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25/04/2019

"Que l'homme ait toujours deux poches". Citation... et citations.

Sagesse juive.jpgQue l’homme ait toujours deux poches.

       Dans l’une il inscrira :
   
"Je ne suis que poussière et cendre"
                 
             Dans l’autre : 
   
"Le monde n’a été créé que pour moi."
                         
                   Bounam de Pssiskhe
 (Paroles de sagesse juive, coll. Carnets de sagesse, éd. Albin Michel)
 
En face de cette citation, "Noé et l’arc-en-ciel", reproduction du tableau de Marc Chagall. Comme pour toutes les pages de cet ouvrage (une cinquantaine), l’iconographie, superbe, reproduit des oeuvres du musée Chagall de Nice. Une page, à la fin, est consacrée au peintre, et cite ce qu’il dit de ses tableaux ("pas le rêve d’un seul peuple mais celui de l’humanité").
 
La préface, trois pages précieuses de Victor Malka, expose le sens de la sagesse juive, philosophie et spiritualité, vision éthique, et libre arbitre de l’être humain. Une de ses phrases fait écho au message du poète François Cheng (présent dans deux notes précédentes). 
Car les sagesses se rejoignent dans la profondeur...
Je cite : "Se rappeler que vivre est une grâce et que, pour peu qu’on le veuille, le monde peut rayonner."
 
Cette citation est la première du livre, anthologie de merveilles. Et la dernière est un poème d’Edmond Jabès, pris dans un ouvrage collectif, Art Contre, l’art contre l’apartheid.
"Il ma dit :
 Ma race est… (...)
 J’ai répondu :
 J e suis de ta race."
   (...)
"Car mon âme… " (...)
(Je vous laisse lire le texte dans le livre...)
 
Une bibliographie propose une dizaine de titres. Lectures pour aller plus loin. Des livres qui iront aussi vers des livres…
 
J’aime beaucoup ces brèves anthologies de la collection Carnets de sagesse (Albin Michel)
Je commence par ce "carnet", mais d’autres suivront, de la même manière, autour d’une citation principale… 
 
Carnets de sagesse. Les livres. Librairie Decitre…
et
Albin Michel Spiritualités...

24/04/2019

"La mort n’est point notre issue". Parole de poète, François Cheng

GLOIRE ICI CHENG.jpg"La mort n’est point notre issue,
  Car plus grand que nous
  Est notre désir, lequel rejoint
  Celui du commencement,
  Désir de la Vie."
  François Cheng, La vraie gloire est ici
 
AME CHENG.jpg"L’âme n’est pas seulement la marque de l’unicité de chaque personne, elle lui assure une unité de fond, et, par là,   une dignité, une valeur, en tant qu’être."
François Cheng, De l’âme
 
ENFIN ROYAUME CHENG.jpg
 
 
 
 
 
 
 
 
"Ce que tu donnes trace une voie
 Te menant plus loin que tes pas."
  François Cheng, Enfin le royaume
 
Sur plusieurs moments de parole du poète, La Grande librairie (2015, 2016, 2018). 
2019... J'avais mis, dans la note sur l'incendie, le lien vers l'émission "Spéciale Notre-Dame", où François Cheng est présent. Je le remets ici... https://www.youtube.com/watch?v=s49jQRLDFn4 
 
Dans La Grande librairie, l'émission de François Busnel, en novembre 2015, François Cheng parle de son livre,
"La vraie gloire est ici" (Gallimard, 2015), de la poésie, de la création, et de vivre "ici et maintenant" l’instant présent. "Vivre est un triomphe du Tout sur le rien, malgré tout" (comme, le rappelle-t-il, le dit Rilke à un jeune poète, Jules Supervielle, en lui écrivant une semaine avant sa mort : "en dépit de tout, la vie est une gloire"….). La "gloire" est la splendeur de la nature, et des "hauts chants" des êtres humains.
Il parle de la "concentration en soi", d’une sorte d’ascèse qui rend cela possible. Les poèmes ont pour but, dit-il, de révéler cela, les paradoxes de la présence, entre souffrances, épreuves, ténèbres donc, mais lumière des rencontres (avec les êtres ou avec une transcendance)… Et même la mort, la perspective de la mort,  nous offre selon lui la possibilité d’atteindre le sens de tout cela. Y compris dans le travail sur la langue ("épurée"). Et "rien ne vaut la vie" , "même si la vie ne vaut peut-être rien" (il cite alors André Malraux), et même si la tragédie est là (y compris dans la détresse de la misère, pauvreté que le poète a connue) : mais toujours le message de la vie est là aussi, cet "humus" Et l’ailleurs de Rimbaud est, pour lui, "toujours un ici et maintenant". François Busnel insiste sur la manière dont François Cheng dépasse les paradoxes qui opposent souffrances et joie.
Car "La mort n’est point notre issue" (début d’un des poèmes)… Sans la mort, dit-il, "nous n’aurions aucune perspective de transfiguration, alors que la mort nous offre la chance d’atteindre une autre forme d’être, un ordre supérieur d’être." "Rien ne vaut la vie, il insiste, car ‘il y a cette unicité de l’être’.
VIDÉO (extrait de La Grande librairie)…
"La vraie gloire est ici", page éditeur, Gallimard… 
 
Autre moment de La Grande librairie (autour du livre "De l’âme", écrit avec l'intention de réhabiliter ce mot (tabou, presque, en Occident). "Souffle vital", explique-t-il, qu’on retrouve partout (ainsi dans le chi chinois,ou le souffle du latin et des autres cultures). L’âme est "la marque de l’unicité de chacun de nous", liée à une forme de "transcendance". "L’esprit et l’âme sont intimement liés, entrelacés". François Cheng évoque des auteurs comme Malraux et Camus (pour une lettre) qui, parlant des nazis disait qu'ils tentaient de "tuer l’esprit et l’âme". Et c'est cela qui est le sens principal, tuer l'âme. C'est important, pour François Cheng, qu'Albert Camus ait utilisé ce mot et dise ainsi quelque chose d'essentiel. Il aimerait que ce texte soit beaucoup lu.
VIDÉO. La Grande librairie, 2016...
"De l’âme", page éditeur, Albin Michel (une correspondance)…
 
Et, sur un autre ouvrage, "Enfin le royaume", recueil de quatrains, La Grande librairie, février 2018...
On entend d’abord le témoignage de Dany Laferrière, qui dit la part d'écorché vif de François Cheng, qui acquiesce (disant qu’il peut avoir du mal à dormir pendant des jours à cause d’un fait divers bouleversant). De la poésie il dit que celle qu’il aime est celle des poètes de l’être, et il cite Dante. À propos du quatrain il parle d’une lignée de poètes, comme Rimbaud, Nerval, Michaux, Char, poètes "diamantaires". L’écriture du quatrain demande, dit-il, une aimantation (il avait évoqué un instant avant, la "cristallisation"). Il cite aussi Jeanne d’Arc, ce qu’elle a dit aux juges : "Puis vint cette voix, environ l’heure de midi, au temps de l’été, dans le jardin de mon père". C’est un quatrain parfait : (5-7-5-7). Dont il dit que tous les Français devraient le savoir par coeur.
VIDÉO (La Grande librairie, février 2018, extrait)… 
"Enfin le royaume", page éditeur, Gallimard...
 
Et encore, retour à 2016. "Le livre qui a changé ma vie" Le choix de François Cheng n’est pas un recueil de poèmes, mais "À la recherche du temps perdu" de Marcel Proust. Choix d’écrivain, car ce qu’a dit Proust sur l’écriture lui a donné confiance en la possibilité de tout transformer par l’écriture, de se "réconcilier avec la vie". Par cette affirmation : "La vraie vie est une vie vécue et repensée et recrée par l’écriture".
 
MC San Juan

23/04/2019

Relire Sylvain Tesson. "Notre-Dame-des-vertiges"... (Et l'écouter, car la parole est belle...)

OSCILLATION TESSON.jpg"Je crois à la mémoire des pierres."
Sylvain Tesson, "Notre-Dame-des-vertiges", Philo Mag 
"Une très légère oscillation" (Journal 2014-2017, Pocket)
 
CHEMINS NOIRS.jpgEt (dans le prolongement de cette ascèse de l'ascension, celle de la marche sur les chemins de France...),
ceci : "La vie me laissait une chance, il était donc grand temps de traverser la France à pied sur mes chemins noirs. Là, personne ne vous indique ni comment vous tenir, ni quoi penser, ni même la direction à prendre."
Sylvain Tesson, "Les chemins noirs" (Folio).  
 ……………………………….
PHILO MAG.pngPhilosophie magazine a eu la bonne idée de proposer (site et page Facebook) de relire le témoignage de Sylvain Tesson (publié en 2015). Il y fait le récit de son "ascension" de Notre-Dame (de l’immense escalier qui mène aux tours), en guise de "rééducation" après un grave accident. Il a l’idée de le faire, en voisin, alors qu’il constate à quel point il a vu souvent, et peu regardé, Notre-Dame (comme si souvent les Parisiens, par habitude de lieux qu’on finit par oublier de connaître). Et ce seront des jours et des jours d’escalade… Dans cette page il note les pensées de tous ces jours.
 
Ainsi, l’escalier en colimaçon lui inspire cette réflexion : "La spirale du colimaçon, elle, recompose son permanent retour. L’éternel retour est dans l’escalier à vis. Tout visiteur de Notre-Dame tient du derviche tourneur." / "Je pensais au génie de ces architectes qui inventèrent le colimaçon. Avaient-ils observé la nature pour mettre au point leur trouvaille ? S’étaient-ils inspirés de la graine de tilleul tombant de la branche en tournicotant ? Avaient-ils été influencés par la coquille de l’escargot ? Peut-être avaient-ils tenu à incarner un symbole, car la spirale recèle une dimension métaphysique. Toute méditation a la forme d’une spirale : la pensée tourne sur elle-même, s’enfonce lentement dans les tréfonds psychiques." Et, parlant de "l’explosion de la lumière", quand on arrive tout en haut, il note : "Notre-Dame est une cathédrale du Christ mais – chevet au Levant et tours au couchant – elle est également un temple solaire."
 
Quasimodo et les gargouilles de Viollet- le-Duc le consolaient de sa paralysie faciale : "Rien n’était perdu me susurraient les gargouilles : toute bête a sa belle."
 
Il observait les visiteurs : "Pas un ne regardait Paris de son œil. Ils brandissaient tous un écran entre le monde et eux."
 
Et, pour conclure, guéri, il dit ceci, de cette expérience particulière, liée au lieu : "Il y avait quelque chose d’alchimique dans ces heures d’exercices. Comme si le mystère, la puissance de Notre-Dame irriguait mes chairs." La page sur Philo Mag
 
Augustin Trapenard a lu cet hommage de Sylvain Tesson
à Notre-Dame, sur France Inter, le 16 avril 
 
Et Sylvain Tesson, dans La Grande librairie de François Busnel, du 18 avril 2019, dit que Notre-Dame lui a "véritablement sauvé la vie". Passionnante intervention à écouter et réécouter. C’est presque une ode mystique, car il explique que c’est, d’après lui (c’est son ressenti), l’énergie spirituelle sacrée de ce lieu qui a guéri le corps,  par imprégnation du biologique, du physique, par la force du lieu, la mémoire sacrée du lieu, en quelque sorte.... "La mémoire des pierres"…
La Grande librairie, extrait... 
 
MC San Juan

20/04/2019

"Le Maître de lumière", livre de Jean-Luc Leguay, danseur chorégraphe devenu enlumineur initié…

LEGUAY LUMIERE.jpgCe qui peut nous faire comprendre la force de notre émotion devant Notre-Dame en feu, je le trouve dans un livre de Jean-Luc Leguay, "Le Maître de lumière".
 
Parlant de l’art de l’enluminure, appris avec un maître (moine italien de haute spiritualité, le "Maître") il explique comment des éléments invisibles sont travaillés avec autant de soin que ce qui est visible. Car ils jouent un rôle dans la structure de l’oeuvre, son sens et son message. Ainsi, peignant un personnage il pose l’essentiel au-dessous de ce qui sera visible. Jean-Luc Leguay cite Paul Klee, pour montrer que la conscience artistique, si elle est authentique, tient compte de cela… Je recopie ici un grand passage (page 150 de l’édition Albin Michel, 2004, où cette citation figure).
...
"L’initié dissimule un point de couleur précieuse en dessous — or, lapis-lazuli, émeraude —  (…) comme un trésor enfoui, inscrivant la terre et le ciel dans la couleur de la peau. Cette vibration de la matière influence celui qui regarde. Tout n’est pas fait pour être vu. De même, les bâtisseurs de cathédrales cachaient des sculptures extraordinaires sur les hauteurs, invisibles depuis le parvis. Personne ne les voyait jamais mais elles participaient de la vibration générale de l’édifice. Dans cet esprit les faces arrière des statues ornant les portails étaient sculptées consciencieusement. L’invisible était travaillé avec le même zèle que l’apparent. De même les enluminures sont truffées de petits trésors cachés. 
"L'art ne reproduit pas le visible, il rend visible" disait Paul Klee. Il donne à voir autre chose que le réel."
 
A la fin du livre, dernière page (p.184) c’est une autre dimension qui est rappelée. Elle est présente dans tout le livre, puisque l’itinéraire de transformation est donné à suivre : on voit bien que la maîtrise de son art passe par une longue métamorphose intérieure - l’initiation à son "métier" dure dix ans, pour que sa main devienne "main de lumière" (et que l’humilité et la patience de la vraie création le traverse totalement). Celui qui ne crée pas dans cet état d’esprit ne fait que donner à voir son "labyrinthe" intérieur, est-il enseigné (contaminant les autres, qui regardent ou lisent). Celui qui griffonne des oeuvres de l’ego (ou inscrit, de même, de jour en jour, sans recul du temps, les poèmes d'un labyrinthe sans lumière, comme tant le font sur les réseaux sociaux, pressés d’être reconnus par les autres, avant de s’être connus eux-mêmes au sens de ce que nous dit cet initié…). Grande leçon d'humilité, que ce témoignage d'itinéraire, en artisan de lumière. 
Les deux dernières phrases du livre énoncent autrement le sens du mystère des cathédrales. L’artisan, l’artiste (le poète, s’il sait) est une part de la Cathédrale planétaire, cosmique (il met alors une majuscule). Réalité de l’hologramme.
 
Il écrit : "Je suis une pierre marquée à la main, une pierre parmi les autres, signée et cachée dans les murs de la grande Cathédrale. D’autres viendront après moi achever la construction."
Je ferai une recension plus complète de ce livre magnifique, lu il y a longtemps, relu tout récemment (et compris plus profondément...).
 
LIENS... 
Jean-Luc leguay, "Le Maître de lumière". (Histoire de son initiation à l’art de l’enluminure,un itinéraire d’initié). 
Réédition, chez Dervy éditions, plus d'autres livres de lui… http://www.dervy-medicis.fr/jean-luc-leguay-auteur-2279.h... 
Note de blog sur une conférence de 2018… http://www.jlturbet.net/2018/05/glnf-le-trace-de-l-enlumi... 
 
MC San Juan

16/04/2019

Notre-Dame qui brûle… Choc.

ND DRAME.jpgJ’ai d’abord traduit cela ainsi :
Sidération et bouleversement. On se rend compte, dans l'émotion, de l'importance de ces lieux dans notre univers. Et du sens du mot "patrimoine". Un lieu sacré. (Pompiers admirables, qui ont sauvé l'essentiel.)
 
ND LARMES.jpgAlors, après les images et les mots, besoin d’autres mots, réparateurs. Reprendre racine dans le sens profond, qui console de l’ignorance, de la peur de voir détruites des traces de culture et de spiritualité (murs et symboles). Notre tristesse dit l’attachement à un lieu qui fait partie de nous, et auquel nous appartenons aussi, en partage avec tant d’autres. (Exception ND CENDRES.jpgfaite de ceux qui, il y en a et il y en a eu, ont besoin de ruminer de la haine : j’ai vu cela aussi, mais ce sont des marges ND DESASTRE.pngpathologiques, des névroses identitaires qui suent des phrases malodorantes et dysorthographiques - comme ces racialistes qui traînent à l’Unef et ailleurs...). Et, signes fraternels, des messages venus de partout, officiels et anonymes. J’ai été touchée de voir sur les pages Facebook algériennes ou marocaines (par exemple) des textes disant l’essentiel, des reproductions d’oeuvres d’art figurant la cathédrale, ou des citations de Victor Hugo. Émue par le beau message de Kamel Daoud sur ce que représente Notre-Dame (lieu d'art et de mémoire), et par les phrases des commentateurs algériens de sa page, exprimant leur émotion (sauf quelques grincheux, vite remis en place par les autres).
 
"L'art est la seule éternité qu'on a pu prouver et fabriquer. Et le feu qui a emporté, presque, la Cathédrale de Paris rend triste, inquiète, car il porte atteinte à cette part en nous. Touriste, français, croyant, visiteur, passant, artiste et enfant. La destruction d'un monument nous inquiète toujours profondément, nous attriste, nous blesse. Courage aux français: ils rebâtiront."
Kamel Daoud, post Facebook, 15-04
 
PAROLES s éternelle.jpgLectures, donc… L'universel.
J’ai ouvert un recueil d’aphorismes et citations des 
Carnets de sagesse d’Albin Michel,
"Paroles de sagesse éternelle".
Et j’ai picoré, dans le désordre des pages,
mais l’ordre de ma réflexion
 
Il y a un moment pour chaque chose sous les cieux.
Il y a un temps pour naître et un temps pour mourir,
Un temps pour planter et un temps pour arracher ce qui a été planté,
(…)
Un temps pour démolir et un temps pour bâtir.
L’Écclésiaste
 
Ne laisse pas la tristesse t’étreindre
(…)
Suppose que tu n’existes pas, et sois libre.
Omar Khayyâm
 
Le désespoir est une défaite anticipée.
Karl Jaspers
 
Car… 
 
Il y a plus de choses dans le ciel et sur la terre
que ne peut en inventer votre philosophie.
William Shakespeare
 
Et…
 
Le chemin mystérieux 
va vers l’intérieur.
Novalis
……………………………………..
notre-dame,paris,cathédrale,incendie,spiritualité,citations,sagesse,universelUne "vision" de Victor Hugo, dans "Notre-Dame de Paris" (Feu créé par Quasimodo pour faire fuir les truands).
"Tous les yeux s’étaient levés vers le haut de l’église. Ce qu’ils voyaient était extraordinaire. Sur le sommet de la galerie la plus élevée, plus haut que la rosace centrale, il y avait une grande flamme qui montait entre les deux clochers avec des tourbillons d’étincelles, une grande flamme désordonnée et furieuse dont le vent emportait par moments un lambeau dans la fumée. Au-dessous de cette flamme, au-dessous de la sombre balustrade à trèfles de braise, deux gouttières en gueules de monstres vomissaient sans relâche cette pluie ardente qui détachait son ruissellement argenté sur les ténèbres de la façade inférieure."
..................................
Gérard de Nerval, dans son poème "Notre-Dame de Paris" (Odelettes)
évoque un futur très lointain où des hommes "de tous les pays de la terre"…  "Viendront pour contempler cette ruine austère,  / Rêveurs, et relisant le livre de Victor". Le présent heurte encore la vision d’un poète. Car "tous les pays de la terre" ont regardé les images de la cathédrale en souffrance, et beaucoup de Français, mais certainement beaucoup d’étrangers aussi, se sont mis à relire Victor Hugo… 
  Voici… 

"Notre-Dame est bien vieille : on la verra peut-être 
Enterrer cependant Paris qu'elle a vu naître ; 
Mais, dans quelque mille ans, le Temps fera broncher 
Comme un loup fait un boeuf, cette carcasse lourde, 
Tordra ses nerfs de fer, et puis d'une dent sourde 
Rongera tristement ses vieux os de rocher !

Bien des hommes, de tous les pays de la terre  
Viendront, pour contempler cette ruine austère,  
Rêveurs, et relisant le livre de Victor :  
— Alors ils croiront voir la vieille basilique,  
Toute ainsi qu'elle était, puissante et magnifique,  
Se lever devant eux comme l'ombre d'un mort !"

Mise à jour 20-04-19... Vidéo, lecture du poème de Gérard de Nerval et suite de l'émission... (La Grande librairie, Spéciale Notre-Dame, avec les interventions, intéressantes, de plusieurs auteurs, dont Alain Finkielkraut et François Cheng)... https://www.youtube.com/watch?v=s49jQRLDFn4 

..........................................................................................
Mise à jour 20-04-19. Une analyse très subtile, par Jean-Noël Kapferer (The Conversation, 18-04-19) des motivations profondes des dons venant du luxe. Il relie cela au sacré. "Pourquoi le luxe vole au secours de Notre-Dame"... https://theconversation.com/pourquoi-le-luxe-vole-au-secours-de-notre-dame-115692?utm
 
........................................................................................
Les Unes de la presse, 16-04.
Et (les mêmes et d’autres) sur le site de BfmTV… https://www.bfmtv.com/societe/incendie-a-notre-dame-de-pa... 
Diaporama du désastre, avec de nombreuses Unes. Mystérieusement la beauté de Notre-Dame passe à travers la vision des flammes, même si cela serre le coeur… Et on voit que le choc est international… Ozap.com…  https://www.ozap.com/photos-images/photo--notre-drame-en-une-de-liberation-4615085.html

20/03/2019

CITATIONS sur le thème de la mort... (et ce n'est pas triste...).

SOURCE.jpgSur la mort (réponse à un appel à partages de références sur ce thème). Prétexte trouvé pour fouiner dans mes livres… 

Relire des pages de livres où je sais retrouver des passages sur la mort, c’est faire un parcours qui traite, beaucoup, de sujets métaphysiques, mais aussi d’histoire (Shoah), d’éthique (la question de l’abolition de la peine de mort) et d’actualité (terrorisme, drames des migrants…). C’est infini, ce voyage dans sa bibliothèque… Et ce n’est absolument pas triste. Toute pensée profonde aborde la mort. On se sait d’autant plus vivant, même si c’est pour un passage éphémère. 

TITRES et CITATIONS de… 
María Zambrano, Albert Camus, Guy Lévis Mano, Anise Koltz, Emily Dickinson,
Marina Tsvetaeva, Etty Hillesum, Ingeborg Bachmann, Gérard de nerval, René Char, Bossuet, Margherita Guidacci, Henry Bauchau, Georges Didi-Huberman, Michel Houellebecq, Erri de Luca, Federico García Lorca, Antonio Machado… Plus le rappel de la série de fragments poétiques des  « 36 choses à faire avant de mourir ». (Et j'ajoute, à la fin, des références non littéraires, dont ce livre de Patrice Van Eersel et trois dossiers de revues - qui contiennent des bibliographies...).

… Des fragments dispersés dans l’oeuvre de la philosophe-poète espagnole María Zambrano, recueillis sous le titre Apophtegmes (Corti). Dont celui-ci : « L’horreur de la mort est le parallèle nécessaire à l’horreur de la naissance. » ou (même page, 73, « Si ‘la mort silencieuse’ a été l’idéal des stoïciens, la mort tranquille peut être celle des philosophes de la vie contemplative. »
… Plusieurs textes chez Albert Camus, et notamment dans Le Premier homme et dans ses Carnets. Dernières pages des Carnets je relève deux fragments : « Je souhaitais parfois la mort violente — comme une mort où l’on soit excusé de crier contre l’arrachement de l’âme… « (le fragment se prolonge, p. 344, éd. Gallimard). Pages 344-345, ceci « Si je devais mourir ignoré du monde,dans le fond d’une prison froide, la mer, au dernier moment, emplirait ma cellule, viendrait me soulever au-dessus de moi-même et m’aider à mourir sans haine. ». Et, évidemment, Camus abolitionniste… « Réflexions sur la guillotine ». Citation : « Ni dans le coeur des individus ni dans les moeurs des sociétés, il n’y aura de paix durable tant que la mort ne sera pas mise hors la loi. » 
Guy Lévis Mano (éditeur-poète). Volume coll. Seghers Poètes d’aujourdhui, p. 106 : « La mort n’a rien d’illimité. / Le hasard est toujours pour nous — / Ce sont toujours les autres qui meurent. » Et, p. 117 (poème,« La nuit du prisonnier »), « J’ai vu la mort et j’ai manié des outils de mort / Et me voici aujourd’hui sans mort et sans vie avec mes tribulations sans grandeur » (etc.).
Anise Koltz, « Je renaîtrai », éd. Arfuyen (multiples passages)… 
Emily Dickinson, Poèmes (éd. Belin). « Si je ne suis plus en vie / Quand viendront les Grives », p. 31. Et fragment de poème, dans « Ainsi parlait Emily Dickinson », recueil de citations. Ainsi « Mourir — ne prend qu’un court moment », p. 39 (…). Et Le pire — j’aime la Cause qui M’a tuée — / Souvent quand je meurs » (…). 
Marina Tsvetaeva, « Le Poème de la fin ». Rupture, blessure, mort en soi. 
« — Partons. — Et moi qui espérais : / Mourons. C’est tellement plus simple. »  
Etty Hillesum, « Une vie bouleversée ». Dernières lettres, du 3 et 10 juillet 43 et trois lettres d’août 43. Certains passages, et le tout.
Ingeborg Bachmann, « Toute personne qui tombe a des ailes », Poèmes 1942-1967, Poésie/Gallimard. Le poème « Cimetière juif », p. 509. « Forêt de pierres, sans tombes remarquables, rien pour s’agenouiller, / et pour les fleurs rien » (…) « Qui atteint la sortie n’a pas la mort, / mais le jour au coeur. » 
Gérard de nerval, « Aurélia » . Il y fait le récit d’un voyage intérieur et évoque une traversée vers un monde de supra-conscience, une possible « rencontre » d’êtres d’un mystérieux au-delà, des souvenirs de vies antérieures, un questionnement métaphysique… 
René Char, « Sur la poésie ». Dans le volume « En trente-trois morceaux » (Poésie/Gallimard). P. 53-54. Citations, trois fragments : « La poésie me volera ma mort. »… « Les poèmes sont des bouts d’existence incorruptibles que nous lançons à la gueule répugnante de la mort, mais assez haut pour que, ricochant sur elle, ils tombent dans le monde nominateur de l’unité. » … « Faire un poème, c’est prendre possession d’un au-delà nuptial qui se trouve bien dans cette vie, très rattaché à elle, et cependant à proximité des urnes de la mort. » 
Bossuet, « Oraisons funèbres » .
… Margherita Guidacci, « L’Horloge de Bologne » (Arfuyen). Le poème « Inventaire du massacre », p. 19 (le livre porte sur l’attentat terroriste du 2 août 1980 à la gare de Bologne). Et, poème en fragments, « Ultimes échos », p. 43. J’en relève un : « Les décombres des corps parmi les décombres des murs ». 
Henry Bauchau, « Nous ne sommes pas séparés » (Actes Sud), « Le monologue d’Antigone », long poème, pages 53 à 59. En 4ème de couverture, un texte d’Henry Bauchau explique le titre : « Nous ne sommes pas séparés de la Terre, de la vie et de la mort. Nous ne sommes pas non plus séparés de l’histoire ». Il évoque le retentissement en nous du crime du 11 septembre 2001. Puis le lien que nous avons, devant la beauté d’un jardin, avec le tout.  
Georges Didi-Huberman, « Écorces » (Éds de Minuit). « Récit-photo d’une déambulation à Auschwitz-Birkenau ». Retour sur un terrible lieu de mort, et réflexion sur le regard, sur les « décisions de regard ». 
Michel Houellebecq, « Non réconcilié » (Anthologie, Poésie/Gallimard). Poème, p. 105. « Par la mort du plus pur / Toute joie est invalidée / La poitrine est comme évidée, / Et l’oeil en tout connaît l’obscur. /// Il faut quelques secondes / pour effacer un monde. » Et, volume « Poésies » (J’ai lu), « Rester vivant », partie « Survivre » : « Un poète mort n’écrit plus. D’où l’importance de rester vivant. » 
Erri de Luca, « Oeuvre sur l’eau » (Seghers). Un poème, « Noël » est dédié à un enfant de migrants, naissant et mourant en mer, p. 93-95. « Il naît dans les soutes des clandestins » (…) / « Il va avec ceux qui durent une heure ». 
... Federico García Lorca (« A las cinco de la tarde », et autres poèmes...).
... Antonio Machado. « Champs de Castille », et « Solitudes ». (Poésie/Gallimard). Citation :  
« Et quand viendra le jour du dernier voyage, 
Quand partira la nef qui jamais ne revient, 
Vous me verrez à bord, et mon maigre bagage, 
Quasiment nu, comme les enfants de la mer. »

… Et, évidemment, la série des « 36 choses à faire avant de mourir », éd. pré#carré 2018 (Hervé Bougel éditeur), recueils miniaturisés de fragments poétiques d’une vingtaine d’auteurs. (Et réédition de nos textes plus anciens). Pour ma contribution en 2018 j’ai ajouté un sous-titre (« 36 traversées d’aubes crépusculaires »), un exergue (citation de Jean-Claude Tardif, poète et éditeur) et un épitaphe intégré au dernier fragment (citation de Benjamin Fondane).
.....................................................................................
J’ajoute (non littéraire)
Et… « La source noire » de Patrice Van Eersel, Livre de poche. (Enquête journalistique. « Révélations aux portes de la mort »). 
Trois dossiers (revues). Et bibliographies intégrées… 
… « Aux frontières de la conscience » , Le Monde des religions, mars-avril. Avec des bibliographies qui concernent l’approche de la mort (p. 35, et dernières pages). 
… « Mourir ? », revue 3ème millénaire, Automne 2016 (boutique du site…).
… « Si la mort… » , Inexploré, automne 2018, dernier trimestre 2018

MC San Juan

02/02/2019

Manifestations en jaune... Constats et questions.

"Les actes sont des murmures comparés aux rêves."

       Alison Jean Lester, La vie de Lillian. mode d'emploi

GILETS JAUNES, un MOUVEMENT…

Je reprends dans cette note, des posts que j’ai publiés sur Facebook, petit à petit, avec, forcément, des éléments contradictoires. Entendre, comprendre, mais ne pas adhérer, être dans l’état de vigilance, voyant, du dehors, des signes que ceux qui participent ne voient pas (sauf ceux qui justement en sont les stratèges).

Chance ou malchance, ce qui se produit peut donner le meilleur (une transformation de la démocratie vers plus de démocratie, une recherche de plus de justice sociale) et le pire (une manipulation politique vers une évolution de plus en plus extrémiste, avec une alliance entre les extrêmes à la manière du pouvoir italien, et/ou un pouvoir sous la coupe de Bannon et/ou Poutine, le pire du chavisme associé au pire du FN…). Les deux possibles y sont agissants, l’un utilisant l’autre. Pour donner le meilleur il faudrait que les acteurs factieux soient éliminés par les acteurs démocrates (qui se font menacer quand ils disent leurs choix) et que les manifestations s’arrêtent (avec tous les problèmes qu’elles causent) pour passer à des actions dans un cadre conforme aux possibilités d’une démocratie. (Alors que certaines figures de ce mouvement parlent de dictature : une dictature paradoxale, qui ne les opprime pas et les laisse continuer – au Venezuela ils auraient eu l’armée qui tire sur eux et en Russie quelques meneurs auraient été victimes « d’accidents »… comme ce fut le cas de certains dissidents).

RÉFLEXION. Au commencement, des impressions contradictoires et des questions.
"Les actes sont des murmures comparés aux rêves..." J'avais relu cette phrase d'Alison Jean Lester, et depuis j'y pensais en relation avec ce qui se passait en France.

Elle signifie que ce qu'on désire dit plus sur nous que les actes par lesquels on tente de réaliser nos désirs et rêves. Nous sommes ces rêves, et leur inscription dans le réel est déjà plus loin de nous.
Quels rêves se mêlent dans les manifestations où se croisent des gens si différents ? Les révoltés en détresse, créateurs de possibles, les radicaux haineux, les manipulateurs stratèges. Rêves de démocratie plus juste, rêves de démocratie détruite. Et nous, observateurs impliqués, partagés entre l'empathie réelle (un intérêt, une estime, un espoir ?) et la vigilance critique. Sur un fil, assumant les deux. Collectivement qu'est-ce que cela produit ? Car il y a, en plus, souterrainement, ceux qui agissent par la propagande, diffusant intox et suspicions complotistes. Un égrégore trouble, dont nous sommes part. Part qui résiste ou agit autrement.

Une partie de moi pensait que peut-être ce qui se passait était un événement plus considérable qu'on ne le disait, qui donnerait raison à Jean Ziegler, penseur analysant les méfaits de la mondialisation et d'un capitalisme violent. Il voit la solution dans ce qui se profile à travers Internet, la force de la société civile, partout. Oui. Mais (pensait l’autre part de moi) cela peut prendre des directions diverses. Un pacte social autre, plus juste, négocié, et une métamorphose des rapports de pouvoir. Ou une dérive vers des choix autoritaires, totalitaires, dictatoriaux (nationalisme et xénophobie). Tout est ouvert. Et cela dépend de nous tous.

En 2015, Abd Al Malik écrivait ceci au sujet de ce qui pouvait être une forme de révolution, de changement émancipateur : " Non violente, pacifique, fondée sur un retour pragmatique et clairvoyant à une acceptation de l'homme qui reconsidère sa dimension spirituelle." Et il ajoutait qu'il nous fallait être guidés par la mémoire et l'histoire de la France, mais aussi, disait-il, par "cette part de lumière intime et universaliste qui brille au coeur du peuple français." ("Place de la République"). 
Leila Anvar parle, dans une chronique ("L'âme du monde"), d'écologie éthique, "fondée sur une vision spiritualiste du monde ", et se référant aux sagesses des chamans des peuples premiers. Voies proposées qui impliquent prises de conscience et autre conception de ce qu'est le politique.
On peut donc penser qu'il faut, pour que le monde change positivement, que l'humanité commence à vivre une transmutation intérieure. Au-delà des conceptions venues de l'intellect seul.

Et ce n’est pas ce qui se produit quand la colère guide.

FRACTURES. C'est bien le mot. Ceux qui expriment une vraie détresse et ne se sentent pas entendus. Ceux qui instrumentalisent des colères. Pas illégitimes, elles, mais eux, oui. Ceux qui, ultras (extrême droite, extrême gauche) cherchent à utiliser politiquement, idéologiquement, les révoltes des autres. Ceux qui, déconnectés, sont loin des réalités vécues par ceux qui crient la souffrance. Il aurait fallu écouter le pragmatisme des propositions de la Cfdt, notamment, et remettre de l'écoute dans le dialogue social... Mais il y a des noeuds de refus de tout dialogue. Il y a, parallèlement aux gens réels pensant à mieux vivre, ceux qui ne veulent que déconstruire et obtenir un chaos qu'ils croient "révolutionnaire" (et qui refuse de réformer). Avec un vocabulaire et des objectifs loin d'être démocratiques. Et, paradoxe, les "souverainistes nationalistes" consomment la propagande complotiste fabriquée en Russie ou par Bannon, et se laissent manipuler par des trolls étrangers.

DÉRISION, HUMOUR. Sophia Aram n’a pas joué la compassion molle. Elle a démonté les aveuglements complaisants. « La magie de Noël et celle du gilet jaune »… https://www.franceinter.fr/emissions/le-billet-de-sophia-...

La HAINE… Réflexion sur cet aspect passionnel très présent dans les slogans et déclarations de manifestants GJ…

« POINT DE VUE. Pourquoi Emmanuel Macron suscite tant de haine ». Par Dominique Schnapper, sociologue et politologue. Elle distingue cette haine de celle d’autres présidents. Elle la caractérise comme « démocratique », ne voulant pas dire par cela qu’elle soit légitime mais expliquée par les effets des attentes que la démocratie, accentuée, provoque. Attentes donc déceptions, et ressentiments. L’autre facteur tient au rôle des réseaux sociaux qui permettent la diffusion de désinformations non vérifiées. Et enfin l’aisance intellectuelle même du Président, sa jeunesse, provoque des jalousies, l’intelligence étant prise pour de l’arrogance (chaque maladresse étant utilisée comme argument, et des phrases tirées de leur contexte amplifiant cela).

On est devant un phénomène en partie irrationnel, oui.

Et des politiques irresponsables soufflent sur les braises, excusant même la violence. Et des intellectuels le font aussi, à force de se vouloir (ou de se croire) solidaires des revendications populaires (qui ne le serait pas pour réclamer plus de justice sociale et moins de précarité ?)... 

L'article pointe des choses justes. Mais il y a aussi le fait d'arriver à la fin d'un cycle, sans doute, avec perte d'espoir dans la démocratie telle qu'elle fonctionne. Et des maladresses qui accentuent le ressentiment, des erreurs symboliques qui font associer un visage aux réalités qui ne sont plus acceptées... https://www.francetvinfo.fr/economie/transports/gilets-ja...

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MISE à JOUR, 20-03-19. Le peuple ? (Sur la violence). 

https://www.lesechos.fr/idees-debats/editos-analyses/0600...

11/02/2018

Cyril Chevrot, un itinéraire spirituel. (Et un blog à découvrir…).

CYRIL CHEVROT.jpgJe trouve ce témoignage de Cyril Chevrot particulièrement intéressant, sur son itinéraire culturel et spirituel. Une conversion à l'islam, puis un retrait car le courant qu'il avait rejoint (simplement parce que c'était là, dans le quartier) s'est révélé un piège idéologique et une déception spirituelle. Mais à partir de cela, qui a joué son rôle au moment où il en avait besoin, une ouverture de conscience s'est produite, suite à son retrait, lui évitant de basculer dans un total rejet destructeur. Il a choisi l'autonomie hors religions, qui permet de se nourrir de ce que la culture humaine a produit de fort, philosophiquement et spirituellement, en gardant de son expérience de l'islam la part haute, et en cherchant des proximités avec d'autres pensées, proches ou lointaines. Ce n'est pas non plus l'éloge d'un syncrétisme médiocre, loin de là. Je pense, en le lisant, à ce que dit Tobie Nathan de la demande métaphysique des jeunes,  qui n'est pas comprise, qui ne reçoit pas de réponses... LIRE... https://cyrilc42.blog/2018/02/01/pourquoi-je-suis-devenu-... 

Vidéo. Cyril Chevrot lecteur d’Abdennour Bidar…  http://lactualitedessocialistes.hautetfort.com/archive/20... 

Plusieurs autres livres qu’il a sélectionnés (bon choix)… Divers auteurs...  https://cyrilc42.blog/2017/02/17/presentation-du-livre-da... 

Citations d’Abdennour Bidarhttps://cyrilc42.blog/tag/les-tisserands/ 

Vidéo. Extrait du livre d’Abdennour Bidar, Les Tisserands. Sur la spiritualité individuelle… et... https://www.youtube.com/watch?v=mLsMMdZBkxA 

Sommaire du site de Cyril Chevrothttps://cyrilc42.blog 

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(En marge de cette note, complément, entretien avec Abdennour Bidar,

Fondation Jean Jaurès

(et page de titres de vidéos )... https://www.youtube.com/watch?v=opNaP2WEYSI 

09/02/2018

"Réanchanter l'islam", un dossier remarquable du Monde des religions.

COUV ISLAM  1.jpgUn numéro (janvier-février) qu'il faut absolument lire. Même quand on connaît (ou croit connaître) la culture musulmane on apprend beaucoup. C'est très riche, complexe, nourri d'approches diverses (chercheurs, auteurs, poètes, islamologues, mystiques, penseurs qui questionnent et consciences qui proposent des "lectures" multiples, des racines anciennes aux voix contemporaines). De quoi casser de nombreux clichés et corriger, notamment, la manière de penser la lutte contre le fondamentalisme obscurantiste porteur d'une idéologie meurtrière. De multiples citations enrichissent ce dossier. Et de nombreuses références de livres proposent d'aller plus loin.
Des personnalités fascinantes sont évoquées (il en manque certaines et c'est parfois trop rapide pour d'autres, la place étant insuffisante). Mais connaissez-vous le (ou les) "Gandhi" musulmans? Avez-vous entendu parler de l'imame Sherin Khankan (une sorte de double du rabbin Delphine Horvilleur) ? Connaissez-vous le nom des soufis Palestiniens militants pour la paix (jumeaux des acteurs de paix israéliens) ? Il faut lire les entretiens avec Yadh Ben Achour ou Youssef Seddik. Lire la tribune d'Éric Geoffroy (raison et haute spiritualité du soufisme), lire l'étude d'Abdennour Bidar sur Mohammed Iqbal.

Lire, donc. Sans oublier... Leili Anvar (sur le "Livre de l'éternité" d'Iqbal, "poète d'Orient et philosophe d'Occident")... Hubert Reeves (qui ne se contente pas des "réponses habituelles" qu'on offre aux questions métaphysiques, et refuse de se définir - et de définir autrui - avec des mots qui "limitent")... Et Trinh Xuan Thuan, lecteur d'Albert Einstein. Ces deux derniers intervenants, astrophysiciens renommés, sont en marge du dossier, qu'ils éclairent aussi. (Et je ne cite pas tout...).

Ce dossier (plus passionnant que beaucoup d'autres sur ce sujet) est indispensable pour comprendre et pour mieux savoir répondre aux questions urgentes que l'actualité nous lance. Sans tomber dans les pièges de l'ignorance ou de la haine. Pour se délivrer des peurs perverses (que les extrêmes droites attisent, dans leur rêve-cauchemar de guerre civile ou de califat totalitaire, objectivement complices par stratégie cynique et mortifère).

Que vous soyez musulman ou quoi que ce soit d'autre, lisez. Que vous vous définissiez comme athée ou agnostique ou mystique, lisez. Il est urgent de lâcher toutes ses certitudes, et de prendre le temps du travail de culture et du travail sur soi pour cela...

Le titre "Réenchanter l'islam" n'est pas un programme naïf ou une provocation poétique. C'est un appel aux voies de pacification, au lieu des impasses hystériques conseillées par l'autosatisfaction d'un ego aveuglé.

LIENhttp://www.lemondedesreligions.fr/papier/2017/87/reenchan...

17/12/2017

Etty Hillesum. Retour sur une oeuvre magnifique...

ETTY HILLESUM 1  VIE.jpgRetour sur une oeuvre magnifique (à lire et relire infiniment), d’une femme fascinante, à la voix, l’écriture, lumineuse (sa voix non séparable de sa voie, sublime, vécue et écrite...). 

Née en 1914, Esther (Etty) Hillesum meurt à Auschwitz le 30 novembre 1943.

Je viens de découvrir par hasard une note de blog (de juin 2015, lien ci-dessous, avec d’autres) qui m’a fait ressortir encore le livre d’Etty Hillesum, son Journal 1941-43 (journal, et rares lettres du camp de transit, puis le silence), publié au Seuil en 1985, sous le titre « Une vie bouleversée » (disponible maintenant dans la collection Points Seuil. L’édition a publié depuis l’intégralité des lettres, « Les écrits d’Etty Hillesum »).  

Elle savait ce qui l’attendait, l’horreur du camp et la mort. Mais elle voulait le vivre en étant dans ce qu’elle appelait la grâce, cette part d’elle indestructible, cet état devenu son éthique dans son rapport avec elle-même. Son itinéraire était celui d’une recherche de progression intérieure. Elle s’était nourrie de grands textes, et même quand le découragement l’atteignait elle refusait de s’y laisser emprisonner.  Ce Journal est un témoignage spirituel. Dans un contexte terrible qui pourrait détruire toute foi, en n’importe qui, mais pas en elle, qui continue à s’affirmer dans une volonté d’âme. Ce n’est pas un être désincarné, une mystique qui renierait son corps et la capacité de désirer. Loin de là. De nombreux passages du journal témoignent de soin ancrage dans un réel qui sait les élans passionnels et les doutes.

ETTY H JOURNAL 2.jpgC’est bouleversant, impressionnant. 

A chaque fois qu’on met un visage sur un être parmi les millions que le nazisme meurtrier a anéantis on prend de nouveau la mesure de l’horreur. 

Mais ce Journal veut nous donner aussi mesure de la lumière qu’elle tend vers nous. Être-âme, comment le dire autrement ?

Il faut lire ce livre si ce n’est fait. Et le relire. Ouvrir les pages au hasard de temps en temps aussi, comme on le fait des textes des sages et des mystiques. 

ETTY HILLESUM  2 .gifPuis découvrir ensuite l’intégralité des lettres publiées au Seuil… 

Je choisis quelques CITATIONS dans les pages du Journal…

Page 78. «  Un écho flotte encore en moi de la sensation radieuse de dilatation que j’ai connue cette nuit. Paix et espace pour toutes choses. »

p. 138. « La vie et la mort, la souffrance et la joie, les ampoules des pieds meurtris, le jasmin derrière la maison, les persécutions, les atrocités sans nombre, tout, tout est en moi et forme un ensemble puissant, je l’accepte comme une totalité indivisible et je commence à comprendre de mieux en mieux  - pour mon propre usage, sans pouvoir encore l’expliquer à d’autres - la logique de cette totalité. » 

p.180. Lectrice de Rilke, au travail elle s’échappe ainsi : « Et moi, dans un coin, je lis Rilke. »

p. 181. «  En moi un immense silence, qui ne cesse de croître. Tout autour, un flux de paroles qui vous épuisent parce qu’elles n’expriment rien. » 

p.226. « Je vais reprendre ma lecture de saint Augustin. Quelle sévérité, mais quel feu ! »

p. 228. « Une âme est un composé de feu et de cristal de roche. » 

p. 229. « On voudrait être un baume versé sur tant de plaies. »

p.237. Lettre du camp de transit de Westerbork. « Un moment vient où l’on ne peut plus agir, il faut se contenter d’être et d’accepter; Et cette acceptation je la cultive depuis bien longtemps, mais elle n’est valable que pour moi-même, jamais pour les autres. C’est pourquoi ma situation est si désespérante en ce moment.»

p. 238. « Je me sens de force à affronter mon destin, mais pas celui de mes parents. Ceci est la dernière lettre que je puisse écrire librement. Cet après-midi on nous retirera nos cartes d’identité.»

p. 240.«  Ah ! tu sais, quand on n‘a pas en soi une force énorme qui nous permet de considérer le monde extérieur comme une série d’incidents pittoresques incapables de rivaliser avec la grande splendeur (je ne trouve pas d’autre mot) qui est notre inaliénable trésor intérieur - alors on a tout lieu de sombrer dans le désespoir ». » 

LIENS… 

Note de blog, de Marc Alpozzo. « Etty Hillesum, derrière les barbelés la grâce »… Sa note est une chronique sur un ouvrage qui tente de rendre compte des jours qui suivirent la fin du journal et des lettres. « A propos d’Olympia Alberti, ‘Etty Hillesum, l'amour dans l’âme’. » http://bit.ly/2AGVSMC

Note brève (citations), « Journal d’une âme… Etty Hillesum »… Blog Zoher Tahora… http://zoher.tahora.over-blog.com/2014/10/le-journal-d-un... 

Chronique de Sophie Galabru, La Cause littéraire, 02-03-17… http://bit.ly/2kCO73h 

Itinéraire sur les traces d’Etty Hillesum, plusieurs notes de blog (Le moine ruminant…) sur un voyage… Citation (note du 3 juillet 2014) : "Dans une recension du journal et des lettres d'Etty Hillesum, Elizabeth O’Connor (professeure et écrivaine américaine, décédée en 1998) affirme que l’œuvre d’Etty Hillesum est « le document spirituel le plus signifiant de notre époque ». L’Écrivain néerlandais Abe Herzberg, qui a contribué à la publication de l’œuvre d’Etty, affirme quant à lui : « Je n’hésite pas à dire qu’à mon sens, nous nous trouvons ici en présence d’un des sommets de la littérature néerlandaise. » Paul Lebeau parle du Journal d’Etty comme l’un des « événements spirituels et littéraires les plus marquants du milieu du XXè siècle."… http://bit.ly/2CKFNGT

Les huit noteshttps://moineruminant.com/tag/etty-hillesum/ 

LIVRE. « Une vie bouleversée », Journal, coll. Points Seuilhttp://bit.ly/2AZXDIQ  

LIVRE. « Les Écrits d’Etty Hillesum » (intégralité des lettres), éd. du Seuil, 2008. Page de Decitre… http://bit.ly/2zimV2q 

DOSSIER, éd. Arfuyen… http://www.arfuyen.fr/hillesum.html 

SITE dédié, « Les Amis d’Etty Hillesum ». Textes et informations, bibliographie (oeuvres sur elle), documents sonores, liens… http://www.amisdettyhillesum.fr/index.htm 

Page de France Loisirs. Diffusion d’un livre d’Yves Bériault « Etty Hillesum, témoin de dieu dans l’abîme du mal ». (Extrait de la présentation : « Puisant à la fois au judaïsme et au christianisme, elle découvre Dieu au plus intime d'elle-même, sans toutefois jamais adhérer à une confession religieuse. L'auteur trace pour nous un portrait saisissant de cette femme au parcours hors du commun. »)… http://bit.ly/2B1EJBl 

Fiche wikipedia… https://fr.wikipedia.org/wiki/Etty_Hillesum 

Documentaires, en ligne… 

« De mémoire d’homme », de Valentine Cohen… Les textes d’Etty Hillesum…  https://www.dailymotion.com/video/x26w1e6 

Film pour la mémoire historique de l’Europe, et la lecture du livre d’Etty Hillesum… « Etty Hillesum », d’André Bossuroy… Textes donnés à lire et dits, en français. Chant en anglais. Dialogues. Informations. http://www.dailymotion.com/video/xorwkn 

22/06/2017

France Culture supprimerait une émission sur la spiritualité ("les" spiritualités)...

LOGO CULTURE.pngUne émission sur la spiritualité ("les" spiritualités...) supprimée par France Culture... 

(« Discussions du soir », de Leili Anvar). Grave erreur, dans une période où des fondamentalismes intégristes guettent les esprits faibles pour en faire des "martyrs" meurtriers, où des faiseurs de haine cherchent à stigmatiser les uns pour les crimes des autres, où l'ignorance crée des monstres là où il n'y a que pensée... Et dans un moment de l'histoire humaine où des consciences cherchent à penser un sens de la vie et de l'humanité en dehors des dogmes et des frontières religieuses, en supprimant une émission éclairante on renvoie les gens à la pauvreté des messages diffusés en nombre par des propagandistes divers et habiles. Que l'on soit croyant ou agnostique, mystique ou indifférent, la spiritualité fait partie du patrimoine humain et la rejeter est une aberration qui nie une réalité collective, universelle.

L’émission (divers intervenants)… https://www.franceculture.fr/emissions/les-discussions-du... 

Les soirs de Leili Anvar.. https://www.franceculture.fr/personne-leili-anvar.html 

Portrait de Leili Anvar (site d’une agence de voyages en relation avec la spiritualité)…  http://www.voyages-interieurs.com/voyager-eveille/nos_int...

PÉTITION (Change)…. http://bit.ly/2sFupaI 

04/04/2017

"La poésie comme vivre..."

WHITE.jpg« La poésie comme vivre qui inclut l'idée plutôt que de lui obéir. La poésie comme rappel à ce qui est vivant en soi, à ce qui toujours échappe : comme cet instant. Être-devenir dans un mouvement qui en même temps se saisit et en même temps relâche, qui embrasse et qui se défait. La poésie, essence de vitalité qui brûle les lèvres, éveille les sens et parfois déchire, parfois nous adoucit le cœur. »

Texte en accueil d’un site entre poésie et mystique (ou plutôt sagesse?), « Un jardin derrière le portique », Ananda. / Sous-titre : « Poésie de l’ éveil et Sagesses du Corps ». Site d’Ananda… https://unjardinderriereleportique.fr 

...

L’auteur (poète, traducteur, artiste, enseignant) utilise, pour lui-même, des noms contextuels, donc, suivant le contexte, on le reconnaîtra tel ou tel. Comme Aédàn pour sa page Facebook sur la spiritualité non-duelle (avec un si beau nom : « Spiritualité sauvage »)...  https://www.facebook.com/SpiritualiteSauvage

Il est ce « garçon vêtu d’étoiles » qui apparaît dans un de ses fragments poétiques. Spiritualité au sens mystique (ou sage) du terme. Ou poésie telle que définie par Mallarmé, qu’il cite dans une note de lecture du « Journal » : « la seule tâche spirituelle » (lettre à Léo d’Orfer, 27 juin 1884)... http://bit.ly/2o4vJUu 

Regard. Ouvrir la page d’un autoportrait bleu (revenir à l’accueil), celui de l’arbre de la colonne vertébrale intérieure : ce qui n’étonnera pas ceux qui pratiquent un yoga (comme lui, et comme moi autrefois) ou un chi qong (comme moi, depuis qu’autrefois a été remplacé par un très long maintenant durable de pas mal d’années…)... https://unjardinderriereleportique.fr

Lisant ce texte introductif, « La poésie comme vivre », (programme et manifeste), et d’autres pages du « jardin derrière le portique », je pense à un poème de Kenneth White, dans un ouvrage que j’ai posé tout en haut d’une bibliothèque, pas sur un rayon de livres, mais sur le dessus, entre les pages dures d’un livre objet où je glisse des trésors, pour être sûre de retrouver facilement ce mince volume, sans qu’il risque d’être perdu, comme d’autres, dans la masse des pages entassées. Retrouver le recueil, d’abord (mais pas seulement) pour une page, où tout est dit d’une démarche particulière, celle qui accepte la rareté du poème, pour que le sens soit le résultat d’une lente alchimie qui réussira à capter l’essence du langage à la frontière du silence, des significations dont la grammaire est celle du regard. Texte de méditant, pour qui l’écriture est pratique de sagesse, exercice sur soi, tissage de l’être. Sans cesse revenir sur l’espace de la page, sculpter les mots le vide le temps les sons. 

Ainsi interfèrent, ici, trois visages de la seule poésie, écriture, qui m’intéresse vraiment : celle qui ne cherche pas le paraître d’un jeu formel, mais déblaie justement les masques, en arrachant l’illusion vaine, couche par couche. Vers un centre. Tout en malaxant, sculptant, les sons et les images… 

Aédàn/Ananda, Mallarmé, Kenneth White… 

...

Voici ce qu’écrit Kenneth White :

« Travaillant et retravaillant

   les mêmes textes

   jour après jour

   perdant tout sens

   de ‘production’ et de ‘publication’

   toute idée d’une ‘réputation’ à forger

   engagé plutôt dans quelque chose

   — loin de toute littérature —

   que l’on pourrait pertinemment nommer

   un yoga poétique »

  La résidence de la solitude et de la lumière / Méditations pyrénéennes 1

  William Blake and co. édit. (1978)

...

Kenneth White, liens…

Page du Printemps des Poètes… http://bit.ly/2nRRYL0 

Un ouvrage, « Le Visage du vent d’est », 2007… http://bit.ly/2nVYGkY  

Site offficiel, autres livres (dont 2016, 2017)… http://www.kennethwhite.org

15/11/2016

13-11..."Fluctuat nec mergitur". Ne pas sombrer, c'est aussi parler, témoigner...

BD Bataclan.jpg« La pluie de demain lavera les taches mais il restera toujours quelque chose dans nos âmes. »

Sting (Fragile)

« Nous sommes ceux qui restent, suivis par une ombre, tous unis par une même idée : ne pas nous laisser tuer deux fois. »

Antoine Leiris (auteur de « Vous n’aurez pas ma haine »)

...

PAS HAINE.jpgNe pas sombrer, c’est le défi des survivants des attentats. Et chacun trouve la manière de forger sa résistance, de remettre les pas dans la vie, de reconstruire son rapport aux autres, tant avec ceux qui sont directement concernés, victimes ou endeuillés, qu’avec ceux qui ne peuvent pas complètement comprendre, entendre la parole de douleur, le traumatisme gravissime. Choix entre se taire, ou parler. Parole de partage et parole thérapeutique. Solidarité.

Bien sûr, il y a des expériences différentes. Quand la colère domine, et quand la haine affleure, dont il faut réprimer les mots pour ne pas heurter - comme le dit de lui un survivant du Bataclan (dossier de Libération daté 12-13/11, riche de plusieurs témoignages différents) : père de famille qui s’est, de plus, heurté à des rigidités diverses (indemnisation problématique, incompréhensions de la situation scolaire de ses enfants par des acteurs de l’éducation nationale, dans la méconnaissance troublante de ce que sont les traumatismes graves et leurs effets). 

Beaucoup de témoignages sont le signe, le plus souvent, d’une force vitale renforcée : ne pas laisser les assassins gagner aussi contre l’esprit et le temps. 

Refus de la haine, comme l’a exprimé pour tous Antoine Leiris dans sa lettre spontanée, celle qui a jailli dans la proximité de la douleur la plus grande, et dans la conscience de tout ce qu’il fallait préserver pour son enfant… « Vous n’aurez pas ma haine »…  https://www.facebook.com/antoine.leiris/posts/10154457849... 

Cette lettre est devenue un livre, pour aller au plus loin du message… http://www.fayard.fr/vous-naurez-pas-ma-haine-9782213701295 

Et un documentaire a été créé par Antoine Leiris, qui donne la parole à ceux qui ont vécu la même tragédie…   (Rediffusé le 3-12, France 5, minuit)… http://www.france5.fr/emission/vous-naurez-pas-ma-haine 

« Alice et Aristide » est un documentaire de Laetitia Krupa, qui raconte le parcours du rugbyman Aristide Barraud et de sa soeur, survivants tous les deux (il est passé très près de la mort, et en le sachant). Le corps, la douleur, le doute, la peur, le courage, et le désir de rejouer, donc de vaincre tous les obstacles physiques. Pour soi, et pour les autres : être pour autrui ce que d’autres ont été pour lui, des repères de courage, de ténacité devant l’adversité. Et revenir sur le terrain pour tous ceux qui sont morts. Alice, aussi, accepte d’attendre mais pas de ne plus faire ce qu’elle aime, artiste du corps. Et elle va revenir à la vie du cirque… Ne pas renoncer, jamais…. (« On n’a pas choisi ce qui nous arrive, mais on va choisir ce qu’on va en faire», a dit Aristide, pour sa soeur et lui). A voir… http://www.lequipe.fr/Medias/Actualites/-alice-et-aristid... 

« Mon Bataclan » est une bande dessinée de Fred Dewilde, qui fait le récit de son cauchemar de survivant. Le dessinateur se libère ainsi de l’obsession des images : il les transcrit et s’en délivre… http://www.lemieux-editeur.fr/Fred-Dewilde-sortir-du-Bata... 

Voir aussi des vignettes sur L’Express… http://www.lexpress.fr/actualite/societe/en-images-un-sur... 

Trouver la manière de dire c’est trouver (ou retrouver) la matière, sa matière : les pages pour des mots, les crayons pour dessiner, la voix et l’instrument pour le chant, le corps pour la danse ou le sport de compétition, ou les gestes du quotidien d’un travail retrouvé. Je pense à une agricultrice vue dans un reportage, et qui disait « Ils sèment la mort, moi je sème des graines ». 

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L’anniversaire commémoré m’a fait revoir les visages, photographies dans les journaux, souvenir du choc d’alors. Ainsi ceux de La Belle Équipe. Et lire ou écouter les entretiens. La Belle Équipe, le Bataclan, le Stade, les autres lieux. Penser au présent de ceux qui poursuivent, marqués mais là. Attentive aux mots de Noumouké Sidibé, le chef de sécurité du Bataclan, toujours en arrêt, blessé par les soupçons du chanteur du groupe Eagles of Death Metal, blessé par les méconnaissances, et préoccupé par le risque de bascule dans le terrorisme de jeunes qu’on pourrait sauver de cela.

Commémorations, donc (Nice, Paris…). Elles ont été critiquées par certains commentateurs, (trop ceci, pas assez cela) mais les victimes les désiraient et disent en avoir tiré un apaisement. Comme Ali Charrihi, dont la mère, Fatima, est morte à Nice le 14 juillet. L’hommage rendu est pour lui un signe fort : « La nation entière va honorer ma mère » (cité dans un article du Parisien du 15 octobre). Sa réaction à lui est de décider de s’engager auprès de Latifa Ibn Ziaten, mère d’une victime de Mohamed Merah. Lutter contre les radicalisations, tenter de prévenir.

Ondes de choc… Le temps des secousses dure plus qu’on ne peut croire. Ainsi Nicole Guiraud, victime d’un attentat, enfant, pendant la guerre d’Algérie (le Milk Bar, Alger) le dit dans une lettre ouverte à Zohra Drif.  (Zohra Drif avait posé la bombe visant des civils dans un bar recevant des enfants, d’où son nom, et a réagi récemment, agressivement, à la déclaration du père d’une victime du Bataclan qui parlait de terrorisme dans ce cas précis - puisque le terrorisme est défini par le fait d’attaquer des civils, dont des enfants). Nicole Guiraud la désigne comme son bourreau, car les séquelles de son amputation d’un bras demeurent (douleurs, soins). Plasticienne, elle est aussi privée d’une main pour créer. La mémoire du terrorisme elle la retrouve chaque matin. 

Comme doivent la retrouver des personnes en Algérie, victimes des attentats de la décennie noire. (Et le Milk Bar a encore, alors, été visé…). Nicole Guiraud, comme Danielle Chich, a refusé la haine (au contraire, elle a participé à des actions fraternelles de liens entre les rives). Mais elle a fait de la lutte contre le terrorisme son engagement principal, y compris par la création (comme dans son exposition « Survivre »), ou le partage avec des artistes algériennes (comme lors d’une exposition à trois en Allemagne, à Berlin.).

Ondes de choc… autour. Nous, individuellement, et nous, collectivement.

Le risque des fractures intensifiées, sur lesquelles les extrémistes tirent pour les accentuer. 

…Que ce soient les stratèges de l’islamisme, jouant sur la victimisation (inversant les rôles) et glissant petit à petit leurs codes rigides, qui veulent emprisonner les êtres corps et âmes, et les femmes d’abord. Manipulation et taqiya (avancer masqués). 

…Que ce soient les partis d’extrême droite, racistes, et leurs alliés, dédiabolisés ou pas, ou le fatras des complotistes et antisémites.. 

Une réponse est l’écran construit contre les haines diverses, les peurs, les ignorances. 

..Se méfier des obsédés qui pensent tout à travers le filtre de la peur de l’islam (confondant musulmans et islamistes). 

..Se méfier des idéologues complaisants qui se font complice des manipulateurs, par bêtise, conviction, intérêt. Les idiots utiles. A l'inverse de cela, Abdennour Bidar met l'accent sur la fraternité, sans négliger la lutte contre les intégrismes mensongers, et il développe un mouvement de citoyens... https://www.fraternite-generale.fr 

Résister.

Mais résister ne peut faire l’économie d’une vigilance concertée et totale pour débusquer les pièges des totalitarismes concurrents. 

..Soutenir IkhwanInfo (Mohamed Louizi, Soufiane Zitouni, Caroline Fourest, Antoine Sfeir, etc.…)… http://www.ikhwan.whoswho  

..Soutenir les messagers d’un islam du respect, de haute spiritualité humaniste, comme Planète soufie…http://www.aktab.ma/veille/  ou Fondation conscience soufie… http://conscience-soufie.com 

..Faire passer le message aux politiques, contre le clientélisme aveugle et la diplomatie de complaisance. 

..Soutenir les associations qui luttent contre le racisme et les confusions (liste Agir, marge gauche… ici).

26/10/2016

Silence, on danse… Silence, on médite… et tisse.

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« La danse est une forme de foi, une espérance, disait-elle. C’est une aspiration, le besoin d’atteindre un univers, une atmosphère, un état qui vous fait progresser, la recherche d’une vérité. »

Yvette Chauviré, danseuse étoile (citée par Rosita Boisseau, Le Monde, ample article du 20-10-16 qui lui rend hommage après sa mort, le 19 octobre) http://www.lemonde.fr/culture/article/2016/10/19/mort-de-... 

Avant le 19 octobre, je voulais, depuis quelques jours, faire une note brève sur Masatake Ito, danseuse qui laisse son corps bouger en fluidité totale, osmose étrange entre elle et le vent, l’herbe. Contemplant cet instant magique de beauté absolue (ode à la vie) j’avais associé cette fusion avec les éléments à la pratique du chi qong spontané : rien de formel mais un laisser faire de l’énergie qui décide du geste. On est, regardant sa danse, devant une prière cosmique. Les mains envoient leurs spirales en ondes immenses qui rejoignent le ciel lointain, et plus, mais l’ancrage est total, pieds arrimés à la terre, plongeant leurs racines invisibles. Quand j’ai lu cette citation d’Yvette Chauviré j’ai trouvé qu’elle correspondait aussi (en partie au moins) à ce qui émane de Masatake Ito (lien vers une vidéo, en fin de note : magie d’un instant). Autre association naturelle, celle qui concerne un livre, « La danse des femmes » de Rosina-Fawzia Al-Rawi (née en Irak), où la danse (orientale) est présentée, étudiée, comparée, dans la même perspective que ce lien que je fais entre danse et pratique du chi qong avancé. Danse avec ses rituels d’initié(e)s, son mystère, voie pour faire émerger ce qui peut sourdre au-delà des blocages physiques, émotionnels, ou mentaux, et mystère de l’accès à soi. Tout un savoir est là, transmis de génération en génération. (Éd. Almora, 2011). Présentation détaillée sur une page d’Amazon (citation : « Elle détaille précisément des exercices qui ouvrent les centres d’énergies et nous permettent aussi de retrouver une harmonie intérieure. La danse concerne tout le corps et Fawzia nous montre comment ressentir chaque partie du corps pour nous ouvrir à notre espace intérieur de vie et de vibration. En reliant également la danse orientale à la mystique soufie et notamment à la danse des derviches tourneurs, Fawzia explique la dimension mystique et ésotérique de cette danse. »). Lien vers cette page (et d’autres, dont l’édition) sur cette note du blog, de 2011 « Conscience sans objet ». (J'ai remarqué aussi qu’au 25-10-16 on trouve un entretien avec Abdennour Bidar au sujet de son dernier livre, « Les Tisserands, réparer ensemble le tissu déchiré du monde » : http://consciencesansobjet.blogspot.fr/2011/11/rosina-faw... 

Le titre de cette note s’est imposé, par l’association qui s’est faite naturellement entre danse, méditation, et silence (même si la danse est souvent soutenue par la musique). Silence, aussi, de la mort. L’étoile disait que les rôles mouraient et renaissaient, recréés par une danseuse après une autre qui cessait ou disparaissait. Silence, quand on fait des pauses, comme l’explique très bien Alain Gourhant dans sa note de blog, « Pause, silence et poésie ». Silence comme espace de devenir, de ce devenir non obsédé par le futur personnel du petit « moi » mais ouvert au tissage du monde (qui a, oui, besoin d’être réparé par tous les tisserands de liens et d’art) : http://blog.psychotherapie-integrative.com/pause-silence-...

Un documentaire a été consacré à Yvette Chauviré par Dominique Delouche, « Yvette Chauviré pour l’exemple ». Extrait sur cette page : http://www.filmsdocumentaires.com/films/1184-yvette-chauv... 

Sur la page de FranceInfo l’article sur la danseuse étoile disparue est complété par deux vidéos, deux moments forts (Giselle, Le Cygne) de cette « étoile étincelante » : http://culturebox.francetvinfo.fr/scenes/la-mort-d-yvette... 

Regarder Masatake Ito. Vidéo. Le son est un peu brouillé, mais ce qui importe est la danse du corps : on peut mettre sur silence si cela gêne… (Je n’ai rien trouvé d’autre sur elle, ni article ni lien quelconque.) : https://www.youtube.com/watch?v=bgGIUQr5uTU 

03/10/2016

Ni avancer, ni reculer. Avancer et reculer…

poesis,être présence,zen,tsai chih chung,tao,sagesses,spiritualité,alep,syrie,b.d.,bande dessinée,vipassana,goenka,joie,douleur,violenceJ’ai lu (diffusée par Etre Présence, sur Facebook) une page de BD. Tsai Chih Chung, reprend une sorte de koan zen d’un maître nommé ici Fayun… qui dit qu’il  ne faut ni avancer ni reculer, mais avancer ET reculer. Avancer, est-il écrit, c’est perdre le Tao, reculer perdre la manifestation, la vie, ne rien faire c’est être comme la pierre… 

poesis,être présence,zen,tsai chih chung,tao,sagesses,spiritualité,alep,syrie,b.d.,bande dessinée,vipassana,goenka,joie,douleur,violenceCe paradoxal enseignement de sagesse en bande dessinée (non dénué d'humour...) correspond à mon état d'esprit, en ce moment en tout cas. En fin d'après-midi, alors, je lisais (pause café en terrasse, comme j'aime). Et, sur ma table, les journaux avec un fatras d'horreurs et, quand même, des faits plus souriants. Mais la pensée de la Syrie, Alep, en arrière-plan de toutes les phrases. Après les journaux, plongée dans deux livres (relecture). Dans l'anthologie de Poesis, "Habiter poétiquement le monde", un texte d'Hölderlin, pages 23-24, et dans ce texte une phrase, dont je note la première partie : "C'est par la joie que tu t'efforceras de comprendre le pur en général, les hommes et tous les êtres...". La joie. Le message de toutes les sagesses. Et si loin des émotions liées à l'actualité. L'autre livre, de Goenka sur la méditation Vipassana (qui ne demande qu'être là, respirer, et, surtout, observer ce qui est ressenti : je résume...). page 129 (poche, Points Sagesses), il est écrit ceci, à propos des pensées qui viennent, interrogations, doutes, etc. : "Tout cela est le travail de la surface de l'esprit, mais la partie la plus profonde de l'esprit n'a rien à voir avec tout cela". (Et il relie la profondeur aux sensations perçues puis dissoutes, car la souffrance est notre propre création...). Et, dans cette BD, ce message : ni avancer, ni reculer, avancer ET reculer. La joie à l'horizon, dans ces trois lectures. A l'horizon de la poésie, si elle échappe aux rumeurs médiocres ressassées par l'esprit (et ce n'est malheureusement pas toujours le cas...). A l'horizon de la méditation. A l'horizon des espoirs de paix, du regard solidaire, contre la haine. Sauf que, rappelle la science (cf. article du Monde daté 30-09, signé par Nathaniel Herzberg) "La violence humaine s'enracine dans l'arbre de l'évolution". (Bien sûr, mais nous avons aussi en nous un autre centre, qui refuse de se limiter à cet enracinement...). Donc, malgré tout, croire en la joie. Et tenter l'harmonie... (J'hésite entre point d'interrogation et points de suspension...). Donc : ...???  Comment traduire cela pour penser l'actualité sans se perdre, c'est cela qui importe, et il y a matière...

Les bandes dessinées de Tsai Chih Chung qu'on peut trouver à la FNAC (par exemple) : http://recherche.fnac.com/ia312443/Tsai-Chih-Chung

Poesis éditions : http://www.poesis-editions.fr