Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

15/07/2017

L'Inaccessible. "Les Cahiers du Sens" 2017

CAHIERS.jpg« …Partir où personne ne part… »

                 Jacques Brel, La Quête (exergue du numéro 27, L'Inaccessible, page de couverture)

« Rêver un impossible rêve… » 

                Jacques Brel, La Quête (exergue posé sous le titre intérieur)

Les cahiers du Sens, revue annuelle, 2017. Éd. Le Nouvel Athanor

Inaccessible ? Tout l’est, et rien. Tout, car nos rêves sont grands, et parfois nous dépassent. Rien, car ce qui doit être advient, je crois. (Je suis sans doute imprégnée de la croyance en ce « Mektoub » beaucoup rencontré dans mes autres rives, moi qui en ai traversé certaines…). Croire que c’est « mektoub », écrit, c’est ne pas penser l’inaccessible comme inaccessible. Ou alors oui, mais en se disant que peu importe, si c’est ainsi. Alors on vit dans une certaine lenteur d’un rapport au temps qui fait de l’instant un éternel présent sans futur. Et créer c’est disperser en poussière un alphabet de mots ou d’images, au risque de la perte, du posthume.  

Cependant l’Orient n’est-il pas, en fait, un paysage intérieur de nombreux poètes ? Car autrement ils ne chercheraient pas à déchiffrer le réel et leurs ombres comme si c’était un livre déjà tracé. Déchiffrer, c’est une démarche partagée. Devant ce terme, et thème, ainsi offert comme séduisant horizon d’écriture par les éditeurs de la revue « Les Cahiers du Sens » (Danny-Marc et Jean-Luc Mayence), j’ai commencé par m’interroger sur le sens de l’article défini. Car L’Inaccessible ce n’est plus une qualité prêtée à des rêves ou des projets, mais un substantif où la négation s’annule presque. Cela devient une essence, une métaphore métaphysique. 

Mais pourquoi?

Que faut-il donc atteindre qu’on ne puisse toucher, si ce n’est la force d’une évidence intérieure, l’achèvement de tous les processus de création de soi?

Que faut-il être pour en avoir la prétention ? Juste un esprit dans un corps. 

L’inaccessible est un secret, car seul chacun peut se dire à lui-même ce nom intérieur qu’il déchiffrera en lui, s’il en trouve le chemin.

Je me demandais ce que les autres en feraient, m’attendant presque à lire, quand la revue sortirait, des pages où se croiseraient des méditations similaires. Mais pas du tout. Le mot renvoie ici à des univers intérieurs fort divers, à des écritures qui, évidemment, ne se ressemblent en rien. Et pourtant l’ensemble a une unité, des textes se font écho. 

J’ai sélectionné mes coups de coeur, choisis parmi 247 pages, lecture faite… 

La première partie présente des textes en prose, des essais, des analyses, qui permettent de voir comment la littérature traite ce sujet, comment dans la poésie il est toujours présent, à travers le temps et les divers courants littéraires. Comme si c’était une clé pour comprendre le fait d’écrire, le rapport au langage et à la création. 

Des textes en prose qui introduisent la thématique j’ai apprécié particulièrement  l’analyse littéraire érudite de Giovanni Dotoli, « De l’inaccessible poétique ». Il cerne ce que la littérature poursuit, et en quoi elle traite aussi de l’inaccessible des sages ou des mystiques, cet absolu du poète « voyant ».

Jean-François Migaud, lui, dans « L’évidence de l’invisible », offre une belle méditation à partir du préfixe négatif, sur la voie qui passe par le vide, l’absence, l’insondable d’un « arrière-plan » des poètes et des chercheurs spirituels.

Don Quichotte hante ces pages. Et Maurice Cury le nomme (« Seul le rêve… »), ainsi qu’Alain Noël évoquant la voix de Jacques Brel et la voie de Saint Jean de la Croix (« L’inaccessible étoile »).

Toujours dans cette partie, Claire Dumay,  plonge dans les affres des doutes sur soi et sur autrui, effrayée par les mensonges qu’on se fait à soi-même. Alors comment croire aux « vérités » d’autrui, même proche ? Texte au scalpel qui dit  l’impossibilité de traverser les masques dans la rencontre de l’autre. L’Inaccessible ? Soi. L’autre. Donc son titre pose un paradoxe : « L’illusion de… l’accessible ». Ce texte est à lire en miroir avec le poème de Jean-Luc Maxence, car c’est aussi le scalpel qu’on retrouve, dans son texte, bouleversant, le plus « dur » du recueil, au sens de secouant.  

Deux autres textes ont retenu mon attention (et je reviens en arrière dans les pages, pour les associer, car ils ont en commun le visible, et, évidemment, cela m’interpelle car j’y retrouve des questionnements qui rejoignent ma réflexion sur l’acte de photographier). 

Robert Liris, dans « Les deux infinis », sollicite d’abord Hermès Trismégiste et André Breton, pour évoquer la similitude exposée dans l’antique « hermétisme » : ce qui est en haut est en bas et inversement, donc la non contradiction des pôles apparemment opposés, mais une non contradiction qui (dit Breton, chercheur du « surréel ») n’apparaîtrait qu’en un point que justement on ne peut saisir, traverser. L’Inaccessible… L’être humain cherche à franchir les portes du réel vers l’imaginaire du sens, mais il n’y arrive pas. Volonté de verticalité (corps esprit), pyramides pour rejoindre la lumière. Des dessins des grottes d’autrefois aux peintures et images captées, l’auteur voit un échec pour lequel il prend Barthes à témoin (« Toute image est une catastrophe »). On ne peut voir l’invisible, on ne peut saisir le sens du réel. J’aime Barthes que j’ai beaucoup lu, mais je ne le rejoins pas dans sa conception de l’image. On peut penser qu’au contraire on touche, presque, avec la capture par le regard, ce point de bascule où on peut transgresser l’interdit, traverser les frontières du sens. (De l'’image catastrophe de Barthes, Serge Tisseron, dans son livre « Le mystère de la chambre claire », montre les racines et les limites qui aboutissent à une fausse théorie de la photographie. La seule vérité qu’elle traduise est la « mélancolie » visuelle propre à Barthes…). Mais je reviens au texte (passionnant). Et à la fin c’est Mallarmé et Émily Dickinson qu’invoque Robert Liris, car l’hermétisme de leur écriture et le retrait du monde de la poétesse sublime, cela marque des destins habités par la question de l’inaccessible. Comme le Don Quijote de Brel.

Avec Anne de Commines (« L’icône pour appeler et veiller l’inaccessible »), en partant de l’icône, de l’iconicité, on aboutit à une perception différente. Au contraire l’image nous fait ici rencontrer le mystère, un sens. Médiatrice, elle informe. Parce que justement, à l’inverse, elle ancre l’image dans le réel charnel. « Accueillir » est le mot clé. Et ainsi le visuel fait accéder à l’au-delà du langage et penser la verticalité. C'est une philosophie poétique qu'aurait apprécié Maria Zambrano... 

…………………………….

Suivent les poèmes, la plus grande part du volume. Je ne vais citer que quelques noms, sachant que le choix serait autre, suivant les lecteurs. C’est subjectif, et je l’assume. Coups de coeur, donc. Des pages se répondent parfois, des métaphores se croisent et croisent les ombres et lumières du réel. L’inaccessible prend des sens divers suivant les auteurs.

Pour ma part j’ai écrit, d’abord, sur la fraternité en échec, quand en mer des réfugiés se noient et nous hantent. Mais aussi sur ce paradoxe qui nous fait être, dans le même temps, en recherche de sérénité, de sagesse (donc de détachement). Écartelés entre le monde et sa cruauté, le souci d’autrui, et des démarches presque mystiques. Capables de joie au moment de la douleur des autres et pour les autres. Inaccessible cohérence ? J’écris (« Peindre l’immense »), que nous sommes des « errants de l’altérité », cette altérité dont Kamel Daoud dit qu’elle est la grande question du XXI ème siècle (entretien, JDD du 9 juillet 2017). Mais je crois possible de « penser ce partage », pour « peut-être / saisir enfin le sens / du lointain ».

Je retiens, surtout, quelques noms, des titres, ou des citations… Comme dans la revue, par ordre alphabétique.

« L’arche de la révolte », de Salah Al Hamdani. Ample poème qui avait été déjà publié dans un recueil collectif contre le terrorisme : « Nous aimons la vie plus que vous n’aimez la mort » (éd. El Manar, 2016). Nuits hantées par les images des « corps mutilés », et volonté de se dresser contre l’horreur... « Prenons les écrits saints à l’envers / et de notre hauteur d’homme / jetons-les dans cette guerre qui ne dit pas son  nom » Évidemment, ce texte me touche, car c’est un sujet, essentiel, qui est très présent dans mon écriture (cf. les poèmes publiés dans A L'Index, et deux ou trois ici, comme " Litanie pour juillet plusieurs fois " / note blog...    "Poème pour dire").

Yoni Afrigan, aborde, , contre l’injonction qui entrave, la  « voie du secret » vers la « splendeur » cachée.

Pour Guy Allix,  « tous les poèmes (…) / Étaient déjà écrits / dans une seule goutte de temps ». Vertige quantique… 

Jean-Bernard Charpentier veut partir « sur les chemins de l’éveil », mais sans se retourner, « de crainte de rester » (lucide méfiance). Mais « Qu’importe ce qui fut et sera, / L’évidence de la beauté / conduit à ce qui est. »

Maurice Cury traque le faux des apparences, dans un exercice de lucidité, car « Rien n’est plus fragile que de vivre ». 

De Danny-Marc, un poème est une ode à des mains aimées. Texte d’un recueil publié chez Pippa (« Un grand vent s’est levé »). Douceur. Et l’autre poème rêve, mais les mains sont encore présentes. Pour un « peut-être »  à advenir encore. 

Giovanni Dotoli, dont j’ai déjà parlé pour un essai érudit, propose une sorte de peinture mystérieuse, nocturne. « Une lampe d’émail » est suspendue dans la nuit. Il peint là son « lieu d’infini ». Et c’est cela qui pour lui est inaccessible. Ou le fut et ne l’est plus, puisque la vision est là.

J’ai déjà évoqué le poème de Jean-Luc Maxence, en parlant du scalpel jumeau de Claire Dumay. Coup de poignard que ce texte, mais histoire d’une métamorphose qui rend inaccessible, car libre (« Sur le divan de Satan »). C'est ainsi que je le comprends... 

Là aussi, j’avais choisi un texte de l’auteur, dans la partie introductive. Signe que la même conscience littéraire qui passe dans une chronique nourrit l’écriture poétique. Jean-François Migaud (« Après »), se transporte dans l’infini du temps, après (lui, nous, quand nous ne serons plus) et pense le vent, les arbres et les visages autres qui peupleront, ici, ce temps d’après de notre absence. L’inaccessible est double, alors. Temps lointain aux limites du temps. 

Je suis intriguée par le poème de Pascal Mora, « Crèche suburbaine ». Une contemplation. Éloge de la vie, comme vue du « dessus », par le regard du Bouddha. Il y a tout : le germe, le bois, le souffle. « Nous sommes des âmes dans ces corps », et tout est connecté, même les rêves. Plus on lit plus le tableau se met en place, l’inaccessible est ailleurs… Il faut relire.

Dany Moreuil sait le langage du corps et comment dénouer les pièges du mental obsédant en se posant dans le coeur, centre, ou en faisant danser. Si le bruit des mots cesse, le silence est possible. Être ?

Rose-Marie Naime aborde ce mystère de la mémoire qui fait surgir un mot. Transmission. Et l’autre mystère, ce qui fait rater le passage vers ce qui devient alors l’inaccessible.

Bernard Perroy, c’est le sens de la lumière qui traverse corps et yeux, mais qu’on ne sait pas vraiment encore, ni en soi ni en l’autre.

Suivent des lectures, et des textes de voyages.

Au fil des pages, envie de prolonger des découvertes, vers certains livres… 

J’ajoute deux citations... 

 "Le vent parlera-t-il encore aux peupliers,

  Peuplera-t-il 

  Les arbres de visages ?

  Qui déchiffrera les messages

            Après ?"

   Jean-François Migaud, "Après"

et

"Quel miracle m’a fait naître

  A ce monde ancien ? 

(…)

  C’est le rayon qui fait croître

  C’est la racine qui connaît le profond 

  C’est le bois qui voyage dans les siècles."

          Pascal Mora, "Crèche suburbaine"

.... 

LIENS... 

Page de l’édition... http://lenouvelathanor.com/revue-les-cahiers-du-sens 

Commandes, chez l’éditeur, en ligne ou par courrier (voir sur le site, page de la revue, lien ci-dessus).

Et à Paris, dépôts à L’Autre Livre librairie… https://www.lautrelivre.fr/pages/editorial 

....

© Marie-Claude San Juan

22/06/2017

France Culture supprimerait une émission sur la spiritualité ("les" spiritualités)...

LOGO CULTURE.pngUne émission sur la spiritualité ("les" spiritualités...) supprimée par France Culture... 

(« Discussions du soir », de Leili Anvar). Grave erreur, dans une période où des fondamentalismes intégristes guettent les esprits faibles pour en faire des "martyrs" meurtriers, où des faiseurs de haine cherchent à stigmatiser les uns pour les crimes des autres, où l'ignorance crée des monstres là où il n'y a que pensée... Et dans un moment de l'histoire humaine où des consciences cherchent à penser un sens de la vie et de l'humanité en dehors des dogmes et des frontières religieuses, en supprimant une émission éclairante on renvoie les gens à la pauvreté des messages diffusés en nombre par des propagandistes divers et habiles. Que l'on soit croyant ou agnostique, mystique ou indifférent, la spiritualité fait partie du patrimoine humain et la rejeter est une aberration qui nie une réalité collective, universelle.

L’émission (divers intervenants)… https://www.franceculture.fr/emissions/les-discussions-du... 

Les soirs de Leili Anvar.. https://www.franceculture.fr/personne-leili-anvar.html 

Portrait de Leili Anvar (site d’une agence de voyages en relation avec la spiritualité)…  http://www.voyages-interieurs.com/voyager-eveille/nos_int...

PÉTITION (Change)…. http://bit.ly/2sFupaI 

23/05/2017

Islam et islamisme... Distinguer.

« Comment dénoncer l’islamisme sans servir les causes malveillantes du rejet des autres en Occident et ailleurs ? Comment proclamer l’altérité comme lieu de réflexion entre les jérémiades du Sud et les indifférences sophistiquées du Nord ? Comment dénoncer et dire ? Comment appeler à résister au Mal, à traquer en soi ses signes escamotés sous le prétexte de la communauté, de la religion ou de la spécificité culturelle, sans tomber dans l’offre de service aux radicalités d’en face ?  Comment écrire sans être sommé ? » 

                     KameL Daoud (Introduction au recueil de ses chroniques 2010-2016, "Mes indépendances", Barzakh / Actes Sud 2017).

Il est extrêmement important de distinguer l'islam (la religion de croyants qui ne sont pas des idéologues mais seulement des gens qui accordent une place à la spiritualité dans leur vie, en fonction de la culture transmise) et l'islamisme (construction idéologique et politique à visée totalitaire). Si on crée la confusion on stigmatise des gens qu'on voue ainsi à l'enfermement identitaire (et, pour les plus fragiles psychologiquement ou socialement, à une possible radicalisation). "Aimer" ou pas une religion ou les religions n'est ni de l'ordre d'une pensée politique ni une démarche laïque authentique. La séparation des églises et de l'État que définit la loi de 1905 n'exige ni amour ni détestation : juste de la vigilance et de la rigueur. Ce n'est pas la droite en tant que telle mais les extrêmes droites qui rejettent l'islam (et englobent les êtres dans leur détestation qui devient alors une forme de racisme) : le FN, les identitaires, des associations comme Riposte laïque. De même la complaisance à l'égard des islamistes a pour origine les analyses erronées non de la gauche mais des extrêmes gauches (aveuglement ancien qui date de la guerre d'Algérie et se poursuit aussi dans certains réseaux pro-palestiniens univoques et antisémites). La gauche a suivi (pas toujours) du fait d'un malaise néocolonial qui est dans certains cas un alibi. Enfin, l'anticléricalisme est une chose, mais "ne pas aimer les religions" n'est pas un marqueur de gauche (il y a des croyants engagés à gauche, autant que d'incroyants - même si ce terme de "croyants" n'est pas vraiment adapté car réducteur : des individus pour qui la spiritualité est part intégrante de leur vie, dans une religion ou hors de toute structure religieuse). Les marqueurs de gauche sont l'action pour la justice sociale, le respect de la liberté de conscience et de l'intégrité de la personne, des valeurs s'exprimant notamment par des refus (abolition de la peine de mort...). Les confusions produisent aussi des totalitarismes (et cela commence par le choix des mots) ; les pièges sémantiques deviennent des pièges dialectiques. Sur la question des religions... le stalinisme a érigé l'athéisme en "religion" de remplacement : ce n'est pas un modèle à suivre. La nature du totalitarisme se définit par une emprise sur la conscience des individus, en fonction de ce que le pouvoir du moment croit être la juste manière de penser, croire, ou ne pas croire. Les dictatures islamistes imposent de croire à leur manière, l'Inquisition catholique le fit aussi, avec la même violence, mais le stalinisme imposa tout aussi violemment de ne pas croire...

 

04/04/2017

"La poésie comme vivre..."

WHITE.jpg« La poésie comme vivre qui inclut l'idée plutôt que de lui obéir. La poésie comme rappel à ce qui est vivant en soi, à ce qui toujours échappe : comme cet instant. Être-devenir dans un mouvement qui en même temps se saisit et en même temps relâche, qui embrasse et qui se défait. La poésie, essence de vitalité qui brûle les lèvres, éveille les sens et parfois déchire, parfois nous adoucit le cœur. »

Texte en accueil d’un site entre poésie et mystique (ou plutôt sagesse?), « Un jardin derrière le portique », Ananda. / Sous-titre : « Poésie de l’ éveil et Sagesses du Corps ». Site d’Ananda… https://unjardinderriereleportique.fr 

...

L’auteur (poète, traducteur, artiste, enseignant) utilise, pour lui-même, des noms contextuels, donc, suivant le contexte, on le reconnaîtra tel ou tel. Comme Aédàn pour sa page Facebook sur la spiritualité non-duelle (avec un si beau nom : « Spiritualité sauvage »)...  https://www.facebook.com/SpiritualiteSauvage

Il est ce « garçon vêtu d’étoiles » qui apparaît dans un de ses fragments poétiques. Spiritualité au sens mystique (ou sage) du terme. Ou poésie telle que définie par Mallarmé, qu’il cite dans une note de lecture du « Journal » : « la seule tâche spirituelle » (lettre à Léo d’Orfer, 27 juin 1884)... http://bit.ly/2o4vJUu 

Regard. Ouvrir la page d’un autoportrait bleu (revenir à l’accueil), celui de l’arbre de la colonne vertébrale intérieure : ce qui n’étonnera pas ceux qui pratiquent un yoga (comme lui, et comme moi autrefois) ou un chi qong (comme moi, depuis qu’autrefois a été remplacé par un très long maintenant durable de pas mal d’années…)... https://unjardinderriereleportique.fr

Lisant ce texte introductif, « La poésie comme vivre », (programme et manifeste), et d’autres pages du « jardin derrière le portique », je pense à un poème de Kenneth White, dans un ouvrage que j’ai posé tout en haut d’une bibliothèque, pas sur un rayon de livres, mais sur le dessus, entre les pages dures d’un livre objet où je glisse des trésors, pour être sûre de retrouver facilement ce mince volume, sans qu’il risque d’être perdu, comme d’autres, dans la masse des pages entassées. Retrouver le recueil, d’abord (mais pas seulement) pour une page, où tout est dit d’une démarche particulière, celle qui accepte la rareté du poème, pour que le sens soit le résultat d’une lente alchimie qui réussira à capter l’essence du langage à la frontière du silence, des significations dont la grammaire est celle du regard. Texte de méditant, pour qui l’écriture est pratique de sagesse, exercice sur soi, tissage de l’être. Sans cesse revenir sur l’espace de la page, sculpter les mots le vide le temps les sons. 

Ainsi interfèrent, ici, trois visages de la seule poésie, écriture, qui m’intéresse vraiment : celle qui ne cherche pas le paraître d’un jeu formel, mais déblaie justement les masques, en arrachant l’illusion vaine, couche par couche. Vers un centre. Tout en malaxant, sculptant, les sons et les images… 

Aédàn/Ananda, Mallarmé, Kenneth White… 

...

Voici ce qu’écrit Kenneth White :

« Travaillant et retravaillant

   les mêmes textes

   jour après jour

   perdant tout sens

   de ‘production’ et de ‘publication’

   toute idée d’une ‘réputation’ à forger

   engagé plutôt dans quelque chose

   — loin de toute littérature —

   que l’on pourrait pertinemment nommer

   un yoga poétique »

  La résidence de la solitude et de la lumière / Méditations pyrénéennes 1

  William Blake and co. édit. (1978)

...

Kenneth White, liens…

Page du Printemps des Poètes… http://bit.ly/2nRRYL0 

Un ouvrage, « Le Visage du vent d’est », 2007… http://bit.ly/2nVYGkY  

Site offficiel, autres livres (dont 2016, 2017)… http://www.kennethwhite.org

23/11/2016

"Habiter poétiquement le monde", Poesis.

HABITER-LE-MONDE-POETIQUEMENT-COUV-300dpi2-668x1024.gif« Riche en mérites, mais poétiquement toujours, / Sur terre habite l’homme. »

                           Friedrich Hölderlin

(Exergue de l’anthologie-manifeste réalisée par Frédéric Brun, et dont le titre s’inspire de cette pensée d’Hölderlin. Formule, non, bien plus. Fragment d’un poème, « En bleu adorable », et vision-programme.)

...

« …Il faut, sans innocence et naïveté, certes, dépasser ses doutes pour s’offrir un chemin de résistance. » 

                                          Frédéric Brun

(Avant-propos de l’anthologie, « chemin de résistance », car il n’est pas évident de suivre avec optimisme la formule d’Hölderlin. Le manifeste que veut être cette anthologie tient compte des difficultés d’un monde traversé par des laideurs qui peuvent masquer sa beauté, sa possible beauté. Résister par un acte de lucidité, un retour sur soi, une volonté de métamorphose. Pour créer un monde plus juste il faut d’abord se mettre en situation de refus. Résistance contre ce qui doit être refusé, et résistance contre la part amnésique de soi, oublieuse de son essence. Ensuite, alors, créer et agir.)... http://www.poesis-editions.fr/habiter-poetiquement-le-mon... 

...

Cette anthologie, très ample (pas loin de quatre cent pages, 367 exactement) ne donne pas à lire des poèmes (sauf fragments de citations), mais des textes « sur » la poésie. Principalement des écrits de poètes sur leur art, mais pas uniquement : penseurs qui sont proches de la poésie, pour en être lecteurs attentifs, ou pour avoir une conception de leur écriture qui s’en rapproche, et personnalités qui, par leur vision et leur action, tentent de définir ce que peut être « habiter poétiquement le monde ». Ainsi Pierre Rabhi est présent, au même titre que Gaston Bachelard ou Hubert Reeves. 

Des poètes présents dans cet ouvrage je retrouve beaucoup de mes propres références. Ainsi, dès l’avant-propos, et dans la table des matières, je vois mentionnés des noms qui sont aussi sur les rayons de ma bibliothèque (mais je ne les citerai pas tous…). Voici : Joubert (celui des « Pensées »), Baudelaire, Dickinson, Rimbaud, Mallarmé, Rilke, Valéry, Tagore, Pessoa, Tsvetaeva, Artaud, Michaux, Paz, Chedid, Borges, Neruda, Bonnefoy, Aleixandre, Juarroz, White, Glissant, Adonis, Sedakova, Deguy, Cheng, Midal (dont j’apprécie les textes dans la revue « Ultreïa »), Bobin (que je retiens à la mesure des résistances que certains lui opposent au nom d’une fausse rationalité confondue avec l’aveuglement arrogant), Bianu, Velter, Siméon… et d’autres. 

J’aurais ajouté certains noms (Nerval...?!), comme celui de Jabès, par exemple…! Camus manque aussi, et Lorca (son texte sur El duende…!). De même Levis Mano, poète et éditeur génial… Et Maria Zambrano, philosophe espagnole, qui a écrit des pages magnifiques sur la poésie…? Et Anna Akhmatova? J’aurais trouvé le moyen de placer Antonio Porchia… Les « trous » dans mon abécédaire idéal peuvent être dus à une volonté de cohérence intérieure, autre que celle que je projette…

(Mais ce n’est pas mon anthologie… et elle est d’une telle richesse que je reviens à mon objectif : picorer, dans l’ordre, des citations, pour me faire, en feuilleton, notes après notes, comme cela viendra, une anthologie miniature… de l’anthologie. Ainsi, partager un plaisir de lecture, en donnant des bribes, pour mener vers la lecture du livre entier ceux qui auront été séduits par l’entreprise - ce considérable travail de lecture et recherche qui a été produit par Frédéric Brun… Mais l’objectif complémentaire, mais pas secondaire, est d’être passeur de ces messages qui ont un sens politique, bien au-dessus des batailles des égos politiciens. Comme le dit Pierre Rabhi, une façon aussi de faire ma part, ce qui est à la source de la raison d’être de ce blog, et de tout ce que je peux écrire, là ou ailleurs…). 

Pour l’instant je ne vais citer, ci-dessous, que l’avant-propos. Puisque « habiter poétiquement le monde » définit tout autant une conception de la manière de choisir de vivre sur cette planète pour le temps qui nous est réservé que de la manière de concevoir le rôle de la poésie, cette écriture spécifique qui manie les mots mais vient d’un regard particulier d’êtres qui engagent une éthique de vie. Regard, âme, spiritualité, conscience… sont des termes qui peuvent aider à traduire ce qu’est l’expérience poétique, ses liens avec le quotidien banal et la hauteur d’une perception de ce qu’est « être », pas seulement exister. En fait, la mystique (que plusieurs assument en tant que telle pour exprimer ce qu’est leur itinéraire entre ciel et terre) rejoint l’écologie et la politique. Non la politique partisane, mais l’engagement d’un Hugo. Non l’écologie comme une mode sans remise en question profonde, mais une écologie qui est tout autant écologie de soi-même - comme l’affirme Michel Deguy, transformation intime, pas vers autre chose (lire Pierre Rabhi..)…

L’autre nom majeur, ici, fondateur, en dehors d’Hölderlin, est celui de Kenneth White, car si éthique il y a, c’est bien dans la pensée de ce très grand poète, dont l’ambition n’est pas, pourtant, d’être cela (un « grand poète » reconnu, ou simplement connu) mais d’impulser une pensée du monde, dans le monde, solidaire, une « géopoétique » d’êtres incarnés, soucieux de leur planète, et conscients de leur place dans le cosmos. 

Consulter ce site : http://www.kennethwhite.org/geopoetique/   

Et celui-ci : http://www.oeuvresouvertes.net/autres_espaces/white.html 

Pour Kenneth White, « la poésie commence par un refus radical du monde », le monde tel qu’il est, fait par les hommes, pour l’injustice, la violence et la haine (ou l’ennui). Monde mobile, inachevé, il est là pour qu’on le crée et qu’on se crée en même temps, et ainsi qu’on crée les liens avec les autres humains, à la mesure de notre connexion cosmique, puisque nous sommes part du cosmos et devons nous en souvenir, pour devenir qui nous sommes… 

De Kenneth White j’ai envie de copier un poème du recueil « La résidence de la solitude et de la lumière » (William Blake and co, 1978). Car il dit une intention principale, sur quels refus se fonde sa démarche essentielle, et donc sur quelle création fondamentale et fondatrice : 

« Travaillant et retravaillant

   les mêmes textes

   jour après jour

   perdant tout sens

   de ‘production’ et de ‘publication’

   toute idée d’une ‘réputation’ à forger

   engagé plutôt dans quelque chose

   — loin de toute littérature —

  que l’on pourrait pertinemment nommer

  un yoga poétique » 

(Sagesse humble, humble du vrai orgueil d’être, qui devrait être méditée par pas mal de gens qui jettent en pâture des écrits trop imprégnés d’une ambition qui suinte entre les mots et les pages, et nous fait remporter  certains livres achetés par erreur, vers des circuits moins exigeants… Car alors l’âme est désertée, il ne reste que le vide un peu trop « littéraire », au très mauvais sens du terme  ).

Je reviens donc à l’avant-propos de Frédéric Brun (une dizaine de pages).

Après avoir cité de nouveau Hölderlin : « Et pourquoi des poètes en temps de détresse? », il rappelle que « l’habitat poétique exige une éthique », pour laquelle l’homme doit cesser de mettre l’économique en première place, et donc changer de priorités « pour retrouver l’essence de son existence ». Pour cela, notamment, se nourrir de beauté, regarder (« s’en inondant l’âme et les yeux »). Et il conclut : « Cette attitude poétique pourrait, si nous étions plus nombreux à l’adopter ou au moins à en prendre conscience, devenir également un acte politique et écologique qui participerait au changement du monde. » 

26/10/2016

Silence, on danse… Silence, on médite… et tisse.

DANSE.jpg

 

« La danse est une forme de foi, une espérance, disait-elle. C’est une aspiration, le besoin d’atteindre un univers, une atmosphère, un état qui vous fait progresser, la recherche d’une vérité. »

Yvette Chauviré, danseuse étoile (citée par Rosita Boisseau, Le Monde, ample article du 20-10-16 qui lui rend hommage après sa mort, le 19 octobre) http://www.lemonde.fr/culture/article/2016/10/19/mort-de-... 

Avant le 19 octobre, je voulais, depuis quelques jours, faire une note brève sur Masatake Ito, danseuse qui laisse son corps bouger en fluidité totale, osmose étrange entre elle et le vent, l’herbe. Contemplant cet instant magique de beauté absolue (ode à la vie) j’avais associé cette fusion avec les éléments à la pratique du chi qong spontané : rien de formel mais un laisser faire de l’énergie qui décide du geste. On est, regardant sa danse, devant une prière cosmique. Les mains envoient leurs spirales en ondes immenses qui rejoignent le ciel lointain, et plus, mais l’ancrage est total, pieds arrimés à la terre, plongeant leurs racines invisibles. Quand j’ai lu cette citation d’Yvette Chauviré j’ai trouvé qu’elle correspondait aussi (en partie au moins) à ce qui émane de Masatake Ito (lien vers une vidéo, en fin de note : magie d’un instant). Autre association naturelle, celle qui concerne un livre, « La danse des femmes » de Rosina-Fawzia Al-Rawi (née en Irak), où la danse (orientale) est présentée, étudiée, comparée, dans la même perspective que ce lien que je fais entre danse et pratique du chi qong avancé. Danse avec ses rituels d’initié(e)s, son mystère, voie pour faire émerger ce qui peut sourdre au-delà des blocages physiques, émotionnels, ou mentaux, et mystère de l’accès à soi. Tout un savoir est là, transmis de génération en génération. (Éd. Almora, 2011). Présentation détaillée sur une page d’Amazon (citation : « Elle détaille précisément des exercices qui ouvrent les centres d’énergies et nous permettent aussi de retrouver une harmonie intérieure. La danse concerne tout le corps et Fawzia nous montre comment ressentir chaque partie du corps pour nous ouvrir à notre espace intérieur de vie et de vibration. En reliant également la danse orientale à la mystique soufie et notamment à la danse des derviches tourneurs, Fawzia explique la dimension mystique et ésotérique de cette danse. »). Lien vers cette page (et d’autres, dont l’édition) sur cette note du blog, de 2011 « Conscience sans objet ». (J'ai remarqué aussi qu’au 25-10-16 on trouve un entretien avec Abdennour Bidar au sujet de son dernier livre, « Les Tisserands, réparer ensemble le tissu déchiré du monde » : http://consciencesansobjet.blogspot.fr/2011/11/rosina-faw... 

Le titre de cette note s’est imposé, par l’association qui s’est faite naturellement entre danse, méditation, et silence (même si la danse est souvent soutenue par la musique). Silence, aussi, de la mort. L’étoile disait que les rôles mouraient et renaissaient, recréés par une danseuse après une autre qui cessait ou disparaissait. Silence, quand on fait des pauses, comme l’explique très bien Alain Gourhant dans sa note de blog, « Pause, silence et poésie ». Silence comme espace de devenir, de ce devenir non obsédé par le futur personnel du petit « moi » mais ouvert au tissage du monde (qui a, oui, besoin d’être réparé par tous les tisserands de liens et d’art) : http://blog.psychotherapie-integrative.com/pause-silence-...

Un documentaire a été consacré à Yvette Chauviré par Dominique Delouche, « Yvette Chauviré pour l’exemple ». Extrait sur cette page : http://www.filmsdocumentaires.com/films/1184-yvette-chauv... 

Sur la page de FranceInfo l’article sur la danseuse étoile disparue est complété par deux vidéos, deux moments forts (Giselle, Le Cygne) de cette « étoile étincelante » : http://culturebox.francetvinfo.fr/scenes/la-mort-d-yvette... 

Regarder Masatake Ito. Vidéo. Le son est un peu brouillé, mais ce qui importe est la danse du corps : on peut mettre sur silence si cela gêne… (Je n’ai rien trouvé d’autre sur elle, ni article ni lien quelconque.) : https://www.youtube.com/watch?v=bgGIUQr5uTU 

03/10/2016

Ni avancer, ni reculer. Avancer et reculer…

poesis,être présence,zen,tsai chih chung,tao,sagesses,spiritualité,alep,syrie,b.d.,bande dessinée,vipassana,goenka,joie,douleur,violenceJ’ai lu (diffusée par Etre Présence, sur Facebook) une page de BD. Tsai Chih Chung, reprend une sorte de koan zen d’un maître nommé ici Fayun… qui dit qu’il  ne faut ni avancer ni reculer, mais avancer ET reculer. Avancer, est-il écrit, c’est perdre le Tao, reculer perdre la manifestation, la vie, ne rien faire c’est être comme la pierre… 

poesis,être présence,zen,tsai chih chung,tao,sagesses,spiritualité,alep,syrie,b.d.,bande dessinée,vipassana,goenka,joie,douleur,violenceCe paradoxal enseignement de sagesse en bande dessinée (non dénué d'humour...) correspond à mon état d'esprit, en ce moment en tout cas. En fin d'après-midi, alors, je lisais (pause café en terrasse, comme j'aime). Et, sur ma table, les journaux avec un fatras d'horreurs et, quand même, des faits plus souriants. Mais la pensée de la Syrie, Alep, en arrière-plan de toutes les phrases. Après les journaux, plongée dans deux livres (relecture). Dans l'anthologie de Poesis, "Habiter poétiquement le monde", un texte d'Hölderlin, pages 23-24, et dans ce texte une phrase, dont je note la première partie : "C'est par la joie que tu t'efforceras de comprendre le pur en général, les hommes et tous les êtres...". La joie. Le message de toutes les sagesses. Et si loin des émotions liées à l'actualité. L'autre livre, de Goenka sur la méditation Vipassana (qui ne demande qu'être là, respirer, et, surtout, observer ce qui est ressenti : je résume...). page 129 (poche, Points Sagesses), il est écrit ceci, à propos des pensées qui viennent, interrogations, doutes, etc. : "Tout cela est le travail de la surface de l'esprit, mais la partie la plus profonde de l'esprit n'a rien à voir avec tout cela". (Et il relie la profondeur aux sensations perçues puis dissoutes, car la souffrance est notre propre création...). Et, dans cette BD, ce message : ni avancer, ni reculer, avancer ET reculer. La joie à l'horizon, dans ces trois lectures. A l'horizon de la poésie, si elle échappe aux rumeurs médiocres ressassées par l'esprit (et ce n'est malheureusement pas toujours le cas...). A l'horizon de la méditation. A l'horizon des espoirs de paix, du regard solidaire, contre la haine. Sauf que, rappelle la science (cf. article du Monde daté 30-09, signé par Nathaniel Herzberg) "La violence humaine s'enracine dans l'arbre de l'évolution". (Bien sûr, mais nous avons aussi en nous un autre centre, qui refuse de se limiter à cet enracinement...). Donc, malgré tout, croire en la joie. Et tenter l'harmonie... (J'hésite entre point d'interrogation et points de suspension...). Donc : ...???  Comment traduire cela pour penser l'actualité sans se perdre, c'est cela qui importe, et il y a matière...

Les bandes dessinées de Tsai Chih Chung qu'on peut trouver à la FNAC (par exemple) : http://recherche.fnac.com/ia312443/Tsai-Chih-Chung

Poesis éditions : http://www.poesis-editions.fr

14/09/2016

Le Dalaï Lama en France. Manque de courage…

TIBET.jpgManque de courage des uns, engagement des autres, par des signes…

Plus qu’au rôle spirituel je m’intéresse là au symbole politique (même si le Dalaï Lama est moins engagé dans ce sens). 

Sans idéaliser le Tibet historique (société très hiérarchisée dont l’évolution était apparemment bloquée) on ne peut être insensible aux réalités de l’occupation chinoise : persécutions, violence, et volonté de détruire la culture originelle dans tous ses aspects.

Mais la Chine faisant pression, pas de rencontre officielle… 

Huffington Post. pas de rencontre officielle, mais le Dalaï Lama a « croisé » Emmanuel Macron… http://www.huffingtonpost.fr/2016/09/09/dalai-lama-visite... 

Une évolution dans la perception… La Croix… http://www.la-croix.com/Religion/France/Pourquoi-le-dalai... 

Protection, mais pas d’honneurs officiels. Libération… http://www.liberation.fr/france/2016/09/13/le-dalai-lama-... 

« Politiquement encombrant… ». Libération… http://www.liberation.fr/france/2016/09/12/le-dalai-lama-... 

Mais des sénateurs (groupe d’information pour le Tibet) des députés, et donc Emmanuel Macron, ont rencontré le Dalaï Lama. JDD…  http://www.lejdd.fr/Politique/Apres-s-etre-fait-raser-Mac...  (« "J'ai vu le visage de la bienveillance." C'est par ces termes, accompagnés d'une photo, postés sur son compte Twitter qu'Emmanuel Macron a indiqué avoir rencontré le dalaï-lama lundi. Ce dernier lui remet une "khata", une écharpe traditionnelle de bienvenue.

L'entrevue, qui s'est déroulée dans un grand hôtel parisien, a permis à l'ancien ministre et au chef spirituel tibétain d'échanger "sur le fait religieux, la liberté religieuse, le rôle des religions dans la société", selon l'entourage d'Emmanuel Macron. "Des gens qui se connaissent dans les entourages [des deux hommes] ont organisé" cette rencontre. »)

06/06/2016

Ramadan, réalité et regards pluriels...

ARKOUN.jpgRespect. Pour ceux qui choisissent de le faire par désir de vivre une spiritualité ou une culture, et qui ne sont pas forcément de sombres intégristes...! Occasion de sortir des visions schématiques. On peut avoir une autre religion, être agnostique, ou athée, et respecter les choix des autres. 

RAMADAN... D’authentiques laïques le font, pour des raisons spirituelles qui leur sont propres.

Je ne supporte pas plus les certitudes trop affichées d'un athéisme militant que les rigidités de croyants trop conformes, ou dogmatiques. A lire les commentaires sur les réseaux sociaux, il est évident que le doute manque, là où on en fait parfois un précepte à imposer... aux autres. La raison, c'est aussi le temps de l'humilité, pas de l'hystérie militante. Il y a les Lumières des philosophes, il y a la lutte contre tous les intégrismes (tous...), et il y a aussi le constat culturel : la réalité est complexe, la conscience a plusieurs chemins. Et les sagesses diverses, issues de voies qui pensent la transcendance, ont donné de hautes pensées, de grandes oeuvres : une autre manière de penser aussi les Lumières. Lire ou relire les textes des soufis (ou ce simple roman, assez magique, "Soufi, mon amour", d'Elif Shafak, disponible en 10/18, qui contient trois livres en un...)... pour prendre un peu de distance avec une raison qui serait, elle, dogmatique, et donc pas si rationnelle que cela. 

Et, évidemment, là où le jeûne est obligatoire, si on réprime des gens qui le refusent : engagement total pour les soutenir. De même, soutien, si on réprime quelqu'un pour son refus de croire. Liberté de conscience…

Et le VOILE (signe-symptôme, dans ces temps de ramadan, ou en dehors, et dans ces temps de terrorisme…). Il y a deux postures idéologiques hystériques : le voile donné comme norme obligatoire, valeur, etc. (piège islamiste, support de propagande du wahhabisme saoudien religieux et politique), d’un côté, et, d’un autre côté, le soupçon porté systématiquement sur toute femme voilée (cf. petit voile discret sur les cheveux, pour des raisons qui peuvent être fort diverses). L'hystérisation du débat (dans un sens ou son contraire) ne peut qu'aider les radicaux et donner du pouvoir, donc, aux extrémistes intégristes. Si la position sur le voile devient une sorte de code de reconnaissance pour montrer qu'on est du bon côté des croyants ou du bon côté des laïques (et caresser son ego en exprimant un mépris agressif des femmes voilées), c'est aussi dangereux que l'aveuglement sur les raisons des radicaux de faire du voile un marqueur politique. C'est là que la complexité du regard et de la pensée est plus que nécessaire (même si ce n'est pas facile). D’autant plus que, foi ou incroyance, ramadan assumé ou rejeté (respecté, qui que l’on soit, ou moqué), islamisme dénoncé (et ses variantes salafistes aux doux masques) ou flatté par complicité idéologique objective, voile questionné ou voile-thème d’un refus obsessionnel… dans tous les cas, exprimer une opinion sur ces sujets fera croiser des commentateurs qui chercheront alliance pour de tout autres raisons idéologiques (ou politiques), donc à l’opposé de ce qu’on tente de définir comme repères universels. L’apparent accord sur un point (cf. le voile) risque de légitimer des positions haïssables (carrément racistes, par exemple). Il reste à penser sur le fil du rasoir…

GHALEB.jpgMais, dans le temps de ce mois, on peut saisir l’occasion de s’interroger sur ce que l’on sait de l’islam et des textes issus de l’islam (commentaires, mystiques).

 

 

 

 

Le ramadan, infos… 

Explications minimales de L’Internaute : http://www.linternaute.com/actualite/societe/1233170-rama... 

Fiche wikipedia, le ramadan:https://fr.wikipedia.org/wiki/Ramadan 

Article de L’Obs, 2012 (mais questions toujours actuelles), « Le ramadan entre spiritualité et business » : http://leplus.nouvelobs.com/contribution/597267-le-ramada... 

RUMI.jpgLa voie spirituelle la plus haute dans l’islam est le soufisme. On peut lire cet article qui présente un ouvrage d’Eric Geoffroy, islamologue spécialiste du soufisme (et voir des liens vers plusieurs autres articles sur le thème du soufisme, avec des pistes de recherche ou lecture), SaphirNews : http://www.saphirnews.com/Eric-Geoffroy-Le-soufisme-mode-... 

Même site, saphirnews, interrogations sur ce qu’est l’islam, et liens vers des articles, des livres… http://www.saphirnews.com/Islam-spirituel-et-soufisme-viv... 

Un passionnant article sur Eva de Vitray-Meyerovitch « chercheuse d’absolu »… http://www.saphirnews.com/Eva-de-Vitray-Meyerovitch-une-c... 

La chronique d’Eric Geoffroy dans la revue Ultreïa… « L’instant soufi » : http://revue-ultreia.com/rubriques/chroniques/linstant-so... 

Sur l’islam, un dossier de la revue Ultreïa (le numéro 3, printemps 2015, qui peut être commandé à l’édition, « L’islam contre l’islam »). Sommaire : http://revue-ultreia.com/revue-par-numero/?numero=1572 

Le ramadan… Mais le contexte de la présence de l’islam dans la société est un aspect important aussi. Les débats, les faux débats, les regards extérieurs. La spiritualité et le fondamentalisme (à l’opposé). Ce que recadre Abdennour Bidar dans cet entretien, Libération, mai 2015 : http://www.liberation.fr/debats/2016/05/05/abdennour-bida...

Et si on doit penser (en associant religion et problèmes de l'actualité violente) aux dérives du jihadisme meurtrier, il sera utile de relire ce texte de Chahla Chafiq, qui, pourtant dans un refus radical du fondamentalisme, considère qu'il faut sortir de cette vision qui voit dans la religion la source ou la solution de tous les problèmes. Non, dit-elle, ce qu'il faut c'est retrouver le sens de l'humanisme laïc. L'humanisme... A lire et méditer... http://bit.ly/1xQNS8G

BIBLIOGRAPHIE. L’islam (dont études sur le Coran), La Procure... http://www.laprocure.com/rayons/islam.html 

BIBLIOGRAPHIE. Le soufisme, librairie La Procure : http://www.laprocure.com/instant-soufi-eric-geoffroy/9782... 

……. Côté ombre…... 

Menace de Daesh sur le ramadan, Direct Matin, 05-06-16 http://www.directmatin.fr/monde/2016-06-05/la-menace-daes... 

Et autre menace possible (sur l’Euro et le ramadan) d’extrême droite (l’histoire de cet homme arrêté avec armes et explosifs), et chez qui on a trouvé un vêtement avec un sigle d’un groupe d’extrême droite : « L'étrange et dangereux arsenal du français arrêté en Ukraine ». Mais prudence (peut-être n’est-ce « que » trafic d’armes). A moins que ce ne soit une manipulation ukrainienne (???) : http://www.leparisien.fr/faits-divers/l-etrange-et-danger...

25/05/2016

"Vent immobile", ou écrire la "soif d'autre chose", pour et par la soif d'autre sens...

IMMOBILE.jpg« De Charles Duits, longtemps j’ai gardé l’image de l’homme qui était entré dans l’éclairement. Il se tenait debout au bord d’une haie de laurier, comme en équilibre dans la lumière verticale. Chaque pétale de fleur faisait éclore une éternité. Tout autour, un vent qui n’eût fait aucun bruit emportait tout. » 

Christian Le Mellec (« Vent immobile », éd. Le bois d’Orion, p. 15)

« Maintenant, je sais au moins nommer l’objet de mon ambition. Je sais que je cherche l’illumination. Je veux devenir ce qu’est devenu le prince Siddhartha sous l’arbre de la Bodhi. »

Charles Duits (cit. p. 38)

Chercher, c’est peut-être cela, le piège, malgré les heures lumineuses particulières et rares où la conscience touche l’être essentiel de son oeil interne. Des sages, peut-être plus stables dans leur perception de cet autre bord de soi (Soi?) disent que la recherche est l’obstacle, car elle propulse dans l’illusion du temps. Mais ici, peu importe. Ce qui compte, dans les itinéraires de Charles Duits,  de René Daumal, ou des deux autres poètes étudiés dans cet ouvrage, c’est la hauteur de l’exigence qui fait de l’écriture poétique une expérience spirituelle. Mais ils savaient que la sagesse des grands initiés (des grands éveillés?) a produit ce qu’il y a de plus intense dans le domaine de l’écriture, sans qu’il y ait une quelconque ambition littéraire, quand les mots sont juste là pour traduire et partager cet autre côté du miroir entrevu par des esprits au sommet de l’humain, et que c’est un souffle qui crée, pas un désir de créer. Ecrivains du Tao, soufis, ont-ils voulu produire une oeuvre? Non, pas d’abord cela. Graver du sens, oui… C’est pour cela que Charles Duits ne sait parfois plus s’il adore ou hait l’écriture (p. 62) et qu’il veut lâcher ce titre « d’écrivain » (p.9). Car « écrivain » ce n’est pas suffisant, c’est au-dessous de l’horizon de l’illumination. N’être « que » cela ne serait pas l’aboutissement entrevu et rêvé, peut-être atteint partiellement. Et que serait cette minuscule réussite, ce pauvre orgueil, comparé à la totale transformation d’un Bouddha? Rien. 

Quand on passe de la transcription de ce programme (vie et poésie), visant l’essence de l’être, à la lecture d’entretiens bouffis de suffisance ou de mièvrerie, comme on en voit malheureusement souvent, on ressent l’envie de retrouver le doute de ces auteurs-là. Et on ressent, devant certains catalogues (ou certaines bibliographies trop chargées d’oeuvres accumulées), un sentiment d’oppression, l’étouffement sous le cumul de tant d’inessentiel (le vide chef d’œuvre hebdomadaire de suppléments littéraires…). Le plein quantitatif qui cache le vide qualitatif… Eux c’est le contraire. Le seul vide dont on puisse parler au sujet de Duits, Daumal, Guez Ricord, ou Bhattacharya, c’est celui du dévoilement, du renoncement aux vanités. Mystique du verbe.

Ces parcours d’écriture associent un travail sur la langue, les mots, le sens, à un travail sur soi, y compris par la méditation (méditation et/ou pratiques, qui permettent de brûler ce qui ferait obstacle à l’âme). Chercher un sens au-delà du sens apparent, dedans dehors. Ce sont des itinéraires visionnaires. 

Passant par la recherche éperdue de connaissance (René Daumal, Charles Duits). Jusqu’à, par exemple (Daumal) apprendre le sanskrit.

Ou provoqués par une expérience mystique spontanée (Charles Duits), qui vécut ce dont semble parler aussi Eric-Emmanuel Schmitt (« La Nuit de feu »).

De quoi témoigne leur écriture? D’un éveil? (Comme celui de certains êtres rares, qui savent avoir vécu un basculement dans une autre dimension d’eux-mêmes, et en tirent surtout plus d’humilité). Non. Je ne crois pas que ce soit exactement de cet ordre. Il y  a encore trop de douleurs et d’ombres qui entravent. Trop de présence encore du « moi », malgré tout.

Éveil? Non. Mais pas loin…

Car ils témoignent de plusieurs choses importantes, au bord de ce rivage-là.

… Des moments de foudre où leur conscience d’être humain « normal » a laissé passer la lumière du Soi. C’est vécu, c’est réel, c’est écrit, c’est possible. Une transcendance intérieure peut se capter ou se frôler, et se dire. Le duende de Lorca. 

… Des capacités visionnaires qui font percevoir à distance, et lire signes et synchronicités. On peut croire que c’est fou. On peut croire que c’est simplement vrai.

… De cette part spirituelle qui passe par la poésie, qui peut-être est la seule poésie qui vaille. 

… D’une humanité connectée (Orient rejoint, su avant même la rencontre).

… De l’importance du regard. Que ce soit par la création picturale (Guez Ricord), ou par l’acuité visuelle donnée en métaphores (ou pas : oeil central...).

… D’une litanie de poètes à hauteur d’exigence, fraternité de création et d’âme qui traverse les époques (Hugo, Nerval, Rimbaud, Michaux, Jamme… etc.).

… De la permanence d’expériences surprenantes (« parler en langues »…) qu’on peut prendre pour des inventions farfelues ou des symptômes de folie, mais qui sont pensées par d’autres comme le signe d’une brèche ouverte dans l’illusion du mental aveugle. Les yeux sonores…

La démarche du poète, telle qu’ils la vivent, est loin d’une certaine littérature (peut-être même loin de la littérature en général, sa dimension étant autre). Car il faut s’éloigner des pièges de systèmes construits dans le cadre d’une rationalité étouffante (à force de barrières) et impuissante à transmettre ce qui transcende les fausses apparences. (Daumal aura exprimé cette volonté de rupture avec la part stérile de la philosophie occidentale).

Ils mettent en question les finalités littéraires limitées qui n’auraient pas évacué les ambitions du petit « moi », ce personnage qui se pense « écrivain » d’abord, pas âme en chemin surtout. 

Daumal parle, au sujet de la poésie, telle qu’elle se publie beaucoup, « pour les neuf dixièmes » de « bluff éhonté, de mascarade, d’ignorance de tout (…) d’irresponsabilité, de vanité, d’amour-propre aux dix millions de replis, et de paresse… »). Il faut lire attentivement les pages 116 à 119 qui résument l’analyse que fait René Daumal des différentes manières d’être poète (ou paraître poète). « Poésie noire » (trouvailles, méthodes, « inspiration » et basses oeuvres d’une carrière vouée à soi-même, plaisirs et mensonges de l’ego…) et « poésie blanche » (écriture capable de se mesurer à tous les risques nécessaires pour créer l’espace de ce qui pourrait advenir  et concerner l’humanité dans sa dimension collective, cosmique). Jusqu’au possible silence. Une éthique, et du sens... 

Cela n’est pas séparable d’une difficile et longue entreprise de déchiffrement de soi, ce dévoilement par un travail intérieur, où il faut tuer ce qui perdure d’indigence en soi. Mourir à soi pour naître autrement (p. 119). 

Liens… 

« Vent immobile », 2012. Extrait (qui donne la clé du titre) et quatrième de couverture (site de l’édition, Le Bois d’Orion) : http://www.leboisdorion.fr/vent_immobile_bhattacharya_dau... 

Document PDF : présentation du livre, sommaire, bibliographie :  http://www.bldd.fr/productdocumentation/9782909201535_0.pdf 

SORGUE 6 POESIE.jpg

 

 

 

 

Sorgue n°6, revue, 2006, « Poésie comme exercice spirituel. Attention et ouverture ». Christian Le Mellec   : http://www.leboisdorion.fr/sorgue_n6_poesie_comme_exercic... 

Catalogue de l’édition : http://www.leboisdorion.fr/catalogue-14.html 

Le Matricule des Anges, article 1998... http://www.lmda.net/mat/MAT02220.html 

LOGO EDITION BOIS D'ORION.jpg

Sur la poésie, expérience spirituelle, lire aussi, revue Ultreïa,numéro 6 (Hiver 2016), la chronique de Fabrice Midal (dans le même numéro, un dossier sur René Daumal). Lire les poètes majeurs (dont plusieurs sont cités dans les chapitres de Christian Le Mellec : car lus ou croisés par ces quatre auteurs…). Lire les soufis…  les textes du zen. 

Sur l’éveil, lire les livres de Jeff Foster (par exemple), ou les témoignages regroupés sous le titre « Témoins d’éveil » par la revue 3ème millénaire, consulter le site Eveil.org (et ses liens), le site d’Etre Présence (et les rencontres proposées). 

05/04/2016

"Dieu par la face Nord"...

DIEU.gifL’article (Le Monde, lecture, par Emmanuel Carrère) n’est pas lisible intégralement en ligne… Dommage. La réflexion rejoint celle d’Abdennour Bidar, je trouve, par cette recherche d’une rationalité dans un au-delà de la religion et de l’athéisme. Emmanuel Carrère parle avec enthousiasme d’un livre qu’il dit avoir lu trois fois et vouloir relire, tant il est enrichissant. Livre… sur Dieu, de quelqu’un, Hervé Clerc, qui n’est croyant d’aucune religion (mais peut avoir le « goût » de certaines, par attrait pour ce qu’elles expriment de sens ou recherche de sens, de ce mystère des questionnements humains, de l’intériorité humaine). Ni croyant, ni athée, agnostique, mais pas de ceux qui sont indifférents à ce qui participe de l’interrogation métaphysique : « Qu’est-ce que je fais là? Et c’est quoi "je"? Et c’est quoi "là"?». La face Sud de Dieu ce serait l’image populaire transmise par les religions, le personnage mythique et simple qui ne répond pas aux questions essentielles. La face Nord ce serait l’intangible qui n’a plus de visage, qui n’est plus rien de ce que les religions veulent nommer. Peut-être plus proche de ce que les mystiques fréquentent et dont les agnostiques ne se moquent pas car l’humilité du non-savoir ne se satisfait pas de la dérision… Cette pensée rejoint une sagesse questionnante, fascinante quand elle repense nos crises comme une sorte de marche vers une modernité qui dépasse le « Dieu est mort » de Nietzsche pour nous faire accéder à un autre devenir du sens. Notre pensée collective inconsciente est peut-être en train de construire une autre approche de l’ontologie fondamentale. Notre réalité, malgré toutes les horreurs qui submergent émotionnellement, est peut être moins sombre que ce que l’on croit. Je relève un passage de cette ample (et passionnante) recension : « Je pense que c’est un livre essentiel, qui pressent quelque chose qui est en train d’advenir et qui est tellement grand qu’on ne peut pas le voir : ce qui se lève et grandit au crépuscule de Dieu, la face nord. » En tout cas, moi, demain, je vais chez mon libraire… http://www.lemonde.fr/livres/article/2016/03/23/l-ascensi... 

Document de l’éditeur, éd. Albin Michel. Citations : « Le mot dieu est ambivalent. Il a un adret et un ubac. Une face sud et une face nord. » (…) « Dans une démarche et un style uniques en leur genre, Hervé Clerc nous invite à un voyage ascendant vers une réalité ineffable et cachée, qui a peu de chose à voir avec le « Dieu » que l’on nie ou confesse habituellement. »... http://www.albin-michel.fr/multimedia/Documents/espace_jo...

ROY.jpgDeuxième passage de cette chronique, qui donnera envie de lire deux autres ouvrages. Celui d’Emmanuel Carrère, qu’il mentionne, pour son rapport avec la « conversation » menée à deux (recherches et écritures tissées par l’amitié).  Celui d’Hervé Clerc, essai sur le bouddhisme de quelqu'un qui n’est pas bouddhiste. Parcours qui peuvent se faire en marge, parallèlement (pour ceux qui aiment croiser leurs lectures), ou pour préparer la fréquentation de la pensée d’Hervé Clerc (dont j’avais aimé « Les choses comme elles sont »). 

CITATION : « Dans mon livre, Le Royaume (POL, 2014), j’ai essayé de tracer son portrait et de faire entendre l’écho de la conversation que nous poursuivons depuis vingt-cinq ans, tout en marchant sur les sentiers de montagne du Valais. Dans cette conversation, je tiens le rôle de l’agnostique, et lui – du « croyant » ? Vous n’y êtes pas. Vous n’y êtes pas plus que cette personne à qui je recommandais son livre sur le bouddhisme, Les Choses comme elles sont (Folio, « Essais », 2011), et qui me disait : « Mais alors, il est bouddhiste, ton ami ? » Non, il n’est pas bouddhiste. Il n’est pas davantage hindouiste ni musulman, bien que son nouveau livre poursuive l’enquête à partir des noms de Dieu dans l’hindouisme et l’islam. »

CHOSES .jpgVoir aussi, sur le livre d’Hervé Clerc, « Les choses comme elles sont », la page de l’éditeur: http://www.gallimard.fr/Catalogue/GALLIMARD/Folio/Folio-e... 

… Et cette lecture, riche recension, de Sébastien Barbara : http://www.actu-philosophia.com/spip.php?article417 

Sur « Le Royaume », voir la critique d’un blog hébergé par l’Express (« Les 8 plumes »), rappel sur le fait que ce livre qui parle de religion est écrit par quelqu’un qui est sorti de la religion, mais dit être « troublé » par le fait d’avoir cru (et donc avoir envie de questionner la croyance et ce qui fait sa matière) : http://blogs.lexpress.fr/les-8-plumes/2014/10/30/21725/ 

© MC San Juan (TramesNomades)

03/04/2016

Penser ombre et lumière, sauver le sens : Abdennour Bidar et Kamel Daoud

BIDAR.png2012. Regard d'Abdennour Bidar sur des "récurrences tenaces". Et la lumière quand même… 

2015. Réflexion de Kamel Daoud. Pour que le sens (cherché, ouvert) ne soit pas pris en otage… 

Je retrouve par hasard ces deux textes en même temps. Publiés à trois ans d’intervalle, ils se croisent exactement pour se rejoindre et nous aider à comprendre ce qui est à l’oeuvre actuellement : les attaques contre Kamel Daoud et l’enjeu majeur (soutenir cette voix, la conscience, la laïcité pour la démocratie - sauver la pensée). A travers la force de cette voix soutenir aussi celle des poètes prisonniers (Arabie saoudite, Qatar…). Refuser les injonctions qui traversent les frontières, les compromissions, le silence honteux, les alliances honteuses avec l’oppression. 

Relecture de l'entretien d’Abdennour Bidar (propos recueillis en 2012, Le Monde des Religions) pour penser les attaques contre Kamel Daoud et être plus armé pour le défendre, en mesurant mieux le contexte 2012-2016 (et suite…).

« Comment sortir de la religion », entretien de 2012, donc… Mais explication par avance des racines des alliances entre sociologues et traditionalistes (ou carrément, cf. tribune des 19, entre sociologues et islamistes). Citation : « Les traditionalistes musulmans deviennent de plus en plus sociologues et certains sociologues, vaincus par leur empathie naturelle, viennent de plus en plus au secours des traditionalistes musulmans. » Cette phrase introduit sa réponse à la dernière question de l’entretien, où il précise ce qu’est cette alliance, ce qu’est le contexte (« crise spirituelle » et « sous-culture religieuse ») et ce que sont les « récurrences extrêmement tenaces et critiquables » présentes dans les sociétés musulmanes. Il évoque (en musulman et islamologue), ses fortes divergences avec Tariq Ramadan. Il parle du présent de 2012, mais ce qu’il dénonce se déroule là, en 2016, accentué, évident, plus destructeur encore, et plus assumé. Les attaques contre Kamel Daoud sont à situer dans ce qu’il dit de ce contexte de compromission intellectuelle, de dévoiement de la pensée tombée dans le piège d’une idéologie fourvoyée par complaisance politique à la domination du religieux… Alors qu’on entre dans l’ère de la fin des religions (pas de la spiritualité : des religions)… Cet entretien n’est pas un plaidoyer pour l’athéisme, rien de tel (Abdennour Bidar est plus proche d’un mystique que d’un athée, quand on le lit). Il traite de la fin de la religion (de la religion, pas de la spiritualité ou d’un rapport à la transcendance) pour penser une troisième voie, qui se situerait « par-delà religion et athéisme ». (Réflexion développée dans un ouvrage titré « Comment sortir de la religion », éds Les Empêcheurs de penser en rond / La Découverte, 2012)... http://www.lemondedesreligions.fr/culture/abdennour-bidar... 


mms_img1824734821.jpgRetour vers un texte de Kamel Daoud sur Tunisie Focus
, avril 2015… « Il faut être laïc pour sauver la religion ». Car les attaques contre Kamel Daoud veulent (en posant le soupçon de la dite « islamophobie ») donner de lui une image trompeuse (à laquelle adhèrent parfois ceux qui le défendent, soupçon d’islamophobie en moins mais confusion commune). Kamel Daoud n’est pas dans un combat contre la religion en tant que telle, ou contre les démarches de ceux qui cherchent un sens transcendant. A le lire on comprend qu’il combat les manipulations, les idéologies meurtrières, et, justement, la pollution des concepts qui permettent de penser les questions des êtres humains sur le sens et les réponses qu’ils se donnent. Il n’est pas un militant de l’athéisme, mais un penseur de la laïcité (celle, sans adjectifs, qui respecte autant  les croyants que les agnostiques ou les athées).  

CITATIONS… « Dans le monde dit ‘arabe’ c’est le ciel qui trace les frontières de la Terre et transforme les nations en nuages éphémères. C’est le nouveau siècle et les pays du coin sont des tracés sur le sable…» (…) « Le ciel s’y joue et tue l’homme qui passe ou s’y attarde. Cela se passe ainsi quand on ne sépare pas religion et État, péché et délit.» (…) « Les religieux sincères devraient être les premiers à défendre la laïcité. » (…) « Sauf que le mot a mauvaise presse, sali par ceux-là mêmes qui disent que la laïcité est un crime contre Dieu et un complot de l’Occident. Cela se comprend : l’assassin défend son masque. S’il vous dit que séparer la religion et la politique est un péché c’est parce qu’il fait de la politique au nom de la religion. » (…) « Séparer l’État de la religion sauve al religion de ceux qui la salissent et la manipulent. » (…) « Cela permettrait de libérer une religion de la prise d’otage par la violence. C’est alors que l’on parlera de l’homme, de l’amour d’un Dieu, de sens, de vision, de conviction…»... http://www.tunisiefocus.com/politique/il-faut-etre-laic-p... 

Chroniques de Kamel DAOUD, Impact24.info http://www.impact24.info/category/chroniques/kamel-daoud/ 

Articles de Kamel Daoud, Le Quotidien d’Oran, sur Djazairess… http://www.djazairess.com/fr/author/Kamel+Daoud 

Chronique régulière dans Le Point : http://www.lepoint.fr/journalistes-du-point/kamel-daoud

……….

« Cultures d’islam », Abdennour BIDAR sur France Culture, les émissions : http://www.franceculture.fr/personne-abdennour-bidar.html

Article, Abdennour Bidar, octobre 2010, « L’absence de spirituel est un problème, pas l’islam ». CITATION : « Ici en France, une laïcité mal comprise nous a fait expulser hors du champ public toute recherche en commun d’un souverain bien spirituel… Or, cette laïcité française est une chance, si aujourd’hui nous nous en saisissons pour chercher tous, avec nos musulmans, dans le respect et la compréhension mutuelle, ce qui en amont de la dignité de la personne humaine la fonde spirituellement. »... http://www.lemonde.fr/idees/article/2015/10/27/l-absence-... 

Livres d’Abdennour Bidar (en rapport avec le sujet traité ici) :

« Comment sortir de la religion », éds. La découverte, coll. Les empêcheurs de penser en rond, 2012. (Sortir de la religion n’est pas, pour lui, sortir de la possibilité de penser la transcendance, mais se libérer des instances qui imposent leurs dogmes. De même, Kamel Daoud, défendre la laïcité, valeur de liberté, ce n’est pas vouloir la disparition des dimensions religieuses, c’est refuser leur instrumentalisation politique. Ils se rejoignent dans l’exigence d’une raison lumineuse…). http://www.editionsladecouverte.fr/catalogue/index-Commen...

et...  « Lettre ouverte au monde musulman », éds. Les liens qui libèrent, 2015 : http://www.editionslesliensquiliberent.fr/livre-Lettre_ou...

27/02/2016

Pour Kamel Daoud. Sur un texte de soutien...

mms_img-2007196497.jpgIslamophobie?

« Quel islam pour quelle phobie ? L'islam de Médine ou l'islam de la Mecque ? L'islam soufi ou l'islam de Daech ? L'islam de Sayyid Qutb ou celui de Mahmoud Taha ? L'islam qui lapide ou l'islam d'Averroès ? L'islam de Mohammed Arkoun ou l'islam des ténèbres ? / N'a-t-on pas le droit de chercher à saisir la frontière qui sépare l'islam de l'islamisme, de comprendre comment l’islamisme se transforme en terrorisme ? »

Karim Akouche, chronique, Marianne, 26-02-16http://bit.ly/1T5aqvJ 

……………………………………………………………………………

Les 19 inquisiteurs (la tribune polémique…) osent parler "d'islamophobie" au sujet de Kamel Daoud, ce qui n'a pas de sens et démontre à quel point la notion est utilisée de manière perverse par des gens qui ont traversé la frontière qui sépare la lecture critique (droit que personne ne conteste, si c'est argumenté et fondé) du procès idéologico-religieux. Ils ont aussi traversé la frontière qui sépare le refus éthique de toute discrimination sur la base de l'ethnie ou de la foi et l'hystérisation fanatique de lois communautaires (interdiction de penser autrement que ce qu'exige de nous la norme des appartenances ethniques et religieuses, ou supposées religieuses). C'est poser un interdit sectaire, et refuser la liberté de conscience, droit humain s'il en est, dans la totale confusion. Ces gens devraient lire Amartya Sen…  

J'apprécie beaucoup le passage de l'article où Karim Akouche, en renvoyant un questionnement au sujet de ce soupçon diffamant "d'islamophobie", demande de quel Islam ils parlent. Car on ne peut certainement pas mettre sur le même plan, et derrière le même mot, l'islam lumineux des soufis (dont tous nous pouvons nous nourrir pour grandir en humanité), l'islam dit des Lumières, celui de la haute sagesse, d'une philosophie, d'une métaphysique rigoureuse, l'islam humble des croyants qui entrent une morale de vie, et l'islam de haine de criminels pouvant tuer une petite fille qui fuit, regardant son visage avec des yeux sans conscience... tuer (Toulouse). De criminels voulant débarrasser la terre de la musique, de la danse, des mots de la pensée.  Et ne pensant du corps que la violence (viol, meurtres, décapitations), des femmes que l'effacement et la domination. L'islam des sages et des méditants n'est pas celui des intégristes ou de leurs complices (ces gens qui préparent avec des anathèmes la route des assassins. Et qui le savent (ou sont fous). Non, Kamel Daoud n'est pas seul... La preuve, ces écrits (journalistes, écrivains, blogueurs) de gens qui signent des engagements de liberté. 

« Kamel Daoud ne hait pas les islamistes, il les combat », par Karim Akouche, Marianne, 26-02-16 : http://www.marianne.net/agora-kamel-daoud-ne-hait-pas-les... 

……... Mise à jour, 28-02-16, articles : 

« Kamel Daoud ou la défaite du débat », de Michel Guerrin , Le Monde, 26-02-16. Soutien de K.D., car la défaite n'est pas la sienne. (Et citation de Hugues Lagrange, joint en Inde, et qui soutient Kamel Daoud)  http://www.lemonde.fr/idees/article/2016/02/26/kamel-daou... 

« Sexe, islam, et polémiques », de Caroline Hayek, 22-02-16. L’Orient-Le-Jourhttps://www.lorientlejour.com/article/971657/sexe-islam-e... 

« La double fatwa », par Michel Onfray (le début, seul en ligne), Le Point, 24-02-16. Pour le titre, très juste, et quelques lignes  http://www.lepoint.fr/editos-du-point/sebastien-le-fol/mi...

Soutien. "Au-delà du relativisme culturel. pour une défense et illustration de la pensée critique". Par Amira Bouraoui et Maya Boutaghou, 28-02-16 . « …Montrer que notre liberté d’expression et notre esprit critique sont les seules réponses à une forme d’aveuglement bien pensant. »: http://www.chouf-chouf.com/chroniques/au-dela-du-relativi...

« Au nom de Kamel Daoud », par Fawzia Zouari (auteur du livre « Je ne suis pas Diam’s », Stock, ouvrage qui parle d’islam, de féminisme et de laïcité, à partir de sa propre expérience de musulmane laïque et d’une grande culture). Elle donne totalement raison à Kamel Daoud, en rappelant des réalités, en opposant la lucidité à l’aveuglement et aux complaisances. Libération, 28-02-16  http://www.liberation.fr/debats/2016/02/28/au-nom-de-kame... (Citations : « Oui, le concept de ‘oumma' recouvre l’adhésion à des certitudes dogmatiques aujourd’hui plus que jamais attestées sous le voile et le qamis. » (…) « Oui, les intégristes sont dans la culture de la mort. » (…) «Les signataires de la tribune appellent à un «débat apaisé et approfondi». Cela veut dire quoi, au juste ? Qu’on occulte ce qui ne va pas dans nos sociétés ? » (…) « Il existe, en France, une élite de gauche qui entend fixer les critères de la bonne analyse et qui veut faire de nous les otages d’un contexte français traumatisé par la peur de l’accusation d’islamophobie. » (…) « La même élite qui s’essaie à l’exégèse coranique et cherche la bénédiction de religieux devenus ses principaux interlocuteurs, aux dépens des musulmans laïques réfractaires au rôle de victime. » / « Cette tendance à dicter aux intellectuels arabes ce qu’ils doivent dire ou ne pas dire sur leurs sociétés confine au néocolonialisme » (…) « Or c’est d’un nouveau discours que nous avons besoin de la part de la gauche. » Nous sommes de plus en plus nombreux dans le monde arabo-musulman et ailleurs à penser que le salut de l’islam comprend et exige la relecture de l’islam. » (…) « Et si certains veulent se constituer en brigade anti-islamophobe, assimilant toute critique de l’islam à un sentiment de peur ou de haine, nous estimons que notre rôle à nous est d’éveiller les consciences sur le poids de nos tabous spécifiques et les maux de nos sociétés en attente de liberté. » (…) « Sachez que des Kamel Daoud, il en naît tous les jours de l’autre côté de la Méditerranée. Et c’est là un signe de bonne santé. » (« En cela, et contrairement à ce que vous pensez, ils ne sortent pas de leur monde ni ne souffrent de déni d’identité. Bien au contraire. Ils s’inscrivent dans une autre tradition de l’islam, celle des poètes rebelles et des penseurs du doute… »)

« Kamel Daoud dérange le confortable angélisme sur l’islam », Marianne, 25-02-16. Abdallah Soidri rappelle le contenu de la tribune de Fawzia Zouari parue dans Jeune Afrique et le contexte de sa réponse aux attaques contre Kamel Daoud. (La page comporte plusieurs liens) http://www.marianne.net/fawzia-zouari-kamel-daoud-derange...

..........

Autres notes : tag Kamel Daoud

 

06/02/2016

LAÏCITÉ... sans adjectifs, mais en débat.

Débat houleux, ces derniers temps. Et faits inquiétants, parallèlement.

Cela rend nécessaire le retour sur des articles récents (polémiques, heurts, malentendus ou hypocrisies) et sur des textes récents et plus anciens, qui donnent des outils pour la  réflexion.

Le débat oppose la ligne de Jean Glavany, par exemple, d’un côté, et de Jean-Louis Bianco (qui, en arrivant à la direction de L’Observatoire de la laïcité, disait qu’il n’y avait pas en France de problème de laïcité…). Le Parisien publiait le 23-01-16 un entretien avec chacun d’eux. On pourra lire l’introduction, qui résume un peu la problématique : http://www.leparisien.fr/espace-premium/actu/la-laicite-e... ((Jean Glavany rappelait cette déclaration de JL Bianco, en réfutant sa véracité, et refusait aussi le fait qu’on ajoute à la notion de laïcité des adjectifs qui la réduisent. « A chaque fois que l’on accole un adjectif au mot de « laïcité » c’est que, en fait, on la combat. » (…) « Je ne connais pas plus de laïcité pure et dure que de laïcité impure et molle. Je connais la laïcité tout court. Ceux qui se disent laïques et qui stigmatisent une religion, quelle qu’elle soit, ne sont pas des laïques. C’est tout. La laïcité n’est pas antireligieuse : elle a fait la paix avec les religions et combat les intégrismes. »—-  Jean-Louis Bianco, lui, réfutait les critiques qu’on adresse à l’Observatoire de la laïcité, considérant qu’il manifeste un recul de l’exigence laïque et des complaisances devant les dérives intégristes. Il rappelait, pour répondre à cela, l’arsenal juridique et les publications de l’Observatoire… Mais s’il reconnaissait des tensions dans les hôpitaux il ne mentionnait pas les faits dérangeants signalés par des travailleurs (cf., à la RATP, des chauffeurs refusant de s’asseoir sur un siège occupé précédemment par une femme, ou, ailleurs, des hommes refusant de serrer les mains d’une femme… comme on l’a vu récemment avec le comportement d’un responsable associatif - de BarakaCity - dans une émission de télévision). Il disait trouver la polémique sur le mot ‘islamophobie’ inutile (sans préciser dans quel sens : car on peut considérer le concept nécessaire pour dénoncer paroles ou faits contre les musulmans en général, ou y voir au contraire une manière de refuser toute critique rationnelle de l’islam, comme on peut faire une critique rationnelle de toute religion ou croyance, même athée…). Il notait que « Certains, notamment à l’extrême droite, instrumentalisent le principe de laïcité pour en faire une arme antimusulmans. » 

Les raisons du malaise des laïques au sujet de l’Observatoire de la laïcité sont analysées dans la tribune de Caroline Fourest dans Le Monde du 21-01-16 (lecture partielle en ligne). Gêne, est-il rappelé, quand on voit des signataires s’associer - dans un appel d’union - au rappeur Médine qui chante « crucifions les laïcards » (les laïcards étant les laïques pour les intégristes). Malaise, aussi, quand on voit Nicolas Cadène, le numéro 2 de l’Observatoire, participer à la campagne du CCIF contre Elisabeth Badinter - qui n’a jamais fait l’apologie de la haine des musulmans, elle qui a toute sa vie lutté contre tout racisme, mais qui a simplement dit qu’il fallait être capable de défendre la laïcité « sans avoir peur d’être traité d’islamophobe »… ce qui est très différent : cela signifie qu’il ne faut pas tomber dans le piège de ceux qui voient de l’islamophobie partout, dès qu’on refuse l’intégrisme ou les dérives idéologiques au nom de la religion. Lien :  http://www.lemonde.fr/idees/article/2016/01/21/pourquoi-j... 

Marianne (que JL Bianco n’apprécie pas) a rappelé le contenu de ces attaques déformant la parole d’Elisabeth Badinter http://www.marianne.net/elisabeth-badinter-mauvaise-consc...

Dans cet entretien de PhiloMag avec Elisabeth Badinter, la question du rapport au féminin est abordée d’abord, son itinéraire intellectuel, des thèses diverses, puis vient la question sur la laïcité et l’entretien développe alors des thèmes qui lui sont associés (« Il y a une terrible pression du fanatisme dans nombre de banlieues. Je m’y rends régulièrement. ») : « Elisabeth Badinter : ‘Résister à la pression du fanatisme’ » :  http://www.philomag.com/les-idees/entretiens/elisabeth-ba...

Le conflit sur la laïcitéPrécisions au sujet d’une pétition (JL Bianco), ProChoixhttp://www.prochoix.org/wordpress/?p=758

Du côté du judaïsme, voici une parole de sagesse, paisible et claire : Delphine Horvilleur, rabbin libéral, sur religion et laïcité (kippa etc.) : http://www.cclj.be/node/8971

Dans une revue d’anthropologie algérienne on trouve cette réflexion, par Mohammad Abid Al-Jâbirî (ample) sur la notion de laïcité en relation avec la pensée en islam. (Mais elle ne concerne que les pays musulmans, ne peut s’appliquer à notre société et à nos structures - cependant c’est éclairant sur le rapport au terme 'laïcité', en fonction des réalités liées à l’islam qui n’a pas d’Eglise à séparer de l’Etat, mais des autorités religieuses qui interfèrent sur les droits sociaux et la pensée…) : http://insaniyat.revues.org/7974 

Plus adapté à notre réalité est cette tribune parue fin 2014 mais toujours valable. Défense argumentée de la laïcité par un penseur de culture musulmane, Al Quds Al-Arabi http://www.courrierinternational.com/article/2014/11/13/l... (Alors que j’ai vu une tribune parue sur Saphirnews - et dont je n’ai aucune envie de mettre le lien, pas de pub pour ça ici - d’un universitaire non musulman, qui relie laïcité et ‘islamophobie’, comme si la laïcité était une arme de haine. D’un côté des musulmans laïques - mais qui peuvent être croyants - et d’un autre des ennemis de la laïcité, par pure complaisance, ou ce qu’on appelle « idiots utiles de l’islamisme ». Car il ne faut pas confondre musulmans et islamistes, que ces esprits hostiles à la laïcité confondent, eux, croyant défendre les musulmans dans leur ensemble en défendant les intégristes, et en calquant sur eux leur refus de la laïcité.)

A lire aussi cet entretien avec un imam de banlieue, Mohamed Bajrafil (à Ivry-sur-Seine) originaire des Comores, Le Monde des Religions - dont une question pose problème par l’emploi du mot « laïcards » sans que soit fait un quelconque lien avec des positions extrêmes de laïques (athées militants?). Mais les réponses de l’imam sont éclairantes et assez nuancées : http://www.lemondedesreligions.fr/actualite/mohamed-bajra... 

Judaïsme et laïcité. Etude de Gérard Fellous (intègre des éléments historiques, une analyse des faits sociaux et religieux), 2014 : http://gerardfellous.com/la-laicite-francaise-lattachemen... 

Trois conceptions juives de la laïcité. Entretiens qui datent de 2003, mais sont fort intéressants et restent très actuels : Philippe Haddad, rabbin (qui met l’accent sur l’acceptation du pacte républicain, mais associe laïcité et rupture avec la croyance - ce qui n’est pas la réalité de tous les laïques, certains étant incroyants d’autres pouvant même être des mystiques, mais c’est sa perception…)—— Philippe Lazar, Président du Cercle Gaston-Crémieux (qui se réfère à la séparation de l’Eglise et de l’Etat, mais élargit cela à une évolution vers une culture diasporique où la culture de tous enrichit chacun, où l’appartenance culturelle ne s’oppose pas au respect laïc de la diversité partagée). Et David Susskind, cofondateur du Centre communautaire laïc  juif de Bruxelles (La réalité de la guerre et de la Shoah a modifié son regard sur la foi, mais donné une autre dimension au fait d’être Juif. Maintenir la culture et l’étude des textes, reconnaître la judéité en celui qui se considère Juif, même s’il est incroyant. Transmission d’une culture et d’un humanisme nourri des textes du judaïsme. Au-delà du religieux.) : http://www.claudefaber.net/presse/juif-laic.html 

Un dialogue sur christianisme, islam et laïcité, Abdennour Bidar et Fabrice Hadjadj (tout n’est pas lisible mais le début, avec des remarques à retenir, et suivent des liens vers des articles complémentaires), Le Figaro : http://www.lefigaro.fr/vox/societe/2015/06/05/31003-20150... 

Le protestantisme a vu dans les lois laïques une chance de liberté, pas une menace. texte de Janine Kohler, qui fait une synthèse claire, 1989. A lire avec la pensée des faits actuels… Mise en valeur de la notion de liberté de conscience. (… « Les idées laïques rencontraient les valeurs protestantes, notamment en ce qui concerne l'importance donnée à l'individu, à sa liberté de conscience, à son esprit critique. Pour la laïcité, comme pour le protestantisme, le but de l'éducation est de former un individu autonome, capable de faire seul ses choix et d'exercer sa raison. » (…) « Nous vivons une laïcité qui n'est pas un obstacle à la spiritualité. Nous croyons que la religion peut être facteur d'identité, sans être instrument de guerre ou d'agressivité. Seul l'appauvrissement culturel favorise l'intolérance. La laïcité nous apparaît comme un gage de démocratie. Pour les protestants cette notion reste liée à l'histoire de leurs libertés. Elle affirme que chacun, quelle que soit son origine sociale, ethnique, spirituelle, a sa place dans la communauté des hommes. » : http://www.protestants.org/?id=2027

................

Mise à jour, quelques heures après, et quelques articles lus depuis… Communautarisme contre toute ‘parole dissidente’ (article du Monde) et contre les valeurs laïques…

Amine El Khatmi a subi un lynchage virtuel pour avoir affirmé une exigence républicaine, en musulman croyant et pratiquant, élu PS, qui avait été choqué, en regardant une émission, par l’agressivité grossière d’une femme ‘au discours communautarisme militant’ (Le Monde)...

Le Figaro présente les faits, les relie, donne des liens complémentaires  http://www.lefigaro.fr/vox/societe/2016/01/29/31003-20160... 

Le Monde fait, au sujet d'Amine El Khatmi, une analyse approfondie du phénomène des réseaux ciblant des personnes dans l’univers de Twitter ou Facebook. (Tout n’est pas lisible, dommage car les lenteurs du PS - qui ne réagit que tard et peu - sont présentées  précisément, ce qui montre bien cette difficulté idéologique du PS à penser la laïcité, et cette frilosité inquiétante d’un parti à s’interroger sur le lien entre le religieux et le politique) : http://www.lemonde.fr/politique/article/2016/02/06/le-col... 

Marianne le soutient : http://www.marianne.net/amine-el-khatmi-resistant-laicite... 

 Gilles Clavreul, attaques contre lui, aussi, et regard, ici, sur ses positions réelles, Le Figaro  http://www.lefigaro.fr/vox/societe/2015/12/17/31003-20151... 

Il faudra lire le livre de Jean Birnbaum, « Un silence religieux. La gauche face au djihadisme » (Seuil). Car l’intégrisme fait le lit du djihadisme et ceux qui l’affrontent, musulmans critiques principalement, sont sacrifiés sur l’autel de la complaisance lâche. Ce qui libère un espace d'expression (de propagande) tant pour les fondamentalistes que pour l'extrême droite, son instrumentalisation mensongère de la laïcité.

Un exemple de difficulté (choix faits en fonction d'une conception "ouverte" de la laïcité, avec adjectif donc)... Accommodements problématiques et flou (de l’ODL, Observatoire de la laïcité ) sur la notion de  prosélytisme : où commence-t-il, ou pas?  http://www.ufal.org/laicite/laicite-a-lhopital-public-de-...

...................................................................................................................................................

RESSOURCES pour la LAÏCITÉ. SITES associatifs, BLOGS...et leurs liens (+ livres, dossiers, revues, textes, bibliographie, citation...).

CLR. Comité Laïcité République (avec, notamment, une bonne revue de presse bien actualisée) : http://www.laicite-republique.org/#&panel1-2 

LaïcArt.orghttp://laicart.org 

Obs. islam radical. IKHWANhttp://www.ikhwan.whoswho 

UFALhttp://www.ufal.org 

ProChoix. Veille/intégrismes : http://www.prochoix.org/wordpress/

FCI. Femmes contre les intégrismeshttp://www.fci-asso.org

CCLJ. Juifs laïques : http://www.cclj.be 

RAJEL. Judaïsme laïquehttp://www.rajel.eu 

Daniel Horowitz, « La Laïcité à la juive » https://blogs.mediapart.fr/daniel-horowitz/blog/150612/la... 

ISLAM laïque, blog : http://islamlaique.canalblog.com 

IQBAL. Pensée critique/créatrice en islamhttp://iqbal.hypotheses.org 

NSAE. Chrétiens laïques, réseau : http://nsae.fr 

BLOG (laïcité, protestantisme évangélique). Sébastien Fath http://www.laicite-republique.org/#&panel1-2 

Regard protestant sur la laïcité. Oratoire du Louvre http://blog.oratoiredulouvre.fr/2014/06/un-regard-protest...

Réponse à un message hostile, sur l’islam laïque. Par Michel Hilal Renard (et réfs. livres)  http://islamlaique.canalblog.com/archives/2014/07/03/3019...

Juifs, Français, Laïcs. Analysehttp://www.revues-plurielles.org/_uploads/pdf/9_6_7.pdf

Voir aussi les BLOGS de Leïla Babès, Jacques Benillouche, Caroline Fourest, Mohamed Louizi (2 blogs), Nadia Geerts, Daniel Horowitz… Etc. Pour diverses notes. Et des sites personnels, comme celui de Chahla Chafiq (ses livres, articles, interventions), ou les billets de Sérénade Chafik, sur HuffingtonPost... (LISTE "Laïcité", marge droite).

Et consulter le site de Religions pour la paix (voir les conférences prévues, l’appel 2014 des 110, signable au-delà, et les éditoriaux de Ghaleb Bencheikh). Options de dialogue, dans le sens d’une citoyenneté laïque : http://www.religionspourlapaix.org

Cahiers de l'islam, REVUE. Philo/religion http://www.lescahiersdelislam.fr 

Revue ÉTUDES. DOSSIER LAÏCITÉhttps://www.revue-etudes.com/archive/report/index.php?cod...

DOSSIER de l’Agora :http://agora.qc.ca/dossiers/Laicite

PHILO MAG. DOSSIER. Contre le fanatisme (doute et raison…) http://www.philomag.com/les-idees/dossiers/guide-dautodef...

PHILO. Point de vue d'un philosophe égyptien, Mourad Wahba. "Pas de démocratie sans laïcité"  http://www.memri.fr/2016/02/12/le-philosophe-egyptien-mou... 

Presse :FRÈRES musulmans et BELGIQUE otage : http://laicite-revue-de-presse.fr/?p=4176  ET... VOILEhttp://laicite-revue-de-presse.fr/?p=7130

Laïcité. Fondements juridiques  http://www.ladocumentationfrancaise.fr/dossiers/d000095-l...

Manifeste (« Pour une spiritualité laïque et universelle ») : http://www.unisson06.org/manifeste_unisson.htm

CITATION : « La laïcité constitue le cadre qui rend possible la manifestation de la diversité sans morcellement communautariste de l'espace civique, préservé à la fois comme fondement de paix et comme horizon d’universalité. » Henri Pena-Ruiz, phrase en exergue sur le site unisson06.org (Spiritualité laïque).

Fractures, deux conceptions de la laïcité. « Pour le sociologue Philippe d'Iribarne, la notion de «laïcité ouverte» est spécieuse et équivaut à une démission de l'État face aux islamistes. » : http://www.lefigaro.fr/vox/societe/2016/02/08/31003-20160... 

ENTRETIEN.Rachid Ahrab. « Laïcité, islam, intégration... On est dans la dictature de l’urgence » http://tempsreel.nouvelobs.com/societe/20160126.OBS3425/l... 

ENTRETIEN. Sérénade Chafik. « Femmes et islam. A qui appartient le corps des femmes?» http://yaelmellul.livehost.fr/2015/12/23/femmes-et-islam-...

LIVRE. La marque du sacré, JP Dupuy : http://www.carnetsnord.fr/titre/la-marque-du-sacre 

LIVRE. Dialogue, trois regards (dont place des religions dans Etat laïc), « Les Enfants d’Abraham » http://www.fraternite-dabraham.com/les-enfants-dabraham-u...

LIVRE. « En finir avec la tolérance? Différences religieuses et rêve andalou », d’Adrien Candiard, éd. PUF, 2014. Excellente recension, par Bertrand Wallon, sur ‘Chrétiens de la Méditerranée’ : http://bit.ly/1VZhF6f  

LIVRE. Islam et laïcité : http://www.memoire-mediterranee.com/index.php?p=phom&...

LIVRE. « Femmes sous le voile face à la loi islamique », de Chahla Chafiq et Farhad Khosrokhavar, éd. Le Félin, 1995 : http://bit.ly/1oYQ7De 

LIVRE, synthèse… « Je ne suis pas Diam’s », de Fawzia Zouari , éd. Stock, sept. 2015 : http://www.editions-stock.fr/je-ne-suis-pas-diams-9782234... 

TEXTE, Jean Jaurès, « La laïcité par légitime défense » : http://www.jaures.eu/ressources/de_jaures/la-laicite-par-...  (Voir aussi à TEXTES et DOCS, liste "Laïcité", marge droite)

BIBLIOGRAPHIE (ample) : http://www.cairn.info/histoire-de-la-laicite-en-france--9... 

TEXTES de référence et vocabulaire : http://www.institut-jacquescartier.fr/2010/10/la-laicite-...   ET… http://abo.marianne.net/hors-series/hs-les-textes-laicite...

Et…documents, ODL.gouv : http://www.gouvernement.fr/documents-de-l-observatoire-de...

08/11/2015

Sagesse de la distanciation...

« C’est toi-même qui doit être la tâche »

Franz Kafka, « Méditations sur le péché, la souffrance, l’espoir et le vrai chemin », « Cahiers posthumes », cité par le rabbin Yann Boissière. 

Prises de position, ou de postures, disputes idéologiques, oppositions communautaires, déplacement des conflits sur le terrain des affrontements passionnels… Instrumentalisation par les uns (ou par les autres), mauvaise foi (ou ignorance), souvent, alibi (ou calcul) pour des glissements parfois nauséabonds et dangereux… Nous sommes enfouis, sous des masses d’informations, de mots, d’images… Et dans ce qui est aussi, donc, une guerre des images, réelles (ou trafiquées). Données à voir, ou métaphoriques.

Pensée et recul, pour rendre possible… « une distanciation percutante, personnelle, sur la réalité de nos existences. Conviction, enfin, que pour changer le monde, il faut commencer par se changer soi-même. » (Source : harissa.com)  

Franz Kafka, fiche wikipedia : https://fr.wikipedia.org/wiki/Franz_Kafka

Yann Boissière, Akadem  http://www.akadem.org/conferencier/Boissiere-Yann-229.php