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24/07/2018

À L’INDEX, revue de poésie. Recension (et citations).

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Le numéro 36 est sorti en juin, riche de nombreux textes, près de 200 pages de poèmes et nouvelles.

Dans l’éditorial, Jean-Claude Tardif appelle à une conscience éveillée aux réalités du monde dont l’évolution inquiète. Relire Barjavel et Orwell, dit-il… Et il redonne l’axe, l’éthique, de la poésie qui est accueillie dans ces pages : « Pas un aller de soi vers soi, mais avant tout un allant de soi vers les autres ».

Mais il faut lire aussi, relire, le texte de Jean-Pierre Chérès qui est inscrit chaque fois en quatrième de couverture. J’en cite des fragments : « Être poète, c’est se donner corps et esprit à la présence du monde, c’est être possédé par le monde » (…) « se perdre dans les gens pour se retrouver dans le sens » (…) « Être là ». Le texte est repris comme un leitmotiv, donné en relecture car il est en quelque sorte un art poétique collectif. Les éditoriaux   développeront tel ou tel point, tel ou tel thème. D’un numéro à l’autre ils dessinent un programme d’écriture et de vie. (D’ailleurs ces éditoriaux mériteraient d’être regroupés en livre, plusieurs volumes sans doute, depuis le temps : ils s’ajouteraient aux quelques ouvrages essentiels qui permettent de penser la poésie, celle de l’exigence non formaliste.)

On ne peut parler de tout, lisant une revue. Le but est de donner envie d’aller lire…  Donc je ne fais qu’un survol et quelques notations.

J’aime beaucoup le texte de Luis Porquet, « Éloge du plus proche ». Une méditation sur la présence à « ce qui nous est immédiatement donné : l’ici ». Citant Kenneth White et Héraclite (et l’un citant l’autre) il écrit contre le piège illusoire de la projection dans le lointain de l’espace et du temps, et contre les mirages qui sont les erreurs du monde contemporain qui y sacrifie la nature. Alors que la sagesse serait de savoir reconnaître les liens tissés entre ce proche et ce lointain de notre réalité, de « voyager de l’un à l’autre », et « d’être là, simplement ». Ce, dit-il, qu’enseigne « toute quête spirituelle authentique ». Un poème de lui suit sa réflexion. « Calligraphie ». J’en cite deux vers : « Le mot comme le trait / Doit naître du silence. »

Un univers proche résonne avec ces pages : celui des poèmes de Jean-Pierre Bars : « Nous ne sommes pas inépuisables / nos limites ont la forme du monde ». Et « l’âme qui veille regarde l’âme / sortir de ces décombres. »

Nature… La mer, dans les poèmes en prose de Jacques Boise. Éloge de la mer et de la contemplation immobile. Paragraphes de huit lignes, régulièrement, descriptifs à la manière d’un peintre subtil, qui pose des touches délicates avec des mots qui donnent une force sensuelle à la perception des éléments et du vivant. Le regard comme acte essentiel. Superbes textes. J’ai aimé quand la lumière changeante transforme les oiseaux qui « ne sont plus que des leurres d’écume et de sel. »

Deux poèmes, bilingues, d’Edward Thomas, pour lui rendre hommage au centième anniversaire de sa mort sur le front en 1917. 

Les langues sont souvent présentes dans la revue. Et c’est le cas encore. Ainsi, textes en anglais et français pour les poèmes de Robert Nash (dont un livre est publié par À L’Index). Textes d’une respiration dans et de la nature, une écoute saisie même dans le quotidien urbain.

Très beaux textes, aussi, de Fabien Sanchez. En exergue, René Char, pour introduire des textes qui interrogent le présent avec la nostalgie de l’enfance, si loin déjà, quand tout passe si vite et qu’on regrette de ne pas avoir mieux su choisir et vivre. Ne sommes-nous que passager qui « vit et meurt en amateur » ? En n’étant pas assez investi parce qu’on a laissé la force de vie de l’enfance s’en aller et qu’on n’a plus que « sa perte », « ses cendres » ? A force de « douter de tout, même du doute », perd-on la présence ? L’auteur parle de lui, dans un exercice d’amère lucidité extrême. Mais son « je » rejoint le questionnement de tous ceux qui méditent sur le temps, la vie, la mort, voulant s’incarner en vivants et regrettant de ne pas toujours savoir le faire, ou pas suffisamment, anges fatigués par l’éloignement de leur temps d’ange (l’enfance). « Ma figure d’homme est scindée par ma fatigue d’ange. »

A noter, l’évocation d’Emily Brontë par Emmanuelle Le Cam (parcours de vie).

Et celle d’Albertine Sarrazin par Jean-Marc Couvé. Elle que j’ai trouvée si bouleversante, la lisant, et morte si jeune…

Plusieurs nouvelles de qualité, et d’autres poèmes, aussi.  

Retour sur le numéro 33 (les 34 et 35 sont des numéros spéciaux consacrés, chacun, à un auteur).

Pour ce numéro 33, long éditorial de Jean-Claude Tardif, qui met l’accent sur le rapport au corps. Corps présent dans l’écriture même. « La poésie n’est pas une écriture de stuc, elle est un contre-poison. La poésie repulpe la chair de la langue. » (…) « Elle relève de l’Essence ; de ce qui donne corps ! ». Poèmes pour « les gens de peu », c’est-à-dire nous tous, donc avec un langage qui parle à tous. « Le vers le plus simple peut éclairer un monde. ». Ce que la revue À L’Index veut donner à lire ? « Des poèmes qui nous semblent porteurs de sens et de chair, en ce qu’ils sont habités par leurs auteurs en même temps qu’ils les habitent. ».

J’avais aimé retrouver des poèmes de Roberto San Geroteo... Citation« Un goût de brume envahit tout / à commencer par nos corps / cyclopéens / aux airs de moulins à vent / aux ailes de lumière / vers le proche vers le lointain / qui font même tourner la tête / à la mer à la nuit ».

J’avais été émue par le portrait de Jean-Claude Pirotte dessiné par Henri Cachau, commentant lui-même son dessin, et disant pourquoi sa tendresse pour cet être. Un éloge de plus de deux pages, portrait en mots.

Robert Nash était déjà présent avec quelques poèmes. Premier avant-signe du livre publié par À L’Index, le second dans le numéro 36.

Claire Dumay était de retour avec un texte en prose où elle continue à se disséquer durement. Autoanalyse qui ne sépare pas d’autrui, et laisse entrer le monde. Et l’écriture est belle.

Nombreux poèmes dans ce numéro, des textes bilingues aussi, comme souvent, diverses langues.

Tous ces poèmes pourraient avoir pour exergue ces vers de A. Kadir Paksoy (p. 159) : « Qui est poète ?  / Peut-être celui qui aurait eu une plus grande part de la tempête / peut-être celui qui se serait approché le plus du soleil / ou d’un réverbère également allumé le jour » (Je retiens ce nom, je le note, même, pour chercher à le lire).

Note sur Entrevues… https://www.entrevues.org/revues/a-lindex/

Lien vers la revue À L’INDEX… http://lelivreadire.blogspot.com

22/07/2018

"Si vaste d'être seul". Citer Tristan Cabral... (citations et recension)

CABRAL .jpg« J’ai faim d’abîmes / Et des oiseaux muets tombent / tout doucement / Sur le monde… » (p. 19)

« J’ai le visage d’un grand brûlé dans son habit de cendre » (p.27)

« Parfois aussi / il coupait les mains des sources / et on le retrouvait  / dans l’arbre à feu » (Gaspar, p. 32)

« Qui ramassera les ombres ? / qui ramassera les noms ? /qui lavera la terre de tous ses bourreaux ? » (p. 39)

 « Sur une croix de bois  // rejetée par la mer  /// On peut lire en trois langues : / en arménien, en hébreu et en grec / ‘SI VASTE D’ÊTRE SEUL........ !’ » (P.75)

                              Fragments de poèmes, « Si vaste d’être seul ». Page éditeur... https://www.lisez.com/livre-grand-format/si-vaste-detre-s...

Livre bouleversant (publié en 2013, éd. du Cherche-Midi). Titre magnifique. (Un tel vers suffit à dire la force d’une œuvre entière, à la justifier, à la rendre incontournable : je pense qu’il vaut mieux quelques fragments de cette force radicale que des sommes de livres dont ne jaillissent rien d’évident). On a envie de consoler Tristan Cabral pour le fait d’être humain dans un monde où les dictateurs oppriment et les bourreaux tuent. Nous y sommes aussi, mais lui, écorché vif et qui le sait (il l’écrit), vit en empathie particulièrement douloureuse les drames de l’Histoire récente (Holocauste) ou très récente (répressions diverses, souffrances et morts). À tel point qu’il semble qu’il le vive dans son corps même. Sa marque est un engagement de toute la vie contre les injustices et les oppressions. Son écriture est charnelle (je la ressens ainsi), brûlante. Son lyrisme est servi par des métaphores ancrées, terriennes, nées du regard sur le monde concret et social. Et c’est allié à un réalisme cru, qui dit la mort avec la réalité du cadavre, sans évacuer l’horreur des désastres causés par l’humain à l’humain. La philosophie est là (il l'enseigna), par ce qui souterrainement motive le questionnement. Quel sens dans ce monde si c’est peuplé de tant de douleurs ?

Lui aussi cite, et beaucoup. Au début du livre, exergues pour l’ensemble, la solitude par Albert Cohen (« Chaque homme est seul et tous se fichent de tous et nos douleurs sont une île déserte. »)  et Franz Kafka (« Je suis seul… Comme Franz Kafka… »). Mais à l’intérieur, citations (ainsi, pleine page, des vers d’Anna Akhmatova, son Requiem : parenté d’évidence avec elle), ou, exergue de poème, André Laude. Et des noms dans le corps même des textes (Celan, Machado, Lorca…). Car « vaste » c’est cela aussi. Béance solitaire, mais univers personnel peuplé, habité, par des esprits frères. Et c'est beaucoup plus, la conscience d'un espace intérieur immense que la solitude révèle, même si elle est douloureuse, même si  peut être effrayant ce regard sur cet infini en soi.

Né en 44 il a enseigné la philosophie longtemps. Son pseudo d’auteur est une création en soi : "Yann Houssin prend le nom de plume de Tristan Cabral en hommage à l'homme politique bissau-guinéen et cap-verdier Amilcar Cabral et à Tristan, du conte populaire Tristan et Iseut." (Fiche Wikipedia).

Je viens de découvrir une très belle recension de David Campisi, sur La Cause littéraire (suivie d’une bibliographie). J’en copie le début… Suite sur le site (lien ci-dessous)…

« Tristan Cabral recopie ce qu’il voit sur les murs. A l’affût des drames d’aujourd’hui comme de ceux d’hier, furetant dans les massacres, au creux des catastrophes humaines, partout où rôde l’odeur âcre du sang, le poète promène sa sensibilité au gré des choses que l’on tait trop souvent, là où le temps a laissé la place au silence, quand le monde qui tourne va trop vite pour pleurer ses morts.

Mais de quoi nous parle Tristan Cabral ? Si vaste d’être seul est un recueil des poèmes à vif, de réflexions sentimentales, d’aphorismes qui résonnent. Si tout semble délié, quelques faisceaux traversent la poésie de Cabral : les arbres, d’abord, au cœur de son lyrisme, et puis la mer, ensuite, la mer de Bretagne, celle qui ouvre sur l’éternité et s’écrase sur le sable, et puis ses « phares aux yeux fermés » qui n’éclairent plus rien. »…  http://www.lacauselitteraire.fr/si-vaste-d-etre-seul-tris...

Comme j’ai trouvé cette chronique excellente j’ajoute un lien vers la liste des chroniques de ce contributeur régulier de La Cause littéraire… http://www.lacauselitteraire.fr/tag/David-Campisi/

20/07/2018

Federico Garcia Lorca l'immense... Juste une citation.

ederico garcia lorca,lorca,poésie,llanto pour ignacio sanchez mejias,dépouille mortelle,citations,esprits nomades,maurice ohana,andalousie,vicente pradalLa pierre est un dos pour porter le temps / avec arbres de larmes et rubans et planètes.

Federico Garcia Lorca (Corps gisant, « Llanto pour Ignacio Sanchez Mejias »)

En espagnol… La piedra es una espalda para llevar al tiempo / con árboles de lágrimas y cintas y planetas. (Cuerpo presente, « Llanto por Ignacio Sánchez Mejías » /sur… poemas-del-alma.com)

Dans la suite du poème ‘porter’ semble prendre le sens d’emporter… Pierre du gisant, pierre que les pluies fuient, pierre qui avale le temps, l’emporte avec la mort et le mort. 


LORCA 1.jpgPoèmes du Llanto pour Ignacio Sanchez Mejias, page sur le site créé par Gil Pressnitzer, Esprits nomades... Introduction de Gil Pressnitzer, et poèmes traduits par Vicente Pradal, dont Dépouille mortelle. Il traduit ainsi les vers cités ci-dessus  : La pierre est une échine qui peut porter le temps / avec ederico garcia lorca,lorca,poésie,llanto pour ignacio sanchez mejias,dépouille mortelle,citations,esprits nomades,maurice ohana,andalousie,vicente pradalarbres de larmes et rubans et planètes. Le poème intégral en français est sur cette page, après le texte de présentation... http://www.espritsnomades.com/sitelitterature/lorcallanto... 

Chez Actes Sud, note sur la création musicale inspirée à Maurice Ohana par le Llanto de Lorca… https://www.actes-sud.fr/catalogue/actes-sud-beaux-arts/l... 

LORCA dans la collection Poésie/Gallimard, plusieurs volumes… http://www.gallimard.fr/Catalogue/GALLIMARD/Poesie-Gallim...

Le poème intégral en espagnol est à lire ICI… https://www.poemas-del-alma.com/cuerpo-presente.htm 

Ou ICI… https://www.zendalibros.com/los-mejores-poemas-garcia-lor... 

(Ces sites publient les textes de nombreux poètes, liste dans la rubrique ‘poetas’ pour le premier, liste en bas de page pour le second).

17/07/2018

Jean-Claude Tardif cité par Philippe Claudel. Un exergue, un livre... (et un 2ème exergue, JC Pirotte)

CLAUDEL .jpg« Être le greffier du temps,

   quelconque assesseur que l’on voit rôder

   lorsque se mélangent l’homme et la lumière »

Homme de peu.jpg       Jean-Claude Tardif, L’Homme de peu, éd. La Dragonne. (Citation posée en exergue, par Philippe Claudel, pour son roman Les Âmes grises.

« Je suis là. Mon destin est d’être là. », Un voyage en automne. (Cette ligne de Jean-Claude Pirotte est l’autre exergue du roman)

CLAUDEL CHIEN.jpgLes âmes grises... La poésie pour donner l’axe des interrogations sur ces destins qui se croisent dans ce roman et qui se ratent, sur le courage et les lâchetés, la tristesse et les mensonges (ou les silences, ce qui revient au même). Une mort en entraîne d’autres, et les culpabilités possibles des faits visibles cachent les culpabilités probables des faits invisibles. Mais BLANC TARDIF.jpgsi la noirceur n’est pas totale, la lumière non plus. Gris, les êtres, car, contraires à eux-mêmes, ils survivent. Épaisseur trouble d’êtres ordinaires, qui se débrouillent avec leurs drames, comme ils peuvent. Les personnages du roman sont à côté de la guerre, la première du siècle, mais comme ils se débattent avec leurs doutes et leurs souffrances la tragédie collective est comme gommée. Le narrateur a peur du vide, alors il le peuple avec son enquête, pour n’avoir pas à regarder vraiment en lui, ne le faire qu’à la fin. 

Les âmes griseshttps://www.livredepoche.com/livre/les-ames-grises-978225... 

Page des éds. Stock, les livres de Philippe Claudelhttps://www.editions-stock.fr/auteurs/philippe-claudel 

Une autre pensée, de Jean-Claude Pirotte, rejoint l’atmosphère du livre de Philippe Claudel. Ce passage est cité par Gil Pressnitzer sur son merveilleux site Esprits nomades (il est décédé en 2015, le site est toujours lisible et j’espère qu’il le restera) : 

« Je trouve qu'il est toujours plus facile de parler de son angoisse que de son bonheur ; d'où mon désir de lumière. Grâce aux ombres je parviens à atteindre une lumière. S'il n'y a pas de contraste, il n'y a rien… Et cela aussi bien en littérature qu'en peinture. »

La page d'Esprits nomades sur Jean-Claude Pirotte, où figure cette citation… http://www.espritsnomades.com/sitelitterature/pirotte/pir... 

Gil Pressnitzer citait René Char et se présentait (voir aussi en accueil, hommage et bibliographie, notes et poèmes, livres, et des poèmes de lui à lire sur le site, voir sommaire)… Ici... http://www.espritsnomades.com/sitelitterature/pressnitzer... 

Quand j’ai découvert la citation de Jean-Claude Tardif posée en exergue je n’avais pas lu le recueil, « L’Homme de peu ». Je ne l’ai trouvé et lu que récemment. Épuisé chez l’éditeur, on arrive à le dénicher sur la Toile (quelques rares exemplaires). Mais ces trois vers suffisent à donner envie de lire le recueil entier. Dans le livre que j’ai maintenant lu et relu, et que j’ai sous les yeux à l’instant d’écrire, le poème de l’exergue se poursuit ainsi :

«  le blême et l’ébloui / pour quelques secondes / fraudées à la lune /// ici demeure la tentation / la seule qui vaille de serrer le souffle / telle, dans la main, la noix verte des mots. »

« L’Homme de peu » est le dernier volume d’une trilogie (il a été publié en 2002), je ne connais pas encore les deux autres, antérieurs (1995, 1999), alors que j’ai lu Nuitamment (2001) et La Vie blanchit (2014). Et alors que je vais bientôt lire « Simplement… presque… blanc… » (dernier recueil, 2018), que je viens de commander. Peu importe. On peut très bien lire en désordre les poèmes, et reconstruire la structure intérieure petit à petit. Chaque poème existe par lui-même, chaque livre de même. Chacun en fait sa propre lecture. Ce que je lis ne sera pas ce que d’autres verront dans ces pages. J’y trouve le portrait d’un homme et la quête vers la source de l’identité, donc aussi un autoportrait qui regarde de l’autre côté des frontières pour mieux saisir l’ici. 

« Revenir à la source. »

Un dialogue avec quelqu’un qui (me semble-t-il) ne peut plus entendre et répondre, mais peut-être quand même oui. Ombre du grand-père, et présence du père. Mystère de qui on est, ressemblances où on reconnaît en soi les traces de ceux dont on vient. Et tristesse devant les guerres et les exils, et devant l’humilité de vies qui n’ont pu donner leur mesure autant qu’elles méritaient de le faire, car à l’exil de terre s’ajoute un exil de langue. Le visage qui apparaît aussi entre les pages est peut-être tout à fait étranger à l’auteur, un errant parfois dans sa détresse. (Ce serait comme une superposition au propos de l’auteur, mais le texte s’échappe et mêle des réels différents). Cependant même ainsi il renverrait un miroir à celui qui écrit et à celui ou celle qui lit… 

« On ne sait jamais où porte la voix. »

L’art poétique de Jean-Claude Tardif est étranger au formalisme artificiel ou à la « fabrication » calculée du poème. Il parle à tous. 

« Écrire / des mots au goût de pain simple. // Faire jaillir la lame de l’encre. (…) Ne pas chercher le poème, il viendra sous la dent. (…) Écrire simplement  / pour enchanter la vie. »  

Et s’il rêve d’écrire des « lettres aux oiseaux », il inscrit dans ses textes les mots et les questions de la profondeur grave : la poésie de qualité a une dimension philosophique. (Une belle définition métaphorique de la poésie, que la penser comme art de ceux qui veulent écrire des lettres aux oiseaux, ces symboles des chercheurs de lumière et d’espace).

Autre expression de lui que je retiens : « prêtres de la lumière ».

Prêtre de la lumière (naturelle, soleil du sud et soleil des sommets, et lumière symbolique, celle du sens déchiffré où « tout, toujours, serait à recommencer   /   /   quel que fût le livre. ») le poète écrit avec elle ses « lettres aux oiseaux ».

BioBibliographie, Jean-Claude Tardif… http://www.editions-racine-icare.weonea.com/article/61523/ 

Et sur le site de la revue Les Hommes Sans Épaules. (Textes de lui, notamment, dans le numéros 32 consacré au dossier sur Reverdy et l’émotion, et dans les numéros 35 et 44, le dernier)... http://www.leshommessansepaules.com/auteur-Jean_Claude_TA...

Un point commun entre Jean-Claude Tardif et Philippe Claudel (à part cette connivence de lecture de l’un par l’autre, et la publication commune dans le catalogue de l’édition La Dragonne, par exemple), c’est l’engagement, un idéal de justice. 

L’un, Jean-Claude Tardif, dans le dernier éditorial de la revue qu’il dirige, A L’Index n° 36, juin 2018, s’inquiète, en voyant l’évolution de la société et du monde. Il supplie de relire Ravage et 1984. « Lisez ou relisez Barjavel et Orwell. », pour prendre conscience et réagir.  Et rappelle son exigence de toujours : « Que la poésie ne soit pas simplement un aller de soi vers soi, mais avant tout un allant de soi vers les autres. ». (Sur le site d'Entrevues, page sur la revue À L’Indexhttps://www.entrevues.org/revues/a-lindex/ )

L’autre, Philippe Claudel, après avoir publié un livre pour dénoncer la situation des migrants, « l’Archipel du chien », participe à l’initiative d’écrivains solidaires d’Oleg Sentsov, ce cinéaste ukrainien prisonnier, en grève de la faim depuis 60 jours et en grand danger de mourir… Lire, pour information, ceci... https://www.rtbf.be/info/monde/detail_60eme-jour-de-greve... 

Et lire la tribune de Philippe Claudel, « Un petit mort et puis s’en va »… https://bibliobs.nouvelobs.com/actualites/20180630.OBS898... 

15/07/2018

FOOT. Olivier GUEZ, Albert CAMUS, et moi... UNE "PAUSE MÉTAPHYSIQUE" ?

 GUEZ.jpgJ'ai toujours considéré le football comme une pause métaphysique. À l'échelle d'une nation, c'est extraordinaire et, à mes yeux, largement suffisant."

       Olivier GUEZ    (écrivain, dont je recopie ci-dessous un fragment de chronique)

CAMUS.jpgVraiment le peu de morale que je sais, je l’ai appris sur les terrains de football et les scènes de théâtre qui resteront mes vraies universités.

                Albert CAMUS

  (« Pourquoi je fais du théâtre », 1959)

« Maintenant encore, les matchs du dimanche, dans un stade plein à craquer et le théâtre, que j’ai aimé avec une passion sans égale, sont les seuls endroits au monde où je me sente innocent. »

            Albert CAMUS  (La Chute)

Albert Camus et le foot... http://toutelaculture.com/livres/albert-camus-et-le-foot-... 

et... Camus, ce footeur devenu écrivain... http://lefooteur.com/2013/01/14/camus-ce-footeur-devenu-e...

 

Coupe du Monde… Ce que j'en pense ? 

Oui, la répression continue en Russie (il suffit, pour le savoir, de consulter le dossier 'Russie' sur les sites de RSF et d'autres associations des droits humains, et de lire la presse - mais pas RT ou Sputnik...). Oui, Poutine utilise la Coupe du Monde en stratège habile, et d'autres gouvernants peuvent s'en saisir (avec perversité, ou pas du tout). Et, oui, le triste anniversaire de la tragédie de Nice met une ombre sur ces jours. Alors justement... LUMIÈRE... !!! (Et nous agirons aussi en signant des pétitions pour soutenir le cinéaste ukrainien prisonnier, en grève de la faim : en diffusant des informations, et en participant aux actions proposées par des associations... La joie collective aide la solidarité, ne l'entrave en rien).

Car cet événement, il me semble, n'est pas récupérable : il s'y joue autre chose, si des peuples aiment ce sport et ont leurs raisons pour cela. (Non, l'argument "le pain et les jeux", qui réduit l'univers des gens à une manipulation qu'ils acceptent, cela n'explique pas l'essentiel et c'est assez méprisant.) 

Même quand, comme moi, on n'y connaît strictement rien (regardant très rarement des matchs), on peut aimer la gestuelle qui est comme une chorégraphie (c'était vrai pour Zidane et ça le devient pour d'autres), on peut admirer l'habileté époustouflante et la grande maîtrise de certains. On peut voir dans une équipe une métaphore de la société, du collectif. Et quand des personnalités surnagent, par leur comportement, leur charisme, cela aide à penser autrement l'humain (l'enthousiasme de beaucoup de jeunes doit sans doute beaucoup à cela : s'identifier à du "possible" dans les réalisations des êtres, à travers quelques visages qui les séduisent). Une équipe qui nous ressemble, par sa diversité assumée et heureuse. Différents, et très Français. 

En plus on assiste à un phénomène pédagogique assez remarquable (ou comment un sélectionneur crée une dynamique collective et révèle des personnalités). 

Albert CAMUS aimait le foot, et ce qu'il a dit à ce sujet parle autant de lui que du foot, ce sport populaire (or lui était d'un milieu populaire, justement) : "Vraiment le peu de morale que je sais, je l’ai appris sur les terrains de football et les scènes de théâtre qui resteront mes vraies universités." (citation déjà en exergue...).

La fébrilité des groupes de spectateurs qui suivaient la demi-finale, et la fièvre dans les cafés (les cris pour les buts...) et dans les rues, c'est de la vie, une dynamique particulière que seule provoque aussi la musique dans les foules de concerts. Pas de l'hystérie, du partage. Ce soir il faut être dans les cafés... 

Albert CAMUS, donc, pour le foot.

Mais aussi Olivier GUEZ, qui a écrit une belle chronique dans Le Monde daté du 13 juillet. J'en retiens un passage (dont j'ai tiré un exergue) : "Il y a une autre chose que révèle le parcours russe des Bleus : l'immense besoin de communier des Français, ensemble, après les drames de 2015 et 2016 et malgré nos divisions, politiques, économiques et religieuses. J'ai toujours considéré le football comme une pause métaphysique. À l'échelle d'une nation, c'est extraordinaire et, à mes yeux, largement suffisant."

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PS : après le triomphe des Bleus. Joie de voir gagner cette équipe si sympathique et ce sélectionneur remarquable…

14/07/2018

Les Hommes Sans Épaules, et l’émotivisme… Une revue, un site, l’édition.

REVUE HSE 45.jpgJe voudrais, par cette note, donner envie d’aller visiter le site de la revue Les Hommes Sans Épaules (revue et édition), parcourir et lire. (On ira plus loin après, en se procurant revue ou recueil : il y a le site, et en automne le Salon de la Revue, en plus des commandes chez son libraire). Des textes à lire, qui donnent l’axe, l’armature de pensée, dès l’accueil. Des sommaires de numéros, pas des listes de noms sans aucune indication, bien plus. Revue ou recueil, on trouve une présentation, des textes, des citations. De quoi parcourir longtemps, nourri de questions. Profondeur vibrante de ceux qui choisissent d’entrer entiers dans leurs textes, chair et émotions, de faire de la poésie un engagement d’être qui affronte les parts d’ombre et les douleurs comme les joies, avec les mots. 

Dès l’accueil, donc, Yves Bonnefoy, avec un extrait de ce « Discours de Guadalajara » (publié dans le n° 39), où il définit la grandeur des oeuvres par la capacité d’aller « très avant dans les labyrinthes de la conscience de soi », à manifester le rapport au temps qui interroge notre finitude, mais surtout à le faire à partir d’un travail souterrain avec les mots. Pas de poésie sans travail sur la langue. Écriture d’abord… Et enjeu, pas seulement pour soi, mais pour la société : « Mais pourquoi est-il si nécessaire de penser à la poésie ? ». « Comprendre que la société périra si la poésie s’éteint, peu à peu, dans notre rapport au monde. »

Puis Christophe Dauphin, directeur actuel de la revue, reprend un extrait de l’Éditorial manifeste, « L’Émotion Encore et Toujours », qui affirme le refus de toute « recherche esthétisante », des jeux artificiels sans âme, donc. Au contraire, engagement complet de soi. Rappel de la proximité avec Pierre Reverdy, pour qui la source de la poésie est en l’homme avant tout... Citation : « L’émotivisme est une attitude devant la vie, une conception du vivre qui ne saurait être détachée de l’existence du poète, car la création est un mouvement de l’intérieur à l’extérieur et non pas de l’extérieur sur la façade. L’émotivisme est un art de vivre et de penser en poésie, car une œuvre est nulle si elle n’est qu’un divertissement et si elle ne joue pas, pour celui qui la met en question, un rôle prépondérant dans la vie. »

Justement, pour comprendre la démarche fondatrice de la revue, l’émotivisme, il faut lire Pierre Reverdy.  Le texte, « Cette émotion appelée poésie » est, ainsi que deux autres courts essais, dans le volume de la collection Poésie/Gallimard, « Sable mouvant ». 

D’abord, « La forme ne saurait être un but », écrit Pierre Reverdy (salutaire affirmation contre le formalisme stérile qui est envahissant dans certaines publications : j’adhère totalement à cela). 

Ensuite, « Le degré de conscience spécifie le poète ». Formule qui résumerait en partie le manifeste émotiviste, et peut être adoptée par d’autres courants de pensée en poésie, ou devrait l’être : exigence nécessaire, si la poésie doit être ce « point de hauteur » qui la définit. Et sont donc écartées de la poésie à « hauteur » d’exigence (donc de la seule poésie qui vaille), les facilités médiocres qui ne sont que l’expression ordinaire d’élans ordinaires. (J’adhère encore, absolument).

Enfin, la poésie est pour Reverdy le « sceau » de l’homme sur le réel, son « empreinte », car « il n’y a pas de poésie dans la nature ». Bien sûr, la nature n’est pas l’humain la pensant et se pensant lui-même. Et n’est pas poète, non plus, n’importe quel contemplateur ému par un coucher de soleil, n’importe quel cueilleur de clichés ressassés sur les lacs, la mer et le reste, qui croirait faire glisser la poésie du paysage à sa feuille. Mais j’ai plus de mal avec cette affirmation, qui paraît si logique pourtant, et qui paraît achever la cohérence de la pensée de Reverdy. Et certains auteurs, peut-être, émotivistes non formalistes et à hauteur de conscience vive, mais ayant une conception philosophique autre, ne pourraient être signataires de cette phrase. Car le concept même de conscience n’est pas le même pour un rationaliste athée ou pour un mystique tout aussi rationnel, mais autrement. Et la nature n’est pas perçue de la même manière par un chaman amérindien, par un taoïste ou un soufi, par un voyageur solitaire allant méditer dans les bois comme Thoreau ou affronter les glaces du Grand Nord. Si l’être humain est part de la nature, connecté à la planète et au cosmos, il n’attend pas, poète, de trouver des poèmes soufflés par la nature, mais il sait qu’il peut capter du sens, et que ce sens est offert aussi par la nature non humaine. 

REVUE HSE 32 JC Tardif.jpgLe numéro 32 de la revue comporte aussi un dossier sur Pierre Reverdy et l’émotion.

A suivre...  Et c’est cela qui est intéressant dans ce que donne à lire le site de HSE. On ne reste pas passifs, on en sort toujours avec des questions. Et des envies de lecture. 

RIVERAINS .jpgUne autre publication, aussi, aide à entrer dans l’univers émotiviste. Christophe Dauphin avait réuni une ample anthologie émotiviste (500 pages) sous le beau titre « Les Riverains du feu », publiée en 2009 chez Le Nouvel Athanor, avec une préface de Jean-Luc Maxence. On peut encore en trouver des exemplaires. Bien sûr le poète Jean Breton, qui a créé la revue en 1953, à Avignon, y est présent. 

HSE 22 J Breton.jpgLe numéro 22 de la revue HSE lui consacre un dossier. 

Parmi les questions qu’on peut se poser, il en est une d’évidente. « Les Hommes sans Épaules », pourquoi ce titre?. Le titre, est-il dit (rubrique « Historique »), est tiré d’un roman de JH Rosny l’Aîné (mort en 1940), « Le Félin géant ». Citation : Il y pêchait des poissons aveugles ou des écrevisses livides, en compagnie de Zoûhr, fils de la Terre, le dernier des Hommes-sans-Épaules, échappé au massacre de sa race par les Nains-Rouges. » Long extrait du roman sur le site (rubrique « Historique »), autre extrait, même auteur mais autre livre, en accueil, sous une brève revue de presse.)

Explication (bref extrait) : « Hommes de la tête aux pieds, sans épaules mais entiers, c’est-à-dire avouant nos faiblesses et nos forces »… L’émotion, donc, vécue, exprimée. Hommes est à entendre au sens d’êtres humains en général, évidemment.

Sur le site, vous entrerez dans un univers infini, pages sur les revues anciennes, épuisées ou pas, les récentes, la prochaine, pages sur des livres, bio-bibliographies, etc. Et toujours, des citations (qui permettent de choisir ce qu’on voudra découvrir au-delà). Un index des auteurs permet de retrouver fiches et publications dans tel ou tel numéro. 

Le SITE…  http://www.leshommessansepaules.com  

13/07/2018

Patrick Chamoiseau, LES POÈTES DÉCLARENT…

CHAMOISEAU... .jpgPrenez le temps d’écouter, le temps de lire… 

« Les poètes déclarent que dans l’indéfini de l’univers se tient l’énigme de notre monde, que dans cette énigme se tient le mystère du vivant, que dans ce mystère palpite la poésie des hommes : pas un ne saurait se voir dépossédé de l’autre ! »

Fragment 2, sur 16, Les Poètes déclarent,"La Déclaration des Poètes". POÈME (très puissant message) de Patrick Chamoiseau, extrait de Frères Migrants (2017)

À écouter, ICI… Lecture (superbe) par Isabelle Fruleux... https://www.youtube.com/watch?v=v2qCTKVZChw&feature=y... 

NOTE, sur la démarche de l’auteur… http://www.l-etre-en-lettres.fr/actualites/la-declaration... 

Le TEXTE à lire, ICI… http://tout-monde.com/downloads/fre300res-migrants-chamoi...  

Frères migrants, LIVRE, Patrick Chamoiseauéd. du Seuil, page éditeur… http://www.seuil.com/ouvrage/freres-migrants-patrick-cham... 

12/07/2018

L'ardent pays d'André Campos Rodriguez...

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(…) s’élève lentement 

ce qui n’a pas de nom. »

André Campos Rodriguez (Légendes, Éclats, Approches. Editinter, Robert Dadillon, 1999)

Réédition dans l’anthologie « Pour que s’élève ce qui n’a pas de nom », choix de poèmes  1985-2015, 212 pages, éd. L’Ardent pays, 2016.

Le titre que j’ai mis pour cette note reprend le nom de la revue en ligne créée par l’auteur, édition L’Ardent pays.  C’est à la fois une volonté de programme collectif et un aveu d’orientation personnelle, l’ardeur (notion qui était en vedette pour le Printemps des Poètes, mais le nom est bien antérieur pour l’édition). Feu intérieur, de recherche et de création. Le pays que je désigne ainsi est l'espace de son écriture... 

« Pour que s’élève ce qui n’a pas de nom » est donc le titre du livre que je viens d’achever (l’exergue indique la source). Ce fut une très bonne idée que réunir des textes de plusieurs recueils épuisés, parus chez des éditeurs divers (comme Aube, Rétro-Viseur, Editinter, etc.) Pour moi c'est une découverte et j'apprécie beaucoup. C'est une méditation continue, avec des fils qui se tissent d'un recueil à l'autre, la recherche du centre, du noyau spirituel sans trahir le lien avec la matérialité du réel concret. Ou la recherche des mots qui pourraient dire ce centre. On a l'impression que c'est écrit sur la frontière, traversée ou pas, qui sépare le méditant du sage passé du côté d'un éveil. Un peu comme si c'était une enquête sur ce qui est derrière ce miroir, ou sur comment le dire. (C'est clair page 171, par exemple : "Il suffirait de... "). J'y ai même trouvé, dans ce livre, une citation, deux vers qui correspondent à ma démarche en photographie. Je les cite : "L'eau, la pierre, le feu : chaque mot / détient une gradation de secrets." (p. 55). Oui. Et le regard les capte. J’ai remarqué aussi une citation de René Char (en exergue p. 69, l’impossible), et une de Pierre Dhainaut sur l'ombre, page 109. Ombre métaphorique (et aussi, pour moi, ombre captée photographiquement, thématique qui m'est chère). J'ai apprécié de trouver Ramana Maharshi (cité p. 181). Cela rejoint le processus de création de soi qui est aussi dépouillement de soi (je reprends les termes en résumant). Ce qui définirait l'art poétique tel qu'il apparaît au fil des pages ce serait la synthèse entre les pages 86 et 160. Être "l'explorateur des failles" (du monde, du réel), et habiter "un songe si vaste qu'il possède le pouvoir de délier le temps" et d'inscrire la "simple épiphanie proche de l'inconnu.". Lecture faite en affinité de démarche et d'écriture. 

200 pages qui se lisent d’un trait, et s’ouvrent ensuite, pour relire.

CITATIONS…

... Pour se libérer des pierres / inutiles, faut-il donc creuser / l’ombre de soi-même ?

...         Seul

      peut nous aider

      l’appui incessant 

         du silence

... En te traversant  / tu accèdes au centre

...   accepter l’obscur / révèle l’étincelle

... le monde est en toi / mais tu es aussi le monde

... Tout but porte l’abîme / qui nous sépare de nous-mêmes.

.... Mais le labyrinthe est un lieu / noyé de signes obscurs 

... Tout désert porte un marcheur exalté / par la fécondité de la distance / voyant et météore

... Comment peux-tu être, / si tu ne cherches plus.

... L’ombre garde sa cadence et grave, dans la mémoire des pierres, l’obstination de la nuit.

... De ce dilemme / tu ne pourras sortir  / avant d’avoir posé ta lampe / entre l’ombre  et la clarté

...  Qui peut oser  cet Ouvert qui n’est qu’une dissolution, l’immolation consentie de soi-même, une première fois irréversible comme la mort ?

... se quitter soi-même / s’alléger /         / se dépouiller / s’élargir 

... Oiseau de l’âme /   / déplie tes ailes / évade-toi dans l’azur /   / sois le témoin silencieux 

LIENS…

La revue en ligne qu’il anime, édition de l’anthologie L’Ardent pays... http://ardentpays12.over-blog.com 

Une page sur lui, autre revue où il est cette fois l’invité, Possibles... http://longueroye.free.fr/pos23acr.php 

« Pour que s’élève ce qui n’a pas de nom », une recension du recueil-anthologie, par Pierre Perrin, note de bloghttp://lefraisregard.free.fr/rodriguez.php

Marie-Claude San Juan

17/06/2018

Poésie. Les Cahiers du Sens 2018. La voie / La voix...

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Jean-Luc Maxence (texte introductif, « La voie du futur commence mal »).

(En fin de note, à lire : citations, ma subjective sélection, douze poètes, de c. ou d. à v. ou z...).

Discrètement présente dans l’anthologie 2018 (comme l’an dernier, dans la revue 2017). De la thématique j’ai surtout choisi le questionnement de la voie (ce voyage intérieur vers soi ou loin du « moi »), mais qui a forcément un lien avec la voix, celle de l’écriture (mais aussi celle des voix lues, qui, quand on adhère au sens porté, aident à trouver ce qui peut être sa voie, ou une voie, si ce n’est « la » voie… En exergue j’avais posé deux citations, J-L Borges et Etty Hillesum.

C’est émouvant que ce partage déclenché par les éditeurs (Jean-Luc Maxence et Danny-Marc). Un thème, et chez quelques dizaines d’auteurs qu’ils ont sollicités se lève une réflexion commune, un déclenchement d’écriture. Ce sujet, voie et voix, est finalement assez intime, faisant plonger au centre de ce qui nous « meut », et quand on reçoit la revue achevée, on entre dans le secret des autres qui écrivent, on trouve des échos, des fraternités. Parole du « je », mais aussi questionnement collectif sur ce qu’est le monde et ce qu’on accepte ou refuse, ce que l’écriture peut faire et défaire. 

De mon texte (une grande page) je retire, pour ici, quelques vers (exercice nécessaire, m’entraîner à mettre « dehors », plus que je ne le fais naturellement, et donc extirper la pudeur d’écriture, ce frein). 

Deux fragments…

Voici...

« Dans le rêve je sais.

   Je sais qu’il faut chercher sans chercher

   et comment se défaire de l’illusion d’une porte à franchir

   qui s’éloigne à chaque pas.

   Se défaire des voies qui croient être « la » voie

   fascinante. »

Et, plus loin…

« Danser est possible

   sur ces sons que l’oreille n’entend pas, mais la peau, oui.

   Ils chantent l’éloge du vide, du « nada » des sages. »  

      MC San Juan (« Voyage intérieur, simple écart d’un pas »)

A la fin, cependant, j’évoque « l’ombre des colères, révoltes, doutes ».

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L’exercice d’égoïsme fait, parlons des autres...

Dans ces pages je retrouve certaines voix amies, mais aussi des écritures lues sans avoir croisé les visages. Ce qui compte ce sont les textes que j’apprécie.

La revue est structurée en trois espaces. 

Des réflexions ou méditations sur le thème.

L’anthologie des poèmes (inspirés par la thématique, de manière proche ou lointaine);

Des lectures.

Des transcriptions de voyages (grand éloignement ou marche dans ses lieux, textes solidaires, aussi, avec « ailleurs »).

A noter, un hommage (plusieurs poèmes donnés à lire) rendu à Jean-Marie Berthier, mort accidentellement juste après avoir offert une préface à un ouvrage d’Annie Coll, publiée par l’édition Le Nouvel Athanor (collections et revue).

J’ai été particulièrement attentive, sur voie et voix (première partie) aux pages de... Jean-Luc Maxence (texte d’inquiétude, sur la marche du monde, et d’espoir cependant, par l’évocation du « coeur altruiste »), Gaëtan de Courrèges (qui ose « convoquer » Tintin, et c’est passionnant), Bojenna Orszulak, Marie-José Christien (dense écriture de ses "Éclats de voix", aphorismes, et un bel hommage rendu à l'écriture de Guy Allix dans un des fragments), Monique Leroux Serres (j’aime beaucoup comment elle relie la voie du Tao à ses démarches créatives, même devenir essentiel dans son cheminement : voie des fleurs, du haïku, du pinceau - je ne peux qu’adhérer à cela, création par les mots, les mains, le regard, car c’est le même geste qui conduit à soi et plus que soi) , Guy Allix, Claire Dumay (de tout ce que j’ai pu lire d’elle, je crois que ce sont ces pages que je préfère, et j’ai l’impression, d’ailleurs, d’une transmutation dans son écriture, ici : voile déchiré, traversée d'une frontière...), Robert Liris, Jean-François Migaud, Giovanni Dotoli.

Des poèmes de l’anthologie je préfère (première lecture, premier parcours) ceux de Danny-Marc, Gérard Engelbach, Christian Ganachaud, Lionel Gerin, Jean-Luc Maxence, Gérard Mottet, Bernard Perroy, Jean-Yves Vallat, Jacques Viallebesset, Patrice Zahn. 

Des lectures, livres parcourus, recensions, tout est intéressant. On retrouve notamment Guy Allix, Marie-Josée Christien, Monique Leroux Serres, Jean-Luc Maxence. Et je note que le livre d’Annie Coll a retenu Marie-Josée Christien et Jean-Yves Vallat, double présentation qui fait sens. Ouvrage à inscrire sur les listes en attente, « N’avez-vous pas vécu ? ». Je l’avais déjà repéré, et je n’attendrai pas trop. Voici ce qu’en dit Jean-Yves Vallat (je prends une phrase de ses deux  pages…) : « Dans ces paroles d’une minéralité de quartz, existe une lumière réfractée venue de grandes profondeurs. »

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CITATIONS, poèmes, fragments…  (et marges des poèmes, pour certains choix)...

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« C’est le Tao qui m’a amenée au « do » : à la voie des fleurs, à la voie du haïku, à la voie du pinceau. »

    Monique Leroux Serres (« Cheminant et devisant »)

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« De même que notre voix nous est inaudible, la voie que nous prenons nous est invisible. »

    Marie-Josée Christien (« Eclats de voix »).

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« Cette nuit j’ai largué le monde

   et pour quelques heures 

   lui ai demandé le silence »

     Danny-Marc (« Le miracle de vivre »)

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« Marcher sur tes brisées, cosmos »

   Gérard Engelbach (« Ramer, la mer »)

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« Vêtu de poussière d’os,

   j’ai appris,

   lettre après lettre,

   à me vider

   pour un nouveau silence. »

    Christian Ganachaud (« Le testament d’un ange ») 

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« Ne rien retrouver jamais

   Mais voir tout renaître »

    Lionel Gerin (« L’or de midi »)

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« L’eau a des relents de pétrole

   Au rendez-vous du futur

   L’apocalypse est annoncée avec la pénurie

   Des longs déserts intérieurs

   Traversant le désespoir » 

     Jean-Luc Maxence (« De quelle source parle-t-on ? »)

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« En chacun de tes pas

   il y a un chemin possible

   que tu n’emprunteras pas »

     Gérard Mottet (« En chacun de tes pas »

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« à la recherche des clairières intimes

   ou du vaste horizon… »

    Bernard Perroy (« La vie s’avance »)

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« Consens à la pierre pour son immobilité de veilleur »

  Jean-Yves Vallat (« Consens »)

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« Marcher vers l’ultime frontière

   Avec du sang sous les paupières. »

      Jacques Viallebesset (« Exil »)

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« Mal à l’âme à la vie

   où même la lumière ralentit »

   Patrice Zahn (« Après Fukushima »)

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L'édition... http://lenouvelathanor.com

La revuehttp://lenouvelathanor.com/revue-les-cahiers-du-sens 

Marie-Claude San Juan

16/06/2018

Sergio Larrain, photographe. Ou capturer la présence...

sergio larrain,photographe,photographie,xavier barral,agnès sire,irène attinger,l’oeil de la photographie,el rectangulo en la manoUn photographe, Sergio Larrain,  né à Santiago du Chili et mort en 2012. 

Dans l’article d’Irène Attinger (lien ci-dessous, L’Oeil de la photographie,) je relève deux citations de Sergio Larrain.

J’aime beaucoup sa façon de définir la démarche photographique, l’irruption de ce qui advient. Miracle, dit-il, car cela advient dans la rencontre de l'instant d'une plongée en soi et d'une présence capturée par le regard.

Et j’apprécie ce qu’il dit de la « géométrie » agissante dans ce qu’on capte en photographiant. Que la structure soit organisée autour de silhouettes ou de formes abstraites, c’est vrai : géométrie.

sergio larrain,photographe,photographie,xavier barral,agnès sire,irène attinger,l’oeil de la photographie,el rectangulo en la manoNombreuses photographies reproduites sur le site de L’oeil de la photographie et sur le site de l’édition Xavier Barral. Avec, même site, en pdf, lecture offerte de recensions de presse, de quoi glaner des informations sur l’artiste, qui s’était retiré pour méditer. Un itinéraire qui lui faisait se méfier de l’ego…  

CITATIONS...   

« Je veux que ma photographie soit une expérience immédiate et non une mastication » (...) « La photographie, comme n’importe quel art, on doit la chercher au fond de soi. L’image parfaite est un miracle, elle advient dans une irruption de lumière, de formes, du sujet et dans un état d’âme limpide – on appuie sur le déclencheur presque sans le savoir –, ainsi le miracle se produit. »  

« La réalité visible mais aussi le jeu qui consiste à organiser un rectangle sont la base du processus photographique. C’est la géométrie que je cherche, le rectangle à la main (l’appareil photo). Photographie : ce qui (le sujet) est donné par la géométrie. »... https://loeildelaphotographie.com/fr/sergio-larrain-el-re...

LIVRES, éd. Xavier Barral… 

El rectangulo en la mano, 1963 (Cadernos brasileiros), réédition 2018... http://exb.fr/fr/home/343-rectangulo-en-la-mano.html

Monographie, Sergio Larrain, réalisée par Agnès Sire qui correspondit beaucoup avec lui, 2013… http://exb.fr/fr/le-catalogue/101-sergio-larrain-vagabond... 

Fiche auteur, Sergio Larrain, éd. Xavier Barral… http://exb.fr/fr/auteurs?id=153 

Lire aussi cet article, Le Monde, 2013. (Citation : « Sergio Larrain, qui a été membre de l'agence Magnum, n'était pas fait pour le photojournalisme et ses contraintes. Il voyait la photographie comme une révélation, un acte magique : si les conditions sont réunies, disait-il, ‘les images arriveront comme des fantômes, des esprits’ ».)… https://www.lemonde.fr/livres/article/2013/12/12/sergio-l...

15/06/2018

LIU XIA. SOUTIEN.. / Enfin libre, la mobilisation a réussi...

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Mise à jour, 11-07-18

 ENFIN LIBRE... 

 

 

 

LIU XIA A QUITTÉ LA CHINE... https://www.nouvelobs.com/monde/20180710.OBS9450/liu-xia-...

CCCCCCC

Rencontre, le 16 juin à 19h. Maison de la Poésie

Avec Catherine Blanjean, auteur de « Liu Xia, lettres à une femme interdite », Liao Yiwu, poète chinois exilé en Allemagne (et préfacier du livre), Béatrice Desgranges, traductrice de Liu Xia (et auteur d’une pétition de soutien, lien ci-dessous), et Jean-Philippe Béja, traducteur de Liu Xiaobo… https://www.maisondelapoesieparis.com/events/catherine-bl...

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Pétition de soutien. (Et informations, dont poèmes de Liu Xia traduits)… Mises à jour régulière, comme, notamment l'indication de la pétition adressée au gouvernement chinois (voir ci-dessous, fin de la note...)...  https://www.change.org/p/mme-hidalgo-après-la-mort-de-liu...?   

Lecture des poèmes de Liu Xia, en soutien. ActuaLitté... https://bit.ly/2JN3Zvy

Et sur Culturebox… https://bit.ly/2LQinUh

De Liao Yiwu, on peut lire « Dans l’empire des ténèbres » et « Poèmes de prison ». Liu Xiaobo le considérait comme « le plus grand poète chinois de sa génération ». Le Figaro, juin 2018… https://bit.ly/2Jv2aq0

Lire aussi cet article de 2013, questionnement du poète Liao Yiwu sur la dictature en Chine et sur notre regard... https://lemde.fr/2HPRsG5

Liu Xia lit ses poèmes, Contrepoints.org… https://bit.ly/2uzU6fG

Sur une exposition de ses photographies.. https://bit.ly/2JW3QJs

2ème pétition, adressée au gouvernement chinois... https://form.jotform.me/81611618372455  

3ème pétition, Amnesty... https://www.amnesty.ie/china-release-poet-liu-xia-under-i...

 

31/05/2018

Superbe exposition de Tomoko Yoneda, Maison de la culture du Japon.

tomoko-yoneda-affiche.jpg« Pour cette exposition, j’ai revisité les lieux où Camus a vécu, ainsi que les endroits et les événements historiques qui l’ont inspiré, dialoguant avec les habitants de l'Algérie et de la France chères à l'écrivain pour mieux explorer en images la question de l’amour universel et radieux. Je me suis efforcée d’alimenter la réflexion sur la nature humaine, en répondant en photographies aux événements du passé, mais aussi aux ombres qui planent de nouveau sur l’Europe et le Japon. »                      Tomoko Yoneda (début de son texte introductif. Suite sur le site de la Maison de la culture du Japon, où on peut lire aussi une présentation de l’artiste, de sa démarche de photographe)… https://www.mcjp.fr/fr/agenda/tomoko-yoneda 

Camus.jpgSuperbe exposition, achevée le 2 juin. Associer les lieux d’Albert Camus, en Algérie et en France, en les reliant, à travers une démarche très consciente des questions que pose Camus, de son éthique, c’est une réussite. Les textes qui introduisent l’oeuvre de Tomoko Yoneda sont ceux d’une artiste camusienne lucide, qui veut, par le regard, lutter contre les ombres qu'elle sait menacer nos pays, ceux de Camus, mais aussi le Japon, et d’autres. Elle se réfère à « Ni victimes ni bourreaux ». Ce rappel accentue la force du message, comme la citation qu’elle fait de Camus, sur la révolte, contre ce qui manque, et parfois dans ce qui est, dans le monde. J'apprécie ce lien fait entre Camus et le Japon, lui qui avait été bien seul à protester contre l’horreur de la bombe nucléaire. 

Certaines photographies sont très grandes, d’autres petites (celles-ci associées par deux).

Présence de la lumière. Soleil d’Alger… 

La mer, bien sûr. Méditerranée, sur les deux rives : Marseille, ainsi. 

La beauté chantée par les mots de Camus, ses repères de joie. Tipaza, aussi.

La luxuriance du Jardin d’Essai. 

Mais aussi les lieux de vie : la maison du quartier populaire de Belcourt à Alger, l’hôtel de Montmartre où Camus acheva L’Étranger, la maison où il écrivit Le premier homme. 

« Dialogue avec Albert Camus », ce titre est bien adapté. Car on sent un intense échange intérieur avec l’oeuvre. On perçoit la conscience en éveil de la photographe, inquiète de la marche du monde, des pièges qui guettent, des totalitarismes toujours à l’affût, contre lesquels Camus dressait sa lucidité et la beauté de l’art, écriture et théâtre. Elle crée de la beauté, mais en choisissant des lieux porteurs et en accompagnant les photographies de textes qui en sont comme un deuxième cadre. Ce qui fait que le regard porté sur les photographies tient compte d’un hors champ conceptuel que l’artiste a disposé volontairement, subtilement. L’ombre est aussi dans le hors champ, les menaces totalitaires, la violence, la mort. Et le « je » de la photographe est dans la création, dans les questions, dans l’écoute de l’oeuvre camusienne, avec le juste recul d’un « je » qui ne se contemple pas mais dit le réel (parfois ce qui est donné à voir n’est pas banalement « beau », mais juste banal de la banalité du quotidien (la maison de Belcourt, l’hôtel de l’écriture). Réel. Le dialogue est aussi entre les temps, des lieux vus actuellement, qui ont appartenu au passé de Camus ou de son père (la bataille de la Marne). Sur le présent d’un lieu se projette la mémoire qu’on a des textes et des questionnements associés. Guerre et guerre (Mémorial des étudiants algériens). La guerre, ce meurtre collectif délégué, thème central chez Camus, même refus chez elle, habitée par l’Histoire.

Leçon d’esthétique, dans cette exposition. Il faut deux fois cadrer une photographie : cadrer par le regard qui choisit l'angle et structure, cadrer par les mots qui créent un possible hors champ, et qui ne sont pas « commentaire » mais marge offerte à la pensée. Et certaines photographies sont elles-mêmes des marges pour les autres. Comme celle de L’attente, port d’Alger. Une femme, voilée, attend. Derrière des vitres, barrées de fer. Qui est prisonnier? Elle ? (De normes rigoristes qui réduisent sa liberté de femme, et contre lesquelles d’autres femmes luttent? »). Nous ? (De peurs que des signes font naître à juste titre par le sens qu’ils véhiculent ? Ou de peurs excessives qui projettent sur des visages, autres, les ombres lues sur des masques qui cachent les corps ? Ou, comme l'analyse Camus, dans « Ni victimes ni bourreaux », la peur de dire, qui crée les silences complices. Les vitres pourraient symboliser le silence, mur invisible, abstrait mais compact). 

Dans le dossier de presse (à lire sur le site) on apprend que photographier en Algérie n'a pas été si facile pour l'artiste, constamment contrôlée, et ne pouvant obtenir d’avoir des échanges avec des étudiants. (Je me demande si c'est son intérêt pour Camus qui a dérangé un pouvoir qui ne le comprend toujours pas et qui a peur de sa liberté, contagieuse… Ou simplement la peur des regards lucides, d'où qu’ils viennent ? Pourtant son objectif était l’empathie. Répondre par l'amour aux défis du monde, morale camusienne aussi.)

Son SITE…  https://www.tomokoyoneda.com 

Lire le texte de Camus auquel elle se réfère, « Ni victimes ni bourreaux », 1948, Combat. Texte écrit contre le meurtre justifié idéologiquement au nom d’objectifs « futurs ». Éloge des « médiocres »  que nous sommes (Camus s'intègre dans ce « nous », et médiocres que nous devons être, ceux qui n’ont pas la force de supporter l’horreur de tuer). Réflexion sur la peur présente dans le monde, dans la conscience et l'inconscient des humains.

CITATIONS (c’est tellement actuel que c’est troublant, la réalité de 2018…) : 

« Le XVIIe siècle a été le siècle des mathématiques, le XVIIIe celui des sciences physiques, et le XIXe celui de la biologie. Notre XXe siècle est le siècle de la peur. » (…) 

« Le long dialogue des hommes vient de s’arrêter. Et, bien entendu, un homme qu’on ne peut pas persuader est un homme qui fait peur. C’est ainsi qu’à côté des gens qui ne parlaient pas parce qu’ils le jugeaient inutile s’étalait et s’étale toujours une immense conspiration du silence, acceptée par ceux qui tremblent et qui se donnent de bonnes raisons pour se cacher à eux-mêmes ce tremblement, et suscitée par ceux qui ont intérêt à le faire. »

« Depuis août 1944, tout le monde parle chez nous de révolution, et toujours si sincèrement, il n’y a pas de doute là-dessus. Mais la sincérité n’est pas une vertu en soi. Il y a des sincérités si confuses qu’elles sont pires que des mensonges. Il ne s’agit pas pour nous aujourd’hui de parler le langage du cœur, mais seulement de penser clair. » (…) 

« Je puis maintenant conclure. Tout ce qui me parait désirable, en ce moment, c’est qu’au milieu du monde du meurtre, on se décide à réfléchir au meurtre et à choisir. Si cela pouvait se faire, nous nous partagerions alors entre ceux qui acceptent à la rigueur d’être des meurtriers et ceux qui s’y refusent de toutes leurs forces. » 

Lecture intégrale, "Ni victimes ni bourreaux"pdf… https://inventin.lautre.net/livres/Camus-Ni-victimes-ni-b... 

Camus à Combat, éditoriaux et articles, 44-47… http://www.gallimard.fr/Catalogue/GALLIMARD/Folio/Folio-e... 

L’éditorial de Camus après Hiroshima, extrait, suivi de textes de rares intervenants critiques… http://pm22100.net/docs/pdf/textes/121105_CAMUS_APRES_HIR... 

Marie-Claude San Juan

03/04/2018

DOSSIER CAMUS sur The Dissident. Mon regard, et les autres...

mms_img-225999906.jpgPour ceux qui aiment Camus, voici un dossier précieux. J'ai été invitée à y contribuer, et j’ai fait une lecture très personnelle de l’univers de Camus. (Celui qui dénonça le terrorisme comme la peine de mort, celui dont l'identité complexe emprunte autant à l’Espagne qu’à l’Algérie et à la France. Camus qui se veut surtout artiste, et dont la dernière étape de l’oeuvre, essais philosophiques, n'a pas pu révéler complètement l’intention, écriture empêchée par la mort. Mais Camus qui donne des clés qui éclairent la démarche entreprise dès ses recherches sur Plotin et Augustin, Plotin surtout. Camus et la métaphysique, au-delà des concepts. J’ai parlé de la proximité avec la pensée indienne, que sa traductrice voit comme une évidence, et qu’elle développe dans un ouvrage. Cette proximité est aussi celle de Plotin…).      

Lisez d’abord les chroniques de Rémy Degoul (créateur du magazine en ligne, qui introduit le dossier avec son éditorial sur la liberté, il faut donc commencer par ce texte…), et d’Agnès Spiquel  (Études camusiennes, qui a participé à l'édition des oeuvres complètes chez Gallimard). 

Mais je tiens à signaler aussi les contributions de…

Marie-Paule Farina (spécialiste de Sade, qui fait le récit subtil de l’évolution de son regard sur Camus, entre errements et prise de conscience).

Laurent Muratet (qui ose transcrire des intuitions - que j’apprécie particulièrement - dont il sait qu'elles peuvent surprendre).

Khalil Hebib (l’exergue, Camus sur l’amour, introduit une méditation triste et rageuse sur l'impossibilité de vivre l’amour dans un pays qui est pris par des inerties rigoristes ou des tensions pires que l’inertie).

Hubert Ripoll (psychologue et fin analyste des tourments de la mémoire et de l’identité, il traite de l’exil de et chez Camus).

Tawfiq Belfadel (enseignant, chroniqueur, écrivain, il imagine un retour de Camus dans l’Algérie actuelle, et à travers le regard de Camus il fait un portrait du pays en observateur intérieur lucide et douloureux, l'amour mêlé à la douleur).

…  Luc Demarchi (qui, enfant, habitait la maison en face de celle de Camus, quartier Belcourt - mais, né longtemps après Camus, il a eu le sentiment d’avoir raté une rencontre possible).

Pour découvrir d'autres contributions il faut fouiner en prenant le temps. 

Le dossier (Votre Camus ? ) sur le site de The Dissidenthttps://the-dissident.eu/dossier/camus-et-vous/ 

Ma contribution (MC San Juan)… https://the-dissident.eu/dossiers/camus-poete-metaphysiqu... 

J'ai repris la même photographie que j'avais posée sur le site. J'en copie ma légende, message aussi... "Calligraphie de métal et d'ombre. Les "sonorités noires" du duende, tissées avec le "nada" lumineux. Algérianité..."

Marie-Claude San Juan

27/03/2018

Yassine Alaoui Ismaili, alias Yoriyas. De la danse à la photographie. L'art contre la méconnaissance ou la haine...

« À travers une photo, nous pouvons voir, savourer, réfléchir, comprendre et porter plus d’attention à une scène que nous n’aurions probablement pas remarqué si celle-ci n’avait pas été capturée. » 

Yassine Alaoui Ismaili, dit Yoriyas (photographe marocain)

.....

J’ai découvert ce photographe en apprenant, bien après, par un article sur HuffpostMaghreb, que des photographies, exposées à l’extérieur, avaient été détruites par des extrémistes haineux. Haineux et bêtes. Pour quelle raison s’en prendre à un jeune photographe qui parcourt le monde avec ses photos, magnifiant son regard sur sa ville? Aberration de la haine de qui vient d’ailleurs. (Car on ne voit pas d’autres raisons que cette xénophobie, maladie de l’esprit.). Scènes de rue qu’il prend depuis 2014, street photographie colorée, solaire. Il fut danseur et a dû arrêter après une blessure. 

Sur la page d’HuffpostMaghreb, du 23-11-2016, trois photographies de Yoriyas, scènes de rue à Casablanca, présentées lors d’une exposition à San Francisco… Le « vrai » Casablanca, loin de la ville des studios cinématographiques, qui a fait rêver mais n’est pas la ville moderne, vécue par ses habitants actuels... https://bit.ly/2JeuD0D  

« Casablanca not the movie ». En novembre et décembre 2017 il est invité à exposer en studio à Montélimar et sur les berges du Rhône. C’est là que les photographies seront détruites et taguées…  http://www.presences-photographie.fr/yoriyas-yassine-alao... 

Son itinéraire et sa démarche sont expliqués sur cette page, Geopolis.francetvinfo.fr…. http://geopolis.francetvinfo.fr/casablanca-intime-et-inso... 

Ci-dessous trois articles qui donnent l’information sur le vandalisme haineux dont il a été victime. Photographies détruites et tags FN. Plainte a été déposée par la mairie (je n’ai rien vu sur les suites)… Les vandales sont lâches et se cachent.

HuffpostMaghreb… https://bit.ly/2JbcPTY 

Yabiladi.com… https://www.yabiladi.com/articles/details/63005/l-exposit... 

Et Le Dauphiné du 05-12-2017… https://bit.ly/2BM4XEU 

12/02/2018

Michel Simonet, balayeur et écrivain.

SIMONET.jpgL'article du Nouvel observateur me donne très envie de lire ce livre de Michel Simonet. Après avoir lu avec intérêt l'art poétique de Roger Caillois (son éthique, qui s'adresse quand même plutôt aux auteurs assez connus pour risquer d'en faire usage de pouvoir, il me semble, même si certains points peuvent être adoptés par ceux qui aiment l'ombre - ou que l'ombre choisit...) je trouve que la démarche de cet homme est un art poétique en actes. Il pense la vie en libertaire "total" (total, mais non "radical"). N'ayant pas encore lu le livre je ne peux avoir d'avis sur la qualité littéraire, bien sûr (ce sera plus tard, en mise à jour). Mais j'ai l'impression qu'il y a une profondeur vécue, une sorte de sagesse qui émane de cet homme, un savoir spirituel. Et son goût pour ce métier de balayeur (cantonnier à Fribourg) me fait penser à ce que disait Stephen Jourdain ("sage" s'il en est, pour ne dire par ce mot qu'un peu de lui), dans un de ses livres, revenant sur les tâches quotidiennes qu'il aimait accomplir : balayer, frotter, laver... Sans doute parce que, par ces gestes, on entre ainsi dans un rapport physique à la matérialité du réel, on est dans l'instant pur, loin des idées trop mentales... Donc, je lirai... 

L'article de Jérôme Garcin... https://bibliobs.nouvelobs.com/l-humeur-de-jerome-garcin/...

Page de la revue Conférence, 2017 (avec les illustrations, dessins de Pierre Dupont)… http://www.revue-conference.com/index.php 

Premier éditeur, diffusion Payot, 2015…. https://www.payot.ch/Detail/une_rose_et_un_balai-michel_s...