Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

20/02/2017

Des ombres et des polémiques... Des mots et d'autres mots... Colonisation...

mms_img834840233.jpgAgitation générale autour de déclarations et de retours (parfois confus) sur les mots prononcés par Emmanuel Macron. Articles, émissions, notes, posts et commentaires sur Facebook ou ailleurs. A force de constater n’être d’accord avec personne, et agacée par beaucoup : trop de passions, de projections, de peurs (diverses), de pièges identitaires (de tous côtés…) j’ai réagi, là ou là, d’abord décidée à ne rien faire d’autre (c’est lassant, à force…). Mais tant pis, besoin de faire la synthèse de ma réflexion. Et cela donne cette page, à laquelle j’ajoute des liens vers des articles, qui permettent de revenir sur les notions, et sur le contexte de la polémique, mais aussi sur l’Histoire, en nuançant les positionnements... 

La photographie que je choisis d’associer à cette réflexion a été prise dans l’arrière-salle d’une galerie. Porte vitrée, des gens qui se pressent, ombres superposées. J’ai immédiatement pensé « présidentielle », d’instinct. Des candidats, ombres au sens où on cherche à définir les pensées et les stratégies, et à déchiffrer les parts d’ombre. Ombres qui renvoient aux inquiétudes, doutes, questions. Et de ces ombres plurielles, une sortira, on ne sait laquelle… 

COLONISATION, CRIMES de guerre ou crimes contre l'humanité (et crimes de qui?)... 

… Le terme "crimes contre l'humanité" est inadéquat si on en parle pour la colonisation en général (criminelle effectivement, mais par le statut de domination, par le vol de la terre, et par la violence de la conquête) car cela désigne des crimes précis et définis, particulièrement déshumanisants, commis par des individus ou ordonnés par des gouvernants. (Les procès contre les horreurs nazies, ainsi, ont concerné des personnes précises responsables de décisions ou d'actes criminels). Au sujet de la guerre de colonisation, de l’Algérie mais pas seulement de l’Algérie (et de celle de et contre l'indépendance) on peut parler de crimes de guerre, et dans certains cas de crimes contre l’humanité (massacres, assassinats, torture, déportation) : il y en eut, cela ne peut être nié. De la colonisation on peut (on doit) dénoncer le système global, le fait même que cela ait cru être légitime dans la tête de gouvernants, et les abus que cela entraîne, mais on ne peut qualifier un système, aussi condamnable soit-il, comme on peut qualifier des faits criminels précis dans ce cadre.

… Sachant que c'est cependant une réalité universelle et ancienne (le monde entier est le résultat de colonisations successives et diverses). Et le Maghreb entier en est un, colonisation arabe de peuples berbères, par la guerre au départ, diffusion de la religion et de la langue des dominants. Et de même la France a une culture, au sens large, et une langue qui est héritée de l'occupation romaine. L'Espagne a été colonisée par des pouvoirs arabo-berbères pendant des siècles (et cela a bien commencé par une guerre avec ses violences, même si le mythe édulcore la réalité, complexe, avec ses horreurs et ses partages interculturels, ce qui est le cas de toutes les colonisations). L'actualité débat (ou oublie de le faire, suivant les cas), encore, de faits coloniaux divers (Moyen-Orient/Israël/Palestine, Tibet/Chine, partie de Chypre/Turquie... etc.). 

… Les pays doivent faire retour sur leur histoire, mais sans la ressasser indéfiniment et sans en faire objet de stratégie (ou de campagne électorale - ou d'instrumentalisation pour dominer en utilisant les passions et les rancoeurs). Retour complet sur l'Histoire (il manque l'ouverture des archives algériennes pour que ce travail se fasse historiquement de manière complète, notamment.  Et du côté français il manque le courage de la métropole, à travers son gouvernement, pour assumer réellement les responsabilités françaises passées, au lieu de s'en débarrasser en les projetant sur les Pieds-Noirs dont la majorité est issue d'immigrés qui n'étaient pas Français au moment de la guerre de colonisation...Du côté de certains Pieds-Noirs (pas tous...) il manque le retour critique sur des erreurs d'analyse et la compréhension, à temps, de l'évidente nécessité de l'indépendance (et des manipulations de certains politiques extrémistes). Il manque aussi le refus de croire devoir défendre une France mythique en s’identifiant à ses décisions et actes de pouvoir (quand c’est l’État français qui est mis en question, pas un peuple majoritairement d’origine immigrée - et donc absent de la décision de coloniser et de la guerre de colonisation : car le croire c’est obéir aux injonctions d’une métropole et d’un État qui n’assume pas son passé et le projette sur un pratique bouc émissaire, en occultant, par exemple, la lourde responsabilité d’un François Mitterrand…) 

… Que devons-nous faire maintenant? Dépassionner les débats. Sortir (tous) des remuements victimaires (abus du colonialisme ou douleur de l'exode et des traumatismes dus au terrorisme et aux disparitions). Car on remue des émotions qui minent, et nous piègent, au bout du compte (pas de suivi psychologique dans les années de ces drames humains). Donc faire individuellement et collectivement un travail de guérison. Parce que que le monde va mal, que les extrêmes de tous bords (politiques ou religieux) cherchent à attiser les conflits et à provoquer la haine. (Et, aussi, que la planète est en danger, avec la question de la survie de l'humanité à l’horizon...).

LIRE... De Jean Pélégri, « Ma mère l’Algérie », et voir ce qu’il dit des métropoles…  De Mouloud Feraoun, son "Journal". Mais aussi, d'Albert Camus, "Le Premier homme", ses "Chroniques algériennes", et ses "Ecrits libertaires", regroupés par Lou Marin. De René-Jean Clot, "Une Patrie de sel". Et.. de Kamel Daoud, ses "Chroniques" publiées chez Actes Sud. Car il interroge toutes les consciences de toutes origines culturelles (ou religieuses), dans le but de comprendre quel présent on crée, avec la mémoire lucide du passé...

ARTICLES… 

Sur Le Monde, 16-02-17, une présentation non passionnelle des déclarations d'Emmanuel Macron, déclarations plus nuancées que ce que la polémique en fait. Même si le choix des termes pose question (voir ci-dessous ce qu’en dit Hamon, pourtant peu susceptible de faire l’éloge de la colonisation…)... http://www.lemonde.fr/election-presidentielle-2017/articl...

La position de Benoît Hamon, JDD, 20-02-17...  http://www.lejdd.fr/Politique/Hamon-sur-la-colonisation-f...

Une analyse de Pascal Blanchard, historien, La Croix, 17-02-17...  http://www.la-croix.com/France/Politique/Certaines-pages-... 

Et je suis assez d’accord avec les conclusions de cette chronique de Bruno Roger-Petit, dans Challlenges, 16-02-17. Qui replace le sujet dans l’ensemble de la colonisation française qui s’étendit en Afrique et Asie. (Je pense aux mères vietnamiennes auxquelles on arracha leurs enfants métis pour les placer dans des sortes d’orphelinats en métropole. Aux enfants réunionnais déplacés loin des leurs pour peupler une province française.). Afrique sub-saharienne et Asie, on n’en parle moins en France, car là il n’y a pas de peuple à cibler comme « responsable » et tout revient à l’armée et au pouvoir français. Clémenceau avait raison contre Jules Ferry.... https://www.challenges.fr/election-presidentielle-2017/la... 

Une opinion très critique, qui redéfinit les termes juridiquement et observe le contexte des affirmations variables. Sur les déclarations de Macron. Richard Malka (avocat), JDD, 19-02-17 : http://www.lejdd.fr/Chroniques/Invite-du-JDD/Colonisation...

Vu d’Algérie

Sur Courrier international (Algérie Focus), 17-02-17… http://www.courrierinternational.com/article/vu-dalgerie-... 

Dans Liberté, 18-02-17. Extrait et citation d’Emmanuel Macron par le chroniqueur : « “La colonisation a bel et bien comporté des crimes et des actes de barbarie que nous qualifierons aujourd’hui de crimes contre l’humanité. Pour autant, cela ne veut pas dire que celles et ceux qui vivaient en Algérie et servaient dans l’armée française étaient des criminels contre l’humanité. Car le seul responsable est l’État français”, a martelé Emmanuel Macron, en se défendant, toutefois, de vouloir être le chantre de la repentance. Il a, par ailleurs, indiqué que le devoir de mémoire de l’État français doit aussi couvrir les autres protagonistes de la guerre d’Algérie, comme les harkis et les pieds-noirs. »… http://www.liberte-algerie.com/actualite/macron-defend-sa...

Une pensée d’un militant de l’indépendance, opposant politique exilé, ensuite : Hocine Aït Ahmed (cofondateur du FLN, mort en exil)… Dans le numéro de juin 2005 de la revue Ensemble, organe de l’Association culturelle d’éducation populaire fondée à Constantine puis reprise à Montpellier il écrit le texte qui suit, comme une lettre à ses compatriotes pieds-noirs. Extraits, ici, mais je l’avais lu dans son intégralité alors : « Chasser les pieds-noirs a été plus qu’un crime, une faute car notre chère patrie a perdu son identité sociale. » Il ajoutait :« N’oublions pas que les religions, les cultures juives et chrétiennes se trouvaient en Afrique bien avant les arabo-musulmans, eux aussi colonisateurs, aujourd’hui hégémonistes. Avec les pieds-noirs et leur dynamisme – je dis bien les pieds-noirs et non les Français -, l’Algérie serait aujourd’hui une grande puissance africaine méditerranéenne. Hélas ! Je reconnais que nous avons commis des erreurs politiques et stratégiques. Il y a eu envers les pieds-noirs des fautes inadmissibles, des crimes de guerre envers des civils innocents et dont l’Algérie devra répondre au même titre que la Turquie envers les Arméniens. » Contrairement à ce qui est parfois dit dans des articles ou commentaires de cette lettre il ne parlait pas de génocide des Pieds-Noirs, évidemment, car il n’y en a pas eu (des massacres, oui, un génocide, non). Il mentionnait des massacres successifs et attentats qui avaient fait fuir les Pieds-Noirs. Le texte devrait être disponible en BNF, puisque la revue était déposée (si le document n’a pas été perdu…). Il est visible sur quelques sites, mais qui l’utilisent souvent en en déformant le sens (parler d’un sens implicite qui n’est pas présent dans la pensée d’Aït Ahmed, ou lui faire exprimer un regret de l’Algérie française, même si, oui, dans ce qu’il écrivit, il mentionna un regret de la présence des Pieds-Noirs. Il resta l’indépendantiste qu’il avait toujours été, mais en démocrate humaniste désireur d’une Algérie plurielle, non privée d’une part de ses natifs. Il voyait les Pieds-noirs comme des victimes de la colonisation et de la manière dont la décolonisation s’était produite…  Je note un lien où c’est mentionné, dans un courrier au journal Le Matin.dz : http://www.lematindz.net/news/1555-naissance-dune-associa...

L'analyse de Kamel Daoud...

Kamel Daoud, justement, réagit avec lucidité et de manière nuancée à la polémique sur les propos d’Emmanuel Macron. A la question du journaliste  sur cela il répond « J’appelle ça ‘un petit tour dans l’inconscient’». (Tout en notant que c’est « la halte algérienne » de la campagne électorale). Il reconnaît le courage de Macron, mais considère que « La France devrait chercher à faire œuvre positive au présent, et non à en chercher la trace dans le passé. »… Libération, 17-02-17... http://www.liberation.fr/debats/2017/02/17/kamel-daoud-ce... 

Kamel Daoud trouve qu’Emmanuel Macron a « rompu avec le discours habittuel » et qu’il faut « qu’il y ait quelqu’un qui tranche ». Donc il reconnaît une force à ce qui a été dit. mais aussi il pense qu’il faut une deuxième rupture, arrêter de ressasser et passer au présent…  « «Je suis partisan qu'on arrête de ressasser cette histoire. J'ai assez payé de ma vie personnelle. Je pense que la France a le droit de faire œuvre positive dans le présent, au lieu de chercher combien elle a fait de routes en Algérie par le passé». Il le dit ainsi : « L’exploitation de la colonisation de l’Algérie doit cesser. », citation reprise en titre par Le Figaro, 20-02-17… (D’autant plus qu’elle se fait sur les deux rives, cette exploitation-instrumentalisation, avec des objectifs divers, suivant les rives et les courants qui s’en emparent…)… http://www.lefigaro.fr/livres/2017/02/20/03005-20170220AR...

Et le début de sa chronique de 2013... "Malheureusement nous n'avons pas eu un Mandela en 62..."... https://bel-abbes.info/malheureusement-nous-navons-pas-eu...

.... Mise à jour... 

Et... Un peu d’humour…! Fellag : « Vous avez raté votre colonisation. Nous avons raté notre indépendance. France et Algérie sont quittes. ». Sur Algérie Focus, 24-02-17… http://www.algerie-focus.com/2017/02/fellag-avez-rate-col... 

07/06/2016

Deuil de blogs...

mms_img-2058331286.jpg

 

 

 

 

MUSIQUE, Andalousie, fraternité. Il y avait un blog au nom héritier de l’Andalousie et de la pensée de Lorca. Une page sur "El Gusto", et le mot qui rejoint, en sens algérois, la signification  du duende andalou. La musique, et Enrico Macias, plus comme musicien que chanteur (chanteur aussi mais importance donnée à sa musique, à son orchestre andalou). 

Mais elduende.musicblog.fr ne peut plus être trouvé. La blogueuse l'avait écrit, disant qu'elle pensait arrêter, sans cesser d'aimer ce qu'elle aimait, fidèle à ses passions. Lassitude. Impression d'écrire dans le vent, dans la solitude, sans vraiment beaucoup de retour. Pourtant son blog était consulté. Moi je l'aimais particulièrement. Mais c'est vrai qu'on peut apprécier sans forcément commenter et contacter... Les notes sont des bouteilles à la mer, qui trouvent des échos inconnus souvent. Et puis, le temps… Elle tenait ce blog depuis longtemps, je crois, et voulait passer à autre chose. Mais c'est dur de découvrir que, voilà, c'est fait, le blog n'apparaît plus que par traces où plus rien ne peut se lire, mais où on voit qu'il y eut là des signes, du langage, des émotions, de l'amour... 

D'ailleurs cela pose un vrai problème de la mémoire (de la trace) de ces oeuvres qui ont accumulé des connaissances, des références, des pensées... Et qui disparaissent complètement. Deuil à faire d'un lien.

Emotion triste aussi - c’est autre chose - quand des sites ou blogs sont arrêtés par la mort du blogueur (forcément cela arrive : ainsi « Patawet », arrêté tout d’un coup). 

Et tristesse autrement, quand des blogs perdurent, mais silencieux depuis... un an, deux ans, ou plus. Et on ne sait pas pourquoi ce silence : lassitude, maladie, dépression, ou mort? Et même si en fait c'est le contraire, une vie passée à autre chose, qui prend le temps de s'échapper autrement... même cela est en rapport avec la mort, la fin, la disparition, l'éphémère... J’en connais un, de blog, entre vent et poème, ainsi silencieux. Quand je le consulte (archives riches) je parle en moi à la blogueuse (« Où es-tu, toi? », « Et qui maintient ce blog alors que tu ne parles plus? »), comme à une amie qui manquerait, une inconnue familière qu’on aurait aimé rencontrer…

Leçons de sagesse. Oui, rien n'est éternel, et encore moins dans cet espace virtuel. Et nous, pas plus. Car dans le miroir c'est notre propre finitude qu'on voit, et la sagesse n'est pas toujours au bord des yeux. Cependant il y a un autre questionnement, qui n'est pas personnel, pas pour une peine individuelle. La toile tissée est une oeuvre collective. Pourquoi perdre ces fragments? Pire quand ces fragments sont la seule mémoire de lieux, le seul témoignage de certains vécus collectifs, de certains exils. Le témoin meurt avec sa mémoire, et personne ne pourra tracer à sa place l’identique... Il manque quelque chose dans ce domaine.

Brisure, brisures. Justement, le traduire avec cette photographie, née de la trace d’une violence de rue. Vitre brisée, mais qui tenait encore. Cependant, en me déplaçant, le regard sur un éclat agressif s’est métamorphosé en vision de mandala, rayonnement partant d’un centre pour créer une étoile, métaphore d’un cosmos lumineux… accidenté par les consciences en recherche de sens. Même le hasard des signes nous enseigne. 

29/02/2016

"Un trait de khôl au bord des yeux"... Ou la trace sensible de la mémoire.

KHÔL.jpgLivre dont la dédicace est double, adressée à sa mère, qui est centrale dans le livre, et à ses enfants, pour le devoir de transmission de la mémoire. 

L’auteur, Laurence Fontaine Kerbellec, est née d’un métissage entre exil pied-noir et ancrage normand. Elle, de cet exil et de cette culture dont vient sa mère, elle a reçu ce qui passe par les mots, les silences, le signe des douleurs, mais aussi par les minuscules choses qui traduisent des appartenances, des héritages. Elle a baigné, le sachant parfois et parfois le sachant moins, dans un espace nourri d’Oranie espagnole. Nourri, car la nourriture, la cuisine, cela est part importante de ce qui se transmet : le goût de recettes métissées, de certaines épices, de certaines couleurs, dans les plats (et des plats). Mais nourri aussi d’un reste d’accent, de parfums peut-être, de mots traversant les langues. De la tristesse, car l’exil est souffrance (et ce qui précéda l’exil autant que ce qui le suivit, ce fut souffrance), mais aussi une présence autre du corps, et du corps féminin. 

D’où ce titre, si bien choisi, qui dit tant de choses… "Un trait de khôl au bord des yeux" Car le khôl, venu de l’esthétique du Maghreb, est comme une empreinte. On marque son regard d’étrangeté, on lui fait signer sa part d’orient. Au bord des yeux, comme on est au bord des larmes. Regard ici, regard ailleurs (« là-bas »). Le khôl marque une frontière qu’inconsciemment on trace pour dire son statut d’exilée. (En tout cas ce fut un sens possible, qui s’est perdu ensuite, avec l’emprunt de ce signe par d’autres, loin, elles, d’avoir à dire le traumatisme d’une traversée non choisie, ou d’un héritage de mémoire à interroger, écrire, transmettre.)

En exergue, Maupassant, pour dire, à travers lui, quelque chose de l’amour d’un enfant pour sa mère : « On aime sa mère presque sans le savoir, sans le sentir, car cela est naturel comme de vivre. »

L’écriture est dans le sillage de cet amour : « Je veux tout savoir sur l’enfance et la jeunesse de ma mère ». Avec aussi l’attrait de ce qui diffère d’elle. La mère, fille du soleil, la fille qui en a aussi le goût mais sait vivre avec le froid normand…

Mais ce qui motive aussi ce désir d’écrire pour mieux connaître cette mère, c’est le besoin de se comprendre mieux soi-même : « Quand nos origines ne nous sont pas toutes dévoilées ou du moins dans le détail, on est en recherche de soi. C’est important de savoir d’où on vient pour mieux comprendre où on va et pourquoi on va dans cette direction. »

Ce livre intéressera ceux qui ont des racines identiques, car ils y trouveront un écho ou des repères. Mais il peut aussi concerner quiconque a le goût d’autrui, justement quand les vécus sont tout à fait autres. Comment les mémoires ancestrales font leur chemin dans les consciences, comment on trouve son identité à partir du croisement d’identités aux marques différentes, comment on entre dans le souvenir de joies et de douleurs, intimement, et comment cela se tisse avec les questionnements de l’histoire et de l’actualité, que ce soit formulé ou pas.

Il est diffusé aussi en e-book : https://www.publibook.com/un-trait-de-khol-au-bord-des-ye...

……….. « Un trait de khôl au bord des yeux » est destiné aux adultes, mais la présentation sur Ricochet le conseille aussi à partir de 13 ans (à juste titre) : http://www.ricochet-jeunes.org/livres/livre/46618-un-trai...

Et c’est vrai que ce travail sur la mémoire passe bien dans cette littérature, car (on le voit aux notes sur les ouvrages que je mentionne ci-dessous) le fait que les livres soient destinés à un public jeune fait que les auteurs qui choisissent ce public (ou qui peuvent être lus aussi par ce public jeune) ont un regard qui tente de rendre à tous les protagonistes de leurs histoires leur humanité, sans polémiques inutiles, sans ostracisme. Et quand les personnages sont des enfants on voit mal comment on leur ferait porter le poids des responsabilités historiques, même quand l’auteur est extérieur à leur univers. Quand les auteurs parlent de leur propre mémoire, personnelle ou familiale, en s’adressant à des enfants ou à des jeunes, ils font un travail sur eux-mêmes, pour que le témoignage ne soit pas trop chargé de douleur ou de désespoir (ce qui serait traumatisant pour les lecteurs jeunes), mais en conservant la charge d’émotion. Et ce faisant ils opèrent une réparation, une guérison psychologique, contagieuse pour le lecteur (et c'est pourquoi ils devraient être lus aussi, ces livres, par les adultes). De plus, faisant entrer dans l’univers d’enfants ou d’adolescents dans l’Histoire, souvent, ils combattent les clichés et l’ostracisme dont ont tant souffert les exilés… 

...... Lectures complémentaires…...

ALGÉRIE, guerre d’Algérie. Livres JEUNESSE (et pouvant être lus par des adultes…) 

Douleurs d’exil.  « Le livre d’Étoile », et « Le Voyage de Mémé », de Gil Ben Aych, né à Tlemcen http://www.lacauselitteraire.fr/gil-ben-aych-de-tlemcen-a... 

Plusieurs ouvrages de Gil Ben Aych, sur la mémoire, l’exil, la culture : http://www.ecoledesloisirs.fr/auteur/gil-ben-aych 

Un livre de lui, aux éds Exils : http://www.editions-exils.fr/auteurs/gil-ben-aych 

Article sur l’enseignement de la philosophie, Le Parisien (et mention d’un ouvrage paru chez L’Harmattan, en 2006, « Du bonheur d’enseigner la philosophie » : http://www.leparisien.fr/val-de-marne/gil-ben-aych-un-pro... 

« Oran 62, la rupture », de Pierre Davy (auteur de récits historiques pour la jeunesse), né en France, mais ancien appelé en Algérie, d’où ce livre. BioBibliographie : http://www.histoiredenlire.com/auteurs/pierre-davy.php 

Présentation du livre, sur Ricochethttp://www.ricochet-jeunes.org/livres/livre/4485-oran-62-... 

« Quand ils avaient mon âge. Alger 1954-1962 », de Gilles Bonotaux et Hélène Lasserre, éd. Autrement Jeunesse : http://www.histoiredenlire.com/20e-siecle/avaient-age-alg...  et (brève note sur Ricochet) http://www.ricochet-jeunes.org/livres/livre/12485-quand-i...  

Le site du couple d’auteurs (nés en France, aussi, et traitant de sujets divers avec humanisme) http://bonotauxlasserre.monsite-orange.fr/index.html

De Jean-Paul Nozière. « Le Ville de Marseille ». Départ d’Algérie d’une famille : http://www.ricochet-jeunes.org/critiques/livre/35375-le-v...

Guy Jimenes, auteur de livres pour la jeunesse né à Oran (ne traite pas surtout de l’Algérie - sauf le livre sur Abd-El-Kader, mais de questions qui relèvent d’une sensibilité aux malheurs liés à l’Histoire : la douleur des hommes dans les conflits, le rejet, l’exclusion). 

Bio : http://www.guyjimenes.net/bio.php 

Bibliographie : http://www.guyjimenes.net/bibliodispo.php

Entretienhttp://www.ricochet-jeunes.org/entretiens/entretien/13-gu...

... BIBLIOGRAPHIE thématique, ALGÉRIE, guerre d’Algérie. Livres JEUNESSE, sélection de Ricochet... http://www.ricochet-jeunes.org/themes/theme/58-algerie

...Voir aussi, mémoire, Algérie… note, BD, un album et une bibliographie : http://tramesnomades.hautetfort.com/archive/2015/04/30/pe... 

14/02/2016

ILAN HALIMI, mémoire et hommage...

ilan halimi,juifs,antisémitisme,racisme,haine,clichés,barbarie,gang des barbares,torture,séquestration,assassinat,idéologie,hommages,humanisme,solidarité,mémoire,conscience,24 joursDix ans. Et, depuis, d‘autres agressions antisémites (doublées en un an d’après les dernières statistiques), et d’autres assassinats, des attentats, plus des constats inquiétants sur le maintien des clichés, la circulation de désinformations issues des théories du complot. La mémoire de ce drame atroce rend palpable la nécessité de lutter contre les idéologies de haine. Ci-dessous des articles pour vérifier nos informations, et d’autres pour y réfléchir…

« Ilan Halimi, dix ans après », Le Monde, 13-02-16 : http://bit.ly/1ozvrBM 

« Une blessure toujours à vif », Libération, 19-01-16 : http://bit.ly/20vX7n5 

ilan halimi,juifs,antisémitisme,racisme,haine,clichés,barbarie,gang des barbares,torture,séquestration,assassinat,idéologie,hommages,humanisme,solidarité,mémoire,conscience,24 jours« Le calvaire d’Ilan Halimi », L’Obs, 21-01-16 : http://bit.ly/1OIA0A6 

Paris XIIème, Le Parisien, « Vibrant hommage », 11-02-16 : http://bit.ly/1Tg7FWT 

Paris XIIème, reportage, Le Parisien, vidéo. « L’hommage à Ilan », avec des témoignages, 11-02-16 : http://bit.ly/243dufu 

Hommage, à Bagneux, le 13, ville où Ilan Halimi fut séquestré et torturé, victime de l’antisémitisme abject, des clichés sur les Juifs que le racisme diffuse, HuffingtonPost, 13-02-16 : http://huff.to/1TZXs1m 

 

 

 

DOSSIER sur wikipedia

L’affaire du gang des barbares : https://fr.wikipedia.org/wiki/Affaire_du_gang_des_barbares 

Et en anglais une note titrée Ilan Halimi : https://en.wikipedia.org/wiki/Ilan_Halimi 

Entretien avec Emilie Frèche, (co-auteur du livre sur le calvaire d'Ilam Halimi et co-scénariste du film sur ce drame), CCLJ : http://bit.ly/1XqRAxZ  

Un texte de Jean-Yves Camus, en 2006, CCLJ, « Antisémitisme sans idéologie ou banalité absolue du mal » : http://bit.ly/1R27CMr

Article, Le Figaro, 02-04-2009, sur le livre "24 jours", par Ruth Halimi et Émilie Frèchehttp://bit.ly/1i3wnZm 

Article de Causeur sur "24 jours", le film d'Alexandre Arcady  http://www.causeur.fr/arcady-ilan-halimi-27263.html

18/12/2015

POÈME POUR DIRE… SOUTIEN, suite. "Litanie pour juillet plusieurs fois, plusieurs fois tous les temps…"

mms_img-2007196497.jpg((SOMMAIRE : photographie (cristal des mots, éclair lucide…), dédicace, exergues, poème))

Dédicace. Aux victimes de la terreur, quelles que soient les formes, le lieu, et le moment. Refus, pour soi, pour eux. Résister c’est dire. Et particulièrement, dédicace offerte à Ahsraf Ayad, condamné en Arabie saoudite, à Mohammed Al Ajami, prisonnier au Qatar, à tous ceux qui souffrent, dans ces deux pays, de nos silences complices. Message, pour les êtres du 13-11-15 à Paris et hors de Paris, les morts et les vivants. Offert, ce poème, écrit d’abord dans la pensée d’autres drames, et repris encore et encore, à chaque blessure rappelée, en écho questionnant. Que faire des plaies du monde? Que faire des noirceurs qui nous tendent ce miroir effrayant de notre humanité?

.......... Et j’ajoute (25 février 2016), aux lignes antérieures, l’offre de cette dédicace à Kamel Daoud, grande plume algérienne, qui subit le lynchage de ceux qui se mettent du côté de la bêtise, par ignorance doublée d’hypocrisie idéologique, avec la complaisance d’esprits paresseux, ou de stratèges aveugles… (Voir les notes des 16 et 21 février, mises à jour depuis).

…………………..

Litanie pour juillet plusieurs fois, plusieurs fois tous les temps…

"Tout ce que nos yeux ont vu et que l’esprit ne parvient pas à comprendre."  Margherita Guidacci  (Inventaire du massacre / L’horloge de Bologne) 

"La vie additionne. La mort soustrait." Edmond Jabès  (Le petit livre de la subversion hors de soupçon) 

"J’atteste qu’il n’y a d’Être humain / que Celui qui combat sans relâche la Haine / en lui et autour de lui." Abdellatif Laâbi, 10 janvier 2015 (J’atteste / contre la barbarie) 

"Il y a de grandes flaques de sang sur le monde / où s’en va-t-il tout ce sang répandu." Jacques Prévert (Chanson dans le sang / Paroles)

………..

Aujourd’hui je ne me souviens pas. Je ne me souviens pas d’hier, seulement du plus lointain de la mémoire, d’une pluie de sable, d’une pluie d’instants. 

Nuages. Comme brouillard sur l’écran des yeux. Très douce la parole du passé, très douce.

Douce et violente de la violence des exils, douce de la déchirure des langues, douce du froissement du papier de soie autour du texte offert par l’étrangère, en cette intime voix du dedans.

Amnésie. Bouffée de rires sur fond d’horreur ultime.

Aujourd’hui on lapide une femme, aujourd’hui on lapide un couple. Je ne me souviens pas, je rampe. Dans le présent je rampe, et mange l’orchidée noire.

Aujourd’hui on jette un homme et son oeuvre au feu du mépris, au destin de mort. Poète, on a peur de l’éclair lucide de tes mots, peur des yeux et du corps vivant. On craint la contagion d’esprit, la source intime de pensée, l’invasion de multiples « je » libres. Consciences sans dieux, ou consciences mystiques, on a peur des braises du vent qui chante.

Litanie de dates, litanie de noms, oubliés de mars et juillet, oubliés de janvier et novembre. Oubliés d’avant et après mars et juillet. Massacres et génocides, bombes et pierres, fleuves obsédants d’octobre noir. Je ne me souviens pas, je rampe : bombes, couleurs d’artificiers, disparus.

Disparus, bouches hantées, tendresses ravagées, identités lacérées, juillet désert, été désert, automne sidéré, hiver brûlant d’effroi. Enfant aux yeux aveuglés.

Aujourd’hui on censure un livre, on déchire un poème, on interdit un film, on arrête un blogueur : je ne me souviens pas. Otages, je ne me souviens plus…

Je ne me souviens plus, je danse. Je danse sur des cadavres, je marche sur des charniers, j’habite des immondices mémoriels, je dors sur de la cendre. Et douce, douce, est la cendre.

Soleil je bois, en coulées d’averses. Non, je ne bois pas l’or, soleil, je cherche l’ombre qui brûle. Je la chante, sanglant oublieux, je la cherche.

Yeux mats, papier journal en terrasse d’ocre toit, ou fond de cour au figuier, oui. Je froisse la feuille des nouvelles, je déchire la photographie, j’oublie que je me souviens. Alors je ne me souviens pas.

Morte rive, amante desséchée, l’eau n’a pas le bleu qu’il faut, l’eau s’enfuit en abysse en faux bleu, en rigole.

Gargoulette fantasmatique, inutile de tendre les lèvres vers une image, ou de poser les paumes sur un souvenir de fraîcheur, la soif reste, et les mots, dans l’incandescence des mains. De ne pas savoir je me souviens.

Aujourd’hui on emprisonne encore une femme, pour crime de pensée, on fait de sa porte la clé d’une cellule, de sa fenêtre le miroir clos de leurs peurs. Et je ne me souviens pas, je danse, sur la cendre je danse, sur nos douleurs je danse.

Mystère des arbres : je pose la main, je pose les pieds, j’arrête le silence. Je ne sais. Ni le soldat enlevé, ni l’enfant assassiné, ni les rêves de joie, ni les gouttes de rosée sur la fleur du temps. Ni même les murs.

Non, je ne sais plus rien, je suis là, j’existe. Devoir de mémoire. Devoir de bonheur, je laisse la mort hanter le papier journal, le temps de ma récréation cosmique, de mes contemplations de galaxies, de mes tendresses.

Mais je me souviens du bruit, j’écoute les mots. Je me souviens de la voix, j’écoute le souffle, la musique. Violons de Rostropovitch et Menuhin contre les mirages des armes, luth de Raymond, tambour du chaman, voix du blues, danse soufie. Contre l’illusion kamikaze.

Je ne parle pas du sang : j’ai oublié le sang. Je ne parle pas des noms : cela j’ai oublié. Je ne parle que du reste : l’oubli même.

Oui, trace, poudre, silence du bois, silence de la pierre. Petits cailloux de quartz de Saint-Augustin : en lécher le goût, pacifier l’olivier, le parfum.

Sidi Yahia des frontières, oasis de quelqu’un d’autre, qui ne reconnaît que le nom et cherche pourtant des yeux les sages. De cela est-ce que je me souviens ? 

Naissance frontière, autre rive. Quelqu’un sait-il encore quelle rue ou quel chant ? 

Je ne me souviens pas des noms, je ne sais plus les rues. Aujourd’hui je perds cette langue.

Musicien perdu, de Thagaste en Ardenne, quels sons, quelles lettres ? Seulement un écho bruissant du vide, de ne pas savoir faire.

Clandestine migration, Grenade ne se souvient plus des noms, Alicante a perdu les visages, Valence tous les prénoms, Almeria les sons, Alger les tombes, Oujda le vent, Marseille l’accent, Montréal les adresses. Il n’y a que Paris, la mer, et l’olivier, qui sachent encore rejoindre les pas, faire soleil de l’ombre. 

L’acacia, peut-être, Camargue…

Je ne me souviens pas des pères et des mères, et je ne me souviens pas des enfants des pères et des mères. Juste des litanies de foules sur des routes vagues. Distraite de moi-même je ne sais plus les visages successifs enfouis derrière mes yeux, je ne sais plus la caresse du temps.

Je ne me souviens pas de ne faire que me souvenir. Devant une feuille et un crayon je me souviens de la trace malgré le soir, de la fatigue des ensommeillés, d’hypocrites menteurs qui déguisent mes pieds, de colères à écrire. Pour délivrer l’âme d’encombrantes lenteurs je me souviens de la rebelle solitude heureuse, d’un tapis où s’asseoir. Ici l’urgence de dire et la force du présent dans la douceur tiède des rues, des mains. Vers un ailleurs qui sait, lointain rivage.

Buscar. Buscar la luz. 

L’étrangère aussi, en soi sait peut-être… Elle.

© MC San Juan (Texte et photographie)

……………………………………………………………………………………………..........................................

30/07/2015

"Est-ce que cela a existé ?" Poésie et photographie...

POESIE.jpg

est-ce que cela a existé,livres,poésie,photographie,jacques andré,evelyne rogniat,chantal ravel,josé val del omar,regard,œil,mémoire,épreuveCe livre, créé à deux, ne pouvait que m’intriguer. Tant l’écriture que les photographies, et, bien sûr, l’association des deux. Les artistes provoquent un dialogue entre leurs deux cheminements, deux univers intérieurs, qui se rejoignent pour un questionnement similaire. Comme si chacune menait sa propre recherche et la retrouvait chez l’autre. Peut-être certaines photographies ont-elles été créées pour faire écho à des textes. Ou, inversement, peut-être certains textes ont-ils été écrits pour répondre au regard. Peu importe la chronologie, ce qui compte c’est l’accord subtil, par touches légères. Je ne vois pas, et je ne veux pas voir là, un souci d’illustration (cela je n’aimerais pas) : non, c’est une autre démarche, en résonance.

Avec quelques photographies d’Evelyne Rogniat je me sens particulièrement en affinité, avec certaines, surtout, celles d’ombres (non des autoportraits, mais ombres du concret, autres images jumelles). Décidément, « rétine collective » dit José Val del Omar… Les regards propulsent l’inconscient de tous qui fait se croiser nos représentations, chacun méditant pourtant avec son style et sa pensée. Photographies du trouble et du flou, aussi. Qu’y a-t-il donc à voir dans cette première photographie (p.5), très belle ? Ou dans celle de la page 23 ? Le mystère de « l’image inaccessible » dit le texte de Chantal Ravel page 22.

On ne sait pas très précisément quels sont « les trous de l’histoire » qui semblent hanter celle qui écrit : ceux d’une absence, d’une perte, un lointain familial, lointain d’enfance. Une incertaine mémoire, un doute sur la permanence d’images du passé dont il n’y a pas de traces (ces traces perdues ou jamais fixées, la photographie va les réinventer…). Doute sur la conscience de soi en marge de l’autre, présent-absent. Du passé qu’est-ce qui demeure ? Rien que de fugaces bribes. Au point de poser la question : « Est-ce que cela a existé ? », et de garder cela en titre...  L’interrogation est d’autant plus prégnante dans ce face-à-face avec les images. Et, en présence de l’exploration des mots, les photographies sont reçues autrement.

Cependant l’écriture et les images se suffiraient à elles-mêmes, fortes de leur langage propre, poèmes et regard, mots et lumière.

Quatre fois le titre « Epreuve » apparaît, plus pour annoncer un temps du livre que pour désigner un texte, et, trois fois, avec, dans le premier vers, « épuiser la mémoire », comme l’indication d’une volonté ou d’un espoir. Sauf pour « Epreuve 3 ». Mais là, on parle d’allègement, de mise à la lumière. « Epuiser la mémoire » ? En venir à bout, pour qu’il ne reste rien, qu’en soi un poids se libère… Tout remémorer, tout recommencer, tout vider. Pour piéger « les chimères » ?

« Epreuve », comme titre de pages de poésie : on entend « photographique ». Alors la poésie serait aussi cette saisie globale d’un instant, comme si le texte venait du regard et venait entier, non mot à mot, vers à vers. L’écrire serait l’inscrire sur la surface de la page, le fixer, complet, d’un coup, comme se dépose le noir et blanc sur une plaque, parce que c’est ainsi qu’il est venu à la conscience. Cette conception m’intéresse (suggérée, implicite, partiellement sue). Même si le mot « épreuve » ne veut pas en dire autant, c’est là. Et ainsi se rejoignent écrire et photographier à la source : regarder.

Mais « épreuve », la quatrième de couverture le suggère, et les pages le déroulent, cela doit se comprendre aussi comme expérience difficile, parcours douloureux en soi, pour quatre moments de dévoilement : « et le jour nous garderait des ombres » (p.14).

Les ombres sont-elles du passé ou du présent quand on écrit sur le passé, l’enfance « lieu de l’éternité » (p. 18), mais contre le temps, qui existe, dit-elle, dans et par ce qui suit. Mais, paradoxe, « épuiser la mémoire » serait « …chasser l’obscur / dans le crépitement d’un feu qui nous délivrerait de l’enfance, / ce pays de soi où l’on ne reviendra pas. » 

Un des êtres de l’enfance est le centre des questions, archétype du souvenir, d’une sorte de chagrin pour ce qui est croisé des êtres dans nos vies, à peine croisé un moment, et perdu, parce que c’est normal que les individus se croisent et errent, chacun son chemin… C’est le cours du temps : les gens sont là, dans l’enfance, comme éternellement là alors, puis s’effacent, vivent, sont oubliés, et meurent… « Epreuves » donc, de le vivre, de s’en souvenir, de le dire… Et soi-même, aussi, on a été croisé et perdu. En miroir cela aussi est dit, frotté sur « une pierre de silence » (p.21).

MC San Juan

Page éditeur, Jacques André : http://www.jacques-andre-editeur.eu/web/ouvrage/271/+Est-ce+que+cela+a+exist%C3%A9+%3F.html

27/05/2015

Andalousie ? Non : Andalousies...

Blas Infante.gifANDALOUSIE.jpgAl-Andalus.gif

Ancestrale Andalousie à l’histoire complexe, aux récits parfois contraires. Et même si la réalité est  recouverte en partie par une mythologie idéale, il reste des mémoires transmises, qui touchent à un mystère identitaire. Ce qui est passé, de génération en génération, c’est un goût musical commun à plusieurs rives, les mêmes chants, un tissage de langues, une esthétique visuelle, architecturale notamment, qui transcende les frontières. Et des visages qui se ressemblent, car les gènes, au cours des siècles, ont circulé... Emprunts biologiques nés d’amours frontières. Andalousies, dit Jacques Berque, car ce pluriel donne une direction à la fraternité que les êtres humains, malgré tout, cherchent. L’Andalousie a ceci de particulier, qu’elle reste, plus qu’une région, une patrie intérieure des exilés, longtemps après qu’ils aient raconté leurs migrations, ou leur fuite, longtemps après, chez leurs descendants. Elle se fait centre diasporique, repère. Et quand on entend chanter Marlène Samoun, pour des chants sépharades en plusieurs langues, ou qu’on entend le violon ou la voix de Rachid Brahim-Djelloul, on part dans un voyage intime, on pénètre dans les douleurs et les joies de milliers de noms (avec les nôtres peut-être), dans un passé lointain, et dans le présent si proche qu’il suffit de quelques mots en espagnol ou de quelques heures en train, pour traverser le temps... Elle est peut-être, notre Andalousie métisse, la patrie intérieure de tous les humanistes, de tous ceux qui refusent les entraves de la haine, les pièges des barrières.

Il y a aussi, dans la souterraine identité andalouse (et espagnole), la conscience marrane. Ce mot peut se lire comme une injure faite aux conversos (porcs, pour ne pas vouloir en manger), ou trouver dans l'hébreu le sens de consciences forcées (à la conversion). Car des 5% de Juifs, seuls 12% partirent. C'est ainsi que certains donnèrent des saints chrétiens, authentiques mystiques ne sachant plus leur identité religieuse familiale (car leurs parents les protégeaient en ne la leur disant pas...). Et c'est ainsi que l'Espagne andalouse s'interrogea beaucoup, après le franquisme, sur les interférences cachées de ses visages culturels et spirituels...

On peut aller plus loin dans les questions, et sentir, encore plus, le ridicule des enfermements identitaires. Zev ben Shimon Halevi (Warren Kenton), kabbaliste anglais fascinant, écrivit un roman initiatique sur l'Andalousie des mystiques, "L'Envoyé de l'Esprit", publié d'abord en anglais à Londres et à New York, puis en français en 1991. Rencontres de destins, groupes hétérogènes qui s'enseignent. Talmud, kabbale et soufisme qui se frôlent et s'interpénètrent, familles qui se croisent... Chrétiens récents aux antécédents juifs "ou" musulmans, et même juifs "et" musulmans. Cela commence par "un matin glacé du printemps de 1491". Cela finit sur une scène de mort et son contraire. On parle de "l'envoyé de ce temps". (Non le Messie final des uns ou des autres, mais le "Katub", un esprit ordinaire en apparence - singulier ou pluriel - qui supporte le monde par son feu intérieur... Que les êtres ne reconnaissent pas, ou reconnaissent, et qui meurt, comme tous, suivi par un autre.) Il y a Rachel et Avraham, Hakim et Mora, à la fin, page 239. Rachel... "Mon père était juif et ma mère maure, avant que nous devenions chrétiens.", avait-elle dit, page 100... 

Encore plus loin? Si on parle à un taoïste ou un mystique tibétain, il dira que, sans doute, dans d'autres vies que parcourut notre âme, nous avons, nous, parcouru plus que des vies. En voyageur d'identité... Juif une vie, musulman une autre, chrétien la suivante, athée cérébral une autre fois, ou avant. Agnostique, souvent, en recherche de lucidité. Méditant parfois, et sage, peut-être, ou fou. En tout cas ennemi de soi-même dans les vies d'intégrisme, d'inquisition, de fermeture communautaire, tuant son miroir ou son frère. Mais il dira aussi qu'au bout du bout du temps (qui n'est pas ce que l'on croit) on finit par prendre conscience de ce que sont les mirages de nos rivages intérieurs, et par se voir soi-même dans l'autre, sage ou fou. Car notre réalité est une mise en abyme...    

« J’appelle à des Andalousies toujours recommencées, dont nous portons en nous à la fois les décombres amoncelés et l’inlassable espérance. » Jacques Berque, né en Algérie, leçon de clôture prononcée au Collège de France, en juin 1981.

............................

LECTURES....

"El Ideal Andaluz", de Blas Infante, Sevilla, Arévalo, 1915. Réédition, Sevilla. Junta de Andalucía, 2010, centrodeestudiosandaluces.es : http://bit.ly/1KyxuOQ

"Identité andalouse", de Gabriel Martinez-Gros, Actes sud, 1997 : http://bit.ly/1AwVsqe

"Al-Andalus, 711-1492", de Pierre Guichard, Hachette/Pluriel. Sur le site Bibliomonde : http://www.bibliomonde.com/livre/andalus-711-1492-1814.html

 "Construction des identités", l’exemple de l’Andalousie. Recherche d’Ébane  Mexcin, Montpellier : http://bit.ly/1EwiBEi

.......................

Sites...

L’Andalousie par elle-même, "Así es Andalucía", andalucia.org : http://bit.ly/1RmaP9r

Fiche wikipedia (liens, dont portails): http://fr.wikipedia.org/wiki/Andalousie

.......................

Notes antérieures...

J’ai fait une mise à jour dans une note du 07-03-11, en constatant un manque étonnant (note qui était suivie d’une autre page, le 11). Multiples liens, livres et musique, sites dédiés, aussi : http://tramesnomades.hautetfort.com/archive/2011/03/07/andalousies.html

Autre note, complémentaire, le 11-03-11 : http://bit.ly/1GC3dfO

30/04/2015

« Petit-fils d’Algérie », BD, avril 2015

BD Petit-fils d'Algérie.jpg

 

 

 

 

Album de Joël Alessandra (scénario, dessin, couleurs), éd. Casterman, coll. Univers d’auteurs.

 

 

 

 

 

 

 

Critique, par David Taugis, sur actuabd.com. Intéressante, parce qu’elle met l’accent, dans l’origine de cette famille, dont l’histoire est donc comptée par le « petit-fils », dessinateur bédéiste,  sur le premier exil de ces Italiens. Immigrés : Français... après.

...Rappel important du fait migratoire dans la constitution de ce « peuple » de Pieds-Noirs, communauté majoritairement issue de l’immigration méditerranéenne. (Et qu’on a tendance à transformer en  « colons » venus de France, à les assimiler à eux, ou aux descendants des soldats colonisateurs... Non. Ils n’étaient même pas des Français, alors, eux. Ensuite, ils ont eu le tort de se laisser piéger par un mélange entre l’ancrage algérien - l’amour de cette terre - et la construction mensongère - élaborée par le pouvoir français, sa propagande - d’une identité qui devait se confondre avec l’acceptation d’un statut et d’une citoyenneté inégalitaires. Tous n’étaient pas dupes, mais beaucoup, car un système dans lequel on baigne nous imprègne. Et que la population, en France métropolitaine, globalement, l’appuyait). Citations : « Découverte poignante de Constantine par ce fils de Pieds-noirs italiens qu’est Joël Alessandra. Où il reconstruit son passé autant que des morceaux d’histoire d’Algérie. » (...) « Il se penche non seulement sur l’histoire de tous les Pieds-noirs, mais aussi sur l’évolution de l’Algérie, sa mémoire, ses blessures dues aux années terribles des attentats durant les années 1990. » / « Dans ’Petit-fils d’Algérie’, le sentiment de réconciliation et d’apaisement nous ramène au ‘Portugal’de Pedrosa. Une porte à nouveau ouverte vers le passé, et un chemin de mémoire éclairé pour les générations suivantes. ».

....Oui, il fallait insister aussi sur cet aspect : « réconciliation et apaisement ». Les générations qui suivent les temps des conflits et des violences peuvent avoir, réciproquement, un regard qui se défait des ombres et des peurs, mais garde les proximités. Dans la guerre d’Algérie (guerre d’indépendance), il y avait, d’une part, un peuple qui voulait ne plus dépendre d’une identité captive et se libérer de ce joug, et, d’autre part, un pouvoir colonisateur, avec son armée et ses fantasmes de puissance, en France métropolitaine. Au milieu, les Pieds-Noirs qui n’étaient ni l’un ni l’autre (mais dont certains choisirent d’être acteurs de cette libération nationale, et d’autres de tout faire pour ne pas perdre ce qu’ils considéraient comme leur patrie, mais française, notamment en se faisant manipuler par des stratèges suicidaires, cf. oas métro – comme on dit). Il est temps de mettre de côté les jugements (sur les uns et les autres) et de prendre en compte, surtout, ce sentiment, non-dit, pour des Pieds-Noirs, de se retrouver dans l’horreur d’une sorte de guerre civile. On voit mourir les uns et les autres, voisins et lointains (au sens littéral et au sens métaphorique). Exil sur exil : il y a de quoi perdre le sens des racines, et de quoi, chez ceux qui suivent, de tenter de le retrouver. ...Quand on lit cet album, on sait qu’on peut remplacer « Italiens » par « Espagnols », « Maltais », « Gitans », « Arméniens », etc. et repérer les mêmes schémas. Ainsi les BD des fils et petit-fils de Pieds-Noirs tiendront le rôle d’une salle de Musée de l’immigration... ! (Inexistante... elle). Migrations, errances... exils. Est-ce drame ou chance ? Un sens est à déchiffrer, à mon avis. Le résultat, aussi : métissage d’âme, qui peut ouvrir - et ouvre - les lignées à une acceptation de l’Autre, au goût des langues, au refus du racisme. Terrien, n’est-ce pas suffisant ? (Remarque récente d’un Pieds- Noirs arrivé en France très jeune adolescent – je mets PN avec ‘s’ car on a deux pieds, même si on est ‘un’). Lire l’article intégral de David Taugis, actuabd.com: http://www.actuabd.com/Petit-fils-d-Algerie-Par-Joel 

...........................

Critique sur 9èmeart.fr. Par Alfro ... Moins bonne  critique, car partiale, et peu cohérente. Bizarrement, déjà, le site (dédié à la BD...) reproche à l’auteur son expression par la... BD (car, dit l’auteur de la page, c’est ainsi moins convaincant qu’un reportage... !). Ce qui est ignorer tout le courant de la BD qui crée en ayant comme supports des autobiographies, biographies, enquêtes, reportages,  voyages, récits historiques. Ensuite, le parti pris est flagrant. Alfro (pseudo…) sur 9emart.fr, donc, continue en exprimant son malaise. Comme le retour de ce petit-fils de Pieds-Noirs se fait dans l’harmonie, que ce qu’il apprend de la vie de sa famille en Algérie ne peut être que créateur de lien (au singulier, sens fort) avec les Algériens qu’il rencontre, la ville, la mémoire familiale, un ancrage dans cette part de son identité hérité. Comment... ???!!! Des Pieds-Noirs qui ne correspondent pas aux clichés construits par la métropole, une parole paisible avec les Algériens, du dialogue ??? Non, Alfro ne supporte pas ça. Donc il déclare que c’est « bâtard » comme point de vue. Il soupçonne de « l’angélisation », trouve que la violence de l’OAS et du FLN n’est pas assez présente... Sauf que l’auteur n’est pas venu pour ressasser la guerre et se vautrer dans les émotions négatives : il est venu (par accident au départ, une invitation qui se transforme) avec l’intention de profiter de ce voyage pour faire un pont entre lui et ceux dont il descend, un pont entre celui qui méconnaissait sa part algérienne et cette part enfouie, un pont entre lui et les êtres de l’Algérie vivante actuelle. Pour comprendre d’où il vient en partie. C’est juste... ce qu’il fallait faire. Et tant mieux si c’est de la BD. Cela complète une « collection » d’œuvres qui finissent par réaliser un portrait nuancé d’une communauté. (Les Pieds-Noirs et leur « algérianité » complexe, triste et joyeuse à la fois : triste par l’exil, joyeuse par la conscience d’une culture qui ne peut se perdre complètement, car elle se glisse dans les interstices de la mémoire transmise, même insuffisamment.  Et que, si la métropole a tendance à la jeter aux orties, cette mémoire, il y a aussi, justement, des consciences qui portent un autre regard, comme des éditeurs de BD...  Et il y a, c’est essentiel, une proximité avec les natifs de l’autre rive, par cette algérianité commune que même les descendants retrouvent quand ils franchissent la mer, ou sans la franchir encore, dans leurs rencontres d’autres exilés, sur cette rive.).   Ce texte critique décevant, par ces deux faiblesses importantes, donc, est à lire ici (il a quand même le mérite d’en parler, ce qui est déjà beaucoup). LIEN, 9emeart.fr : http://www.9emeart.fr/post/critique/franco-belge/petit-fils-d-algerie-la-critique-3882

Autres BD,  même thématique 

Jacques Ferrandez (particulièrement « Fils du Sud » dans « Carnets d’Orient ») et « L’Hôte » puis « L’Etranger » de Camus (voir TAGS à son nom, pour notes) : http://www.bedetheque.com/auteur-877-BD-Ferrandez-Jacques... 

« L’Algérie c’est beau comme l’Amérique », d’Olivia Burton et Mahi Grand http://steinkis.com/l-alg-eacute-rie-c-est-beau-comme-l-a... 

« Là-bas », de Tronchet-Sibran, éd Dupuis  http://www.dupuis.com/la-bas/bd/la-bas-la-bas/2870 

« Le chat du rabbin », de Joann Sfar https://fr.wikipedia.org/wiki/Le_Chat_du_rabbin

« Pierrot de Bab El Oued », éd Limage, Alger, de Sid Ali Melouah. Bio sur ActuaBD http://www.actuabd.com/Deces-du-dessinateur-algerien-Sid-... 

Hommage sur Femmes en action (forum). Sid Ali Melouah : http://femmesenaction.forumactif.fr/t644-deces-du-dessina...

Zoom sur la BD algérienne, sur ToutenBD, 2004 : http://www.toutenbd.com/dossiers/article/zoom-sur-la-bd-a...  

La BD algérienne à travers une expo (avril 2016) : http://www.lecourrierdelatlas.com/1115006042016-Caractere... 

...... BIBLIOGRAPHIE thématique, ALGÉRIE, guerre d’Algérie. Sélection de BD... http://www.bdfugue.com/bd/selections/independance-algerie

...... Voir aussi… Algérie, guerre d’Algérie, mémoire, livres Jeunesse… note. Un livre, et une bibliographie : http://tramesnomades.hautetfort.com/archive/2016/02/29/un...

31/01/2015

« Libérons Internet du Négationnisme ! ». Pétition

PRIMO LEVI HOMME.jpgSHOAH 2.jpgRobert Antelme ESPECE.png

internet,toile,web,sites,blogs,forums,vidéos,réseaux,réseaux sociaux,histoire,mémoire,négationnisme,complotisme,manipulation,racisme,violence,citations,poésie,primo levi,paul celan,charlotte delbo,pétitions,u.e.j.f.,u.d.a.,shoah,antisémitisme,génocide,extermination,juifs,roms,tziganes,auschwitz-birkenau,auschwitz,camps,déportés,rescapés,boris cyrulnik,diffusion,o.n.u.[ SOMMAIRE de cette page : exergues (citations de Primo Levi, Paul Celan et Charlotte Delbo) / réflexion (analyse personnelle introductive et rappel de deux notes sur ce sujet) / PETITION : titre, lien, associations à l’initiative de cette action (UEJF, UDA), TEXTE, premiers signataires (dont rescapés d’Auschwitz-Birkenau), organisations signataires]  

 

« N'oubliez pas que cela fut, / Non, ne l'oubliez pas »

Primo Levi

Poème en exergue à « Si c’est un homme », Pocket éd.

.......

« Vint, vint. / Vint une parole, vint » (...) « Cendre. / Cendre, cendre. / Nuit. »

Paul Celan

Grille de parole, Christian Bourgois éditeur

.......

 « Saviez-vous que la souffrance n’a pas de limite / l’horreur pas de frontière / Le saviez-vous/  Vous qui savez. »

Charlotte Delbo, « Aucun de nous ne reviendra », Eds. de Minuit

 .........................................................................................................................................................

Il suffit de faire des recherches sur Internet pour tomber par hasard sur des blogs négationnistes, des pages négationnistes sur des sites qui n’ont rien à voir avec l’Histoire, des rumeurs sur des forums, du complotisme dans des commentaires de vidéos ou d’articles, du mensonge et du mensonge... Donc, oui, il est nécessaire de lutter, tous, contre cela : la Toile ne doit pas être le domaine de la propagande négationniste et haineuse. A nous, d’abord, d’occuper l’espace avec des pages conformes aux exigences du respect de la réalité, des pages pour une éthique de la pensée et de la transmission. Culture,  connaissance, contre l’ignorance et la mauvaise foi de blogueurs ou d’idéologues (encartés ou pas). A nous de dialoguer, aussi, avec les expéditeurs de messages qui (sans que ces internautes s’en rendent forcément compte) contiennent des éléments associés à ces idéologies problématiques. Répondre par l’information. A nous de signaler (LICRA, ACAT, PHAROS, etc.) les contenus illicites.  

Prises de conscience et réactions. Mais ce n’est pas juste une gentille intention. C’est un engagement : être attentif, savoir repérer les clés, les codes, les réseaux. Chercher qui est qui. (Un discours anodin – page, vidéo - peut être un masque : c’est un ensemble de signes qui révèle comment situer un positionnement et son éventuelle dangerosité). Il y a ce qui sera évident pour tout le monde, et le reste, plus dur à déceler. Boris Cyrulnik l’a dit récemment en parlant des attentats (et c’est lié) : il faut « s’armer intellectuellement ».  [Sur ce sujet, complotisme et négationnisme, voir, notamment, note précédente, 30-01-15 (« Négationnisme contre mémoire et Histoire de l’Holocauste »)  et note du 26-01-15 (« Complotisme chrétien, dans le lit général d’une bêtise sans innocence »)]... [Mise à jour 02-02-15... Vigilance d'autant plus nécessaire que les nazis ont encore une présence dans des chaînes de liens qui impliquent des réseaux divers, des pays divers. Lire, article du Monde du 02-02-15, par Géraldine Schwarz. Titre papier : "Les nazis ne meurent jamais", titre web "Enquête sur la seconde vie des nazis" : http://www.lemonde.fr/international/article/2015/02/01/enquete-sur-la-seconde-vie-des-nazis_4567656_3210.html ]

......................................................................................................................................................

Libérons Internet du Négationnisme !

PETITION UEJF et UDA (avec d'autres associations).

POUR SIGNER : http://freetheinternetfromdenial.wesign.it/fr

(Pétition publiée dans Libération du 27-01-15 / Page Rebonds, sous le titre de la pétition, en Tribune).

........

« Aujourd'hui, qui recherche des informations sur la Shoah via les grandes plateformes d'échange et de diffusion en ligne tombe immanquablement sur des discours qui cherchent à prouver que la Shoah n’aurait pas existé. De nombreuses vidéos figurant parmi les premiers résultats de la recherche mobilisent des arguments pseudo-scientifiques afin de démontrer que l’extermination des Juifs et des Roms en Europe ne fut pas ce que l’on prétend dans les livres d’histoire. 

Avant les négationnistes d’aujourd’hui, les nazis eux-mêmes ont cherché à effacer toute trace du génocide afin d’oblitérer leur crime. Aujourd’hui, le négationnisme est un délit dans un grand nombre de pays, et aux yeux de l’Organisation des Nations-Unies depuis 2007.

Alors qu’Internet est devenue la source d’information essentielle pour les nouvelles générations, la diffusion du négationnisme contribue à la banalisation du racisme et de l’antisémitisme dans notre société, augmente l’indifférence et provoque des passages à l’acte violents. Les réseaux sociaux se sont donnés les moyens de bannir le fléau des contenus pédo-pornographiques, et d’interdire les incitations à la haine. 

Aujourd’hui, nous demandons aux grands réseaux sociaux de prendre leurs responsabilités et d’interdire les contenus négationnistes dans leurs conditions d'utilisation.

Nous, survivants de la Shoah, refusons qu’au 70ème anniversaire de notre libération du camp d’Auschwitz-Birkenau, les outils de la modernité soient laissés à ceux qui veulent détruire notre monde de valeurs.

Nous, étudiants, dernière génération à connaître des rescapés, refusons que les réseaux sociaux que nous utilisons au quotidien abondent de contenus et vidéos négationnistes.

Nous, dirigeants d’associations engagées dans la lutte contre le racisme et l’antisémitisme, refusons d’abandonner la liberté pour laquelle nous combattons à ceux qui en font un alibi de la haine.

Nous, citoyens, refusons qu’Internet légitime la violence et la manipulation.

La vérité de l'histoire a besoin que chaque citoyen responsable s'engage pour veiller sur elle. Il est déjà plus que temps que tous les hommes de bonne volonté, de toutes les nations, simple utilisateur, architecte ou investisseur d'Internet, s'impliquent pour la défense de la vérité. Car si Internet est notre bien commun, il dépend de chacun de nous que la vérité y triomphe du mensonge. »

.....

Premiers signataires :

A l'initiative de l'Union des Etudiants Juifs de France [UEJF] et de l'Union des Déportés d'Auschwitz [UDA]

Raphaël Esraïl, Président de l’Union des Déportés d’Auschwitz

Sacha Reingewirtz, Président de l’Union des Etudiants Juifs de France

Benjamin Orenstein, Président de l’Amicale des Déportés d’Auschwitz du Rhône

Elie Buzyn, rescapé d’Auschwitz-Birkenau

Alberto Israel,  rescapé d’Auschwitz-Birkenau

David Schulhof, rescapé d’Auschwitz-Birkenau

Zesia Laskier, rescapé d’Auschwitz-Birkenau

Alfred Szalawecz, rescapé d’Auschwitz-Birkenau

Claude Bloch, rescapé d’Auschwitz-Birkenau

Sam Rupkowski, rescapé d’Auschwitz-Birkenau

Jeannette Deplace, rescapée d’Auschwitz-Birkenau

Julien Godet, rescapé d’Auschwitz-Birkenau

Yvette Levy, rescapée d’Auschwitz-Birkenau

Nicolas Roth, rescapé d’Auschwitz-Birkenau

David Brin, rescapé d’Auschwitz-Birkenau

.......

Organisations signataires :

William Martinet, Président de l’UNEF

Alexandre Leroy, Président de la FAGE

Olivier Vial, Président de l’UNI

Andi Gergely, Chairperson of the World Union of Jewish Students

Jane Braden-Golay, Président de l'EUJS (European Union of Jewish Students)

Gilles Clavreul, Préfet, Délégué Interministériel à la Lutte Contre le Racisme et l’Antisémitisme

Dominique Sopo, Président de SOS RACISME

Benjamin Abtan, Président de l’EGAM (European Grassroots Antiracist Movement)

Alain Jakubowicz, Président de la LICRA

David Harris, Directeur de l’American Jewish Committee

Simone Rodan-Benzaquen, Directrice de l'American Jewish Committee en France

Richard Odier, Directeur du Centre Simon Wiesenthal France

Seta Papazian, Présidente du Collectif V.A.N. (Vigilance Arménienne contre le Négationnisme)

Marcel Kabanda, Président d’Ibuka-France (pour la mémoire du génocide des Tutsi au Rwanda)

Alain Daumas, Président de l’U.F.A.T. (Union Française des Associations Tsiganes)

Souâd belhaddad, Présidente de Citoyenneté Possible

François Durpaire, historien

Philippe Coen, président de l'Initiative de Prévention de la Haine - Respect Zone

30/01/2015

NEGATIONNISME CONTRE MEMOIRE ET HISTOIRE DE L’HOLOCAUSTE

 

Nuit et brouillard.jpgLa DOULEUR.png

histoire,mémoire,négationnisme,complotisme,shoah,holocauste,génocide,porajmos,samudaripen,extermination,antisémitisme,camps,déportés,juifs,tziganes,roms,27 janvier,27-01-45,auschwitz-birkenau,auschwitz,commémoration,o.n.u.,onu,souvenir,éthique,éthique du souvenir,devoir,devoir de mémoire,oubli,temps,mort,hérodote,histo-quiz,liens,web,livres,citations,poésie,films,duras,resnais,rosenberg,romanès,ben jelloun,hubert,laurent,delbo,margalithistoire,mémoire,négationnisme,complotisme,shoah,holocauste,génocide,porajmos,samudaripen,extermination,antisémitisme,camps,déportés,juifs,tziganes,roms,27 janvier,27-01-45,auschwitz-birkenau,auschwitz,commémoration,o.n.u.,onu,souvenir,éthique,éthique du souvenir,devoir,devoir de mémoire,oubli,temps,mort,hérodote,histo-quiz,liens,web,livres,citations,poésie,films,duras,resnais,rosenberg,romanès,ben jelloun,hubert,laurent,delbo,margalithistoire,mémoire,négationnisme,complotisme,shoah,holocauste,génocide,porajmos,samudaripen,extermination,antisémitisme,camps,déportés,juifs,tziganes,roms,27 janvier,27-01-45,auschwitz-birkenau,auschwitz,commémoration,o.n.u.,onu,éthique,devoir de mémoire,oubli,temps,mort,hérodote,histo-quiz,liens,web,livres,citations,poésie,films,duras,resnais,rosenberg,romanès,ben jelloun,hubert,laurent,delbo,margalit,borlant,wieviorka,loridan-ivens,livesalles,hacquemand[Sommaire de la page : exergues (CITATIONS de Monique Rosenberg, du chant tzigane sur le génocide, de Tahar Ben Jelloun et Marceline Loridan-Ivens) / réflexion : mémoire, négationnisme, complotisme (ma perception, mon analyse, mon questionnement) / liste de liens : sources documentaires, dont livres (plusieurs) et films (26 titres) / + 2 documents (références, liens et CITATIONS) : le communiqué de l’ONU sur la commémoration du 27 janvier et une tribune d’Avishai Margalit (philosophe, universitaire à Jérusalem) sur l’éthique du souvenir (mémoire, politique de la mémoire, éthique du souvenir, devoir de mémoire, et devoir d’oubli /?/)]

 « Nous sommes de petites haches / à fendre l’immensité / d’avant notre naissance, / d’après notre mort. / Et nous dirons de chaque vie / qu’elle est un pore de l’éternité. »

Monique Rosenberg

Le sucre de mes pas, Jacques André éditeur

« Une étoile triste dans les cieux. / Ils sont venus me chercher dans ma propre maison. / Ils m’ont pris et emmené au camp, / Où ils m’ont brûlé jusqu’aux cendres. »

Chant populaire en romanès des Roms du Burgenland : http://www.romasintigenocide.eu/fr/home/e-les-survivants/e9-identite-d2019apres-guerre

« Que faire contre l’oubli / Quand les pierres s’effritent et perdent leurs syllabes. »

Tahar Ben jelloun

Les pierres du temps, recueil, éd. Points Seuil/Poésie

"Et tu n'es pas revenu". PHRASE-TITRE, de Marceline Loridan-Ivens : http://grasset.fr/et-tu-nes-pas-revenu-9782246853916

...........................................................................................................................................

Communiqué de presse, ONU (Choix de la date du 27 janvier, anniversaire de la libération d'Auschwitz, le 27-01-1945): « LE 27 JANVIER SERA DÉSORMAIS JOURNÉE INTERNATIONALE DE COMMÉMORATION EN MÉMOIRE DES VICTIMES DE L’HOLOCAUSTE,  DÉCIDE L’ASSEMBLÉE GÉNÉRALE ». 42ème séance plénière, 01-11-2005 : http://www.un.org/press/fr/2005/AG10413.doc.htm :

.......................................................................................................................................................

HOLOCAUSTE, SHOAH, PORAJMOS/SAMUDARIPEN... GENOCIDE...  extermination...

Mémoire...

Sur le site du Mémorial de la Shoah l’accent est mis sur le mot SHOAH ("catastrophe"), qui dit en hébreu l’extermination des Juifs, centrale : plus de 6 millions de Juifs exterminés de manière systématique. Les Tziganes ont eux aussi des termes pour désigner leur génocide (car c’en est un : ½ million de Tziganes exterminés, ce qui, proportionnellement à leur nombre en Europe, est une destruction considérable). Meurtre collectif : "Porajmos", "Samudaripen". Dans la décision de l’ONU, le terme « HOLOCAUSTE » réunit toutes les victimes de cette entreprise de suppression  de la surface de la terre des peuples qu’on veut faire disparaître (Juifs, d’abord – obsession nazie, Tziganes, et groupes ethniques, ainsi les Noirs). Mais aussi  des êtres qui vivent leur humanité (leur sexualité) d’une manière que les nazis refusent de faire entrer dans l’humain : les homosexuels (le Triangle rose). Et les handicapés, êtres inenvisageables dans ce délire de pureté aryenne où les accidents de la nature et la fragilité humaine ne peuvent pas être pensés. Toutes les victimes de ce moment historique particulier de volonté génocidaire programmée et industrialisée. Et uniquement de ce moment singulier, car il est tel qu’il représente le summum de ce qui peut être conçu et mis en œuvre pour détruire l’humain. Et détruit justement l’humain.

Déshumanisation de nous tous, y compris maintenant, si nous ne gardons pas mémoire pour tenter de comprendre comment on peut arriver à créer une « industrie » du génocide. Tragédie historique unique, qui défie la pensée. Qu’il y ait eu, avant et depuis, d’autres génocides, et des massacres, n’enlève pas la singularité de ce moment de l’Histoire européenne. Pour penser le Cambodge, par exemple, nous avons besoin de penser l’Holocauste (Holocauste /Shoah/ Porajmos..).  Mort de tous. Et  ici, maintenant. De même pour penser le terrorisme. De quelle part de l’homme vient la capacité d’être décideur de génocide, acteur actif de génocide, acteur passif (simple exécutant qui ne résiste pas à l’innommable et obéit aux ordres de meurtre ou de torture), témoin indifférent (ceux qui voyaient leurs voisins juifs être emmenés, ou disparaître – Rafle du Vel D’Hiv, ceux qui passaient sans s’émouvoir au bord de camps, comme celui de Drancy près de Paris, ceux qui, même, trouvaient normal que les Juifs doivent porter l’étoile jaune). Dans quel tréfonds des êtres, de notre être, demeure ce pouvoir de haine, de mort, de destruction de tout sens ?

.....................

Le communiqué de l’ONU insiste sur le fait que le texte de l’Assemblée rejette « tout déni de l’Holocauste », « que ce déni soit total ou partiel ». Le négationnisme est désigné clairement. En 2005. En 2015, avec le développement d’Internet il envahit des sphères culturelles (de sous-culture...) plus vastes, de manière plus pernicieuse, car donnant à lire facilement une contre-Histoire dont le mensonge peut prendre dans ses filets des cerveaux divers.

Il sort, ce négationnisme, de l’univers  de l’extrême droite proche des néonazis (et il parle fort). Il  fait signer des pétitions de soutien à Faurisson (sous prétexte de liberté d’expression), pour s’adjoindre diverses sortes de mouvances idéologiques antisémites. Qui sont :

 L’islamisme, instrumentalisation politique de l’islam, jusqu’au djihadisme. Négationnisme, ici, qui légitime les voies meurtrières, et que l’actualité révèle tragiquement.

Une ultragauche radicale (écologiste parfois), sous prétexte du soutien aux Palestiniens : le soutien devenant haine, la critique du gouvernement israélien (qui serait acceptable, légitime - comme pour tout gouvernement, tout pouvoir, tout parti ou courant idéologique - mais dans un tout autre cadre éthique...)... devenant déni du droit d’Israël à exister, rejet élargi à tout un peuple, puis à tous les Juifs (mais la chronologie peut être inverse...). Par haine on devient négationniste, pour ne pas avoir à reconnaître une singularité qui nécessite de passer sur le terrain du questionnement ontologique, loin des slogans.

L’intégrisme catholique (qui retrouve l’impensé de ses aversions ancestrales : jusqu’au désir de meurtre). Voir la note du 26-01-15 ("Complotisme chrétien" : catholique intégriste, précisément...).

Un espace sous-culturel confus, sans frontières définies, celui d’un certain ésotérisme. Où l’apparent désir de comprendre le monde, le goût des significations souterraines du réel, la curiosité pour une démarche interprétative des symboles, finit par rejoindre (à force de mauvaises questions sur les signes, sans repères conceptuels) l’univers du complotisme. (Et comme celui-ci est associé au négationnisme historique, de glissement en glissement cet ésotérisme flou peut être capté par l’ésotérisme d’extrême droite, politiquement assumé).

Refus, dans tous les cas, de ce que le judaïsme interroge dans le monde, depuis, à la source, la pensée du monothéisme, qui écarte les dieux pluriels et les idoles, et remplace les jeux de miroir des récits antérieurs par la pensée d’une transcendance, et, en ce sens, est fondateur des religions qui suivent, et de la culture issue du monde méditerranéen. Culture qui a essaimé dans le monde entier sous les formes diverses du christianisme et de l’islam (ou leurs marges culturelles), et dialogue avec les mythes grecs. Refus de la source (car penser ainsi la source de ce qu’on est interroge qui on est). Refus du commentaire infini dont le judaïsme authentique fait une constante philosophique et éthique. Car cet infini de la pensée, de la lecture, ne peut coïncider avec les raccourcis des certitudes.

Refus de voir la réalité du génocide des Tziganes, aussi,  quand actuellement on met les Roms dans une marge en stigmatisant, excluant, et en globalisant le réel. Peuple nié, génocide nié.

.......................................................................................................................................................

POUR MEMOIRE... POUR SAVOIR. GUERRE, CAMPS, GENOCIDE :  

« SHOAH, l'histoire contre les fanatismes ». Editorial, Le Monde, 28-01-15 : http://www.lemonde.fr/idees/article/2015/01/27/shoah-l-histoire-contre-les-fanatismes_4564244_3232.html (["(Pour ne pas) nier la singularité absolue du massacre des Juifs (et des Tziganes) d’Europe par le régime nazi."]

La SHOAH. DOSSIER Hérodote : (Chronologie des faits. Genèse de l’antisémitisme nazi. L’extermination des Juifs.) :  http://www.herodote.net/La_Shoah-synthese-334.php 

27 janvier 2015. Libération du camp d'Auschwitz-Birkenau. Hérodote : http://www.herodote.net/27_janvier_1945-evenement-19450127.php

Génocide des Tziganes, Mémoires tsiganes : http://www.memoires-tsiganes1939-1946.fr/genocide.html

Génocide. « Le destin des Tziganes pendant la seconde guerre mondiale », romasintigenocide.eu : http://www.romasintigenocide.eu/fr/home/d-genocide

HistoQuiz. Génocide des Tziganes, par Marie-Christine Hubert et Daniel Laurent : http://www.histoquiz-contemporain.com/Histoquiz/Lesdossiers/seconde/tziganes/Dossiers.htm

26 FILMS sur la SHOAH/l’HOLOCAUSTE. Sens critique : http://www.senscritique.com/liste/Films_sur_la_Shoah_l_holocauste/179896

Des LIVRES pour ne pas oublier, shoah-memory.org : http://shoah-memory.org/livres_sur_la_shoah.shtml

Liste de LIVRES. Seconde guerre mondiale, génocide. Fiche wikipedia :   http://fr.wikipedia.org/wiki/Liste_d%27%C5%93uvres_litt%C3%A9raires_inspir%C3%A9es_par_la_Seconde_Guerre_mondiale#G.C3.A9nocide_des_Juifs 

"Etre sans destin", Imre Kertesz, Actes Sud : http://www.actes-sud.fr/catalogue/litterature-etrangere/e...

« Aucun de nous ne reviendra », Charlotte Delbo, TEXTES : http://www.escabelle.com/spectacle_extrait.asp?spectacle=23

MEMORIAL de la SHOAH : http://www.memorialdelashoah.org 

TEMOIGNAGE. "Si je suis resté vivant...". Rencontre avec Henri BORLANT, par Natalie Levisalles, Libération, 26-01-15 : http://www.liberation.fr/societe/2015/01/26/si-je-suis-reste-vivant_1189283 

HISTOIRE. "Le cheminement de la mémoire de la déportation". Entretien avec Annette Wieviorka, historienne, spécialiste de la Shoah et de l'histoire des Juifs au XXè siècle. Libération, 26-01-15. Propos recueillis par Natalie Levisalles : http://www.liberation.fr/monde/2015/01/26/auschwitz-est-u... 

"Auschwitz, le combat permanent contre l'oubli", Le Parisien, 27-01-15, article, par Eric Hacquemand, et vidéo-témoignage : http://www.leparisien.fr/espace-premium/fait-du-jour/auschwitz-le-combat-permanent-contre-l-oubli-27-01-2015-4481615.php

.........................................................................................................................................................

SITE du Mémorial de la Shoah. Deux documents :

« LE TEXTE du COMMUNIQUE de L'ONU: Décision historique à l'Assemblée générale pour marquer chaque année la mémoire de l'Holocauste ». (CITATIONS (début de la page): « 1 novembre 2005.  L'Assemblée générale a adopté aujourd'hui une résolution "historique" proclamant le 27 janvier, jour de la libération du camp d'extermination nazi d'Auschwitz, "Journée internationale de commémoration en mémoire des victimes de l'Holocauste", pour se souvenir des crimes du passé et pour prévenir les actes de génocide dans le futur. / Déposée par Israël, co-parrainée par 104 pays et adoptée par consensus, la résolution sur la mémoire de l'Holocauste "prie instamment les Etats membres d'élaborer des programme d'éducation qui graveront dans l'esprit des générations futures les enseignements de l'Holocauste, afin d'aider à prévenir les actes de génocide". / Le texte rejette "tout déni de l'Holocauste", c'est-à-dire l'entreprise d'extermination systématique du peuple juif, "en tant qu'événement historique, que ce déni soit total ou partiel". » (...) « L'Assemblée générale avait entamé hier un débat sur la "Mémoire de l'Holocauste" au cours duquel le représentant israélien avait déclaré que "si cette tentative barbare et systématique pour éliminer un peuple entier à une échelle sans parallèle dans l'Histoire avait été une tragédie unique pour le peuple juif, ses leçons demeuraient universelles". » (...) « "Nous sommes nés des cendres de la deuxième guerre mondiale, après l'Holocauste, et non seulement il fait partie de notre histoire mais nous avons aussi la responsabilité sacrée d'en enseigner les leçons, d'encourager la tolérance et de lutter contre l'anti-sémitisme et d'autres discriminations", avait souligné Kofi Annan (voir notre dépêche du 15 mars 2005). » (...) « Plus d'une trentaine de personnalités avait pris la parole pour rendre hommage aux victimes des tortionnaires nazis et exhorter la communauté internationale à tirer les leçons de ce qui s'est passé à Auschwitz. / "Les génocides du Cambodge et du Rwanda n'auraient jamais dû avoir lieu, et ce qui se passe au Darfour, dans l'indifférence générale, ne devrait pas se produire. Le monde ne tirera donc jamais les enseignements de ce qui s'est passé à Auschwitz et dans les autres camps de la mort ?", avait demandé Elie Wiesel, Prix Nobel de la paix et rescapé des camps de concentration nazis. » (...) « Plus de 6 millions de Juifs, dont au moins 1,2 millions d'enfants, ont été exterminés par les Nazis pendant la seconde guerre mondiale, sur les 9 millions de Juifs vivant en Europe à la veille de la guerre. Dans les camps de la mort du régime nazi d'Adolf Hitler, ont aussi péri près d'un demi-million de Tziganes et près de 250.000 handicapés, ainsi que des milliers d'opposants au régime, d'intellectuels et d'homosexuels. / Le 27 janvier 1945, le camp d'extermination nazi d'Auschwitz, où trois millions de personnes ont été victimes des chambres à gaz et des fours crématoires, a été libéré par les Alliés. / Voir la page spéciale consacrée à la session commémorative extraordinaire pour le 60e anniversaire de la libération des camps de concentration nazis. »

........................................................................

Tribune d’Avishai Margalit (philosophe, universitaire à Jérusalem, auteur de « L’Ethique du souvenir », à paraître le 10 février). Parue dans Le Monde du 27-01-2015. (CITATIONS : « Je distingue deux façons de poser le problème de la mémoire et de sa formation : la politique de la mémoire et l'éthique du souvenir. La politique de la mémoire met en jeu l'utilisation que divers régimes font de la mémoire, et de l'oubli, pour établir leur légitimité. Dans le cadre de l'éthique du souvenir, la question porte sur le devoir de se remémorer tel ou tel événement, et sur le sujet de ce devoir. En outre, l'éthique du souvenir s'efforce de savoir s'il n'y a pas également un devoir d'oubli permettant le pardon. Ici, je ne me préoccuperai que d'éthique du souvenir, et non de politique de la mémoire, même s'il reste toujours autour du souvenir de la Shoah beaucoup de politique. /// La question éthique est la suivante : la commémoration de la Shoah est-elle un devoir et, si tel est le cas, à qui incombe ce devoir ? A l'humanité entière : telle est la réponse contenue dans l'idée d'établir une journée internationale de commémoration en mémoire des victimes de l'Holocauste. Je suis d'avis qu'il est légitime d'exiger cette commémoration de l'ensemble de l'humanité, tout en ayant conscience que cela ne va pas de soi et qu'une telle injonction requiert d'être justifiée.  (...) « S'il y a un sens à ce que l'ensemble de l'humanité s'associe à cette commémoration, c'est parce que la Shoah est une manifestation du mal radical. » (...) « Avec leur conception raciste, leur politique de destruction systématique des juifs, les nazis ne se sont pas contentés d'adopter une conduite immorale dans les faits. Ils ont ébranlé le présupposé fondamental sur lequel repose une humanité partagée. La Shoah constitue une agression contre la possibilité même d'un ordre de la moralité et, en ce sens, elle représente bien un signal d'alarme qui s'adresse à toute l'humanité. L'établissement d'un ordre de la moralité est l'intérêt supérieur de tout homme. C'est pourquoi la commémoration de la Shoah est dans l'intérêt de toute la communauté humaine. " ») 

MISE à JOUR 18-02-15. LIVRE. "Les philosophes face au nazisme. Avant, pendant, après Auschwitz". Philo Eds, janvier 2015. Collectif. La philosophie à l'épreuve du mal.

Philosophie magazine :  http://www.philomag.com/les-idees/les-philosophes-face-au-nazisme-avant-pendant-apres-auschwitz-11015

Fiche DECITRE : http://www.decitre.fr/livres/les-philosophes-face-au-nazisme-9782953813050.html

...........................................................................................................

MISE à JOUR 01-03-15. Holocauste. "Shoah : ces Tsiganes qu'on rejette", par Ouri Wesoly, CCLJ : http://www.cclj.be/article/3/6410

Série documentaire. "Jusqu'au dernier, La destruction des Juifs d'Europe", de William Karel et Blanche Finger, France 2, produite par Paul Rozenberg et Céline Nusse : http://www.france2.fr/evenements/jusqu-au-dernier-la-destruction-des-juifs-d-europe

..........MISE à JOUR 08-05-15. Un SITE à découvrir absolument : Mémorial 98 (écho au centenaire de l'Affaire Dreyfus, 1998) : http://www.memorial98.org/ Sur le site, adresse du blog associé, plus Facebook et twitter... 

11/06/2014

Passé et présent… Mémoire, commémorations, et menaces actuelles…

Passé ET présent… Passé présent…

1944-2014… Commémoration du débarquement de Normandie, et heures diplomatiques... 

Pensée pour le débarquement de Provence, l'Armée d’Afrique : ce qui sera fait en août 2014… peut-être rien.

Décryptages...

2014… On parle du débarquement, de la lutte contre le nazisme... Et l'extrême droite tend sa toile… sur fond de recul passéiste, façade repeinte et radicalité identique, mêmes réseaux, et sulfureuses alliances. Documentaires qui inquiètent.

En miroir, autres extrémismes :  les complotistes, les islamistes radicaux. Radicalisme qui est interrogé de diverses manières. Contradictions, projections, questions.

D’un extrémisme à l’autre, d’un racisme à un autre, parfois les discours se croisent, sur la Toile. Ils s’empruntent des fantasmes, des ignorances, des mensonges. Les causes profondes ne se rejoignent-elles pas, en un sens ? Maladies idéologiques sur fond de pauvreté de pensée, de misère intérieure. Hannah Arendt avait cerné cette réalité trouble qui nous est insupportable : cette « banalité du mal » (concept qui a donné lieu à des interprétations polémiques et n’a pas été bien compris, alors qu’il offre une clé pour tenter de comprendre ces humaines dérives, tragiques et criminelles – tant par les mots que par les actes que les mots justifient). Maladie de l’affect. Lire l’analyse d’Aurore Mréjen sur Raison publique, publiée le 06-05-2013, « Absence  de pensée et responsabilité chez Hannah Arendt. A propos d’Eichmann » : http://www.raison-publique.fr/article606.html  (« La « banalité du mal » se caractérise par l’incapacité d’être affecté par ce que l’on fait et le refus de juger. Elle révèle une absence d’imagination, cette aptitude à se mettre à la place d’autrui. «  ). Et lire ce texte, de Damien Theillier, sur  Contrepoints, 29-05-2013, « Arendt versus Eichmann : la banalité du mal » http://www.contrepoints.org/2013/05/29/125917-arendt-versus-eichmann-la-banalite-du-mal  (La question posée est donc, finalement, celle de la responsabilité collective : « Il y a seulement la médiocrité et le laisser-aller de tous, qui finit par produire des effets monstrueux à grande échelle. ». Paresse générale, inattention, manque de vigilance et de pensée, et les conditions des catastrophes sont créées…).

2014… Et le monde continue à tourner, avec les prisonniers d’opinion, les femmes torturées, les exécutions, et autres délices totalitaires. Donc les pétitions se rajoutent aux pétitions, rempart qu'on tente d'opposer à l'effondrement.

20/12/2013

Itinéraire d’une artiste : Nicole GUIRAUD, plasticienne

La valise à la mer. Objets de la mémoire, identité explosée, déchirée. 014.jpg

La liste complète de ses expos est sur le site de son galeriste, Peter Herrmann (fiche et expos depuis 2004) - voir ci-dessous, fin de note - mais je fais ici un choix très sélectif, pour présenter l’essentiel de sa démarche… Le travail avec cette galerie date des années 90 (alors à Stuttgart), avec le cycle des Vitrines, la série "Bouteilles à la mer", les collages transparents (plexiglas).  Dates clés suivantes, repères : 2004, 2009, 2012, 2013… Trois expositions sont présentes dans l’album EXPOS (2004, Berlin / 2012, Perpignan / 2013, Fdt Prinzhorn, Heidelberg : liens vers ces pages dans cette note, extraits). L’Allemagne est très présente, sa galerie étant à Berlin, et elle, vivant principalement à Francfort… L’exposition d’œuvres de la série « Archives » à Heidelberg me semble une reconnaissance particulièrement importante du sens de son parcours, l’occasion de revenir sur les traces posées pas à pas. Cette note est une première approche, suivant les pages des vignettes (pages des albums, déjà créées pour trois de ses expos, pour un film, un livre). Elle sera suivie par d’autres…   

(La valise à la mer… Installation de Nicole Guiraud. Photographie MC SJuan, 2004)

…………………………

Exposition à Berlin, 7 Mars - 30 Avril 2004, "Oran - Alger - Constantine", Berlin. Louzla Darabi, Nicole Guiraud, Samta Benyahia. Galerie Peter Herrmann : http://www.galerie-herrmann.de/arts/art2/oran_alger_constantine/index.htm  (J’avais fait le voyage à Berlin, pour cette exposition regroupant trois artistes nées en Algérie, et proposant à travers leurs œuvres un dialogue entre trois villes algériennes, comme lieux de mémoires individuelles, d’interrogations sur l’identité : croisement, dialogue entre des femmes du même pays, de communautés différentes, de vécus différents, mais en affinité native. J’avais ramené de cette rencontre des photographies et un entretien avec le galeriste, dont la démarche est née d’un amour pour le continent africain dans son ensemble, du Nord au Sud. (Petit à petit ces traces vont trouver leur place : « retour sur… », notes qui suivront…). Les œuvres de Nicole Guiraud présentées là appartenaient à la série « Le monde en bocal », mais on y voyait des œuvres qui préfiguraient le travail suivant en train de s’élaborer : l’archéologie de la mémoire : http://tramesnomades.hautetfort.com/album/a-voir/1800559506.html )

…………………………

2009. « Archéologie de la mémoire » / Archäologie des Erinnerns : http://www.galerie-herrmann.com/arts/art2/2009_Guiraud/index.html

Page de Georges Festa sur l’œuvre de Nicole Guiraud. De la série « Le monde en bocal » à « Archéologie de la mémoire » : http://armeniantrends.blogspot.fr/2010/10/nicole-guiraud.html (« Comment dire le démembrement, l’arrachement, au sens le plus littéral du terme ? Victime de la violence aveugle – cette guerre d’Algérie, où sombrera le message humaniste du chantre de Tipasa et de Noces -, Nicole Guiraud choisit l’Allemagne, autre terre de convulsions et d’exils où, au fil du temps, s’élabore une œuvre visionnaire, singulière. / De la série « Die Welt im Einmachglas » [Le Monde en bocal] (1975-2005) à sa récente exposition « Archäologie des Erinnerns » [Archéologie de la mémoire], une entreprise d’épuisement des formes et des mythes nous convie à interroger l’émiettement, la nostalgie, le désir d’altérité. » SUITE SUR LE SITE…)

…………………………..

Premiers mois de 2012, Perpignan. Nicole Guiraud, « Survivre » : http://tramesnomades.hautetfort.com/album/a-voir/1490367217.html [Dans le catalogue, plusieurs auteurs explicitent le sens profond de cette œuvre, le courage dont elle témoigne (j’en reprendrai la lecture…). Le titre, « Survivre », correspond à l’enjeu réel de la création dans l’itinéraire de cette plasticienne, qui, depuis l’enfance, toujours, dessine, sculpte, et peint. Ce n’est pas, ce titre, « Survivre », une simple formule, pas un jeu avec les thématiques générales de la vie et de la mort. C’est la question centrale que l’artiste se pose et pose à ceux qui regardent son « monde en bocal », ses créations graphiques, les peintures et montages.

Comment, quand on a (c’est son histoire) été atteinte dans son corps, au sortir de l’enfance, quand cette atteinte est irrémédiable et que chaque jour on revit son intégrité physique violemment déchirée, comment peut-on échapper au désespoir, se délivrer de la haine et de la colère, ne pas être prise par la folie ? Comment créer quand même… Justement. Nicole Guiraud crée pour tenir debout, pour que sa vocation d’artiste n’ait pas été détruite aussi par la bombe d’une terroriste, malgré la main manquante, le bras amputé. Elle crée pour témoigner, ayant fait de la lutte contre le terrorisme un axe central de sa vie. Et elle choisit le dialogue : c’est une des signataires du texte fondateur d’Algérie-Djezaïr, texte regroupant des Algériens  et des Pieds-Noirs, pour un partage de mémoire, un lien entre les communautés natives d’Algérie. L’expo de Berlin en 2004 fut un de ces signes de partage.]

…………………………….

Expo décembre 2013, Nicole Guiraud à la Fondation Prinzhorn, page Trames nomades, album EXPOS : http://tramesnomades.hautetfort.com/album/a-voir/171999384.html (Texte de Nicole Guiraud,courriels : « Le cycle des ARCHIVES retrace, au moyen d'assemblages d'objets, de textes et de dessins, le travail de mémoire - recherche des sources - entrepris sur trois décennies autour du thème de l'Algérie, celle de la paix, de la guerre, et pour finir de l'exil.  /// Cette oeuvre est difficile, austère, mais essentielle dans mon parcours artistique, et centrale dans mon parcours personnel. /// Le cycle des ARCHIVES  documente en grande partie le travail de mémoire sur l'identité (exil) et le vécu en Algérie (aussi l'enfance dans la guerre), entrepris pendant trois décennies  entre la France et l'Allemagne. » Présentation, à partir des précisions fournies par l’artiste, et suite de son texte, sur la page de l’album EXPOS …)

Site de la Fondation Prinzhorn : http://prinzhorn.ukl-hd.de/

…………………………………………………………………………………………………………………………………………

Nicole Guiraud, galerie Peter Herrmann (page de présentation et rappel des dates et titres des expositions principales : en bas de page cliquer sur les titres pour voir les œuvres correspondantes) : http://www.galerie-herrmann.de/arts/guiraud/index.htm

...................................................................................................................................................

Pour mémoire… Film, livre, galerie Peter Herrmann :

FILM. « Der Koffer, La valise à la mer », 1991. Mise en scène des déchirements de l’exil, des traumatismes de la mémoire et du corps. Parole de Nicole Guiraud, déchiffrant objet par objet la traversée d’une mer, la traversée du temps, fracture entre l’enfance blessée et le lent travail de construction de soi et de l’œuvre (Suite sur la page de l’album…) : http://tramesnomades.hautetfort.com/album/films/2755090956.html

...............................

LIVRE. « Algérie 1962. Journal de l’Apocalypse », éd. Atlantis, 2013 (bilingue allemand-français : Nicole Guiraud vit surtout en Allemagne, où elle a sa galerie) 

Page (Algérie 1962, Journal de l’Apocalypse) dans l’album Livres (récits, témoignages), Trames nomades : http://tramesnomades.hautetfort.com/album/romans-recits/823653163.html (Nicole GUIRAUD, plasticienne, fut victime d’un attentat terroriste l’année de ses dix ans, juste avant la rentrée scolaire, le 30 septembre 1956, au Milk Bar, café qui, comme son  nom l’indique, avait une clientèle familiale, on y amenait ses enfants. (Le Milk Bar a encore été la cible d’un attentat pendant la « décennie noire » du terrorisme islamiste. Héritage de la violence, cibles choisies pour des raisons similaires : comment faire naître le plus de terreur si ce n’est en tuant ou mutilant des enfants.). / Boualem SANSAL, le dit bien dans sa préface (« L’histoire se vit deux fois ») : ce Journal qu’écrivait Nicole Guiraud, en 1962, pour supporter ce climat de terreur, une adolescente algérienne aurait pu en écrire un de très similaire, car l’horreur a recommencé, héritière d’une violence légitimée, normalisée. SUITE sur la PAGE de L’ALBUM…)

Commentaire (lecture du Journal), sur le blog armeniantrends, de Georges Festa : http://armeniantrends.blogspot.fr/2012/12/nicole-guiraud-algerie-1962-journal-de.html (« Dimanche 30 septembre 1956, 18 heures 30 : Nicole, une fillette de dix ans se trouve, comme chaque année à la fin des vacances d’été, avec son père dans le Milk Bar, au coeur d’Alger, pour y déguster une glace, lorsqu’une bombe explose, déposée par le FLN (Front de libération nationale). Quatre personnes sont tuées et cinquante-deux autres blessées. Nicole perd son bras gauche. » (…) « Dans son journal, la jeune Nicole, âgée de quinze ans, note jour après jour les violences d’une guerre civile qui prend de plus en plus les traits d’une apocalypse » SUITE sur le SITE armeniantrends…)

…………………………………………

Textes de Georges FESTA inspirés par des œuvres de Nicole GUIRAUD (ces liens vers le blog de cet auteur sont dans ma liste « Poèmes », ici) : NG/GF : « Le Marabout de Sidi Moussa », prose : http://armeniantrends.blogspot.fr/2013/02/nicole-guiraud-le-marabout-marabout.html  /// NG :  « Le peintre », GF : « Puisqu’ils ont voulu m’enfermer » : http://armeniantrends.blogspot.fr/2011/10/nicole-guiraud-der-maler-painter.html  ///  NG « Le Couple », GF « Sables » : http://armeniantrends.blogspot.fr/2013/12/nicole-guiraud-das-muschelpaar-couple.html  /// NG « Bouteille à la mer »,  GF « Et je m’enivrerai de mers / et de morts » : http://armeniantrends.blogspot.fr/2012/12/nicole-guiraud-flaschenpost-message-in.html

 

22/11/2013

Transmission pieds-noirs : un site de Paul Souleyre

Blog qui prolonge et développe la démarche entamée avec MémoBlog, site où, en fils de Pieds-Noirs (né en 1969), il cherchait déjà à déchiffrer ce qu’il en est de cette identité, et des traces, en soi, de cette mémoire familiale d’exil :  http://www.memoblog.fr  («… Préciser que la nostalgie n’est pas dans ma nature, que je ne regarde jamais le passé pour le refaire ou le regretter, mais seulement pour mieux comprendre le présent, mon présent. ») (…) «… il s’agit manifestement d’un site d’enfant de pieds-noirs affecté dans son psychisme par l’exode de toute une famille. » (…) « Mais j’ai la certitude d’avoir  perdu une terre. Et là est la vraie surprise de Memoblog.  / Comment est-ce possible, je ne sais pas, mais j’ai perdu une terre. / La terre rouge d’el-Hamri. »)

……………………………

Transmission Pieds-Noirs succède donc à Mémoblog, le complète : http://www.transmission-pieds-noirs.fr/   Dès l'accueil, des visages dans des cercles, visages de ceux qui ont "reçu" ce qui... n'a pas été transmis, ou difficilement, ou raté (comme le dit un père pied-noir, cité dans la page de présentation). Mais la génération des enfants, des jeunes ados, a tout intégré de l'exil et des souffrances. C'est l'inconscient qui trahit, les hasards, les ratages aussi (comme l'explique une des jeunes femmes). Paul Souleyre explore de manière passionnante les signes étranges que tissent le hasard et l'inconscient. Et il sait dire comment on peut flotter dans un vide identitaire (est-ce "identitaire"? je mets ce mot pour traduire) quand l'espace n'a pas accueilli. A travers sa recherche d'Oran (Oran, pas la mémoire de la guerre, pas les histoires de famille : le lieu) il retrouve sa part d'algérianité et aide aussi ceux de sa génération à la retrouver (pour choisir de la savoir, de l'assumer ou de s'en éloigner : l'essentiel étant la prise de conscience de ces dimensions...). La transmission, si elle a sauté une génération, peut se rétablir ensuite. Car le temps est long...

Donc, déjà, lire la page de présentation de sa démarche : http://www.transmission-pieds-noirs.fr/about/ 

CITATIONS : «  L’ambiguïté est la seule valeur qui me tienne vraiment à cœur. » (…) « Je ne crois pas du tout à la vérité, ou plutôt, la vérité, pour moi, a toujours pris la forme d’une contradiction. Donc plus que les vérités univoques qui n’ont jamais réussi à me toucher, je recherche des vérités contradictoires et ambiguës, perturbantes. Des vérités où la personne qui s’exprime se demande d’abord et avant tout si elle n’a pas elle-même raté quelque chose. »

Et voilà comment il commence ce voyage en ambiguïté, en profondeur, dans le regard des tensions et contradictions, en soi et dans le réel : par un très beau texte qui interroge une identité suspendue dans le vide, en quelque sorte. Celle d’exilé sans exil su, d’immigré sans savoir d’où, de citoyen d’un espace de questionnement : http://www.transmission-pieds-noirs.fr/paul-souleyre-1969/

« Ma mère n’aimait pas l’Algérie Française.

Ma mère est née à Oran le 19 novembre 1946, a quitté la ville le 28 juin 1962, et s’est éteinte à Bordeaux le 15 février 2009. Je crois pouvoir dire qu’elle n’a jamais été heureuse nulle part.

Pour l’Algérie, en tout cas, je n’ai aucun doute. »

(...)  « Commencer à percevoir la complexité d’une situation permet de s’éloigner d’affirmations générales et pathologiques du style « tout le monde était bête » pour se réconcilier avec des origines extrêmement diverses, tout en gardant à l’esprit qu’à Oran, cette diversité au sein de la catégorie des Français d’Algérie était en conflit avec elle-même. » (…) « Ce n’est pas très spectaculaire donc personne ne s’en préoccupe, mais j’ai comme la vague intuition que quelques enfants de pieds-noirs flottent gentiment au milieu de nulle part dans la société française actuelle, et se demandent juste par quel miracle ils ont acquis la capacité de se mouvoir dans le vide. » (…)« Il y a déjà un moment que je me considère comme un enfant d’immigrés-exilés. Mais de quel pays ? »

Lisez le texte intégral…Précieuses écritures que celles qui ont pour projet de ne pas se cloîtrer dans les certitudes, les barrières idéologiques (les camps, les pour, les contre, les clichés et les schémas figés, ou les émotions stériles ressassées à l’infini). Là, une distance apparemment paradoxale (car la proximité du regard sur l’autre prochain n’est pas niée, si elle n’est pas exaltée). Ambiguïté, donc complexité… Grande humanité. (Complexité... qui est une clé pour Camus. La réalité n'est pas binaire...)

Comme j’aimerais trouver autant de subtilité et de cœur chez ceux qui écrivent, de l'extérieur, SUR les Pieds-Noirs, en projetant sur eux tous les affects produits par des faits de propagande (lire, pour comprendre cela, « Une Patrie de Sel » de René-Jean Clot, et « Ma mère l’Algérie » de Jean Pélégri (et, ici même, mes notes, catégorie « Pieds-Noirs »)…

... Complément d'informations, sur ce site, sur l'identité, sur le rôle de la rencontre de Luc Demarchi (Site "Vivre à Belcourt"), dans la note sur Olivier Py, sur lequel nous avons tous trois écrit, tant il exprime ce qui nous est commun... une irréalité de terre, peut-être. Olivier Py a trouvé ses racines dans la mer Méditerranée et Paul Soulever explore Oran... Tiens, Vivre à Belcourt : là encore, c'est le lieu qui est le sujet, le lieu et les êtres qui y vivaient et qui y vivent. Plus que le pays, les villes (car les appartenances y sont inter-communautaires dans la traversée des communications actuelles).

Identité(s)? Cartographies qui se déchiffrent et s'inscrivent diversement. Dans la recherche des lieux, d'un espace autre, mer réelle et symbolique qui relie et qui échappe aux enfermements. Dans la recherche des langues (dont le pataouète), l'exploration des êtres, et... la littérature : Camus, Clot, Pélégri, Cardinal, Roy, Roblès, Xuereb, Vircondelet, etc.

Lien vers cette note (où je parle d'Olivier Py, mais aussi de Paul Souleyre et Luc Demarchi..), "Méditerranées,  d'Olivier Py..." http://tramesnomades.hautetfort.com/archive/2013/07/24/me...

...Des clés, en marge du site de Paul Souleyre

Article d’Hubert Ripoll, Le Monde,  05-07-2012, « Le dernier exil des Pieds-Noirs » https://dl.dropboxusercontent.com/u/29077738/Le%20dernier... 

Et son livre, « Mémoire de là-bas / une psychanalyse de l'exil » : https://dl.dropboxusercontent.com/u/29077738/Chapitre%201... 

Mais j’allais oublier… « Pieds-Noirs, identité et culture » : http://editions-gandini.fr/df077-pieds-noirs-identite-et-...   

24/07/2013

« Méditerranées », d’Olivier Py, sur « Vivre à Belcourt », de Luc Demarchi, et sur MémoBLOG. Commentaires croisés… Et lectures (sites)…

olivier py,films,cinéma,culture,art,belcourt,vivre à belcourt,algérie,luc demarchi,memoblog,paul souleyre,fraternité,histoire,mémoire,identité,guerre,pieds-noirs,harkis,leslutins.com,blogs,algeriades,py,méditerranées« Le rapport que certains peuvent avoir avec une terre je l'ai avec une mer. »  Olivier Py (Entretien, mickrociné) /  

« L’ensemble de mon travail au cinéma comme au théâtre est une interrogation sur l’identité de « méditerranéen »  Olivier Py (citation en exergue, article de Version originale)

................

Sur le site « Vivre à Belcourt » de Luc Demarchi, une vidéo : extrait d’un court métrage d’Olivier Py, « Méditerranées » (le 's' de nos pluralités…)  http://belcourtois.com/index.php/2015/05/11/mediterranees...

Du commentaire de Luc Demarchi, je copie la conclusion, beau message qui correspond totalement à ma vision de la Méditerranée : le lien que cette mer crée entre les êtres divers qui vivent sur ses rives, la fraternité à l’horizon. Voici :

« Le réalisateur conclut son film en évoquant la Mer Méditerranée comme une dimension commune à tous ceux qui vivent ou qui ont vécu dans les pays qui la bordent et c’est bien grâce à ces Méditerranées que nous nous rejoignons et que nous nous retrouvons.

Au-delà des conflits passés ou présents, la Mer apparaît comme le lieu sacré du baptême qui nous mène ensemble vers la voie de la paix et de la fraternité.

On ne peut visionner ce document sans faire la relation avec l’œuvre passionnée d’Albert Camus pour ce pays, une œuvre que l’on perçoit en filigrane tout au long du film. »

J'ai regardé. C'est très bref, cet extrait, mais suffisant pour capter la beauté de ces moments simples. Il y a de l'amour dans le regard de ces êtres, et de l'amour dans le double regard porté sur eux : regard de ceux qui filment, se filment (dans la présence de l'instant), et de celui qui reprend ces bribes familiales et les recrée. Une étrange sorte de double énonciation... Mais là ce ne sont pas des personnages qu'un auteur fait vivre devant nous : des personnes réelles dans un passage fugace de leur vie. Bribes de temps méditerranéen... Que la mer y est belle! Image de paix... Et je les vois, attentive, avec, en surimpression, l'accélération des vies, le fracas de la guerre, la rupture avec leur lieu d'ancrage, l'exil, les années qui passent. Et puis simplement, de nouveau, comme des méditerranéens à la source de leur force vitale. D'une rive à l'autre c'est toujours la même Méditerranée, la terre des Noces de Camus (Luc Demarchi a raison de faire le lien). Terre de danseurs, comme le père, jeune, dans son arbre, ou la mère, qu'elle marche ou nage... Magnifique. 

Il me faudra voir intégralement ce film, que je découvre avec grand retard...

Ce que j'ai lu de la démarche d'Olivier Py me fait adhérer totalement à cette démarche. Et je cosigne la première citation, mise en exergue de ma note... 

Entretien avec Olivier Py sur mickrociné. Passionnant (Et les commentaires sont aussi à lire) : http://on.fb.me/1aIrwq3  [Il insiste sur cette réalité métisse du Méditerranéen, et du Pied-Noir, sur le croisement de l’intime et de l’Histoire, sur la souffrance familiale, le refoulé, évoque les Harkis, les camps. Identité (nous pourrions tous écrire ça) : « Et comme il y a un exil qui est un peu à l'origine de l'histoire familiale, le centre en est la Méditerranée, pas une terre. Le rapport que certains peuvent avoir avec une terre je l'ai avec une mer. C'est pour ça que je suis arabo-italo-espagnol, et c'est plus fondamental pour moi que mon identité française par exemple. » Politique et identité (Le difficile lien… Il est conscient de donner des clés, loin des jugements anachroniques.) : « Le matériau que j’avais me permettait en quelque sorte d’utiliser un voile poétique pour raconter une histoire sans jeter de jugements politiques qui n'ont plus de sens. Je suis très content en tout cas si jamais une partie des Pieds-Noirs retrouvait leur histoire et leur identité à travers ce film. »

« Méditerranées », sur Doc en courts (Palmarès 2012, nominé).   : (Où il est dit ce que je percevais en surimpression, mais qui n’est pas encore explicite dans l’extrait présenté) : « Comment montrer l’Histoire ? Comment parler d’un souvenir aussi vibrant que la pellicule Super 8 sur lequel il est inscrit ? » (…) « Ici la guerre est en coulisse, mais qu’est-ce qu’une image de la guerre finalement? » / Lien devenu inactif...

Et sur Mémoblog de Paul Souleyre (blog référencé ici, cf. liste « Pages tissées… ») : « Olivier Py est un méditerranéen » :http://www.memoblog.fr/olivier-py-est-un-mediterraneen/ (Où il évoque la rencontre, idéologique et éthique, avec Luc Demarchi (de « Vivre à Belcourt » et la portée du film d’Olivier Py). Comment la conscience de l’identité méditerranéenne permet (Olivier Py, Luc Demarchi, Paul Souleyre – sur cette page) de vivre en cohérence son identité particulière et d’échapper aux enfermements des appartenances, quand elles sont limitantes (Pieds-Noirs, fils de Pieds-Noirs, ici – mais c’est une vérité qui est valable pour toutes les communautés humaines). Beau portrait du webmestre de Vivre à Belcourt dans cette page, et ample citation.

Autre note, Mémoblog : « Méditerranées, un film d’Olivier Py » http://www.memoblog.fr/film-olivier-py/ (Où Paul Souleyre dit son agacement, à la lecture d’une fiche wikipedia, devant un contenu erroné sur l’enfance d’Olivier Py – comme si le message de l’œuvre n’avait pas été compris : déni, là aussi, dans cette incompréhension, explique-t-il à juste titre).

Ample et bel article, sur Algériades, au cœur de l’identité méditerranéenne comprise à travers l’origine et la référence algérienne : http://www.algeriades.com/olivier-py/article/mediterranees-d-olivier-py (En conclusion, citation d’Olivier Py – entretien : « Nous avons une histoire en commun mais aussi un avenir. Et c’est ce monde de la Méditerranée qui aujourd’hui me semble une vraie, une magnifique utopie". »)

Sur cinemaniac.fr, une lecture qui tient compte de l’essentiel du message, compris profondément. Le film intégral se déroule, comme si nous étions en train de le visionner : « Méditerranées, l’été qui ne reviendra plus » : http://www.cinemaniac.fr/news/mediterranees-l-ete-qui-ne-reviendra-plus 

Article de Version originale : (En exergue, une citation d’Olivier Py : « L’ensemble de mon travail au cinéma comme au théâtre est une interrogation sur l’identité de « méditerranéen ».) / Lien devenu inactif...

Le blogueur, sur Vu du balcon, rappelant le Grand Prix obtenu par ce film au Festival de Nice 2012, relie les souvenirs évoqués dans le film aux siens, jeune à Paris, pendant la guerre d’Algérie… Histoire : http://vudubalcon.blogspot.fr/2012/10/mediterranees.html

... Deux pages sur le site d’ARTE... 

Le film… http://cinema.arte.tv/fr/article/mediterranees-dolivier-py 

Zoom… http://cinema.arte.tv/fr/article/zoom-mediterranees

... Le DVD, page FNAC... http://video.fnac.com/a6211320/Mediterranees-DVD-DVD-Zone-2

.................. Voir aussi, note, Andalousie (illusion?)... http://tramesnomades.hautetfort.com/archive/2013/10/18/an... 

................... Andalousie, Méditerranée, voir catégories et TAGS...

05/06/2013

Yasmina Khadra dans le dictionnaire Robert... (de natif à natif...)

Robert.jpgYasmina Khadra, écrivain algérien que j'apprécie particulièrement est une des nouvelles "entrées" dans le dictionnaire Robert des noms propres, 2013. (Il est l'auteur, notamment, du livre "Ce que le jour doit à la nuit", regard humaniste sur les liens entre les natifs d'Algérie, des individus des différentes communautés, liens que seuls des natifs peuvent traduire).

La presse algérienne a réagi à cette information, et la Toile de même, avec satisfaction, globalement. Mais j’ai vu, aussi, des commentaires aigres, comme deux réactions au-dessous d’un article du journal « Liberté », qui mentionnait seulement le fait, en citant aussi quelques autres nomsUn des internautes dit que pour lui c’est un non-événement, sans expliquer pourquoi (un autre lui demande si c’est parce qu’il ne l’a pas lu ou ne l’aime pas ou pour une autre raison). Et quelqu’un exprime son agacement devant ce qu’il interprète comme un « besoin maladif » des Algériens d’être reconnus par la France (autrement ils ne relèveraient pas cette entrée comme un fait qui mérite information, sous-entend-il). Double (ou triple) erreur de mesure (très réductrice), à mon sens, dans l’agacement de cet internaute. D’abord, mentionner cela et en être satisfait n’a sans doute rien à voir avec un quelconque désir de prendre sens en fonction de ce qui se dirait en France. Ensuite, dans le contexte mondialisé qui est celui de notre société en 2013, dans ce début du XXIème siècle, il n’est pas anodin de repérer les noms qui apparaissent dans un tel dictionnaire, référence culturelle de poids, quel que soit le pays (ou, aussi, d’apprécier qu’un écrivain de son pays soit traduit en de nombreuses langues et lu dans le monde entier). Qu’un auteur algérien, américain, ou français, soit présent dans ces pages, cela ne signifie pas (seulement) qu’en France on le « reconnaît », mais que le choix s’impose par l’évidence d’une présence au-delà d’une lecture purement française – constatation d’une portée de l’œuvre bien loin d’une petite appréciation hexagonale. (Et, en plus, d'un écrivain qui écrit en français, comme beaucoup d'auteurs algériens, depuis la "prise de guerre" notée par Kateb Yacine parlant de la langue française, conservée comme un butin). Ne pas oublier la réciprocité : on remarque, en France, quand des créations sont appréciées en Algérie ou que des faits vont dans le sens du dialogue. Doit-on éternellement lire ce qui traverse la frontière symbolique à la lumière du référent « colonisation » ? Ne doit-on interpréter les réactions qu’en y cherchant le soupçon d’un syndrome postcolonial (dans un sens ou dans un autre)? Non. Et ceux qui tranquillement constatent avec plaisir que la place d’un écrivain dépasse les frontières réelles et les pièges idéologiques de l’Histoire sont les plus libres, intérieurement : ils ont une identité qui n’a plus besoin, justement, de revendiquer une séparation, car elle est. Simplement : elle est .  Le temps des amertumes doit laisser la place aux fils tendus entre les rives. Enfin, ce dictionnaire Robert fut créé par un lexicographe né en Algérie... Et son œuvre contribue, longtemps après sa mort, à faire connaître aux lecteurs contemporains les êtres remarquables de sa terre natale… Symboliquement voilà un signe intéressant : la boucle est bouclée… fil tendu de natif à natif de la même terre.

………………………..............

Le dictionnaire, et Paul Robert :

La « philosophie » du Robert, selon le site les-dictionnaires.com : « Paul Robert est né en 1910 en sol algérien. C’est à la suite de la rédaction de sa thèse de doctorat en économie politique que cet homme minutieux décide de l’inaptitude des dictionnaires de l’époque. Dès 1945, il entreprend de créer lui-même un nouveau dictionnaire mieux adapté aux réalités de cette seconde moitié du 20e siècle. » (…) « Paul Robert a changé le visage du dictionnaire pour lui donner une aura plus intellectuelle et une note plus moderne aussi. »: http://www.les-dictionnaires.com/robert.html

Le créateur du dictionnairele lexicographe Paul Robert (1910/Algérie-1980/France)? Voir la biographie et l'oeuvre sur la fiche wikipedia, infos et liens. De la naissance à Orléansville/Chlef, Algérie, à la création de l’édition en 1951, sans oublier l’ouvrage personnel publié en 1970 sur cette aventure – cette entreprise -  intellectuelle, les différents dictionnaires "Robert" : http://fr.wikipedia.org/wiki/Paul_Robert_(lexicographe)  (Il eut une équipe importante de collaborateurs, dont Alain Rey, Josette Rey-Debove, Henri Cottez, Roger-Georges Morvan…). »

Sur la genèse de cette création, écouter l'entretien du 12-11-1968 (Paul Robert parle d’une évidence, idée venue en 1935, « illumination » soudaine), conscience d’un manque dans ce domaine du dictionnaire, de la lexicographie, et élaboration du projet. Vidéo : http://bit.ly/1aN5ZL8  

.............................................

Yasmina Khadra :

Fiche wikipedia : http://fr.wikipedia.org/wiki/Yasmina_Khadra

Le site officiel de l’auteur : http://www.yasmina-khadra.com/

Page de l’édition Julliard : http://bit.ly/12sKmA2