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13/12/2016

Lanceurs d'alerte...

ALERTE... .jpgEn ce moment commence le procès en appel d’Antoine Deltour, de son ancien collègue, Raphaël Halet, et du journaliste Edouard Perrin de France 2 (qui avait pourtant été acquitté). Comme le dit Edouard Perrin (entretien, Le Monde du 12-12-16, qui reprend ce constat en titre), « ce procès est un message envoyé contre les lanceurs d’alerte et les journalistes. » Mais les révélations ont déjà modifié certaines règles, et aidé des prises de conscience…

Ceci est, je crois, très important. De la société civile, par des individus qui réagissent dans la réalité de leur quotidien professionnel, monte une volonté d’éthique sociale, financière, politique. Droit de regard, droit de parole. Une forme de dissidence morale...

Sur ce phénomène des lanceurs d’alerte on peut lire aussi le livre de Florence Hartmann qui fait le portrait de quelques cas de ces témoins éthiques, et analyse les problématiques en jeu…  « Lanceurs d’alerte / Les mauvaises consciences de nos démocraties », éds Don Quichotte, février 2014. Résumé et fiche sur Decitre : http://www.decitre.fr/livres/lanceurs-d-alerte-9782359491...

ALERTE 2.jpgStéphanie Gibaud (révélation du scandale UBS, l’exil fiscal organisé) paie encore lourdement les conséquences de son courage, n’ayant pas retrouvé de poste depuis cinq ans. Elle a rendu service au pays, le pays ne le lui rend pas en protection… Pour en savoir plus, notamment sur le harcèlement subi, les pressions, lire d’elle « La femme qui en savait vraiment trop », paru en février 2014,  éditions du Cherche midi. Page de l’édition : https://www.cherche-midi.com/livres/la-femme-qui-en-savai...

Autres livres… http://deslivresetlalerte.fr 

Fiche wikipedia... https://fr.wikipedia.org/wiki/Lanceur_d'alerte 

Ceci rejoignant la question de la corruption. On peut donc consulter le site de Transparency International… https://transparency-france.org  et celui d’Anticor, qui s’engage aussi sur ce sujet : http://www.anticor.org

20/04/2016

Procès en appel (21-04) du jeune blogueur mauritanien Cheikh Ould Mkheitir. Condamné à mort pour apostasie (Additif : Infos 23 et 24-04)

Le procès en appel du jeune blogueur mauritanien Cheikh Ould Mkheitir, 31 ans, condamné à mort pour "apostasie" en 2014, a lieu ce jeudi 21 avril (sans avocat, d’après l’IHEU : voir ci-dessous). On lui a reproché d’avoir publié un texte sur Facebook où il émettait des idées critiques, interrogeant le sectarisme originel dans la religion et la permanence de comportements actuels liés à la religiosité, aux normes transmises. Son texte, en arabe, était intitulé «La religion, la religiosité et les forgerons» (la caste des forgerons étant victime d’humiliations imposées par les religieux traditionnels mauritaniens). Son but était de défendre les forgerons (sa caste), mais le fait qu’il ait lié cela à une réflexion sur les causes idéologiques et religieuses, à l’héritage de normes rigides, a donné matière à l’accusation de blasphème. Cette condamnation à mort pour apostasie est un cas d’exception dans ce pays (dont les règles juridiques sont celles d’une charia rude, mais qui n’a pas exécuté de condamnés depuis trente ans environ : la menace demeure inquiétante).

Communiqué de presse d'AMNESTY, 19 avril 2016 "Il faut annuler la condamnation à la peine capitale": http://www.amnesty.fr/Presse/Communiques-de-presse/Maurit... 

MISE à JOUR 23-04-16. Peine de mort confirmée mais accusation requalifiée en "mécréance" au lieu d'apostasie, ce qui est considéré comme moins grave (...) et pourrait faire obtenir l'abandon de la peine en Cassation. Espoir léger, juridiquement  http://www.rfi.fr/afrique/20160422-mauritanie-peine-mort-...

MISE à JOUR 24-04-16. Mobilisation en Mauritanie... https://www.cath.ch/newsf/mobilisation-mauritanie-sauver-...

A lire :

La note blog d’Hebib Khalil, 20-04-16, chroniqueur au Matin DZ  reprend les infos AFP et pose des liens récents, comme l’article Jeune Afrique du 18-04-16) : http://khalilhebib.over-blog.com/2016/04/mauritanie-conda...

PÉTITION antérieure, elle peut toujours être lue et signée  : http://talsou.wesign.it/fr 

Groupe Facebook de soutien : https://www.facebook.com/groups/312364528953052/

Un article de Mohamed Louizi (16-02-15) sur le silence de la France et des institutions musulmanes en France au sujet de la condamnation à mort du jeune blogueur mauritanien Mohamed Cheikh Ould Mkheitir. Cridem (infos mauritaniennes) : http://cridem.org/C_Info.php?article=665499  ((Je relève un commentaire (mais certains, aussi, sont hostiles au jeune prisonnier) :  « Ce n'est pas ce jeune homme qu'on condamne à mort , mais c'est la liberté de penser et de s'exprimer qu'on veut ôter au peuple mauritanien. Les autorités veulent continuer à museler tout un peuple. »))

Info, 16-04-2016, en anglais, sur le site de l’IHEU, International Humanist and Ethical Union (« We also understand that he has no lawyer for the appeal process ») :http://iheu.org/young-writer-sentenced-to-death-for-apost...

J'ai retrouvé la page d'Amnesty, 2015, qui précisait que son avocat, soumis à des pressions, renonçait, alors, à le défendre (« La pression est telle que le premier avocat d’Ould Mkheitir, Mohameden Ould Icheddou, jette l’éponge. Il renonce à le défendre, après avoir reçu des menaces de mort. ») : http://www.amnesty.fr/Nos-campagnes/Abolition-de-la-peine... 

Page 2015, aussi, sur ACAT, secteur Mauritanie (recherche « s’informer » / pays / Mauritanie / 4ème doc.) : https://www.acatfrance.fr  

Et sur la page « Mauritanie » de RSF, il est fait mention de lui : https://rsf.org/fr/mauritanie?

Les associations comme RSF et ACAT, notamment, agissent (et tout n'est pas forcément en ligne)...

03/04/2016

Penser ombre et lumière, sauver le sens : Abdennour Bidar et Kamel Daoud

BIDAR.png2012. Regard d'Abdennour Bidar sur des "récurrences tenaces". Et la lumière quand même… 

2015. Réflexion de Kamel Daoud. Pour que le sens (cherché, ouvert) ne soit pas pris en otage… 

Je retrouve par hasard ces deux textes en même temps. Publiés à trois ans d’intervalle, ils se croisent exactement pour se rejoindre et nous aider à comprendre ce qui est à l’oeuvre actuellement : les attaques contre Kamel Daoud et l’enjeu majeur (soutenir cette voix, la conscience, la laïcité pour la démocratie - sauver la pensée). A travers la force de cette voix soutenir aussi celle des poètes prisonniers (Arabie saoudite, Qatar…). Refuser les injonctions qui traversent les frontières, les compromissions, le silence honteux, les alliances honteuses avec l’oppression. 

Relecture de l'entretien d’Abdennour Bidar (propos recueillis en 2012, Le Monde des Religions) pour penser les attaques contre Kamel Daoud et être plus armé pour le défendre, en mesurant mieux le contexte 2012-2016 (et suite…).

« Comment sortir de la religion », entretien de 2012, donc… Mais explication par avance des racines des alliances entre sociologues et traditionalistes (ou carrément, cf. tribune des 19, entre sociologues et islamistes). Citation : « Les traditionalistes musulmans deviennent de plus en plus sociologues et certains sociologues, vaincus par leur empathie naturelle, viennent de plus en plus au secours des traditionalistes musulmans. » Cette phrase introduit sa réponse à la dernière question de l’entretien, où il précise ce qu’est cette alliance, ce qu’est le contexte (« crise spirituelle » et « sous-culture religieuse ») et ce que sont les « récurrences extrêmement tenaces et critiquables » présentes dans les sociétés musulmanes. Il évoque (en musulman et islamologue), ses fortes divergences avec Tariq Ramadan. Il parle du présent de 2012, mais ce qu’il dénonce se déroule là, en 2016, accentué, évident, plus destructeur encore, et plus assumé. Les attaques contre Kamel Daoud sont à situer dans ce qu’il dit de ce contexte de compromission intellectuelle, de dévoiement de la pensée tombée dans le piège d’une idéologie fourvoyée par complaisance politique à la domination du religieux… Alors qu’on entre dans l’ère de la fin des religions (pas de la spiritualité : des religions)… Cet entretien n’est pas un plaidoyer pour l’athéisme, rien de tel (Abdennour Bidar est plus proche d’un mystique que d’un athée, quand on le lit). Il traite de la fin de la religion (de la religion, pas de la spiritualité ou d’un rapport à la transcendance) pour penser une troisième voie, qui se situerait « par-delà religion et athéisme ». (Réflexion développée dans un ouvrage titré « Comment sortir de la religion », éds Les Empêcheurs de penser en rond / La Découverte, 2012)... http://www.lemondedesreligions.fr/culture/abdennour-bidar... 


mms_img1824734821.jpgRetour vers un texte de Kamel Daoud sur Tunisie Focus
, avril 2015… « Il faut être laïc pour sauver la religion ». Car les attaques contre Kamel Daoud veulent (en posant le soupçon de la dite « islamophobie ») donner de lui une image trompeuse (à laquelle adhèrent parfois ceux qui le défendent, soupçon d’islamophobie en moins mais confusion commune). Kamel Daoud n’est pas dans un combat contre la religion en tant que telle, ou contre les démarches de ceux qui cherchent un sens transcendant. A le lire on comprend qu’il combat les manipulations, les idéologies meurtrières, et, justement, la pollution des concepts qui permettent de penser les questions des êtres humains sur le sens et les réponses qu’ils se donnent. Il n’est pas un militant de l’athéisme, mais un penseur de la laïcité (celle, sans adjectifs, qui respecte autant  les croyants que les agnostiques ou les athées).  

CITATIONS… « Dans le monde dit ‘arabe’ c’est le ciel qui trace les frontières de la Terre et transforme les nations en nuages éphémères. C’est le nouveau siècle et les pays du coin sont des tracés sur le sable…» (…) « Le ciel s’y joue et tue l’homme qui passe ou s’y attarde. Cela se passe ainsi quand on ne sépare pas religion et État, péché et délit.» (…) « Les religieux sincères devraient être les premiers à défendre la laïcité. » (…) « Sauf que le mot a mauvaise presse, sali par ceux-là mêmes qui disent que la laïcité est un crime contre Dieu et un complot de l’Occident. Cela se comprend : l’assassin défend son masque. S’il vous dit que séparer la religion et la politique est un péché c’est parce qu’il fait de la politique au nom de la religion. » (…) « Séparer l’État de la religion sauve al religion de ceux qui la salissent et la manipulent. » (…) « Cela permettrait de libérer une religion de la prise d’otage par la violence. C’est alors que l’on parlera de l’homme, de l’amour d’un Dieu, de sens, de vision, de conviction…»... http://www.tunisiefocus.com/politique/il-faut-etre-laic-p... 

Chroniques de Kamel DAOUD, Impact24.info http://www.impact24.info/category/chroniques/kamel-daoud/ 

Articles de Kamel Daoud, Le Quotidien d’Oran, sur Djazairess… http://www.djazairess.com/fr/author/Kamel+Daoud 

Chronique régulière dans Le Point : http://www.lepoint.fr/journalistes-du-point/kamel-daoud

……….

« Cultures d’islam », Abdennour BIDAR sur France Culture, les émissions : http://www.franceculture.fr/personne-abdennour-bidar.html

Article, Abdennour Bidar, octobre 2010, « L’absence de spirituel est un problème, pas l’islam ». CITATION : « Ici en France, une laïcité mal comprise nous a fait expulser hors du champ public toute recherche en commun d’un souverain bien spirituel… Or, cette laïcité française est une chance, si aujourd’hui nous nous en saisissons pour chercher tous, avec nos musulmans, dans le respect et la compréhension mutuelle, ce qui en amont de la dignité de la personne humaine la fonde spirituellement. »... http://www.lemonde.fr/idees/article/2015/10/27/l-absence-... 

Livres d’Abdennour Bidar (en rapport avec le sujet traité ici) :

« Comment sortir de la religion », éds. La découverte, coll. Les empêcheurs de penser en rond, 2012. (Sortir de la religion n’est pas, pour lui, sortir de la possibilité de penser la transcendance, mais se libérer des instances qui imposent leurs dogmes. De même, Kamel Daoud, défendre la laïcité, valeur de liberté, ce n’est pas vouloir la disparition des dimensions religieuses, c’est refuser leur instrumentalisation politique. Ils se rejoignent dans l’exigence d’une raison lumineuse…). http://www.editionsladecouverte.fr/catalogue/index-Commen...

et...  « Lettre ouverte au monde musulman », éds. Les liens qui libèrent, 2015 : http://www.editionslesliensquiliberent.fr/livre-Lettre_ou...

10/03/2016

PROCÈS à ORAN. L’imam salafiste est condamné… Kamel Daoud gagne

LOGO artcle majeur.pngUne première en Algérie, « une première dans le monde arabo-musulman ». Et c’est UNE juge. Très fort symbole que l’Algérie offre. Une femme, jeune, portant une responsabilité forte dans un procès qui a l’attention du monde. Ceci se passe à Oran, et ce n’est pas anodin. Oran étant une ville qui a particulièrement une tradition d’ouverture, de modernité, de courage aussi. L’imam fait appel (et se répand sur les réseaux sociaux). Espérons que l’Algérie confirme cette avancée (car même si la peine n’est pas très lourde, elle fait sens). La ‘réconciliation’, qui avait valeur d’amnistie après la décennie noire, aurait pu museler la justice, et cela n’a pas été le cas. La peur aurait pu jouer un rôle (ces salafistes ayant un passé criminel qui s’associe à la terreur, et un discours qui n’a pas évolué).

Lire…

Excellente analyse d’Adlène Meddi , « Le cas Kamel Daoud, contre-enquête », middleeasteye.net, 9 mars 16. (Rien à ajouter à cela…). CITATIONS : « La jeune juge n’utilise pas le micro, malgré le vacarme qui règne dans la salle d’audience numéro 1 du tribunal d’Oran. Elle fait défiler les dossiers de sa gauche vers sa droite au rythme des énoncés de jugement en une rafale de mots portée par sa voix fluette. » (…) « C’est une première dans le monde arabo-musulman. C’est la première fois qu’on condamne à de la prison un intégriste qui a menacé de mort un intellectuel. C’est très symbolique. Une manière d’affirmer que la violence, même verbale, devrait être une ligne rouge dans les débats. » (…) « L’ascension de Kamel Daoud comme écrivain ne se fait pas sans douleur : prise au piège des polémiques en France et en Algérie, elle révèle combien, dans un contexte de tensions et de malentendus autour de l’islam, il est difficile de tenir un discours libre. » (…) «… Son indépendance fait sa force mais induit sa solitude, pour paraphraser Pasolini. / Ces gens de l’autre côté de la mer, qu’ils l’attaquent ou le soutiennent, sont dans le confort de leurs propres institutions et espaces de débats, de leur tradition des polémiques intellectuelles apaisées. Ici, Kamel reçoit tout cela seul, isolé dans un pays où le débat est un pugilat, un procès d’intention. » (…) « L’essentiel… C’est ce qui se passe ici, avec ce jugement et le combat de Kamel dans son pays, contre un régime vieux et des intégristes dangereux. C’est ici le centre. Eux, là-bas, avec leurs polémiques, sont à la périphérie. »  http://www.middleeasteye.net/fr/opinions/le-cas-kamel-dao...  

« Algérie : Kamel Daoud gagne son procès contre le prédicateur salafiste Abdelfattah Hamadache », Jeune Afrique, par Nadia Lamlili, 8 mars 16. CITATION : « Le tribunal d’Oran (à l’ouest d’Alger) a rendu ce matin 8 mars son verdict sur le procès opposant l’écrivain Kamel Daoud au prédicateur salafiste, Abdelfattah Hamadache, leader du parti du Front de la sahwa islamique (non reconnu officiellement).  ‘’Le prédicateur a été condamné à six mois de prison, dont trois mois ferme, et à 50 000 dinars d’amende (près de 500 euros)’’, selon une source sur place. » http://www.jeuneafrique.com/308178/societe/algerie-kamel-...

« Le salafiste Hamadache condamné à la prison ferme », Algérie-Focus, par Abdou Semmar, 8 mars 16. CITATION : « Une première dans les annales de la justice algérienne. Le salafiste, Zeraoui Hamadache, dit Abdelfettah Hamadache, a été condamné, mardi matin, par le tribunal d’Oran pour 6 mois de prison, dont 3 mois fermes pour avoir demandé la condamnation à mort de l’écrivain et journaliste Kamel Daoud. » http://www.algerie-focus.com/2016/03/136187/ 

 « L’imam salafiste qui a appelé au meurtre de Kamel Daoud condamné ».. Marianne, 8 mars 16. CITATION : « L’homme (Hamadache) poursuit surtout ses activités sur les réseaux sociaux, comme le rapporte Le Monde, qui revient sur la dernière vidéo postée par cet ancien du Front islamique du salut (FIS), formation politique à l’origine des centaines de milliers de morts qui ont endeuillé l'ancienne colonie française dans les années 90. » : http://www.marianne.net/imam-salafiste-qui-appele-au-meur...

..... MISE à JOUR, 10-03-16

« Salut à Kamel Daoud », Libération, 10-03-16, par Jean-Luc Nancy. (Mais le « chapeau de Libération n’est pas bon car il déforme une phrase de l’auteur : en ajoutant un adverbe qui modifie le sens et peut même l’inverser à la lecture). Jean-Luc Nancy ne critique pas le « bruit » que ferait la « pugnacité » de Kamel Daoud : au contraire il met en relief l’opposition entre un retrait, attendu et le contraire, public, visible, fort. D'un côté l'acceptation d’une écriture qui ne dérangerait pas les censeurs, ne bousculerait pas, ou serait tellement cachée, peu lue - poésie par exemple, touchant un public qui accepte « la hache » qui brise nos limites, la glace en nous (Kafka) -  écriture qui ne ferait pas de vagues. Et  de l'autre... l’écriture qui, publique, crie la révolte et heurte les inquisiteurs (mauvais lecteurs, conformes à l’ordre qu’ils instituent en norme, aimant peu la hache brûlante des voix fortes). C’est un digne salut que celui de Jean-Luc Nancy… CITATIONS : «Pourquoi l’a-t-on fait à vous et non à tant d’autres qui ont écrit et dit la même chose ? Des Meddeb, Adonis, Benslama, Wafa Sultan, Mona Eltahawy et plus d’un, plus d’une autre dont on pourrait faire recueil sur le sujet qui a fâché de belles âmes consciencieusement postcoloniales. Je prends un seul exemple. Abdellatif Laâbi » (…) « La pensée et la poésie, ça ne fait pas beaucoup de bruit. On trouve qu’il ne faut pas être trop bruyant. » (…) « Mais il est parfois nécessaire de fulminer. » (Et il cite un vers d’Abdellati Lâabi…)  http://www.liberation.fr/debats/2016/03/09/salut-a-kamel-...

.... MISE à JOUR, 14-03-16

Amin Zaoui, "Les faqih de Paris se réveillent", chronique sur les complices idéologiques (rive nord) des islamistes (rives sud et nord). CITATION…. « Après les attaques des islamistes du Sud et les menaces formulées par les Hamadache du bled, c’est au tour des Hamadache du Nord d’attaquer l’écrivain et journaliste Kamel Daoud. Jalousie, paternalisme intellectuel ou tout simplement illettrisme politique ? Bel et bien, les Hamadache occidentaux existent — une réalité maudite — et leurs fatwas ne cessent de pleuvoir sur les quelques têtes lumières de chez nous. Ces Hamadache occidentaux ont des odeurs, des ombres, des langues et des tribunes. Ils sont même des douktour d’universités françaises ! Les faqih de Paris se réveillent ! Oui, la France de Voltaire, Baudelaire, Derrida, Foucault, Bourdieu, Zola, Barthe… la France de la raison, elle aussi a ses Hamadache, ses faqih salafistes ! Et ils sont influents. Et ils sont écoutés ! Et ils sont propagés ! Et je suis en colère ! » Suite sur le site d’El Watan… http://www.elwatan.com/culture/les-faqih-de-paris-se-reve... 

.... MISE à JOUR, 21-03-16 :

Entretien avec Djemila Benhabib, par Walid Mebarek, El Watan, 18-03-16  : « Daoud tout comme Sansal ou Zaoui sont des phares dans l’obscurité ». / Dans son nouveau livre Après Charlie, qui vient de paraître en France (édition (H&O), Djemila Benhabib lance un véritable appel du cœur : «Laïcs de tous les pays mobilisez-vous». 

- Pourquoi avoir ressenti la nécessité de reprendre la plume après l’attentat contre Charlie Hebdo en janvier 2015, votre livre paraissant après les massacres du 13 novembre 2016 ?

« J’ai toujours été sensible à la force des idées et à la brutalité déployée pour les étouffer. Lorsque la conférence de Mouloud Mammeri a été interdite en 1980, j’avais 8 ans et j’habitais à Oran. Bien entendu, je ne comprenais pas grand-chose à cette affaire. Néanmoins, interdire une parole libre me paraissait déjà suspect. J’ai grandi dans une famille de militants de gauche entourée de militants dévoués. / Eliminer les porteurs d’espoir qu’ils se nomment Alloula, Djaout, Fardeheb, Charb, Cabu ou Wolinski m’est insupportable. Ma responsabilité première dans ces circonstances était de décrypter l’absurde et de jeter des ponts entre le «ici» et le «là-bas». L’oubli et la résignation étant la pire des trahisons. Surtout, ne pas se taire. Parler encore et toujours comme l’évoquaient Djaout et Charb. » : http://www.elwatan.com/culture/daoud-tout-comme-sansal-et... 

..... MISE à JOUR 23-03-16

Paul Berman et Michaël Walzer « contre les idiots utiles de l’islamisme ». France Culture, Brice Couturier, 23-03-16.. http://www.franceculture.fr/emissions/les-idees-claires/l...

... MISE à JOUR 25-03-16 

Boualem SANSAL. "Kamel DAOUD ou le principe de déradicalisation", Libération, 23-03-16..."La littérature mondiale a gagné une nouvelle plume en la personne de Kamel Daoud. » (…) « Un jour, il rejoindra le panthéon des grands écrivains, c’est sûr, il en a le talent. Mais voilà, le danger pour lui est bien là, il a du talent, il sait appeler les choses par leurs noms et dire où elles se trouvent, cela en fait une cible de choix. Les lanceurs de fatwas et les censeurs les plus émérites, mais aussi les seconds couteaux, les jaloux, les faux amis et les superagents de la police de la pensée, tapis dans les hautes structures de la culture et de l’information, se mobilisent pour l’abattre » (…) « L’écrivain que je suis, hyperattaqué dans son pays, sait depuis son premier roman l’intelligence et la ténacité des assassins de la liberté et de la pensée. De tout, ils font un crime, ils savent, comme pas un, lire un texte à leur manière, y trouver ce qui ne s’y trouve pas » (…) « Ce sont en vérité des fous, des sanguinaires, des tortionnaires, des lâches surtout, des malheureux, au fond, qui ont besoin d’un os à ronger pour exister, pour calmer en eux on ne sait quelle irrépressible pulsion."http://www.liberation.fr/debats/2016/03/23/kamel-daoud-ou... 

... MISE à JOUR 29-03-16 

A LIRE, un SOUTIEN, total, de Kamel Daoud, en une analyse pertinente… TEXTE signé par Paul Berman (écrivain et essayiste américain) et Michaël Walzer (philosophe, universitaire), 29-03-16. Article paru d’abord en anglais dans Tablet Magazine, traduit pour Le Monde par Pauline Colonna d’Istria. La tribune n’est pas lisible intégralement (abonnés…). Les auteurs insistent sur le double schéma qui est à l’oeuvre dans la condamnation des écrits de Kamel Daoud par des intellectuels occidentaux (intellectuels ou se disant tels). D’abord c’est un refus plus ou moins conscient de reconnaître le droit à des penseurs du Maghreb ou du Moyen-Orient de poser une vision critique sur leur propre société . (Ce qu’ils s’autorisent eux, occidentaux, de loin, mais par des critiques « confuses et réticentes »). Car le second schéma « remonte à l’époque du communisme soviétique », quand il ne fallait pas (croyait la même « intelligentsia) dénoncer les crimes du stalinisme de peur de soutenir la droite contre la gauche. Là, soutenir les intellectuels critiques du Maghreb et du Moyen-Orient  se heurte à la peur de risquer de mettre à mal la critique du colonialisme ou de donner des arguments à l’extrême droite : erreur grave car c’est l’insuffisance des analyses ou leur absence qui est récupérable par l’extrême droite et les nostalgiques du colonialisme). Ainsi, par manque de réelle rigueur, par ignorance et faiblesse de pensée, « cette intelligentsia » « pourfend les dissidents ». Au moment du stalinisme, rappellent les auteurs, « les intellectuels occidentaux n’ont réussi qu’à obscurcir la réalité soviétique », et « ils ont fini par devenir les alliés de l’oppression ». Pour n’avoir pas reconnu « que le débat politique a parfois besoin d’être complexifié », et pour n’avoir pas su « défendre les deux points de vue en même temps » (dénonciation de l’oppression soviétique et lutte contre l’extrême droite occidentale). « De trop nombreux intellectuels progressistes tombent dans le piège de cette logique fallacieuse d’hier . ». Et ainsi, « ils obscurcissent des réalités », et « ils contribuent à alimenter la haine à l’encontre de ces auteurs », les « écrivains les plus talentueux ». Enfin, « ils donnent du poids aux condamnations des islamistes ». Paul Berman et Michaël Walzer concluent en espérant que Kamel Daoud choisisse de continuer à « nous faire penser ». Lire ici le DÉBUT du texte, le passage lisible en ligne : « Les accusations dont il (Kamel Daoud) a fait l’objet représentent un phénomène inquiétant. Doublement inquiétant en réalité, parce que ces accusations obéissent à un schéma qui commence à nous devenir familier. En voici la logique : un écrivain progressiste de tradition musulmane, ou vivant peut-être même dans un pays musulman, se fait connaître. / Cet écrivain propose une critique de l’islam tel qu’il est pratiqué ou de la répression sexuelle par le pouvoir islamique (un thème majeur) ou encore une critique du mouvement islamiste. Ces critiques sont jugées blasphématoires par les islamistes et les imams réactionnaires, qui répondent de la manière qu’on leur connaît. / Dans les pays occidentaux, les intellectuels, qui se considèrent pour la plupart comme des progressistes, mènent leur propre enquête sur l’écrivain et ses idées. Ils espèrent trouver le genre de critiques confuses et réticentes qu’eux-mêmes produisent. Or, ils découvrent autre chose : des critiques plus emportées, plus véhémentes, ou plus radicales et plus directes. »... http://www.lemonde.fr/idees/article/2016/03/29/a-gauche-d... 

L’article de La Croix (par Ihsane Elkadi, Alger, 08-03-16 - et toujours en phase avec le débat actuel), déploie toute la trame des problématiques en jeu et signale les thématiques à partir desquelles Kamel Daoud  exerce sa lucidité et nous propose d’exercer la nôtre…(Texte lisible intégralement, et renvoyant aussi à d’autres pages). CITATIONS : « À 45 ans, le finaliste du Goncourt 2014 (1) n’aime pas le réel. Il l’efface par ses mots. La littérature comme espace hologramme, pour supporter les rideaux baissés dans Oran, le vendredi à l’heure de la prière. » (…) « Une plume singulière, à rebrousse-poil du consensus mou de la fin de la guerre civile algérienne. Un troc insidieux où le renoncement à l’islamisme politique s’échange contre le refus des libertés individuelles. Kamel Daoud ne comprend pas pourquoi les Algériens jouent à se contraindre autant dans la bigoterie sociale alors qu’ils ont résisté au diktat des barbus. Et comme le pouvoir autocratique et affairiste des années Bouteflika est la première cible de la tornade Daoud, tout le monde en prend pour son grade… » (…) « Comme son alter ego Chawki Amari, écrivain de talent chroniqueur à El Watan, ou Dilem, le caricaturiste « habité » de Liberté, Kamel Daoud incarne l’épopée de la presse algérienne insoumise. » (…) « Kamel Daoud a creusé son sillon durant de longues années dans la poussière de sa ville. Il a la légitimité de la terre et du temps. Et ne veut pas le perdre. » http://www.la-croix.com/Culture/Kamel-Daoud-plume-coeur-p... 

... MISE à JOUR 30-03-16. Chronique publiée, qui est une analyse de grande profondeur. Regard bilingue, pensée que la lucidité écartèle... CITATION. Chronique de Kamel Daoud, « Le bilinguiste et la surdité », 30-03-16… « Lectures du temps et du sang : l’actualité de la semaine est dans la routine du 11 septembre permanent. Cette fois à Bruxelles. Explosions, photos, morts, vidéos, arrestations, analyses et appels. Le calme du tueur tétanise et terrifie plus que le cadavre du mort. Le monde tourne en rond autour d’un néant nouveau. Le plus étrange pour un bilinguiste assis au sud du monde, entre le Français et la langue arabe, c’est de lire les réactions dans les deux mondes. Non pas à travers les spécialistes du «Sud » et le bilinguisme des académiciens « arabes » installés en Occident, un peu trop raffinés, trop désincarnés, amoureux des âges d’or et des accointances qui prouvent l’échange de civilisations, mais à travers le bilinguisme de chair et de terre. Des lieux et des mots des autres et des siens, dans les papiers des journaux et internet et dans les discussions de café. Quand à la fois vous êtes francophone par envie et arabophone par généalogie et curiosité, et que vous pouvez prêter l’oreille et le cœur de part et d’autre. » Suite en ligne… http://www.impact24.info/le-bilinguiste-et-la-surdite/ 

... MISE à JOUR 04-04-16... NETTES PAROLES D’UNE FEMME, Chahdortt Djavann, contre les auteurs de la tribune des 19… Un soutien nocturne, pour Kamel DAOUD…  / L’ouvrage « Les putes voilées n’iront jamais au paradis », de Chahdortt Djavann, était au programme d’une émission,  « Au fil de la nuit », émission culturelle, lundi 4 avril, soir tard (TF1). / Pour conclure, après voir parlé du sujet du livre, question de l’animateur, Christophe Ono-Dit-Biot, à Chahdortt Djavann, sur ce qu’elle pense des attaques venues d’occidentaux contre Kamel Daoud. (On sent que l’animateur - qui se situe là à l’opposé des signataires de la tribune hostile, les 19 - pose cette question en écho aux réflexions précédentes, à propos du livre, questions sur la place de la femme, et sur l’hypocrisie dramatique qui aboutit à la mort pour des prostituées, qui existent, sont utilisées, mais sont niées jusqu’à être tuées… Car le sujet est le même : ce que dénonce Kamel Daoud, ce livre le dénonce aussi. Voici la réponse de Chahdortt Djavann (de mémoire, mais sans trahir la pensée, à écouter en replay, c’était vers la fin de l’émission) : « C’est le pire racisme, c’est la première fois dans l’humanité, dit-elle, que des gens osent critiquer ainsi quelqu'un qui parle de religion de l’intérieur de sa culture » (Elle rappelle comment Voltaire et les penseurs des Lumières étaient critiqués, attaqués, au sujet de la religion, mais par des gens de leur propre culture, pas par des gens d’ailleurs prenant le parti des inquisiteurs). Elle ajoute « Bien sûr il ne faut pas essentialiser ,mais ne pas reconnaître que le rapport à la femme dans dans les pays d’islam n’est pas le même que dans les pays de culture chrétienne, ne pas reconnaître cela c’est de la collaboration. » L’émission Au fil de la nuit , lien: http://lci.tf1.fr/au-fil-de-la-nuit/ 

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RAPPEL. Information sur le collectif algérien de soutien. Article d'Hebib Khalilhttp://khalilhebib.over-blog.com/2016/02/kamel-daoud-tire...  

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Voir aussi les notes des 16, 21 et 27 février 16, 1er mars 16, 3 avril 16. Dans ces notes, texte, citations, et liens (revue de presse, articles et pages en ligne)... 

« Kamel Daoud, voix essentielle », 16-02-16 : http://bit.ly/1OGBTfh

« Lire Kamel Daoud, soutien, suite… », 21-02-16: http://bit.ly/1LODwaQ 

« Pour Kamel Daoud. Sur un texte de soutien », 27-02-16 : http://bit.ly/21EzGsn

« Contre les chiens de garde de la fatwa », 01-03-16  http://bit.ly/1TRXedC

« Penser ombre et lumière, sauver le sens » : Abdennour Bidar et Kamel Daoud »,  03-04-16 : http://bit.ly/1pVDE3L

Et ajout (février 2016)d’une dédicace supplémentaire au texte repris en note le 18-12-15. « Poème pour dire » (texte MCSJuan). Dédicace qui précède des exergues, puis le texte : http://bit.ly/1Tgz1hq

01/03/2016

CONTRE les "chiens de garde de la fatwa, déguisés en chercheurs". Réflexion, et lecture de la tribune de Pascal Bruckner

mms_img1203484475.jpgSoutien de Kamel Daoud, suite...

Car... "A nous de décider quel monde nous voulons" (Kamel Daoud, Courrier international, 09-01-15 : http://bit.ly/1BLvE7G )

Et car... « Ces dernières décennies, le monde dit musulman vit, à travers les propagandes islamistes, une surexcitation de ces codes sexués patriarcaux que la charia entérine. En désignant la liberté sexuelle comme le point crucial de la culture occidentale, l’islamisme identifie les droits des femmes et des homosexuels comme les pires fléaux d’une « occidentalisation » qui détruirait l’identité islamique. La mixité et l’autonomie des femmes sont aussi présentées comme sources de corruption sociale et de désordre. Dans cette optique, la prescription du voile, garant de la pudeur, et des conduites inhérentes à respecter confère d’emblée aux femmes non voilées un caractère impudique. » Chahla Chafik  (Le Monde, 15-01-2016,  tribune intégrale lisible sur le site de l’auteur : http://bit.ly/1UISkPC )

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"Le Monde" a récidivé, en ouvrant une page (partagée) à une des signataires de la tribune hostile à Kamel Daoud (qui reprend les mêmes slogans donnés pour de la pensée… et ne comprend toujours pas ce qu’a écrit l’auteur que ces inquisiteurs accusent de tous les maux). Et en titrant, de manière choquante, « Peut-on critiquer Kamel Daoud? » (Pourquoi ne pas titrer « A-t-on le droit d’appuyer les fatwas contre les auteurs libres? » ou « A-t-on le droit de lyncher avec des mots hypocrites les penseurs qui nous dépassent? » ou « A-t-on le droit d’être les complices complaisants des islamistes? A-t-on le droit d’être des collaborateurs? »)

De quoi s’agit-il? Un auteur, chroniqueur et écrivain (qui depuis des années porte sur la société, les mentalités, les intégrismes, un regard d’une grande lucidité) a réagi à un fait dramatique, l’agression de femmes, à Cologne, par des hommes venant de pays arabo-musulmans (ce que l’enquête a démontré, mais que l’on savait dès les premiers témoignages, malgré le silence gêné d’officiels). Réagir à l’actualité, c’est le travail des chroniqueurs. Tenter de comprendre les causes des faits, de décrypter le réel, c’est du journalisme. 

Des agressions sexuelles? oui, ce fut le cas.

L’ identité des hommes? Oui, ce que disent les faits, les témoins, puis l’enquête, cela conforte le questionnement de Kamel Daoud. Pays, culture, appartenance à un ensemble déterminé par des codes machistes légitimés par des justifications se référant à une interprétation rigide de sources religieuses (ou un dévoiement inventant des règles que les sources ne confirment pas…).

Réelles agressions, occultées par les auteurs de la tribune qu’elles dérangent moins que le fait de les analyser et questionner, apparemment. Le crime de l’auteur est de refuser le déni. Et comme le déni est ce qui remplace la pensée pour les censeurs, il faut condamner celui qui le refuse.

Pourtant il n’y a pas  que Cologne. Le wahhabisme s’étend, là où il a le pouvoir les femmes sont soumises à l’effacement derrière les voiles qui masquent corps et beauté (car autrement les hommes ne sauraient résister aux pulsions?) et à des interdits, une soumission. Le voile sert aux salafistes de marque et d’affiche, et la notion de « pudeur » d’occultation à tout vécu de la sexualité qui ne soit d’emprise.

Il n’y a pas que Cologne. Mais, aussi, il n’y a pas que Kamel Daoud qui interroge et dénonce ce qui doit être interrogé et dénoncé. Pourquoi tant de hargne contre lui? Ce n’est pas seulement pour la grande qualité de son écriture (que les inquisiteurs n’ont pas l’air de savoir apprécier). Ce n’est pas seulement pour sa notoriété. 

Serait-ce parce qu’ils sont dérangés par la grande complexité de sa pensée? Justement? Complexité qui, notamment dans cette chronique sur Cologne, lui faisait renvoyer dos à dos les fantasmes des uns et des autres, les peurs des uns contre les peurs des autres. Ou, autre page, autre jour, dénoncer « les » intégrismes (« L’intégriste universel »). S’il n’accepte pas les pièges de la victimisation jouée et surdouée, qui évacue toute responsabilité, il n’accepte pas plus les pièges d’une idéalisation fausse des réalités occidentales. L’acuité du regard, Kamel Daoud l’exerce sur tout. 

Serait-ce à cause de cette fatwa? Par un désir inconscient de complaire aux salafistes? A moins que ce soit plus que complaire, et plus qu’inconscient? 

Ou, calcul stratégique qui aurait été impulsé par un courant idéologique qui sait infiltrer et capter des passeurs de message, serait-ce parce que, fragilisé par cette fatwa, il est une cible idéale pour ensuite décourager les autres auteurs. (Chroniqueurs, blogueurs, journalistes divers, romanciers, poètes ou philosophes?) On commence avec celui qui est le plus en vue, primé récemment encore (et on se saisit de ce moment, peut-être pas par hasard…), avec l’intention de continuer ensuite avec d’autres. 

Ou…? Je cherche, je réfléchis, depuis plusieurs jours, lisant les réactions des uns et des autres, tous ces soutiens qui sont de plus en plus nombreux. Et je me demande s’il n’y a pas quelque chose qui est de l’ordre du racisme, même si des signataires s’appuient sur leurs noms pour revendiquer une appartenance à l’univers culturel de l’auteur. Le racisme qui est ressenti devant celui qui échappe aux catégories, dont vous craignez qu’il vous ressemble au point que vous ne sachiez plus vous différencier. Kamel Daoud, lui, est très clair. Il est et se dit Algérien, totalement, avec amour pour la terre native et les êtres qui la peuplent. Il en prend toute la culture héritée, ne faisant pas profession d’athéisme. Il a choisi d’écrire en français, comme beaucoup (cette prise revendiquée par le grand Kateb Yacine). Et son esprit saisit le monde autant que le lieu. Son écriture produit des « chroniques algériennes », mais son art rejoint l’universel. Une conscience qu’on ne peut enfermer dans une case, et qui gêne le désir qu’ont certains de se mettre dans de confortables cases conformes : la victime éternelle de l’Histoire coloniale, le croyant toujours stigmatisé, l’antiraciste vigilant (ou qui croit l’être,antiraciste), l’ami « des » musulmans (qu’il confond souvent avec les islamistes, mais…), l’intellectuel (ou croyant l’être car bardé d’éventuels diplômes ou titres) professant le multiculturalisme (mais en fait le mono-culturalisme pluriel tel que défini par Amartya Sen), l’identitaire qui ne sait pas qu’il l’est (mais il l’est : obsédé par l’appartenance, l’origine, la fidélité aux frontières et aux normes dictées).

Oui, racisme sans doute. 

Et peur. Car Kamel Daoud interroge autant les conforts et failles de l’impensé européen (machisme miroir qui refusait de voir du viol là où il y avait viol) que les failles dans ce qu’il dit de son monde d’autre bord de mer. Secousse sur deux rives. 

Si de telles questions viennent d’Algérie, l’onde de choc qui se prolonge peut déchirer bien des certitudes. Et les « sociologues », enfermés dans leurs systèmes, être perdus sans leurs cadres repères. C’est leur statut aussi qu’ils défendent. Leur échec à savoir penser ce qu’un écrivain peut formuler avec d’autres mots et concepts que ceux que leurs schémas ne savent pas saisir. 

Ce que l’exigence de lucidité de Kamel Daoud provoque, c’est un questionnement sur le rapport de la société avec le féminin (plus que le rapport féminin-masculin seul), de manière universelle. Et aussi de la société avec la pensée et les frontières artificielles entre domaines de compétence. La force d’écriture d’un auteur dépasse en rigueur, par son art, les productions dites universitaires. Parfois une chronique vaut plus que certains livres lourds de pages et de certitudes. 

La flamme d’un style contre la glace des intégrismes (même coiffés).

Pour que l’intelligence ne soit pas marquée d’illégitimité…

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Et donc, j’ai lu, aujourd’hui, la tribune de Pascal Bruckner, qui oppose sa lecture des faits et sa perspicacité à l’obscurantisme déguisé en maîtrise. Soutien affirmé de Kamel Daoud. Affirmé et argumenté.

Le titre pose les points sur les « i »… Fatwas. Le « s » associe les signataires (et la récidive individuelle de l’une d’entre eux) à la monstruosité de l’appel du salafiste vouant la pensée à la mort. Car c’est effectivement du même ordre.

« Défendons les libres-penseurs contre les fatwas de l’intelligentsia », est donc le titre (papier) de cette tribune de Pascal Bruckner, dans Le Monde daté 2 mars. Sur le site le complément (« venus du monde musulman ») correspond bien au contenu du texte… (même si la notion de « monde musulman » masque la pluralité des mondes dits de l’islam - où, d’ailleurs, tout n’est pas « islam »… malgré les injonctions de forces dominantes - et où « islam » recouvre des réalités plurielles aussi). 

« Comment faire taire une voix originale ? », dit-il, « Par deux moyens : la menace physique, d’un côté, le discrédit moral, de l’autre. »

Si, insiste-t-il (à juste titre), Kamel Daoud a évoqué la misère sexuelle, la frustration, « Il n’est pas le premier à proposer une telle lecture : de Tahar Ben Jelloun à Fethi Benslama, nombreux sont les écrivains ou psychanalystes, originaires d’Afrique du Nord, à avoir mis en lumière la misère sexuelle, la relégation des femmes, l’interdit de l’homosexualité dans le monde arabe. ». Mais lui, note-t-il, a appliqué sa réflexion aux agressions de Cologne. C’est concret, c’est ici, c’est tabou. Donc : « Il s’agit de lui fermer la bouche en l’accusant de racisme. » Et « Avec cette pétition, on n’est pas dans le débat intellectuel, parfaitement légitime, mais dans la démonologie. » Pour supprimer de l’horizon, de manière inconsciemment magique, ce qui est insupportable car très grave, « il ne faut pas en parler »… « il ne faut rien en dire ». Comme si ne pas nommer avait pouvoir d’évacuer le réel dérangeant... « Une sorte d’interdit pèse sur l’interprétation. » 

Pascal Bruckner porte l’attention sur une inversion de la prise en compte des faits. Se soucier des personnes agressées portant l’attention sur la violence des hommes et leur identité, il ne faut pas le faire : donc se taire est le choix de ceux qui dénient à Kamel Daoud le droit de dire, questionner, analyser des… faits. Non, il faut se soucier plutôt de l’image que cela donnerait des cultures auxquelles ils se rattachent, disent implicitement les censeurs. Et du religieux, dont la présence est dominante. Parler du religieux, là, c’est forcément, explique Pascal Bruckner, être accusé d’islamophobie (ce qui a été fait dans leur tribune pétitionnaire) : « Voilà donc, le terme d’islamophobie, ce mot du vocabulaire colonial du XIX ème siècle, transformé en arme de guerre idéologique par les mollahs de Téhéran en 1979, à nouveau utilisé comme instrument de censure.» Censure, visant les intellectuels au-delà de Kamel Daoud  : « C’est toute la nébuleuse critique de l’intelligentsia franco-maghrébine qui est visée par les pétitionnaires. »

Et, là, Pascal Bruckner fait le lien avec la période stalinienne, où les tabous étaient aussi violents, où l’on désignait comme traîtres réactionnaires ceux qui osaient critiquer l’URSS, alors intouchable au regard de communistes suivistes… Une certaine gauche ne supporte pas de voir ses illusions percées à jour. (Je dirais, pour ma part, une gauche qui frôle l’extrême droite…).

Il dénonce aussi ce qui relève, dit-il, d’une sorte d’apartheid intellectuel (on ne reconnaît pas à l’intellectuel algérien, maghrébin, le droit de critiquer sa propre culture). Le regard critique sur soi étant un privilège d’européen : « mépris néo-colonial masqué sous la défense de l’islam ». Pascal Bruckner regrette qu’au lieu d’aider les penseurs dissidents à « combattre le fanatisme», les intellectuels soutiennent « les pouvoirs dominants » et « cautionnent »... la « bigoterie religieuse en cours » : « trahison des clercs », encore… 

Contre les « chiens de garde de la fatwa, déguisés en chercheurs » (titre de la note emprunté à cette citation),  Pascal Bruckner en appelle à ceux qui sauront « appuyer ces voix divergentes » : « Il n’est pas de cause plus sacrée ». I agree…! Car l’enjeu est de taille, pour la paix, pour la démocratie, pour le bonheur et l’intelligence des individus. Lien vers le texte (non lisible intégralement…), Le Monde, daté 02-03 : http://www.lemonde.fr/idees/article/2016/03/01/defendons-...

........ MISE à JOUR, 03-03-16 :

Chronique de Kamel Daoud « Mes petites guerres de libération ». Il explique son rapport à l’écriture, ses décisions : « «En règle générale, je n'aime pas parler à la première personne. Le « je » est un abus. Encore plus chez un journaliste. Cela me gêne comme une carapace ou un maquillage. Cela me rappelle ces egos démesurés qui croissent chez les « engagés », les militants, les intellectuels ou chez les bavards. Ecrire est une exigence de la lucidité et cela impose de s'effacer. Au « je », je préfère l'artifice de « chroniqueur ». Un statut d'administrateur de la métaphore. Cela me permet d'écrire tout en gambadant, libre, derrière les mots. Cela donne de l'importance à l'Autre. Laisser courir un vent. Ouvrir une fenêtre sur une poignée de main. Ecouter et rester un peu immobile pour voir surgir l'inattendu dans le buisson des verbes. Exprimer des idées sans les alourdir par son propre ego.   http://www.lequotidien-oran.com/?news=5225706

Plainte de Kamel Daoud contre le salafiste auteur de la fatwa  http://www.impact24.info/plainte-de-kamel-daoud-contre-sa...

Procès. Six mois requis (justice). Décision le 8 mars  http://www.lecourrierdelatlas.com/1097201032016Affaire-Da... 

« Haro sur un écrivain révolté », par Anne Hamidou, 23-02-16  http://www.lemonde.fr/afrique/article/2016/02/23/kamel-da...  

Marianne, 01-03-16. Sur la troisième intervention de Fawzia Zouari (sur France Inter le 1er mars, après des chroniques de soutien à Kamel Daoud parues dans Jeune Afrique et Libération - liens posés ici (note du 21-02, l’une, du 27-02, l’autre) : http://www.marianne.net/kamel-daoud-est-victime-fatwa-lai...

Tribune de Manuel Valls : https://www.actualitte.com/article/tribunes/en-soutien-a-... 

Brice Couturier, France Culture. Texte et document audio http://www.franceculture.fr/emissions/les-idees-claires/p...

André Comte-Sponville. Pourquoi philosopher quand… « N’aurait-on pas le droit d’être…? ». L'Express  http://www.lexpress.fr/actualite/societe/andre-comte-spon... Et... A. Comte-Sponville. "Le politiquement correct, l’islam et moi" http://www.causeur.fr/comte-sponville-islam-politiquement...

Note blog de Sébastien Fath, 01-03-16 (laïcité, protestantisme) : « Kamel Daoud, défaite du débat et misère de la sociologie française » : http://blogdesebastienfath.hautetfort.com/archive/2016/03...

Réaction de la Licra (Pas vu d’autre intervention d’associations antiracistes pour l’instant): http://www.licra.org/quels-mots-face-aux-maux/ 

Communiqué signé par Cherifa Kheddar, Blida, Présidente de l’association " Djazairouna" des Familles Victimes du Terrorisme Islamiste, et Huguette Chomsky Magnis, Paris, Secrétaire générale du Mouvement Pour la Paix et Contre le Terrorisme (MPCT). « Solidaires de Kamel Daoud, solidaires de toutes les femmes victimes de violences sexuelles, solidaires de toutes les victimes du terrorisme islamiste » : http://www.mpctasso.org/spip.php?article1484

De Vincent Bonnet, texte. "A propos de la tribune"...  http://www.nuitetjour.xyz/article-free/2016/3/2/a-propos-...

Texte de Myriam Ibn Arabi, publié par Virgil Brill https://blogs.mediapart.fr/virgil-brill/blog/220216/aux-o... 

Additif 9 mars 16. Réaction de Tahar Ben Jelloun  http://www.le360.ma/fr/blog/le-coup-de-gueule/affaire-kam... 

............... Mise à jour 04-03-16

Entretien avec Lydia Guirous, qui situe le contexte idéologique de la polémique…. Les faux débats  et les attaques s’inscrivent dans le cadre d’une lutte où le fondamentalisme trouve des complices. Lydia Guirous dénonce les pièges et dit les enjeux. « L’islamisme c’est le nazisme du XXIème siècle ». par Lydia Guirous, L’écho.be, 02-03-16. Citations : « Nous avons une gauche da­van­tage sou­cieuse d’évi­ter les ac­cu­sa­tions d’is­la­mo­pho­bie que de condam­ner le fa­na­tisme is­la­mique. C’est triste pour la France et c’est in­dé­cent pour toutes les vic­times. » (…) « Les ac­com­mo­de­ments rai­son­nables ont mené à l’échec de l’in­té­gra­tion. Quant au voile, il n’est rien d’autre que le sym­bole de la sou­mis­sion et de l’in­fé­rio­rité de la femme. Le com­mu­nau­ta­risme re­li­gieux est le ter­reau de la ra­di­ca­li­sa­tion. Or, par quoi passe le com­mu­nau­ta­risme re­li­gieux au­jour­d’hui? Par le pro­sé­ly­tisme. Et quels sont les ou­tils de ce pro­sé­ly­tisme? Ce sont les signes os­ten­ta­toires re­li­gieux: voile, burqa, niqab, etc. Ces at­tri­buts sont de­ve­nus le sym­bole du refus d’un mode de vie, de toute forme d’in­té­gra­tion. » (…) « On a fait preuve d’un aveu­gle­ment et d’un ro­man­tisme ef­frayant. L’is­la­misme, c’est le na­zisme du XXIe siècle. » https://m.lecho.be/economie_politique_europe_general/L_is...  

Les deux articles qui suivent illustrent ce que Lydia Guirous explique…

« Manuel Valls, merci pour Kamel Daoud. / Le Premier ministre a frappé fort. Plenel n’a pas apprécié », Causeur, 03-03-16. Dans cet article, Marc Cohen met en question le positionnement d’Edwy Plenel (symbolique d’un aveuglement) : http://www.causeur.fr/manuel-valls-kamel-daoud-edwy-plene... 

Mohamed Louizi, lui, va plus loin en pointant des liens qui lui semblent faire sens : https://blogs.mediapart.fr/mohamed-louizi/blog/110615/med...

16/02/2016

KAMEL DAOUD, voix essentielle, grande conscience. Polémiques destructrices causées par des censeurs...

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Que ce soit dans Le Quotidien d'Oran (cf. illustration), ou que ce soit sur d'autres supports, on lit... pour plus de lucidité, pour un miroir qui nous renvoie des questions souvent douloureuses. Pour plus d'être. Voir ici ses chroniques reprises sur djazairess.com : http://www.djazairess.com/fr/author/Kamel+Daoud

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Choquée en lisant dans Le Monde une tribune hostile (agressive, violente, fermée), et attristée en lisant sa réaction, car on y lisait la lassitude de l’auteur devant l’incompréhension malveillante, j’ai posé un commentaire au post publié, m’adressant à lui, comme d’autres internautes, lecteurs. Puis j’ai repris ce commentaire, tel que, en le modifiant à peine, juste en l’adaptant aux destinataires. (mediateur@lemonde.fr et courrier-des-lecteurs@lemonde.fr). Faire passer le message au journal. J’ai précisé que j’en faisais une copie sur mon blog. 

Et c’est ceci : « Tristesse, immense, en lisant la tribune contre Kamel Daoud (sans aucun commentaire du Monde, qui n’aurait pas dû publier cela…). Et tristesse immense en lisant la chronique de Kamel Daoud, où la lassitude est telle devant toutes ces attaques que celui qui a été primé meilleur journaliste (mais est aussi la cible d’une menace de mort)  serait prêt à tout arrêter. On a tous besoin de grandes consciences. Et il en est une, majeure. Il est un des grands esprits algériens, qui fait honneur à la fois à ce pays, à la francophonie, et à l'humanité libre de penser. Ceux qui ont signé cette abjecte tribune (qui se disent intellectuels, affichant leurs titres, mais qui apparemment ne savent pas lire puisqu'ils n'ont rien compris) sont les complices objectifs des intégristes. (Et le Monde avec eux, en leu donnant cet espace). C’est grave d’'avoir accepté de publier cette infamie signée à plusieurs. Nous sommes dans une période où les aveugles et les complaisants règnent. Nous devons tous nous dresser, chacun comme il le peut, contre l'obscurantisme (et tous ses visages) : écrivains, blogueurs, poètes, artistes. En signant. ll y a bien plus de gens qui le lisent et le soutiennent que de gens comme ces auteurs d'une lâche tribune, ces infirmes de la pensée. Ils ont fait une faute grave. "Toute l'eau de la mer ne suffirait pas à laver une tâche de sang intellectuelle" a écrit Lautréamont. La leur ne sera lavée par rien, sauf par l'aveu de leur ignorance et de leur faillite idéologique. Et celle du Monde? »

….

Donc, je reprends ici les textes de Kamel Daoud. Et deux réactions (de deux femmes) qui s’opposent aux censeurs « bien-pensants »… 

La chronique de Kamel Daoud, suite aux attaques ignobles (tribune parue dans Le Monde, après la sienne, et déformant le sens de ce qu’il disait). « Lettre à un ami étranger » : http://www.lequotidien-oran.com/?news=5224963  

CITATION : « J'ai longtemps écrit avec le même esprit qui ne s'encombre pas des avis d'autrui quand ils sont dominants. Cela m'a donné une liberté de ton, un style peut-être mais aussi une liberté qui était insolence et irresponsabilité ou audace. Ou même naïveté. Certains aimaient cela, d'autres ne pouvaient l'accepter. J'ai taquiné les radicalités et j'ai essayé de défendre ma liberté face aux clichés dont j'avais horreur. J'ai essayé aussi de penser. Par l'article de presse ou la littérature. Pas seulement parce que je voulais réussir mais aussi parce que j'avais la terreur de vivre une vie sans sens. Le journalisme en Algérie, durant les années dures, m'avait assuré de vivre la métaphore de l'écrit, le mythe de l'expérience. J'ai donc écrit souvent, trop, avec fureur, colère et amusement. J'ai dit ce que je pensais du sort de la femme dans mon pays, de la liberté, de la religion et d'autres grandes questions qui peuvent nous mener à la conscience ou à l'abdication et l'intégrisme. Selon nos buts dans la vie. /  Sauf qu'aujourd'hui, avec le succès médiatique, j'ai fini par comprendre deux ou trois choses. / D'abord que nous vivons désormais une époque de sommations. » Suite sur la page du journal…

La chronique précédente qui a déclenché les foudres des censeurs autosatisfaits. Kamel Daoud montrait le double jeu de renvois fantasmatiques, pour démonter les pièges idéologiques, tout en affrontant les questions, refusant le déni de réalité  (des uns) et les projections racistes (des autres). « Cologne, lieu de fantasmes », Le Monde, 31-01-16  http://www.lemonde.fr/idees/article/2016/01/31/cologne-li... 

Il a publié aussi une réflexion sur la sexualité et le rapport aux femmes, NYTimes, 14-02-16, « La misère sexuelle du monde arabe ». (Refuser les tabous, regarder en face les situations, causes et conséquences). Texte en français : http://www.nytimes.com/2016/02/14/opinion/sunday/la-miser... 

Un autre texte de Kamel Daoud me semble important, dans ce débat. Car c’est bien la question du sujet de la conscience qui est en jeu ici. On veut enfermer l’auteur dans des silences exigés par le « nous », la communauté, l’appartenance figée, et lui interdire la pensée du « je ». (Alors que, comme l’inscrit la blogueuse en exergue, nous sommes pluriels, et que comme l’analysent Amin Maalouf et Amartya Sen dans leurs livres, nos identités ramenées à des singularités obligatoires sont des prisons.)

Ce texte est celui-ci : http://www.lequotidien-oran.com/?news=5224664 (Citations : « Le crime est celui d'avoir donné de l'encre à la voix ou d'avoir écrit ce que chacun dit. Le crime est la dénonciation de l'entre-nous, la transgression du murmure clandestin de sa propre culture. Le crime est la voix et le porte-voix. /  Et cela vous use. /Sous l'inquisition d'un Occident en pleine errance d'âme, qui essaye de trouver en vous le chamane de ses angoisses, le témoin de ses convictions peureuses et la preuve de ses théories sur l'Autre. / Sous l'inquisition des siens qui vous lapident pour votre singularité, ne comprennent pas le ‘je’  dans l'étable du ‘nous’ dominant, ne s'expliquent pas votre vision sauf sous l'angle de l'alimentaire, ne peuvent voir plus loin que la théorie du complot et la salive de l'âge d'or mort et enterré. / Piégé, sommé, obligé, repoussé, brûlé, incompris et soupçonné ou trop coloré et aromatisé comme un exotisme trop convenant. / Texte tarifé ou sommation du groupe. » (…) « C'est alors que l'épuisement guette la clairvoyance. ».

Et j'ajoute ce lien, sa réflexion sur les fascismes, entretien, dans Le Devoir  http://www.ledevoir.com/culture/livres/456378/tous-les-fa... 

...

La chronique sur Cologne a donc déclenché l’hostilité de gens se déclarant anthropologues, historiens, sociologues (cela ne donne pas une bonne idée de ce que peuvent être ces sciences humaines dans les mains de tels signataires…). Leur texte : http://www.lemonde.fr/idees/article/2016/02/11/les-fantas... (MISE à JOUR, 23-02-16. Mais QUI sont-ils vraiment? Lire cette note qui révèle la véritable identité idéologique des signataires en question. "Dis-moi d'où tu écris" : http://sicsic.blog.lemonde.fr/2016/02/13/dis-moi-dou-tu-e... ...Et celle-ci : http://www.huffingtonpost.fr/serenade-chafik/kamel-daoud-... Citation : « Je me suis interrogée sur l'identité des signataires, et en consultant les profils de chacun, il a été aisé de constater qu'ils partageaient presque tous la même préoccupation. La plupart d'entre eux ont des publications qui les placent dans le courant racialiste qui dénonce la politique "postcoloniale" de l’Occident. ») 

Voici une réaction à cette tribune hostile à Kamel Daoud. Par une juriste, Soraya Addi, qui insiste aussi sur le ridicule d’un chroniqueur condescendant qui s’exprime dans Algérie-Focus, pour défendre, en fait, la loi du silence et critiquer Kamel Daoud). Nouvel Obs, LePlus: http://leplus.nouvelobs.com/contribution/1482058-kamel-da...  (CITATION / « Que l'on soit d'accord ou non avec les articles "Cologne : lieu de fantasmes" et "La misère sexuelle du monde arabe", on ne peut nier que Kamel Daoud a permis, dans un éclat international, d'ouvrir le débat sur un sujet enfermé dans un silence de plomb et qui ne pouvait être abordé qu'à l’extérieur du monde musulman mais qui, grâce à sa traduction en arabe par le "New York Times", atteindra le premier public concerné. Car il est nécessaire que les sociétés musulmanes modérées prennent conscience du profond malaise que génère le tabou du sexe afin de combattre les clichés dévastateurs propagés par les islamistes. Et ni la peur de l’islamophobie occidentale, ni la honte du regard extérieur posé sur les souffrances du monde arabe ne devraient être des obstacles à ce combat. ») 

Une autre réaction, une femme encore, une blogueuse qui met en exergue de son blog ses identités plurielles : « La dangereuse guerre du silence faite à Kamel Daoud sur la terre de la liberté d’expression » : https://journaldunebougnouleeclairee.wordpress.com/2016/0...  (CITATIONS :  « Chers Mesdames et Messieurs les anthropologues, historiens et sociologues bien-pensants, permettez-moi tout d’abord de vous dire que vous avez tort. En tant que femme, musulmane, française de naissance, algérienne ayant vécu une décennie en Algérie, permettez-moi de vous dire que vous avez tort. L’islamophobie que vous devriez combattre n’est pas celle de Kamel Daoud mais la vôtre. En effet dans son premier texte, comme dans le second publié par le New York Times « The sexual misery of the Arab World », M. Daoud ne blâme pas l’Islam pour le rapport malsain des musulmans au sexe, mais l’Islamisme. Or dans votre lecture hâtive vous avez fini par assimiler ces deux très différentes notions, et c’est cela l’Islamophobie. » (…) « La France est un pays qui n’aime pas les tabous, et pourtant ici comme ailleurs, il y a culturellement des choses qui se ne disent pas. Or dire que le monde musulman a un rapport malsain au sexe n’a rien de choquant, certaines femmes sont cachées sous des draps sombres, il n’y a pas de preuve plus criante que cela. C’est un appel nécessaire qui aspire à un changement aujourd’hui vital. »)

 

14/01/2016

SOLIDARITÉ avec AHSRAF FAYAD, poète palestinien condamné en Arabie saoudite pour apostasie supposée (et écrits d’une pensée libre)

FAYADASHRAF.jpgAujourd’hui, 14 janvier, dans plusieurs villes de France, et dans le monde, lecture de ses textes en messages multipliés de soutien, et appels de voix plurielles, pour l'abandon de la condamnation.

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Mise à jour, 3 février 2016 (Source : réseau de soutien / presse arabe, traduction en anglais puis français).... Nouvelles du poète condamné en Arabie saoudite : La mobilisation internationale a eu un effet : la condamnation à mort a été annulée. Mais à la place il devrait faire huit ans de prison et subir 800 coups de fouet… ce qui est une torture. Appel a été fait par les avocats pour que toutes les charges retenues contre lui soient considérées comme non motivées et qu’il puisse être libéré…

 ..... Trace de la note précédente, 16-12-15 (on le défendait alors contre une condamnation à mort) : http://bit.ly/1RdWvh0

08/05/2015

Place Igor Stravinsky, Paris, 7 mai 2015. Des voix et des images pour les dissidents d’Arabie saoudite

PHOTO 9 RAIF.jpgPHOTO 10 RAIF.jpgPHOTO 11 RAIF.jpgPHOTO 8 RAIF.jpgPHOTO 6 RAIF.jpgPHOTO 7 RAIF.jpgPHOTO 5 RAIF.jpgPHOTO 3 RAIF.jpgPHOTO 1 RAIF.jpgPHOTO 2 RAIF.jpgPHOTO 3 RAIF.jpg

PHOTO 12 RAIF.jpgarabie saoudite,dissidence,dissidents,liberté,liberté d’expression,raif badawi,waleed abu al-khair,samar badawi,abdullah al-hamid,droits humains,7 mai 2015,place stravisnky,amnesty,r.s.f.,photographies,citations,prison,prisonniersPhotographies... Manière de prolonger ces moments solidaires, de faire trace. Seuls visages visibles, militants qui ont donné leur accord ou qui ont posé volontairement (ceux qui ont prêté leur voix un instant  à chacun des prisonniers...). Je photographie les messages, dans le contexte du lieu, aidée pour certaines images par des mains tenant des papiers : symboles forts, ces mains, tissant ces fils tendus vers d’autres, pour ne pas les oublier...  

Lecture : des citations publiées par les associations ayant appelé au rassemblement du 7 mai à Paris.

"De nos cellules nous allumerons des bougies" (Dr. Abdullah Al-Hamid)  

« Je n’ai pas été enfermé pour avoir pris ma propre défense. Je l’ai été parce que je défendais les personnes opprimées de mon pays. Ne m’oubliez pas. Mais, par dessus tout, n’oubliez pas celles et ceux que je défendais. » (Waleed Abu Al-Khair, avocat des droits humains, condamné à quinze ans de prison)

« Vivre longtemps dans une cage obscure nous fait craindre la liberté. » (Waleed Abu Al-Khair)

« Aujourd’hui, il est temps de défendre la liberté d’expression en tant que telle ! Pour que jamais plus une personne ne puisse être jetée en prison pour avoir exercé pacifiquement son droit à la liberté d’expression. » (Samar Badawi (frère emprisonné, mari emprisonné - porte-parole des dissidents...)

Extraits de NOTES de Raif Badawi (blog), repris par le GUARDIAN (en anglais). « A look at the writings of Saudi blogger Raif Badawi – sentenced to 1,000 lashes » : http://www.theguardian.com/world/2015/jan/14/-sp-saudi-blogger-extracts-raif-badawi 

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Rappel. NOTE du 07-03-2015, sur RAIF BADAWI : http://tramesnomades.hautetfort.com/archive/2015/03/07/ra... 

En ARABIE SAOUDITE... penser librement est dangereux...

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Penser... croire autrement... ou ne pas croire.

En Arabie saoudite oser évoquer la démocratie ou questionner les croyances met en danger (prison, torture, mort). Si nous voulons être solidaires de ceux qui subissent la répression pour leurs idées (ou pour défendre les droits de leurs compatriotes), il nous est plus que jamais nécessaire d’être vigilants : les stratégies géopolitiques tendent des pièges, le marché aussi... (C’est vrai pour ce pays, vrai pour d’autres, cf. le Qatar).Ci-dessous, quelques informations et liens...Hier, 7 mai, en fin de journée, place Igor Stravinsky, à Paris, des associations ont pris la parole pour soutenir ceux dont la parole est empêchée...

Fiche wikipedia. Rappel d’informations minimales, pour situer la problématique de la répression et l’enfermement de gens qui expriment simplement des idées mais sont considérés comme de dangereux dissidents http://fr.wikipedia.org/wiki/Arabie_saoudite (CITATIONS : « L'Arabie saoudite est une monarchie islamique de type absolu contrôlée par la famille Saoud. / La Constitution du pays se fonde sur le Coran et la sunna selon la compréhension des ‘Compagnons de Mahomet’. Aucune manifestation ou culte d'une autre religion n'est acceptée et ceux qui expriment à ce titre une opinion différente sont déclarés apostats et passibles de la peine de mort. La liberté de religion de la population non musulmane d'origine y est très restreinte, et doit s'exercer exclusivement dans le domaine privé. » (...) Les femmes sont « sous la tutelle des hommes » et « L'Arabie saoudite est le dernier pays au monde où les femmes sont privées du droit de conduire ». (...) Sont « passibles de la peine de mort » des « crimes »... « comme l'apostasie ou le prosélytisme non musulman. » (...) « L'islam sunnite est la religion d’Etat du royaume. » (...) « Une police religieuse, la Muttawa, veille à la stricte application des préceptes musulmans » (...) «  Le code vestimentaire en Arabie saoudite suit strictement les principes du hijab (le principe islamique de la pudeur... »

Samar Badawi, portrait, Le Monde, 05-05-15 (devenue le porte-parole des dissidents – son frère est le blogueur emprisonné qui a subi le fouet, son mari, avocat, a été condamné à quinze ans de prison en 2014) : http://bit.ly/1F23szF  

DOSSIER Arabie saoudite, fil d’infos, Courrier international : http://www.courrierinternational.com/fiche-pays/arabie-saoudite  

Page sur Raif Badawi, toujours emprisonné, Amnesty international : http://bit.ly/1JsUATd  

Raif Badawi (condamné il y a un an à dix ans de prison et 1000 coups de fouet pour la création d'un forum de discussion en ligne et son expression libre sur la Toile). Informations complémentaires, fiche wikipedia : http://fr.wikipedia.org/wiki/Raif_Badawi

Arabie saoudite... « Bilan épouvantable » d’Amnesty international « en matière de droits humains », L’Obs, 05-05-2015 : http://bit.ly/1zPuoCF

RSF demande une « réaction forte » à François Hollande au sujet de Raif Badawi, 04-05-15. (« Il est inconcevable que la France puisse garder ainsi le silence sur la condamnation barbare de ce jeune blogueur, qui pourrait à tout moment être rejugé pour apostasie et être condamné à la peine de mort, déclare Christophe Deloire, secrétaire général de RSF. » : http://bit.ly/1ETz9Kc

Texte collectif des associations ayant appelé au rassemblement de soutien aux prisonniers d’opinion en Arabie saoudite, ce 7 mai 2015, Place Igor Stravinsky à Paris  : « N’oublions pas les militants des droits humains en prison en Arabie saoudite. Des avocats, des professeurs engagés, ainsi que des journalistes sont poursuivis en justice pour avoir mené  des activités jugées subversives ou terroristes par les autorités. » / « Raif Badawi, Waleed Abu Al-Khair, les membres de l’ACPRA (Association Saoudienne des droits civils et politiques) et d’autres militants sont condamnés pour des faits tels que ‘désobéissance au souverain’, ‘manipulation de l’opinion publique contre les autorités’ ou d’autres chefs d’accusation formulés en termes vagues, rassemblés dans de nouvelles lois antiterroristes qui criminalisent de fait toutes les formes de dissidence pacifique. »

30/03/2015

« Parole contraire ». Présence contre l’absence, l’évitement, la fuite, le renoncement... Mots autres...

PAROLE CONTRAIRE.png

Page éditeur, « La parole contraire », janvier 2015, Gallimard : http://bit.ly/1z8suFE

 On reproche à Erri De Luca une « incitation » à la violence, pour avoir utilisé le mot « saboter », en répondant à une question de journaliste au sujet de la ligne Lyon Turin que la région concernée  refuse et qui présente de grands dangers environnementaux et de santé publique. Il soutient le refus et prête ses mots d’écrivain à ce refus. Reprenant une injonction biblique il dit devoir « ouvrir la bouche pour les muets », parler pour les « sans-voix », pour défendre ce droit à la parole des autres. De ce projet contestable du Val de Suse (« réaliser un lieu qui n’existe pas ») il dit : « Une utopie, et des pires qui soient, est l’asservissement d’un territoire à une spéculation déclarée stratégique pour de plus grands abus. » (p.19). Il rappelle que cela passe par « Le percement et la pulvérisation des gisements d’amiante » (pp. 19 et 39). Et il évoque de même les gisements de pechblende (radioactif) qui doivent aussi être percés (p.40). Mais son propos principal est la revendication de son droit de parole d’écrivain et le refus de la distorsion du sens des mots qui est à la base de l’accusation. « Saboter », ce n’est pas pour lui faire violence, c’est « entraver », rendre impossible ce qu’on refuse, et entraver les mensonges et la désinformation.

Cet écrivain est un autodidacte qui fut d’abord un ouvrier, dont la révolte explique les engagements passés. L’érudit qu’il est devenu par grande patience de lecteur intense, et pour avoir fait des choix éthiques qui signifiaient engagement autre dans le travail des langues, notamment. L’holocauste, et précisément la Shoah qui en est l’ombre immense, ont été pour lui devoir de langage : apprendre le yiddish parce que les êtres qui le parlaient avaient été tués en masse et que la langue risquait de disparaître, apprendre l’hébreu ancien et faire de la Bible une lecture quotidienne...

Lecteur, il l’a été de livres fondateurs, pour lui. « En tant que lecteur, je n’ai pas eu de préférence pour la littérature sociale et politique. Les labyrinthes érudits de Borges ont ouvert mon troisième œil en me faisant découvrir les profondeurs des sagas et des mythologies. » (p.11). Il évoque Orwell dans la genèse de son anarchisme. Libertaire il est, et reste. Par-dessus tout il est écrivain, et il se bat pour le sens donné aux mots. Et pour ce droit à la « parole contraire », celle qui ne se soumet ni aux ordres, ni aux modes, ni  au groupe. Celle qui est portée par une conscience autonome et donc libre. Responsable. Et qui se doit de résister. « J’ai été formé à l’école du XXème siècle où les écrivains, les poètes, ont payé le prix fort pour leurs paroles. » (p. 37). Son livre est une sorte de manifeste éthique, qui pousse le lecteur à l’examen de sa propre parole. Que fait-il du langage devant les abus et oppressions dont il est témoin, même de loin... ?

LIRE...

Tribune sur le contexte du procès fait en Italie à Erri de Luca, sur plainte d’une société française (LTF, Lyon Turin Ferroviaire) et recension du livre rédigé par lui pour faire connaître sa position. Libération, 02-02-2015, par Eliane Patriarca (lisible en ligne intégralement) : http://bit.ly/1IIpsz1  (Citations : « Erri de Luca fut, dans les années 70, militant de Lotta Continua » (...)  « avant de faire des mots son seul outil, d’apprendre l’hébreu ancien et le yiddish, de devenir cet érudit qui lit chaque matin l'Ancien Testament, ce mystique sans religion qui puise dans la Bible une concentration unique de sens et de poésie. »  (...) « Comment en est-on arrivé en Italie à inculper un écrivain pour des mots ? »

Chronique de François Xavier, Salon littéraire : http://bit.ly/1OO42ow

Entretien, JDD, 8 mars 2015, propos recueillis par Cécile Amar. Le titre papier était « Je donne ma voix à ceux qui n’en ont pas » : http://bit.ly/1Ajx4CP (Citations : Sur le sens du mot ‘saboter’ : « Dans toutes les langues du monde, ce verbe a des sens multiples. Saboter, en plus de produire des dommages matériels, embrasse le sens d'entraver, empêcher, faire obstruction, s'opposer. » (...) Sur le rôle de l’écrivain « Il y a un verset des proverbes dans l'Ancien Testament qui stipule :"Ouvre ta bouche pour le muet." Écrire, c'est la possibilité pour quelqu'un qui a un écho public d'offrir son audience, sa parole à ceux qui n'ont pas ce droit. " » (...) « Apprendre le yiddish était la seule chose que pouvait faire quelqu'un né après 1945. Je voulais remuer les lèvres d'une langue assassinée. » / Sur l’hébreu (il lit la Bible en hébreu): « Cela n'a rien à voir avec le monde juif. Dans la Bible, la parole fait advenir les choses.» (...) « Il y a un mot hébreu qui tient ensemble le mot et la chose accomplie, c'est davar. En tant que lecteur et écrivain, je suis fasciné par cet emploi de la parole, qui lie le dire et le faire. Je suis comme un alpiniste dans l'Himalaya qui veut visiter les montagnes les plus hautes de la planète. Dans l'ancien hébreu, les montagnes les plus hautes sont rejointes par la parole. »)

Rencontre avec Erri De Luca, EHSS/Rencontres littéraires : http://bit.ly/1He97RF  

SOUTIEN : http://soutienaerrideluca.net/

Pétition : http://www.petitions24.net/soutien_a_erri_de_luca

..............  Paroles contraires... aussi :

Cette conviction (nécessité et force de l'optimisme) chez Thierry Saussez : «En ces temps où la barbarie et l'extrémisme exercent une telle menace, nous affirmons qu'il faut dépasser l'indignation proclamatoire pour faire de l'engagement un axe fondamental de notre action. » (Car l’indignation proclamatoire n’est pas « parole contraire » : elle n’est que justification de son retrait, elle est l’inverse de la parole contraire)...Tribune de Thierry SaussezJDD, 22-03-15 : http://bit.ly/1He94Fq

Parole contraire... En soi, débat intérieur, et, dans la société (démocratique), place pour les contradictions, pour les « contraires ». Je lis un entretien dans lequel Eugène Green parle de l’oxymore, car « Le dogmatisme est un refus de l’oxymore »... EntretienLe Monde, 24-03-15, propos recueillis par Aureliano Tonet : http://bit.ly/1OO4bZb

De même, ce que dit Roger-Pol Droit sur François Jullienà propos de son "Lexique euro-chinois de la penséerencontre la même problématique. Parole contraire, pensée contraire, philosophie réelle tout simplement. Cette pensée qui met du "jeu" dans les évidences, les dérangeant donc. Un mot : "dynamique". Ce qui parle dans le contraire, c'est l'écart, le pas de côté qui questionne les certitudes... Chronique de Roger-Pol Droit, sur la pensée de François Jullien, Le Monde, 26-03-15 : http://bit.ly/1HVYgPZ 

07/03/2015

Raif Badawi, Arabie saoudite. Informations et pétitions (plus intro...)

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Il  fait beau aujourd’hui à Paris (et ailleurs). Week-end au soleil, courses à faire, amis à voir, films à voir, mails en retard, téléphones en retard, tant de choses en retard... Silence, et pauses pour rien, en retard... Le quotidien est plein de vie, de suggestions de bonheur simple. Mais, en même temps, la liste des pétitions, sur mon blog (et ailleurs) ne cesse de grandir, tant les exactions de pouvoirs sont nombreuses, et les crimes. Pendant qu’il fait soleil (ici et ailleurs), qu’on a envie de respirer, juste de s’arrêter un peu d’agir, et de prendre le temps de ne rien faire (état d’esprit de tant de gens en plus de moi-même : c’est normal...), pendant ce temps des gens sont privés de soleil et d’espoir pour avoir osé penser, et, pire, avoir osé l’écrire, revendiquant ainsi la liberté d'expression, la liberté de conscience... C’est le cas de Raif Badawi, blogueur, écrivain (prison, torture, menace d’un procès d’apostasie – dans son pays, l’Arabie saoudite, on en meurt). Lui vit ce martyre. Ses trois enfants et sa femme, réfugiés au Québec, vivent son absence et l’angoisse permanente.

Pendant ce temps-là, aussi, on apprend aujourd’hui encore un attentat terroriste, au Mali, Bamako, des morts et des blessés, dont un Français de 31 ans. Pour cela les protestations officielles sont faites, et adéquates. Mais, justement, cela rend d’autant plus nécessaire la dénonciation des idées et des actes qui légitiment le terrorisme (et des pays suspects de le financer, voir les articles, liens qui suivent les pétitions ci-dessous...). L’Arabie saoudite décapite et donne ainsi l’exemple à ceux qui en font leurs spectacles de terreur. Elle le fait notamment pour défendre un islam de terreur, car non critiquable, et croyance obligatoire sous peine de mort... Mais ce pays est lié au nôtre par des alliances commerciales et un aveuglement idéologique (le silence sur ce qui devrait être condamné et devrait justifier des ruptures) aveuglement commandé par les lois du marché, une raison d’Etat mal pensée...

Raif Badawi, blogueur emprisonné, torturé, et menacé d’un procès pour apostasie. Page d’Amnesty international, 06-03-15 (mise à jour des informations) : http://bit.ly/1aSQl84 (« La justice saoudienne pourrait rejuger Raif Badawi pour apostasie. Il encourrait alors la peine de mort. » / « Le crime d’apostasie est un crime reproché à une personne qui aurait renoncé à sa religion. En Arabie Saoudite, ce crime est puni par la décapitation en public. » / Incertitude : « Pour l’heure, nous ne sommes pas en mesure de confirmer les recommandations faites par la Cour Suprême, qui pourraient également être en faveur de Raif. »

Jeune Afrique, entretien avec sa femme, Ensaf Haidar, 04-03-15. Par Sabrina Myre :  http://bit.ly/1GaZYZs  (« Ce sont des informations très crédibles et surtout très alarmantes qui me proviennent directement d’Arabie Saoudite. Nous avons appris que le juge qui a déjà condamné mon mari à 1000 coups de fouet a demandé à la Cour d’appel de juger à nouveau Raif... mais cette fois-ci pour apostasie ! C’est très inquiétant… Il risque désormais la peine de mort. Je souhaite vivement que la communauté internationale fasse pression sur l’Arabie Saoudite. Il faut qu'il soit libéré. »)

Le Figaro, informations, et citation de la femme de Raif Badawi, 02-03-15. Par William Plimmer : http://bit.ly/1HcmRN0  («Nous avons des raisons de croire que le même juge a de nouveau demandé au chef de la Cour d'appel de juger Raif Badawi pour apostasie. Nous appelons les citoyens du monde et les gouvernements à ne pas laisser Raif Badawi se faire trainer à mort par ces fanatiques. Et nous renouvelons nos appels à sa Majesté le Roi Salman de pardonner Raif Badawi et lui permettre de quitter le pays», a déclaré Ensaf Haidar, qui vit désormais au Canada avec ses trois enfants. »)

Paris-Match,  26-03-15, « Sa femme raconte son calvaire ». Par Anthony Verdot-Belaval : http://bit.ly/1D2o6vD  

« A Vienne, le dialogue interreligieux brouillé par le rigorisme de l’Arabie saoudite ». Par Joëlle Stolz, Le Monde, 04-03-15 (Le centre interreligieux du Palais Sturany refuse de soutenir le blogueur Raif Badawi)  : http://bit.ly/1zZVsbq  (Palais Sturany, Vienne / « Le palais abrite en effet le centre Roi-Abdallah pour le dialogue interreligieux et culturel (Kaiciid), ouvert en octobre 2012 par l’Autriche et l’Espagne, avec la bénédiction du Saint-Siège et le statut privilégié d’une organisation internationale. Mais dès sa naissance, il a suscité la controverse, en raison du rôle dominant qu’y joue le troisième Etat fondateur, l’Arabie saoudite, connue pour sa conception rigoriste de l’islam. » (...) «Bien sûr, nous sommes pour le dialogue interreligieux’ assure Alev Korun, porte-parole du parti écologiste sur les droits de l’homme. Mais, pour cette parlementaire d’origine turque, l’institution viennoise n’est qu’une « feuille de vigne », destinée à cacher l’absence de liberté religieuse... »)

« Arabie saoudite : 39e décapitation depuis le début de l'année », FranceTV info/AFP, 05-03-15   (« Amnesty International dénonce, jeudi, un rythme d'exécutions "sans précédent" dans ce royaume régi par une version rigoriste de la charia. » ) 

« La peine de mort en pleine progression en Arabie Saoudite » Geopolis. Par Pierre Magnan, 04-03-15 : http://bit.ly/17ZP65v

Prisonniers d’opinion en Arabie saoudite (Infos et liste, dont l’avocat de Raif Badawi), Amnesty international : http://bit.ly/17D2dJJ

Fiche Wikipedia, Raif Badawi : http://fr.wikipedia.org/wiki/Raif_Badawi

BLOG : https://raifbadawi.wordpress.com/  (Traduction automatique, donc mauvaise, mais pratique, en cherchant le blog sur google et en cliquant sur traduire... : http://bit.ly/1BhOYZa )

ACAT, fiche Arabie saoudite (Monde tortionnaire : répression et torture) : http://www.acatfrance.fr/un-monde-tortionnaire/Arabie-Saoudite

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Pétitions :

d’Amnesty international : http://bit.ly/1u2Ggsj

de RSF (Reporters sans frontières) : http://rsf.org/petitions/badawi/petition.php?lang=fr

de Cyberacteurs :http://bit.ly/1GtjJit

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Et pendant ce temps-là, la France s’occupe d’avoir d’excellentes relations diplomatiques, politiques, commerciales, économiques, avec ce pays... (Raison d’Etat et marché... Sans qu’on entende de déclaration sur les droits humains, l’horreur des exécutions, l’emprisonnement de ceux qui veulent simplement penser librement.) Lire, diplomatie .gouv.fr : http://bit.ly/18q6ss0

« Terrorisme : l’Arabie saoudite coupable », Le Point, par Michel Colomès, 26-08-14. Sur l’éditorial d’Ed Husain, chercheur qui avait été influencé par l’islamisme et a réussi à s’en délivrer (maintenant il lutte contre l’extrémisme). L’éditorial avait été publié par Le New York Times : http://bit.ly/1FpViP2  (« Ed Husain, un chercheur de confession musulmane, membre du Council on Foreign Relations américain et associé de la Fondation pour la foi de Tony Blair. Il désigne le responsable, selon lui, de tous les excès dont se rendent coupables non seulement l'État islamique e Irak et en Syrie mais aussi al-Qaida en Afghanistan, au Pakistan et au Mali ou encore Boko Haram au Nigeria. / Tous, écrit Ed Husain, s'inspirent de l'enseignement, des pratiques et du prosélytisme de l'Arabie saoudite. Ou du moins de l'islam salafiste. »  (...) « Le paradoxe est que l'Arabie saoudite, dans une attitude ambivalente (schizophrénie ou comble de l'hypocrisie), vient la semaine dernière encore de doter de 100 millions de dollars l'agence créée par les Nations unies... pour lutter contre le terrorisme. »)

Après Charlie... / « Arrêtons le commerce avec les pays qui financent le terrorisme », Corriere della Sera/Courrier international, par Franco Venturini , 22-01-15 :http://bit.ly/1zZWiVy  (« Si les pays européens veulent lutter efficacement contre le terrorisme, il est essentiel qu'ils repensent leurs relations commerciales avec les pays du Golfe qui financent le terrorisme, prévient cet éditorialiste italien. » (... « Nos alliés commerciaux financent nos ennemis » / « Tout le monde, à commencer par les services de renseignements, sait bien qu'à côté de ces flots d'argent les caisses des différentes formations terroristes sont renflouées par des Etats arabes qui adorent jouer sur plusieurs tableaux, pour des motifs intérieurs ou régionaux : l'Arabie Saoudite, le Qatar, le Koweït, et peut-être d'autres encore. Ces Etats s'avèrent être nos amis, nos alliés, nos fournisseurs, nos partenaires commerciaux. Nous ne voulons pas, pour une question d'intérêts, en faire des ennemis. Mais ne devrions-nous pas réclamer un peu plus de cohérence ? »)

16/01/2015

Des mots, des chants, des mots... Voix musiciennes et voix musulmanes...

GRAND CORPS MALADE.jpg

Loin des débats et des articles qu’on lit intensément pour réfléchir, pour tenter de chercher comment répondre à ce que l’actualité nous envoie et renvoie, des mots et des notes sont un baume... Des réactions spontanées ont produit des textes forts.

Il y a du sens, du son, et, paradoxalement, la place du silence intérieur, du recueillement...

Chants, témoignage, lettre, tribune : des outils pour penser. Voix musiciennes et voix musulmanes... (Pour les journalistes assassinés, les Juifs assassinés, les policiers assassinés).

[« Il faut sortir de la réserve », dit Mohammed Chirani (émission, BFMtv16-01-15/17-01-15). « Il ne faut pas que les radicaux aient le monopole de l’interprétation du Coran. »... « Mais quel est leur Islam ? » (En voyant les manifestations contre la couverture de Charlie dans certains pays musulmans / « Ils sont tués une deuxième fois »)...  « Le blasphème, ce sont les assassinats » ]

Grand corps malade (http://www.grandcorpsmalade.fr/). Slam « 07-01-15 », Slam (musique de John Mamann)  : http://www.elle.fr/Loisirs/Musique/News/Pret-a-liker-le-slam-de-Grand-Corps-Malade-pour-Charlie-Hebdo-2875706  7 Janvier 2015, j'ai pas envie d'aller au lit. Je préfère prendre un stylo car, ce soir, je suis Charlie. » Le slameur Grand Corps Malade affirme de sa voix puissante son soutien aux victimes des attentats. Des mots qui claquent pour lutter « contre l'obscurantisme, avec honneur et insolence ». »)

Jean-BaptisteBullett. Je suis Charlie , chanson sur la musique d'une chanson de Renaud, Hexagone. Sur JB Bullett, Elle : http://www.elle.fr/Societe/News/Pret-a-liker-la-chanson-coup-de-poing-en-hommage-a-Charlie-Hebdo-2875204 (« Jean-Baptiste Bullet, un chanteur amateur de Tarbes, a publié sur son compte Facebook une vidéo qui tourne en boucle sur tous les réseaux sociaux depuis jeudi. On y voit le jeune homme, guitare à la main, chanter avec conviction son indignation sur l’air d’« Hexagone » de Renaud. « Un coup de Kalach, pour un coup de crayon, tu salis ta religion », « Partir en Syrie faire le djihad et revenir faire des fusillades, c’était ça ton plan de carrière ? Penses-tu aux familles qu’y a derrière ? », « Si tu te demandes où est Charlie, à jamais dans nos esprits ». Des phrases chocs qui ont déjà généré plus de 250 000 partages sur Facebook ».)

Les artistes au concert de soutien à Charlie : http://www.parismatch.com/Culture/Musique/En-images/Patrick-Bruel-Julie-Gayet-et-Alain-Souchon-les-artistes-mobilises-sur-France-2-pour-le-concert-de-soutien-a-Charlie-Hebdo-688534#.

« VIDEOS - Grand Corps Malade, Tryo, Oxmo Puccino et JB Bullet : les hommages à Charlie en musique » / « #JESUISCHARLIE - Grand Corps Malade, Tryo et Oxmo Puccino ont chacun créé une chanson pour Charlie Hebdo. Un artiste moins connu, JB Bullet, a posé ses mots sur la musique d'"Hexagone" de Renaud, attirant 1,6 million de youtubeurs. ». MetroNews, 11-01, mis à jour 13-01 : http://www.metronews.fr/info/videos-grand-corps-malade-tryo-oxmo-puccino-et-jb-bullet-les-hommages-a-charlie-en-musique/moak!wIvnrX4fV8z/  

« Tryo, Lalanne, Oxmo Puccino chantent… Je suis Charlie », Le Figaro, 14-01-2015. Articles et plusieurs CLIPS, divers artistes : http://www.lefigaro.fr/musique/2015/01/14/03006-20150114ARTFIG00261-tryo-lalanne-oxmo-puccino-chantent-je-suis-charlie.php  [« Le monde du rap n'est pas en reste. Oxmo Puccino a lui aussi rendu hommage aux victimes. Accompagné de Waxx à la guitare, il a interprété la chanson inédite pendant Le Before du Grand Journal de Canal + le 8 janvier, lendemain du massacre. Clip d’Oxmo Puccino :  (Lien supplémentaire, pour situer le rappeur Oxmo Puccino, regards.fr, décembre 2006 : http://www.regards.fr/acces-payant/archives-web/oxmo-puccino-invente-le-rap,2650 )]

Matthieu Chedid, Tryo, Lalanne... Hommage. Lci.Tf1, 20-01-15 (sur la page : archives) : http://lci.tf1.fr/culture/musique/matthieu-chedid-tryo-ox...

Le groupe de reggae Tryo rend hommage à Charlie. Article et clip, Le Figaro, 12-01-2015 : http://www.lefigaro.fr/musique/2015/01/12/03006-20150112ARTFIG00346--charlie-hebdo-tryo-rend-hommage-a-son-ami-tignous.php  («Postée le 10 janvier sur You Tube, , la chanson est accompagnée d'un montage qui réunit plusieurs extraits vidéos où apparaissent des dessinateurs. S'y succèdent Charb, Cabu, Wolinski et Tignous. Ils dessinent, évidemment. Ces images sont tirées du film de Gilles Porte réalisé à l'occasion des 18 ans de Clowns sans frontières. Le clip YouTube empreint de poésie, a déjà été vu plus de 700 000 fois. »

Un concert pour la paix, artistes alsaciens : http://www.dna.fr/actualite/2015/01/11/un-concert-pour-la-paix-apres-la-tuerie-chez-charlie-hebdo

 A lire... Kery James, rappeur (Cayenne, le 9 janvier 2015). Lettre qu’il a diffusée dans les réseaux sociaux après le 07-01-2015 : http://www.rapghetto.com/news/kery-james-reagit-au-drame-de-charlie-hebdo   (Le titre reprend une citation qu’il fait de Mahomet : « Le fort est celui qui maitrise sa colère alors qu’il est capable de l’exercer » /// « Assister à la naissance de ma fille fut l’un des moments les plus forts, les plus intenses et joyeux de mon existence. Mais avec cette joie est arrivée une crainte que je ne connaissais pas auparavant, la peur du jour dans lequel la mort viendra nous séparer.  (...) « C’est pourquoi en ces jours ensanglantés j’ai d’abord une pensée pour les familles des victimes de l’extrémisme à travers le monde. Un extrémisme qui n’a pas qu’un seul visage. Mais quels que soient les masques sous lesquels se dissimule l’extrémisme, on peut toujours lui diagnostiquer un point en commun. Il a toujours pour préoccupation première, voire obsession, de nous précipiter au plus vite vers une guerre et ce de gré ou de force. Après ce 7 janvier 2015, une fois encore, j’ai la sensation que les choses évoluent trop vite et que ma vie et mes choix m’échappent. Je crois que ce sentiment est partagé par l’immense majorité des musulmans et des gens conscients des enjeux auxquels nous devons faire face. // J’ai l’impression de ne plus être maître de moi-même et d’être poussé malgré moi à affronter des gens à qui l’on a fait croire que j’étais leur ennemi. Des gens qui auraient pu m’apprécier en tant qu’homme s’ils avaient pu prendre le temps de me connaître. Des gens qui auraient pu enrichir ma connaissance du monde, de l’être humain et peut-être de moi même. Mais les extrémistes de tous bords ne veulent pas de cette rencontre. Ils conditionnent chacun d’entre nous afin que cet échange n’ait jamais lieu. Pour cela ils ont recours à des méthodes et des instruments différents, mais l’objectif est toujours le même : précipiter la guerre. En ces jours tragiques, ce qui me console c’est d’avoir la certitude d’avoir toujours oeuvré pour construire des ponts... » SUITE sur le SITE...)

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On peut trouver aussi, ailleurs sur la Toile du rap, des réactions où se mêlent interventions solidaires et réactions haineuses. Aux jeunes qui ne comprendraient pas la solidarité de leurs musiciens avec Charlie, il faut proposer de lire les tribunes ci-dessous 

Mohammed Chirani (auteur du livre « Réconciliation française-Notre défi du vivre ensemble», « Je suis Mohammed Charlie » :  http://www.huffingtonpost.fr/mohammed-chirani/je-suis-mohammed-charlie_b_6455240.html (« Oui, je suis un Français de confession musulmane, mais je suis un journaliste lorsque des journalistes sont tués par des terroristes, je suis un Juif lorsque des Juifs sont tués par des terroristes dans un magasin Kasher et je suis un policier lorsque des policiers sont tués par des terroristes. Mais surtout, je suis un Français tout court, dont le pays est attaqué par le terrorisme. Partout dans le monde, des fanatiques illuminés tuent des musulmans au nom d'un Islam perverti. Je ne partage pas cette vision de l'Islam. Mon Islam m'enseigne d'aimer mon prochain quelque soit sa religion ou sa conviction. Mon Coran m'a appris la sacralité de l'âme humaine : «Celui qui tue une âme, c'est comme s'il avait exterminé toute l'humanité. Et celui qui sauve une âme, c'est comme s'il avait sauvé toute l'humanité ». (...)Je ne suis pas seul à penser cela et je ne ne suis pas représentatif d'une minorité de musulmans.   (...)   «J'ai eu le malheur de vivre en Algérie pendant la guerre civile des années 1990 lors de laquelle 200.000 Algériens musulmans ont été tués par des terroristes islamistes. Nous avons trop tendance à oublier que les musulmans sont les premières victimes du terrorisme dans le monde (en Syrie, en Irak, au Pakistan, au Mali, au Yémen, en Afghanistan, etc. ). Le terrorisme n'est pas uniquement l'ennemi de l'Occident, il est l'ennemi de l'humanité. Il n'y a pas conflit entre les civilisations, entre un NOUS (l'Occident) et les AUTRES (musulmans), ou l'inverse selon votre perspective. // Le but des terroristes est évidemment de cliver la société française afin que chacun se replie sur sa communauté et rejette les autres. Si nous cédons à la tentation de la simplification en termes de NOUS (Occident) et d'AUTRES (musulmans), ou l'inverse, alors ils auront gagné. / Soyons clairs, il y a bien un affrontement; il oppose ceux qui haïssent les autres parce qu'ils sont différents (fondamentalistes, antisémites, islamophobes et racistes) et NOUS qui croyons aux valeurs de Liberté, d'Égalité et de Fraternité. Nous devons aujourd'hui plus que jamais nous rassembler dans l'amour de la France et de ses valeurs, c'est-à-dire dans la République.»

Le livre : http://www.bourin-editeur.fr/fr/books/rconciliation-franaise/50/ 

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VIDEO. Abdennour Bidar, philosophe, réagit le 07-01-15 à l’attentat contre Charlie. Emission, Grand journal, Canal +. (Je note ce que j'entends : "En tant que philosophe musulman, philosophe de culture musulmane, je dénie à ces terroristes le droit de se réclamer de l'islam. Ce soir mon attachement à l'islam est en souffrance. Je vais m'exprimer au nom de tous les musulmans, même si je suis un philosophe critique de l'islam, presque un hérétique : nous refusons..." Et il exprime sa crainte des amalgames: 'Non, nous pouvons faire société tous ensemble". Sa bibliographie,  pour situer la pensée : librairie Dialogues : http://www.librairiedialogues.fr/personne/abdennour-bidar/1010455/

Le philosophe réagit pour mettre en garde contre la haine en réponse à la haine. TRIBUNE. Abdennour Bidar, Le Monde, 07-01-2015. « Résister collectivement à la haine » : CITATIONS : « C’est notre11 septembre. Il y a dans la vie d’un peuple des heures de défi. Des heures où la blessure que la haine nous inflige est si effroyable qu’elle voudrait être mortelle. Des heures d’effroi où cette blessure fait si mal, où l’horreur est si lourde à supporter que l’on sent, hélas !, la bête peureuse et dangereuse prête à seréveiller en soi… » (...) « Voilà à quoi notre société française est aujourd’hui confrontée, voilà le risque auquel nous devons être capables de résister collectivement : le risque que la haine de quelques fous déclenche une haine généralisée, et que nous soyons ramenés à quelque chose qui ressemblerait aux guerres de religion d’un passé qu’on croyait définitivement mort. / Attention à cette haine barbare donc, vigilance extrême vis-à-vis d’elle qui en nous frappant tous aujourd’hui aussi durement voudrait nous déterminer à croire que la France et l’islam sont deux ennemis n’ayant d’autre choix que de chercher à se détruire. Voilà le grand scénario maudit contre lequel nous allons devoir lutter de toutes nos forces, et contre lequel il nous faudra être collectivement le plus fort possible. » (...) « De toutes nos forces il faudra tenir bon, rester solidaires. Si dans nos rangs s’ouvre ne serait-ce qu’un interstice, ces vagues s’infiltreront et disloqueront l’édifice de notre nation tout entière. Tel est le néant où ces assassins immondes, auquel je dénie le nom de musulman, veulent nous précipiter tous. » / « Au passage, je dénonce leur perversion absolue de la référence à l’islam, tout en ajoutant que celui-ci est décidément bien malade, bien en crise, pour être revendiqué par de telles abominations ! » (...) « Démontrons tous ensemble au monde entier que la France reste ce pays qui non seulement ne cède jamais au chantage de la haine, ni à la tentation de la peur mais qui sait retrouver son unité et se revivifier pour rayonner à nouveau justement dans ce type de moment où la tragédie voudrait l’anéantir. Allons-nous être à la hauteur de ce génie ? Saurons-nous faire la preuve – parce que c’est cela désormais la cause nationale la plus urgente, la plus cruciale – que nous pouvons vivre avec l’islam, que nous pouvons vivre ensemble, non musulmans et musulmans, dans la paix, la concorde, la compréhension et la reconnaissance mutuelle, selon la conception commune d’une liberté d’expression garantie à chacun qui sache se concilier avec la liberté d’expression de tous les autres – ce que veut dire laïcité. » (...) « Ne commettons pas l’erreur historique de refuser que l’islam et les musulmans participent à ce projet de société. Au contraire, que ces assassinats ignobles renforcent notre solidarité nationale et notre détermination à faire qu’avec l’islam nous construisions la civilisation capable de réunir demain le meilleur des humanismes d’Orient et d’Occident. La France doit être le lieu de cette réunification, avec ses musulmans qui désormais font ici partie de sa destinée. » TEXTE INTEGRAL : http://www.lemonde.fr/idees/article/2015/01/07/resister-collectivement-a-la-haine_4551015_3232.html 

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Mise à jour du 18-01-2015 : L’expression de 500 signataires, immense page parue dans Le Monde daté 11-12 janvier (insertion payée par les signataires), un manifeste de personnalités de culture musulmane (croyants ou athées). "Nous disons notre effroi, notre solidarité, notre chagrin. A leurs tueurs, nous disons qu'ils nous trouveront en travers de leur chemin, au côté de la liberté." 

Sur cette page, une chronique de Sylvie Kauffmann revient dans Le Monde du 17-01,daté 18-19 janvier, « Au cœur de nos contradictions » (début de l’article lisible, le reste en accès protégé) : http://www.lemonde.fr/religions/article/2015/01/17/au-c-ur-de-nos-contradictions_4558339_1653130.html (Citations : Et puis il y a eu ce manifeste, publié dans Le Monde daté 11-12 janvier, une page entière de publicité, financée par les signataires. Une page sobre, noircie de quelques 500 noms essentiellement arabes, intitulée « Nous ne céderons pas à la peur ». Rédigée avant l’autre tuerie, la prise d’otages du supermarché juif, elle s’adressair aux familles des victimes de Charlie Hebdo. « A leurs tueurs, nous disons qu’ils nous trouveront en travers de leur chemin, au côté de la liberté. » (...) « Artistes, universitaires, écrivains, journalistes, médecins, avocats, militants associatifs... Cinq cent signatures réunies en 48 heures – un record – en surmontant, pour certains, de profondes divergences. Cette page était, en soi, un événement. Qui l’a vue ? A-t-elle été signalée, analysée, décryptée. / Nous sommes là au cœur de nos contradictions françaises. Nous nions la différence, mais nous voudrions l’entendre. Et lorsqu’elle s’exprime, nous ne l’entendons pas. » /// Cependant, on peut réfuter quelque chose à ce regret : si Le Monde avait laissé cette page en lecture libre sur la Toile elle aurait sans doute été plus lue...)

Les TRACES de cette PAGE sur la TOILE. « Nous ne céderons pas à la peur » :

Page sur le site de l’ATF (Association des Tunisiens de France) : http://www.atf-paris.fr/spip.php?article832

et  sur le site de la FTCR, « Citoyens des deux Rives » (Fédération des Tunisiens pour une Citoyenneté des deux Rives) : http://www.citoyensdesdeuxrives.eu/index.php?option=com_content&view=article&id=4054:petition-paru-ce-jour-dans-l-le-monde-r-l-l-nous-ne-cederons-pas-a-la-peur-r

Page dans « L’ACORT » (originaires de Turquie) :http://acort.org/?p=1218

(Pétition reprise dans El Watan, Algérie)

Pétition annoncée par un communiqué de la FIDH (Fédération internationale des ligues des droits de l’homme » ,sur Newspress :  http://www.newspress.fr/Communique_FR_285140_364.aspx

Et... cet article (mise à jour 20-01-15) : « Des intellectuels musulmans s’unissent contre la terreur », par Dominique Eddé, Le Monde daté 21-01-15 (pas trouvé en ligne...)

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Publication, dans Le Monde daté 11/12-01-15, d'une tribune, par un collectif (Jamel Debbouze, Rachid Taha, Malik Bentalha, etc.) : "Et maintenant qu'Est-ce qu'on fait?" : ("Ces assassinats sont l'expression du pire"...). (...) "Terrifiés. Mais prêts à la mobilisation citoyenne contre les esprits sombres." Texte intégral et SIGNATAIRES, sur la page du Monde : http://www.lemonde.fr/police-justice/article/2015/01/10/e...

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Voix musulmanes et toutes voix (en réaction aux attentats) dans les notes des vignettes et dans les notes depuis le 07-01-2015..

Mise à jour 02-02-15. PETITION INTERNATIONALE, MUSULMANS du monde. (Volonté d'engagement contre l'utilisation de l'islam pour justifier le terrorisme. Signataires s'engageant à lutter pour promouvoir le droit, les droits humains, la citoyenneté). Note du 27-01-15  : http://tramesnomades.hautetfort.com/archive/2015/01/27/petition-internationale-musulmans-du-monde-notre-responsabil-5545947.html Page de la pétition : http://www.petitions24.net/notre_responsabilite_a_legard_... 

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Mise à jour 09-03-15. Ample article passionnant sur Oxmo Puccino, rappeur, "poétiseur" (synthèse de poète et synthétiseur...). Rencontre avec lui pendant qu'il est à Haïti, en mission d'ambassadeur de l'Unicef. Le Monde, 06-02-15. Propos recueillis par Stéphanie Binet. Sur les attentats contre Charlie et l'Hypercacher il dit ceci : "Il faut davantage penser dans ces moments-là que parler. Je me méfie des réactions sous le coup de l'émotion.. ça demande du recul. Ranger sa part de chagrin, mettre son ego de côté, oublier ses propres malheurs. Se poser la question de 'Qu'est-ce qu'on fait maintenant?'. Cultiver sa lumière, coûte que coûte. L'enjeu n'est même plus de rendre le monde meilleur, mais qu'il devienne moins pire.": http://www.lemonde.fr/musiques/article/2015/02/05/oxmo-puccino-profession-poetiseur_4570763_1654986.html

.... VOIX musulmanes, voir aussi la note sur la pétition internationale, Musulmans du monde... http://tramesnomades.hautetfort.com/archive/2015/01/27/pe... 

15/01/2015

Lecture de Charlie, numéro 1178 : irrévérence, questions, tristesse, rire ...

CHARLIE MERCREDI.jpgLIBERATION du 15 janvier.jpgCANARD.png

 J’ai lu, aujourd’hui, intégralement, Charlie Hebdo... Digne de la Une, à laquelle je disais déjà hier que j’adhérais complètement (et ravie de trouver dans Libération, ce jeudi, une analyse qui rejoint ma lecture : résumé et citations dans la mise à jour de la note du 14-01...). Celle de Soufiane Zitouni, qui enseigne la philosophie au lycée Averroès.

Dans Charlie, l’éditorial de Gérard Biard, « L’Apéro », pose la question des « Oui, mais »... (Dessins et critiques de Charlie, oui, mais, quand même...). Crainte du retour aux frilosités critiques antérieures. (A juste titre : j’entends, infos, que le Pape catholique a protesté contre ce qui, pour lui, est atteinte au sacré des uns ou des autres. Veut-il, le Pape, remettre au goût du jour la question du blasphème, et être suivi par les Français qui partagent sa foi ?). Colère, dans l'édito, contre les manœuvres des complotistes, actifs dès le 7... Et insistance sur la notion de laïcité : « pas la laïcité-je-ne-sais-quoi, la laïcité point final. »

Jean-Yves Camus, dans sa chronique, « Les charognards du complot », décrypte ce phénomène inquiétant. Citation : « Si on laisse de côté les indécrottables tarés de l’ultradroite antisémite, pour qui tout est « sioniste » et « juif », il ne faut pas se leurrer : ce complotisme est un problème de la gauche radicale et de la sous-culture islamo-gauchiste qui sévit sur les forums. ».

Laurent Léger, lui, interroge les « trous dans le filet » du renseignement..

Le reste : émotion, réflexions, dessins, humour et humour sur larmes... c’est dans le journal. « Charlie » 1178 est  en vente plusieurs jours encore (plus d’exemplaires le matin dans les boutiques importantes, qui ont plus de place que les petits kiosques...). 

LAÏCITE... Au début de l’éditorial, il y a l’affirmation du refus de l’expression « laïcard intégriste », que Gérard Biard aimerait voir « disparaître  du vocabulaire intellectuel et politique ». Sauf que pour cela il faudrait que cela disparaisse de la réalité. Or les « laïcards intégristes » cela existe  : conception erronée de la laïcité, qui n’est plus, chez certains, séparation des églises et de l’Etat ("laïcité point final"), mais volonté d’imposer une vision, et mépris de tous ceux qui oseraient affirmer une foi quelconque – sans pour autant s’abstraire d’une société laïque. (Ce n'est pas une laïcité qu'on réduirait, à laquelle on enlèverait quelque chose, mais une laïcité à laquelle on ajoute quelque chose : on la colore, vision "laïcarde", d'une obligation de. croyance, athéisme imposé comme norme d'une pensée qui se voudrait laïque). Certains croient à une transcendance, d’autres pas. Point. Ils ne sont pas plus « crétins » les uns que les autres (vocabulaire qui pourtant désigne plus facilement les uns que les autres dans la parole des athées convaincus que sont souvent les laïcards, pas forcément les laïques, même militants, et vocabulaire qu'on retrouve parfois dans les expressions "des" Charlie).  

Crainte du retour des « oui, mais »... Oui, l’irrévérence et le droit au blasphème ne doivent pas se heurter aux « oui, mais » qui peuvent vite rejoindre l’appel à la contrainte ou à la censure. Oui, irrévérence et droit au blasphème "point final" aussi, cf. G. Biard... Cependant, malgré le massacre, on ne doit pas non plus sacraliser Charlie au point de refuser la critique. C’était, c’est, et cela reste un journal : ce serait une erreur d’en faire un emblème intouchable. Justement, dans Charlie, la critique féroce des religions, des pouvoirs,  et des postures idéologiques ou politiques qui ont leur ridicule, cela doit continuer. Mais il ne faudrait pas oublier une autre posture qui s’apparente au religieux : l’athéisme militant, bardé de certitudes qui ne sont pas plus fondées que celles sur le dieu (Dieu...) ou les dieux des autres. D’ailleurs ce mot de « dieu » ne recouvre pas forcément dans l’esprit de croyants un personnage de conte pour enfant : ce peut être simplement la croyance en une transcendance, quelque chose qu’on suppose, hors ou dans l’être humain, dépasser le petit personnage que nous sommes tous, piégé dans une pauvre identité limitée et en partie illusoire.  

(Et ce « dieu » dans l’esprit des agnostiques c’est seulement un point d’interrogation, pour ces êtres qui disent « je ne sais pas », donc les moins « religieux » qui soient... et peut-être les plus authentiquement laïques... Car comment prendre une posture totalitaire avec un « je ne sais pas » ?).

Critère du « je ne sais pas », donc, tant pour lire Charlie que pour interroger ses propres éventuelles « croyances ». Pour que la laïcité (mal comprise) ne devienne pas le mot clé du risque d’un autre obscurantisme. (Après tout des régimes totalitaires ont fait du refus du religieux une matière de la répression... de la liberté d’expression : les églises ne régentaient plus l’Etat, certes, mais l’Etat, lui, régentait un vide spirituel pour mieux opprimer). Sauf à tomber dans le piège dans lequel semble être tombé Amnesty international (2010), qui voit de la discrimination dans un outil de la laïcité (« la laïcité point final », comme le dit Gérard Biard. L'erreur d' Amnesty... donc.  Alors, oui, même si j’aime bien ajouter des « mais » aux « oui », pour quoi que ce soit (comment, autrement, penser les nuances et la complexité ?), devant de telles dérives associatives, on attend avec impatience la caricature qui pourra s’en inspirer... Amnesty et les « curés » fondamentalistes d’un islam dévoyé... Décidément, la dérision est nécessaire... (Mais je continuerai à signer des pétitions d'Amnesty : autres...).

Et, j'y reviens, le regard critique sur toute lecture...Voir, dans Charlie à venir, ce qui manquerait (en fonction de l'actualité). Voir ce qui est en trop (une chronique acceptée, il y a des années, par erreur, sur un brûlot, choix corrigé ensuite). Regard attentif, et critique s'il le faut. Cela aussi c'est respecter. 

[Mise à jour, 16-01-15. Obsèques émouvantes... Mais... je ressens un malaise, en entendant (infos) Mélenchon se lancer dans un discours tremblant d’émotion, lui qui, là, représenterait une figure critique libre du soutien de Charlie, lui, l’ami de Chavez, le soutien du pouvoir répressif de Cuba. Présence qui a été préférée à celle de Jeannette Bougrab, qui semble avoir dérangé. Les raisons de cet éloignement ne sont pas connues : ce peut être du fait de ses appartenances politiques ou pour d'autres résistances qui, dans tous les cas, choquent dans le contexte (il semble qu'elle ait décidé de ne pas venir ou qu'elle ne l'ai pu), malgré sa douleur évidente. Si c'est un rejet motivé par des préjugés idéologiques, c'est blessant, si la cause est émotionnelle (rivalité de proximité dans le deuil) c'est troublant. En tout cas, d'elle, on ne peut que saluer l'immense courage, prouvé par les risques pris afin de réaliser un documentaire, bien digne du courage de Charb. (Qu’importe qu’une relation soit officielle ou pas, discrète ou pas : si on est peiné on doit être invité à vivre sa peine...). Autre chose, triste signe des errances idéologiques dans la mouvance PCF, bien avant le massacre de Charlie Hebdo, à la fête de L’Humanité, où Charb vint (il votait PC, dit-on), un rappeur, Médine, était invité. (Lui qui crie « Crucifions les laïcards » dans un clip (« Don’t Laïk », je crois) pour ne relever qu’un exemple de ce qui n’est pas loin de l’appel au meurtre... et quoi qu'il puisse dire, depuis : les mots sont plus que des sons). Le mot "laïcards" signifie "laïques", là...  Triste coïncidence : « Médine, l’étrange invité à la fête de l’Humanité », Marianne, 27-09-2014 : http://www.marianne.net/Medine-l-etrange-invite-de-la-Fete-de-l-Humanite_a241577.html

MISE à JOUR 18-01-2015 (obsèques, suite...). ARTICLE : « La double peine de Jeannette Bougrab », Le Parisien, 18-01-2015 http://bit.ly/1xlT3aD (« Il manquait quelqu'un vendredi aux obsèques de Charb, à Pontoise. Jeannette Bougrab, qui, la semaine dernière, avait de façon forte et émouvante crié sa douleur sur les plateaux de télévision, révélant qu'elle était la compagne du dessinateur, n'aura pas pu lui rendre un dernier hommage et assister à ses funérailles. » / «... hospitalisée au Val-de-Grâce à Paris depuis plusieurs jours, n'est rentrée chez elle qu'hier. »

Mise à jour 24-01-15. Déclaration de l’avocat de Jeannette Bougrab. Le Point, 23-01-15 :  http://mobile.lepoint.fr/people/mise-en-cause-de-sa-relation-avec-charb-jeannette-bougrab-prete-a-aller-en-justice-23-01-2015-1898972_2116.php

Mise à jour, 02-02-15. Lecture de cette page : "Le 'oui-mais' est une formule assassine", Le Huffingtonpost, par Pauline Bebe, 1ère femme rabbin, 19-01-15 : http://huff.to/163pAeA

Mise à jour, 02-02-15. Réactions (pays) au numéro du 14 janvier. Huffingtonpost, 14-01-15 : http://huff.to/1Dvh5nx 

La lecture  de Charlie (à entendre lecture de ce numéro, et lecture du journal en général), cette lecture ne serait pas complète sans proposer la réflexion de Nicolas Bedos, sur le courage de l’humour (l’estime qu’il exprime pour les caricaturistes de Charlie, et l’affirmation de sa propre démarche, courageuse et engagée). Son admiration pour les journalistes assassinés ne l’empêche pas de soumettre un questionnement d'humoriste, questions à lui-même aussi), tout en rappelant le refus de l’autocensure : « Nicolas Bedos : ‘ Laissez-nous l’ouvrir et risquer notre peau ’ », Le Monde, 10-01-2015. Entretien : « Pleurer la bande Charlie n’empêche pas de rappeler son combat offensif, quasi hebdomadaire, à l’encontre des symboles islamiques. Non, Charlie n’était pas un repaire de déconneurs bon enfants. Et alors ? J’étais de tout cœur avec eux. Mais nier l’obsession satirique de Charb concernant l’Islam serait une provocation à l’égard des jeunes musulmans - ceux-là même qui, jamais, n’ont souhaité une telle barbarie. Charlie avait le droit - et le devoir – de concentrer son vitriol sur l’Islam radical mais on ne peut pas dire qu’il était un journal satirique classique. C’est faire de l’angélisme, du politiquement correct, et ça risque d’attiser le sentiment d’exclusion des jeunes musulmans. Qui pourraient se dire : ‘S’ils ne reconnaissent pas que certains dessins étaient extrêmement véhéments, alors j’emmerde Charlie et la France’ ». Article complet : http://www.lemonde.fr/culture/article/2015/01/10/nicolas-bedos-laissez-nous-l-ouvrir-et-risquer-notre-peau_4553347_3246.html

...... Echo de plusieurs questions évoquées ici, dans « Le canard enchaîné » : complotisme (article « Complètement complot » (etc.)......

...... Site de Charlie Hebdo : http://www.charliehebdo.fr/

........ Site du Canard enchaîné http://lecanardenchaine.fr/

14/01/2015

CHARLIE HEBDO 1178, 14 janvier 2015. Des millions d’exemplaires contre les haines mortifères et la bêtise

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La UNE.... Le dessin de Luz fait pleurer Mahomet, qui, ici, étranger aux terroristes, larme et bouche mécontente, dit que «Tout est pardonné». Les dessins ? Les malentendus ? Les menaces et les crimes ? L’indifférence qui aurait pu mener à la faillite ? La solitude d’un combat incompris parfois ? Qui pardonne ? Personne justement : il n’y a pas vraiment dans cette phrase de sujet d’un pardon, je crois. Il y a l’espoir d’une humanité au-delà de la haine, l’espoir de la possibilité du dessin, de la main vivante qui trace de nouveau des traits malgré le traumatisme. C’est le refus de la censure, de l’autocensure. (Doit-on parfois, aussi, se pardonner son courage pour encore vaincre la peur ? Et ainsi être dans encore plus de courage...).  Si Mahomet (qui n’est pas dieu mais homme) était ce que des croyants disent qu’il est, et s’il vivait maintenant, il aurait été du côté de Charlie, affichant « Je suis Charlie ». Il aurait pleuré après le massacre, mécontent de se voir associé à des crimes. Il aurait fait appel à cette notion de « pardon », sans espérer un pardon impossible, mais s’identifiant à Charlie, il aurait cassé la fracture de haine. Pardonner ? Pardonner l’impardonnable ? Non : garder mémoire, et garder mémoire du sens. Mais  faire que la dérision puisse reprendre ses droits et donc rire au moment où on pleure. Dans cette page, cette Une, les intégristes ont le prophète contre eux, le rire contre eux. Ce sont eux qui font pleurer le prophète, pas Charlie, puisque Mahomet est dans la manif : il marche en pleurant (ou n’arrive même plus à marcher) : lui aussi est Charlie... !!! D’ailleurs il n’est pas ridicule, ici : juste humain, du côté de l’humain, puisque, quand même, le pardon est posé comme horizon éthique. Mais il est cependant dessiné en Une d’un journal de dessinateurs caricaturistes : pas de censure. Les terroristes, décidément, ont perdu, sur tous les plans.

Mais il faudra de nouveau prendre aussi la plume et la parole pour dire et redire que la notion de blasphème fait écran à toute expression libre (et échappe au juridique dans nos lois et notre culture : elle ne regarde que l’intime de ceux qui y croient et qui ne devraient pas croire ainsi qu’une transcendance - posée par une foi quelconque ou par une autre – ait besoin d’effacer quoi que ce soit du réel qu’elle transcenderait...). Luz a peut-être voulu dire aussi que, si Mahomet est Charlie, comme nous tous, Charlie est Mahomet, et nous aussi. Tous humains. Le clivage qui met des frontières est un mensonge des extrémismes...

Il va falloir aussi approfondir notre réflexion, pour échapper aux pièges tendus par les manipulateurs qui sont à la source du projet terroriste. Ecoutons Boris Cyrulnik, analysant le 10 janvier la situation actuelle ("La seule bonne solution c'est la solidarité armée. S'armer intellectuellement, notamment." Et, dit-il, éviter le rejet de groupes humains, le rejet des musulmans...) 

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MISE à JOUR 19-01-15 et 23-01-15.

La Une de Charlie répond à un massacre qui atterre. Pas de justification aux assassinats (même si on devra tenter de comprendre les racines de ce désastre et lutter contre l’éternel recommencement du meurtre.). La mort, puis quelqu’un trace un DESSIN...  Une image pour dire...

Réactions. Quatre regards sur la UNE :

Inès Pohl, rédactrice en chef du journal "Tageszeitung", Allemagne, commente sa réception de la Une de Charlie et explique le sens de leur choix (publier cette couverture « sacrément bien réussie »). Libération, 18-01-15 : http://www.liberation.fr/monde/2015/01/18/luz-a-offert-un-geste-de-reconciliation_1183506 [Citations (traduction de Charles Morillon) : « Pour être honnête, si nous avons publié la une de Charlie Hebdo en première page de notre journal, c’est avant tout parce que nous la trouvions drôle et sacrément bien réussie[la quasi-totalité des journaux allemands ont publié les dessins de Charlie, y compris la une, sans que cela fasse débat, ndlr].Parce que notre confrère Renald Luzier, "Luz", est parvenu à relever un défi qui semblait presque impossible : offrir un geste de réconciliation dans cette situation, restant ainsi fidèle à l’esprit de l’hebdomadaire. «Parce que c’est une caricature qui a du mordant et qui dit : nous continuerons. Sans pour autant tomber dans le piège du "maintenant plus que jamais". Le turban évoque Mahomet ; la couverture est de la couleur du Prophète, en vert. C’est suffisant, on n’a pas besoin de plus.» (...) « La une de notre édition de mercredi est bien sûr un signe clair de solidarité. »]

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Fouad Laroui (auteur de l’essai « De l’islamisme, une réfutation personnelle du totalitarisme religieux », éd. Robert Laffont, 2011) : « On se dit catholique ou musulman, mais on sait à peine de quoi on parle ». Entretien de l’écrivain marocain avec Sabine Cessou, publié sur son blog ‘Rues d’Afrique’ (« Regards décalés sur l’Afrique, continent pluriel »), 21-01-15.  A la question « Que pensez-vous de la dernière une de Charlie Hebdo ? », il répond : « Les caricaturistes de Charlie Hebdo ont le droit de faire la une qu’ils veulent et ceux qui ne l’aiment pas ont le droit de protester pacifiquement. L’important, c’est de rester dans la légalité. ».  Entretien intégral lisible sur le blog : http://blogs.rue89.nouvelobs.com/rues-dafriques/2015/01/21/fouad-laroui-se-dit-catholique-ou-musulman-mais-sait-peine-de-quoi-parle-234090

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Malek Chebel (anthropologue des religions et psychanalyste). Au sujet de la UNE de Charlie. Le Monde, 19-01-2015 : http://www.lemonde.fr/idees/article/2015/01/19/le-prophete-lui-avait-de-l-humour_4559218_3232.html (« Ne pas représenter le Prophète c’est faire de lui une idole païenne, un Anti-Dieu. » (...) « On fait de la non-représentation du Prophète un secret mais si nous lisons les traités de théologie, Mohamed est décrit avec force détails. » (...) « Libérer l’image est une nécessité devant la prolifération maligne des images individuelles, forcément solipsistes. »)

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« Aujourd'hui, le prophète est aussi Charlie », Libération, 15-01-2015, par Soufiane Zitouni, professeur de philosophie au lycée Averroès : http://www.liberation.fr/societe/2015/01/14/aujourd-hui-le-prophete-est-aussi-charlie_1180802 

[La tribune commence par le rappel d’un hadith qui parle de Mahomet pleurant, et répondant à la question d’un compagnon : « J’ai vu que dans le futur j’allais devoir témoigner contre ma propre communauté. » /  Soufiane Zitouni  écrit : « Et je pose ensuite cette question à mes élèves : « Ce futur sur lequel pleurait le Prophète de l’Islam, n’est-ce pas notre propre époque ? » / Il évoque ensuite cette Une de Charlie qui avait fait scandale : « Un dessin de Cabu tellement juste et si peu compris par beaucoup de musulmans, malheureusement, montrant un prophète de l’islam en colère s’exclamant : « C’est dur d’être aimé par des cons ! ».  (...) « Je me demande si beaucoup de musulmans n’ont pas un énorme problème avec l’humour. » Il dit avoir repensé au livre du psychanalyste François Roustang, « Comment faire rire un paranoïaque ? », et il en résume le message essentiel (« Nous avons tous en nous un paranoïaque qui a besoin d’ennemis identifiés pour se rassurer quant à son identité propre, parce que ses ennemis lui servent de limites ou de bornes (qu’il n’a pas su se constituer lui-même). » Sur la représentation interdite ou pas du prophète ou des êtres en général, il rappelle des anecdotes – polémique en Algérie autour du cheikh Khaled Bentounès) démontrant la superstition ignorante de certains milieux et la froide rigidité de certaines institutions. (...) Pour conclure cette analyse il revient sur la notion d’humour : « Est-ce à dire, alors, que la connaissance serait sœur de l’humour ? A cette question, je réponds sans hésitation, oui ! » (...) « Alors oui, ce prophète caricaturé, insulté, moqué, mais surtout ignoré, est aussi Charlie aujourd’hui, n’en déplaise à un grand nombre de musulmans qui trouveront peut-être ce propos déplacé ou naïf, voire insultant, surtout de la part de quelqu’un qui se réclame comme eux de la culture islamique. »] 

MISE à JOUR 06-02-15 : Soufiane Zitouni a dû démissionner de son poste depuis cette tribune. Il explique pourquoi (ce qui va entraîner une plainte du lycée en question, dont il dénonce le double jeu). Libération, 05-02-15, "Pourquoi j'ai démissionné du lycée Averroès" : http://www.liberation.fr/societe/2015/02/05/pourquoi-j-ai-demissionne-du-lycee-averroes_1196424  

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LECTURES complémentaires, CITATIONS :

« Une minute peut blesser un siècle », Victor Hugo cité par Eric Fottorino, Le Un : 

« Ces monstres furieux de carnage altérés, / Excités par la voix des prêtres sanguinaires, / Invoquaient le Seigneur en égorgeant leurs frères ; / Et, le bras tout souillé du sang des innocents, / Osaient offrir à Dieu cet exécrable encens. » Voltaire,  La Henriade, 1723, texte choisi par Louis Chevaillier, Le Un 

Kamel Daoud sur sa page Facebook, deux jours après le 7. Courrier international, 13-01-2015 : http://www.courrierinternational.com/article/2015/01/09/kamel-daoud-a-nous-de-decider-quel-monde-nous-voulons (« Deux jours de silence. Mots épars dans la tête. Dessiner tue, penser tue, écrire tue, être libre tue, être digne tue, jouer tue, danser tue, rire tue, dénoncer tue, aimer tue. Deux jours à penser à la mort en soi, aux siens, aux autres, aux dessinateurs de Charlie Hebdo, aux deux journalistes tunisiens exécutés*, aux morts d'ailleurs. L'enjeu ? "Je suis libre" contre ceux qui hurlent "Je suis Allah". A nous de décider quel monde nous voulons face à la fin du monde que les tueurs veulent pour nous. »)

« S’il faut tenir compte du contexte, le contexte mondial ne sera jamais favorable à rigoler de l’islam radical ou des religions en général. Si on tient compte du contexte on ne parle plus de rien, jamais, la presse satirique est condamnée et c’est foutu. » Charb, cité par Eric Conan et Martine Gozlan. Marianne, 9 au 15 janvier.

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D'un côté des écrivains et des intellectuels qui apprécient la Une, de l'autre des foules qui manifestent, spontanément ou pas. Et des remarques, des réflexions de gens simples qui parfois acceptent, parfois se sentent blessés, ne comprennent pas cet humour, tout en condamnant totalement la violence. Des adolescents agressifs qui se sentent attaqués... Tout n'est pas mauvaise foi. Tout n'est pas bêtise. Ce sont juste des signes que la parole est nécessaire, l'écoute, le partage. Et le travail culturel. Il faut poser des ponts.

Mise à jour, 09-03-15. Tribune de Bruno Nassim Aboudrar, universitaire (professeur d'esthétique). Texte très éclairant : "Sans effigie du Prophète, il ne peut y avoir de caricature", Libération, 22-01-15 : http://www.liberation.fr/societe/2015/01/21/sans-effigie-...

Libération, 13-01-15, Malek Chebel, anthropologue des religions. Sur la Une de Charlie : "J ne vois rien dans cette une qui puisse provoquer quelque violence que ce soit." (...) "Il n'y a rien de blasphématoire dans ce dessin." (...) "Après, il y a toujours des semeurs de haine, des idéologues qui pourront s'en servir comme prétexte pour diviser." :  http://www.liberation.fr/societe/2015/01/13/je-me-rejouis-que-ce-dessin-ne-soit-pas-plus-clivant_1180092

13/01/2015

MÊME PAS PEUR !!! 11 JANVIER 2015, MARCHE HISTORIQUE...

Le MONDE couv  11 janvier.jpgLe PARISIEN LIBERTE MARCHE.jpgLIBERATION PEUPLE  2.jpgL'Humanité.jpgLA CROIX DEBOUT.jpg

 

 

 

 

Revue de presse... Quelques traces en images, titres, articles... d’un fait immense...  Des citations...   

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

http://www.lemonde.fr/societe/article/2015/01/12/le-message-du-11-janvier_4554379_3224.html (« Le message du 11 janvier », éditorial, Le Monde du 12-01, daté 13-01-2015. Citations : « Les Français, ces jours derniers, ont adressé un message puissant au monde et aux auteurs des odieux attentats terroristes de la semaine dernière. Un message de rassemblement, un message de détermination, et surtout un message d’attachement aux valeurs qui ont été attaquées : la liberté, la tolérance, le pluralisme. Ils l’ont fait dans le calme et avec une dignité admirable. / Une fois l’émotion retombée, des questions vont se poser sur la meilleure manière de nous protéger. Comment éviter que de tels actes se reproduisent ? Comment écarter la menace ? Comment mettre les terroristes potentiels hors d’état de nuire, alors que nous savons désormais qu’ils vivent parmi nous, au sein même de notre société ? » / (...) « Il faut, bien sûr, réagir avec la plus grande fermeté. Il faut procéder à un examen sans concession des failles de notre dispositif, notamment dans le domaine du renseignement (...) » / « Mais il faut aussi éviter le piège du 11-Septembre aux Etats-Unis : celui de la « guerre mondiale contre la terreur » du président George W. Bush et d’un arsenal de répression et de surveillance sans précédent (...) » ///  Le reste de l’éditorial évoque notamment les moyens de lutte dont dispose déjà la France, la lutte contre la radicalisation, et l’Europe : « Le terrorisme islamiste doit être combattu à l’échelle européenne. ». Texte complet réservé en lecture abonnés ou sur journal papier...) 

« Le pire n'est pas toujours sûr », chronique de Gérard Courtois, Le Monde  du 12, daté 13-01-2015 : http://www.lemonde.fr/politique/article/2015/01/12/le-pire-n-est-pas-toujours-sur_4554462_823448.html (Citations : « Mais dès aujourd’hui sauront-ils les uns et les autres rester à la hauteur ? Au-delà de l’émotion, gouvernement, majorité et opposition républicaine sauront-ils engager le débat aussi urgent qu’indispensable sur les remèdes à apporter au traumatisme subi par le pays ? C’est leur responsabilité. Elle reste à démontrer. » / (...) « Une nouvelle fois se posera la question de l’équilibre entre le respect des libertés démocratiques et l’efficacité de la réponse policière, à l’échelle de la France et à celle de l’Europe. » : (...) « Au-delà, une question plus large et plus lourde encore est posée : comment la France a-t-elle pu en arriver là ? » (...) « Pourquoi la République se laisse-t-elle gagner par un racisme latent et un antisémitisme odieux ? Comment empêcher que toute la communauté des musulmans de France ne soit prise en otage par les djihadistes qui ont armé le bras des assassins parisiens ? » Texte complet réservé en lecture abonnés ou sur journal papier...)

« Un élan magnifique », éditorial, par Laurent Joffrin, Libération, 12-01-2015 : http://www.liberation.fr/societe/2015/01/11/un-elan-magnifique_1178617 : (Citations : «  L’espoir, avec le chagrin, marchait en tête du cortège. Dévastée, en pleurs, fatiguée du tumulte, mais chavirée par une solidarité grande comme la mer, l’équipe de Charlie a marché dans Paris, suivie par plus d’un million et demi de personnes, c’est-à-dire par la République. » (...) « La plus grande manifestation depuis la Libération ! Quelque chose d’inouï s’est passé dimanche dans les rues de France. Contre la violence, contre l’obscurantisme, contre la division des communautés, le pays de Voltaire et de Cabu s’est soulevé dans un immense élan civique. La République a été frappée au cœur. Deux jours plus tard, la République est debout. » (...) « Chacun a ressenti, au plus profond de lui-même, que tout ce qui le protège, tout ce qui lui assure une vie adulte et responsable, tout ce à quoi il croit a été attaqué par les fanatiques. Marcher pour dire non. Marcher pour être libre. » (...) « Les fractures ne sont pas seulement dans la réalité, dans la société. Elles sont dans les esprits. La bataille se joue dans les têtes. Eh bien cette mobilisation restera dans les mémoires comme une borne, un amer, un sémaphore démocratique ! Comment la faire fructifier ? C’est tout simple : combattre, tous les jours, ici et maintenant, demain et plus tard, avec force, avec patience, la peste identitaire. Chacun a droit à sa patrie, à sa religion, à sa tradition, à ses racines. » Texte complet à lire sur le site du journal.)

« Marche républicaine à Paris : une ampleur sans précédent », Libération, 11-01-2015 : http://www.liberation.fr/societe/2015/01/11/en-direct-la-place-de-la-republique-noire-de-monde_1178277

« Charlie, hebdo antirécup », Libération, 12-01-2015 :   http://www.liberation.fr/societe/2015/01/11/charlie-hebdo-antirecup_1178666 (Sur les risques de récupération de la manif, réponse de chroniqueurs et dessinateurs de Charlie)

« Des réponses vraies et justes », Le Parisien, éditorial du 12-01-2015 : http://www.leparisien.fr/espace-premium/fait-du-jour/des-reponses-vraies-et-justes-12-01-2015-4438705.php (Citation : « Les immenses défilés de ces deux derniers jours sont aussi un réveil, une prise de conscience face aux erreurs ou aux errements de notre société qui ont abouti à ce que des criminels fanatiques osent venir insulter nos valeurs et chercher à saper les fondements de notre république. »)  

« Vivre libre », éditorial, par Guillaume Goubert, La Croix, 12-01-2015  (Citations : « Bravant la peur et la haine, des foules immenses d’hommes et de femmes, jeunes et moins jeunes, de toute opinion, de toute religion, de toute condition et de toute nationalité, ont marché ensemble hier à Paris et dans toute la France pour affronter la barbarie qui a tué les collaborateurs d’un journal satirique, des policiers, des clients d’un supermarché casher. Dix-sept personnes qui, comme les manifestants, étaient différentes par leurs origines, leurs convictions, leurs religions – ou leur non-religion. Et c’est bien cela qui, profondément, réunissait les manifestants, la volonté de vivre dans une société ouverte, où l’on peut librement exprimer ses opinions et pratiquer sans crainte sa religion, que l’on soit juif, chrétien ou musulman. » (...) « Ce sentiment d’unité est bien sûr terriblement fragile. Peu de chose suffira pour que les querelles et l’acrimonie reprennent le dessus. Mais il est permis d’espérer. Cela relève de chacun d’entre nous. Il faut chaque jour, partout, préférer la concorde à la division, choisir la bienveillance plutôt que la méfiance. C’est ainsi que nous serons fidèles à ceux qui sont tombés. C’est ainsi que nous vaincrons la peur et la haine. » Texte complet à lire sur le site du journal.)