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11/02/2018

Cyril Chevrot, un itinéraire spirituel. (Et un blog à découvrir…).

CYRIL CHEVROT.jpgJe trouve ce témoignage de Cyril Chevrot particulièrement intéressant, sur son itinéraire culturel et spirituel. Une conversion à l'islam, puis un retrait car le courant qu'il avait rejoint (simplement parce que c'était là, dans le quartier) s'est révélé un piège idéologique et une déception spirituelle. Mais à partir de cela, qui a joué son rôle au moment où il en avait besoin, une ouverture de conscience s'est produite, suite à son retrait, lui évitant de basculer dans un total rejet destructeur. Il a choisi l'autonomie hors religions, qui permet de se nourrir de ce que la culture humaine a produit de fort, philosophiquement et spirituellement, en gardant de son expérience de l'islam la part haute, et en cherchant des proximités avec d'autres pensées, proches ou lointaines. Ce n'est pas non plus l'éloge d'un syncrétisme médiocre, loin de là. Je pense, en le lisant, à ce que dit Tobie Nathan de la demande métaphysique des jeunes,  qui n'est pas comprise, qui ne reçoit pas de réponses... LIRE... https://cyrilc42.blog/2018/02/01/pourquoi-je-suis-devenu-... 

Vidéo. Cyril Chevrot lecteur d’Abdennour Bidar…  http://lactualitedessocialistes.hautetfort.com/archive/20... 

Plusieurs autres livres qu’il a sélectionnés (bon choix)… Divers auteurs...  https://cyrilc42.blog/2017/02/17/presentation-du-livre-da... 

Citations d’Abdennour Bidarhttps://cyrilc42.blog/tag/les-tisserands/ 

Vidéo. Extrait du livre d’Abdennour Bidar, Les Tisserands. Sur la spiritualité individuelle… et... https://www.youtube.com/watch?v=mLsMMdZBkxA 

Sommaire du site de Cyril Chevrothttps://cyrilc42.blog 

…………………………..........................................................................................................................

(En marge de cette note, complément, entretien avec Abdennour Bidar,

Fondation Jean Jaurès

(et page de titres de vidéos )... https://www.youtube.com/watch?v=opNaP2WEYSI 

09/02/2018

"Réanchanter l'islam", un dossier remarquable du Monde des religions.

COUV ISLAM  1.jpgUn numéro (janvier-février) qu'il faut absolument lire. Même quand on connaît (ou croit connaître) la culture musulmane on apprend beaucoup. C'est très riche, complexe, nourri d'approches diverses (chercheurs, auteurs, poètes, islamologues, mystiques, penseurs qui questionnent et consciences qui proposent des "lectures" multiples, des racines anciennes aux voix contemporaines). De quoi casser de nombreux clichés et corriger, notamment, la manière de penser la lutte contre le fondamentalisme obscurantiste porteur d'une idéologie meurtrière. De multiples citations enrichissent ce dossier. Et de nombreuses références de livres proposent d'aller plus loin.
Des personnalités fascinantes sont évoquées (il en manque certaines et c'est parfois trop rapide pour d'autres, la place étant insuffisante). Mais connaissez-vous le (ou les) "Gandhi" musulmans? Avez-vous entendu parler de l'imame Sherin Khankan (une sorte de double du rabbin Delphine Horvilleur) ? Connaissez-vous le nom des soufis Palestiniens militants pour la paix (jumeaux des acteurs de paix israéliens) ? Il faut lire les entretiens avec Yadh Ben Achour ou Youssef Seddik. Lire la tribune d'Éric Geoffroy (raison et haute spiritualité du soufisme), lire l'étude d'Abdennour Bidar sur Mohammed Iqbal.

Lire, donc. Sans oublier... Leili Anvar (sur le "Livre de l'éternité" d'Iqbal, "poète d'Orient et philosophe d'Occident")... Hubert Reeves (qui ne se contente pas des "réponses habituelles" qu'on offre aux questions métaphysiques, et refuse de se définir - et de définir autrui - avec des mots qui "limitent")... Et Trinh Xuan Thuan, lecteur d'Albert Einstein. Ces deux derniers intervenants, astrophysiciens renommés, sont en marge du dossier, qu'ils éclairent aussi. (Et je ne cite pas tout...).

Ce dossier (plus passionnant que beaucoup d'autres sur ce sujet) est indispensable pour comprendre et pour mieux savoir répondre aux questions urgentes que l'actualité nous lance. Sans tomber dans les pièges de l'ignorance ou de la haine. Pour se délivrer des peurs perverses (que les extrêmes droites attisent, dans leur rêve-cauchemar de guerre civile ou de califat totalitaire, objectivement complices par stratégie cynique et mortifère).

Que vous soyez musulman ou quoi que ce soit d'autre, lisez. Que vous vous définissiez comme athée ou agnostique ou mystique, lisez. Il est urgent de lâcher toutes ses certitudes, et de prendre le temps du travail de culture et du travail sur soi pour cela...

Le titre "Réenchanter l'islam" n'est pas un programme naïf ou une provocation poétique. C'est un appel aux voies de pacification, au lieu des impasses hystériques conseillées par l'autosatisfaction d'un ego aveuglé.

LIENhttp://www.lemondedesreligions.fr/papier/2017/87/reenchan...

17/12/2017

Etty Hillesum. Retour sur une oeuvre magnifique...

ETTY HILLESUM 1  VIE.jpgRetour sur une oeuvre magnifique (à lire et relire infiniment), d’une femme fascinante, à la voix, l’écriture, lumineuse (sa voix non séparable de sa voie, sublime, vécue et écrite...). 

Née en 1914, Esther (Etty) Hillesum meurt à Auschwitz le 30 novembre 1943.

Je viens de découvrir par hasard une note de blog (de juin 2015, lien ci-dessous, avec d’autres) qui m’a fait ressortir encore le livre d’Etty Hillesum, son Journal 1941-43 (journal, et rares lettres du camp de transit, puis le silence), publié au Seuil en 1985, sous le titre « Une vie bouleversée » (disponible maintenant dans la collection Points Seuil. L’édition a publié depuis l’intégralité des lettres, « Les écrits d’Etty Hillesum »).  

Elle savait ce qui l’attendait, l’horreur du camp et la mort. Mais elle voulait le vivre en étant dans ce qu’elle appelait la grâce, cette part d’elle indestructible, cet état devenu son éthique dans son rapport avec elle-même. Son itinéraire était celui d’une recherche de progression intérieure. Elle s’était nourrie de grands textes, et même quand le découragement l’atteignait elle refusait de s’y laisser emprisonner.  Ce Journal est un témoignage spirituel. Dans un contexte terrible qui pourrait détruire toute foi, en n’importe qui, mais pas en elle, qui continue à s’affirmer dans une volonté d’âme. Ce n’est pas un être désincarné, une mystique qui renierait son corps et la capacité de désirer. Loin de là. De nombreux passages du journal témoignent de soin ancrage dans un réel qui sait les élans passionnels et les doutes.

ETTY H JOURNAL 2.jpgC’est bouleversant, impressionnant. 

A chaque fois qu’on met un visage sur un être parmi les millions que le nazisme meurtrier a anéantis on prend de nouveau la mesure de l’horreur. 

Mais ce Journal veut nous donner aussi mesure de la lumière qu’elle tend vers nous. Être-âme, comment le dire autrement ?

Il faut lire ce livre si ce n’est fait. Et le relire. Ouvrir les pages au hasard de temps en temps aussi, comme on le fait des textes des sages et des mystiques. 

ETTY HILLESUM  2 .gifPuis découvrir ensuite l’intégralité des lettres publiées au Seuil… 

Je choisis quelques CITATIONS dans les pages du Journal…

Page 78. «  Un écho flotte encore en moi de la sensation radieuse de dilatation que j’ai connue cette nuit. Paix et espace pour toutes choses. »

p. 138. « La vie et la mort, la souffrance et la joie, les ampoules des pieds meurtris, le jasmin derrière la maison, les persécutions, les atrocités sans nombre, tout, tout est en moi et forme un ensemble puissant, je l’accepte comme une totalité indivisible et je commence à comprendre de mieux en mieux  - pour mon propre usage, sans pouvoir encore l’expliquer à d’autres - la logique de cette totalité. » 

p.180. Lectrice de Rilke, au travail elle s’échappe ainsi : « Et moi, dans un coin, je lis Rilke. »

p. 181. «  En moi un immense silence, qui ne cesse de croître. Tout autour, un flux de paroles qui vous épuisent parce qu’elles n’expriment rien. » 

p.226. « Je vais reprendre ma lecture de saint Augustin. Quelle sévérité, mais quel feu ! »

p. 228. « Une âme est un composé de feu et de cristal de roche. » 

p. 229. « On voudrait être un baume versé sur tant de plaies. »

p.237. Lettre du camp de transit de Westerbork. « Un moment vient où l’on ne peut plus agir, il faut se contenter d’être et d’accepter; Et cette acceptation je la cultive depuis bien longtemps, mais elle n’est valable que pour moi-même, jamais pour les autres. C’est pourquoi ma situation est si désespérante en ce moment.»

p. 238. « Je me sens de force à affronter mon destin, mais pas celui de mes parents. Ceci est la dernière lettre que je puisse écrire librement. Cet après-midi on nous retirera nos cartes d’identité.»

p. 240.«  Ah ! tu sais, quand on n‘a pas en soi une force énorme qui nous permet de considérer le monde extérieur comme une série d’incidents pittoresques incapables de rivaliser avec la grande splendeur (je ne trouve pas d’autre mot) qui est notre inaliénable trésor intérieur - alors on a tout lieu de sombrer dans le désespoir ». » 

LIENS… 

Note de blog, de Marc Alpozzo. « Etty Hillesum, derrière les barbelés la grâce »… Sa note est une chronique sur un ouvrage qui tente de rendre compte des jours qui suivirent la fin du journal et des lettres. « A propos d’Olympia Alberti, ‘Etty Hillesum, l'amour dans l’âme’. » http://bit.ly/2AGVSMC

Note brève (citations), « Journal d’une âme… Etty Hillesum »… Blog Zoher Tahora… http://zoher.tahora.over-blog.com/2014/10/le-journal-d-un... 

Chronique de Sophie Galabru, La Cause littéraire, 02-03-17… http://bit.ly/2kCO73h 

Itinéraire sur les traces d’Etty Hillesum, plusieurs notes de blog (Le moine ruminant…) sur un voyage… Citation (note du 3 juillet 2014) : "Dans une recension du journal et des lettres d'Etty Hillesum, Elizabeth O’Connor (professeure et écrivaine américaine, décédée en 1998) affirme que l’œuvre d’Etty Hillesum est « le document spirituel le plus signifiant de notre époque ». L’Écrivain néerlandais Abe Herzberg, qui a contribué à la publication de l’œuvre d’Etty, affirme quant à lui : « Je n’hésite pas à dire qu’à mon sens, nous nous trouvons ici en présence d’un des sommets de la littérature néerlandaise. » Paul Lebeau parle du Journal d’Etty comme l’un des « événements spirituels et littéraires les plus marquants du milieu du XXè siècle."… http://bit.ly/2CKFNGT

Les huit noteshttps://moineruminant.com/tag/etty-hillesum/ 

LIVRE. « Une vie bouleversée », Journal, coll. Points Seuilhttp://bit.ly/2AZXDIQ  

LIVRE. « Les Écrits d’Etty Hillesum » (intégralité des lettres), éd. du Seuil, 2008. Page de Decitre… http://bit.ly/2zimV2q 

DOSSIER, éd. Arfuyen… http://www.arfuyen.fr/hillesum.html 

SITE dédié, « Les Amis d’Etty Hillesum ». Textes et informations, bibliographie (oeuvres sur elle), documents sonores, liens… http://www.amisdettyhillesum.fr/index.htm 

Page de France Loisirs. Diffusion d’un livre d’Yves Bériault « Etty Hillesum, témoin de dieu dans l’abîme du mal ». (Extrait de la présentation : « Puisant à la fois au judaïsme et au christianisme, elle découvre Dieu au plus intime d'elle-même, sans toutefois jamais adhérer à une confession religieuse. L'auteur trace pour nous un portrait saisissant de cette femme au parcours hors du commun. »)… http://bit.ly/2B1EJBl 

Fiche wikipedia… https://fr.wikipedia.org/wiki/Etty_Hillesum 

Documentaires, en ligne… 

« De mémoire d’homme », de Valentine Cohen… Les textes d’Etty Hillesum…  https://www.dailymotion.com/video/x26w1e6 

Film pour la mémoire historique de l’Europe, et la lecture du livre d’Etty Hillesum… « Etty Hillesum », d’André Bossuroy… Textes donnés à lire et dits, en français. Chant en anglais. Dialogues. Informations. http://www.dailymotion.com/video/xorwkn 

22/06/2017

France Culture supprimerait une émission sur la spiritualité ("les" spiritualités)...

LOGO CULTURE.pngUne émission sur la spiritualité ("les" spiritualités...) supprimée par France Culture... 

(« Discussions du soir », de Leili Anvar). Grave erreur, dans une période où des fondamentalismes intégristes guettent les esprits faibles pour en faire des "martyrs" meurtriers, où des faiseurs de haine cherchent à stigmatiser les uns pour les crimes des autres, où l'ignorance crée des monstres là où il n'y a que pensée... Et dans un moment de l'histoire humaine où des consciences cherchent à penser un sens de la vie et de l'humanité en dehors des dogmes et des frontières religieuses, en supprimant une émission éclairante on renvoie les gens à la pauvreté des messages diffusés en nombre par des propagandistes divers et habiles. Que l'on soit croyant ou agnostique, mystique ou indifférent, la spiritualité fait partie du patrimoine humain et la rejeter est une aberration qui nie une réalité collective, universelle.

L’émission (divers intervenants)… https://www.franceculture.fr/emissions/les-discussions-du... 

Les soirs de Leili Anvar.. https://www.franceculture.fr/personne-leili-anvar.html 

Portrait de Leili Anvar (site d’une agence de voyages en relation avec la spiritualité)…  http://www.voyages-interieurs.com/voyager-eveille/nos_int...

PÉTITION (Change)…. http://bit.ly/2sFupaI 

04/04/2017

"La poésie comme vivre..."

WHITE.jpg« La poésie comme vivre qui inclut l'idée plutôt que de lui obéir. La poésie comme rappel à ce qui est vivant en soi, à ce qui toujours échappe : comme cet instant. Être-devenir dans un mouvement qui en même temps se saisit et en même temps relâche, qui embrasse et qui se défait. La poésie, essence de vitalité qui brûle les lèvres, éveille les sens et parfois déchire, parfois nous adoucit le cœur. »

Texte en accueil d’un site entre poésie et mystique (ou plutôt sagesse?), « Un jardin derrière le portique », Ananda. / Sous-titre : « Poésie de l’ éveil et Sagesses du Corps ». Site d’Ananda… https://unjardinderriereleportique.fr 

...

L’auteur (poète, traducteur, artiste, enseignant) utilise, pour lui-même, des noms contextuels, donc, suivant le contexte, on le reconnaîtra tel ou tel. Comme Aédàn pour sa page Facebook sur la spiritualité non-duelle (avec un si beau nom : « Spiritualité sauvage »)...  https://www.facebook.com/SpiritualiteSauvage

Il est ce « garçon vêtu d’étoiles » qui apparaît dans un de ses fragments poétiques. Spiritualité au sens mystique (ou sage) du terme. Ou poésie telle que définie par Mallarmé, qu’il cite dans une note de lecture du « Journal » : « la seule tâche spirituelle » (lettre à Léo d’Orfer, 27 juin 1884)... http://bit.ly/2o4vJUu 

Regard. Ouvrir la page d’un autoportrait bleu (revenir à l’accueil), celui de l’arbre de la colonne vertébrale intérieure : ce qui n’étonnera pas ceux qui pratiquent un yoga (comme lui, et comme moi autrefois) ou un chi qong (comme moi, depuis qu’autrefois a été remplacé par un très long maintenant durable de pas mal d’années…)... https://unjardinderriereleportique.fr

Lisant ce texte introductif, « La poésie comme vivre », (programme et manifeste), et d’autres pages du « jardin derrière le portique », je pense à un poème de Kenneth White, dans un ouvrage que j’ai posé tout en haut d’une bibliothèque, pas sur un rayon de livres, mais sur le dessus, entre les pages dures d’un livre objet où je glisse des trésors, pour être sûre de retrouver facilement ce mince volume, sans qu’il risque d’être perdu, comme d’autres, dans la masse des pages entassées. Retrouver le recueil, d’abord (mais pas seulement) pour une page, où tout est dit d’une démarche particulière, celle qui accepte la rareté du poème, pour que le sens soit le résultat d’une lente alchimie qui réussira à capter l’essence du langage à la frontière du silence, des significations dont la grammaire est celle du regard. Texte de méditant, pour qui l’écriture est pratique de sagesse, exercice sur soi, tissage de l’être. Sans cesse revenir sur l’espace de la page, sculpter les mots le vide le temps les sons. 

Ainsi interfèrent, ici, trois visages de la seule poésie, écriture, qui m’intéresse vraiment : celle qui ne cherche pas le paraître d’un jeu formel, mais déblaie justement les masques, en arrachant l’illusion vaine, couche par couche. Vers un centre. Tout en malaxant, sculptant, les sons et les images… 

Aédàn/Ananda, Mallarmé, Kenneth White… 

...

Voici ce qu’écrit Kenneth White :

« Travaillant et retravaillant

   les mêmes textes

   jour après jour

   perdant tout sens

   de ‘production’ et de ‘publication’

   toute idée d’une ‘réputation’ à forger

   engagé plutôt dans quelque chose

   — loin de toute littérature —

   que l’on pourrait pertinemment nommer

   un yoga poétique »

  La résidence de la solitude et de la lumière / Méditations pyrénéennes 1

  William Blake and co. édit. (1978)

...

Kenneth White, liens…

Page du Printemps des Poètes… http://bit.ly/2nRRYL0 

Un ouvrage, « Le Visage du vent d’est », 2007… http://bit.ly/2nVYGkY  

Site offficiel, autres livres (dont 2016, 2017)… http://www.kennethwhite.org

15/11/2016

13-11..."Fluctuat nec mergitur". Ne pas sombrer, c'est aussi parler, témoigner...

BD Bataclan.jpg« La pluie de demain lavera les taches mais il restera toujours quelque chose dans nos âmes. »

Sting (Fragile)

« Nous sommes ceux qui restent, suivis par une ombre, tous unis par une même idée : ne pas nous laisser tuer deux fois. »

Antoine Leiris (auteur de « Vous n’aurez pas ma haine »)

...

PAS HAINE.jpgNe pas sombrer, c’est le défi des survivants des attentats. Et chacun trouve la manière de forger sa résistance, de remettre les pas dans la vie, de reconstruire son rapport aux autres, tant avec ceux qui sont directement concernés, victimes ou endeuillés, qu’avec ceux qui ne peuvent pas complètement comprendre, entendre la parole de douleur, le traumatisme gravissime. Choix entre se taire, ou parler. Parole de partage et parole thérapeutique. Solidarité.

Bien sûr, il y a des expériences différentes. Quand la colère domine, et quand la haine affleure, dont il faut réprimer les mots pour ne pas heurter - comme le dit de lui un survivant du Bataclan (dossier de Libération daté 12-13/11, riche de plusieurs témoignages différents) : père de famille qui s’est, de plus, heurté à des rigidités diverses (indemnisation problématique, incompréhensions de la situation scolaire de ses enfants par des acteurs de l’éducation nationale, dans la méconnaissance troublante de ce que sont les traumatismes graves et leurs effets). 

Beaucoup de témoignages sont le signe, le plus souvent, d’une force vitale renforcée : ne pas laisser les assassins gagner aussi contre l’esprit et le temps. 

Refus de la haine, comme l’a exprimé pour tous Antoine Leiris dans sa lettre spontanée, celle qui a jailli dans la proximité de la douleur la plus grande, et dans la conscience de tout ce qu’il fallait préserver pour son enfant… « Vous n’aurez pas ma haine »…  https://www.facebook.com/antoine.leiris/posts/10154457849... 

Cette lettre est devenue un livre, pour aller au plus loin du message… http://www.fayard.fr/vous-naurez-pas-ma-haine-9782213701295 

Et un documentaire a été créé par Antoine Leiris, qui donne la parole à ceux qui ont vécu la même tragédie…   (Rediffusé le 3-12, France 5, minuit)… http://www.france5.fr/emission/vous-naurez-pas-ma-haine 

« Alice et Aristide » est un documentaire de Laetitia Krupa, qui raconte le parcours du rugbyman Aristide Barraud et de sa soeur, survivants tous les deux (il est passé très près de la mort, et en le sachant). Le corps, la douleur, le doute, la peur, le courage, et le désir de rejouer, donc de vaincre tous les obstacles physiques. Pour soi, et pour les autres : être pour autrui ce que d’autres ont été pour lui, des repères de courage, de ténacité devant l’adversité. Et revenir sur le terrain pour tous ceux qui sont morts. Alice, aussi, accepte d’attendre mais pas de ne plus faire ce qu’elle aime, artiste du corps. Et elle va revenir à la vie du cirque… Ne pas renoncer, jamais…. (« On n’a pas choisi ce qui nous arrive, mais on va choisir ce qu’on va en faire», a dit Aristide, pour sa soeur et lui). A voir… http://www.lequipe.fr/Medias/Actualites/-alice-et-aristid... 

« Mon Bataclan » est une bande dessinée de Fred Dewilde, qui fait le récit de son cauchemar de survivant. Le dessinateur se libère ainsi de l’obsession des images : il les transcrit et s’en délivre… http://www.lemieux-editeur.fr/Fred-Dewilde-sortir-du-Bata... 

Voir aussi des vignettes sur L’Express… http://www.lexpress.fr/actualite/societe/en-images-un-sur... 

Trouver la manière de dire c’est trouver (ou retrouver) la matière, sa matière : les pages pour des mots, les crayons pour dessiner, la voix et l’instrument pour le chant, le corps pour la danse ou le sport de compétition, ou les gestes du quotidien d’un travail retrouvé. Je pense à une agricultrice vue dans un reportage, et qui disait « Ils sèment la mort, moi je sème des graines ». 

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L’anniversaire commémoré m’a fait revoir les visages, photographies dans les journaux, souvenir du choc d’alors. Ainsi ceux de La Belle Équipe. Et lire ou écouter les entretiens. La Belle Équipe, le Bataclan, le Stade, les autres lieux. Penser au présent de ceux qui poursuivent, marqués mais là. Attentive aux mots de Noumouké Sidibé, le chef de sécurité du Bataclan, toujours en arrêt, blessé par les soupçons du chanteur du groupe Eagles of Death Metal, blessé par les méconnaissances, et préoccupé par le risque de bascule dans le terrorisme de jeunes qu’on pourrait sauver de cela.

Commémorations, donc (Nice, Paris…). Elles ont été critiquées par certains commentateurs, (trop ceci, pas assez cela) mais les victimes les désiraient et disent en avoir tiré un apaisement. Comme Ali Charrihi, dont la mère, Fatima, est morte à Nice le 14 juillet. L’hommage rendu est pour lui un signe fort : « La nation entière va honorer ma mère » (cité dans un article du Parisien du 15 octobre). Sa réaction à lui est de décider de s’engager auprès de Latifa Ibn Ziaten, mère d’une victime de Mohamed Merah. Lutter contre les radicalisations, tenter de prévenir.

Ondes de choc… Le temps des secousses dure plus qu’on ne peut croire. Ainsi Nicole Guiraud, victime d’un attentat, enfant, pendant la guerre d’Algérie (le Milk Bar, Alger) le dit dans une lettre ouverte à Zohra Drif.  (Zohra Drif avait posé la bombe visant des civils dans un bar recevant des enfants, d’où son nom, et a réagi récemment, agressivement, à la déclaration du père d’une victime du Bataclan qui parlait de terrorisme dans ce cas précis - puisque le terrorisme est défini par le fait d’attaquer des civils, dont des enfants). Nicole Guiraud la désigne comme son bourreau, car les séquelles de son amputation d’un bras demeurent (douleurs, soins). Plasticienne, elle est aussi privée d’une main pour créer. La mémoire du terrorisme elle la retrouve chaque matin. 

Comme doivent la retrouver des personnes en Algérie, victimes des attentats de la décennie noire. (Et le Milk Bar a encore, alors, été visé…). Nicole Guiraud, comme Danielle Chich, a refusé la haine (au contraire, elle a participé à des actions fraternelles de liens entre les rives). Mais elle a fait de la lutte contre le terrorisme son engagement principal, y compris par la création (comme dans son exposition « Survivre »), ou le partage avec des artistes algériennes (comme lors d’une exposition à trois en Allemagne, à Berlin.).

Ondes de choc… autour. Nous, individuellement, et nous, collectivement.

Le risque des fractures intensifiées, sur lesquelles les extrémistes tirent pour les accentuer. 

…Que ce soient les stratèges de l’islamisme, jouant sur la victimisation (inversant les rôles) et glissant petit à petit leurs codes rigides, qui veulent emprisonner les êtres corps et âmes, et les femmes d’abord. Manipulation et taqiya (avancer masqués). 

…Que ce soient les partis d’extrême droite, racistes, et leurs alliés, dédiabolisés ou pas, ou le fatras des complotistes et antisémites.. 

Une réponse est l’écran construit contre les haines diverses, les peurs, les ignorances. 

..Se méfier des obsédés qui pensent tout à travers le filtre de la peur de l’islam (confondant musulmans et islamistes). 

..Se méfier des idéologues complaisants qui se font complice des manipulateurs, par bêtise, conviction, intérêt. Les idiots utiles. A l'inverse de cela, Abdennour Bidar met l'accent sur la fraternité, sans négliger la lutte contre les intégrismes mensongers, et il développe un mouvement de citoyens... https://www.fraternite-generale.fr 

Résister.

Mais résister ne peut faire l’économie d’une vigilance concertée et totale pour débusquer les pièges des totalitarismes concurrents. 

..Soutenir IkhwanInfo (Mohamed Louizi, Soufiane Zitouni, Caroline Fourest, Antoine Sfeir, etc.…)… http://www.ikhwan.whoswho  

..Soutenir les messagers d’un islam du respect, de haute spiritualité humaniste, comme Planète soufie…http://www.aktab.ma/veille/  ou Fondation conscience soufie… http://conscience-soufie.com 

..Faire passer le message aux politiques, contre le clientélisme aveugle et la diplomatie de complaisance. 

..Soutenir les associations qui luttent contre le racisme et les confusions (liste Agir, marge gauche… ici).

26/10/2016

Silence, on danse… Silence, on médite… et tisse.

DANSE.jpg

 

« La danse est une forme de foi, une espérance, disait-elle. C’est une aspiration, le besoin d’atteindre un univers, une atmosphère, un état qui vous fait progresser, la recherche d’une vérité. »

Yvette Chauviré, danseuse étoile (citée par Rosita Boisseau, Le Monde, ample article du 20-10-16 qui lui rend hommage après sa mort, le 19 octobre) http://www.lemonde.fr/culture/article/2016/10/19/mort-de-... 

Avant le 19 octobre, je voulais, depuis quelques jours, faire une note brève sur Masatake Ito, danseuse qui laisse son corps bouger en fluidité totale, osmose étrange entre elle et le vent, l’herbe. Contemplant cet instant magique de beauté absolue (ode à la vie) j’avais associé cette fusion avec les éléments à la pratique du chi qong spontané : rien de formel mais un laisser faire de l’énergie qui décide du geste. On est, regardant sa danse, devant une prière cosmique. Les mains envoient leurs spirales en ondes immenses qui rejoignent le ciel lointain, et plus, mais l’ancrage est total, pieds arrimés à la terre, plongeant leurs racines invisibles. Quand j’ai lu cette citation d’Yvette Chauviré j’ai trouvé qu’elle correspondait aussi (en partie au moins) à ce qui émane de Masatake Ito (lien vers une vidéo, en fin de note : magie d’un instant). Autre association naturelle, celle qui concerne un livre, « La danse des femmes » de Rosina-Fawzia Al-Rawi (née en Irak), où la danse (orientale) est présentée, étudiée, comparée, dans la même perspective que ce lien que je fais entre danse et pratique du chi qong avancé. Danse avec ses rituels d’initié(e)s, son mystère, voie pour faire émerger ce qui peut sourdre au-delà des blocages physiques, émotionnels, ou mentaux, et mystère de l’accès à soi. Tout un savoir est là, transmis de génération en génération. (Éd. Almora, 2011). Présentation détaillée sur une page d’Amazon (citation : « Elle détaille précisément des exercices qui ouvrent les centres d’énergies et nous permettent aussi de retrouver une harmonie intérieure. La danse concerne tout le corps et Fawzia nous montre comment ressentir chaque partie du corps pour nous ouvrir à notre espace intérieur de vie et de vibration. En reliant également la danse orientale à la mystique soufie et notamment à la danse des derviches tourneurs, Fawzia explique la dimension mystique et ésotérique de cette danse. »). Lien vers cette page (et d’autres, dont l’édition) sur cette note du blog, de 2011 « Conscience sans objet ». (J'ai remarqué aussi qu’au 25-10-16 on trouve un entretien avec Abdennour Bidar au sujet de son dernier livre, « Les Tisserands, réparer ensemble le tissu déchiré du monde » : http://consciencesansobjet.blogspot.fr/2011/11/rosina-faw... 

Le titre de cette note s’est imposé, par l’association qui s’est faite naturellement entre danse, méditation, et silence (même si la danse est souvent soutenue par la musique). Silence, aussi, de la mort. L’étoile disait que les rôles mouraient et renaissaient, recréés par une danseuse après une autre qui cessait ou disparaissait. Silence, quand on fait des pauses, comme l’explique très bien Alain Gourhant dans sa note de blog, « Pause, silence et poésie ». Silence comme espace de devenir, de ce devenir non obsédé par le futur personnel du petit « moi » mais ouvert au tissage du monde (qui a, oui, besoin d’être réparé par tous les tisserands de liens et d’art) : http://blog.psychotherapie-integrative.com/pause-silence-...

Un documentaire a été consacré à Yvette Chauviré par Dominique Delouche, « Yvette Chauviré pour l’exemple ». Extrait sur cette page : http://www.filmsdocumentaires.com/films/1184-yvette-chauv... 

Sur la page de FranceInfo l’article sur la danseuse étoile disparue est complété par deux vidéos, deux moments forts (Giselle, Le Cygne) de cette « étoile étincelante » : http://culturebox.francetvinfo.fr/scenes/la-mort-d-yvette... 

Regarder Masatake Ito. Vidéo. Le son est un peu brouillé, mais ce qui importe est la danse du corps : on peut mettre sur silence si cela gêne… (Je n’ai rien trouvé d’autre sur elle, ni article ni lien quelconque.) : https://www.youtube.com/watch?v=bgGIUQr5uTU 

03/10/2016

Ni avancer, ni reculer. Avancer et reculer…

poesis,être présence,zen,tsai chih chung,tao,sagesses,spiritualité,alep,syrie,b.d.,bande dessinée,vipassana,goenka,joie,douleur,violenceJ’ai lu (diffusée par Etre Présence, sur Facebook) une page de BD. Tsai Chih Chung, reprend une sorte de koan zen d’un maître nommé ici Fayun… qui dit qu’il  ne faut ni avancer ni reculer, mais avancer ET reculer. Avancer, est-il écrit, c’est perdre le Tao, reculer perdre la manifestation, la vie, ne rien faire c’est être comme la pierre… 

poesis,être présence,zen,tsai chih chung,tao,sagesses,spiritualité,alep,syrie,b.d.,bande dessinée,vipassana,goenka,joie,douleur,violenceCe paradoxal enseignement de sagesse en bande dessinée (non dénué d'humour...) correspond à mon état d'esprit, en ce moment en tout cas. En fin d'après-midi, alors, je lisais (pause café en terrasse, comme j'aime). Et, sur ma table, les journaux avec un fatras d'horreurs et, quand même, des faits plus souriants. Mais la pensée de la Syrie, Alep, en arrière-plan de toutes les phrases. Après les journaux, plongée dans deux livres (relecture). Dans l'anthologie de Poesis, "Habiter poétiquement le monde", un texte d'Hölderlin, pages 23-24, et dans ce texte une phrase, dont je note la première partie : "C'est par la joie que tu t'efforceras de comprendre le pur en général, les hommes et tous les êtres...". La joie. Le message de toutes les sagesses. Et si loin des émotions liées à l'actualité. L'autre livre, de Goenka sur la méditation Vipassana (qui ne demande qu'être là, respirer, et, surtout, observer ce qui est ressenti : je résume...). page 129 (poche, Points Sagesses), il est écrit ceci, à propos des pensées qui viennent, interrogations, doutes, etc. : "Tout cela est le travail de la surface de l'esprit, mais la partie la plus profonde de l'esprit n'a rien à voir avec tout cela". (Et il relie la profondeur aux sensations perçues puis dissoutes, car la souffrance est notre propre création...). Et, dans cette BD, ce message : ni avancer, ni reculer, avancer ET reculer. La joie à l'horizon, dans ces trois lectures. A l'horizon de la poésie, si elle échappe aux rumeurs médiocres ressassées par l'esprit (et ce n'est malheureusement pas toujours le cas...). A l'horizon de la méditation. A l'horizon des espoirs de paix, du regard solidaire, contre la haine. Sauf que, rappelle la science (cf. article du Monde daté 30-09, signé par Nathaniel Herzberg) "La violence humaine s'enracine dans l'arbre de l'évolution". (Bien sûr, mais nous avons aussi en nous un autre centre, qui refuse de se limiter à cet enracinement...). Donc, malgré tout, croire en la joie. Et tenter l'harmonie... (J'hésite entre point d'interrogation et points de suspension...). Donc : ...???  Comment traduire cela pour penser l'actualité sans se perdre, c'est cela qui importe, et il y a matière...

Les bandes dessinées de Tsai Chih Chung qu'on peut trouver à la FNAC (par exemple) : http://recherche.fnac.com/ia312443/Tsai-Chih-Chung

Poesis éditions : http://www.poesis-editions.fr

14/09/2016

Le Dalaï Lama en France. Manque de courage…

TIBET.jpgManque de courage des uns, engagement des autres, par des signes…

Plus qu’au rôle spirituel je m’intéresse là au symbole politique (même si le Dalaï Lama est moins engagé dans ce sens). 

Sans idéaliser le Tibet historique (société très hiérarchisée dont l’évolution était apparemment bloquée) on ne peut être insensible aux réalités de l’occupation chinoise : persécutions, violence, et volonté de détruire la culture originelle dans tous ses aspects.

Mais la Chine faisant pression, pas de rencontre officielle… 

Huffington Post. pas de rencontre officielle, mais le Dalaï Lama a « croisé » Emmanuel Macron… http://www.huffingtonpost.fr/2016/09/09/dalai-lama-visite... 

Une évolution dans la perception… La Croix… http://www.la-croix.com/Religion/France/Pourquoi-le-dalai... 

Protection, mais pas d’honneurs officiels. Libération… http://www.liberation.fr/france/2016/09/13/le-dalai-lama-... 

« Politiquement encombrant… ». Libération… http://www.liberation.fr/france/2016/09/12/le-dalai-lama-... 

Mais des sénateurs (groupe d’information pour le Tibet) des députés, et donc Emmanuel Macron, ont rencontré le Dalaï Lama. JDD…  http://www.lejdd.fr/Politique/Apres-s-etre-fait-raser-Mac...  (« "J'ai vu le visage de la bienveillance." C'est par ces termes, accompagnés d'une photo, postés sur son compte Twitter qu'Emmanuel Macron a indiqué avoir rencontré le dalaï-lama lundi. Ce dernier lui remet une "khata", une écharpe traditionnelle de bienvenue.

L'entrevue, qui s'est déroulée dans un grand hôtel parisien, a permis à l'ancien ministre et au chef spirituel tibétain d'échanger "sur le fait religieux, la liberté religieuse, le rôle des religions dans la société", selon l'entourage d'Emmanuel Macron. "Des gens qui se connaissent dans les entourages [des deux hommes] ont organisé" cette rencontre. »)

10/09/2016

Terrorisme, un autre regard…

MORT PEUR.jpgEn cherchant des infos sur le festival O+O, programmé Butte aux Cailles, à côté de chez moi, j’ai trouvé ce message « Terrorisme - Le festival O+O est annulé. La mort dans l'âme, nous avons dû annuler le festival O+O de Paris 2016. » 

Source, blog, « Les armes secrètes de la poésie » : http://armesecretepoesie-axodom.blogspot.fr 

Et site : https://sites.google.com/site/axolotletdominiqueguillerm/... 

Mais sur le blog, à côté de l’information, en évidence, un lien vers un autre site, pour le texte de Thich Nhat Hanh, « Des clés pour faire face au terrorisme », 2001 : http://maisondelinspir.over-blog.com/2015/01/des-cles-pou... 

MAINS.jpgLe hasard crée un lien entre des notes et des réflexions. Ce texte de méditant au 3è oeil ouvert est à lire en prenant le temps de sortir des rails habituels de la pensée et des émotions associées au terrorisme. On peut au moins garder en arrière-plan la perspective d’un autre regard sur la réalité… tout en pensant que l’annulation ne pouvait guère être évitée, dans le contexte… 

Et voilà comment une journée mène de la poésie au terrorisme et du terrorisme à des paroles de sagesse… Faire prendre conscience d’une violence présente dans le monde, co-créée par tous, dont le terrorisme serait une des conséquences, symptôme d’une maladie générale. Même si l’obstacle est cependant cette fascination perverse qu’exercent des idéologies fanatiques qui n’ont besoin de nulle raison pour créer une emprise totalitaire. Instinct de mort et ignorance mêlés donnant, suivant l’époque, nazisme ou islamisme. La réponse serait alors une transmutation totale de l’esprit humain, transformation collective vers une sorte d’éveil global. En commençant par le refus de réagir en miroir à la violence.

Sur Thich Nhat Hanh, un article du Monde « L’Éveillé du Village des Pruniers », repris par le site meditationfrance.comhttp://www.meditationfrance.com/enseigne/hanh.htm 

Mise à jour… J’ai entendu (radio, France-Info) un chef d’entreprise français, qui travaillait dans les tours lors du 11 septembre, et avait réussi à être évacué avec ses employés, mais avait vécu, évidemment, des moments très traumatisants (notamment quand il était dehors et qu’une tour s’était écroulée, mettant le quartier dans la nuit, « une nuit plus noire que la nuit » dit-il). Sa réflexion porte surtout, actuellement, sur le vide de sens du monde actuel, qui mène les gens vers des solutions terrifiantes. Répondre au terrorisme c’est aussi redonner du sens au monde.

J’ai suivi, aussi, une partie d’une émission sur la 5, où Dounia Bouzar insistait sur le fait que chercher des causes nationales aux attentats était un leurre, le terrorisme « impactant le monde » et l’Ei s’adaptant aux situations locales pour trouver un langage qui touche les failles, la causalité principale étant idéologique, à la source.

Complexité des regards. Au centre, le sens à donner au réel…

25/07/2016

Contempler la terreur en soi... ou être (tenter d'être?) et agir.

mms_img1004210911.jpgTerrorisme, terreur, nuit qui obscurcit aussi le regard qu’on porte sur le réel. Il y a des faits et il y a la course aux informations, ou plutôt aux hypothèses qui précèdent les informations. Hâte de beaucoup à interpréter avant même de pouvoir nommer (réseaux sociaux, chaînes en continu). Théâtre vain des certitudes et des projections. Fascination pour la peur, la sienne et celle des autres. Au point qu’on sent parfois dans des mots et des phrases une malsaine jubilation à voir conforter par un fait dramatique une opinion qui le précédait. Il n’y a plus alors de place en l’être pour l’empathie authentique. A cela opposer la lenteur. Légitimes sont les émotions et la tristesse devant l’horreur et la souffrance, mais pas que s’y glisse une sorte de complaisance à se regarder être bouleversé, ni une satisfaction de l’ego à se reconnaître dans des miroirs conformes aux croyances communes, y compris quand elles s’affirment dans d’apparents schémas « d’incroyance ». Comment penser, quand on a lu les analyses contradictoires des uns et des autres, observé les postures, vu les polémiques, risqué la contagion des passions, pris distance en refusant l’obsession guerrière? Par la lenteur et le retour aux questionnements essentiels. Avec l’aide de quelques textes qui sont passés par le filtre de la méditation ou du recul silencieux… Comment agir? En pensant lentement, en dénonçant intégrisme(s) et fascisme(s), et idéologies de haine, d'où qu'elles viennent. Porter une autre parole...

….

CITATIONS…  

 « Non pas faire comme si de rien n’était, mais comme si rien ne pouvait nous empêcher d’être ». Christophe Claro, écrivain, tweet posé après le 14-07-16. (signé Claro).

« La vraie vie est multiple, complexe, impure : tous les bons romans sont là pour nous le dire. » Tarun Tejpal, cité par Florence Noiville, Le Monde, 02-11-12

« C’est notre propre humanité qui est comme attaquée et niée… Notre première réaction est sans doute de vouloir réagir immédiatement, mais en un sens très profond, dans une telle situation, il est bon de commencer par ne rien dire et garder le silence. Même si cela n’est plus très audible aujourd’hui, le silence, en son sens fort, n’est pas la négation ou la privation de parole, mais une manière très profonde et très digne de dire et de se tenir. Une manière profondément éthique d’être. » Fabrice Midal (enseignant de méditation, auteur, éditeur, co-rédacteur de la revue Ultreïa pour des chroniques diverses, sur la poésie notamment), post, page Facebook,  fragment d’un message posé après le 13 novembre 15 (page Facebook publique), et reposé après Nice. Site : http://www.fabricemidal.com/a-propos-de-fabrice-midal/liv... 

13 NOVEMBRE, 14 JUILLET… « Les temps actuels, par leur intensité, nous obligent à réaliser de profondes prises de conscience. La principale doit nous conduire à mesurer notre responsabilité dans le déroulement et le contenu du spectacle du monde. » (…) « Les temps ne sont plus à commenter avec effroi, stupeur, colère, indignation, résignation ou sentiment d'impuissance ce qui se joue devant nous, comme si cela était séparé ou indépendant de nous, comme complètement coupé de nos scénarios intérieurs. Car, que nous l'assumions ou non, ce qui se joue devant nos yeux est le fruit de nos entrailles. » (…) « Tout ce contre quoi nous luttons se renforce. Mettre toute notre énergie dans la riposte revient à focaliser nos efforts vers la haine et la peur. » (…) Nous sommes responsables de la façon dont nous regardons le monde. » (…) « Combien de temps allons-nous perdurer dans ces archaïsmes qui ont mené l'Humanité dans sa posture actuelle ? En vérité, la décision nous revient. Elle est intérieure. Elle est notre responsabilité collective et individuelle d'êtres humains dotés de conscience. » Gregory Mutumbo (ancien militaire que la guerre a transformé)… http://www.lasymphoniedesames.com/13_novembre.html 

« Ah, nous avons tout cela en nous : Dieu, le ciel, l’enfer, la terre, la vie, la mort et les siècles, tant de siècles. Les circonstances extérieures forment un décor et une action changeants. Mais nous portons tout en nous et les circonstances ne jouent jamais un rôle déterminant. Etty Hillesum, « Une vie bouleversée », Journal, 3 juillet 42.

Terrorisme, terreur, réactions. Par Yuval Harari, historien, université de Jérusalem. Auteur de « Sapiens. Une brève histoire de l’humanité », Albin Michel. Une réflexion qui fait des détours et sort des chemins balisés par la fascination de la peur… A rebours des commentaires et analyses  les plus courants… http://bibliobs.nouvelobs.com/idees/20160331.OBS7480/la-s...

( Photo. © MCSJ. Affiche déchirée, symbole des fractures…)

06/06/2016

Ramadan, réalité et regards pluriels...

ARKOUN.jpgRespect. Pour ceux qui choisissent de le faire par désir de vivre une spiritualité ou une culture, et qui ne sont pas forcément de sombres intégristes...! Occasion de sortir des visions schématiques. On peut avoir une autre religion, être agnostique, ou athée, et respecter les choix des autres. 

RAMADAN... D’authentiques laïques le font, pour des raisons spirituelles qui leur sont propres.

Je ne supporte pas plus les certitudes trop affichées d'un athéisme militant que les rigidités de croyants trop conformes, ou dogmatiques. A lire les commentaires sur les réseaux sociaux, il est évident que le doute manque, là où on en fait parfois un précepte à imposer... aux autres. La raison, c'est aussi le temps de l'humilité, pas de l'hystérie militante. Il y a les Lumières des philosophes, il y a la lutte contre tous les intégrismes (tous...), et il y a aussi le constat culturel : la réalité est complexe, la conscience a plusieurs chemins. Et les sagesses diverses, issues de voies qui pensent la transcendance, ont donné de hautes pensées, de grandes oeuvres : une autre manière de penser aussi les Lumières. Lire ou relire les textes des soufis (ou ce simple roman, assez magique, "Soufi, mon amour", d'Elif Shafak, disponible en 10/18, qui contient trois livres en un...)... pour prendre un peu de distance avec une raison qui serait, elle, dogmatique, et donc pas si rationnelle que cela. 

Et, évidemment, là où le jeûne est obligatoire, si on réprime des gens qui le refusent : engagement total pour les soutenir. De même, soutien, si on réprime quelqu'un pour son refus de croire. Liberté de conscience…

Et le VOILE (signe-symptôme, dans ces temps de ramadan, ou en dehors, et dans ces temps de terrorisme…). Il y a deux postures idéologiques hystériques : le voile donné comme norme obligatoire, valeur, etc. (piège islamiste, support de propagande du wahhabisme saoudien religieux et politique), d’un côté, et, d’un autre côté, le soupçon porté systématiquement sur toute femme voilée (cf. petit voile discret sur les cheveux, pour des raisons qui peuvent être fort diverses). L'hystérisation du débat (dans un sens ou son contraire) ne peut qu'aider les radicaux et donner du pouvoir, donc, aux extrémistes intégristes. Si la position sur le voile devient une sorte de code de reconnaissance pour montrer qu'on est du bon côté des croyants ou du bon côté des laïques (et caresser son ego en exprimant un mépris agressif des femmes voilées), c'est aussi dangereux que l'aveuglement sur les raisons des radicaux de faire du voile un marqueur politique. C'est là que la complexité du regard et de la pensée est plus que nécessaire (même si ce n'est pas facile). D’autant plus que, foi ou incroyance, ramadan assumé ou rejeté (respecté, qui que l’on soit, ou moqué), islamisme dénoncé (et ses variantes salafistes aux doux masques) ou flatté par complicité idéologique objective, voile questionné ou voile-thème d’un refus obsessionnel… dans tous les cas, exprimer une opinion sur ces sujets fera croiser des commentateurs qui chercheront alliance pour de tout autres raisons idéologiques (ou politiques), donc à l’opposé de ce qu’on tente de définir comme repères universels. L’apparent accord sur un point (cf. le voile) risque de légitimer des positions haïssables (carrément racistes, par exemple). Il reste à penser sur le fil du rasoir…

GHALEB.jpgMais, dans le temps de ce mois, on peut saisir l’occasion de s’interroger sur ce que l’on sait de l’islam et des textes issus de l’islam (commentaires, mystiques).

 

 

 

 

Le ramadan, infos… 

Explications minimales de L’Internaute : http://www.linternaute.com/actualite/societe/1233170-rama... 

Fiche wikipedia, le ramadan:https://fr.wikipedia.org/wiki/Ramadan 

Article de L’Obs, 2012 (mais questions toujours actuelles), « Le ramadan entre spiritualité et business » : http://leplus.nouvelobs.com/contribution/597267-le-ramada... 

RUMI.jpgLa voie spirituelle la plus haute dans l’islam est le soufisme. On peut lire cet article qui présente un ouvrage d’Eric Geoffroy, islamologue spécialiste du soufisme (et voir des liens vers plusieurs autres articles sur le thème du soufisme, avec des pistes de recherche ou lecture), SaphirNews : http://www.saphirnews.com/Eric-Geoffroy-Le-soufisme-mode-... 

Même site, saphirnews, interrogations sur ce qu’est l’islam, et liens vers des articles, des livres… http://www.saphirnews.com/Islam-spirituel-et-soufisme-viv... 

Un passionnant article sur Eva de Vitray-Meyerovitch « chercheuse d’absolu »… http://www.saphirnews.com/Eva-de-Vitray-Meyerovitch-une-c... 

La chronique d’Eric Geoffroy dans la revue Ultreïa… « L’instant soufi » : http://revue-ultreia.com/rubriques/chroniques/linstant-so... 

Sur l’islam, un dossier de la revue Ultreïa (le numéro 3, printemps 2015, qui peut être commandé à l’édition, « L’islam contre l’islam »). Sommaire : http://revue-ultreia.com/revue-par-numero/?numero=1572 

Le ramadan… Mais le contexte de la présence de l’islam dans la société est un aspect important aussi. Les débats, les faux débats, les regards extérieurs. La spiritualité et le fondamentalisme (à l’opposé). Ce que recadre Abdennour Bidar dans cet entretien, Libération, mai 2015 : http://www.liberation.fr/debats/2016/05/05/abdennour-bida...

Et si on doit penser (en associant religion et problèmes de l'actualité violente) aux dérives du jihadisme meurtrier, il sera utile de relire ce texte de Chahla Chafiq, qui, pourtant dans un refus radical du fondamentalisme, considère qu'il faut sortir de cette vision qui voit dans la religion la source ou la solution de tous les problèmes. Non, dit-elle, ce qu'il faut c'est retrouver le sens de l'humanisme laïc. L'humanisme... A lire et méditer... http://bit.ly/1xQNS8G

BIBLIOGRAPHIE. L’islam (dont études sur le Coran), La Procure... http://www.laprocure.com/rayons/islam.html 

BIBLIOGRAPHIE. Le soufisme, librairie La Procure : http://www.laprocure.com/instant-soufi-eric-geoffroy/9782... 

……. Côté ombre…... 

Menace de Daesh sur le ramadan, Direct Matin, 05-06-16 http://www.directmatin.fr/monde/2016-06-05/la-menace-daes... 

Et autre menace possible (sur l’Euro et le ramadan) d’extrême droite (l’histoire de cet homme arrêté avec armes et explosifs), et chez qui on a trouvé un vêtement avec un sigle d’un groupe d’extrême droite : « L'étrange et dangereux arsenal du français arrêté en Ukraine ». Mais prudence (peut-être n’est-ce « que » trafic d’armes). A moins que ce ne soit une manipulation ukrainienne (???) : http://www.leparisien.fr/faits-divers/l-etrange-et-danger...

25/05/2016

"Vent immobile", ou écrire la "soif d'autre chose", pour et par la soif d'autre sens...

IMMOBILE.jpg« De Charles Duits, longtemps j’ai gardé l’image de l’homme qui était entré dans l’éclairement. Il se tenait debout au bord d’une haie de laurier, comme en équilibre dans la lumière verticale. Chaque pétale de fleur faisait éclore une éternité. Tout autour, un vent qui n’eût fait aucun bruit emportait tout. » 

Christian Le Mellec (« Vent immobile », éd. Le bois d’Orion, p. 15)

« Maintenant, je sais au moins nommer l’objet de mon ambition. Je sais que je cherche l’illumination. Je veux devenir ce qu’est devenu le prince Siddhartha sous l’arbre de la Bodhi. »

Charles Duits (cit. p. 38)

Chercher, c’est peut-être cela, le piège, malgré les heures lumineuses particulières et rares où la conscience touche l’être essentiel de son oeil interne. Des sages, peut-être plus stables dans leur perception de cet autre bord de soi (Soi?) disent que la recherche est l’obstacle, car elle propulse dans l’illusion du temps. Mais ici, peu importe. Ce qui compte, dans les itinéraires de Charles Duits,  de René Daumal, ou des deux autres poètes étudiés dans cet ouvrage, c’est la hauteur de l’exigence qui fait de l’écriture poétique une expérience spirituelle. Mais ils savaient que la sagesse des grands initiés (des grands éveillés?) a produit ce qu’il y a de plus intense dans le domaine de l’écriture, sans qu’il y ait une quelconque ambition littéraire, quand les mots sont juste là pour traduire et partager cet autre côté du miroir entrevu par des esprits au sommet de l’humain, et que c’est un souffle qui crée, pas un désir de créer. Ecrivains du Tao, soufis, ont-ils voulu produire une oeuvre? Non, pas d’abord cela. Graver du sens, oui… C’est pour cela que Charles Duits ne sait parfois plus s’il adore ou hait l’écriture (p. 62) et qu’il veut lâcher ce titre « d’écrivain » (p.9). Car « écrivain » ce n’est pas suffisant, c’est au-dessous de l’horizon de l’illumination. N’être « que » cela ne serait pas l’aboutissement entrevu et rêvé, peut-être atteint partiellement. Et que serait cette minuscule réussite, ce pauvre orgueil, comparé à la totale transformation d’un Bouddha? Rien. 

Quand on passe de la transcription de ce programme (vie et poésie), visant l’essence de l’être, à la lecture d’entretiens bouffis de suffisance ou de mièvrerie, comme on en voit malheureusement souvent, on ressent l’envie de retrouver le doute de ces auteurs-là. Et on ressent, devant certains catalogues (ou certaines bibliographies trop chargées d’oeuvres accumulées), un sentiment d’oppression, l’étouffement sous le cumul de tant d’inessentiel (le vide chef d’œuvre hebdomadaire de suppléments littéraires…). Le plein quantitatif qui cache le vide qualitatif… Eux c’est le contraire. Le seul vide dont on puisse parler au sujet de Duits, Daumal, Guez Ricord, ou Bhattacharya, c’est celui du dévoilement, du renoncement aux vanités. Mystique du verbe.

Ces parcours d’écriture associent un travail sur la langue, les mots, le sens, à un travail sur soi, y compris par la méditation (méditation et/ou pratiques, qui permettent de brûler ce qui ferait obstacle à l’âme). Chercher un sens au-delà du sens apparent, dedans dehors. Ce sont des itinéraires visionnaires. 

Passant par la recherche éperdue de connaissance (René Daumal, Charles Duits). Jusqu’à, par exemple (Daumal) apprendre le sanskrit.

Ou provoqués par une expérience mystique spontanée (Charles Duits), qui vécut ce dont semble parler aussi Eric-Emmanuel Schmitt (« La Nuit de feu »).

De quoi témoigne leur écriture? D’un éveil? (Comme celui de certains êtres rares, qui savent avoir vécu un basculement dans une autre dimension d’eux-mêmes, et en tirent surtout plus d’humilité). Non. Je ne crois pas que ce soit exactement de cet ordre. Il y  a encore trop de douleurs et d’ombres qui entravent. Trop de présence encore du « moi », malgré tout.

Éveil? Non. Mais pas loin…

Car ils témoignent de plusieurs choses importantes, au bord de ce rivage-là.

… Des moments de foudre où leur conscience d’être humain « normal » a laissé passer la lumière du Soi. C’est vécu, c’est réel, c’est écrit, c’est possible. Une transcendance intérieure peut se capter ou se frôler, et se dire. Le duende de Lorca. 

… Des capacités visionnaires qui font percevoir à distance, et lire signes et synchronicités. On peut croire que c’est fou. On peut croire que c’est simplement vrai.

… De cette part spirituelle qui passe par la poésie, qui peut-être est la seule poésie qui vaille. 

… D’une humanité connectée (Orient rejoint, su avant même la rencontre).

… De l’importance du regard. Que ce soit par la création picturale (Guez Ricord), ou par l’acuité visuelle donnée en métaphores (ou pas : oeil central...).

… D’une litanie de poètes à hauteur d’exigence, fraternité de création et d’âme qui traverse les époques (Hugo, Nerval, Rimbaud, Michaux, Jamme… etc.).

… De la permanence d’expériences surprenantes (« parler en langues »…) qu’on peut prendre pour des inventions farfelues ou des symptômes de folie, mais qui sont pensées par d’autres comme le signe d’une brèche ouverte dans l’illusion du mental aveugle. Les yeux sonores…

La démarche du poète, telle qu’ils la vivent, est loin d’une certaine littérature (peut-être même loin de la littérature en général, sa dimension étant autre). Car il faut s’éloigner des pièges de systèmes construits dans le cadre d’une rationalité étouffante (à force de barrières) et impuissante à transmettre ce qui transcende les fausses apparences. (Daumal aura exprimé cette volonté de rupture avec la part stérile de la philosophie occidentale).

Ils mettent en question les finalités littéraires limitées qui n’auraient pas évacué les ambitions du petit « moi », ce personnage qui se pense « écrivain » d’abord, pas âme en chemin surtout. 

Daumal parle, au sujet de la poésie, telle qu’elle se publie beaucoup, « pour les neuf dixièmes » de « bluff éhonté, de mascarade, d’ignorance de tout (…) d’irresponsabilité, de vanité, d’amour-propre aux dix millions de replis, et de paresse… »). Il faut lire attentivement les pages 116 à 119 qui résument l’analyse que fait René Daumal des différentes manières d’être poète (ou paraître poète). « Poésie noire » (trouvailles, méthodes, « inspiration » et basses oeuvres d’une carrière vouée à soi-même, plaisirs et mensonges de l’ego…) et « poésie blanche » (écriture capable de se mesurer à tous les risques nécessaires pour créer l’espace de ce qui pourrait advenir  et concerner l’humanité dans sa dimension collective, cosmique). Jusqu’au possible silence. Une éthique, et du sens... 

Cela n’est pas séparable d’une difficile et longue entreprise de déchiffrement de soi, ce dévoilement par un travail intérieur, où il faut tuer ce qui perdure d’indigence en soi. Mourir à soi pour naître autrement (p. 119). 

Liens… 

« Vent immobile », 2012. Extrait (qui donne la clé du titre) et quatrième de couverture (site de l’édition, Le Bois d’Orion) : http://www.leboisdorion.fr/vent_immobile_bhattacharya_dau... 

Document PDF : présentation du livre, sommaire, bibliographie :  http://www.bldd.fr/productdocumentation/9782909201535_0.pdf 

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Sorgue n°6, revue, 2006, « Poésie comme exercice spirituel. Attention et ouverture ». Christian Le Mellec   : http://www.leboisdorion.fr/sorgue_n6_poesie_comme_exercic... 

Catalogue de l’édition : http://www.leboisdorion.fr/catalogue-14.html 

Le Matricule des Anges, article 1998... http://www.lmda.net/mat/MAT02220.html 

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Sur la poésie, expérience spirituelle, lire aussi, revue Ultreïa,numéro 6 (Hiver 2016), la chronique de Fabrice Midal (dans le même numéro, un dossier sur René Daumal). Lire les poètes majeurs (dont plusieurs sont cités dans les chapitres de Christian Le Mellec : car lus ou croisés par ces quatre auteurs…). Lire les soufis…  les textes du zen. 

Sur l’éveil, lire les livres de Jeff Foster (par exemple), ou les témoignages regroupés sous le titre « Témoins d’éveil » par la revue 3ème millénaire, consulter le site Eveil.org (et ses liens), le site d’Etre Présence (et les rencontres proposées). 

05/04/2016

"Dieu par la face Nord"...

DIEU.gifL’article (Le Monde, lecture, par Emmanuel Carrère) n’est pas lisible intégralement en ligne… Dommage. La réflexion rejoint celle d’Abdennour Bidar, je trouve, par cette recherche d’une rationalité dans un au-delà de la religion et de l’athéisme. Emmanuel Carrère parle avec enthousiasme d’un livre qu’il dit avoir lu trois fois et vouloir relire, tant il est enrichissant. Livre… sur Dieu, de quelqu’un, Hervé Clerc, qui n’est croyant d’aucune religion (mais peut avoir le « goût » de certaines, par attrait pour ce qu’elles expriment de sens ou recherche de sens, de ce mystère des questionnements humains, de l’intériorité humaine). Ni croyant, ni athée, agnostique, mais pas de ceux qui sont indifférents à ce qui participe de l’interrogation métaphysique : « Qu’est-ce que je fais là? Et c’est quoi "je"? Et c’est quoi "là"?». La face Sud de Dieu ce serait l’image populaire transmise par les religions, le personnage mythique et simple qui ne répond pas aux questions essentielles. La face Nord ce serait l’intangible qui n’a plus de visage, qui n’est plus rien de ce que les religions veulent nommer. Peut-être plus proche de ce que les mystiques fréquentent et dont les agnostiques ne se moquent pas car l’humilité du non-savoir ne se satisfait pas de la dérision… Cette pensée rejoint une sagesse questionnante, fascinante quand elle repense nos crises comme une sorte de marche vers une modernité qui dépasse le « Dieu est mort » de Nietzsche pour nous faire accéder à un autre devenir du sens. Notre pensée collective inconsciente est peut-être en train de construire une autre approche de l’ontologie fondamentale. Notre réalité, malgré toutes les horreurs qui submergent émotionnellement, est peut être moins sombre que ce que l’on croit. Je relève un passage de cette ample (et passionnante) recension : « Je pense que c’est un livre essentiel, qui pressent quelque chose qui est en train d’advenir et qui est tellement grand qu’on ne peut pas le voir : ce qui se lève et grandit au crépuscule de Dieu, la face nord. » En tout cas, moi, demain, je vais chez mon libraire… http://www.lemonde.fr/livres/article/2016/03/23/l-ascensi... 

Document de l’éditeur, éd. Albin Michel. Citations : « Le mot dieu est ambivalent. Il a un adret et un ubac. Une face sud et une face nord. » (…) « Dans une démarche et un style uniques en leur genre, Hervé Clerc nous invite à un voyage ascendant vers une réalité ineffable et cachée, qui a peu de chose à voir avec le « Dieu » que l’on nie ou confesse habituellement. »... http://www.albin-michel.fr/multimedia/Documents/espace_jo...

ROY.jpgDeuxième passage de cette chronique, qui donnera envie de lire deux autres ouvrages. Celui d’Emmanuel Carrère, qu’il mentionne, pour son rapport avec la « conversation » menée à deux (recherches et écritures tissées par l’amitié).  Celui d’Hervé Clerc, essai sur le bouddhisme de quelqu'un qui n’est pas bouddhiste. Parcours qui peuvent se faire en marge, parallèlement (pour ceux qui aiment croiser leurs lectures), ou pour préparer la fréquentation de la pensée d’Hervé Clerc (dont j’avais aimé « Les choses comme elles sont »). 

CITATION : « Dans mon livre, Le Royaume (POL, 2014), j’ai essayé de tracer son portrait et de faire entendre l’écho de la conversation que nous poursuivons depuis vingt-cinq ans, tout en marchant sur les sentiers de montagne du Valais. Dans cette conversation, je tiens le rôle de l’agnostique, et lui – du « croyant » ? Vous n’y êtes pas. Vous n’y êtes pas plus que cette personne à qui je recommandais son livre sur le bouddhisme, Les Choses comme elles sont (Folio, « Essais », 2011), et qui me disait : « Mais alors, il est bouddhiste, ton ami ? » Non, il n’est pas bouddhiste. Il n’est pas davantage hindouiste ni musulman, bien que son nouveau livre poursuive l’enquête à partir des noms de Dieu dans l’hindouisme et l’islam. »

CHOSES .jpgVoir aussi, sur le livre d’Hervé Clerc, « Les choses comme elles sont », la page de l’éditeur: http://www.gallimard.fr/Catalogue/GALLIMARD/Folio/Folio-e... 

… Et cette lecture, riche recension, de Sébastien Barbara : http://www.actu-philosophia.com/spip.php?article417 

Sur « Le Royaume », voir la critique d’un blog hébergé par l’Express (« Les 8 plumes »), rappel sur le fait que ce livre qui parle de religion est écrit par quelqu’un qui est sorti de la religion, mais dit être « troublé » par le fait d’avoir cru (et donc avoir envie de questionner la croyance et ce qui fait sa matière) : http://blogs.lexpress.fr/les-8-plumes/2014/10/30/21725/ 

© MC San Juan (TramesNomades)

03/04/2016

Penser ombre et lumière, sauver le sens : Abdennour Bidar et Kamel Daoud

BIDAR.png2012. Regard d'Abdennour Bidar sur des "récurrences tenaces". Et la lumière quand même… 

2015. Réflexion de Kamel Daoud. Pour que le sens (cherché, ouvert) ne soit pas pris en otage… 

Je retrouve par hasard ces deux textes en même temps. Publiés à trois ans d’intervalle, ils se croisent exactement pour se rejoindre et nous aider à comprendre ce qui est à l’oeuvre actuellement : les attaques contre Kamel Daoud et l’enjeu majeur (soutenir cette voix, la conscience, la laïcité pour la démocratie - sauver la pensée). A travers la force de cette voix soutenir aussi celle des poètes prisonniers (Arabie saoudite, Qatar…). Refuser les injonctions qui traversent les frontières, les compromissions, le silence honteux, les alliances honteuses avec l’oppression. 

Relecture de l'entretien d’Abdennour Bidar (propos recueillis en 2012, Le Monde des Religions) pour penser les attaques contre Kamel Daoud et être plus armé pour le défendre, en mesurant mieux le contexte 2012-2016 (et suite…).

« Comment sortir de la religion », entretien de 2012, donc… Mais explication par avance des racines des alliances entre sociologues et traditionalistes (ou carrément, cf. tribune des 19, entre sociologues et islamistes). Citation : « Les traditionalistes musulmans deviennent de plus en plus sociologues et certains sociologues, vaincus par leur empathie naturelle, viennent de plus en plus au secours des traditionalistes musulmans. » Cette phrase introduit sa réponse à la dernière question de l’entretien, où il précise ce qu’est cette alliance, ce qu’est le contexte (« crise spirituelle » et « sous-culture religieuse ») et ce que sont les « récurrences extrêmement tenaces et critiquables » présentes dans les sociétés musulmanes. Il évoque (en musulman et islamologue), ses fortes divergences avec Tariq Ramadan. Il parle du présent de 2012, mais ce qu’il dénonce se déroule là, en 2016, accentué, évident, plus destructeur encore, et plus assumé. Les attaques contre Kamel Daoud sont à situer dans ce qu’il dit de ce contexte de compromission intellectuelle, de dévoiement de la pensée tombée dans le piège d’une idéologie fourvoyée par complaisance politique à la domination du religieux… Alors qu’on entre dans l’ère de la fin des religions (pas de la spiritualité : des religions)… Cet entretien n’est pas un plaidoyer pour l’athéisme, rien de tel (Abdennour Bidar est plus proche d’un mystique que d’un athée, quand on le lit). Il traite de la fin de la religion (de la religion, pas de la spiritualité ou d’un rapport à la transcendance) pour penser une troisième voie, qui se situerait « par-delà religion et athéisme ». (Réflexion développée dans un ouvrage titré « Comment sortir de la religion », éds Les Empêcheurs de penser en rond / La Découverte, 2012)... http://www.lemondedesreligions.fr/culture/abdennour-bidar... 


mms_img1824734821.jpgRetour vers un texte de Kamel Daoud sur Tunisie Focus
, avril 2015… « Il faut être laïc pour sauver la religion ». Car les attaques contre Kamel Daoud veulent (en posant le soupçon de la dite « islamophobie ») donner de lui une image trompeuse (à laquelle adhèrent parfois ceux qui le défendent, soupçon d’islamophobie en moins mais confusion commune). Kamel Daoud n’est pas dans un combat contre la religion en tant que telle, ou contre les démarches de ceux qui cherchent un sens transcendant. A le lire on comprend qu’il combat les manipulations, les idéologies meurtrières, et, justement, la pollution des concepts qui permettent de penser les questions des êtres humains sur le sens et les réponses qu’ils se donnent. Il n’est pas un militant de l’athéisme, mais un penseur de la laïcité (celle, sans adjectifs, qui respecte autant  les croyants que les agnostiques ou les athées).  

CITATIONS… « Dans le monde dit ‘arabe’ c’est le ciel qui trace les frontières de la Terre et transforme les nations en nuages éphémères. C’est le nouveau siècle et les pays du coin sont des tracés sur le sable…» (…) « Le ciel s’y joue et tue l’homme qui passe ou s’y attarde. Cela se passe ainsi quand on ne sépare pas religion et État, péché et délit.» (…) « Les religieux sincères devraient être les premiers à défendre la laïcité. » (…) « Sauf que le mot a mauvaise presse, sali par ceux-là mêmes qui disent que la laïcité est un crime contre Dieu et un complot de l’Occident. Cela se comprend : l’assassin défend son masque. S’il vous dit que séparer la religion et la politique est un péché c’est parce qu’il fait de la politique au nom de la religion. » (…) « Séparer l’État de la religion sauve al religion de ceux qui la salissent et la manipulent. » (…) « Cela permettrait de libérer une religion de la prise d’otage par la violence. C’est alors que l’on parlera de l’homme, de l’amour d’un Dieu, de sens, de vision, de conviction…»... http://www.tunisiefocus.com/politique/il-faut-etre-laic-p... 

Chroniques de Kamel DAOUD, Impact24.info http://www.impact24.info/category/chroniques/kamel-daoud/ 

Articles de Kamel Daoud, Le Quotidien d’Oran, sur Djazairess… http://www.djazairess.com/fr/author/Kamel+Daoud 

Chronique régulière dans Le Point : http://www.lepoint.fr/journalistes-du-point/kamel-daoud

……….

« Cultures d’islam », Abdennour BIDAR sur France Culture, les émissions : http://www.franceculture.fr/personne-abdennour-bidar.html

Article, Abdennour Bidar, octobre 2010, « L’absence de spirituel est un problème, pas l’islam ». CITATION : « Ici en France, une laïcité mal comprise nous a fait expulser hors du champ public toute recherche en commun d’un souverain bien spirituel… Or, cette laïcité française est une chance, si aujourd’hui nous nous en saisissons pour chercher tous, avec nos musulmans, dans le respect et la compréhension mutuelle, ce qui en amont de la dignité de la personne humaine la fonde spirituellement. »... http://www.lemonde.fr/idees/article/2015/10/27/l-absence-... 

Livres d’Abdennour Bidar (en rapport avec le sujet traité ici) :

« Comment sortir de la religion », éds. La découverte, coll. Les empêcheurs de penser en rond, 2012. (Sortir de la religion n’est pas, pour lui, sortir de la possibilité de penser la transcendance, mais se libérer des instances qui imposent leurs dogmes. De même, Kamel Daoud, défendre la laïcité, valeur de liberté, ce n’est pas vouloir la disparition des dimensions religieuses, c’est refuser leur instrumentalisation politique. Ils se rejoignent dans l’exigence d’une raison lumineuse…). http://www.editionsladecouverte.fr/catalogue/index-Commen...

et...  « Lettre ouverte au monde musulman », éds. Les liens qui libèrent, 2015 : http://www.editionslesliensquiliberent.fr/livre-Lettre_ou...