15/06/2026
L'Intranquille n°30

En couverture une photographie de Julien Merieau (avec des bribes de collages) qui semble une peinture abstraite où on peut voir un paysage imaginaire, ciel étoilé ou crépuscule flamboyant.
Riche ENTRETIEN (de six grandes pages), Philippe Beck répond aux questions (amples) de Pierre Jamet. Deux parties, « Situation de Philippe Beck », puis « Lier et délier, forme et chaos ». L’ensemble est titré « Une certaine quantité d’inconnu ».
Pierre Jamet aborde la question du statut de l’auteur, en liant le terme «impersonnage » à « l’idée de l’impersonnalité, de disparition du sujet », d’une part, et au rejet du lyrisme, d’autre part. Au cours de ses propositions il se réfère à Rimbaud, sa notion de modernité « absolue ». Répondant, Philippe Beck met l’accent sur le questionnement de la «fonction-auteur ». Rappelant les théories de Foucault ou Barthes il note que « l’impersonnalité qui obsède les théories de ces années (notamment à travers Barthes) ne met pas fin au désir-besoin de signature des textes ». Il cite Foucault (« l’anonymat littéraire ne nous est pas supportable ; nous ne l’acceptons qu’à titre d’énigme »). Dans sa critique du lyrisme qui rejoint sa réflexion sur ce que serait « une écriture dé-subjectivée (ou pré-subjectve)», dont certains avaient ou ont la « nostalgie », il constate que cela «n’implique aucunement la disparition du nom d’auteur ». Se référant à Lacoue-Labarthe, Rimbaud, Freud, Nietzsche et Derrida, il définit la distance prise avec le sujet (présence « différée », Derrida) comme « non pas une destruction du sujet, mais un déplacement de celui-ci, qui cesse de se soutenir comme centre ». Car « chacun d’entre nous est ce sujet désistant qui, non pas se fond dans une communauté qui le dépasse, mais sent qu’il n’existe qu’en tant qu’il porte en lui l’être singulier pluriel » [...] «Si bien que chaque être humain est ce Messie impossible et traversé par l’humanité qui le hante et le fait exister, étant témoin de ce qui a lieu et se trahit dès qu’il s’institue ». Il rappelle la « résistance » de Derrida à la «notion de communauté » (c’est effectivement central dans sa pensée et ses écrits).
17:38 Publié dans Recensions.REVUES.poésie.citations.©MC San Juan | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : l’intranquille n°30, françoise favretto, poésie, livres, citations, théorie littéraire, recensions, philippe beck, pierre jamet, josé vidal valicourt, maroussia, murielle compère-demarcy, renée nicole good, ne’ma hasan, poètes chinois
03/04/2024
Hommage… Daniel Giraud, poète et traducteur
Daniel se déshabille nu, jusqu’à l’os.
Théo Lésoualc’h, revue Bunker, Marc Questin éditeur (cité par Claude Pélieu)
La vigie, le barbare à rencontrer, le témoin, un collage d’être et d’âme (…) un « grand » poète, il embrasse l’entre-deux, il est à demi-plein, à demi-vide (…).
Claude Pélieu, préface de All to no-thing
Mais la nature est un temple qui suppose la surnature. La métaphysique n’est-elle pas l’au-delà de la nature ? (…) La simplicité et l’oisiveté du poète ouvrent aussi aux vertiges et dérives dans l’indicible tout-autre qui n’est autre que nous-mêmes.
Daniel Giraud, Ch’an poèmes beat tao (éditorial de sa revue Révolution intérieure n°5, 1987)
The Outsider is a man who cannot live in the comfortable (…) He sees too deep and too much, and what he sees is essentially chaos. He is the one man who knows he is sick in a civilization that doesn’t know it is sick.
Colin Wilson, The Outsider
..........................................
Daniel Giraud... est décédé dans les premiers jours d’octobre 2023, pour rejoindre le Tout des anarchistes mystiques, le vide ternaire du Tao, cet absolu non-duel…
Quand j’ai vu par hasard ce fragment de Colin Wilson, extrait de The Outsider1, j’ai tout de suite pensé à Daniel Giraud, cet Outsider qui voyait « trop profond et trop », et que le « chaos » du monde révoltait, en libertaire rêvant d’un autre horizon du possible, et trop seul à le rêver. Si la civilisation « ne sait pas qu'elle est malade », cela rend malade ceux que cela désespère. Et Daniel Giraud, qui oscillait entre une tension vers ce qui pouvait rejoindre la joie et la bascule dans le désespoir, posait, contre cette solitude de conscience, l’écran de multiples dons permettant d’atteindre le tout-autre qu’il évoquait justement. Tant de curiosité pour des connaissances formant le puzzle d’une même recherche, que Claude Pélieu, dans sa préface de 2014 (pour All to no-thing), liste une litanie de mots pour le définir : traducteur, astrologue, poète, nomade, chanteur de blues, libertaire, citoyen du monde, grand voyageur, etc.
03:54 Publié dans CITATIONS.exergues.incipit.excipit, POÉSIE, Recensions.LIVRES.poésie.citations©MC.San Juan | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : daniel rigaud, poésie, traduction, tao, anarchie, libertaires, mystiques, spiritualité, poètes chinois, citations, révolution intérieure, philosophie, alchimie, métaphysique






















