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18/02/2019

ANTISÉMITISME. Des LIVRES pour le combattre idéologiquement…

NOTE en préparation...

17/02/2019

ANTISÉMITISME. Faits et réactions...

NOTE en préparation.

14/02/2019

ANTISÉMITISME. Constats et analyses...

NOTE EN PRÉPARATION

11/02/2019

Charlie Hebdo du 6-2-19. Article sur RT (Russia Today, "sous-marin du Kremlin"), Focus sur AJ+, édito de Riss... Etc.

Vite, le trouver avant qu'il ne soit plus en kiosque (mais on doit 
certainement pouvoir le commander après) cherchez le numéro 1385
de Charlie HEBDO du 6 février.
Pourquoi ? Pour un excellent article sur la télé (et site) RT
(Russia Today)... "C'est la chaîne préférée des 'gilets jaunes'.
À les entendre, RT,  le nouveau nom de Russia Today,  est la seule
qui ne soit pas assujettie au pouvoir et qui dise toute la vérité,
rien que la vérité. Comme quoi, contrairement à ce qu'on a dit d'eux,
les 'gilets jaunes' ont de l'humour."
Article titré "LE SOUS-MARIN DU KREMLIN EN MODE DÉDIABOLISATION".
Quelques idiots utiles en prennent pour leur grade, et Taddeï aussi
(lui, c'est ce que je pense depuis longtemps, il est pire qu'un idiot
utile, il poursuit sur RT son oeuvre de complice assumé, et habile en
masques, des idéologies en isme d'oppression).
L'article analyse le traitement de l'information que fait cette télé
(les arguments du Kremlin en boucle). Et il fait une comparaison, que
je trouve tout à fait justifiée, avec la manière de masquer le message
principal qu'avait le journal Signal, édité par la Wehrmacht.
La propagande est cachée par des publications anodines qu'on pourrait
trouver n'importe où. Et(à dose très minime)le camouflage acceptera
même, chez RT, d'entendre une seconde de critique de Poutine.
En fait c'est comme l'argent de la mafia recyclé dans un restau...
La propagande est "blanchie". Ce qui ne les empêche pas d'avoir,
est-il rappelé,l'économie traitée régulièrement par quelqu'un qui
intervient aussi dans Égalité et Réconciliation d'Alain Soral,
cet extrémiste de droite ultra, négationniste. Normal, je trouve,
pour une chaîne financée par le Kremlin (qui fit soutenir Le Pen
par un prêt bancaire autorisé en haut lieu poutinien...).
Éloge de Poutine et salades complotistes. De ce complotisme qui
voit un pouvoir juif fantasmatique décider de tout, contre des
peuples fantasmés aussi.
En ligne, l'édito de Riss. Autre sujet, mais pas vraiment, car cela
traite du rapport à la presse. (RT c'est le goût qu'en ont de nombreux
GJ, et pas mal de complotistes qui voient de la liberté là où il n'y a
que propagande. L'édito, lui, traite de l'incendie de France Bleu
Isère, qui rappelle celui de Charlie Hebdo...
Et Riss écrit ceci :  "Le blasphème s'est généralisé. Publier des
informations contraires aux convictions de certains citoyens constitue
désormais un blasphème.Un de plus. Et cela leur donnerait le droit
d'incendier les médias. Si on suit ce raisonnement, l'information
doit satisfaire l'opinion du citoyen."

"AJ+ la voix du Qatar" est Le FOCUS du mois, à lire sur le site
Citations : "Le Qatar a trouvé là un outil de soft power très efficace. 
La chaîne cherche à séduire 'la gauche communautariste'(sur une ligne,
est-il rappelé, qui fait appel aux signatures des 'Indigènes de
la République' et leurs idées racialistes). L’homosexualité,
par contre, est traitée (vidéos contre la discrimination) comme si
c’était acceptable au Qatar... (Oui, on adapte à la culture des cibles,
comédie hypocrite…).
Mais, est-il écrit,"Sauf que ce type de vidéo ne se trouve pas dans
toutes les chaînes du groupe." (...) "En effet. Sur Al Jazeera en arabe,
un éditorialiste a qualifié l'homosexualité de ‘signe de la décadence
occidentale’ à la suite de la tuerie d'Orlando, aux États-Unis.
Il est vrai que là, le but n'est pas de séduire la gauche..."
SITE du journal... (Voir les rubriques, ligne horizontale
haute. Et les sous-rubriques. De quoi passer un moment à s’informer :
articles, vidéos, dessins, édition…). En le consultant chaque semaine,
si on n’achète pas régulièrement le journal, il est possible de voir
un sommaire qui nous permettra de décider si cette semaine on veut
le lire ou pas : les soutiens peuvent être en alternance, c’est mieux
que rien… Il y a même une édition ‘mobile’ de Charlie (c’est indiqué
sur le site…)... https://charliehebdo.fr/
VIDÉOS
L’appel des coquelicots, par Fabrice Nicolino (sur les pesticides)…
https://charliehebdo.fr/les-nouvelles-de-charlie/pesticid...
Double standard ? Vidéo créée par Bibliothèques sans frontières
(Pourquoi Dieudonné condamné et pas Charlie ?)…
https://charliehebdo.fr/les-nouvelles-de-charlie/pourquoi...
PAGE Facebookhttps://www.facebook.com/CharlieHebdoOfficiel/ 

10/02/2019

CITATIONS. L'intellectuel et l'actualité...

Des citations (de MILNER, CAMUS, DE LUCA, SÉNAC), citations que j'associe à l'actualité.

... "La fonction politique de l'intellectuel c'est d'aller où la société ne veut pas ; c'est d'être impopulaire."   Jean-Claude Milner (entretien avec Philippe Lançon, Libération, 20-21 juillet 2002...)

... "Il est donc nécessaire d'éclairer les définitions pour désintoxiquer les esprits et apaiser les fanatismes, même à contre-courant." 
Albert Camus (Avant-propos à Chroniques algériennes)
 
"Quand le ressentiment supplante la révolte, alors l’on voit se lever partout la cohorte ricanante de ces petits rebelles, graines d'esclaves, qui finissent par s'offrir, aujourd'hui, sur tous les marchés d'Europe, à n'importe quelle servitude."
Albert Camus, L'Homme révolté
 
... "Le 28 janvier 2015, dans la salle du tribunal de Turin, ce n'est pas de la liberté de parole qu'on débattra. Celle qui est obséquieuse est toujours libre et appréciée. C'est de la liberté de parole contraire, inculpée pour cette raison, qu'on débattra."
Erri de Luca (La parole contraire)
 
"Une vraie culture ose et risque."
Jean Sénac (Lettre à A.Taleb, citée dans « Assassinat d’un poète » de J.P. Peroncel-Hugoz

09/02/2019

COMPLOTISME... et remparts.

CONSTAT

Le complotisme paraît envahir tous les domaines de la communication et de la pensée. L'obscurantisme contre la raison. D’un côté il y a l’inculture et la naïveté de gens qui se laissent manipuler, ont envie de penser le monde de manière conforme à des fantasmes simples. De l’autre il y a des stratèges qui utilisent les désinformations pour faire passer leur vision et créer de la confusion. Le plus paradoxal, c'est un glissement du conspirationnisme dans des marges idéologiques étrangères, normalement, à l'inculture générale des complotistes. C'est le signe d'une porosité inquiétante entre des courants idéologiques, et d'une faillite de la pensée chez certains intellectuels.

RÉPONSES

Comprendre le complotisme. Les réponses de Taguieff, L’Express… https://www.lexpress.fr/actualite/societe/taguieff-les-complots-repondent-a-un-besoin-d-ordre_2007876.html

FAIRE FACE au COMPLOTISME, Contrepointshttps://www.contrepoints.org/2018/12/15/332504-faire-face...

DOSSIER BOOKS. « La Terre est plate / L’emprise des croyances » (décembre 2018-janvier 2019). Books, SOMMAIRE du numéro… https://www.books.fr/magazines/numero-93-terre-plate-lemp...

Le site Conspiracy watch démonte les intox/infox. En page d’accueil, sommaire des rubriques et titres de diverses notes (actualité, dont GJ et Chouard)… http://www.conspiracywatch.info/tag/gilets-jaunes

Autre site de décryptage, Les Décodeurs/Le Mondehttps://www.lemonde.fr/les-decodeurs

Libération, CheckNewshttps://www.liberation.fr/checknews,100893 

COMMENT REPÉRER les désinformations, mensonges, INTOX/INFOX, L’Étudiant… https://www.letudiant.fr/lycee/des-sites-pour-debusquer-l...

Et bien sûr voir les sites qui repèrent les hoax. Hoaxbuster, Hoaxkiller…

03/02/2019

Gilets jaunes... Des ANALYSES, des points de vue, des questions.

« La révolte n’est pas le ressentiment ». ANALYSE de Brigitte Stora, auteur, pour le CCLJ belge (Juifs laïques). Elle décrypte les émotions en jeu, les concepts utilisés (qui traduisent quelle orientation ?), les revendications exprimées (qui signent quelle appartenance idéologique, quelle identité politique ?). Et elle prend en compte les « marges » qui, si on les néglige, empêchent de penser idéologiquement et politiquement ce qui se produit. Comment ne pas voir les dérapages antisémites, racistes, homophobes (tags, slogans, banderoles, violences et mises en question, rejets). Ceci sans jugement globalisant. Mais un courant collectif entraîne des individus qui sont pris dans la force dominante et suivent des « leaders » dont ils ne repèrent pas les composantes réelles, les itinéraires passés et les liens, les influences, les réseaux... 

Dans ce texte elle affirme d’abord une volonté de reconnaître les légitimités et le refus de réduire un mouvement à ses marges : « On ne pourra jamais réduire la colère de milliers de personnes à un mouvement ou à un mot. La complexité, les contradictions, la richesse des êtres humains est toujours plus grande qu’une définition politique. La plupart des revendications des Gilets Jaunes sont légitimes et on ne peut se détourner d’une cause en raison de ses écarts. » Mais elle refuse aussi de croire que le début avait une « pureté » idéale : les dérives étaient là tout au début. Présents, la haine, le populisme, le complotisme. A l’injustice de la violence sociale la réaction n’est pas une critique des excès du capitalisme mais, dit-elle, une « réplique » utilisant la violence en miroir sans perspectives sociales, économiques, politiques. Rejet des institutions et des partis, rejet des élites (pas celles des grands profits, pas un capitalisme cynique, non, mais les intellectuels et les politiques élus).

Les « valeurs d’émancipation » ont été moquées (« Droits de l’hommisme », « bons sentiments » et « bien-pensance ».  « Pourtant la colère populaire sans les valeurs d’émancipation, sans les organisations qui les ont portées, n’est hélas le plus souvent que la possibilité du fascisme. » 

Elle cite Albert Camus, « L’homme révolté », avec une phrase essentielle (alors qu’elle a été citée ailleurs à contretemps, confondant Histoire et actualité). Cette phrase, au contraire, parle de processus généraux, répétitifs, réalités valables à toutes les périodes de l’Histoire : « Quand le ressentiment supplante la révolte », écrivait Albert Camus dans L'Homme révolté, « alors l’on voit se lever partout la cohorte ricanante de ces petits rebelles, graines d'esclaves, qui finissent par s'offrir, aujourd'hui, sur tous les marchés d'Europe, à n'importe quelle servitude ».’

En conclusion elle note que « La haine ne signe aucune authenticité autre que celle du fascisme. » Après avoir insisté sur le fait que le plus grand mépris des manifestants Gilets jaunes est celui qui ne dénonce pas les dérives (comme si cela était part d’eux, de cette partie du peuple qui se veut (à tort) tout le peuple. Or dénoncer ce qui devait l’être (dont le cadre de l’ensemble, la dominante complotiste qui va avec les restes des failles), cela a toujours été, depuis des semaines, pris comme mépris... http://www.cclj.be/node/12270

Un regard extérieur, L’Orient le jour. Le mouvement vu du Liban… https://www.lorientlejour.com/article/1146462/democratie-...
Un questionnement, venu de Belgique; Le Soirhttps://plus.lesoir.be/199128/article/2019-01-07/gilets-j...
« L’urgence démocratique commence par le bas… », 
The conversationhttps://theconversation.com/gilets-jaunes-lurgence-democr...
La FOULE, les MOUVEMENTS de MASSE… Et le risque de la haine. Libération… https://www.liberation.fr/debats/2018/04/11/le-but-c-est-...
« L’antifascisme n’est pas une option », 
Le Mondehttps://www.lemonde.fr/idees/article/2018/12/15/sarah-kil...

DÉNONCER CE QUI DOIT L’ÊTRE… Cela s’est fait à partir d’enquêtes, investigations, observations, analyses. Et la simple attention à ce qu’on pouvait lire sur des pages ou entendre lors d’entretiens, de prises de parole (y compris à la télévision), cela suffisait pour faire des constats inquiétants.

Parcourir cette page pour prendre la mesure de l’influence des thèses complotistes chez les Gilets jaunes, Conspiracy Watch… https://www.conspiracywatch.info/etienne-chouard-gilets-j...

Un décryptage nuancé, Les Décodeurs, Le Monde. Vérification de 74 infos sur les PAGES Facebook des Gilets jaunes. 24 problématiques, les autres assez correctes. Mais les problèmes portent sur des sujets centraux, la répression et la « censure »… https://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2019/01/31/d...

L’univers idéologique des Gilets jaunes…
Plongée au cœur des PAGES Facebook des GJ, Le Monde… Une France qui se sent humiliée, pas vraiment antisémite, raciste ou homophobe, mais dans la défiance des élites : « sentiment de persécution » et tendance au complotisme… https://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2019/01/30/p...

Autre plongée dans l’univers des COMPTES Facebook des Gilets jaunes, Le Nouvel Observateur (une enquête faite par un journaliste pour la Fondation Jean Jaurès… Le constat est : « édifiant »... https://www.nouvelobs.com/politique/20190111.OBS8351/plon...

La démarche de ce décryptage, sur le site de la Fondation Jean Jaurès… https://jean-jaures.org/nos-productions/en-immersion-nume...

De nombreuses questions se posent. Dont celle des ingérences étrangères supposées (sans que la genèse du mouvement soit attribuée à des influences externes : il a sa logique et sa dynamique, avec ses causes et revendications). Mais des faits interrogent. Dont le constat sur l'activité intense de trolls russes et l'influence de sites comme Russia Today, RT, ou Sputnik. Lire l'investigation d'une journaliste finlandaise sur l'usine à trolls de Moscou... https://m.usbeketrica.com/article/les-ambitions-des-troll...

D'autre part Bannon s'installe à Bruxelles où il a un bureau et se déplace beaucoup en Europe pour soutenir les extrêmes droites. Avec M. Le Pen dans son sillage. Autre direction, même extrémisme... (Et les divers nationalistes européens soutiennent les GJ, s'affirmant en phase avec ce mouvement)... https://www.huffingtonpost.fr/2018/12/08/paris-brule-se-r...

Qu'y a -t-til derrière le RIC ? Des revendications de partis extrémistes et le militantisme ancien d'Étienne Chouard, apprécié par de nombreux Gilets jaunes. Or penser un référendum cadré pour respecter les institutions, ou rêver d'un outil pour destituer le gouvernement élu ce n'est pas la même chose. Et c'est là qu'il y a fracture entre des GJ démocrates - qui veulent améliorer la participation et rendre cette démocratie plus juste, notamment fiscalement - et des factieux (car comment le dire autrement ?) qui ne veulent pas de réformes, pas de débat, pas de démocratie représentative. Pour situer ces fractures, voir qui est ce personnage adulé par les plus  réfractaires à tout dialogue, Chouard. Lire ceci... Conspiracy watch... https://www.conspiracywatch.info/pour-francois-ruffin-eti...  Et lire cela, Huffingtonpost... https://www.huffingtonpost.fr/2018/12/19/etienne-chouard-...

Autre question, la violence. Celle des casseurs (venus pour cela, ultras), mais aussi celle de certains Gilets jaunes qui légitiment le fait d'incendier, détruire, agresser, bloquer. Et la violence verbale. Mots de haine (racisme, antisémitisme, homophobie, haine des élites, menaces). Pas une majorité, mais suffisamment pour faire nombre et inquiéter. Autre forme de violence, la durée qui coûte cher à tous, économiquement. Et la violence des armes utilisées pour maintenir l'ordre, non létales mais dangereuses (A Bauer lui-même a exprimé un désaccord). Dans un contexte où la police est exténuée par des semaines très dures et face à des gens qui viennent affronter (pas tous, non, mais trop). Un médecin a lancé une demande de moratoire. C'est à discuter... Il faut des solutions de remplacement.

Enfin, reste la réflexion que chacun doit avoir sur les perspectives. Un débat est proposé,et commencé . Peut-être même une consultation (...?). Si la société civile se saisit des outils qu'elle a, et des outils qui sont proposés là pour participer, beaucoup de pistes peuvent être ouvertes... (Pour plus de justice sociale - même si la France distribue plus que d'autres, des inégalités évidentes demeurent, précarité et travail insuffisamment reconnu, alors que des PDG ont des traitements indécents bien au-delà de ce qu'il faut pour vivre dans un luxe acceptable. Pour une fiscalité revue. Pour la laïcité respectée et les fondamentalismes combattus. Sans oublier les problèmes du logement, et le sujet de l'écologie...) MAIS en espérant que ce soit autrement que dans la posture de la revendication sans implication, dans l'attente passive de solutions venues "d'en haut". On peut inventer le "possible"... Cela passe par soi-même, pour chacun.

02/02/2019

Manifestations en jaune... Constats et questions.

"Les actes sont des murmures comparés aux rêves."

       Alison Jean Lester, La vie de Lillian. mode d'emploi

GILETS JAUNES, un MOUVEMENT…

Je reprends dans cette note, des posts que j’ai publiés sur Facebook, petit à petit, avec, forcément, des éléments contradictoires. Entendre, comprendre, mais ne pas adhérer, être dans l’état de vigilance, voyant, du dehors, des signes que ceux qui participent ne voient pas (sauf ceux qui justement en sont les stratèges).

Chance ou malchance, ce qui se produit peut donner le meilleur (une transformation de la démocratie vers plus de démocratie, une recherche de plus de justice sociale) et le pire (une manipulation politique vers une évolution de plus en plus extrémiste, avec une alliance entre les extrêmes à la manière du pouvoir italien, et/ou un pouvoir sous la coupe de Bannon et/ou Poutine, le pire du chavisme associé au pire du FN…). Les deux possibles y sont agissants, l’un utilisant l’autre. Pour donner le meilleur il faudrait que les acteurs factieux soient éliminés par les acteurs démocrates (qui se font menacer quand ils disent leurs choix) et que les manifestations s’arrêtent (avec tous les problèmes qu’elles causent) pour passer à des actions dans un cadre conforme aux possibilités d’une démocratie. (Alors que certaines figures de ce mouvement parlent de dictature : une dictature paradoxale, qui ne les opprime pas et les laisse continuer – au Venezuela ils auraient eu l’armée qui tire sur eux et en Russie quelques meneurs auraient été victimes « d’accidents »… comme ce fut le cas de certains dissidents).

RÉFLEXION. Au commencement, des impressions contradictoires et des questions.
"Les actes sont des murmures comparés aux rêves..." J'avais relu cette phrase d'Alison Jean Lester, et depuis j'y pensais en relation avec ce qui se passait en France.

Elle signifie que ce qu'on désire dit plus sur nous que les actes par lesquels on tente de réaliser nos désirs et rêves. Nous sommes ces rêves, et leur inscription dans le réel est déjà plus loin de nous.
Quels rêves se mêlent dans les manifestations où se croisent des gens si différents ? Les révoltés en détresse, créateurs de possibles, les radicaux haineux, les manipulateurs stratèges. Rêves de démocratie plus juste, rêves de démocratie détruite. Et nous, observateurs impliqués, partagés entre l'empathie réelle (un intérêt, une estime, un espoir ?) et la vigilance critique. Sur un fil, assumant les deux. Collectivement qu'est-ce que cela produit ? Car il y a, en plus, souterrainement, ceux qui agissent par la propagande, diffusant intox et suspicions complotistes. Un égrégore trouble, dont nous sommes part. Part qui résiste ou agit autrement.

Une partie de moi pensait que peut-être ce qui se passait était un événement plus considérable qu'on ne le disait, qui donnerait raison à Jean Ziegler, penseur analysant les méfaits de la mondialisation et d'un capitalisme violent. Il voit la solution dans ce qui se profile à travers Internet, la force de la société civile, partout. Oui. Mais (pensait l’autre part de moi) cela peut prendre des directions diverses. Un pacte social autre, plus juste, négocié, et une métamorphose des rapports de pouvoir. Ou une dérive vers des choix autoritaires, totalitaires, dictatoriaux (nationalisme et xénophobie). Tout est ouvert. Et cela dépend de nous tous.

En 2015, Abd Al Malik écrivait ceci au sujet de ce qui pouvait être une forme de révolution, de changement émancipateur : " Non violente, pacifique, fondée sur un retour pragmatique et clairvoyant à une acceptation de l'homme qui reconsidère sa dimension spirituelle." Et il ajoutait qu'il nous fallait être guidés par la mémoire et l'histoire de la France, mais aussi, disait-il, par "cette part de lumière intime et universaliste qui brille au coeur du peuple français." ("Place de la République"). 
Leila Anvar parle, dans une chronique ("L'âme du monde"), d'écologie éthique, "fondée sur une vision spiritualiste du monde ", et se référant aux sagesses des chamans des peuples premiers. Voies proposées qui impliquent prises de conscience et autre conception de ce qu'est le politique.
On peut donc penser qu'il faut, pour que le monde change positivement, que l'humanité commence à vivre une transmutation intérieure. Au-delà des conceptions venues de l'intellect seul.

Et ce n’est pas ce qui se produit quand la colère guide.

FRACTURES. C'est bien le mot. Ceux qui expriment une vraie détresse et ne se sentent pas entendus. Ceux qui instrumentalisent des colères. Pas illégitimes, elles, mais eux, oui. Ceux qui, ultras (extrême droite, extrême gauche) cherchent à utiliser politiquement, idéologiquement, les révoltes des autres. Ceux qui, déconnectés, sont loin des réalités vécues par ceux qui crient la souffrance. Il aurait fallu écouter le pragmatisme des propositions de la Cfdt, notamment, et remettre de l'écoute dans le dialogue social... Mais il y a des noeuds de refus de tout dialogue. Il y a, parallèlement aux gens réels pensant à mieux vivre, ceux qui ne veulent que déconstruire et obtenir un chaos qu'ils croient "révolutionnaire" (et qui refuse de réformer). Avec un vocabulaire et des objectifs loin d'être démocratiques. Et, paradoxe, les "souverainistes nationalistes" consomment la propagande complotiste fabriquée en Russie ou par Bannon, et se laissent manipuler par des trolls étrangers.

DÉRISION, HUMOUR. Sophia Aram n’a pas joué la compassion molle. Elle a démonté les aveuglements complaisants. « La magie de Noël et celle du gilet jaune »… https://www.franceinter.fr/emissions/le-billet-de-sophia-...

La HAINE… Réflexion sur cet aspect passionnel très présent dans les slogans et déclarations de manifestants GJ…

« POINT DE VUE. Pourquoi Emmanuel Macron suscite tant de haine ». Par Dominique Schnapper, sociologue et politologue. Elle distingue cette haine de celle d’autres présidents. Elle la caractérise comme « démocratique », ne voulant pas dire par cela qu’elle soit légitime mais expliquée par les effets des attentes que la démocratie, accentuée, provoque. Attentes donc déceptions, et ressentiments. L’autre facteur tient au rôle des réseaux sociaux qui permettent la diffusion de désinformations non vérifiées. Et enfin l’aisance intellectuelle même du Président, sa jeunesse, provoque des jalousies, l’intelligence étant prise pour de l’arrogance (chaque maladresse étant utilisée comme argument, et des phrases tirées de leur contexte amplifiant cela).

On est devant un phénomène en partie irrationnel, oui.

Et des politiques irresponsables soufflent sur les braises, excusant même la violence. Et des intellectuels le font aussi, à force de se vouloir (ou de se croire) solidaires des revendications populaires (qui ne le serait pas pour réclamer plus de justice sociale et moins de précarité ?)... 

L'article pointe des choses justes. Mais il y a aussi le fait d'arriver à la fin d'un cycle, sans doute, avec perte d'espoir dans la démocratie telle qu'elle fonctionne. Et des maladresses qui accentuent le ressentiment, des erreurs symboliques qui font associer un visage aux réalités qui ne sont plus acceptées... https://www.francetvinfo.fr/economie/transports/gilets-ja...

27/01/2019

"Remember Daniel DARC, chanteur et poète". "Je suis brisé, je suis fêlé"... Mix, vidéo, et albums sur Weezer

"Il ne faudrait pas m'oublier"... 

"Je n'aurai été qu'une parenthèse enchantée...", dit-il...

"Je ne laisserai rien"

Voilà de quoi réécouter cette voix et ces mots... 

https://www.youtube.com/watch?v=j2GD3UOB6Q0

et sur Deezer…

https://www.deezer.com/search/daniel%20darc/album

 

 

26/01/2019

Gérard Dubois, "regard artistique sur la peine de mort"

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Le titre peut surprendre quand on sait de quoi on parle. D'horreur, de terreur, de haine, de barbarie. 
La peine de mort.
Mais justement, cette persistance archaïque des modalités de traitement des crimes, concerne par son horreur même les artistes, et eux en premier lieu.
Car comment pouvoir créer de la beauté par les mots, la musique, ou les images, si on reste indifférent au sort d'humains qui, pendant qu'on écrit, pendant qu'on crée, souffrent la torture dans un couloir de la mort ? Car cette attente de la mort ou de la grâce est une torture, un martyre. 
Aucun crime ne justifie que nous devenions collectivement nous aussi, par délégation, criminels. Car si on accepte cela on partage la condamnation et la mise à mort. 
Et, drame supplémentaire, des innocents vivent cette terreur, anéantis par cette injustice.
La vivent aussi des poètes, des blogueurs, des artistes, des militants des droits humains, des dissidents refusant des dictatures. Condamnés pour avoir dérangé un régime d'oppression ou des intérêts. 
 
Dans des poèmes on peut crier contre cela. 
Sur des blogs on peut, en marge de son art si son art ne sait comment traiter ce sujet, dire. Informer.
 
Penser à la question de la peine de mort quand on suit la défense de personnes précises, ce n'est plus abstrait, on y met des visages, comme celui de Serge Atlaoui, innocent prisonnier du couloir de la mort depuis dix ans en Indonésie, ou celui de condamnés sauvés du pire mais encore prisonniers, comme le poète palestinien Ahsraf Fayad (prisonnier en Arabie saoudite, pour des poèmes) ou le blogueur mauritanien Mohamed Mkhaïtir (qui devrait être libéré depuis plus d'un an et ne l'est toujours pas...), ou Asia Bibi (Pakistanaise chrétienne condamnée à mort pour un "blasphème" - avoir bu de l'eau, souillée par elle d'après les intégristes - puis acquittée après des années de prison, mais son sort est remis en question, par la protestation des islamistes et la cour qui accepte un appel contre son jugement d'acquittement). Sur ces personnes, voir les liens dans les marges de ce blog, listes à leur nom.
 
Gérard Dubois, illustrateur français qui vit au Canada, a créé un visuel pour le 7ème congrès mondial contre la peine de mort. 
Il a cherché à faire passer un message. Sur ce que devient l'être qui se sait condamné, comme s'il portait la mort en lui, comme s'il perdait son visage de chair.
Dans un entretien il explique sa démarche. (Et c'est sur la page d'ECPM - Ensemble Contre la Peine de Mort - qui donne le programme du congrès et des infos diverses).
Voici... 
Citation : " Il me paraissait important de mettre l’humain en avant, la personne humaine, celle qui est derrière la condamnation. / 
Lorsque j’ai esquissé cette superposition des deux visages, l’un mort, l’autre vivant, tout m’est apparu en place, tant sur le fond que la forme."

24/07/2018

À L’INDEX, revue de poésie. Recension (et citations).

à l’index,jean-claude tardif,jean-pierre chérès,poésie,poètes,poèmes,luis porquet,jacques boise,edward thomas,fabien sanchez,rené char,robert nash,emily brontë,emmanuelle le cam,albertine sarrazin,jean-marc couvé,roberto san geroteo,jean-claude pirotte,henri cachau,claire dumay,a. kadir paksoy,le livre à dire,poésie à l’indexSortie du numéro 36, et retour sur le 33...

Le numéro 36 est sorti en juin, riche de nombreux textes, près de 200 pages de poèmes et nouvelles.

Dans l’éditorial, Jean-Claude Tardif appelle à une conscience éveillée aux réalités du monde dont l’évolution inquiète. Relire Barjavel et Orwell, dit-il… Et il redonne l’axe, l’éthique, de la poésie qui est accueillie dans ces pages : « Pas un aller de soi vers soi, mais avant tout un allant de soi vers les autres ».

Mais il faut lire aussi, relire, le texte de Jean-Pierre Chérès qui est inscrit chaque fois en quatrième de couverture. J’en cite des fragments : « Être poète, c’est se donner corps et esprit à la présence du monde, c’est être possédé par le monde » (…) « se perdre dans les gens pour se retrouver dans le sens » (…) « Être là ». Le texte est repris comme un leitmotiv, donné en relecture car il est en quelque sorte un art poétique collectif. Les éditoriaux   développeront tel ou tel point, tel ou tel thème. D’un numéro à l’autre ils dessinent un programme d’écriture et de vie. (D’ailleurs ces éditoriaux mériteraient d’être regroupés en livre, plusieurs volumes sans doute, depuis le temps : ils s’ajouteraient aux quelques ouvrages essentiels qui permettent de penser la poésie, celle de l’exigence non formaliste.)

On ne peut parler de tout, lisant une revue. Le but est de donner envie d’aller lire…  Donc je ne fais qu’un survol et quelques notations.

J’aime beaucoup le texte de Luis Porquet, « Éloge du plus proche ». Une méditation sur la présence à « ce qui nous est immédiatement donné : l’ici ». Citant Kenneth White et Héraclite (et l’un citant l’autre) il écrit contre le piège illusoire de la projection dans le lointain de l’espace et du temps, et contre les mirages qui sont les erreurs du monde contemporain qui y sacrifie la nature. Alors que la sagesse serait de savoir reconnaître les liens tissés entre ce proche et ce lointain de notre réalité, de « voyager de l’un à l’autre », et « d’être là, simplement ». Ce, dit-il, qu’enseigne « toute quête spirituelle authentique ». Un poème de lui suit sa réflexion. « Calligraphie ». J’en cite deux vers : « Le mot comme le trait / Doit naître du silence. »

Un univers proche résonne avec ces pages : celui des poèmes de Jean-Pierre Bars : « Nous ne sommes pas inépuisables / nos limites ont la forme du monde ». Et « l’âme qui veille regarde l’âme / sortir de ces décombres. »

Nature… La mer, dans les poèmes en prose de Jacques Boise. Éloge de la mer et de la contemplation immobile. Paragraphes de huit lignes, régulièrement, descriptifs à la manière d’un peintre subtil, qui pose des touches délicates avec des mots qui donnent une force sensuelle à la perception des éléments et du vivant. Le regard comme acte essentiel. Superbes textes. J’ai aimé quand la lumière changeante transforme les oiseaux qui « ne sont plus que des leurres d’écume et de sel. »

Deux poèmes, bilingues, d’Edward Thomas, pour lui rendre hommage au centième anniversaire de sa mort sur le front en 1917. 

Les langues sont souvent présentes dans la revue. Et c’est le cas encore. Ainsi, textes en anglais et français pour les poèmes de Robert Nash (dont un livre est publié par À L’Index). Textes d’une respiration dans et de la nature, une écoute saisie même dans le quotidien urbain.

Très beaux textes, aussi, de Fabien Sanchez. En exergue, René Char, pour introduire des textes qui interrogent le présent avec la nostalgie de l’enfance, si loin déjà, quand tout passe si vite et qu’on regrette de ne pas avoir mieux su choisir et vivre. Ne sommes-nous que passager qui « vit et meurt en amateur » ? En n’étant pas assez investi parce qu’on a laissé la force de vie de l’enfance s’en aller et qu’on n’a plus que « sa perte », « ses cendres » ? A force de « douter de tout, même du doute », perd-on la présence ? L’auteur parle de lui, dans un exercice d’amère lucidité extrême. Mais son « je » rejoint le questionnement de tous ceux qui méditent sur le temps, la vie, la mort, voulant s’incarner en vivants et regrettant de ne pas toujours savoir le faire, ou pas suffisamment, anges fatigués par l’éloignement de leur temps d’ange (l’enfance). « Ma figure d’homme est scindée par ma fatigue d’ange. »

A noter, l’évocation d’Emily Brontë par Emmanuelle Le Cam (parcours de vie).

Et celle d’Albertine Sarrazin par Jean-Marc Couvé. Elle que j’ai trouvée si bouleversante, la lisant, et morte si jeune…

Plusieurs nouvelles de qualité, et d’autres poèmes, aussi.  

Retour sur le numéro 33 (les 34 et 35 sont des numéros spéciaux consacrés, chacun, à un auteur).

Pour ce numéro 33, long éditorial de Jean-Claude Tardif, qui met l’accent sur le rapport au corps. Corps présent dans l’écriture même. « La poésie n’est pas une écriture de stuc, elle est un contre-poison. La poésie repulpe la chair de la langue. » (…) « Elle relève de l’Essence ; de ce qui donne corps ! ». Poèmes pour « les gens de peu », c’est-à-dire nous tous, donc avec un langage qui parle à tous. « Le vers le plus simple peut éclairer un monde. ». Ce que la revue À L’Index veut donner à lire ? « Des poèmes qui nous semblent porteurs de sens et de chair, en ce qu’ils sont habités par leurs auteurs en même temps qu’ils les habitent. ».

J’avais aimé retrouver des poèmes de Roberto San Geroteo... Citation« Un goût de brume envahit tout / à commencer par nos corps / cyclopéens / aux airs de moulins à vent / aux ailes de lumière / vers le proche vers le lointain / qui font même tourner la tête / à la mer à la nuit ».

J’avais été émue par le portrait de Jean-Claude Pirotte dessiné par Henri Cachau, commentant lui-même son dessin, et disant pourquoi sa tendresse pour cet être. Un éloge de plus de deux pages, portrait en mots.

Robert Nash était déjà présent avec quelques poèmes. Premier avant-signe du livre publié par À L’Index, le second dans le numéro 36.

Claire Dumay était de retour avec un texte en prose où elle continue à se disséquer durement. Autoanalyse qui ne sépare pas d’autrui, et laisse entrer le monde. Et l’écriture est belle.

Nombreux poèmes dans ce numéro, des textes bilingues aussi, comme souvent, diverses langues.

Tous ces poèmes pourraient avoir pour exergue ces vers de A. Kadir Paksoy (p. 159) : « Qui est poète ?  / Peut-être celui qui aurait eu une plus grande part de la tempête / peut-être celui qui se serait approché le plus du soleil / ou d’un réverbère également allumé le jour » (Je retiens ce nom, je le note, même, pour chercher à le lire).

Note sur Entrevues… https://www.entrevues.org/revues/a-lindex/

Lien vers la revue À L’INDEX… http://lelivreadire.blogspot.com

22/07/2018

"Si vaste d'être seul". Citer Tristan Cabral... (citations et recension)

CABRAL .jpg« J’ai faim d’abîmes / Et des oiseaux muets tombent / tout doucement / Sur le monde… » (p. 19)

« J’ai le visage d’un grand brûlé dans son habit de cendre » (p.27)

« Parfois aussi / il coupait les mains des sources / et on le retrouvait  / dans l’arbre à feu » (Gaspar, p. 32)

« Qui ramassera les ombres ? / qui ramassera les noms ? /qui lavera la terre de tous ses bourreaux ? » (p. 39)

 « Sur une croix de bois  // rejetée par la mer  /// On peut lire en trois langues : / en arménien, en hébreu et en grec / ‘SI VASTE D’ÊTRE SEUL........ !’ » (P.75)

                              Fragments de poèmes, « Si vaste d’être seul ». Page éditeur... https://www.lisez.com/livre-grand-format/si-vaste-detre-s...

Livre bouleversant (publié en 2013, éd. du Cherche-Midi). Titre magnifique. (Un tel vers suffit à dire la force d’une œuvre entière, à la justifier, à la rendre incontournable : je pense qu’il vaut mieux quelques fragments de cette force radicale que des sommes de livres dont ne jaillissent rien d’évident). On a envie de consoler Tristan Cabral pour le fait d’être humain dans un monde où les dictateurs oppriment et les bourreaux tuent. Nous y sommes aussi, mais lui, écorché vif et qui le sait (il l’écrit), vit en empathie particulièrement douloureuse les drames de l’Histoire récente (Holocauste) ou très récente (répressions diverses, souffrances et morts). À tel point qu’il semble qu’il le vive dans son corps même. Sa marque est un engagement de toute la vie contre les injustices et les oppressions. Son écriture est charnelle (je la ressens ainsi), brûlante. Son lyrisme est servi par des métaphores ancrées, terriennes, nées du regard sur le monde concret et social. Et c’est allié à un réalisme cru, qui dit la mort avec la réalité du cadavre, sans évacuer l’horreur des désastres causés par l’humain à l’humain. La philosophie est là (il l'enseigna), par ce qui souterrainement motive le questionnement. Quel sens dans ce monde si c’est peuplé de tant de douleurs ?

Lui aussi cite, et beaucoup. Au début du livre, exergues pour l’ensemble, la solitude par Albert Cohen (« Chaque homme est seul et tous se fichent de tous et nos douleurs sont une île déserte. »)  et Franz Kafka (« Je suis seul… Comme Franz Kafka… »). Mais à l’intérieur, citations (ainsi, pleine page, des vers d’Anna Akhmatova, son Requiem : parenté d’évidence avec elle), ou, exergue de poème, André Laude. Et des noms dans le corps même des textes (Celan, Machado, Lorca…). Car « vaste » c’est cela aussi. Béance solitaire, mais univers personnel peuplé, habité, par des esprits frères. Et c'est beaucoup plus, la conscience d'un espace intérieur immense que la solitude révèle, même si elle est douloureuse, même si  peut être effrayant ce regard sur cet infini en soi.

Né en 44 il a enseigné la philosophie longtemps. Son pseudo d’auteur est une création en soi : "Yann Houssin prend le nom de plume de Tristan Cabral en hommage à l'homme politique bissau-guinéen et cap-verdier Amilcar Cabral et à Tristan, du conte populaire Tristan et Iseut." (Fiche Wikipedia).

Je viens de découvrir une très belle recension de David Campisi, sur La Cause littéraire (suivie d’une bibliographie). J’en copie le début… Suite sur le site (lien ci-dessous)…

« Tristan Cabral recopie ce qu’il voit sur les murs. A l’affût des drames d’aujourd’hui comme de ceux d’hier, furetant dans les massacres, au creux des catastrophes humaines, partout où rôde l’odeur âcre du sang, le poète promène sa sensibilité au gré des choses que l’on tait trop souvent, là où le temps a laissé la place au silence, quand le monde qui tourne va trop vite pour pleurer ses morts.

Mais de quoi nous parle Tristan Cabral ? Si vaste d’être seul est un recueil des poèmes à vif, de réflexions sentimentales, d’aphorismes qui résonnent. Si tout semble délié, quelques faisceaux traversent la poésie de Cabral : les arbres, d’abord, au cœur de son lyrisme, et puis la mer, ensuite, la mer de Bretagne, celle qui ouvre sur l’éternité et s’écrase sur le sable, et puis ses « phares aux yeux fermés » qui n’éclairent plus rien. »…  http://www.lacauselitteraire.fr/si-vaste-d-etre-seul-tris...

Comme j’ai trouvé cette chronique excellente j’ajoute un lien vers la liste des chroniques de ce contributeur régulier de La Cause littéraire… http://www.lacauselitteraire.fr/tag/David-Campisi/

20/07/2018

Federico Garcia Lorca l'immense... Juste une citation.

ederico garcia lorca,lorca,poésie,llanto pour ignacio sanchez mejias,dépouille mortelle,citations,esprits nomades,maurice ohana,andalousie,vicente pradalLa pierre est un dos pour porter le temps / avec arbres de larmes et rubans et planètes.

Federico Garcia Lorca (Corps gisant, « Llanto pour Ignacio Sanchez Mejias »)

En espagnol… La piedra es una espalda para llevar al tiempo / con árboles de lágrimas y cintas y planetas. (Cuerpo presente, « Llanto por Ignacio Sánchez Mejías » /sur… poemas-del-alma.com)

Dans la suite du poème ‘porter’ semble prendre le sens d’emporter… Pierre du gisant, pierre que les pluies fuient, pierre qui avale le temps, l’emporte avec la mort et le mort. 


LORCA 1.jpgPoèmes du Llanto pour Ignacio Sanchez Mejias, page sur le site créé par Gil Pressnitzer, Esprits nomades... Introduction de Gil Pressnitzer, et poèmes traduits par Vicente Pradal, dont Dépouille mortelle. Il traduit ainsi les vers cités ci-dessus  : La pierre est une échine qui peut porter le temps / avec ederico garcia lorca,lorca,poésie,llanto pour ignacio sanchez mejias,dépouille mortelle,citations,esprits nomades,maurice ohana,andalousie,vicente pradalarbres de larmes et rubans et planètes. Le poème intégral en français est sur cette page, après le texte de présentation... http://www.espritsnomades.com/sitelitterature/lorcallanto... 

Chez Actes Sud, note sur la création musicale inspirée à Maurice Ohana par le Llanto de Lorca… https://www.actes-sud.fr/catalogue/actes-sud-beaux-arts/l... 

LORCA dans la collection Poésie/Gallimard, plusieurs volumes… http://www.gallimard.fr/Catalogue/GALLIMARD/Poesie-Gallim...

Le poème intégral en espagnol est à lire ICI… https://www.poemas-del-alma.com/cuerpo-presente.htm 

Ou ICI… https://www.zendalibros.com/los-mejores-poemas-garcia-lor... 

(Ces sites publient les textes de nombreux poètes, liste dans la rubrique ‘poetas’ pour le premier, liste en bas de page pour le second).

17/07/2018

Jean-Claude Tardif cité par Philippe Claudel. Un exergue, un livre... (et un 2ème exergue, JC Pirotte)

CLAUDEL .jpg« Être le greffier du temps,

   quelconque assesseur que l’on voit rôder

   lorsque se mélangent l’homme et la lumière »

Homme de peu.jpg       Jean-Claude Tardif, L’Homme de peu, éd. La Dragonne. (Citation posée en exergue, par Philippe Claudel, pour son roman Les Âmes grises.

« Je suis là. Mon destin est d’être là. », Un voyage en automne. (Cette ligne de Jean-Claude Pirotte est l’autre exergue du roman)

CLAUDEL CHIEN.jpgLes âmes grises... La poésie pour donner l’axe des interrogations sur ces destins qui se croisent dans ce roman et qui se ratent, sur le courage et les lâchetés, la tristesse et les mensonges (ou les silences, ce qui revient au même). Une mort en entraîne d’autres, et les culpabilités possibles des faits visibles cachent les culpabilités probables des faits invisibles. Mais BLANC TARDIF.jpgsi la noirceur n’est pas totale, la lumière non plus. Gris, les êtres, car, contraires à eux-mêmes, ils survivent. Épaisseur trouble d’êtres ordinaires, qui se débrouillent avec leurs drames, comme ils peuvent. Les personnages du roman sont à côté de la guerre, la première du siècle, mais comme ils se débattent avec leurs doutes et leurs souffrances la tragédie collective est comme gommée. Le narrateur a peur du vide, alors il le peuple avec son enquête, pour n’avoir pas à regarder vraiment en lui, ne le faire qu’à la fin. 

Les âmes griseshttps://www.livredepoche.com/livre/les-ames-grises-978225... 

Page des éds. Stock, les livres de Philippe Claudelhttps://www.editions-stock.fr/auteurs/philippe-claudel 

Une autre pensée, de Jean-Claude Pirotte, rejoint l’atmosphère du livre de Philippe Claudel. Ce passage est cité par Gil Pressnitzer sur son merveilleux site Esprits nomades (il est décédé en 2015, le site est toujours lisible et j’espère qu’il le restera) : 

« Je trouve qu'il est toujours plus facile de parler de son angoisse que de son bonheur ; d'où mon désir de lumière. Grâce aux ombres je parviens à atteindre une lumière. S'il n'y a pas de contraste, il n'y a rien… Et cela aussi bien en littérature qu'en peinture. »

La page d'Esprits nomades sur Jean-Claude Pirotte, où figure cette citation… http://www.espritsnomades.com/sitelitterature/pirotte/pir... 

Gil Pressnitzer citait René Char et se présentait (voir aussi en accueil, hommage et bibliographie, notes et poèmes, livres, et des poèmes de lui à lire sur le site, voir sommaire)… Ici... http://www.espritsnomades.com/sitelitterature/pressnitzer... 

Quand j’ai découvert la citation de Jean-Claude Tardif posée en exergue je n’avais pas lu le recueil, « L’Homme de peu ». Je ne l’ai trouvé et lu que récemment. Épuisé chez l’éditeur, on arrive à le dénicher sur la Toile (quelques rares exemplaires). Mais ces trois vers suffisent à donner envie de lire le recueil entier. Dans le livre que j’ai maintenant lu et relu, et que j’ai sous les yeux à l’instant d’écrire, le poème de l’exergue se poursuit ainsi :

«  le blême et l’ébloui / pour quelques secondes / fraudées à la lune /// ici demeure la tentation / la seule qui vaille de serrer le souffle / telle, dans la main, la noix verte des mots. »

« L’Homme de peu » est le dernier volume d’une trilogie (il a été publié en 2002), je ne connais pas encore les deux autres, antérieurs (1995, 1999), alors que j’ai lu Nuitamment (2001) et La Vie blanchit (2014). Et alors que je vais bientôt lire « Simplement… presque… blanc… » (dernier recueil, 2018), que je viens de commander. Peu importe. On peut très bien lire en désordre les poèmes, et reconstruire la structure intérieure petit à petit. Chaque poème existe par lui-même, chaque livre de même. Chacun en fait sa propre lecture. Ce que je lis ne sera pas ce que d’autres verront dans ces pages. J’y trouve le portrait d’un homme et la quête vers la source de l’identité, donc aussi un autoportrait qui regarde de l’autre côté des frontières pour mieux saisir l’ici. 

« Revenir à la source. »

Un dialogue avec quelqu’un qui (me semble-t-il) ne peut plus entendre et répondre, mais peut-être quand même oui. Ombre du grand-père, et présence du père. Mystère de qui on est, ressemblances où on reconnaît en soi les traces de ceux dont on vient. Et tristesse devant les guerres et les exils, et devant l’humilité de vies qui n’ont pu donner leur mesure autant qu’elles méritaient de le faire, car à l’exil de terre s’ajoute un exil de langue. Le visage qui apparaît aussi entre les pages est peut-être tout à fait étranger à l’auteur, un errant parfois dans sa détresse. (Ce serait comme une superposition au propos de l’auteur, mais le texte s’échappe et mêle des réels différents). Cependant même ainsi il renverrait un miroir à celui qui écrit et à celui ou celle qui lit… 

« On ne sait jamais où porte la voix. »

L’art poétique de Jean-Claude Tardif est étranger au formalisme artificiel ou à la « fabrication » calculée du poème. Il parle à tous. 

« Écrire / des mots au goût de pain simple. // Faire jaillir la lame de l’encre. (…) Ne pas chercher le poème, il viendra sous la dent. (…) Écrire simplement  / pour enchanter la vie. »  

Et s’il rêve d’écrire des « lettres aux oiseaux », il inscrit dans ses textes les mots et les questions de la profondeur grave : la poésie de qualité a une dimension philosophique. (Une belle définition métaphorique de la poésie, que la penser comme art de ceux qui veulent écrire des lettres aux oiseaux, ces symboles des chercheurs de lumière et d’espace).

Autre expression de lui que je retiens : « prêtres de la lumière ».

Prêtre de la lumière (naturelle, soleil du sud et soleil des sommets, et lumière symbolique, celle du sens déchiffré où « tout, toujours, serait à recommencer   /   /   quel que fût le livre. ») le poète écrit avec elle ses « lettres aux oiseaux ».

BioBibliographie, Jean-Claude Tardif… http://www.editions-racine-icare.weonea.com/article/61523/ 

Et sur le site de la revue Les Hommes Sans Épaules. (Textes de lui, notamment, dans le numéros 32 consacré au dossier sur Reverdy et l’émotion, et dans les numéros 35 et 44, le dernier)... http://www.leshommessansepaules.com/auteur-Jean_Claude_TA...

Un point commun entre Jean-Claude Tardif et Philippe Claudel (à part cette connivence de lecture de l’un par l’autre, et la publication commune dans le catalogue de l’édition La Dragonne, par exemple), c’est l’engagement, un idéal de justice. 

L’un, Jean-Claude Tardif, dans le dernier éditorial de la revue qu’il dirige, A L’Index n° 36, juin 2018, s’inquiète, en voyant l’évolution de la société et du monde. Il supplie de relire Ravage et 1984. « Lisez ou relisez Barjavel et Orwell. », pour prendre conscience et réagir.  Et rappelle son exigence de toujours : « Que la poésie ne soit pas simplement un aller de soi vers soi, mais avant tout un allant de soi vers les autres. ». (Sur le site d'Entrevues, page sur la revue À L’Indexhttps://www.entrevues.org/revues/a-lindex/ )

L’autre, Philippe Claudel, après avoir publié un livre pour dénoncer la situation des migrants, « l’Archipel du chien », participe à l’initiative d’écrivains solidaires d’Oleg Sentsov, ce cinéaste ukrainien prisonnier, en grève de la faim depuis 60 jours et en grand danger de mourir… Lire, pour information, ceci... https://www.rtbf.be/info/monde/detail_60eme-jour-de-greve... 

Et lire la tribune de Philippe Claudel, « Un petit mort et puis s’en va »… https://bibliobs.nouvelobs.com/actualites/20180630.OBS898... 

15/07/2018

FOOT. Olivier GUEZ, Albert CAMUS, et moi... UNE "PAUSE MÉTAPHYSIQUE" ?

 GUEZ.jpgJ'ai toujours considéré le football comme une pause métaphysique. À l'échelle d'une nation, c'est extraordinaire et, à mes yeux, largement suffisant."

       Olivier GUEZ    (écrivain, dont je recopie ci-dessous un fragment de chronique)

CAMUS.jpgVraiment le peu de morale que je sais, je l’ai appris sur les terrains de football et les scènes de théâtre qui resteront mes vraies universités.

                Albert CAMUS

  (« Pourquoi je fais du théâtre », 1959)

« Maintenant encore, les matchs du dimanche, dans un stade plein à craquer et le théâtre, que j’ai aimé avec une passion sans égale, sont les seuls endroits au monde où je me sente innocent. »

            Albert CAMUS  (La Chute)

Albert Camus et le foot... http://toutelaculture.com/livres/albert-camus-et-le-foot-... 

et... Camus, ce footeur devenu écrivain... http://lefooteur.com/2013/01/14/camus-ce-footeur-devenu-e...

 

Coupe du Monde… Ce que j'en pense ? 

Oui, la répression continue en Russie (il suffit, pour le savoir, de consulter le dossier 'Russie' sur les sites de RSF et d'autres associations des droits humains, et de lire la presse - mais pas RT ou Sputnik...). Oui, Poutine utilise la Coupe du Monde en stratège habile, et d'autres gouvernants peuvent s'en saisir (avec perversité, ou pas du tout). Et, oui, le triste anniversaire de la tragédie de Nice met une ombre sur ces jours. Alors justement... LUMIÈRE... !!! (Et nous agirons aussi en signant des pétitions pour soutenir le cinéaste ukrainien prisonnier, en grève de la faim : en diffusant des informations, et en participant aux actions proposées par des associations... La joie collective aide la solidarité, ne l'entrave en rien).

Car cet événement, il me semble, n'est pas récupérable : il s'y joue autre chose, si des peuples aiment ce sport et ont leurs raisons pour cela. (Non, l'argument "le pain et les jeux", qui réduit l'univers des gens à une manipulation qu'ils acceptent, cela n'explique pas l'essentiel et c'est assez méprisant.) 

Même quand, comme moi, on n'y connaît strictement rien (regardant très rarement des matchs), on peut aimer la gestuelle qui est comme une chorégraphie (c'était vrai pour Zidane et ça le devient pour d'autres), on peut admirer l'habileté époustouflante et la grande maîtrise de certains. On peut voir dans une équipe une métaphore de la société, du collectif. Et quand des personnalités surnagent, par leur comportement, leur charisme, cela aide à penser autrement l'humain (l'enthousiasme de beaucoup de jeunes doit sans doute beaucoup à cela : s'identifier à du "possible" dans les réalisations des êtres, à travers quelques visages qui les séduisent). Une équipe qui nous ressemble, par sa diversité assumée et heureuse. Différents, et très Français. 

En plus on assiste à un phénomène pédagogique assez remarquable (ou comment un sélectionneur crée une dynamique collective et révèle des personnalités). 

Albert CAMUS aimait le foot, et ce qu'il a dit à ce sujet parle autant de lui que du foot, ce sport populaire (or lui était d'un milieu populaire, justement) : "Vraiment le peu de morale que je sais, je l’ai appris sur les terrains de football et les scènes de théâtre qui resteront mes vraies universités." (citation déjà en exergue...).

La fébrilité des groupes de spectateurs qui suivaient la demi-finale, et la fièvre dans les cafés (les cris pour les buts...) et dans les rues, c'est de la vie, une dynamique particulière que seule provoque aussi la musique dans les foules de concerts. Pas de l'hystérie, du partage. Ce soir il faut être dans les cafés... 

Albert CAMUS, donc, pour le foot.

Mais aussi Olivier GUEZ, qui a écrit une belle chronique dans Le Monde daté du 13 juillet. J'en retiens un passage (dont j'ai tiré un exergue) : "Il y a une autre chose que révèle le parcours russe des Bleus : l'immense besoin de communier des Français, ensemble, après les drames de 2015 et 2016 et malgré nos divisions, politiques, économiques et religieuses. J'ai toujours considéré le football comme une pause métaphysique. À l'échelle d'une nation, c'est extraordinaire et, à mes yeux, largement suffisant."

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PS : après le triomphe des Bleus. Joie de voir gagner cette équipe si sympathique et ce sélectionneur remarquable…