../ Philip Stephens  met en garde (Financial Times, Londres) contre la dangerosité idéologique et politique du FN, toujours présente, malgré les camouflages de la ‘dédiabolisation’.../ ENTRETIEN avec José Luis Zapatero, ex-Premier ministre socialiste espagnol. Le Parisien, magazine. Des réponses après les attentats... (laïcité et démocratie, pluralisme religieux, dialogue interreligieux, rejet du message anti-immigration, discours d'intégration...) / LIENS complémentaires : ARTICLES, BLOGS et sites, LIVRES ]

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 EXERGUES...

« Jusqu’à aujourd’hui, je me suis appliqué à étudier la façon dont s’élabore la langue de toutes les dictatures. » (...) « Mon souci principal, encore une fois, est d’analyser la manière dont les gens sombrent dans le totalitarisme. » (...) «  Avant même les attaques de janvier à Paris, j’avais fait la remarque que l’Europe était en train de mourir de sa lâcheté et de sa faiblesse morale, de son incapacité à se protéger et de l’ornière morale évidente dont elle ne pouvait s’extraire après Auschwitz. La démocratie reste impuissante à se défendre et insensible devant la menace qui la guette. Et le risque est grand de voir les gardes-frontières qui entreprennent de défendre l’Europe contre la barbarie montante, les décapitations, la ‘’tyrannie orientale’’, devenir à leur tour des fascistes. Que va devenir l’humanité dans ces conditions ? Auschwitz n’a pas été un accident de l’histoire, et beaucoup de signes montrent que sa répétition est possible. » (...) « Je ne crois nullement que chaque Allemand porte le nazisme dans ses gènes, et je suis sur ce point en désaccord avec l’historien américain Daniel Goldhagen (...) pour qui il aurait existé un ‘antisémitisme exterminateur’ spécifique à l’Allemagne »

 Imre Kertesz. Entretien, Le Monde, 28-01-15 : http://www.lemonde.fr/international/article/2015/01/27/auschwitz-n-a-pas-ete-un-accident-de-l-histoire_4564126_3210.html

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« L’inconscient est un sauvage, jamais la démocratie ne sera l’héritière de l’inconscient. Elle se fera toujours contre lui, il n’y a ni égalité ni fraternité dans l’inconscient. S’il y a une liberté, c’est une liberté absolue et sauvage. »

Jacques André, psychanalyste (Entretien, propos recueillis par Natalie Levisalles et Eric Loret, Libération, daté 14-01-2015 : http://www.liberation.fr/societe/2015/01/13/dieu-c-est-un-autre-nom-pour-le-surmoi_1180025 )

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« Avant d’être un Nigerian et un Africain, je suis un être humain. Je ne me sens pas agressé en tant que Nigerian dans un pays souverain mais en tant qu’homme face à des crimes contre l’humanité. » 

Wole Soyinka (Prix Nobel de littérature 1986), entretien, JDD, 08-02-15 : http://www.lejdd.fr/International/Afrique/Wole-Soyinka-Prix-Nobel-de-litterature-Le-Nigeria-se-rend-compte-que-le-gouvernement-s-est-reveille-trop-tard-717128  

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Comprendre ce qui est en jeu... Islamisme...? Le rigorisme rigide porte en lui les germes d’une possible radicalisation, qui, elle, peut mener au pire, mais il n’est pas toujours prêt au pire. Le djihadisme, politique, qui semble exacerber le religieux, en fait s’en éloigne de plus en plus, tout en le théâtralisant, et en y trouvant le prétexte de choix sinistres, pour se diriger vers un nihilisme qui explique les dérives monstrueuses vers de plus en plus de violence et vers des crimes contre l’humanité. Donc quand on voit dans le musulman authentique, pratiquant (ou simplement croyant) un complice virtuel du terrorisme, on fait un contresens dramatique (quelles qu’en soient les motivations) et on crée le terrain des discriminations. (Cela ne contredit pas la nécessité, pour l’islam contemporain, de faire un travail de relecture, décryptage, tri, et la refonte rationnelle des références et interprétations : comme c’est nécessaire dans toutes les religions, et dans tous les systèmes de pensée. Lire les éditoriaux de Ghaleb Bencheikh sur le site de 'Religions pour la paix'. Il réagit aux crimes et attentats avec colère. C'est un message d'urgence... Mais la refondation qu'il réclame - lui et tant d'autres - n'est pas aidée par les complaisances idéologiques et politiques de La France à l'égard de dictatures qui instrumentalisent la religion pour opprimer gravement, torturer, emprisonner qui veut penser, et écraser les femmes.) 

Contresens, oui, que la confusion musulman/islamiste potentiel. Car l’authentique rapport au religieux, au sacré (importante dimension culturelle) crée un rapport différent avec soi-même, et donc avec autrui. Spiritualité, d’un côté, qui fonde une éthique, une esthétique, un lien avec la vie, un rapport différent avec le corps, la joie  possible, le rire possible. Spirale du vide, de l’autre côté, où il n’y a plus de conscience-sujet, en soi, et plus de sujet perçu dans les êtres, hors de soi : on peut alors manipuler, torturer,  massacrer : vide intensifié par le collectif et par des références erronées, par un pervers rapport au langage. Et cela attire, comme si c’était un trou noir destructeur, toutes les fragilités, marges de délinquance, tous les désespoirs suicidaires, la part sombre des êtres. On oublie parfois, quand on écrit sur cela (presse, sites), les questions déjà posées par les systèmes de  terreur passés. Fascisme, nazisme. Pourquoi tant suivent ? Instinct de mort... Et on oublie cette « banalité du mal » interrogée par Hannah Arendt, peu comprise souvent. (Il n’excuse rien, ce regard sur les êtres et le fonctionnement des systèmes totalitaires : il ramène à l’interrogation sur l’humain, et devrait nous faire relire Robert Antelme, Primo Levi, Charlotte Delbo, Imre Kertesz...). 

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Fascisme tapi dans l’islamisme... (titre de ma note précédente...). Tapi, oui (au double sens de genèse et de masque). Mais, toujours, garder en mémoire que l'idéologie politique n'est pas la réalité religieuse. (Quand l'islam, en tant que source religieuse, porte en lui ce qui a pu produire la haute spiritualité, la haute sagesse qu'est le soufisme - à dimension philosophique, et éthique). Donc.... la cause est-elle si caractérisée qu’on puisse se contenter de  « désigner » et, réfugiés dans la peur, mettre un confortable écran entre les coupables et nous. (Quand on voit, par exemple, les Kurdes combattre Daech/EI, pour eux - et pour nous, soyons-en conscients... Peu aidés, longtemps abandonnés. Quand on voit, dans certains pays, des milliers de musulmans se faire massacrer : musulmans, eux, d'abord.). Les maladies de l’humanité sont nos maladies à tous. Guerres et meurtres, massacres et génocides. Comment faire cesser si on en ignore le rôle de symptôme ? C’est ce que veut nous dire aussi, d’une certaine manière, le réalisateur turco-allemand de « The Cut », Fatih Akin, héritier de l’histoire turque (le génocide arménien sur lequel il fait son film) et héritier, autrement, de l’histoire allemande, par la naissance, le lieu de vie, la culture partagée, l’identité partagée, la langue partagée (donc héritier d’une autre appartenance historique à penser). Il se pose doublement cette question de la confrontation au réel historique et actuel. Pour lui, d’abord, les deux génocides, dans le passé, dans l’histoire, puis l’islamisme, dans notre présent.  « ‘’Ce n’est pas une question de culpabilité, c’est une question de responsabilité. Avant, en tant que turco-allemand, je me disais  ‘ l’Holocauste n’est pas mon crime. J’ai mon propre génocide à affronter.  Aujourd’hui, je me dis que l’Holocauste comme le génocide arménien sont de notre responsabilité à tous. Pas en tant que Turcs ou Allemands, en tant qu’humains.’’  De même, il voit l’Etat islamique comme "le sanglant syndrome d’un monde malade depuis longtemps". ’La vraie question, c’est celle des racines du mal. ‘’ ». Libération, Fatih Akin, portrait,par Cordélia Bonal, « Portrait »/ « Bosse fort la mémoire », 14-01-15 : http://www.liberation.fr/culture/2015/01/13/fatih-akin-bosse-fort-la-memoire_1179963

Syndrome, symptômes, responsabilité... Questions qui font retour à l’histoire religieuse, et histoire générale... (Comme le font les auteurs d’articles qui suivent, plus bas, citations qui ouvrent des perspectives de pensée). 

Et, à l’autre bout, que dire à ceux qui ne sont pas séduits du tout (à juste titre!), mais qui, au contraire, devant les crimes et attentats, revendiqués au nom de l’islam (« au nom d’une lecture pervertie du Coran » comme le dit l’écrivain nigerian Wole Soyinka, voir ci-dessous, un entretien du JDD), ont peur...  Peur des terroristes (c’est normal), mais aussi de la religion, de l’univers de la religion dont se réclament les terroristes. Glissement apparemment logique. Qui peut induire une crainte de ceux qui appartiennent à cette culture. Crainte et rejet qui stigmatisent des gens, sous prétexte d’identité religieuse. Qu’ils arborent des signes ostensibles et aient des revendications remarquées... Ou  qu’au contraire, s’exprimant comme n’importe qui d’autre dans le pays, dans la banalité d’une réalité française commune, ils ne vivent leur religiosité, leur spiritualité, que très intimement.

Cependant cette opposition même est excessivement binaire : n'y-a-t-il choix qu'entre, d'une part, la mise en scène des corps, des gestes, ou des rites, et, d'autre part, une retenue qui fasse complètement disparaître de la sphère sociale toute dimension spirituelle ou religieuse. L'équilibre, je crois plutôt, est dans la tension entre les deux. Il faudrait s'inspirer de ce que dit François Cheng sur le vide médian, que, selon lui la culture occidentale ne comprend pas bien de la culture chinoise. Ni yin ni yang, seulement, mais aussi l'entre deux qui circule et bouge les formes, les limites, les repères - ou frontières... i noir d'encre, ni blanc transparent, mais un aller-retour entre trop de visibilité et trop peu de visibilité, donc d'existence. Lire la 'Lettre aux candidats' de 'Carrefour des mondes et des cultures'. Elle pose exactement cette question, en 2012... 

Que penser ? Que dire ? Comment comprendre le processus qui efface toute distinction, remplace le mot ‘islamisme’ par ‘islam’ et les termes ‘islamistes’, ‘terroristes’ , par ‘musulmans’ ? Confusion qui agit sur le vocabulaire : jusqu’à parler de ‘musulmans modérés’ parfois (ce qui n’a pas de sens). Jusqu’à entretenir une perception obsessionnelle de la présence de ces derniers dans le paysage social de tous (donc de la réalité à partager), comme si c’était une présence de trop. Jusqu’à dire qu’il ne faut pas parler des risques d'amalgame entre islamistes-terroristes et musulmans, pour dénoncer et prévenir (comme si cela occultait la réalité des attentats, faisait oublier les victimes juives, et l’antisémitisme islamiste - lié au complotisme et au négationnisme). Alors que les revendications d’appartenance religieuse des terroristes désignent automatiquement la masse des musulmans (ou censés l'être) dans une rhétorique immédiate utilisée par les extrêmes droites et voulue par l’Etat islamique/Daech (voir articles...). Ne pas dénoncer le piège c’est tomber dans le piège.

Quelque chose de l’ordre de l’islamophobie (terme controversé, mais ancien, plus qu'on ne le dit : occurrences en 1910-1912...) peut cependant être constaté là  où on n’aurait pas pensé que ce puisse être trouvé : dans des pays à dominante musulmane. Là, c’est le ressenti interne de musulmans, pour des raisons que présente Dalal El-Bizri dans un article publié à Beyrouth. Peur ‘pour’, peur ‘de’...

LIRE...

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Questions sur l’actualité, les sources plus ou moins récentes des faits... Kamel Haddar, Franco-algérien qui dirige le site Algérie-Focus. Bouleversé par les attentats, malgré l’émotion, prend le temps de dire ses colères contre toutes les « inactions » des pouvoirs, contre la « discrimination », réelle, le regard des « médias », irresponsables souvent dans leur manière de jouer avec les peurs, le retrait de la « majorité silencieuse au sein de la communauté française d’origine maghrébine » (« je déteste la victimisation »), les « appels aux musulmans, depuis les attentats, pour qu’ils expriment leur désolidarisation d’avec ces événements »... « Mais... nous sommes Français avant tout ». Il met en question (à juste titre !) « les liens... des pays occidentaux » avec « l’Arabie saoudite ou le Qatar ». « Qui vend des armes à Daech ? Qui a financé le terrorisme au Nigéria, au Moyen-Orient ? Les terroristes se nourrissent au sein des wahhabites. Que les pays occidentaux en tirent les conséquences. » Article à lire intégralement... (Compte-rendu d’entretien paru dans L’Orient-Le Jour (Beyrouth), le 16-0-15, propos recueillis par Emilie Sueur. Courrier international, 22/28-01-15 : http://www.courrierinternational.com/article/2015/01/22/j-etais-un-sale-arabe-mais-je-suis-francais ) 

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«  Islam : un rigorisme en proie à la radicalisation ». Par Rochdy Alili, historien. Le Monde des Religions, janvier-février 2015. Dossier titré « Les Fous de Dieu », sous-titre : « L’histoire du fanatisme » (Judaïsme, Christianisme, Islam, Hindouisme, Bouddhisme). Le titre est déjà une annonce de l'analyse qui analysera la source de la radicalisation. Lien vers l’article et d’autres titres : http://www.lemondedesreligions.fr/mensuel/2015/69/islam-un-rigorisme-en-proie-a-la-radicalisation-17-12-2014-4414_212.php  [Le chapeau de l’étude résume le processus étudié : « Du VIIe au XXe siècle, les islamistes ont honoré les mêmes maîtres et respecté le même dogme, parfois poussé à la démesure. Mais l’histoire récente, ravivant ressentiments et luttes de pouvoir, a vu l’émergence de groupes d’une violence extrême. » /// CITATIONS : « Depuis 1258 jusqu’à la colonisation au XIX è siècle, des figures du rigorisme musulman définissent l’idéal islamique qui va plus tard nourrir la réflexion de l’islam contemporain. » (...) « La colonisation occidentale va contraindre les musulmans à s’interroger. Une pensée réformiste moderniste s’élabore. » (...) « Le socle doctrinal des islamistes s’ancre dans ce que nous avons caractérisé comme un rigorisme (...) aujourd’hui poussé à l’extrême. » (Mais l’auteur définit trois manières de vivre le « puritanisme musulman », ou « salafisme » : le « quiétisme », tendance majoritaire, sans projet politique ; les islamistes politiques mais sans violence, et les djihadistes, politiques,  forgés dans des luttes, et de plus en plus violents.

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Un autre article, même dossier, entretien avec  Joseph Yacoub, non musulman (universitaire, Sciences Politiques, Fac catholique de Lyon), traite du fondamentalisme. « Cet âge d’or où l’islam a rayonné ne sert jamais de référence aux radicaux » / « Pour Joseph Yacoub les arguments religieux des djihadistes n’ont rien à voir avec le fondamentalisme et le rêve d’un retour à une période faste de l’islam. » / Il rappelle que les conflits religieux sont « récurrents » (partout dans le monde), situe la montée du fondamentalisme musulman d’aujourdhui dans les années 1970. Dit de ne pas négliger plusieurs éléments (causalités) comme « le sentiment d’une profonde injustice lié au conflit israélo-arabe, dont on ne dira jamais assez l’importance », « l’échec du nationalisme arabe », « l’absence de démocratie », la « déception » concernant « les politiques menées par l’Occident », la « faillite des partis communistes »...  Mais « la politique des djihadistes » est « intégralement nihiliste ».

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Et donc, ne pas confondre les mots et les gens... Mais ne pas craindre de relier les dérives à ce dont elles se réclament, en le faussant. Islamisme et islam. Pour distinguer, mais autrement. Slim Laghmani met en question les méthodes : « Pour se débarrasser de l'islamisme qui génère le terrorisme et montrer qu'il est différent de l'islam, il faut promouvoir de nouvelles techniques d'interprétation des textes sacrés. ».  Dire que l’islam n’est pas  l’islamisme, dit-il, ne sert à rien. « Que l'islamisme, sans qu'il en ait le monopole, génère le terrorisme, cela on le savait déjà : l'Algérie a compté ses victimes par centaines de milliers dans l'indifférence générale de la société internationale à l'époque [les années 1990]. » Dire que l’islam n’est pas  l’islamisme, dit-il, ne sert à rien.  On n’arrive pas à montrer « en quoi l'islamisme est différent de l'islam »...  « parce que l'on s'y prend très mal ». (...) « Quitte à choquer, je dirais que l'islamisme, c'est aussi l'islam – de même que la Sainte Inquisition, c'était aussi le christianisme. La question n'est pas de savoir ce qu'est l'islam ou ce qu'est le christianisme, mais comment on les comprend. » Conclusion : i « immense travail » à faire, méthodologique, d’interprétation... Article publié dans Leaders  (Tunis), le 12-01-15. Courrier international, 29/01-04/02-2015 : http://www.courrierinternational.com/article/2015/01/13/comment-distinguer-l-islamisme-de-l-islam

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Travail d’autant plus nécessaire, note l’écrivain Ali Malek, que l’esprit du Coran a été trahi par les oulémas « en s’appuyant exclusivement sur les hadiths, ces paroles prêtées au fondateur de l’islam ». Et, conclut-il,  « Les musulmans européens font un grand tort à leur religion en la réduisant au port du voile et à la viande halal. Il y a dans le Coran des valeurs plus importantes que la prière, le ramadan et le pèlerinage réunis. ‘Dieu ordonne la justice, la bienfaisance...’ ». Car « Les musulmans ne puisent pas leur religion dans le Coran qu’ils prétendent être la parole de Dieu transmise par l’archange Gabriel au prophète Mahomet. ». Et « Tous les problèmes qui collent à la peau des musulmans proviennent de cette chose qu’on appelle le hadith. » (Raisons factuelles de l’apparition des hadiths ‘’sur leur route’’ ». Et... « Oussama Ben Laden est un pur produit des compilations de hadiths. » : Les musulmans ne puisent pas leur religion dans le Coran qu’ils prétendent être la parole de Dieu transmise par l’archange Gabriel au prophète Mahomet. Le Monde,  31-01-15, "Comment l'islam est perverti par ses fidèles": http://www.lemonde.fr/idees/article/2015/01/31/comment-l-islam-est-perverti-par-ses-fideles_4567342_3232.html

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Pourquoi le terrorisme peut-il se répandre et perdurer ? Parce que des pouvoirs, des médias, des représentants institutionnels le justifient et le soutiennent. Criminels à blâmer, à dénoncer, plus encore que les terroristes, dit Abderrahman Al-Rached, directeur du plus important quotidien panarabe,  dénonce « Le crime des manipulateurs », (Asharq Al-Awsat, Londres, 08-0-15, et Courrier international, 15/21-01-15). CITATIONS : « Il s’agit du même constat : l’extrémisme est le fait de musulmans. Les lieux du crime sont différents, mais la source du crime est la même. / Nous traversons une énorme épreuve. C’est le début d’une avalanche de violences. Elle prend sa source dans des idées, est organisée par des terroristes et dispose de beaucoup de moyens. » / (Il évoque le complotisme, les mensonges de ceux qui justifient les crimes) / « Ces “justificateurs” couvrent les terroristes et leur donnent une légitimité. » (...) « Ce sont eux qui, depuis des années, ont permis au terrorisme de s’implanter dans notre région. De couverture médiatique en justifications politiques et soutiens financiers, leur crime n’est pas moindre que celui des terroristes eux-mêmes. » (...) « Paris est pris pour cible par les mêmes idées, armes et médias qui pourrissent notre région ». http://www.courrierinternational.com/article/2015/01/08/le-crime-des-manipulateurs

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« Pourquoi  l’offre islamiste séduit une jeunesse en  mal d’héroïsme ». L’analyse que fait Chala Chafiq dans Le Monde du 06-02-15 (sociologue, écrivain) part des paroles des jeunes eux-mêmes (recherche menée à Lille en 2008-2009), qu’elle analyse. Elle met l’accent sur la dimension idéologique, disant qu’on la néglige, alors que, pourtant,   « le djihadisme est une des facettes de l’islamisme », qui « travestit la religion en une idéologie à caractère totalitaire ».  La fascination pour une telle idéologie tient au fait qu’elle répond à des besoins complexes et même parfois contradictoires, explique-t-elle. On donne des « règles », il y a des « interdits » : cadres qui rassurent, et obligations qui permettent d’échapper (pas de choix libres) aux « doutes inhérents à la liberté ». Ensuite on propose une « hiérarchisation sexuée » : séduisante pour les garçons qui considèrent que l’égalité hommes-femmes est un leurre, et pour des filles qui ont envie d’être soumises, croyant que l’amour est « obéissance », parce qu’elles ont intériorisé cette idée de l’infériorité des femmes... « Double essentialisation » du « monde musulman » d’un côté », et de « l’Occident », de l’autre (l’un idéalisé et devant « se défendre », l’autre diabolisé, car vu comme  « raciste » et « islamophobe », et... « pro-juif »... Réduction « du culturel au cultuel », « sentiment d’appartenance à une oumma attaquée ». Idéologisation du « djihad ». « Trouver du sens et des liens », « ordre et rébellion » à vivre dans le même cadre... cela répond à des demandes de jeunes. Chahla Chafiq dit donc que le rappel à la loi ne suffira pas. Qu’il faut « proposer une offre alternative forte » dans l’éducation.  Pour amener les jeunes à « se construire dans l’autonomie et la pensée critique. »

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 « L’islamophobie commence au Moyen-Orient ». Al-Modon (Beyrouth), le 18-01-15, Courrier international, 29-1/04-02-2015. Dalal El-Bizri (sociologue spécialiste des mouvements islamistes contemporains) part d’un constat. En 2004, un crime est fait en accusant l’assassiné d’islamophobie. Peine de mort directe pour... islamophobie. Ce terme, dont, contrairement à ce qui est dit, on trouve des occurrences anciennes, a été réactualisé, en quelque sorte, par les idéologues de l’islamisme pour justifier des crimes, ou simplement la répression, quand toute critique, même interne, devient suspecte d’islamophobie. : « Theo van Gogh, le réalisateur d’un film [Soumission] jugé “offensant pour le Prophète”, a été assassiné en 2004 (lire aussi p. 38). Alors qu’il lui assénait des coups de couteau, l’assassin répétait : “Tu es islamophobe ! Tu es islamophobe !” C’est n’est pas une blague, mais la réalité d’un crime qui ressemble à des dizaines d’autres, si ce n’est des centaines, commis par des islamistes contre des Juifs, contre des artistes, contre des journalistes ou contre d’autres que les islamistes ... prennent pour cibles. » Son analyse est très intéressante, car rare, et convaincante : logique.  Au lieu de réagir avec agressivité et colère aux craintes concernant l’islam (tout court, islam, pas islamisme), l’auteur les explique : « Or l’islamophobie résulte tout naturellement de tous les assassinats individuels ou collectifs qui ont été commis au nom de la ‘défense de l’islam’. ». Pourquoi l’islamophobie commence-t-elle au Moyen-Orient ? La réponse est là : Islam seule culture et seul sacré « seul et unique héritage, nous n’en avons pas d’autre. » Donc « crainte ‘pour’ l’islam ». Mais cela va avec « crainte ‘de’ l’islam » Car la peur « pour » (institutionnalisée, soutenue, instrumentalisée contre la démocratie) rend dangereuse toute expression un peu distancée... Donc peur. « La peur de l’islam, c’est la peur de la mort, de la mise à l’index, de la prison. » (...) Peur « intime, proche ». A « déconstruire » avec une « montagne de courage ». Et quand les instances officielles parlent des musulmans blessés (par les caricatures par exemple)  elles « font ce qu’on leur demande » (les Etats qui les contrôlent) «  à savoir accaparer la parole de tous les musulmans . »  (Alors que la parole ils ne l’ont pas eue...). Peur... « Peur que les islamistes exportent vers l’Occident. » : http://www.courrierinternational.com/article/2015/01/29/l-islamophobie-commence-au-moyen-orient

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« Je suis en colère » (titre, papier), « Le Nigeria se rend compte que le gouvernement s’est réveillé trop tard » (titre, site), ENTRETIEN avec Wole Soyinka (Prix Nobel de littérature 1986). Propos recueillis par François Clemenceau, JDD, 08-02-15 : http://www.lejdd.fr/International/Afrique/Wole-Soyinka-Prix-Nobel-de-litterature-Le-Nigeria-se-rend-compte-que-le-gouvernement-s-est-reveille-trop-tard-717128 (CITATIONS: « Le président actuel, ­Goodluck Jonathan, est coupable, avec d'autres, de ne pas avoir compris à quel point ce défi de l'islam radical ne pouvait aller que crescendo. » (...) « Boko Haram / Cette insurrection est barbare, absolument, elle appartient à une "espèce" qui a quitté depuis longtemps la communauté des êtres humains. Mais ils ne sont pas uniquement Nigerians. Ce sont les agents d'un fondamentalisme à l'échelle du globe, avec une capacité de recrutement d'autant plus facile qu'ils se nourrissent d'une lecture pervertie du Coran afin de faire de tous ceux qui ne leur ressemblent pas des ennemis, y compris chez les musulmans. Ajoutez-y les inégalités sociales, la marginalisation, la pauvreté, et le phénomène devient explosif. »

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Piège de Daech... Pierre-Jean Luizard et Gilles Kepel se rejoignent pour dire les pièges dans lesquels il ne faudrait pas tomber, et qui sont d’autant plus dangereux que l’Etat islamique s’appuie sur les failles sociales et culturelles existantes. Sans analyse géopolitique et distance critique, sans informations claires et rappel de certains faits à l’ensemble de la société, nous pouvons être les complices objectifs de la réussite de cette stratégie et laisser venir heurts graves et possible guerre civile, par aveuglement.

D’autant plus que cette stratégie de Daech est aidée, analyse Philip Stephens (Londres), par le jeu pervers du FN, qui, sous le masque d’une dédiabolisation, ne fait qu’adapter sa propre stratégie, qui a pour but de 'faire des musulmans des ennemis du peuple’, suspects, selon les tactiques de Marine Le Pen. (Alors que les Juifs avaient ce rôle principal de suspects du temps du Père à la direction) : père qui est toujours Président d’honneur... ‘Préjugés ethniques’, et ‘altérité’ culturelle suggérée sans cesse, légitiment en fait le racisme et peuvent légitimer la violence.     

« L'Etat islamique veut entraîner la France dans le piège du 'choc des civilisations' », par Pierre-Jean Luizard , Le Monde, 17-01-15 : http://www.lemonde.fr/idees/article/2015/01/16/l-etat-islamique-veut-entrainer-la-france-dans-le-piege-du-choc-des-civilisations_4558056_3232.html  (CITATIONS : « Amedy Coulibaly s’est mis sous l’ombrelle de EI (...)Si cette paternité revendiquée semble difficile à authentifier, il n’en demeure pas moins qu’elle illustre une volonté délibérée du groupe salafiste-djihadiste :internationaliser au maximum le combat qu’il mène contre les « mécréants » (...) « Le terrorisme au nom d’Allah en France vise à susciter des réactions communautaires en chaîne, voire une guerre ouverte entre musulmans et non-musulmans français. » (...) « Loin de se réduire aux caprices d’une idiosyncrasie culturelle barbare, le discours de l’EI a une puissante dimension universaliste qui séduit bien au-delà de sa base arabe sunnite moyen-orientale. Quand on relit ‘Le Choc des civilisations’, de Samuel Huntington, on est frappé du jeu de miroirs qui s’instaure avec les conceptions du salafisme djihadiste. / L’EI reprend parfois mot pour mot les thèses de Huntington afin de mettre en scène un tel choc des civilisations. Il ne s’agit pas d’un conflit entre deux cultures, entre Orient et Occident, entre arabité et monde euro-atlantique, mais d’un choc de titans entre islam et mécréance. » (Dans la conception de l’EI...

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« Daech escompte des situations de guerre civile », par Gilles Kepel, Libération, 14-01-15 : http://www.liberation.fr/monde/2015/01/14/daech-escompte-des-situations-de-guerre-civile_1180804 (CITATIONS : « Le contexte des attentats, c’est celui d’un mouvement, Daech [l’acronyme arabe de l’Etat islamique, ndlr Libération], qui a identifié ce qu’il estime être des fractures culturelles et confessionnelles dans les sociétés européennes - en particulier la France - et qui agit pour que ces fractures soient approfondies, transformées en failles. Le groupe escompte qu’elles se traduiront par des situations de guerre civile entre des populations d’origine musulmane et les «islamophobes», ceux-ci devenant très nombreux à cause des attaques jihadistes. Les populations musulmanes, elles, se radicaliseraient en réaction, jusqu’à considérer les jihadistes comme leurs héros. Cette stratégie a été énoncée en décembre 2004 par Abou Moussab al-Souri, un idéologue syrien dont j’ai traduit les thèses en 2008 dans mon livre ‘Terreur et Martyre’. Elle n’a pas pu se mettre en place à l’époque, car il fallait qu’elle s’appuie sur les réseaux sociaux et sur la proximité d’un terrain de jihad et d’entraînement - qui n’existaient pas encore. Aujourd’hui, on a YouTube, Twitter et le champ de bataille syro-irakien à portée de charter. » (...) « Dans la communication des autorités, il est fondamental de rappeler à l’ensemble de notre société que, parmi les victimes de prédilection des jihadistes, il y a aussi les musulmans désignés par eux comme ‘apostats’, comme c’est le cas du brigadier Ahmed Merabet qui a été délibérément abattu » (...) «  et que la plupart des victimes de Daech sont des musulmans. »)

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« Marine Le Pen : le diable dans les détails », par Philip Stephens, Financial Times (Londres, 22-01-15), Courrier international, 29-01-15. « Même si le FN a adouci son image, il ne faut pas perdre de vue la vraie nature de cette formation, qui dénonce l’islamisation de la France. » : http://www.courrierinternational.com/article/2015/01/29/marine-le-pen-le-diable-dans-les-details (CITATIONS : « Dans toute l’Europe, la droite populiste a élaboré un discours qui consiste à faire des musulmans des ennemis du peuple, au même titre que le capitalisme libéral, les Etats-Unis et les élites politiques. » (...) « Et elle (Marine Le Pen / pour « modérer son discours pour l’emporter ») a renoncé au racisme et à l’antisémitisme déclarés qui étaient propres aux militants FN de la génération de son père. Sa fille préfère attiser les craintes de voir la France envahie par les musulmans. Le père était un démagogue endurci, la fille choisit ses mots avec soin. / « Mais même si le FN... »  (...) « Les préjugés ethniques sont présents dans chacune des déclarations de son état-major.  Les mises en garde contre ‘ l’islamisation ’ sont calculées. Elles ont pour but de créer un environnement permissif pour les éléments les plus violents du parti et de semer la peur dans les esprits (...) »  (...) « Marine Le Pen n’a pas besoin de s’en prendre directement aux musulmans. Il  lui suffit d’alerter sur leur ‘altérité’ et de se demander si l’islam et le républicanisme laïc pourront jamais coexister pacifiquement. De même que l’antisémitisme de Père Jean-Marie Le Pen remettait en cause la loyauté des Juifs, Marine Le Pen sème le doute sur celle des musulmans. L’ennemi c’est l’étranger, comme toujours avec ce nationalisme infâme que l’Europe ne connaît que trop bien. »)

Il faudrait conseiller la lecture d'Imre Kertesz aux gens attirés par les thèses du FN, avant et depuis les attentats... Non, il n'y a pas plus de gènes 'islamistes' chez des Français musulmans, ou musulmans de n'importe quel pays, qu'il n'y a de gènes nazis hérités par les Allemands (voir, ci-dessus, exergue...). L'idéologie n'est pas une identité ethnique ou religieuse...

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Après les attentats, et devant les menaces idéologiques et terroristes, comment répondre tant à l’islamisme qu’au FN (et autres extrêmes droites), dangers conjoints... ? Voici une réponse (de plus, dans le débat ample qui nous concerne – réponse de plus mais essentielle et  fort intéressante : nous devons entendre ce qui vient d’ailleurs, frontières proches, regards en proximité aussi, mais regards qui, du dehors, peuvent mettre le doigt sur des manques, rendre plus lucides). Dans le Magazine du Parisien, José Luis Zapatero, qui dirigea l’Espagne après le terrible attentat du 11 mars 2004 à Madrid. (Le gouvernement de droite de José Maria Aznar s’était trompé en attribuant d’abord l’attentat à l’ETA, qui avait effectivement été souvent coupable de terrorisme, alors que la tragédie était causée par Al-Qaïda, donc l’islamisme, pas les séparatistes basques). José Luis Zapatero, ex-Premier ministre socialiste de l’Espagne, fait part de son expérience dans un entretien, l’expérience espagnole donc. Réponses qui ont prouvé leur efficacité (dont certaines peuvent surprendre, en France, comme la décision de légaliser 700 000 travailleurs sans papiers, au lieu de répondre par la peur accentuée des étrangers, des  immigrés...). Mais, surtout, il parle de ce qui favorise le dialogue, et d’une conception de la laïcité qui ne s’oppose pas à la prise en compte du fait religieux

LIRE, Le Parisien, magazine, 06-02-15. « Les Français m’ont ému », ENTRETIEN avec José Luis Zapatero, ex-Premier ministre espagnol. Propos recueillis par Stéphane Loignon : http://www.leparisien.fr/magazine/grand-angle/jose-luis-zapatero-les-francais-m-ont-emu-04-02-2015-4505661.php (CITATIONS Je lui ai aussi dit » (à l’ambassadeur de France) « que le terrorisme se combattait avec la police, les services secrets, la coopération internationale, mais qu’il ne pouvait être vaincu qu’avec une action politique, culturelle et idéologique poussant toute la société et toutes les confessions religieuses à rejeter en bloc la violence. »  (...) « Dans notre pays, majoritairement catholique, nous avons promu le dialogue et la coopération avec les religions minoritaires, dont la première, l’islam, compte 1,5 million de fidèles. Avec l’appui des communautés religieuses, nous avons créé, en 2005, la fondation publique Pluralisme et vivre-ensemble, qui mène des actions en faveur de la paix et du dialogue. Nous avons aussi ouvert un observatoire du pluralisme religieux, qui conseille les administrations publiques et les communautés confessionnelles sur l’exercice de la liberté religieuse. » (...) « Les religions doivent s’unir et établir un code dans lequel elles déclareraient que rien n’est plus contraire à la foi que la violence. » (...) « C’est, à mes yeux, la tâche première de la République que de diffuser les valeurs de liberté, de pluralisme et de paix. Pour cela, nous avons fait voter en 2006 une loi qui créait un enseignement ‘d’éducation des citoyens’. » (..) « Le caractère laïque de l’Etat ne doit pas être une limite au dialogue avec et entre les religions. Le fait religieux a des implications sociales, identitaires, culturelles, idéologiques... L’Etat, tout en maintenant sa laïcité, garantie de la démocratie, doit se saisir de cette réalité. Ensuite le message anti-immigration est profondément négatif. Un discours d’intégration permet la paix, le vivre-ensemble et le rejet de la violence. » ).

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LIENS :

Articles complémentaires :

Après les attentats, entretien. Islam et islamisme, djihadisme, antisémitisme associé à ce substrat idéologique, et positionnements des jeunes. Olivier ROY, ENTRETIEN, 11-01-2015 : http://seminesaa.hypotheses.org/2642

Sur les musulmans, les enjeux, la  peur, Olivier Roy, ARTICLE. « La peur d’une communauté qui n’existe pas », 09-01-2015 : http://campvolant.com/2015/01/09/la-peur-dune-communaute-qui-nexiste-pas-par-olivier-roy/ 

« Voile, la crise des valeurs », par Chahla Chafiq et Fatima Lalem-Hachilif, Libération, 16-12-2003 : http://www.liberation.fr/tribune/2003/12/16/voile-la-crise-des-valeurs_455517

« Ramadan antiféministe », par Chahla Chafiq, Fatima Lalem, et Maya Surduts, 12-11-2003 : http://www.liberation.fr/tribune/2003/11/12/ramadan-antifeministe_451498

« La gauche radicale a eu tort d’attaquer la prétendue islamophobie de Charlie » : http://www.lattention.net/p/christophe-ramaux.html

Mise à jour 02-06-2016. Ramadan et le Qatar, article de Marianne... http://www.marianne.net/tariq-ramadan-assure-qu-il-n-est-... 

BLOGS et sites :

Antoine SFEIR. Blog (Voir notamment les rubriques "Monde", "Religion", "Décryptages") : https://antoinesfeir.wordpress.com/

Cahiers de l’Orient. Blog : https://cahiersdelorient.wordpress.com/

Chahla CHAFIQ, sociologue. Site : http://www.chahlachafiq.com

LIVRES :

Chahla CHAFIQ, sociologue, « Islam politique, sexe et genre. A la lumière de l’expérience iranienne », 2011. (« Analyse de l’islamisme : idéologisation du religieux, modèle politique totalitaire, phénomène moderne qui s’élève contre la modernité »).  : http://www.puf.com/Autres_Collections:Islam_politique,_sexe_et_genre

Pierre-Jean LUIZARD, historien, « Le piège Daech. L’Etat islamique ou le Retour de l’Histoire », Ed. La découverte, 02-2015 : http://www.editionsladecouverte.fr/catalogue/index-Le_piege_Daech-9782707186102.html

Marc TREVIDIC, juge antiterroriste, « Terroristes : Les 7 piliers de la déraison », Eds JC Lattès, 02-2015 http://www.editions-jclattes.fr/livre-terroristes-marc-tr... 

Antoine SFEIR, directeur des Cahiers de l’Orient, « Dictionnaire géopolitique de l’islamisme », éd. Fayard, 2009 : http://www.franceculture.fr/oeuvre-dictionnaire-g%C3%A9opolitique-de-l-islamisme-de-dirig%C3%A9-par-antoine-sfeir.html

Mise à jour 02-06-2016. « Je ne suis pas Diam’s », de Fawzia Zaouri... http://www.editions-stock.fr/je-ne-suis-pas-diams-9782234... 

Mise à jour 02-06-2016. Adonis, « Violence et islam »... http://www.seuil.com/ouvrage/violence-et-islam-adonis/978... 

03/02/2015

Parler du fascisme tapi dans l'islamisme...(MAIS...). Lectures... Courrier international...

COURRIER international.jpgCOURRIER ISLAM.jpgParler du fascisme, oui. Fascisme... C'est cela que désignent les auteurs de ces articles, journalistes ou écrivains, qui s'expriment dans le monde - et, précisément, aussi (voir les deux derniers articles), dans le "monde arabe" (notion controversée, mais qui recouvre une réalité culturelle et géopolitique cependant). Fondamentalisme qui est avant tout idéologique, politique. Fascisme qui ment en prenant le masque d'un attachement à une appartenance religieuse (même si celle-ci peut interroger ce qui en elle permet cette captation), et en emprisonnant les populations dont c'est la croyance ou la culture. (Ou dont c'est une des cultures, car les êtres sont tissés de cultures plurielles, surtout dans le contexte de notre univers mondialisé, diasporique, métissé, voyageur, nomade, connecté, traversé de réseaux...). Totalitarisme qui a un projet (fou peut-être, mais d'autres folies ont déjà réussi à opprimer terriblement : mémoire de l'Inquisition, du nazisme, du stalinisme...). Idéologie fondée sur des constructions mentales manipulatrices, une rationalité mêlée considérablement d'irrationalité (complotisme et négationnisme n'étant que deux aspects de la mise hors raison). Plongée mortifère dans le culte du passé, la peur de la femme, la peur du rire, du sport, de la musique, de l'art, de la pensée...

Fascisme tapi dans l'islamisme... PAS dans l'islam (vision haineuse que veut imposer l'extrême droite, pour rejeter les musulmans, par pur racisme, xénophobie en tout cas, refus culturel, peur identitaire). Pas dans l'islam tel que le pratiquent la majorité des gens qui le vivent comme spiritualité. Donc pas en eux, seulement croyants parfois, ou même pratiquants - plus ou moins, comme dans toutes les religions. Pas en eux, sur lesquels on risque de projeter l'ombre des terroristes revendiqués musulmans. Projeter cela c'est projeter la peur, et ouvrir la place (dont d'autres pourront se saisir) pour les agressions, verbales ou physiques. Attention, NE PAS confondre... Eviter de superposer les mots et les gens (ou idéologie et croyance religieuse). L'extrême droite nous tend et nous tendra ce piège, qui n'est que le miroir de celui que tendent les islamistes djihadistes (cela conforte leurs analyses jumelles fondées sur la haine de l'Autre...). Confondre, c'est pratique, facile... c'est penser en raccourci. Ne pas penser en raccourci, c'est, aussi, interroger, comme le font de nombreux intellectuels musulmans et des islamologues, ce qui, dans les sources de la religion, peut autoriser la violence, la légitimer. Dans tous les textes de ces intellectuels, donnés à lire dans les revues de presse de plusieurs de mes notes (et dans les références de livres) la complexité est présente. Mais, si la complexité est présente, dans la pensée comme dans la réalité, l'interrogation devra se porter aussi sur le lien des religions avec les revendications identitaires, et sur le lien des appartenances idéo-religieuses avec la perception que les uns ont des autres (croyants ou incroyants, et croyants autrement). [En Norvège, Anders Behring Breivik, le terroriste chrétien qui tua 77 personnes et en blessa 151 en juillet 2011 - des cibles idéologiques - ne le fit évidemment pas au nom de l'islam, mais bien au nom de ses convictions politiques d'extrême droite, sous-tendues par le désir de défendre sa conception d'une identité européenne associée à la chrétienté, qu'il voulait préserver... Preuve que des fanatiques idéologiques peuvent se saisir du religieux à des fins politiques. Stratégiquement parfois, ou même sincèrement... Car le rapport avec la foi est subjectif, donc facilement passionnel, et peut devenir doctrinaire si les questionnements n'ouvrent pas la lecture des textes aux interprétations divergentes. Et, au-delà, si des clés ne sont pas données, culturellement, pour dire comment distinguer ce qui est de l'ordre de la spiritualité, de la recherche de sens, et ce qui est de l'ordre de la politique.] Religion, et religions, ou cultures imbriquées... Rien n'est simplement cela ou le contraire.     

Complexité? Bien mise à mal, encore, quand on enferme les êtres dans des catégories. Car que veut-on dire quand on dit "musulmans"? Ceux qui ne sont ni chrétiens, ni juifs, ni bouddhistes? (Cela ne rend pas forcément musulman...). N'y-a-t-il pas dans cette appellation, y compris pour refuser (à juste titre) tout amalgame avec les terroristes, une manière de désigner une origine? C'est hypocrite et mensonger. Lire la tribune d'Ahmed Benchemsi, parue dans Le Monde du 16-01-15 : "Le 'musulman modéré', une version actualisée du bon nègre". [Citations : "En les qualifiant de 'musulmans', on les singularise déjà." (...) "L'islam, c'est d'une ridicule évidence, n'est inscrit dans le patrimoine génétique de personne." (...) "Sauf à considérer que leur origine ethnique conditionne leur façon de penser (ce qui est la définition même du racisme)"]. Texte intégral : http://www.lemonde.fr/afrique/article/2015/01/16/le-musulman-modere-une-version-actualisee-du-bon-negre_4557616_3212.html   

Donc, LECTURES (citations...), pour commencer (ou poursuivre), la confrontation, avec, réellement, ce qu'est l'islamisme... Et non pas ce que nos paresses, notre idéologie, ou notre inconscient, voudraient nous faire croire (dans un sens ou un autre...). Vu de... Québec (l'idéologie...), Ukraine (ne pas tolérer l'intolérable, car ce serait renoncer à la démocratie...), Liban (répondre au fascisme...), Tunisie (des fascistes... imbéciles... qui osent se réclamer d'Allah..), presse monde arabe à Londres (Explications... Non, ni la France, ni les Juifs, n'ont mérité ça. Caricatures? Comprendre que se moquer du Prophète c'est comme se moquer de Moïse. Oui, on peut se moquer de Moïse, mais pas de l'Holocauste, car ce n'est pas la même chose... ), Syrien en exil à Londres (racines historiques de l'islamisme, la source : idéologues refusant la modernité et voulant faire du religieux la norme qui régente tout...). Un dossier, sous forme de revue de presse, qui est une bonne synthèse de questions essentielles...

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Vu de Québec. « Quand l'idéologie tue », par Paul Journet, La Presse (Montréal, 09-01-15), Courrier international, 15/21-01-15 : http://www.courrierinternational.com/article/2015/01/14/vu-du-quebec-quand-l-ideologie-tue [ CITATIONS : « (S’interroger sur...) la part de responsabilité du modèle français d’intégration des minorités. Cet examen est prématuré et simpliste. Il repose sur une confusion entre trois concepts liés mais distincts. L’intégration des immigrants (...), la laïcité (...) et enfin l’intégrisme, la religion devenue militante et violente. Ni la laïcité, trop molle ou stricte, ni l’intégration déficiente ne causent l’intégrisme. Et elles ne suffiront pas à l’éteindre. (...) L’islamisme existe aussi dans des pays où l’intégration ne pose pas problème. ( ...) On oublie que les musulmans forment les plus nombreuses victimes des islamistes et que leur ras-le-bol augmente au Pakistan et ailleurs. Les djihadistes ne correspondent pas à un profil unique. (...) Certains sont fous, d’autres sont diaboliquement rationnels. ». L’auteur insiste sur la nécessité « d’admettre le pouvoir meurtrier de l’idéologie » et d’éviter deux pièges. Le premier est de réagir en adhérant aux thèses de l’extrême droite, récupérant les attentats pour « amalgamer les islamistes à l’ensemble des musulmans qui pratiquent pourtant leur foi dans la paix. » De réagir en croyant à la « bête théorie du choc des civilisations » qui « sert les islamistes » - par la polarisation qu’ils veulent créer pour « mieux recruter ». Au contraire, « Il faut dénoncer sans relâche cette xénophobie. ». L’autre piège, l’autre danger, est « non pas de récupérer, mais d’étouffer le débat sur l’islamisme. »]

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Vu d’Ukraine. « Le prix sanglant du ‘politiquement correct’ », par Sergueï Grabovskiy, Den (Kiev, 09-0-115), Courrier international, 15/21-01-15 : http://www.courrierinternational.com/article/2015/01/14/vu-d-ukraine-le-prix-sanglant-du-politiquement-correct [ CITATIONS : « Pour l’heure, ni l’Europe, ni les Etats-Unis, ni l’Ukraine ne sont prêts à exprimer ouvertement les faits essentiels qui ont abouti aux attentats terroristes à Paris, ni la réalité fondamentale qui se dissimule derrière ces actes. » (...) « On ne parle pas seulement de religion, mais de politique parée d’atours religieux. Nous sommes face à une chose digne de l’obscurantisme médiéval ou des Cent-Noirs [mouvement nationaliste, monarchiste et antisémite apparu dans l’Empire russe au début du XXème siècle.] Pour être plus précis, cette idéologie terroriste est un ‘fascisme islamiste’, qui s’appuie sur des idées totalitaires et nourrit des ambitions planétaires. /// En dépit de cette réalité la majorité des journalistes et des dirigeants (...) parlent d’atteinte aux médias et à la liberté d’expression’. Or, ce terrorisme est très particulier, car il a pour objectif ultime la liquidation de la civilisation euro-atlantique (ou ‘judéo-chrétienne’ comme elle se définit elle-même). » (...) « Attentats (...) absurdes » ( ?). « Non. » (...) « ... ce sont des actes complètement rationnels qui s’inscrivent dans le cadre de cette vision du monde totalitaire. » (...) « Il y a eu le bolchevisme, le fascisme et le nazisme, la vague de l’extrême gauche appelant à une révolution mondiale dans les années 1970, et maintenant il y a l’islam militant. » L’auteur dit que, à son avis, la réponse aux attentats de Paris est « la fin de toute ‘tolérance’ face aux agissements des fondamentalistes et des tenants du fascisme islamiste. » (...) Car ne pas le faire « revient à saper les fondements de la démocratie européenne tout en donnant aux musulmans qui défendent les valeurs démocratiques le sentiment d’être abandonnés face au totalitarisme. »]

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Vu du Liban. « Le poing du fascisme », par Alex Rowell, Now (Beyrouth, 07-01-15), Courrier international, 15/21-01-15 : http://www.courrierinternational.com/article/2015/01/14/vu-du-liban-le-poing-du-fascisme  [ CITATIONS : « Les rues de Paris, qu’ont autrefois foulées Descartes, Diderot et Voltaire, ont été ensanglantées. Une fois de plus, l’esprit humoristique, ironique et intellectuel est frappé en pleine face par le poing du fascisme.3 (...) « Insondables illusions. Certains, bien entendu, verront dans ce qui s’est passé une sorte de justice expéditive à l’égard du passé colonial de la France ou de ses interventions récentes au Mali ou en Libye. Peu importe aux yeux de ces gens que la seule ‘vengeance’ invoquée par les tueurs l’ait été au nom du Prophète... » (...) « Plus dangereux sont ceux qui diront que ce qui s’est passé aujourd’hui prouve la nécessité de montrer plus de ‘sensibilité’ ou (de façon plus paternaliste) de ‘sens commun’ dans ce que les medias publient au sujet de la religion. » (...) « ... La réalité a toujours prouvé exactement le contraire : ceux qui répondent à la satire par le meurtre doivent être non pas moins mais encore plus critiqués... »]

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Vu de Tunisie. « Des imbéciles qui se réclament d'Allah », par Slaheddine Charlie Dchicha, Kapitalis (Tunis, 08-01-15), Courrier international, 15/21-01-15. [ CITATIONS : « Les fascistes qui ont tué les journalistes de Charlie Hebdo sont les mêmes qui égorgent des policiers et des soldats en Tunisie, et sèment la désolation en Irak, en Syrie et en Libye. Ainsi donc deux ou trois sinistres individus, parce que le hasard les a fait naître dans une famille musulmane, s’autoproclament porte-parole des musulmans et s’érigent en représentants de Mahomet voire d’Allah sur terre. Quelle prétention ! Quelle fatuité ! Quelle suffisance ! » (...) « Ces criminels fanatiques et imbéciles prennent en otage les musulmans de France et d’ailleurs. » (...) « Car ces fascistes sont les agents et les promoteurs autoproclamés d’un ordre totalitaire, le même qui émet une fatwa contre Kamel Daoud en Algérie. L’autoproclamation, voilà la malédiction du monde arabe et musulman. » (...) « Le génial journaliste algérien Kamel Daoud a mille fois raison lorsqu’il affirme : ‘Si l’on ne tranche dans le monde dit arabe la question de Dieu, on ne va pas réhabiliter l’homme, on ne va pas avancer... La question religieuse devient  vitale dans le monde arabe. Il faut qu’on la tranche, il faut qu’on la réfléchisse pour pouvoir avancer.’ »]

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Vu du monde arabe. « Non, la France n'a pas mérité ça ! », par Hazem Saghieh, Al-Hayat (Londres, 10-01-15), Courrier international, 15/21-01-15. [ CITATIONS : « Les auteurs du crime contre la revue satirique Charlie Hebdo ont eu comme seules paroles, d’après ce qu’on en sait, les cris “Allahu Akbar” et l’affirmation qu’ils voulaient “venger le Prophète”. En revanche, des éditorialistes [arabes] et des militants des réseaux sociaux se sont efforcés de trouver des raisons auxquelles les criminels eux-mêmes n’auraient pas pensé et qui sont très loin de leur univers mental simpliste de terroristes. ///Cette ambiguïté, voire complaisance, dont ces éditorialistes font preuve face au crime s’explique par le sentiment que dans nos contrées le réflexe de faire l’unité [entre musulmans] prime les autres considérations. Alors qu’en un clin d’œil on voit les multiples guerres civiles qui déchirent le monde arabo-musulman, ce qui donne à cette “unité” un côté pathologique. Mettons de côté les accusations contre le sionisme, les mises à l’index de la France, des Etats-Unis et des puissances occultes, ainsi que les discours oiseux selon lesquels “eux-mêmes” [la France] l’ont cherché. » (...) « Certains Arabes disent que les caricaturistes se sont moqués de l’islam mais pas de l’Holocauste. Le fait est qu’il y a une différence profonde entre les deux. Selon les dessinateurs de ce journal et selon les lois de leur pays, on a le droit de heurter les sensibilités religieuses et d’attaquer les symboles du sacré. » (...) « C’est tout autre chose que de se moquer de drames humains récents, ayant fait des victimes dont des proches sont encore en vie. On peut se moquer de Moïse, mais pas de l’Holocauste. » (...) « D’autres veulent “que les Juifs dégustent un peu, eux aussi, des souffrances que nous subissons” !  /// Or les Juifs ont bien assez dégusté au cours des dizaines de siècles, bien plus que nous Arabes. Personne, pas même les racistes parmi les Juifs, ne dit que les Arabes devraient subir la même chose. Certes, l’islamophobie existe dans les pays occidentaux. Mais il ne faut pas oublier que ces pays sont les seuls qui débattent de ce phénomène, l’analysent et le condamnent. C’est probablement la frustration que nous ressentons depuis [l’échec] des révolutions, échec qui nous prive de la liberté qui nous aurait permis, à nous aussi, de débattre de ces phénomènes, de les analyser et de les condamner. »]

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VU de Londres (article d’un écrivain, opposant syrien). « Comment l'islamisme a triomphé », par Yassine al-Haj Saleh, Al-Quds Al-Arabi (Londres, 10-01-15), Courrier international, 29-01/04-02 :  http://www.courrierinternational.com/article/2015/01/29/comment-l-islamisme-a-triomphe [Intro. Courrier int. : « Pour cet écrivain et opposant syrien, l’attrait de la modernité a été supplanté dans les pays arabes par la religion à partir des années 1970, alors que l’instruction cessait d’être un gage de progrès social et que se répandait la corruption. » /// ARTICLE. CITATIONS : « L’acclimatation à la modernité n’a pas rencontré de résistance particulière dans le monde musulman pendant environ un siècle, de la deuxième moitié du XIXe siècle aux années 1970. Cela allait de pair avec l’amélioration des conditions de vie et l’apparition d’opportunités de promotion sociale, d’abord pour les hommes, ensuite pour les femmes. » (...) « Quoi qu’il en soit, ce qui meut les sociétés arabes, à l’instar de n’importe quelle société, c’est la perspective d’améliorer la vie en ce bas monde. Et dans aucun pays arabe la lutte anticoloniale n’a été essentiellement religieuse, même si l’islam a fait partie des éléments de mobilisation. » (...) « Jusque dans les années 1970, la tendance générale était à la modernisation des institutions, de la société... » (...) « Certes, cette modernité a rencontré des résistances... » (...) « Que s’est-il donc passé dans les années 1970 pour que les choses s’inversent, pour que le voile soit à nouveau répandu et que les islamistes puissent prétendre se substituer à l’autorité de l’Etat ? On l’explique couramment par l’islam ou par une structure mentale propre aux musulmans. Cette vision des choses correspond à celle des islamistes eux-mêmes puisqu’ils prônent le ‘retour au véritable islam’ et la primauté de la religion dans tous les aspects de la vie. » // « Cette explication n’en est pas une. Pour commencer, parce que les musulmans ne sont pas entièrement  structurés par la religion. En revanche on peut faire remonter cette tendance, dont l’Etat islamique [Ei, Daech] représente le point culminant, à une idée forgée par  Sayyid Qutb, (...) l’idéologue égyptien des islamistes, idée selon laquelle il fallait s’écarter de la modernité. » (Idée, dit-il, qui s’est développée au moment où « les libertés reculaient » – dictateurs, enrichissements de tyrans. » (...) « Ce nouveau climat a permis aux islamistes de répandre leur vision du monde. Aujourd’hui la première tâche consiste à renouer avec le progrès, c'est-à-dire à offrir au plus grand nombre des opportunités pour une vie meilleure.»]

27/01/2015

PETITION internationale. MUSULMANS du MONDE. « Notre responsabilité à l'égard du terrorisme au nom de l'islam »

Je m’écarte un bref instant du regard sur les images terribles du documentaire (nécessaire et important) qui passe sur la 2, « Jusqu’au dernier » (mais je ne m'écarte pas de l’écoute...), pour poser cette information (qui fait écho aux appels déjà publiés par des associations de musulmans laïcs - et laïques). Cf. celui que j’ai mentionné dans la note  du 16-01-15, « Des mots, des chants, des mots...Voix musiciennes et voix musulmanes ». Cet appel international ajoute l’affirmation d’un engagement du signataire : « Chacun des signataires s’engage à militer pour la primauté du droit, des droits humains et de la citoyenneté. ». Ce, après avoir insisté sur ce point : « Tous les discours ou entreprises visant à encourager ou à promouvoir les radicalisations, la haine, le racisme, doivent être criminalisés. ». (Ceci est à entendre par tous, pas seulement les musulmans signataires de cet appel, mais les chrétiens, juifs, athées, agnostiques, et croyants de diverses cultures. Car l’ambiance est aussi, malheureusement, ces derniers jours, en France, à des ripostes haineuses aux drames récents - ripostes en actes ou en discours. Et ailleurs, la haine prospère, comme d’habitude...). Cette pétition a une qualité remarquable, en ceci qu’elle proclame que signer une pétition est certes un acte qui a effet sur ce qu’on vit, mais que s’en contenter ne suffit pas : agir devra prendre aussi d’autres formes, pour l’affirmation des refus ou des adhésions, et pour le courage du dialogue. « Militer »... De même, son intérêt est qu'elle rappelle quelles sont les réponses pour réformer l'islam, c'est-à-dire d'abord réformer la lecture des divers textes fondateurs : tenir compte de leur historicité. Enfin, elle redit ceci, qui est indispensable : pour promouvoir la citoyenneté et les droits humains, il n'y a que l'éducation, la culture.

[Attention à ne pas prendre le mot "responsabilité" comme un aveu de culpabilité après les assassinats et drames ici et à l'étranger. (Comme une sorte de réponse à la double injonction contradictoire envoyée par certains : "exprimez-vous, mais soyez cachés"). Ce serait un contresens. C'est une REPONSE autre, au présent, pour agir maintenant, dans la poursuite consciente des engagements déjà pris, dans et hors une appartenance culturelle. Responsabilité active, espoir critique pour le futur. Constat et engagement... D'autant plus que cet engagement est déjà actif pour beaucoup, mais l'actualité exige un élargissement à une dimension plus grande, et sur un plan international.] C'est ainsi que je comprends cet appel...

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Ci-dessous, le TEXTE de l’appel, le LIEN vers la pétition, la LISTE des PREMIERS SIGNATAIRES.

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Déclaration

Notre responsabilité à l’égard du terrorisme au nom de l’islam

Le monde est en train de vivre une guerre déclenchée par des individus et des groupes qui se réclament de l’islam. En Syrie, en Irak, en Libye, en Tunisie, au Nigéria, en France, etc., cette guerre est la même. Elle est conduite au nom d’une certaine lecture de l’islam.

Cette guerre nous interpelle tous, nous, laïcs issus du monde islamique. Il est de notre responsabilité d’agir et de nous opposer à tout ce qui l’alimente.

Des réformes sont indispensables dans le monde musulman pour contrer cette guerre. La citoyenneté, l’égalité, la liberté de conscience, l’État de droit et les droits humains sont des antidotes indispensables.

Aujourd’hui, la réponse à cette guerre ne consiste à pas à dire que l’islam n’est pas cela. Car c’est bien au nom d’une certaine lecture de l’islam que ces actes sont commis. Non, la réponse consiste à reconnaître et affirmer l’historicité et l’inapplicabilité d’un certain nombre de textes que contient la tradition musulmane. Et à en tirer les conclusions.

Les troupes ennemies qui mènent cette guerre mondiale ne sont pas constituées de simples égarés mais de combattants fanatisés et déterminés. Ces combattants sont nourris par des textes islamiques qui appellent à la violence, qui existent dans les autres religions et qui relèvent d’un autre contexte, d’un autre âge, aujourd’hui dépassés. Ce corpus est le référentiel des groupes jihadistes. Tous les acteurs concernés, à commencer par les religieux et les autorités de chaque pays, doivent le déclarer comme inadapté, dépassé et inapplicable. Cette position doit être le début d’une véritable réforme du champ religieux de chaque pays et au-delà du champ religieux, d’une mise à niveau des législations.

L’activation et l’instrumentalisation de ce corpus, quelle qu’en soit la raison, doivent être dénoncées d’une manière explicite par les autorités, les religieux, les sociétés civiles ainsi que dans les manuels scolaires et sur les médias.

Nous avons la responsabilité de combattre l’activation de ce corpus et de tous les processus qui y conduisent. Tous les discours ou entreprises visant à encourager ou à promouvoir les radicalisations, la haine, le racisme, doivent être criminalisés. Les programmes scolaires et les discours des médias publics ainsi que les prêches des mosquées doivent être conformes aux idéaux universels de la liberté de conscience et des droits individuels.

Il n’existe pas de religion supérieure à une autre. L’humanité est une et indivisible.

Chacun des signataires s’engage à militer pour la primauté du droit, des droits humains et de la citoyenneté.

Le 11 janvier 2015

POUR SIGNER :

http://www.petitions24.net/notre_responsabilite_a_legard_du_terrorisme_au_nom_de_lislam

Premiers signataires :Raja Benslama, psychanalyste, universitaire, Tunisie/ Fethi Benslama, psychanalyste, professeur des universités, Tunisie, France/Ali Mezghani, Professeur agrégé en droit, Tunisie/Salah Elouadie, poète, président du Mouvement Damir, Maroc/Hella Lahbib, journaliste, Tunisie/Naceureddine Elafrite, journaliste, Maroc, Tunisie/Latefa Aharrare, actrice, Maroc/Aziz Al-Azmeh, universitaire, Syrie/Munaim Alfakir, poète, Irak/Tewfik Allal, coordinateur du Manifeste des Libertés, Algérie, France/Azzeddine Allam, professeur universitaire, Maroc/Zoubir  Arous, professeur  et directeur du laboratoire « Religion et Société », Université d'Alger 2, Algérie/Ahmed Assid, écrivain, Maroc/Fouzia Assouli, militante associative-Fédération de la Ligue des Droits des Femmes, Maroc/Houari Baki, psychanalyste, Algérie, France/Slimane Bedrani, Professeur à l'ENSA, Directeur de recherche associé au CREAD, Algérie/Yagoutha Belgacem, directrice artistique Siwa, Tunisie/Souhayr Belhassan, journaliste, Tunisie/Yadh Ben Achour, vice-président du Comité des droits de l'Homme des Nations Unies. Ancien doyen de la Faculté des sciences juridiques. Tunisie/Ghaleb Bencheikh, islamologue, France/Ali  Bencheneb, professeur émérite, ancien recteur d’académie, Algérie/Kmar Bendana, historienne, Tunisie/Cherif Bennadji, professeur à l'université d’Alger 1, Algérie/Basset Ben Hassan, président de l’Institut arabe des droits de l’Homme, Tunisie/Tabrizi Ben Salah, professeur de droit international, Doyen honoraire, Algérie/Lotfi Ben Slama, stomatologue, Tunisie, France/Nédra Ben Smail, psychanalyste, Tunisie/Sophie Bessis, agrégée d’histoire, journaliste, Tunisie, France/Jawad Boulus, écrivain et avocat, Palestine/Abdelaziz Boumeshouli, professeur d’université, écrivain, Maroc/Mohamed Chafiq, académicien, Maroc/Saloua Charfi, professeur de journalisme, Tunisie/Khedija Cherif, universitaire, Tunisie/Mohamed Ali Cherif, cinéaste, Tunisie/Moulim El Aaroussi, écrivain, Maroc/Said Elakhal, Chercheur, militant associatif, Maroc/Abdallah El Hariri, artiste peintre, directeur artistique, Maroc/Nabile Farès, psychanalyste, écrivain, Algérie, France/Cherif Ferjani, professeur des universités, Tunisie, France/Claudette Ferjani, militante associative, Tunisie/Habib Gherar, professeur à l’université d’Aix-Marseille, France/Nacer-eddine Ghozali, professeur agrégé en droit, Algérie, France/Nedim Gursel, écrivain, Turquie, France/Selma Hajri, médecin, Tunisie/Mohamed Ham, psychanalyste, professeur des universités, Maroc, France/Salem Hamza, psychiatre, Tunisie, France/ Ahmed Henni, professeur des universités, Algérie, France/Mahmoud Hussein, écrivain, France, Egypte/Kadhem Jihad Hassan, écrivain, professeur d’université, Irak, France/Marcel Khalifé, artiste, Liban/Abdellatif Laâbi, poète, Maroc/Kamal Lahbib, militant associatif - Collectif Démocratie et Modernité, Maroc/Slim Laghmani, professeur de droit à l’université de Carthage, Tunisie/Delenda Largueche, historienne, Tunisie/Ali Magoudi, psychanalyste, psychiatre, France/Ahmed Mahiou, professeur de droit, ancien doyen, Algérie/Faïka Moujahid, psychanalyste, Algérie/Hatem Mrad, professeur d’université, Tunisie/Kalthoum Meziou, Professeur à la Faculté des Sciences Juridiques Politique et Sociales de Tunis. Tunisie/Hamad Nazir, psychanalyste, France/Mounira Nessah, psychologue clinicienne, Tunisie, France/Hamadi Redissi, professeur d’université, Tunisie/Nouredine Saadi, écrivain, Algérie/Hachem Saleh, écrivain, traducteur, Syrie/Rajaa Stitou, psychanalyste, enseignante Université Montpellier 3, Maroc, France/Wassila Tamzali, écrivain, Algérie/Georges Tarabichi, écrivain, traducteur, Syrie/Adnane Yassine, poète, Maroc/Yahya Yakhlef, écrivain et romancier, Palestine/Lahcen Zinoun, chorégraphe et cinéaste, Maroc.

Pétition signée « Groupe laïc »

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Lire aussi, Huffpost Maghreb, "Des intellectuels issus du monde arabe se mobilisent" : http://www.huffpostmaghreb.com/2015/01/16/petition-charlie-hebdo-intellectuels-laics-musulmans-mobilises_n_6486262.html 

VOIR, autres PETITIONS, 8ème LISTE MARGE GAUCHE (après vignettes, liste Agir, etc...). Dernière pétition ajoutée hier : NEGATIONNISME sur INTERNET...    

.... VOIX MUSULMANES... VOIR aussi la note sur les voix, les chants, les textes... Engagements... http://tramesnomades.hautetfort.com/archive/2015/01/16/de...   

25/01/2015

Regards pour penser janvier 2015 : cinéma, théâtre

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FILM ALLAH ABD AL MALIK.jpg

 

 

« nous sommes bords et marges / et mettons en évidence les blessures / qui obscurcissent le centre »

Luisa Futoransky

Les orties de Saorge (p.51), Les Eds de la Grenouillère/Editorial Leviatan (traduit de l’espagnol – Argentine - par Nelly Roffé)

Des œuvres prémonitoires n’ont pas été comprises au moment de leur réalisation (La Désintégration, par exemple...). Des créations ont eu du mal à trouver leur financement (L’Apôtre). Mais tous ces films sont du sens donné pour déchiffrer ce qui se refuse à la compréhension. Et, malgré les sujets douloureux ou terrifiants, l’art trouve quand même le moyen de créer de la beauté avec le plus sombre, le plus triste, pour nous remettre dans l’humain, quand il semble échapper à la conscience. Le risque de la censure ou de l’autocensure reste une des questions, cependant. Et la peur, le doute, la sidération...

Films à voir ou revoir. Et quand ils datent un peu, guetter les programmes (cinémas, télévision) ou chercher les DVD... Et, au pire (au moins...), regarder les bandes-annonces, les extraits qu’on trouve abondamment, lire ou relire les critiques : cela aussi nous enrichira, notre culture étant aussi faite de bribes, pas toujours d’œuvres intégrales... quand ce n’est pas possible ou pratique...

Voici des titres, qui mèneront vers des films, des bandes-annonces, des DVD, des séances (cinémathèques, etc.)...  

Poupées russes... Un titre mène à une thématique et donc à des questions, à des lectures aussi, et à un metteur en scène qui a créé d'autres oeuvres... Sélection d’oeuvres qui traitent des sujets qui hantent la presse et nos têtes en ce moment. Critiques de films, citations, perspectives de réflexion, questionnement.

19 REGARDS pour penser janvier 2015 (18 FILMS, une vidéo). 

Les FILMS : Loin des hommes, 2015 (de David Oelhoffen), Qu’Allah bénisse la France, 2014 (d’Abd Al Malik), Timbuktu, 2014 (d’Abderrahmane Sissoko), Eau argentée, 2014 (d’Ossama Mohammed et Wiam Simav Bedirxan), Interdites d’école, 2014 (de Jeannette Bougrab), L’Apôtre, 2014 (de Cheyenne Carron), El Algerian, 2014 (de Giovanni Zelko), Le repenti, 2013 (de Merzak Allouache), Les chevaux de Dieu, 2013 (de Nabil Ayouch), La Désintégration, 2012 (de Philippe Faucon), Laïcité Inch Allah, 2011 (de Nadia El Fani), C’est dur d’être aimé par des cons, 2008/reprise 2015 (de Daniel Leconte), Algérie, histoires à ne pas dire, 2008 (de Jean-Pierre Lledo), Cartouches gauloises, 2007 (de Mehdi Charef), Morituri, 2007 (d’Okacha Touita), El Manara, 2007 (de Belkacem Hadjadj), Qu’a-t-il mon pays ?, 2007,  (de Fatima Belhadj), OAS, une histoire interdite, 2003 (deFrançois Margolin et Georges–Marc Benamou)

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VIDEO essentielle, 2012 : Rencontre avec Danielle Chich (vers son questionnement adressé à Zohra Drif, Colloque de Marseille)  :  https://www.youtube.com/watch?v=Y0QF19zmkjg  

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Et... 7 REGARDS pour penser janvier 2015. THEÂTRE (cinq pièces, sept metteurs en scène). 

LES 5 PIECES : Les Justes, de Camus (deux mises en scène : Kheireddine Lardjam/Compagnie El Ajouad, et Stanislas Nordey), Incendies (de Wadji Mouawad, pièce mise en scène par lui ou d’autres, comme Stanislas Nordey, David Strosberg), L’Attentat (de Yasmina Khadra, adaptation mise en scène notamment par Israël Tshipamba, et aussi par Fabien Bergès/Humani Théâtre), 11 septembre 2001 (de Michel Vinaver, mise en scène de Robert Cantarella – articles/dossiers : textes de Julie Sermon, revue Agôn/Arts de la scène et Jean Baudrillard, le Monde, 02-11-01, lisible sur le site egs.edu), Lapidée, de Jean Chollet.

Pistes pour des recherches, pour une mémoire...

Réflexion sur le besoin d'images, le regard... et donc l'importance des films... Voir la note précédente... http://tramesnomades.hautetfort.com/archive/2015/01/24/de... 

24/01/2015

Des mots, des signes, des films. Comment nommer, et quoi ? Besoin d’images...

FILM DESINTEGRATION.jpg

« As-tu déjà regardé l’ombre de tes larmes ? Ce n’est pas une ombre ordinaire, ça n’a rien à voir. C’est une ombre venue exprès pour nos cœurs d’un autre monde lointain. En les voyant, je me suis demandé si, en réalité, ce n’était pas mon ombre qui pleurait de vraies larmes, dont les miennes n’étaient que le pâle reflet. »

Haruki Murakami

Chroniques de l’oiseau à ressort

(pp. 934-935, éd. 10/18)

Murakami est aussi l’auteur d’Underground, enquête sur un terrible attentat au Japon, dans le métro

Nécessité de penser les attentats des jours derniers, penser le terrorisme, les meurtres et les suicides jihadistes, les haines et leur contraire.

PENSER... Caricatures, musique, articles, livres, émissions... Pour réagir à l’horreur des faits, nous avons lu et relu, écouté, échangé, noté, repris, remanié, cherché à comprendre ce que l’intelligence ne peut saisir, cet innommable de la pure violence humaine. C’est parce que les mots étaient impuissants dans l’instant du choc que Joachim Roncin a créé une image avec une formule minimale sur fond noir, et c’est pour la même raison que tout le monde s’en est saisi, et, je crois, pour cela aussi qu’elle a recouvert tous les morts : journalistes (les cinq dessinateurs et leurs divers collègues), Juifs, policiers...  Après, toutes les questions sont apparues. Que faire de la peur, de la tristesse ? Que faire contre le terrorisme ? Comment nommer les faits, et comment nommer ce terrorisme (islamisme, salafisme, fascisme...)? Comment nommer ses acteurs ? Que mettre derrière ces mots ? Quelles causes analyser et quelles réponses donner ? Dans quels pièges ne pas tomber (ceux que les manipulateurs commanditaires des crimes de ce fondamentalisme totalitaire – commanditaires d’une manière ou d’une autre – nous tendent, stratèges du chaos qu’ils voudraient installer, de la haine qu’ils voudraient provoquer, ayant décidé de sacrifier au passage ceux qui appartiennent à une culture religieuse dont ils se réclament.). Quelle réalité de notre pays cela nous dit-il (quand les auteurs de l’effroyable sont d’ici, même s’ils ont puisé ailleurs les strates délirantes d’une pensée qui légitime le pire) ? Et qu’est-il dit ainsi du passé refoulé, de l’amnésie historique et des rejets, des erreurs politiques (géopolitiques) considérables, de cet inconscient du pays qui produit une terrible explosion, un désastre ? Comme l’acting out de quelqu’un qui est dépassé par les tensions internes.

Liberté d’expression, laïcité, appartenances identitaires, pays, fonctions... tout a explosé en questions et domaines multiples : idéologie, politique, géopolitique, anthropologie, sociologie, philosophie. Mais pas pour anéantir le désir d’intelligence. Au contraire. Quelque chose de vif s’est mis en place, pour une exigence de compréhension et d’action (chacun à sa mesure).

CHOC, autre choc. Quand j’ai lu que des jeunes fils ou petit-fils de Pieds-Noirs étaient partis « faire le Jihad », j’ai trouvé que cela était très significatif : pour ces quelques adolescents, qui ont fait le même choix que des camarades musulmans, le processus de radicalisation s’appuie, je crois, sur le même refoulé de la conscience collective française. Eux aussi ont en eux l’humiliation et le rejet vécu par leurs parents ou grands-parents, le poids des non-dits, des exclusions, de l’ostracisme, des mensonges. Et cette difficulté à savoir qui on est vraiment, quelle est cette identité qui n’est pas reconnue (métissage de plusieurs immigrations, mélange devenu part de la France), qui est stigmatisée (même le Musée de l’immigration occulte...). Cela sort violemment dans une colère qui ne sait pas ce qu’elle traite. Leur engagement vers la mort (et leur faux retour vers un Orient perdu) donne des clés pour comprendre ces autres jeunes manipulés par des gens qui les sacrifient. Lereligieuxn’est pas l’essentiel (même s’il ne faut pas du tout le négliger) : l’essentiel c’est le désespoir. Le constat c’est un échec national, préparé par les années du confort de l’exclusion. Il n’y a pas que l’extrême droite qui enferme et rejette ceux qui ont des racines traversées d’un ailleurs marqué par des mémoires générationnelles d’exil, de guerre, d’exil. Elle le fait, sûr. Mais cela se porte aussi très bien à gauche, et encore mieux à l’extrême gauche (sous prétexte d’anticolonialisme mal compris, car il déplace les responsabilités de la colonisation, comme le dirent si bien Jean Pélégri dans « Ma mère, l’Algérie » et René-Jean Clot dans « Une Patrie de Sel »).Enfin cela se porte très bien, de manière générale... Evidemment ce questionnement n’annule pas les questions sur le salafisme jihadiste et sa criminelle responsabilité propagandiste. Mais une pièce a deux faces, la réalité aussi. Et même plus...

IMAGES pour penser encore, autrement. Ce besoin de regarder et regarder les dessins des artistes assassinés, de leurs collègues survivants, et de ces caricaturistes ou humoristes ou poètes du trait, d’ici et d’ailleurs. Besoin d’images...

Besoin d’images, et besoin de visages. Dans les films il y a des visages...Et la mort et la vie.

Visages de jeunes, notamment. Le cinéma a interrogé les dérives jihadistes et le désespoir nihiliste bien avant 2015. Méditation répétée dans le cinéma algérien ou marocain pour penser, interroger, combattre les racines du terrorisme (et cela donne des œuvres fortes). Prescience d’un film français, mal entendu (La désintégration). Mémoire algérienne dans les interrogations et les portraits de films de Jean-Pierre Lledo et évocation de massacres (cf.  octobre 1961 et Oran, 5 juillet 1962). Message d’Abd Al Malik, son itinéraire (film reprenant son livre autobiographique"Qu'Allah bénisse la France"). Documentaires sur l’OAS, cet autre terrorisme. Documentaire, aussi, sur le procès fait à Charlie Hebdo. Etc. 

Et si le traumatisme vécu localement, Paris, a d’abord effacé de notre conscience, dans sa violence, des horreurs parallèles dans le temps, monstrueuses par le nombre des victimes (Nigeria...) il ne les a pas occultées totalement, même si ce qui pétrifie et emplit l’esprit d’effroi ne laisse pas dans l’instant de place au vaste... L’Afrique est présente aussi dans des films...et l’intérêt qu’on leur porte est réel.

Titres de films et de pièces (références) et lien vers une vidéo essentielle, voir la note suivante... http://tramesnomades.hautetfort.com/archive/2015/01/25/re... 

05/05/2013

ISLAM radical, et évolutions de l’ISLAM, lecture d’un entretien, commentaire et liens

Des extrémistes dangereux utilisent la religion musulmane pour pervertir des esprits et former des terroristes, partout dans le monde (ce matin on apprenait encore un attentat en Somalie, faisant plus de dix morts, et récemment encore on pouvait constater la venue de jeunes djihadistes en Syrie). Mais une majorité de gens se définit autrement, souffrant par contre des amalgames et du racisme qu’ils entraînent (là se mêlent les peurs légitimes que le terrorisme* cause, et les fantasmes utilisés par l’extrême droite, stigmatisation ordinaire et actes inadmissibles : des tombes musulmanes viennent d’être profanées à Vitry**). Comme pour toutes les religions et croyances diverses la masse des croyants ne cherche pas généralement à approfondir connaissances et questionnements, mais des intellectuels se saisissent des interrogations qui sont nécessaires, et d’eux on ne parle pas souvent : on évoque plus fréquemment des personnalités médiatiques, toujours les mêmes, invitées dans des émissions qui cherchent plus à provoquer l’audimat qu’à donner la parole à des penseurs et à faire connaître les différents visages qui peuvent représenter une réalité humaine complexe. C’est pourquoi il faut lire des textes divers, pris à des sources variées. Ainsi cet article, qui donne la parole à un universitaire qui est loin de fuir la lucidité et l’inquiétude devant une évolution dont on ne peut savoir encore si elle aboutira au pire , mais qui permet aussi l’ouverture vers un espoir de changement. Rien n’est joué. Et ce que chacun peut faire, c’est, à sa mesure, porter les paroles d’espoir, refuser la haine autant que la terreur, apprendre, analyser. Et prévenir. (Comme veut le faire Latifa Ibn Ziaten, avec son association, IMAD ***). Elle, qui a perdu son fils, tué par Merah parce que soldat, au lieu de répondre par l’enfermement dans le désespoir et la haine, veut aider et prévenir. Analysant les causes complexes et les manipulations qui transforment des êtres en criminels, elle dit : « Je voudrais sauver ceux qui sont à l’origine de ma souffrance. ». Son livre, de témoignage, paru chez Flammarion, est mentionné sur le site de l’association.

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Interview de Mohamed-Chérif Fergani, chercheur, universitaire à Lyon. Deux citations (islam politique) :

Sur l’évolution de l’islam : « Je pense que l’islam est une religion comme toutes les autres : soit elles s’adaptent à leur temps et aux besoins des sociétés qui les adoptent, soient elles finiront par disparaître. La fonction d’une religion est de contribuer à la quête de sens qui est le propre de tout humain ; si elle ne peut plus ou refuse de s’adapter pour y contribuer, elle finira par mourir. L’islam ne montre pas un tel essoufflement : de nouvelles lectures sont produites et semblent satisfaire les musulmans par-delà la diversité de leurs formes de religiosité et de leurs options politiques, morales, culturelles, socio-économique. Chacun y va de son islam ! Ce foisonnement peut être perçu comme un signe de crise ou, au contraire, comme le signe d’une vitalité. Le devenir de l’islam dépend de ce qu’en feront les musulmans. S’ils arrivent à produire des lectures qui le concilient avec les exigences du progrès, de la liberté, de l’égalité, de la démocratie, des droits humains et des aspirations profondes communes à tous les humains, ils contribueront à en assurer la pérennité ; sinon, ils donneront raison à ceux qui y voit une religion du passé. »

Et sur les penseurs musulmans qui ouvrent d’autres pistes pour introduire d’autres concepts dans un ensemble qui doit se confronter à la modernité et aux nécessités de  la démocratie : « Ali Merad, Mohamed Arkoun, Nasr Hamid Abou Zid, Mohamed Talbi, Mahmoud Mohammad Taha, Jamal Al-Banna, Mohamed Hassan Al Amini, Chabastari, Abdelmajid Charfi, Iyadh Ben Achour et des dizaines, voire des centaines d’autres poursuivent l’effort des réformistes du XIXe et du XXe siècles et de philosophes comme Ibn Rochd pour libérer le sens du sacré de l’enfermement des orthodoxies et l’inscrire dans la vie et l’histoire de ses adeptes. Le problème est dans les systèmes politiques qui veulent maintenir cet enfermement en entretenant un corps de théologiens gardiens des orthodoxies auxquelles ils adossent leur autorité. »

TEXTE INTÉGRAL : (La Tunisie, l’islam politique, les mouvements révolutionnaires, les hypothèses sur l’avenir), sur algeriepatriotique.com...   http://bit.ly/10gEg0p

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Site de l’association créée par Latifa Ibn Ziaten,  IMAD (***), Association pour la jeunesse et la Paix : http://association-imad.fr

17/09/2011

11 septembre. Mémoire, films, lectures (terrorisme, idéologie, réflexions)

L’anniversaire du 11 septembre a été célébré par de nombreuses émissions sur différentes chaînes. J’ai surtout apprécié trois documentaires. On peut en revoir certains en ligne.

Le documentaire de Gédéon et Jules Naudet, sur le 11 septembre, réactualisé en 2011, dix ans après le premier film (et diffusé sur TF1 le 10-09-2011). On a revu les mêmes images, enrichies de témoignages récents (et on constate que parmi les pompiers « survivants » beaucoup sont morts des suites du 11 septembre, ou sont malades, pour avoir respiré les fumées toxiques). C’était émouvant de revoir le jeune pompier, Tony, et de le savoir présent à Paris pour un hommage au Trocadéro, le 11-09-2011. http://www.rtl.fr/actualites/international/article/11-septembre-10-ans-apres-les-freres-naudet-racontent-7717318899  (article, plus document audio et vidéo).

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Lectures…

Article très intéressant, Le Monde, 08-09-2011, par Mehdi Mozaffari, « professeur à l'Université d'Aarhus au Danemark, directeur du Centre de recherche sur l'islamisme et la radicalisation » : « Les nouveaux fanatiques de l’apocalypse »  http://www.lemonde.fr/idees/article/2011/09/08/les-nouveaux-fanatiques-de-l-apocalypse_1569403_3232.html  « Rarement deux hommes se différencient si brutalement l'un de l'autre, et ressemblent si étrangement l'un à l'autre. L'Egyptien Mohamed Atta, chef de file des auteurs des attentats du 11-Septembre, avait 33 ans lors de son horrible crime. Le Norvégien Anders Behring Breivik, l'auteur du massacre d'Oslo, a 32 ans. Dans leur imaginaire, ils croient être des héros, investis d'une mission que chacun d'eux est appelé à accomplir au nom d'une cause sacrée. » (…)  « Breivik et Atta, ces deux véritables malfaiteurs, appartiennent à deux pays différents, à deux religions différentes et à deux cultures différentes. Cela montre bien que le mal n'est pas propre à une religion, à une civilisation ou à une culture spécifique. ».

Une autre réflexion, sur le site  du MPCT. « Le terrorisme et la perte du sens commun ». Exposé, par Hélène L’Heuillet . Conférence "Aux sources du terrorisme", le 12 mai 2011, Paris, initiative du MPCT. http://www.mpctasso.org/spip.php?article890

CITATIONS : « Le terrorisme ne fait pas seulement violence aux hommes qui meurent sous ses attaques, mais si ses cibles sont aussi les survivants, c’est qu’il s’attaque aux notions politiques et morales qui structurent les sociétés réglées par le droit. » (…) « Si c’est le terrorisme islamiste qui a inventé l’attentat-suicide, rien n’indique qu’il lui est indissolublement attaché. Les tigres tamouls, dont l’idéologie était laïque l’ont pratiqué. Il témoigne d’une transgression de la limite qu’impose en principe la peur de la guerre. Déjà Clausewitz considérait que le peuple en armes rendait possible la montée aux extrêmes. C’est toujours un élément de la rhétorique terroriste que de prétendre incarner les peuples, parler en leur nom et leur faire croire qu’ils n’ont pas d’autre choix, dans un conflit, que d’exprimer toute leur violence. »

Réflexions d’autant plus nécessaires que les divers extrémismes tentent de créer la confusion, jusqu’à « interpréter » l’attentat de Norvège, par exemple, comme s’il y avait terrorisme et terrorisme et que certaines formes puissent se justifier. Ainsi l’extrême droite cherche des raisons à la haine en reprenant ses thèmes obsessionnels. Lire, donc, cette analyse, dans L’Humanité du 04-08-2011, par Lina Sankari.  http://www.humanite.fr/03_08_2011-riposte-la%C3%AFque-la-nouvelle-extr%C3%AAme-droite-en-guerre-des-cultures-477353 « Contrairement à l’extrême droite traditionnelle qui fondait une part de son projet sur un racisme hiérarchisant, il est ici question de défense d’une identité et prétendument d’un modèle social. »

17/04/2011

Sur l’assassinat de Juliano Mer-Khamis, tragédie récente (Cisjordanie, avril 2011), et sur trois autres meurtres : Hrant Dink (Turquie, 2007), Shahbaz Bhatti (Pakistan, mars 2011), Vittorio Arrigoni (Gaza, avril 2011)

Une des plus tristes nouvelles du début du mois a été ce message entendu à la radio, puis repris et commenté par la presse : le 4 avril, assassinat de Juliano Mer-Khamis (Le Monde, dans sa page « Disparitions » du 07-04-11, titre, avant son nom « Acteur et réalisateur arabe-israélien… ». Même si l’article mentionne sa mère juive et dit bien l’itinéraire et l’action de l’homme, le titre est réducteur. Car un arabe israélien c’est quelqu’un dont l’identité est d’être arabe d’origine (et cela peut être de mère et de père) et israélien de nationalité.  Richesse identitaire, aussi, mais pas la même.

100% Juif, 100% Palestinien. C’est ainsi que ce militant pour la paix, acteur et metteur en scène, se désignait lui-même, revendiquant sa double appartenance (mère juive israélienne, Arna Mer, et père palestinien de Nazareth, Saliba Khamis). Sans contradictions ni conflits intérieurs. Etre, tout simplement, militer pour la paix, notamment en animant un théâtre (Le Théâtre de la Liberté), et en suivant ainsi des jeunes. Sa manière d’intervenir à Jénine (camp de réfugiés au nord de la Cisjordanie), ne tenant pas compte des menaces des extrémistes, gênait les intégristes (qui ne supportaient pas sa façon de transgresser d’évidence les codes plus que normatifs des fondamentalistes). Cette liberté avait entraîné des menaces, et il avait été déjà agressé. Craignait-il alors pour sa vie ? Sans doute : en tout cas il la prévoyait. Mais rien ne lui fit renoncer à ce nécessaire investissement. Son désir d’une lutte par la culture, d’un renversement des valeurs qui aboutisse à la paix s’appuyait sur la conviction qu’étaient déjà présents les germes de cette construction d’une génération libre. Malgré le désespoir, malgré le drame de certains destins. Voir Les Enfants d’Arna, le film sur sa mère et son action avec les enfants de Jénine : http://www.dailymotion.com/video/x596fh_palestine-les-enfants-d-arna-julian_news  (vidéo 1/6 : les autres vidéos sont en marge sur la même page, pour le film complet, documentaire sous-titré qu’il faut regarder complètement pour en saisir tout le sens…).

L’acteur-réalisateur a été abattu de cinq balles.  « Un symbole israélo-palestinien assassiné à Jénine » titre le blog de Gilles Paris, journaliste au Monde : http://israelpalestine.blog.lemonde.fr/2011/04/04/un-symbole-israelo-palestinien-assassine-a-jenine/   Non, pas le symbole, l’homme, dit un commentaire. Effectivement : serait-ce comme si sa vie n’avait plus la même portée, le même sens ? L’homme a été tué, c’est tragique, terrible, mais le symbole demeure, ses traces feront leur œuvre plus ou moins souterrainement. Cependant on peut comprendre le titre autrement : le symbole vivant qu’était cet homme n’est plus là, ce qui ne veut pas dire que le sens en soit enfui. Jacques Benillouche, journaliste israélien, titre aussi sur son blog, « La mort d’un symbole » : http://benillouche.blogspot.com/2011/04/la-mort-dun-symbole-djenine.html

 On ne sait pas encore qui l’a tué (un suspect semble avoir été arrêté : voir ce commentaire de Tahar : http://parolededemocrate.blogspot.com/2011/04/hommage-juliano-mer-khamis.html?showComment=1302349577889#c2133088452089068243 ). Son frère Spartacus soupçonne le Hamas (qui avait menacé déjà leur mère), mais ce pourrait être aussi le crime d’autres courants radicaux (dans les tensions entre certains courants palestiniens). Qui assume sa double réalité, identité, culture (et veut la paix), dérange tous les extrémismes, dérange tous ceux qui revendiquent des identités closes et choisissent de faire perdurer la haine et la guerre. Et voici ce que Juliano Mer-Khamis déclarait en 2009, après des menaces émanant de religieux hostiles à son travail, sur cette page : http://www.france-palestine.org/article11685.html   Oui… « Malgré le soutien de Zubeidi, l'institution culturelle avait essuyé les critiques d'extrémistes et subi deux incendies. Les islamistes, par exemple… » est-il écrit sur Rue 89 : http://www.rue89.com/2011/04/04/lacteur-israelien-juliano-mer-khamis-assassine-a-jenine-198569  (pour la suite…). Et espérons qu’une enquête aboutisse…

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Articles (presse ou blogs, sélection):

RFI : http://www.rfi.fr/moyen-orient/20110405-cisjordanie-juliano-mer-khamis

juif.org : http://www.juif.org/defense-israel/148965,meurtre-de-l-acteur-mer-khamis-son-frere-accuse-le-hamas.php  (et les commentaires)

saphirnews : http://www.saphirnews.com/Hommage-au-juif-palestinien-Juliano-Mer-Khamis_a12421.html  (hommage)

Fiche Wikipedia, Juliano mer-Khamis : http://fr.wikipedia.org/wiki/Juliano_Mer-Khamis

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Pour conclure, à propos de ce crime. CITATION : « Je rêve du jour où je pourrai appeler tout le Proche-Orient, comme j’appelle le Liban et la France et l’Europe, « patrie », et « compatriotes » tous ses fils, musulmans, juifs et chrétiens de toutes dénominations et de toutes origines. », Amin Maalouf, « Les Identités meurtrières ».

 

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Responsabilités ? « Nous sommes tous responsables de tout et de tous devant tous, et moi plus que les autres. » Dostoïevski, cité par Emmanuel Lévinas, dans « Ethique et infini ».                                            

Ce n’est pas à entendre comme une banalisation du crime ou la pensée d’une sorte d’innocence imaginaire des meurtriers et des terroristes. Mais c’est un questionnement sur la violence que l’humanité porte et crée en elle-même. Comment lutter ? Juliano Mer-Khamis, lui, pensait que la culture serait porteuse de paix (et sa mère le dit dans le film « Les Enfants d’Arna »). On sait que des peuples fort « cultivés » - Histoire - ont généré des violences atroces (nazisme…), mais était-ce la même culture que celle dont il parlait ? L’actualité, elle, voit des générations cultivées revendiquer la démocratie… et la fin de la violence.                 

14/01/2011

APPEL des Musulmans. L'Islam bafoué par les terroristes

 A l’initiative de Respect Magazine, dirigé par Marc Cheb Sun, un appel dénonce l’instrumentalisation de l’Islam par les terroristes, manipulateurs extrémistes, assassins, qui donnent des arguments à ceux qui veulent créer la confusion entre Islam et islamisme. Que les signataires soient croyants, mystiques ou athées ils se sentent concernés par leur appartenance à une culture commune, et ils sentent bien que le regard extérieur ne fera pas de différence entre les uns et les autres. Ils pensent aussi avoir une responsabilité engagée, celle de citoyens qui rejettent ces violences criminelles et doivent dire qu’ils refusent le fondamentalisme (comme beaucoup l’ont déjà montré dans leurs engagements antérieurs). Ils font référence aux Chrétiens massacrés en Irak, en Egypte ou ailleurs, et rappellent que les extrémistes tuent aussi de nombreux musulmans. Nous voulons, disent-ils, « signifier par cet Appel notre refus de ce rapt de nous-mêmes : celui dont on usurpe l’identité est plus à même de démasquer le faussaire. ». Insistant sur le fait que « Le meurtre de chrétiens, comme de tout être humain, est une horreur absolue. » ils affirment la nécessité de la parole pour dire l’indignation, de cette forme de résistance : « Alors comment se taire quand on tue en votre nom? ».

 

Libération l’a publié aussi. (Titre du dossier : "L'écrit du coeur des musulmans"). « «La décision de lancer cet appel est née d’une réaction spontanée», raconte Marc Cheb Sun. Au lendemain de l’attentat contre l’église copte d’Alexandrie, le rédacteur en chef de Respect Magazine se promène sur les forums et autres blogs. «De très nombreux musulmans - de confession ou de culture - y exprimaient le dégoût de cette violence. Ils se disaient extrêmement choqués par ce massacre. Et par le fait que, depuis des années, ces actes sont commis au nom de l’islam», rapporte-t-il./ Avec Ousmane Ndiaye, collaborateur de Respect Magazine, l’idée de lancer cet appel, que publie aujourd’hui Libération, germe. » Lire la suite sur le site du journal : http://www.liberation.fr/societe/01012313113-l-ecrit-du-c-ur-des-musulmans

Parmi les premiers signataires : Abd Al Malik, rappeur et écrivain. Cheikh Khaled Bentounès, soufi, guide spirituel Tariqa Alawiya. Latifa Bennari, présidente de L’Ange bleu, association qui lutte contre la pédophilie, les maltraitances sexuelles. Ghaleb Bencheikh, président de la Conférence mondiale des religions pour la paix. Dalil Boubakeur, recteur de l’Institut musulman de la Grande Mosquée de Paris. Marc Cheb Sun, fondateur et directeur de la rédaction de Respect Mag. Mohamed Colin, directeur de la rédaction de Saphirnews et Salamnews. Hakim El Karaoui, président de l’Institut des cultures d’Islam, ville de Paris. Fadila Mehal, présidente des Marianne de la diversité. Mohammed Moussaoui, président du conseil français du Culte Musulman. Faouzi Skali, fondateur du festival des musiques sacrées de Fès...