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14/06/2013

« Qui donc est l'homme pour accepter… »

michel rocard,pierre larrouturou,économie,banques,finances,politique,audace,europe,crise,gauche« "Toutes les grandes défaites se résument en deux mots : trop tard", affirmait le général MacArthur. Allons-nous attendre qu'il soit trop tard pour comprendre la gravité de la situation ? Allons-nous attendre qu'il soit trop tard pour rompre avec des stratégies qui nous mènent dans le mur ? ». C’est ainsi, sur le site du journal Le Monde, qu’est introduite la tribune de l’ancien premier ministre Michel Rocard et de l’économiste Pierre Larrouturou.

Ce texte est un appel à une prise de conscience de l’urgence de la situation, tant française qu’européenne et mondiale (Etats-Unis, Japon, Chine…). Prise de conscience des responsables, « discours de vérité » à assumer, « audace » des décisions rendues nécessaires par l’ampleur des problèmes.  Car le constat est effrayant : chômage qui augmente, surendettement des Etats, spéculation, « privilèges »  des banques privées, récession plus grave qu’il n’est dit, montée de l’extrême droite en Europe, et, à l’horizon, risque de guerres pour l’eau ou l’énergie, catastrophes… si la réalité n’est pas regardée avec lucidité. Contre cela : « audace intellectuelle et politique » pour affronter « la résistance des égoïsmes »

Concrètement, c’est, avant la conférence sociale des 20 et 21 juin, un appel pour « un nouveau cycle de négociations sur l’emploi » en France. Et, comme nous ne vivons pas (et ne pouvons vivre) en autarcie, une autre exigence est posée par les auteurs : que la France demande, en 2013, là, « un nouveau Bretton Woods », « pour réorganiser le système financier international ».

On parle beaucoup de certains lanceurs d’alerte, en ce moment : ils dénoncent, en prenant des risques parfois considérables, des situations inacceptables. Et, choqués, nous adhérons en masse, souvent, car nous percevons que nous sommes concernés, que ces êtres nous défendent, en quelque sorte. Mais là, sommes-nous prêts à entendre ces voix qui sont elles aussi, d’une certaine façon, celles de lanceurs d’alerte, même si leur statut est différent, leur prestige d’une autre nature? Elles peuvent avoir plus de mal, ces voix,  à entraîner l’adhésion des esprits : car nous sommes interpellés nous aussi. Saurons-nous sortir de ces  égoïsmes qui résistent à ce qui dérange les intérêts personnels, les rituels de pensée, les habitudes corporatistes, les clichés idéologiques, les enfermements communautaires, et partisans, et locaux ? Pourrons-nous faire pression sur nos élus pour refuser d’être trompés sur les dangers qui se profilent et demander que des choix courageux soient faits, très vite ?

La page du Monde, « Gare au prochain tsunami financier », tribune de Michel Rocard et Pierre Larrouturou (mis en ligne le 12-06-2013) : http://www.lemonde.fr/idees/article/2013/06/12/gare-au-prochain-tsunami-financier_3428946_3232.html  

CITATIONS (« Qui donc est l'homme pour accepter que... ?»)

« Si nous continuons à laisser pourrir la situation, si nous continuons à mettre quelques rustines en misant sur un miraculeux retour de la croissance (auquel plus personne ne croit) tout cela peut, en quelques années, finir dans un fracas terrifiant. »

« Et, dès aujourd'hui, nous sommes nombreux à ressentir un malaise plus intime : qui donc est l'homme pour être traité ainsi ? Qui donc est l'homme pour accepter que des millions d'hommes et de femmes vivent dans la plus grande pauvreté alors que, globalement, nous n'avons jamais été aussi riches ? »

« Crise sociale, crise financière, crise climatique, crise démocratique, crise du sens... dans tous ces domaines, nous sommes proches d'un point de non-retour. »

……

Inquiétante, leur tribune ? Oui. Désespérante ? Non. Car ils proposent des solutions. (Il  serait plus inquiétant qu’ils ne soient pas entendus…).

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Pour aller plus loin...

Les deux auteurs de cette tribune ont publié un livre en janvier 2013, « La gauche n’a plus droit à l’erreur », éd. Flammarion : http://editions.flammarion.com/Albums_Detail.cfm?ID=43159&levelCode=sciences  (« Le but de ce livre est de dire la vérité sur les dangers qui nous menacent mais aussi et surtout de proposer des solutions à la hauteur des enjeux. », page éditeur.)

05/06/2013

Yasmina Khadra dans le dictionnaire Robert... (de natif à natif...)

Robert.jpgYasmina Khadra, écrivain algérien que j'apprécie particulièrement est une des nouvelles "entrées" dans le dictionnaire Robert des noms propres, 2013. (Il est l'auteur, notamment, du livre "Ce que le jour doit à la nuit", regard humaniste sur les liens entre les natifs d'Algérie, des individus des différentes communautés, liens que seuls des natifs peuvent traduire).

La presse algérienne a réagi à cette information, et la Toile de même, avec satisfaction, globalement. Mais j’ai vu, aussi, des commentaires aigres, comme deux réactions au-dessous d’un article du journal « Liberté », qui mentionnait seulement le fait, en citant aussi quelques autres nomsUn des internautes dit que pour lui c’est un non-événement, sans expliquer pourquoi (un autre lui demande si c’est parce qu’il ne l’a pas lu ou ne l’aime pas ou pour une autre raison). Et quelqu’un exprime son agacement devant ce qu’il interprète comme un « besoin maladif » des Algériens d’être reconnus par la France (autrement ils ne relèveraient pas cette entrée comme un fait qui mérite information, sous-entend-il). Double (ou triple) erreur de mesure (très réductrice), à mon sens, dans l’agacement de cet internaute. D’abord, mentionner cela et en être satisfait n’a sans doute rien à voir avec un quelconque désir de prendre sens en fonction de ce qui se dirait en France. Ensuite, dans le contexte mondialisé qui est celui de notre société en 2013, dans ce début du XXIème siècle, il n’est pas anodin de repérer les noms qui apparaissent dans un tel dictionnaire, référence culturelle de poids, quel que soit le pays (ou, aussi, d’apprécier qu’un écrivain de son pays soit traduit en de nombreuses langues et lu dans le monde entier). Qu’un auteur algérien, américain, ou français, soit présent dans ces pages, cela ne signifie pas (seulement) qu’en France on le « reconnaît », mais que le choix s’impose par l’évidence d’une présence au-delà d’une lecture purement française – constatation d’une portée de l’œuvre bien loin d’une petite appréciation hexagonale. (Et, en plus, d'un écrivain qui écrit en français, comme beaucoup d'auteurs algériens, depuis la "prise de guerre" notée par Kateb Yacine parlant de la langue française, conservée comme un butin). Ne pas oublier la réciprocité : on remarque, en France, quand des créations sont appréciées en Algérie ou que des faits vont dans le sens du dialogue. Doit-on éternellement lire ce qui traverse la frontière symbolique à la lumière du référent « colonisation » ? Ne doit-on interpréter les réactions qu’en y cherchant le soupçon d’un syndrome postcolonial (dans un sens ou dans un autre)? Non. Et ceux qui tranquillement constatent avec plaisir que la place d’un écrivain dépasse les frontières réelles et les pièges idéologiques de l’Histoire sont les plus libres, intérieurement : ils ont une identité qui n’a plus besoin, justement, de revendiquer une séparation, car elle est. Simplement : elle est .  Le temps des amertumes doit laisser la place aux fils tendus entre les rives. Enfin, ce dictionnaire Robert fut créé par un lexicographe né en Algérie... Et son œuvre contribue, longtemps après sa mort, à faire connaître aux lecteurs contemporains les êtres remarquables de sa terre natale… Symboliquement voilà un signe intéressant : la boucle est bouclée… fil tendu de natif à natif de la même terre.

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Le dictionnaire, et Paul Robert :

La « philosophie » du Robert, selon le site les-dictionnaires.com : « Paul Robert est né en 1910 en sol algérien. C’est à la suite de la rédaction de sa thèse de doctorat en économie politique que cet homme minutieux décide de l’inaptitude des dictionnaires de l’époque. Dès 1945, il entreprend de créer lui-même un nouveau dictionnaire mieux adapté aux réalités de cette seconde moitié du 20e siècle. » (…) « Paul Robert a changé le visage du dictionnaire pour lui donner une aura plus intellectuelle et une note plus moderne aussi. »: http://www.les-dictionnaires.com/robert.html

Le créateur du dictionnairele lexicographe Paul Robert (1910/Algérie-1980/France)? Voir la biographie et l'oeuvre sur la fiche wikipedia, infos et liens. De la naissance à Orléansville/Chlef, Algérie, à la création de l’édition en 1951, sans oublier l’ouvrage personnel publié en 1970 sur cette aventure – cette entreprise -  intellectuelle, les différents dictionnaires "Robert" : http://fr.wikipedia.org/wiki/Paul_Robert_(lexicographe)  (Il eut une équipe importante de collaborateurs, dont Alain Rey, Josette Rey-Debove, Henri Cottez, Roger-Georges Morvan…). »

Sur la genèse de cette création, écouter l'entretien du 12-11-1968 (Paul Robert parle d’une évidence, idée venue en 1935, « illumination » soudaine), conscience d’un manque dans ce domaine du dictionnaire, de la lexicographie, et élaboration du projet. Vidéo : http://bit.ly/1aN5ZL8  

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Yasmina Khadra :

Fiche wikipedia : http://fr.wikipedia.org/wiki/Yasmina_Khadra

Le site officiel de l’auteur : http://www.yasmina-khadra.com/

Page de l’édition Julliard : http://bit.ly/12sKmA2