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16/01/2015

Des mots, des chants, des mots... Voix musiciennes et voix musulmanes...

GRAND CORPS MALADE.jpg

Loin des débats et des articles qu’on lit intensément pour réfléchir, pour tenter de chercher comment répondre à ce que l’actualité nous envoie et renvoie, des mots et des notes sont un baume... Des réactions spontanées ont produit des textes forts.

Il y a du sens, du son, et, paradoxalement, la place du silence intérieur, du recueillement...

Chants, témoignage, lettre, tribune : des outils pour penser. Voix musiciennes et voix musulmanes... (Pour les journalistes assassinés, les Juifs assassinés, les policiers assassinés).

[« Il faut sortir de la réserve », dit Mohammed Chirani (émission, BFMtv16-01-15/17-01-15). « Il ne faut pas que les radicaux aient le monopole de l’interprétation du Coran. »... « Mais quel est leur Islam ? » (En voyant les manifestations contre la couverture de Charlie dans certains pays musulmans / « Ils sont tués une deuxième fois »)...  « Le blasphème, ce sont les assassinats » ]

Grand corps malade (http://www.grandcorpsmalade.fr/). Slam « 07-01-15 », Slam (musique de John Mamann)  : http://www.elle.fr/Loisirs/Musique/News/Pret-a-liker-le-slam-de-Grand-Corps-Malade-pour-Charlie-Hebdo-2875706  7 Janvier 2015, j'ai pas envie d'aller au lit. Je préfère prendre un stylo car, ce soir, je suis Charlie. » Le slameur Grand Corps Malade affirme de sa voix puissante son soutien aux victimes des attentats. Des mots qui claquent pour lutter « contre l'obscurantisme, avec honneur et insolence ». »)

Jean-BaptisteBullett. Je suis Charlie , chanson sur la musique d'une chanson de Renaud, Hexagone. Sur JB Bullett, Elle : http://www.elle.fr/Societe/News/Pret-a-liker-la-chanson-coup-de-poing-en-hommage-a-Charlie-Hebdo-2875204 (« Jean-Baptiste Bullet, un chanteur amateur de Tarbes, a publié sur son compte Facebook une vidéo qui tourne en boucle sur tous les réseaux sociaux depuis jeudi. On y voit le jeune homme, guitare à la main, chanter avec conviction son indignation sur l’air d’« Hexagone » de Renaud. « Un coup de Kalach, pour un coup de crayon, tu salis ta religion », « Partir en Syrie faire le djihad et revenir faire des fusillades, c’était ça ton plan de carrière ? Penses-tu aux familles qu’y a derrière ? », « Si tu te demandes où est Charlie, à jamais dans nos esprits ». Des phrases chocs qui ont déjà généré plus de 250 000 partages sur Facebook ».)

Les artistes au concert de soutien à Charlie : http://www.parismatch.com/Culture/Musique/En-images/Patrick-Bruel-Julie-Gayet-et-Alain-Souchon-les-artistes-mobilises-sur-France-2-pour-le-concert-de-soutien-a-Charlie-Hebdo-688534#.

« VIDEOS - Grand Corps Malade, Tryo, Oxmo Puccino et JB Bullet : les hommages à Charlie en musique » / « #JESUISCHARLIE - Grand Corps Malade, Tryo et Oxmo Puccino ont chacun créé une chanson pour Charlie Hebdo. Un artiste moins connu, JB Bullet, a posé ses mots sur la musique d'"Hexagone" de Renaud, attirant 1,6 million de youtubeurs. ». MetroNews, 11-01, mis à jour 13-01 : http://www.metronews.fr/info/videos-grand-corps-malade-tryo-oxmo-puccino-et-jb-bullet-les-hommages-a-charlie-en-musique/moak!wIvnrX4fV8z/  

« Tryo, Lalanne, Oxmo Puccino chantent… Je suis Charlie », Le Figaro, 14-01-2015. Articles et plusieurs CLIPS, divers artistes : http://www.lefigaro.fr/musique/2015/01/14/03006-20150114ARTFIG00261-tryo-lalanne-oxmo-puccino-chantent-je-suis-charlie.php  [« Le monde du rap n'est pas en reste. Oxmo Puccino a lui aussi rendu hommage aux victimes. Accompagné de Waxx à la guitare, il a interprété la chanson inédite pendant Le Before du Grand Journal de Canal + le 8 janvier, lendemain du massacre. Clip d’Oxmo Puccino :  (Lien supplémentaire, pour situer le rappeur Oxmo Puccino, regards.fr, décembre 2006 : http://www.regards.fr/acces-payant/archives-web/oxmo-puccino-invente-le-rap,2650 )]

Matthieu Chedid, Tryo, Lalanne... Hommage. Lci.Tf1, 20-01-15 (sur la page : archives) : http://lci.tf1.fr/culture/musique/matthieu-chedid-tryo-ox...

Le groupe de reggae Tryo rend hommage à Charlie. Article et clip, Le Figaro, 12-01-2015 : http://www.lefigaro.fr/musique/2015/01/12/03006-20150112ARTFIG00346--charlie-hebdo-tryo-rend-hommage-a-son-ami-tignous.php  («Postée le 10 janvier sur You Tube, , la chanson est accompagnée d'un montage qui réunit plusieurs extraits vidéos où apparaissent des dessinateurs. S'y succèdent Charb, Cabu, Wolinski et Tignous. Ils dessinent, évidemment. Ces images sont tirées du film de Gilles Porte réalisé à l'occasion des 18 ans de Clowns sans frontières. Le clip YouTube empreint de poésie, a déjà été vu plus de 700 000 fois. »

Un concert pour la paix, artistes alsaciens : http://www.dna.fr/actualite/2015/01/11/un-concert-pour-la-paix-apres-la-tuerie-chez-charlie-hebdo

 A lire... Kery James, rappeur (Cayenne, le 9 janvier 2015). Lettre qu’il a diffusée dans les réseaux sociaux après le 07-01-2015 : http://www.rapghetto.com/news/kery-james-reagit-au-drame-de-charlie-hebdo   (Le titre reprend une citation qu’il fait de Mahomet : « Le fort est celui qui maitrise sa colère alors qu’il est capable de l’exercer » /// « Assister à la naissance de ma fille fut l’un des moments les plus forts, les plus intenses et joyeux de mon existence. Mais avec cette joie est arrivée une crainte que je ne connaissais pas auparavant, la peur du jour dans lequel la mort viendra nous séparer.  (...) « C’est pourquoi en ces jours ensanglantés j’ai d’abord une pensée pour les familles des victimes de l’extrémisme à travers le monde. Un extrémisme qui n’a pas qu’un seul visage. Mais quels que soient les masques sous lesquels se dissimule l’extrémisme, on peut toujours lui diagnostiquer un point en commun. Il a toujours pour préoccupation première, voire obsession, de nous précipiter au plus vite vers une guerre et ce de gré ou de force. Après ce 7 janvier 2015, une fois encore, j’ai la sensation que les choses évoluent trop vite et que ma vie et mes choix m’échappent. Je crois que ce sentiment est partagé par l’immense majorité des musulmans et des gens conscients des enjeux auxquels nous devons faire face. // J’ai l’impression de ne plus être maître de moi-même et d’être poussé malgré moi à affronter des gens à qui l’on a fait croire que j’étais leur ennemi. Des gens qui auraient pu m’apprécier en tant qu’homme s’ils avaient pu prendre le temps de me connaître. Des gens qui auraient pu enrichir ma connaissance du monde, de l’être humain et peut-être de moi même. Mais les extrémistes de tous bords ne veulent pas de cette rencontre. Ils conditionnent chacun d’entre nous afin que cet échange n’ait jamais lieu. Pour cela ils ont recours à des méthodes et des instruments différents, mais l’objectif est toujours le même : précipiter la guerre. En ces jours tragiques, ce qui me console c’est d’avoir la certitude d’avoir toujours oeuvré pour construire des ponts... » SUITE sur le SITE...)

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On peut trouver aussi, ailleurs sur la Toile du rap, des réactions où se mêlent interventions solidaires et réactions haineuses. Aux jeunes qui ne comprendraient pas la solidarité de leurs musiciens avec Charlie, il faut proposer de lire les tribunes ci-dessous 

Mohammed Chirani (auteur du livre « Réconciliation française-Notre défi du vivre ensemble», « Je suis Mohammed Charlie » :  http://www.huffingtonpost.fr/mohammed-chirani/je-suis-mohammed-charlie_b_6455240.html (« Oui, je suis un Français de confession musulmane, mais je suis un journaliste lorsque des journalistes sont tués par des terroristes, je suis un Juif lorsque des Juifs sont tués par des terroristes dans un magasin Kasher et je suis un policier lorsque des policiers sont tués par des terroristes. Mais surtout, je suis un Français tout court, dont le pays est attaqué par le terrorisme. Partout dans le monde, des fanatiques illuminés tuent des musulmans au nom d'un Islam perverti. Je ne partage pas cette vision de l'Islam. Mon Islam m'enseigne d'aimer mon prochain quelque soit sa religion ou sa conviction. Mon Coran m'a appris la sacralité de l'âme humaine : «Celui qui tue une âme, c'est comme s'il avait exterminé toute l'humanité. Et celui qui sauve une âme, c'est comme s'il avait sauvé toute l'humanité ». (...)Je ne suis pas seul à penser cela et je ne ne suis pas représentatif d'une minorité de musulmans.   (...)   «J'ai eu le malheur de vivre en Algérie pendant la guerre civile des années 1990 lors de laquelle 200.000 Algériens musulmans ont été tués par des terroristes islamistes. Nous avons trop tendance à oublier que les musulmans sont les premières victimes du terrorisme dans le monde (en Syrie, en Irak, au Pakistan, au Mali, au Yémen, en Afghanistan, etc. ). Le terrorisme n'est pas uniquement l'ennemi de l'Occident, il est l'ennemi de l'humanité. Il n'y a pas conflit entre les civilisations, entre un NOUS (l'Occident) et les AUTRES (musulmans), ou l'inverse selon votre perspective. // Le but des terroristes est évidemment de cliver la société française afin que chacun se replie sur sa communauté et rejette les autres. Si nous cédons à la tentation de la simplification en termes de NOUS (Occident) et d'AUTRES (musulmans), ou l'inverse, alors ils auront gagné. / Soyons clairs, il y a bien un affrontement; il oppose ceux qui haïssent les autres parce qu'ils sont différents (fondamentalistes, antisémites, islamophobes et racistes) et NOUS qui croyons aux valeurs de Liberté, d'Égalité et de Fraternité. Nous devons aujourd'hui plus que jamais nous rassembler dans l'amour de la France et de ses valeurs, c'est-à-dire dans la République.»

Le livre : http://www.bourin-editeur.fr/fr/books/rconciliation-franaise/50/ 

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VIDEO. Abdennour Bidar, philosophe, réagit le 07-01-15 à l’attentat contre Charlie. Emission, Grand journal, Canal +. (Je note ce que j'entends : "En tant que philosophe musulman, philosophe de culture musulmane, je dénie à ces terroristes le droit de se réclamer de l'islam. Ce soir mon attachement à l'islam est en souffrance. Je vais m'exprimer au nom de tous les musulmans, même si je suis un philosophe critique de l'islam, presque un hérétique : nous refusons..." Et il exprime sa crainte des amalgames: 'Non, nous pouvons faire société tous ensemble". Sa bibliographie,  pour situer la pensée : librairie Dialogues : http://www.librairiedialogues.fr/personne/abdennour-bidar/1010455/

Le philosophe réagit pour mettre en garde contre la haine en réponse à la haine. TRIBUNE. Abdennour Bidar, Le Monde, 07-01-2015. « Résister collectivement à la haine » : CITATIONS : « C’est notre11 septembre. Il y a dans la vie d’un peuple des heures de défi. Des heures où la blessure que la haine nous inflige est si effroyable qu’elle voudrait être mortelle. Des heures d’effroi où cette blessure fait si mal, où l’horreur est si lourde à supporter que l’on sent, hélas !, la bête peureuse et dangereuse prête à seréveiller en soi… » (...) « Voilà à quoi notre société française est aujourd’hui confrontée, voilà le risque auquel nous devons être capables de résister collectivement : le risque que la haine de quelques fous déclenche une haine généralisée, et que nous soyons ramenés à quelque chose qui ressemblerait aux guerres de religion d’un passé qu’on croyait définitivement mort. / Attention à cette haine barbare donc, vigilance extrême vis-à-vis d’elle qui en nous frappant tous aujourd’hui aussi durement voudrait nous déterminer à croire que la France et l’islam sont deux ennemis n’ayant d’autre choix que de chercher à se détruire. Voilà le grand scénario maudit contre lequel nous allons devoir lutter de toutes nos forces, et contre lequel il nous faudra être collectivement le plus fort possible. » (...) « De toutes nos forces il faudra tenir bon, rester solidaires. Si dans nos rangs s’ouvre ne serait-ce qu’un interstice, ces vagues s’infiltreront et disloqueront l’édifice de notre nation tout entière. Tel est le néant où ces assassins immondes, auquel je dénie le nom de musulman, veulent nous précipiter tous. » / « Au passage, je dénonce leur perversion absolue de la référence à l’islam, tout en ajoutant que celui-ci est décidément bien malade, bien en crise, pour être revendiqué par de telles abominations ! » (...) « Démontrons tous ensemble au monde entier que la France reste ce pays qui non seulement ne cède jamais au chantage de la haine, ni à la tentation de la peur mais qui sait retrouver son unité et se revivifier pour rayonner à nouveau justement dans ce type de moment où la tragédie voudrait l’anéantir. Allons-nous être à la hauteur de ce génie ? Saurons-nous faire la preuve – parce que c’est cela désormais la cause nationale la plus urgente, la plus cruciale – que nous pouvons vivre avec l’islam, que nous pouvons vivre ensemble, non musulmans et musulmans, dans la paix, la concorde, la compréhension et la reconnaissance mutuelle, selon la conception commune d’une liberté d’expression garantie à chacun qui sache se concilier avec la liberté d’expression de tous les autres – ce que veut dire laïcité. » (...) « Ne commettons pas l’erreur historique de refuser que l’islam et les musulmans participent à ce projet de société. Au contraire, que ces assassinats ignobles renforcent notre solidarité nationale et notre détermination à faire qu’avec l’islam nous construisions la civilisation capable de réunir demain le meilleur des humanismes d’Orient et d’Occident. La France doit être le lieu de cette réunification, avec ses musulmans qui désormais font ici partie de sa destinée. » TEXTE INTEGRAL : http://www.lemonde.fr/idees/article/2015/01/07/resister-collectivement-a-la-haine_4551015_3232.html 

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Mise à jour du 18-01-2015 : L’expression de 500 signataires, immense page parue dans Le Monde daté 11-12 janvier (insertion payée par les signataires), un manifeste de personnalités de culture musulmane (croyants ou athées). "Nous disons notre effroi, notre solidarité, notre chagrin. A leurs tueurs, nous disons qu'ils nous trouveront en travers de leur chemin, au côté de la liberté." 

Sur cette page, une chronique de Sylvie Kauffmann revient dans Le Monde du 17-01,daté 18-19 janvier, « Au cœur de nos contradictions » (début de l’article lisible, le reste en accès protégé) : http://www.lemonde.fr/religions/article/2015/01/17/au-c-ur-de-nos-contradictions_4558339_1653130.html (Citations : Et puis il y a eu ce manifeste, publié dans Le Monde daté 11-12 janvier, une page entière de publicité, financée par les signataires. Une page sobre, noircie de quelques 500 noms essentiellement arabes, intitulée « Nous ne céderons pas à la peur ». Rédigée avant l’autre tuerie, la prise d’otages du supermarché juif, elle s’adressair aux familles des victimes de Charlie Hebdo. « A leurs tueurs, nous disons qu’ils nous trouveront en travers de leur chemin, au côté de la liberté. » (...) « Artistes, universitaires, écrivains, journalistes, médecins, avocats, militants associatifs... Cinq cent signatures réunies en 48 heures – un record – en surmontant, pour certains, de profondes divergences. Cette page était, en soi, un événement. Qui l’a vue ? A-t-elle été signalée, analysée, décryptée. / Nous sommes là au cœur de nos contradictions françaises. Nous nions la différence, mais nous voudrions l’entendre. Et lorsqu’elle s’exprime, nous ne l’entendons pas. » /// Cependant, on peut réfuter quelque chose à ce regret : si Le Monde avait laissé cette page en lecture libre sur la Toile elle aurait sans doute été plus lue...)

Les TRACES de cette PAGE sur la TOILE. « Nous ne céderons pas à la peur » :

Page sur le site de l’ATF (Association des Tunisiens de France) : http://www.atf-paris.fr/spip.php?article832

et  sur le site de la FTCR, « Citoyens des deux Rives » (Fédération des Tunisiens pour une Citoyenneté des deux Rives) : http://www.citoyensdesdeuxrives.eu/index.php?option=com_content&view=article&id=4054:petition-paru-ce-jour-dans-l-le-monde-r-l-l-nous-ne-cederons-pas-a-la-peur-r

Page dans « L’ACORT » (originaires de Turquie) :http://acort.org/?p=1218

(Pétition reprise dans El Watan, Algérie)

Pétition annoncée par un communiqué de la FIDH (Fédération internationale des ligues des droits de l’homme » ,sur Newspress :  http://www.newspress.fr/Communique_FR_285140_364.aspx

Et... cet article (mise à jour 20-01-15) : « Des intellectuels musulmans s’unissent contre la terreur », par Dominique Eddé, Le Monde daté 21-01-15 (pas trouvé en ligne...)

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Publication, dans Le Monde daté 11/12-01-15, d'une tribune, par un collectif (Jamel Debbouze, Rachid Taha, Malik Bentalha, etc.) : "Et maintenant qu'Est-ce qu'on fait?" : ("Ces assassinats sont l'expression du pire"...). (...) "Terrifiés. Mais prêts à la mobilisation citoyenne contre les esprits sombres." Texte intégral et SIGNATAIRES, sur la page du Monde : http://www.lemonde.fr/police-justice/article/2015/01/10/e...

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Voix musulmanes et toutes voix (en réaction aux attentats) dans les notes des vignettes et dans les notes depuis le 07-01-2015..

Mise à jour 02-02-15. PETITION INTERNATIONALE, MUSULMANS du monde. (Volonté d'engagement contre l'utilisation de l'islam pour justifier le terrorisme. Signataires s'engageant à lutter pour promouvoir le droit, les droits humains, la citoyenneté). Note du 27-01-15  : http://tramesnomades.hautetfort.com/archive/2015/01/27/petition-internationale-musulmans-du-monde-notre-responsabil-5545947.html Page de la pétition : http://www.petitions24.net/notre_responsabilite_a_legard_... 

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Mise à jour 09-03-15. Ample article passionnant sur Oxmo Puccino, rappeur, "poétiseur" (synthèse de poète et synthétiseur...). Rencontre avec lui pendant qu'il est à Haïti, en mission d'ambassadeur de l'Unicef. Le Monde, 06-02-15. Propos recueillis par Stéphanie Binet. Sur les attentats contre Charlie et l'Hypercacher il dit ceci : "Il faut davantage penser dans ces moments-là que parler. Je me méfie des réactions sous le coup de l'émotion.. ça demande du recul. Ranger sa part de chagrin, mettre son ego de côté, oublier ses propres malheurs. Se poser la question de 'Qu'est-ce qu'on fait maintenant?'. Cultiver sa lumière, coûte que coûte. L'enjeu n'est même plus de rendre le monde meilleur, mais qu'il devienne moins pire.": http://www.lemonde.fr/musiques/article/2015/02/05/oxmo-puccino-profession-poetiseur_4570763_1654986.html

.... VOIX musulmanes, voir aussi la note sur la pétition internationale, Musulmans du monde... http://tramesnomades.hautetfort.com/archive/2015/01/27/pe... 

15/01/2015

Lecture de Charlie, numéro 1178 : irrévérence, questions, tristesse, rire ...

CHARLIE MERCREDI.jpgLIBERATION du 15 janvier.jpgCANARD.png

 J’ai lu, aujourd’hui, intégralement, Charlie Hebdo... Digne de la Une, à laquelle je disais déjà hier que j’adhérais complètement (et ravie de trouver dans Libération, ce jeudi, une analyse qui rejoint ma lecture : résumé et citations dans la mise à jour de la note du 14-01...). Celle de Soufiane Zitouni, qui enseigne la philosophie au lycée Averroès.

Dans Charlie, l’éditorial de Gérard Biard, « L’Apéro », pose la question des « Oui, mais »... (Dessins et critiques de Charlie, oui, mais, quand même...). Crainte du retour aux frilosités critiques antérieures. (A juste titre : j’entends, infos, que le Pape catholique a protesté contre ce qui, pour lui, est atteinte au sacré des uns ou des autres. Veut-il, le Pape, remettre au goût du jour la question du blasphème, et être suivi par les Français qui partagent sa foi ?). Colère, dans l'édito, contre les manœuvres des complotistes, actifs dès le 7... Et insistance sur la notion de laïcité : « pas la laïcité-je-ne-sais-quoi, la laïcité point final. »

Jean-Yves Camus, dans sa chronique, « Les charognards du complot », décrypte ce phénomène inquiétant. Citation : « Si on laisse de côté les indécrottables tarés de l’ultradroite antisémite, pour qui tout est « sioniste » et « juif », il ne faut pas se leurrer : ce complotisme est un problème de la gauche radicale et de la sous-culture islamo-gauchiste qui sévit sur les forums. ».

Laurent Léger, lui, interroge les « trous dans le filet » du renseignement..

Le reste : émotion, réflexions, dessins, humour et humour sur larmes... c’est dans le journal. « Charlie » 1178 est  en vente plusieurs jours encore (plus d’exemplaires le matin dans les boutiques importantes, qui ont plus de place que les petits kiosques...). 

LAÏCITE... Au début de l’éditorial, il y a l’affirmation du refus de l’expression « laïcard intégriste », que Gérard Biard aimerait voir « disparaître  du vocabulaire intellectuel et politique ». Sauf que pour cela il faudrait que cela disparaisse de la réalité. Or les « laïcards intégristes » cela existe  : conception erronée de la laïcité, qui n’est plus, chez certains, séparation des églises et de l’Etat ("laïcité point final"), mais volonté d’imposer une vision, et mépris de tous ceux qui oseraient affirmer une foi quelconque – sans pour autant s’abstraire d’une société laïque. (Ce n'est pas une laïcité qu'on réduirait, à laquelle on enlèverait quelque chose, mais une laïcité à laquelle on ajoute quelque chose : on la colore, vision "laïcarde", d'une obligation de. croyance, athéisme imposé comme norme d'une pensée qui se voudrait laïque). Certains croient à une transcendance, d’autres pas. Point. Ils ne sont pas plus « crétins » les uns que les autres (vocabulaire qui pourtant désigne plus facilement les uns que les autres dans la parole des athées convaincus que sont souvent les laïcards, pas forcément les laïques, même militants, et vocabulaire qu'on retrouve parfois dans les expressions "des" Charlie).  

Crainte du retour des « oui, mais »... Oui, l’irrévérence et le droit au blasphème ne doivent pas se heurter aux « oui, mais » qui peuvent vite rejoindre l’appel à la contrainte ou à la censure. Oui, irrévérence et droit au blasphème "point final" aussi, cf. G. Biard... Cependant, malgré le massacre, on ne doit pas non plus sacraliser Charlie au point de refuser la critique. C’était, c’est, et cela reste un journal : ce serait une erreur d’en faire un emblème intouchable. Justement, dans Charlie, la critique féroce des religions, des pouvoirs,  et des postures idéologiques ou politiques qui ont leur ridicule, cela doit continuer. Mais il ne faudrait pas oublier une autre posture qui s’apparente au religieux : l’athéisme militant, bardé de certitudes qui ne sont pas plus fondées que celles sur le dieu (Dieu...) ou les dieux des autres. D’ailleurs ce mot de « dieu » ne recouvre pas forcément dans l’esprit de croyants un personnage de conte pour enfant : ce peut être simplement la croyance en une transcendance, quelque chose qu’on suppose, hors ou dans l’être humain, dépasser le petit personnage que nous sommes tous, piégé dans une pauvre identité limitée et en partie illusoire.  

(Et ce « dieu » dans l’esprit des agnostiques c’est seulement un point d’interrogation, pour ces êtres qui disent « je ne sais pas », donc les moins « religieux » qui soient... et peut-être les plus authentiquement laïques... Car comment prendre une posture totalitaire avec un « je ne sais pas » ?).

Critère du « je ne sais pas », donc, tant pour lire Charlie que pour interroger ses propres éventuelles « croyances ». Pour que la laïcité (mal comprise) ne devienne pas le mot clé du risque d’un autre obscurantisme. (Après tout des régimes totalitaires ont fait du refus du religieux une matière de la répression... de la liberté d’expression : les églises ne régentaient plus l’Etat, certes, mais l’Etat, lui, régentait un vide spirituel pour mieux opprimer). Sauf à tomber dans le piège dans lequel semble être tombé Amnesty international (2010), qui voit de la discrimination dans un outil de la laïcité (« la laïcité point final », comme le dit Gérard Biard. L'erreur d' Amnesty... donc.  Alors, oui, même si j’aime bien ajouter des « mais » aux « oui », pour quoi que ce soit (comment, autrement, penser les nuances et la complexité ?), devant de telles dérives associatives, on attend avec impatience la caricature qui pourra s’en inspirer... Amnesty et les « curés » fondamentalistes d’un islam dévoyé... Décidément, la dérision est nécessaire... (Mais je continuerai à signer des pétitions d'Amnesty : autres...).

Et, j'y reviens, le regard critique sur toute lecture...Voir, dans Charlie à venir, ce qui manquerait (en fonction de l'actualité). Voir ce qui est en trop (une chronique acceptée, il y a des années, par erreur, sur un brûlot, choix corrigé ensuite). Regard attentif, et critique s'il le faut. Cela aussi c'est respecter. 

[Mise à jour, 16-01-15. Obsèques émouvantes... Mais... je ressens un malaise, en entendant (infos) Mélenchon se lancer dans un discours tremblant d’émotion, lui qui, là, représenterait une figure critique libre du soutien de Charlie, lui, l’ami de Chavez, le soutien du pouvoir répressif de Cuba. Présence qui a été préférée à celle de Jeannette Bougrab, qui semble avoir dérangé. Les raisons de cet éloignement ne sont pas connues : ce peut être du fait de ses appartenances politiques ou pour d'autres résistances qui, dans tous les cas, choquent dans le contexte (il semble qu'elle ait décidé de ne pas venir ou qu'elle ne l'ai pu), malgré sa douleur évidente. Si c'est un rejet motivé par des préjugés idéologiques, c'est blessant, si la cause est émotionnelle (rivalité de proximité dans le deuil) c'est troublant. En tout cas, d'elle, on ne peut que saluer l'immense courage, prouvé par les risques pris afin de réaliser un documentaire, bien digne du courage de Charb. (Qu’importe qu’une relation soit officielle ou pas, discrète ou pas : si on est peiné on doit être invité à vivre sa peine...). Autre chose, triste signe des errances idéologiques dans la mouvance PCF, bien avant le massacre de Charlie Hebdo, à la fête de L’Humanité, où Charb vint (il votait PC, dit-on), un rappeur, Médine, était invité. (Lui qui crie « Crucifions les laïcards » dans un clip (« Don’t Laïk », je crois) pour ne relever qu’un exemple de ce qui n’est pas loin de l’appel au meurtre... et quoi qu'il puisse dire, depuis : les mots sont plus que des sons). Le mot "laïcards" signifie "laïques", là...  Triste coïncidence : « Médine, l’étrange invité à la fête de l’Humanité », Marianne, 27-09-2014 : http://www.marianne.net/Medine-l-etrange-invite-de-la-Fete-de-l-Humanite_a241577.html

MISE à JOUR 18-01-2015 (obsèques, suite...). ARTICLE : « La double peine de Jeannette Bougrab », Le Parisien, 18-01-2015 http://bit.ly/1xlT3aD (« Il manquait quelqu'un vendredi aux obsèques de Charb, à Pontoise. Jeannette Bougrab, qui, la semaine dernière, avait de façon forte et émouvante crié sa douleur sur les plateaux de télévision, révélant qu'elle était la compagne du dessinateur, n'aura pas pu lui rendre un dernier hommage et assister à ses funérailles. » / «... hospitalisée au Val-de-Grâce à Paris depuis plusieurs jours, n'est rentrée chez elle qu'hier. »

Mise à jour 24-01-15. Déclaration de l’avocat de Jeannette Bougrab. Le Point, 23-01-15 :  http://mobile.lepoint.fr/people/mise-en-cause-de-sa-relation-avec-charb-jeannette-bougrab-prete-a-aller-en-justice-23-01-2015-1898972_2116.php

Mise à jour, 02-02-15. Lecture de cette page : "Le 'oui-mais' est une formule assassine", Le Huffingtonpost, par Pauline Bebe, 1ère femme rabbin, 19-01-15 : http://huff.to/163pAeA

Mise à jour, 02-02-15. Réactions (pays) au numéro du 14 janvier. Huffingtonpost, 14-01-15 : http://huff.to/1Dvh5nx 

La lecture  de Charlie (à entendre lecture de ce numéro, et lecture du journal en général), cette lecture ne serait pas complète sans proposer la réflexion de Nicolas Bedos, sur le courage de l’humour (l’estime qu’il exprime pour les caricaturistes de Charlie, et l’affirmation de sa propre démarche, courageuse et engagée). Son admiration pour les journalistes assassinés ne l’empêche pas de soumettre un questionnement d'humoriste, questions à lui-même aussi), tout en rappelant le refus de l’autocensure : « Nicolas Bedos : ‘ Laissez-nous l’ouvrir et risquer notre peau ’ », Le Monde, 10-01-2015. Entretien : « Pleurer la bande Charlie n’empêche pas de rappeler son combat offensif, quasi hebdomadaire, à l’encontre des symboles islamiques. Non, Charlie n’était pas un repaire de déconneurs bon enfants. Et alors ? J’étais de tout cœur avec eux. Mais nier l’obsession satirique de Charb concernant l’Islam serait une provocation à l’égard des jeunes musulmans - ceux-là même qui, jamais, n’ont souhaité une telle barbarie. Charlie avait le droit - et le devoir – de concentrer son vitriol sur l’Islam radical mais on ne peut pas dire qu’il était un journal satirique classique. C’est faire de l’angélisme, du politiquement correct, et ça risque d’attiser le sentiment d’exclusion des jeunes musulmans. Qui pourraient se dire : ‘S’ils ne reconnaissent pas que certains dessins étaient extrêmement véhéments, alors j’emmerde Charlie et la France’ ». Article complet : http://www.lemonde.fr/culture/article/2015/01/10/nicolas-bedos-laissez-nous-l-ouvrir-et-risquer-notre-peau_4553347_3246.html

...... Echo de plusieurs questions évoquées ici, dans « Le canard enchaîné » : complotisme (article « Complètement complot » (etc.)......

...... Site de Charlie Hebdo : http://www.charliehebdo.fr/

........ Site du Canard enchaîné http://lecanardenchaine.fr/

14/01/2015

CHARLIE HEBDO 1178, 14 janvier 2015. Des millions d’exemplaires contre les haines mortifères et la bêtise

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La UNE.... Le dessin de Luz fait pleurer Mahomet, qui, ici, étranger aux terroristes, larme et bouche mécontente, dit que «Tout est pardonné». Les dessins ? Les malentendus ? Les menaces et les crimes ? L’indifférence qui aurait pu mener à la faillite ? La solitude d’un combat incompris parfois ? Qui pardonne ? Personne justement : il n’y a pas vraiment dans cette phrase de sujet d’un pardon, je crois. Il y a l’espoir d’une humanité au-delà de la haine, l’espoir de la possibilité du dessin, de la main vivante qui trace de nouveau des traits malgré le traumatisme. C’est le refus de la censure, de l’autocensure. (Doit-on parfois, aussi, se pardonner son courage pour encore vaincre la peur ? Et ainsi être dans encore plus de courage...).  Si Mahomet (qui n’est pas dieu mais homme) était ce que des croyants disent qu’il est, et s’il vivait maintenant, il aurait été du côté de Charlie, affichant « Je suis Charlie ». Il aurait pleuré après le massacre, mécontent de se voir associé à des crimes. Il aurait fait appel à cette notion de « pardon », sans espérer un pardon impossible, mais s’identifiant à Charlie, il aurait cassé la fracture de haine. Pardonner ? Pardonner l’impardonnable ? Non : garder mémoire, et garder mémoire du sens. Mais  faire que la dérision puisse reprendre ses droits et donc rire au moment où on pleure. Dans cette page, cette Une, les intégristes ont le prophète contre eux, le rire contre eux. Ce sont eux qui font pleurer le prophète, pas Charlie, puisque Mahomet est dans la manif : il marche en pleurant (ou n’arrive même plus à marcher) : lui aussi est Charlie... !!! D’ailleurs il n’est pas ridicule, ici : juste humain, du côté de l’humain, puisque, quand même, le pardon est posé comme horizon éthique. Mais il est cependant dessiné en Une d’un journal de dessinateurs caricaturistes : pas de censure. Les terroristes, décidément, ont perdu, sur tous les plans.

Mais il faudra de nouveau prendre aussi la plume et la parole pour dire et redire que la notion de blasphème fait écran à toute expression libre (et échappe au juridique dans nos lois et notre culture : elle ne regarde que l’intime de ceux qui y croient et qui ne devraient pas croire ainsi qu’une transcendance - posée par une foi quelconque ou par une autre – ait besoin d’effacer quoi que ce soit du réel qu’elle transcenderait...). Luz a peut-être voulu dire aussi que, si Mahomet est Charlie, comme nous tous, Charlie est Mahomet, et nous aussi. Tous humains. Le clivage qui met des frontières est un mensonge des extrémismes...

Il va falloir aussi approfondir notre réflexion, pour échapper aux pièges tendus par les manipulateurs qui sont à la source du projet terroriste. Ecoutons Boris Cyrulnik, analysant le 10 janvier la situation actuelle ("La seule bonne solution c'est la solidarité armée. S'armer intellectuellement, notamment." Et, dit-il, éviter le rejet de groupes humains, le rejet des musulmans...) 

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MISE à JOUR 19-01-15 et 23-01-15.

La Une de Charlie répond à un massacre qui atterre. Pas de justification aux assassinats (même si on devra tenter de comprendre les racines de ce désastre et lutter contre l’éternel recommencement du meurtre.). La mort, puis quelqu’un trace un DESSIN...  Une image pour dire...

Réactions. Quatre regards sur la UNE :

Inès Pohl, rédactrice en chef du journal "Tageszeitung", Allemagne, commente sa réception de la Une de Charlie et explique le sens de leur choix (publier cette couverture « sacrément bien réussie »). Libération, 18-01-15 : http://www.liberation.fr/monde/2015/01/18/luz-a-offert-un-geste-de-reconciliation_1183506 [Citations (traduction de Charles Morillon) : « Pour être honnête, si nous avons publié la une de Charlie Hebdo en première page de notre journal, c’est avant tout parce que nous la trouvions drôle et sacrément bien réussie[la quasi-totalité des journaux allemands ont publié les dessins de Charlie, y compris la une, sans que cela fasse débat, ndlr].Parce que notre confrère Renald Luzier, "Luz", est parvenu à relever un défi qui semblait presque impossible : offrir un geste de réconciliation dans cette situation, restant ainsi fidèle à l’esprit de l’hebdomadaire. «Parce que c’est une caricature qui a du mordant et qui dit : nous continuerons. Sans pour autant tomber dans le piège du "maintenant plus que jamais". Le turban évoque Mahomet ; la couverture est de la couleur du Prophète, en vert. C’est suffisant, on n’a pas besoin de plus.» (...) « La une de notre édition de mercredi est bien sûr un signe clair de solidarité. »]

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Fouad Laroui (auteur de l’essai « De l’islamisme, une réfutation personnelle du totalitarisme religieux », éd. Robert Laffont, 2011) : « On se dit catholique ou musulman, mais on sait à peine de quoi on parle ». Entretien de l’écrivain marocain avec Sabine Cessou, publié sur son blog ‘Rues d’Afrique’ (« Regards décalés sur l’Afrique, continent pluriel »), 21-01-15.  A la question « Que pensez-vous de la dernière une de Charlie Hebdo ? », il répond : « Les caricaturistes de Charlie Hebdo ont le droit de faire la une qu’ils veulent et ceux qui ne l’aiment pas ont le droit de protester pacifiquement. L’important, c’est de rester dans la légalité. ».  Entretien intégral lisible sur le blog : http://blogs.rue89.nouvelobs.com/rues-dafriques/2015/01/21/fouad-laroui-se-dit-catholique-ou-musulman-mais-sait-peine-de-quoi-parle-234090

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Malek Chebel (anthropologue des religions et psychanalyste). Au sujet de la UNE de Charlie. Le Monde, 19-01-2015 : http://www.lemonde.fr/idees/article/2015/01/19/le-prophete-lui-avait-de-l-humour_4559218_3232.html (« Ne pas représenter le Prophète c’est faire de lui une idole païenne, un Anti-Dieu. » (...) « On fait de la non-représentation du Prophète un secret mais si nous lisons les traités de théologie, Mohamed est décrit avec force détails. » (...) « Libérer l’image est une nécessité devant la prolifération maligne des images individuelles, forcément solipsistes. »)

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« Aujourd'hui, le prophète est aussi Charlie », Libération, 15-01-2015, par Soufiane Zitouni, professeur de philosophie au lycée Averroès : http://www.liberation.fr/societe/2015/01/14/aujourd-hui-le-prophete-est-aussi-charlie_1180802 

[La tribune commence par le rappel d’un hadith qui parle de Mahomet pleurant, et répondant à la question d’un compagnon : « J’ai vu que dans le futur j’allais devoir témoigner contre ma propre communauté. » /  Soufiane Zitouni  écrit : « Et je pose ensuite cette question à mes élèves : « Ce futur sur lequel pleurait le Prophète de l’Islam, n’est-ce pas notre propre époque ? » / Il évoque ensuite cette Une de Charlie qui avait fait scandale : « Un dessin de Cabu tellement juste et si peu compris par beaucoup de musulmans, malheureusement, montrant un prophète de l’islam en colère s’exclamant : « C’est dur d’être aimé par des cons ! ».  (...) « Je me demande si beaucoup de musulmans n’ont pas un énorme problème avec l’humour. » Il dit avoir repensé au livre du psychanalyste François Roustang, « Comment faire rire un paranoïaque ? », et il en résume le message essentiel (« Nous avons tous en nous un paranoïaque qui a besoin d’ennemis identifiés pour se rassurer quant à son identité propre, parce que ses ennemis lui servent de limites ou de bornes (qu’il n’a pas su se constituer lui-même). » Sur la représentation interdite ou pas du prophète ou des êtres en général, il rappelle des anecdotes – polémique en Algérie autour du cheikh Khaled Bentounès) démontrant la superstition ignorante de certains milieux et la froide rigidité de certaines institutions. (...) Pour conclure cette analyse il revient sur la notion d’humour : « Est-ce à dire, alors, que la connaissance serait sœur de l’humour ? A cette question, je réponds sans hésitation, oui ! » (...) « Alors oui, ce prophète caricaturé, insulté, moqué, mais surtout ignoré, est aussi Charlie aujourd’hui, n’en déplaise à un grand nombre de musulmans qui trouveront peut-être ce propos déplacé ou naïf, voire insultant, surtout de la part de quelqu’un qui se réclame comme eux de la culture islamique. »] 

MISE à JOUR 06-02-15 : Soufiane Zitouni a dû démissionner de son poste depuis cette tribune. Il explique pourquoi (ce qui va entraîner une plainte du lycée en question, dont il dénonce le double jeu). Libération, 05-02-15, "Pourquoi j'ai démissionné du lycée Averroès" : http://www.liberation.fr/societe/2015/02/05/pourquoi-j-ai-demissionne-du-lycee-averroes_1196424  

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LECTURES complémentaires, CITATIONS :

« Une minute peut blesser un siècle », Victor Hugo cité par Eric Fottorino, Le Un : 

« Ces monstres furieux de carnage altérés, / Excités par la voix des prêtres sanguinaires, / Invoquaient le Seigneur en égorgeant leurs frères ; / Et, le bras tout souillé du sang des innocents, / Osaient offrir à Dieu cet exécrable encens. » Voltaire,  La Henriade, 1723, texte choisi par Louis Chevaillier, Le Un 

Kamel Daoud sur sa page Facebook, deux jours après le 7. Courrier international, 13-01-2015 : http://www.courrierinternational.com/article/2015/01/09/kamel-daoud-a-nous-de-decider-quel-monde-nous-voulons (« Deux jours de silence. Mots épars dans la tête. Dessiner tue, penser tue, écrire tue, être libre tue, être digne tue, jouer tue, danser tue, rire tue, dénoncer tue, aimer tue. Deux jours à penser à la mort en soi, aux siens, aux autres, aux dessinateurs de Charlie Hebdo, aux deux journalistes tunisiens exécutés*, aux morts d'ailleurs. L'enjeu ? "Je suis libre" contre ceux qui hurlent "Je suis Allah". A nous de décider quel monde nous voulons face à la fin du monde que les tueurs veulent pour nous. »)

« S’il faut tenir compte du contexte, le contexte mondial ne sera jamais favorable à rigoler de l’islam radical ou des religions en général. Si on tient compte du contexte on ne parle plus de rien, jamais, la presse satirique est condamnée et c’est foutu. » Charb, cité par Eric Conan et Martine Gozlan. Marianne, 9 au 15 janvier.

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D'un côté des écrivains et des intellectuels qui apprécient la Une, de l'autre des foules qui manifestent, spontanément ou pas. Et des remarques, des réflexions de gens simples qui parfois acceptent, parfois se sentent blessés, ne comprennent pas cet humour, tout en condamnant totalement la violence. Des adolescents agressifs qui se sentent attaqués... Tout n'est pas mauvaise foi. Tout n'est pas bêtise. Ce sont juste des signes que la parole est nécessaire, l'écoute, le partage. Et le travail culturel. Il faut poser des ponts.

Mise à jour, 09-03-15. Tribune de Bruno Nassim Aboudrar, universitaire (professeur d'esthétique). Texte très éclairant : "Sans effigie du Prophète, il ne peut y avoir de caricature", Libération, 22-01-15 : http://www.liberation.fr/societe/2015/01/21/sans-effigie-...

Libération, 13-01-15, Malek Chebel, anthropologue des religions. Sur la Une de Charlie : "J ne vois rien dans cette une qui puisse provoquer quelque violence que ce soit." (...) "Il n'y a rien de blasphématoire dans ce dessin." (...) "Après, il y a toujours des semeurs de haine, des idéologues qui pourront s'en servir comme prétexte pour diviser." :  http://www.liberation.fr/societe/2015/01/13/je-me-rejouis-que-ce-dessin-ne-soit-pas-plus-clivant_1180092

11/01/2015

MARCHER CONTRE LA TERREUR

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Le dire en quelques citations...

« Ils ont tiré sur des clowns. / Ils ont tiré sur l’humour. / Ils ont tiré sur des poètes. / Ils ont tiré sur la beauté. / (...) Ils ont tiré sur des Juifs. / Ils ont tiré sur la fraternité. /Ils ont tiré au nom de l’islam. / Ils ont tiré sur l’islam. / (...) ... mais aucune balle ne peut tuer la lumière. »

 Caroline Fourest, Le Monde, 11/12-01-2015

(Oui. Mais, si on prend le temps du lent silence, en soi, un peu à l’écart de ce qui se veut analyse politique et idéologique et de l’émotionnel de peine et de colère – un peu à l’écart seulement car cela demeure présent -  ces « ils », qui sont-ils pour tous les « je » que nous sommes ? Eux qui « ont tué » et ont choisi de se faire tuer, volontairement en affrontant, ajoutant leur mort aux morts, qui sont-ils ? C’est-à-dire de quelle écume du réel produit par la masse de nos « nous » émergent-ils ? Que faudra-t-il faire pour que cessent les chaînes mortifères de haine, de racisme, de fascisme ? Quelles failles faudra-t-il interroger ? Complexité des causalités, ici et ailleurs... Comment penser les actes impensables sans tomber dans la haine en miroir des haines.... Et comment penser les êtres qui commettent ces actes impensables... Comment ne pas laisser gagner le terrorisme qui veut nous entraîner dans ses dérives mortifères, et nous transformer aussi en porteurs de mort - en actes ou en mots... puisque les mots tuent aussi, préparant les gestes qu'ils justifient par avance, ou créant dans les esprits la place du possible de l'horreur.)

« Je rêve que 2015 nous délivre de la peur. De l’alerte, de l’alarme (...). « Peur du voisin, peur du lointain. Peur de la vie, peur de la mort. En plus de la peur de la guerre, la guerre des peurs. Et pour finir, la peur de la peur. (...) «... Je décrète : 2015, même pas peur ! »

Irène Frain, Le Un, 07-01-2015

« ... Rêvons que chacun, sur cette terre, autant qu’il en aura le temps, dans la portion de cette année qu’il lui sera donné de vivre, puisse et ose s’arracher à la routine, à la servitude, pour se tenir debout face aux barbaries, pour les faire reculer d’un sourire, pour réaliser au moins en partie ce qu’il porte d’unique en lui... »

Jacques Attali, Le Un, 07-01-2015 

(C’est bien « barbaries », qu’il écrit, pas « barbares ». Barbarie du terrorisme, des terrorismes, violence aveugle, constructions aberrantes de pensées justifiant l’horreur absolue, l’assassinat sans affect, les actes monstrueux. Criminels aux doubles visages, où les voisins ou familiers ne reconnaissent pas les meurtriers brutaux que révèlent les médias. Comment bascule-t-on ainsi ? Question que pose sans cesse Latifa Ibn Ziaten, elle dont le fils fut tué par Mohamed Merah, elle qui rencontra des jeunes du quartier de Merah et qui, effarée par leur ignorance et leur discours, décida de vouer sa vie au dialogue avec ces êtres capables d’être un jour d’autres semeurs de terreur, et pour cela, pour la prévention, créa une association au nom de ce fils aimé, Imad : http://association-imad.fr/ )

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« Lorsque tu es dans la solitude ou l’obscurité, j’aimerais tellement pouvoir te montrer la stupéfiante lumière de ton être profond. »

Hafiz. Exergue, cité par Jeff Foster, dans son livre « L’acceptation profonde », éd. Almora : http://www.almora.fr/livre/jeff-foster/335-l-acceptation-... 

« Et sans aucune raison, / Je commence à sautiller comme un enfant. / Et sans aucune raison je deviens une feuille / Qui est emportée si haut / J’embrasse la bouche du soleil / Et fonds. « 

Hafiz. Exergue, cité par Jeff Foster, dans son livre « Une absence extraordinaire », éd. Almora : http://www.almora.fr/livre/jeff-foster/338-une-absence-ex... 

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« En état de choc les Français se rassemblent », Le Parisien, 08-01-2015 : http://www.leparisien.fr/informations/en-etat-de-choc-les-francais-se-rassemblent-08-01-2015-4427749.php

« Libres, debout, ensemble », éditorial, Le Monde, 09-01-2015 : http://www.lemonde.fr/attaque-contre-charlie-hebdo/article/2015/01/08/libres-debout-ensemble_4551628_4550668.html [« C’est la meilleure réponse que nous puissions adresser aux auteurs de cet acte de guerre contre la France et les Français. Nous le devons aux victimes, nos amis. »]

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Mise à jour, 12-01-15. Extraordinaire réussite de cette marche : près de 2 millions à Paris (compte difficile tant la foule était nombreuse), près de 4 millions pour le pays... Evénement historique, communion fraternelle magnifique......  

09/01/2015

Charlie Hebdo. Hommage de la presse...

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Des... couvertures, des sites, des liens... Charlie en UNE, partout... Quelques exemples...

 

 

 

 

Le Monde, 08-01-2015. « Ce que l’on sait de l’attentat contre Charlie Hebdo http://bit.ly/1Y1Nr5Y

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Libération, 07-01-2015. « ‘’Charlie’’, satire dans tous les sens » : http://ecrans.liberation.fr/ecrans/2015/01/07/charlie-satire-dans-tous-les-sens_1175870

Les UNES de la presse étrangère, Courrier international : http://www.courrierinternational.com/article/2015/01/08/attentat-contre-charlie-les-unes-de-la-presse-etrangere 

Algérie-Focus. Rédaction de Charlie cible d’une attaque, Algérie solidaire : http://bit.ly/1Dx1xzW

 

Rue 89. Onde de choc mondiale, nombreux gestes de soutien : http://bit.ly/1TWEXv9

07/01/2015

Terrorisme. « Il n’y a rien à négocier avec les fascistes », Charb, 2012

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« Peins un Mahomet glorieux, tu meurs. / Dessine un Mahomet rigolo, tu meurs. / Gribouille un Mahomet ignoble, tu meurs. / Réalise un film de merde sur Mahomet, tu meurs. / Tu résistes à la terreur religieuse, tu meurs. / Tu lèches le cul aux intégristes, tu meurs. / Prends un obscurantiste pour un abruti, tu meurs. / Essaie de débattre avec un obscurantiste, tu meurs. / Il n’y a rien à négocier avec les fascistes. »

Charb, 2012

Images de Charlie Hebdo sur google : http://bit.ly/1Km6LTR 

Fiche wikipedia : http://fr.wikipedia.org/wiki/Charlie_Hebdo

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A noter, le prénom du policier d’abord blessé puis abattu sur le trottoir (il approchait, répondant à l’alerte) : Ahmed. Que ce prénom soit un rappel contre les amalgames. Et, pour conclure, ci-dessous ce texte qui dénie aux assassins tout droit d’instrumentaliser une religion. Assassins terroristes les islamistes ne sont porteurs d’aucune foi réellement ancrée, d’aucune culture, juste porteurs d'une idéologie de haine et de mort, qui projette une lecture essentialiste du monde, une vision manichéiste. Une pensée mensongère justifie normes rigides et crimes. La démarche qui la fonde est l'inverse de ce qui est dit. Les "penseurs" ne partent pas du religieux pour énoncer des normes qui seraient conformes à la foi. Ils partent de leurs idées pour qualifier ce que doit être le religieux. De ces idées la domination et le pouvoir sont des clés. La charge violente inconsciente une racine puissante. D'un côté, un possible surmoi qui fait barrage à la violence intérieure (elle qui ne sait nulle empathie ou compassion), surmoi qu'autorise la pensée d'une transcendance. De l'autre, la fureur aveugle du "ça" dévastateur, horizontalité brutale sans pensée des valeurs... Horizon forcément mortifère, forcément criminel. La barbarie n’est que barbarie. L’idéologie fascisante n’est qu’idéologie fascisante. (http://www.lefigaro.fr/actualite-france/2015/01/07/01016-...) Mais notre regard (terrifié,sidéré) ne pourra nous dispenser d'une recherche des causes, d'analyses forcément plus complexes. 

« Mon coeur est devenu capable de toutes les formes, / Une prairie pour les gazelles, un couvent pour les moines, / Un temple pour les idoles, une Ka’ba pour le pèlerin, /Les Tables de la Torah, le Livre du Coran. / Je professe la religion de l’Amour, et quelque direction que prenne sa monture, / l’Amour est ma religion et ma foi. »

Ibn Arabi « L’Interprète des désirs » (Tarjumân al-ashwâq)

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Hommage à quatre des journalistes assassinés, Le Figaro (Cabu, Charb, Tignous, Wolinski). Hommage à tous à travers eux : http://www.lefigaro.fr/culture/2015/01/07/03004-20150107A...

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MISE à JOUR, 08-01-14 :

08-01-14, Le Figaro : « Série d’actes anti-musulmans au lendemain de l’attentat contre Charlie Hebdo » : http://bit.ly/1BDeadq

« Attentat contre Charlie Hebdo : cinq dessinateurs emblématiques assassinés ». RFI, 07-01-14. Hommage et portrait : http://www.rfi.fr/france/20150107-attentat-charlie-hebdo-cabu-tignous-charb-wolinski-maris/ [Charb, Cabu, Tignous, Honoré, Wolinski]

Les 12 victimes, Le Parisien, 08-01-14. Hommage : http://bit.ly/1AJLgbt  [Cabu (Jean Cabut), Wolinski (Georges Wolinski), Charb (Stéphane Charbonnier), Tignous (Bernard Verlhac), Honoré (Philippe Honoré), Bernard Maris (économiste), Elsa Cayat (psychanalyste et chroniqueuse), Franck Brinsolaro (brigadier, dont le frère jumeau, également policier, a témoigné en hommage à son frère et à ses collègues), Ahmed Merabet (policier), Frédéric Boisseau (agent de maintenance), Michel Reanaud (journaliste en formation, en visite à Charlie Hebdo), Mustapha Ourrad (correcteur)]

Algérie-Focus. "Carnage à Charlie Hebdo, Mustapha Ourad, Algérien, victime de la tuerie" : http://www.algerie-focus.com/blog/2015/01/carnage-a-charlie-hebdo-mustapha-ourad-algerien-victime-de-la-tuerie/

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Charlie Hebdo sort. Un million d’exemplaires tirés pour mercredi 14. Appel aux dons, au soutien ("Le journal des survivants", mercredi 14/1) : http://www.lemonde.fr/societe/article/2015/01/08/charlie-...

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SITE de CHARLIE HEBDOhttps://charliehebdo.fr/charlie/

Attentats de janvier 2015 (dont la fusillade à Montrouge). Fiche wikipedia : https://fr.wikipedia.org/wiki/Attentats_de_janvier_2015_e...

23/12/2014

« A L’INDEX » N° 27, revue, « espace d’écrits » (poésie, fiction, écritures de soi, voix d’ailleurs, notes de lecture...)

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« Ce matin j’ai écrit deux poèmes. / Je ne me demande pas pour l’instant quel sens / possède ou non ce travail obscur. / Simplement c’est une autre façon, possible, d’être vivant. » («... No me pregunto ya por el sentido / que tiene o no tiene este oficio oscuro...”) 

Luis Benitez, poète argentin (A L’Index n° 27, traduction de Françoise Laly), pp. 114 à 123.

 Ce choix en exergue : hommage, pour des textes (il y en a plusieurs dans la revue 27) que j’apprécie particulièrement...  

En quatrième de couverture je remarque une définition de la poésie (ou plutôt une conception de la poésie...) qui me convient assez, moi qui ai le goût du monde ouvert, du regard sur les pays proches ou lointains, intérieurs-extérieurs. D’ailleurs ce fragment pourrait sans doute atterrir dans la liste de mes exergues de blog (mon manifeste, ici)... C’est un paragraphe de Jean-Pierre Chérès, dont je relève ce passage: « Etre poète, c’est se donner corps et esprit à la présence du monde, c’est être possédé par le monde, c’est ouvrir en permanence ses antennes sensibles à l’univers... ». Mais si ce texte se trouve en « quatrième », mis ainsi en évidence, c’est bien aussi parce qu’il correspond à l’esprit de la revue, tel que veut l’impulser Jean-Claude Tardif, l’écrivain-éditeur. Les gens qui se retrouvent à publier là des textes (poèmes – vers ou prose – ou récits) semblent avoir en commun un sens d’âme nomade. Certains parce qu’ils ont traversé des frontières, d’autres parce que les frontières traversées sont plutôt des origines et des langues tissées en eux, d’autres encore parce que leur regard est hanté par l’horizon d’un ailleurs réel ou imaginaire.

Et cela s’inscrit dans les mots. Pas seulement pour les « Voix d’ailleurs », comme les pages bilingues de Luis Benitez, poète argentin, ou l’étude de Claire Lajus sur la poésie turque contemporaine (« poésie méconnue », note-t-elle avec raison en sous-titre). Non, pas seulement. Claire Sicard-Dumay, elle, interroge ses voyages intimes, « morceau d’Espagne » ou « bout de la jetée à Zurich ». En écho, malgré la différence de démarche et d’écriture, la « mémoire lavée au vitriol » de Jacques Nunes-Teodoro, dans « Saudade », poème qui interroge un « siècle furieux » et « l’ambition de nos ombres » (ambition perdue ?). Un autre de ses textes rend un hommage croisé à Primo Levi et Giacometti, un autre encore à son père, immigré et ouvrier. Et ses pages vont vers un océan qui n’est pas de rêve mais de réel, dur...  Gérard Lemaire, lui, cherche en creusant le centre d’un or solaire : « or de l’esprit », « lueur », « incendie » éventuel, possible, pas sûr : souffle, en humilité.

Je n’ai pas encore lu le dossier sur l’œuvre d’Yves Martin (à plusieurs mains). Je le ferai plus tard...  D’ailleurs je n’ai pas tout lu. Mais comment est-ce que je lis une telle revue ? Comme je lis toujours n’importe quel regroupement de textes (et même les recueils d’auteurs), exactement comme je commence à lire debout en librairie ou bibliothèque (pour voir si cela vaut le coup soit d’acheter soit d’emprunter). Cela ferait peut-être hurler des puristes (ou des hypocrites qui ne mesurent pas le temps de leurs lectures et font semblant de tout vouloir..) ou ceux qui pensent qu’il faut chercher la valeur d’un écrit avec lente attention. Pas moi... La lenteur je la garde pour les relectures (et je relis beaucoup, une fois que le test premier a fait garder l’ouvrage). Ma méthode est la lecture transversale (en bibliothèque, debout, pages tournant à toute vitesse : cela accroche ou pas – et si ce n’est pas le cas aucune lenteur ne me fera aimer ce que l’œil rapide n’a pas capté. Après tout, pour moi (en ce même domaine : la poésie) la méthode est le ciseau d’exigence : pourquoi n’aurais-je pas la même rigueur pour autrui ?

Eh bien, là, beaucoup de textes ont déjà passé le cap du rayon transversal... et donc mérité la relecture lente. Les pages ne s’ouvrent pas par hasard, elles viennent chercher l’œil. Si je n’aime pas tout de suite je n’aimerai pas plus tard. Et si j’aime vite des vers, j’aimerai en lenteur. (Je cherche d’abord la poésie, vers ou prose).

La préface (de Jean-Claude Tardif) interroge la discrétion qu’on reproche parfois à la revue. C’est vrai qu’une telle qualité mériterait plus d’envergure... avec ces pages qui font vivre du  contemporain.

J’ai parcouru aussi des notes de lecture. Ces regards qui vont donner l’envie d’aller vers un ouvrage, un auteur. Et j’ai lu avec attention, particulièrement, les deux textes qui parlent d’auteurs que je connais (pour ce que je ne connais pas je reviendrai...). Etonnée de voir Omar Khayyâm, comme si souvent (malgré l’intérêt qu’il suscite, et l’hommage authentique qui est rendu à son art), victime d’un malentendu répétitif : le vin, l’ivresse : portrait d’un épicurien qui deviendrait presque une sorte de matérialiste, athée militant (j’exagère...). Or Khayyâm doit, je pense, être lu à la lumière du contexte de son temps (codes d’écriture et de vie comme portes de liberté, provocations aussi, pour sauver sa solitude intérieure). Mais surtout à l’aide des clés que la symbolique soufie donne pour entrer autrement dans cette œuvre, et la déchiffrer....   Mais ce lecteur aime l’auteur qu’il évoque et le fréquente, preuve que les œuvres riches se donnent diversement à qui veut faire le pas vers elles. Ma lecture sera différente, avec ce vin où les soufis, qui savent une autre dimension du poète, voient la traduction d’une saveur (important cette notion de saveur dans cette voie) qui révèle une aventure, une expérience difficilement traduisible autrement. Le portrait de Shams de Tabriz que fait Elif Shafak dans le roman « Soufi, mon amour » (10/18) croise la figure de Khayyâm, d’une certaine manière. Personnages qui échappent à tous les cadres. Vin réel et vin symbolique ont droit de cité, et rôle... pour eux. Lire, ainsi, une autre introduction à l’œuvre, pourra prolonger la découverte qui est proposée dans la revue « A L’Index » (par quelqu’un qui fréquente son œuvre depuis longtemps). Autre lecture : http://kulturica.com/k/litterature/les-quatrains-d-omar-khayyam/ (Citation : « De ce fait, pendant des siècles, Omar Khayyam est passé pour un païen qui s’adonnait à la boisson et à d’autres jouissances diverses, un "libre penseur" proche de l’hérétisme aux yeux des religieux, des occidentaux et… du reste du monde. Il a échappé aux yeux des profanes que les termes de "vin", "taverne" ou "ivresse" pouvaient avoir un sens mystique très éloigné du sens premier. Mais, pour les esprits sensibilisés à la mystique soufie, Khayyam a toujours été un maître. »)

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Une autre note de lecture concerne Jean Sénac, œuvre de mon panthéon personnel (et bien plus, œuvre d’ancrage, d’identité). Poète frère (« frère(s) de terre » comme la page d’un site algérien nomme les natifs du pays de toutes communautés – de terre et d’esprit). Native hispanité algérienne...  (Dans mon poème « 36 choses à faire avant de mourir », chez pré#carré, je choisissais de terminer ainsi : « 36. Envoyer un télégramme à Jean Sénac, pour qu’il me tende la main, juste à la fin. »). J’apprécie qu’on le propose aux lecteurs : c’est un immense auteur (lui qui « signe d’un  soleil »). Mais, non, Sénac n’était pas « amoureux des » Algériens : il était, il est, un Algérien majeur. La formule en fait un étranger et cela me déconcerte, me blesse. Sans carte nationale, oui, ce du fait des règles ethniques et religieuses, choix d’un régime politique à vision univoque, et de la démarche qu'il aurait dû faire de demande de la nationalité algérienne pour l'obtenir. Or il considérait qu'il n'avait pas à la "demander", que c'était un droit de naissance et d'engagement. Sur l'assassinat de Sénac, il faut lire "Assassinat d'un poète" de Jean-Pierre Péroncel-Hugoz... et on apprend alors beaucoup sur la fin de la vie de Sénac, en éclairant la vie entière. Et sur toute la souffrance de l’indépendantiste voyant son pays se perdre... 

Mais l’essentiel est de donner à lire (ou envie de relire encore) et Khayyâm et Sénac, ce qui fut le but des contributeurs... et qu’ils ont, dans le fond, réussi, je crois...

MC San Juan

Pour en savoir plus, A L’INDEX : http://lelivreadire.blogspot.fr/

16/12/2014

La solidarité humaine, c’est...

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J’ai lu, cette semaine, dans Le Parisien, deux articles sur des jeunes impliqués de manière très positive, constructive, courageuse (courageuse, car c’est aussi renoncer à du temps égoïste pour soi, se heurter à des obstacles, ne pas toujours être compris). Lisant cela j’ai repensé à un texte de Jean Birnbaum, lu en septembre, et faisant l’éloge de cette attitude – valeur – qu’est la solidarité...  J’avais en mémoire la formule de sa conclusion... en plus du livre évoqué... « Debout-Payé » (2014, éds. Le Nouvel Attila), de Gauz...

« Solidarité vigile » était le titre de cette chronique de Jean Birnbaum, qui, dans Le Monde des livres (05-09-2014), présentait un livre singulier, où un jeune auteur, de l’intérieur, donne une voix à un monde ivoirien présent et visible dans les commerces et les rues – mais pas toujours « vu » réellement ni connu, les vigiles : http://www.lemonde.fr/livres/article/2014/09/04/solidarite-vigile_4481651_3260.html(« Debout-Payé est le roman d’Ossiri, étudiant ivoirien devenu vigile après avoir atterri sans papier en France en 1990. »)

« La solidarité humaine, c’est une certaine manière de se tenir dans le monde. Debout. » : Jean Birnbaum concluait ainsi son article pour dire l’éthique solidaire du vigile qui ici observe, comprend et aide quand il le peut : debout concrètement, physiquement, et debout, en conscience.

Pour en savoir plus sur cet ouvrage : Debout-Payé, fiche éditeur, Le Nouvel Attila : http://www.lenouvelattila.fr/debout-paye/#libraires [avec revue de presse et avis de libraires, interview de l’auteur (vidéo) et document audio (paroles de vigiles).

Et solidaires, donc, deux jeunes parmi d’autres... (Le Parisien, se fait souvent l’écho de choix positifs, de réussites témoignant d’une autre société pourtant tissée dans la nôtre, de regards d’espoir, par des portraits opposés aux clichés négatifs portés sur les jeunes, la banlieue, les cités...).  

« Ma force, elle vient de la banlieue » (Samira "femme de coeur"), Le Parisien, 12-05-2014 http://www.leparisien.fr/laparisienne/societe/samira-femme-de-coeur-ma-force-elle-vient-de-la-banlieue-12-12-2014-4368481.php

« Rémi, 16 ans, lycéen et champion de la solidarité », Le Parisien, 13-12-2014 : http://www.leparisien.fr/espace-premium/essonne-91/remi-16-ans-lyceen-et-champion-de-la-solidarite-13-12-2014-4369783.php

06/08/2014

« Dans mes veines ce n’est pas du sang qui coule, c’est l’eau… ». Lire Jean Venturini, poète…

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Guerre au Proche-Orient, désastres violents en Irak, Syrie, et ailleurs (images de corps martyrisés)… Vacances, tout de même, près ou loin – qui font s’échapper de l’actualité autant que des habitudes, changer de regard et de paysage… Et la poésie ? Quelle place lui donnera-t-on en cet été ? Lire et relire, bien sûr… Jean Venturini, par exemple. Lui qui, par son écriture et sa vie, est au croisement de ce que je viens d’évoquer. Révolte et colère (or n’est-ce pas ce que nous ressentons en voyant les ravages des conflits, la furie de ce goût de la mort des humains, avec tant de variantes ?). Regard : les yeux aimés, la beauté de visages ou d’arbres, la lumière, des couleurs, et même la laideur, puisque c’est du vivant, que c’est. La part de l’ombre en soi, murmurée ou criée, contemplée avec lucidité (or si tous nous faisions cet effort de descente dans ce labyrinthe d’émotions, de frustrations, de blessures… peut-être y aurait-il moins de projections, de volonté d’anéantissement des autres quand on les décrète étrangers, ennemis, maudits ?). Guerre : c’est bien cela qui a tué Jean Venturini en 1940, même si le naufrage de son sous-marin semble avoir été dû à la rencontre accidentelle d’un champ de mines. Pas de champ de mines sans guerre…

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Il y a quelques années, ayant vainement cherché un exemplaire du recueil épuisé de Jean Venturini, dont je ne connaissais que le poème de l’anthologie de Pierre Seghers… j’avais fini par mettre une annonce de recherche sur le site d’une association de collectionneurs (chercheurs de documents en rapport avec la culture des pays d’Afrique du Nord). Et j’avais été contactée par la personne qui possédait le rare ouvrage (et qui m’offrit la copie pour qu’enfin je puisse lire l’œuvre intégrale : merci !). Comme lui je regrettais que ce poète ne soit plus réédité : quelle tristesse de voir disparaître la trace d’une écriture brûlante, sacrifiée avec la vie de l’auteur dans ce naufrage de 1940. Que serait devenu ce jeune rimbaldien vivant au Maroc ? Seghers voyait en lui  la promesse d’une œuvre à poursuivre. Si Antoine Lantéri avait perdu ce livre, ou l’avait oublié, son héritier n’aurait jamais pu lancer sa recherche et nous n’aurions pas dans les mains tous les autres textes (car personne ne se préoccupait de faire revivre ce recueil et la voix de Jean Venturini).

OUTLINES  a été réédité… enfin, en 2009. Avec un avant-propos de Jean-Luc FALCO, qui explique comment cela a été possible, la préface originelle de René GUILLOT, ému par la jeunesse du poète tôt disparu, par la force des élans de l’auteur, par sa révolte entre colères et rêves d’amour.  L’ouvrage est complété par une documentation sur le sous-marin Le Morse et son naufrage. Eds VAILLANT : http://www.editionsvaillant.net/

Fiche sur DECITRE, librairie en ligne (on peut commander ainsi l’ouvrage, ou chez son libraire de quartier) : http://www.decitre.fr/livres/outlines-9782916986067.html

Relisant  le recueil, là, pour en choisir des citations, je remarque l’importance des points de suspension dans ses textes... Ne pas clore, laisser la pensée poursuivre son errance dans les mots non écrits, ou le rêve. Noter la phrase, le vers, mais poser ainsi, aussi, l’hésitation : on n’aura pas tout dit, ni trouvé exactement les mots adéquats, car jamais le poème n’est vraiment achevé intérieurement (« Demain peut-être en cherchant bien, je trouverais d’autres mots – plus beaux. » - Phrases dans l’ombre). Et le poème est ouvert à d’autres sens derrière les mots, dans le silence : les points de suspension valent retournement, comme si le silence était une marge en miroir, qui amplifie la phrase.

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Jean Venturini, est né en Tunisie en 1921 mais a vécu ensuite au Maroc. Il est mort en mer quand le sous-marin Le Morse (où il s’était engagé comme marin radio) a été détruit par des mines, en 1940 au large de Casablanca.  Son poème Sang est visionnaire : « Dans les veines ce n’est pas du sang qui coule, c’est l’eau, l’eau amère des océans houleux… »

« Outlines », est son seul recueil de poèmes (éd. 1939, puis 1940). 48 poèmes dont « Sang », qui fut publié dans l’anthologie de Pierre Seghers, « Le Livre d’Or de la Poésie française » (des origines à 1940), éd. Marabout.  Jean Venturini est le dernier poète cité dans ce volume : http://fr.wikipedia.org/wiki/Outlines

Pierre SEGHERS écrivait ceci à son sujet, introduisant le texte choisi : « Révolté, rimbaldien, son unique recueil « Outlines » parut en novembre 1939 à Casablanca. Il annonçait un grand poète. Comment ne pas penser, le lisant, que le poète est un « voyant », qu’il est doué d’une extraordinaire prescience ? »

PAGE dédiée au poète sur wikipedia : http://fr.wikipedia.org/wiki/Jean_Venturini

Monographie, par Madeleine Kérisit : http://www.auxmarins.net//fiche_marin/7305/Venturini

Evocation du marin Jean Venturini  (M. Kérisit), sur http://www.amedenosmarins.fr/pages/Jean_Venturini_marin_mort_pour_la_France_et_poete-2908728.html

CITATIONS (et fragment de l'hommage de Max-Pol Fouchet, revue "Fontaine", 1940) sur : http://fr.wikiquote.org/wiki/Jean_Venturini

Le poème « SANG » : http://egoak.free.fr/VENTURIN.htm

Deux poèmes sur un blog : SANG » et « FAREWELL » : http://raynaldopierrelouis.over-blog.com/2014/05/deux-poemes-tires-du-recueil-outlines-de-jean-ventur.html

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CITATIONS, en feuilletant les pages du recueil… Pour donner envie de lire le recueil entier :  

VENTS :

 « Vrai, j’ai trop erré… / J’ai trop pleuré… / Mes yeux / S’en sont allés / Et mon cœur est vieux… / Ma gorge est nouée d’avoir trop râlé / Mes amours et mes haines… / Oh qui cassera mes chaînes ? »(Chanson de fou)

« J’ai dans mes veines un sang rouge / Epais comme du vin nouveau… du gros vin / Lourd et sombre, plein d’alcools encore inavoués…  /// Un sang qui gronde et noue mes tempes… /// (…) Et qui sait mon cœur, comme du pus… /// …Peut-être ai-je aussi un peu de la lumière du ciel / Un peu de la tendresse et de la paix du monde / Qui murmurent quand ma brute s’endort » (Hérédité)

« Ceux de la nuit / Qui s’en vont dans la brume et dans la pluie / Sont mes frères… / Je les reconnais les gueux, les hères, / Leurs visages blêmes et laids / Me sont familiers… «  (Ceux de la nuit)

« Je sais les fugues de lumière sur l’eau des mares… / Et la douceur immense des couchants violets / Qui flottent sur les horizons qui s’effarent, / Funèbres reflets de pourpres inviolées. » (Paysan)

« J’ai jeté vers le ciel de hauts gibets pour / y pendre mes rêves… / (…) Aux arbres de la forêt j’ai noué des cordes pour pendre mes rêves… » (La sérénade aux pendus)

« Je veux la nuit profonde des hivers blancs, / muette et froide comme les caveaux sous la terre… /la nuit muette, pleine de l’élan / dur des arbres nus vers les gouffres sans lumière. » (Nuit)

« Dans mes veines ce n’est pas du sang qui coule, c’est l’eau, l’eau amère des océans houleux… » (Sang)

« Mais il n’y a personne devant moi, c’était / Un souvenir entré par les fenêtres avec / Le souffle chaud du vent d’été… » (Fenêtres)

« Alors je suis parti en une recherche effarée, / J’ai erré dans la nuit sans bords / Pour trouver la lisière que l’aube colore… / … L’aube était morte, linceulée de ses voiles déchirés. » (Recherches) [ En exergue, une citation de René GUILLOT : « De la terre au ciel en passant par où ? » (Chemin)

« Sur les flots glauques comme l’émeraude de ses yeux, / Je souffrirai des lunes pleines du mal de souvenir / Puis tout mourra dans mon cœur silencieux…  / Alors enfin libre je ne pourrai plus revenir.» (L’appel)

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MAROC :

« Moi je songe à des fontaines, à des chants murmurés / dans la paix fraîche des harems… » (Marrakech)

« Dans les bleus froissements d’ailes des ramiers, / le soir s’en est venu dormir sur les palmiers… /// (…) Demain peut-être en cherchant bien, je trouverais d’autres mots – plus beaux. » (Phrases dans l’ombre)

« Ils ont marché longtemps, les vents… » (Révolte). Poème dédié à René GUILLOT.

« Menaces de sang dans le soleil / Les étandards chérifiens / Fouaillent les ciels trop bleus. /// Un jour viendra, un jour glorieux / Où leurs étoiles vertes / Bondiront dans la lumière » (Un jour)

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ELLES (en exergue, Rimbaud (« Je voudrais vous casser les hanches / D’avoir aimé ») :

« Vous êtes entrées au jardin de mon âme » (Jeunes filles)

« …Viendra-t-il jamais, ce vent qui doit calmer ma fièvre ? » (Jeux d’eau)

« Mourir comme le jour bleu qui s’achève, / Et mêler mon âme aux senteurs pourries de l’automne. » (Automne)

« Ton souvenir c’est un naufrage / Dans les eaux calmes du large… / Une cassure sur le miroir / De ma mémoire… » (Marines)

« Ne regarde jamais du côté de la mer… «  (Naufrage)

« Mais les chimères aussi meurent.. » (Vous en souvenez vous)

RENOUVEAU

« J’ai trop pensé, j’ai trop rêvé » (Renouveau)

20/12/2013

Itinéraire d’une artiste : Nicole GUIRAUD, plasticienne

La valise à la mer. Objets de la mémoire, identité explosée, déchirée. 014.jpg

La liste complète de ses expos est sur le site de son galeriste, Peter Herrmann (fiche et expos depuis 2004) - voir ci-dessous, fin de note - mais je fais ici un choix très sélectif, pour présenter l’essentiel de sa démarche… Le travail avec cette galerie date des années 90 (alors à Stuttgart), avec le cycle des Vitrines, la série "Bouteilles à la mer", les collages transparents (plexiglas).  Dates clés suivantes, repères : 2004, 2009, 2012, 2013… Trois expositions sont présentes dans l’album EXPOS (2004, Berlin / 2012, Perpignan / 2013, Fdt Prinzhorn, Heidelberg : liens vers ces pages dans cette note, extraits). L’Allemagne est très présente, sa galerie étant à Berlin, et elle, vivant principalement à Francfort… L’exposition d’œuvres de la série « Archives » à Heidelberg me semble une reconnaissance particulièrement importante du sens de son parcours, l’occasion de revenir sur les traces posées pas à pas. Cette note est une première approche, suivant les pages des vignettes (pages des albums, déjà créées pour trois de ses expos, pour un film, un livre). Elle sera suivie par d’autres…   

(La valise à la mer… Installation de Nicole Guiraud. Photographie MC SJuan, 2004)

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Exposition à Berlin, 7 Mars - 30 Avril 2004, "Oran - Alger - Constantine", Berlin. Louzla Darabi, Nicole Guiraud, Samta Benyahia. Galerie Peter Herrmann : http://www.galerie-herrmann.de/arts/art2/oran_alger_constantine/index.htm  (J’avais fait le voyage à Berlin, pour cette exposition regroupant trois artistes nées en Algérie, et proposant à travers leurs œuvres un dialogue entre trois villes algériennes, comme lieux de mémoires individuelles, d’interrogations sur l’identité : croisement, dialogue entre des femmes du même pays, de communautés différentes, de vécus différents, mais en affinité native. J’avais ramené de cette rencontre des photographies et un entretien avec le galeriste, dont la démarche est née d’un amour pour le continent africain dans son ensemble, du Nord au Sud. (Petit à petit ces traces vont trouver leur place : « retour sur… », notes qui suivront…). Les œuvres de Nicole Guiraud présentées là appartenaient à la série « Le monde en bocal », mais on y voyait des œuvres qui préfiguraient le travail suivant en train de s’élaborer : l’archéologie de la mémoire : http://tramesnomades.hautetfort.com/album/a-voir/1800559506.html )

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2009. « Archéologie de la mémoire » / Archäologie des Erinnerns : http://www.galerie-herrmann.com/arts/art2/2009_Guiraud/index.html

Page de Georges Festa sur l’œuvre de Nicole Guiraud. De la série « Le monde en bocal » à « Archéologie de la mémoire » : http://armeniantrends.blogspot.fr/2010/10/nicole-guiraud.html (« Comment dire le démembrement, l’arrachement, au sens le plus littéral du terme ? Victime de la violence aveugle – cette guerre d’Algérie, où sombrera le message humaniste du chantre de Tipasa et de Noces -, Nicole Guiraud choisit l’Allemagne, autre terre de convulsions et d’exils où, au fil du temps, s’élabore une œuvre visionnaire, singulière. / De la série « Die Welt im Einmachglas » [Le Monde en bocal] (1975-2005) à sa récente exposition « Archäologie des Erinnerns » [Archéologie de la mémoire], une entreprise d’épuisement des formes et des mythes nous convie à interroger l’émiettement, la nostalgie, le désir d’altérité. » SUITE SUR LE SITE…)

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Premiers mois de 2012, Perpignan. Nicole Guiraud, « Survivre » : http://tramesnomades.hautetfort.com/album/a-voir/1490367217.html [Dans le catalogue, plusieurs auteurs explicitent le sens profond de cette œuvre, le courage dont elle témoigne (j’en reprendrai la lecture…). Le titre, « Survivre », correspond à l’enjeu réel de la création dans l’itinéraire de cette plasticienne, qui, depuis l’enfance, toujours, dessine, sculpte, et peint. Ce n’est pas, ce titre, « Survivre », une simple formule, pas un jeu avec les thématiques générales de la vie et de la mort. C’est la question centrale que l’artiste se pose et pose à ceux qui regardent son « monde en bocal », ses créations graphiques, les peintures et montages.

Comment, quand on a (c’est son histoire) été atteinte dans son corps, au sortir de l’enfance, quand cette atteinte est irrémédiable et que chaque jour on revit son intégrité physique violemment déchirée, comment peut-on échapper au désespoir, se délivrer de la haine et de la colère, ne pas être prise par la folie ? Comment créer quand même… Justement. Nicole Guiraud crée pour tenir debout, pour que sa vocation d’artiste n’ait pas été détruite aussi par la bombe d’une terroriste, malgré la main manquante, le bras amputé. Elle crée pour témoigner, ayant fait de la lutte contre le terrorisme un axe central de sa vie. Et elle choisit le dialogue : c’est une des signataires du texte fondateur d’Algérie-Djezaïr, texte regroupant des Algériens  et des Pieds-Noirs, pour un partage de mémoire, un lien entre les communautés natives d’Algérie. L’expo de Berlin en 2004 fut un de ces signes de partage.]

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Expo décembre 2013, Nicole Guiraud à la Fondation Prinzhorn, page Trames nomades, album EXPOS : http://tramesnomades.hautetfort.com/album/a-voir/171999384.html (Texte de Nicole Guiraud,courriels : « Le cycle des ARCHIVES retrace, au moyen d'assemblages d'objets, de textes et de dessins, le travail de mémoire - recherche des sources - entrepris sur trois décennies autour du thème de l'Algérie, celle de la paix, de la guerre, et pour finir de l'exil.  /// Cette oeuvre est difficile, austère, mais essentielle dans mon parcours artistique, et centrale dans mon parcours personnel. /// Le cycle des ARCHIVES  documente en grande partie le travail de mémoire sur l'identité (exil) et le vécu en Algérie (aussi l'enfance dans la guerre), entrepris pendant trois décennies  entre la France et l'Allemagne. » Présentation, à partir des précisions fournies par l’artiste, et suite de son texte, sur la page de l’album EXPOS …)

Site de la Fondation Prinzhorn : http://prinzhorn.ukl-hd.de/

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Nicole Guiraud, galerie Peter Herrmann (page de présentation et rappel des dates et titres des expositions principales : en bas de page cliquer sur les titres pour voir les œuvres correspondantes) : http://www.galerie-herrmann.de/arts/guiraud/index.htm

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Pour mémoire… Film, livre, galerie Peter Herrmann :

FILM. « Der Koffer, La valise à la mer », 1991. Mise en scène des déchirements de l’exil, des traumatismes de la mémoire et du corps. Parole de Nicole Guiraud, déchiffrant objet par objet la traversée d’une mer, la traversée du temps, fracture entre l’enfance blessée et le lent travail de construction de soi et de l’œuvre (Suite sur la page de l’album…) : http://tramesnomades.hautetfort.com/album/films/2755090956.html

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LIVRE. « Algérie 1962. Journal de l’Apocalypse », éd. Atlantis, 2013 (bilingue allemand-français : Nicole Guiraud vit surtout en Allemagne, où elle a sa galerie) 

Page (Algérie 1962, Journal de l’Apocalypse) dans l’album Livres (récits, témoignages), Trames nomades : http://tramesnomades.hautetfort.com/album/romans-recits/823653163.html (Nicole GUIRAUD, plasticienne, fut victime d’un attentat terroriste l’année de ses dix ans, juste avant la rentrée scolaire, le 30 septembre 1956, au Milk Bar, café qui, comme son  nom l’indique, avait une clientèle familiale, on y amenait ses enfants. (Le Milk Bar a encore été la cible d’un attentat pendant la « décennie noire » du terrorisme islamiste. Héritage de la violence, cibles choisies pour des raisons similaires : comment faire naître le plus de terreur si ce n’est en tuant ou mutilant des enfants.). / Boualem SANSAL, le dit bien dans sa préface (« L’histoire se vit deux fois ») : ce Journal qu’écrivait Nicole Guiraud, en 1962, pour supporter ce climat de terreur, une adolescente algérienne aurait pu en écrire un de très similaire, car l’horreur a recommencé, héritière d’une violence légitimée, normalisée. SUITE sur la PAGE de L’ALBUM…)

Commentaire (lecture du Journal), sur le blog armeniantrends, de Georges Festa : http://armeniantrends.blogspot.fr/2012/12/nicole-guiraud-algerie-1962-journal-de.html (« Dimanche 30 septembre 1956, 18 heures 30 : Nicole, une fillette de dix ans se trouve, comme chaque année à la fin des vacances d’été, avec son père dans le Milk Bar, au coeur d’Alger, pour y déguster une glace, lorsqu’une bombe explose, déposée par le FLN (Front de libération nationale). Quatre personnes sont tuées et cinquante-deux autres blessées. Nicole perd son bras gauche. » (…) « Dans son journal, la jeune Nicole, âgée de quinze ans, note jour après jour les violences d’une guerre civile qui prend de plus en plus les traits d’une apocalypse » SUITE sur le SITE armeniantrends…)

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Textes de Georges FESTA inspirés par des œuvres de Nicole GUIRAUD (ces liens vers le blog de cet auteur sont dans ma liste « Poèmes », ici) : NG/GF : « Le Marabout de Sidi Moussa », prose : http://armeniantrends.blogspot.fr/2013/02/nicole-guiraud-le-marabout-marabout.html  /// NG :  « Le peintre », GF : « Puisqu’ils ont voulu m’enfermer » : http://armeniantrends.blogspot.fr/2011/10/nicole-guiraud-der-maler-painter.html  ///  NG « Le Couple », GF « Sables » : http://armeniantrends.blogspot.fr/2013/12/nicole-guiraud-das-muschelpaar-couple.html  /// NG « Bouteille à la mer »,  GF « Et je m’enivrerai de mers / et de morts » : http://armeniantrends.blogspot.fr/2012/12/nicole-guiraud-flaschenpost-message-in.html

 

11/12/2013

Mandela, « leçons d’une vie » (Le Monde), « héros de notre temps » (Courrier international)

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Lectures…

Dossiers, numéros hors-séries :

« Nelson Mandela l’universel », présentation du hors-série, Le Monde, 09-12-13 : http://bit.ly/1cnAdVt   (« Il suffit de relire le discours que Nelson Mandela prononça en 2006, lorsqu’il reçut le titre d’ambassadeur de conscience d’Amnesty  International, sept années après s’être retiré de la vie publique, pour mesurer l’envergure universelle de cet homme d’exception, mort à 95 ans, jeudi 5 décembre. Ce discours, retranscrit, parmi d’autres, dans le hors-série que Le Monde publie, était intitulé « Je continue ma lutte ». ‘’Tant que l’injustice et l’inégalité perdureront, nul ne pourra prendre de repos ‘’, disait-il. » (…) « Il laisse aussi dans son sillage un espoir terriblement humain, celui qui fait qu’un homme seul, pourvu qu’il soit doté des qualités nécessaires, peut éviter une guerre et changer le sort d’une nation. (…) « Ce hors-série dresse l’inventaire d’une vie »)

Courrier international. Hors-série de mai 2010. « Mandela, un héros de notre temps » : http://bit.ly/1dnGKlh

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10/12/2013

LIRE NELSON MANDELA…

MANDELA autobio.jpg

MANDELA  CONVERSATIONS.gifRendre hommage à un tel être, c’est d’abord le lire ou relire, le faire lire (offrir…). Pour s’imprégner du sens profond de cet itinéraire, du message porté, des valeurs en référence et en  projet à construire. Prendre conscience des failles dans nos repères ici même, voir dans l’œuvre (vie et textes laissés) un fil tressé dans la trame du monde, encore pleine de trous… de fils manquants…

...... ARTICLE« Mandela, une vie loin du mythe »Le JDD, 12-10-10 : http://bit.ly/IDSkiJ 

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......LIVRES....

« Un long chemin vers la liberté », autobiographie de Nelson Mandela

Éd. Fayard, présentation : http://www.fayard.fr/un-long-chemin-vers-la-liberte-97822... 

Livre de Poche, résumé : http://www.livredepoche.com/un-long-chemin-vers-la-libert...

Fiche Decitre : http://bit.ly/19AcG2N

……………… 

« Conversations avec moi-même » (lettres, entretiens, carnets, préface de Barack Obama)

Eds de La Marinière : http://www.editionsdelamartiniere.fr/ouvrage/conversation... 

Poche, coll. Pointshttp://www.lecerclepoints.com/page-nelson-mandela-convers...

Fiche Decitre : http://bit.ly/19AcVuR

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BIBLIOGRAPHIE. Ecrits DE Nelson Mandela, et ouvrages SUR Nelson Mandela, culturebox.francetvinfo.fr http://bit.ly/1eUMunu

30/11/2013

« Matrone obscure qui préfère l’exil ». Juste une citation... (à méditer…)

« Méfions-nous (…)

parce que jamais ils ne furent sincères ceux qui ont crié pour des oreilles approbatrices (…)

Nous sommes toujours au bord de la méfiance

et n’aimons jamais la rectitude des maîtres

parce que la vérité de notre temps est matrone obscure qui préfère l’exil »

Les mêmes paroles

Angel Pariente

Traduit de l’espagnol par Marcel Hennart (Poèmes d’Espagne / Poètes du silence, éd. Cahiers Bleus)

21/11/2013

Agnès Spiquel, ou comment lire vraiment Camus…

Agnès Spiquel est une excellente introductrice à l’œuvre de Camus, elle qui préside la Société des Etudes camusiennes  : http://www.etudes-camusiennes.fr/wordpress/  En cette année de centenaire de naissance nombreux sont les entretiens où elle est sollicitée pour dire comment lire vraiment Camus, et comment ne pas le trahir... Et elle le fut aussi au moment des discussions sur l’exposition d’Aix (pour ma part la troisième formulation me convient fort bien : Camus citoyen du monde…).  

Ainsi, dans un entretien, Le Monde, 14-09-2012, elle donne des titres, pour commencer la lecture, quand on ne connaît pas l’auteur. Elle met en garde contre les récupérations « Ils ne lisent pas Camus, ils s’en servent ». Elle aussi insiste sur Le Premier Homme et Noces :http://bit.ly/R4t4Va (CITATION : « Je ne sais pas ce que Camus aurait dit, mais je sais ce qu'il a dit ; relisons les éditoriaux de Combat, les Lettres à un ami allemand, la section finale de L'Homme révolté sur la "Pensée de midi", les dernières sections de Chroniques algériennes. Il y parle de mesure et de limite, de respect de l'autre et de compréhension des raisons de l'adversaire ; il y parle de la responsabilité des hommes politiques, des intellectuels, des journalistes. Tout cela me semble un peu oublié ! Camus a des convictions, mais pas des certitudes sur tout ; il doute souvent, en particulier sur l'Algérie, et n'a pas honte de le dire. Ceux qui le récupèrent ne retiennent de sa pensée complexe que ce qui les arrange. Ils ne lisent pas Camus, ils se servent de lui. ») 

Autre entretien, Agnès Spiquel, La Croix, 07-11-2013, "Albert Camus est présent aux gens et aux événements" :http://bit.ly/I0u8X9   (CITATION : « Camus refuse de s’inscrire dans un camp, alors qu’il vit dans une période de profond clivage idéologique. La tendance à lui faire dire n’importe quoi, sans avoir vraiment lu ce qu’il a écrit, sans avoir compris à quel point sa pensée est une pensée de la tension et non pas du juste milieu, m’a beaucoup révulsée cette année. » / « Il est tout simplement présent aux gens et aux événements. Il n’élude pas, il ne recule pas. » / « Ce qui nous parle, de nos jours, c’est tout d’abord son refus de simplifier les situations, de coller des étiquettes sur les personnes et sur leurs actes. Les gens en ont assez des faux débats ; or, Camus invite à penser de façon fine et complexe. »)

Contribution importante d'Agnès Spiquel (dans un ouvrage collectif : « Les écrivains français et le monde arabe », éd. Droz, 2010) dans laquelle elle démontre que les Arabes, contrairement à des affirmations contraires, sont présents dans l’œuvre de Camus. Cette étude est reprise par le site de la LDH de Toulon. "Albert Camus parle des Arabes" : http://www.ldh-toulon.net/spip.php?article5131  Autre texte d’Agnès Spiquel, même site, celui sur Camus et l’Algérie, où elle retrace ses positionnements, "Albert Camus et l'Algérie" : http://www.ldh-toulon.net/spip.php?article3601  Les autres textes de la rubrique de la LDH sont malheureusement souvent partiaux. Idéologie fermée, tellement loin de la richesse complexe de Camus. Idéologie et complexité ne vont pas ensemble… Heureusement, Agnès Spiquel, elle, sait dire la complexité...

18/11/2013

« Les Tourbillons d’Anne Frank », par « Les Vies l’Art », des « Oiseaux r’Arts »

Anne Frank.jpgAffiche-Les-Tourbillons-d-Anne-Frank-Paris.jpgTrès beau moment de théâtre, dimanche après-midi, 7 rue des Plâtrières (Paris, 20ème). Surprenant, aussi, quand on croit venir pour partager une expérience qu’on croit être éducative, et qu’on trouve de l’art, à hauteur d’art, justement.

Une salle pleine, attentive, une scène au décor dépouillé (des papiers jetés à terre, un chandelier, des valises, une table), peu de lumière.  (L’ombre est celle de l’angoisse que les personnages vivent dans le contexte de l’horreur : le nazisme, la persécution, la mort qui hante, et, dominant cette ombre, le symbole nazi – immense il fait que l’univers terrifiant sort de la scène et domine la salle entière, spectateurs pris dans cette ombre).

Des comédiens, dont ceux «qu’on dit déficients intellectuels », et qui sont notés là, rajoute le programme, « Extra-Ordinaires » : la troupe « Les Vies l’Art ». Non ordinaires, pas regardés en général comme « ordinaires ». Mais donnant effectivement un jeu extraordinaire. Une année de préparation, le travail du groupe dans le cadre d’un atelier, une actrice devenue metteur en scène, et passée par le rôle d’éducatrice pour faire le lien entre son art et ces êtres qu’elle a découverts et qui la passionnent : Béatrice Scarfogliero. Lire, pour la découvrir,  l’interview sur ce blog (deux auteurs, Andréa et Rebecca) : http://fromeuropewithlove.fr/2013/11/05/interview-de-beatrice-scarfogliero/  (avec des photographies de la pièce)

Peu de paroles, mais fortes. Dans le silence, importance de la gestuelle et des symboles.

Anne Frank écrit, a peur, rêve. Sa famille se terre, vit, et souffre.

Les valises deviennent, à la fin, des cercueils, puis des tombes où on pose les pierres rituelles (respect, hommage, deuil). Les papiers restent à terre, messages de menaces, identités perdues.

Mémoire. Hommage à ceux qui sont évoqués, et à tous ceux qu’ils représentent, les victimes de l’Holocauste. Condamnation du nazisme, rappel du mal qui vient de la haine, du racisme, de l’antisémitisme.

Puis Hitler perd ses signes, et un autre personnage apparaît : Hitler est mort, une autre Allemagne naît, avec des générations  qui héritent d’une histoire terrible mais des enfants qui ne sont pas coupables des crimes des pères (au sens symbolique de pères). Gestuelle qui semble représenter une sorte de transe d’effacement ou de naissance, une danse de chaman : cette fois c’est un jeune allemand qui sort de l’ombre. Pour que cela soit dit, que l’espoir de la fraternité s’ouvre à la fin, la voix de Barbara fait passer le message de Göttingen, cette chanson qu’elle écrivit justement à Göttingen. Emotion, point final qui clôt de manière magistrale cette création magnifique… très applaudie. 

Les Tourbillons d’Anne Frank, quefaire.paris.fr : http://bit.ly/1aew8FO  et, page theatreonline.com : http://bit.ly/1fNbqxY Sur le site de l’association les « Oiseaux r’Arts », à laquelle est rattachée la troupe « Les Vies l’Art » : http://www.lesoiseauxrarts.fr/les-spectacles/les-tourbillons-danne-frank/

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Göttingen. Ce qu’en écrit Barbara dans son autobiographie, « Il était un piano noir : Mémoires interrompus » : « En Göttingen je découvre la maison des frères Grimm où furent écrits les contes bien connus de notre enfance. C'est dans le petit jardin contigu au théâtre que j'ai gribouillé 'Göttingen', le dernier midi de mon séjour. Le dernier soir, tout en m'excusant, j'en ai lu et chanté les paroles sur une musique inachevée. J'ai terminé cette chanson à Paris. Je dois donc cette chanson à l'insistance têtue de Gunther Klein, à dix étudiants, à une vieille dame compatissante, à la blondeur des petits enfants de Göttingen, à un profond désir de réconciliation, mais non d'oubli. » : http://fr.wikipedia.org/wiki/G%C3%B6ttingen_(chanson)

Göttingen, extrait : « Quand ils ne savent rien nous dire,
Ils restent là à nous sourire
Mais nous les comprenons quand même,
Les enfants blonds de Göttingen.

Et tant pis pour ceux qui s'étonnent
Et que les autres me pardonnent,
Mais les enfants ce sont les mêmes,
A Paris ou à Göttingen.

O faites que jamais ne revienne
Le temps du sang et de la haine
Car il y a des gens que j'aime,
A Göttingen, à Göttingen. »

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Site de la Maison Anne Frank :  http://www.annefrank.org/  

Le Journal d’Anne Frank : http://www.annefrank.org/fr/Anne-Frank/Le-journal-dAnne-Frank/

Livre de Poche, le Journal, édition 2013 : http://bit.ly/I0oPr8