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21/11/2013

Agnès Spiquel, ou comment lire vraiment Camus…

Agnès Spiquel est une excellente introductrice à l’œuvre de Camus, elle qui préside la Société des Etudes camusiennes  : http://www.etudes-camusiennes.fr/wordpress/  En cette année de centenaire de naissance nombreux sont les entretiens où elle est sollicitée pour dire comment lire vraiment Camus, et comment ne pas le trahir... Et elle le fut aussi au moment des discussions sur l’exposition d’Aix (pour ma part la troisième formulation me convient fort bien : Camus citoyen du monde…).  

Ainsi, dans un entretien, Le Monde, 14-09-2012, elle donne des titres, pour commencer la lecture, quand on ne connaît pas l’auteur. Elle met en garde contre les récupérations « Ils ne lisent pas Camus, ils s’en servent ». Elle aussi insiste sur Le Premier Homme et Noces :http://bit.ly/R4t4Va (CITATION : « Je ne sais pas ce que Camus aurait dit, mais je sais ce qu'il a dit ; relisons les éditoriaux de Combat, les Lettres à un ami allemand, la section finale de L'Homme révolté sur la "Pensée de midi", les dernières sections de Chroniques algériennes. Il y parle de mesure et de limite, de respect de l'autre et de compréhension des raisons de l'adversaire ; il y parle de la responsabilité des hommes politiques, des intellectuels, des journalistes. Tout cela me semble un peu oublié ! Camus a des convictions, mais pas des certitudes sur tout ; il doute souvent, en particulier sur l'Algérie, et n'a pas honte de le dire. Ceux qui le récupèrent ne retiennent de sa pensée complexe que ce qui les arrange. Ils ne lisent pas Camus, ils se servent de lui. ») 

Autre entretien, Agnès Spiquel, La Croix, 07-11-2013, "Albert Camus est présent aux gens et aux événements" :http://bit.ly/I0u8X9   (CITATION : « Camus refuse de s’inscrire dans un camp, alors qu’il vit dans une période de profond clivage idéologique. La tendance à lui faire dire n’importe quoi, sans avoir vraiment lu ce qu’il a écrit, sans avoir compris à quel point sa pensée est une pensée de la tension et non pas du juste milieu, m’a beaucoup révulsée cette année. » / « Il est tout simplement présent aux gens et aux événements. Il n’élude pas, il ne recule pas. » / « Ce qui nous parle, de nos jours, c’est tout d’abord son refus de simplifier les situations, de coller des étiquettes sur les personnes et sur leurs actes. Les gens en ont assez des faux débats ; or, Camus invite à penser de façon fine et complexe. »)

Contribution importante d'Agnès Spiquel (dans un ouvrage collectif : « Les écrivains français et le monde arabe », éd. Droz, 2010) dans laquelle elle démontre que les Arabes, contrairement à des affirmations contraires, sont présents dans l’œuvre de Camus. Cette étude est reprise par le site de la LDH de Toulon. "Albert Camus parle des Arabes" : http://www.ldh-toulon.net/spip.php?article5131  Autre texte d’Agnès Spiquel, même site, celui sur Camus et l’Algérie, où elle retrace ses positionnements, "Albert Camus et l'Algérie" : http://www.ldh-toulon.net/spip.php?article3601  Les autres textes de la rubrique de la LDH sont malheureusement souvent partiaux. Idéologie fermée, tellement loin de la richesse complexe de Camus. Idéologie et complexité ne vont pas ensemble… Heureusement, Agnès Spiquel, elle, sait dire la complexité...

CAMUS, Cahier de l’Herne

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Cahier dirigé par Raymond Gay-Crosier et Agnès Spiquel-Courtille, septembre 2013. 

Éds de L’Herne. (Contributions, textes, iconographie…  Un outil pour entrer dans la complexité et la richesse de l’œuvre de Camus.)Présentation et revue de presse (quotidiens et magazines) : http://bit.ly/1N1eJGP

Citation : « Aucune recherche d’exhaustivité dans notre démarche : d’amples synthèses voisinent avec des « petits faits » ; des témoignages directs avec des études très « pointues » ; des textes de Camus avec des textes sur Camus. Nous avons voulu varier le plus possible les points de vue, pour que chaque lecteur circule dans le Cahier en gardant sa liberté d’interprétation. Nous voulons le rendre proche, frayer des voies vers l’homme, vers l’artiste, vers le penseur engagé, vers le journaliste – de manière que le lecteur du Cahier ait envie de lire ou relire telle ou telle des oeuvres de Camus. Nous avons pensé notre tâche comme celle de passeurs. »

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Emmanuel Gehrig, est l'auteur d'un article dans Le Temps (Suisse), septembre 2013. Synthèse d’une entretien avec Raymond Gay-Crosier  dont le chroniqueur rappelle, à l’occasion de la sortie du Cahier Camus, la place qu’il tient dans l’univers des camusiens :  « Aujourd’hui, il est l’un des plus grands spécialistes vivants de l’œuvre de Camus: cofondateur de la Société des études camusiennes avec feu Jacqueline Lévi-Valensi, coéditeur des tomes I et II, et directeur des tomes III et IV des Œuvres complètes de Camus en Pléiade, Raymond Gay-Crosier a l’originalité d’être Suisse de naissance et d’avoir mené toute sa carrière académique à l’université de Floride à Gainsville. ». L’article sert aussi d’entrée dans ce volume consacré à Camus : http://www.letemps.ch/Page/Uuid/564703d4-2783-11e3-a6e6-c...

Raymond Gay-Crosier, publications, librairie Dialogues.  Raymond Gay-Crosier : http://www.librairiedialogues.fr/personne/raymond-gay-crosier/65770/

Bibliographie. Œuvres de Camus et livres sur Camus, boisestate.edu :  http://camusbibliography.boisestate.edu/liste-de-categories/

Agnès Spiquel-Courtille, contributions, page Gallimard ("Camus, citoyen du monde") http://www.gallimard.fr/Contributeurs/Agnes-Spiquel-Courdille

17/11/2013

Camus complexe, Camus vraiment lu…

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Dictionnaire Camus.jpgCamus est encore l’objet de déformations de sa pensée : malentendus exploités, projections idéologiques, certitudes plaquées sur quelqu’un qui refusait la certitude, citations tronquées (dont la plus célèbre, une phrase prononcée à l’occasion du Prix Nobel). Or lire Camus, c’est d’abord, évidemment, le lire, et, comme il le disait dans une note des Carnets, attentivement. Et c’est tout lire. Car les ouvrages s’éclairent l’un l’autre, se complètent. Et occulter une partie de son œuvre, ou ne retenir que ce qui arrange une interprétation dans un sens ou un autre, c’est mentir. De même son action éclaire aussi le sens profond d’une éthique de vie (non d’une « morale »). Ainsi on retient son refus (légitime) du terrorisme, mais si c’est oublier le refus (identique) de la torture, c’est le trahir.

Si on note ses questionnements au sujet du pays natal déchiré, son rêve (pas si loin de celui des messalistes) d’un futur fraternel où les Pieds-Noirs Algériens ne seraient  pas exclus, ne le transformons pas en chantre de l’Algérie française – ce qu’il n’est pas, ayant dénoncé les injustices de la réalité coloniale, produit des choix de l’Etat, du pouvoir, au bénéfice des riches et de la métropole, pas des prolétaires pieds-noirs d’Algérie. N’en faisons pas un soutien de ceux qui fondent leurs choix sur la haine. Non, lui intervint pour éviter l’exécution de combattants indépendantistes, sans bruit : agir comptait, pas tirer honneur de l’action.

Lire « Le Premier Homme », chef d’œuvre admirable, fidélité à la source native, au milieu social d’où il vient, oui, il faut le lire et le relire. Relire est important : lire, c’est relire, se laisser accompagner par des phrases, laisser la mémoire s’en imprégner, et rendre ainsi possible la perception des liens et des tensions entre telles et telles pensées, sensations, expériences. Donc, Le Premier Homme… Mais en regard, aussi, Les Chroniques algériennes, les chroniques d’Alger républicain, les articles de Combat,  les Écrits libertaires, les Correspondances, les Carnets. Et revenir à Noces, à L’Envers et l’Endroit (source de cette écriture)…  Revenir aux pages qui sont, en prose, à mettre aussi dans le champ de la haute poésie.

On peut parcourir les dossiers de presse qui paraissent : ils donnent des clés, montrent la pluralité des lectures, la richesse de l’œuvre. J’aime aussi beaucoup le Dictionnaire Albert Camus (collection Bouquins) : immense travail qui fait, par articles thématiques, et très nombreuses entrées croisées, un ample parcours synthétique, précieux, riche de citations, d’extraits, pour éviter les omissions, donc  les trahisons …

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Volume regroupant romans, nouvelles, essais…  Coll. Quarto, éd. Gallimard : http://www.lavenir.net/article/detail.aspx?articleid=DMF20131116_00390265

Oeuvres, Albert Camus, éd. Gallimard : http://www.gallimard.fr/Catalogue/GALLIMARD/Quarto/OEuvres16

15/04/2013

Le premier homme, Camus. Du livre au film

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Le premier homme, d’Albert Camus…  Le livre commence ainsi : « Au-dessus de la carriole qui roulait sur une route caillouteuse, de gros et épais nuages filaient vers l’est dans le crépuscule. ». De ce livre j’aime tout, les pages solaires qui donnent le parfum de la terre, les lignes sombres des souffrances, les bribes de textes des  annexes en fin de volume, fragments lucides qui font penser aux carnets. A lire et relire. Le film de Gianni Amelio traduit la vérité de l’écrivain, son exigence et son désespoir-espoir d’humaniste. Du livre, je retiens aussi la « patience » de la mère, la pauvreté présente comme réalité et comme concept, la « tristesse africaine » du père disparu, la mémoire des exils, et je reprends un passage en fin de volume : « Il faudrait vivre en spectateur de sa propre vie. Pour y ajouter le rêve qui l’achèverait. Mais on vit et les autres rêvent votre vie. » Que le film donne envie de revenir au livre, et qu’il humanise le regard sur les êtres et les communautés du pays de Camus, quand l’idéologie ferme encore trop souvent le cœur.

Première. Synopsis, bandes-annonces, critiques : http://www.premiere.fr/film/Le-Premier-Homme-233094

02/12/2011

CARNETS D’ORIENT, BD de Jacques Ferrandez, L’Intégrale

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Bédéiste, Jacques Ferrandez l’est, d’évidence : il a réussi à créer une oeuvre forte, riche d’albums qui nous racontent une histoire qui rejoint l’Histoire, celle de son pays natal, et des communautés de ce pays, dans un contexte violent de colonisation, guerre, et décolonisation. Des personnages riches en profondeur et humanité permettent de saisir la complexité de cette longue période, sans dogmatisme, sans projections idéologiques, sans volonté de juger les uns ou les autres. Les carnets d’Orient, qui constituent une part importante de cette œuvre, majeure même, sont regroupés en deux volumes (mais disponibles en albums séparés aussi). Je présenterai les différents ouvrages plus précisément, en leur consacrant, petit à petit, une vignette et une page dans un album dédié aux bandes dessinées, qui va s’ouvrir avec ces deux volumes compacts.

C’est donc un auteur de BD, un très bon. Cependant on découvre le peintre, à travers les tableaux de son personnage, Joseph Constant. Mais on sent que le bédéiste observe le peintre, car les tableaux font partie de l’histoire, et posent un regard sur l’histoire de l’art, aussi : l’orientalisme, ses réussites superbes et flamboyantes parfois, ses limites, que le bédéiste veut, lui, franchir. Il n’est pas dans un rapport de contemplation extérieure, celle qui reste étrangère, malgré la fascination qui est celle des grands artistes orientalistes, malgré l’empathie, même : lui regarde de l’intérieur, ses personnages jouent des rôles qui parlent aussi des siens, et de possibles identifications avec les uns et les autres, des parts des uns et des autres. Loin d’une vision duelle, il propose une lecture qui cherche l’approche universelle, et trouve cette dimension dans les récits d’une douloureuse période historique. C’est une création fidèle à l’héritage humaniste de Camus, de Feraoun.

CARNETS D’ORIENT, L’Intégrale, tome 1, 2008 : http://www.casterman.com/Bande-dessinee/Catalogue/albums-...

Présentation EDITEUR : «Ce premier tome de l’intégrale des CARNETS D’ORIENT de Jacques Ferrandez réunit en un volume unique les cinq premiers tomes de la série (de Carnets d’Orient au Cimetière des princesses) – soit l’époque historique s’étendant des premières années de la colonisation de l’Algérie à la veille de l’indépendance. Bonus : en complément de l’album, un carnet de croquis relié, à la manière d’un fac-similé, rassemble les peintures réalisées par Joseph Constant, le personnage principal du premier volume de la  série. »

L’intégrale, tome 2, 2011 BdFugue : http://www.bdfugue.com/carnets-d-orient-integrale-t-2

Présentation EDITEUR. Citation : « Après un premier tome regroupant les cinq épisodes du premier cycle narratif de la série, le second volume de cette intégrale rassemble en un volume unique les cinq titres du second cycle (La Guerre fantôme, Rue de la bombe, La fille du Djebel Amour, Dernière demeure et La Valise ou le cercueil), qui commence en 1954, à la veille de l’insurrection. »

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BioBibliographie de Jacques Ferrandez, sur wikipedia : http://fr.wikipedia.org/wiki/Jacques_Ferrandez   

 et… bdparadisio.com : http://www.bdparadisio.com/scripts/detail.cfm?id=664

Article, Le grand soleil de Jacques Ferrandez, sur actuabd.com : http://www.actuabd.com/Le-grand-soleil-de-Jacques-Ferrandez  (Citation : « La saga des Carnets d’Orient puise à deux sources très différentes. La première relève d’une certaine tradition historique de la bande dessinée franco-belge. Le trait de Ferrandez est sage, sans envolées excessives. Il fait preuve d’une certaine neutralité qui est aussi celle du propos. Ferrandez ne se propose pas de juger l’histoire de l’Algérie coloniale. Son graphisme respecte cette intention. »)