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17/12/2013

« Quand j’ai lu Albert Camus »… Abd Al Malik…

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Merci, Abd Al Malik…

Hier soir j’ai assisté à l’hommage rendu à Camus par un lecteur intense… Abd Al Malik. Triomphe. Les spectateurs présents ont senti, compris, l’authenticité de la démarche, le lien entre cet homme jeune, pur produit de notre réalité contemporaine, qu’il transcende dans la création, dans l’écriture, et l’auteur magnifique où il se reconnaît. Il révèle comment, lui, il est concerné, comment, lui, il a été transformé par une lecture. Le choc, les points communs (misère, soleil, exigence entre souffrance, désespoir, et espoir, refus, amour, mère aimée, omniprésente, père absent, trou béant du manque, et, je crois, aussi, la double identité : partage et richesse, déchirement et tension vers un absolu).

Il répète cette phrase en litanie « Quand j’ai lu Albert Camus », puis « Après avoir lu Albert Camus ». Lecture et vécu se croisent, dans une marche sur un fil ténu, où tout pourrait basculer… Et si cette rencontre ne s’était faite, où serais-je, semble-t-il dire. Figure paternelle et message d’éthique et de force. Ou comment vivre, donner du sens, comment s’échapper du risque de mourir, quand des jeunes autour de soi meurent et que tout risquait de nous entraîner encore et encore dans les mêmes dérives mortelles.

Il parle, dit-il, à partir de sa « parcelle d’humanité » (bien grande… !), de ce refus des injustices, refus de la misère quand les autres n’en sortent pas, de la mort (on guillotine encore, rappelle-t-il, dans une longue lettre qu’il adresse à Camus, lui qui lutta contre la peine de mort, pour l’abolition). On guillotine de plusieurs façons, aussi : en abandonnant, en niant, en discriminant. 

Il cite Camus, et Jacques Martial lit Camus.

Ecran. Le visage d’Albert Camus, présence forte.

Ecran. Ombre d’un corps qui danse, magnifiquement.

Musiciens. Soutiennent la voix, sont une voix.

La Méditerranée (et Gibraltar. Alger en passant par Oujda…).

Scène. Danseurs de hip hop qui expriment la même chose, qui font écho à ce qui crie. Gestes purs, souplesse extrême : corps qui se tordent, comme enchaînés, et se libèrent, mais comme s’ils se déchiraient.  

Camus, cité par Abd Al Malik, lu par Jacques Martial, parlait de cette fausse communication où la méchanceté veut se faire passer pour de l’intelligence. Entendant cela, je repensais à une critique négative de ce spectacle, lue je ne sais plus où. On reprochait au rappeur poète de trop centrer sur lui cet hommage, comme prisonnier de son ego, et on disait être gêné par la présence des danseurs de hip hop, comme si cela ne pouvait correspondre à une parole sur un auteur comme Camus. Pourquoi donc ?  Au contraire, l’hommage tire sa force de ce rapport à soi. (Je fais le lien avec le documentaire de Joël Calmettes,  « Vivre avec Camus ». Des jeunes aussi y parlent de leur expérience, et c’est bouleversant : notamment ces jeunes qui en Algérie ont trouvé le lien avec le natif frère d’âme). Ce n’est pas piège de l’ego, mais traduction vitale : l’intellect n’est pas absent, mais l’émotion passe par le corps, c’est tripal. Les mains d’Abd Al Malik en disent autant que les mots. Et le hip hop, moi j’aime ça. J’y vois un art qui défait les armures de souffrance, qui libère corps et cœurs. Corps et cœurs qui savent des douleurs et des joies (des joies parce que des douleurs…). Car « Il n’y a pas d’amour de vivre sans désespoir de vivre » répète inlassablement Abd Al Malik, avec la voix et les mains. Les applaudissements qui accueillent cet hommage sont aussi, forcément, adhésion à l'œuvre et à l'éthique de Camus. Cela corrige Sartre et autres faiseurs d'ombre... Abd Al Malik voudrait réconcilier Sartre et Camus (il le dit à un moment : espoir de paix entre les idées, mais certaines idées sont antinomiques...). Et rien ne peut effacer les paroles de  Sartre, son appel au meurtre, l'éloge de la violence (préface célèbre...).Un auteur mort ne peut revenir sur ses mots. Ce qui peut être apaisé c'est le rapport entre les vivants, capables de faire l'effort du pardon, et capables de cet effort paradoxal de la rencontre entre mémoire et oubli : devoir de mémoire, témoignages, mais effacement de ce qui excède, par le retour au présent... Non, on ne peut se réconcilier avec le choix du terrorisme, on ne peut que le refuser... C'est Kamel Daoud qui a raison sur ce point. En Algérie, en 1962, nous n'avons pas eu un Mandela, a-t-il écrit ( http://www.djazairess.com/fr/lqo/5191330 )... Mais, maintenant, nous pouvons tous tenter la même démarche : voir en l'autre une humanité pareille, se mettre à sa place... 

Juliette Greco fut sur scène un instant.

Amnesty international proposait, dehors, à l’étage, de signer les appels d'actions en cours.

Et en sortant on pouvait se procurer des livres ou disques. Celui tiré du spectacle (L’art et la révolte), avec quelques textes, et une note de remerciement à Catherine Camus, qui encouragea l’entreprise. Le dernier livre d’Abd Al Malik n’était plus disponible là (il est en librairie) : « L’Islam au secours de la République ». (C'est toute la démarche de paix d'Abd Al Malik, en musulman proche du soufisme, soufi, même : il veut faire passer un message positif, montrer qu'il y a une autre voie en islam, et que cette voie peut coïncider avec les valeurs et réalités de la République).  

SITE officiel d'Ab Al Malikhttp://www.abdalmalik.fr/   

11/12/2013

Mandela, « leçons d’une vie » (Le Monde), « héros de notre temps » (Courrier international)

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Lectures…

Dossiers, numéros hors-séries :

« Nelson Mandela l’universel », présentation du hors-série, Le Monde, 09-12-13 : http://bit.ly/1cnAdVt   (« Il suffit de relire le discours que Nelson Mandela prononça en 2006, lorsqu’il reçut le titre d’ambassadeur de conscience d’Amnesty  International, sept années après s’être retiré de la vie publique, pour mesurer l’envergure universelle de cet homme d’exception, mort à 95 ans, jeudi 5 décembre. Ce discours, retranscrit, parmi d’autres, dans le hors-série que Le Monde publie, était intitulé « Je continue ma lutte ». ‘’Tant que l’injustice et l’inégalité perdureront, nul ne pourra prendre de repos ‘’, disait-il. » (…) « Il laisse aussi dans son sillage un espoir terriblement humain, celui qui fait qu’un homme seul, pourvu qu’il soit doté des qualités nécessaires, peut éviter une guerre et changer le sort d’une nation. (…) « Ce hors-série dresse l’inventaire d’une vie »)

Courrier international. Hors-série de mai 2010. « Mandela, un héros de notre temps » : http://bit.ly/1dnGKlh

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05/12/2013

Mort de Nelson MANDELA, et lecture d'un itinéraire particulier en marge de cette voix magnifique

« L'essence de l'être humain dans tout ce que ce mot devrait, pourrait signifier" Nadine Gordimer, sur Nelson Mandela

Article du Courrier international, 05-12-13, 23h 17. Copie de citations : « Nelson Mandela, icône mondiale de la réconciliation », titre reprenant l'expression de Desmond Tutu : (« "Le pardon libère l'âme, il fait disparaître la peur. C'est pourquoi le pardon est une arme si puissante": Nelson Mandela, mort jeudi à Johannesburg, avait résumé, en une phrase devenue mythique, la vision du monde et de l'humanité qui a fait de lui le dirigeant le plus populaire du XXe siècle. /// De son vivant déjà, le prix Nobel de la paix 1993 était vénéré bien au-delà des frontières de l'Afrique. Pour avoir arraché son pays au régime raciste de l'apartheid, et renoncé à toute vengeance contre la minorité blanche, qui l'avait emprisonné durant vingt-sept longues années. /// Qualifié un jour d'"icône mondiale de la réconciliation" par Desmond Tutu, l'une des hautes figures de la lutte anti-apartheid, l'ancien président sud-africain incarnait des valeurs d'autant plus universelles qu'il n'a jamais prôné ni religion ni idéologie. Juste un humanisme à l'africaine, profondément nourri de la culture de son peuple, les Xhosas. /// Ni Lénine, ni Gandhi, celui que ses compatriotes appelaient affectueusement "Madiba", de son nom de clan, ne s'est jamais enfermé non plus dans une ascèse révolutionnaire. (…) « Après le semi-échec de campagnes de mobilisation non violentes, inspirées des méthodes du Mahatma Gandhi, l'ANC est interdit en 1960. Mandela, arrêté à plusieurs reprises, passe à la clandestinité, et décide d'engager le mouvement sur la voie de la lutte armée. Capturé, il est emprisonné en 1962. Et bientôt envoyé au bagne terrible de Robben Island, au large du Cap. » (...) '' Je savais parfaitement", note-t-il, "que l'oppresseur doit être libéré tout comme l'opprimé. Un homme qui prive un autre homme de sa liberté est prisonnier de sa haine, il est enfermé derrière les barreaux de ses préjugés (...) Quand j'ai franchi les portes de la prison, telle était ma mission: libérer à la fois l'opprimé et l'oppresseur". »

Je relève, ci-dessous,  des extraits de l'article du JDD, qui a fait plus que m’intriguer il y a près d’un mois, et dont la relecture s’est imposée ce soir, en apprenant la mort de Nelson Mandela, homme admirable qui transcende notre humanité, et qui faisait du regard sur l’autre, pourtant si autre, une composante d’une éthique de la rencontre inconditionnelle, hors du temps ressassé, hors de l’emprise du passé, fascinant et mortifère... L'histoire de Jean-Yves Ollivier fait le lien entre des pans de l'Histoire contemporaine et peut nous aider à penser le présent, à la lumière de l'œuvre de Mandela. Lien entre l'histoire de l'indépendance algérienne et celle de la fin de l'apartheid d'Afrique du sud. le lien est cet homme, né en Algérie, Pied-Noir à l'itinéraire complexe, qui a milité passionnément pour la liberté en Afrique du Sud, et pour Mandela...

 « Jean-Yves Ollivier. Le mystérieux médiateur », JDD, 10-11-2013. Par François Clémenceau. Lien en bas de page. CITATIONS : «… L’histoire du chantier de la paix en Afrique australe du milieu des années 1980 jusqu’à la fin de l’apartheid et la libération de Mandela. Au coeur de cette aventure, un Français au destin exceptionnel. » /// « ‘’Mandela ne sait rien de moi, rien de mon histoire secrète qui se mélange à la sienne.’’ L’homme qui évoque ainsi l’euphorie qui s’empare de lui lors du retour triomphal de Nelson Mandela auprès des siens, le 13 février 1990, se trouvait cet après-midi-là au milieu de la foule, dans le stade géant de Soccer City à Soweto. » (…) « Jean-Yves Ollivier était venu vivre dans l’anonymat le plus total cette journée historique, la récompense pour lui et ses complices de plusieurs années de tractations secrètes et de diplomatie parallèle. C’est vrai, Mandela n’apprendra l’existence de Jean-Yves Ollivier que bien plus tard, une fois qu’il aura compris les motivations de cet homme d’affaires qui a su conjuguer idéal de liberté, sens commercial et courage politique. » (…) « Mais la décoration dont il est le plus fier, l’Ordre de Bonne-Espérance, la plus haute distinction d’Afrique du Sud pour les dignitaires étrangers, il est le seul Français, avec François Mitterrand et Jacques Chirac, à se l’être vu décerner. Mieux, il a été fait officier par le patron de la diplomatie du régime de l’apartheid, Pik Botha, dès 1987, puis grand officier par le président Nelson Mandela en personne huit ans plus tard. / Son exploit? Avoir passé des années à tisser des liens avec chacun des leaders qui comptent, dans cette région à feu et à sang. Avec d’un côté, les Sud- Africains du régime de l’apartheid appuyé par la CIA et les rebelles de l’Unita de Jonas Savimbi. Et de l’autre, les marxistes au pouvoir en Angola et au Mozambique (…) » /// « Quel parcours pour ce fils d’ingénieur mécano né à Alger en 1944 et qui dévalait les pentes de la rue Michelet pour se faire offrir des Carambar par l’épicier berbère du quartier! Le petit Jean-Yves vit dans un environnement favorable à l’OAS. Et dans un climat de haine. »  (…) « De cette déchirure algérienne, il va garder ancrée en lui l’idée que l’on ne bâtit pas une nation dans la division. Gaulliste avant l’heure? Non, car Ollivier vit comme un traumatisme le rapatriement d’un million de Français, étrangers sur leur propre sol. Mais l’un des premiers collaborateurs qu’il recrute pour monter ses affaires s’appelle Charles de Gaulle, petit-fils du général! Pas rancunier donc. Encore moins avec les héritiers du gaullisme qui se regroupent au côté de Jacques Chirac. » (…) « En débarquant à Johannesburg, il avait eu le sentiment de visiter "une autre planète". "Je me suis demandé comment les Blancs pouvaient ne pas se rendre compte qu’à moins d’accepter le partage du pays, à moins de changer et de tendre la main aux Noirs, ils allaient être jetés à la mer." Comme dans l’Algérie de son enfance. / D’où ce "complot pour la paix" des plus risqués. "Quand j’y repense aujourd’hui, on était gonflés", se souvient Michel Roussin. Jacques Chirac devenu Premier ministre de la cohabitation avec François Mitterrand à l’Élysée, la fine équipe de Jean-Yves Ollivier avait carte blanche (…) » (…) « Jean-Yves Ollivier publiera ses Mémoires l’hiver prochain, comme si le film ne dévoilait qu’un seul de ses secrets parmi tant d’autres. "C’est pour laisser un testament", confie-t-il, lui qui n’a pas d’enfants et dont les photos de famille sont restées en Algérie après le départ tragique de 1962. » LECTURE INTEGRALE de L’ARTICLE : http://www.lejdd.fr/International/Afrique/Jean-Yves-Ollivier-le-mysterieux-mediateur-638271

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MISE à JOUR : ALGERIE... Nous n'avons pas eu de Nelson Mandela... Je l'ai pensé... Kamel Daoud l'a écrit : 

« Malheureusement, nous n’avons pas eu un Mandela en 62 », Kamel Daoud le 07-12-13. (publié dans Le Quotidien d’Oran, repris sur Djazairess).  Citations : « On ose alors le tabou parce que c’est un grand rêve éveillé : une Algérie qui n’aurait pas chassé les Français algériens mais qui en aurait fait la pointe de son développement, de son économie et la pépinière de sa ressource humaine. Une Algérie de la couleur de l’arc en ciel. L’Afrique du Sud de Mandela a eu son OAS, ses Pieds noirs, ses colons, ses fermiers blancs, ses radicaux noirs, ses traîtres, ses torturés et ses Aussarresses et ses Larbi Ben M’hidi. » / « Un Mandela algérien nous aurait évité le pays actuel, ses mauvaises convictions, nos mauvais jours et des molles dictatures et ses gabegies. Nous aurions perdu moins de vies et moins de temps et nous aurions été un grand pays. Car cet homme est l'un des très rares à avoir donné sens à la décolonisation. Toutes les autres épopées ont mal fini : la décolonisation glorieuse y a été menée à la dictature hideuse ou sournoise. Au massacre, aux caricatures sanguinaires et au sous-développement. C'est dire que l'on ne décolonise pas avec les armes, mais avec l'âme. Décoloniser n'est pas vaincre le colon mais le démon en soi. Adieu l'homme au sourire qui dénoue. » http://www.djazairess.com/fr/lqo/5191330 et aussi sur d’autres sites, comme celui du journal électronique de Sidi Bel-Abbès : http://bel-abbes.info/malheureusement-nous-navons-pas-eu-... 

26/11/2013

CAMUS, L’ART et la REVOLTE, l’hommage d’Abd Al Malik…

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Spectacle « inspiré librement » de la lecture de L’Envers et l’Endroit d'Albert Camus, hommage musical d'Abd Al Malik,  Théâtre du Châtelet (soirée unique à Paris, le 16-12-2013 – après des représentations en province). "L'art et la révolte"... 


Présentation sur le site du Châtelet , extrait : « Le rappeur-poète Abd Al Malik part à la rencontre de l'oeuvre d’Albert Camus. De la poésie à l’état brut, de la philosophie mise en musique. / A l’image d’Albert Camus, Abd al Malik porte haut l’intelligence du texte et une pensée aigüe sur l’existence et sur la condition d’artiste. / Abd al Malik choisit de partir de nouvelles de
L’Envers et l’endroit, texte de jeunesse de Camus publié à Alger en 1937, que l’écrivain considère comme la source secrète qui a alimenté toute sa pensée. » 

ABD AL MALIK a présenté ce qu’il propose sur le site artemedia.fr : « Qu’y a-t- il de commun entre Albert Camus et moi-même ? Il n’y a aucune prétention dans la question que je me pose, mais plutôt une aspiration. Car j’ai toujours vu en Camus un idéal dans la manière d’être artiste, un élan dans la façon d’habiter l’écriture. J’ai surtout vu en lui, comme en moi, ce farouche besoin de représenter « son peuple », de représenter les siens et, par eux, de chercher inlassablement le moyen de se connecter à tous. C’est en ce sens que ce qui m’intéresse dans ce projet n’est pas de « parler » de son oeuvre (ou de lui-même finalement), mais de questionner les origines philosophiques de celle-ci. Je dirais même de questionner l’origine philosophique, et j’oserais presque dire spirituelle, de celle-ci. Et, de mon point de vue, comme il le dit lui-même d’ailleurs, tout s’origine (et quelque part se termine) dans cet ouvrage de jeunesse intitulé L’ Envers et l’endroit. La préface qu’il fait à la réédition de ce petit livre, vingt ans plus tard, a toujours été pour moi une sorte de feuille de route. Je dirais même une sorte de viatique dans ma quête, en tant qu’homme de mots, d’une certaine vérité artistique. » 

Vidéo ("Quand Abd Al Malik rencontre Albert Camus"). Extrait. Le spectacle d’Abd Al Malik présenté dans le sud (cf. Aix en mars 2013). Charles Berling parle de cette initiative: « Le postulat de départ je le trouve formidable. Cela rencontre l’universalité formidable d’Albert Camus » : http://www.youtube.com/watch?v=4PawEAjNMIc

.......Articles sur le spectacle........

Le Parisien, Abd Al malik slame Albert Camus , 13-03-2013 http://bit.ly/10Mhanx    (« Entre rap, rock et musique classique, Abd al Malik slame Albert Camus "son idéal, son grand frère des cités ». (…) «Je l'ai lu comme un grand frère de la cité qui était en train de me parler. On se rend compte avec son oeuvre que Camus, c'est un gars de chez nous. Il y parle de sa mère, le fait d'avoir été élevé seul par sa mère. Vous imaginez, toute suite ça faisait écho", explique l'artiste dont la photo de sa mère apparaît au lever de rideau.Le rappeur fait la rencontre d'Albert Camus à l'école. Il commence par L'Étranger qui le "bouleverse ". A la même époque, Régis Fayette-Mikano de son vrai nom, commence à faire du rap et "veut devenir artiste"."Camus disait en substance 'la culture m'a arrachée de ma condition'. Une phrase qui fait sens. J'ai vécu dans un milieu dur et ma passion pour la littérature a été une vraie fenêtre de sortie", raconte le slameur. »)

Le Monde, par Raphaëlle Rérolle, 07-11-2013, "Abd Al Malik : lame du rap": http://bit.ly/17UZgDL   CITATIONS : « Sans Camus, il n'y aurait pas Abd al Malik. » (dit de lui-même Abd Al Malik, qui a découvert Camus avec passion, jeune, et fait un lien entre cette découverte et son chemin vers l’écriture et la création). (…) « Autant dire que le rappeur occupe une position très particulière sur la scène musicale. « Un mec dans le hip-hop qui travaille sur les textes de Camus, les mômes ont un peu de mal à comprendre », s'amuse son copain Laurent Garnier, star de la musique électro et fan depuis des années. »  /  « C'est la littérature qui l'a sauvé, dit-il. Camus, précisément, venu à sa rescousse quand il avait 12 ans. ‘La lecture de L'Envers et l'Endroit a été un vrai bouleversement, raconte Abd al Malik : voilà un type qui venait d'une cité, comme moi, qui avait été élevé par une mère seule. Comme moi, il avait rencontré des enseignants qui croyaient en lui’ »

Dans Télérama du 09-03-2013, Gilles Rof  écrivait (extrait) : « L’art et la révolte, spectacle musical inspiré de ses textes, se veut un hommage du slameur à l’un de ses grands inspirateurs. »  / A la question sur l’origine de ce spectacle, il répond : « Catherine Camus, la fille d’Albert Camus, et Dominique Bluzet, le directeur du grand théâtre de Provence à Aix, souhaitaient une création autour de l’écrivain en 2013, dans le cadre de la Capitale de la culture, mais aussi du centenaire de sa naissance. Ils m’ont contacté pour me proposer de travailler autour du Premier homme… Moi, j’avais une autre idée. / Quand j’ai lu L’envers et l’endroit, je devais avoir 13 ans. Je commençais à m’intéresser au rap et ce livre a été une sorte de révélation. Avec cette préface que Camus a écrite 20 ans après la première édition du livre. Un texte où il fait le point sur lui, sur ses origines, sur ce que c’est que représenter les siens, être un écrivain, un artiste… Immédiatement, ces quelques pages sont devenues comme un viatique pour moi. Une feuille de route, que j’ai gardée jusqu’à maintenant. Ça correspondait à ce que je devais être en tant qu’artiste. »

...... ABD AL MALIK........

SITE officiel : http://www.abdalmalik.fr/  

Fiche wikipedia : http://bit.ly/fGSjoO

........ALBERT CAMUS.......le livre source et le thème du spectacle........

L’Envers et l’Endroit, note sur le site de la Société des Etudes camusiennes, par Paul Viallaneix : http://www.etudes-camusiennes.fr/wordpress/1937/03/09/lenvers-et-lendroit-1937/  (L’œuvre à laquelle se réfère Abd Al Malik – voir sa présentation – le  texte originel du livre et la préface ajoutée pour une réédition : pour Camus c’est effectivement une œuvre source, un centre). 

CAMUS, L’art de la révolteEmission sur France Culture, 22-09-2013, (Raphaël Enthoven). 59 minutes, document audio. En exergue (page de la radio), la lettre de René Char à Albert Camus, après la lecture de L’Homme révolté. Il dit son enthousiasme et son respect, remercie. Extrait : « Après avoir lu – et relu – votre Homme révolté j’ai cherché qui et quelle oeuvre de cet ordre – le plus essentiel – avait pouvoir d’approcher de vous et d’elle en ce temps ? Personne et aucune oeuvre. C’est avec un enthousiasme réfléchi que je vous dis cela. Ce n’est certes pas dans le carré blanc d’une lettre que le volume, les lignes et l’extraordinaire profonde surface de votre livre peuvent être résumés et proposés à autrui. D’abord j’ai admiré à quelle hauteur familière (qui ne vous met pas hors d’atteinte, et en vous faisant solidaire, vous expose à tous les coups) vous vous êtes placé pour dévider votre fil de foudre et de bon sens. Quel généreux courage ! quelle puissante et irréfutable intelligence tout au long ! » Suite sur le site de France Culture : http://bit.ly/1eyBtLl

17/11/2013

Camus complexe, Camus vraiment lu…

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Dictionnaire Camus.jpgCamus est encore l’objet de déformations de sa pensée : malentendus exploités, projections idéologiques, certitudes plaquées sur quelqu’un qui refusait la certitude, citations tronquées (dont la plus célèbre, une phrase prononcée à l’occasion du Prix Nobel). Or lire Camus, c’est d’abord, évidemment, le lire, et, comme il le disait dans une note des Carnets, attentivement. Et c’est tout lire. Car les ouvrages s’éclairent l’un l’autre, se complètent. Et occulter une partie de son œuvre, ou ne retenir que ce qui arrange une interprétation dans un sens ou un autre, c’est mentir. De même son action éclaire aussi le sens profond d’une éthique de vie (non d’une « morale »). Ainsi on retient son refus (légitime) du terrorisme, mais si c’est oublier le refus (identique) de la torture, c’est le trahir.

Si on note ses questionnements au sujet du pays natal déchiré, son rêve (pas si loin de celui des messalistes) d’un futur fraternel où les Pieds-Noirs Algériens ne seraient  pas exclus, ne le transformons pas en chantre de l’Algérie française – ce qu’il n’est pas, ayant dénoncé les injustices de la réalité coloniale, produit des choix de l’Etat, du pouvoir, au bénéfice des riches et de la métropole, pas des prolétaires pieds-noirs d’Algérie. N’en faisons pas un soutien de ceux qui fondent leurs choix sur la haine. Non, lui intervint pour éviter l’exécution de combattants indépendantistes, sans bruit : agir comptait, pas tirer honneur de l’action.

Lire « Le Premier Homme », chef d’œuvre admirable, fidélité à la source native, au milieu social d’où il vient, oui, il faut le lire et le relire. Relire est important : lire, c’est relire, se laisser accompagner par des phrases, laisser la mémoire s’en imprégner, et rendre ainsi possible la perception des liens et des tensions entre telles et telles pensées, sensations, expériences. Donc, Le Premier Homme… Mais en regard, aussi, Les Chroniques algériennes, les chroniques d’Alger républicain, les articles de Combat,  les Écrits libertaires, les Correspondances, les Carnets. Et revenir à Noces, à L’Envers et l’Endroit (source de cette écriture)…  Revenir aux pages qui sont, en prose, à mettre aussi dans le champ de la haute poésie.

On peut parcourir les dossiers de presse qui paraissent : ils donnent des clés, montrent la pluralité des lectures, la richesse de l’œuvre. J’aime aussi beaucoup le Dictionnaire Albert Camus (collection Bouquins) : immense travail qui fait, par articles thématiques, et très nombreuses entrées croisées, un ample parcours synthétique, précieux, riche de citations, d’extraits, pour éviter les omissions, donc  les trahisons …

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Volume regroupant romans, nouvelles, essais…  Coll. Quarto, éd. Gallimard : http://www.lavenir.net/article/detail.aspx?articleid=DMF20131116_00390265

Oeuvres, Albert Camus, éd. Gallimard : http://www.gallimard.fr/Catalogue/GALLIMARD/Quarto/OEuvres16

07/11/2013

Citoyens du monde : Garry Davis et Albert Camus. Double hommage…

CAMUS.jpgL’un, Garry Davis (décédé en juillet 2013),  s’est proclamé citoyen du monde, renonçant à la citoyenneté américaine et diffusant largement ce concept de citoyenneté mondiale (d’abord apparu en Angleterre en 1937), dans un contexte d’après-guerre qui permettait de prendre conscience de la nécessité de sortir des enfermements nationalistes (même si cela est encore loin d’être une réalité en 2013…). C’est loin, et c’est proche aussi, car beaucoup de gens agissent dans une conscience transnationale, tissent des liens transculturels, et de multiples structures solidaires traversent les frontières, même dans la complexe situation de crise économique, politique, environnementale et plus…    

L’autre, Albert Camus, dont on marque le centenaire de naissance (par de nombreux hommages et quelques tentatives diverses – mais vaines - de récupération – car sa pensée est radicalement irrécupérable, s’il est lu intégralement et sans mauvaise foi…) manifesta toujours une aversion pour les nationalismes quels qu’ils soient – ce qui entraîna, et entraîne encore, des malentendus de lecture, des projections et incompréhensions d’une pensée qui est à hauteur d’éthique, complexe, questionnante, assumant le doute. Lui, donc, Albert Camus, fut impliqué dans le soutien de Garry Davis alors que ce dernier se trouvait en France, en situation d’apatride. Textes d'hommage et revue de presse sur le site des Citoyens du monde : http://www.recim.org/dem/garry.htm#autres  (« Robert Sarrazac, qui conservait de nombreux contacts de son temps dans la Résistance, avait créé un « Conseil de Solidarité » formé de personnes admirées pour leur indépendance d’esprit et qui n’étaient liées à aucun parti politique en particulier. Le Conseil était dirigé par Albert Camus, romancier et rédacteur dans plusieurs journaux, André Breton, poète surréaliste, l’Abbé Pierre et Emmanuel Mounier, rédacteur en chef d’Esprit, tous deux étant des Catholiques dotés d’une forte indépendance d’esprit, ainsi qu’Henri Roser, pasteur protestant et secrétaire en charge des pays francophones du Mouvement international de la Réconciliation. »). Plusieurs liens vers d’autres articles  sur Garry Davis, ou extraits, sur cette même page.  Dont l’article du Monde qui se termine sur la même évocation des soutiens dont fut, donc, Albert Camus : « Il va donc lancer en 1953 son mouvement pour un " gouvernement des citoyens du monde ", recevant les soutiens de personnalités aussi diverses qu'Albert Camus, André Gide, Albert Einstein ou Eleanor Roosevelt. Au jour de sa mort, le registre des " citoyens du monde ", tenu par ses supporteurs du World Service Autority à Washington, comptait près d'un million d'inscrits. »

D’octobre 2013 à janvier 2014, une exposition (Aix) fait pénétrer dans la pensée solaire de Camus à partir de cette thématique de citoyenneté du monde. C’est une entrée qui me paraît particulièrement justifiée : Algérie native, Espagne originelle et présente, France de la culture et de la création, ancrage méditerranéen qui porte en lui-même son ouverture au monde, voilà la matrice de cette conscience transnationale, des déchirements intimes qui en découlent et de la dimension libertaire de sa présence au monde. Centre Albert Camus de la Cité du livre, Aix : http://www.citedulivre-aix.com/Typo3/fileadmin/documents/Expositions/centrecamus/

Ouvrage collectif publié à l’occasion de cette exposition, « Albert Camus, citoyen du monde », Gallimard, 2013 : http://www.gallimard.fr/Catalogue/GALLIMARD/Albums-Beaux-Livres/Albert-Camus-citoyen-du-monde  (« Pour Albert Camus, le monde est une cité où pourraient cohabiter des hommes libres et égaux. Montrer en lui le «citoyen du monde», c'est souligner son lien avec la nature, son souci du temps présent et de l'avenir, sa générosité envers les autres, son refus des frontières, son sens aigu d'une fraternité universelle. »)

Garry Davis… Sa déclaration de 1948 aux Nations Unies est dite « déclaration d’Oran », pour ce lien avec Camus qui participa à la rédaction de cet appel, affirmation et haut questionnement (« I interrupt you in the name of the people of the world not represented here.”). Fiche wikipedia : http://fr.wikipedia.org/wiki/Garry_Davis   (« Le 19 novembre 1948, en préparation avec Albert Camus, Davis interrompt une séance de l’Assemblée générale des nations Unies au Palais de Chaillot afin de demander la création d’un gouvernement mondial. Le texte de la déclaration d'Oran (ainsi appelée car elle fut rédigée avec Camus, originaire d'Oran. ») .

En ce 07-11-2013, Camus aurait eu cent ans...

01/10/2013

Silence. Bribes au hasard de relectures…

« Il est plus facile de rencontrer des gens au Mexique. C’est une société qui ne souffre pas des barrières qu’on rencontre en Europe. Les gens y sont beaucoup plus accessibles.

-   Y compris à travers le silence ?

-   Y compris à travers le silence. »

 JMG Le Clezio, Ailleurs, Entretiens avec Jean-Louis Ezine 

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« Chaque mot / est à faire suivre / d’une pause de silence /      / afin que se referme / la cicatrice / de ce qui est dit. »

François Jacqmin, Prologue au silence

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« Et puis, il y a Morandi, il y a Bram. De leur silence tout a été dit. // (Il m’arrive de me satisfaire du silence. Ici je me repais du leur.) // Silence éminemment nostalgique, tout d’intellection méditative chez l’un, silence du plus grand retrait chez l’autre, chez Bram, où seules au-dessus du vide restent ses peintures (…). »

Gérard Titus-Carmel, Ombre portée

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« La voix de l’Ange se nomme parfois silence. »

Jean-Paul Sermonte, La voix du vent

29/09/2013

SILENCE… jeûne de blog, fin. Pensées et bribes… silencieuses

Parfois, communiquer devient la nécessité impulsive de jour en jour, au-delà du temps qu’il faudrait… Les faits sont là, le besoin de faire écran à la violence, à la bêtise : désir d’être solidaire, de changer la conscience collective, d’être part de l’écriture d’un autre paradigme planétaire. Infime part, infime tant qu’on peut se dire que l’énergie se perd à lutter contre des murs. Pourtant, si les dictatures n’aiment pas la masse des libres écritures infimes perdues sur la Toile c’est bien qu’elles en mesurent la puissance collective. Alors notre tissage, métissage de consciences, sert bien à quelque chose. ..

Cependant, quand on s’intéresse au monde large, donc, la vague des informations est telle, et les émotions qu’elle procure si fortes, que cela enfouit notre silence intérieur dans un bruit sourd qui, peut-être, est néfaste.

Se taire… Et dans le silence rester à l’écoute. Le bruit du monde redevient extérieur, et laisse la place aux visages qui sont derrière les faits. Ces visages, aujourd’hui, sont ceux des ouvriers qui, au Qatar, sont exploités et sacrifiés pour construire le décor des projets sportifs du régime. Perversité politique, masques. Hier, c’était celui du vendeur de rue chinois exécuté. Demain ce seront leurs visages et tant d’autres, comme ceux des Roms qui dorment en bas de chez moi, et disent bonsoir en voisins... ou ceux des chrétiens d'Orient agressés et menacés. L’écoute dans le silence laisse place au regard – même à distance, celui qui permet les mots…

Silence ?

Le hasard de ma bibliothèque m’a offert des bribes de silence… Lectures. CITATIONS :

« Lorsque je trouve / dans mon silence / une parole / elle est creusée dans ma vie / comme un abîme. » Congé, Vie d’un homme, Giuseppe Ungaretti 

« D’autres ont cherché par de violents combats, des éclats, des tumultes de pinceaux, des éclaboussements d’encre à simuler le plus grand bruit. Ceci ne montre que le silence. – C’est une femme, les yeux fixes, sans éclat, les yeux muets ; un visage tremblant et délicat mais immobile ; -- une lèvre sans paroles… (…) « Rien ne bouge ; rien ne crie, rien ne gémit… (…) » Du silence, Peintures, Victor Ségalen

« Derrière la trame visible de l’univers, au-delà du mirage des molécules – la maya (illusion) de l’apparence physique -, se trouve une matrice intrinsèquement invisible et homogène remplie de vide. Ce vide orchestre en silence (…). » Les clés spirituelles de la richesse, Deepak Chopra 

(Ne pas entendre, dans ce titre, richesse au sens matériel du terme : ce serait réducteur inutilement…)

14/06/2013

« Qui donc est l'homme pour accepter… »

michel rocard,pierre larrouturou,économie,banques,finances,politique,audace,europe,crise,gauche« "Toutes les grandes défaites se résument en deux mots : trop tard", affirmait le général MacArthur. Allons-nous attendre qu'il soit trop tard pour comprendre la gravité de la situation ? Allons-nous attendre qu'il soit trop tard pour rompre avec des stratégies qui nous mènent dans le mur ? ». C’est ainsi, sur le site du journal Le Monde, qu’est introduite la tribune de l’ancien premier ministre Michel Rocard et de l’économiste Pierre Larrouturou.

Ce texte est un appel à une prise de conscience de l’urgence de la situation, tant française qu’européenne et mondiale (Etats-Unis, Japon, Chine…). Prise de conscience des responsables, « discours de vérité » à assumer, « audace » des décisions rendues nécessaires par l’ampleur des problèmes.  Car le constat est effrayant : chômage qui augmente, surendettement des Etats, spéculation, « privilèges »  des banques privées, récession plus grave qu’il n’est dit, montée de l’extrême droite en Europe, et, à l’horizon, risque de guerres pour l’eau ou l’énergie, catastrophes… si la réalité n’est pas regardée avec lucidité. Contre cela : « audace intellectuelle et politique » pour affronter « la résistance des égoïsmes »

Concrètement, c’est, avant la conférence sociale des 20 et 21 juin, un appel pour « un nouveau cycle de négociations sur l’emploi » en France. Et, comme nous ne vivons pas (et ne pouvons vivre) en autarcie, une autre exigence est posée par les auteurs : que la France demande, en 2013, là, « un nouveau Bretton Woods », « pour réorganiser le système financier international ».

On parle beaucoup de certains lanceurs d’alerte, en ce moment : ils dénoncent, en prenant des risques parfois considérables, des situations inacceptables. Et, choqués, nous adhérons en masse, souvent, car nous percevons que nous sommes concernés, que ces êtres nous défendent, en quelque sorte. Mais là, sommes-nous prêts à entendre ces voix qui sont elles aussi, d’une certaine façon, celles de lanceurs d’alerte, même si leur statut est différent, leur prestige d’une autre nature? Elles peuvent avoir plus de mal, ces voix,  à entraîner l’adhésion des esprits : car nous sommes interpellés nous aussi. Saurons-nous sortir de ces  égoïsmes qui résistent à ce qui dérange les intérêts personnels, les rituels de pensée, les habitudes corporatistes, les clichés idéologiques, les enfermements communautaires, et partisans, et locaux ? Pourrons-nous faire pression sur nos élus pour refuser d’être trompés sur les dangers qui se profilent et demander que des choix courageux soient faits, très vite ?

La page du Monde, « Gare au prochain tsunami financier », tribune de Michel Rocard et Pierre Larrouturou (mis en ligne le 12-06-2013) : http://www.lemonde.fr/idees/article/2013/06/12/gare-au-prochain-tsunami-financier_3428946_3232.html  

CITATIONS (« Qui donc est l'homme pour accepter que... ?»)

« Si nous continuons à laisser pourrir la situation, si nous continuons à mettre quelques rustines en misant sur un miraculeux retour de la croissance (auquel plus personne ne croit) tout cela peut, en quelques années, finir dans un fracas terrifiant. »

« Et, dès aujourd'hui, nous sommes nombreux à ressentir un malaise plus intime : qui donc est l'homme pour être traité ainsi ? Qui donc est l'homme pour accepter que des millions d'hommes et de femmes vivent dans la plus grande pauvreté alors que, globalement, nous n'avons jamais été aussi riches ? »

« Crise sociale, crise financière, crise climatique, crise démocratique, crise du sens... dans tous ces domaines, nous sommes proches d'un point de non-retour. »

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Inquiétante, leur tribune ? Oui. Désespérante ? Non. Car ils proposent des solutions. (Il  serait plus inquiétant qu’ils ne soient pas entendus…).

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Pour aller plus loin...

Les deux auteurs de cette tribune ont publié un livre en janvier 2013, « La gauche n’a plus droit à l’erreur », éd. Flammarion : http://editions.flammarion.com/Albums_Detail.cfm?ID=43159&levelCode=sciences  (« Le but de ce livre est de dire la vérité sur les dangers qui nous menacent mais aussi et surtout de proposer des solutions à la hauteur des enjeux. », page éditeur.)

25/05/2013

Lectures intégratives, et nouveau paradigme… Des liens…

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Découverte du blog d'Alain Gourhant...

Lectures intégratives… Des notes, des citations, des choix de lectures suggérées (auteurs, créateurs : art, intériorité, démarches de vie). Présentation et CITATIONS, espace "Création" : http://www.psychotherapie-integrative.com/creation.htm

Propos sur la poésie : http://www.alaingourhant.fr/propos-poesie.htm

Citations (poésie) : http://www.alaingourhant.fr/poesie-des-citations.htm

Notes sur la spiritualité : http://blog.psychotherapie-integrative.com/category/spiritualite/

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Site découvert par hasard, en cherchant des informations sur je ne sais plus quel auteur... 

05/05/2013

ISLAM radical, et évolutions de l’ISLAM, lecture d’un entretien, commentaire et liens

Des extrémistes dangereux utilisent la religion musulmane pour pervertir des esprits et former des terroristes, partout dans le monde (ce matin on apprenait encore un attentat en Somalie, faisant plus de dix morts, et récemment encore on pouvait constater la venue de jeunes djihadistes en Syrie). Mais une majorité de gens se définit autrement, souffrant par contre des amalgames et du racisme qu’ils entraînent (là se mêlent les peurs légitimes que le terrorisme* cause, et les fantasmes utilisés par l’extrême droite, stigmatisation ordinaire et actes inadmissibles : des tombes musulmanes viennent d’être profanées à Vitry**). Comme pour toutes les religions et croyances diverses la masse des croyants ne cherche pas généralement à approfondir connaissances et questionnements, mais des intellectuels se saisissent des interrogations qui sont nécessaires, et d’eux on ne parle pas souvent : on évoque plus fréquemment des personnalités médiatiques, toujours les mêmes, invitées dans des émissions qui cherchent plus à provoquer l’audimat qu’à donner la parole à des penseurs et à faire connaître les différents visages qui peuvent représenter une réalité humaine complexe. C’est pourquoi il faut lire des textes divers, pris à des sources variées. Ainsi cet article, qui donne la parole à un universitaire qui est loin de fuir la lucidité et l’inquiétude devant une évolution dont on ne peut savoir encore si elle aboutira au pire , mais qui permet aussi l’ouverture vers un espoir de changement. Rien n’est joué. Et ce que chacun peut faire, c’est, à sa mesure, porter les paroles d’espoir, refuser la haine autant que la terreur, apprendre, analyser. Et prévenir. (Comme veut le faire Latifa Ibn Ziaten, avec son association, IMAD ***). Elle, qui a perdu son fils, tué par Merah parce que soldat, au lieu de répondre par l’enfermement dans le désespoir et la haine, veut aider et prévenir. Analysant les causes complexes et les manipulations qui transforment des êtres en criminels, elle dit : « Je voudrais sauver ceux qui sont à l’origine de ma souffrance. ». Son livre, de témoignage, paru chez Flammarion, est mentionné sur le site de l’association.

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Interview de Mohamed-Chérif Fergani, chercheur, universitaire à Lyon. Deux citations (islam politique) :

Sur l’évolution de l’islam : « Je pense que l’islam est une religion comme toutes les autres : soit elles s’adaptent à leur temps et aux besoins des sociétés qui les adoptent, soient elles finiront par disparaître. La fonction d’une religion est de contribuer à la quête de sens qui est le propre de tout humain ; si elle ne peut plus ou refuse de s’adapter pour y contribuer, elle finira par mourir. L’islam ne montre pas un tel essoufflement : de nouvelles lectures sont produites et semblent satisfaire les musulmans par-delà la diversité de leurs formes de religiosité et de leurs options politiques, morales, culturelles, socio-économique. Chacun y va de son islam ! Ce foisonnement peut être perçu comme un signe de crise ou, au contraire, comme le signe d’une vitalité. Le devenir de l’islam dépend de ce qu’en feront les musulmans. S’ils arrivent à produire des lectures qui le concilient avec les exigences du progrès, de la liberté, de l’égalité, de la démocratie, des droits humains et des aspirations profondes communes à tous les humains, ils contribueront à en assurer la pérennité ; sinon, ils donneront raison à ceux qui y voit une religion du passé. »

Et sur les penseurs musulmans qui ouvrent d’autres pistes pour introduire d’autres concepts dans un ensemble qui doit se confronter à la modernité et aux nécessités de  la démocratie : « Ali Merad, Mohamed Arkoun, Nasr Hamid Abou Zid, Mohamed Talbi, Mahmoud Mohammad Taha, Jamal Al-Banna, Mohamed Hassan Al Amini, Chabastari, Abdelmajid Charfi, Iyadh Ben Achour et des dizaines, voire des centaines d’autres poursuivent l’effort des réformistes du XIXe et du XXe siècles et de philosophes comme Ibn Rochd pour libérer le sens du sacré de l’enfermement des orthodoxies et l’inscrire dans la vie et l’histoire de ses adeptes. Le problème est dans les systèmes politiques qui veulent maintenir cet enfermement en entretenant un corps de théologiens gardiens des orthodoxies auxquelles ils adossent leur autorité. »

TEXTE INTÉGRAL : (La Tunisie, l’islam politique, les mouvements révolutionnaires, les hypothèses sur l’avenir), sur algeriepatriotique.com...   http://bit.ly/10gEg0p

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Site de l’association créée par Latifa Ibn Ziaten,  IMAD (***), Association pour la jeunesse et la Paix : http://association-imad.fr

14/04/2013

« Albert Camus, la pensée révoltée ». Philosophie magazine, hors-série

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Nombreuses pages… Le premier homme, lu par Alain Finkielkraut, et des textes de Camus commentés par divers philosophes….

Un entretien avec Boualem Sansal, excellent, et dans lequel Martin Legros rappelle, dans un de ses questionnements, la phrase réellement prononcée par Camus sur la justice et sa mère, phrase constamment déformée, tronquée, par des gens ignorants ou intellectuellement malhonnêtes, détournant pour des raisons idéologiques ou politiques une pensée qui condamne le terrorisme. Cette phrase mérite d’être citée encore : « Si la justice prend la forme du terrorisme je choisis ma mère contre la justice. »

Déformer cette phrase c’est choisir le terrorisme, le justifier, contre toute justice, contre tout humanisme…

Il faut lire ce numéro hors-série de Philosophie magazine (avril-mai 2013), pour une approche particulière de l’œuvre de Camus, et de l’être Camus.

 

28/11/2012

« L’appel de l’intelligence », lectures et réflexion…

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Mode d’emploi, festival, LYON. Les mots, les idées, l’intelligence... mobilisée... 

Présentation...

http://www.villagillet.net/portail/mode-demploi/presentat...

……………

En exergue à cette note qui donne lecture d’une parole sur l’intelligence (évoquant la complexité), et en écho à la rencontre introductive du festival Mode d’Emploi (dont on peut lire les interventions sur le courage) s’imposent deux citations d’Henri Michaux…

« Etant multiple, compliqué, complexe, et d’ailleurs fuyant – si tu te montres simple, tu seras un tricheur, un menteur. » (p 28)

« Lâche, tu as du courage. Mais où l’as-tu ? Tu ne le sais pas. / Il est là comme étranger à toi, tu n’as pas idée comment le mettre en fonctionnement. Sois donc plus chercheur, il est là, sot que tu es, endormi à cause de ton incurie, de ton incuriosité et parce que devant de nouveaux commencements tu te dérobes. Trouve-le donc. Trop bête de le laisser puisqu’il est en toi, en attente. Mais ne va pas le prendre là où il n’est pas, où en toi il ne tiendra jamais; il t’en cuirait. Tu n’en sortirais pas vivant. Ça ne plaisante pas, de ce côté. » (p.36)

Henri MICHAUX, Poteaux d’angle (Poésie/Gallimard).

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En conclusion de ma propre réflexion (précédée par des citations de Guy Walter), je mets une citation de Boualem SANSAL, fragment d’une réponse tiré d'un entretien avec  Arezki Metref, paru dans Le Matin en janvier 2012 (Histoire, identité, singularité d'une parole qui dérange). ………………………………………………………………………………...................................................................................... 

« Je pense que la complexité est un bien public. »

« Penser vraiment est toujours une mise en danger. »

« La pensée est toujours agonistique, le conflit d'idées est porteur d'énergie. »

« Je crois profondément en l'appel de l'intelligence. Je pense que tout le monde y répond. »

« Il y a un Eros de la pensée, un plaisir inouï à écouter des gens se parler. » (…) «… Cela crée une jubilation incroyable. »

Guy WALTER (répondant à Aude Lancelin : entretien, « L’appel de l’intelligence », Marianne, 17-11-12)

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Ces citations sont tirées d’un long entretien paru dans Marianne. Les passages dont elles sont extraites sont notés après le lien, ci-dessous. Les paragraphes éclairent un peu la pensée, l’article intégral (lisible sur le site) permet d’aller plus loin dans la compréhension de la démarche intellectuelle de Guy Walter, directeur de la Villa Gillet (Lyon) et organisateur de projets ambitieux. Comme ce Festival Mode d’emploi, où il propose au public d’entrer dans la « jubilation », et la profondeur, de la parole réellement dialogique (du 20 nov. au 02 déc. 2012). Exigence, complexité (accepter de prendre le temps d’entrer dans la nuance, le détail, les contradictions ou paradoxes, les questionnements). Prise de risque : secouer les pensées conformes, les paresses et les rejets partisans (quand si souvent on pense entre soi, du même au même, dans les certitudes installées). Mouvement vers l’autre dans la tension, mais pas dans l’anathème… Oser l’intelligence. (Avoir le courage d’oser l’intelligence ? Voir aussi, ci-dessous, la rencontre inaugurale de Mode d'emploi sur ce thème).

 « Guy Walter : l’appel de l’intelligence », Marianne, numéro du 17 au 23 novembre 2012, introduction et entretien, par Aude Lancelin :   http://www.marianne.net/Guy-Walter-l-appel-de-l-intelligence_a224371.html (CITATIONS (réponses de Guy Walter) : « (...) …Les philosophes ne sont plus invités à la télévision aux heures de grande écoute ou dans les radios généralistes. Pourquoi ? On prétend que ça va être trop compliqué, qu'il faut s'adapter à la capacité d'écoute des gens. C'est inouï. J'ai un credo qui me guide dans ce que je fais : je pense que la complexité est un bien public. Mon travail, ce n'est pas de rendre les choses plus simples, mais de les rendre plus complexes justement. Je suis absolument convaincu qu'il y a une ruse idéologique qui consiste à aliéner l'appétit d'intelligence, qui est pourtant évident chez tout le monde. Au fond, personne ne veut prendre le risque de faire entendre ces paroles-là, là où elles pourraient l'être. Il est vrai aussi que trop peu de médiateurs culturels et de journalistes prennent le risque de réfléchir vraiment à leur propre travail. Penser vraiment est toujours une mise en danger. » /// (…) «… (…) Préparant le programme de Mode d'emploi. Un grand nom de la sociologie a refusé catégoriquement de dialoguer avec quelque libéral que ce soit. Et j'ai essuyé d'autres refus du même genre. Pour moi, c'est une faute morale. La pensée est toujours agonistique, le conflit d'idées est porteur d'énergie, c'est ainsi, il faut l'accepter. » /// (...) « Je crois vraiment au plaisir de la pensée et à la force des assemblées. Il y a un Eros de la pensée, un plaisir inouï à écouter des gens se parler. Je garde, à cet égard, un souvenir ébloui du dialogue que nous avions organisé entre le théoricien de l'art Carlo Ginzburg et Paul Holdengräber, l'intervieweur de la New York Public Library. A la fin, le public les a ovationnés debout. Ginzburg a une telle générosité que, soudain, le public a eu le sentiment de pénétrer dans le labyrinthe de sa pensée. Evidemment, cela crée une jubilation incroyable. » /// (…)  « Je suis un mixte assez improbable : j'aime l'aristocratie de l'esprit, mais je suis un dandy démocrate. Je crois profondément en l'appel de l'intelligence. Je pense que tout le monde y répond. »)

Mode d’emploi (Festival des idées, organisé par Guy Walter). Programme et objectif : « Prendre le temps des questions, accepter la confrontation, imaginer des solutions : trouver le Mode d’emploi ». Participent des chercheurs, des écrivains, penseurs, artistes, et des citoyens : http://www.villagillet.net/fileadmin/Contenus_site/Tickets/Actualites/PROGRAMME_MODE_D__EMPLOI_light.pdf 

Le 15 novembre, une rencontre introductive interrogeait le courage (« Le courage : actualité d’une vertu ») : http://www.villagillet.net/portail/mode-demploi/details/article/le-courage-actualite-dune-vertu/  (« Rester ferme devant le danger, résister à l’oppression, affronter la souffrance ou la peur, surmonter la fatigue ou la paresse, trouver la force d’être soi-même... Toutes ces choses en nécessitent une autre : le courage. Désigné comme « première des qualités humaines car elle garantit toutes les autres » par Aristote, le courage est presque toujours perçu positivement. C’est lui qui permet de faire le saut, de se lancer, de commencer. Lui qui permet, chez Jankélévitch de réaliser les autres vertus : « Sincérité, justice ou modestie, elles commencent toutes par ce seuil de la décision inaugurale. » / Mais le courage n’est-il pas une valeur plus ambiguë que cela ? Est-il réservé aux héros ? Est-il nécessairement utilisé au service de la morale ? Le fanatique, le kamikaze, le terroriste, ne font-ils pas eux aussi preuve de courage ? Peut-on dire, avec Voltaire, qu’il n’est pas une vertu, mais « une qualité commune aux scélérats et aux grands hommes » ? ») 

Sur le site villagillet.net, les textes des intervenants sont disponibles : Kwame Anthony Appiah  (USA. Travaux sur le cosmopolitisme, l’ethnicité et l’identité/Le Code d’honneur), Caroline Fourest  (ProChoix/ Laïcité, Droits de l’homme/ Courage),  Pierre Zaoui  (Philosophie. Recherches sur Spinoza et Deleuze).……………………………………………………………………………………………………………………………………………

En tant que citoyen(ne)s nous sommes constamment devant ce choix de l’acceptation de la complexité, qui, pour être vécue dans la pensée, demande du temps, de la présence, une lutte contre les fatigues de la paresse, des questionnements permanents, beaucoup de lecture, beaucoup de doute, de patience (avec soi-même…). Complexité qui exige un travail intérieur - regard  sur le regard qu’on porte sur les êtres, les choses  et les faits; qui exige du silence, des périodes de retrait et d’autres de parole, d’écriture. Mais quand la complexité opère, l’autre choix à faire est celui du courage, car aucun dogme ne pourra nous récupérer (et en cela d’autres verront facilement dogme inverse au leur…). Courage qui est évident quand la pensée s’affirme contre des oppressions dans des contextes dictatoriaux, ou quand il faut lutter contre les extrémismes – y compris ceux qui s’expriment dans les marges (ou les failles) de nos démocraties. Mais courage, aussi, quand la pensée crée un espace de désaccord dans un lieu de partage, par refus de toute globalité simplificatrice. De cet espace il faut protéger les frontières, contre les autres et contre soi-même, contre la tentation du refuge dans l’appartenance. Nous sommes enrichis par (et à la fois empêtrés dans) des réseaux de liens, intimes et plus lointains. Nous sommes faits singuliers,  d’une communauté humaine, forcément (un corps né quelque part, nommé, un esprit nourri de croyances ou d’incroyances). Mais nous sommes aussi faits multiples, par le hasard des rencontres, du métier, des goûts, du lieu de vie, et même des voyages (immobiles ou errants) : nos diverses communautés humaines. Déchirés, si l’espace de liberté est douleur de la séparation, s’il se mêle à la peur de « déranger ». Paisibles, au contraire, s’il n’est que la conscience de la cohérence intérieure, d’une force qui sait que penser ne peut se faire sans déranger : d’abord soi-même.

« Le premier réflexe de toute communauté est de rejeter celui qui vient lui dire des choses qui la dérangent dans ses certitudes ou dans son sommeil. » (« Boualem Sansal : “L’histoire de l’Algérie a toujours été écrite par les autres“ », entretien avec Arezki Metref, Le Matin, 19-01-2012, lematindz.net :  http://www.lematindz.net/news/7072-boualem-sansal-lhistoire-de-lalgerie-a-toujours-ete-ecrite-par-les-autres.html  )

09/11/2012

UN LIVRE, une somme. S’informer, questionner, penser l’histoire de l’Algérie de 1830 à 1962

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Pourquoi noter, justement là,  ce livre paru déjà depuis plusieurs mois ? Parce que sa lecture (qui n’en exclut pas d’autres...) invite à s’éloigner des tensions passionnelles et inutiles pour aborder réellement les faits, les questions, et s’inscrire dans la pensée raisonnée et raisonnable. On peut utiliser les différentes entrées pour chercher des réponses précises sur un sujet précis, on peut relier des thèmes traités séparément en passant d’un chapitre à l’autre. J’ai choisi des pages d’articles parus en France ou en Algérie, presse ou sites autres. Les citations mettent l’accent sur la démarche, les objectifs, la méthode, les enjeux. 

« Histoire de l'Algérie à la période coloniale ». Sous la direction d’Abderrahmane Bouchène, Jean-Pierre Peyroulou, Ouanassa Siari Tengour, Sylvie Thénault. Coédition La Découverte / Barzakh. Ouvrage publié avec l’aide du Centre National du Livre (CNL). Août 2012.

Fiche éditeur, La Découverte  http://www.editionsladecouverte.fr/catalogue/index-Histoire_de_l_Algerie_a_la_periode_coloniale__1830_1962-9782707173263.html  (« … Ouvrage collectif destiné à un large public...   Or, depuis les travaux pionniers de Charles-André Julien et Charles-Robert Ageron, malgré la multiplication des publications, on manquait d'une vaste fresque synthétique de cette histoire, rendant compte des travaux les plus récents. Ce livre, écrit principalement par des historiens (algériens, français et d'autres nationalités), a donc pour but de mettre à disposition des lecteurs une histoire partagée et critique de cette période historique, qui tienne compte des interrogations actuelles des sociétés sur ce passé. » 

Fiche éditeur, Barzakh : http://www.editionsbarzakh.dz/index.php?option=com_parution&view=parution&id=130&Itemid=3

« Long temps de la colonie – La fresque partagée de l’Algérie française (1830-1962) », Libération, 08-11-12, par Dominique Kalifa : http://www.liberation.fr/livres/2012/11/07/long-temps-de-la-colonie_858849  (CITATION : "Tout en mobilisant plus de 80 spécialistes (français et algériens pour l’essentiel, mais aussi nord-américains, britanniques, allemands), il offre une «vaste fresque... » (…). « Cet essai d’histoire imbriquée de deux nations dont l’une – à l’exception d’une poignée d’ ‘algérianistes’ isolés – voulut ignorer l’autre, constitue un instrument remarquable et marque une étape importante dans l’historiographie. On peut seulement regretter que la période qui suit 1962 ne fasse l’objet que d’un court épilogue. » (…) « ‘En 2012, un Français sur six a un lien direct avec l’Algérie.’’ ».) 

« Quand l’Algérie était la France. ‘’Histoire de l’Algérie à la période coloniale’’. 1830-1962 », Le Monde des livres, 30-08-12 ‘’ : http://www.lemonde.fr/livres/article/2012/08/30/histoire-quand-l-algerie-etait-la-france_1753077_3260.html   (« Pendant plus d'un siècle, selon le mot du ministre de l'intérieur en 1954, le jeune François Mitterrand, "l'Algérie, c'est la France". Avec ce que cela implique de traces et de mémoire partagée »)

Même page du Monde, note sur l’édition La Découverte. CITATIONS. « … Une difficulté : les compétences et la bonne volonté requises pour un travail de cette exigence ne sont pas légion dans les universités algériennes où, selon François Gèze, PDG des éditions La Découverte, "l'espace d'expression pour une histoire non officielle est réduit à la portion congrue. "Faute de recrue, c'est l'éditeur Abderrahmane Bouchène qui s'est associé aux trois autres chercheurs, » (…) « L'un des points forts de l'ouvrage est d'avoir mis en avant l'importance des travaux des chercheurs étrangers, notamment britanniques ou américains - autre façon de désenclaver cet épisode particulièrement douloureux de l'histoire nationale. »)

« Histoire de l’Algérie à la période coloniale : une fresque de 132 ans »,  Le Matin.dz, 13-09-12, par Kassia G-A : http://www.lematindz.net/news/9482-histoire-de-lalgerie-a-la-periode-coloniale-une-fresque-de-132-ans.html (CITATIONS. « On ne pouvait s’attendre à mieux. » (…) « A travers plusieurs séquences historiques qui ont marqué pour certaines l’histoire algérienne, les auteurs interrogent, dépouillent, expliquent et vont au fond des événements avec une lecture claire, impartiale et novatrice. » (…) » Mettre à perspective les rapports complexes de la période coloniale qu’a vécue l’Algérie pour les expliquer est sans doute l’essence de cette fresque historique. » (…)   « "Comment centre-trente deux-années d'une colonisation sans équivalent à l'époque contemporaine, dont ce livre à plusieurs voix tente de retracer l'histoire, ont-elles marqué la société algérienne et française ?" … interrogation... « dans une postface lumineuse »)

Sur Algeria-Watch (site sur les droits humains en Algérie), « Pour une histoire partagée et critique de la période coloniale », août 2012 :  http://www.algeria-watch.org/fr/article/div/livres/histoire_algerie_coloniale.htm  (« À l’occasion du cinquantième anniversaire de l’indépendance de l’Algérie, les Éditions La Découverte (Paris) et les Éditions Barzakh (Alger) ont fait  le pari de réaliser un ouvrage collectif ambitieux, qui met à la disposition d'un très large public, dans les deux pays, un ensemble exceptionnel de connaissances sur l'Algérie à la période coloniale (1830-1962), nourri de nombreux travaux historiques peu connus produits ces dernières années. » (…) « Une histoire sans tabous, particulièrement indispensable à l'heure où la permanence des mémoires blessées et des récits biaisés, de part et d'autre de la Méditerranée, entretien toujours des tensions mutuelles qui doivent enfin pouvoir être dépassées.. »

Initiales, groupement de libraires, par Philippe, Librairie Gwalarn, à Lannion , 04-10-12 : http://www.initiales.org/Histoire-de-l-Algerie-a-la-periode.html  (« Un demi-siècle après les accords d’Evian, il est possible d’avoir connaissance de ce que fut la guerre d’Algérie. Son histoire est maintenant bien documentée grâce aux travaux des historiens. Pourtant cette guerre soulève encore de très nombreuses passions tant les traumatismes qu'elle a laissés sont importants, avec pour conséquence une assez large méconnaissance de sa réalité, et cela malgré les dizaines de livres, films, documentaires télévisuels … » (…) « Pour l’ensemble de l’histoire coloniale de l’Algérie (1830-1962), c’est encore pire, car cette histoire a été passée sous silence dans les deux pays et est donc très largement ignorée des deux populations.  Il n’existait que très peu d’ouvrages sur cette période. » (…) « Ce « gros » livre, découpé en quatre grandes périodes, regroupe de nombreux articles écrits par des dizaines d’historiens français, algériens et anglo-saxons. » (…) « Ce livre est tout simplement indispensable à qui s’intéresse à l’histoire de la France et de l’Algérie coloniale. Il n'est pas question ici de vaine repentance ou de concurrence mémorielle mais juste de dire l'histoire. »)

Le site de l’association Harkis-Dordogne http://chs.univ-paris1.fr/spip.php?article42 publie la couverture en mentionnant la publication, et renvoie aux sites de la FNAC et d’EVENE et à la fiche de Sylvie Thénault (avec une bibliographie abondante et précise de ses travaux) : http://chs.univ-paris1.fr/spip.php?article42

« Dépasser la guerre d’Algérie », sur Non Fiction, 30-09-12, par Benjamin Caraco :  http://www.nonfiction.fr/article-6113-depasser_la_guerre_dalgerie.htm  (« Abderrahmane Bouchène, Jean-Pierre Peyroulou, Ouanassa Siari Tengour et Sylvie Thénault soulignent ainsi dès l'introduction leur "volonté de dépasser les polarisations nationales" avec ce livre, "exercice de reconnaissance réciproque et de mise à distance d'un passé conflictuel", qui ne cherche pas pour autant à vainement "réconcilier les mémoires" »  (...)  «  Ce n'est que dans la postface que l'histoire en vient à éclairer le présent avec un essai sur les relations franco-algériennes.  (...) Pour les auteurs le contentieux mémoriel n'est pas encore soldé. »)

« L’ Encyclopédie indispensable »,  El Watan, 16-10-12, par Rémi Yacine :  (« Et si c’était le livre qu’on attendait sur la guerre d’indépendance ? Mieux, sur l’histoire franco-algérienne, une relation imbriquée ? » (…) « …rares sont ceux qui ont entrepris une œuvre aussi titanesque. » (…) « Objectif du livre : «mettre à disposition des lecteurs une histoire partagée et critique de cette période historique, qui tienne compte des interrogations actuelles des sociétés sur ce passé». Objectif dépassé. Un livre indispensable. »

 Sur une conférence de Sylvie Thénault , en juin 2012, à l'Institut français d'Alger. (Questionnement sur la manière de travailler sur la période coloniale, question des archives, etc.) http://www.if-algerie.com/alger/agenda-culturel/ecrire-lhistoire-de-l2019algerie-a-la-periode-coloniale.-en-france-quels-apports-quelles-limites

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Repères chronologiques, fiche wikipedia : Histoire de l’Algérie  Période de l’Algérie française : http://fr.wikipedia.org/wiki/Alg%C3%A9rie_fran%C3%A7aise

04/11/2012

« HAÏR C'EST ENCORE DEPENDRE ». Réflexion à partir d'un texte de Daniel Maximin citant Césaire (texte à méditer...)

Des récupérations idéologiques et politiques ont cours en ce moment, là ou ailleurs, à propos de la reconnaissance des crimes du 17 octobre 1961 (déguisée par certains - qui y sont hostiles - en « repentance » : ce qui attise les passions, remue les émotions, les colères, les rancoeurs - ce qui, aussi, autorise la mauvaise foi…). Dans ces heurts où les mémoires et souffrances s’opposent (et intimement dans les questionnements personnels identitaires que ces débats réactivent) parfois la haine affleure (ou déborde). Haine et haines d’autant plus dangereuses que, dans un contexte de crise, des groupes politiques (des mouvances, des partis) instrumentalisent mémoire et Histoire pour, dans l’actualité sociale, introduire des thématiques discriminatoires, des divisions entre les communautés qui composent le pays, provoquer la peur (de l’autre, forcément). Et quand, en plus, la commémoration en hommage aux victimes civiles et militaires de la guerre d’Algérie entraîne une lutte de dates qui recouvre un conflit mémoriel plus important... on ne sait plus qui va crier le plus fort.

Il est donc peut-être nécessaire de relire certains textes qui proposent de prendre recul, de faire un peu silence en soi avec ces remuements douloureux sur un passé individuel et collectif. Qu’est-ce qui libère et qu’est-ce qui entrave ? Penser dans la solitude permet de retrouver son autonomie de pensée, de réfléchir autrement, sans influence politicienne ou communautaire (ce qui ne veut pas dire reniement d’appartenances : mais il y a plusieurs manières d’appartenir – en se faisant piéger par un enfermement idéologique et passionnel univoque, ou en acceptant de constater la complexité des regards sur la réalité et la complexité des communautés humaines elles-mêmes).Ce qui ne veut pas dire non plus renoncement à l'expression, ni même aux revendications justes... 

Daniel Maximin, à propos de la commémoration de l’esclavage, se pose les mêmes questions. On remplace « esclavage » par guerre d’Algérie, colonisation, décolonisation, et on a de quoi méditer sur les choix possibles (quels positionnements?) à ce sujet. (« On »  renvoie à des « mondes », divers : Pieds-Noirs et Harkis, oui - personnes, communautés, et associations - mais aussi Algériens sur les deux rives, Franco-Algériens, anciens appelés, métropolitains, pouvoirs, partis, médias… Mais c’est d’abord un appel à la conscience individuelle… exigence qui interfère… (Et c'est valable pour d'autres conflits passés et actuels...).


« La commémoration a un sens si elle n'est pas déviée. Car, plus important que le devoir de mémoire, il y a le droit à l'Histoire. Il faut que toute l'Histoire soit dite: pas seulement celle des douleurs, mais surtout la plus cachée, celle des résistances. La mémoire doit autant privilégier la parole des opprimés que la condamnation du discours de l'oppresseur. Elle doit montrer que l'esclavage a perdu, qu'il n'était pas fait pour fonder des sociétés, des cultures. Donc il ne doit y avoir ni ressentiment, ni resserrement, ni posture victimaire. Césaire disait : "Attention, haïr, c'est encore dépendre." » Evidemment, d'un lecteur du texte à l'autre l'opprimé et l'oppresseur auront des visages différents. Peu importe : ce qui compte surtout c'est la mise en garde... Attention...
 

Le sens du mot  « dépendre » peut être compris diversement. Ceux qui ont dépendu de l’autorité politique des autres, subi des oppressions (colonisation, esclavage), doivent se libérer du lien qui demeurerait avec la colère et la haine, et les maintiendrait dans une sorte de paradoxale dépendance, intérieure surtout, inconsciente. Mais les situations sont parfois plus complexes, autres, l’oppression avoir des formes très diverses, camouflées, les contraintes être de l’ordre de la manipulation (manipulation d’opinion, aussi, comme le montre et le dénonce Jean Pélégri dans son livre « Ma Mère l’Algérie » : comment la métropole – avec ses pouvoirs – a construit une image collective des Pieds-Noirs, en faisant de cette communauté un bouc émissaire). Et cependant, dans tous les cas, prolonger les luttes passées, ne rien remettre en question de ses croyances antérieures, rester dans la douleur des exils, quels qu’ils soient, cela aussi crée dépendance, autrement. Collectivement il faut travailler à une résilience libératrice, en déconstruisant les manipulations passées et présentes, en refusant les injonctions qui font jouer un rôle, créent une fausse identité, piègent dans de fausses valeurs (qu’on croit siennes et qui sont étrangères profondément). Bien sûr, parler de résilience (Algériens, Pieds-Noirs, Harkis, Appelés, Métropolitains) est plus difficile quand on évoque les plus terribles traumatismes (victimes du terrorisme, enfants de disparus ou de victimes d’assassinats ciblés, survivants d’un massacre, témoins de meurtres, de tortures, nés d’un viol, victimes de viol). C’est là que les communautés peuvent avoir un rôle apaisant ou au contraire aggravant (en croyant même parfois accompagner – mais en réactivant les souffrances, les colères, en les figeant dans un éternel passé, quand le présent est déjà assez dur). Attention aux héros qu’on se crée, aux icônes qu’on fabrique : certains masques peuvent être dévastateurs… Le défi est de ne pas choisir ce qui dévaste… Quand ceux qui haïssent ne dépendent pas seulement (encore…) de ceux qui les ont opprimés ou agressés (ou, c’est pareil, rôles inversés, de ceux qu’ils ont opprimés ou méprisés), mais dépendent aussi (et c’est peut-être la pire prison) de la part la plus sombre d’eux-mêmes, de l’ombre intérieure qui les hante et qu’ils projettent sur le monde, pour une vision manichéiste… 

L'entretien complet est à lire sur le site de L’Express. « Haïr, c’est encore dépendre », Daniel Maximin, 07-05-2009 : http://www.lexpress.fr/culture/livre/daniel-maximin-hair-c-est-encore-dependre_823480.html

Autre entretien, éclairant aussi. « Il faut arrêter d’être esclave de l’esclavage », Daniel Maximin, décembre 2006, L’Internaute : http://www.linternaute.com/histoire/magazine/interview/daniel-maximin/retranscription-daniel-maximin.shtml  (CITATIONS :« La volonté d'oppression est constitutive d'une partie de chacun d'entre nous. C'est le désir de mort pour soi ou pour l'autre qui s'oppose en permanence au désir de vie ou de faire vivre. » (…) « Il reste nécessaire de pratiquer "l'auto-surveillance" dont vous parlez (il répond à une question) vis-à-vis de chacun de nous et vis-à-vis des autres. Il n'est pas utopique de penser que la mort et le mal existeront toujours mais que la Résistance à leur empire est aussi permanente dans l'histoire des hommes. »)

C’est une leçon de lucidité.  Ne risquons-nous pas, nous, tous, en effet, d’être esclaves des attachements à la condition d’exilé (par exemple), quand nous ne sommes ici que de passage? (Ce peut être aussi le contraire, avec les pièges de l'ancrage local, ou des visions ethnicistes, à la façon des Identitaires ou des Indigènes de la République...). Ne sommes-nous pas, tous, souvent, dans l’illusion de l’innocence intime, communautaire, ou nationale, quand personne n’a échappé, en réalité, aux choix les plus mortifères. Ne serait-ce que par contagion. Ne serait-ce qu’en se taisant…