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24/04/2019

"La mort n’est point notre issue". Parole de poète, François Cheng

GLOIRE ICI CHENG.jpg"La mort n’est point notre issue,
  Car plus grand que nous
  Est notre désir, lequel rejoint
  Celui du commencement,
  Désir de la Vie."
  François Cheng, La vraie gloire est ici
 
AME CHENG.jpg"L’âme n’est pas seulement la marque de l’unicité de chaque personne, elle lui assure une unité de fond, et, par là,   une dignité, une valeur, en tant qu’être."
François Cheng, De l’âme
 
ENFIN ROYAUME CHENG.jpg
 
 
 
 
 
 
 
 
"Ce que tu donnes trace une voie
 Te menant plus loin que tes pas."
  François Cheng, Enfin le royaume
 
Sur plusieurs moments de parole du poète, La Grande librairie (2015, 2016, 2018). 
2019... J'avais mis, dans la note sur l'incendie, le lien vers l'émission "Spéciale Notre-Dame", où François Cheng est présent. Je le remets ici... https://www.youtube.com/watch?v=s49jQRLDFn4 
 
Dans La Grande librairie, l'émission de François Busnel, en novembre 2015, François Cheng parle de son livre,
"La vraie gloire est ici" (Gallimard, 2015), de la poésie, de la création, et de vivre "ici et maintenant" l’instant présent. "Vivre est un triomphe du Tout sur le rien, malgré tout" (comme, le rappelle-t-il, le dit Rilke à un jeune poète, Jules Supervielle, en lui écrivant une semaine avant sa mort : "en dépit de tout, la vie est une gloire"….). La "gloire" est la splendeur de la nature, et des "hauts chants" des êtres humains.
Il parle de la "concentration en soi", d’une sorte d’ascèse qui rend cela possible. Les poèmes ont pour but, dit-il, de révéler cela, les paradoxes de la présence, entre souffrances, épreuves, ténèbres donc, mais lumière des rencontres (avec les êtres ou avec une transcendance)… Et même la mort, la perspective de la mort,  nous offre selon lui la possibilité d’atteindre le sens de tout cela. Y compris dans le travail sur la langue ("épurée"). Et "rien ne vaut la vie" , "même si la vie ne vaut peut-être rien" (il cite alors André Malraux), et même si la tragédie est là (y compris dans la détresse de la misère, pauvreté que le poète a connue) : mais toujours le message de la vie est là aussi, cet "humus" Et l’ailleurs de Rimbaud est, pour lui, "toujours un ici et maintenant". François Busnel insiste sur la manière dont François Cheng dépasse les paradoxes qui opposent souffrances et joie.
Car "La mort n’est point notre issue" (début d’un des poèmes)… Sans la mort, dit-il, "nous n’aurions aucune perspective de transfiguration, alors que la mort nous offre la chance d’atteindre une autre forme d’être, un ordre supérieur d’être." "Rien ne vaut la vie, il insiste, car ‘il y a cette unicité de l’être’.
VIDÉO (extrait de La Grande librairie)…
"La vraie gloire est ici", page éditeur, Gallimard… 
 
Autre moment de La Grande librairie (autour du livre "De l’âme", écrit avec l'intention de réhabiliter ce mot (tabou, presque, en Occident). "Souffle vital", explique-t-il, qu’on retrouve partout (ainsi dans le chi chinois,ou le souffle du latin et des autres cultures). L’âme est "la marque de l’unicité de chacun de nous", liée à une forme de "transcendance". "L’esprit et l’âme sont intimement liés, entrelacés". François Cheng évoque des auteurs comme Malraux et Camus (pour une lettre) qui, parlant des nazis disait qu'ils tentaient de "tuer l’esprit et l’âme". Et c'est cela qui est le sens principal, tuer l'âme. C'est important, pour François Cheng, qu'Albert Camus ait utilisé ce mot et dise ainsi quelque chose d'essentiel. Il aimerait que ce texte soit beaucoup lu.
VIDÉO. La Grande librairie, 2016...
"De l’âme", page éditeur, Albin Michel (une correspondance)…
 
Et, sur un autre ouvrage, "Enfin le royaume", recueil de quatrains, La Grande librairie, février 2018...
On entend d’abord le témoignage de Dany Laferrière, qui dit la part d'écorché vif de François Cheng, qui acquiesce (disant qu’il peut avoir du mal à dormir pendant des jours à cause d’un fait divers bouleversant). De la poésie il dit que celle qu’il aime est celle des poètes de l’être, et il cite Dante. À propos du quatrain il parle d’une lignée de poètes, comme Rimbaud, Nerval, Michaux, Char, poètes "diamantaires". L’écriture du quatrain demande, dit-il, une aimantation (il avait évoqué un instant avant, la "cristallisation"). Il cite aussi Jeanne d’Arc, ce qu’elle a dit aux juges : "Puis vint cette voix, environ l’heure de midi, au temps de l’été, dans le jardin de mon père". C’est un quatrain parfait : (5-7-5-7). Dont il dit que tous les Français devraient le savoir par coeur.
VIDÉO (La Grande librairie, février 2018, extrait)… 
"Enfin le royaume", page éditeur, Gallimard...
 
Et encore, retour à 2016. "Le livre qui a changé ma vie" Le choix de François Cheng n’est pas un recueil de poèmes, mais "À la recherche du temps perdu" de Marcel Proust. Choix d’écrivain, car ce qu’a dit Proust sur l’écriture lui a donné confiance en la possibilité de tout transformer par l’écriture, de se "réconcilier avec la vie". Par cette affirmation : "La vraie vie est une vie vécue et repensée et recrée par l’écriture".
 
MC San Juan
 
Réponse au commentaire (transmise aussi directement en MP sur FB).
Merci pour ce message, qui aide à penser la démarche, à s'interroger.
Oui. Comme c'est interrogé dans un commentaire, ces notes, ces messages sont pour faire signe de sens, d'espoir, en s'appuyant, ici, sur la parole d'un grand poète de l'être. Nécessaire cette alternance avec les colères contre les atteintes multiples aux droits (dissidences, certains pays) et la résurgence de pensées et écritures fascistes (cf. mes notes au sujet de chroniques sur Céline : Céline et l'abjection et Céline, voyage au bout du nazisme). Je crois, comme la géographe Sylvie Brunel (page dans Le Monde du 26 juillet 19) que nous devons "remettre un peu de sérénité dans nos existences". Mais il n'est en aucun cas question de "fuir le monde". On ne libère personne (sauf à agir pour sortir de vrais murs des dissidents), on peut juste travailler à être plus libre soi-même, à être plus vrai. C'est le sens de la parole de François Cheng, entrer dans la profondeur de l'être. Quand à Fred Vargas, elle ne m'intéresse en rien. Et ce qu'elle devait entendre au sujet de son protégé terroriste, des intellectuels italiens (informés et concernés) ont répondu. Et c'est suffisant.

23/04/2019

Relire Sylvain Tesson. "Notre-Dame-des-vertiges"... (Et l'écouter, car la parole est belle...)

OSCILLATION TESSON.jpg"Je crois à la mémoire des pierres."
Sylvain Tesson, "Notre-Dame-des-vertiges", Philo Mag 
"Une très légère oscillation" (Journal 2014-2017, Pocket)
 
CHEMINS NOIRS.jpgEt (dans le prolongement de cette ascèse de l'ascension, celle de la marche sur les chemins de France...),
ceci : "La vie me laissait une chance, il était donc grand temps de traverser la France à pied sur mes chemins noirs. Là, personne ne vous indique ni comment vous tenir, ni quoi penser, ni même la direction à prendre."
Sylvain Tesson, "Les chemins noirs" (Folio).  
 ……………………………….
PHILO MAG.pngPhilosophie magazine a eu la bonne idée de proposer (site et page Facebook) de relire le témoignage de Sylvain Tesson (publié en 2015). Il y fait le récit de son "ascension" de Notre-Dame (de l’immense escalier qui mène aux tours), en guise de "rééducation" après un grave accident. Il a l’idée de le faire, en voisin, alors qu’il constate à quel point il a vu souvent, et peu regardé, Notre-Dame (comme si souvent les Parisiens, par habitude de lieux qu’on finit par oublier de connaître). Et ce seront des jours et des jours d’escalade… Dans cette page il note les pensées de tous ces jours.
 
Ainsi, l’escalier en colimaçon lui inspire cette réflexion : "La spirale du colimaçon, elle, recompose son permanent retour. L’éternel retour est dans l’escalier à vis. Tout visiteur de Notre-Dame tient du derviche tourneur." / "Je pensais au génie de ces architectes qui inventèrent le colimaçon. Avaient-ils observé la nature pour mettre au point leur trouvaille ? S’étaient-ils inspirés de la graine de tilleul tombant de la branche en tournicotant ? Avaient-ils été influencés par la coquille de l’escargot ? Peut-être avaient-ils tenu à incarner un symbole, car la spirale recèle une dimension métaphysique. Toute méditation a la forme d’une spirale : la pensée tourne sur elle-même, s’enfonce lentement dans les tréfonds psychiques." Et, parlant de "l’explosion de la lumière", quand on arrive tout en haut, il note : "Notre-Dame est une cathédrale du Christ mais – chevet au Levant et tours au couchant – elle est également un temple solaire."
 
Quasimodo et les gargouilles de Viollet- le-Duc le consolaient de sa paralysie faciale : "Rien n’était perdu me susurraient les gargouilles : toute bête a sa belle."
 
Il observait les visiteurs : "Pas un ne regardait Paris de son œil. Ils brandissaient tous un écran entre le monde et eux."
 
Et, pour conclure, guéri, il dit ceci, de cette expérience particulière, liée au lieu : "Il y avait quelque chose d’alchimique dans ces heures d’exercices. Comme si le mystère, la puissance de Notre-Dame irriguait mes chairs." La page sur Philo Mag
 
Augustin Trapenard a lu cet hommage de Sylvain Tesson
à Notre-Dame, sur France Inter, le 16 avril 
 
Et Sylvain Tesson, dans La Grande librairie de François Busnel, du 18 avril 2019, dit que Notre-Dame lui a "véritablement sauvé la vie". Passionnante intervention à écouter et réécouter. C’est presque une ode mystique, car il explique que c’est, d’après lui (c’est son ressenti), l’énergie spirituelle sacrée de ce lieu qui a guéri le corps,  par imprégnation du biologique, du physique, par la force du lieu, la mémoire sacrée du lieu, en quelque sorte.... "La mémoire des pierres"…
La Grande librairie, extrait... 
 
MC San Juan