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30/01/2026

Mes incendies, poésie, recueil de Luc-André Sagne, éditions Unicité

luc-andré sagne,mes incendies,poésie,éditions unicitéFeu, flamme, brûlure, le titre du recueil de Luc-André Sagne, Mes incendies, suggère passion qui peut être joie ou douleur. Le déterminant possessif, « mes », annonce un parcours intérieur, mais questionne aussi la source de ces feux, allumés par soi-même, ou acceptés par soi. Trois parties structurent le recueil : Colère, Désir, Mémoire.
En exergue, Federico Garcia Lorca, fragment se terminant par « la montre de cendres », ainsi le temps devient un sujet, et ce qui se détruit, défait, délie, tombe en cendres...


Colère, oui, dès le premier texte, pour dire un rejet de « ce monde que vous / pensez mien / quand il n’est que vôtre », et rejet de la colère « sans limite » d’autres qui jugent celui qui dit « je dévie diverge », mais assume une autre façon d’être en colère : « je fais un feu ». Voir la société comme un « amphithéâtre des morts »... Le feu est la rupture.
Texte suivant, on sent la souffrance (« larmes », « cris »).
Celle qui fait « éclater la houle de [sa] colère ». La racine de la douleur est aussi née d’une cassure, rupture, écart, éloignement difficile à comprendre (« Et toi je ne te reconnais plus »).
Si le lien devient « mille lames coupantes » comment oublier que « tant de clarté était en nous » ? Toi, c’est sans doute un amour rompu, mais on peut y voir aussi le « tu » symbolisant l’altérité difficile, le regard d’autrui qui ne permet plus la communication. La douleur personnelle ou la violence intime est aussi celle de l’autre. Le « tu » glisse vers le « je » qui s’interroge autant qu’il questionne l’autre : « Que cherches-tu donc à rompre / sinon ton propre corps en flammes ? ». C’est une lutte avec soi-même aussi.

Séries sémantiques, le feu bien sûr, mais aussi ce qui dans l’imaginaire ou le réel est visuel :
« bleu », « blanc », « lumière », « ombres », « briller », « noir », « neige ».
S’affrontent lumière et ombre, comme le miroir des oscillations internes dans ce dialogue avec soi-même. Quand les yeux sont évoqués, leur « feu noir », on trouve alors dans d’autres vers des échappées de clarté :
« étoile », « soleil », « vitrail » (même s’il est « rouge sang »), « lumière ».
Et de nouveau le feu : « ardeur », « incendies », « fumées », « flammes », pour « un trop-plein de conscience ». Si la terre brûle, le fleuve est un lieu de fuite « dans cette lumière de mer ». D’un texte à l’autre les allitérations sont comme un souffle doux avec le retour du « f » autant feu que fleuve...

Évoquant le fait d’aimer il le relie à l’attachement, comme un risque sans promesse selon ceux qui le refusent :
Car s’attacher, dit-on, c’est comme vouloir retenir
le sable entre ses doigts
emprisonner le vent
ou arrêter le temps

Et même si (« dit-on ») « tous les liens sont à trancher », « tout est voué à disparaître », lui choisit autrement, contre « ce retrait de dignitaire » :
« j’embrasse les roses qui flétriront / les tulipes qui passeront / et les corps qui pourriront aussi ».

Désir. Pour penser le désir il évoque l’altérité profonde qui ne sépare pas mais provoque l’attrait.
Le visage, quel est-il ? Un « leurre », « ciel », « incendie ». Attrait, mais écueil, si l’autre choisit l’oubli. Cette partie interroge les paradoxes de l’amour, la force du lien et la violence des ruptures. Cependant, cohérent avec son choix de vivre, dernier poème de la séquence, « un nouveau jour se lève », « y croire encore »...

Mémoire. L’enjeu de cette partie est de faire aboutir une démarche d’auto-analyse (sans être dupe des limites de l’entreprise). Penser « libération » intérieure, capacité de se « délivrer de tout ce qui t’entoure » (pour ce « tu », ce « je »). Au-delà de son histoire personnelle poursuivre un questionnement sur les grands choix de vie concernant l’implication dans l’amour. Souvenirs et mémoire affrontant l’oubli. La fin par la rupture et la fin par la mort. Mais paradoxalement pour cela il y a un apaisement :
Regarde s’ouvrir ce mystère
cet immatériel de toujours
regarde s’évanouir le temp
s.

Dans le dernier poème se trace un autre ancrage, celui de l’écriture. Je le cite intégralement :

Je voudrais que ma voix touche le ciel
qu’elle traverse intacte la pluie et le vent
et perce le mur de l’océan

qu’elle dompte la lumière
se retire de la parole trop friable
du langage qui ne résiste pas.

Qu’elle accède au sommet du monde
et devienne inaudible

qu’on n’entende plus que
le silence des nuages dans les rouages du jour

le silence des nuages dans les rouages du jour.


[Luc-André Sagne, docteur en droit, a enseigné en université au Mans. Auteur de plusieurs recueils (éditions Encres vives, La Porte, Les Lieux-Dits...) il publie régulièrement des poèmes en revues, et des recensions (pour La Cause littéraire particulièrement).]

Mes incendies, page éditeur, Unicité
4ème de couverture, extrait : « Avec ce nouveau recueil, Luc-André Sagne nous donne à lire des poèmes avec souvent des trouvailles de sens et de sonorité. L’homme qu’il tutoie tout au long du livre s’adresse à cet autre comme s’il était dans une-non attente. Le poète écrit à la fois sur l’intime et avec une force de lyrisme, ce qui provoque une saine stupeur, un élan du cœur. Luc André-Sagne nous interroge sur le réel qu’il ne saurait définir. Pourtant chaque poème agit en nous comme une déflagration muette qui dépasse le sens des mots. »

http://www.editions-unicite.fr/auteurs/Luc-Andre-Sagne/mes-incendies/index.php


Recension MC San Juan

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