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20/04/2019

"Le Maître de lumière", livre de Jean-Luc Leguay, danseur chorégraphe devenu enlumineur initié…

LEGUAY LUMIERE.jpgCe qui peut nous faire comprendre la force de notre émotion devant Notre-Dame en feu, je le trouve dans un livre de Jean-Luc Leguay, "Le Maître de lumière".
 
Parlant de l’art de l’enluminure, appris avec un maître (moine italien de haute spiritualité, le "Maître") il explique comment des éléments invisibles sont travaillés avec autant de soin que ce qui est visible. Car ils jouent un rôle dans la structure de l’oeuvre, son sens et son message. Ainsi, peignant un personnage il pose l’essentiel au-dessous de ce qui sera visible. Jean-Luc Leguay cite Paul Klee, pour montrer que la conscience artistique, si elle est authentique, tient compte de cela… Je recopie ici un grand passage (page 150 de l’édition Albin Michel, 2004, où cette citation figure).
...
"L’initié dissimule un point de couleur précieuse en dessous — or, lapis-lazuli, émeraude —  (…) comme un trésor enfoui, inscrivant la terre et le ciel dans la couleur de la peau. Cette vibration de la matière influence celui qui regarde. Tout n’est pas fait pour être vu. De même, les bâtisseurs de cathédrales cachaient des sculptures extraordinaires sur les hauteurs, invisibles depuis le parvis. Personne ne les voyait jamais mais elles participaient de la vibration générale de l’édifice. Dans cet esprit les faces arrière des statues ornant les portails étaient sculptées consciencieusement. L’invisible était travaillé avec le même zèle que l’apparent. De même les enluminures sont truffées de petits trésors cachés. 
"L'art ne reproduit pas le visible, il rend visible" disait Paul Klee. Il donne à voir autre chose que le réel."
 
A la fin du livre, dernière page (p.184) c’est une autre dimension qui est rappelée. Elle est présente dans tout le livre, puisque l’itinéraire de transformation est donné à suivre : on voit bien que la maîtrise de son art passe par une longue métamorphose intérieure - l’initiation à son "métier" dure dix ans, pour que sa main devienne "main de lumière" (et que l’humilité et la patience de la vraie création le traverse totalement). Celui qui ne crée pas dans cet état d’esprit ne fait que donner à voir son "labyrinthe" intérieur, est-il enseigné (contaminant les autres, qui regardent ou lisent). Celui qui griffonne des oeuvres de l’ego (ou inscrit, de même, de jour en jour, sans recul du temps, les poèmes d'un labyrinthe sans lumière, comme tant le font sur les réseaux sociaux, pressés d’être reconnus par les autres, avant de s’être connus eux-mêmes au sens de ce que nous dit cet initié…). Grande leçon d'humilité, que ce témoignage d'itinéraire, en artisan de lumière. 
Les deux dernières phrases du livre énoncent autrement le sens du mystère des cathédrales. L’artisan, l’artiste (le poète, s’il sait) est une part de la Cathédrale planétaire, cosmique (il met alors une majuscule). Réalité de l’hologramme.
 
Il écrit : "Je suis une pierre marquée à la main, une pierre parmi les autres, signée et cachée dans les murs de la grande Cathédrale. D’autres viendront après moi achever la construction."
Je ferai une recension plus complète de ce livre magnifique, lu il y a longtemps, relu tout récemment (et compris plus profondément...).
 
LIENS... 
Jean-Luc leguay, "Le Maître de lumière". (Histoire de son initiation à l’art de l’enluminure,un itinéraire d’initié). 
Réédition, chez Dervy éditions, plus d'autres livres de lui… http://www.dervy-medicis.fr/jean-luc-leguay-auteur-2279.h... 
Note de blog sur une conférence de 2018… http://www.jlturbet.net/2018/05/glnf-le-trace-de-l-enlumi... 
 
MC San Juan

22/03/2019

"Daho par Daho". Un documentaire (de Christophe Conte), et des liens...

étienne daho,daho,chanson,oran,algérie,daho par daho,christophe conte,flammarion,documentaire,france 3Lu dans Le Monde du 21…
Ce Vendredi 22 mars, à 23h05 sur France 3, documentaire de Christophe Conte sur Étienne Daho, chanteur né à Oran. Archives sonores et éléments sur sa vie, dont des douleurs (l’abandon du père, le départ de l’Algérie, des rumeurs malveillantes, une période difficile liée aussi à la célébrité : "J’avais perdu ma trace", ce qui le décidera à faire une psychanalyse). De l’arrivée en France il dit la difficulté à ne pas se laisser être "l’étrange étranger" (ne pas être enfermé dans la perception des autres). Il préfère parler de "sale guerre" que des "événements". "On se construit avec ses manques", dit-il (citation de l’article) à propos de l’abandon du père (en pleine guerre d’Algérie). Un beau titre d’une de ses chansons : "Le Premier Jour du reste de ta vie." … Une phrase de lui, dans le film : "Il n’y a pas de hasard, seulement des rendez-vous".

Lien vers l’article du Monde...
« Sur les fonts baptismaux d’Étienne Daho », 21-03-19... https://lemde.fr/2Tr3rzs

Christophe Conte a écrit aussi un livre sur le chanteur,
« Daho », éd. Flammarion, 2017.
Citations, page éditeur : 
« Étienne Daho est à l'évidence l'un des jalons majeurs de la culture française d'aujourd'hui, sa musique et ses textes résonnent chez chacun de façon unique et chez tous avec une force et une distinction sans comparaison.»
« Fruit d'une collaboration étroite de dix ans entre Christophe Conte et Étienne Daho, cette seule véritable biographie autorisée aborde toutes les facettes d'un des artistes français les plus innovants et influents des trente dernières années. Nourri du témoignage de ses principaux collaborateurs mais aussi de sa famille et de ses amis, ce livre porte un regard à la fois subjectif et panoramique sur un parcours qui démarre pendant la guerre d'Algérie et se poursuit à Rennes avant d'embrasser un succès jamais démenti. »…

Page éditeur, Flammarion... https://bit.ly/2jcTOEm

En ligne, nombreuses chansons sur YouTube, Deezer…

Un site officiel…Daho... 

La fiche wikipedia donne des infos sur la carrière du chanteur,
auteur-compositeur, sur la discographie… https://fr.wikipedia.org/wiki/Étienne_Daho

J’ai lu aussi, en fouinant sur la Toile, un article d’un journal « people » qui citait ce qu’Étienne Daho disait de la naissance de son fils, quand il n’avait que 17 ans (et avec qui il n’est plus en contact). Il y évoque sa réaction à la dernière apparition, en 1980, de son père, mort en 1990 (jamais revu avant, et qu’il repoussa, lui renvoyant l’abandon et ce qu’il a répété sans le vouloir…).

A lire, l’article du Figaro, 22-03, sur le documentaire,
« Étienne Daho : ses confessions pudiques sur France 3 »
Citations… « Le chanteur français est aussi populaire que discret. Dans le documentaire "Daho par Daho", diffusé à 23h05, il s’exprime comme rarement au sujet d’une carrière parmi les plus admirables de la pop française.
Voilà quarante ans qu’Étienne Daho est apparu sur la scène musicale française.
L’homme poursuit un parcours singulier qui a fait de lui une des références les plus marquantes pour les générations successives de chanteurs et chanteuses françaises. »... https://bit.ly/2Ft9AaC

19/03/2019

ZAZ. Pause chanson. Et en langues...

ZAZ.jpg

 

"Qué vendrá qué vendrá / Yo escribo mi camino"  (On verra bien ce qui arrivera / Je trace mon chemin)

ZAZ
……………………………….




Soyons éclectiques. Pour supporter la réflexion portée
sur des sujets secouants, j’ai écouté musiques et
chansons. Les voix rappellent que le lien avec l’humain
est aussi fort que conflictuel dans certains cas.
Et j’ai de la sympathie pour Zaz, cette jeunefemme qui
est sur un fil entre douleur, révolte, et joie.
Compatissante et engagée (elle l’est réellement,
positivement). Vitalité contagieuse, la part de joie,
et l'affirmation de liberté, dont on sent que c’est
essentiel.
Et j’apprécie qu’elle chante aussi en espagnol, mêlant
les deux langues…
"Sous le ciel de Paris". CLIP de Zaz.
(Et sreet art sur les murs parisiens…)
https://bit.ly/2HJtvDF
"Zaz Laponie"  (multidimensionnalité de nos vies) 
"Un fil qui me relie Ni commencement ni fin…"
https://bit.ly/2CxoFGq
"Qué vendrá". "Yo escribo mi camino…" 
(Chanson bilingue français-espagnol)…
https://bit.ly/2HygjCC
"Historia de un amor…"
https://bit.ly/2YaTGsN

27/01/2019

"Remember Daniel DARC, chanteur et poète". "Je suis brisé, je suis fêlé"... Mix, vidéo, et albums sur Weezer

"Il ne faudrait pas m'oublier"... 

"Je n'aurai été qu'une parenthèse enchantée...", dit-il...

"Je ne laisserai rien"

Voilà de quoi réécouter cette voix et ces mots... 

https://www.youtube.com/watch?v=j2GD3UOB6Q0

et sur Deezer…

https://www.deezer.com/search/daniel%20darc/album

 

 

26/01/2019

Gérard Dubois, "regard artistique sur la peine de mort"

Capture-d’écran-2019-01-21-à-15.55.10.png

Le titre peut surprendre quand on sait de quoi on parle. D'horreur, de terreur, de haine, de barbarie. 
La peine de mort.
Mais justement, cette persistance archaïque des modalités de traitement des crimes, concerne par son horreur même les artistes, et eux en premier lieu.
Car comment pouvoir créer de la beauté par les mots, la musique, ou les images, si on reste indifférent au sort d'humains qui, pendant qu'on écrit, pendant qu'on crée, souffrent la torture dans un couloir de la mort ? Car cette attente de la mort ou de la grâce est une torture, un martyre. 
Aucun crime ne justifie que nous devenions collectivement nous aussi, par délégation, criminels. Car si on accepte cela on partage la condamnation et la mise à mort. 
Et, drame supplémentaire, des innocents vivent cette terreur, anéantis par cette injustice.
La vivent aussi des poètes, des blogueurs, des artistes, des militants des droits humains, des dissidents refusant des dictatures. Condamnés pour avoir dérangé un régime d'oppression ou des intérêts. 
 
Dans des poèmes on peut crier contre cela. 
Sur des blogs on peut, en marge de son art si son art ne sait comment traiter ce sujet, dire. Informer.
 
Penser à la question de la peine de mort quand on suit la défense de personnes précises, ce n'est plus abstrait, on y met des visages, comme celui de Serge Atlaoui, innocent prisonnier du couloir de la mort depuis dix ans en Indonésie, ou celui de condamnés sauvés du pire mais encore prisonniers, comme le poète palestinien Ahsraf Fayad (prisonnier en Arabie saoudite, pour des poèmes) ou le blogueur mauritanien Mohamed Mkhaïtir (qui devrait être libéré depuis plus d'un an et ne l'est toujours pas...), ou Asia Bibi (Pakistanaise chrétienne condamnée à mort pour un "blasphème" - avoir bu de l'eau, souillée par elle d'après les intégristes - puis acquittée après des années de prison, mais son sort est remis en question, par la protestation des islamistes et la cour qui accepte un appel contre son jugement d'acquittement). Sur ces personnes, voir les liens dans les marges de ce blog, listes à leur nom.
 
Gérard Dubois, illustrateur français qui vit au Canada, a créé un visuel pour le 7ème congrès mondial contre la peine de mort. 
Il a cherché à faire passer un message. Sur ce que devient l'être qui se sait condamné, comme s'il portait la mort en lui, comme s'il perdait son visage de chair.
Dans un entretien il explique sa démarche. (Et c'est sur la page d'ECPM - Ensemble Contre la Peine de Mort - qui donne le programme du congrès et des infos diverses).
Voici... 
Citation : " Il me paraissait important de mettre l’humain en avant, la personne humaine, celle qui est derrière la condamnation. / 
Lorsque j’ai esquissé cette superposition des deux visages, l’un mort, l’autre vivant, tout m’est apparu en place, tant sur le fond que la forme."
 
MC San Juan

16/06/2018

Sergio Larrain, photographe. Ou capturer la présence...

sergio larrain,photographe,photographie,xavier barral,agnès sire,irène attinger,l’oeil de la photographie,el rectangulo en la manoUn photographe, Sergio Larrain,  né à Santiago du Chili et mort en 2012. 

Dans l’article d’Irène Attinger (lien ci-dessous, L’Oeil de la photographie,) je relève deux citations de Sergio Larrain.

J’aime beaucoup sa façon de définir la démarche photographique, l’irruption de ce qui advient. Miracle, dit-il, car cela advient dans la rencontre de l'instant d'une plongée en soi et d'une présence capturée par le regard.

Et j’apprécie ce qu’il dit de la « géométrie » agissante dans ce qu’on capte en photographiant. Que la structure soit organisée autour de silhouettes ou de formes abstraites, c’est vrai : géométrie.

sergio larrain,photographe,photographie,xavier barral,agnès sire,irène attinger,l’oeil de la photographie,el rectangulo en la manoNombreuses photographies reproduites sur le site de L’oeil de la photographie et sur le site de l’édition Xavier Barral. Avec, même site, en pdf, lecture offerte de recensions de presse, de quoi glaner des informations sur l’artiste, qui s’était retiré pour méditer. Un itinéraire qui lui faisait se méfier de l’ego…  

CITATIONS...   

« Je veux que ma photographie soit une expérience immédiate et non une mastication » (...) « La photographie, comme n’importe quel art, on doit la chercher au fond de soi. L’image parfaite est un miracle, elle advient dans une irruption de lumière, de formes, du sujet et dans un état d’âme limpide – on appuie sur le déclencheur presque sans le savoir –, ainsi le miracle se produit. »  

« La réalité visible mais aussi le jeu qui consiste à organiser un rectangle sont la base du processus photographique. C’est la géométrie que je cherche, le rectangle à la main (l’appareil photo). Photographie : ce qui (le sujet) est donné par la géométrie. »... https://loeildelaphotographie.com/fr/sergio-larrain-el-re...

LIVRES, éd. Xavier Barral… 

El rectangulo en la mano, 1963 (Cadernos brasileiros), réédition 2018... http://exb.fr/fr/home/343-rectangulo-en-la-mano.html

Monographie, Sergio Larrain, réalisée par Agnès Sire qui correspondit beaucoup avec lui, 2013… http://exb.fr/fr/le-catalogue/101-sergio-larrain-vagabond... 

Fiche auteur, Sergio Larrain, éd. Xavier Barral… http://exb.fr/fr/auteurs?id=153 

Lire aussi cet article, Le Monde, 2013. (Citation : « Sergio Larrain, qui a été membre de l'agence Magnum, n'était pas fait pour le photojournalisme et ses contraintes. Il voyait la photographie comme une révélation, un acte magique : si les conditions sont réunies, disait-il, ‘les images arriveront comme des fantômes, des esprits’ ».)… https://www.lemonde.fr/livres/article/2013/12/12/sergio-l...

MC San Juan

15/06/2018

LIU XIA. SOUTIEN.. / Enfin libre, la mobilisation a réussi...

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Mise à jour, 11-07-18

 ENFIN LIBRE... 

 

 

 

LIU XIA A QUITTÉ LA CHINE... https://www.nouvelobs.com/monde/20180710.OBS9450/liu-xia-...

CCCCCCC

Rencontre, le 16 juin à 19h. Maison de la Poésie

Avec Catherine Blanjean, auteur de « Liu Xia, lettres à une femme interdite », Liao Yiwu, poète chinois exilé en Allemagne (et préfacier du livre), Béatrice Desgranges, traductrice de Liu Xia (et auteur d’une pétition de soutien, lien ci-dessous), et Jean-Philippe Béja, traducteur de Liu Xiaobo… https://www.maisondelapoesieparis.com/events/catherine-bl...

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Pétition de soutien. (Et informations, dont poèmes de Liu Xia traduits)… Mises à jour régulière, comme, notamment l'indication de la pétition adressée au gouvernement chinois (voir ci-dessous, fin de la note...)...  https://www.change.org/p/mme-hidalgo-après-la-mort-de-liu...?   

Lecture des poèmes de Liu Xia, en soutien. ActuaLitté... https://bit.ly/2JN3Zvy

Et sur Culturebox… https://bit.ly/2LQinUh

De Liao Yiwu, on peut lire « Dans l’empire des ténèbres » et « Poèmes de prison ». Liu Xiaobo le considérait comme « le plus grand poète chinois de sa génération ». Le Figaro, juin 2018… https://bit.ly/2Jv2aq0

Lire aussi cet article de 2013, questionnement du poète Liao Yiwu sur la dictature en Chine et sur notre regard... https://lemde.fr/2HPRsG5

Liu Xia lit ses poèmes, Contrepoints.org… https://bit.ly/2uzU6fG

Sur une exposition de ses photographies.. https://bit.ly/2JW3QJs

31/05/2018

Superbe exposition de Tomoko Yoneda, Maison de la culture du Japon.

tomoko-yoneda-affiche.jpg« Pour cette exposition, j’ai revisité les lieux où Camus a vécu, ainsi que les endroits et les événements historiques qui l’ont inspiré, dialoguant avec les habitants de l'Algérie et de la France chères à l'écrivain pour mieux explorer en images la question de l’amour universel et radieux. Je me suis efforcée d’alimenter la réflexion sur la nature humaine, en répondant en photographies aux événements du passé, mais aussi aux ombres qui planent de nouveau sur l’Europe et le Japon. »                      Tomoko Yoneda (début de son texte introductif. Suite sur le site de la Maison de la culture du Japon, où on peut lire aussi une présentation de l’artiste, de sa démarche de photographe)… https://www.mcjp.fr/fr/agenda/tomoko-yoneda 

Camus.jpgSuperbe exposition, achevée le 2 juin. Associer les lieux d’Albert Camus, en Algérie et en France, en les reliant, à travers une démarche très consciente des questions que pose Camus, de son éthique, c’est une réussite. Les textes qui introduisent l’oeuvre de Tomoko Yoneda sont ceux d’une artiste camusienne lucide, qui veut, par le regard, lutter contre les ombres qu'elle sait menacer nos pays, ceux de Camus, mais aussi le Japon, et d’autres. Elle se réfère à « Ni victimes ni bourreaux ». Ce rappel accentue la force du message, comme la citation qu’elle fait de Camus, sur la révolte, contre ce qui manque, et parfois dans ce qui est, dans le monde. J'apprécie ce lien fait entre Camus et le Japon, lui qui avait été bien seul à protester contre l’horreur de la bombe nucléaire. 

Certaines photographies sont très grandes, d’autres petites (celles-ci associées par deux).

Présence de la lumière. Soleil d’Alger… 

La mer, bien sûr. Méditerranée, sur les deux rives : Marseille, ainsi. 

La beauté chantée par les mots de Camus, ses repères de joie. Tipaza, aussi.

La luxuriance du Jardin d’Essai. 

Mais aussi les lieux de vie : la maison du quartier populaire de Belcourt à Alger, l’hôtel de Montmartre où Camus acheva L’Étranger, la maison où il écrivit Le premier homme. 

« Dialogue avec Albert Camus », ce titre est bien adapté. Car on sent un intense échange intérieur avec l’oeuvre. On perçoit la conscience en éveil de la photographe, inquiète de la marche du monde, des pièges qui guettent, des totalitarismes toujours à l’affût, contre lesquels Camus dressait sa lucidité et la beauté de l’art, écriture et théâtre. Elle crée de la beauté, mais en choisissant des lieux porteurs et en accompagnant les photographies de textes qui en sont comme un deuxième cadre. Ce qui fait que le regard porté sur les photographies tient compte d’un hors champ conceptuel que l’artiste a disposé volontairement, subtilement. L’ombre est aussi dans le hors champ, les menaces totalitaires, la violence, la mort. Et le « je » de la photographe est dans la création, dans les questions, dans l’écoute de l’oeuvre camusienne, avec le juste recul d’un « je » qui ne se contemple pas mais dit le réel (parfois ce qui est donné à voir n’est pas banalement « beau », mais juste banal de la banalité du quotidien (la maison de Belcourt, l’hôtel de l’écriture). Réel. Le dialogue est aussi entre les temps, des lieux vus actuellement, qui ont appartenu au passé de Camus ou de son père (la bataille de la Marne). Sur le présent d’un lieu se projette la mémoire qu’on a des textes et des questionnements associés. Guerre et guerre (Mémorial des étudiants algériens). La guerre, ce meurtre collectif délégué, thème central chez Camus, même refus chez elle, habitée par l’Histoire.

Leçon d’esthétique, dans cette exposition. Il faut deux fois cadrer une photographie : cadrer par le regard qui choisit l'angle et structure, cadrer par les mots qui créent un possible hors champ, et qui ne sont pas « commentaire » mais marge offerte à la pensée. Et certaines photographies sont elles-mêmes des marges pour les autres. Comme celle de L’attente, port d’Alger. Une femme, voilée, attend. Derrière des vitres, barrées de fer. Qui est prisonnier? Elle ? (De normes rigoristes qui réduisent sa liberté de femme, et contre lesquelles d’autres femmes luttent? »). Nous ? (De peurs que des signes font naître à juste titre par le sens qu’ils véhiculent ? Ou de peurs excessives qui projettent sur des visages, autres, les ombres lues sur des masques qui cachent les corps ? Ou, comme l'analyse Camus, dans « Ni victimes ni bourreaux », la peur de dire, qui crée les silences complices. Les vitres pourraient symboliser le silence, mur invisible, abstrait mais compact). 

Dans le dossier de presse (à lire sur le site) on apprend que photographier en Algérie n'a pas été si facile pour l'artiste, constamment contrôlée, et ne pouvant obtenir d’avoir des échanges avec des étudiants. (Je me demande si c'est son intérêt pour Camus qui a dérangé un pouvoir qui ne le comprend toujours pas et qui a peur de sa liberté, contagieuse… Ou simplement la peur des regards lucides, d'où qu’ils viennent ? Pourtant son objectif était l’empathie. Répondre par l'amour aux défis du monde, morale camusienne aussi.)

Son SITE…  https://www.tomokoyoneda.com 

Lire le texte de Camus auquel elle se réfère, « Ni victimes ni bourreaux », 1948, Combat. Texte écrit contre le meurtre justifié idéologiquement au nom d’objectifs « futurs ». Éloge des « médiocres »  que nous sommes (Camus s'intègre dans ce « nous », et médiocres que nous devons être, ceux qui n’ont pas la force de supporter l’horreur de tuer). Réflexion sur la peur présente dans le monde, dans la conscience et l'inconscient des humains.

CITATIONS (c’est tellement actuel que c’est troublant, la réalité de 2018…) : 

« Le XVIIe siècle a été le siècle des mathématiques, le XVIIIe celui des sciences physiques, et le XIXe celui de la biologie. Notre XXe siècle est le siècle de la peur. » (…) 

« Le long dialogue des hommes vient de s’arrêter. Et, bien entendu, un homme qu’on ne peut pas persuader est un homme qui fait peur. C’est ainsi qu’à côté des gens qui ne parlaient pas parce qu’ils le jugeaient inutile s’étalait et s’étale toujours une immense conspiration du silence, acceptée par ceux qui tremblent et qui se donnent de bonnes raisons pour se cacher à eux-mêmes ce tremblement, et suscitée par ceux qui ont intérêt à le faire. »

« Depuis août 1944, tout le monde parle chez nous de révolution, et toujours si sincèrement, il n’y a pas de doute là-dessus. Mais la sincérité n’est pas une vertu en soi. Il y a des sincérités si confuses qu’elles sont pires que des mensonges. Il ne s’agit pas pour nous aujourd’hui de parler le langage du cœur, mais seulement de penser clair. » (…) 

« Je puis maintenant conclure. Tout ce qui me parait désirable, en ce moment, c’est qu’au milieu du monde du meurtre, on se décide à réfléchir au meurtre et à choisir. Si cela pouvait se faire, nous nous partagerions alors entre ceux qui acceptent à la rigueur d’être des meurtriers et ceux qui s’y refusent de toutes leurs forces. » 

Lecture intégrale, "Ni victimes ni bourreaux"pdf… https://inventin.lautre.net/livres/Camus-Ni-victimes-ni-b... 

Camus à Combat, éditoriaux et articles, 44-47… http://www.gallimard.fr/Catalogue/GALLIMARD/Folio/Folio-e... 

L’éditorial de Camus après Hiroshima, extrait, suivi de textes de rares intervenants critiques… http://pm22100.net/docs/pdf/textes/121105_CAMUS_APRES_HIR... 

Marie-Claude San Juan

27/03/2018

Yassine Alaoui Ismaili, alias Yoriyas. De la danse à la photographie. L'art contre la méconnaissance ou la haine...

« À travers une photo, nous pouvons voir, savourer, réfléchir, comprendre et porter plus d’attention à une scène que nous n’aurions probablement pas remarqué si celle-ci n’avait pas été capturée. » 

Yassine Alaoui Ismaili, dit Yoriyas (photographe marocain)

.....

J’ai découvert ce photographe en apprenant, bien après, par un article sur HuffpostMaghreb, que des photographies, exposées à l’extérieur, avaient été détruites par des extrémistes haineux. Haineux et bêtes. Pour quelle raison s’en prendre à un jeune photographe qui parcourt le monde avec ses photos, magnifiant son regard sur sa ville? Aberration de la haine de qui vient d’ailleurs. (Car on ne voit pas d’autres raisons que cette xénophobie, maladie de l’esprit.). Scènes de rue qu’il prend depuis 2014, street photographie colorée, solaire. Il fut danseur et a dû arrêter après une blessure. 

Sur la page d’HuffpostMaghreb, du 23-11-2016, trois photographies de Yoriyas, scènes de rue à Casablanca, présentées lors d’une exposition à San Francisco… Le « vrai » Casablanca, loin de la ville des studios cinématographiques, qui a fait rêver mais n’est pas la ville moderne, vécue par ses habitants actuels... https://bit.ly/2JeuD0D  

« Casablanca not the movie ». En novembre et décembre 2017 il est invité à exposer en studio à Montélimar et sur les berges du Rhône. C’est là que les photographies seront détruites et taguées…  http://www.presences-photographie.fr/yoriyas-yassine-alao... 

Son itinéraire et sa démarche sont expliqués sur cette page, Geopolis.francetvinfo.fr…. http://geopolis.francetvinfo.fr/casablanca-intime-et-inso... 

Ci-dessous trois articles qui donnent l’information sur le vandalisme haineux dont il a été victime. Photographies détruites et tags FN. Plainte a été déposée par la mairie (je n’ai rien vu sur les suites)… Les vandales sont lâches et se cachent.

HuffpostMaghreb… https://bit.ly/2JbcPTY 

Yabiladi.com… https://www.yabiladi.com/articles/details/63005/l-exposit... 

Et Le Dauphiné du 05-12-2017… https://bit.ly/2BM4XEU 

08/02/2018

Maurice Merleau-Ponty. Le regard, la création...

MERLEAU-PONTY.jpg« Le peintre, quel qu'il soit, pendant qu'il peint, pratique une théorie magique de la vision. »

Maurice Merleau-Ponty (cité, exergue, sur la page de France Culture).

Phénoménologie du regard ? (France Culture a donné à lire des extraits de « L’Oeil et l’Esprit » de Maurice Merleau-Ponty). Sur la page, un très beau texte sur le "voyant" visible, sur cette énigme du ressenti de la vision qui fait que voit ce "soi" qui est vu aussi. Donc un regard dans un corps-conscience perçoit en étant dans l'espace du concret, au milieu des choses. Rien d'abstrait. Expérience ordinaire de celui qui regarde. Mais ensuite, expérience extraordinaire de celui qui donne à regarder ce qu'il est seul à saisir. Matérialité de la peinture. Matérialité immatérielle de la photographie. Et, autre transcription du regard, les mots, quand il n'y a plus de trace autre que mentale.
Cette magie de la peinture, je veux bien la penser pour la photographie... Et, même, la poésie... Mais il existe aussi un regard qui crée dans l'absolu sans forcément produire une trace de son opération mentale - ou plus que mentale.
Merleau-Ponty est à relire bien au-delà d’un fragment, pour méditer avec lui sur nous, regardant… https://www.franceculture.fr/emissions/les-chemins-de-la-... 

Merleau-Ponty 2.jpg« L’Oeil et l’Esprit »… « Merleau-Ponty réinterroge la vision, en même temps que la peinture. Il cherche, une fois de plus, les mots du commencement, des mots, par exemple, capables de nommer ce qui fait le miracle du corps humain, son inexplicable animation, sitôt noué son dialogue muet avec les autres, le monde et lui-même – et aussi la fragilité de ce miracle.» Claude Lefort (page de l’édition)… http://www.gallimard.fr/Catalogue/GALLIMARD/Folio/Folio-e... 

Relire aussi « Signes »… http://www.gallimard.fr/Catalogue/GALLIMARD/Folio/Folio-e... 

Maurice Merleau-Ponty, fiche wikipedia (de la matière, beaucoup, même s’il est dit que des références manquent)… https://fr.wikipedia.org/wiki/Maurice_Merleau-Ponty 

Document PDF... Sur Philopsis... « La perception selon Marleau-Ponty », par Pascal Dupond… http://www.philopsis.fr/IMG/pdf_perception_merleau-ponty_... 

23/12/2017

Babel heureuse, revue d'art et littérature...

BABEL heureuse.pngVoilà donc enfin (et pour le moment) la brève note sur Babel heureuse, ample et superbe revue d’art et littérature, semestrielle. Juste, pour l’instant, les liens vers l’essentiel de la présentation. J’ai la joie d’occuper quelques pages pour des photographies et deux textes, l’un où je dis ma démarche de création et mes références ("Peindre sans peindre, et soi dans l’ombre et les ombres…"), l’autre où l’écrivain et éditeur Roland Chopard regarde, commente, devine. Et regarder, il sait, écrire son regard, tout autant… ("Ombres et lumières"). Roland Chopard analyse aussi sa propre démarche d'écriture dans un grand texte passionnant, "Comment j'écris". Il prolonge ainsi la méditation sur la création  commencée dans son ample poésie en prose, "Sous la cendre" où il évoquait la destruction d'une oeuvre par le feu et la plongée en soi pour faire advenir à la mémoire des bribes de ce qui fut perdu, et s'interroger sur la perte, le sens, écrire et vivre. 

Mais déjà, une clé, pour l'éloge du pluriel programmatique, des croisements de soi à soi et de soi à l'autre. En exergue de l’édition Gwen Catala, la citation de Roland Barthes, tirée de « Le plaisir du texte » : « Le sujet accède à la jouissance par la cohabitation des langages, qui travaillent côte à côte : le texte de plaisir c’est Babel heureuse. »... https://www.gwencatalaediteur.fr/babel-heureuse-1-explora... 

Présentation des objectifs éditoriaux. « Être en avant sur la parole en avant, faire entendre/voir/lire l’élémentaire, ce qui a l’opacité du réel, dans les langues et les arts ». Et, pour dire l’enjeu « polyphonique » (Babel !) : « Sans hiérarchisation de valeur, dans la revue trouveront leur place (car elle se veut lieu plurimodal de pensée et de création) : photographes, vidéastes, peintres, chorégraphes, compositeurs, penseurs… et ceux qui ne sont stricto sensu rien de tout cela et tout cela à la fois, les poètes — loin de la fragmentation des savoirs et des arts. » … https://www.gwencatalaediteur.fr/babel-heureuse-la-revue 

Lien, site de la revue, vers le numéro 2, couverture et contributeurs…En exergue un extrait de l’entretien publié par Diacritik, définition de l’axe de la revue par son directeur créateur : « La revue voudrait ainsi faire advenir ce qui suffoque, rompt, libère, excède le langage en filet. »…  https://www.gwencatalaediteur.fr/revue-babel-heureuse-n2 

Lire, donc, l’entretien publié par Diacritik (excellent magazine que je lis intensément…). Très riche approche qui donne l’occasion de préciser la démarche et les intentions…  François Rannou répond aux questions de Johan Faerber. Ou comment naît une revue, de quels rêves, par quelles rencontres…  https://diacritik.com/2017/11/07/la-revue-babel-heureuse-... 

Je reviendrai sur ce numéro 2 (et un parcours du numéro 1) pour des lectures et regards...

MC San Juan

18/12/2017

Gilbert Lascault. Un regard essentiel...

ECRITS timides.jpgUn regard essentiel. Une écriture essentielle... 

Critique majeur que Gilbert Lascault.  Nourriture magique que ses chroniques lues régulièrement des années dans La Quinzaine littéraire (puis dans « En attendant Nadeau », en ligne). Livre essentiel que ses "Écrits timides sur le visible", de ces livres coups de foudre qu'on garde précieusement pour des relectures infinies (et qui entrent automatiquement dans la liste pour l'île déserte, réelle ou symbolique).  Bonheur de découvrir une année (il y a deux ans ?),  au Marché de la Poésie, chez Tarabuste, un magnifique volume regroupant critiques et oeuvres commentées, méditées. Une pensée essentielle. Un art. Car son écriture a cette tension entre poésie et philosophie qui est la marque des grands (en tout cas pour moi). Ce vers quoi on doit porter son exigence.  Gilbert Lascault réussit à faire de l'esthétique une éthique. Dans l'esprit (pour moi, encore) de Jankélévitch qui voyait l'éthique (penser la morale) comme un enjeu primordial de la philosophie. Je voyais cela, cette volonté de refuser le regard et les normes qui balisent des frontières sociales, dès les premières pages des "Écrits timides sur le visible".  (Sans parler du titre qui révèle tout de la démarche où le "je" se fait subjectivité humble, par la délicatesse de l'admiration qui effleure en refusant de brusquer avec de brutales affirmations de "sachant"). Leçons de regard d'un "maître" (comme on s'en choisit,  au pluriel). 

E. SAVEURS imprévues.jpgEt merveille, promesse de joies, encore des textes regroupés (voir le lien ci-dessous)… « Saveurs imprévues et secrètes », anthologie, choix de textes sur l’art de Gilbert Lascault, regroupés par  Camille Paulhan, chez Hippocampe éditions, octobre 2017. Chronique de Christian Limousin, sur « En attendant Nadeau »...  https://www.en-attendant-nadeau.fr/2017/12/05/gilbert-las...

«  Saveurs imprévues et secrètes », page de présentation sur le SITE des éditions HippocampeCitation : « Les textes réunis par Camille Paulhan pour ce volume sont issus de catalogues, de revues, d’actes de colloque ou de recueils variés, s’étirant sur une période allant de 1968 à 1994. Ils permettent d’appréhender la poésie d’une esthétique apparemment effilochée, manifestement énamourée et définitivement engagée. Les saveurs imprévues et secrètes, ce sont celles qui émanent des œuvres d’art et parmi lesquelles Gilbert Lascault nous guide, comme un nez manipulant des fragrances évanescentes. »…  http://www.hippocampe-editions.fr/actualites/495-gilbert-... 

Autres liens… 

E. TARABUSTE.jpgLe livre (superbe) paru chez Tarabuste, « Les chambres hantées de Gilbert Lascault » (Citation de la présentation : « Les chambres hantées » se veut le témoin d’un chaos. Mais l’impression de désordre qui règne dans les chambres de Gilbert Lascault est une impression fausse, comme est fausse l’idée que l’ensemble est chaotique. » (…) « Comprendre, expliciter le monde, serait donc un des rôles de l’artiste qu’est Gilbert Lascault. À l’instar de tous les artistes présents dans cet ouvrage, l’oeuvre de Gilbert Lascault comporte infiniment de lectures possibles. Ce que l’on prétend chaos n’est alors que cette infinité de lectures. »)… http://www.laboutiquedetarabuste.com/fr/collections/nouve... 

Page des éditions du Félin, introduction au livre de Gilbert Lascault, « Écrits timides sur le visible », 2008 (réédition, première parution en1979, coll.10/18). Extrait de la présentation : « Mais d’autres plaisirs naissent peut-être ailleurs: dans le flou, dans l’effiloché, dans le dispersé, dans l’impur, dans les ébauches de descriptions des particularités qui se refusent aux généralisations. / Loin des certitudes, hors des polémiques, bavard et balbutiant, éparpillé en textes non liés, un discours esthétique (parmi d’autres discours esthétiques possibles) peut tenter d’effectuer un certain parcours: discours nomade, vagabond, qui ne se connaît pas d’ennemis, qui ne se cherche pas de but, qui erre pour éviter l’ennui de son immobilité. Discours timide aussi, toujours un peu indécis. » / « Un tel discours ne sait pas s’il est ou non subversif. Il n’oserait pas se vanter de l’être. Il se croit plutôt inoffensif, un peu perdu, et (comme dit le langage populaire) toujours «à côté de ses pompes». Mais il ne fait pas semblant d’avoir une mission, une fonction, un rôle. Tenir un discours de ce type, c’est nécessairement ne pas vouloir que le monopole de la parole soit détenu par les «missionnaires», les «fonctionnaires», par tous ceux qui parlent selon leur fonction et dont on sait d’avance ce qu’ils vont dire. »… http://www.editionsdufelin.com/o-s-chap-r-373.html 

Essai (textes d’un colloque consacré à Gilbert Lascault), « Les Fables du visible et l'Esthétique fictionnelle de Gilbert Lascault », éd. La Lettre volée, 2003. Citation (présentation) : « Pour décrire le visible, Gilbert Lascault a recours à la fiction. Il invente ainsi une esthétique, plus soucieuse de déployer les ruses et la magie des images que de s’enfermer dans un système. Ce volume prend pour point de départ un colloque consacré à son œuvre qui a eu lieu à Amiens en mars 2002. ». Textes et bibliographie… http://www.lettrevolee.com/spip.php?article998 

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Un article de Roger-Pol Droit, Le Monde des livres, 15-05-2008… Citation... « Entrer dans le musée personnel qu'est son appartement ressemble fort à visiter un de ses textes, où cohabitent inimitablement fiction et philosophie, formes plastiques et tournures de phrases, avec un bizarre tempo lent, dans le genre fantastique chaloupé, qui transforme cette oeuvre rare en un monde délicieusement attachant… »… http://www.lemonde.fr/livres/article/2008/05/15/gilbert-l...

Portrait. "Critique d’art"… http://journals.openedition.org/critiquedart/1782 

Fiche wikipedia… https://fr.wikipedia.org/wiki/Gilbert_Lascault 

Marie-Claude San Juan

09/12/2017

Hommage populaire... Johnny.

JOHNNY.jpg" En nous quelque chose de...". Quand un artiste populaire touche des millions de gens pendant des décennies...Un être qui a ému, même par ses propres fêlures, où d'autres se reconnaissent aussi... Une voix (et la voix c’est de l’ordre de l'âme). Très aimé. Il est allé au bout de ses rêves avec son chant. Un visage. Une vie dense et du don.

Ceci, qui précède, c’est ma première réaction, posée en post sur Facebook. Parce que cette mort m’a émue un peu comme ces foules. D’abord j’entendais le « ding ding dong… salut les copains ! » rappelé par les radios, symbole d’un commencement, d’espoirs et révoltes mêlés. Et je sentais que des choses disparaissaient avec lui, Johnny, de chacun de nous et de l’histoire de ce pays. Car ce n’est pas rien qu’un élan qui part de la musique et de la danse pour faire émerger plus tard une révolution de moeurs. Le rock lancé par un jeune qui bouge autrement et qui énerve la génération précédente, peut-être inquiète d’un mouvement dont on ne sait pas ce qu’il fera de la société et des destins. Rien de politique, en apparence, dans ces chansons de « l’idole des jeunes », dans les mélodies berçant des slows avec des mots. 

RESTER.jpgÉmouvant itinéraire qui suit les vies des uns et des autres, quand il se marie, et d’autres de même, divorce, et d’autres aussi. Miroir de nos fêlures, questions. Et énergie qui transcende. Donc il y a du sens. Et justement, lui, transforme sa vie en destin, qui parfois rejoint la tragédie, parfois se perd apparemment dans des galeries de glaces, mirages des grands, des fuites, d’autre chose, des souffrances et peurs qui remontent. 

Sauf qu’il rebondit. Et ceux qui l’écoutent avec lui (beaucoup de ses « fans » témoignent de passages de leurs vies où ses chansons, sa voix, les ont aidés, contre le désespoir ou même l’envie de mourir, ou simplement pour supporter un quotidien lassant ou trop solitaire, avant de retrouver un équilibre et de changer). 

Énergie. On aime cela, l’énergie de chanteurs ou acteurs (de ces artistes les plus populaires) qui font capter quelque chose de cette énergie corps-conscience qu’on sait tous avoir en soi : la voir ainsi transfigurée renvoie un écho. C’est peut-être cela, un mystère capté, qui fascine et fait aimer. Et des connexions d'inconscient à inconscient (individuel et collectif).

Lui en a plus que bien d’autres, de l’énergie. Et cela passe par un corps sensuel (donc une beauté de cet ordre), par des yeux au regard intense, un visage qui vieillit avec le temps (comme tous) mais qui, marqué, intensifie son expression. Ses visages successifs se superposent, puisque tous sont connus, et il est l’enfant blessé et l’ami contemporain ou même le père, tout cela.

Donc j’étais émue et j’écoutais plutôt avec plaisir les chansons passées et repassées (radio, télé). « Retiens la nuit », « Marie », etc. Diverses car paroliers divers suivant les époques, et de très bons. Des paroliers qui savent tous saisir (avec lui, donc par lui) ce que sa voix portera le mieux de lui, de son histoire même. Dont le rôle de ses femmes (les trois plus importantes). 

Émue, et énervée par des réactions stupides de certains snobs (comment dire autrement?), qui, réseaux sociaux, voulant montrer à quel point ils ne sont pas de la même engeance que cette populace, protestent contre les chansons qu’ils entendent de force (pourquoi ne pas fermer radio et télé dans ce cas?), contre l’hommage, indû (n’est-ce pas?), ces foules émotives et, même, les personnalités qui disent leur peine. Commentaires agacés sous les articles ou posts contraires à leur malaise. Mais ceux qui assument d'apprécier ce chanteur "populaire" assument d'abord leur appartenance à autre chose qu'à des élites sociales se reconnaissant entre elles et balisant des frontières. Même s'ils sont très diplômés, et créateurs autrement. Sans doute conscients de racines sociales humbles, et d'une proximité avec leurs "pareils", dans le fond... 

Mais, quand j’ai vu les images du défilé menant le convoi funéraire à la Madeleine (ou de groupes, ailleurs, rendant hommage en chantant dans d’autres villes), j’ai aimé cette foule capable de tant d’amour, pour avoir reçu, longtemps, des chansons. Je regardais les visages, écoutais. En me disant que ce pays était spécial, d’être capable d’un tel ensemble dans le chant ou le grand silence, élan de foule sans le désordre passionnel des foules (comme pour la marche silencieuse après les attentats : ou pour écouter Johnny Hallyday chanter ensuite ce dimanche de marche, à République). Et que ces gens me plaisaient, somme d’individualités sympathiques, soudées par le partage. Je me demandais quelle impression cela pouvait faire de l’étranger (nous trouvera-t-on ridicules ou touchants ? étranges ? remarquables à notre façon ?). Peu importe. Symbole fort que la place du chant, de la musique, des foules sans peur, dans le contexte actuel des haines intégristes de la musique et des menaces terroristes. 

Un enfant, dix ans peut-être, interrogé par un journaliste (étonné de le voir, ému, chanter avec les autres, connaître les paroles comme les adultes) répond : « Bien sûr qu’on peut aimer Johnny quand on est un enfant. Il n’y a pas d’âge pour aimer Johnny ! ».

Un jeune homme dit être venu de Hong Kong et repartir le lendemain. Trop important pour lui. 

D’autres, la génération du chanteur, ont l’émotion de la mémoire d’adolescence, lointaine… La peine de la mort de ses jumeaux d’âge… prescience de la sienne. Et l'empathie pour ses intimes (quatre enfants, femme, ex-épouses,amis), tout le monde sachant les deuils. 

Philippe Labro, parmi ceux qui ont parlé devant les proches et les moins proches, a évoqué (enregistrement, télé, émission spéciale) Nietzsche, le citant, pour rappeler que l’homme (l’humain…) est « une corde tendue au-dessus de l’abîme »). Oui, je le pense, Johnny Hallyday en était une figure, tendue au point de craquer parfois, s’étant brûlé aussi. Et finalement, emporté par la maladie , comme bien d’autres. Mais artiste jusqu’au bout, pour affronter l’abîme, ou lui présenter un visage sans renoncement.

J’ai écouté (émission spéciale, télé, encore) le sociologue Michel Fize, qui, reprenant la formule d’Emmanuel Macron (qui a réussi son hommage) dit préférer le terme « héraut » à « héros » pour Johnny. Car, expliqua-t-il, porteur d’une parole de liberté, la chanson devenant une thérapie qui guérit (preuve : des témoignages). La variété, a-t-il ajouté, est un genre noble. D’où le « merci » exprimé par beaucoup (et inscrit sur la tour Eiffel…). 

C’est donc un jour particulier, un événement riche de sens, même si nous sommes, pour la plupart, plus observateurs qu’acteurs présents dans la foule. Par l’émotion à la nouvelle de la mort du chanteur. Et par la manière dont cela a été exprimé et porté de la foule anonyme aux personnalités connues (politiques aussi, sauf M. Le Pen, refusée par la famille), jusqu’au pouvoir, président actuel et présidents récents… Tous touchés vraiment. Effet d’onde.

Populaire, marque d’une certaine vérité, pour l’art. Les gens ne viennent pas aux concerts par hasard, pas parce que la pub est bonne (cela ne dure pas), et ils n’achètent de disques que pour les écouter… Tous avec … « Quelque chose de Tennessee », dans l’oreille et symboliquement.

Et ce malgré la distance qui fait qu’on apprécie de loin, sans connaître plus que son art, un grand chanteur, d’une génération mais pour plusieurs… Distance mais perception de pans de vie, autre connaissance malgré tout. Et un visage peut suffire à capter beaucoup.

VOIX… Une voix, et c’est beaucoup. On sent inconsciemment que c’est plus que ce qu’on croit, une voix. Cela vient d’un corps et de beaucoup plus qu’un corps. Cette voix traduisait une énergie d’amour, c’est cela que les gens sentaient, et ils savaient que l’énergie circulait, trouvait en eux le point dense qui répondait. Le peuple (simple et divers, peu lettré ou très cultivé, mais dans tous les cas instinctif) a des intuitions pour reconnaître un mystère qui lui parle de chacun. Un peuple, cela peut devenir une foule haineuse, si des meneurs la manipulent, des autocrates avec du charisme. Si le peuple n’est que foule il peut être très bête. Mais là, justement, les foules aimant Johnny Hallyday, et lui rendant hommage, n’avaient de collectif que le partage, et restaient une somme d’individualités. Visages devant un visage. 

MUSIQUE… Une cérémonie de deuil qui laisse la joie d’être passer. Et la joie de la musique. Rock, bien sûr, chansons, et le rappel (par La Quête, pour clore la cérémonie) de ce que Jacques Brel représentait pour Johnny Hallyday.

LIENS… 

SITE officielhttp://johnnyhallyday.com 

Fiche wikipediahttps://fr.wikipedia.org/wiki/Johnny_Hallyday  

Paroles des chansonshttps://www.paroles.net/johnny-hallyday 

Écoute, sur Deezerhttp://www.deezer.com/fr/artist/1060  

Articles… Le Monde, 06-12-17, « Notre seule rock star »…http://lemde.fr/2AGM1Ht   

Parcours de vie, Le Monde, 06-12-17…http://lemde.fr/2BDm36W 

Revue de presse interne, Libérationhttp://bit.ly/2nM4OON 

Évocation d’un attrait pour des questions métaphysiques, Le Figaro, « Un désir d’au-delà », 08-12-17… http://bit.ly/2jleIp8  

L’hommage populaire, Le Monde, 09-12-17… http://lemde.fr/2B6SCxt

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MISE à JOUR, 11-12-17, et autres liens...

Déjà, je recopie ce message trouvé sur la page Facebook dédiée à Camus… (car... Johnny, Jean-Philippe Smet enfant, chez Camus… !)... https://www.facebook.com/AlbertCamusAuthor/ ...  "Alors que nous apprenons la triste nouvelle de la mort de Johnny Halliday, nous nous souvenons avec émotion que le petit Jean-Philippe Smet fit ses tout premiers pas sur scène en 1949, à l'âge de 5 ans, non pas en tant que chanteur mais comme figurant dans une mise en scène de "Caligula" d'Albert Camus à Londres. Or, il est avéré que Camus assista à la première de la pièce le 8 mars 1949. L'histoire ne dit pas si c'était le petit Jean-Philippe qui était sur scène ce soir là. En ce jour particulier, nous nous plairons à le croire. »

L’éditorial du Parisien, le 10-12-17, par Frédéric Vézard, titré « Un ange est passé » caractérise ce que Johnny Hollyday produit chez les gens, une force pour aimer. Et insiste sur la « bouleversante communion en musique ».

Hervé Gattegno (« Une idole et son peuple », JDD, 10-12-17) dit la même chose de cette ferveur (« La foule vibrait, chantait ») et de la musique.(« On attendait l’hommage, ce fut un concert »). Il justifie la grandeur de l’hommage que les Français ont voulu, eux, car, dit-il, le rebelle de la jeunesse a touché toutes les générations, en étant capable de se renouveler. Et aimé tel qu’il fut, imparfait donc humain, « fort et fragile comme un homme, simple et grand comme la France ». Il évoque Jean d’Ormesson, uni à lui par la date de leur mort (« l’aristocrate devenu populaire et le fils du peuple devenu un seigneur »). Texte fort, dommage qu’il ne puisse être lu en ligne… 

Johnny, vu d’Algérie. Un très bel hommage, ample, vibrant. Texte de Kacem Madani, Le Matin, 09-12-17, « Nos années d’or à Alger : Oh Johnny si tu savais ! ». Comment l’art d’un chanteur aide à vivre, donne l’élan pour se trouver. Texte nostalgique, car l’élan a été étouffé ensuite par un contexte dur. Mais en soi, ce qui vibre est toujours là…  http://www.lematindalgerie.com/nos-annees-dor-alger-oh-jo...

Autre hommage, venu du sud, lui, même sincérité. Traduction d’un itinéraire… Et comment ce qu’on aime ne se dit pas toujours, car les codes et les normes nous imposent de jouer des rôles, de rester dans les cadres qui s’imposent à nous… Dans Libératon, 06-12-17, Magyd Cherfi raconte son rapport avec les chansons de Johnny, d’abord aimé en cachette, en conflit de soi à soi. Et maintenant assumé totalement, intensément. « Johnny, plus qu’une voix »… http://www.liberation.fr/debats/2017/12/06/johnny-plus-qu...

... Mise à jour, 16-12-17… (Courrier international)

L’hommage vu de l’étrangerhttps://www.courrierinternational.com/article/vu-de-letra...   

Et particulièrement, côté anglais… https://www.courrierinternational.com/article/hommage-qua...

Johnny Hallyday symbole de « la résistance culturelle française » (il chantait en français, notamment). Point de vue d’un chroniqueur : « Johnny Hallyday était pourtant bien plus qu’une rock star, affirme ce chroniqueur britannique. Il était un trésor national. Et un sacré bon chanteur. »… https://www.courrierinternational.com/article/johnny-symb...

... Mise à jour 18-12-17... Le Point. Dossier…  http://www.lepoint.fr/dossiers/culture/johnny-hallyday-un...

26/05/2017

"Et n'oubliez pas de peindre"...

IMAGINE.gifDécouvrir... 

« Et n'oubliez pas de peindre

  tous ceux qui ont vécu leur vie

  comme porteurs de lumière »

 "Instructions aux Peintres et aux Poètes"

  par Lawrence Ferlinghetti

https://immaginepoesia.jimdo.com

22/03/2017

Mortel printemps… Si doux.

mms_img-1573165880.jpgMortel printemps… Si doux, annonciateur d’encore plus de douceur. Mais signe de l’éphémère. Tourne le temps, viennent les fleurs, le rose, une autre lumière. -1070359136.jpeg

 

 

 

 

 

 

 

 

Mortel, au sens de fort, passion de vie, savoir de mort. mms_img-510984261.jpgInstants de parfums, de silence contemplatif, de rêve, pourquoi pas?

 

 

 

 

 

 

 

Paradoxe de ces joies qui sont contemporaines des douleurs voisines ou lointaines… La beauté est là, tranquille, mais tout peut exploser, si passe un fou d’une haine ou d’une autre. mms_img-257479403.jpgEt les fleurs sont aussi ailleurs, entre les pierres, malgré les persécutions, les exécutions, les bombes…
mms_img-667671209.jpg

 

 

 

 

 

 

Alors on choisira le grand écart permanent. On militera, on écrira, on méditera… 

 

 

 

Regardant les arbres et la lumière d'un jardin.