12/07/2026
Antonin ARTAUD. Moi le Mômo le Mu, de Murielle Compère-Demarcy. Poème-essai...

En couverture du livre de Murielle Compère-Demarcy (éditions Douro, 2026, coll. La diagonale de l’écrivain), le portrait d’Artaud par Jacques Cauda. Visage de l’intense...
L’exergue est une citation d’Artaud (Le Pèse-Nerfs) : « J’imagine une âme travaillée et comme soufrée et phosphoreuse [...] comme le seul état acceptable de la réalité. »
« Artaud », écrit Gilles Deleuze dans Logique du sens, « est le seul à avoir été profondeur absolue dans la littérature, et découvert un corps vital et le langage prodigieux de ce corps, à force de souffrance, comme il dit. Il explorait l’infra-sens, aujourd’hui encore inconnu. » Sa souffrance, Antonin Artaud l’écrit dans ses lettres à Jacques Rivière : « Je suis un homme qui a beaucoup souffert de l’esprit, et à ce titre j’ai le droit de parler. » Oui, Artaud parle à partir d’un corps torturé, et de ce qu’il nomme déperdition mentale et sait douleur de l’âme, ce mot qui revient dans ses textes. Torture, aussi des séances d’électrochocs qu’il subit dans ses années d’internement.
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03/07/2026
Phœnix n°42, et deux retours, vers les numéros 38 et 39

L’éditorial de Karim De Broucker met l’accent sur ce qui peut apparaître comme un paradoxe, le thème de la joie qui traverse l’écriture de Louise Dupré, poète canadienne (Québec) sur laquelle porte le dossier central, joie à l'horizon même lorsque les thèmes sont « les atrocités nées de l’homme». Un de ses recueils est titré Exercices de la joie (2022). Mentionnant le «parcours d’écriture » étudié dans une des chroniques il évoque une proximité avec celui de Charles Juliet. À propos d’un autre livre, Plus haut que les flammes (2015) qui « rend compte d’un voyage à Auschwitz », il pense au Journal d’Etty Hillesum, témoignage « transposé dans le domaine mystique ». Ensuite il exprime l’émotion suite au décès de Myrto Gondicas en juillet 2025, traductrice et poète, qui collabora régulièrement à la revue. Des témoignages la présentent, il note la présence parallèle de ses textes en ligne sur la revue remue.net. . Il signale aussi la Lettre du poète palestinien Hamed Ashour, présente sur le site (voir en « Liens », fin de note).
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23/06/2026
Diérèse n°96
En exergue, une citation de René Char : « Tu es lampe, tu es nuit ».
On pourrait ajouter : « Les murs entiers sont à celui que ta clarté met au monde ».
Le « tu », ici, renvoie à la femme, au féminin. Et l’opposition « lampe » et « nuit » marque un paradoxe pour dire un indéfinissable. Comment être « nuit » et éclairer dana le même temps ? Justement parce que la clarté ne peut se révéler, s’évaluer, que dans le déchiffrement du caché, de l’ombre.
Si on essaie de comprendre ces mots comme parole concernant la poésie cela peut signifier deux choses. Que l’écriture, même masculine, doit émerger de la part du féminin, de la capacité de faire naître, donc de rester incarné, en relation avec la réalité du corps (du geste) et de la nature, de la matière. Ancrage. Et que la poésie doit veiller à demeurer sur le fil d’une corde tendue entre lumière et nuit sans lâcher l’une ou l’autre. Donc oser aborder l’autre face des significations, faire du langage un scalpel autopsiant l’ombre en soi.
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20/06/2026
Diérèse n°95
En exergue, une citation d’Alain Bosquet :
« Suis-je l’être ou l’objet ? Je suis ce qui oppose le signe du mystère aux signes de l’erreur. »
On peut comprendre, ainsi, qu’accepter de regarder ce qui échappe peut-être à l’ordre rationnel ouvre la possibilité d’accéder à de paradoxales vérités déchiffrées en saisissant ce qui appartient à l’espace du mystère.
Car, oui, dans ses textes Alain Bosquet fait s’interroger Dieu (le concept de Dieu, cosmos ou abstraction du sens ou non-sens du réel) ou lui-même, le Je qui écrit, sur le sujet, l’être en face du rien (ce vide tel que peuvent le penser les bouddhistes). Une des réponses, hypothèse, est encore une question : « Suis-je un compromis conclu par l’être et le non-être aux dépens de moi-même ? » La conscience est une frontière, est à la frontière. Alors l’écriture se pose aussi dans cet espace intérieur « entre », l’enjeu de la poésie étant de parier sur la force des mots pour relier ce qui normalement ne peut l’être.
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17/06/2026
Revue Concerto pour marées et silence n° 19, 2026
En couverture une peinture de Colette Klein.
On retrouve la structure musicale construite autour des citations des poèmes de Pierre Esperbé, qui avait offert le superbe titre de son recueil à la revue de Colette Klein. C’est l’occasion de rappeler que ce livre, Concerto pour marées et silence, fut publié en 1974, éd. Guy Chambelland, et qu’en 2019 (10 ans après sa mort, en commémoration) Colette Klein lui a consacré un ouvrage, Pierre Esperbé : je suis né dans l’infini des êtres (le titre reprend un vers de lui), éd. Pétra.
En exergue, Romain Rolland (la musique... « la parole la plus profonde de l’âme »).
Et en avant-signe, un bref poème de Colette Klein (sans signature mais on reconnaît...), expression d’un douloureux engagement éthique :
Je vous laisse les mots
les mots qui ne terrassent
ni les armes ni la haine
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À L’Index, revue, n°53
Le numéro commence par un éditorial de Jean-Claude Tardif, qu’il titre « Mots à Maux ». Réflexion ample sur le langage, le vocabulaire, la perte des... mots. Comment la langue peut s’appauvrir. « L’Homme », écrit-il, « en tant qu’espèce, est me semble-t-il incompréhensible ». Car une utilisation dévoyée de la langue sert à « tenter de s’expliquer et de justifier à ses propres yeux l’inexplicable, l’injustifiable ». Il constate un « assèchement du vocabulaire », masquant le sens, le résultat étant une « déstructuration » de la langue, moyen de « contrôle ». Et « Ne pas pouvoir formuler sa pensée dans et par l’entièreté de ses nuances revient à la nier ». Des mots font peur, ils s’effacent. Ainsi la mort ne serait plus « mort » mais « disparition », cela dans le langage, alors que dans le réel (ou les images du réel) « elle nous assaille à longueur d’écran ». Pourquoi ces fractures entre langage et vie? Il mentionne une opposition (qui serait alibi manipulateur) entre la langue pensant nuances et profondeur et « la rapidité de nos modes de pensée, de fonctionnement ». Il y voit l’action de « censeurs » (c’est son terme, mais qui ?), et l’effet des « contraintes sociales ». Ce sont des questionnements proposés à la réflexion des lecteurs. C’est très difficile d’analyser des évolutions qui concernent notre présent alors que les racines ont des ramifications dans le temps qui nous échappent. L’humanité est un collectif agissant, même inconsciemment des choix sont faits. Qui décide si ce n’est ce corps de masse ? Qui manipule ? (Selon les options idéologiques des réponses contradictoires seront données).
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15/06/2026
L'Intranquille n°30

En couverture une photographie de Julien Merieau (avec des bribes de collages) qui semble une peinture abstraite où on peut voir un paysage imaginaire, ciel étoilé ou crépuscule flamboyant.
Riche ENTRETIEN (de six grandes pages), Philippe Beck répond aux questions (amples) de Pierre Jamet. Deux parties, « Situation de Philippe Beck », puis « Lier et délier, forme et chaos ». L’ensemble est titré « Une certaine quantité d’inconnu ».
Pierre Jamet aborde la question du statut de l’auteur, en liant le terme «impersonnage » à « l’idée de l’impersonnalité, de disparition du sujet », d’une part, et au rejet du lyrisme, d’autre part. Au cours de ses propositions il se réfère à Rimbaud, sa notion de modernité « absolue ». Répondant, Philippe Beck met l’accent sur le questionnement de la «fonction-auteur ». Rappelant les théories de Foucault ou Barthes il note que « l’impersonnalité qui obsède les théories de ces années (notamment à travers Barthes) ne met pas fin au désir-besoin de signature des textes ». Il cite Foucault (« l’anonymat littéraire ne nous est pas supportable ; nous ne l’acceptons qu’à titre d’énigme »). Dans sa critique du lyrisme qui rejoint sa réflexion sur ce que serait « une écriture dé-subjectivée (ou pré-subjectve)», dont certains avaient ou ont la « nostalgie », il constate que cela «n’implique aucunement la disparition du nom d’auteur ». Se référant à Lacoue-Labarthe, Rimbaud, Freud, Nietzsche et Derrida, il définit la distance prise avec le sujet (présence « différée », Derrida) comme « non pas une destruction du sujet, mais un déplacement de celui-ci, qui cesse de se soutenir comme centre ». Car « chacun d’entre nous est ce sujet désistant qui, non pas se fond dans une communauté qui le dépasse, mais sent qu’il n’existe qu’en tant qu’il porte en lui l’être singulier pluriel » [...] «Si bien que chaque être humain est ce Messie impossible et traversé par l’humanité qui le hante et le fait exister, étant témoin de ce qui a lieu et se trahit dès qu’il s’institue ». Il rappelle la « résistance » de Derrida à la «notion de communauté » (c’est effectivement central dans sa pensée et ses écrits).
17:38 Publié dans Recensions.REVUES.poésie.citations.©MC San Juan | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : l’intranquille n°30, françoise favretto, poésie, livres, citations, théorie littéraire, recensions, philippe beck, pierre jamet, josé vidal valicourt, maroussia, murielle compère-demarcy, renée nicole good, ne’ma hasan, poètes chinois
03/06/2026
Possibles n°40
En couverture une photographie d’Emmanuel Bourreau-Chopin : matière, traces, ombres, traits.
Le titre du numéro intrigue : Précis d’orientation.
Le texte de Pierre Perrin, en 4ème de couverture, précise l’intention. Importance culturelle majeure de la lecture, mais inquiétude sur le recul et ce qu’il interprète comme le signe que « notre civilisation se défait ».
Mais le premier texte (très riche), Précis d’orientation, apparaît comme introductif du questionnement.
KJ Djii interroge le sens du mot « civilisation » et de ses connotations idéologiques.
03:35 Publié dans Recensions.REVUES.poésie.citations.©MC San Juan | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : possibles, pierre perrin, poésie, écriture, pensée, livres, citations, questionnements, lecture, culture, marcelle delpastre, albert camus
Possibles n°39
En couverture une peinture de Dominique Barrot. On peut voir un bouquet dans un vase, sur un coin de table.
Le titre du numéro, Poupe ou Proue, trouve son explication dans le texte de Pierre Perrin en 4ème de couverture. Rageur, inquiet, pessimiste, listant des catastrophes présentes ou annoncées : la langue, la dette, les écrans, les guerres... Mais son poème, en exergue, L’Éternité dure un clic , exprime le même désespoir. J’en cite deux vers :
L’électronique a remplacé le Sang, le Souffle.
[...]
Plus rien ne tient que par la boucle en chœur — des cris.
Les derniers mots : « une ombre, notre cendre ».
Écho, avec la pensée de la mort, deux vers de Jean Pérol :
La mémoire n’est plus qu’un vaste cimetière
[...]
mais qui viendra chercher leurs ombres dans le temps
(Sans importance)
Cependant, autre poème, il écrit aussi le goût de la beauté, de la vie qui ouvre des espoirs.
Vous aurez toujours tort de vouloir tout maudire
toujours repassera un cygne sur son lac
(Fermé)
03:16 Publié dans Recensions.REVUES.poésie.citations.©MC San Juan | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : possibles, pierre perrin, poésie, écriture, pensée, livres, citations, regard, art
Possibles n°38
En couverture, dessin d’ Annie Christy (voir lien vers son site, fin de note).
On peut imaginer des voiliers sur des vagues ou une chevelure de flammes. On sent le geste qui trace des boucles.
En 4ème de couverture un texte de Valéry qui n’étonne pas quand on a lu Pierre Perrin (le revuiste et auteur), son aversion pour le moderne qui se veut moderne. Valéry y met en garde contre « les vertiges du jour ». Texte de 1945 (Style en France n°1).
En exergue un texte de Jean-François Mathé, du recueil La Vie atteinte, Rougerie, 2014. Avant d’en recopier les deux premiers vers et les trois derniers je renvoie à la page 88, pour un fragment de courriel adressé à Pierre Perrin, où il affirmait son indifférence à la « postérité », évoquant même le possible « effacement » ne sauvant alors de l’oubli que des « bribes ». C’est une question cependant que le destin des textes, dont tant disparaissent, sauvés parfois par le hasard. Mort des poètes et mort des textes ?
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03/02/2026
Éditions du 6 rue Gryphe, recueil En-tête, de Christian Rigault
Une étrange aventure, étonnante entreprise (au sens de créer) que cette édition lyonnaise non commerciale, qui produit des plaquettes de quelques pages en cent exemplaires, offertes au hasard des amitiés ou rencontres (ou demandes de lecteurs curieux). Juste le désir de faire exister des paroles particulières. Pas de site, mais un auteur-éditeur, Vincent Courtois, que j’ai découvert en revue, comme un de ses auteurs.
Ainsi Christian Rigault dont j’avais remarqué des textes auparavant. Plusieurs plaquettes de lui, qu’il titre toutes En-tête, ajoutant en page-titre intérieure un numéro : troisième, huitième (celles que j’ai lues).
Pourquoi « en-tête » ? Peut-être pour que ce terme seul en couverture soit une signature visuelle, presque recouverte de couleur (plaquette trois) ou cachée à moitié (la huit). La clé serait donnée par le premier fragment de la huitième, la bouteille vide lancée : « qu’elle flotte, apportera l’inconnu au connu, qu’elle se brise, l’invisible au visible. ». Le reste à recevoir comme une lettre, ce qui va avec l’esprit de l’édition.
23:50 Publié dans Recensions.LIVRES.poésie.citations©MC.San Juan | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : éditions du 6 rue gryphe, vincent courtois, christian rigault, en-tête, poésie, fragments, citations
30/01/2026
Mes incendies, poésie, recueil de Luc-André Sagne, éditions Unicité
Feu, flamme, brûlure, le titre du recueil de Luc-André Sagne, Mes incendies, suggère passion qui peut être joie ou douleur. Le déterminant possessif, « mes », annonce un parcours intérieur, mais questionne aussi la source de ces feux, allumés par soi-même, ou acceptés par soi. Trois parties structurent le recueil : Colère, Désir, Mémoire.
En exergue, Federico Garcia Lorca, fragment se terminant par « la montre de cendres », ainsi le temps devient un sujet, et ce qui se détruit, défait, délie, tombe en cendres...
02:26 Publié dans DISSIDENCE, ISLAMISME.idéologie.radicalité., Recensions.LIVRES.poésie.citations©MC.San Juan | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : luc-andré sagne, mes incendies, poésie, éditions unicité
12/12/2025
Paul Celan, Sauver la clarté, de Marie-Hélène Prouteau, Unicité, 2024. Lecture...

Paul Celan, Sauver la clarté : Le titre est très beau, et réussit à transmettre l’essentiel de la démarche de Paul Celan, écrivant contre le gouffre nocturne de l’impensable nazi à déconstruire dans la langue du bourreau, et langue maternelle...
Monique Gansel titre sa préface « Calligraphie de lumière », abordant l’entreprise de l’essayiste lectrice de Paul Celan, en introduisant sa réflexion avec une citation de Marie-Hélène Prouteau sur un geste d’elle, à sa table d’écriture, associant la sculpture qui creuse et l’écriture. La « calligraphie de lumière » c’est ce qui se dessine dans l’univers commun de Nelly Sachs et Paul Celan, nourris culturellement par la profondeur lumineuse du Zohar, au-delà d’une dimension religieuse.
00:12 Publié dans Recensions.LIVRES.poésie.citations©MC.San Juan | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : paul celan, poésie, aphorismes, shoah, celan, paul celan sauver la clarté, gisèle celan-lestrange, lumière, langue, art, marie-hélène prouteau, monique gansel, éditions unicité, unicité, françois mocaër
08/12/2025
Concerto pour marées et silence, revue, n°18, 2025

La réflexion de Colette Klein qui ouvre la revue a pour exergue une citation de Romain Rolland sur la musique (« la parole la plus profonde de l’âme »), texte qu’elle aime rappeler, et qui convient à ces numéros structurés en mouvements musicaux par les poèmes de Pierre Esperbé, dont un recueil donne son titre à la revue. Textes de lui, « né dans l’infini des êtres », qu’on aime relire.
Colette Klein (revuiste, écrivaine et artiste) dit avoir renoncé à écrire de la poésie au moment de l’invasion de l’Ukraine, ayant le sentiment de la vanité du combat contre la guerre, lassitude qui n’a pas amoindri cependant son engagement pour soutenir les auteurs réprimés par des dictatures et l’expression de son désir de paix. Ce désespoir, qui ne l’empêche pas d’écrire autrement, est apaisé par la poésie qu’elle publie des autres, la trace d’espoirs, l’expression d’un idéal. Elle a relevé plusieurs fois, dans des textes reçus, publiés dans ce numéro, le mot paix, et en copie des fragments pour clore son texte.
Écrire de la poésie malgré les grandes douleurs dans le monde ? C’est une question qui est souvent posée, et qui le fut après Auschwitz (Adorno). Comme si les mots du poème ne pouvaient plus porter du sens contre l’absence de sens. Cependant des auteurs ont relevé le défi. Ainsi Charlotte Delbo, Primo Levi (poème liminaire « Si c’est un homme ») ou Paul Celan, qui subvertit la langue du bourreau (et langue maternelle) en la déconstruisant de l’intérieur et en l’habitant souterrainement de mots autres, jusqu’à des traces étymologiques de l’hébreu, créant du texte caché sous le texte, inscrivant du contraire.
Cette douleur de Colette Klein devant la présence envahissante de la guerre et de la violence, je l’ai trouvée, échos qui se croisent, dans une chronique de Raphaëlle Milone (La Règle du jeu, décembre 2025), analyse se référant à Franz Werfel, Einstein, Wells, pour questionner l’utopie d’un monde sans guerre : « Et si les visionnaires que l’histoire a relégués au rang de doux rêveurs étaient, en réalité, les seuls à avoir vu juste ? ». Elle les oppose à « nos temps de haut cynisme, de toisant nihilisme ». Elle leur emprunte l’idée d’une sorte d’association d’esprits éclairés, et précisément le projet de Franz Werfel, qui, en 1937, « hanté par le processus totalitaire qui menaçait » proposa de « fonder une Académie mondiale des poètes et des penseurs », utopie dont elle regrette le scepticisme qu’elle provoqua.
Écrire de la poésie pour résister ? Mais quelle poésie ? Pas, comme l’écrit Kenneth White dans Le mouvement géopoétique (Poesis), si ce n’est « que l’art de faire des vers sur des banalités, l’expression d’états d’âme à fleur de peau, associé à tout ce qui est vaguement imaginaire, fantastique, sentimental ou mièvre ».
Autre écho au texte introductif de Colette Klein, la recension, par Murielle Compère-Demarcy (Rebelle(s) Mag), d’un livre où ses peintures accompagnent les textes de Gérard Gaillaguet. Les Obstinés est le titre, et « Dans ce livre, l’Obstination devient une manière d’habiter le monde : obstination de l’écriture comme obstination du geste pictural. ». Il faut lire intégralement cette recension qui montre comment ce livre est une des réponses de Colette Klein aux inquiétudes de son questionnement posé en tête de la revue.
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Parcours, non exhaustif... dans l’ordre des pages
POÈMES, quelques citations
Richard Roos-Weil
« La tristesse du roi »
J’aurais voulu dire
Des mots si peu emplis de moi
...
Isabelle Lévesque et Pierre Dhainaut
« L’arbre rouge », poème à deux voix, strophes qui alternent
Pierre Dhainaut
À présent que sont partis les oiseaux
qui tournoyaient jusqu’à toucher les flammes,
ils se font entendre en hiver par silence
par trous d’ombre, la couleur ne s’affaiblit pas.
Isabelle Lévesque
La couleur faite arbre coule dans nos veines,
sacre parfait d’une institution fragile.
Le chiffre est seul dans cette forêt
- décision d’un peintre aveugle.
...
Béatrice Pailler
« Vert Fleuve »
Foyer du temps
heure intense
sur la langue
la vie des mots.
...
Jean-Pierre Otte
« Le temps des femmes bouleversées »
... Il n’y a plus personne dans le réel du monde
mais des foules mortes-vivantes
dans les miroirs d’un présent en trompe-l’œil
...
Pierre Rosin
Lorsque je les regarde se faufiler
entre les lames de la terrasse
je me demande
s’il arrive aux lézards
de regretter leur ancienne peau
[...]
Ou s’ils considèrent
sans se préoccuper du temps qui passe
s’être dépouillés d’un vieil habit [...]
qui les aurait empêchés de devenir ce qu’ils sont
...
Frédéric Tison
« Poèmes inédits »
Parfois la folie est une barque, Ô Amie, la folie est une barque.
[...]
Être maintenant au sein du déséquilibre
Ô funambule !
[...]
Même les anges perdent leurs ailes.
...
Michel Diaz
« Entre l’énigme et l’évidence »
Se tenir là. Muscles rompus par trop d’errances. Un souffle, à peine. Au tracé souterrain. En bordure d’oubli.
[...]
Il n’y a rien à dire comme il n’y a plus rien à faire d’un alphabet de cendres, l’ombre nous touche au front, s’installe à la fenêtre qui ne reflète aucune image
...
Léon Bralda
« De lait chaud et de pierres taillées »
Sur les vitres du monde : les embâcles traînant leurs amas de silence aux crues de la mémoire.
...
Michel Capmal
« Hors saison »
La plage archaïque. [...] Des organismes sans organes, erratiques, obstinés. Qui veulent nous confier les ultimes rudiments d’une langue sacrée, perdue, dévastée.
...
Guénane
« Les Idées sont des tiges folles »
Tant de douleurs de colères
faudrait-il que la terre entière
s’habille de noir
porte le deuil d’elle-même ?
...
Murielle Compère-Demarcy
Oiseaux migrateurs
creusant le miroir ailé
aux miroitements multipliés
de nous-mêmes
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NOTES de lecture, plusieurs (sélection)
L’Écorce du silence, d’Isabelle Poncet-Rimaud (Unicité). Lecture de Jean Bellardy :
« chaque poème est un pur diamant » [...] « à la lisière du mystère » [...] « douce puissance dans les images » .
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Traverser l’obscur (Musimot), de Michel Diaz, lu par Marie-Christine Guidon : « ce dire si particulier dont il a le secret, les mots fécondés par un souffle ». [...] « Traverser l’obscur, n’est-ce pas, malgré tout, s’exposer à l’éblouissement ? »
...
Et pourtant (Arfuyen), de Pierre Dhainaut, lu par Jean-Louis Bernard : « Pierre Dhainaut réconcilie en son ouvrage l’éclat et l’obscur [...], le seuil et le passage [...], le visible et l’invisible, abolissant ainsi le soupçon qui plane sur les limites de la langue. »
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Recension, Marie-Claude San Juan
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LIENS :
Sommaire du numéro 18, 2025 :
https://www.coletteklein.fr/concerto-pour-marees-et-silen...
Concerto pour marées et silence, revue annuelle, présentation :
https://www.coletteklein.fr/concerto-pour-marees-et-silen...
Notes antérieures, 2024 etc. Tag Concerto pour marées et silence, ou simplement « Concerto »
02:26 Publié dans Recensions.REVUES.poésie.citations.©MC San Juan | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : concerto pour marées et silence, revue, colette klein, poésie, pensée, citations, concerto, valeurs
02/12/2025
Diérèse n°94

Parcours non exhaustif...
L’éditorial de Daniel Martinez, « Vies de la poésie » (pp. 7-8), s’inscrit entre affirmation et interrogation, comme posé dans les interstices d’une pensée qui (comme il l’apprécie dans une citation de Bernard Noël à la fin de son texte) s’écrirait au conditionnel. Opposant la poésie, dans son rapport avec la langue, à ce qui, dans la culture acculturée du social, se situe « dans un siècle où la communication forcenée a dévalué la parole ». La poésie, elle, « renoue avec l’irremplaçable d’une langue qui vise à se défaire des faux-semblants ». Pour lui, aborder « la genèse du poème » est penser « perspective », considérant autant l’espace du geste externe d’écrire que le geste intérieur de déchiffrement des géométries intimes, des superpositions mentales à décrypter en soi (« le proche, le lointain »). J’aime la métaphore qu’il utilise pour traduire l’opération créative en poésie : frotter « les cailloux d’un réel polymorphe » [...] « afin que le feu prenne ».
Un autre questionnement intervient, qui n’est pas sans importance : la question de l’ego, dans une « tension » où se joue « la crainte d’être à un moment ou à un autre dépossédé du fruit de son labeur », mais aussi le processus d’une démarche intérieure vers un détachement permettant d’accéder à plus de « transparence ». Métamorphose de conscience qu’Henri Bergson, qu’il cite, formule en parlant du regard des poètes posé sur « une chose », vue « pour elle, et non plus pour eux ».
La poésie ? Elle « échappe à toute tentative de subordination » et « déborde le langage conçu comme simple outil de communication ». Le poète se faisant transfuge de soi-même, accédant à l’autre en lui dont Bernard Noël « suggère, lui, que cet autre pourrait ‘être une figure que nous ne touchons qu’en nous’ ». La poésie, libre « parole déplacée », dévoile, écrit Daniel Martinez, « la singularité de chacun », rendant possible un autre rapport au monde réel, pour une « respiration », « côté lumière ».
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00:10 Publié dans Recensions.REVUES.poésie.citations.©MC San Juan | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : diérèse 94, daniel martinez, poésie, citations, livres






















