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16/02/2017

CAMUS, lire et relire ses « Carnets »…

CARNETS... .jpg« Carnets », journal de pensée, journal d’écriture… Livre de chevet, comme le Journal de Kafka. De ces livres lus et relus...

Mais là je reprends (et commente) deux citations posées sur des pages Facebook dédiées à Camus, ces pages littéraires qui font relire des fragments au hasard. Parfois c’est « Albert Camus », parfois « Albert Camus, pensée du jour ». Et j’en ajoute une, en feuilletant l'ouvrage… 

...

"Pourquoi suis-je un artiste et non un philosophe ? C'est que je pense selon les mots et non selon les idées".

Artiste, oui. Poète (lisez Noces...!). ET philosophe. Un des seuls à avoir su penser les totalitarismes sans se laisser fasciner par eux. Et, lui, était en résistance quand il le fallait, quand un Sartre posait des textes dans des feuilles collaborationnistes et signait (comme Beauvoir) l'engagement qui les faisait affirmer (sur l’honneur?!) qu'ils n'étaient ni Juifs ni francs-maçons, pour pouvoir rester dans l'Éducation nationale pendant l'Occupation...! Un philosophe n'est pas un constructeur de systèmes. C'est un penseur qui donne de quoi élaborer une conscience, individuellement et collectivement. Lisez ses "Écrits libertaires", regroupés par Lou Marin, ce chercheur allemand qui a retrouvé tant de textes dispersés dans des revues libertaires du monde entier...

"Paris ou le décor de la sensibilité"... (La page Facebook "Albert Camus, pensée du jour" avait associé cette citation à une photographie de Paris vu de l'espace...).

Paris pensé par Camus… Pensée de metteur en scène, qu'on peut interpréter diversement : force du lieu, richesse sensible possible, ou mirage qui cache les froideurs, ou tout cela en même temps... De Paris, Camus percevait des aspects plus angoissants (autres textes...). L'espace gris, la pluie, qui, malgré la beauté, réveillaient la nostalgie d'un univers méditerranéen solaire (Algérie, Espagne, mais aussi un certain sud en France, celui de son ami si cher, René Char... ou des paysages italiens). Et puis Paris, ce fut pour lui des vécus très divers, entre l'amitié des Gallimard, d'un côté, et l'hostilité d'un certain milieu d'une bourgeoisie intellectuelle rejetant le fils de pauvres et (comme il le dit) l'Algérien en lui (et sans doute l'Espagnol - par sa mère et ses liens vitaux - l'Espagnol  libertaire, surtout…).

Et j’ajoute ceci (Carnets 1945-48) : « Il n’y a pas de justice, il n’y a que des limites. » 

J’associe cette pensée à l’éthique du père de Camus « Un homme, ça s’empêche ». On pose des freins à la violence des êtres, des mots contre les masques du langage. Sans illusion, on résiste à l’injuste. 

LIENS… 

Gallimard, Folio : http://www.gallimard.fr/Catalogue/GALLIMARD/Folio/Folio/C... 

Fabula, un appel en 2010 pour un colloque (et quelques pistes de lecture)... http://www.fabula.org/actualites/article35111.php 

Fiche wikipedia : https://fr.wikipedia.org/wiki/Carnets_(Albert_Camus) 

Nombreuses citations, dont fragments des Carnets… http://www.laculturegenerale.com/citations-albert-camus/ 

20/09/2016

« En quête de L’Étranger », essai critique d'Alice Kaplan

CAMUS.jpgVoilà enfin une étude d’Alice Kaplan qui reprend la question de l’appellation de « l’Arabe » dans L’Étranger d’Albert Camus en tenant compte de faits littéraires qui rendent compte du sens  de ce choix, totalement inverse aux interprétations malveillantes de certains lecteurs (parfois essayistes ou « critiques ») qui (contrairement à ce qu’on enseigne pourtant même aux lycéens) confondent l’auteur et le personnage, et projettent des significations qui confortent leurs présupposés idéologiques, et ne tiennent pas compte de ce qui fonde l’éthique de l’écrivain (et donc contredit des pensées qui la nieraient). Alice Kaplan rappelle l’influence reconnue par Camus du « Facteur sonne toujours deux fois » de James M Cain (qui désigne son personnage par « le Grec », « au lieu d’un véritable nom propre »). Et, dit-elle, « Camus comprend que lui-même peut produire un effet similaire en appelant son propre personnage de victime « l’Arabe ». Réduire un homme à un simple qualificatif ethnique lui permet de signifier le racisme sans avoir à l’expliquer. » Car le romancier, pour Camus « doit être toujours un peu en deçà de l’expression ». Et, ajoute Macha Séry, « D’où l’insondable densité de L’Étranger. ». Le Monde des livres, 16-09-16. J’ai toujours lu ainsi l’intention d’Albert Camus, assez atterrée par « l’insondable » bêtise arrogante et malveillante de certains « lecteurs »… 

L'article du Monde : http://www.lemonde.fr/livres/article/2016/09/15/l-etrange... 

Page de l’édition Gallimard... http://www.gallimard.fr/Catalogue/GALLIMARD/Hors-serie-Co... 

06/01/2016

Jacques Derrida, la philosophie contre la peine de mort. Séminaire...

DERRIDA.gif« Derrida déclarait à Elisabeth Roudinesco que "tant qu’on n’aura pas déconstruit (…) le discours (…) qui prétend justifier la peine de mort de façon principielle, sans référence à la moindre utilité, on s’en tiendra à un discours abolitionniste précaire, limité, conditionné par les données empiriques, et, par essence, provisoire’’ » Jacques Derrida a donc élaboré, au cours de son séminaire, cette déconstruction systématique d’un discours philosophique favorable à la peine de mort, celui de Kant, pour développer une philosophie abolitionniste (Kant dont Derrida dit que sa pensée de la justice pénale se fonde sur une "morale sacrificielle" : c’est cette "pulsion sacrificielle" qu’il faut donc interroger). 

La chronique de Hicham-Stéphane Afeissa sur Non Fiction donne des clés très intéressantes pour comprendre cette démarche. 

Car c’est vrai que les arguments qu’on utilise contre la peine de mort (et cependant à juste titre) tiennent compte de la logique sociale (inefficacité, prouvée par des études statistiques, contre le crime) et de la morale (ne pas se faire meurtrier du meurtrier pour refuser le crime, ou ne pas déléguer à d’autres le geste de tuer, en assumant cependant le choix donc le crime : chaîne infinie). 

Mais cela reste une morale pensée sans avoir conscience de la dimension sacrificielle, que Jacques Derrida réintroduit dans son analyse.

Aspect très intéressant de la pensée de Derrida, aussi, c’est le lien fait avec notre rapport aux animaux ("Je pense la même chose pour le rapport aux animaux : derrière toutes les problématiques qui sont des alibis au sujet de notre consommation et de notre tuerie des animaux, il y a, au-delà de toutes les prétendues nécessités sur les protéines, etc., il y a une pulsion sacrificielle. (…) Il faut penser ce que signifie ‘sacrifice’ pour approcher aussi bien la question de l’animal que la question de la peine de mort, des deux côtés »).    

Je vois cette oeuvre abolitionniste comme un prolongement de l’écriture et de la lutte d’Albert Camus (et, plus loin dans le temps, de Victor Hugo). Camus et Derrida, deux natifs d’Algérie engagés (chacun à sa manière, chacun avec son langage) contre cette barbarie toujours si présente dans le monde. Cela peut nous aider, au-delà des pétitions et diverses actions contre les exécutions, l’engagement peut être plus fort s’il s’appuie sur des pensées fortes. 

C’est bien nécessaire quand on vient d’apprendre les 47 exécutions en Arabie saoudite, qu’on craint, dans ce pays, pour le poète palestinien et pour le jeune neveu d’un des dissidents assassinés. Quand on doit signer une pétition pour tenter de sauver trois jeunes condamnés en Iran (pays qui exécute encore plus que l’Arabie saoudite…). Même si de plus en plus de pays deviennent abolitionnistes nombreux sont ceux qui ne le sont pas encore (comme les USA, la Chine, etc.).

LIENS :

De Jacques Derrida… Volume 2, Séminaire, La peine de mort (2000-2001), éd. Galilée. Note sur Non fictionhttp://www.nonfiction.fr/article-7875-la_folie_de_la_rais... 

BioBiblio sur wikipedia : https://fr.wikipedia.org/wiki/Jacques_Derrida 

Sur une biographie de Jacques Derrida (celle de Benoît Peeters, éd. Flammarion). Présentation de l'éditeur: http://www.derrida.ws/index.php?option=com_content&ta...  

Et..., échos...

Réflexions sur la guillotine, Albert Camus : http://www.etudes-camusiennes.fr/wordpress/tag/reflexionx... 

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Le dernier jour d’un condamné, Victor Hugo  https://fr.wikipedia.org/wiki/Le_Dernier_Jour_d%27un_condamnéjacques derrida,derrida,séminaire,albert camus,camus,kant,peine de mort,abolition,victor hugo,hicham-stéphane afeissa,non fiction,essais,livres,philosophie,sacrifice,morale,société,idées,animaux,exécutions,arabie saoudite,iran,u.s.a.,chine

03/11/2015

« Apocalypse Staline », regard sur un documentaire… Et comment cela nous donne à penser, plus loin...

Sur ce documentaire historique de Daniel Costelle et Isabelle Clarke on trouve des critiques diverses, positives complètement, certaines, plus nuancées ou critiques, d’autres. J’en ai choisi quatre, à donner à lire (liens ci-dessous…). Pour ma part je trouve cette réalisation nécessaire et intéressante. On pourra prolonger par des lectures… Occasion de se questionner sur ce qui fait que les êtres humains choisissent d’adhérer à des systèmes totalitaires, destructeurs, meurtriers, fous. La source est toujours dans ce qui précède, dans les souffrances. mais cela ne suffit pas à expliquer la soumission à des êtres au charisme d’ombre, ni la puissance de ces ordres maléfiques qui perdurent longtemps. Comment tant de gens peuvent suivre des injonctions leur ordonnant de surveiller, dénoncer, emprisonner, torturer, tuer, être les rouages de l’infamie. Prisons idéologiques, fascinations d’appartenance, peurs inversées. 

Comment ne pas penser à Etienne de La Boétie, son « Discours de la servitude volontaire » (écrit à dix-huit ans…!). Donc, le relire… 

Ensuite, affronter (…) des lectures historiques qui démasquent la part d’horreur (démasquent, car longtemps occultée), et des liens de chaînes d’influence que des lecteurs n’apprécient pas forcément. (Voir, ci-dessous, des critiques de la somme de Thierry Wolton, "Histoire mondiale du communisme" : comment penser, notamment, l’éventuelle responsabilité de la France, par les aspects les plus sombres de sa Révolution, de la Terreur, quand nos ‘héros’ n’ont pas toujours les mains blanches? Cet examen-là doit-il faire peur?). 

Retour, aussi, sur le regard si lucide d’Albert Camus, vilipendé pour ça, son regard sur les mirages de l’univers stalinien que beaucoup, en France, soutenaient, refusant d’en voir les crimes. Car penser seul, dans l’intimité de ses questionnements, et exprimer clairement ses questions et ses doutes, cela demande du courage. C’est savoir d’avance les rejets de ceux qui, n’ayant pas pris le temps du retrait solitaire, lui préférant le confort de l’appartenance, de l’accord conforme, mépriseront, détesteront. Sur Camus, malgré l’immense reconnaissance internationale, on sent encore les effets pervers de ce rejet : le Pieds-Noirs libertaire - et Algérien de fait, sans papiers - dérange encore. Mais n’est-ce-pas un devoir de libertaire que cela : déranger…? Solitaire et lié. J’ai relevé, notamment, dans des critiques littéraires, récentes, au sujet de l’ouvrage de Kamel Daoud, auteur (et chroniqueur) que j’apprécie, et qui détourne l’Etranger en créant un miroir inversé. Beaucoup de critiques relisent le livre de Camus en oubliant deux choses importantes. L’une est le fait que Camus, dans son livre, n’est pas le personnage mais l’auteur - confusion permanente, étonnante chez des spécialistes de littérature. L’étranger, c’est Meursault, et comment ne pas penser que Camus pose question sur l’identité des natifs algériens de différentes communautés, quand la nationalité n’existe pas encore, du fait que l’indépendance n’est pas alors acquise. C’est Meursault, pas Camus, dans ce sens aussi. Car lui rêve autrement, déchiré. Meursault est étranger par son absence au monde et à l’affect, par son incapacité de nommer l’autre en dehors d’une identité qui l’éloigne, d’où l’absence de prénom (l'auteur entre dans la conscience de son personnage et crée autour de lui un univers de mots qui correspondent à ses failles, non par mépris de l’écrivain qui endosserait une sorte de racisme, mais par la lucidité d’un auteur qui montre une réalité problématique qui fait partie de l’absurde - étape de sa pensée et non finalité de l’oeuvre inachevée : un système qui colonise piège tous les gens dans cette absence de regard, tant sur soi-même que sur l’autre. Peut-on voir plus grande critique? Et, deuxième chose, c’est oublier le Camus des Chroniques algériennes, le Camus intervenant dans l’ombre pour sauver des indépendantistes condamnés (lui qui ne l'était pas et n'était pas non plus le contraire, voulant  inventer autre chose, une fédération peut-être), le Camus des Ecrits libertaires, dans la ligne de la résistance fondatrice, le Camus de la Trêve, haï, cette fois, par l’extrême droite, menacé (et peu aidé par les autres.), le Camus de L’Hôte… Donc, relire Camus… ses Ecrits libertaires, notamment, enfin regroupés en 2008 (Egrégore éds.), réédités en 2013 (Indigène éds.), grâce au fabuleux travail de Lou Marin, chercheur allemand. Voir ci-dessous… 
HIST communisme 1.jpgDiscours.gifCamus LIB.jpg

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

A LIRE… 

Sur le documentaire, quatre liens, ci-dessous :

 

 

Télé Star 5 bonnes raisons de regarder ce documentaire » : http://www.telestar.fr/2015/photos/apocalypse-staline-fra... 

Et, Nouvel Obs : http://teleobs.nouvelobs.com/actualites/20151027.OBS8390/... 

Mais, Les Inrocks (la polémique...) : http://www.lesinrocks.com/2015/11/03/actualite/la-polemiq...

Et, Libération (gros sabots...) : http://www.liberation.fr/planete/2015/11/02/staline-gros-...  

Sur l’ouvrage d’Etienne de la Boétie, et sur l’auteur...  Un commentaire sur un blog libertaire (avec un lien vers le texte)... http://libertaire.pagesperso-orange.fr/archive/2000/227-a... 

Ed. Mille et une nuits (avec une belle couverture…), diffusion librairie en ligne, Decitre, 3€ et 1,99 en E-Book ( : http://www.decitre.fr/livres/discours-de-la-servitude-vol... 

Sur le stalinisme (fiche wikipedia, avec une bibliographie partielle, études contemporaines) : https://fr.wikipedia.org/wiki/Stalinisme 

….

Sur la somme de Thierry Wolton :

Histoire. Une somme. Présentation de l’édition, Grasset : « Histoire mondiale du communisme », en deux tomes (T.1. Les bourreaux, T.2. Les victimes. Ouvrages de Thierry Wolton, éd. Grasset) : http://www.grasset.fr/histoire-mondiale-du-communisme-tom...  et  http://www.grasset.fr/histoire-mondiale-ducommunisme-tome...  Troisième volume, à paraître, Les Complices.

La critique du Nouvel Obs reproche une vision trop anticommuniste (négligeant des apports sociaux ou des implications positives, cf. résistance)  : http://bibliobs.nouvelobs.com/idees/20151022.OBS8142/une-...

Le Figaro apprécie plus (c’est cohérent…), avec un bon titre pour le dossier, « Retour sur une utopie sanguinaire » : http://www.lefigaro.fr/livres/2015/10/21/03005-20151021AR...  (et un bon titre, aussi, pour la recension des livres : « Une tyrannie qui a tant séduit »)  

Philosophie magazine fait une recension sans parti pris : http://www.philomag.com/les-livres/notre-selection/histoi... 

Lien. Albert Camus, Ecrits libertaires, Indigène éditions : http://www.indigene-editions.fr/esprit/albert-camus-ecrit... 

01/08/2015

"les événements, les faits, les circonstances"

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« Ma conviction est que nous devrons toujours refuser de nous incliner devant les événements, les faits, les circonstances, la richesse et le pouvoir, l’histoire comme elle procède, le monde comme il va. Nous voulons voir la condition humaine telle qu’elle est. Et nous la connaissons désormais en profondeur. C’est l’horrible condition qui exige des charretées de cadavres et des siècles d’histoire pour provoquer une modification infime dans le destin de l’homme. » (…) « Combien  de Socrate ont été assassinés en Europe, ces dernières années ? C’est un signe. Le signe que seul un esprit socratique d’indulgence envers les autres et de rigueur envers nous-mêmes peut constituer une réelle menace pour une civilisation fondée sur le meurtre. Un signe, donc, que seul cet esprit peut rénover le monde. Toute action, fût-elle la plus admirable, qui aurait pour finalité d’asseoir la domination et le pouvoir, ne peut que mutiler l’homme encore plus atrocement. » Albert Camus, « La crise de l’homme » conférence prononcée en 1946 aux Etats-Unis, à la Colombia University. Texte publié par la NRF en janvier 1996.

Ce qu’il dit là après les ravages d’une terrible guerre, l’horreur de l’holocauste, Camus aurait pu le redire en 2015. C’est toujours la même réalité sombre qu’on constate : domination et intérêt, règne de la violence et de la mort.

Actuellement, désespérant spectacle des luttes autour des problèmes et des choix de la Grèce : dureté, mépris, fracture politique, lutte nord-sud dans une Europe plus déchirée qu’on pouvait croire. Pays en posture de bouc émissaire, et pays en position de jeux de règne. Aux frontières, la souffrance, la peur, la mort : migrants (et tout un continent qui interroge la géopolitique, les stratégies mondiales). Pour cela aussi faillite de la pensée qui ne sait s’en saisir, de l’éthique qui se dilue dans des peurs adverses. Plus loin, Asie, autres migrants, Rohingyas musulmans persécutés par des bouddhistes intégristes et racistes : faits sidérants, contraires aux catégories mises en place. Mais, au contraire, terreur diffusée par d’autres musulmans, fondamentalistes, intégristes, stratèges manipulateurs, eux : les islamistes habiles à installer la porosité idéologique qui fait recruter. Terroristes, mais qui se réfèrent à une religion, dont ils ont une vision où la spiritualité a disparu (à des années lumières de la superbe mystique des soufis, et même de la simple pratique du quotidien de tous ceux qui leur échappent et qu’ils voudraient détruire). Le terme « islamistes » contenant le radical « islam » certains réfutent son emploi, mais il est pourtant le seul à désigner le soubassement du système mis en place. Le fait que les confusions soient possibles, les projections et amalgames aussi, cela ne peut justifier le déni. Cela nous impose juste une vigilance accrue : penser des pôles inverses en même temps. Toujours sur le fil du rasoir. Et lire, beaucoup. Relire. Camus autant que la presse, où on trouve des débats de qualité. Terrorisme, il faut mettre le pluriel : les faits dramatiques récents, en Israël, le démontrent, comme la répétition des assassinats de noirs aux USA. « Meurtre », concept clé (rappel de Camus). Même un roi lion se fait assassiner par quelqu’un qui peut payer le droit de cruauté. Meurtre et peine de mort… encore largement répandue. Meurtres, massacres, bombardements, mensonges. « Refuser de nous incliner ». Et soutenir ceux qui refusent…

Mais fil du rasoir et grand écart, pas seulement pour la pensée. Aussi pour savoir quelle place donner en soi aux trois pointes de l’angle. A la préoccupation du monde (qui peut devenir hantise, dérive militante anesthésiante), d’un côté. A la contemplation de la beauté des choses dans ce même monde, à la création pour la déchiffrer, d’un autre côté. Et, enfin, au cheminement intérieur vers plus de conscience, de silence, de l’autre. Trois pieds, trois yeux. Donc, là, pendant que je lisais des poèmes (notes précédentes, notamment, une partie de mon « marché » de la poésie de juin), et pendant que je photographiais et écrivais, j’avais constamment en tête tous les bruits des faits, les mots de la presse, le texte de Camus, et d’autres, chroniques ou éditos, entretiens parfois : documents accumulés, lus stylo en main. Textes (très récents ou beaucoup moins récents…) qui me paraissent donner des clés, mériter relecture, aider à penser l’actualité, pour refuser l’emprise des faits, pour ne pas être prisonniers de leur pouvoir. Textes que je relis, pour moi, textes que je pose en citations dans des notes (ou dans les listes en marge des notes : réserve de pensées, de questionnements, et d'informations prises en compte dans la lenteur contraire aux précipitations des faits donnés en pâture sur des chaînes qui paradoxalement nous coupent du réel).

Indépendamment de ces liens, et pour accompagner Camus, en écho éthique, je note des citations diverses… ci-dessous.

« Pour la majorité d’entre nous qui, n’ayant pas les moyens de stopper la barbarie, est condamnée à la subir, reste la solitude partagée. Ce n’est pas rien. Car plus les êtres humains seront nombreux à être seuls, plus ils constitueront un espace susceptible de reprendre un jour la parole. Car qu’est-ce que l’éthique, pour finir, sinon tenir bon et refuser d’obéir, y compris sans le soutien de l’espoir ? ». Dominique Eddé, texte dans « L’orient littéraire », fragment cité par Marc Saghié, éditorial du Courrier international, hors série sur « L’islam en débat », début 2015 : http://www.lorientlitteraire.com/

La solitude partagée, cela peut donner ce qui suit… Entrer en empathie dans la réalité de la vie d’autrui, sa solitude, en gardant la nôtre, pour dire.

« La route est là ». Ce fut une expo à la Goutte d’Or  (Portes d’or): douleur des migrants. Les artistes du quartier ont choisi de porter la souffrance des exilés de la guerre, des dictatures et de la misère, d’en prendre une part et de la dire. Voici comment cette démarche fut introduite : « Ils quittent leur monde, traversent des mondes, transpercent les cloisons du monde. Ils en meurent, ici. Là, ils s’arrêtent mais ne sont jamais arrivés. Quand ils arrivent on les arrête. Ils repartent, s’envolent et font tourner la terre. Et nous les voyons passer, parfois mourir ; alors un peu de nous tous meurt avec chacun d’eux. ». Texte complet de la présentation de l’exposition collective, Portes d’or, lien, pdf : http://bit.ly/1LXvD5z 

Ce peut être aussi la solitude métaphysique, philosophique, conscience d’un exil sur terre, plus intense que l’exil d’un pays. Solitude commune à Atiq Rahimi et Albert Camus, dans la compréhension intime qu’en a Atiq Rahimi (qui, comme des lecteurs indiens, sait voir en lui une parenté méconnue : avec un Orient de l’esprit). Dans son commentaire sur sa lecture de L’Etranger, paru dans La Croix du 28-07-2011, il témoigne d’autres grandes proximités, comme Shams, ce mystique splendide, maître de Rûmi, Erri de Luca, et Dostoïevski. Et il cite Shams : « Le grand scripte a écrit trois textes, l’un qui pouvait être lu par les autres et par lui-même ; le deuxième qui pouvait être lu seulement par lui-même ; et le troisième qui ne peut être lu ni par les autres ni par lui : c’est moi. ». L’entretien, La Croix : http://bit.ly/1Di59uq

Solitude du refus du troupeau (idéologique, politique, identitaire, religieux…). « Le citoyen c’est l’homme sans étiquette », dit Régis Debray (entretien, Marianne, 5-11 juin 2015 : http://bit.ly/1MEDOp0

En fait la question du choix de la place des sujets sociaux, idéologiques, politiques - les faits, l’actualité, dans l’espace de notre pensée et de notre action, ce n’est pas seulement un problème de temps à consacrer à cela « contre » le temps du reste, c’est principalement la saisie d’un enjeu de langage. Thomas Clerc, ainsi, parle de l’abjection du langage, danger idéologique double : corruption abjecte de la pensée complaisante, idéologiquement paresseuse, d’une part, et anéantissement du langage par l’univers de la terreur, Libération : http://bit.ly/1ICOwJV

Mais, en deçà de la terreur, la politique, déjà, oppose une langue pervertie (par trop de cadres mentaux ?) à la présence du langage en poésie, qui est travail du questionnement, des marges et du doute, un « flou » qui fait traverser les couches du sens. On retrouve cette manière de penser chez Jérôme Ferrari : « La politique pourrit la langue, c’est-à-dire qu’elle fait à la langue l’exact contraire de la poésie ». Voir ce qu’il dit sur la physique quantique - le rapport au réel qu’elle bouleverse, et le rapprochement avec la démarche de la poésie soufie. Dans L’orient littéraire : http://bit.ly/1OW24kH 

21/11/2014

ALBERT CAMUS, relire « Noces », et « Retour à Tipasa »… citations...

camus,albert camus,culture,théâtre,art,littérature,livres,citations,noces,l’été,retour à tipasa,tipasa,alger,algérie,avignon,théâtre du balcon,thalie théâtre,annick gambotti,soleil,lumière,mer,incipit,explicit,exerguesAu théâtre du Balcon, Avignon, par le Thalie Théâtre et Annick Gambotti, représentation de deux textes de Camus : « Noces » et « Retour à Tipasa ». Prétexte pour relire... et citer.

NOCES

INCIPIT (« Noces à Tipasa », premières phrases de « Noces »…) : « Au printemps, Tipasa est habitée par les dieux et les dieux parlent dans le soleil et l’odeur des absinthes, la mer cuirassée d’argent, le ciel bleu écru, les ruines couvertes de fleurs et la lumière à gros bouillons dans les amas de pierres. A certaines heures la campagne est noire de soleil. Les yeux tentent vainement de saisir autre chose que des gouttes de lumière et de couleurs qui tremblent au bord des cils. »

EXPLICIT  (« Le Désert », dernières phrases de « Noces »…) : « Florence ! Un des seuls lieux d’Europe où j’ai compris qu’au cœur de ma révolte dormait un consentement. Dans son ciel mêlé de larmes et de soleil, j’apprenais à consentir à la terre et à brûler dans la flamme sombre de ces fêtes. J’éprouvais… mais quel mot ? quelle démesure ? comment consacrer l’accord de l’amour et de la révolte ? La terre ! Dans ce grand temple déserté par les dieux, toutes mes idoles ont des pieds d’argile. »

CITATIONS (Noces) : http://evene.lefigaro.fr/livres/livre/albert-camus-noces-2065.php?citations

« RETOUR à TIPASA » (« L’Eté »)…

INCIPIT : « Depuis cinq jours que la pluie coulait sans trêve sur Alger, elle avait fini par mouiller la mer elle-même. « 

EXPLICIT : « Mais peut-être un jour, quand nous serons prêts à mourir d’épuisement et d’ignorance, pourrai-je renoncer à nos tombeaux criards, pour aller m’étendre dans la vallée, sous la même lumière, et apprendre une dernière fois ce que je sais. »

Extrait(texte) : http://amorysparadise.tumblr.com/post/72781146963/lete-de-albert-camus-extrait-du-retour-a-tipasa

Très intéressants sont les EXERGUES  choisis par Camus pour nous faire entrer dans ces deux livres, ou certains chapitres, par le sens qu’ils affirment, la force de cette lutte entre ombre et lumière, en soi pour cet accord que cherche Camus entre révolte et amour, et, dehors, entre regard sur la part sombre et mortifère du réel (créé par l’homme, le hasard ou une éventuelle transcendance peut-être présente dans ce que les paysages disent du monde) et la splendeur lumineuse du monde naturel. Pas d’athéisme affirmé chez Camus mais une sorte de mysticisme agnostique déchiré. Exergues, donc. Pour « Noces » c’est Stendhal (La duchesse de Palliano) et la mort du Cardinal Carrafa étranglé par le bourreau : « Le bourreau étrangla le Cardinal Carrafa avec un cordon de soie qui se rompit : il fallut y revenir deux fois. Le Cardinal regarda le bourreau sans daigner prononcer un mot. » La mort, le crime, l’horreur… Pour « Retour à Tipasa » c’est une citation extraite de Médée : « Tu as navigué d’une âme furieuse loin de la demeure paternelle, franchissant les doubles rochers de la mer, et tu habites une terre étrangère ». Echo, dans « La mer au plus près », qui suit « Retour à Tipasa » dans « L’Eté » : « J’ai grandi dans la mer et la pauvreté m’a été fastueuse, puis j’ai perdu la mer… ».  Cependant  l’exergue de l’ensemble est une citation de Holderlin : « Mais toi, tu es né pour un jour limpide… ». La lumière, encore… Le choix d’un exergue c’est part intégrante de l’écriture, tissage entre lire et écrire.

25/07/2014

FOOT. Retour sur le Mondial…

 

FOOT.jpgPourquoi vouloir faire une note sur le foot (alors que ce n’est pas un de mes centres d’intérêt (sauf quand je regardais la chorégraphie sacrée de Zidane…), que je ne suis jamais un match en entier, et que, tous ces jours, mes lectures de la presse et mes réflexions sont principalement liées à l'actualité... Parce que j’ai été attentive, quand même, à tout ce qui tournait autour de cet événement international, ce qu’il révélait, ce qu’il inspirait, et le sens qu’il avait pour des gens passionnés.

D’abord, en premier plan tout au début, la réalité sociale du Brésil, les colères populaires mettant en question l’argent dépensé pour cette fête mondiale dans un contexte de manque, l’écho que cela renvoyait des scandales de la préparation du Mondial futur au Qatar (exploitation esclavagiste, morts d’ouvriers, et statut de ce pays : argent, idéologie, politique et complicités plus que problématiques…). Voir l'article "Carton rouge" pour le Brésil 2014, sur ccfd-terre solidaire : http://bit.ly/UzCXgu 

Puis, petit à petit, en zappant sur les chaînes d’info, des bribes d’images et du sens qui se mettait en place, malgré tout, avec ces foules criant ou chantant ensemble (comme dans une messe inventée…). Une équipe des Bleus différente de ce qui précéda catastrophiquement, un enthousiasme de supporters qui traduisait l’envie de joie et de partage… Expérience (télévisuelle y compris) qui donne l’occasion de s’intéresser à des pays proches ou étrangers à travers le regard porté sur leurs sportifs, et d’observer, chez d’autres et en moi, la capacité de se sentir d’identité plurielle, au-delà de ces histoires de drapeaux...

Et que tant de personnes, d’esprits, aient le regard fixé en même temps sur un même lieu, tous ces gens qui regardaient des matchs, ou, comme moi, en grappillaient quelques bribes, c’était, je crois, un événement de conscience, un partage planétaire qui doit avoir du sens. Du jeu, simplement du jeu (même si l’argent y joue un rôle excessif…). Que des joies collectives soient si fortes alors que, en même temps, des conflits terribles continuent, le terrorisme, des drames, c’est paradoxal. Mais n’a-t-on pas besoin de se défaire de l’émotionnel négatif pour créer en marge, de temps en temps au moins, de l’émotionnel positif, collectivement ?

L’aspect idéologique m’a particulièrement intéressée. Faits interprétés, projections pour se complaire dans des rejets et cultiver la haine. Sans essayer de comprendre. Alors que d’autres donnent des clés pour percevoir au plus juste…

LECTURES...

(Une critique féroce du spectacle foot, dans un livre policier – un thriller - assez remarquable, par la langue et la culture de l’auteur, brillant observateur du monde actuel.  Ce n’est qu’un passage unique sur ce thème, dans cet ouvrage de près de 800 pages lu avec grand plaisir). Citation : « Il aperçut du vert sur l’écran et de minuscules silhouettes vêtues de bleu qui couraient dans tous les sens. Compte tenu de l’heure, il devait s’agir d’une rediffusion. Il soupira en songeant que des pays entiers étaient su le point de s’écrouler ; les quatre cavaliers de l’Apocalypse avaient pour noms finance, politique, religion et épuisement des ressources, et ils cravachaient ferme – mais la fourmilière continuait de danser sur le volcan et se passionner pour des choses aussi insignifiantes que le football. Servaz se dit que le jour où le monde finirait dans un déchaînement de catastrophes climatiques, d’effondrements boursiers, de massacres et d’émeutes, il y aurait des types assez cons pour marquer des buts et d’autres encore plus cons pour se rendre au stade et les encourager. » Bernard MINIER, « Le Cercle », p.103, Pocket 2013, XO Eds 2012.

On peut voir là une vision sans doute un peu élitiste, mais c’est un personnage qui parle… Et l'aspect dérisoire de passions supposées "inutiles" est mis en évidence. On peut opposer à cela une autre vision, celle d'un partage collectif qui dépasse le jeu de loin.

Car le foot, pour d’autres, ce peut être le lieu d’un apprentissage, d’une école de vie. Ce fut ainsi pour Albert CAMUS, qui écrivit ce qu’il devait au sport, au foot. Lire cette page fort intéressante (avec une citation de Camus sur la formation morale que lui donna le foot)... toutelaculture.com : http://bit.ly/1ookU9b  (« S'il ne deviendra jamais un grand gardien, Camus restera toute sa vie passionné de ce sport : quand avec l'argent du prix Nobel, il s'offre une propriété à Lourmarin dans le Lubéron, loin du tumulte dramatique algérois ou parisien, il occupe ses dimanches à traîner sur le bord du terrain en regardant les enfants du club local s'entraîner ou matcher contre le village voisin. Il ira même jusqu'à les sponsoriser et payer leur maillot. »)  Et celle-ci, qui reprend des citations, celle sur le sport en troisième paragraphe, où la place du foot est dominante, L’Express : http://bit.ly/WRoiPn

Une chronique intéressante dans Le Monde, 2010. Une citation de Camus  (l'éthique du sport) pour introduire une critique féroce : non du sport mais du système pourri par l’argent et l’arrogance de certains : http://bit.ly/1rRWzsm

En 2012, une autre chronique, du Courrier international, faisait l’éloge du football amateur, en l’opposant à l’univers professionnel : http://bit.ly/1pU8bZE

10/01/2014

SITES et PAGES sur Albert Camus, pour commencer l'année, en ce mois de janvier, anniversaire de sa mort en 1960

« Si j’avais à écrire ici un livre de morale, il aurait cent pages et 99 seraient blanches. Sur la dernière j’écrirais : ‘’ Je ne connais qu’un seul devoir et c’est celui d’aimer.’’ »

Albert Camus, Carnets (passage cité aussi, expo et livre, « Albert Camus citoyen du monde »)

« La pensée d’Albert Camus est un héritage vivant, ses mots résonnent toujours d’une vérité toute contemporaine. Qu’on les lise dans un manuscrit, une édition originale, un livre de poche ou un support électronique, les mots de Camus laissent échapper images et sensations qui frappent notre conscience. Tout l’art de Camus se produit dans l’écho de la lecture. »

« Albert Camus citoyen du monde. Mettre en scène une pensée »

Yacine Aït Kaci, réalisateur de l’exposition d’Aix-en-Provence

............

SITES et PAGES à consulter :

ETUDES CAMUSIENNES :http://www.etudes-camusiennes.fr/wordpress/ (Présidente de la Société des Etudes camusiennes : Agnès Spiquel)

WEB CAMUS : http://webcamus.free.fr/ (Georges Bénicourt)

DISCOURS d’Albert Camus, remise du prix NOBEL, Stockholm, 1957. Sur nobelprize.org : http://bit.ly/1enP5aS

Archives INA, Albert Camus. Vidéos et Docs audios, ina.fr : http://bit.ly/1aeBpul

CENTRE ALBERT CAMUS, Cité du livre, Aix : http://bit.ly/1d8OgSX

Daniel Leconte, CAMUS FOREVER, 07-11-13 (rappels salutaires… !), huffingtonpost.fr : http://huff.to/1dkFuDa  (« Je ne suis pas sûr en effet que ceux qui t'encensent aujourd'hui sont tous de vrais héritiers. Pas sûr qu'ils résistent à vouloir recueillir une parcelle de ta gloire pour faire oublier leurs égarements et redorer un blason terni par des engagements qui ne te ressemblent pas ou pire qui les trahissent. Pas sûrs en somme que tous te soient fidèles quand ils font aujourd'hui ton éloge. » / « Je ne voudrais pas à mon tour privatiser ton héritage mais comment copiner avec Bouteflika par exemple et dans le même temps se revendiquer de toi ? Comment continuer à célébrer le génie de Sartre et te vouer une admiration sans limite ? Comment être inféodé à une philosophie de l'histoire et épouser ta conception de la liberté ? Comment en somme concilier ton refus de la servitude avec avec l'allégeance tacite à un antitotalitarisme contre un autre moins fréquentable ? / Tu as été l'animateur intransigeant de la gauche anti totalitaire. Tu as refusé tous les totalitarismes qu'ils soient communistes ou fascistes. » / « Que tu avais raison contre tous et tous ceux qui nous serinaient à l'époque qu'il valait mieux avoir tort avec Sartre que raison avec toi. Alors merci Albert pour cette lucidité qui 100 ans après fait aussi ta grandeur. Par les temps qui courent, elle nous aide à vivre avec notre temps.”). Et son livre... "Camus si tu savais"...

Lecture du Cahier de l’Herne sur Camus, par Nadia Agsous, « Albert Camus,  le ‘’semeur de questions’’… », 13-10-13, huffingtonpost.fr: http://huff.to/1a7Ijoj

Centenaire Camus, ouvrages, sur a-lire.info : http://bit.ly/1ktW07L 

PHILOMAG, hommage : http://bit.ly/1hEWCoR

Biographie : http://mael.monnier.free.fr/bac_francais/etranger/viecamus.htm  Autres pages du même site, sommaire : http://mael.monnier.free.fr/bac_francais/etranger/index.htm

Cinq livres présentés brièvement (La Chute, L’Eté, L’Etranger, Noces, La Peste), par François Lavallée : http://pages.infinit.net/flaval/Le_critique/Critiques_Livres_C.html#CamusEte

Hommage ? Article huffingtonpost.fr : http://www.huffingtonpost.fr/2013/11/07/centenaire-albert-camus-hommage-polemique_n_4226536.html (L’hommage officiel est tiède, mais tant mieux peut-être : "Aujourd'hui, on a pris la mesure de l'impact et de la densité du travail de Camus. L'hommage national, il existe à travers la parution d'ouvrages, les événements qui ont lieu dans de nombreux centres culturels et tous les éléments mis à disposition du public. Cet hommage là me paraît plus correspondre à l'esprit camusien que des commémorations officielles." Agnès Spiquel)

...Autres notes sur Albert Camus : catégorie et tags...

 

17/12/2013

« Quand j’ai lu Albert Camus »… Abd Al Malik…

THEATRE abd-al-malik.jpg

Merci, Abd Al Malik…

Hier soir j’ai assisté à l’hommage rendu à Camus par un lecteur intense… Abd Al Malik. Triomphe. Les spectateurs présents ont senti, compris, l’authenticité de la démarche, le lien entre cet homme jeune, pur produit de notre réalité contemporaine, qu’il transcende dans la création, dans l’écriture, et l’auteur magnifique où il se reconnaît. Il révèle comment, lui, il est concerné, comment, lui, il a été transformé par une lecture. Le choc, les points communs (misère, soleil, exigence entre souffrance, désespoir, et espoir, refus, amour, mère aimée, omniprésente, père absent, trou béant du manque, et, je crois, aussi, la double identité : partage et richesse, déchirement et tension vers un absolu).

Il répète cette phrase en litanie « Quand j’ai lu Albert Camus », puis « Après avoir lu Albert Camus ». Lecture et vécu se croisent, dans une marche sur un fil ténu, où tout pourrait basculer… Et si cette rencontre ne s’était faite, où serais-je, semble-t-il dire. Figure paternelle et message d’éthique et de force. Ou comment vivre, donner du sens, comment s’échapper du risque de mourir, quand des jeunes autour de soi meurent et que tout risquait de nous entraîner encore et encore dans les mêmes dérives mortelles.

Il parle, dit-il, à partir de sa « parcelle d’humanité » (bien grande… !), de ce refus des injustices, refus de la misère quand les autres n’en sortent pas, de la mort (on guillotine encore, rappelle-t-il, dans une longue lettre qu’il adresse à Camus, lui qui lutta contre la peine de mort, pour l’abolition). On guillotine de plusieurs façons, aussi : en abandonnant, en niant, en discriminant. 

Il cite Camus, et Jacques Martial lit Camus.

Ecran. Le visage d’Albert Camus, présence forte.

Ecran. Ombre d’un corps qui danse, magnifiquement.

Musiciens. Soutiennent la voix, sont une voix.

La Méditerranée (et Gibraltar. Alger en passant par Oujda…).

Scène. Danseurs de hip hop qui expriment la même chose, qui font écho à ce qui crie. Gestes purs, souplesse extrême : corps qui se tordent, comme enchaînés, et se libèrent, mais comme s’ils se déchiraient.  

Camus, cité par Abd Al Malik, lu par Jacques Martial, parlait de cette fausse communication où la méchanceté veut se faire passer pour de l’intelligence. Entendant cela, je repensais à une critique négative de ce spectacle, lue je ne sais plus où. On reprochait au rappeur poète de trop centrer sur lui cet hommage, comme prisonnier de son ego, et on disait être gêné par la présence des danseurs de hip hop, comme si cela ne pouvait correspondre à une parole sur un auteur comme Camus. Pourquoi donc ?  Au contraire, l’hommage tire sa force de ce rapport à soi. (Je fais le lien avec le documentaire de Joël Calmettes,  « Vivre avec Camus ». Des jeunes aussi y parlent de leur expérience, et c’est bouleversant : notamment ces jeunes qui en Algérie ont trouvé le lien avec le natif frère d’âme). Ce n’est pas piège de l’ego, mais traduction vitale : l’intellect n’est pas absent, mais l’émotion passe par le corps, c’est tripal. Les mains d’Abd Al Malik en disent autant que les mots. Et le hip hop, moi j’aime ça. J’y vois un art qui défait les armures de souffrance, qui libère corps et cœurs. Corps et cœurs qui savent des douleurs et des joies (des joies parce que des douleurs…). Car « Il n’y a pas d’amour de vivre sans désespoir de vivre » répète inlassablement Abd Al Malik, avec la voix et les mains. Les applaudissements qui accueillent cet hommage sont aussi, forcément, adhésion à l'œuvre et à l'éthique de Camus. Cela corrige Sartre et autres faiseurs d'ombre... Abd Al Malik voudrait réconcilier Sartre et Camus (il le dit à un moment : espoir de paix entre les idées, mais certaines idées sont antinomiques...). Et rien ne peut effacer les paroles de  Sartre, son appel au meurtre, l'éloge de la violence (préface célèbre...).Un auteur mort ne peut revenir sur ses mots. Ce qui peut être apaisé c'est le rapport entre les vivants, capables de faire l'effort du pardon, et capables de cet effort paradoxal de la rencontre entre mémoire et oubli : devoir de mémoire, témoignages, mais effacement de ce qui excède, par le retour au présent... Non, on ne peut se réconcilier avec le choix du terrorisme, on ne peut que le refuser... C'est Kamel Daoud qui a raison sur ce point. En Algérie, en 1962, nous n'avons pas eu un Mandela, a-t-il écrit ( http://www.djazairess.com/fr/lqo/5191330 )... Mais, maintenant, nous pouvons tous tenter la même démarche : voir en l'autre une humanité pareille, se mettre à sa place... 

Juliette Greco fut sur scène un instant.

Amnesty international proposait, dehors, à l’étage, de signer les appels d'actions en cours.

Et en sortant on pouvait se procurer des livres ou disques. Celui tiré du spectacle (L’art et la révolte), avec quelques textes, et une note de remerciement à Catherine Camus, qui encouragea l’entreprise. Le dernier livre d’Abd Al Malik n’était plus disponible là (il est en librairie) : « L’Islam au secours de la République ». (C'est toute la démarche de paix d'Abd Al Malik, en musulman proche du soufisme, soufi, même : il veut faire passer un message positif, montrer qu'il y a une autre voie en islam, et que cette voie peut coïncider avec les valeurs et réalités de la République).  

SITE officiel d'Ab Al Malikhttp://www.abdalmalik.fr/   

26/11/2013

CAMUS, L’ART et la REVOLTE, l’hommage d’Abd Al Malik…

THEATRE abd-al-malik.jpg

Spectacle « inspiré librement » de la lecture de L’Envers et l’Endroit d'Albert Camus, hommage musical d'Abd Al Malik,  Théâtre du Châtelet (soirée unique à Paris, le 16-12-2013 – après des représentations en province). "L'art et la révolte"... 


Présentation sur le site du Châtelet , extrait : « Le rappeur-poète Abd Al Malik part à la rencontre de l'oeuvre d’Albert Camus. De la poésie à l’état brut, de la philosophie mise en musique. / A l’image d’Albert Camus, Abd al Malik porte haut l’intelligence du texte et une pensée aigüe sur l’existence et sur la condition d’artiste. / Abd al Malik choisit de partir de nouvelles de
L’Envers et l’endroit, texte de jeunesse de Camus publié à Alger en 1937, que l’écrivain considère comme la source secrète qui a alimenté toute sa pensée. » 

ABD AL MALIK a présenté ce qu’il propose sur le site artemedia.fr : « Qu’y a-t- il de commun entre Albert Camus et moi-même ? Il n’y a aucune prétention dans la question que je me pose, mais plutôt une aspiration. Car j’ai toujours vu en Camus un idéal dans la manière d’être artiste, un élan dans la façon d’habiter l’écriture. J’ai surtout vu en lui, comme en moi, ce farouche besoin de représenter « son peuple », de représenter les siens et, par eux, de chercher inlassablement le moyen de se connecter à tous. C’est en ce sens que ce qui m’intéresse dans ce projet n’est pas de « parler » de son oeuvre (ou de lui-même finalement), mais de questionner les origines philosophiques de celle-ci. Je dirais même de questionner l’origine philosophique, et j’oserais presque dire spirituelle, de celle-ci. Et, de mon point de vue, comme il le dit lui-même d’ailleurs, tout s’origine (et quelque part se termine) dans cet ouvrage de jeunesse intitulé L’ Envers et l’endroit. La préface qu’il fait à la réédition de ce petit livre, vingt ans plus tard, a toujours été pour moi une sorte de feuille de route. Je dirais même une sorte de viatique dans ma quête, en tant qu’homme de mots, d’une certaine vérité artistique. » 

Vidéo ("Quand Abd Al Malik rencontre Albert Camus"). Extrait. Le spectacle d’Abd Al Malik présenté dans le sud (cf. Aix en mars 2013). Charles Berling parle de cette initiative: « Le postulat de départ je le trouve formidable. Cela rencontre l’universalité formidable d’Albert Camus » : http://www.youtube.com/watch?v=4PawEAjNMIc

.......Articles sur le spectacle........

Le Parisien, Abd Al malik slame Albert Camus , 13-03-2013 http://bit.ly/10Mhanx    (« Entre rap, rock et musique classique, Abd al Malik slame Albert Camus "son idéal, son grand frère des cités ». (…) «Je l'ai lu comme un grand frère de la cité qui était en train de me parler. On se rend compte avec son oeuvre que Camus, c'est un gars de chez nous. Il y parle de sa mère, le fait d'avoir été élevé seul par sa mère. Vous imaginez, toute suite ça faisait écho", explique l'artiste dont la photo de sa mère apparaît au lever de rideau.Le rappeur fait la rencontre d'Albert Camus à l'école. Il commence par L'Étranger qui le "bouleverse ". A la même époque, Régis Fayette-Mikano de son vrai nom, commence à faire du rap et "veut devenir artiste"."Camus disait en substance 'la culture m'a arrachée de ma condition'. Une phrase qui fait sens. J'ai vécu dans un milieu dur et ma passion pour la littérature a été une vraie fenêtre de sortie", raconte le slameur. »)

Le Monde, par Raphaëlle Rérolle, 07-11-2013, "Abd Al Malik : lame du rap": http://bit.ly/17UZgDL   CITATIONS : « Sans Camus, il n'y aurait pas Abd al Malik. » (dit de lui-même Abd Al Malik, qui a découvert Camus avec passion, jeune, et fait un lien entre cette découverte et son chemin vers l’écriture et la création). (…) « Autant dire que le rappeur occupe une position très particulière sur la scène musicale. « Un mec dans le hip-hop qui travaille sur les textes de Camus, les mômes ont un peu de mal à comprendre », s'amuse son copain Laurent Garnier, star de la musique électro et fan depuis des années. »  /  « C'est la littérature qui l'a sauvé, dit-il. Camus, précisément, venu à sa rescousse quand il avait 12 ans. ‘La lecture de L'Envers et l'Endroit a été un vrai bouleversement, raconte Abd al Malik : voilà un type qui venait d'une cité, comme moi, qui avait été élevé par une mère seule. Comme moi, il avait rencontré des enseignants qui croyaient en lui’ »

Dans Télérama du 09-03-2013, Gilles Rof  écrivait (extrait) : « L’art et la révolte, spectacle musical inspiré de ses textes, se veut un hommage du slameur à l’un de ses grands inspirateurs. »  / A la question sur l’origine de ce spectacle, il répond : « Catherine Camus, la fille d’Albert Camus, et Dominique Bluzet, le directeur du grand théâtre de Provence à Aix, souhaitaient une création autour de l’écrivain en 2013, dans le cadre de la Capitale de la culture, mais aussi du centenaire de sa naissance. Ils m’ont contacté pour me proposer de travailler autour du Premier homme… Moi, j’avais une autre idée. / Quand j’ai lu L’envers et l’endroit, je devais avoir 13 ans. Je commençais à m’intéresser au rap et ce livre a été une sorte de révélation. Avec cette préface que Camus a écrite 20 ans après la première édition du livre. Un texte où il fait le point sur lui, sur ses origines, sur ce que c’est que représenter les siens, être un écrivain, un artiste… Immédiatement, ces quelques pages sont devenues comme un viatique pour moi. Une feuille de route, que j’ai gardée jusqu’à maintenant. Ça correspondait à ce que je devais être en tant qu’artiste. »

...... ABD AL MALIK........

SITE officiel : http://www.abdalmalik.fr/  

Fiche wikipedia : http://bit.ly/fGSjoO

........ALBERT CAMUS.......le livre source et le thème du spectacle........

L’Envers et l’Endroit, note sur le site de la Société des Etudes camusiennes, par Paul Viallaneix : http://www.etudes-camusiennes.fr/wordpress/1937/03/09/lenvers-et-lendroit-1937/  (L’œuvre à laquelle se réfère Abd Al Malik – voir sa présentation – le  texte originel du livre et la préface ajoutée pour une réédition : pour Camus c’est effectivement une œuvre source, un centre). 

CAMUS, L’art de la révolteEmission sur France Culture, 22-09-2013, (Raphaël Enthoven). 59 minutes, document audio. En exergue (page de la radio), la lettre de René Char à Albert Camus, après la lecture de L’Homme révolté. Il dit son enthousiasme et son respect, remercie. Extrait : « Après avoir lu – et relu – votre Homme révolté j’ai cherché qui et quelle oeuvre de cet ordre – le plus essentiel – avait pouvoir d’approcher de vous et d’elle en ce temps ? Personne et aucune oeuvre. C’est avec un enthousiasme réfléchi que je vous dis cela. Ce n’est certes pas dans le carré blanc d’une lettre que le volume, les lignes et l’extraordinaire profonde surface de votre livre peuvent être résumés et proposés à autrui. D’abord j’ai admiré à quelle hauteur familière (qui ne vous met pas hors d’atteinte, et en vous faisant solidaire, vous expose à tous les coups) vous vous êtes placé pour dévider votre fil de foudre et de bon sens. Quel généreux courage ! quelle puissante et irréfutable intelligence tout au long ! » Suite sur le site de France Culture : http://bit.ly/1eyBtLl

21/11/2013

Agnès Spiquel, ou comment lire vraiment Camus…

Agnès Spiquel est une excellente introductrice à l’œuvre de Camus, elle qui préside la Société des Etudes camusiennes  : http://www.etudes-camusiennes.fr/wordpress/  En cette année de centenaire de naissance nombreux sont les entretiens où elle est sollicitée pour dire comment lire vraiment Camus, et comment ne pas le trahir... Et elle le fut aussi au moment des discussions sur l’exposition d’Aix (pour ma part la troisième formulation me convient fort bien : Camus citoyen du monde…).  

Ainsi, dans un entretien, Le Monde, 14-09-2012, elle donne des titres, pour commencer la lecture, quand on ne connaît pas l’auteur. Elle met en garde contre les récupérations « Ils ne lisent pas Camus, ils s’en servent ». Elle aussi insiste sur Le Premier Homme et Noces :http://bit.ly/R4t4Va (CITATION : « Je ne sais pas ce que Camus aurait dit, mais je sais ce qu'il a dit ; relisons les éditoriaux de Combat, les Lettres à un ami allemand, la section finale de L'Homme révolté sur la "Pensée de midi", les dernières sections de Chroniques algériennes. Il y parle de mesure et de limite, de respect de l'autre et de compréhension des raisons de l'adversaire ; il y parle de la responsabilité des hommes politiques, des intellectuels, des journalistes. Tout cela me semble un peu oublié ! Camus a des convictions, mais pas des certitudes sur tout ; il doute souvent, en particulier sur l'Algérie, et n'a pas honte de le dire. Ceux qui le récupèrent ne retiennent de sa pensée complexe que ce qui les arrange. Ils ne lisent pas Camus, ils se servent de lui. ») 

Autre entretien, Agnès Spiquel, La Croix, 07-11-2013, "Albert Camus est présent aux gens et aux événements" :http://bit.ly/I0u8X9   (CITATION : « Camus refuse de s’inscrire dans un camp, alors qu’il vit dans une période de profond clivage idéologique. La tendance à lui faire dire n’importe quoi, sans avoir vraiment lu ce qu’il a écrit, sans avoir compris à quel point sa pensée est une pensée de la tension et non pas du juste milieu, m’a beaucoup révulsée cette année. » / « Il est tout simplement présent aux gens et aux événements. Il n’élude pas, il ne recule pas. » / « Ce qui nous parle, de nos jours, c’est tout d’abord son refus de simplifier les situations, de coller des étiquettes sur les personnes et sur leurs actes. Les gens en ont assez des faux débats ; or, Camus invite à penser de façon fine et complexe. »)

Contribution importante d'Agnès Spiquel (dans un ouvrage collectif : « Les écrivains français et le monde arabe », éd. Droz, 2010) dans laquelle elle démontre que les Arabes, contrairement à des affirmations contraires, sont présents dans l’œuvre de Camus. Cette étude est reprise par le site de la LDH de Toulon. "Albert Camus parle des Arabes" : http://www.ldh-toulon.net/spip.php?article5131  Autre texte d’Agnès Spiquel, même site, celui sur Camus et l’Algérie, où elle retrace ses positionnements, "Albert Camus et l'Algérie" : http://www.ldh-toulon.net/spip.php?article3601  Les autres textes de la rubrique de la LDH sont malheureusement souvent partiaux. Idéologie fermée, tellement loin de la richesse complexe de Camus. Idéologie et complexité ne vont pas ensemble… Heureusement, Agnès Spiquel, elle, sait dire la complexité...

CAMUS, Cahier de l’Herne

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Cahier dirigé par Raymond Gay-Crosier et Agnès Spiquel-Courtille, septembre 2013. 

Éds de L’Herne. (Contributions, textes, iconographie…  Un outil pour entrer dans la complexité et la richesse de l’œuvre de Camus.)Présentation et revue de presse (quotidiens et magazines) : http://bit.ly/1N1eJGP

Citation : « Aucune recherche d’exhaustivité dans notre démarche : d’amples synthèses voisinent avec des « petits faits » ; des témoignages directs avec des études très « pointues » ; des textes de Camus avec des textes sur Camus. Nous avons voulu varier le plus possible les points de vue, pour que chaque lecteur circule dans le Cahier en gardant sa liberté d’interprétation. Nous voulons le rendre proche, frayer des voies vers l’homme, vers l’artiste, vers le penseur engagé, vers le journaliste – de manière que le lecteur du Cahier ait envie de lire ou relire telle ou telle des oeuvres de Camus. Nous avons pensé notre tâche comme celle de passeurs. »

…………………………..

Emmanuel Gehrig, est l'auteur d'un article dans Le Temps (Suisse), septembre 2013. Synthèse d’une entretien avec Raymond Gay-Crosier  dont le chroniqueur rappelle, à l’occasion de la sortie du Cahier Camus, la place qu’il tient dans l’univers des camusiens :  « Aujourd’hui, il est l’un des plus grands spécialistes vivants de l’œuvre de Camus: cofondateur de la Société des études camusiennes avec feu Jacqueline Lévi-Valensi, coéditeur des tomes I et II, et directeur des tomes III et IV des Œuvres complètes de Camus en Pléiade, Raymond Gay-Crosier a l’originalité d’être Suisse de naissance et d’avoir mené toute sa carrière académique à l’université de Floride à Gainsville. ». L’article sert aussi d’entrée dans ce volume consacré à Camus : http://www.letemps.ch/Page/Uuid/564703d4-2783-11e3-a6e6-c...

Raymond Gay-Crosier, publications, librairie Dialogues.  Raymond Gay-Crosier : http://www.librairiedialogues.fr/personne/raymond-gay-crosier/65770/

Bibliographie. Œuvres de Camus et livres sur Camus, boisestate.edu :  http://camusbibliography.boisestate.edu/liste-de-categories/

Agnès Spiquel-Courtille, contributions, page Gallimard ("Camus, citoyen du monde") http://www.gallimard.fr/Contributeurs/Agnes-Spiquel-Courdille

17/11/2013

Camus complexe, Camus vraiment lu…

quarto Camus.jpg

Dictionnaire Camus.jpgCamus est encore l’objet de déformations de sa pensée : malentendus exploités, projections idéologiques, certitudes plaquées sur quelqu’un qui refusait la certitude, citations tronquées (dont la plus célèbre, une phrase prononcée à l’occasion du Prix Nobel). Or lire Camus, c’est d’abord, évidemment, le lire, et, comme il le disait dans une note des Carnets, attentivement. Et c’est tout lire. Car les ouvrages s’éclairent l’un l’autre, se complètent. Et occulter une partie de son œuvre, ou ne retenir que ce qui arrange une interprétation dans un sens ou un autre, c’est mentir. De même son action éclaire aussi le sens profond d’une éthique de vie (non d’une « morale »). Ainsi on retient son refus (légitime) du terrorisme, mais si c’est oublier le refus (identique) de la torture, c’est le trahir.

Si on note ses questionnements au sujet du pays natal déchiré, son rêve (pas si loin de celui des messalistes) d’un futur fraternel où les Pieds-Noirs Algériens ne seraient  pas exclus, ne le transformons pas en chantre de l’Algérie française – ce qu’il n’est pas, ayant dénoncé les injustices de la réalité coloniale, produit des choix de l’Etat, du pouvoir, au bénéfice des riches et de la métropole, pas des prolétaires pieds-noirs d’Algérie. N’en faisons pas un soutien de ceux qui fondent leurs choix sur la haine. Non, lui intervint pour éviter l’exécution de combattants indépendantistes, sans bruit : agir comptait, pas tirer honneur de l’action.

Lire « Le Premier Homme », chef d’œuvre admirable, fidélité à la source native, au milieu social d’où il vient, oui, il faut le lire et le relire. Relire est important : lire, c’est relire, se laisser accompagner par des phrases, laisser la mémoire s’en imprégner, et rendre ainsi possible la perception des liens et des tensions entre telles et telles pensées, sensations, expériences. Donc, Le Premier Homme… Mais en regard, aussi, Les Chroniques algériennes, les chroniques d’Alger républicain, les articles de Combat,  les Écrits libertaires, les Correspondances, les Carnets. Et revenir à Noces, à L’Envers et l’Endroit (source de cette écriture)…  Revenir aux pages qui sont, en prose, à mettre aussi dans le champ de la haute poésie.

On peut parcourir les dossiers de presse qui paraissent : ils donnent des clés, montrent la pluralité des lectures, la richesse de l’œuvre. J’aime aussi beaucoup le Dictionnaire Albert Camus (collection Bouquins) : immense travail qui fait, par articles thématiques, et très nombreuses entrées croisées, un ample parcours synthétique, précieux, riche de citations, d’extraits, pour éviter les omissions, donc  les trahisons …

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Volume regroupant romans, nouvelles, essais…  Coll. Quarto, éd. Gallimard : http://www.lavenir.net/article/detail.aspx?articleid=DMF20131116_00390265

Oeuvres, Albert Camus, éd. Gallimard : http://www.gallimard.fr/Catalogue/GALLIMARD/Quarto/OEuvres16

07/11/2013

Citoyens du monde : Garry Davis et Albert Camus. Double hommage…

CAMUS.jpgL’un, Garry Davis (décédé en juillet 2013),  s’est proclamé citoyen du monde, renonçant à la citoyenneté américaine et diffusant largement ce concept de citoyenneté mondiale (d’abord apparu en Angleterre en 1937), dans un contexte d’après-guerre qui permettait de prendre conscience de la nécessité de sortir des enfermements nationalistes (même si cela est encore loin d’être une réalité en 2013…). C’est loin, et c’est proche aussi, car beaucoup de gens agissent dans une conscience transnationale, tissent des liens transculturels, et de multiples structures solidaires traversent les frontières, même dans la complexe situation de crise économique, politique, environnementale et plus…    

L’autre, Albert Camus, dont on marque le centenaire de naissance (par de nombreux hommages et quelques tentatives diverses – mais vaines - de récupération – car sa pensée est radicalement irrécupérable, s’il est lu intégralement et sans mauvaise foi…) manifesta toujours une aversion pour les nationalismes quels qu’ils soient – ce qui entraîna, et entraîne encore, des malentendus de lecture, des projections et incompréhensions d’une pensée qui est à hauteur d’éthique, complexe, questionnante, assumant le doute. Lui, donc, Albert Camus, fut impliqué dans le soutien de Garry Davis alors que ce dernier se trouvait en France, en situation d’apatride. Textes d'hommage et revue de presse sur le site des Citoyens du monde : http://www.recim.org/dem/garry.htm#autres  (« Robert Sarrazac, qui conservait de nombreux contacts de son temps dans la Résistance, avait créé un « Conseil de Solidarité » formé de personnes admirées pour leur indépendance d’esprit et qui n’étaient liées à aucun parti politique en particulier. Le Conseil était dirigé par Albert Camus, romancier et rédacteur dans plusieurs journaux, André Breton, poète surréaliste, l’Abbé Pierre et Emmanuel Mounier, rédacteur en chef d’Esprit, tous deux étant des Catholiques dotés d’une forte indépendance d’esprit, ainsi qu’Henri Roser, pasteur protestant et secrétaire en charge des pays francophones du Mouvement international de la Réconciliation. »). Plusieurs liens vers d’autres articles  sur Garry Davis, ou extraits, sur cette même page.  Dont l’article du Monde qui se termine sur la même évocation des soutiens dont fut, donc, Albert Camus : « Il va donc lancer en 1953 son mouvement pour un " gouvernement des citoyens du monde ", recevant les soutiens de personnalités aussi diverses qu'Albert Camus, André Gide, Albert Einstein ou Eleanor Roosevelt. Au jour de sa mort, le registre des " citoyens du monde ", tenu par ses supporteurs du World Service Autority à Washington, comptait près d'un million d'inscrits. »

D’octobre 2013 à janvier 2014, une exposition (Aix) fait pénétrer dans la pensée solaire de Camus à partir de cette thématique de citoyenneté du monde. C’est une entrée qui me paraît particulièrement justifiée : Algérie native, Espagne originelle et présente, France de la culture et de la création, ancrage méditerranéen qui porte en lui-même son ouverture au monde, voilà la matrice de cette conscience transnationale, des déchirements intimes qui en découlent et de la dimension libertaire de sa présence au monde. Centre Albert Camus de la Cité du livre, Aix : http://www.citedulivre-aix.com/Typo3/fileadmin/documents/Expositions/centrecamus/

Ouvrage collectif publié à l’occasion de cette exposition, « Albert Camus, citoyen du monde », Gallimard, 2013 : http://www.gallimard.fr/Catalogue/GALLIMARD/Albums-Beaux-Livres/Albert-Camus-citoyen-du-monde  (« Pour Albert Camus, le monde est une cité où pourraient cohabiter des hommes libres et égaux. Montrer en lui le «citoyen du monde», c'est souligner son lien avec la nature, son souci du temps présent et de l'avenir, sa générosité envers les autres, son refus des frontières, son sens aigu d'une fraternité universelle. »)

Garry Davis… Sa déclaration de 1948 aux Nations Unies est dite « déclaration d’Oran », pour ce lien avec Camus qui participa à la rédaction de cet appel, affirmation et haut questionnement (« I interrupt you in the name of the people of the world not represented here.”). Fiche wikipedia : http://fr.wikipedia.org/wiki/Garry_Davis   (« Le 19 novembre 1948, en préparation avec Albert Camus, Davis interrompt une séance de l’Assemblée générale des nations Unies au Palais de Chaillot afin de demander la création d’un gouvernement mondial. Le texte de la déclaration d'Oran (ainsi appelée car elle fut rédigée avec Camus, originaire d'Oran. ») .

En ce 07-11-2013, Camus aurait eu cent ans...

15/04/2013

Le premier homme, Camus. Du livre au film

CAMUS FILM.jpg

Le premier homme, d’Albert Camus…  Le livre commence ainsi : « Au-dessus de la carriole qui roulait sur une route caillouteuse, de gros et épais nuages filaient vers l’est dans le crépuscule. ». De ce livre j’aime tout, les pages solaires qui donnent le parfum de la terre, les lignes sombres des souffrances, les bribes de textes des  annexes en fin de volume, fragments lucides qui font penser aux carnets. A lire et relire. Le film de Gianni Amelio traduit la vérité de l’écrivain, son exigence et son désespoir-espoir d’humaniste. Du livre, je retiens aussi la « patience » de la mère, la pauvreté présente comme réalité et comme concept, la « tristesse africaine » du père disparu, la mémoire des exils, et je reprends un passage en fin de volume : « Il faudrait vivre en spectateur de sa propre vie. Pour y ajouter le rêve qui l’achèverait. Mais on vit et les autres rêvent votre vie. » Que le film donne envie de revenir au livre, et qu’il humanise le regard sur les êtres et les communautés du pays de Camus, quand l’idéologie ferme encore trop souvent le cœur.

Première. Synopsis, bandes-annonces, critiques : http://www.premiere.fr/film/Le-Premier-Homme-2330943

Sur Nord-cinéma. Citation : « Il s'agit donc d'une chronique et l'adaptation cinématographique du "Premier homme", qui n'était absolument pas une évidence, est une parfaite réussite. Les plans sont magnifiques, le montage est fluide entre passé et présent et, au bout du compte, on comprend parfaitement toute la difficulté de la position humaniste de Camus, qui se sentait et se disait algérien et qui, à tout prix, voulait tenir le discours de la raison et de l'intelligence contre le discours radical des passions exacerbées. Evidemment, dans le contexte, ce discours n'était pas tenable et, hué par l'extrême-droite en même temps que condamné pour trahison et pusillanimité par la gauche et l'extrême-gauche anticolonialistes, on comprend que Camus ait été totalement ravagé par le drame algérien. Le grand mérite du film est d'expliquer tout cela, tout en faisant œuvre cinématographique, et on ne peut qu'inciter le public à aller voir cette très belle réalisation. » 

J'apprécie particulièrement la page du blog Armenian Trends/Mes Arménies. J’en note le début et la fin. Citations : « L’on sait l’importance des thèmes de l’exil, de l’enfance et de la violence sociale à l’œuvre chez Gianni Amelio. Un parcours qui ne pouvait que croiser celui d’un Albert Camus, marqué à jamais par la disparition d’un père, qu’il ne connaîtra pas, un foyer quasi matriarcal, où la survie dicte une morale exigeante, une terre où deux communautés vont se trouver contraintes à l’affrontement et la radicalisation. » (…) « Il était, nous rappelle-t-on, un temple à Corinthe, dédié à la Nécessité et à la Violence. Il est aussi des geôles plus obscures encore que celles de la vengeance et de la haine. Il est encore une voie que peu osent explorer. Par delà les enfermements, les ignorances, les oublis. Si les morts sont toujours trop nombreux, à chacun des vivants de se saisir de sa part de lumière, de conscience libre. De générosité vraie. » (Conclusion à méditer…). Texte intégral à lire là : http://armeniantrends.blogspot.fr/2013/04/gianni-amelio-albert-camus-le-premier.html

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Document, vidéo :

Michel Onfray devant la maison d'Albert Camus à Alger. Entendre ce qu'il dit : http://www.youtube.com/watch?v=_cTenUAIB3U