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24/04/2019

"La mort n’est point notre issue". Parole de poète, François Cheng

GLOIRE ICI CHENG.jpg"La mort n’est point notre issue,
  Car plus grand que nous
  Est notre désir, lequel rejoint
  Celui du commencement,
  Désir de la Vie."
  François Cheng, La vraie gloire est ici
 
AME CHENG.jpg"L’âme n’est pas seulement la marque de l’unicité de chaque personne, elle lui assure une unité de fond, et, par là,   une dignité, une valeur, en tant qu’être."
François Cheng, De l’âme
 
ENFIN ROYAUME CHENG.jpg
 
 
 
 
 
 
 
 
"Ce que tu donnes trace une voie
 Te menant plus loin que tes pas."
  François Cheng, Enfin le royaume
 
Sur plusieurs moments de parole du poète, La Grande librairie (2015, 2016, 2018). 
2019... J'avais mis, dans la note sur l'incendie, le lien vers l'émission "Spéciale Notre-Dame", où François Cheng est présent. Je le remets ici... https://www.youtube.com/watch?v=s49jQRLDFn4 
 
Dans La Grande librairie, l'émission de François Busnel, en novembre 2015, François Cheng parle de son livre,
"La vraie gloire est ici" (Gallimard, 2015), de la poésie, de la création, et de vivre "ici et maintenant" l’instant présent. "Vivre est un triomphe du Tout sur le rien, malgré tout" (comme, le rappelle-t-il, le dit Rilke à un jeune poète, Jules Supervielle, en lui écrivant une semaine avant sa mort : "en dépit de tout, la vie est une gloire"….). La "gloire" est la splendeur de la nature, et des "hauts chants" des êtres humains.
Il parle de la "concentration en soi", d’une sorte d’ascèse qui rend cela possible. Les poèmes ont pour but, dit-il, de révéler cela, les paradoxes de la présence, entre souffrances, épreuves, ténèbres donc, mais lumière des rencontres (avec les êtres ou avec une transcendance)… Et même la mort, la perspective de la mort,  nous offre selon lui la possibilité d’atteindre le sens de tout cela. Y compris dans le travail sur la langue ("épurée"). Et "rien ne vaut la vie" , "même si la vie ne vaut peut-être rien" (il cite alors André Malraux), et même si la tragédie est là (y compris dans la détresse de la misère, pauvreté que le poète a connue) : mais toujours le message de la vie est là aussi, cet "humus" Et l’ailleurs de Rimbaud est, pour lui, "toujours un ici et maintenant". François Busnel insiste sur la manière dont François Cheng dépasse les paradoxes qui opposent souffrances et joie.
Car "La mort n’est point notre issue" (début d’un des poèmes)… Sans la mort, dit-il, "nous n’aurions aucune perspective de transfiguration, alors que la mort nous offre la chance d’atteindre une autre forme d’être, un ordre supérieur d’être." "Rien ne vaut la vie, il insiste, car ‘il y a cette unicité de l’être’.
VIDÉO (extrait de La Grande librairie)…
"La vraie gloire est ici", page éditeur, Gallimard… 
 
Autre moment de La Grande librairie (autour du livre "De l’âme", écrit avec l'intention de réhabiliter ce mot (tabou, presque, en Occident). "Souffle vital", explique-t-il, qu’on retrouve partout (ainsi dans le chi chinois,ou le souffle du latin et des autres cultures). L’âme est "la marque de l’unicité de chacun de nous", liée à une forme de "transcendance". "L’esprit et l’âme sont intimement liés, entrelacés". François Cheng évoque des auteurs comme Malraux et Camus (pour une lettre) qui, parlant des nazis disait qu'ils tentaient de "tuer l’esprit et l’âme". Et c'est cela qui est le sens principal, tuer l'âme. C'est important, pour François Cheng, qu'Albert Camus ait utilisé ce mot et dise ainsi quelque chose d'essentiel. Il aimerait que ce texte soit beaucoup lu.
VIDÉO. La Grande librairie, 2016...
"De l’âme", page éditeur, Albin Michel (une correspondance)…
 
Et, sur un autre ouvrage, "Enfin le royaume", recueil de quatrains, La Grande librairie, février 2018...
On entend d’abord le témoignage de Dany Laferrière, qui dit la part d'écorché vif de François Cheng, qui acquiesce (disant qu’il peut avoir du mal à dormir pendant des jours à cause d’un fait divers bouleversant). De la poésie il dit que celle qu’il aime est celle des poètes de l’être, et il cite Dante. À propos du quatrain il parle d’une lignée de poètes, comme Rimbaud, Nerval, Michaux, Char, poètes "diamantaires". L’écriture du quatrain demande, dit-il, une aimantation (il avait évoqué un instant avant, la "cristallisation"). Il cite aussi Jeanne d’Arc, ce qu’elle a dit aux juges : "Puis vint cette voix, environ l’heure de midi, au temps de l’été, dans le jardin de mon père". C’est un quatrain parfait : (5-7-5-7). Dont il dit que tous les Français devraient le savoir par coeur.
VIDÉO (La Grande librairie, février 2018, extrait)… 
"Enfin le royaume", page éditeur, Gallimard...
 
Et encore, retour à 2016. "Le livre qui a changé ma vie" Le choix de François Cheng n’est pas un recueil de poèmes, mais "À la recherche du temps perdu" de Marcel Proust. Choix d’écrivain, car ce qu’a dit Proust sur l’écriture lui a donné confiance en la possibilité de tout transformer par l’écriture, de se "réconcilier avec la vie". Par cette affirmation : "La vraie vie est une vie vécue et repensée et recrée par l’écriture".
 
MC San Juan
 
Réponse au commentaire (transmise aussi directement en MP sur FB).
Merci pour ce message, qui aide à penser la démarche, à s'interroger.
Oui. Comme c'est interrogé dans un commentaire, ces notes, ces messages sont pour faire signe de sens, d'espoir, en s'appuyant, ici, sur la parole d'un grand poète de l'être. Nécessaire cette alternance avec les colères contre les atteintes multiples aux droits (dissidences, certains pays) et la résurgence de pensées et écritures fascistes (cf. mes notes au sujet de chroniques sur Céline : Céline et l'abjection et Céline, voyage au bout du nazisme). Je crois, comme la géographe Sylvie Brunel (page dans Le Monde du 26 juillet 19) que nous devons "remettre un peu de sérénité dans nos existences". Mais il n'est en aucun cas question de "fuir le monde". On ne libère personne (sauf à agir pour sortir de vrais murs des dissidents), on peut juste travailler à être plus libre soi-même, à être plus vrai. C'est le sens de la parole de François Cheng, entrer dans la profondeur de l'être. Quand à Fred Vargas, elle ne m'intéresse en rien. Et ce qu'elle devait entendre au sujet de son protégé terroriste, des intellectuels italiens (informés et concernés) ont répondu. Et c'est suffisant.

03/02/2019

Gilets jaunes... Des ANALYSES, des points de vue, des questions.

« La révolte n’est pas le ressentiment ». ANALYSE de Brigitte Stora, auteur, pour le CCLJ belge (Juifs laïques). Elle décrypte les émotions en jeu, les concepts utilisés (qui traduisent quelle orientation ?), les revendications exprimées (qui signent quelle appartenance idéologique, quelle identité politique ?). Et elle prend en compte les « marges » qui, si on les néglige, empêchent de penser idéologiquement et politiquement ce qui se produit. Comment ne pas voir les dérapages antisémites, racistes, homophobes (tags, slogans, banderoles, violences et mises en question, rejets). Ceci sans jugement globalisant. Mais un courant collectif entraîne des individus qui sont pris dans la force dominante et suivent des « leaders » dont ils ne repèrent pas les composantes réelles, les itinéraires passés et les liens, les influences, les réseaux... 

Dans ce texte elle affirme d’abord une volonté de reconnaître les légitimités et le refus de réduire un mouvement à ses marges : « On ne pourra jamais réduire la colère de milliers de personnes à un mouvement ou à un mot. La complexité, les contradictions, la richesse des êtres humains est toujours plus grande qu’une définition politique. La plupart des revendications des Gilets Jaunes sont légitimes et on ne peut se détourner d’une cause en raison de ses écarts. » Mais elle refuse aussi de croire que le début avait une « pureté » idéale : les dérives étaient là tout au début. Présents, la haine, le populisme, le complotisme. A l’injustice de la violence sociale la réaction n’est pas une critique des excès du capitalisme mais, dit-elle, une « réplique » utilisant la violence en miroir sans perspectives sociales, économiques, politiques. Rejet des institutions et des partis, rejet des élites (pas celles des grands profits, pas un capitalisme cynique, non, mais les intellectuels et les politiques élus).

Les « valeurs d’émancipation » ont été moquées (« Droits de l’hommisme », « bons sentiments » et « bien-pensance ».  « Pourtant la colère populaire sans les valeurs d’émancipation, sans les organisations qui les ont portées, n’est hélas le plus souvent que la possibilité du fascisme. » 

Elle cite Albert Camus, « L’homme révolté », avec une phrase essentielle (alors qu’elle a été citée ailleurs à contretemps, confondant Histoire et actualité). Cette phrase, au contraire, parle de processus généraux, répétitifs, réalités valables à toutes les périodes de l’Histoire : « Quand le ressentiment supplante la révolte », écrivait Albert Camus dans L'Homme révolté, « alors l’on voit se lever partout la cohorte ricanante de ces petits rebelles, graines d'esclaves, qui finissent par s'offrir, aujourd'hui, sur tous les marchés d'Europe, à n'importe quelle servitude ».’

En conclusion elle note que « La haine ne signe aucune authenticité autre que celle du fascisme. » Après avoir insisté sur le fait que le plus grand mépris des manifestants Gilets jaunes est celui qui ne dénonce pas les dérives (comme si cela était part d’eux, de cette partie du peuple qui se veut (à tort) tout le peuple. Or dénoncer ce qui devait l’être (dont le cadre de l’ensemble, la dominante complotiste qui va avec les restes des failles), cela a toujours été, depuis des semaines, pris comme mépris... http://www.cclj.be/node/12270

Un regard extérieur, L’Orient le jour. Le mouvement vu du Liban… https://www.lorientlejour.com/article/1146462/democratie-...
Un questionnement, venu de Belgique; Le Soirhttps://plus.lesoir.be/199128/article/2019-01-07/gilets-j...
« L’urgence démocratique commence par le bas… », 
The conversationhttps://theconversation.com/gilets-jaunes-lurgence-democr...
La FOULE, les MOUVEMENTS de MASSE… Et le risque de la haine. Libération… https://www.liberation.fr/debats/2018/04/11/le-but-c-est-...
« L’antifascisme n’est pas une option », 
Le Mondehttps://www.lemonde.fr/idees/article/2018/12/15/sarah-kil...

DÉNONCER CE QUI DOIT L’ÊTRE… Cela s’est fait à partir d’enquêtes, investigations, observations, analyses. Et la simple attention à ce qu’on pouvait lire sur des pages ou entendre lors d’entretiens, de prises de parole (y compris à la télévision), cela suffisait pour faire des constats inquiétants.

Parcourir cette page pour prendre la mesure de l’influence des thèses complotistes chez les Gilets jaunes, Conspiracy Watch… https://www.conspiracywatch.info/etienne-chouard-gilets-j...

Un décryptage nuancé, Les Décodeurs, Le Monde. Vérification de 74 infos sur les PAGES Facebook des Gilets jaunes. 24 problématiques, les autres assez correctes. Mais les problèmes portent sur des sujets centraux, la répression et la « censure »… https://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2019/01/31/d...

L’univers idéologique des Gilets jaunes…
Plongée au cœur des PAGES Facebook des GJ, Le Monde… Une France qui se sent humiliée, pas vraiment antisémite, raciste ou homophobe, mais dans la défiance des élites : « sentiment de persécution » et tendance au complotisme… https://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2019/01/30/p...

Autre plongée dans l’univers des COMPTES Facebook des Gilets jaunes, Le Nouvel Observateur (une enquête faite par un journaliste pour la Fondation Jean Jaurès… Le constat est : « édifiant »... https://www.nouvelobs.com/politique/20190111.OBS8351/plon...

La démarche de ce décryptage, sur le site de la Fondation Jean Jaurès… https://jean-jaures.org/nos-productions/en-immersion-nume...

De nombreuses questions se posent. Dont celle des ingérences étrangères supposées (sans que la genèse du mouvement soit attribuée à des influences externes : il a sa logique et sa dynamique, avec ses causes et revendications). Mais des faits interrogent. Dont le constat sur l'activité intense de trolls russes et l'influence de sites comme Russia Today, RT, ou Sputnik. Lire l'investigation d'une journaliste finlandaise sur l'usine à trolls de Moscou... https://m.usbeketrica.com/article/les-ambitions-des-troll...

D'autre part Bannon s'installe à Bruxelles où il a un bureau et se déplace beaucoup en Europe pour soutenir les extrêmes droites. Avec M. Le Pen dans son sillage. Autre direction, même extrémisme... (Et les divers nationalistes européens soutiennent les GJ, s'affirmant en phase avec ce mouvement)... https://www.huffingtonpost.fr/2018/12/08/paris-brule-se-r...

Qu'y a -t-til derrière le RIC ? Des revendications de partis extrémistes et le militantisme ancien d'Étienne Chouard, apprécié par de nombreux Gilets jaunes. Or penser un référendum cadré pour respecter les institutions, ou rêver d'un outil pour destituer le gouvernement élu ce n'est pas la même chose. Et c'est là qu'il y a fracture entre des GJ démocrates - qui veulent améliorer la participation et rendre cette démocratie plus juste, notamment fiscalement - et des factieux (car comment le dire autrement ?) qui ne veulent pas de réformes, pas de débat, pas de démocratie représentative. Pour situer ces fractures, voir qui est ce personnage adulé par les plus  réfractaires à tout dialogue, Chouard. Lire ceci... Conspiracy watch... https://www.conspiracywatch.info/pour-francois-ruffin-eti...  Et lire cela, Huffingtonpost... https://www.huffingtonpost.fr/2018/12/19/etienne-chouard-...

Autre question, la violence. Celle des casseurs (venus pour cela, ultras), mais aussi celle de certains Gilets jaunes qui légitiment le fait d'incendier, détruire, agresser, bloquer. Et la violence verbale. Mots de haine (racisme, antisémitisme, homophobie, haine des élites, menaces). Pas une majorité, mais suffisamment pour faire nombre et inquiéter. Autre forme de violence, la durée qui coûte cher à tous, économiquement. Et la violence des armes utilisées pour maintenir l'ordre, non létales mais dangereuses (A Bauer lui-même a exprimé un désaccord). Dans un contexte où la police est exténuée par des semaines très dures et face à des gens qui viennent affronter (pas tous, non, mais trop). Un médecin a lancé une demande de moratoire. C'est à discuter... Il faut des solutions de remplacement.

Enfin, reste la réflexion que chacun doit avoir sur les perspectives. Un débat est proposé,et commencé . Peut-être même une consultation (...?). Si la société civile se saisit des outils qu'elle a, et des outils qui sont proposés là pour participer, beaucoup de pistes peuvent être ouvertes... (Pour plus de justice sociale - même si la France distribue plus que d'autres, des inégalités évidentes demeurent, précarité et travail insuffisamment reconnu, alors que des PDG ont des traitements indécents bien au-delà de ce qu'il faut pour vivre dans un luxe acceptable. Pour une fiscalité revue. Pour la laïcité respectée et les fondamentalismes combattus. Sans oublier les problèmes du logement, et le sujet de l'écologie...) MAIS en espérant que ce soit autrement que dans la posture de la revendication sans implication, dans l'attente passive de solutions venues "d'en haut". On peut inventer le "possible"... Cela passe par soi-même, pour chacun.

31/05/2018

Superbe exposition de Tomoko Yoneda, Maison de la culture du Japon.

tomoko-yoneda-affiche.jpg« Pour cette exposition, j’ai revisité les lieux où Camus a vécu, ainsi que les endroits et les événements historiques qui l’ont inspiré, dialoguant avec les habitants de l'Algérie et de la France chères à l'écrivain pour mieux explorer en images la question de l’amour universel et radieux. Je me suis efforcée d’alimenter la réflexion sur la nature humaine, en répondant en photographies aux événements du passé, mais aussi aux ombres qui planent de nouveau sur l’Europe et le Japon. »                      Tomoko Yoneda (début de son texte introductif. Suite sur le site de la Maison de la culture du Japon, où on peut lire aussi une présentation de l’artiste, de sa démarche de photographe)… https://www.mcjp.fr/fr/agenda/tomoko-yoneda 

Camus.jpgSuperbe exposition, achevée le 2 juin. Associer les lieux d’Albert Camus, en Algérie et en France, en les reliant, à travers une démarche très consciente des questions que pose Camus, de son éthique, c’est une réussite. Les textes qui introduisent l’oeuvre de Tomoko Yoneda sont ceux d’une artiste camusienne lucide, qui veut, par le regard, lutter contre les ombres qu'elle sait menacer nos pays, ceux de Camus, mais aussi le Japon, et d’autres. Elle se réfère à « Ni victimes ni bourreaux ». Ce rappel accentue la force du message, comme la citation qu’elle fait de Camus, sur la révolte, contre ce qui manque, et parfois dans ce qui est, dans le monde. J'apprécie ce lien fait entre Camus et le Japon, lui qui avait été bien seul à protester contre l’horreur de la bombe nucléaire. 

Certaines photographies sont très grandes, d’autres petites (celles-ci associées par deux).

Présence de la lumière. Soleil d’Alger… 

La mer, bien sûr. Méditerranée, sur les deux rives : Marseille, ainsi. 

La beauté chantée par les mots de Camus, ses repères de joie. Tipaza, aussi.

La luxuriance du Jardin d’Essai. 

Mais aussi les lieux de vie : la maison du quartier populaire de Belcourt à Alger, l’hôtel de Montmartre où Camus acheva L’Étranger, la maison où il écrivit Le premier homme. 

« Dialogue avec Albert Camus », ce titre est bien adapté. Car on sent un intense échange intérieur avec l’oeuvre. On perçoit la conscience en éveil de la photographe, inquiète de la marche du monde, des pièges qui guettent, des totalitarismes toujours à l’affût, contre lesquels Camus dressait sa lucidité et la beauté de l’art, écriture et théâtre. Elle crée de la beauté, mais en choisissant des lieux porteurs et en accompagnant les photographies de textes qui en sont comme un deuxième cadre. Ce qui fait que le regard porté sur les photographies tient compte d’un hors champ conceptuel que l’artiste a disposé volontairement, subtilement. L’ombre est aussi dans le hors champ, les menaces totalitaires, la violence, la mort. Et le « je » de la photographe est dans la création, dans les questions, dans l’écoute de l’oeuvre camusienne, avec le juste recul d’un « je » qui ne se contemple pas mais dit le réel (parfois ce qui est donné à voir n’est pas banalement « beau », mais juste banal de la banalité du quotidien (la maison de Belcourt, l’hôtel de l’écriture). Réel. Le dialogue est aussi entre les temps, des lieux vus actuellement, qui ont appartenu au passé de Camus ou de son père (la bataille de la Marne). Sur le présent d’un lieu se projette la mémoire qu’on a des textes et des questionnements associés. Guerre et guerre (Mémorial des étudiants algériens). La guerre, ce meurtre collectif délégué, thème central chez Camus, même refus chez elle, habitée par l’Histoire.

Leçon d’esthétique, dans cette exposition. Il faut deux fois cadrer une photographie : cadrer par le regard qui choisit l'angle et structure, cadrer par les mots qui créent un possible hors champ, et qui ne sont pas « commentaire » mais marge offerte à la pensée. Et certaines photographies sont elles-mêmes des marges pour les autres. Comme celle de L’attente, port d’Alger. Une femme, voilée, attend. Derrière des vitres, barrées de fer. Qui est prisonnier? Elle ? (De normes rigoristes qui réduisent sa liberté de femme, et contre lesquelles d’autres femmes luttent? »). Nous ? (De peurs que des signes font naître à juste titre par le sens qu’ils véhiculent ? Ou de peurs excessives qui projettent sur des visages, autres, les ombres lues sur des masques qui cachent les corps ? Ou, comme l'analyse Camus, dans « Ni victimes ni bourreaux », la peur de dire, qui crée les silences complices. Les vitres pourraient symboliser le silence, mur invisible, abstrait mais compact). 

Dans le dossier de presse (à lire sur le site) on apprend que photographier en Algérie n'a pas été si facile pour l'artiste, constamment contrôlée, et ne pouvant obtenir d’avoir des échanges avec des étudiants. (Je me demande si c'est son intérêt pour Camus qui a dérangé un pouvoir qui ne le comprend toujours pas et qui a peur de sa liberté, contagieuse… Ou simplement la peur des regards lucides, d'où qu’ils viennent ? Pourtant son objectif était l’empathie. Répondre par l'amour aux défis du monde, morale camusienne aussi.)

Son SITE…  https://www.tomokoyoneda.com 

Lire le texte de Camus auquel elle se réfère, « Ni victimes ni bourreaux », 1948, Combat. Texte écrit contre le meurtre justifié idéologiquement au nom d’objectifs « futurs ». Éloge des « médiocres »  que nous sommes (Camus s'intègre dans ce « nous », et médiocres que nous devons être, ceux qui n’ont pas la force de supporter l’horreur de tuer). Réflexion sur la peur présente dans le monde, dans la conscience et l'inconscient des humains.

CITATIONS (c’est tellement actuel que c’est troublant, la réalité de 2018…) : 

« Le XVIIe siècle a été le siècle des mathématiques, le XVIIIe celui des sciences physiques, et le XIXe celui de la biologie. Notre XXe siècle est le siècle de la peur. » (…) 

« Le long dialogue des hommes vient de s’arrêter. Et, bien entendu, un homme qu’on ne peut pas persuader est un homme qui fait peur. C’est ainsi qu’à côté des gens qui ne parlaient pas parce qu’ils le jugeaient inutile s’étalait et s’étale toujours une immense conspiration du silence, acceptée par ceux qui tremblent et qui se donnent de bonnes raisons pour se cacher à eux-mêmes ce tremblement, et suscitée par ceux qui ont intérêt à le faire. »

« Depuis août 1944, tout le monde parle chez nous de révolution, et toujours si sincèrement, il n’y a pas de doute là-dessus. Mais la sincérité n’est pas une vertu en soi. Il y a des sincérités si confuses qu’elles sont pires que des mensonges. Il ne s’agit pas pour nous aujourd’hui de parler le langage du cœur, mais seulement de penser clair. » (…) 

« Je puis maintenant conclure. Tout ce qui me parait désirable, en ce moment, c’est qu’au milieu du monde du meurtre, on se décide à réfléchir au meurtre et à choisir. Si cela pouvait se faire, nous nous partagerions alors entre ceux qui acceptent à la rigueur d’être des meurtriers et ceux qui s’y refusent de toutes leurs forces. » 

Lecture intégrale, "Ni victimes ni bourreaux"pdf… https://inventin.lautre.net/livres/Camus-Ni-victimes-ni-b... 

Camus à Combat, éditoriaux et articles, 44-47… http://www.gallimard.fr/Catalogue/GALLIMARD/Folio/Folio-e... 

L’éditorial de Camus après Hiroshima, extrait, suivi de textes de rares intervenants critiques… http://pm22100.net/docs/pdf/textes/121105_CAMUS_APRES_HIR... 

Marie-Claude San Juan

03/04/2018

DOSSIER CAMUS sur The Dissident. Mon regard, et les autres...

mms_img-225999906.jpgPour ceux qui aiment Camus, voici un dossier précieux. J'ai été invitée à y contribuer, et j’ai fait une lecture très personnelle de l’univers de Camus. (Celui qui dénonça le terrorisme comme la peine de mort, celui dont l'identité complexe emprunte autant à l’Espagne qu’à l’Algérie et à la France. Camus qui se veut surtout artiste, et dont la dernière étape de l’oeuvre, essais philosophiques, n'a pas pu révéler complètement l’intention, écriture empêchée par la mort. Mais Camus qui donne des clés qui éclairent la démarche entreprise dès ses recherches sur Plotin et Augustin, Plotin surtout. Camus et la métaphysique, au-delà des concepts. J’ai parlé de la proximité avec la pensée indienne, que sa traductrice voit comme une évidence, et qu’elle développe dans un ouvrage. Cette proximité est aussi celle de Plotin…).      

Lisez d’abord les chroniques de Rémy Degoul (créateur du magazine en ligne, qui introduit le dossier avec son éditorial sur la liberté, il faut donc commencer par ce texte…), et d’Agnès Spiquel  (Études camusiennes, qui a participé à l'édition des oeuvres complètes chez Gallimard). 

Mais je tiens à signaler aussi les contributions de…

Marie-Paule Farina (spécialiste de Sade, qui fait le récit subtil de l’évolution de son regard sur Camus, entre errements et prise de conscience).

Laurent Muratet (qui ose transcrire des intuitions - que j’apprécie particulièrement - dont il sait qu'elles peuvent surprendre).

Khalil Hebib (l’exergue, Camus sur l’amour, introduit une méditation triste et rageuse sur l'impossibilité de vivre l’amour dans un pays qui est pris par des inerties rigoristes ou des tensions pires que l’inertie).

Hubert Ripoll (psychologue et fin analyste des tourments de la mémoire et de l’identité, il traite de l’exil de et chez Camus).

Tawfiq Belfadel (enseignant, chroniqueur, écrivain, il imagine un retour de Camus dans l’Algérie actuelle, et à travers le regard de Camus il fait un portrait du pays en observateur intérieur lucide et douloureux, l'amour mêlé à la douleur).

…  Luc Demarchi (qui, enfant, habitait la maison en face de celle de Camus, quartier Belcourt - mais, né longtemps après Camus, il a eu le sentiment d’avoir raté une rencontre possible).

Pour découvrir d'autres contributions il faut fouiner en prenant le temps. 

Le dossier (Votre Camus ? ) sur le site de The Dissidenthttps://the-dissident.eu/dossier/camus-et-vous/ 

Ma contribution (MC San Juan)… https://the-dissident.eu/dossiers/camus-poete-metaphysiqu... 

J'ai repris la même photographie que j'avais posée sur le site. J'en copie ma légende, message aussi... "Calligraphie de métal et d'ombre. Les "sonorités noires" du duende, tissées avec le "nada" lumineux. Algérianité..."

MC San Juan

16/02/2017

CAMUS, lire et relire ses « Carnets »…

CARNETS... .jpg« Carnets », journal de pensée, journal d’écriture… Livre de chevet, comme le Journal de Kafka. De ces livres lus et relus...

Mais là je reprends (et commente) deux citations posées sur des pages Facebook dédiées à Camus, ces pages littéraires qui font relire des fragments au hasard. Parfois c’est « Albert Camus », parfois « Albert Camus, pensée du jour ». Et j’en ajoute une, en feuilletant l'ouvrage… 

...

"Pourquoi suis-je un artiste et non un philosophe ? C'est que je pense selon les mots et non selon les idées".

Artiste, oui. Poète (lisez Noces...!). ET philosophe. Un des seuls à avoir su penser les totalitarismes sans se laisser fasciner par eux. Et, lui, était en résistance quand il le fallait, quand un Sartre posait des textes dans des feuilles collaborationnistes et signait (comme Beauvoir) l'engagement qui les faisait affirmer (sur l’honneur?!) qu'ils n'étaient ni Juifs ni francs-maçons, pour pouvoir rester dans l'Éducation nationale pendant l'Occupation...! Un philosophe n'est pas un constructeur de systèmes. C'est un penseur qui donne de quoi élaborer une conscience, individuellement et collectivement. Lisez ses "Écrits libertaires", regroupés par Lou Marin, ce chercheur allemand qui a retrouvé tant de textes dispersés dans des revues libertaires du monde entier...

"Paris ou le décor de la sensibilité"... (La page Facebook "Albert Camus, pensée du jour" avait associé cette citation à une photographie de Paris vu de l'espace...).

Paris pensé par Camus… Pensée de metteur en scène, qu'on peut interpréter diversement : force du lieu, richesse sensible possible, ou mirage qui cache les froideurs, ou tout cela en même temps... De Paris, Camus percevait des aspects plus angoissants (autres textes...). L'espace gris, la pluie, qui, malgré la beauté, réveillaient la nostalgie d'un univers méditerranéen solaire (Algérie, Espagne, mais aussi un certain sud en France, celui de son ami si cher, René Char... ou des paysages italiens). Et puis Paris, ce fut pour lui des vécus très divers, entre l'amitié des Gallimard, d'un côté, et l'hostilité d'un certain milieu d'une bourgeoisie intellectuelle rejetant le fils de pauvres et (comme il le dit) l'Algérien en lui (et sans doute l'Espagnol - par sa mère et ses liens vitaux - l'Espagnol  libertaire, surtout…).

Et j’ajoute ceci (Carnets 1945-48) : « Il n’y a pas de justice, il n’y a que des limites. » 

J’associe cette pensée à l’éthique du père de Camus « Un homme, ça s’empêche ». On pose des freins à la violence des êtres, des mots contre les masques du langage. Sans illusion, on résiste à l’injuste. 

LIENS… 

Gallimard, Folio : http://www.gallimard.fr/Catalogue/GALLIMARD/Folio/Folio/C... 

Fabula, un appel en 2010 pour un colloque (et quelques pistes de lecture)... http://www.fabula.org/actualites/article35111.php 

Fiche wikipedia : https://fr.wikipedia.org/wiki/Carnets_(Albert_Camus) 

Nombreuses citations, dont fragments des Carnets… http://www.laculturegenerale.com/citations-albert-camus/ 

20/09/2016

« En quête de L’Étranger », essai critique d'Alice Kaplan

CAMUS.jpgVoilà enfin une étude d’Alice Kaplan qui reprend la question de l’appellation de « l’Arabe » dans L’Étranger d’Albert Camus en tenant compte de faits littéraires qui rendent compte du sens  de ce choix, totalement inverse aux interprétations malveillantes de certains lecteurs (parfois essayistes ou « critiques ») qui (contrairement à ce qu’on enseigne pourtant même aux lycéens) confondent l’auteur et le personnage, et projettent des significations qui confortent leurs présupposés idéologiques, et ne tiennent pas compte de ce qui fonde l’éthique de l’écrivain (et donc contredit des pensées qui la nieraient). Alice Kaplan rappelle l’influence reconnue par Camus du « Facteur sonne toujours deux fois » de James M Cain (qui désigne son personnage par « le Grec », « au lieu d’un véritable nom propre »). Et, dit-elle, « Camus comprend que lui-même peut produire un effet similaire en appelant son propre personnage de victime « l’Arabe ». Réduire un homme à un simple qualificatif ethnique lui permet de signifier le racisme sans avoir à l’expliquer. » Car le romancier, pour Camus « doit être toujours un peu en deçà de l’expression ». Et, ajoute Macha Séry, « D’où l’insondable densité de L’Étranger. ». Le Monde des livres, 16-09-16. J’ai toujours lu ainsi l’intention d’Albert Camus, assez atterrée par « l’insondable » bêtise arrogante et malveillante de certains « lecteurs »… 

L'article du Monde : http://www.lemonde.fr/livres/article/2016/09/15/l-etrange... 

Page de l’édition Gallimard... http://www.gallimard.fr/Catalogue/GALLIMARD/Hors-serie-Co... 

03/05/2016

Jean-Claude Xuereb. Répondre aux questions graves...

XUEREB.gif« Aux questions les plus graves, nous répondons, en fin de compte, par notre existence entière. Ce que l’on dit entre temps n’a aucune valeur, car lorsque tout est achevé, on répond avec l’ensemble de sa vie aux questions que le monde vous a posées. »

Sándor Márai, Les Braises 

En exergue à son ouvrage, « Le jour ni l’heure », Jean-Claude Xuereb a choisi de poser cette pensée profonde d’un écrivain hongrois au destin douloureux, dans les secousses de l’Histoire, Sándor Márai. Antifasciste qui doit fuir son pays, puis homme inquiet et déçu quand le régime communiste s’installe en Hongrie. Longtemps méconnu, puis enfin révélé. Solitude et deuils, et permanence d’une cohérence, d’une fidélité à ses valeurs. 

Jean-Claude Xuereb nous parle évidemment à travers cela. Lui aussi l’Histoire l’a bousculé, lui aussi vit des deuils (c’est évoqué dans certains poèmes du recueil, et se croisent là mots pour dire attachements et mémoire, mots pour questionner la vie, le sens). Les années passant, nous dit-il à travers le choix de cet exergue, on pense au bilan de sa vie, de son oeuvre : comment a-t-on répondu aux épreuves, aux événements, quelles réponses a-t-on données pour dépasser les traumatismes et échapper aux pièges des faux miroirs idéologiques? A-t-on su répondre, contre la haine des vengeurs dans les secousses du temps? 

De belles rencontres : Albert Camus, René Char, Jamel Eddine Bencheikh… Et, en 1970, l’éditeur René Rougerie - auquel il rend hommage en lui dédicaçant un grand poème (« Job ou les avatars du corps-poème ». Titre où j’entends comme un écho des interrogations de Jean Sénac, terrien de la même Algérie méditerranéenne. En exergue, non au livre mais au poème, page 37, à côté de Raymond Guilhem (« Attrait du vide »… « Mon corps privé de lendemain »…« néant d’étoiles »… ), Albert Camus, fraternelle référence et… horizon philosophique qui veut dépasser le désespoir du vide et de l’absurde (étape et non fin dans le cheminement de pensée de l’écrivain philosophe), projet éthique de l’humaniste qu’est Camus (« Il faut imager Sisyphe heureux »). Le mythe camusien de Sisyphe associé à l’éditeur, et au « corps-poème », juste après la citation de Guilhem, pour qui « Un dieu ne tendra pas la main ». Comment, pour celui qui se dit (avec un peu de distance ironique) « mécréant », penser la fin de tout et de soi, la fin, comme celle de l’éditeur ami, René Rougerie? Et comment penser le retour de l’écriture, de poème en poème, de recueil en recueil? Le livre comme un mont qu’on gravit, un mont intérieur : à chaque fois autre et semblable dans l’exigence, Sisyphe reprend l’effort répété. 

Mais Jean Rousselot écrivit « On peut mourir / la gorge obstruée par un cachet d’espérance » et c’est ce qui introduit le très beau poème « Pour ainsi dire », page 7. Refuser ce qui serait, pense-t-il (« mécréant »!) le mensonge d’un faux rêve. Mais regarder, à travers les objets qui sont là, ce qui est signe que « l’ancre » a été posée vraiment « au défi des exils successifs », que le soleil est amical (« comparse » comme l’amour).

Mais qui est, page 15, le « prophète / non reconnu des siens »? Est-ce le poète, dont « la trace messagère » n’est pas suffisamment comprise, les poètes étant souvent voués aux signes « que nul ne déchiffre »? A ces « lointains d’indicible »? (Comme l’écrivain Sándor Márai le fut longtemps).

Ceci est aussi l’exil, ou une conséquence de l’exil. 

Méditation devant le miroir, page 18, pour questionner « le sens du verbe ‘réfléchir’ » et chercher en soi l’être essentiel derrière un reflet ou ce qu’on perçoit comme masque de soi-même (car le temps altère le visage, et se reconnaît-on?). Alors qu’en soi c’est « un enfant qui pleure » les deuils (page 65), mais un enfant qui a gardé le privilège de l’accord avec le soleil natif, retrouvé où qu’il soit.

Est-ce surtout le poète, ou surtout, simplement, l’homme de chair, le père, le grand-père (poème offert à ses petits-fils, page 21) qui hésite entre l’effacement (page 56) et la trace (page 57) ?  « Il faudrait se délester pas à pas » écrit-il page 60. 

Alors que (exergue, page 53, Léon Tolstoï, « Les hommes sont comme des rivières »). Mais, « coup de dé » le hasard a fait naître dans un lieu dévasté par les « purulences de l’Histoire ». Oui, Algérie native, longue guerre, conflits et terreurs, déchirements, exil.  Plusieurs textes l’évoquent, si on sait, et c’est un balancement entre mémoire d’autrefois et mémoire de retour, pour un « site revisité ». Importance des lieux, comme ce Ravin de la Femme Sauvage, évoqué dans ces « Horizons de l’enfance », page 49. Mais. « je n’ai reconnu que le ciel »… Importance des êtres : Augustin « mon frère de Thagaste et Carthage », page 45. Repère. Augustin, frère de cette « Terre violente » (page 46), violente mais « Terre d’amour »… Pour laquelle la mémoire est déchirée par les souvenirs de supplices. 

René-Jean Clot chanta sa douloureuse « ...Patrie de Sel », Albert Camus grava, dans le temps d’une guerre que l’on peut penser aussi comme guerre civile, ses « Chroniques algériennes » de dénonciation de l’injuste. Et je pourrais citer une litanie de témoins (Pélégri, Roy, Cardinal, Roblès, Audisio, Marcello-Fabri, Sénac, Vircondelet, et Dib, Feraoun, Haddad, Boulanouar, Yacine, Azeggah, Djaout, Alloula, Gréki, Kréa, Martinez, Amrouche, etc.). 

Jean-Claude Xuereb, lui, distille des inscriptions qui invoquent l’Histoire d’une terre, l’identité d’errants méditerranéens, ancrés ou déplacés. Et il le fait de telle façon que tout natif le reconnaîtra comme frère d’algérianité, mais que cette réalité est transmutée en vérité universelle sur la planète de tous les exilés. Nimrod, que je viens de lire, comprendrait. Tchad, Algérie, îles, lointain… qu’importe. L’homme qui écrit aime les arbres et les oiseaux, même s’il dit ne pas avoir réussi à les apprivoiser… ces oiseaux libres des jardins ou des chemins. Mais quand? Aux « horizons de l’enfance » d’avant ou de l’enfance en soi, qui perdure, avec les images de son ciel d’autrefois? 

Magnifique ouvrage… Grande oeuvre. Impossible de lire dans l’ordre ces poèmes. Il faut tourner les pages et revenir en arrière pour saisir le sens de ce qui fait aller-retour et se cache puis se révèle… Et relire. 

Chaque livre des poètes est un morceau de testament. Tout est présent à chaque fois. Plus ou moins consciemment. Et plus la vie avance et plus c’est le cas. Mais pour cet ouvrage c’est une évidence dès le choix de l’exergue. Ce qui compte le plus doit être dit. Ce qui dot être tracé doit l’être absolument sans attendre. Dire les proximités, les solitudes, les tensions de l’écriture (Sisyphe…!) pour capter même ce qu’on ne sait. Les mots, l’amour, le soleil, la mémoire des suppliciés. Parce que la révolte est aussi un devoir, celle de Camus, celle des Justes. Et c’est le camp de Jean-Claude Xuereb.

J’ai une tendresse particulière pour un recueil (qui semble épuisé chez Rougerie), « Pouvoir des clés », livre où il réaffirme le programme d’une écriture qui se veut « outil de lucidité » (page 25). Avec l’humilité de celui qui espère que les Clés s’ouvrent, pour « oser persévérer » à écrire. Car la poésie vient avec ses clés, ou pas : mystère du courage de poursuivre. Je retrouve dans cet ouvrage le « pays natal », le désir de la mer, le soleil, les oiseaux et les arbres. Et les questions « graves »,  incessantes, pour une ontologie de l’écriture et du regard sur vivre, être, passer. 

Dans « Pouvoir des clés » les mots sont « lavés ». Dans « Le jour ni l’heure », encore plus, sont lavés les mots et l’être, le réel des paysages et des destins. La lucidité est affutée : encore plus. L’écriture demeure, le style est reconnaissable, mais l’intensité est autre : Sisyphe a gravi la montagne et le ciel des lieux est aussi un ciel du sens. Très grand livre, vraiment. Car le lecteur, qu’il soit mécréant ou mystique, sera, lisant, lui aussi devant un miroir et la buée du temps, vers l’inéluctable fin. Lui aussi devra interroger sa vie, ce qu’il restera de ses choix à sa mort(dont il ne sait ni "le jour ni l’heure"). Valeur. Traces. Et textes, s’il écrit.

(Et je ne peux que mentionner l’avant-propos, deux pages, au poème-livre d’Anne-Lise Blanchard, Le Bleu violent de la vie, éd. Orage-Lagune-Express, 2004. Texte émouvant, sur l’exil et l’héritage des blessures, la parole des générations qui suivent…) 

Fiche wikipediahttps://fr.wikipedia.org/wiki/Jean-Claude_Xuereb 

Page sur le site du Printemps des poètes : https://fr.wikipedia.org/wiki/Jean-Claude_Xuereb 

Dossier, revue Phoenix, Marseille, numéro 15, automne 2014. Commande possible de numéros antérieurs... http://www.revuephoenix.com/auteurs/jean-claude-xuereb.html 

Page de blog, celui d’Abdelmadjid Kaouah (auteur d’une anthologie de la poésie algérienne, « Quand la nuit se brise », Points), Joha : http://wwwjohablogspotcom-kaouah.blogspot.fr/2012/02/jean... 

Portrait, par Jacques Basse (portrait, poème et note) : http://www.jacques-basse.net/2008/09/23/jean-claude-xuereb/ 

Page sur Recours au poème (avec deux textes : Ce qui bouge, et Regain) : http://www.recoursaupoeme.fr/poètes/jean-claude-xuereb 

Nombreuses pages correspondant à des parutions dans diverses revues de poésie, comme Sillages, Texture, etc.

LIVRES publiés par les éditions Rougerie : http://www.editions-rougerie.fr 

.... MISE à JOUR 03-06-2016... Jean-Claude Xuereb, par Jean-Louis Vidal. Coll. Présence de la poésie, éd. des Vanneaux...  http://les.vanneaux.free.fr 

 MC San Juan

Posée aussi... page Facebook : https://www.facebook.com/TramesNomades 

06/01/2016

Jacques Derrida, la philosophie contre la peine de mort. Séminaire...

DERRIDA.gif« Derrida déclarait à Elisabeth Roudinesco que "tant qu’on n’aura pas déconstruit (…) le discours (…) qui prétend justifier la peine de mort de façon principielle, sans référence à la moindre utilité, on s’en tiendra à un discours abolitionniste précaire, limité, conditionné par les données empiriques, et, par essence, provisoire’’ » Jacques Derrida a donc élaboré, au cours de son séminaire, cette déconstruction systématique d’un discours philosophique favorable à la peine de mort, celui de Kant, pour développer une philosophie abolitionniste (Kant dont Derrida dit que sa pensée de la justice pénale se fonde sur une "morale sacrificielle" : c’est cette "pulsion sacrificielle" qu’il faut donc interroger). 

La chronique de Hicham-Stéphane Afeissa sur Non Fiction donne des clés très intéressantes pour comprendre cette démarche. 

Car c’est vrai que les arguments qu’on utilise contre la peine de mort (et cependant à juste titre) tiennent compte de la logique sociale (inefficacité, prouvée par des études statistiques, contre le crime) et de la morale (ne pas se faire meurtrier du meurtrier pour refuser le crime, ou ne pas déléguer à d’autres le geste de tuer, en assumant cependant le choix donc le crime : chaîne infinie). 

Mais cela reste une morale pensée sans avoir conscience de la dimension sacrificielle, que Jacques Derrida réintroduit dans son analyse.

Aspect très intéressant de la pensée de Derrida, aussi, c’est le lien fait avec notre rapport aux animaux ("Je pense la même chose pour le rapport aux animaux : derrière toutes les problématiques qui sont des alibis au sujet de notre consommation et de notre tuerie des animaux, il y a, au-delà de toutes les prétendues nécessités sur les protéines, etc., il y a une pulsion sacrificielle. (…) Il faut penser ce que signifie ‘sacrifice’ pour approcher aussi bien la question de l’animal que la question de la peine de mort, des deux côtés »).    

Je vois cette oeuvre abolitionniste comme un prolongement de l’écriture et de la lutte d’Albert Camus (et, plus loin dans le temps, de Victor Hugo). Camus et Derrida, deux natifs d’Algérie engagés (chacun à sa manière, chacun avec son langage) contre cette barbarie toujours si présente dans le monde. Cela peut nous aider, au-delà des pétitions et diverses actions contre les exécutions, l’engagement peut être plus fort s’il s’appuie sur des pensées fortes. 

C’est bien nécessaire quand on vient d’apprendre les 47 exécutions en Arabie saoudite, qu’on craint, dans ce pays, pour le poète palestinien et pour le jeune neveu d’un des dissidents assassinés. Quand on doit signer une pétition pour tenter de sauver trois jeunes condamnés en Iran (pays qui exécute encore plus que l’Arabie saoudite…). Même si de plus en plus de pays deviennent abolitionnistes nombreux sont ceux qui ne le sont pas encore (comme les USA, la Chine, etc.).

LIENS :

De Jacques Derrida… Volume 2, Séminaire, La peine de mort (2000-2001), éd. Galilée. Note sur Non fictionhttp://www.nonfiction.fr/article-7875-la_folie_de_la_rais... 

BioBiblio sur wikipedia : https://fr.wikipedia.org/wiki/Jacques_Derrida 

Sur une biographie de Jacques Derrida (celle de Benoît Peeters, éd. Flammarion). Présentation de l'éditeur: http://www.derrida.ws/index.php?option=com_content&ta...  

Et..., échos...

Réflexions sur la guillotine, Albert Camus : http://www.etudes-camusiennes.fr/wordpress/tag/reflexionx... 

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Le dernier jour d’un condamné, Victor Hugo  https://fr.wikipedia.org/wiki/Le_Dernier_Jour_d%27un_condamnéjacques derrida,derrida,séminaire,albert camus,camus,kant,peine de mort,abolition,victor hugo,hicham-stéphane afeissa,non fiction,essais,livres,philosophie,sacrifice,morale,société,idées,animaux,exécutions,arabie saoudite,iran,u.s.a.,chine

03/11/2015

« Apocalypse Staline », regard sur un documentaire… Et comment cela nous donne à penser, plus loin...

Sur ce documentaire historique de Daniel Costelle et Isabelle Clarke on trouve des critiques diverses, positives complètement, certaines, plus nuancées ou critiques, d’autres. J’en ai choisi quatre, à donner à lire (liens ci-dessous…). Pour ma part je trouve cette réalisation nécessaire et intéressante. On pourra prolonger par des lectures… Occasion de se questionner sur ce qui fait que les êtres humains choisissent d’adhérer à des systèmes totalitaires, destructeurs, meurtriers, fous. La source est toujours dans ce qui précède, dans les souffrances. mais cela ne suffit pas à expliquer la soumission à des êtres au charisme d’ombre, ni la puissance de ces ordres maléfiques qui perdurent longtemps. Comment tant de gens peuvent suivre des injonctions leur ordonnant de surveiller, dénoncer, emprisonner, torturer, tuer, être les rouages de l’infamie. Prisons idéologiques, fascinations d’appartenance, peurs inversées. 

Comment ne pas penser à Etienne de La Boétie, son « Discours de la servitude volontaire » (écrit à dix-huit ans…!). Donc, le relire… 

Ensuite, affronter (…) des lectures historiques qui démasquent la part d’horreur (démasquent, car longtemps occultée), et des liens de chaînes d’influence que des lecteurs n’apprécient pas forcément. (Voir, ci-dessous, des critiques de la somme de Thierry Wolton, "Histoire mondiale du communisme" : comment penser, notamment, l’éventuelle responsabilité de la France, par les aspects les plus sombres de sa Révolution, de la Terreur, quand nos ‘héros’ n’ont pas toujours les mains blanches? Cet examen-là doit-il faire peur?). 

Retour, aussi, sur le regard si lucide d’Albert Camus, vilipendé pour ça, son regard sur les mirages de l’univers stalinien que beaucoup, en France, soutenaient, refusant d’en voir les crimes. Car penser seul, dans l’intimité de ses questionnements, et exprimer clairement ses questions et ses doutes, cela demande du courage. C’est savoir d’avance les rejets de ceux qui, n’ayant pas pris le temps du retrait solitaire, lui préférant le confort de l’appartenance, de l’accord conforme, mépriseront, détesteront. Sur Camus, malgré l’immense reconnaissance internationale, on sent encore les effets pervers de ce rejet : le Pieds-Noirs libertaire - et Algérien de fait, sans papiers - dérange encore. Mais n’est-ce-pas un devoir de libertaire que cela : déranger…? Solitaire et lié. J’ai relevé, notamment, dans des critiques littéraires, récentes, au sujet de l’ouvrage de Kamel Daoud, auteur (et chroniqueur) que j’apprécie, et qui détourne l’Etranger en créant un miroir inversé. Beaucoup de critiques relisent le livre de Camus en oubliant deux choses importantes. L’une est le fait que Camus, dans son livre, n’est pas le personnage mais l’auteur - confusion permanente, étonnante chez des spécialistes de littérature. L’étranger, c’est Meursault, et comment ne pas penser que Camus pose question sur l’identité des natifs algériens de différentes communautés, quand la nationalité n’existe pas encore, du fait que l’indépendance n’est pas alors acquise. C’est Meursault, pas Camus, dans ce sens aussi. Car lui rêve autrement, déchiré. Meursault est étranger par son absence au monde et à l’affect, par son incapacité de nommer l’autre en dehors d’une identité qui l’éloigne, d’où l’absence de prénom (l'auteur entre dans la conscience de son personnage et crée autour de lui un univers de mots qui correspondent à ses failles, non par mépris de l’écrivain qui endosserait une sorte de racisme, mais par la lucidité d’un auteur qui montre une réalité problématique qui fait partie de l’absurde - étape de sa pensée et non finalité de l’oeuvre inachevée : un système qui colonise piège tous les gens dans cette absence de regard, tant sur soi-même que sur l’autre. Peut-on voir plus grande critique? Et, deuxième chose, c’est oublier le Camus des Chroniques algériennes, le Camus intervenant dans l’ombre pour sauver des indépendantistes condamnés (lui qui ne l'était pas et n'était pas non plus le contraire, voulant  inventer autre chose, une fédération peut-être), le Camus des Ecrits libertaires, dans la ligne de la résistance fondatrice, le Camus de la Trêve, haï, cette fois, par l’extrême droite, menacé (et peu aidé par les autres.), le Camus de L’Hôte… Donc, relire Camus… ses Ecrits libertaires, notamment, enfin regroupés en 2008 (Egrégore éds.), réédités en 2013 (Indigène éds.), grâce au fabuleux travail de Lou Marin, chercheur allemand. Voir ci-dessous… 
HIST communisme 1.jpgDiscours.gifCamus LIB.jpg

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

A LIRE… 

Sur le documentaire, quatre liens, ci-dessous :

 

 

Télé Star 5 bonnes raisons de regarder ce documentaire » : http://www.telestar.fr/2015/photos/apocalypse-staline-fra... 

Et, Nouvel Obs : http://teleobs.nouvelobs.com/actualites/20151027.OBS8390/... 

Mais, Les Inrocks (la polémique...) : http://www.lesinrocks.com/2015/11/03/actualite/la-polemiq...

Et, Libération (gros sabots...) : http://www.liberation.fr/planete/2015/11/02/staline-gros-...  

Sur l’ouvrage d’Etienne de la Boétie, et sur l’auteur...  Un commentaire sur un blog libertaire (avec un lien vers le texte)... http://libertaire.pagesperso-orange.fr/archive/2000/227-a... 

Ed. Mille et une nuits (avec une belle couverture…), diffusion librairie en ligne, Decitre, 3€ et 1,99 en E-Book ( : http://www.decitre.fr/livres/discours-de-la-servitude-vol... 

Sur le stalinisme (fiche wikipedia, avec une bibliographie partielle, études contemporaines) : https://fr.wikipedia.org/wiki/Stalinisme 

….

Sur la somme de Thierry Wolton :

Histoire. Une somme. Présentation de l’édition, Grasset : « Histoire mondiale du communisme », en deux tomes (T.1. Les bourreaux, T.2. Les victimes. Ouvrages de Thierry Wolton, éd. Grasset) : http://www.grasset.fr/histoire-mondiale-du-communisme-tom...  et  http://www.grasset.fr/histoire-mondiale-ducommunisme-tome...  Troisième volume, à paraître, Les Complices.

La critique du Nouvel Obs reproche une vision trop anticommuniste (négligeant des apports sociaux ou des implications positives, cf. résistance)  : http://bibliobs.nouvelobs.com/idees/20151022.OBS8142/une-...

Le Figaro apprécie plus (c’est cohérent…), avec un bon titre pour le dossier, « Retour sur une utopie sanguinaire » : http://www.lefigaro.fr/livres/2015/10/21/03005-20151021AR...  (et un bon titre, aussi, pour la recension des livres : « Une tyrannie qui a tant séduit »)  

Philosophie magazine fait une recension sans parti pris : http://www.philomag.com/les-livres/notre-selection/histoi... 

Lien. Albert Camus, Ecrits libertaires, Indigène éditions : http://www.indigene-editions.fr/esprit/albert-camus-ecrit... 

23/01/2015

« Pourquoi tant de haine ? », dossier, Le Un

UN HAINE.jpg

 

 

« Ce n’est pas vrai qu’un mort / Soit comme un vague empire / Plein d’ordres et de bruit. (...) – Mais c’est vrai que des morts / Font sur terre un silence / Plus fort que le sommeil. »

 Souvenir

Guillevic      (recueil « Exécutoire »). Poème choisi par Louis Chevaillier, rubrique « La voix du poète », Le Un  

En exergue du numéro, Camus (parlant des Possédés). CITATION : « Pour moi Dostoïevski est d’abord l’écrivain qui, bien avant Nietzsche, a su discerner le nihilisme contemporain, le définir, prédire ses suites monstrueuses, et tenter d’indiquer les voies du salut. Son sujet principal est ce qu’il appelle lui-même ‘’l’esprit profond, l’esprit de négation et de mort’’, l’esprit qui, revendiquant la liberté illimitée du ‘’tout est permis’’, débouche dans la destruction de tout ou dans la servitude de tous. » (Témoins, automne 1957-1958).

Après les attentats, tenter de penser les racines des drames, et les perspectives offertes à ceux qui ne veulent pas rester impuissants et n’attendent pas tout (mais beaucoup cependant) des pouvoirs de l’Etat. Editorial : « Après le deuil vient le temps de la réflexion. ». Suite en Une... 

Différents points de vue (et, justement, différents : la complexité de cette réalité terrifiante est saisie, et le lecteur peut réfléchir en sortant des excès compassionnels – du seul compassionnel – et échapper aux injonctions politico-morales qui forcent à penser dans un sens, pris au piège, parfois, de clichés désolants. Là, non,  rien de tel : des avis qui se confrontent, mais sans polémique, entrant tellement dans la recherche de ce qui, racines complexes des faits, échappe d’abord au regard de l’émotion. Mots clés de la thématique :  fanatisme, djihadisme, islam, Coran, laïcité... "Pourquoi en sommes-nous là?"

Les contributeurs : Edgar Morin, Leïla Slimani, Michel Onfray, Dominique Schnapper, Metin Arditi, Olivier Roy, Mayanthi Fernando, Tahar Ben Jelloun. Noter, aussi, la rubrique "Repères", qui, en dessins, fait l'historique de l'insertion des jeunes dans les quartiers (par Manon Paulic/Jochen Gerner).

Sur le site certains articles sont lisibles. Ainsi : « Un islam sans racines ni culture », par Olivier Roy, http://le1hebdo.fr/numero/40/un-islam-sans-racines-ni-culture-651.html

Et « Une armée de plumes », par Leïla Slimani : http://le1hebdo.fr/numero/40/une-arme-de-plumes-642.html

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CITATIONS :

"Aux essayistes, comme aux écrivains, va bientôt revenir la tâche de prendre de la distance. De faire quelques pas en arrière pour apprécier ce qui se passe." (...) "La littérature est plus que jamais nécessaire. Elle ramène de la complexité et de l'ambiguïté dans un monde qui les rejette." Leïla Slimani, écrivain, "Une armée de plumes".

"Les humiliations subies ne s'oublient pas. Elles se transmettent de génération en génération. La marginalité sociale et le chômage endémique n'expliquent pas tout. La démocratie 'extrême' ne favorise pas l'intégration des populations marginales ou fragiles. Elle cultive une relativité des valeurs qui constitue un choc pour les héritiers des cultures traditionnelles." (...) "Il faut lutter contre l'antisémitisme, même sous ses formes sophistiquées d'antisionisme (...)." / "Il faut lutter pour que cesse la lente communautarisation de la société française. Trop souvent les politiques ont alimenté l'idée de 'communautés' au sein de la société française et fait apparaître les juifs et les musulmans comme étrangers à la nation, tandis que se développait la confusion entre juif et Israélien." Dominique Schnapper, sociologue, "Les ressorts de la haine".

"IL Y A UN TEMPS POUR TOUT". "Un temps pour dire (...) qu'une terre éclairée doit savoir vivre avec celui qu'elle a a fait venir pour vider ses poubelles." (...) "Il y a un temps pour dire que former des imams français qui souscrivent aux valeurs de la France ne serait pas la pire des idées."/"Un temps pour rappeler ces mots : Il ne faut jamais blesser les hommes, disait Machiavel. Il faut les caresser ou les occire, car un homme blessé est un animal dangereux." (...) "Un temps pour rappeler à François Hollande, qui parle d'unité, que ce mot dit l'unicité, qu'il est le contraire de la pluralité. Que c'est un mot d'exclusion. C'est d'union qu'il faut parler. D'union, qui désigne une entente entre plusieurs. Ce qui est tout autre chose. Et c'est le cœur du problème." Metin Arditi, écrivain, "To be or not to be Charlie"

"Dehors, droite et gauche confondues, la France a bombardé les populations musulmanes (...) sous prétexte de lutter contre le terrorisme." (...) "La plupart des intellectuels (...)"... 'je songe au terrible rôle de BHL..." (...)  "Comment ces guerres répétées contre les musulmans partout sur la planète depuis presque un quart de siècle ne pouvaient-elles pas faire de la France une cible? Ce qu'elle est devenue aujourd'hui. Islamophobe au-dehors, la France est islamophobe au-dedans." (...) Que n'avons-nous aujourd'hui, à gauche, un Chevènement capable, au-dehors, de mener une politique proarabe qui ne soit pas anti-israélienne et, au-dedans, de conduire une politique clairement laïque qui ne laisse aucun pion se positionner dans une stratégie antirépublicaine sur l'échiquier français." Michel Onfray, philosophe, "Le balai de l'apprenti sorcier"

"Les rejetés rejettent ceux qui les rejettent. Une partie de ces jeunes se sentent non pas Français, mais privés de patrie." (...) "Pour les jeunes d'ascendance maghrébine, le poids de la colonisation qu'ont subie leurs ascendants n'a pas disparu." (...) "Une grande majorité d'Arabo-musulmans souffrent de toutes les humiliations subies par le monde arabe. Ils voient dans les guerres américaines en Afghanistan et en Irak des interventions impérialistes contre des nations arabes." (...) "L'Occident dénonce avec horreur le terrorisme aveugle qui tue civils, femmes et enfants, sans se soucier que dans le monde arabo-musulman, on dénonce avec horreur les bombardements aveugles qui tuent civils, femmes et enfants, les assassinats ciblés par drones ou autres." (...) "Ainsi la guerre du Moyen-Orient est entrée en France le 7 janvier 2015." (...) "L'IMPUISSANCE." (...) "La coalition inclut l'Arabie saoudite, dont le régime est proche de celui que rêve d'instaurer Daech." (...) "L'AVEUGLEMENT. L'interventionnisme occidental accentue la décomposition des nations du Moyen-Orient qu'il a en grande partie provoquée." (...) "L'ILLUSION. L'objectif des Occidentaux au Moyen-Orient est la restauration des Etats-nations déjà décomposés. Alors qu'il existe un seul et vrai but de guerre à opposer au califat de Daech, c'est la confédération du Moyen-Orient, à l'image amplifiée d'un Liban, qui respecterait l'autonomie et la liberté des ethnies et des religions diverses qui y sont implantées, dont le christianisme" (...) "Sauf redressement et changement de voie, tout s'aggravera, y compris en France." (...) "... L'espoir serait que, de cette société civile qui s'est réveillée, puisse naître en dehors des partis une confédération d'associations." (...) "Mais malheureusement l'anti-islamisme profite maintenant du raz-de-marée de dimanche, l'orientant pour isoler, culpabiliser, dégrader les populations musulmanes. De plus une incompréhension réciproque s'est installée dans les esprits : les uns, laïcs, ne peuvent admettre une limitation de nature religieuse à la liberté, quand les autres ne peuvent accepter une atteinte à ce que leur religion a de plus sacré. / "La réponse n'est pas dans les polémiques lapidaires. Elle est dans l'introduction au cœur de la culture française, et d'abord à l'école, d'une culture historique." (...) "Il faut également rappeler que le 'terrorisme' n'est pas une invention islamique en Europe." (...) "La re-pensée, la ré-éducation sont beaucoup plus nécessaires que les proclamations antiracistes. / S'impose à nous une grande, lourde, mais nécessaire tâche de régénération de la pensée, qui comporte nécessairement une regénération de la pensée politique." Edgar Morin, philosophe, "Essayons de comprendre..."

"Terroristes ou djihadistes, ils se construisent un statut de héros, de guerriers (...) ils se mettent en scène (...) ne préparent ni leur fuite ni des lendemains qui chantent, et meurent en direct à la une des journaux télévisés, dans un bref spasme de toute-puissance." (...) "En ce sens ils sont bien le produit d'une culture nihiliste et individualiste de la violence que l'on retrouve dans d'autres secteurs de la jeunesse (...)."Il y a beaucoup de rebelles en quête d'une cause, mais la cause qu'ils peuvent choisir n'est évidemment pas neutre." (...) "On pourrait enfin se demander si la 'laïcité' ne fabrique pas à son tour un sacré qui échapperait à la liberté d'expression." (...) Ce religieux (...) est reconstruit à partir d'une déculturation profonde des nouvelles générations. Le salafisme, qui en est l'expression la plus pure, rejette toutes les cultures à commencer par la culture musulmane et sa propore histoire. (...) " L'Arabie saoudite... (...) La Mecque aujourd'hui, c'est Las Vegas plus la charia." (...) "Historiquement, l'islam comme le christianisme se sont 'enculturés', aujourd'hui religion et culture se séparent. La question est donc non pas de 'réformer' l'islam, mais de 'culturer' l'islam en l'insérant dans la société française. En mettant en avant une conception de la laïcité qui exclurait le religieux de l'espace public, on contribue à 'fanatiser' le religieux." Olivier Roy, politologue, spécialiste de l'islam politique, "Un islam sans racines ni culture".

"Les musulmans sont donc placés dans une situation impossible : ils doivent désavouer une appartenance communautaire à laquelle ils sont pourtant constamment réduits." Mayanthi Fernando, anthropologue, "Le fardeau de la représentation".

"Deux visions du monde vont s'affronter à travers la lecture du Coran. La première est portée par des théologiens appartenant au courant mutazilite, des rationalistes lisant le texte de manière symbolique et métaphorique." (...) "... Face à eux des traditionalistes pour qui le Coran est non seulement incréé, mais doit être lu de manière littérale sans aucune distance ni interprétation." (...) '... Victoire de l'obscurité sur la lumière, du rigorisme sur l'intelligence." (...) "La défaite de la raison est aussi celle de l'humanisme qu'on trouve dans le Coran." Tahar Ben Jelloun, écrivain, "Lire le Coran".

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Des lectures sont suggérées, au fil des articles ou dans la note "Pour aller plus loin". Dont l'ouvrage d'Abdelwahab Meddeb, "La Maladie de l'islam", 2202, éd. du Seuil, ou "Généalogie de l'islamisme" d'Olivier Roy, Pluriel, 2011.

 

21/11/2014

ALBERT CAMUS, relire « Noces », et « Retour à Tipasa »… citations...

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NOCES

INCIPIT (« Noces à Tipasa », premières phrases de « Noces »…) : « Au printemps, Tipasa est habitée par les dieux et les dieux parlent dans le soleil et l’odeur des absinthes, la mer cuirassée d’argent, le ciel bleu écru, les ruines couvertes de fleurs et la lumière à gros bouillons dans les amas de pierres. A certaines heures la campagne est noire de soleil. Les yeux tentent vainement de saisir autre chose que des gouttes de lumière et de couleurs qui tremblent au bord des cils. »

EXPLICIT  (« Le Désert », dernières phrases de « Noces »…) : « Florence ! Un des seuls lieux d’Europe où j’ai compris qu’au cœur de ma révolte dormait un consentement. Dans son ciel mêlé de larmes et de soleil, j’apprenais à consentir à la terre et à brûler dans la flamme sombre de ces fêtes. J’éprouvais… mais quel mot ? quelle démesure ? comment consacrer l’accord de l’amour et de la révolte ? La terre ! Dans ce grand temple déserté par les dieux, toutes mes idoles ont des pieds d’argile. »

CITATIONS (Noces) : http://evene.lefigaro.fr/livres/livre/albert-camus-noces-2065.php?citations

« RETOUR à TIPASA » (« L’Eté »)…

INCIPIT : « Depuis cinq jours que la pluie coulait sans trêve sur Alger, elle avait fini par mouiller la mer elle-même. « 

EXPLICIT : « Mais peut-être un jour, quand nous serons prêts à mourir d’épuisement et d’ignorance, pourrai-je renoncer à nos tombeaux criards, pour aller m’étendre dans la vallée, sous la même lumière, et apprendre une dernière fois ce que je sais. »

Extrait(texte) : http://amorysparadise.tumblr.com/post/72781146963/lete-de-albert-camus-extrait-du-retour-a-tipasa

Très intéressants sont les EXERGUES  choisis par Camus pour nous faire entrer dans ces deux livres, ou certains chapitres, par le sens qu’ils affirment, la force de cette lutte entre ombre et lumière, en soi pour cet accord que cherche Camus entre révolte et amour, et, dehors, entre regard sur la part sombre et mortifère du réel (créé par l’homme, le hasard ou une éventuelle transcendance peut-être présente dans ce que les paysages disent du monde) et la splendeur lumineuse du monde naturel. Pas d’athéisme affirmé chez Camus mais une sorte de mysticisme agnostique déchiré. Exergues, donc. Pour « Noces » c’est Stendhal (La duchesse de Palliano) et la mort du Cardinal Carrafa étranglé par le bourreau : « Le bourreau étrangla le Cardinal Carrafa avec un cordon de soie qui se rompit : il fallut y revenir deux fois. Le Cardinal regarda le bourreau sans daigner prononcer un mot. » La mort, le crime, l’horreur… Pour « Retour à Tipasa » c’est une citation extraite de Médée : « Tu as navigué d’une âme furieuse loin de la demeure paternelle, franchissant les doubles rochers de la mer, et tu habites une terre étrangère ». Echo, dans « La mer au plus près », qui suit « Retour à Tipasa » dans « L’Eté » : « J’ai grandi dans la mer et la pauvreté m’a été fastueuse, puis j’ai perdu la mer… ».  Cependant  l’exergue de l’ensemble est une citation de Holderlin : « Mais toi, tu es né pour un jour limpide… ». La lumière, encore… Le choix d’un exergue c’est part intégrante de l’écriture, tissage entre lire et écrire.

25/07/2014

FOOT. Retour sur le Mondial…

 

FOOT.jpgPourquoi vouloir faire une note sur le foot (alors que ce n’est pas un de mes centres d’intérêt (sauf quand je regardais la chorégraphie sacrée de Zidane…), que je ne suis jamais un match en entier, et que, tous ces jours, mes lectures de la presse et mes réflexions sont principalement liées à l'actualité... Parce que j’ai été attentive, quand même, à tout ce qui tournait autour de cet événement international, ce qu’il révélait, ce qu’il inspirait, et le sens qu’il avait pour des gens passionnés.

D’abord, en premier plan tout au début, la réalité sociale du Brésil, les colères populaires mettant en question l’argent dépensé pour cette fête mondiale dans un contexte de manque, l’écho que cela renvoyait des scandales de la préparation du Mondial futur au Qatar (exploitation esclavagiste, morts d’ouvriers, et statut de ce pays : argent, idéologie, politique et complicités plus que problématiques…). Voir l'article "Carton rouge" pour le Brésil 2014, sur ccfd-terre solidaire : http://bit.ly/UzCXgu 

Puis, petit à petit, en zappant sur les chaînes d’info, des bribes d’images et du sens qui se mettait en place, malgré tout, avec ces foules criant ou chantant ensemble (comme dans une messe inventée…). Une équipe des Bleus différente de ce qui précéda catastrophiquement, un enthousiasme de supporters qui traduisait l’envie de joie et de partage… Expérience (télévisuelle y compris) qui donne l’occasion de s’intéresser à des pays proches ou étrangers à travers le regard porté sur leurs sportifs, et d’observer, chez d’autres et en moi, la capacité de se sentir d’identité plurielle, au-delà de ces histoires de drapeaux...

Et que tant de personnes, d’esprits, aient le regard fixé en même temps sur un même lieu, tous ces gens qui regardaient des matchs, ou, comme moi, en grappillaient quelques bribes, c’était, je crois, un événement de conscience, un partage planétaire qui doit avoir du sens. Du jeu, simplement du jeu (même si l’argent y joue un rôle excessif…). Que des joies collectives soient si fortes alors que, en même temps, des conflits terribles continuent, le terrorisme, des drames, c’est paradoxal. Mais n’a-t-on pas besoin de se défaire de l’émotionnel négatif pour créer en marge, de temps en temps au moins, de l’émotionnel positif, collectivement ?

L’aspect idéologique m’a particulièrement intéressée. Faits interprétés, projections pour se complaire dans des rejets et cultiver la haine. Sans essayer de comprendre. Alors que d’autres donnent des clés pour percevoir au plus juste…

LECTURES...

(Une critique féroce du spectacle foot, dans un livre policier – un thriller - assez remarquable, par la langue et la culture de l’auteur, brillant observateur du monde actuel.  Ce n’est qu’un passage unique sur ce thème, dans cet ouvrage de près de 800 pages lu avec grand plaisir). Citation : « Il aperçut du vert sur l’écran et de minuscules silhouettes vêtues de bleu qui couraient dans tous les sens. Compte tenu de l’heure, il devait s’agir d’une rediffusion. Il soupira en songeant que des pays entiers étaient su le point de s’écrouler ; les quatre cavaliers de l’Apocalypse avaient pour noms finance, politique, religion et épuisement des ressources, et ils cravachaient ferme – mais la fourmilière continuait de danser sur le volcan et se passionner pour des choses aussi insignifiantes que le football. Servaz se dit que le jour où le monde finirait dans un déchaînement de catastrophes climatiques, d’effondrements boursiers, de massacres et d’émeutes, il y aurait des types assez cons pour marquer des buts et d’autres encore plus cons pour se rendre au stade et les encourager. » Bernard MINIER, « Le Cercle », p.103, Pocket 2013, XO Eds 2012.

On peut voir là une vision sans doute un peu élitiste, mais c’est un personnage qui parle… Et l'aspect dérisoire de passions supposées "inutiles" est mis en évidence. On peut opposer à cela une autre vision, celle d'un partage collectif qui dépasse le jeu de loin.

Car le foot, pour d’autres, ce peut être le lieu d’un apprentissage, d’une école de vie. Ce fut ainsi pour Albert CAMUS, qui écrivit ce qu’il devait au sport, au foot. Lire cette page fort intéressante (avec une citation de Camus sur la formation morale que lui donna le foot)... toutelaculture.com : http://bit.ly/1ookU9b  (« S'il ne deviendra jamais un grand gardien, Camus restera toute sa vie passionné de ce sport : quand avec l'argent du prix Nobel, il s'offre une propriété à Lourmarin dans le Lubéron, loin du tumulte dramatique algérois ou parisien, il occupe ses dimanches à traîner sur le bord du terrain en regardant les enfants du club local s'entraîner ou matcher contre le village voisin. Il ira même jusqu'à les sponsoriser et payer leur maillot. »)  Et celle-ci, qui reprend des citations, celle sur le sport en troisième paragraphe, où la place du foot est dominante, L’Express : http://bit.ly/WRoiPn

Une chronique intéressante dans Le Monde, 2010. Une citation de Camus  (l'éthique du sport) pour introduire une critique féroce : non du sport mais du système pourri par l’argent et l’arrogance de certains : http://bit.ly/1rRWzsm

En 2012, une autre chronique, du Courrier international, faisait l’éloge du football amateur, en l’opposant à l’univers professionnel : http://bit.ly/1pU8bZE

10/01/2014

SITES et PAGES sur Albert Camus, pour commencer l'année, en ce mois de janvier, anniversaire de sa mort en 1960

« Si j’avais à écrire ici un livre de morale, il aurait cent pages et 99 seraient blanches. Sur la dernière j’écrirais : ‘’ Je ne connais qu’un seul devoir et c’est celui d’aimer.’’ »

Albert Camus, Carnets (passage cité aussi, expo et livre, « Albert Camus citoyen du monde »)

« La pensée d’Albert Camus est un héritage vivant, ses mots résonnent toujours d’une vérité toute contemporaine. Qu’on les lise dans un manuscrit, une édition originale, un livre de poche ou un support électronique, les mots de Camus laissent échapper images et sensations qui frappent notre conscience. Tout l’art de Camus se produit dans l’écho de la lecture. »

« Albert Camus citoyen du monde. Mettre en scène une pensée »

Yacine Aït Kaci, réalisateur de l’exposition d’Aix-en-Provence

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SITES et PAGES à consulter :

ETUDES CAMUSIENNES :http://www.etudes-camusiennes.fr/wordpress/ (Présidente de la Société des Etudes camusiennes : Agnès Spiquel)

WEB CAMUS : http://webcamus.free.fr/ (Georges Bénicourt)

DISCOURS d’Albert Camus, remise du prix NOBEL, Stockholm, 1957. Sur nobelprize.org : http://bit.ly/1enP5aS

Archives INA, Albert Camus. Vidéos et Docs audios, ina.fr : http://bit.ly/1aeBpul

CENTRE ALBERT CAMUS, Cité du livre, Aix : http://bit.ly/1d8OgSX

Daniel Leconte, CAMUS FOREVER, 07-11-13 (rappels salutaires… !), huffingtonpost.fr : http://huff.to/1dkFuDa  (« Je ne suis pas sûr en effet que ceux qui t'encensent aujourd'hui sont tous de vrais héritiers. Pas sûr qu'ils résistent à vouloir recueillir une parcelle de ta gloire pour faire oublier leurs égarements et redorer un blason terni par des engagements qui ne te ressemblent pas ou pire qui les trahissent. Pas sûrs en somme que tous te soient fidèles quand ils font aujourd'hui ton éloge. » / « Je ne voudrais pas à mon tour privatiser ton héritage mais comment copiner avec Bouteflika par exemple et dans le même temps se revendiquer de toi ? Comment continuer à célébrer le génie de Sartre et te vouer une admiration sans limite ? Comment être inféodé à une philosophie de l'histoire et épouser ta conception de la liberté ? Comment en somme concilier ton refus de la servitude avec avec l'allégeance tacite à un antitotalitarisme contre un autre moins fréquentable ? / Tu as été l'animateur intransigeant de la gauche anti totalitaire. Tu as refusé tous les totalitarismes qu'ils soient communistes ou fascistes. » / « Que tu avais raison contre tous et tous ceux qui nous serinaient à l'époque qu'il valait mieux avoir tort avec Sartre que raison avec toi. Alors merci Albert pour cette lucidité qui 100 ans après fait aussi ta grandeur. Par les temps qui courent, elle nous aide à vivre avec notre temps.”). Et son livre... "Camus si tu savais"...

Lecture du Cahier de l’Herne sur Camus, par Nadia Agsous, « Albert Camus,  le ‘’semeur de questions’’… », 13-10-13, huffingtonpost.fr: http://huff.to/1a7Ijoj

Centenaire Camus, ouvrages, sur a-lire.info : http://bit.ly/1ktW07L 

PHILOMAG, hommage : http://bit.ly/1hEWCoR

Biographie : http://mael.monnier.free.fr/bac_francais/etranger/viecamus.htm  Autres pages du même site, sommaire : http://mael.monnier.free.fr/bac_francais/etranger/index.htm

Cinq livres présentés brièvement (La Chute, L’Eté, L’Etranger, Noces, La Peste), par François Lavallée : http://pages.infinit.net/flaval/Le_critique/Critiques_Livres_C.html#CamusEte

Hommage ? Article huffingtonpost.fr : http://www.huffingtonpost.fr/2013/11/07/centenaire-albert-camus-hommage-polemique_n_4226536.html (L’hommage officiel est tiède, mais tant mieux peut-être : "Aujourd'hui, on a pris la mesure de l'impact et de la densité du travail de Camus. L'hommage national, il existe à travers la parution d'ouvrages, les événements qui ont lieu dans de nombreux centres culturels et tous les éléments mis à disposition du public. Cet hommage là me paraît plus correspondre à l'esprit camusien que des commémorations officielles." Agnès Spiquel)

...Autres notes sur Albert Camus : catégorie et tags...

 

17/12/2013

« Quand j’ai lu Albert Camus »… Abd Al Malik…

THEATRE abd-al-malik.jpg

Merci, Abd Al Malik…

Hier soir j’ai assisté à l’hommage rendu à Camus par un lecteur intense… Abd Al Malik. Triomphe. Les spectateurs présents ont senti, compris, l’authenticité de la démarche, le lien entre cet homme jeune, pur produit de notre réalité contemporaine, qu’il transcende dans la création, dans l’écriture, et l’auteur magnifique où il se reconnaît. Il révèle comment, lui, il est concerné, comment, lui, il a été transformé par une lecture. Le choc, les points communs (misère, soleil, exigence entre souffrance, désespoir, et espoir, refus, amour, mère aimée, omniprésente, père absent, trou béant du manque, et, je crois, aussi, la double identité : partage et richesse, déchirement et tension vers un absolu).

Il répète cette phrase en litanie « Quand j’ai lu Albert Camus », puis « Après avoir lu Albert Camus ». Lecture et vécu se croisent, dans une marche sur un fil ténu, où tout pourrait basculer… Et si cette rencontre ne s’était faite, où serais-je, semble-t-il dire. Figure paternelle et message d’éthique et de force. Ou comment vivre, donner du sens, comment s’échapper du risque de mourir, quand des jeunes autour de soi meurent et que tout risquait de nous entraîner encore et encore dans les mêmes dérives mortelles.

Il parle, dit-il, à partir de sa « parcelle d’humanité » (bien grande… !), de ce refus des injustices, refus de la misère quand les autres n’en sortent pas, de la mort (on guillotine encore, rappelle-t-il, dans une longue lettre qu’il adresse à Camus, lui qui lutta contre la peine de mort, pour l’abolition). On guillotine de plusieurs façons, aussi : en abandonnant, en niant, en discriminant. 

Il cite Camus, et Jacques Martial lit Camus.

Ecran. Le visage d’Albert Camus, présence forte.

Ecran. Ombre d’un corps qui danse, magnifiquement.

Musiciens. Soutiennent la voix, sont une voix.

La Méditerranée (et Gibraltar. Alger en passant par Oujda…).

Scène. Danseurs de hip hop qui expriment la même chose, qui font écho à ce qui crie. Gestes purs, souplesse extrême : corps qui se tordent, comme enchaînés, et se libèrent, mais comme s’ils se déchiraient.  

Camus, cité par Abd Al Malik, lu par Jacques Martial, parlait de cette fausse communication où la méchanceté veut se faire passer pour de l’intelligence. Entendant cela, je repensais à une critique négative de ce spectacle, lue je ne sais plus où. On reprochait au rappeur poète de trop centrer sur lui cet hommage, comme prisonnier de son ego, et on disait être gêné par la présence des danseurs de hip hop, comme si cela ne pouvait correspondre à une parole sur un auteur comme Camus. Pourquoi donc ?  Au contraire, l’hommage tire sa force de ce rapport à soi. (Je fais le lien avec le documentaire de Joël Calmettes,  « Vivre avec Camus ». Des jeunes aussi y parlent de leur expérience, et c’est bouleversant : notamment ces jeunes qui en Algérie ont trouvé le lien avec le natif frère d’âme). Ce n’est pas piège de l’ego, mais traduction vitale : l’intellect n’est pas absent, mais l’émotion passe par le corps, c’est tripal. Les mains d’Abd Al Malik en disent autant que les mots. Et le hip hop, moi j’aime ça. J’y vois un art qui défait les armures de souffrance, qui libère corps et cœurs. Corps et cœurs qui savent des douleurs et des joies (des joies parce que des douleurs…). Car « Il n’y a pas d’amour de vivre sans désespoir de vivre » répète inlassablement Abd Al Malik, avec la voix et les mains. Les applaudissements qui accueillent cet hommage sont aussi, forcément, adhésion à l'œuvre et à l'éthique de Camus. Cela corrige Sartre et autres faiseurs d'ombre... Abd Al Malik voudrait réconcilier Sartre et Camus (il le dit à un moment : espoir de paix entre les idées, mais certaines idées sont antinomiques...). Et rien ne peut effacer les paroles de  Sartre, son appel au meurtre, l'éloge de la violence (préface célèbre...).Un auteur mort ne peut revenir sur ses mots. Ce qui peut être apaisé c'est le rapport entre les vivants, capables de faire l'effort du pardon, et capables de cet effort paradoxal de la rencontre entre mémoire et oubli : devoir de mémoire, témoignages, mais effacement de ce qui excède, par le retour au présent... Non, on ne peut se réconcilier avec le choix du terrorisme, on ne peut que le refuser... C'est Kamel Daoud qui a raison sur ce point. En Algérie, en 1962, nous n'avons pas eu un Mandela, a-t-il écrit ( http://www.djazairess.com/fr/lqo/5191330 )... Mais, maintenant, nous pouvons tous tenter la même démarche : voir en l'autre une humanité pareille, se mettre à sa place... 

Juliette Greco fut sur scène un instant.

Amnesty international proposait, dehors, à l’étage, de signer les appels d'actions en cours.

Et en sortant on pouvait se procurer des livres ou disques. Celui tiré du spectacle (L’art et la révolte), avec quelques textes, et une note de remerciement à Catherine Camus, qui encouragea l’entreprise. Le dernier livre d’Abd Al Malik n’était plus disponible là (il est en librairie) : « L’Islam au secours de la République ». (C'est toute la démarche de paix d'Abd Al Malik, en musulman proche du soufisme, soufi, même : il veut faire passer un message positif, montrer qu'il y a une autre voie en islam, et que cette voie peut coïncider avec les valeurs et réalités de la République).  

SITE officiel d'Ab Al Malikhttp://www.abdalmalik.fr/   

26/11/2013

CAMUS, L’ART et la REVOLTE, l’hommage d’Abd Al Malik…

THEATRE abd-al-malik.jpg

Spectacle « inspiré librement » de la lecture de L’Envers et l’Endroit d'Albert Camus, hommage musical d'Abd Al Malik,  Théâtre du Châtelet (soirée unique à Paris, le 16-12-2013 – après des représentations en province). "L'art et la révolte"... 


Présentation sur le site du Châtelet , extrait : « Le rappeur-poète Abd Al Malik part à la rencontre de l'oeuvre d’Albert Camus. De la poésie à l’état brut, de la philosophie mise en musique. / A l’image d’Albert Camus, Abd al Malik porte haut l’intelligence du texte et une pensée aigüe sur l’existence et sur la condition d’artiste. / Abd al Malik choisit de partir de nouvelles de
L’Envers et l’endroit, texte de jeunesse de Camus publié à Alger en 1937, que l’écrivain considère comme la source secrète qui a alimenté toute sa pensée. » 

ABD AL MALIK a présenté ce qu’il propose sur le site artemedia.fr : « Qu’y a-t- il de commun entre Albert Camus et moi-même ? Il n’y a aucune prétention dans la question que je me pose, mais plutôt une aspiration. Car j’ai toujours vu en Camus un idéal dans la manière d’être artiste, un élan dans la façon d’habiter l’écriture. J’ai surtout vu en lui, comme en moi, ce farouche besoin de représenter « son peuple », de représenter les siens et, par eux, de chercher inlassablement le moyen de se connecter à tous. C’est en ce sens que ce qui m’intéresse dans ce projet n’est pas de « parler » de son oeuvre (ou de lui-même finalement), mais de questionner les origines philosophiques de celle-ci. Je dirais même de questionner l’origine philosophique, et j’oserais presque dire spirituelle, de celle-ci. Et, de mon point de vue, comme il le dit lui-même d’ailleurs, tout s’origine (et quelque part se termine) dans cet ouvrage de jeunesse intitulé L’ Envers et l’endroit. La préface qu’il fait à la réédition de ce petit livre, vingt ans plus tard, a toujours été pour moi une sorte de feuille de route. Je dirais même une sorte de viatique dans ma quête, en tant qu’homme de mots, d’une certaine vérité artistique. » 

Vidéo ("Quand Abd Al Malik rencontre Albert Camus"). Extrait. Le spectacle d’Abd Al Malik présenté dans le sud (cf. Aix en mars 2013). Charles Berling parle de cette initiative: « Le postulat de départ je le trouve formidable. Cela rencontre l’universalité formidable d’Albert Camus » : http://www.youtube.com/watch?v=4PawEAjNMIc

.......Articles sur le spectacle........

Le Parisien, Abd Al malik slame Albert Camus , 13-03-2013 http://bit.ly/10Mhanx    (« Entre rap, rock et musique classique, Abd al Malik slame Albert Camus "son idéal, son grand frère des cités ». (…) «Je l'ai lu comme un grand frère de la cité qui était en train de me parler. On se rend compte avec son oeuvre que Camus, c'est un gars de chez nous. Il y parle de sa mère, le fait d'avoir été élevé seul par sa mère. Vous imaginez, toute suite ça faisait écho", explique l'artiste dont la photo de sa mère apparaît au lever de rideau.Le rappeur fait la rencontre d'Albert Camus à l'école. Il commence par L'Étranger qui le "bouleverse ". A la même époque, Régis Fayette-Mikano de son vrai nom, commence à faire du rap et "veut devenir artiste"."Camus disait en substance 'la culture m'a arrachée de ma condition'. Une phrase qui fait sens. J'ai vécu dans un milieu dur et ma passion pour la littérature a été une vraie fenêtre de sortie", raconte le slameur. »)

Le Monde, par Raphaëlle Rérolle, 07-11-2013, "Abd Al Malik : lame du rap": http://bit.ly/17UZgDL   CITATIONS : « Sans Camus, il n'y aurait pas Abd al Malik. » (dit de lui-même Abd Al Malik, qui a découvert Camus avec passion, jeune, et fait un lien entre cette découverte et son chemin vers l’écriture et la création). (…) « Autant dire que le rappeur occupe une position très particulière sur la scène musicale. « Un mec dans le hip-hop qui travaille sur les textes de Camus, les mômes ont un peu de mal à comprendre », s'amuse son copain Laurent Garnier, star de la musique électro et fan depuis des années. »  /  « C'est la littérature qui l'a sauvé, dit-il. Camus, précisément, venu à sa rescousse quand il avait 12 ans. ‘La lecture de L'Envers et l'Endroit a été un vrai bouleversement, raconte Abd al Malik : voilà un type qui venait d'une cité, comme moi, qui avait été élevé par une mère seule. Comme moi, il avait rencontré des enseignants qui croyaient en lui’ »

Dans Télérama du 09-03-2013, Gilles Rof  écrivait (extrait) : « L’art et la révolte, spectacle musical inspiré de ses textes, se veut un hommage du slameur à l’un de ses grands inspirateurs. »  / A la question sur l’origine de ce spectacle, il répond : « Catherine Camus, la fille d’Albert Camus, et Dominique Bluzet, le directeur du grand théâtre de Provence à Aix, souhaitaient une création autour de l’écrivain en 2013, dans le cadre de la Capitale de la culture, mais aussi du centenaire de sa naissance. Ils m’ont contacté pour me proposer de travailler autour du Premier homme… Moi, j’avais une autre idée. / Quand j’ai lu L’envers et l’endroit, je devais avoir 13 ans. Je commençais à m’intéresser au rap et ce livre a été une sorte de révélation. Avec cette préface que Camus a écrite 20 ans après la première édition du livre. Un texte où il fait le point sur lui, sur ses origines, sur ce que c’est que représenter les siens, être un écrivain, un artiste… Immédiatement, ces quelques pages sont devenues comme un viatique pour moi. Une feuille de route, que j’ai gardée jusqu’à maintenant. Ça correspondait à ce que je devais être en tant qu’artiste. »

...... ABD AL MALIK........

SITE officiel : http://www.abdalmalik.fr/  

Fiche wikipedia : http://bit.ly/fGSjoO

........ALBERT CAMUS.......le livre source et le thème du spectacle........

L’Envers et l’Endroit, note sur le site de la Société des Etudes camusiennes, par Paul Viallaneix : http://www.etudes-camusiennes.fr/wordpress/1937/03/09/lenvers-et-lendroit-1937/  (L’œuvre à laquelle se réfère Abd Al Malik – voir sa présentation – le  texte originel du livre et la préface ajoutée pour une réédition : pour Camus c’est effectivement une œuvre source, un centre). 

CAMUS, L’art de la révolteEmission sur France Culture, 22-09-2013, (Raphaël Enthoven). 59 minutes, document audio. En exergue (page de la radio), la lettre de René Char à Albert Camus, après la lecture de L’Homme révolté. Il dit son enthousiasme et son respect, remercie. Extrait : « Après avoir lu – et relu – votre Homme révolté j’ai cherché qui et quelle oeuvre de cet ordre – le plus essentiel – avait pouvoir d’approcher de vous et d’elle en ce temps ? Personne et aucune oeuvre. C’est avec un enthousiasme réfléchi que je vous dis cela. Ce n’est certes pas dans le carré blanc d’une lettre que le volume, les lignes et l’extraordinaire profonde surface de votre livre peuvent être résumés et proposés à autrui. D’abord j’ai admiré à quelle hauteur familière (qui ne vous met pas hors d’atteinte, et en vous faisant solidaire, vous expose à tous les coups) vous vous êtes placé pour dévider votre fil de foudre et de bon sens. Quel généreux courage ! quelle puissante et irréfutable intelligence tout au long ! » Suite sur le site de France Culture : http://bit.ly/1eyBtLl