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19/12/2014

Kamel Daoud menacé. Une liberté agissante, qui dérange...

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Petite revue de presse, puis réflexion personnelle... et liens vers pages de Kamel Daoud.

« Un salafiste algérien émet une "fatwa" contre Kamel Daoud », Le Monde ,18-12-2014, par Amir Akef (Alger, correspondance) : http://www.lemonde.fr/afrique/article/2014/12/17/un-salafiste-algerien-emet-une-fatwa-contre-kamel-daoud_4541882_3212.html (Extrait : « Un imam salafiste, Abdelfatah Hamadache, chef du parti non autorisé du Front de la Sahwa islamique salafiste algérienne, a émis mardi 16 décembre 2014, sur sa page Facebook une « fatwa » contre l’écrivain et chroniqueur Kamel Daoud, qualifié d’ennemi de l’islam et de la langue arabe, d’écrivain « sionisé » qui insulterait Allah et le Coran. »)

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« Menacé de mort, Kamel Daoud porte plainte contre son pourfendeur », France24, 17/18-12-2014: http://www.france24.com/fr/20141217-menace-mort-ecrivain-kamel-daoud-porte-plainte-dirigeant-salafiste-algerie-islamisme/  (CITATIONS : « Le journaliste et écrivain algérien Kamel Daoud a porté plainte en Algérie, mercredi 17 décembre, contre le dirigeant salafiste qui a demandé sa condamnation à mort sur Facebook. » /// « Kamel Daoud dérange et ce n’est pas nouveau. Connu pour ses prises de position très virulentes contre la religion ou ses chroniques sans complaisances à l’égard du président Abdelaziz Bouteflika, le romancier et journaliste algérien est régulièrement la cible d’insultes et de critiques. Cette fois, le  finaliste du  Goncourt est menacé de mort. Le dirigeant salafiste Abdelfatah Hamadache a lancé mardi 16 décembre une fatwa contre l’auteur de "Meursault, contre-enquête". » /// « "Je trouve ça dramatique [ce type de menace] dans un pays qui a beaucoup souffert, mais il ne faut pas y accorder plus d’importance que cela", confie Kamel Daoud à France 24. "Abdelfatah Hamadache est un simple clown islamiste. C’est un homme médiatique qui a un sens de la comédie très poussé. Mais j’ai toujours pensé à haute voix et je ne vais pas m’arrêter parce qu’il a émis une menace de mort", poursuit l’auteur. / Plus tôt dans la journée, Kamel Daoud avait publié sur son mur Facebook : "Fatwa pour me tuer émise par le mouvement salafiste algérien. Signé par le Abd El Fettah Hamdache. Voilà où mène le sentiment d'impunité chez ces gens là."  Il précise sa pensée : "Depuis quelques mois, il y a une poussée des islamistes en Algérie et il n’y a pas de ligne rouge. Pas de réaction politique", regrette l’écrivain. » /// « Vague d’indignation en Algérie : La menace de mort d’Abdelfatah Hamadache a soulevé une vague d'indignation sur les réseaux sociaux. »)

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Soutien des journalistes algériens : communiqué, déclarations, articles, réactions sur les réseaux sociaux, pétition...

Analyse, « Hamadache, ce terroriste protégé par le régime algérien », par Abdou Semmar, 17-12-2014, Algérie-Focus : http://www.algerie-focus.com/blog/2014/12/hamadache-ce-terroriste-protege-par-le-regime-algerien-par-abdou-semmar/  (CITATIONS : « ‘’Le fanatisme est un monstre qui ose se dire le fils de la religion’’, avait dit un jour le regretté Voltaire. Abdelfatah Hamadache, cet imam salafiste algérien qui veut «réislamiser» à sa manière la société algérienne, incarne parfaitement ce monstre dont parle si bien le bon vieux Voltaire.  // Un monstre de terrorisme intellectuel qui a franchi hier mercredi toutes les lignes rouges en appelant au «meurtre» de l’écrivain, certes d’expression francophone mais Algérien avant tout, Kamel Daoud. » // (...) « Les règles du jeu sont claires : le terrorisme idéologique de Hamadache est toléré, pour ne pas dire soutenu, dans la mesure où il ne vise que ces opposants honnis par le régime. Un terrorisme accepté s’il ne s’en prend qu’aux homosexuels, couples amoureux, femmes émancipées ou jeunes algériens en quête de liberté sexuelle. Un terrorisme idéologique protégé même puisqu’il est instrumentalisé par un régime soucieux de préserver le statu-quo. Dieu merci, tous les Algériens ne sont pas dupes… »). (Article intégral sur le site...)

Malheureusement, en cherchant des infos supplémentaires sur la Toile, on tombe aussi, ici, sur les tentatives haineuses des spécialistes de l’obsessionnelle hantise de l’islam : amalgame islam/islamisme donné comme allant de soi. Abdelwahab Meddeb parlait du « mépris ignare » de certains intellectuels par rapport aux musulmans (voir la note précédente). Oui, cela existe, mais là, c’est encore un cran au-dessous : ces gens ne méritent pas le titre d’intellectuels, car ils n’élaborent aucune pensée, mais naviguent dans un brouillard idéologique constitué de constructions fantasmatiques. Ils  déforment la pensée de Kamel Daoud (que sans doute ils n’ont pas lu, ou pas vraiment) pour instrumentaliser le fait de cette fatwa, en essayant de faire entrer cela dans leur système idéologique qui fantasme des foules hystériques appelant en chœur au meurtre dans le sillage du salafiste clownesque. Les réactions algériennes, massives, d’indignation et de soutien à Kamel Daoud ? Evidemment ils n’en parlent pas : cela ne cadre pas avec leur volonté de produire de la peur, de nourrir les préventions contre les musulmans en général. Extrême droite aux visages politiques divers, sites d’incitation à la haine (quand je vois sur une page d’accueil  carrément la revendication de « l’islamophobie » comme « opinion », avec un appel à participer à une campagne islamophobe...). On apprend, en fouinant, que Christine Tasin (Riposte laïque...) a été relaxée en appel (procès de Belfort)  pour des termes injurieux à l’égard de l’islam (... !!!). Si on détournait le dessin humoristique reproduit sur la page de Reporters.Dz on pourrait poser la question : « De quoi ces faiseurs d’agitation sont-ils le nom ? » Et répondre : « 50 nuances de haine », ou (variante) « 50 nuances de FN » (appartenance ou pas, d’ailleurs : le FN a ses marges...).

Preuve, tout cela, qu’il est extrêmement important de lire et faire lire les intellectuels de culture musulmane (croyants ou pas, pratiquants ou pas, mystiques ou pas), les musulmans qui veulent inscrire une pensée d’un islam des lumières, les islamologues, les soufis (qui représentent une haute spiritualité, une « sagesse », au-delà même de toute appartenance religieuse)s. Aussi important, cela, que la lutte indispensable contre l’idéologie salafiste, les miasmes jihadistes. L’absence de culture est porteuse d’errance et perte. 

L’intégrisme est « une maladie de l’islam » disait Abdelwahad Meddeb. Oui, mais pas seulement. Car si les horreurs de l’Inquisition catholique furent une maladie du christianisme elles furent aussi une maladie de société, de civilisation, d’époque, un révélateur des impensés du temps, des refoulés d’un inconscient perverti... Et la réalité d’un intégrisme qui fascine ici et ailleurs des gamins perdus autant que des idéologues rendus fous par leurs constructions mentales, cette réalité n’est pas qu’une maladie de l’islam (tout en l’étant évidemment totalement, aussi) : elle est un révélateur des failles contemporaines, locales et mondiales.

Des esprits de la qualité de Kamel Daoud interrogent les confusions identitaires, les illusoires « appartenances», les mensonges idéologiques, les croyances erronées, les instrumentalisations de conflits, les confiscations mémorielles.  Donc heurtent, ces esprits, ceux qui sont dérangés, ainsi, dans leur fanatisme, leur paresse, ou leur folie. C’est ce qu’a fait récemment, autres questions, autres urgences de parole, Harry Roselmack, dans Le Monde du 17-12-2014 (« Halte aux mauvais réflexes identitaires ! », dénonçant notamment des dérives racistes, antisémites précisément, dans la complaisante indulgence de certains devant les formulations haineuses de Dieudonné, sous prétexte d’appartenance communautaire).  

Les racistes hypocrites diront qu’ils désignent des faiblesses de communautés humaines critiquables, et ils feront semblant de croire trouver là arguments pour leur haine. Sauf que c’est l’inverse qui est vrai... Quel miroir est tendu là ? A mon sens celui qui force à se demander en quoi on interroge ses propres failles, en quoi on est capable d’échapper aux diktats communautaires de ses éventuelles appartenances (né quelque part, à tel moment, avec telle ou telle ascendance, telle(s) langue(s), et telle ou telle éducation religieuse ou athée). Comment gère-t-on l’écart nécessaire entre appartenir et savoir traverser les frontières réelles et symboliques ?

Le plus difficile, justement, est le regard critique sur les choix de ceux dont nous partageons une identité, un être là qui nous définit en partie ou beaucoup, suivant les ressentis. La légitime solidarité doit-elle être aveugle ? Celui qui dénonce les dérives prend pour certains la figure du « traître » (comme Camus, celui, surtout, des Chroniques algériennes ou de l’appel à la Trêve, perçu par les ultras comme l’homme à abattre, par exemple). L’intime déchirure sera parfois l’écart d’une lettre entre solidaire de n’importe quoi ou solitaire... Risque pris par ceux qui lancent leur parole au premier plan, risque récompensé par la reconnaissance des « justes », comme cela se voit dans l’élan de nombreux Algériens pour soutenir le chroniqueur et écrivain Kamel Daoud...

Donc tomber dans le piège du regard négatif sur une communauté ou un peuple parce que de l’intérieur des paroles critiques s’élaborent et se publient, c’est un contre-sens absolu. Estimable la communauté humaine, estimable le peuple capable de faire émerger des esprits critiques dans le regard sur soi (soi collectif...).

Sur la Toile, on voit donc l’élan unanime d’un soutien authentique de l’écrivain menacé, sur les deux rives et au-delà. Et on voit aussi, en marge, le faux soutien, ici (et sans doute ailleurs), de menteurs qui font semblant d’adhérer à une pensée qui est leur exact contraire, pour mieux nourrir leur fantasmatique délirante. C’est la stratégie habituelle de l’extrême droite : récupérer des valeurs pour les détourner et les inverser. Ces gens ne valent pas mieux que le salafiste : leur « solidarité » apparente et leur « soutien », affiché, à Kamel Daoud ne sont que le masque (assez transparent) de leurs projections mortifères. 

Peu importe pour lui. L’essentiel est ailleurs, dans l’appui authentique que son intégrité et son intelligence entraînent, massivement. Mais pour ceux qui veulent comprendre ce qui se joue en France autour du seul mot « islam », c’est important de regarder dans les marges problématiques qui s’étalent sur la Toile...

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Kamel Daoud 

Sur Decitre, auteur : http://www.decitre.fr/auteur/1565553/Kamel+Daoud/

Kamel Daoud, chroniqueur...  Impact 21, Algérie Focus, etc.

Articles de Kamel Daoud, Le Quotidien d’Oran, regroupés sur djazairess.com : http://www.djazairess.com/fr/author/Kamel+Daoud