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15/07/2017

L'Inaccessible. "Les Cahiers du Sens" 2017

CAHIERS.jpg« …Partir où personne ne part… »

                 Jacques Brel, La Quête (exergue du numéro 27, L'Inaccessible, page de couverture)

« Rêver un impossible rêve… » 

                Jacques Brel, La Quête (exergue posé sous le titre intérieur)

Les cahiers du Sens, revue annuelle, 2017. Éd. Le Nouvel Athanor

Inaccessible ? Tout l’est, et rien. Tout, car nos rêves sont grands, et parfois nous dépassent. Rien, car ce qui doit être advient, je crois. (Je suis sans doute imprégnée de la croyance en ce « Mektoub » beaucoup rencontré dans mes autres rives, moi qui en ai traversé certaines…). Croire que c’est « mektoub », écrit, c’est ne pas penser l’inaccessible comme inaccessible. Ou alors oui, mais en se disant que peu importe, si c’est ainsi. Alors on vit dans une certaine lenteur d’un rapport au temps qui fait de l’instant un éternel présent sans futur. Et créer c’est disperser en poussière un alphabet de mots ou d’images, au risque de la perte, du posthume.  

Cependant l’Orient n’est-il pas, en fait, un paysage intérieur de nombreux poètes ? Car autrement ils ne chercheraient pas à déchiffrer le réel et leurs ombres comme si c’était un livre déjà tracé. Déchiffrer, c’est une démarche partagée. Devant ce terme, et thème, ainsi offert comme séduisant horizon d’écriture par les éditeurs de la revue « Les Cahiers du Sens » (Danny-Marc et Jean-Luc Mayence), j’ai commencé par m’interroger sur le sens de l’article défini. Car L’Inaccessible ce n’est plus une qualité prêtée à des rêves ou des projets, mais un substantif où la négation s’annule presque. Cela devient une essence, une métaphore métaphysique. 

Mais pourquoi?

Que faut-il donc atteindre qu’on ne puisse toucher, si ce n’est la force d’une évidence intérieure, l’achèvement de tous les processus de création de soi?

Que faut-il être pour en avoir la prétention ? Juste un esprit dans un corps. 

L’inaccessible est un secret, car seul chacun peut se dire à lui-même ce nom intérieur qu’il déchiffrera en lui, s’il en trouve le chemin.

Je me demandais ce que les autres en feraient, m’attendant presque à lire, quand la revue sortirait, des pages où se croiseraient des méditations similaires. Mais pas du tout. Le mot renvoie ici à des univers intérieurs fort divers, à des écritures qui, évidemment, ne se ressemblent en rien. Et pourtant l’ensemble a une unité, des textes se font écho. 

J’ai sélectionné mes coups de coeur, choisis parmi 247 pages, lecture faite… 

La première partie présente des textes en prose, des essais, des analyses, qui permettent de voir comment la littérature traite ce sujet, comment dans la poésie il est toujours présent, à travers le temps et les divers courants littéraires. Comme si c’était une clé pour comprendre le fait d’écrire, le rapport au langage et à la création. 

Des textes en prose qui introduisent la thématique j’ai apprécié particulièrement  l’analyse littéraire érudite de Giovanni Dotoli, « De l’inaccessible poétique ». Il cerne ce que la littérature poursuit, et en quoi elle traite aussi de l’inaccessible des sages ou des mystiques, cet absolu du poète « voyant ».

Jean-François Migaud, lui, dans « L’évidence de l’invisible », offre une belle méditation à partir du préfixe négatif, sur la voie qui passe par le vide, l’absence, l’insondable d’un « arrière-plan » des poètes et des chercheurs spirituels.

Don Quichotte hante ces pages. Et Maurice Cury le nomme (« Seul le rêve… »), ainsi qu’Alain Noël évoquant la voix de Jacques Brel et la voie de Saint Jean de la Croix (« L’inaccessible étoile »).

Toujours dans cette partie, Claire Dumay,  plonge dans les affres des doutes sur soi et sur autrui, effrayée par les mensonges qu’on se fait à soi-même. Alors comment croire aux « vérités » d’autrui, même proche ? Texte au scalpel qui dit  l’impossibilité de traverser les masques dans la rencontre de l’autre. L’Inaccessible ? Soi. L’autre. Donc son titre pose un paradoxe : « L’illusion de… l’accessible ». Ce texte est à lire en miroir avec le poème de Jean-Luc Maxence, car c’est aussi le scalpel qu’on retrouve, dans son texte, bouleversant, le plus « dur » du recueil, au sens de secouant.  

Deux autres textes ont retenu mon attention (et je reviens en arrière dans les pages, pour les associer, car ils ont en commun le visible, et, évidemment, cela m’interpelle car j’y retrouve des questionnements qui rejoignent ma réflexion sur l’acte de photographier). 

Robert Liris, dans « Les deux infinis », sollicite d’abord Hermès Trismégiste et André Breton, pour évoquer la similitude exposée dans l’antique « hermétisme » : ce qui est en haut est en bas et inversement, donc la non contradiction des pôles apparemment opposés, mais une non contradiction qui (dit Breton, chercheur du « surréel ») n’apparaîtrait qu’en un point que justement on ne peut saisir, traverser. L’Inaccessible… L’être humain cherche à franchir les portes du réel vers l’imaginaire du sens, mais il n’y arrive pas. Volonté de verticalité (corps esprit), pyramides pour rejoindre la lumière. Des dessins des grottes d’autrefois aux peintures et images captées, l’auteur voit un échec pour lequel il prend Barthes à témoin (« Toute image est une catastrophe »). On ne peut voir l’invisible, on ne peut saisir le sens du réel. J’aime Barthes que j’ai beaucoup lu, mais je ne le rejoins pas dans sa conception de l’image. On peut penser qu’au contraire on touche, presque, avec la capture par le regard, ce point de bascule où on peut transgresser l’interdit, traverser les frontières du sens. (De l'’image catastrophe de Barthes, Serge Tisseron, dans son livre « Le mystère de la chambre claire », montre les racines et les limites qui aboutissent à une fausse théorie de la photographie. La seule vérité qu’elle traduise est la « mélancolie » visuelle propre à Barthes…). Mais je reviens au texte (passionnant). Et à la fin c’est Mallarmé et Émily Dickinson qu’invoque Robert Liris, car l’hermétisme de leur écriture et le retrait du monde de la poétesse sublime, cela marque des destins habités par la question de l’inaccessible. Comme le Don Quijote de Brel.

Avec Anne de Commines (« L’icône pour appeler et veiller l’inaccessible »), en partant de l’icône, de l’iconicité, on aboutit à une perception différente. Au contraire l’image nous fait ici rencontrer le mystère, un sens. Médiatrice, elle informe. Parce que justement, à l’inverse, elle ancre l’image dans le réel charnel. « Accueillir » est le mot clé. Et ainsi le visuel fait accéder à l’au-delà du langage et penser la verticalité. C'est une philosophie poétique qu'aurait apprécié Maria Zambrano... 

…………………………….

Suivent les poèmes, la plus grande part du volume. Je ne vais citer que quelques noms, sachant que le choix serait autre, suivant les lecteurs. C’est subjectif, et je l’assume. Coups de coeur, donc. Des pages se répondent parfois, des métaphores se croisent et croisent les ombres et lumières du réel. L’inaccessible prend des sens divers suivant les auteurs.

Pour ma part j’ai écrit, d’abord, sur la fraternité en échec, quand en mer des réfugiés se noient et nous hantent. Mais aussi sur ce paradoxe qui nous fait être, dans le même temps, en recherche de sérénité, de sagesse (donc de détachement). Écartelés entre le monde et sa cruauté, le souci d’autrui, et des démarches presque mystiques. Capables de joie au moment de la douleur des autres et pour les autres. Inaccessible cohérence ? J’écris (« Peindre l’immense »), que nous sommes des « errants de l’altérité », cette altérité dont Kamel Daoud dit qu’elle est la grande question du XXI ème siècle (entretien, JDD du 9 juillet 2017). Mais je crois possible de « penser ce partage », pour « peut-être / saisir enfin le sens / du lointain ».

Je retiens, surtout, quelques noms, des titres, ou des citations… Comme dans la revue, par ordre alphabétique.

« L’arche de la révolte », de Salah Al Hamdani. Ample poème qui avait été déjà publié dans un recueil collectif contre le terrorisme : « Nous aimons la vie plus que vous n’aimez la mort » (éd. El Manar, 2016). Nuits hantées par les images des « corps mutilés », et volonté de se dresser contre l’horreur... « Prenons les écrits saints à l’envers / et de notre hauteur d’homme / jetons-les dans cette guerre qui ne dit pas son  nom » Évidemment, ce texte me touche, car c’est un sujet, essentiel, qui est très présent dans mon écriture (cf. les poèmes publiés dans A L'Index, et deux ou trois ici, comme " Litanie pour juillet plusieurs fois " / note blog...    "Poème pour dire").

Yoni Afrigan, aborde, , contre l’injonction qui entrave, la  « voie du secret » vers la « splendeur » cachée.

Pour Guy Allix,  « tous les poèmes (…) / Étaient déjà écrits / dans une seule goutte de temps ». Vertige quantique… 

Jean-Bernard Charpentier veut partir « sur les chemins de l’éveil », mais sans se retourner, « de crainte de rester » (lucide méfiance). Mais « Qu’importe ce qui fut et sera, / L’évidence de la beauté / conduit à ce qui est. »

Maurice Cury traque le faux des apparences, dans un exercice de lucidité, car « Rien n’est plus fragile que de vivre ». 

De Danny-Marc, un poème est une ode à des mains aimées. Texte d’un recueil publié chez Pippa (« Un grand vent s’est levé »). Douceur. Et l’autre poème rêve, mais les mains sont encore présentes. Pour un « peut-être »  à advenir encore. 

Giovanni Dotoli, dont j’ai déjà parlé pour un essai érudit, propose une sorte de peinture mystérieuse, nocturne. « Une lampe d’émail » est suspendue dans la nuit. Il peint là son « lieu d’infini ». Et c’est cela qui pour lui est inaccessible. Ou le fut et ne l’est plus, puisque la vision est là.

J’ai déjà évoqué le poème de Jean-Luc Maxence, en parlant du scalpel jumeau de Claire Dumay. Coup de poignard que ce texte, mais histoire d’une métamorphose qui rend inaccessible, car libre (« Sur le divan de Satan »). C'est ainsi que je le comprends... 

Là aussi, j’avais choisi un texte de l’auteur, dans la partie introductive. Signe que la même conscience littéraire qui passe dans une chronique nourrit l’écriture poétique. Jean-François Migaud (« Après »), se transporte dans l’infini du temps, après (lui, nous, quand nous ne serons plus) et pense le vent, les arbres et les visages autres qui peupleront, ici, ce temps d’après de notre absence. L’inaccessible est double, alors. Temps lointain aux limites du temps. 

Je suis intriguée par le poème de Pascal Mora, « Crèche suburbaine ». Une contemplation. Éloge de la vie, comme vue du « dessus », par le regard du Bouddha. Il y a tout : le germe, le bois, le souffle. « Nous sommes des âmes dans ces corps », et tout est connecté, même les rêves. Plus on lit plus le tableau se met en place, l’inaccessible est ailleurs… Il faut relire.

Dany Moreuil sait le langage du corps et comment dénouer les pièges du mental obsédant en se posant dans le coeur, centre, ou en faisant danser. Si le bruit des mots cesse, le silence est possible. Être ?

Rose-Marie Naime aborde ce mystère de la mémoire qui fait surgir un mot. Transmission. Et l’autre mystère, ce qui fait rater le passage vers ce qui devient alors l’inaccessible.

Bernard Perroy, c’est le sens de la lumière qui traverse corps et yeux, mais qu’on ne sait pas vraiment encore, ni en soi ni en l’autre.

Suivent des lectures, et des textes de voyages.

Au fil des pages, envie de prolonger des découvertes, vers certains livres… 

J’ajoute deux citations... 

 "Le vent parlera-t-il encore aux peupliers,

  Peuplera-t-il 

  Les arbres de visages ?

  Qui déchiffrera les messages

            Après ?"

   Jean-François Migaud, "Après"

et

"Quel miracle m’a fait naître

  A ce monde ancien ? 

(…)

  C’est le rayon qui fait croître

  C’est la racine qui connaît le profond 

  C’est le bois qui voyage dans les siècles."

          Pascal Mora, "Crèche suburbaine"

.... 

LIENS... 

Page de l’édition... http://lenouvelathanor.com/revue-les-cahiers-du-sens 

Commandes, chez l’éditeur, en ligne ou par courrier (voir sur le site, page de la revue, lien ci-dessus).

Et à Paris, dépôts à L’Autre Livre librairie… https://www.lautrelivre.fr/pages/editorial 

....

© Marie-Claude San Juan

28/03/2017

Quelle poésie perd son chant ? Sur un fragment d'éditorial...

JOURNAL des poètes.jpgTitré « Poésie à l’oubli » le début de l'éditorial de Jean-Marie Corbusier donne envie de lire intégralement le texte, pour voir où cela aboutit (ce que je ferai, dans la revue belge Le Journal des Poètes). Recours au poème en a fait un post sur sa page Facebook, en annonçant la parution, et c’est ainsi que je l’ai découvert et commenté…

J'y reconnais certains de mes agacements, et questionnements. Il est vrai que pas mal de publications sont décevantes, sans l'exigence d'une écoute intérieure laissant émerger de l'intense rare : voix évidente, musique ET regard. Voix et sens, car si le chant n'est que chant il tombera des mains du lecteur (autant que le texte qui peut se confondre avec un article du journal quotidien...). J'apprécie l'évocation de "la pénombre du poème", car, effectivement,  il faut au poème cette frange d'hésitation qui fait douter d'une première lecture, ou trouver, à force de relire, une superposition d'interprétations parfois même contradictoires, mais donnant petit à petit son épaisseur au poème (texte ou livre). L'inconscient affleure, et se lit aussi une sorte de métaphysique singulière qui est la marque d'un (une), immédiatement reconnaissable. Dans ce qui est poème, l'alliance des mots est fulgurance. Coup de foudre pour un vers, une phrase, une page, un livre entier. Désir d'apprendre par coeur des fragments. Coup de foudre ou rien. S'il n'y a pas ce choc c'est qu'il n'y a rien. Mais je n'adhère pas à l'opposition "prose et poésie". Poèmes en prose de Baudelaire, Rimbaud, fragments poétiques de Char... et de bien d'autres. Même si les phrases qui suivent précisent la pensée, la confusion dénoncée n'est pas vraiment cela. N'est-ce pas plutôt la confusion entre écriture du seul factuel (y compris étalé en vers...) et poésie (donc factuel transcendé)?

Citations, l’éditorial (fragments soulignés sur Recours au poème, choix que je garde…) : « De plus en plus, lors de mes nombreuses lectures de textes actuels, dits poèmes, je m’aperçois que la pénombre du poème a disparu. Il y a confusion entre prose et poésie. (…) L’élan poétique, si faible souvent, se brise dans une parole trop claire. (…) L’on donne la priorité à un contenu plutôt qu’à un chant. »

Recours au poème, page Facebook : https://www.facebook.com/revueRaP/ 

Recours au poème, le site : http://www.recoursaupoeme.fr 

Le Journal des Poètes, page FB : https://www.facebook.com/Journal-des-Poètes-1608351529448... 

16/02/2017

CAMUS, lire et relire ses « Carnets »…

CARNETS... .jpg« Carnets », journal de pensée, journal d’écriture… Livre de chevet, comme le Journal de Kafka. De ces livres lus et relus...

Mais là je reprends (et commente) deux citations posées sur des pages Facebook dédiées à Camus, ces pages littéraires qui font relire des fragments au hasard. Parfois c’est « Albert Camus », parfois « Albert Camus, pensée du jour ». Et j’en ajoute une, en feuilletant l'ouvrage… 

...

"Pourquoi suis-je un artiste et non un philosophe ? C'est que je pense selon les mots et non selon les idées".

Artiste, oui. Poète (lisez Noces...!). ET philosophe. Un des seuls à avoir su penser les totalitarismes sans se laisser fasciner par eux. Et, lui, était en résistance quand il le fallait, quand un Sartre posait des textes dans des feuilles collaborationnistes et signait (comme Beauvoir) l'engagement qui les faisait affirmer (sur l’honneur?!) qu'ils n'étaient ni Juifs ni francs-maçons, pour pouvoir rester dans l'Éducation nationale pendant l'Occupation...! Un philosophe n'est pas un constructeur de systèmes. C'est un penseur qui donne de quoi élaborer une conscience, individuellement et collectivement. Lisez ses "Écrits libertaires", regroupés par Lou Marin, ce chercheur allemand qui a retrouvé tant de textes dispersés dans des revues libertaires du monde entier...

"Paris ou le décor de la sensibilité"... (La page Facebook "Albert Camus, pensée du jour" avait associé cette citation à une photographie de Paris vu de l'espace...).

Paris pensé par Camus… Pensée de metteur en scène, qu'on peut interpréter diversement : force du lieu, richesse sensible possible, ou mirage qui cache les froideurs, ou tout cela en même temps... De Paris, Camus percevait des aspects plus angoissants (autres textes...). L'espace gris, la pluie, qui, malgré la beauté, réveillaient la nostalgie d'un univers méditerranéen solaire (Algérie, Espagne, mais aussi un certain sud en France, celui de son ami si cher, René Char... ou des paysages italiens). Et puis Paris, ce fut pour lui des vécus très divers, entre l'amitié des Gallimard, d'un côté, et l'hostilité d'un certain milieu d'une bourgeoisie intellectuelle rejetant le fils de pauvres et (comme il le dit) l'Algérien en lui (et sans doute l'Espagnol - par sa mère et ses liens vitaux - l'Espagnol  libertaire, surtout…).

Et j’ajoute ceci (Carnets 1945-48) : « Il n’y a pas de justice, il n’y a que des limites. » 

J’associe cette pensée à l’éthique du père de Camus « Un homme, ça s’empêche ». On pose des freins à la violence des êtres, des mots contre les masques du langage. Sans illusion, on résiste à l’injuste. 

LIENS… 

Gallimard, Folio : http://www.gallimard.fr/Catalogue/GALLIMARD/Folio/Folio/C... 

Fabula, un appel en 2010 pour un colloque (et quelques pistes de lecture)... http://www.fabula.org/actualites/article35111.php 

Fiche wikipedia : https://fr.wikipedia.org/wiki/Carnets_(Albert_Camus) 

Nombreuses citations, dont fragments des Carnets… http://www.laculturegenerale.com/citations-albert-camus/ 

28/01/2017

Anne Perrier, poète, nomade de l’essentiel. Nomade enfuie…

 VOIE nomade.jpg« Ce n’est pas 

    Au moment de mourir tous les cris

    Déchirants de la terre que j’emporterai

    Toutes les larmes non

    Mais ce rire d’enfant comme un chevreuil

    Qui traverse la foudre »

             Anne Perrier, La voie nomade 

Elle meurt, mais les textes sont là. J’aurais aimé la connaître, elle qui demandait  « où est ma demeure » et rêvait de possession qui soit dépossession, en cherchant à la frontière du silence. Demeure? Celle des mots, mais justement lesquels pour dire l’essentiel? Et celle du sens intérieur, d’un rapport juste au monde et à la mort, donc à la vie. Perte d’une inconnue non rencontrée, mais si connue, si proche, rencontrée autrement, intimement. 

Poèmes… « La voie nomade » et autres titres… http://www.wikipoemes.com/poemes/anne-perrier/la-voie-nom... 

Chronique, dans Recours au poème…  http://www.recoursaupoeme.fr/chroniques/chronique-du-veil... 

Article du Temps… https://www.letemps.ch/culture/2017/01/22/poete-vaudoise-... 

Chronique du Monde. Disparitions… http://www.lemonde.fr/disparitions/article/2017/01/25/mor... 

Fiche wikipedia… https://fr.wikipedia.org/wiki/Anne_Perrier

Note de 2013 : http://tramesnomades.hautetfort.com/archive/2013/12/04/la... 

 

21/01/2017

« Ne plus rien dire que l’essentiel… », A L’Index numéro 32…

INDEX 32.jpg« Ne plus rien dire / que l’essentiel

   Ne plus rien faire / que l’éphémère »

              Jean-Pierre Chérès, Silex (A L’Index 32)

De nouveau, relisez le texte de Jean-Pierre Chérès en quatrième de couverture. Autre fragment que j’en retire... «  Se perdre dans les gens pour se retrouver dans le sens… ».

De nouveau, regardez la vignette de couverture : c’est aussi cela la poésie, cette répétition du regard sur l’essentiel du sens.

Ce numéro 32 est essentiellement constitué de poèmes. L’introduction de Jean-Claude Tardif met l’accent sur la liberté, dans le refus de toute compromission, pour une poésie qui se veut être toujours ce qu’elle fut, « le parler premier des hommes ». Il met aussi l’accent sur le rapport « singulier » du lecteur au livre. Singulier, donc, aussi, hors des règles commerciales des circuits soumis à des normes.

De Jean-Pierre Chérès on retrouve trois poèmes inédits, denses et forts : Silex, Strates, Rages. Le silex, pour un retrait dans le silence froid de la pierre, pour « Ne plus rien dire / que l’essentiel »… Les « strates de la mémoire » pour une archéologie intime. Et les rages, pour une mémoire de perte. Peut-être. 

Suit un texte de Luis Porquet, que j’ai apprécié particulièrement, au point de symboliquement pourvoir le co-signer. Un « essai » qui me semble correspondre à une conception très haute de la poésie. Ses premières références, dans « L’Éclat fuyant du météore » répondent à cette exigence : Héraclite, René Char, Daniel Pons, Suzuki, Octavio Paz… Et les fragments qu’il cite ensuite, pour « L’Offrande céleste du jasmin », sont là pour soutenir un ancrage de cette sorte d’écriture : l’Espagne est pour lui le pays où s’écrit le mieux une poésie essentielle : « L’écrivain ibérique s’inscrit dans la chair palpitante du monde. Son langage est l’ennemi des pirouettes abstraites et de l’esbroufe intellectuelle. » (…) « Le poète hispanique est vêtu de son âme ». Poésie essentielle au sens fort : nécessaire et traitant de l’essence de l’être, une poésie où la mystique s’écrit, en lien avec une conscience cosmique. « Hispanique », c’est l’Espagne, mais aussi la langue, avec la poésie de Luis Mizon et le chant de Paco Ibañez. Mais citer Lorca, Alberti, Jimenez, Hernandez, Bergamin, Gamoneda, n’empêche pas de puiser des références clés chez Novalis, ou d’avoir Jean Grenier comme maître à penser (un des…). Universalisme de celui pour qui le zen paraît être un centre repère, et le yoga de l’art, une clé de la création. Parce que le « duende » de Lorca, qui ici serait figuré par le jasmin et l’ancrage charnel du poète espagnol (sans être nommé), le duende est connexion cosmique.  Comme Bergamin, Luis Porquet refuse « le procédé, le truc », ces « falsifications », pour chercher ce qui transmet la part de « lumière » (ou plus que la part). 

Et justement, dans les textes qui suivent, ne cherchez pas de procédés artificiels. Ni dans « Ardoises » de Michaël Glück - un de mes auteurs lu et relu depuis longtemps, lui qui disperse ses textes dans des micro-éditions, créatrices de poèmes sculptés parfois (j’ai ainsi de lui une pierre gravée, un bois cachant un texte, un parchemin long… et des petits carrés de « pré#carré », etc.). Poème, « Ardoises », où l’on sent une sourde colère, pour affirmer que les mots convoquent le réel et que le réel, même d’horreur, doit être dit dans « un poème sans fin », qui est en lui, avant même l’écriture… 

Proximité de mémoire entre Michaël Glück et Laurent Nuchy, je le sais et je le lis : « Hillel et Myriam répondirent… / Suis-je allé jadis à ma rencontre? » (Le Golem,).

Entre eux (merci pour ce choix), mon long poème « Fugue de lieu ». Mémoire(s), aussi, et démarche posée sous forme de questionnement, pour relier deux axes : « Faire silence, en mystique sans dieu ni dieux, ou se faire bruyant prophète de paix? Être le démiurge caché d’un monde miroir, changer l’eau sombre? ».

Et, juste après, une nouvelle de Luc Demarchi, « Castiglione », où (décidément, c’est un thème récurrent dans ce numéro, mémoire…) l’auteur raconte un souvenir d’enfance, vacances dans une étrange maison sans eau ni électricité, devant une plage et une mer où serait enfouie une ville d’autrefois. Comme le sont, dans la mer de la mémoire, les souvenirs qu’on déchiffre et un réel disparu. 

Échos, encore, d’un texte à un autre. Au « Silex » de Jean-Pierre Chérès répond « Archéologie d’une pierre » de Raymond Farina : métamorphoses de la pierre, arme ou galet de douceur, ou sculpture créatrice de beauté… Autres échos, les pierres de Roland Nadaus… 

A la maison enfuie (dans le passé) de Luc Demarchi répond celle que quitte le personnage de Jean-Claude Tardif dans « L’accident », en laissant une feuille vierge, sans message, pour aller (accident ou suicide?) se détruire (mourir?) en voiture. Etrange récit, dont l’étrangeté même fait la profondeur du personnage au sujet duquel on se demande ce qu’il fut et ce qui l’a mené à cet instant. On tente une interprétation, et elle se détache, comme la première poupée russe qui en cache une autre et une autre, la dernière se brisant en éclats de sens possibles. A-t-on compris? Pas sûr, et tant mieux. 

Antoine Houlon-Garcia, lui, cherche dans un bref essai fouillé sur La Jeune Parque, « de quelle Ariane Valéry nous fait le récit »… Ariane mythologique ou femme ouvrant un pan autobiographique… 

Beaucoup de traductions, dans ce numéro. Textes, poèmes, issus de plusieurs langues… Ne pouvant tout relever je choisis de citer des vers de Luis Benitez. Pour déclencher l’envie de lecture de ses poèmes, et des autres… 

« Permets à ton ombre ou à la nuit d’humecter tes paupières , / Ainsi n’entrera pas en toi / le feu et l’avenir ne t’effleurera point. »

(…)

« Les spectres que je fus épient derrière les mots / le mouvement de la vie, plus torrentielle que le temps, / car je fus spectre et spectres sont les choses / et les hommes. »

(…)

« Il est inutile que je dédie / à ceux qui m’écoutent / une vérité : ils en feront des miettes. / De leurs miettes naîtra Lao-Tseu. »

(…)

« Ce soir et une partie de la nuit / je suis retourné m’immerger dans la mer épaisse / où nous flottons, êtres et choses. » (…) « Je n’ai pas vu de berge. Tout est mer. / Ceux qui craignent la berge / ne savent pas qu’ils cheminent dans la mer. »

(…)

«… le brillant de l’humble couleur a réuni en mots / le visage de ce qui a été vu »

(…)

« Pour moi, la certitude est le brillant chemin de son jamais. »

………………..

A L’Index aujourd’hui : http://lelivreadire.blogspot.fr/2016/11/blog-post.html 

Pour lecture…

MC San Juan

Revue déposée librairie Compagnie, Paris… http://www.librairie-compagnie.fr 

17/01/2017

Jean-Louis Giovannoni, dans la revue A L'Index 31...

INDEX 31.jpgJe reviens à ce numéro 31, en retard d’écriture puisque le numéro 32 vient de paraître… 

D’abord, relisez la quatrième de couverture, avec le manifeste poétique de Jean-Pierre Chérès. J’en picore un fragment : «  Être poète, c’est se donner corps et esprit à la présence du monde, c’est être possédé par le monde, c’est ouvrir en permanence ses antennes sensibles à l’univers… ». Manifeste de Jean-Pierre Chérès, et programme collectif pour la revue, d’écriture et d’engagement, pour le sens et autrui. 

Ensuite regardez de nouveau la vignette d’Yves Barbier en couverture, car c’est exactement la même chose : le personnage esquissé fait tourner un cercle du temps et du non-temps, en rapport avec le cosmos. (Voir, numéro suivant, 32, l’essai de Luis Porquet sur la poésie, essai que je pourrais co-signer, tant j’y adhère…).

Parcourez enfin les pages, pour les textes, où domine la poésie, et, cette fois, le dossier double, fils tissés, sur « Tarn en poésie 2016 » et Jean-Louis Giovannoni, auteur que je lis depuis longtemps et dont j’aime particulièrement les aphorismes, les fulgurances brèves. On nous fait entrer dans l’ambiance de plusieurs jours d’échange, pour la rencontre qui a fait se déplacer la revue, comme le dit Jean-Claude Tardif, « des falaises de craie du pays de Caux » à la région d’Albi.

En exergue à la présentation de l’auteur principal de ce numéro, par Georges Cathalo, une définition apparemment paradoxale de l’écriture par jean-Louis Giovannoni, « source » et « soif ». Apparemment. Car cela traduit bien la tension qui le fait écrire. Si on devait résumer en quelques mots ce qui est retenu de lui à travers ce parcours des textes et des livres, que pourrait-on choisir de garder? De celui qui se dit « né entre les pages d’un Don Quichotte » (mais d’une édition « abrasée » au point d’être illisible) on dirait : mort et deuil révélateur (initiatique), énigme des voix d’autrui (des voix de la folie d’autrui, croisée par le travail, respectée : porte vers l’humain universel, la force de l’écoute plurielle, oreille tendue vers les murmures de l’autre, et finalement de soi), doute et présence du sens, amour (à condition qu’il ne se dise pas en poème). On le qualiifie de « métaphysicien », de « poète du sens », rappelle Georges Cathalo... 

En conclusion, deux chroniques, les lectures, précieuses, de Bernard Noël et James Sacré, déchiffrant le parcours du poète. Hommage. Et un poème de Jean-Claude Tardif, dédié en « clin d’oeil », « Je n’écris plus de poème les jours de pluie ». Le « je » serait celui qui écrit et (ou?) celui sur qui on écrit. Complicité qui mêle les mots et fait entrer l’un dans la conscience de l’autre pour dévoiler ce qui se refuse, déplacer la pudeur. C’est ainsi que je le sens. Est-ce su? Voulu? (Peu importe, c’est lu…). Echo, dans un texte introductif du numéro qui suit, de nouveau la pluie évoquée par Jean-Claude Tardif, mais qui provoque un mimétisme de forme, symboliquement.

A L’Index aujourd’hui : http://lelivreadire.blogspot.fr/2016/10/blog-post.html 

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Pour lecture…

MC San Juan

Revue déposée librairie Compagnie, Paris… http://www.librairie-compagnie.fr 

23/11/2016

"Habiter poétiquement le monde", Poesis.

HABITER-LE-MONDE-POETIQUEMENT-COUV-300dpi2-668x1024.gif« Riche en mérites, mais poétiquement toujours, / Sur terre habite l’homme. »

                           Friedrich Hölderlin

(Exergue de l’anthologie-manifeste réalisée par Frédéric Brun, et dont le titre s’inspire de cette pensée d’Hölderlin. Formule, non, bien plus. Fragment d’un poème, « En bleu adorable », et vision-programme.)

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« …Il faut, sans innocence et naïveté, certes, dépasser ses doutes pour s’offrir un chemin de résistance. » 

                                          Frédéric Brun

(Avant-propos de l’anthologie, « chemin de résistance », car il n’est pas évident de suivre avec optimisme la formule d’Hölderlin. Le manifeste que veut être cette anthologie tient compte des difficultés d’un monde traversé par des laideurs qui peuvent masquer sa beauté, sa possible beauté. Résister par un acte de lucidité, un retour sur soi, une volonté de métamorphose. Pour créer un monde plus juste il faut d’abord se mettre en situation de refus. Résistance contre ce qui doit être refusé, et résistance contre la part amnésique de soi, oublieuse de son essence. Ensuite, alors, créer et agir.)... http://www.poesis-editions.fr/habiter-poetiquement-le-mon... 

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Cette anthologie, très ample (pas loin de quatre cent pages, 367 exactement) ne donne pas à lire des poèmes (sauf fragments de citations), mais des textes « sur » la poésie. Principalement des écrits de poètes sur leur art, mais pas uniquement : penseurs qui sont proches de la poésie, pour en être lecteurs attentifs, ou pour avoir une conception de leur écriture qui s’en rapproche, et personnalités qui, par leur vision et leur action, tentent de définir ce que peut être « habiter poétiquement le monde ». Ainsi Pierre Rabhi est présent, au même titre que Gaston Bachelard ou Hubert Reeves. 

Des poètes présents dans cet ouvrage je retrouve beaucoup de mes propres références. Ainsi, dès l’avant-propos, et dans la table des matières, je vois mentionnés des noms qui sont aussi sur les rayons de ma bibliothèque (mais je ne les citerai pas tous…). Voici : Joubert (celui des « Pensées »), Baudelaire, Dickinson, Rimbaud, Mallarmé, Rilke, Valéry, Tagore, Pessoa, Tsvetaeva, Artaud, Michaux, Paz, Chedid, Borges, Neruda, Bonnefoy, Aleixandre, Juarroz, White, Glissant, Adonis, Sedakova, Deguy, Cheng, Midal (dont j’apprécie les textes dans la revue « Ultreïa »), Bobin (que je retiens à la mesure des résistances que certains lui opposent au nom d’une fausse rationalité confondue avec l’aveuglement arrogant), Bianu, Velter, Siméon… et d’autres. 

J’aurais ajouté certains noms (Nerval...?!), comme celui de Jabès, par exemple…! Camus manque aussi, et Lorca (son texte sur El duende…!). De même Levis Mano, poète et éditeur génial… Et Maria Zambrano, philosophe espagnole, qui a écrit des pages magnifiques sur la poésie…? Et Anna Akhmatova? J’aurais trouvé le moyen de placer Antonio Porchia… Les « trous » dans mon abécédaire idéal peuvent être dus à une volonté de cohérence intérieure, autre que celle que je projette…

(Mais ce n’est pas mon anthologie… et elle est d’une telle richesse que je reviens à mon objectif : picorer, dans l’ordre, des citations, pour me faire, en feuilleton, notes après notes, comme cela viendra, une anthologie miniature… de l’anthologie. Ainsi, partager un plaisir de lecture, en donnant des bribes, pour mener vers la lecture du livre entier ceux qui auront été séduits par l’entreprise - ce considérable travail de lecture et recherche qui a été produit par Frédéric Brun… Mais l’objectif complémentaire, mais pas secondaire, est d’être passeur de ces messages qui ont un sens politique, bien au-dessus des batailles des égos politiciens. Comme le dit Pierre Rabhi, une façon aussi de faire ma part, ce qui est à la source de la raison d’être de ce blog, et de tout ce que je peux écrire, là ou ailleurs…). 

Pour l’instant je ne vais citer, ci-dessous, que l’avant-propos. Puisque « habiter poétiquement le monde » définit tout autant une conception de la manière de choisir de vivre sur cette planète pour le temps qui nous est réservé que de la manière de concevoir le rôle de la poésie, cette écriture spécifique qui manie les mots mais vient d’un regard particulier d’êtres qui engagent une éthique de vie. Regard, âme, spiritualité, conscience… sont des termes qui peuvent aider à traduire ce qu’est l’expérience poétique, ses liens avec le quotidien banal et la hauteur d’une perception de ce qu’est « être », pas seulement exister. En fait, la mystique (que plusieurs assument en tant que telle pour exprimer ce qu’est leur itinéraire entre ciel et terre) rejoint l’écologie et la politique. Non la politique partisane, mais l’engagement d’un Hugo. Non l’écologie comme une mode sans remise en question profonde, mais une écologie qui est tout autant écologie de soi-même - comme l’affirme Michel Deguy, transformation intime, pas vers autre chose (lire Pierre Rabhi..)…

L’autre nom majeur, ici, fondateur, en dehors d’Hölderlin, est celui de Kenneth White, car si éthique il y a, c’est bien dans la pensée de ce très grand poète, dont l’ambition n’est pas, pourtant, d’être cela (un « grand poète » reconnu, ou simplement connu) mais d’impulser une pensée du monde, dans le monde, solidaire, une « géopoétique » d’êtres incarnés, soucieux de leur planète, et conscients de leur place dans le cosmos. 

Consulter ce site : http://www.kennethwhite.org/geopoetique/   

Et celui-ci : http://www.oeuvresouvertes.net/autres_espaces/white.html 

Pour Kenneth White, « la poésie commence par un refus radical du monde », le monde tel qu’il est, fait par les hommes, pour l’injustice, la violence et la haine (ou l’ennui). Monde mobile, inachevé, il est là pour qu’on le crée et qu’on se crée en même temps, et ainsi qu’on crée les liens avec les autres humains, à la mesure de notre connexion cosmique, puisque nous sommes part du cosmos et devons nous en souvenir, pour devenir qui nous sommes… 

De Kenneth White j’ai envie de copier un poème du recueil « La résidence de la solitude et de la lumière » (William Blake and co, 1978). Car il dit une intention principale, sur quels refus se fonde sa démarche essentielle, et donc sur quelle création fondamentale et fondatrice : 

« Travaillant et retravaillant

   les mêmes textes

   jour après jour

   perdant tout sens

   de ‘production’ et de ‘publication’

   toute idée d’une ‘réputation’ à forger

   engagé plutôt dans quelque chose

   — loin de toute littérature —

  que l’on pourrait pertinemment nommer

  un yoga poétique » 

(Sagesse humble, humble du vrai orgueil d’être, qui devrait être méditée par pas mal de gens qui jettent en pâture des écrits trop imprégnés d’une ambition qui suinte entre les mots et les pages, et nous fait remporter  certains livres achetés par erreur, vers des circuits moins exigeants… Car alors l’âme est désertée, il ne reste que le vide un peu trop « littéraire », au très mauvais sens du terme  ).

Je reviens donc à l’avant-propos de Frédéric Brun (une dizaine de pages).

Après avoir cité de nouveau Hölderlin : « Et pourquoi des poètes en temps de détresse? », il rappelle que « l’habitat poétique exige une éthique », pour laquelle l’homme doit cesser de mettre l’économique en première place, et donc changer de priorités « pour retrouver l’essence de son existence ». Pour cela, notamment, se nourrir de beauté, regarder (« s’en inondant l’âme et les yeux »). Et il conclut : « Cette attitude poétique pourrait, si nous étions plus nombreux à l’adopter ou au moins à en prendre conscience, devenir également un acte politique et écologique qui participerait au changement du monde. » 

20/09/2016

« En quête de L’Étranger », essai critique d'Alice Kaplan

CAMUS.jpgVoilà enfin une étude d’Alice Kaplan qui reprend la question de l’appellation de « l’Arabe » dans L’Étranger d’Albert Camus en tenant compte de faits littéraires qui rendent compte du sens  de ce choix, totalement inverse aux interprétations malveillantes de certains lecteurs (parfois essayistes ou « critiques ») qui (contrairement à ce qu’on enseigne pourtant même aux lycéens) confondent l’auteur et le personnage, et projettent des significations qui confortent leurs présupposés idéologiques, et ne tiennent pas compte de ce qui fonde l’éthique de l’écrivain (et donc contredit des pensées qui la nieraient). Alice Kaplan rappelle l’influence reconnue par Camus du « Facteur sonne toujours deux fois » de James M Cain (qui désigne son personnage par « le Grec », « au lieu d’un véritable nom propre »). Et, dit-elle, « Camus comprend que lui-même peut produire un effet similaire en appelant son propre personnage de victime « l’Arabe ». Réduire un homme à un simple qualificatif ethnique lui permet de signifier le racisme sans avoir à l’expliquer. » Car le romancier, pour Camus « doit être toujours un peu en deçà de l’expression ». Et, ajoute Macha Séry, « D’où l’insondable densité de L’Étranger. ». Le Monde des livres, 16-09-16. J’ai toujours lu ainsi l’intention d’Albert Camus, assez atterrée par « l’insondable » bêtise arrogante et malveillante de certains « lecteurs »… 

L'article du Monde : http://www.lemonde.fr/livres/article/2016/09/15/l-etrange... 

Page de l’édition Gallimard... http://www.gallimard.fr/Catalogue/GALLIMARD/Hors-serie-Co... 

03/07/2016

"Sous la cendre"... la lumière du regard. Un itinéraire d'écriture...

CENDRE.jpg« Elle avait tant désiré vouloir être haute et intelligible. Autre que sous-entendue, en suspens, voire insoupçonnable. »

Roland Chopard, La voix du silence / Sous la cendre (incipit)

« Je porte le temps brûlé dans mes yeux et je voyage vers vous »

Nizar Kabbani, Femmes (Arfuyen)

« Après le feu, le bois devient cendre; le bois ne peut contempler les cendres, et les cendres ne peuvent voir le bois. »

Tozan (Hokyo Zan Mai), cité par Taisen Deshimaru, La Pratique du zen (Albin Michel)

« Les êtres sont en attente, ils l’étaient avant l’incendie, ils l’étaient sous la cendre, ils le sont, plus que jamais, en ce livre né du feu et en réponse au désastre. »

Claude Louis-Combet, postface / Sous la cendre

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« Le temps brûlé », c’est exactement cela : « dans » les yeux. Car ce sont les écrits accumulés dans un temps antérieur qui ont disparu, détruits par un incendie, et avec eux le temps linéaire. Mais pas le regard. Au contraire. Dans ce livre qui cherche la mémoire de ses textes brûlés (et ne les cherche plus, car la « voix » a changé de registre en opérant une transmutation hors temps et hors « je » : elle n’a plus besoin de cette mémoire vraiment), dans ce livre un écrivain vient vers nous, depuis longtemps, d’avant le feu.

Pourquoi ai-je choisi de mettre Tozan en exergue? Rien dans cet ouvrage ne parle de zen. Mais quelque chose en lui rejoint un détachement proche de cette sagesse a-religieuse dépouillée. Une raison sobre capable d’élargir son espace à l’ouvert rilkéen, à cette hauteur. C’est né de l’alchimie du feu. Pas celui de l’incendie, celui des mots de l’écrivain, celui de l’imaginaire né des feuilles en forêt, celui de l’oeil qui peint à partir d’un centre de l’être.

On entre dans ce livre comme dans un fleuve, un flux de mots et de cendre qui draine une lumière. C’est une ample méditation sur l’écriture et la trace, sur le deuil de son oeuvre, quand les manuscrits ont été détruits et qu’il n’en demeure que de vagues réminiscences en soi. Ce presque rien est cependant fait de bribes qui seront matière inconsciente pour le cheminement d’une interrogation qui dépasse l’histoire personnelle de la perte. L’écriture, là, affronte le silence et le risque du silence, car devant la béance de l’absence des pages créées il pourrait y avoir le choix du renoncement. Recommencer, c’est impossible. Ne plus écrire, en voyant dans l’incendie un signe du destin, c’est ce qu’un certain vertige pourrait produire. Mais au contraire, écrire l’essentiel, créer « le » livre du rêve mallarméen, cela est l’autre choix, qui ne se fera pas consciemment ou pas complètement consciemment. 

Car les mots vont se mettre à sourdre d’un centre de soi qui n’est ni cérébral ni émotionnel. Ce qui se met en mouvement transcende le biographique. Je pense à ce que dit Alain Borer préfaçant Zéno Bianu : racontant une anecdote, un échec vécu à deux (moins dramatique), il dit qu’ils ont compris longtemps après que c’était un koan zen, en quelque sorte. Et j’ai associé, lisant, l’incendie à un koan magistral, qui, intuitivement perçu et intégré par l’auteur, l’a propulsé plus loin, semble-t-il, que ce qu’il croyait pouvoir attendre de son écriture jusque-là (par excès d’effacement aux raisons multiples).

On a sous les yeux, non seulement une réflexion sur un itinéraire particulier, mais, à partir d’une plongée singulière dans le questionnement sur le processus de création, un texte qui se meut en art poétique à portée bien plus large. Les citations que Roland Chopard a choisies comme exergues annoncent une thématique qui englobe son expérience et rejoint les démarches de méditants de l’écriture : Maurice Blanchot et Pascal Quignard. C’est « la voix du silence » qui s’exprime, sans que que le « je » intervienne. Cette voix qui perdure car elle puise dans tout ce qui échappe à l’anecdotique. Et c’est cela, écrire. Refuser les mièvreries subjectives et se mettre en face du miroir que le feu a créé, même s’il fait advenir des remontées de vécus, de deuils. Plonger dans ce que le silence recouvre, lui résister tout en l’acceptant (mais autrement), et le révéler en trouvant les mots. Cette voix… « n’est pas soutenue par l’addiction à un égocentrisme pourtant si nécessaire à la plupart des accapareurs de paroles. » (p. 22). 

La poésie vers laquelle tendre se dilue dans le langage, écrit-il (p. 26-27). Doute et peur, sont les freins du passé. Mais ces obstacles intérieurs sont aussi les signes d’un immense refus de ce qui n’est que mirages formels, conformité à des codes plus sociaux que littéraires ou artistiques (lire p. 25). Ce refus est l’expression d’une exigence radicale. C’est à Gilbert Lascault que je pense en relisant certaines pages que je perçois comme des textes rebelles (p. 25, notamment). Dans « Écrits timides sur le visible », Gilbert Lascault inscrit sa démarche « loin des certitudes, hors des polémiques », et, pour la défense de son « esthétique dispersée », il fait l’éloge d’un pluriel qui ne néglige ni l’errance nomade ni le goût du « peu » (comme la poussière prisée par léonard de Vinci). Mais aussi il fait le procès de ceux qui construisent des schémas et des normes pour « établir des ordres et des hiérarchies », interdire le « territoire » de l’art « à ceux qui ne seraient pas dignes d’y entrer ». C’est vrai aussi pour ce qu’on nomme poésie, littérature. Au point que, indépendamment de drames tels que des incendies qui détruisent (ou des sauvegardes qui se perdent) le plus grand obstacle à l’existence d’une oeuvre peut être le long évitement qui maintient indéfiniment les textes dans le tiroir de la maturation hésitante. Cet évitement qui a précédé le feu, l’auteur en parle. Mais il a deux faces. Dont une est la résistance qu’il faudrait savoir déjouer (et qui peut faire que jamais l’oeuvre n’existe, le temps passant, ou qu’elle soit tragiquement posthume). Et l’autre c’est ce retour à Mallarmé, l’attente de l’achèvement, de l’intense dont on sait qu’il est en train d’advenir. 

Ici le feu a été le déclencheur pour dire stop, et accepter l’achèvement. Alors se tisse cette méditation lente qui est poésie autrement. Et le gris que le feu a créé en recourant les couleurs de cendre il le choisit ou se laisse le choisir. Ce gris dont Gilbert Lascault dit (même ouvrage) qu’il est du côté des béances et du mouvant, éduquant l’oeil. 

De la « Suite » sur le silence on passe à « Écripeindre » (p.39), entre regard et forêt, lieu « mythique » et lieu réel qui semble avoir été le maître en fugue et leçon d’oeil. Derrière le poète (car ce long texte ample est poème) se cache l’oeil du peintre. Est riche de sensualité la parole tracée pour dire cette fascination pour la forêt, l’imaginaire et les feuilles. Une des clés est donnée par les citations de William Blake et Léonard de Vinci (p.47) : le « grain de sable » de l’un, où tout peut être vu, si on contemple suffisamment, et le « vieux mur » de l’autre, où se créent nos fantasmagories, si on accepte de regarder librement et assez longtemps. Tentation de la peinture : « Partir d’un signe, d’une trace et tourner autour, le traverser, le masquer, le mettre en évidence ou l’effacer au prix d’un travail qui se contenterait d’obéir à des injonctions. » Autre clé, la citation de Pessoa (p. 55), qui affirme la force de la littérature pour échapper à l’incommunicable… Mais les clés sont plurielles, références de lecteur avide, et qui relit : Pound (pp. 79-80), Giroux (p. 80), Ponge (p. 82), pour ne citer que quelques noms (voir citations, exergues, évocations…). Relire, nous aussi : c’est posé pour qu’on déchiffre… Clés dans une clé dans une clé. Tableaux dans un tableau dans un tableau. Mot dans un mot (« écripeindre »), texte dans texte. Construction en abyme, affirme-t-il, comme méthode « qui permet le retour » (p.74). La voix singulière s’ouvre à une « polyphonie » (p. 78), car des bribes multiples affleurent. 

Roland Chopard a réussi à éviter d’abandonner la voix au piège du « perpétuel chantier » (p. 87), en acceptant la fin de cette écriture-là, en décidant de donner à lire ce qui est advenu. 

Et du poème en prose il a fait un réel art poétique, valable au-delà de lui, car toute écriture se fonde sur des cendres écartées (de tout autres cendres), sur la pénétration dans un labyrinthe à déchiffrer. Toute écriture authentique affronte le vide et le doute et cherche le « comment » en raturant un infini palimpseste, en prenant le risque de tout effacer ou de ne jamais donner à lire. Tout poète est lecteur d’oeil. (Ou n’est pas). L’auteur le sait qui écrit-peint et cite Edmond Jabès : « c’est l’oeil qui déclenche le vrai questionnement » (p. 103). L’écrivain écoute Bach en recouvrant de mots ses pages. Bach « comme un baume » (p. 112). 

Le drame du feu devient une métaphore universelle pour dire la création et la mort, le doute, le vide, et la force d’une alchimie transformatrice. Où l’auteur naît à lui-même. Où le poète non seulement crée mais enseigne, par cette longue lettre-poème avec ses banderoles de fumée grise, porteuses de sens. Théorie littéraire (en refus de l’égocentrisme), humble (par rejet du théorique brut).  Pur poème, enfoui dans sa prose, pierres gravées, en quelque sorte. Comme Bach ce livre peut être un baume. Pour moi, oui...  

Pour clore, j’ai envie de citer un texte de Claude Louis-Combet, car c’est une phrase qui convient à cet ouvrage (ce n’est pas étonnant qu’il ait su saisir à ce point l’enjeu vital du livre dont il a écrit la postface). C’est l’excipit d’un livre de fragments paru en 1992 : « Mais c'est la langue qui est l’organe majeur de la création verbale. Elle a le goût du désir et le goût de l’infini et c’est un seul et même goût. » (« Le Don de Langue », Lettres vives).

« Sous la cendre ». La page sur le site de l’édition Lettres vives (parution mai 2016) : http://www.editions-lettresvives.com/2016/05/parutions-pr... 

25/05/2016

"Vent immobile", ou écrire la "soif d'autre chose", pour et par la soif d'autre sens...

IMMOBILE.jpg« De Charles Duits, longtemps j’ai gardé l’image de l’homme qui était entré dans l’éclairement. Il se tenait debout au bord d’une haie de laurier, comme en équilibre dans la lumière verticale. Chaque pétale de fleur faisait éclore une éternité. Tout autour, un vent qui n’eût fait aucun bruit emportait tout. » 

Christian Le Mellec (« Vent immobile », éd. Le bois d’Orion, p. 15)

« Maintenant, je sais au moins nommer l’objet de mon ambition. Je sais que je cherche l’illumination. Je veux devenir ce qu’est devenu le prince Siddhartha sous l’arbre de la Bodhi. »

Charles Duits (cit. p. 38)

Chercher, c’est peut-être cela, le piège, malgré les heures lumineuses particulières et rares où la conscience touche l’être essentiel de son oeil interne. Des sages, peut-être plus stables dans leur perception de cet autre bord de soi (Soi?) disent que la recherche est l’obstacle, car elle propulse dans l’illusion du temps. Mais ici, peu importe. Ce qui compte, dans les itinéraires de Charles Duits,  de René Daumal, ou des deux autres poètes étudiés dans cet ouvrage, c’est la hauteur de l’exigence qui fait de l’écriture poétique une expérience spirituelle. Mais ils savaient que la sagesse des grands initiés (des grands éveillés?) a produit ce qu’il y a de plus intense dans le domaine de l’écriture, sans qu’il y ait une quelconque ambition littéraire, quand les mots sont juste là pour traduire et partager cet autre côté du miroir entrevu par des esprits au sommet de l’humain, et que c’est un souffle qui crée, pas un désir de créer. Ecrivains du Tao, soufis, ont-ils voulu produire une oeuvre? Non, pas d’abord cela. Graver du sens, oui… C’est pour cela que Charles Duits ne sait parfois plus s’il adore ou hait l’écriture (p. 62) et qu’il veut lâcher ce titre « d’écrivain » (p.9). Car « écrivain » ce n’est pas suffisant, c’est au-dessous de l’horizon de l’illumination. N’être « que » cela ne serait pas l’aboutissement entrevu et rêvé, peut-être atteint partiellement. Et que serait cette minuscule réussite, ce pauvre orgueil, comparé à la totale transformation d’un Bouddha? Rien. 

Quand on passe de la transcription de ce programme (vie et poésie), visant l’essence de l’être, à la lecture d’entretiens bouffis de suffisance ou de mièvrerie, comme on en voit malheureusement souvent, on ressent l’envie de retrouver le doute de ces auteurs-là. Et on ressent, devant certains catalogues (ou certaines bibliographies trop chargées d’oeuvres accumulées), un sentiment d’oppression, l’étouffement sous le cumul de tant d’inessentiel (le vide chef d’œuvre hebdomadaire de suppléments littéraires…). Le plein quantitatif qui cache le vide qualitatif… Eux c’est le contraire. Le seul vide dont on puisse parler au sujet de Duits, Daumal, Guez Ricord, ou Bhattacharya, c’est celui du dévoilement, du renoncement aux vanités. Mystique du verbe.

Ces parcours d’écriture associent un travail sur la langue, les mots, le sens, à un travail sur soi, y compris par la méditation (méditation et/ou pratiques, qui permettent de brûler ce qui ferait obstacle à l’âme). Chercher un sens au-delà du sens apparent, dedans dehors. Ce sont des itinéraires visionnaires. 

Passant par la recherche éperdue de connaissance (René Daumal, Charles Duits). Jusqu’à, par exemple (Daumal) apprendre le sanskrit.

Ou provoqués par une expérience mystique spontanée (Charles Duits), qui vécut ce dont semble parler aussi Eric-Emmanuel Schmitt (« La Nuit de feu »).

De quoi témoigne leur écriture? D’un éveil? (Comme celui de certains êtres rares, qui savent avoir vécu un basculement dans une autre dimension d’eux-mêmes, et en tirent surtout plus d’humilité). Non. Je ne crois pas que ce soit exactement de cet ordre. Il y  a encore trop de douleurs et d’ombres qui entravent. Trop de présence encore du « moi », malgré tout.

Éveil? Non. Mais pas loin…

Car ils témoignent de plusieurs choses importantes, au bord de ce rivage-là.

… Des moments de foudre où leur conscience d’être humain « normal » a laissé passer la lumière du Soi. C’est vécu, c’est réel, c’est écrit, c’est possible. Une transcendance intérieure peut se capter ou se frôler, et se dire. Le duende de Lorca. 

… Des capacités visionnaires qui font percevoir à distance, et lire signes et synchronicités. On peut croire que c’est fou. On peut croire que c’est simplement vrai.

… De cette part spirituelle qui passe par la poésie, qui peut-être est la seule poésie qui vaille. 

… D’une humanité connectée (Orient rejoint, su avant même la rencontre).

… De l’importance du regard. Que ce soit par la création picturale (Guez Ricord), ou par l’acuité visuelle donnée en métaphores (ou pas : oeil central...).

… D’une litanie de poètes à hauteur d’exigence, fraternité de création et d’âme qui traverse les époques (Hugo, Nerval, Rimbaud, Michaux, Jamme… etc.).

… De la permanence d’expériences surprenantes (« parler en langues »…) qu’on peut prendre pour des inventions farfelues ou des symptômes de folie, mais qui sont pensées par d’autres comme le signe d’une brèche ouverte dans l’illusion du mental aveugle. Les yeux sonores…

La démarche du poète, telle qu’ils la vivent, est loin d’une certaine littérature (peut-être même loin de la littérature en général, sa dimension étant autre). Car il faut s’éloigner des pièges de systèmes construits dans le cadre d’une rationalité étouffante (à force de barrières) et impuissante à transmettre ce qui transcende les fausses apparences. (Daumal aura exprimé cette volonté de rupture avec la part stérile de la philosophie occidentale).

Ils mettent en question les finalités littéraires limitées qui n’auraient pas évacué les ambitions du petit « moi », ce personnage qui se pense « écrivain » d’abord, pas âme en chemin surtout. 

Daumal parle, au sujet de la poésie, telle qu’elle se publie beaucoup, « pour les neuf dixièmes » de « bluff éhonté, de mascarade, d’ignorance de tout (…) d’irresponsabilité, de vanité, d’amour-propre aux dix millions de replis, et de paresse… »). Il faut lire attentivement les pages 116 à 119 qui résument l’analyse que fait René Daumal des différentes manières d’être poète (ou paraître poète). « Poésie noire » (trouvailles, méthodes, « inspiration » et basses oeuvres d’une carrière vouée à soi-même, plaisirs et mensonges de l’ego…) et « poésie blanche » (écriture capable de se mesurer à tous les risques nécessaires pour créer l’espace de ce qui pourrait advenir  et concerner l’humanité dans sa dimension collective, cosmique). Jusqu’au possible silence. Une éthique, et du sens... 

Cela n’est pas séparable d’une difficile et longue entreprise de déchiffrement de soi, ce dévoilement par un travail intérieur, où il faut tuer ce qui perdure d’indigence en soi. Mourir à soi pour naître autrement (p. 119). 

Liens… 

« Vent immobile », 2012. Extrait (qui donne la clé du titre) et quatrième de couverture (site de l’édition, Le Bois d’Orion) : http://www.leboisdorion.fr/vent_immobile_bhattacharya_dau... 

Document PDF : présentation du livre, sommaire, bibliographie :  http://www.bldd.fr/productdocumentation/9782909201535_0.pdf 

SORGUE 6 POESIE.jpg

 

 

 

 

Sorgue n°6, revue, 2006, « Poésie comme exercice spirituel. Attention et ouverture ». Christian Le Mellec   : http://www.leboisdorion.fr/sorgue_n6_poesie_comme_exercic... 

Catalogue de l’édition : http://www.leboisdorion.fr/catalogue-14.html 

Le Matricule des Anges, article 1998... http://www.lmda.net/mat/MAT02220.html 

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Sur la poésie, expérience spirituelle, lire aussi, revue Ultreïa,numéro 6 (Hiver 2016), la chronique de Fabrice Midal (dans le même numéro, un dossier sur René Daumal). Lire les poètes majeurs (dont plusieurs sont cités dans les chapitres de Christian Le Mellec : car lus ou croisés par ces quatre auteurs…). Lire les soufis…  les textes du zen. 

Sur l’éveil, lire les livres de Jeff Foster (par exemple), ou les témoignages regroupés sous le titre « Témoins d’éveil » par la revue 3ème millénaire, consulter le site Eveil.org (et ses liens), le site d’Etre Présence (et les rencontres proposées). 

19/05/2016

La poésie, ou "Le présent dans sa respiration". A L'Index numéro 30, revue...

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Lire une revue littéraire, une revue de poésie, c’est, déjà, palper le papier, regarder le frontispice, lire la quatrième de couverture (quand elle existe - et c’est le cas pour A L’Index…), passer à l’éditorial, chercher le sommaire, les noms (qui connaît-on? ou pas?), les titres (c’est important, les titres…), et voir si, parmi les auteurs publiés cette fois, il y a des passeurs de langues, des voyageurs ou des exilés, ou simplement des poètes venus d’ailleurs, passés par l’art de la traduction (et c’est souvent le cas pour cette revue, avide d’ouverture au-delà des frontières, de connaissance des « autres », autres par la nationalité, la langue, quand ce n’est pas par le continent). Prénoms féminins et masculins sont en équilibre dans ce sommaire : les femmes ne sont pas des oubliées, pour cet éditeur (ce n’est pas comme pour les programmes du bac, ou pour la tribune de certaines rencontres poétiques : de celles qui me donnaient l’impression d’être devant les costumes gris d’un gouvernement…).

Plaisir de lecture d’avance, quand c’est une revue dont on connaît la qualité, et à laquelle on est fidèle. Et j’y suis fidèle, de plusieurs façons (en lisant, en écrivant). (Ce qui ne veut pas dire ne pas lire les autres revues et oublier de saisir le tissu de ces publications qui sauvent la poésie de l’inexistence. Lire et parfois aimer beaucoup… Ou tenter de lire, d’autres fois, et ne rien trouver qui mérite d’être relu et gardé… cela arrive, et on n’y reviendra pas, alors).

Revues, justement c’est le sujet de l’éditorial de ce numéro, de cette introduction qui présente l’essentiel. En poésie les revues qui tiennent ne sont pas si nombreuses, même s’il y en a beaucoup qui se publient en même temps : beaucoup disparaissent aussi. Comme la presse ne parle que peu ou pas des publications de poésie, et pas tellement plus des livres, que pour la radio et la télévision (à part quelques rares émissions de qualité, confidentielles) c’est moins important que les vidéos sur youtube… tenir est de l’ordre d’une persévérance folle. Qui demande d’être soutenue. Mais ceux qui écrivent et publient (ou veulent publier) sont-ils conscients suffisamment de ces enjeux, du caractère collectif de la création? L’éditeur dit son agacement devant ceux qui exigent publication, sans avoir vérifié si ce qu’ils proposent correspond à l’esprit du support qu’ils convoitent. Cela me fait penser à un article lu, il y a quelques mois peut-être, où un éditeur de poésie, marocain, ayant compté le nombre de poètes publiés en revues ou dans des petites maisons d’édition, s’était dit qu’il aurait suffi qu’ils soient vraiment lecteurs des autres pour que l’édition marocaine de poésie soit largement bénéficiaire au lieu d’être en permanent danger de faillite… C’est un phénomène étrange, et apparemment commun, que cette désaffection de lecture des principaux intéressés. Pourtant je ne crois pas que quelqu’un puisse produire une oeuvre de qualité sans être intensément lecteur. D’abord lecteur, et toujours lecteur. Lire, et donc, surtout, relire. 

Donc, la couverture... Frontispice permanent, signature symbolique… Dans un carré d’encre (page?) un personnage (poète? éditeur? lecteur?) pousse une spirale, comme en dansant. Spirale monde ou temps, centre d’écriture déroulé ou centre en construction, perspective cosmique, si je veux le voir ainsi, et c’est ainsi que je le lis. Il ne pourrait y avoir meilleure traduction de ce qui est offert ensuite dans les pages. Une part de jeu et de danse avec les mots, mais dans un contexte d’engagement, d’ancrage réel dans le monde tel qu’il est. 

Et c’est ce qu’affirme le très beau texte de Jean-Pierre Chérès qui sert de manifeste permanent, paragraphe dense de la quatrième de couverture… « …Préserver le présent dans sa respiration ». L’écriture, la poésie, le corps, le monde… L’humain. L’humain d’abord. Dans la réciprocité du regard, dans l’inscription de tous les sens. L’autre, différent ou étranger, l’autre respecté. Ethique d’une poésie qui se soucie peu de fariboles superficielles. (Echo, pour moi, à ce que je viens de relire d’Abdellatif Laâbi (« L’arbre à poèmes », anthologie)… L’auteur y expliquant que, vraiment, pour lui, pas de fleurs et de papillons au coeur du poème, mais le souci du monde, cette présence dont parle aussi Jean-Pierre Chérès. C’est le même langage, la même famille d’esprit. Beaucoup de ceux qui écrivent ainsi sont dans un permanent grand écart entre l’engagement (qui ne peut être "que" d’écriture, même s’il doit être d’écriture) et la création. Engagement non doctrinaire. Au contraire, liberté rebelle de la pensée critique, recherche en profondeur de sa propre authenticité, en poète « possédé par le monde », ce qui est l’inverse de la volonté dogmatique de possession du monde et de la pensée d’autrui. La poésie réelle est une clé contre le fanatisme. 

PEU.jpgL’éditeur est écrivain. Jean-Claude Tardif. Livres divers publiés chez divers éditeurs, textes régulièrement proposés. J’ai envie de citer le fragment de poème que Philippe Claudel a mis en exergue de son livre « Les Âmes grises », extrait de « L’Homme de peu »  : Être le greffier du temps / quelconque assesseur que l’on voit rôder / lorsque se mélangent l’homme et la lumière. » (L’autre exergue était une citation de Jean-Claude Pirotte, tirée du livre « Un voyage en automne »). Exergue, ou hommage et direction de sens. Ce bref extrait de texte est suffisant pour dire un écrivain. Que « se mélangent l’homme et la lumière », n’est-ce pas le but ultime de l’écriture poétique?. Sur « L’Homme de peu », lire : http://www.francopolis.net/francosemailles/jeantardif.htm 

ETE.jpgDernier ouvrage, poèmes (à quatre mains, avec Jean Chatard), « Choisir l’été » : http://factorie.fr/jean-claude-tardif-2/  

Dans la revue, un texte de lui, prose fictionnelle. « Le Syndrome ». Etrange titre, étrange texte, volontairement étrange, qu’il faut relire pour défaire la distance avec l’apparent sujet. La rencontre d’une femme, jamais revue (des obstacles, des freins, le hasard des rendez-vous ratés), un homme croisé (qui pourrait parler d’elle, peut-être : mais cela n’est pas sûr), et, à la fin, on ne sait pas : il tentera de la rejoindre, et ratera l’instant, ou sera tellement en retard que la rencontre sera ratée d’avance. Relisant, j’ai automatiquement fait le lien avec ce que dit Javier Cercas (écrivain espagnol, sa chronique dans Le Monde des livres). Un roman, une fiction, de qualité, a « un sujet visible et un sujet invisible », l’un permettant d’accéder à l’autre, plus essentiel. Qu’importe réellement la trame apparente, qui n’est que surface? Que dit d’autre ce texte? Rapport au temps : demander l’heure, chercher « le fil du temps », courir et rater le moment. C’est-à-dire, dans le fond, se demander où on est dans cette chronologie devenue confuse, et dont le présent échappe. Et, s’il échappe, qui court après le temps? Est-ce comédie, presque théâtrale (on se moque un peu de soi)?. Est-ce, plus gravement, une sorte de méditation inquiète sur la procrastination relationnelle? Sur les évitements qu’on s’invente pour ne pas affronter les vrais visages? Sujet universel. 

Il y a aussi d’autres nouvelles, et un texte bref. Dans la continuité d’une exigence d’écriture où rêve et réel se tissent ensemble, où d’une page on passe à l’autre sans heurt. Je suis plus attentive à la poésie (prose ou vers ou alternance). 

LUIS.jpgCependant j’ai été très émue par le texte (prose, mémoire, réflexion) de Luis Porquet sur la valise de son père (en bois…). Valise monde, ancrage et errance, exil et patrie. Moi aussi, comme lui, « j’éprouve pour les valises une tendresse de plus en plus grande » (même si celle de mon père était en… carton : comme lui, je la garde, symbole de douleur et de liberté, de départ toujours possible vers un ailleurs choisi, quand il faut). Et comment pourrais-je être indifférente au texte d’un « citoyen planétaire », à mémoire d’Espagne? Même si mon Espagne est plus lointaine dans le temps et dans l’espace, et mêlée d’autres rives... J’adhère à ce qu’il dit des exilés, des réfugiés : initiés. On est dans le monde des libertaires… Il y a ainsi des textes qui justifient ou signifient tout l’ensemble. Qui suffisent. A lire : http://www.luis-porquet.com . Livre, « Le nuage et la montagne », poèmes, éditions de L’Aiguille : http://leseditionsdelaiguille.blogspot.fr/2015_05_01_arch... 

LIVRE ANNA JOUY.jpgEt j’ai lu et relu le « Journal » d’Anna Jouy (qui vit en Suisse romande, et que je ne connaissais pas). Je relirai encore. C’est dense. Sur l’écriture (de « textes sans marges »…), le lever « dévêtue de mon âme », l’interrogation sur le « dire », le « geste ». et cette note : « J’apprends à parler la nuit ». Plongée en soi, interrogation et lucidité, écriture comme philtre magique pour capturer le mystère au lieu d’être capturé par lui et par ce qui rejoint la mort… Novembre 2015, extraits. (Novembre 2015… Évidemment?). J’espère qu’une écriture ira au-delà de novembre 2015, au-delà de toutes les nuits… On peut avoir besoin de ce texte et de ce qui suivrait. J’ai posé le nom sur la Toile, et j’ai trouvé un journal en ligne. Autres pages : http://jouyanna.ch  J’ai cherché encore, et trouvé un ouvrage, aux éditions Alcyone, collection Surya (« De l’acide citronnier de la lune ») : http://www.editionsalcyone.fr/425207624 

La revue est très structurée. Des rubriques reviennent. Ainsi la petite anthologie portative (poèmes à découvrir), ainsi les notes de lecture, recensions de quelques ouvrages. Des traductions, textes bilingues (portugais, roumain, américain, turc : toute une équipe au travail…!). Des dessins de Jean-Marc Couvé, contributeur régulier : dessins qui nous font voyager, je trouve, dans un univers digne d’Alice au pays des merveilles. (Elle s’y retrouverait, entre rêve et peur, devant des plantes, aux yeux fleurs ou feuilles, à la tête oiseau, ou des monstres marins qui font presque hésiter le soleil, caché en partie à l’horizon…). 

J’ai parlé du refus du jeu des gentils papillons (écho, Abdellatif Laâbi, sa déclaration…). 

LEYLA.jpgEt justement, le premier poème, pourtant, arbore un titre qui l’impose (« Papillonner »), et le premier vers inscrit un papillon. Mais rien à voir avec ce que les refus dénonçaient de cette fausse poésie gentillette et sans présence ancrée. C’est à l’opposé. Lucide texte tranchant de Leyla Al-Sadi (née à Poitiers, origine irakienne). Pas de jeu, pas d’espoir : « le noir règne ». Et le poème suivant parle de conflits, de feu, de morts. Regard sans illusion, très loin de la moindre mièvrerie. Poésie dans l’axe, de quelqu’un qui sait, et dit les douleurs, pas la flânerie des amours tendres… hors du monde. Elle peut co-signer l’engagement de J-P Chérès. Comme tous ceux qui reviennent dans cette parution… Livre, « Liens de sang - Thé rouge », poèmes, EditInter : http://www.editinter.fr/al-sadi.html 

BASSE VISAGES.jpgJacques Basse, lui, aborde la question métaphysique de la vie la mort, le sens de cela ou l’absence, l’hypothèse d’autres vies, le « mystère » d’avant ou après « l’ultime nécrose » : « un labyrinthe sans fin est notre vie » . Poésie haute, de celui qui est aussi peintre... Découvrir (ou redécouvrir) : http://www.jacques-basse.net  Poèmes et bibliographie : http://www.le-capital-des-mots.fr/2014/11/le-capital-des-... 

 

 

Livre, « Visages de poésie » : http://poezibao.typepad.com/poezibao/2010/02/visages-de-p...  Sur son site de portraits, ce que dit la revue Texture : http://revue-texture.fr/Le-site-de-Jacques-Basse.html  De Jacques Basse on ne peut oublier le portraitiste... Ses "Visages de poésie". C'est une part essentielle de son oeuvre.

NOMAGES.gifJe ne cite pas tous les auteurs, ni les thèmes (il faut lire…).

François Teyssandier, lui, veut « Tisser / Détisser le temps », dire de son écriture la démarche qui cherche à « Retisser », entre oubli et mémoire, silence et langage, un sens (peut-être) contre le néant : détruire pour construire. Ce sont trois poèmes inédits, mais qui… « tissent » un ensemble cohérent. On a envie d’en lire d’autres, l’avant et l’après du processus. Page sur lui, et textes, revue Ce qui reste : http://www.cequireste.fr/francois-teyssandier/  Et (livre, poèmes), « Paysages nomades », éd. Voix d’encre : http://www.voix-dencre.net/article.php3?id_article=275 

Hervé Martin, dans six textes, se demande (façon de l’affirmer autrement) si dénoncer des injustices c’est encore de la poésie, et il revendique le cri de la révolte : « Tant que je le peux encore ». Avant  la « nuit aphone », « chuchoter »… « Hurler ». Car… « Désir de cueillir ce fruit / couleur du sang / de notre dignité ». Révolte et dignité (de soi, d’autrui). Page sur Terre à Ciel : http://terreaciel.free.fr/poetes/poeteshmartin.htm#internet BioBibliographie : http://hervemartindigny.jimdo.com/biobibliographie/ 

Pour représenter les poètes traduits, je choisis une citation de Cecilia Meireles : « Je marche toute seule / le long de la nuit. / Mais l’étoile est mienne. » Solitude nocturne de ce qui veut sourdre des réalités à nommer, l’écriture… Mais quelque part une lumière, non donnée : forgée (« mienne »). P. 53.

A noter aussi, le dossier Anne Sexton, 1928-1974 (textes traduits de l’américain). Lire (en plus) ceci (en français): https://fr.wikipedia.org/wiki/Anne_Sexton  Ou ceci (en anglais) : http://www.poetryfoundation.org/poems-and-poets/poets/det... 

.... La revue, ici : http://lelivreadire.blogspot.fr

NOTE… © MC San Juan (Trames nomades)

Et sur la PAGE Facebook du blog TramesNomades  https://www.facebook.com/TramesNomades/posts/883412195115... 

03/05/2016

Jean-Claude Xuereb. Répondre aux questions graves...

XUEREB.gif« Aux questions les plus graves, nous répondons, en fin de compte, par notre existence entière. Ce que l’on dit entre temps n’a aucune valeur, car lorsque tout est achevé, on répond avec l’ensemble de sa vie aux questions que le monde vous a posées. »

Sándor Márai, Les Braises 

En exergue à son ouvrage, « Le jour ni l’heure », Jean-Claude Xuereb a choisi de poser cette pensée profonde d’un écrivain hongrois au destin douloureux, dans les secousses de l’Histoire, Sándor Márai. Antifasciste qui doit fuir son pays, puis homme inquiet et déçu quand le régime communiste s’installe en Hongrie. Longtemps méconnu, puis enfin révélé. Solitude et deuils, et permanence d’une cohérence, d’une fidélité à ses valeurs. 

Jean-Claude Xuereb nous parle évidemment à travers cela. Lui aussi l’Histoire l’a bousculé, lui aussi vit des deuils (c’est évoqué dans certains poèmes du recueil, et se croisent là mots pour dire attachements et mémoire, mots pour questionner la vie, le sens). Les années passant, nous dit-il à travers le choix de cet exergue, on pense au bilan de sa vie, de son oeuvre : comment a-t-on répondu aux épreuves, aux événements, quelles réponses a-t-on données pour dépasser les traumatismes et échapper aux pièges des faux miroirs idéologiques? A-t-on su répondre, contre la haine des vengeurs dans les secousses du temps? 

De belles rencontres : Albert Camus, René Char, Jamel Eddine Bencheikh… Et, en 1970, l’éditeur René Rougerie - auquel il rend hommage en lui dédicaçant un grand poème (« Job ou les avatars du corps-poème ». Titre où j’entends comme un écho des interrogations de Jean Sénac, terrien de la même Algérie méditerranéenne. En exergue, non au livre mais au poème, page 37, à côté de Raymond Guilhem (« Attrait du vide »… « Mon corps privé de lendemain »…« néant d’étoiles »… ), Albert Camus, fraternelle référence et… horizon philosophique qui veut dépasser le désespoir du vide et de l’absurde (étape et non fin dans le cheminement de pensée de l’écrivain philosophe), projet éthique de l’humaniste qu’est Camus (« Il faut imager Sisyphe heureux »). Le mythe camusien de Sisyphe associé à l’éditeur, et au « corps-poème », juste après la citation de Guilhem, pour qui « Un dieu ne tendra pas la main ». Comment, pour celui qui se dit (avec un peu de distance ironique) « mécréant », penser la fin de tout et de soi, la fin, comme celle de l’éditeur ami, René Rougerie? Et comment penser le retour de l’écriture, de poème en poème, de recueil en recueil? Le livre comme un mont qu’on gravit, un mont intérieur : à chaque fois autre et semblable dans l’exigence, Sisyphe reprend l’effort répété. 

Mais Jean Rousselot écrivit « On peut mourir / la gorge obstruée par un cachet d’espérance » et c’est ce qui introduit le très beau poème « Pour ainsi dire », page 7. Refuser ce qui serait, pense-t-il (« mécréant »!) le mensonge d’un faux rêve. Mais regarder, à travers les objets qui sont là, ce qui est signe que « l’ancre » a été posée vraiment « au défi des exils successifs », que le soleil est amical (« comparse » comme l’amour).

Mais qui est, page 15, le « prophète / non reconnu des siens »? Est-ce le poète, dont « la trace messagère » n’est pas suffisamment comprise, les poètes étant souvent voués aux signes « que nul ne déchiffre »? A ces « lointains d’indicible »? (Comme l’écrivain Sándor Márai le fut longtemps).

Ceci est aussi l’exil, ou une conséquence de l’exil. 

Méditation devant le miroir, page 18, pour questionner « le sens du verbe ‘réfléchir’ » et chercher en soi l’être essentiel derrière un reflet ou ce qu’on perçoit comme masque de soi-même (car le temps altère le visage, et se reconnaît-on?). Alors qu’en soi c’est « un enfant qui pleure » les deuils (page 65), mais un enfant qui a gardé le privilège de l’accord avec le soleil natif, retrouvé où qu’il soit.

Est-ce surtout le poète, ou surtout, simplement, l’homme de chair, le père, le grand-père (poème offert à ses petits-fils, page 21) qui hésite entre l’effacement (page 56) et la trace (page 57) ?  « Il faudrait se délester pas à pas » écrit-il page 60. 

Alors que (exergue, page 53, Léon Tolstoï, « Les hommes sont comme des rivières »). Mais, « coup de dé » le hasard a fait naître dans un lieu dévasté par les « purulences de l’Histoire ». Oui, Algérie native, longue guerre, conflits et terreurs, déchirements, exil.  Plusieurs textes l’évoquent, si on sait, et c’est un balancement entre mémoire d’autrefois et mémoire de retour, pour un « site revisité ». Importance des lieux, comme ce Ravin de la Femme Sauvage, évoqué dans ces « Horizons de l’enfance », page 49. Mais. « je n’ai reconnu que le ciel »… Importance des êtres : Augustin « mon frère de Thagaste et Carthage », page 45. Repère. Augustin, frère de cette « Terre violente » (page 46), violente mais « Terre d’amour »… Pour laquelle la mémoire est déchirée par les souvenirs de supplices. 

René-Jean Clot chanta sa douloureuse « ...Patrie de Sel », Albert Camus grava, dans le temps d’une guerre que l’on peut penser aussi comme guerre civile, ses « Chroniques algériennes » de dénonciation de l’injuste. Et je pourrais citer une litanie de témoins (Pélégri, Roy, Cardinal, Roblès, Audisio, Marcello-Fabri, Sénac, Vircondelet, et Dib, Feraoun, Haddad, Boulanouar, Yacine, Azeggah, Djaout, Alloula, Gréki, Kréa, Martinez, Amrouche, etc.). 

Jean-Claude Xuereb, lui, distille des inscriptions qui invoquent l’Histoire d’une terre, l’identité d’errants méditerranéens, ancrés ou déplacés. Et il le fait de telle façon que tout natif le reconnaîtra comme frère d’algérianité, mais que cette réalité est transmutée en vérité universelle sur la planète de tous les exilés. Nimrod, que je viens de lire, comprendrait. Tchad, Algérie, îles, lointain… qu’importe. L’homme qui écrit aime les arbres et les oiseaux, même s’il dit ne pas avoir réussi à les apprivoiser… ces oiseaux libres des jardins ou des chemins. Mais quand? Aux « horizons de l’enfance » d’avant ou de l’enfance en soi, qui perdure, avec les images de son ciel d’autrefois? 

Magnifique ouvrage… Grande oeuvre. Impossible de lire dans l’ordre ces poèmes. Il faut tourner les pages et revenir en arrière pour saisir le sens de ce qui fait aller-retour et se cache puis se révèle… Et relire. 

Chaque livre des poètes est un morceau de testament. Tout est présent à chaque fois. Plus ou moins consciemment. Et plus la vie avance et plus c’est le cas. Mais pour cet ouvrage c’est une évidence dès le choix de l’exergue. Ce qui compte le plus doit être dit. Ce qui dot être tracé doit l’être absolument sans attendre. Dire les proximités, les solitudes, les tensions de l’écriture (Sisyphe…!) pour capter même ce qu’on ne sait. Les mots, l’amour, le soleil, la mémoire des suppliciés. Parce que la révolte est aussi un devoir, celle de Camus, celle des Justes. Et c’est le camp de Jean-Claude Xuereb.

J’ai une tendresse particulière pour un recueil (qui semble épuisé chez Rougerie), « Pouvoir des clés », livre où il réaffirme le programme d’une écriture qui se veut « outil de lucidité » (page 25). Avec l’humilité de celui qui espère que les Clés s’ouvrent, pour « oser persévérer » à écrire. Car la poésie vient avec ses clés, ou pas : mystère du courage de poursuivre. Je retrouve dans cet ouvrage le « pays natal », le désir de la mer, le soleil, les oiseaux et les arbres. Et les questions « graves »,  incessantes, pour une ontologie de l’écriture et du regard sur vivre, être, passer. 

Dans « Pouvoir des clés » les mots sont « lavés ». Dans « Le jour ni l’heure », encore plus, sont lavés les mots et l’être, le réel des paysages et des destins. La lucidité est affutée : encore plus. L’écriture demeure, le style est reconnaissable, mais l’intensité est autre : Sisyphe a gravi la montagne et le ciel des lieux est aussi un ciel du sens. Très grand livre, vraiment. Car le lecteur, qu’il soit mécréant ou mystique, sera, lisant, lui aussi devant un miroir et la buée du temps, vers l’inéluctable fin. Lui aussi devra interroger sa vie, ce qu’il restera de ses choix à sa mort(dont il ne sait ni "le jour ni l’heure"). Valeur. Traces. Et textes, s’il écrit.

(Et je ne peux que mentionner l’avant-propos, deux pages, au poème-livre d’Anne-Lise Blanchard, Le Bleu violent de la vie, éd. Orage-Lagune-Express, 2004. Texte émouvant, sur l’exil et l’héritage des blessures, la parole des générations qui suivent…) 

Fiche wikipediahttps://fr.wikipedia.org/wiki/Jean-Claude_Xuereb 

Page sur le site du Printemps des poètes : https://fr.wikipedia.org/wiki/Jean-Claude_Xuereb 

Dossier, revue Phoenix, Marseille, numéro 15, automne 2014. Commande possible de numéros antérieurs... http://www.revuephoenix.com/auteurs/jean-claude-xuereb.html 

Page de blog, celui d’Abdelmadjid Kaouah (auteur d’une anthologie de la poésie algérienne, « Quand la nuit se brise », Points), Joha : http://wwwjohablogspotcom-kaouah.blogspot.fr/2012/02/jean... 

Portrait, par Jacques Basse (portrait, poème et note) : http://www.jacques-basse.net/2008/09/23/jean-claude-xuereb/ 

Page sur Recours au poème (avec deux textes : Ce qui bouge, et Regain) : http://www.recoursaupoeme.fr/poètes/jean-claude-xuereb 

Nombreuses pages correspondant à des parutions dans diverses revues de poésie, comme Sillages, Texture, etc.

LIVRES publiés par les éditions Rougerie : http://www.editions-rougerie.fr 

.... MISE à JOUR 03-06-2016... Jean-Claude Xuereb, par Jean-Louis Vidal. Coll. Présence de la poésie, éd. des Vanneaux...  http://les.vanneaux.free.fr 

.... NOTE © MC San Juan (Trames nomades) 

Posée aussi... page Facebook : https://www.facebook.com/TramesNomades 

24/03/2016

POÉSIE…« Cet envers du temps… »

Des rencontres, lectures, qu’on a suivies ou ratées (mais certaines dépassent la date du 20 mars…). Des noms et des vers sous les yeux, notes de titres sur des cahiers (ou fichiers…) pour des lectures ou relectures à venir. Lire, c’est premier. Pages infinies. On aime, ou pas, en général tout de suite. La poésie est diverse, l’expérience et l’exigence de ceux qui publient, aussi. Je mets ici l’accent sur quelques repères, seulement quelques repères…

…..

PRINTEMPS .png"Le Printemps des poètes" 2016… Le vingtième siècle, large parcours, et une collection, Poésie/Gallimard, qui a publié tant de recueils de ce siècle…

En exergue sur le site : "J'appelle poésie cet envers du temps, ces ténèbres aux yeux grands ouverts" Louis Aragon

CITATION : « Cela ne fait pas de doute : on peut affirmer aujourd'hui, avec le recul nécessaire, que le XXe siècle fut pour notre pays et la Francophonie un siècle de poésie majeure. Après la déflagration dadaïste et surréaliste, qui a permis une invention formelle sans précédent et refondé l'enjeu existentiel et subversif de la poésie, jamais peut-être un temps n'a produit autant d'œuvres considérables par leur portée et leur singularité… »

Suite sur le site…. http://www.printempsdespoetes.com/index.php?rub=6&ssr...


RECOURS.png"Recours au poème"…

En accueil, exergues qui alternent, citations renvoyant à des ouvrages et donnant envie d’en lire plus… On peut cliquer sur un texte pour faire revenir une autre citation et parcourir ainsi différents fragments…

CITATION : « Le Poème est attaqué par l'antipoésie. L’antipoésie en actes vise à détruire ce réel même qu’est la poésie, lien sacré reliant nos âmes au Poème.

La profondeur du Poème répond au Simulacre et à la Superficialité. La profondeur, qui est la complexion du Poème, est une volonté physiologique à la recherche de sa forme.
Le Poème, ce point suprême encore et toujours à atteindre si nous voulons demeurer des vivants.
Nous n’accepterons jamais les manœuvres de l’antipoésie. Car nous connaissons cette architecture merveilleuse et poétique qui fait de la vie et de nos âmes une seule chose, séparées – en apparence seulement – dans et par le Simulacre. « Séparées », et cependant une seule chose, en bas comme en haut.
Une seule chose et un seul réel : le Poème.
La poésie est opérative.
Tout le reste n’est que Simulacre. »

Intégralité du texte : http://www.recoursaupoemeediteurs.com/poetes-des-profonde... 

Commandes en ligne… e-books…

Recours au poème, la revue : http://www.recoursaupoeme.fr 

50-ans-de-Poesie-Gallimard_full_news_large.jpg

 

 

Les 50 ans de Poésie/Gallimard… Mémoire de la poésie... Entretien avec André Velter : http://www.gallimard.fr/Divers/Plus-sur-la-collection/Poe... 

La collection : http://www.gallimard.fr/Divers/Plus-sur-la-collection/Poe... 

Parutions récenteshttp://www.gallimard.fr/Catalogue/GALLIMARD/Poesie-Gallim...

MOTS FPM.jpg"FPM", Festival permanent des mots. En ligne et version papier. Le site est en lui-même une création graphique, une architecture, on y voyage, ce qui est conforme à la nécessité poétique. Goût du bref, du grinçant, refus du mielleux larmoyant : http://www.fepemos.com 

.....

Poésie en ligne. Ressources, sites de diffusion, liste sur… http://www.printempsdespoetes.com/index.php?rub=2&ssr... 

remue.net (revue, dossiers). Un univers ample qui se déroule (des textes, des lectures critiques). Pas de version papier  : http://remue.net/spip.php?page=sommaire  

REVUES de poésie (liste, liens) : http://amb.boudet.perso.sfr.fr/revues.htm et : http://jean.dif.free.fr/Textes/Revues.html

Dont... Revue A L’Index : http://lelivreadire.blogspot.fr

ÉDITIONS de poésie, comme AEncrage éds et tant d'autres : http://www.printempsdespoetes.com/index.php?rub=2&ssr...  

CORTI.gifDont… Eds José Corti. Repère indispensable. Centre : http://www.jose-corti.fr 

AILE .pngEt… Aile éditions. Parcours, langues croisées… http://www.aile-editions.com

Eds Rougerie (Et... les livres de Jean-Claude Xuereb. Voir aussi les prestigieux aînés, dont René Char) : http://www.editions-rougerie.fr 

Et... Pré#carré éditeur : http://precarrediteur.fr

HABITER-LE-MONDE-POETIQUEMENT-COUV-300dpi2-668x1024.gifAnthologie, Poesis éd. : « Habiter poétiquement le monde » : http://www.poesis-editions.fr  

ANTHO 2.jpgEt… autre anthologie : « Voix intermédiaires », publie.net : http://www.publie.net/nouveaute-voix-intermediaires-une-a... 

REVUE U.jpgA part… Revue Ultreïa (des articles sur l’expérience poétique, un univers qui rejoint ce qui est dit de la poésie des profondeurs sur le site de Recours au poème). Magnifique iconographie : http://revue-ultreia.com/contact/contact-espace-lecteurs/...

A part, autrement, Le Bois d’Orion éd. (dont ouvrages de Charles Duits, et études critiques sur Daumal, Duits, etc., par Christian Le Mellec, « Vent immobile »). Ou l’écriture comme itinéraire d’être, vers… être : http://www.leboisdorion.fr 

Et Arfuyen (axe spirituel croisant l'axe littéraire...)  http://www.arfuyen.fr  

Lectures bilingues... http://ivywritersparis.blogspot.fr  

Club des poèteshttp://www.poesie.net/index.php 

.... MISE à JOUR, 03-04-16. "La poésie a le vent en poupe", L'Express, 03-04-16 (infos diverses, et même... évocation des poèmes dans le métro...) : http://bit.ly/1RTsDtb

Justement, dans le métro, les deux dernières citations lues... Une de René Char, "Va vers ton risque" (Les Matinaux), et une autre de Jean Cocteau, fragment du "Journal d'un inconnu" (le passage sur le poète visionnaire d'un futur, la prescience de l'écriture...). De quoi donner envie de relire, tant Char que Cocteau... http://cocteau.biu-montpellier.fr/index.php?id=475 (autres pages en ligne sur cet ouvrage...).

19/12/2015

CITATIONS et... TITRES. Lecture... Lecture... Lecture... (pour soi, ou pour offrir...)

« Je crois que je devine pourquoi on écrit les vrais livres. Pas pour se rendre célèbre, mais pour mieux se rendre invisible, tout en réclamant à manger le vrai noyau du monde. »

Kamel Daoud, « Meursault, contre-enquête »

Donc, des livres écrits pour se rendre invisible (que les auteurs le sachent ou pas), des livres pour pénétrer le sens enfoui du réel… (le sachant). Des livres sur mon chemin, en phase avec ce chemin…


GESTE.jpg
POÉSIE. « Le moindre geste », de Michel Bourçon, éd. pré#carré / Hervé Bougel, décembre 2015. Citations : « peut-être que la direction à prendre n’est ni en soi / ni au dehors, que le panneau indicateur se trouve / planté dans la divergence. » (…) « entre soi et les choses / quelque chose / qui ne rejoint rien » Page éditeur : http://precarrediteur.fr/?page_id=1529 

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ATTESTE.jpgPOÉSIE. (Et publication Jeunesse). « J’atteste / contre la barbarie », d’Abdellatif Laâbi, éd. Rue du Monde (avec un dossier documentaire d’Alain Serres et des dessins de Zaü). Lecture pour tous les âges. Un poème écrit après la tuerie de janvier 2015, et publié en urgence après les massacres de novembre. Livre essentiel pour affirmer un idéal d’humanité, un refus des monstruosités produites par la haine et la folie idéologique. Page éditeur : http://www.rue-des-livres.com/livre/235504404X/j_atteste....  Librairie en ligne, La Courte échelle : http://lacourteechelle.hautetfort.com/archive/2015/12/07/... 

Le Monde, article, « Parler des attentats aux jeunes lecteurs » : http://www.lemonde.fr/idees/article/2015/12/15/parler-des... 


Abdellatif Laâbi.jpg

POÉSIE, même auteur, Abdellatif Laâbi, « La saison manquante », Éds. de La Différence : https://www.ladifference.fr/la-saison-manquante-suivi-de-... 

 

 

et Recours au poème, recension : http://www.recoursaupoeme.fr/critiques/abdellatif-laâbi-l... 

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PEN ANTHOLOGIE.jpg

 

 

 

POÉSIE. PEN club français. « Liberté de créer, liberté de crier », anthologie.

Recension, par Emmanuel Baugue, Recours au poème  http://www.recoursaupoeme.fr/critiques/pen-club-français-... 

D’Emmanuel Baugue, des chroniques sur Recours au poème, dont celle sur le poète Ashraf Fayad (agir : « A propos… ». Il le dit ‘saoudien’ alors qu’il est palestinien, mais le poète a effectivement représenté l’Arabie saoudite comme poète-artiste, ancré dans le pays où il vit, donc…). Et lire aussi deux textes sur la poésie (« Contre le simulacre » et « De la poésie »). Liste après le paragraphe sur lui : http://www.recoursaupoeme.fr/users/emmanuel-baugue 

Falaises.jpgEt, de lui, un recueil, « Falaises de l’abrupt » : http://www.recoursaupoemeediteurs.com/premiers-poemes/fal...

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TURC.jpgPOÉSIE.« Août 1936. Dernier mois dans le ventre de ma mère », d'Özdemir Ince. Préface de Lionel Ray, poèmes traduits du turc par Claire Lajus, éd. A L’Index (Le livre à dire / Jean-Claude Tardif lelivreadire.blogspot.com / revue.alindex@free.fr ). Citations : « Que je puisse voir à quoi ressemble une forêt de pluie » (…) « J’attends ma naissance depuis l’origine / de l’univers, je m’attends » (…) « Je serai un révolté, si jamais je me décide, / et si je reste là pour toujours » Page sur la revue Aynahttp://revueayna.com/actualites/

NAITRE.jpgPOÉSIE. « Naître si mourir », de Hyam Yared (née à Beyrouth), éds. Mémoire d’encrier (Canada/Québec). Citations (son prologue) : « Naître de toute évidence, puisque mourir est le dernier rêve. » (…) « Car on ne meurt pas, on rejoue une dernière fois sa naissance. » Citations (poèmes) : « L’errance est mon décharnement. Nos regards / — nos déchirés. On court après nos visages. » (…) « Où tu es je suis / visage. Où peut-être / je ne suis. » (…)  « Les morts ont tous droit à l’obscure. » Page éditeur : http://memoiredencrier.com/naitre-si-mourir-hyam-yared/ 

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DIAMS.jpgESSAI. « Je ne suis pas Diam’s », de Fawzia Zouari (franco-tunisienne), éd. Stock. Citations : « Je ne suis pas Diam’s. Ni par la naissance, ni par le parcours, ni par la conception de l’islam. J’ai vu le jour en Tunisie, dans un petit village où mon père avait le titre de "cheikh" qui lui conférait une autorité religieuse. Ma mère a passé sa vie enfermée derrière les murs de sa maison et je n’ ai aperçu sa chevelure que sur son lit de mort. Vers douze ans, mes soeurs aînées ont été interdites d’ école et cloîtrées. Je me suis alors promis d’aller jusqu’au bout de mes études et de ne pas me voiler. » Page éditeurhttp://www.editions-stock.fr/je-ne-suis-pas-diams-9782234...  Articles, Jeune Afrique : http://www.jeuneafrique.com/mag/274208/culture/livres-je-...  et Kapitalis (Tunisie) : http://kapitalis.com/tunisie/2015/11/23/je-ne-suis-pas-di... 

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NUIT.jpgFRAGMENTS (prose poétique, méditation et engagement). « À ce stade de la nuit », De Maylis de Kerangal, éd. Verticales. Comment un nom entendu à la radio (Lampedusa) traverse (est traversé par) des sens divers : mémoire, rêve, et cauchemar réel, enfin. Citations : « à ce stade de la nuit je tourne toujours les pages du journal, je les balaie du regard, je repère les titres, les légendes des photographies » (…) « La nuit avance. Je suis maintenant rivée à l’île de Lampedusa comme on s’obsède d’une poussière sur une feuille vierge. » (…) « Heures nocturnes, lumière qui perle au bout des cils, fatigue extralucide, vitesse de la pensée : l’événement cristallise doucement. » (…) « Etrangement le toponyme insulaire (…) mais ce matin, matin du 3 octobre 2013, il s’est retourné comme un gant, Lampedusa concentrant en lui seul la honte et la révolte, le chagrin, désignant désormais un état du monde, un tout autre récit. » Page éditeur http://www.gallimard.fr/Catalogue/GALLIMARD/Verticales/Mi... 

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Sur le site de Charlie Hebdo (édition créée par Charlie Hebdo, Les échappés)  https://charliehebdo.fr/editions-les-echappes/ 

Diffusion librairie en ligne, Decitre  http://www.decitre.fr/livres/tout-est-pardonne-9782357661... 

…....

EUX.jpgÉDITION JEUNESSE… « Eux, c’est nous », Les éditeurs Jeunesse avec les réfugiés, éd. Cimade/Gallimard http://www.gallimard.fr/Catalogue/GALLIMARD-JEUNESSE/Cima... 

PETITS.jpget « Les questions des tout-petits sur les méchants », de Marie Aubinais (illustrations d’Elsa Fouquier et Anouk Rucard), éd. Bayard Jeunesse. Présentation (illustrée) du livre, blog de Liyahhttp://www.leslecturesdeliyah.com/livre-pour-enfants-ques... 

Page Bayard éducation : http://www.bayardeducation.com/article/donner-aux-enfants... 

20/10/2015

Barzakh, intermonde et océan… Mohammed Dib et Jeff Foster… L’écriture et la vague...

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« Qu’est-il arrivé à cette part du Monde ; à ses jours, à ses nuits ? Serait-elle tombée dans un entre-deux où chaque composante du temps ne sait dire que son contraire ? (…) N’est-ce pas le barzakh, s’il pouvait exister et s’il faut y vivre ? » 

Mohammed Dib, Neiges de marbre.

Citation en exergue sur  le site de Barzakh éditions... http://www.editions-barzakh.com

Note sur le livre, librairie Ombres blanches : http://bit.ly/1NlToUL )

Barzakh (citation de Mohamed Dib...), peut se comprendre de multiples façons. Dans l’ouvrage, «  Neiges de marbre », c’est la perte, le deuil qui fait s’interroger sur le « barzakh », mot qu’on traduit par la notion d' « intermonde », cet espace entre la vie physique et un monde où seraient les âmes après la mort. Séparation, barrière, écran, espace… Mais aussi, dans la trame du livre de Mohammed Dib, la part d’ombre des êtres, des marges de la folie. On peut voir, dans le barzakh, simplement la métaphore du mystère de cet entre-deux qu’est le temps de la mort (nous étions, corps présent, ancré, heureux ou souffrant, et nous ne sommes plus, nous entrons dans la mémoire et dans l’oubli des autres). On peut y lire aussi le symbole du trouble entre savoir et ne rien savoir, croire et ne pas croire. Mais chez le poète on peut aller encore plus loin, autoriser toutes les lectures, en faire une méditation sur la part d’ombre de notre monde, enfermé dans ses barrières, ses masques et ses haines.

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« La vague regarde l’océan et demande : ''Pourquoi tant de vagues si tout est l’océan?’' » / « Bien sûr, il n’y a jamais eu de vague séparée. Ainsi les questions se dissolvent et la réponse devient absolument apparente. » 

Jeff Foster, « Une absence extraordinaire », p.142, éd. Almora   http://www.almora.fr/telechargement/jeff-foster/383-une-a...

Et, autre citation, la vague, encore (métaphore qu’il utilise dans ces passages de deux livres, pour tenter de traduire ce que peut être l'expérience de la non-dualité, dans l’esprit de quelqu’un qui vit une ouverture de conscience qui métamorphose le sens de l’identité personnelle, la perception de l’altérité supposée d’autrui)...  

« D’un certain point de vue, une vague peut sembler éloignée d’une autre au milieu de l’océan, mais du point de vue de l’océan, dans la mesure où chaque vague est l’océan lui-même, le concept de distance ou son absence, perd son sens. » (…) « Toutes les vagues dans l’océan que je suis sont par essence ce que je suis même si en apparence certaines sont à des milliers de kilomètres les unes des autres. » 

Jeff Foster, « L’acceptation profonde », p.90, éd. Almora   http://www.almora.fr/telechargement/jeff-foster/382-l-acc...  

N’est-ce pas cela que nous tentons de rejoindre quand, comme les Israéliens et Palestiniens qui dialoguent et refusent la haine, parents qui partagent ensemble leur souffrance d’endeuillés, nous voyons en l’autre le même? 

Difficile, devant certains faits de l’actualité quotidienne, ici et ailleurs, partout, devant la noirceur et la brutalité de crimes, de voir en l’autre le même, bien sûr… Mais pourtant, si nous savons être en train de vivre dans un monde dont nous sommes aussi les co-créateurs, que devient la pensée de la vague?