Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

20/10/2015

Barzakh, intermonde et océan… Mohammed Dib et Jeff Foster… L’écriture et la vague...

DIB.jpg000338-150x232.jpg

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
« Qu’est-il arrivé à cette part du Monde ; à ses jours, à ses nuits ? Serait-elle tombée dans un entre-deux où chaque composante du temps ne sait dire que son contraire ? (…) N’est-ce pas le barzakh, s’il pouvait exister et s’il faut y vivre ? » 

Mohammed Dib, Neiges de marbre.

Citation en exergue sur  le site de Barzakh éditions... http://www.editions-barzakh.com

Note sur le livre, librairie Ombres blanches : http://bit.ly/1NlToUL )

Barzakh (citation de Mohamed Dib...), peut se comprendre de multiples façons. Dans l’ouvrage, «  Neiges de marbre », c’est la perte, le deuil qui fait s’interroger sur le « barzakh », mot qu’on traduit par la notion d' « intermonde », cet espace entre la vie physique et un monde où seraient les âmes après la mort. Séparation, barrière, écran, espace… Mais aussi, dans la trame du livre de Mohammed Dib, la part d’ombre des êtres, des marges de la folie. On peut voir, dans le barzakh, simplement la métaphore du mystère de cet entre-deux qu’est le temps de la mort (nous étions, corps présent, ancré, heureux ou souffrant, et nous ne sommes plus, nous entrons dans la mémoire et dans l’oubli des autres). On peut y lire aussi le symbole du trouble entre savoir et ne rien savoir, croire et ne pas croire. Mais chez le poète on peut aller encore plus loin, autoriser toutes les lectures, en faire une méditation sur la part d’ombre de notre monde, enfermé dans ses barrières, ses masques et ses haines.

….............................................................................................

« La vague regarde l’océan et demande : ''Pourquoi tant de vagues si tout est l’océan?’' » / « Bien sûr, il n’y a jamais eu de vague séparée. Ainsi les questions se dissolvent et la réponse devient absolument apparente. » 

Jeff Foster, « Une absence extraordinaire », p.142, éd. Almora   http://www.almora.fr/telechargement/jeff-foster/383-une-a...

Et, autre citation, la vague, encore (métaphore qu’il utilise dans ces passages de deux livres, pour tenter de traduire ce que peut être l'expérience de la non-dualité, dans l’esprit de quelqu’un qui vit une ouverture de conscience qui métamorphose le sens de l’identité personnelle, la perception de l’altérité supposée d’autrui)...  

« D’un certain point de vue, une vague peut sembler éloignée d’une autre au milieu de l’océan, mais du point de vue de l’océan, dans la mesure où chaque vague est l’océan lui-même, le concept de distance ou son absence, perd son sens. » (…) « Toutes les vagues dans l’océan que je suis sont par essence ce que je suis même si en apparence certaines sont à des milliers de kilomètres les unes des autres. » 

Jeff Foster, « L’acceptation profonde », p.90, éd. Almora   http://www.almora.fr/telechargement/jeff-foster/382-l-acc...  

N’est-ce pas cela que nous tentons de rejoindre quand, comme les Israéliens et Palestiniens qui dialoguent et refusent la haine, parents qui partagent ensemble leur souffrance d’endeuillés, nous voyons en l’autre le même? 

Difficile, devant certains faits de l’actualité quotidienne, ici et ailleurs, partout, devant la noirceur et la brutalité de crimes, de voir en l’autre le même, bien sûr… Mais pourtant, si nous savons être en train de vivre dans un monde dont nous sommes aussi les co-créateurs, que devient la pensée de la vague? 

26/07/2015

« Terre sentinelle », poésie sentinelle…

POESIE.jpgTerre.png

Si on aime les oiseaux et les arbres, les couleurs des rivières, le silence des abeilles... et la poésie, on peut aimer aussi les questions qui restent questions, et lire avec intérêt le recueil-somme « Terre sentinelle », de Fabienne Raphoz, 2014. [ Présentation de l’éditeur, Héros-Limite (le nom de l’édition vient du titre d’un recueil de Ghérasim Luca) : http://www.heros-limite.com/livres/terre-sentinelle ]

C’est à la fois un ouvrage érudit, celui d’une naturaliste par « passion » pour l’évolution, et le recueil d’un poète qui cisaille des textes comme des fragments de poèmes éclatés, bribes-braises où l’on croise parfois des citations, en écho à la pensée. Certaines donnent des clés : « J’écris aussi loin que possible de moi », d’André du Bouchet, volonté de distance où le « je » s’efface comme personnage représenté. On lui refuse, à ce « moi », toute complaisance, tout repli, car ce qui compte c’est dire la conscience qui regarde le monde divers de la nature, cette présence à la présence animalière multiple, dont l’abeille est reine réelle et symbolique. Le « je » isolé se dissout dans « l’élégie / du je / commun » (p. 169).  Autre clé, aussi, parmi d’autres, la citation de José Angel Valente, pour une question qui reste en suspens (p.20).

Surprenant, peut-être, dans la forme qu’on croit devoir appartenir au poème, que l’inscription d’un texte documentaire entre un vers, « Nul n’est jamais très loin d’une rivière » (p.131) et un fragment poétique (p.133), fragment centré autour du Y (exemple parmi d'autres). Oui, affluents du poème, le savoir, l’observation, comme la métaphore éventuelle.

Cependant la réalité des vécus personnels reste comme un arrière-plan fondateur, nécessaire : évocation de la mère, notamment, beaucoup, douleur discrète de la maladie et de la mort, du père (p. 165), pour le « maintenant » fugitif, et fleurs ou forêts offertes à des prénoms-visages, et éloge-hommage, tout le vivant offert (p. 157). Arrière-plan, ou, au contraire, la vitre de sens à travers laquelle voir. Ou les deux, à la fois le soubassement de l’intime, pas très explicite, et l’écran de la perception, où projeter les questions terriennes.

Les lieux évoqués, les strates de la nature, retrouvent une région, celle de l’Arve, rivière native, lieu source d’un rapport au monde : nos lieux nous créent et leur évolution nous modèle ou nous interroge. On regarde et on sait mieux. Important, le regard, dans ce livre, pour vaincre le risque d’amnésie, de distraction, d’irresponsabilité devant le drame de la nature ravagée par nous : oublier les abeilles et la terre. « Terre sentinelle », la clé du titre est page 139 (« il neigenoire (...) et la terre / sentinelle  /// s'interrompt » ). Autre clé, la citation-exergue de Philippe Beck (p.141) : « Mais maintenant / a-t-on besoin d’aller vers l’enfer ? »

Somme : poème, récit fragmentaire, anthologie… et listes de noms, répertoire des êtres du vivant (comme la « proposition pour 35 noms d’espèces d’abeilles », p.51).

En exergue (p.11), cette citation de Guillaume Lecointre : « Tout récit est une sélection arbitraire d’instants au sein d’un continuum. », pour rencontrer cette pensée, p.15 : « La segmentation est l’origine d’une continuité ». Quel rapport avoir avec le temps et l’écriture du temps ? Les instants surgissent, vie personnelle et parcours des yeux sur le monde vivant. Peu importe la chronologie, ce qui fait récit et sens c’est ce qui reste de ce qui est perdu de l’enfance, l’origine de la perception : « Etre est d’origine davantage que survivre », p. 24 (mais cela concerne tout être vivant).

Quelques pages sont en anglais, et des mots glissés ici ou là dans le tissu des textes, comme des respirations dans le livre, pour le plaisir d’autres sonorités, où la rencontre des mots et des sons de l’anglais crée une autre musicalité du français… J’aime ce métissage linguistique : il est discret mais efficace. « Blue thinks / Blue sings / Blue talks » (p. 27) et (p. 29) « bleu rêve / rêve même / sans le bleu », vers que j’arrache à une longue méditation sur la couleur. Bleu, ici, ailleurs rouge ou vert. Même effet, musical et visuel, dans l’alternance des vers et des textes en prose, informatifs, ou des vers et des listes).

« Le chant précède l’oiseau » (p.65). Et le poème l’écrivain ?

Mais parfois il ne reste que le « fil » (p.83).

Je ne suis pas du tout l’ordre des pages, mais celui de mes relectures : des mots font écho, des pages résonnent, « traduisent » autrement les mots lus…

« Poreuse », traversée par la conscience de la terre (une urgence ?) c’est celle qui écrit qui devient sentinelle pour la terre « porteuse du porème / en fer de lance » (p. 143). Le poème devient ce qui déchiffre et donne à voir une imprégnation de savoir, un autre ressenti.

Voilà donc une somme d’écriture pour dire  cette porosité agissante, contre l’enfer de la « neigenoire », de la destruction. Contre la peur, la menace. La poésie, ici, donc, commence par « dire le nom des choses » : ce n’est « pas encore / le poème » mais « un peu / plus  /que lui  / déjà » (p. 16O). Dans l’interstice du moins et du plus l’écriture devient, intense et profonde (même s’il semble qu’il y ait une volonté de privilégier la surface des choses, pour rester dans la proximité simple et humble du vivant) et la réflexion sur la poésie, aussi, se prolonge dans les pages suivantes... « cela qui nous regarde nous regarde / vraiment » (p.161).

L’écriture est accompagnée par les dessins de Ianna Andréadis ( http://ianna.online.fr/livres.html ). La table des matières, elle, est en quatrième de couverture, comme un poème supplémentaire, du fait de titres très beaux.

……………………………

Liens :

Fiche wikipedia : https://fr.wikipedia.org/wiki/Fabienne_Raphoz

Page de l’édition Héros-Limite : Fabienne Raphoz : http://bit.ly/1Mvjq9M

Notes de lecture… sur :

Poezibao, par Florence Trocmé : http://bit.ly/1erPYm4

Sitaudis, par Tristan Hordé : http://bit.ly/1HTly7a

Le littéraire, par Jean-Paul Gavard-Perret : http://www.lelitteraire.com/?p=10474

Terres de femmes, par Angèle Paoli : http://bit.ly/1IzgzM8

Et, pour un autre recueil, sur Littérature de partout, par Tristan Hordé  : http://litteraturedepartout.hautetfort.com/tag/fabienne+raphoz 

11/05/2015

Edouard Glissant. Retour sur une œuvre majeure...

Le Sel noir.jpgSOLEIL de la conscience.jpg

« L’écrivain est l’ethnologue de soi-même » 

Edouard Glissant cité par René de Ceccaty, Le Monde (papier), 4-2-11

Au soir tardif du 10 mai, je relis une de mes notes de 2011, sur cet auteur, un hommage juste après sa mort. Quand on se souvient des drames que les pièges identitaires (forcément inégalitaires et vouant les êtres au racisme) ont causé dans l’histoire, relire un penseur-poète qui nous propose une éthique du nomadisme, une dynamique des interférences, ne peut que nous aider à traverser ces pièges. De ma note (très longue, par les très nombreux liens) je ne reprends ici qu’un fragment, nécessaire, et des citations (en ajoutant une), peu de liens (mais j’en ajoute trois)...  Ci-dessous...

Dénonçant  l’enfermement dans une identité limitative qui resterait figée, il opposait notamment les notions de créolité et de créolisation, ce dernier concept se posant dans la dynamique d’un monde moderne exigeant de l’individu l’acceptation d’une réflexion sur son identité, pas pour la renier, mais pour prendre conscience de sa nécessaire transformation du fait des interférences culturelles, des échanges. L’éthique entre les peuples devant être celle de la relation, pas de la domination. Le lisant, on peut comprendre la « poésie » comme genre, mais aussi comme modalité du regard sur le monde, esthétique de l’éthique des interférences. Penser « l’envers lumineux de l’histoire »...

......................

CITATIONS :

 « Toute parole est une terre / Il est de fouiller son sous-sol / Où un espace meuble est gardé / Brûlant, pour ce que l'arbre dit ». Plus… sur : http://www.lehman.cuny.edu/ile.en.ile/paroles/glissant_champ.html 

« Le nomadisme m’a permis d’échapper à tous les enfermements. Mais en voyageant, on transporte toujours ‘‘ses’’ lieux avec soi, ses lieux communs .Chaque lieu est incontournable. On ne peut le remplacer ni en faire le tour.» (...) « Au plus fort de mon activité politique dans les années 60, j’écrivais des poèmes résolument opaques. L’obscur est le renoncement aux fausses vérités des transparences. Je réclame pour tous le droit à l’opacité.» (Édouard Glissant cité dans l’article de Gilles Anquetil, Le Nouvel Observateur) http://bibliobs.nouvelobs.com/actualites/20110203.OBS7408/hommage-le-cyclone-glissant.html

.....................

LIENS :

Le site officiel : http://www.edouardglissant.fr/  (En exergue, ceci : « Le poète achemine la connaissance du monde dans son épaisseur et sa durée, l’envers lumineux de l’histoire qui a l’homme pour seul témoin. »)

Une page sur Recours au poème, « Les Fruits de l’Archipel », par Marc-Williams DeBono : http://www.recoursaupoeme.fr/essais/les-fruits-de-l%E2%80%99archipel/marc-williams-debono

Un sommaire (articles sur l’auteur), remue.net : http://remue.net/spip.php?mot119

Et... la note (liens, dont papalagi...) sur Trames nomades, en 2011... Edouard Glissant, le poète, le penseur du Tout-Monde, de la "créolisation" du monde. Hommage : http://tramesnomades.hautetfort.com/archive/2011/02/05/edouard-glissant-le-poete-le-penseur-du-tout-monde-de-la-cre.html

19/04/2015

Huy Thiêp NGUYEN. Leçon d’écriture, leçon de liberté... "Refuser de courber l'échine..."

HOAT.jpg

« Il en est de la littérature comme de la Voie. Etre, c'est ne pas être; ne pas être, c'est être. "Plein" et "vide" sont des catégories de la pensée (...) si l'on considère la littérature comme une voie parmi tant d'autres, afin de se perfectionner, on ne se sera pas trop trompé... » (Un maître parle...)

Huy Thiêp NGUYEN, « Mon oncle Hoat et autres nouvelles »

Il y a des relectures qui résonnent en nous particulièrement. Celle d’un article de L’Express, de 2012, prend un sens différent, en fonction de l’actualité récente, des dissensions idéologiques brutales qui font devoir se positionner dans le combat contre les fanatismes, les intégrismes, et les pensées de haine. (Mais ce ne sont pas vraiment des pensées, celles-ci, juste des fracas émotionnels qui sortant de la part la plus sombre des peurs souterraines construisent des machines mentales de destruction, ou des complicités avec ces machines mentales. Porosité des univers des mots...).

Dans cet article, qui suit l’interdiction faite à Huy Thiêp Nguyen de sortir du Vietnam, pour répondre à une invitation à l’étranger (France...), tout est dit de la situation des écrivains dans ce pays, et tout est dit de la manière dont cet auteur trouve le moyen de traverser les murs qu’on lui oppose. Tout est dit aussi du choix qui reste à ceux qui refusent les oppressions totalitaires, qu’elles soient politiques ou religieuses. Et du choix qui reste à tous, partout : « refuser de courber l’échine ».

Lire ceci : « L'écrivain doit nager à contre-courant et, par conséquent, il s'attire constamment des ennuis, dit Thiêp. Qu'importe qu'on cherche à lui couper les ailes, il doit refuser de courber l'échine. Car il aime la liberté, et c'est un réel handicap. Cherchons cette liberté dans la douleur, au sein même de la pauvreté et des coups bas politiques. »  (Et lire ou relire tout cet article, précieux, et intégralement en ligne).

L’Express, 21/06/2012, par André Clavel : http://www.lexpress.fr/culture/livre/crimes-amour-et-chatiment_1128950.html

.................................................................................................................

Ses livres, référencés sur le site « vietnam.aujourdhui »   : http://vietnam.aujourdhui.free.fr/livres/nguyenht.htm

Librairie internationale (livre mentionné en exergue et autres publications de l’auteur) : http://bit.ly/1HIGoHe

Fiche wikipedia : http://bit.ly/1yIZNWO

06/04/2015

Ecriture... A L’INDEX N° 28, revue littéraire

INDEX 28    28.jpg

 

 

 

 

 

Puissante œuvre poétique que celle d’Anne Sexton

 

 

 

 

 

(née en 1928 dans le Massachusetts, morte en 1974, suicidée), fascinante même dans cette obsession suicidaire (qu’elle partage avec Sylvia Plath, poète immense aussi, née en 1932, morte en 1963, par un suicide que toute son œuvre  semble annoncer). Amitié qui constitue le dossier d’ouverture de la revue. Ce qu’Anne Sexton écrit sur (et à) Sylvia Plath est bouleversant, intime, riche autant pour ce partage fraternel d’émotion que pour tout ce qui est dit du processus d’écriture, entrelacé dans le même partage. Puissante écriture, tant pour les textes d’analyse de soi (par quelqu’un qui a vécu la démarche analytique) que pour les poèmes. On la connaît peu, d’où la nécessité d’un tel dossier. Je ne sais pas pourquoi elle a été plus négligée, en France, que Sylvia Plath. J’ai aimé le portrait que Jacques Basse fait des deux auteurs (non, moi je ne mets pas le « e » d’un féminin formel, qui, à mon avis, est un contresens linguistique). Jacques Basse, je l’avais découvert par hasard, avant de lire A L’Index, en cherchant un texte de René-Jean Clot, et le nom m’avait mené à son site, et au portrait du peintre-écrivain (qui m’est cher, très cher), et depuis c’est lui que je cherche aussi, pour ce regard sur des visages marqués par l’écriture. Traits noirs, mais pas tristes, ici. C’est la vitalité qu’il a voulu montrer, pas le désespoir sourd. Dépressives, Anne Sexton et Sylvia Plath, le sont donc au point d’en mourir, de « vouloir mourir » (comme l’affirme en titre le poème de la page 11, d’Anne Sexton, ou page 17 celui sur « La Mort de Sylvia »). Mais leur lecture donne de la joie, par la profondeur du cri intérieur, par la maîtrise lucide, malgré tout, du langage pour saisir ce qui est en jeu,  même quand, comme moi, on se sent complètement étranger à ce genre de triste déchirement intérieur. Mais sans doute en nous tous y a-t-il un écho de tels questionnements. Camus l’a dit, la question du suicide est le sujet philosophique central, et moral, c’est pourquoi ces poètes parlent de nos vies. Et la différence avec elles, avec elle, c’est qu’elles savent, elle sait, quel est le gouffre qui  attire. Nous, consciemment, non, mais qui sait ce qui est mortifère dans nos rapports aux émotions, au corps, au monde. Parfois nous frôlons la mise en danger de soi, par une fuite apparente des parts sombres, et l’inconscient est là.

Magnifique texte, que celui de Frédéric Miquel, dès le début : « Un verre à la main, une bouteille de vodka dans l’autre, elle se mit à exhumer amoureusement les souvenirs enfouis au plus profond de la terre séchée de sa mémoire... ». Il parle d’un « corps solaire » mais c’est l’être entier qui est solaire dans ce portrait d’un « physique éblouissant de beauté ». Texte amoureux. C’est la juste approche, pour lire et relire : que ce soit amoureux. Voilà un critère pour apprécier une œuvre : produit-elle en nous un tel élan (comment, peu importe, mais d'une impulsion violente, de manière inconditionnelle et dans la distance de la gratuité) vers l’être qui a tracé ces mots-là? Anne Sexton y réussit. (Tous ceux qui ont écrit ou dessiné pour ce dossier l’expriment diversement).

Echo des ombres, êtres perdus dans l’immense et dans l’angoisse, le beau poème de Guy Girard (2011). Je retiens ici un fragment, particulièrement : « dansante évidence de la lumière éclairant de son ombre / ce grain de poussière  dans le jeu de quilles du présent. »

Rabiaa Marhouch dit son admiration pour les poèmes d’Anne Sexton, comme dans une sorte de terreur : « Ta poésie me terrasse ». « Ma page blanche » : je le vois, ce texte,  comme un poème en prose. Elle y parle de la lecture de cette œuvre accomplie, achevée, d’Anne Sexton, qui peut être contemplée dans un ciel de splendeur et qui écrase par sa magnificence, quand on admire. Un début, une fin, finalité qui peut paraître trop loin, inatteignable. Je peux comprendre, et l’angoisse et l’élan que le texte sait traduire avec force : « Ma poésie est à délivrer de ta Poésie. »... Au début, cependant, elle écrivait : « Je suis une immensité qui se méconnaît. ». Oui... C'est une phrase qui restera longtemps dans la mémoire, après l'avoir lue. On aura donc envie de relire ce texte, et de suivre cette écriture...

Mais aucune de mes grandes admirations ne m’a jamais fait ressentir ces peurs, même adolescente. Très jeune je savais (et je l’avais décidé, je m’en souviens, à douze ans exactement : j’ai même le souvenir d’un instant précis, à l’ombre d’une entrée de patio, cristallisation des pensées de beaucoup de moments et de jours...). Je savais que le temps serait mon espace d’écriture, des décennies de travail devant moi quand d’autres avaient des décennies de travail derrière eux. De plus, Rimbaud démontrait que l’inverse est possible, l’intense concentre le temps et tout peut être transcendé. La preuve... Enfin, pourquoi craindre le temps si l’on ne rêve pas d’une accumulation de livres remplissant une bibliothèque, mais plutôt de l’ouvrage essentiel, qui serait le produit de la déchirure d’infinis brouillons,  alchimie de soi autant que des mots tracés. L’importance de la création ce n’est pas le poids. Je n’ai pas un rapport quantitatif avec la mesure d’une œuvre. Et ne m’intéresse, pour moi et les autres (écriture, ici, lecture, là), que ce que signifie (et crée) cette lente métamorphose que l’écriture ne fait pas que traduire mais bien plus produit. Les mots comme un feu qui brûle l’inessentiel et fait sourdre de notre ombre des scories qui ne sont pas des déchets mais gardent en eux une densité volcanique faite de son contraire, et, en eux, aussi, ces vacuoles d’espace cosmique. Le creux de soi, centre libre, n’est pas que racines. Ce que je veux dire par cosmique, c’est justement ce qui empêche l’admiration de se muer en peur de ne pouvoir atteindre cela qui est écrit par quelqu’un d’autre.  Tous peuvent être sculpteurs d’eux-mêmes, donc de leur œuvre. A condition de... Affaire de travail, de lecture, et de conscience. De perception de cet espace immense autant interne qu’externe. Et de ce sens présent partout, qu’il faut juste déchiffrer. Est-ce orgueil ? Non. L’humilité, je la mets plutôt dans un goût pour la longue patience, très longue patience... Et pourquoi pas ? Regards et regard...

Donc, poèmes d’Anne Sexton, dans ce numéro. Citations. « Vouloir mourir » (texte pp.11-12) :

« Puisque vous demandez, la plupart du temps je ne me souviens pas. / Je marche dans mes vêtements sans porter la marque de ce voyage. / Puis ce désir viscéral presque innommable revient. »

Et

« La Mort de Sylvia » (pp.17-19)

« Sylvia, Sylvia, / où es-tu allée / après m’avoir écrit / du Devonshire (...) ? » (...) « à quoi as-tu été fidèle, / comment, au juste, t’es-tu allongée dedans ? »

(...)

« cette mort que nous disions avoir toutes deux dépassée, / celle que nous portions sur nos poitrines maigres »

Cette mort l’attriste, mais lui donne le désir « d’y goûter, comme à du sel. »... Elle le fera, plus tard. Ses textes disent qu’elle ne sait toujours pas de quelle plaie vient encore ce désir de mourir qu’elle croyait avoir vaincu. « Innommable » désir, sans mémoire pour pouvoir le cerner. Innommable, car il est le désastre du défi lancé à l’écriture. Si les mots d’Anne Sexton avaient pu saisir totalement l’attrait de la mort, cet attrait aurait-il été englouti dans le travail de mise à la conscience par l’écriture ? Ou, au contraire, si l’enjeu avait juste un peu déplacé le regard ? L’influence de Robert Lowell n’a-t-elle pas été un frein, malgré ce qu’elle en dit, admirative et reconnaissante ? Dans un texte elle écrit « Après tout, le suicide est le contraire du poème » (« Le pilier de bar devait chanter », pp.7-11, citation, p.10). Et elle ajoute qu’avec Sylvia elles discutaient « souvent de contraires ». C’est comme si, là, on était au bord d’une frontière qui aurait pu être traversée dans un sens ou tout à fait dans l’autre sens. Même si, bien sûr, on ne peut rien dire sur le mystère des bascules dans la dépression, ni, dans le fond, pas beaucoup plus sur ce que l’écriture arrive à vaincre chez autrui...

Ce dossier seul justifie la parution du numéro, qu’il emplit déjà, jusqu’à la page 26 (seulement ?) : qu’il emplit de sens.

Mais d’autres textes suivent...

Poèmes de la « Petite anthologie portative ». Plusieurs auteurs. Je relève un nom, pour les textes que je préfère : Nora Thermes, d’évidence. Découverte d’une écriture, où je sens un souffle, une pensée qui sous-tend la poésie (pp. 36-38). Une démarche qui engage tout l’être. C’est une écriture...  On reste à hauteur du dossier...  Citer, c’est parfois trahir un peu, quand tout est lié (comme pour le texte de Rabiaa  Marhouch...). Mais commenter sans citer, non.

Donc... Nora Thermes « S’enorgueillir alors de n’être jamais qu’à soi / Et ne se dicter comme quête relationnelle / (Pour ne point effleurer l’affect, / Et sanctifier l’angoisse) / Que la triomphante obtention / Des ombres des corps les moins lumineux » (...) ///   « Et tisser sans transparence des liens furtifs / Fugaces, pour ne point plonger / Ne point goûter la douce douleur salée / Des abîmes d’impudiques » 

Pages 49 à 64, jeu entre écriture et dessins, Jean Chatard et Claudine Goux. Humour et poésie. C’est original (« Visages, Nuages, Mirages »).

Pages 65 à 69, mon texte, poème, vers libres et prose. « Une et toutes douleurs ». Exergues (bien sûr...) : Anna Akhmatova, Monique Rosenberg, Lyonel Trouillot, Geneviève Clancy. Je ne peux que tisser lecture et écriture. Je ne citerai qu’un fragment, tout au début. Il donne une des clés, en posant une question : « Le lieu est-il l’exil de la pensée ? ». Exils, conscience : méditation... La traversée des frontières est au centre de mon identité, de tous mes questionnements. Pluriel interne, valises « arrachées », et chiffre de l'éthique nomade. Regard autre. Je signe d'un S, mémoire du soleil-signature de Jean Sénac, et de l'initiale en commun, S solaire, oui, et S des pluriels, qui ouvre le multiple en soi et dehors (MC San Juan...).

Page 77, poème, « Marelle », de Jean-Claude Tardif. Evidemment le jeu n’est qu’un prétexte, pour cartographier bien plus que les pas sautillants d’enfants... J’aime beaucoup. On entre plus facilement dans un univers quand on a lu des recueils, des pages diverses de l’auteur. Dans un poème on ouvre alors un monde. On peut se tromper et inventer un sens qui n’est pas celui que l’auteur voulait nous faire lire. Mais le lecteur crée aussi le texte qui inscrit plus que le poète croyait dire (et il le sait).

Donc... « Sur le chemin de la marelle / L’éclat calcaire / Limite au bonheur »  Pourquoi limite ? Parce que cela casse la symétrie plane ? Parce que cela alourdit et ramène au sol vers l’éclat (trop poudreux ?) « L’enfant solaire » ? Ferme son espace ?  Mais quand même l’élan qui élève. « Agir »... « Lancer la pierre / Contraindre l’espace ». Non, décidément, ce n’est plus seulement le jeu d’enfance, le rêve dans la lumière. J’y vois le symbole de nos vies, tous au départ « enfants solaires », à sauter « Sur la nuit et les jours », « Blancs et noirs » du jeu,  à devoir trouver la route entre les « droites » quand un instant peut faire dévier, et arriver, au bout du compte, à être capable de dévier exprès des chemins fixés, sans angoisse. Le but, la fin, dans le texte, c’est aller  « Jusqu’à l’asymétrie ». Parce que l’espace libre échappera aux traits normatifs, que la vie fera entrer du désordre dans nos jours et nos années, et nous forcera à sortir des repères anxieux, obsessionnels, des normes et des cadres. Mais il y a un mot, « lutte », qui marque l’effort de l’enfant dans son jeu (pour suivre ce qui est droit), et, peut-être, la lutte de l’adulte, au contraire (pour fuir ce qui est trop droit...). Asymétrie vivante, l’art... 

Les pages qui suivent sont de Claire Dumay. Feuilletant la revue sans regarder le sommaire pour trouver les pages, au départ, j’ai lu la dernière phrase d’un de ses deux textes (pp.78 à 85), et j’ai immédiatement reconnu le style, signe qu’il est très personnel. Un style...  « Essai d’autobiographie », voilà qui soutient ma lecture du poème de Jean-Claude Tardif... La même chose est dite (sans le savoir, en voulant dire le contraire, en regrettant ce contraire...). Elle explique son impossibilité à inscrire un quelconque projet autobiographique qui ressemblerait à ce qu’elle lit ailleurs. Elle croit devoir s’en désoler... Parce qu’elle perd les repères, ne sait plus où elle va, en est « ébranlée, bousculée ». Justement, c’est bien. C’est signe que l’écriture ne se ment pas, que le désordre de la vie est bien là (qui fait arriver où on ne va pas, et fort heureusement car autrement on n’aurait pas su le décider...). Bien sûr les visages du passé ne seront pas les visages du passé. Les bribes captées deviendront autre chose. Et « tourner autour » c’est cela qui est intéressant, car autour on prend le juste recul, alors que dedans on serait enfoui dans les identifications faussaires. « Tourner autour » obligerait-il vraiment au « recyclage d’une gestation unique » que même cela serait une perspective d’écriture. Une page qui devient cent, car elle a autant de significations que de tentatives d’écriture du même instant d’un être. « Impasse » ? « Inutile de dévider l’impasse », écrit-elle. Moi, justement, j’entre dans ce texte qui se dit impasse avec un plaisir de lecture où je trouve matière à comprendre, à interroger. Les histoires tranquillement déroulées ne m’intéressent pas, mais cette hésitation de l’écriture, oui. Car le basculement est en train de se jouer. On approche l’asymétrie que visait le poème Marelle... Parce que le doute l’installe. Aux orties le moment où Pascal « marchait solitaire sur la grève » : c’est juste une clé, le saut de la marelle, avant ce trou du silence où autre chose émerge. Et que ces doutes sont bien écrits... !

Claire Dumay, encore, « Ecrire le matin ». Là aussi j’aime beaucoup. Amusée, aussi. Je remplacerais matin par nuit et je reconnaîtrais  la plupart des signes. Le matin, pour moi, serait celui des nuits blanches (alors je peux voir l’aube). Très beau texte sur l’écriture, celle qui vient sans qu’on la cherche, comme d’une étrangère. Lieux et rythme d’un monde très féminin. Solitude de l’écriture dans les moments où l’espace se libère. Rangements... ou ménage qui va marquer des pauses cérébrales, gestes dont on ne sait s’ils produisent, causent, ce qui s’écrit, ou viennent de ce qui s’écrit. Boisson chaude qui donne de la douceur au corps. Toilette décalée pour ne pas stopper l’élan du flux qui passe par les doigts. Citations : « Je quitte le mémorial, les eaux sacrificielles, la crypte funéraire » (...) « L’exode des mots supplante la stagnation, le règne de l’immobilité. Moi qui suis un être d’attache, fidèle à mes demeures, m’affranchis malgré moi de ces contrées souterraines, de la claustration du confessionnal. » (...) «  J’entre en migration. Les lettres qui sont frappées sur le clavier ne sont plus traces, ni empreintes. »   

Poème... Anne-Marie Marcelli, pp. 90-95. « Prémonitoires ». Le silence, l’écriture, le corps, la peur (ou les peurs). Toujours, l’écriture est interrogée, questions entrelacées aux thèmes courants de la vie (le corps, les liens, les lieux, la matière). Je lis, et des fragments retiennent l’œil.  Ainsi :

« Je vis / Que les pierres / Même les pierres / Se froisseraient comme du papier / ... / Et nous sommes / Moins que pierre » (...) « Ecoutons / Les murmures étouffés / De la source du verbe / Qui tremblent dans nos os » (...) « Faisons la paix / Avec le temps / Silence / Prière ». Belle méditation sur la genèse de nos écritures... et ce qui s’installe quand on fait taire les mots. Une sagesse du silence ?

Des poèmes en prose de Marie-Anne Bruch je préfère « Toussaint », « Sable et cendre », « Cercles ». 

A noter, une étude (dense, riche) d’Alexandre Zotos, sur la poésie d’ Ali Podrimja.

Et des recensions.

A L’Index N°28, Table des matières (et, sur ce blog éditeur, numéros précédents et projets) : http://lelivreadire.blogspot.fr/2015/02/a-lindex-n28-en-cours.html

Autres numéros de la revue, ici : notes, blog Trames nomades, tags...

............................................

Anne Sexton, site dédié : http://anne-sexton.blogspot.fr/

05/04/2015

PAGES TISSEES. Des blogs, des blogs, des blogs et leurs liens... Sites et lecture infinie...

QUI VEILLE 2.jpg

« ...On gagne en liberté avec les années. Je suis maintenant dans une urgence et une impatience adolescentes. Il faut que les choses aient lieu. » (...) « ... Affronter les gens ou ne pas les affronter. On peut mettre, ou non, la négation. »

Maïtena Biraben , citée par Marie-Laure Delorme, JDD, Regards/Portraits, 05-04-15

« ...On a toutes les lumières en soi. » (...) « Je suis aussi bien passionnée par les textes taoïstes que soufis ou chrétiens. Ils ouvrent des portes intérieures et nous aident à traverser les émotions. Je ne suis pas religieuse et assez méfiante vis-à-vis des croyances, même si j’ai un sens des rituels, si importants dans le respect de l’autre. »

Juliette Binoche, entretien, JDD, 05-04-15, propos recueillis par Alexis Campion

................................................ ("Qui si je criais", voir le lien, fin de note, avant "poésie" (Poezibao) et "sagesses")............

Hasard des lectures du jour, exergues trouvés sans les chercher, dans la presse. Citations qui disent exactement certaines choses essentielles. Que ce qui doit être pour donner sens complètement à notre vie ait lieu. Qu’on pose le non qu’il faut poser, comme le font les auteurs de pages qui suivent... Et que des mots cassent les murs intérieurs. Et pourquoi ce choix d'illustration (qu'on retrouve en vignette et en lien, vers un site)? Car c'est révélateur du processus qui mène aux pages lues. On cherche un poème, et on tombe sur un lien vers un site de ressources, un site de veille. Pages tissées... Des blogs, des sites. Pages personnelles ou simples lectures, colères, engagements, humanisme, poésie, revues et éditions, parfois. Préférences. Pour des écritures, des thématiques, des questionnements. Une esthétique... qui fait éthique... parentés morales. Murmures et cris. Plus on lit de pages sur papier et plus on lit de pages sur la Toile, et inversement. Découvertes de poèmes, de commentaires, désir d’aller lire tel recueil... Réflexion en cours, actualité, et le hasard qui fait rencontrer, justement, les pages qui donnent les clés qui manquaient. Voyage... d’un clic je suis à... Nouméa. D’un autre je reviens à... Lampedusa (trois adresses dans la liste en marge, trois textes). Ci-dessous j’ai surtout repris des titres qui étaient dans la liste en marge (pages qui n’y sont plus, mais les sites, oui, pour l’essentiel), ou ajouté des liens qui n’y étaient pas encore, pour construire une mémoire de pages, ici... Dans certains cas l’actualité impose, comme la nécessité de garder trace de « paroles contraires » (cf. note du 30-03-15), consciences solidaires de Soufiane Zitouni : les liens sont dans cette note, et certains blogs découverts ainsi rejoignent la liste (Pages tissées) pour d’autres écritures. J’aime les blogs de netwriters, de gens qui écrivent vraiment, pas ceux où l’on se contente de faire copie de textes lus... Sauf quand, c’est rare, le montage des choix est une création, un collage qui fait sens. Ici, j’ai choisi des blogueurs que je connais, et des blogwriters inconnus (blogwriter, j’aime ce terme anglais, pour une fois... emprunt que je garde : c’est court, c’est net). Inconnus mais proches en conscience. La liste en marge est alphabétique. Ici je vais tenter un ordre (logique intérieure...). Je ne mets pas (ou exceptionnellement, si la structure du blog le rend nécessaire) le lien vers l’accueil des sites, mais je choisis une page particulière, que je voudrais faire découvrir, et je la laisse longtemps en ligne (liste puis note). On peut ensuite voyager dans les pages ouvertes... Tisser ainsi des fils entre les pages des uns et des autres, connus et inconnus, c’est, presque, aussi, tracer un autoportrait, ou portrait en projet, en advenir.

Pour commencer.... Je pose des pages précises. Mais ensuite on peut aller découvrir tout ce qui peut être lu d'autre en allant voir l'accueil, les sommaires... Lecture infinie, donc...

MEMOIRE du VENT, septembre 2012, un texte de Khalil Gibran, « Et une femme qui portait un enfant dans les bras dit... » (extrait, Le Prophète). Je fréquente ces pages depuis longtemps... Poésie, voyage... Pas de mise à jour depuis 2013 ? Lassitude peut-être (je n’aime pas le trop long silence des blogs. Mais pourtant...) : http://memoireduvent.canalblog.com/archives/2012/09/06/25048943.html

BLOG de Jean-Claude Tardif, écrivain et éditeur (une ample note mensuelle, ou quelques notes brèves). A L’INDEX, novembre 2014, Jacques Basse, Anthologie de poésie turque (Visages de poésie), et autres informations littéraires. L’exigence comme méthode et pratique. Lucidité comme éthique sociale et d’écriture, fidélité au réel. Un goût des autres, savoir prendre le temps de rendre hommage. C’est ce que je perçois :   http://poesiealindex.blogspot.fr/2014_11_01_archive.html     

Le livre à dire, Empreinte. A L’Index N° 29. J-C Tardif veut faire lire et relire Gabriel Okoundji : http://lelivreadire.blogspot.fr/2015/02/a-lindex-n29-n-empreinte-consacre.html

PAPALAGUI, BLOG de Christian Tortel, journaliste, s’intéresse aux « littératures éparses et ultrapériphériques ». Il nous ouvre des mondes, et interroge une certaine immobilité perverse qui fige les consciences, source de tous les pièges du racisme, ou de l'indifférence. Invite au nomadisme de l'âme (à comprendre comme esprit, intelligence du regard). Sur cette page, juin 2013, une citation de René Char (« Va vers ton risque... ») et Les Matinaux en illustration (plus une explication du terme papalagi - ou papalagui). Dans ses liens : îles, sud, nomadisme et « tout-monde »...  http://papalagi.blog.lemonde.fr/2013/06/26/va-vers-ton-risque/

Le rendez-vous des civilisations, de Florent de Gigord, dont le blog montre l’intérêt pour la spiritualité, à condition qu’elle soit liée à une démarche libre. Liberté de conscience, d’abord. Culture ouverte aux sagesses diverses. Culture large, nourrie de lectures. Humanisme et fraternité. Le dialogue contre les idéologies de l’affrontement. Connaître la pensée et la spiritualité des autres, pour comprendre. Donc voyager hors de ses cadres, entrer en empathie dans le cœur, le centre, des sagesses proches et lointaines. Esprit curieux de découvrir et faire découvrir des sites, en proximité éthique (et esthétique...). Ainsi, dans la note qui suit, il présente d’un trait en une ligne (mais avec des illustrations choisies), un blog qui fait partie justement aussi de mon panthéon, « Thé au jasmin ». Et il répond à un commentaire, de manière intéressante, même page : http://flo92100.blogspot.fr/2013/04/the-au-jasmin.html

« Thé au jasmin », blog de Kenza, qui aime la voix de Melody Gardot, la poésie, la peinture... En exergue : « L'art et rien que l'art, nous avons l'art pour ne point mourir de la vérité. »,  Friedrich Nietzsche. Et, sur certaines pages, comme un programme, cette citation : «Trois opérations : Voir, opération de l’œil. Observer, opération de l’esprit. Contempler, opération de l’âme. Quiconque arrive à cette troisième opération entre dans le domaine de l’art.», Emile Bernard. La blogueuse fait des choix, reprend des notes d’éditeurs, cite, sait associer une reproduction (c’est très riche en illustrations : peintures, expositions diverses), écrit peu, mais un peu, comme dans cette page, citation et remarque brève qui fait présence. Ce que j’aime, je crois, c’est ce « tissage » (là aussi) de références qui sont un langage en soi : http://theaujasmin.blogspot.fr/search/label/Lectures

Vivre à BELCOURT, site de Luc Demarchi. Petit à petit le site accumule des pages autobiographiques, classées dans les portfolios, et on voit une écriture se définir, s’affirmer. Certains textes offrent des fulgurances. Deux autres pages à lire dans la liste en marge, deux pages que j’aime particulièrement. Parole d’exil, de tendresse, réflexion sur la mémoire, sur le lieu d’ancrage, l’enfance, autrui. Le retour sur soi rejoint l’universalité des émotions. Le lisant on se demande quelle est l’influence des paysages (nature et ville) sur notre formation, quels sont les liens entre les gens d’un même quartier, la fraternité des appartenances, non communautaires, mais d’ancrage dans un espace voisin. Et le passage dans l’imaginaire de l’autre rive (imaginaire car le réel se recrée, et la vision traverse le temps) offre une méditation sur le regard, les perceptions. Je rêve d’un recueil qui regrouperait ces pages en ouvrage à feuilleter. En voilà une, « Le rendez-vous manqué » (Camus !)... http://belcourtois.com/index.php/projet/le-rendez-vous-ma...

ARMENIANtrends/Mes Arménies. Voilà ce qu’il donne en accueil comme autoportrait et programmation : « Arménies - traversées de soi, de l'autre - flux et reflux informulés - quête d'Eden - les saisons d'ordalie - accéder aux métamorphoses - scander les gouffres et les cimes - multiple, errant, total ». Oui, traversées de soi, de l'autre : Arménie en thème majeur, mais aussi des poèmes personnels, dispersés ça et là, des pages (et poèmes, aussi), sur les créations d’une plasticienne qui vit entre Allemagne et France, Nicole Guiraud (présente aussi sur mon blog, note et album, listes, etc.), des réflexions que l’histoire ou l’actualité impose, des traductions. Humanisme engagé, fraternité. Là j’ai choisi un poème, « L’œil » : http://armeniantrends.blogspot.fr/2013/10/loeil.html

Les SONGES d'une NUIT. Blog de Pôl Kraly. "L'homme sans costume", 15-12-13. Il y a une démarche très personnelle, une recherche. Pages méditées qui cherchent une cohérence entre exigence spirituelle et éthique laïque : http://lessongesdunenuit.hautetfort.com/archive/2013/12/15/l-homme-sans-costume-5247759.html

MEMOIRE de Là-bas. Blog d'Hubert Ripoll. LIVRE, liens, commentaires, contributions. Une très belle écriture tente une cartographie identitaire loin de tout enfermement : http://memoiredelabas.blogspot.fr/2009/08/alimentez-vous-meme-memoire-de-la-bas.html

MEMOBLOG, de Paul Souleyre. Mémoire, encore, mais la recherche de fils et filles de Pieds-Noirs. Questions sur la transmission, l’identité, le rapport avec l’autre rive. Avec la perception d’une deuxième génération d’exil et mémoire (ou oubli : l’amnésie doit parfois être interrogée quand on fait ce chemin vers une vérité de la transmission). Désir de lucidité, même si cela peut déranger des regards venant d’une autre génération, d’une autre approche idéologique (là l’idéologie est évacuée, volonté d’une démarche rigoureuse, plongée en soi, archéologie des passages de témoins des anciens aux plus jeunes, par les mots et par les silences). « Un peu d'ordre dans Mémoblog », en accueil : http://www.memoblog.fr/ 

MUSIQUE, Andalousie, fraternité. Blog "El Duende", de Florence Guilbot. Une page sur "El Gusto", et le mot qui rejoint, en sens algérois, la signification andalouse du duende. La musique andalouse, et Enrico Macias, plus comme musicien que chanteur (chanteur aussi mais importance donnée à sa musique, son orchestre andalou). Mais elduende.musicblog.fr ne peut plus être trouvé. La blogueuse l'avait écrit, disant qu'elle pensait arrêter, sans cesser d'aimer ce qu'elle aimait, fidèle à ses passions. Lassitude ou besoin de passer à autre chose.  (Mise à jour, 06-06-2016).

..................................

TITRES et LIENS. Humanisme, sagesses, écritures, engagements, se croisent.... Des VOIX....

Abdou LABBIZE, photographe algérien. Humanisme, générosité. Il offre au regard les êtres et les lieux, les paysages et le patrimoine de l’Algérie. Série PORTRAITS. Regarder en musique : http://www.labbize.net/French/Pictures/Portraits/Portraits.htm 

Anouar BENMALEK. Questionnaire de Proust. De quoi entrer dans l’univers profond d’un écrivain de talent : http://anouarbenmalek.free.fr/textes_divers/questionnaireDeProust_juin2008.htm

L'AGORA, Canada. Immense site, lecture infinie... CONTE SOUFI sur la pauvreté et la mort. Rûmi : http://agora.qc.ca/thematiques/mort/documents/le_cercueil

VACARME.org. Texte très important. A lire, relire, méditer. UNE VIE NON FASCISTE : http://www.vacarme.org/article2288.html 

Patricia Grange, BLOG Papillons de mots, "A l'origine notre père obscur", recension, et poème : http://www.papillonsdemots.fr/2015/01/26/a-lorigine-notre... Voir son site, Le Jardin de Mariposa (et écouter... en accueil) : http://www.patriciagrange.fr/ 

Cathy GARCIA. "Le désespoir des anges", d'Henri Kénol. Une note, pour découvrir tout le blog : http://bit.ly/1bYMEOZ

Muriel DIALLO, texte sur la création en exil... http://www.africultures.com/php/index.php?nav=article&... Voir aussi la page sur aflit.arts (Afrique, Femmes écrivains) : http://aflit.arts.uwa.edu.au/DialloMuriel.html   

Kamel DAOUD. Algérie-Focus, Djazairi, ma langue : http://bit.ly/1axv0Bm

Kamel DAOUD. Sur la haine. Le Quotidien d’Oran : http://bit.ly/1IA7DkZ  

ESPRITS NOMADES. Emily Dickinson, "la recluse incandescente" : http://www.espritsnomades.com/sitelitterature/dickinson/dickinson.html

Jalel El Gharbi, BLOG. « S’il n’y avait qu’un texte à faire connaître... », Giono, et F. Bach http://jalelelgharbipoesie.blogspot.fr/2014/06/sil-ny-avait-quun-texte-faire-connaitre.html

NOUS LAMINAIRES. Julien Delmaire, sur Yahia Belaskri : http://bit.ly/1J9uEfu

KAIZEN. REZA, entretien. « Femme témoin de paix » : http://bit.ly/1GVwMIB

 Chahla Chafiq, SITE.  Reparler d’humanisme : http://bit.ly/1xQNS8G

Chahla Chafiq, SITE. « Jaune de nulle part », POEME : http://bit.ly/1P9CN7Y  

Ecritures du monde...Chantal  Serrière, BLOG. « Claude s’en est allée » :  http://bit.ly/1P9CVo5  

Le journal des chercheurs, René Barbier. « La fraternité de reliance »... (et sa lecture d’Abdennour Bidar) : http://www.barbier-rd.nom.fr/journal/spip.php?article1963

...................................

Soufiane Zitouni est attaqué, suspecté, propos déformés. Mais des consciences réagissent. J’avais posé une citation et le lien pour intégrer sa lecture de la couverture du « journal des survivants », Charlie, à ma propre réflexion, très intéressée par le fait de découvrir une interprétation proche de la mienne, qui avait été écrite d’instinct (alors qu’il se référait à un hadith, en philosophe et en mystique). J’ai suivi ensuite l’évolution des réactions, sa démission, ce qu’il en écrivit, lu des commentaires, des articles. Puis j’ai lu avec attention les notes qui suivent, essentielles, ayant du mal à supporter les pièges manipulateurs des fondamentalismes... qui sont le terreau des horreurs qu’on apprend jour après jour...

Mohamed Louizi. BLOG. Lycée Averroès del’UOJF : http://bit.ly/1CGGED0 

Suite... Lycée… PRECISIONS : http://bit.ly/1FbXvw0

Mohamed Louizi. Suite... INTIMIDATIONS : http://bit.ly/1P9Dnma

Vincent Bonnet. BLOG. "Deux cas pour la liberté d'expression" (et Médiapart)... https://blogs.mediapart.fr/vincent-bonnet/blog/160215/de-...

Germinal Pinalie, BLOG. Face à Edwy Plenel : http://bit.ly/1J9wddv

Et, ample complément d’information, article de Libération, rencontre avec Soufiane Zitouni, 18-02-15, propos recueillis par Anastasia Vécrin : http://bit.ly/1Ler0AL

.......................................

Voyage... loin, ou moins loin, mais toujours possible entrée vers soi...

Madrépores éds. Nouméa. « Âmes errantes » : http://madrepores.blogspot.fr/2012/06/ames-errantes.html

Scholastique Mukasonga. « Ce que murmurent les collines » :  http://www.scholastiquemukasonga.net/home/ce-que-murmurent-les-collines/

El PODER de la PALABRA. Lire, voir, écouter (musique) http://www.epdlp.com/index.php

BABELMED.  « Anatomie de l’errance », de Bruce Chatwin, par Rosita Ferrato : http://bit.ly/1CGHbVF

.........................................

« Qui si je criais...? », Florence Trocmé. « VEILLE autour de l'antisémitisme, des exterminations & génocides, répressions, oppression et persécutions, hier et aujourd'hui ». Ressources nombreuses en ligne : http://www.scoop.it/t/qui-si-je-criais

.....................................

Marina Tsvetaïeva, POESIE...  BioBibliographie, par Florence Trocmé, POEZIBAO : http://poezibao.typepad.com/poezibao/2005/05/marina_tsvta...

..................................

Sagesses...

SOUFISME.org.  Faouzi Skali sur Eva de Vitray : http://www.soufisme.org/site/spip.php?article10 

Lectures non duelles, un SITE et ses LIENS : http://leveil.org/liens

.......................

Clin d’œil, après un drame... ALGERazur. BLOG. Note sur Florence Arthaud, fille de Pieds-Noirs (mère) http://algerazur.canalblog.com/archives/2015/03/10/31678797.html

15/03/2015

Francopolis... Voyage en poésie... Auteurs à découvrir ou relire. TEXTES.

FRANCOPOLIS.jpgCoup de coeur.jpg

Un voyage bref en poésie. Sur une page d'exergues, livre de poche ouvert au hasard. Puis sur le site Francopolis...

« Je suis là. Mon destin est d’être là. »

Jean-Claude Pirotte, Un voyage en automne

« Etre le greffier du temps / quelconque assesseur que l’on voit rôder / lorsque se mélangent l’homme et la lumière. »

Jean-Claude Tardif, L’Homme de peu

(Exergues du livre  de Philippe Claudel, « Les Âmes grises »)

........................................................................

« Toute nuit est lumière. »

Héraclite

[FRANCOPOLIS... Exergue de la page consacrée à Francesca Y. Caroutch. Rubrique Salon de lecture, page élaborée par Dana Shismanian  (textes et biobibliographie. Extrait : « Née le 3 février 1937 à Paris. Poète, traductrice, romancière, essayiste, spécialiste du bouddhisme tibétain, membre de l’Académie européenne des Sciences, des Arts et des Lettres, également peintre, elle a publié de nombreux recueils de poèmes, des récits, des études sur le symbolisme de la Licorne. »] : http://www.francopolis.net/salon/CaroutchFrancescaY-fevrier2015.html

Citation.Poème choisi par Dana Shismanian. « L’or des étoiles » de Francesca Y. Caroutch : « Les pires abîmes avaient enfanté / l’entrelacs de nos chemins./// Nous célébrions la transhumance des esprits / à travers les mille scintillements de la matière, /les métamorphoses du cosmos vers la lumière. /// Nous célébrions l’ascension de l’âme vers le soleil, / la contraction de l’univers avec ses graines et ses pierres, ses racines et ses tombeaux. »

..............

Page, A propos d’un recueil de Jean-Claude Tardif, « L’homme de peu » (éds La Dragonne),  par Florence Noël. Commentaire et textes : http://www.francopolis.net/francosemailles/jeantardif.htm

CITATION, fragment de poème de J-C Tardif, choisi par Florence Noël :  

« Pour retenir le quotidien /comme un fruit dans le compotier /il a en héritage / les gestes lents de la vie / qu'il enferme le soir/ dans sa montre à gousset / et des mots aux parfums de draps mouillés qu'il lustre comme des vêtements de travail,/ par esprit de compagnonnage ».

..................

Poèmes de quatre auteurs, rubrique Coup de cœur, dont trois textes de J-C Tardif, du recueil « La Vie blanchit », éds la Dragonne, et une prose d’Henri Michaux, du recueil « Poteaux d’angle ». Choix de Dana Shismanian :  http://www.francopolis.net/rubriques/coupdecoeur-textedecembre2014.html

.................

Le site Francopolis, accueil : http://www.francopolis.net/index.htm

Printemps des Poètes 2015 :http://www.printempsdespoetes.com

27/02/2015

Revue A L'Index, dernier numéro paru, et numéros en préparation...

 « Cela remonte de sous le sol / la terre parle la terre chante / des mélopées calcaires avec des raucités archaïques / lourdes comme les pierres des temps anciens / qui sonnent des peurs emprisonnées / contre les parois des igues » (...) «En ces temps mutilés /où l'on ne pense qu'à crédit  / il est des jours des nuits aussi / comme des livres ouverts / il suffit juste d'oser déchiffrer / l'alphabet du passé de la terre / pour savoir d'où et quand viendra l'orage»

Jacques Nuñes-Teodoro (Un jour sur la Terre II, A L’Index n° 27)

Lire la poésie c'est surtout relire. Feuilletant de nouveau le numéro 27 de la revue je redécouvre les poèmes de Jacques Nuñes-Teodoro comme si je ne les avais jamais lus. Citer c'est rendre hommage au texte, mais le trahir un peu : il faut le lire intégralement pour le saisir dans sa démarche entière (ou le tenter). Manque le vers "le braiement de suie cri absolu" et peut-être la clé pour comprendre le sens des puits posés ici (igues, mot dialectal que je ne connaissais pas...). Lisant, je pense au puits du personnage de Murakami, "l'oiseau à ressort" plongeant vraiment dans la profondeur de la terre (voyage réel et onirique) en même temps qu'il fouille en lui-même, pour tenter de se retrouver, comme dans une étrange traversée des miroirs... Là aussi il y a une sorte de "cri absolu", là aussi des "oiseaux fous". Manquent les vers "des yeux brûlés par la lave de la nuit" et "des sueurs des noyés" et on ne saura pas l'insomnie et ses causes. Et les "livres ouverts"... "des jours et des nuits" ne seront pas déchiffrés complètement... Et pourtant, si de l'écrit se prête à la citation, à la mise en exergue (que j'apprécie tant), c'est bien la poésie. Car des éclats de sens se suffisent. Et tant pis s'ils s'inventent un peu, changés par l'espace des mots qui aurait donné une autre lecture. Magnifiques, ces textes qui couvrent plusieurs pages (52 à 65). A relire, à mettre en mémoire, pour se les réciter intimement. J'espère avoir donné envie d'aller voir de plus près. Dans une note précédente (lien ci-dessous) je citais d'autres auteurs, aussi.    

Cela c'est le numéro paru. En préparation, je vois sur le site le sommaire du suivant, que je reprends (précisions sur le site de l'éditeur). A L’Index n° 28 : http://lelivreadire.blogspot.fr/2015/02/a-lindex-n28-en-cours.html

TABLE DES MATIÈRES

Au doigt & à l’œil par Jean- Claude Tardif

Dossier : Une amitié - Anne Sexton/Sylvia Plath - traduction Christine Rimoldy -

portrait d'Anne Sexton par Jacques Basse

Le pilier de bar devrait chanter par Anne Sexton

portrait de Sylvia Plath par Jacques Basse

La Mort de Sylvia – poème - d'Anne Sexton

Elle se mit à exhumer amoureusement &autres textes de Frédéric Miquel

Mars Attack – poème – de Guy Girard

Jeu de Paumes - Petite anthologie portative -

François Cani - Éric Chassefière – André Duprat - François Ibanez – Michel Lamart - Nora Thermes

Parole donnée à François Sannier

Visages, Nuages, Mirages. Jean Chatard/Claudine Goux

Une et toutes douleurs – poème – par Marie-Claude San Juan

Bonjour Monsieur Boulanger - Sans levain surtout suivi de De Maronne à Bargetal par Olivier Cousin

Marelle -séquence - de Jean-Claude Tardif

Essais d’autobiographie suivi de Écrire le matin de Claire Dumay

Le microscope & autres poèmes de Françoise Canter

Prémonitoires – poèmes – de Anne-Marie Marcelli

Nos paysages (& autres poèmes) par Anne Marie Bruch

Bracciante, raccoglitore di stracci de Ferruccio Brugnaro traduction Jean-Luc.Lamouille -

Entre lyrisme et modernité : les figures de l’«albanité» dans la poésie d’Ali Podrimjapar Alexandre Zotos

Sur l'arête du vide (à Nicolas de Staël) par Isabelle Rebreyend

La part des ombres de Claire Lajus

Montrés du doigt par Jean ChatardGérard Paris

cccccccccccccccccccccccccccccccccccccccccccccccccccccccccccccccccccccccccccccccccccc

Au sujet d’Anne Sexton (dossier dans le numéro 28 à venir), voir les précisions sur le blog lelivreadire, sous le sommaire. Importance de ce dossier, sachant que l’œuvre n’est pas disponible en français.

cccccccccccccccccccccccccccccccccccccccccccccccccccccccccccccccccccccccc

A L’Index n°29, en préparation, sera consacré à Gabriel Okoundji, poète né au Congo (BioBiblio : http://fr.wikipedia.org/wiki/Gabriel_Okoundji  et http://www.africultures.com/php/?nav=personne&no=5222 Poèmes, site Recours au poème : http://www.recoursaupoeme.fr/gabriel-okoundji/parl%C3%A9-po%C3%A8me ). Voir le sommaire sur le blog de l’éditeur de la revue, Le livre à dire : http://lelivreadire.blogspot.fr/2015/02/a-lindex-n29-n-empreinte-consacre.html  Voir aussi le blog des notes de Jean-Claude Tardif, poesiealindex : http://poesiealindex.blogspot.fr/2015/02/nouvelles-de-fevrier-2015.html

Dernier numéro paru, A L’Index n° 27. Note Trames nomades : http://tramesnomades.hautetfort.com/archive/2014/12/23/a-l-index-n-27-revue-espace-d-ecrits-poesie-fiction-ecritur-5519182.html

Des exemplaires de la revue A L’Index sont aussi disponibles à la librairie Compagnie, Paris : http://blog.librairie-compagnie.fr/wordpress/

..................

tramesnomades (at) gmail.com

25/02/2015

ECRIVAINS. Quatre voix tues... Malek Alloula, André Brink, Claude Michel Cluny, Assia Djebar

Des écrivains meurent, des œuvres s’arrêtent, mais pas la lecture infinie de ces livres. Parfois, même, paradoxalement, les hommages déclenchent l’intérêt de gens qui ne connaissaient pas les auteurs. Poètes et romanciers. Algérie, Afrique du Sud, France... Paroles engagées, comme celles d’André Brink contre le système de l’apartheid et celles d’Assia Djebar contre l’asservissement des femmes et pour une parole historique qui affronte les pages sombres. Exigence de l’écriture poétique, chez Claude Michel Cluny et Malek Alloula, de deux manières différentes, et plus discrètement chez Malek Alloula, pas connu autant qu’il le faudrait...

Exergues... Puis lectures proposées, par ordre alphabétique...

Malek Alloula, André Brink, Claude Michel Cluny, Assia Djebar

.............................................................................................................................................

« et maintenant / quel héritage de bois mort / sous la canicule »

(Extrait de la Lettre du Cisia, Anthologie « Quand la nuit se brise »)

 « Il est un terme où j’arrive toujours / A la tombée de la nuit / Un aveuglement ancestral / Dont je retrouvais le sens circulaire / D’où partaient ces voix / Pour parler si calmement de la mort / Comme d’une lampe éteinte avant la débâcle. »

 (choix de Tahar Ben Jelloun)

Malek Alloula

« On avance le long de strates analogues aux fibres du bois, butant, maladroits, sur des nids, des nœuds, des failles. La terre suppure une espèce de sève où ce qui s’aventure s’englue et se fait digérer vivant. Le ciel a des couleurs violentes, fiel, fièvre pourpre. Les fleuves n’existent pas. »

Vénus  (« D’autres planètes »)

Claude Michel Cluny

.................................................................................................................................................

Malek Alloula... En exergue, le début d’un poème publié dans l’anthologie « Quand la nuit se brise », Poésie algérienne, Points (choix d’Abdelmadjid Kaouah), et un  poème, cité par Tahar Ben Jelloun dans son article d’hommage au poète mort à Berlin pendant une résidence d’écriture, mi février  (Le Point,  20-02-15). Texte où  Tahar Ben Jelloun dit les souffrances et les forces de l’auteur, son parcours. Et ceci, qui, pour un poète, est signe d’exigence, de sagesse : « Il écrivait peu, mais chacun de ses textes est ciselé comme un diamant. » (...) « Malek Alloula fréquentait les poètes soufis comme Ibn Arabî et Al-Hallaj tout en lisant Hölderlin et Paul Celan. Son regard sur le monde était juste, c'est-à-dire totalement désespéré. Que ce soit dans Villes et autres lieux, dans Rêves/Sépultures ou dans Mesures du vent, l'écriture est d'une forte rigueur, avec une belle exigence. C'est un grand poète qui s'en est allé. On peut regretter que sa poésie, publiée principalement aux éditions Sindbad, n'ait pas eu le succès qu'elle mérite. Mais les poètes, les vrais, sont souvent de cette sorte, non seulement ils ne s'occupent pas du "marché", mais se contentent de quelques lecteurs fidèles. » : http://www.lepoint.fr/invites-du-point/tahar-ben-jelloun/ben-jelloun-le-poete-algerien-malek-alloula-est-mort-20-02-2015-1906668_1921.php

Rencontre, en 2010, «... à l’occasion de la réédition de l’intégralité de l’œuvre de ce poète oranais par les éditions Barzakh, à Alger. Ont donc pris part à cette rencontre, en plus du principal intéressé, à savoir Malek Alloula, le directeur de l’IDRH, Mohamed Bahloul, ainsi le directeur des éditions Barzakh, Sofiane Benhadjaj. »  : https://milianihadj.wordpress.com/2010/11/22/malek-alloula-a-lidrh-quand-un-ecrivain-revendique-sa-%C2%ABpaysannerie%C2%BB/

Huffingtonpost/maghreb, 18-02-15. « Il a publié "Les festins de l'exil" en 2003. Sa dernière œuvre a été un roman-photo intitulé "Paysage d'un retour" publié en France en collaboration avec le photographe Pierre Clauss en 2010. » : http://www.huffpostmaghreb.com/2015/02/18/malek-alloula_n_6705024.html

..........................................................................................................................................................

André Brink, pour nous, c’est le témoin, l’engagé courageux qui aida à nous révéler, par ses livres, ce qu’était le système de son pays, contre lequel il luttait. Emouvant de savoir le rôle d’auteurs français dans son cheminement intellectuel et militant. Rôle de Camus, notamment.

Hommage de l’éditeur Actes Sud à André Brink, décédé le 6 février 2015 : http://www.actes-sud.fr/hommage-andre-brink  (« Je sais maintenant, plus que jamais auparavant, ce que Nelson Mandela a voulu dire quand il m'a déclaré, le dernier matin que j'ai passé avec lui : Tu es un Africain. ». Mes Bifurcations. Mémoires (2010)

« André Brink n'a jamais cessé le combat », JDD, 08-02-15. Entretien avec l’éditeur du romancier sud-africain, Bernard Magnier, Actes Sud. Par Marie-Laure Delorme : http://www.lejdd.fr/Culture/Livres/Andre-Brink-n-a-jamais-cesse-le-combat-717118  (Citations : « Avec ce livre (Une Saison blanche et sèche)’, André Brink a fait découvrir à toute une génération l'apartheid dont il dénonçait les exactions et les abjections. Né dans une famille afrikaner, il était blanc et aurait dû être du côté de l'oppresseur. Il en était d'autant plus crédible dans sa dénonciation. Je me souviens notamment de lui, à Apostrophes, répondant, en français, aux questions de Bernard Pivot. Il nous donnait à voir le monde sud-africain dans toute sa complexité et son horreur. Mais au-delà de ce livre, il est l'auteur d'une œuvre considérable. Il n'a jamais cessé d'écrire, même après la fin de l'apartheid. » (...) « (En 2013) il nous disait ses attentes et son immense tristesse des espoirs déçus. »)

André Brink, écrivain engagé contre l’apartheid,  est mort début février 2015, JDD, 07-02-15 :http://www.lejdd.fr/Culture/Mort-d-Andre-Brink-l-auteur-de-Une-saison-blanche-et-seche-716832 (Citation : « En 1973, il fut le premier écrivain afrikaneer frappé par la censure en Afrique du Sud pour son roman Au plus noir de la nuit. »)

Mort d’André Brink, l’article du Monde/Afrique, 07-02-15 : http://www.lemonde.fr/afrique/article/2015/02/07/l-ecrivain-sud-africain-andre-brink-est-mort_4571955_3212.html (Citations : « Sa prise de conscience des abominations de l'apartheid coïncide avec une ‘’histoire d'amour’’pour la France, où la littérature – Hugo, Zola, Anouilh, Colette, Simenon et surtout Camus, dont il était le traducteur en afrikaans – jouera un rôle décisif. » (...) « ‘’Je dois m'efforcer d'être digne des exigences et des complexités de l'univers sociopolitique auquel j'appartiens, répétait-il. Et en même temps, je dois m'efforcer d'être digne des exigences de la création littéraire. Seule la qualité détermine l'efficacité.’’ Une conception très haute de la liberté d'expression. »)

Commentaire intéressant d’un lecteur, Henri Chamussy , qui note la proximité des dates de disparition d’auteurs et le sens que dit du monde notre lien de lecteurs avec ces auteurs. « Apprendre d'un même coup les disparitions d'André Brink et de Assia Djebar, c'est douloureux, mais en même temps... » (... l’interculturalité du monde relié par le pouvoir des mots, des lectures communes...) .

.......................................

Claude Michel Cluny, auteur et éditeur, mort le 11 janvier 2015... Indépendance dans la manière de penser l’écriture, le rôle de l’écrivain,  les idées sur les liens entre création et société, les conditions de la création.  Echapper aux modes (en le choisissant consciemment, en élaborant cette liberté personnelle - si difficile tant l’influence du climat idéologique d’un moment est prégnante - par le choix de la réflexion solitaire). Questionnement aux sources de son écriture, mais qui va bien au-delà d’une élucidation de son art propre, et pense la création – en général – aussi à partir de l’examen de la logique sociale dont il fait le constat. Contexte (notre période contemporaine) qui serait celui d’une sorte d’idéologie du renoncement éthique, d’une esthétique et d’une théorie littéraire de l’imposture. Contre cela, l’exigence...

Très bel hommage sur le site de l’éditeur. La Lettre de Colette Lambrichs, qui, évidemment, remarque l’étrange, ou belle, coïncidence (le poète est mort le jour de la grande manifestation du 11 janvier ) :  (Citations : « Est-ce l’ultime trait d’humour de Claude Michel Cluny d’être passé de vie à trépas le jour de la grande manifestation nationale ? Partir comme un chat sans déranger personne était bien dans ses manières. » (...) « La plus grande partie de son œuvre littéraire a été publiée à La Différence, poésie, essais, fictions et son Journal littéraire, « L’Invention du temps » dont dix volumes sont d’ores et déjà parus. Un cercle de lecteurs inconditionnels la salue comme une des œuvres majeures de la seconde moitié du XXe siècle. Je pense qu’ils ont raison mais la littérature survivra-t-elle à la barbarie qui vient ? Son immense culture a permis qu’existe la collection ‘’Orphée’’ qui compte aujourd’hui 256 titres de poètes du monde entier ») : http://www.ladifference.fr/Lettre-fevrier-2015-Ou-sont-les.html#lettre3480

Hommage de Jalel El Gharbi, qui a publié sur l’œuvre deClaude Michel Cluny : http://jalelelgharbipoesie.blogspot.fr/2015/01/claude-michel-cluny.html

.......................................

Assia Djebar... Déjà des travaux supplémentaires sur cette oeuvre... Annonce d’un colloque international préparé à Oran sur l’œuvre d’Assia Djebar (morte le 6 février, le même jour qu’André Brink), Le Huffingtonpost/Maghreb, 23-02-15. Diaporama sur ses livres : http://www.huffpostmaghreb.com/2015/02/23/assia-djebar-colloque-oran_n_6735102.html

Hommage d’El Watan repris par Courrier international.Parcours d’Assia Djebar. « Un esprit libre contre la régression et la mysoginie » http://www.courrierinternational.com/article/2015/02/09/assia-djebar-un-esprit-libre-contre-la-regression-et-la-misogynie (Citations :  Au sujet du livre ‘Nulle part dans la maison de mon père’ : « Le titre de ce roman magnifique, que nous avions qualifié de "livre où elle se livre", de même que plusieurs de ses passages, était assurément un message d’une grande délicatesse mais d’une force terrible. » (...) ///  Et sur son expérience d’académicienne : « Elle va plus loin dans son discours, lâchant dans ce cénacle des mots qui, sans doute, n’y avaient jamais été prononcés, sinon du bout des lèvres, revendiquant pleinement ses origines, dénonçant le colonialisme et son entreprise de négation de la culture algérienne, évoquant les langues amazighe et arabe, de même que le Coran, griffant au passage la tentative de positiver une occupation et une ségrégation violente (on est alors en plein débat sur la "colonisation positive"). »)

Assia Djebar. BioBibliographie, et filmographie. Fiche auteur, Africultures : http://www.africultures.com/php/?nav=personne&no=3798

« La femme sans sépulture », livre lu par Sophie Perrin, 28-01-2003, Africultures. Livre de mémoire, qui place les femmes au centre de l’histoire algérienne : http://www.africultures.com/php/?nav=article&no=2765  (Citation : « Assia Djebar confiait, lors de sa dernière intervention publique, qu'écrire en français lui permettait une ouverture d'une part sur les autres langues – en faisant entendre en écho l'arabe et le berbère - et d'autre part sur sa culture et les femmes. Effectivement, par cette " langue de la transparence ", elle donne la parole à ceux qui restent dans l'ombre. »)

« Nulle part dans la maison de mon père », 2007, fiche livre, Africultures. La place des femmes, à travers l’expérience personnelle sensible, la difficulté à trouver cette place : http://www.africultures.com/php/index.php?nav=livre&no=7374 (Citation : « Après plusieurs fresques historiques évoquant l'Algérie, Assia Djebar, s'abandonnant à un flux de mémoire intimiste, nous donne son livre le plus personnel. Elle ressuscite avec émotion, lucidité et pudeur la trace d'une histoire individuelle dont l'ombre projetée n'est autre que celle de son peuple. ») 

23/12/2014

« A L’INDEX » N° 27, revue, « espace d’écrits » (poésie, fiction, écritures de soi, voix d’ailleurs, notes de lecture...)

INDEX 27.jpg

« Ce matin j’ai écrit deux poèmes. / Je ne me demande pas pour l’instant quel sens / possède ou non ce travail obscur. / Simplement c’est une autre façon, possible, d’être vivant. » («... No me pregunto ya por el sentido / que tiene o no tiene este oficio oscuro...”) 

Luis Benitez, poète argentin (A L’Index n° 27, traduction de Françoise Laly), pp. 114 à 123.

 Ce choix en exergue : hommage, pour des textes (il y en a plusieurs dans la revue 27) que j’apprécie particulièrement...  

En quatrième de couverture je remarque une définition de la poésie (ou plutôt une conception de la poésie...) qui me convient assez, moi qui ai le goût du monde ouvert, du regard sur les pays proches ou lointains, intérieurs-extérieurs. D’ailleurs ce fragment pourrait sans doute atterrir dans la liste de mes exergues de blog (mon manifeste, ici)... C’est un paragraphe de Jean-Pierre Chérès, dont je relève ce passage: « Etre poète, c’est se donner corps et esprit à la présence du monde, c’est être possédé par le monde, c’est ouvrir en permanence ses antennes sensibles à l’univers... ». Mais si ce texte se trouve en « quatrième », mis ainsi en évidence, c’est bien aussi parce qu’il correspond à l’esprit de la revue, tel que veut l’impulser Jean-Claude Tardif, l’écrivain-éditeur. Les gens qui se retrouvent à publier là des textes (poèmes – vers ou prose – ou récits) semblent avoir en commun un sens d’âme nomade. Certains parce qu’ils ont traversé des frontières, d’autres parce que les frontières traversées sont plutôt des origines et des langues tissées en eux, d’autres encore parce que leur regard est hanté par l’horizon d’un ailleurs réel ou imaginaire.

Et cela s’inscrit dans les mots. Pas seulement pour les « Voix d’ailleurs », comme les pages bilingues de Luis Benitez, poète argentin, ou l’étude de Claire Lajus sur la poésie turque contemporaine (« poésie méconnue », note-t-elle avec raison en sous-titre). Non, pas seulement. Claire Sicard-Dumay, elle, interroge ses voyages intimes, « morceau d’Espagne » ou « bout de la jetée à Zurich ». En écho, malgré la différence de démarche et d’écriture, la « mémoire lavée au vitriol » de Jacques Nunes-Teodoro, dans « Saudade », poème qui interroge un « siècle furieux » et « l’ambition de nos ombres » (ambition perdue ?). Un autre de ses textes rend un hommage croisé à Primo Levi et Giacometti, un autre encore à son père, immigré et ouvrier. Et ses pages vont vers un océan qui n’est pas de rêve mais de réel, dur...  Gérard Lemaire, lui, cherche en creusant le centre d’un or solaire : « or de l’esprit », « lueur », « incendie » éventuel, possible, pas sûr : souffle, en humilité.

Je n’ai pas encore lu le dossier sur l’œuvre d’Yves Martin (à plusieurs mains). Je le ferai plus tard...  D’ailleurs je n’ai pas tout lu. Mais comment est-ce que je lis une telle revue ? Comme je lis toujours n’importe quel regroupement de textes (et même les recueils d’auteurs), exactement comme je commence à lire debout en librairie ou bibliothèque (pour voir si cela vaut le coup soit d’acheter soit d’emprunter). Cela ferait peut-être hurler des puristes (ou des hypocrites qui ne mesurent pas le temps de leurs lectures et font semblant de tout vouloir..) ou ceux qui pensent qu’il faut chercher la valeur d’un écrit avec lente attention. Pas moi... La lenteur je la garde pour les relectures (et je relis beaucoup, une fois que le test premier a fait garder l’ouvrage). Ma méthode est la lecture transversale (en bibliothèque, debout, pages tournant à toute vitesse : cela accroche ou pas – et si ce n’est pas le cas aucune lenteur ne me fera aimer ce que l’œil rapide n’a pas capté. Après tout, pour moi (en ce même domaine : la poésie) la méthode est le ciseau d’exigence : pourquoi n’aurais-je pas la même rigueur pour autrui ?

Eh bien, là, beaucoup de textes ont déjà passé le cap du rayon transversal... et donc mérité la relecture lente. Les pages ne s’ouvrent pas par hasard, elles viennent chercher l’œil. Si je n’aime pas tout de suite je n’aimerai pas plus tard. Et si j’aime vite des vers, j’aimerai en lenteur. (Je cherche d’abord la poésie, vers ou prose).

La préface (de Jean-Claude Tardif) interroge la discrétion qu’on reproche parfois à la revue. C’est vrai qu’une telle qualité mériterait plus d’envergure... avec ces pages qui font vivre du  contemporain.

J’ai parcouru aussi des notes de lecture. Ces regards qui vont donner l’envie d’aller vers un ouvrage, un auteur. Et j’ai lu avec attention, particulièrement, les deux textes qui parlent d’auteurs que je connais (pour ce que je ne connais pas je reviendrai...). Etonnée de voir Omar Khayyâm, comme si souvent (malgré l’intérêt qu’il suscite, et l’hommage authentique qui est rendu à son art), victime d’un malentendu répétitif : le vin, l’ivresse : portrait d’un épicurien qui deviendrait presque une sorte de matérialiste, athée militant (j’exagère...). Or Khayyâm doit, je pense, être lu à la lumière du contexte de son temps (codes d’écriture et de vie comme portes de liberté, provocations aussi, pour sauver sa solitude intérieure). Mais surtout à l’aide des clés que la symbolique soufie donne pour entrer autrement dans cette œuvre, et la déchiffrer....   Mais ce lecteur aime l’auteur qu’il évoque et le fréquente, preuve que les œuvres riches se donnent diversement à qui veut faire le pas vers elles. Ma lecture sera différente, avec ce vin où les soufis, qui savent une autre dimension du poète, voient la traduction d’une saveur (important cette notion de saveur dans cette voie) qui révèle une aventure, une expérience difficilement traduisible autrement. Le portrait de Shams de Tabriz que fait Elif Shafak dans le roman « Soufi, mon amour » (10/18) croise la figure de Khayyâm, d’une certaine manière. Personnages qui échappent à tous les cadres. Vin réel et vin symbolique ont droit de cité, et rôle... pour eux. Lire, ainsi, une autre introduction à l’œuvre, pourra prolonger la découverte qui est proposée dans la revue « A L’Index » (par quelqu’un qui fréquente son œuvre depuis longtemps). Autre lecture : http://kulturica.com/k/litterature/les-quatrains-d-omar-khayyam/ (Citation : « De ce fait, pendant des siècles, Omar Khayyam est passé pour un païen qui s’adonnait à la boisson et à d’autres jouissances diverses, un "libre penseur" proche de l’hérétisme aux yeux des religieux, des occidentaux et… du reste du monde. Il a échappé aux yeux des profanes que les termes de "vin", "taverne" ou "ivresse" pouvaient avoir un sens mystique très éloigné du sens premier. Mais, pour les esprits sensibilisés à la mystique soufie, Khayyam a toujours été un maître. »)

..................

Une autre note de lecture concerne Jean Sénac, œuvre de mon panthéon personnel (et bien plus, œuvre d’ancrage, d’identité). Poète frère (« frère(s) de terre » comme la page d’un site algérien nomme les natifs du pays de toutes communautés – de terre et d’esprit). Native hispanité algérienne...  (Dans mon poème « 36 choses à faire avant de mourir », chez pré#carré, je choisissais de terminer ainsi : « 36. Envoyer un télégramme à Jean Sénac, pour qu’il me tende la main, juste à la fin. »). J’apprécie qu’on le propose aux lecteurs : c’est un immense auteur (lui qui « signe d’un  soleil »). Mais, non, Sénac n’était pas « amoureux des » Algériens : il était, il est, un Algérien majeur. La formule en fait un étranger et cela me déconcerte, me blesse. Sans carte nationale, oui, ce du fait des règles ethniques et religieuses, choix d’un régime politique à vision univoque, et de la démarche qu'il aurait dû faire de demande de la nationalité algérienne pour l'obtenir. Or il considérait qu'il n'avait pas à la "demander", que c'était un droit de naissance et d'engagement. Sur l'assassinat de Sénac, il faut lire "Assassinat d'un poète" de Jean-Pierre Péroncel-Hugoz... et on apprend alors beaucoup sur la fin de la vie de Sénac, en éclairant la vie entière. Et sur toute la souffrance de l’indépendantiste voyant son pays se perdre... 

Mais l’essentiel est de donner à lire (ou envie de relire encore) et Khayyâm et Sénac, ce qui fut le but des contributeurs... et qu’ils ont, dans le fond, réussi, je crois...

Pour en savoir plus, A L’INDEX : http://lelivreadire.blogspot.fr/

18/12/2014

« Portrait du poète en soufi ». Lire Abdelwahab Meddeb, conscience éclairante...

 

SOUFI.jpgIncipit : "Ô souffle ô voix / ô saveur ô parfum / l'eau que la bouche donne et reçoit / la fleur qui dans l'oreille bruit / le jardin où les mains sont fleurs / le nombril que l'œil boit "  (1, p.7)

Citations :" que serait l'aurore / sans le noir de la nuit? "   (deux vers du fragment '54', p.47)

"matière soufie dense infinie en perpétuelle / découverte dire encore et toujours et à jamais / sur la voie inventer ses haltes ses points de fuite / et reprendre le chemin de logis en maison / où se vit et s'entend la jouissance autre / parfois sur le pré de désolation ou à son bord / ou à l'ombre de la maison de contrition / ailleurs ça peut être sur les rives de la jubilation / en mouvement sans cesse sans s'arrêter / porteur d'un feu qui..." (...) // (début du poème '97', p.107)   

"Portrait du poète en soufi", coll. L’Extrême contemporain, éd. Belin, 2014 (155 poèmes comme fragments de méditation).

J'ai choisi trois pages pour introduire cette lecture : la présentation du livre sur le site de l'édition, le portrait que fait Nicolas Truong de l'écrivain, un texte de lui sur le conflit israélo-palestinien. Et, bien sûr, trois citations, dont l'incipit. J'admire depuis fort longtemps cet auteur, brillant intellectuel né en Tunisie, qui, au-delà de ses dons de poète, de lecteur, de penseur, avait une faim du monde, un désir d'universalité, une grande exigence spirituelle. Force éthique exprimée dans la douleur du constat que nous sommes forcés, tous, de faire, devant la lâcheté hypocrite des enfermements complaisants dans la bêtise et la haine (dans la bêtise de la haine...). Dénonciation des murs dressés par les fausses croyances identitaires, par une sorte de goût mortifère du conflit avec l'Autre qu'on croit autre, ce goût de la mort contre la vie... Il le dit, notamment, cela, avec rage et souffrance, en humaniste profond, dans le texte "Pornographie de l'horreur". Voix perdue, l'immédiate : il est décédé en novembre 2014. Mais ses livres demeurent : la voix porte, à la fois intemporelle - par sa dimension spirituelle - et intensément dans le temps de nos vies, temps de ce monde qu'il pensa.    

Fiche éditeur : ("Pensées d'un néo-nomade" : "Le poète, soufi d'un nouveau genre en quête de la poésie globale de notre temps, trouve sa matière en réinventant sa patrie dans un nomadisme à l'horizon du monde" / (...) "Abdelwahab Meddeb, tunisien de culture française, est une personnalité importante du monde culturel. Il est écrivain, poète, philosophe et universitaire. Il produit et anime chaque vendredi sur France Culture l'émission "Cultures d'islam". Il a enseigné aux universités de Yale, Genève et Nanterre. Il a été lauréat en France de plusieurs prix littéraires.") :http://www.editions-belin.com/ewb_pages/f/fiche-article-portrait-du-poete-en-soufi-23819.php

PORTRAIT « Mort de l’essayiste et romancier Abdelwahab Meddeb (1946-2014) », Le Monde, 06-11-2014, par Nicolas Truong : http://www.lemonde.fr/disparitions/article/2014/11/06/mort-de-l-essayiste-et-romancier-abdelwahab-meddeb-1946-2014_4519799_3382.html (CITATIONS : «Poète, islamologue, essayiste et romancier, né en 1946 à Tunis, Abdelwahab Meddeb est mort à la clinique Bizet, à Paris, mercredi 5 novembre, d’un cancer du poumon. Grand érudit, pétri de culture musulmane et occidentale, il plaidait sans relâche pour un Islam des Lumières, un dialogue des civilisations face au choc des nations, des images et des représentations. / « Passionné par la littérature la plus exigeante, ce sont les attentats du 11 septembre 2001 qui conduisirent ce poète et romancier franco-tunisien à descendre dans l’arène des débats. « Si, selon Voltaire, l'intolérance fut la maladie du catholicisme, si le nazisme fut la maladie de l'Allemagne, l'intégrisme est la maladie de l'islam », écrivait-il en ouverture à La Maladie de l’islam (Seuil, 2002), son ouvrage-phare, dans lequel il invitait le monde musulman à balayer « devant sa porte » et à rompre avec la spirale de la violence et du ressentiment. Il ne cessa de combattre l’islamisme radical, tout comme le mépris ignare pour les musulmans dans lequel se complaisent certains intellectuels français.  / « Une position singulière, qui lui valut d’avoir des adversaires dans chaque camp. Mais aussi de nombreux amis et soutiens, tels... » (... voir l’article...). » / (...) «"Je porte en moi la maladie de l’islam’’ », disait-il encore alors qu’il luttait contre son cancer. » / « Pour lutter contre le littéralisme et l’intégrisme, séparer le politique du théologique, il propose de chercher dans la tradition du soufisme d’Ibn Arabi (1165-1240) notamment, la voie d’un islam ouvert à la pluralité des mondes. Cette préoccupation est au cœur du Portrait du poète en soufi, son dernier ouvrage. ») 

Cette remarquable ouverture de conscience se voit dans ce texte qui met dos à dos les violences et la terreur dans le conflit Israël-Palestine : « Pornographie de l'horreur », A.Meddeb, Le Monde, 12-01-2009 : http://www.lemonde.fr/idees/article/2009/01/12/pornographie-de-l-horreur-par-abdelwahab-meddeb_1140741_3232.html

06/08/2014

« Dans mes veines ce n’est pas du sang qui coule, c’est l’eau… ». Lire Jean Venturini, poète…

OUTLINES.gif

Guerre au Proche-Orient, désastres violents en Irak, Syrie, et ailleurs (images de corps martyrisés)… Vacances, tout de même, près ou loin – qui font s’échapper de l’actualité autant que des habitudes, changer de regard et de paysage… Et la poésie ? Quelle place lui donnera-t-on en cet été ? Lire et relire, bien sûr… Jean Venturini, par exemple. Lui qui, par son écriture et sa vie, est au croisement de ce que je viens d’évoquer. Révolte et colère (or n’est-ce pas ce que nous ressentons en voyant les ravages des conflits, la furie de ce goût de la mort des humains, avec tant de variantes ?). Regard : les yeux aimés, la beauté de visages ou d’arbres, la lumière, des couleurs, et même la laideur, puisque c’est du vivant, que c’est. La part de l’ombre en soi, murmurée ou criée, contemplée avec lucidité (or si tous nous faisions cet effort de descente dans ce labyrinthe d’émotions, de frustrations, de blessures… peut-être y aurait-il moins de projections, de volonté d’anéantissement des autres quand on les décrète étrangers, ennemis, maudits ?). Guerre : c’est bien cela qui a tué Jean Venturini en 1940, même si le naufrage de son sous-marin semble avoir été dû à la rencontre accidentelle d’un champ de mines. Pas de champ de mines sans guerre…

……………  

Il y a quelques années, ayant vainement cherché un exemplaire du recueil épuisé de Jean Venturini, dont je ne connaissais que le poème de l’anthologie de Pierre Seghers… j’avais fini par mettre une annonce de recherche sur le site d’une association de collectionneurs (chercheurs de documents en rapport avec la culture des pays d’Afrique du Nord). Et j’avais été contactée par la personne qui possédait le rare ouvrage (et qui m’offrit la copie pour qu’enfin je puisse lire l’œuvre intégrale : merci !). Comme lui je regrettais que ce poète ne soit plus réédité : quelle tristesse de voir disparaître la trace d’une écriture brûlante, sacrifiée avec la vie de l’auteur dans ce naufrage de 1940. Que serait devenu ce jeune rimbaldien vivant au Maroc ? Seghers voyait en lui  la promesse d’une œuvre à poursuivre. Si Antoine Lantéri avait perdu ce livre, ou l’avait oublié, son héritier n’aurait jamais pu lancer sa recherche et nous n’aurions pas dans les mains tous les autres textes (car personne ne se préoccupait de faire revivre ce recueil et la voix de Jean Venturini).

OUTLINES  a été réédité… enfin, en 2009. Avec un avant-propos de Jean-Luc FALCO, qui explique comment cela a été possible, la préface originelle de René GUILLOT, ému par la jeunesse du poète tôt disparu, par la force des élans de l’auteur, par sa révolte entre colères et rêves d’amour.  L’ouvrage est complété par une documentation sur le sous-marin Le Morse et son naufrage. Eds VAILLANT : http://www.editionsvaillant.net/

Fiche sur DECITRE, librairie en ligne (on peut commander ainsi l’ouvrage, ou chez son libraire de quartier) : http://www.decitre.fr/livres/outlines-9782916986067.html

Relisant  le recueil, là, pour en choisir des citations, je remarque l’importance des points de suspension dans ses textes... Ne pas clore, laisser la pensée poursuivre son errance dans les mots non écrits, ou le rêve. Noter la phrase, le vers, mais poser ainsi, aussi, l’hésitation : on n’aura pas tout dit, ni trouvé exactement les mots adéquats, car jamais le poème n’est vraiment achevé intérieurement (« Demain peut-être en cherchant bien, je trouverais d’autres mots – plus beaux. » - Phrases dans l’ombre). Et le poème est ouvert à d’autres sens derrière les mots, dans le silence : les points de suspension valent retournement, comme si le silence était une marge en miroir, qui amplifie la phrase.

……………………………………………………………………………………………………………………………………………………..

Jean Venturini, est né en Tunisie en 1921 mais a vécu ensuite au Maroc. Il est mort en mer quand le sous-marin Le Morse (où il s’était engagé comme marin radio) a été détruit par des mines, en 1940 au large de Casablanca.  Son poème Sang est visionnaire : « Dans les veines ce n’est pas du sang qui coule, c’est l’eau, l’eau amère des océans houleux… »

« Outlines », est son seul recueil de poèmes (éd. 1939, puis 1940). 48 poèmes dont « Sang », qui fut publié dans l’anthologie de Pierre Seghers, « Le Livre d’Or de la Poésie française » (des origines à 1940), éd. Marabout.  Jean Venturini est le dernier poète cité dans ce volume : http://fr.wikipedia.org/wiki/Outlines

Pierre SEGHERS écrivait ceci à son sujet, introduisant le texte choisi : « Révolté, rimbaldien, son unique recueil « Outlines » parut en novembre 1939 à Casablanca. Il annonçait un grand poète. Comment ne pas penser, le lisant, que le poète est un « voyant », qu’il est doué d’une extraordinaire prescience ? »

PAGE dédiée au poète sur wikipedia : http://fr.wikipedia.org/wiki/Jean_Venturini

Monographie, par Madeleine Kérisit : http://www.auxmarins.net//fiche_marin/7305/Venturini

Evocation du marin Jean Venturini  (M. Kérisit), sur http://www.amedenosmarins.fr/pages/Jean_Venturini_marin_mort_pour_la_France_et_poete-2908728.html

CITATIONS (et fragment de l'hommage de Max-Pol Fouchet, revue "Fontaine", 1940) sur : http://fr.wikiquote.org/wiki/Jean_Venturini

Le poème « SANG » : http://egoak.free.fr/VENTURIN.htm

Deux poèmes sur un blog : SANG » et « FAREWELL » : http://raynaldopierrelouis.over-blog.com/2014/05/deux-poemes-tires-du-recueil-outlines-de-jean-ventur.html

......................................................................................................................................................

CITATIONS, en feuilletant les pages du recueil… Pour donner envie de lire le recueil entier :  

VENTS :

 « Vrai, j’ai trop erré… / J’ai trop pleuré… / Mes yeux / S’en sont allés / Et mon cœur est vieux… / Ma gorge est nouée d’avoir trop râlé / Mes amours et mes haines… / Oh qui cassera mes chaînes ? »(Chanson de fou)

« J’ai dans mes veines un sang rouge / Epais comme du vin nouveau… du gros vin / Lourd et sombre, plein d’alcools encore inavoués…  /// Un sang qui gronde et noue mes tempes… /// (…) Et qui sait mon cœur, comme du pus… /// …Peut-être ai-je aussi un peu de la lumière du ciel / Un peu de la tendresse et de la paix du monde / Qui murmurent quand ma brute s’endort » (Hérédité)

« Ceux de la nuit / Qui s’en vont dans la brume et dans la pluie / Sont mes frères… / Je les reconnais les gueux, les hères, / Leurs visages blêmes et laids / Me sont familiers… «  (Ceux de la nuit)

« Je sais les fugues de lumière sur l’eau des mares… / Et la douceur immense des couchants violets / Qui flottent sur les horizons qui s’effarent, / Funèbres reflets de pourpres inviolées. » (Paysan)

« J’ai jeté vers le ciel de hauts gibets pour / y pendre mes rêves… / (…) Aux arbres de la forêt j’ai noué des cordes pour pendre mes rêves… » (La sérénade aux pendus)

« Je veux la nuit profonde des hivers blancs, / muette et froide comme les caveaux sous la terre… /la nuit muette, pleine de l’élan / dur des arbres nus vers les gouffres sans lumière. » (Nuit)

« Dans mes veines ce n’est pas du sang qui coule, c’est l’eau, l’eau amère des océans houleux… » (Sang)

« Mais il n’y a personne devant moi, c’était / Un souvenir entré par les fenêtres avec / Le souffle chaud du vent d’été… » (Fenêtres)

« Alors je suis parti en une recherche effarée, / J’ai erré dans la nuit sans bords / Pour trouver la lisière que l’aube colore… / … L’aube était morte, linceulée de ses voiles déchirés. » (Recherches) [ En exergue, une citation de René GUILLOT : « De la terre au ciel en passant par où ? » (Chemin)

« Sur les flots glauques comme l’émeraude de ses yeux, / Je souffrirai des lunes pleines du mal de souvenir / Puis tout mourra dans mon cœur silencieux…  / Alors enfin libre je ne pourrai plus revenir.» (L’appel)

…..

MAROC :

« Moi je songe à des fontaines, à des chants murmurés / dans la paix fraîche des harems… » (Marrakech)

« Dans les bleus froissements d’ailes des ramiers, / le soir s’en est venu dormir sur les palmiers… /// (…) Demain peut-être en cherchant bien, je trouverais d’autres mots – plus beaux. » (Phrases dans l’ombre)

« Ils ont marché longtemps, les vents… » (Révolte). Poème dédié à René GUILLOT.

« Menaces de sang dans le soleil / Les étandards chérifiens / Fouaillent les ciels trop bleus. /// Un jour viendra, un jour glorieux / Où leurs étoiles vertes / Bondiront dans la lumière » (Un jour)

…..

ELLES (en exergue, Rimbaud (« Je voudrais vous casser les hanches / D’avoir aimé ») :

« Vous êtes entrées au jardin de mon âme » (Jeunes filles)

« …Viendra-t-il jamais, ce vent qui doit calmer ma fièvre ? » (Jeux d’eau)

« Mourir comme le jour bleu qui s’achève, / Et mêler mon âme aux senteurs pourries de l’automne. » (Automne)

« Ton souvenir c’est un naufrage / Dans les eaux calmes du large… / Une cassure sur le miroir / De ma mémoire… » (Marines)

« Ne regarde jamais du côté de la mer… «  (Naufrage)

« Mais les chimères aussi meurent.. » (Vous en souvenez vous)

RENOUVEAU

« J’ai trop pensé, j’ai trop rêvé » (Renouveau)

10/01/2014

SITES et PAGES sur Albert Camus, pour commencer l'année, en ce mois de janvier, anniversaire de sa mort en 1960

« Si j’avais à écrire ici un livre de morale, il aurait cent pages et 99 seraient blanches. Sur la dernière j’écrirais : ‘’ Je ne connais qu’un seul devoir et c’est celui d’aimer.’’ »

Albert Camus, Carnets (passage cité aussi, expo et livre, « Albert Camus citoyen du monde »)

« La pensée d’Albert Camus est un héritage vivant, ses mots résonnent toujours d’une vérité toute contemporaine. Qu’on les lise dans un manuscrit, une édition originale, un livre de poche ou un support électronique, les mots de Camus laissent échapper images et sensations qui frappent notre conscience. Tout l’art de Camus se produit dans l’écho de la lecture. »

« Albert Camus citoyen du monde. Mettre en scène une pensée »

Yacine Aït Kaci, réalisateur de l’exposition d’Aix-en-Provence

............

SITES et PAGES à consulter :

ETUDES CAMUSIENNES :http://www.etudes-camusiennes.fr/wordpress/ (Présidente de la Société des Etudes camusiennes : Agnès Spiquel)

WEB CAMUS : http://webcamus.free.fr/ (Georges Bénicourt)

DISCOURS d’Albert Camus, remise du prix NOBEL, Stockholm, 1957. Sur nobelprize.org : http://bit.ly/1enP5aS

Archives INA, Albert Camus. Vidéos et Docs audios, ina.fr : http://bit.ly/1aeBpul

CENTRE ALBERT CAMUS, Cité du livre, Aix : http://bit.ly/1d8OgSX

Daniel Leconte, CAMUS FOREVER, 07-11-13 (rappels salutaires… !), huffingtonpost.fr : http://huff.to/1dkFuDa  (« Je ne suis pas sûr en effet que ceux qui t'encensent aujourd'hui sont tous de vrais héritiers. Pas sûr qu'ils résistent à vouloir recueillir une parcelle de ta gloire pour faire oublier leurs égarements et redorer un blason terni par des engagements qui ne te ressemblent pas ou pire qui les trahissent. Pas sûrs en somme que tous te soient fidèles quand ils font aujourd'hui ton éloge. » / « Je ne voudrais pas à mon tour privatiser ton héritage mais comment copiner avec Bouteflika par exemple et dans le même temps se revendiquer de toi ? Comment continuer à célébrer le génie de Sartre et te vouer une admiration sans limite ? Comment être inféodé à une philosophie de l'histoire et épouser ta conception de la liberté ? Comment en somme concilier ton refus de la servitude avec avec l'allégeance tacite à un antitotalitarisme contre un autre moins fréquentable ? / Tu as été l'animateur intransigeant de la gauche anti totalitaire. Tu as refusé tous les totalitarismes qu'ils soient communistes ou fascistes. » / « Que tu avais raison contre tous et tous ceux qui nous serinaient à l'époque qu'il valait mieux avoir tort avec Sartre que raison avec toi. Alors merci Albert pour cette lucidité qui 100 ans après fait aussi ta grandeur. Par les temps qui courent, elle nous aide à vivre avec notre temps.”). Et son livre... "Camus si tu savais"...

Lecture du Cahier de l’Herne sur Camus, par Nadia Agsous, « Albert Camus,  le ‘’semeur de questions’’… », 13-10-13, huffingtonpost.fr: http://huff.to/1a7Ijoj

Centenaire Camus, ouvrages, sur a-lire.info : http://bit.ly/1ktW07L 

PHILOMAG, hommage : http://bit.ly/1hEWCoR

Biographie : http://mael.monnier.free.fr/bac_francais/etranger/viecamus.htm  Autres pages du même site, sommaire : http://mael.monnier.free.fr/bac_francais/etranger/index.htm

Cinq livres présentés brièvement (La Chute, L’Eté, L’Etranger, Noces, La Peste), par François Lavallée : http://pages.infinit.net/flaval/Le_critique/Critiques_Livres_C.html#CamusEte

Hommage ? Article huffingtonpost.fr : http://www.huffingtonpost.fr/2013/11/07/centenaire-albert-camus-hommage-polemique_n_4226536.html (L’hommage officiel est tiède, mais tant mieux peut-être : "Aujourd'hui, on a pris la mesure de l'impact et de la densité du travail de Camus. L'hommage national, il existe à travers la parution d'ouvrages, les événements qui ont lieu dans de nombreux centres culturels et tous les éléments mis à disposition du public. Cet hommage là me paraît plus correspondre à l'esprit camusien que des commémorations officielles." Agnès Spiquel)

...Autres notes sur Albert Camus : catégorie et tags...

 

30/11/2013

« Matrone obscure qui préfère l’exil ». Juste une citation... (à méditer…)

« Méfions-nous (…)

parce que jamais ils ne furent sincères ceux qui ont crié pour des oreilles approbatrices (…)

Nous sommes toujours au bord de la méfiance

et n’aimons jamais la rectitude des maîtres

parce que la vérité de notre temps est matrone obscure qui préfère l’exil »

Les mêmes paroles

Angel Pariente

Traduit de l’espagnol par Marcel Hennart (Poèmes d’Espagne / Poètes du silence, éd. Cahiers Bleus)

26/11/2013

CAMUS, L’ART et la REVOLTE, l’hommage d’Abd Al Malik…

THEATRE abd-al-malik.jpg

Spectacle « inspiré librement » de la lecture de L’Envers et l’Endroit d'Albert Camus, hommage musical d'Abd Al Malik,  Théâtre du Châtelet (soirée unique à Paris, le 16-12-2013 – après des représentations en province). "L'art et la révolte"... 


Présentation sur le site du Châtelet , extrait : « Le rappeur-poète Abd Al Malik part à la rencontre de l'oeuvre d’Albert Camus. De la poésie à l’état brut, de la philosophie mise en musique. / A l’image d’Albert Camus, Abd al Malik porte haut l’intelligence du texte et une pensée aigüe sur l’existence et sur la condition d’artiste. / Abd al Malik choisit de partir de nouvelles de
L’Envers et l’endroit, texte de jeunesse de Camus publié à Alger en 1937, que l’écrivain considère comme la source secrète qui a alimenté toute sa pensée. » 

ABD AL MALIK a présenté ce qu’il propose sur le site artemedia.fr : « Qu’y a-t- il de commun entre Albert Camus et moi-même ? Il n’y a aucune prétention dans la question que je me pose, mais plutôt une aspiration. Car j’ai toujours vu en Camus un idéal dans la manière d’être artiste, un élan dans la façon d’habiter l’écriture. J’ai surtout vu en lui, comme en moi, ce farouche besoin de représenter « son peuple », de représenter les siens et, par eux, de chercher inlassablement le moyen de se connecter à tous. C’est en ce sens que ce qui m’intéresse dans ce projet n’est pas de « parler » de son oeuvre (ou de lui-même finalement), mais de questionner les origines philosophiques de celle-ci. Je dirais même de questionner l’origine philosophique, et j’oserais presque dire spirituelle, de celle-ci. Et, de mon point de vue, comme il le dit lui-même d’ailleurs, tout s’origine (et quelque part se termine) dans cet ouvrage de jeunesse intitulé L’ Envers et l’endroit. La préface qu’il fait à la réédition de ce petit livre, vingt ans plus tard, a toujours été pour moi une sorte de feuille de route. Je dirais même une sorte de viatique dans ma quête, en tant qu’homme de mots, d’une certaine vérité artistique. » 

Vidéo ("Quand Abd Al Malik rencontre Albert Camus"). Extrait. Le spectacle d’Abd Al Malik présenté dans le sud (cf. Aix en mars 2013). Charles Berling parle de cette initiative: « Le postulat de départ je le trouve formidable. Cela rencontre l’universalité formidable d’Albert Camus » : http://www.youtube.com/watch?v=4PawEAjNMIc

.......Articles sur le spectacle........

Le Parisien, Abd Al malik slame Albert Camus , 13-03-2013 http://bit.ly/10Mhanx    (« Entre rap, rock et musique classique, Abd al Malik slame Albert Camus "son idéal, son grand frère des cités ». (…) «Je l'ai lu comme un grand frère de la cité qui était en train de me parler. On se rend compte avec son oeuvre que Camus, c'est un gars de chez nous. Il y parle de sa mère, le fait d'avoir été élevé seul par sa mère. Vous imaginez, toute suite ça faisait écho", explique l'artiste dont la photo de sa mère apparaît au lever de rideau.Le rappeur fait la rencontre d'Albert Camus à l'école. Il commence par L'Étranger qui le "bouleverse ". A la même époque, Régis Fayette-Mikano de son vrai nom, commence à faire du rap et "veut devenir artiste"."Camus disait en substance 'la culture m'a arrachée de ma condition'. Une phrase qui fait sens. J'ai vécu dans un milieu dur et ma passion pour la littérature a été une vraie fenêtre de sortie", raconte le slameur. »)

Le Monde, par Raphaëlle Rérolle, 07-11-2013, "Abd Al Malik : lame du rap": http://bit.ly/17UZgDL   CITATIONS : « Sans Camus, il n'y aurait pas Abd al Malik. » (dit de lui-même Abd Al Malik, qui a découvert Camus avec passion, jeune, et fait un lien entre cette découverte et son chemin vers l’écriture et la création). (…) « Autant dire que le rappeur occupe une position très particulière sur la scène musicale. « Un mec dans le hip-hop qui travaille sur les textes de Camus, les mômes ont un peu de mal à comprendre », s'amuse son copain Laurent Garnier, star de la musique électro et fan depuis des années. »  /  « C'est la littérature qui l'a sauvé, dit-il. Camus, précisément, venu à sa rescousse quand il avait 12 ans. ‘La lecture de L'Envers et l'Endroit a été un vrai bouleversement, raconte Abd al Malik : voilà un type qui venait d'une cité, comme moi, qui avait été élevé par une mère seule. Comme moi, il avait rencontré des enseignants qui croyaient en lui’ »

Dans Télérama du 09-03-2013, Gilles Rof  écrivait (extrait) : « L’art et la révolte, spectacle musical inspiré de ses textes, se veut un hommage du slameur à l’un de ses grands inspirateurs. »  / A la question sur l’origine de ce spectacle, il répond : « Catherine Camus, la fille d’Albert Camus, et Dominique Bluzet, le directeur du grand théâtre de Provence à Aix, souhaitaient une création autour de l’écrivain en 2013, dans le cadre de la Capitale de la culture, mais aussi du centenaire de sa naissance. Ils m’ont contacté pour me proposer de travailler autour du Premier homme… Moi, j’avais une autre idée. / Quand j’ai lu L’envers et l’endroit, je devais avoir 13 ans. Je commençais à m’intéresser au rap et ce livre a été une sorte de révélation. Avec cette préface que Camus a écrite 20 ans après la première édition du livre. Un texte où il fait le point sur lui, sur ses origines, sur ce que c’est que représenter les siens, être un écrivain, un artiste… Immédiatement, ces quelques pages sont devenues comme un viatique pour moi. Une feuille de route, que j’ai gardée jusqu’à maintenant. Ça correspondait à ce que je devais être en tant qu’artiste. »

...... ABD AL MALIK........

SITE officiel : http://www.abdalmalik.fr/  

Fiche wikipedia : http://bit.ly/fGSjoO

........ALBERT CAMUS.......le livre source et le thème du spectacle........

L’Envers et l’Endroit, note sur le site de la Société des Etudes camusiennes, par Paul Viallaneix : http://www.etudes-camusiennes.fr/wordpress/1937/03/09/lenvers-et-lendroit-1937/  (L’œuvre à laquelle se réfère Abd Al Malik – voir sa présentation – le  texte originel du livre et la préface ajoutée pour une réédition : pour Camus c’est effectivement une œuvre source, un centre). 

CAMUS, L’art de la révolteEmission sur France Culture, 22-09-2013, (Raphaël Enthoven). 59 minutes, document audio. En exergue (page de la radio), la lettre de René Char à Albert Camus, après la lecture de L’Homme révolté. Il dit son enthousiasme et son respect, remercie. Extrait : « Après avoir lu – et relu – votre Homme révolté j’ai cherché qui et quelle oeuvre de cet ordre – le plus essentiel – avait pouvoir d’approcher de vous et d’elle en ce temps ? Personne et aucune oeuvre. C’est avec un enthousiasme réfléchi que je vous dis cela. Ce n’est certes pas dans le carré blanc d’une lettre que le volume, les lignes et l’extraordinaire profonde surface de votre livre peuvent être résumés et proposés à autrui. D’abord j’ai admiré à quelle hauteur familière (qui ne vous met pas hors d’atteinte, et en vous faisant solidaire, vous expose à tous les coups) vous vous êtes placé pour dévider votre fil de foudre et de bon sens. Quel généreux courage ! quelle puissante et irréfutable intelligence tout au long ! » Suite sur le site de France Culture : http://bit.ly/1eyBtLl