Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

25/06/2019

"Autopsier un mirage". Dossier Michel Mourot, poète et photographe (À L'Index N° 38)

michel mourot,poésie,photographie,À l’index,À l’index 38,autopsier un mirage,jean-claude tardif,hervé carn,michel cosem,michel lamart,patrick mouze,béatrice pailler,christian travaux,james sacré,denis rocheil faudrait au poème un vide
photographique un en-deçà de la langue
où la nuit se sente progresser
     Michel Mourot, 'Dans le coeur de la distance', éds. de La Différence, 2005
 

michel mourot,poésie,photographie,À l’index,À l’index 38,autopsier un mirage,jean-claude tardif,hervé carn,michel cosem,michel lamart,patrick mouze,béatrice pailler,christian travaux,james sacré,denis rocheAu centre du paysage, un œil.
et la lumière comme on sculpterait 
le tonnerre d’une caresse
   Michel Mourot, 'Façons du feu, Façons du froid' (31 poèmes hors recueils). À L’Index 38, 2019
 
michel mourot,poésie,photographie,À l’index,À l’index 38,autopsier un mirage,jean-claude tardif,hervé carn,michel cosem,michel lamart,patrick mouze,béatrice pailler,christian travaux,james sacré,denis rocheJe rêve parfois d’un poème
comme d’un objet fractal.
chaque vers, la réduction
exacte du poème entier
    Michel Mourot, 'Approches du poème par le désespoir de l’air'
(Textes du tapuscrit hors recueil, À L’Index 38, 2019. Ce titre est dans le recueil 'Intimités du chaos', éds de La Différence, 2007)
                                       Michel Mourot (poète et photographe, 1948-2009)
 
Je n’avais jamais rien lu de Michel Mourot, dont je ne savais rien, et donc pas du tout ce qui m’a tout de suite interpellée et intéressée : qu’il soit poète « et » photographe. C’est ce « et » qui m’a donné envie de lire attentivement ce dossier au beau titre, « Autopsier un mirage » (titre qu’on retrouve en entrée du texte de Michel Lamart, qui étudie, notamment, la création photographique et le visible dans la poésie de l’auteur. Ce titre traduit bien le projet du dossier complet, qui veut nous faire pénétrer dans le mystère d’un destin d’écriture et de regard (interrompu par un accident de voiture). Mais dit aussi à quel point il ne se donne pas d’emblée. Et « autopsier », le poète cherche cela dans son écriture et pour l’écriture. Il y a une acuité de recherche qui se veut en quelque sorte une effraction du langage. Dans certains textes il déchire tout : lignes, mots, syllabes, lettres, signes. Même la ponctuation est détournée de ses effets (un point suivi d’une minuscule, par exemple, prend un autre sens que celui d’une fin de phrase, il marque son espace dans la phrase même). Parfois c’est cela et parfois pas du tout. Deux directions, deux manières de faire trace.
 
Jean-Claude Tardif, l'éditeur, nous dit, en un bref avant-propos, les conditions de l’existence de cette publication. Rencontres, fidélités. Les sept contributeurs nous font entrer dans l’intimité complexe d’un artiste, et dans une oeuvre qui est beaucoup, me semble-t-il, déchirure. 
 
Ainsi, on lit…
Hervé Carn (qui se souvient de ses rencontres avec le poète, autour du cinéma et de la poésie).
Michel Cosem (poète et éditeur, qui le publia, à « Encres vives »).
Michel Lamart (à l’initiative du dossier ).
Patrick Mouze (qui présente des inédits).
Béatrice Pailler (qui écrit des poèmes en marge des photographies de sol et d’eau).
Christian Travaux (qui étudie les paradoxes du travail de « désécriture »  du poète, sa « rage » à casser, biffer, griffer, abréger, pour, dit-il, « écrire l’écrire »).
Et le poète James Sacré (qui le connut par le hasard d’une recension que fit Michel Mourot sur un de ses livres, ce qui le fit vouloir le rencontrer). Et qui, rappelant le méchant propos d’un poète d’alors au sujet des textes de Michel Mourot qu’il qualifiait de « galimatias », dit que l’auteur, lui, ne prenait pas cela péjorativement, car il y retrouvait la qualité (donc au contraire de l’intention négative) de sa démarche de déconstruction. James Sacré, montre justement, à partir de cela
 (rejoignant la lecture de Christian Travaux) la force littéraire de ces biffures et cassures - car elles sont conscientes, et nommées dans les poèmes (« gestes foudroyés », « séisme »). Oui, il y a toujours des gens qui veulent avec arrogance juger les autres sans les comprendre… Et, à l’inverse, des écrivains se faisant lecteurs pour révéler ce qu’ils reconnaissent dans une œuvre, comme ceux-ci dans ce numéro.
 
Michel Mourot affirme une volonté formelle de la destruction des normes du poème, tout en cherchant avec obstination à construire, à structurer le poème et le recueil (on voit des plans divers et des variantes), en défaisant et reprenant autrement l’ordre et les titres. Il bouscule, crée des scansions, des heurts, met des signes, des chiffres, des parenthèses…
Parenthèses. J’aime ce mode de pensée, car c’en est un, où on inscrit ainsi l’in-fini (le non fini) d’une interrogation sur le sens. Façon de dire que rien n’est figé, qu’il y a encore autre chose à dire. Et même s’il n’y a rien de noté, juste le signe, la parenthèse est l’inscription d’une digression intérieure, la pause dans la pensée pour plus de pensée (ou au contraire la méfiance de ce qui serait un « trop » de pensée). Et simplement l’espace suggéré du regard non transcrit. Le photographe en lui sait qu’il ne peut tout dire de la vue, que la poésie est visuelle mais échappe cependant à une totalité illusoire de la captation des images. Entre la poésie et la photographie Denis Roche mettait un « parce que » liant les deux créations, l’une imposant l’autre. J’ai l’impression que, quoi que puisse être une possible concordance entre eux (puisque Michel Mourot connut et apprécia l’oeuvre de Denis Roche) c’est différent. Je crois que ce serait, là, un « malgré ». La poésie malgré la photographie, et inversement. Tension : « Cerner le lieu, qu’y puis-je ? ». Mais de toute façon l’œil est omniprésent. Écrivant c’est parfois comme s’il frottait les mots pour les user et en faire sortir le visible, rien que le visible, à force d’effacer le reste : « Les abréviations sont des mots foudroyés ». (Poète foudroyé ?).
 
J’aime, dans les trois photographies proposées, que ce soit matière d’eau, présence du sol, « matière-fantôme » : « Je photographie la pluie » écrit-il. Et : « la voix nous vient des pierres. / on n’échappe pas au sol. » Il va loin, dans ce sens : « l’écriture me vient des pieds ». Peut-être car ainsi il poursuit l’auscultation du réel et de soi, mais pas devant une table. Saisir la topographie des lieux comme il trace une typographie heurtée. Démultiplier les cadres du réel en marchant, car les regards successifs impriment des images en surimpression, et cela dérange l’immobilité, les certitudes sur ce qui est. Alors que l’immobilité peut faire mentir la perception. Ainsi il déchiffre les « cicatrices de la terre » et choisit «  Plutôt l’incertitude ».
 
Pour moi c’est une rencontre majeure que cette lecture. Émue devant des proximités étonnantes (en ce qui concerne la photographie et ce qu’on peut dire de la photographie). Moi avec ma série de flaques, fascinée par ces surfaces d’eau, ce qu’elles révèlent. Mes ombres sur le sol, et ma réflexion sur ce rapport au sol, à la surface. Mais j’aimerais que des photos de lui soient regroupées dans un livre (avec ce qu’il a pu écrire sur la photographie et le regard, dont les citations lues dans À L’index, à ce sujet). 
 
J’aurais aimé le citer beaucoup plus, tant j’ai apprécié de passages des textes. Mais il y a la revue pour les lire… 
 
MC San Juan
 
Réponse au commentaire (transmise aussi directement).
Merci, Michel, pour ce retour. C'est précieux, quand on écrit sur le travail des autres, que savoir comment ils reçoivent cette lecture. Ces recensions sont l'autre face de mon écriture, qui compte, car la lecture est au sommet des pratiques préalables à la création, pour moi. J'ai aimé ce dossier, beaucoup, car il traite de questions qui me sont intimes, et l'art double de Michel Mourot est celui d'un frère en regard. Les auteurs qui ont ouvert, avec art, le sens profond de sa démarche ont fait oeuvre juste.
Et, oui, il manque un paragraphe sur le CD, la voix. Je le ferai, plus tard (date incertaine, car serai longtemps loin du CD...).
 
LIENS... 
Sur une conférence (à Reims) autour de ce numéro d’À L’Index…Texte introductif.
Bio-bibliographie, liste des livres (dont plusieurs à rééditer…).
À L’Index N° 38
Commande : Le livre à dire, Jean-Claude Tardif, 11 rue du Stade, 76133 Épouville. Le dossier, et le CD associé (voix de l’auteur) 17€

21/06/2019

Traversée thématique. De l'aleph au son, des livres et des livres...

SILENCE.jpgJe prolonge ici une recherche commencée avec une note en 2013 (lien ajouté, note qui suit). Silence entre les mots, entre les textes, par les textes... Titres de livres à découvrir. Poésie, spiritualité, art, philosophie... J'ai noté en titre "De l'aleph au son"... Car le silence est  présent dès l'alphabet dans le processus d'écriture, et paradoxalement il permet d'arriver au son : musique des mots, musique de la poésie, chant intérieur du sens.

POÉSIE, fragments.

. Traduit du silence, Joë Bousquet, 1942. L’Imaginaire/Galliimard, 1995 

. Les récifs du silence, d’Ahmed Azeggah, éd. Quatre vents, 1974 

. Ce pays du silence, Charles Juliet, P.O.L., 1992

. Entre parole et silence /Haïkus, de Georges Bogey, Éds de L’Astronome, 2009 

. Jours de silence, Henri Michaux, Fata Morgana, 2010 

. Puisqu’il est ce silence (Prose pour Henri Meschonnic),  

   Jacques Ancet, Lettres vives, 2010

. Prologue au silence, François Jacqmin, La Différence, 2011

. Hélène Duc. Le silence de l'autre rive, Unicité, 2014

. Silences (Haïkus), Vincent Hoarau, Unicité, 2016

. Variations sur le silence, Philippe Mac Leod, Ad Solem, 2019

. Dans les plis du silence / Poèmes de la nuit, Gérard Mottet, Unicité, 2019

   ……………………………………………………………..

SPIRITUALITÉ

. La force du silence, Carlos Castaneda, Gallimard, 1988

. Dans le silence de l’Aleph, Claude Vigée, Albin Michel Spiritualités, 1992

. Le son du silence, Karlfried Graf Dürckheim, Cerf, 1993

. La Révolution du silence, Jiddu Krishnamurti, Stock, 1994

. L’arbre du silence, Jeff Perreau, Altess, 1997

. La mystique du silence, Jacques Vigne, Albin Michel Spiritualités, 2003

. Eloge du silence, Marc de Smedt, Albin Michel Espaces libres, 2015

……………………………………………………………….

REPÈRES. Récits, histoire.

. Le Silence de la mer, de Vercors (Jean Bruller), 1942, Minuit clandestines. Livre de poche, 2000  

   et La bataille du silence, Souvenirs de minuit, rééd. Minuit, 1992

. Silence (roman historique sur les persécutions des chrétiens au XVIIè siècle au Japon) de  Shūsaku Endō, 1966 (Japon), Folio Gallimard, 2010.

. Le Silence, Nathalie Sarraute, Gallimard, 1967, Folio Gallimard, 1993

. Une histoire du silence : De la Renaissance à nos jours. Alain Corbin, Albin Michel, 2016

………………………………………………………………………………

Pensée de l’art. ESTHÉTIQUE

. Les Voix du silence, d’André Malraux (art, philo, esthétique), Gallimard, 1951

……………………………………………………………………………

… ART

PEINTURE. Le Christ du silence, d'Odilon Redon (1840-1916)

SCULPTURE. Le Silence, d’Auguste Preault (1809-1879)

ARCHITECTURE. Silence et lumière, conférences (1955-1974) de l’architecte et théoricien Louis Isadore Kahn, éds du Linteau, 1996

PHOTOGRAPHIE. Photographier le silence. Titre d'un dossier en ligne sur l’art de la photographe danoise Trine Søndergaard (née en 1972). Elle montre l’absence, l’apparence, le retrait.  (Artefields.net).

CALLIGRAPHIE. Passagère du silence / Dix ans d’initiation en Chine, de Fabienne Verdier, Albin Michel 2003. (Calligraphie, taoïsme, méditation chan. Parcours spirituel et artistique). Livre de poche, 2005.

MIME. Marcel Marceau, la poésie du silence. Livre de Rémi David et Florence Salzano. (Sur l’art du mime, sa création d’un personnage muet, BIP). éd. A dos d’âne, 2016.

OPÉRA (musique et danse). Vers le silence, documentaire de Jean-Stéphane Bron filmant le chef d’orchestre Philippe Jordan (répétitions, coulisses de l’Opéra), 2018.

MUSIQUE. Silence (Conférences et écrits), John Cage, Denoël, 1970, Héros-Limite, 2003

FOLK ROCK. The sounds of silence, de Simon et Garfunkel, 1964 (et 2009-2016-2017). Et dans la bande originale du film de Mike Nichols, Le Lauréat. 

CINÉMA. Le monde du silence, de Louis Malle et Jacques-Yves Cousteau. 1956. Exploration des fonds marins, l’univers de l’océan.

………………………………

….. LIENS web…dont articles passionnants (références, citations, bibliographies).

SigilaREVUE franco-portugaise, transdisciplinaire. Dossier : Le silence - O silêncio. Numéro 29, 2012. Thème du silence, en hommage à Cesaria Évora. En ligne, sommaire (bref résumé des articles). L’oxymore comme fil et sujets divers. LIEN… http://www.sigila.msh-paris.fr/-rubrique43-.html

REVUE. Les Cahiers du CIREM (Centre International de Recherches en Esthétique Musicale), dossier sur musique et silence. (N° 32-33-34, 1994). LIEN… http://ressources.ircam.fr/record/default:UNIMARC:19476

POÉSIE (textes). CINQ poèmes sur le silence (et titrés ainsi)… LIEN…  https://www.poesie-francaise.fr/poemes-silence/

CRITIQUEPoésie et silence (article lisible en ligne). Littérature/Larousse. Par Fernand Cambon, 1986 (Lecture de Rilke, Celan, etc.)…. LIEN… https://www.persee.fr/doc/litt_0047-4800_1986_num_64_4_1410

CRITIQUE. De Patrick Quillier, L’épreuve de silence, les preuves par silencerevue Noesis, 19 | 2012 (Article lisible en ligne, nombreuses citations, René Char, Boris Gamaleya, etc.)…. LIEN… https://journals.openedition.org/noesis/1810

PHILOSOPHIE.

Silence et philosophie. Article de Jean-Luc Solère, 2005, Revue philosophique de Louvain. Une vingtaine de pages, parcours de la notion en philosophie. A la fin une riche bibliographie (intégrant des mystiques). Lisible intégralement en ligne…. LIEN… https://www.persee.fr/doc/phlou_0035-3841_2005_num_103_4_...

...............................................................................................................................

Et voir la note précédente sur un numéro de Poésie / première... 

14/05/2019

JOFROI. Chanter l’humanisme pour "habiter la terre"...

JOFROI.jpgJofroi est auteur-compositeur-interprète. Un esprit libertaire.
(L’illustration est l’affiche d'une tournée au Québec, en 2018).
 
J'ai découvert l'artiste par hasard il y a plusieurs mois, peut-être un peu plus.
Il y a un film de Pagnol (1934) qui est titré ainsi, du nom provençal d'un personnage. Et comme le chanteur (d’origine belge), lui, vit maintenant dans le sud de la France, il a sans doute choisi ce pseudonyme pour dire son lien avec cette terre adoptive (et adoptée…).
Quand je vois tout ce qu’il a fait, disques et participations à des scènes, avec Maurane, par exemple, je suis étonnée de ne pas l’avoir découvert plus tôt.
Envie de partager. 
J’ai trouvé deux axes à son expression. Éthique de la solidarité avec les autres, d’où qu’ils viennent, et souci de la planète, avec des valeurs simples qui rejoignent celles d’une écologie de soi pour une écologie de la terre. 
 
CITATION. Voilà comment il se présente (page sur le recueil des textes) : "On entend parfois dire : "Pour être d'ici, il faut avoir ses parents au cimetière et ses enfants à l’école"... Autant dire que je suis de nulle part. Il y a bien longtemps que j'ai quitté mon village natal ainsi que la terre où reposent mes ancêtres… Et mes enfants ne sont pas tout près non plus. Mais est-ce vraiment si important ? Dans ce monde où le futur de l'homme est planétaire. Je ne suis donc ni d'ici, ni de là... Je suis à l'endroit où je vis et j'y construis des univers, en partie imaginaires. Je suis de Champs la rivière, je suis de Cabiac sur terre… Et ces mondes se métamorphosent."
Donc… Conscience planétaire, qui sait qu’on est de plusieurs endroits, de plusieurs identités, de nulle part et de partout. Mais je vois (publications critiques) que la Belgique garde un oeil sur lui… 
 
LIVRE. L’intégrale de ses textes a pour titre l’itinéraire d’un lieu à l’autre (de la Belgique francophone au sud ensoleillé, à Cabiac) : "de Champs la rivière à Cabiac sur terre" (Éditions du Soleil, 2013 - je fais le lien avec les Productions du Soleil)…
 
ENTRETIEN, sur TV5 Monde, en 2015. (Un parmi d’autres, sur la page "Actualités" du site). Au sujet d’un festival de chansons qu’il organise (Chansons de Parole, c'est-à-dire de textes). Plutôt que de chansons engagées il préfère parler de chansons  "responsables" et d’humanisme.
 
TEXTES de ses chansons (comme... l’accordéoniste, aimer ou haïr, bienvenue sur la terre, Cartier-Bresson, frontières, hasard (le), il rêve, poésie (la), prière iconoclaste, voyance…).
 
ÉCOUTER… (Voir aussi la page ‘Vidéos’ du site)...
En l’an 2000, l’humanité… http://www.jofroi.com/mp3/an2000/humanite2000.mp3 
Prière iconoclaste… https://youtu.be/PYGRdbRzC-k 
 
FICHE wikipedia (bio, discographie, implications, publications)…

01/05/2019

"Le Maître de lumière", un voyage dans le silence "qui n’a pas de fin" et "redevient Parole primordiale"

le maître de lumière,maître,jean-luc leguay,enlumineur,enluminure,initié,initiation,illuminator,lumière,sacré,saint-augustin,géométrie sacrée,spiritualité,ascèse,main de lumière,gestes,heraclius a,silence,albin michel,dervy"Le Maître de lumière" est le récit autobiographique du long itinéraire de transformation de Jean-Luc Leguay auprès d’un maître, moine italien, qui n'a de nom que celui-ci : Maître. Danseur chorégraphe, il devient, en dix ans, enlumineur initié. La maîtrise de son art passe par une métamorphose intérieure. Pour pouvoir saisir et transmettre cette géométrie sacrée qui structure une enluminure, et en fait une porte vers une dimension plus haute du réel, dans le respect du nombre d’or (comme, dit-il, pour une cathédrale).
Sur son site, Illuminator (Enlumineur), en légende d’une enluminure de l’exposition Eleven Beatus (Rockefeller Center, New York), dédiée aux victimes du 11 septembre 2001, il est noté ceci : "La structure géométrique ouvre un espace sacré".

le maître de lumière,maître,jean-luc leguay,enlumineur,enluminure,initié,initiation,illuminator,lumière,sacré,saint-augustin,géométrie sacrée,spiritualité,ascèse,main de lumière,gestes,heraclius a,silence,albin michel,dervyEn exergue, Saint Augustin ("Quelle plus belle fin pour nous que d’arriver au royaume qui n’a pas de fin.").. Pour dire ce qui sera nommé dans les dernières pages, plus ou moins "nommé" précisément. Car comment poser des mots sur ce qui est nourri par le silence ? La fin du livre, et la fin du chemin d’apprentissage, ce sera d’arriver à "ce qui sera à la fin sans fin" (Saint Augustin, l'exergue, encore).
 
Au début, c’est la danse, le corps, son monde pendant près de vingt ans, "mon unique horizon". Cet univers, dont il dit l’avoir "cru vaste". Car quand il commence à transcrire son extraordinaire itinéraire, il sait que, malgré la beauté créée, malgré la transfiguration du geste, le danseur-chorégraphe qu’il fut (passionné, réputé) n’a pas vraiment idée, alors, de ce que "vaste" veut dire. Parce qu’il n’est pas dans sa voie.
 
Pourtant c’était une vie où tout était art. Et cela le menait inexorablement vers ce qu’il vivra ensuite. Par ce travail sur le corps : le sien (danseur), celui des autres (chorégraphe). Le corps, l’énergie du corps, préparait le processus d’alchimie intérieure de sa future métamorphose, celle qui transcende la biologie. D’ailleurs le maître futur lui fera plus tard adopter une discipline gestuelle, mais autre, et secrète, propre à sa lignée d’enlumineurs traditionnels. 
C’est autre, mais finalement familier.
 
Une phrase révèle que, longtemps avant cette rencontre, en lui se préparait une conscience de ce vaste qui n’était pas encore là. Il écrit : "Pour moi, un corps qui danse et qui sue était une torche de feu". Magnifique traduction d’un mystère, et prescience troublante. Torche de feu, il le sera, en quelque sorte, plus tard, autrement. D’abord brûlé et affamé, par des travaux matériels exténuants, pour un apprentissage commencé qui est aussi une mise à l’épreuve, physique et psychologique. 
 
Dans cet ouvrage Jean-Luc Leguay n’occulte pas toute une période de vie intense, dans le bruit des rencontres, des amours, des aventures sexuelles, des voyages, des fêtes.
Mais c’est dans un instant de silence foudroyant que tout  commence vraiment pour lui.
Il est un jour à Turin, pour des représentations. C’est une période où il sent le besoin de renouveler ses chorégraphies, et il est attiré par les danses sacrées. Cherchant des documents, il va dans la Bibliothèque royale, consulte des manuscrits précieux. Le lieu est presque désert, il est concentré, intensément présent. Devant une lumineuse page de parchemin, une enluminure, se produit un phénomène extraordinaire, un "séisme". Il est littéralement foudroyé. Ce qui émane de ce parchemin, tant par le léger contact du toucher que par la vue, le bouleverse. C’est un éblouissement radical, une révélation. Pas de mots, une "onde". Seul, dans le silence du lieu, il est brûlé intérieurement par quelque chose "qui n’était pas de l’ordre du profane". Il dira de ce moment qu’il fut "ouvert par le Haut".
 
Évidence. L’enluminure sera sa voie, est sa voie. Mais il lui faudra trouver un maître artisan. Une transcendance l’a habité, l’a guidé jusque-là, l’a traversé, et lui a indirectement parlé (sans rien dire…). Foudre. Il a été illuminé par l’oeuvre d’un ancien enlumineur. Et ce n’est pas traduisible, c’est de l’ordre de l’indicible.
 
Mais si des hasards et des synchronicités ouvrent le chemin, l’épreuve est ensuite le silence des signes. C’est une longue errance avant de trouver le maître. Personne ne connaît d’enlumineurs, beaucoup pensent qu’il n’y en a plus. Mais un ermite orthodoxe italien finira par lui parler d’un moine enlumineur, ermite lui aussi, vivant seul dans une maison isolée, en pleine campagne du sud, mais peu loin d’un monastère. 
La première rencontre est extraordinaire. Après un parcours de centaines de kilomètres en voiture, il marche vers la vieille demeure indiquée, écoute  les vibrations du lieu. Ce moment est aussi important que celui de la révélation de Turin. Le vieux moine est assis, et le regarde de loin, comme attendant ce qu’il sait venir vers lui. Lui marche, "et tout est silencieux". "Comme si une main supérieure, surnaturelle, avait coupé le son". Trois mots résument cette bascule de destin : lumière, silence, lenteur. Tout passe par le regard du moine, qui semble savoir tout de lui et de sa venue. Une heure de présence, peu de mots, presque rien. "Je ne dis rien". Et... "Il ne parle pas non plus". C’est le premier jour d’un lent commencement. Le moine ne semble pas soucieux d’accélérer quoi que ce soit, comme s’il savait, malgré son âge très avancé, disposer encore des années nécessaires pour cette transmission qu’il doit à son art sacré. 
Ce qui commence est l’histoire de l’apprentissage du métier d’enlumineur, pendant dix ans. Dans un silence qui fera partie de l’initiation. Apprendre en se taisant, en regardant, en observant. Accepter que le maître, qui deviendra pour lui le Maître, ne dise rien, n’explique rien, impose son silence comme une discipline. (Même s’il y a quelques rares paroles). 
Double vie, entre danse continuée, et fuites de plus en plus longues vers ce lieu de lumière. Avec des déchirements dans la vie privée (femme, fils), que provoque son propre silence sur ce qu’il vit de si particulier.
Frustrations.
Même la faim du corps est une souffrance, dans une demeure de totale frugalité.  Mais cela fait partie de l’enseignement. Son Maître (il emploie toujours la majuscule pour le désigner) sait où il le mène et comment. Il finira par savoir comment se nourrir autrement, capter l’énergie forte d’aliments rares. Et cela aussi est en relation avec une sorte de silence. Savoir calmer le bruit intérieur des pulsions de faim, pour une attention silencieuse, calme, à la réalité vibratoire de ce qui peut nourrir le corps affamé (et qui le sera de moins en moins). Jusqu’à, dans la dernière année de son initiation, être capable de jeûner quarante jours, et d’y trouver une force autre. 
 
Le maître veut le mener au "geste sacré". Et pour cela l’initiation finale passera aussi par des gestes rituels, secrets, destinés aux seuls initiés.
Comme le maître parle très peu, ses phrases sont comme des clés ouvrant des seuils, des sortes de mantras, de koans du zen. Ce moine chrétien est capable de citer aussi le Coran, tout autant que la Bible. Mais "pas de questions-réponses". Rien de didactique. 
 
Le sommeil, aussi, intéresse le vieux moine. Car on peut être happé par "les ténèbres de la nuit", c’est-à-dire par l’agitation des rêves, des cauchemars, le bruit de l'inconscient et des miasmes du mental. L’enseignement sera de savoir remplacer l’ordinaire sommeil par une présence ouverte à la lumière. "Dors comme un éveillé". Et plutôt que par des discours le changement passe par des rituels. Le maître pose des "sceaux" sur le corps de son disciple. Marques symboliques ou gestes tracés, on n’en saura pas plus, puisque le silence est aussi celui du secret. La pratique symbolique des sceaux se réfère aux bâtisseurs de cathédrales qui marquaient les pierres en y cachant des signes.     
Silence de leur partage. Silence pour nous qui ne sommes pas disciples enlumineurs. Et silence, ensuite, pour lui, l’initié qui ne doit rien révéler de certains savoirs transmis, dont le secret est sans doute aussi la puissance. "Tu es un artisan de lumière qui travaille dans l’ombre. Ce secret est ta force", dit le vieux moine en l’initiant.
Apprendre en se taisant, être privé de mots, mais initié par qui ne dit rien ou peu, et se taire.
Le processus et les rites doivent mener l’initié "de notre nature limitée à notre nature illimitée".
Les mots clés du parcours seraient : sens, signes, rites, symboles, lumière.
Le danseur est passé d’une ascèse à une autre. Il est la matière même de sa création. Et longtemps il ne crée rien d’autre que son dévoilement intérieur. Pas la moindre enluminure. Il fait des travaux préparatoires et se transforme lui-même. 
Ce n’est pas un enseignement oral, donc, mais un dur rapport charnel avec les éléments (terre, eau, feu…).
Matière, silence, immobilité. "L’immobilité qui sous-tend la danse".
 
Le premier dessin, fait au bout de trois ans, lui vaut d’entendre que c’est "un mort dessiné par un mort". Bien plus tard, vers la fin, créer le chef d’œuvre  de sa maîtrise achevée se fera dans un dialogue intérieur intuitif avec la géométrie sacrée, sans calculs. Avec les couleurs, magnifiées, et avec la lumière de l’or, dont il trouve seul comment illuminer sa splendeur. Sans les mots du maître. Toujours ce silence qui initie. 
 
La géométrie de l’enluminure est le miroir d’une structure intérieure à épurer, pour trouver le point qui révèle la forme. 
La place du secret (le silence des signes) est telle que dans l’œuvre même s’inscrit l’invisible point qui porte le visible, et que nul ne doit savoir. C’est la "main de lumière" de l’enlumineur authentique qui guide cette trace. Car pour avoir traversé cette lente épuration l’initié s’est défait de son "labyrinthe intérieur", afin de ne pas être un "enténébreur" qui nous entraînerait vers ses propres ombres, au lieu d’être l’artiste qui donne à l’âme d’autrui un miroir de lumière. 
 
Au bout du chemin, Jean-Luc Leguay devient Heraclius A, nom d’initié transmis par son Maître, avec lequel il devra signer ses enluminures. Il s’inscrit ainsi dans une lignée. Passé de la danse à la Danse intérieure. Car, dit-il, "le moindre geste du début contenait déjà tout". Le très vieux moine meurt peu de temps après l’initiation finale. C’était comme s’il l’avait attendu, dans sa solitude de créateur méditant, ne signant rien, et qu’il s’était donné encore dix ans de vie pour tout transmettre au disciple qui lui était destiné.
Cette mort est un fracas pour celui qui est maintenant Heraclius A. Et une initiation supplémentaire. 
Il sait alors qu’il devra transmettre, et comprend qu’il faudra publier. Puisqu’il connaît le moyen de "sacraliser le temps et l’espace", de "ne pas agir", et de "baigner le travail de transcendance". 
A la fin du livre, dans les deux dernières phrases, est résumé l’aboutissement du processus d’initiation, son sens profond.
L’artisan, l’artiste (le poète, s’il sait) est une part de la Cathédrale planétaire, cosmique (il met alors une majuscule). Réalité de l’hologramme. Il écrit : "Je suis une pierre marquée à la main, une pierre parmi les autres, signée et cachée dans les murs de la grande Cathédrale. D’autres viendront après moi achever la construction".
Voilà la leçon de ce long voyage dans le silence.
J'avais lu ce livre magnifique il y a longtemps. Le relisant je l'ai compris plus profondément. 
Nous, lecteurs de ce récit, on en sort comme d’un voyage semblable presque partagé. 
On a envie de prolonger l’effet en relisant des pages, en ouvrant les autres ouvrages, en regardant les enluminures. 
Et sur le site, "Illuminator", nous lisons cette phrase de lui, à propos de l’édition du  Mutus liber : "Le "livre muet de l’initiation" ouvre des voies de lecture où le silence, grâce à l’enluminure, redevient Parole primordiale."
 
LIENS...
Publication de 2004, éd. Albin Michel… https://www.albin-michel.fr/ouvrages/le-maitre-de-lumiere... 
Réédition, Dervy poche, 2009, et autres livres de lui… http://www.dervy-medicis.fr/jean-luc-leguay-auteur-2279.h... 
Note d'un BLOG, sur une conférence de 2018… http://www.jlturbet.net/2018/05/glnf-le-trace-de-l-enlumi... 
SITE, Illuminator (biographie, vidéos, diaporamas, bibliothèque d’enluminures, dont La Divine Comédie de Dante, expositions, dont Eleven Beatus, New York (dédiée aux victimes du 11 septembre)… 
 
Note brève, même livre, posée le 20 avril, en relation avec l'incendie de Notre-Dame...   http://tramesnomades.hautetfort.com/archive/2019/04/20/le-maitre-de-lumiere-livre-de-jean-luc-leguay-danseur-chore-6145329.html
 
MC San Juan

20/04/2019

"Le Maître de lumière", livre de Jean-Luc Leguay, danseur chorégraphe devenu enlumineur initié…

LEGUAY LUMIERE.jpgCe qui peut nous faire comprendre la force de notre émotion devant Notre-Dame en feu, je le trouve dans un livre de Jean-Luc Leguay, "Le Maître de lumière". (Histoire de son initiation à l’art de l’enluminure,un long itinéraire...).
 
Patrimoine, oui, cette cathédrale. Mais livre d’une mémoire sacrée, où ce qui est dans les pierres, visible et non visible, est la trace des signes et des savoirs que des artisans initiés ont inscrits. Nous ne le savons pas, ne le comprenons pas intellectuellement, mais nous le sentons intuitivement.
 
Parlant de l’art de l’enluminure, appris avec un maître (moine italien de haute spiritualité, le "Maître") il explique comment des éléments invisibles sont travaillés avec autant de soin que ce qui est visible. Car ils jouent un rôle dans la structure de l’oeuvre, son sens et son message. Ainsi, peignant un personnage il pose l’essentiel au-dessous de ce qui sera visible. Jean-Luc Leguay cite Paul Klee, pour montrer que la conscience artistique, si elle est authentique, tient compte de cela… Je recopie ici un grand passage (page 150 de l’édition Albin Michel, 2004, où cette citation figure) :
 
"L’initié dissimule un point de couleur précieuse en dessous — or, lapis-lazuli, émeraude —  (…) comme un trésor enfoui, inscrivant la terre et le ciel dans la couleur de la peau. Cette vibration de la matière influence celui qui regarde. Tout n’est pas fait pour être vu. De même, les bâtisseurs de cathédrales cachaient des sculptures extraordinaires sur les hauteurs, invisibles depuis le parvis. Personne ne les voyait jamais mais elles participaient de la vibration générale de l’édifice. Dans cet esprit les faces arrière des statues ornant les portails étaient sculptées consciencieusement. L’invisible était travaillé avec le même zèle que l’apparent. De même les enluminures sont truffées de petits trésors cachés. 
'L'art ne reproduit pas le visible, il rend visible' disait Paul Klee. Il donne à voir autre chose que le réel."
 
L’initiation à son "métier" aura duré dix ans, pour que sa main devienne "main de lumière" (et que l’humilité et la patience de la vraie création le traverse totalement). Celui qui ne crée pas dans cet état d’esprit ne fait que donner à voir son "labyrinthe" intérieur, 'enténébreur', est-il enseigné (contaminant les autres, qui regardent ou lisent). Celui qui griffonne des oeuvres de l’ego, pressé d’être reconnu par les autres, avant de s’être connu lui-même au sens de ce que nous dit cet initié… Grande leçon d'humilité, que ce témoignage de qui se veut artisan de lumière. 
 
Voir la RECENSION complète de ce superbe livre. NOTE posée, après celle-ci, le 01-05-2019 (et petit portail de  liens : pages des éditions, site de l'enlumineur, note d'un blog sur une conférence...) ... http://tramesnomades.hautetfort.com/archive/2019/05/01/le-maitre-de-lumiere-un-voyage-dans-le-silence-qui-n-a-pas-6147871.html
 
MC San Juan

18/04/2019

"Échos du silence", de François Cheng et Patrick Le Bescont

échos du silence,françois cheng,patrick le bescont,créaphis,filigranes,photographie,poésie,citations,haut langage,art,artistes,québec,l'intervalle,fabien riberyÉcrire ce qui se tait est une démarche d’alchimie.

......

(La couverture du livre ne comporte pas le bandeau blanc qu'on voit sur tous les sites, ajout mis pour les librairies)

J’ai découvert, par hasard, en librairie, cet ouvrage aux dimensions d’un passeport (et c’est d’ailleurs le nom de la collection, "Format Passeport").

"Échos du silence" est le titre de ce recueil de fragments poétiques de François Cheng, posés en marge du regard de Patrick Le Bescont. C’est la trace d’un double parcours photographique hivernal au Québec, il y a une trentaine d’années. Le livre, publié en 1988 chez Filigranes, édition créée par le photographe, a été réédité par Creaphis en 2018.

Trente ans d’écart. Et même présence intemporelle de ces éclats de silence.

On voit un univers presque désertique, de glace, de gris, perdu entre ciel et fleuve, fleuve et terre glacée. C’est souvent minimaliste, un trait, l’infini d’un horizon gelé. 

Ces images (créées avec un appareil construit par le photographe) ne pouvaient que séduire François Cheng. Car c’est un monde silencieux, offert à la contemplation, où la vie n’apparaît que par touches subtiles : un peu de végétation, sèche, un oiseau loin dans le ciel, d’autres qui rasent l’eau à la recherche de nourriture, et un magma entre eau et terre. Et c'est un univers qui peut illustrer (ou traduire) la réalité ternaire du Tao. Le Yin et le Yang prenant sens avec l'espace, le concept, du Vide médian, ce troisième élément de la pensée chinoise (auquel François Cheng tient, et qu’il cherche à nous faire entendre). Ce qui relie est paradoxalement l’absence, le rien. De cet univers le Yin serait la glace, le plat des terres froides, le Yang serait la force de l’immense horizon, et le feu caché, feu paradoxal de ce qui brille, présent dès le deuxième poème. Et le Vide ? Ce quelque chose de mystérieux que seul le silence peut révéler, et qui dans les poèmes passe par les mots supprimés, les parenthèses invisibles qui créent un espace entre les vers, un peu comme dans la respiration du méditant, ce qui n’est ni l’inspiration ni l’expiration, mais l’entre-deux qui les permet.
 
On imagine, on sent, le silence des lieux, et on a l’impression de partager la présence méditative du regard du photographe. Comment regardait-il ? Contemplant, et laissant l’évidence de l’image s’imposer ? Ou, concentré, cherchait-il en lui le point où regarder changeait de dimension et lui faisait capter ce silence-là, celui dont il devinerait ensuite (c’est lui qui le lui proposera) que le poète François Cheng le saurait, le savait déjà, le devinant d’avance, car su d’autres expériences intérieures.
 
Et, effectivement, total est l’accord entre les images et les mots du poète. Il déchiffre les traces, voit l’ombre, et dans la glace voit le feu, voit les "irradiants diamants". Il écrit ce qui rêve en soi, l’eau à la "saveur de larme et de sel", et ce qui, dans la vague, fait naître la peur physique chez l’être humain, devant la force violente de la nature, mémoire ancestrale des corps.  Lui aussi regarde, à travers les photographies, le monde qu’elles présentent. Ou il pense le regard du photographe, se met à sa place, déchiffre le mystère du regard photographique. "Au centre de l’oeil immobile / contempler"... Il interroge le rôle des mots. "Nommer" révèle-t-il cet univers ? Question à la source de l’écriture. Car écrire ce qui se tait est une démarche d’alchimie. 
 
La pensée de la mort est présente. Comme si la nudité de cet espace renvoyait à une solitude, à une interrogation métaphysique dans la solitude d’un monde qui se tait (interrogation permise par cela même, la solitude et l’absence de messages). 
 
Le poète note "le passage du noir, du gris" et "la lumière sans ombre". Il remarque les goélands. Le poète ne se contente donc pas d’être le déchiffreur d’un paysage, il en fait l’espace d’une méditation sur le sens de notre présence. Et un poème, presque central, donne la clé de sa pensée (p.40). L’Un... 
 
"Le trait est l’Un
 L’Un est le trait
 Là où les souffles se séparent 
             et se réunissent
 Le fini et l’infini tracent leur partage 
             pour ravir le regard de l’homme"
 
La force de François Cheng est de dépasser ce qui pourrait demeurer une contemplation esthétique ou une errance angoissante entre rêve et peur. Il trouve là, encore, la place de l’unicité, du Tout. Le sens d’être, dans le réel terrestre. Et juste après ce poème il évoque, page suivante, le nuage "un instant capturé" : "Tu nous délivres de notre exil". L’exil, ici, n’est pas de pays. Il est celui de l’essence, de l’âme coupée du Tout, hors de l’Un, endormie dans un rivage trop matériel. Nuage, symbole de la transcendance entrevue. Et c’est encore dans le ciel que se fait le lien. Par "le cri d’une mouette égarée" se recrée "l’alliance ciel-terre". Et c’est de la "lumière" qu’il attend que soit dit "le secret de nos errances".
 
Des photographies de branches nues sont comme des calligraphies, mais ce ne sont pas celles où l’auteur voit une lecture possible, il n’y déchiffre qu’un "signe mal effacé" où la nature se refuse (elle ne se donne qu’au photographe et ne veut pas des mots). Il préfère lire le trait de l’horizon, cet horizontal "Un" minimal. Et, à force de regarder ces étendues d’un littoral un peu mystérieux, il transforme la "grisaille" en "griserie". Peut-être par contagion, ou divination, saisit-il cette ivresse de la tension sans tension qui permet la capture du réel par l’œil qui cadre et capte. Le poète "est" photographe, par osmose intime avec l'esprit de l'artiste qui voit. Il contemple. Et dans ce silence il met du son, celui de l’écoute d’une respiration cosmique, et celui des "échos" d’une musique imaginaire qui serait la vibration du monde. C’est le "rythme éternel" que le photographe a senti et montré, puisque cela peut être vu à travers lui, et que l’écrivain sait. De nouveau, accent mis sur ce qui unifie. Même l’hiver...  
 
Cet "Hiver unifiant
       Divers unifié"
Le dernier mot du dernier fragment, sur le lointain, est "retour".
Celui du retour à la présence .
 
échos du silence,françois cheng,patrick le bescont,créaphis,filigranes,photographie,poésie,citations,haut langage,art,artistes,québecPar le pouvoir du regard double, en duo musicien, où l'écriture dessine la partition qu'elle déchiffre sur les photographies. Haute conscience de François Cheng, sa poésie est vraiment ce "haut langage" pensé, théorisé, par Jean Cohen dans son ouvrage "Le haut langage / Théorie de la poéticité". Et grand art de celui qui photographie. Superbe livre que ces "Échos du silence".
 
Pour moi, écrivant ET photographiant, c'est un livre qui interroge profondément, par les questions qui en émergent : sur la création, sur le rôle du regard (dans l'instant photographique soudain mais médité longtemps, et dans la trace minimale ou plus longue des mots).
 
 
MC San Juan
 
...........................................................................................................................................
 
LIENS...
 
Filigranes Éditions...Et un petit diaporama de trois photographies de Patrick Le Bescont…
 
Six photographies sur le blog de Fabien Ribery. L'intervalle (littérature, arts visuels...)... Blog découvert en cherchant justement plus de photographies issues de ce livre.
 
Creaphis éditions

22/03/2019

"Daho par Daho". Un documentaire (de Christophe Conte), et des liens...

étienne daho,daho,chanson,oran,algérie,daho par daho,christophe conte,flammarion,documentaire,france 3Lu dans Le Monde du 21…
Ce Vendredi 22 mars, à 23h05 sur France 3, documentaire de Christophe Conte sur Étienne Daho, chanteur né à Oran. Archives sonores et éléments sur sa vie, dont des douleurs (l’abandon du père, le départ de l’Algérie, des rumeurs malveillantes, une période difficile liée aussi à la célébrité : "J’avais perdu ma trace", ce qui le décidera à faire une psychanalyse). De l’arrivée en France il dit la difficulté à ne pas se laisser être "l’étrange étranger" (ne pas être enfermé dans la perception des autres). Il préfère parler de "sale guerre" que des "événements". "On se construit avec ses manques", dit-il (citation de l’article) à propos de l’abandon du père (en pleine guerre d’Algérie). Un beau titre d’une de ses chansons : "Le Premier Jour du reste de ta vie." … Une phrase de lui, dans le film : "Il n’y a pas de hasard, seulement des rendez-vous".

Lien vers l’article du Monde...
« Sur les fonts baptismaux d’Étienne Daho », 21-03-19... https://lemde.fr/2Tr3rzs

Christophe Conte a écrit aussi un livre sur le chanteur,
« Daho », éd. Flammarion, 2017.
Citations, page éditeur : 
« Étienne Daho est à l'évidence l'un des jalons majeurs de la culture française d'aujourd'hui, sa musique et ses textes résonnent chez chacun de façon unique et chez tous avec une force et une distinction sans comparaison.»
« Fruit d'une collaboration étroite de dix ans entre Christophe Conte et Étienne Daho, cette seule véritable biographie autorisée aborde toutes les facettes d'un des artistes français les plus innovants et influents des trente dernières années. Nourri du témoignage de ses principaux collaborateurs mais aussi de sa famille et de ses amis, ce livre porte un regard à la fois subjectif et panoramique sur un parcours qui démarre pendant la guerre d'Algérie et se poursuit à Rennes avant d'embrasser un succès jamais démenti. »…

Page éditeur, Flammarion... https://bit.ly/2jcTOEm

En ligne, nombreuses chansons sur YouTube, Deezer…

Un site officiel…Daho... 

La fiche wikipedia donne des infos sur la carrière du chanteur,
auteur-compositeur, sur la discographie… https://fr.wikipedia.org/wiki/Étienne_Daho

J’ai lu aussi, en fouinant sur la Toile, un article d’un journal « people » qui citait ce qu’Étienne Daho disait de la naissance de son fils, quand il n’avait que 17 ans (et avec qui il n’est plus en contact). Il y évoque sa réaction à la dernière apparition, en 1980, de son père, mort en 1990 (jamais revu avant, et qu’il repoussa, lui renvoyant l’abandon et ce qu’il a répété sans le vouloir…).

A lire, l’article du Figaro, 22-03, sur le documentaire,
« Étienne Daho : ses confessions pudiques sur France 3 »
Citations… « Le chanteur français est aussi populaire que discret. Dans le documentaire "Daho par Daho", diffusé à 23h05, il s’exprime comme rarement au sujet d’une carrière parmi les plus admirables de la pop française.
Voilà quarante ans qu’Étienne Daho est apparu sur la scène musicale française.
L’homme poursuit un parcours singulier qui a fait de lui une des références les plus marquantes pour les générations successives de chanteurs et chanteuses françaises. »... https://bit.ly/2Ft9AaC

19/03/2019

ZAZ. Pause chanson. Et en langues...

ZAZ.jpg

 

"Qué vendrá qué vendrá / Yo escribo mi camino"  (On verra bien ce qui arrivera / Je trace mon chemin)

ZAZ
……………………………….




Soyons éclectiques. Pour supporter la réflexion portée
sur des sujets secouants, j’ai écouté musiques et
chansons. Les voix rappellent que le lien avec l’humain
est aussi fort que conflictuel dans certains cas.
Et j’ai de la sympathie pour Zaz, cette jeunefemme qui
est sur un fil entre douleur, révolte, et joie.
Compatissante et engagée (elle l’est réellement,
positivement). Vitalité contagieuse, la part de joie,
et l'affirmation de liberté, dont on sent que c’est
essentiel.
Et j’apprécie qu’elle chante aussi en espagnol, mêlant
les deux langues…
"Sous le ciel de Paris". CLIP de Zaz.
(Et sreet art sur les murs parisiens…)
https://bit.ly/2HJtvDF
"Zaz Laponie"  (multidimensionnalité de nos vies) 
"Un fil qui me relie Ni commencement ni fin…"
https://bit.ly/2CxoFGq
"Qué vendrá". "Yo escribo mi camino…" 
(Chanson bilingue français-espagnol)…
https://bit.ly/2HygjCC
"Historia de un amor…"
https://bit.ly/2YaTGsN

27/01/2019

"Remember Daniel DARC, chanteur et poète". "Je suis brisé, je suis fêlé"... Mix, vidéo, et albums sur Weezer

"Il ne faudrait pas m'oublier"... 

"Je n'aurai été qu'une parenthèse enchantée...", dit-il...

"Je ne laisserai rien"

Voilà de quoi réécouter cette voix et ces mots... 

https://www.youtube.com/watch?v=j2GD3UOB6Q0

et sur Deezer…

https://www.deezer.com/search/daniel%20darc/album

 

 

26/01/2019

Gérard Dubois, "regard artistique sur la peine de mort"

Capture-d’écran-2019-01-21-à-15.55.10.png

Le titre peut surprendre quand on sait de quoi on parle. D'horreur, de terreur, de haine, de barbarie. 
La peine de mort.
Mais justement, cette persistance archaïque des modalités de traitement des crimes, concerne par son horreur même les artistes, et eux en premier lieu.
Car comment pouvoir créer de la beauté par les mots, la musique, ou les images, si on reste indifférent au sort d'humains qui, pendant qu'on écrit, pendant qu'on crée, souffrent la torture dans un couloir de la mort ? Car cette attente de la mort ou de la grâce est une torture, un martyre. 
Aucun crime ne justifie que nous devenions collectivement nous aussi, par délégation, criminels. Car si on accepte cela on partage la condamnation et la mise à mort. 
Et, drame supplémentaire, des innocents vivent cette terreur, anéantis par cette injustice.
La vivent aussi des poètes, des blogueurs, des artistes, des militants des droits humains, des dissidents refusant des dictatures. Condamnés pour avoir dérangé un régime d'oppression ou des intérêts. 
 
Dans des poèmes on peut crier contre cela. 
Sur des blogs on peut, en marge de son art si son art ne sait comment traiter ce sujet, dire. Informer.
 
Penser à la question de la peine de mort quand on suit la défense de personnes précises, ce n'est plus abstrait, on y met des visages, comme celui de Serge Atlaoui, innocent prisonnier du couloir de la mort depuis dix ans en Indonésie, ou celui de condamnés sauvés du pire mais encore prisonniers, comme le poète palestinien Ahsraf Fayad (prisonnier en Arabie saoudite, pour des poèmes) ou le blogueur mauritanien Mohamed Mkhaïtir (qui devrait être libéré depuis plus d'un an et ne l'est toujours pas...), ou Asia Bibi (Pakistanaise chrétienne condamnée à mort pour un "blasphème" - avoir bu de l'eau, souillée par elle d'après les intégristes - puis acquittée après des années de prison, mais son sort est remis en question, par la protestation des islamistes et la cour qui accepte un appel contre son jugement d'acquittement). Sur ces personnes, voir les liens dans les marges de ce blog, listes à leur nom.
 
Gérard Dubois, illustrateur français qui vit au Canada, a créé un visuel pour le 7ème congrès mondial contre la peine de mort. 
Il a cherché à faire passer un message. Sur ce que devient l'être qui se sait condamné, comme s'il portait la mort en lui, comme s'il perdait son visage de chair.
Dans un entretien il explique sa démarche. (Et c'est sur la page d'ECPM - Ensemble Contre la Peine de Mort - qui donne le programme du congrès et des infos diverses).
Voici... 
Citation : " Il me paraissait important de mettre l’humain en avant, la personne humaine, celle qui est derrière la condamnation. / 
Lorsque j’ai esquissé cette superposition des deux visages, l’un mort, l’autre vivant, tout m’est apparu en place, tant sur le fond que la forme."
 
MC San Juan

16/06/2018

Sergio Larrain, photographe. Ou capturer la présence...

sergio larrain,photographe,photographie,xavier barral,agnès sire,irène attinger,l’oeil de la photographie,el rectangulo en la manoUn photographe, Sergio Larrain,  né à Santiago du Chili et mort en 2012. 

Dans l’article d’Irène Attinger (lien ci-dessous, L’Oeil de la photographie,) je relève deux citations de Sergio Larrain.

J’aime beaucoup sa façon de définir la démarche photographique, l’irruption de ce qui advient. Miracle, dit-il, car cela advient dans la rencontre de l'instant d'une plongée en soi et d'une présence capturée par le regard.

Et j’apprécie ce qu’il dit de la « géométrie » agissante dans ce qu’on capte en photographiant. Que la structure soit organisée autour de silhouettes ou de formes abstraites, c’est vrai : géométrie.

sergio larrain,photographe,photographie,xavier barral,agnès sire,irène attinger,l’oeil de la photographie,el rectangulo en la manoNombreuses photographies reproduites sur le site de L’oeil de la photographie et sur le site de l’édition Xavier Barral. Avec, même site, en pdf, lecture offerte de recensions de presse, de quoi glaner des informations sur l’artiste, qui s’était retiré pour méditer. Un itinéraire qui lui faisait se méfier de l’ego…  

CITATIONS...   

« Je veux que ma photographie soit une expérience immédiate et non une mastication » (...) « La photographie, comme n’importe quel art, on doit la chercher au fond de soi. L’image parfaite est un miracle, elle advient dans une irruption de lumière, de formes, du sujet et dans un état d’âme limpide – on appuie sur le déclencheur presque sans le savoir –, ainsi le miracle se produit. »  

« La réalité visible mais aussi le jeu qui consiste à organiser un rectangle sont la base du processus photographique. C’est la géométrie que je cherche, le rectangle à la main (l’appareil photo). Photographie : ce qui (le sujet) est donné par la géométrie. »... https://loeildelaphotographie.com/fr/sergio-larrain-el-re...

LIVRES, éd. Xavier Barral… 

El rectangulo en la mano, 1963 (Cadernos brasileiros), réédition 2018... http://exb.fr/fr/home/343-rectangulo-en-la-mano.html

Monographie, Sergio Larrain, réalisée par Agnès Sire qui correspondit beaucoup avec lui, 2013… http://exb.fr/fr/le-catalogue/101-sergio-larrain-vagabond... 

Fiche auteur, Sergio Larrain, éd. Xavier Barral… http://exb.fr/fr/auteurs?id=153 

Lire aussi cet article, Le Monde, 2013. (Citation : « Sergio Larrain, qui a été membre de l'agence Magnum, n'était pas fait pour le photojournalisme et ses contraintes. Il voyait la photographie comme une révélation, un acte magique : si les conditions sont réunies, disait-il, ‘les images arriveront comme des fantômes, des esprits’ ».)… https://www.lemonde.fr/livres/article/2013/12/12/sergio-l...

MC San Juan

15/06/2018

LIU XIA. SOUTIEN.. / Enfin libre, la mobilisation a réussi...

catherine blanjean,liu xia,béatrice desgranges,liao yiwu,jean-philippe béja,chine,maison de la poésie,solidarité,poètes,poésie,liberté,répression,dissidence

 

 

 

Mise à jour, 11-07-18

 ENFIN LIBRE... 

 

 

 

LIU XIA A QUITTÉ LA CHINE... https://www.nouvelobs.com/monde/20180710.OBS9450/liu-xia-...

CCCCCCC

Rencontre, le 16 juin à 19h. Maison de la Poésie

Avec Catherine Blanjean, auteur de « Liu Xia, lettres à une femme interdite », Liao Yiwu, poète chinois exilé en Allemagne (et préfacier du livre), Béatrice Desgranges, traductrice de Liu Xia (et auteur d’une pétition de soutien, lien ci-dessous), et Jean-Philippe Béja, traducteur de Liu Xiaobo… https://www.maisondelapoesieparis.com/events/catherine-bl...

catherine blanjean,liu xia,béatrice desgranges,liao yiwu,jean-philippe béja,chine,maison de la poésie,solidarité,poètes,poésie,liberté,répression,dissidence

 

 

 

 

 

Pétition de soutien. (Et informations, dont poèmes de Liu Xia traduits)… Mises à jour régulière, comme, notamment l'indication de la pétition adressée au gouvernement chinois (voir ci-dessous, fin de la note...)...  https://www.change.org/p/mme-hidalgo-après-la-mort-de-liu...?   

Lecture des poèmes de Liu Xia, en soutien. ActuaLitté... https://bit.ly/2JN3Zvy

Et sur Culturebox… https://bit.ly/2LQinUh

De Liao Yiwu, on peut lire « Dans l’empire des ténèbres » et « Poèmes de prison ». Liu Xiaobo le considérait comme « le plus grand poète chinois de sa génération ». Le Figaro, juin 2018… https://bit.ly/2Jv2aq0

Lire aussi cet article de 2013, questionnement du poète Liao Yiwu sur la dictature en Chine et sur notre regard... https://lemde.fr/2HPRsG5

Liu Xia lit ses poèmes, Contrepoints.org… https://bit.ly/2uzU6fG

Sur une exposition de ses photographies.. https://bit.ly/2JW3QJs

31/05/2018

Superbe exposition de Tomoko Yoneda, Maison de la culture du Japon.

tomoko-yoneda-affiche.jpg« Pour cette exposition, j’ai revisité les lieux où Camus a vécu, ainsi que les endroits et les événements historiques qui l’ont inspiré, dialoguant avec les habitants de l'Algérie et de la France chères à l'écrivain pour mieux explorer en images la question de l’amour universel et radieux. Je me suis efforcée d’alimenter la réflexion sur la nature humaine, en répondant en photographies aux événements du passé, mais aussi aux ombres qui planent de nouveau sur l’Europe et le Japon. »                      Tomoko Yoneda (début de son texte introductif. Suite sur le site de la Maison de la culture du Japon, où on peut lire aussi une présentation de l’artiste, de sa démarche de photographe)… https://www.mcjp.fr/fr/agenda/tomoko-yoneda 

Camus.jpgSuperbe exposition, achevée le 2 juin. Associer les lieux d’Albert Camus, en Algérie et en France, en les reliant, à travers une démarche très consciente des questions que pose Camus, de son éthique, c’est une réussite. Les textes qui introduisent l’oeuvre de Tomoko Yoneda sont ceux d’une artiste camusienne lucide, qui veut, par le regard, lutter contre les ombres qu'elle sait menacer nos pays, ceux de Camus, mais aussi le Japon, et d’autres. Elle se réfère à « Ni victimes ni bourreaux ». Ce rappel accentue la force du message, comme la citation qu’elle fait de Camus, sur la révolte, contre ce qui manque, et parfois dans ce qui est, dans le monde. J'apprécie ce lien fait entre Camus et le Japon, lui qui avait été bien seul à protester contre l’horreur de la bombe nucléaire. 

Certaines photographies sont très grandes, d’autres petites (celles-ci associées par deux).

Présence de la lumière. Soleil d’Alger… 

La mer, bien sûr. Méditerranée, sur les deux rives : Marseille, ainsi. 

La beauté chantée par les mots de Camus, ses repères de joie. Tipaza, aussi.

La luxuriance du Jardin d’Essai. 

Mais aussi les lieux de vie : la maison du quartier populaire de Belcourt à Alger, l’hôtel de Montmartre où Camus acheva L’Étranger, la maison où il écrivit Le premier homme. 

« Dialogue avec Albert Camus », ce titre est bien adapté. Car on sent un intense échange intérieur avec l’oeuvre. On perçoit la conscience en éveil de la photographe, inquiète de la marche du monde, des pièges qui guettent, des totalitarismes toujours à l’affût, contre lesquels Camus dressait sa lucidité et la beauté de l’art, écriture et théâtre. Elle crée de la beauté, mais en choisissant des lieux porteurs et en accompagnant les photographies de textes qui en sont comme un deuxième cadre. Ce qui fait que le regard porté sur les photographies tient compte d’un hors champ conceptuel que l’artiste a disposé volontairement, subtilement. L’ombre est aussi dans le hors champ, les menaces totalitaires, la violence, la mort. Et le « je » de la photographe est dans la création, dans les questions, dans l’écoute de l’oeuvre camusienne, avec le juste recul d’un « je » qui ne se contemple pas mais dit le réel (parfois ce qui est donné à voir n’est pas banalement « beau », mais juste banal de la banalité du quotidien (la maison de Belcourt, l’hôtel de l’écriture). Réel. Le dialogue est aussi entre les temps, des lieux vus actuellement, qui ont appartenu au passé de Camus ou de son père (la bataille de la Marne). Sur le présent d’un lieu se projette la mémoire qu’on a des textes et des questionnements associés. Guerre et guerre (Mémorial des étudiants algériens). La guerre, ce meurtre collectif délégué, thème central chez Camus, même refus chez elle, habitée par l’Histoire.

Leçon d’esthétique, dans cette exposition. Il faut deux fois cadrer une photographie : cadrer par le regard qui choisit l'angle et structure, cadrer par les mots qui créent un possible hors champ, et qui ne sont pas « commentaire » mais marge offerte à la pensée. Et certaines photographies sont elles-mêmes des marges pour les autres. Comme celle de L’attente, port d’Alger. Une femme, voilée, attend. Derrière des vitres, barrées de fer. Qui est prisonnier? Elle ? (De normes rigoristes qui réduisent sa liberté de femme, et contre lesquelles d’autres femmes luttent? »). Nous ? (De peurs que des signes font naître à juste titre par le sens qu’ils véhiculent ? Ou de peurs excessives qui projettent sur des visages, autres, les ombres lues sur des masques qui cachent les corps ? Ou, comme l'analyse Camus, dans « Ni victimes ni bourreaux », la peur de dire, qui crée les silences complices. Les vitres pourraient symboliser le silence, mur invisible, abstrait mais compact). 

Dans le dossier de presse (à lire sur le site) on apprend que photographier en Algérie n'a pas été si facile pour l'artiste, constamment contrôlée, et ne pouvant obtenir d’avoir des échanges avec des étudiants. (Je me demande si c'est son intérêt pour Camus qui a dérangé un pouvoir qui ne le comprend toujours pas et qui a peur de sa liberté, contagieuse… Ou simplement la peur des regards lucides, d'où qu’ils viennent ? Pourtant son objectif était l’empathie. Répondre par l'amour aux défis du monde, morale camusienne aussi.)

Son SITE…  https://www.tomokoyoneda.com 

Lire le texte de Camus auquel elle se réfère, « Ni victimes ni bourreaux », 1948, Combat. Texte écrit contre le meurtre justifié idéologiquement au nom d’objectifs « futurs ». Éloge des « médiocres »  que nous sommes (Camus s'intègre dans ce « nous », et médiocres que nous devons être, ceux qui n’ont pas la force de supporter l’horreur de tuer). Réflexion sur la peur présente dans le monde, dans la conscience et l'inconscient des humains.

CITATIONS (c’est tellement actuel que c’est troublant, la réalité de 2018…) : 

« Le XVIIe siècle a été le siècle des mathématiques, le XVIIIe celui des sciences physiques, et le XIXe celui de la biologie. Notre XXe siècle est le siècle de la peur. » (…) 

« Le long dialogue des hommes vient de s’arrêter. Et, bien entendu, un homme qu’on ne peut pas persuader est un homme qui fait peur. C’est ainsi qu’à côté des gens qui ne parlaient pas parce qu’ils le jugeaient inutile s’étalait et s’étale toujours une immense conspiration du silence, acceptée par ceux qui tremblent et qui se donnent de bonnes raisons pour se cacher à eux-mêmes ce tremblement, et suscitée par ceux qui ont intérêt à le faire. »

« Depuis août 1944, tout le monde parle chez nous de révolution, et toujours si sincèrement, il n’y a pas de doute là-dessus. Mais la sincérité n’est pas une vertu en soi. Il y a des sincérités si confuses qu’elles sont pires que des mensonges. Il ne s’agit pas pour nous aujourd’hui de parler le langage du cœur, mais seulement de penser clair. » (…) 

« Je puis maintenant conclure. Tout ce qui me parait désirable, en ce moment, c’est qu’au milieu du monde du meurtre, on se décide à réfléchir au meurtre et à choisir. Si cela pouvait se faire, nous nous partagerions alors entre ceux qui acceptent à la rigueur d’être des meurtriers et ceux qui s’y refusent de toutes leurs forces. » 

Lecture intégrale, "Ni victimes ni bourreaux"pdf… https://inventin.lautre.net/livres/Camus-Ni-victimes-ni-b... 

Camus à Combat, éditoriaux et articles, 44-47… http://www.gallimard.fr/Catalogue/GALLIMARD/Folio/Folio-e... 

L’éditorial de Camus après Hiroshima, extrait, suivi de textes de rares intervenants critiques… http://pm22100.net/docs/pdf/textes/121105_CAMUS_APRES_HIR... 

Marie-Claude San Juan

27/03/2018

Yassine Alaoui Ismaili, alias Yoriyas. De la danse à la photographie. L'art contre la méconnaissance ou la haine...

« À travers une photo, nous pouvons voir, savourer, réfléchir, comprendre et porter plus d’attention à une scène que nous n’aurions probablement pas remarqué si celle-ci n’avait pas été capturée. » 

Yassine Alaoui Ismaili, dit Yoriyas (photographe marocain)

.....

J’ai découvert ce photographe en apprenant, bien après, par un article sur HuffpostMaghreb, que des photographies, exposées à l’extérieur, avaient été détruites par des extrémistes haineux. Haineux et bêtes. Pour quelle raison s’en prendre à un jeune photographe qui parcourt le monde avec ses photos, magnifiant son regard sur sa ville? Aberration de la haine de qui vient d’ailleurs. (Car on ne voit pas d’autres raisons que cette xénophobie, maladie de l’esprit.). Scènes de rue qu’il prend depuis 2014, street photographie colorée, solaire. Il fut danseur et a dû arrêter après une blessure. 

Sur la page d’HuffpostMaghreb, du 23-11-2016, trois photographies de Yoriyas, scènes de rue à Casablanca, présentées lors d’une exposition à San Francisco… Le « vrai » Casablanca, loin de la ville des studios cinématographiques, qui a fait rêver mais n’est pas la ville moderne, vécue par ses habitants actuels... https://bit.ly/2JeuD0D  

« Casablanca not the movie ». En novembre et décembre 2017 il est invité à exposer en studio à Montélimar et sur les berges du Rhône. C’est là que les photographies seront détruites et taguées…  http://www.presences-photographie.fr/yoriyas-yassine-alao... 

Son itinéraire et sa démarche sont expliqués sur cette page, Geopolis.francetvinfo.fr…. http://geopolis.francetvinfo.fr/casablanca-intime-et-inso... 

Ci-dessous trois articles qui donnent l’information sur le vandalisme haineux dont il a été victime. Photographies détruites et tags FN. Plainte a été déposée par la mairie (je n’ai rien vu sur les suites)… Les vandales sont lâches et se cachent.

HuffpostMaghreb… https://bit.ly/2JbcPTY 

Yabiladi.com… https://www.yabiladi.com/articles/details/63005/l-exposit... 

Et Le Dauphiné du 05-12-2017… https://bit.ly/2BM4XEU 

08/02/2018

Maurice Merleau-Ponty. Le regard, la création...

MERLEAU-PONTY.jpg« Le peintre, quel qu'il soit, pendant qu'il peint, pratique une théorie magique de la vision. »

Maurice Merleau-Ponty (cité, exergue, sur la page de France Culture).

Phénoménologie du regard ? (France Culture a donné à lire des extraits de « L’Oeil et l’Esprit » de Maurice Merleau-Ponty). Sur la page, un très beau texte sur le "voyant" visible, sur cette énigme du ressenti de la vision qui fait que voit ce "soi" qui est vu aussi. Donc un regard dans un corps-conscience perçoit en étant dans l'espace du concret, au milieu des choses. Rien d'abstrait. Expérience ordinaire de celui qui regarde. Mais ensuite, expérience extraordinaire de celui qui donne à regarder ce qu'il est seul à saisir. Matérialité de la peinture. Matérialité immatérielle de la photographie. Et, autre transcription du regard, les mots, quand il n'y a plus de trace autre que mentale.
Cette magie de la peinture, je veux bien la penser pour la photographie... Et, même, la poésie... Mais il existe aussi un regard qui crée dans l'absolu sans forcément produire une trace de son opération mentale - ou plus que mentale.
Merleau-Ponty est à relire bien au-delà d’un fragment, pour méditer avec lui sur nous, regardant… https://www.franceculture.fr/emissions/les-chemins-de-la-... 

Merleau-Ponty 2.jpg« L’Oeil et l’Esprit »… « Merleau-Ponty réinterroge la vision, en même temps que la peinture. Il cherche, une fois de plus, les mots du commencement, des mots, par exemple, capables de nommer ce qui fait le miracle du corps humain, son inexplicable animation, sitôt noué son dialogue muet avec les autres, le monde et lui-même – et aussi la fragilité de ce miracle.» Claude Lefort (page de l’édition)… http://www.gallimard.fr/Catalogue/GALLIMARD/Folio/Folio-e... 

Relire aussi « Signes »… http://www.gallimard.fr/Catalogue/GALLIMARD/Folio/Folio-e... 

Maurice Merleau-Ponty, fiche wikipedia (de la matière, beaucoup, même s’il est dit que des références manquent)… https://fr.wikipedia.org/wiki/Maurice_Merleau-Ponty 

Document PDF... Sur Philopsis... « La perception selon Marleau-Ponty », par Pascal Dupond… http://www.philopsis.fr/IMG/pdf_perception_merleau-ponty_...