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16/04/2019

Notre-Dame qui brûle… Choc.

ND DRAME.jpgJ’ai d’abord traduit cela ainsi :
Sidération et bouleversement. On se rend compte, dans l'émotion, de l'importance de ces lieux dans notre univers. Et du sens du mot "patrimoine". Un lieu sacré. (Pompiers admirables, qui ont sauvé l'essentiel.)
 
ND LARMES.jpgAlors, après les images et les mots, besoin d’autres mots, réparateurs. Reprendre racine dans le sens profond, qui console de l’ignorance, de la peur de voir détruites des traces de culture et de spiritualité (murs et symboles). Notre tristesse dit l’attachement à un lieu qui fait partie de nous, et auquel nous appartenons aussi, en partage avec tant d’autres. (Exception ND CENDRES.jpgfaite de ceux qui, il y en a et il y en a eu, ont besoin de ruminer de la haine : j’ai vu cela aussi, mais ce sont des marges ND DESASTRE.pngpathologiques, des névroses identitaires qui suent des phrases malodorantes et dysorthographiques - comme ces racialistes qui traînent à l’Unef et ailleurs...). Et, signes fraternels, des messages venus de partout, officiels et anonymes. J’ai été touchée de voir sur les pages Facebook algériennes ou marocaines (par exemple) des textes disant l’essentiel, des reproductions d’oeuvres d’art figurant la cathédrale, ou des citations de Victor Hugo. Émue par le beau message de Kamel Daoud sur ce que représente Notre-Dame (lieu d'art et de mémoire), et par les phrases des commentateurs algériens de sa page, exprimant leur émotion (sauf quelques grincheux, vite remis en place par les autres).
 
"L'art est la seule éternité qu'on a pu prouver et fabriquer. Et le feu qui a emporté, presque, la Cathédrale de Paris rend triste, inquiète, car il porte atteinte à cette part en nous. Touriste, français, croyant, visiteur, passant, artiste et enfant. La destruction d'un monument nous inquiète toujours profondément, nous attriste, nous blesse. Courage aux français: ils rebâtiront."
Kamel Daoud, post Facebook, 15-04
 
PAROLES s éternelle.jpgLectures, donc… L'universel.
J’ai ouvert un recueil d’aphorismes et citations des 
Carnets de sagesse d’Albin Michel,
"Paroles de sagesse éternelle".
Et j’ai picoré, dans le désordre des pages,
mais l’ordre de ma réflexion
 
Il y a un moment pour chaque chose sous les cieux.
Il y a un temps pour naître et un temps pour mourir,
Un temps pour planter et un temps pour arracher ce qui a été planté,
(…)
Un temps pour démolir et un temps pour bâtir.
L’Écclésiaste
 
Ne laisse pas la tristesse t’étreindre
(…)
Suppose que tu n’existes pas, et sois libre.
Omar Khayyâm
 
Le désespoir est une défaite anticipée.
Karl Jaspers
 
Car… 
 
Il y a plus de choses dans le ciel et sur la terre
que ne peut en inventer votre philosophie.
William Shakespeare
 
Et…
 
Le chemin mystérieux 
va vers l’intérieur.
Novalis
……………………………………..
notre-dame,paris,cathédrale,incendie,spiritualité,citations,sagesse,universelUne "vision" de Victor Hugo, dans "Notre-Dame de Paris" (Feu créé par Quasimodo pour faire fuir les truands).
"Tous les yeux s’étaient levés vers le haut de l’église. Ce qu’ils voyaient était extraordinaire. Sur le sommet de la galerie la plus élevée, plus haut que la rosace centrale, il y avait une grande flamme qui montait entre les deux clochers avec des tourbillons d’étincelles, une grande flamme désordonnée et furieuse dont le vent emportait par moments un lambeau dans la fumée. Au-dessous de cette flamme, au-dessous de la sombre balustrade à trèfles de braise, deux gouttières en gueules de monstres vomissaient sans relâche cette pluie ardente qui détachait son ruissellement argenté sur les ténèbres de la façade inférieure."
..................................
Gérard de Nerval, dans son poème "Notre-Dame de Paris" (Odelettes)
évoque un futur très lointain où des hommes "de tous les pays de la terre"…  "Viendront pour contempler cette ruine austère,  / Rêveurs, et relisant le livre de Victor". Le présent heurte encore la vision d’un poète. Car "tous les pays de la terre" ont regardé les images de la cathédrale en souffrance, et beaucoup de Français, mais certainement beaucoup d’étrangers aussi, se sont mis à relire Victor Hugo… 
  Voici… 

"Notre-Dame est bien vieille : on la verra peut-être 
Enterrer cependant Paris qu'elle a vu naître ; 
Mais, dans quelque mille ans, le Temps fera broncher 
Comme un loup fait un boeuf, cette carcasse lourde, 
Tordra ses nerfs de fer, et puis d'une dent sourde 
Rongera tristement ses vieux os de rocher !

Bien des hommes, de tous les pays de la terre  
Viendront, pour contempler cette ruine austère,  
Rêveurs, et relisant le livre de Victor :  
— Alors ils croiront voir la vieille basilique,  
Toute ainsi qu'elle était, puissante et magnifique,  
Se lever devant eux comme l'ombre d'un mort !"

Mise à jour 20-04-19... Vidéo, lecture du poème de Gérard de Nerval et suite de l'émission... (La Grande librairie, Spéciale Notre-Dame, avec les interventions, intéressantes, de plusieurs auteurs, dont Alain Finkielkraut et François Cheng)... https://www.youtube.com/watch?v=s49jQRLDFn4 

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Mise à jour 20-04-19. Une analyse très subtile, par Jean-Noël Kapferer (The Conversation, 18-04-19) des motivations profondes des dons venant du luxe. Il relie cela au sacré. "Pourquoi le luxe vole au secours de Notre-Dame"... https://theconversation.com/pourquoi-le-luxe-vole-au-secours-de-notre-dame-115692?utm
 
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Les Unes de la presse, 16-04.
Et (les mêmes et d’autres) sur le site de BfmTV… https://www.bfmtv.com/societe/incendie-a-notre-dame-de-pa... 
Diaporama du désastre, avec de nombreuses Unes. Mystérieusement la beauté de Notre-Dame passe à travers la vision des flammes, même si cela serre le coeur… Et on voit que le choc est international… Ozap.com…  https://www.ozap.com/photos-images/photo--notre-drame-en-une-de-liberation-4615085.html

06/04/2019

ALGÉRIE, suite... Une démission, des questions, des espoirs. Symbolique matin d'Algérie...

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Les manifestations ont donc continué jusqu’à la démission de Bouteflika, car le rejet du 5ème mandat ne pouvait tolérer un 4ème mandat prolongé. Mais la prise de conscience algérienne va plus loin. L’exigence est une rupture avec tout le système, le désir de se débarrasser de tout le clan du pouvoir, de la corruption de cette « famille » (au sens étroit, frère du président et alliés divers, et au sens large, c’est-à-dire tous les réseaux qui ont bénéficié d’avantages et privilèges). 
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Cependant la transition à créer, pour construire une démocratie réelle, ne se présente pas facilement. Il va falloir que des personnes sûres puissent obtenir la confiance de la population, et si des visages apparaissent, rien n’est encore acté. (Même s’il est évident qu’il y a des forces vives qui pourront jouer un rôle).
Il va falloir déjouer les pièges, et certains ont déjà été tendus. Des informations sortent, qui montrent que le pouvoir ne lâche pas aisément, et qu’il semblerait même qu’un officier de haut rang ait évité une catastrophe en refusant des ordres demandant d’affronter la foule. Rumeur ou réalité, le temps le dira.
 
En marge, des délires. On voit aussi des personnages, de partis associés au pouvoir, faire des discours délirants (des vidéos ont circulé). Ainsi une femme (qui a été ensuite la cible de moqueries cinglantes sur les réseaux sociaux algériens, francophones en tout cas) a pu dire, avec rage et conviction, que… les Juifs étaient les organisateurs de ce mouvement contre le pouvoir, pour détruire l’Algérie !!! Et revoilà le grand complot des conspirationnistes amateurs de RT, la voix du Kremlin, et autres sites du même genre.
Je n’ai pu que faire le lien avec autre chose que j’avais remarqué, juste avant. A circulé, sur des pages algériennes (Facebook et sans doute ailleurs) le texte d’un général français d’extrême droite, actif ou retraité je ne sais pas (personnage que tous les sites extrémistes adorent diffuser : RT, bien sûr, mais aussi des sites négationnistes, comme celui de Soral). Ce texte, donc largement présent en ligne, disait (je résume) que BHL était à la manoeuvre au sujet de l’Algérie : le texte "prévenait"(!). Et la réception était (commentaires...) une désolation horrifiée (BHL étant la métaphore du diable "sioniste" dans un certain imaginaire algérien - et maghrébin). On lui prête des faits multiples, on lui attribue la responsabilité de toutes les catastrophes. Et donc, pour certains, c’était cohérent. Sans qu’ils voient que le général soi-disant "protecteur" faisait passer un message de doute, sur un fond antisémite. (L’extrême droite française n’aimant les Algériens et les musulmans que pour tenter de partager avec eux un antisémitisme qu'elle leur prête d’avance, et qu’elle cherche à flatter, comme une certaine extrême gauche française, dans les milieux pro-palestiniens d’abord, car la Palestine est pour certains un mantra obsessionnel incontournable, dans l’oubli de bien d’autres conflits et drames du monde...).
Il y a un écho en Algérie pour cela. Et le pouvoir rejeté a bien joué avec, pour appuyer sa domination. Mais le rejet ne va pas encore, pour tous, jusqu’à refuser les effets idéologiques d’une longue propagande, et d’un formatage qui a utilisé autant la religion que l’éducation et les manipulations de l’Histoire officielle).
 
Pas pour tous, ce rejet de l’idéologie avec le système qui l’a modelée, mais chez beaucoup d’esprits, cultivés, lucides, et critiques : oui. 
Le fait que la presse algérienne ait réussi (malgré des difficultés - voir les pages Algérie de RSF) à maintenir une pluralité et à produire deux ou trois générations de chroniqueurs de grand talent, cela a permis que les idées circulent, que des intellectuels élaborent des pensées autonomes, radicalement en rupture.  
Autre facteur intéressant, la jeunesse de la population, qui a pu être désespérée par les blocages sociaux et le manque de perspectives, au point de risquer la mort (et trop souvent la trouver), en fuyant vers une Europe peut-être idéalisée. Car d’autres ont choisi d’agir. De nombreuses initiatives ont été le fait de jeunes (tant dans le domaine artistique qu’économique, environnemental, ou littéraire). 
Ces chroniqueurs, ces auteurs, ont certainement joué un rôle de pionniers, chacun à sa façon (parfois adulés, parfois détestés). 
Ainsi Kamel Daoud, Yasmina Khadra, Boualem Sansal, Aziz Chouaki, Anouar Benmalek, Mustapha Benfodil, Mohamed Kacimi, Amin Zaoui, Karim Akouche, Tawfiq Belfadel, Abdou Semmar (créateur d'Algérie Focus puis d'Algérie Part), Hebib Khalil, Khaled Belkouche (créateur du site web ObservAlgérie).et quelques autres… 
Et des femmes, affrontant elles aussi les tabous, les blocages, dans un souci de partage non conflictuel. Comme Daikha Dridi (journaliste-reporter), Nadia Tazi (philosophe), Meriem Khelifi (sociolinguiste spécialiste du discours religieux). Elles questionnent, expliquent... Elles et plusieurs autres (poètes, cinéastes, romancières...).
 
Et comment ne pas penser à la longue patience agissante (et visionnaire) de Mohamed Benchicou (créateur du journal "Le Matin d’Algérie") et à son livre sur Bouteflika, "Mystère Bouteflika, radioscopie d’un chef d’État". 
Rôle, aussi, à ne pas négliger, des diasporas, par le frottement à d’autres lieux et cultures, d’autres visions sociales et politiques, d’autres philosophies. Frottement à des démocraties fondées sur la laïcité, donc la séparation de la religion et de l’État, et une égalité juridique des femmes et des hommes. (Même si elles ne sont pas parfaites, même si l’idéal a ses failles, l’ouverture est un horizon).
 
De même, un courant a tracé sa route, bien avant ces manifestations. C’est celui des revendications des femmes pour une égalité à conquérir, juridiquement, concrètement et symboliquement. Beaucoup travaillent, certaines sont créatrices et chefs d’entreprises : l’égalité des droits est pour elles une évidence. Les femmes ont été dès le début très présentes dans les manifestations. Et la jeune danseuse qui en fut une très belle image en est un symbole flamboyant (voir la note précédente, lien en bas de celle-ci…). Mais un malaise a fini par être exprimé. Certaines se sont dit qu’elles risquaient de n’être qu’un faire-valoir d’un mouvement qui ne bénéficierait finalement peut-être qu’aux hommes, si les statuts qui gèrent la vie des femmes n’étaient pas changés. Et des pancartes avec des slogans féministes sont apparues (que ce féminisme ait le langage du féminisme européen, lui-même multiple et divisé, ou pas du tout ce langage). Ces signes de conscience féminine (ou féministe) ont affolé des marges conservatrices, et des réactions hostiles ont pu être constatées, que des pages de femmes ont dénoncé en relayant des témoignages. Ainsi la page Facebook "Les Algériennes", et d’autres pages que celle-ci partage aussi, comme "Femmes insoumises dz
Des faits ont beaucoup choqué, et entraîné de nombreuses réactions en Algérie. D’abord, donc, des bousculades ou agressions, de femmes - leurs slogans perçus par certains comme des provocations : même marginaux ces faits ont frappé les esprits, sidéré, même. (Et c’est ainsi qu’on a pu l’apprendre, par les témoignages et les réactions). Puis l’agression homophobe à Paris, place de la République, en marge de la manifestation de la diaspora algérienne. Et, ensuite, l’appel, sur vidéo, d’un homme hystérique demandant que des hommes agressent à l’acide des femmes ayant des comportements qu’ils trouveraient répréhensibles. Immédiatement tout a été fait pour le repérer (il vit à Londres, et l’on a même vu une photo de lui avec sa femme). Stupéfaction : vie apparemment anodine, allure moderne, femme non voilée, alors qu’on pouvait s’attendre à voir un "barbu" avec ses codes. Plaintes déposées. Et signalements des diffusions de la dite vidéo. Mais épisode similaire, un autre a refait la même chose. Plainte, encore. Puis, cette semaine, le lynchage de jeunes filles qui avaient des pancartes de revendications féministes (voir note suivante, un article daté 06-04-19). 
 
Tous ces remuements de pensée, sur les deux rives (et multiples rives diasporiques, parfois lointaines), ont produit des effets divers. Il y a donc des visions diverses et des fractures (qui peuvent se résoudre en pluralité acceptée ou provoquer des tensions, comme on peut le voir aux réactions de certains devant les textes de tel ou tel auteur, ou les positions de tel ou tel citoyen anonyme). 
... Fractures liées à la religion, déjà. Comme en France il y a des croyants, des agnostiques, et des athées. En Algérie les musulmans peuvent être des laïques convaincus ou des conservateurs (ou même des intégristes proches des théories des Frères musulmans). Il y a toujours des islamistes, qui guettent mais ne correspondent plus à ce qu’est l’Algérie de 2019 : ce qui n’empêche pas que la vigilance soit nécessaire, car ces courants ont des appuis, y compris à l’étranger, appuis idéologiques et financiers, et leurs stratégies sont habiles. Les menaces sont les mêmes que celles qu'on peut constater en France : manipulation, mensonge, masques (taqiya) et entrisme.
Les chroniques revendiquant des positions laïques sont, elles, de plus en plus nombreuses.
... Fractures, donc, liées au statut de la femme
... Et cassure au sujet de la Palestine (voir, note suivante, un article de Karim Akouche, daté du 02-04-19). Soutien obsessionnel très partagé, évident pour beaucoup. Mais des voix s’entendent, qui disent autre chose. Une exaspération, même. ("Assez avec la Palestine !"). 
... Fracture autre, celle liée à la France - que le pouvoir a voulu faire haïr, ramenant toutes les difficultés du pays à la colonisation, aux "colons" et aux harkis, dans une mystique du "traître". Pourtant, là aussi s’expriment des pensées autres, un regard nuancé. Et si Kamel Daoud avait, dans une chronique célèbre, regretté qu’il n’y ait pas eu un Mandela en 62 (pour que l’Histoire évolue autrement et que les Pieds-Noirs restent construire l’Algérie indépendante avec tous), d’autres disent espérer que le changement de régime change le regard sur le passé et fasse se rejoindre les mémoires de tous (dont natifs pieds-noirs et harkis, ou leurs descendants restés attachés aux racines algériennes). On peut associer à cette fracture celle autour d'Albert Camus, référence ou rejet (référence, ce dont témoignent des auteurs, et aussi des jeunes, dans un documentaire, disponible en DVD, Vivre avec Camus, où s'exprimaient deux jeunes algériens dont la lecture de Camus avait changé la vie, l'un pour l'avoir éloigné du suicide, l'autre pour l'avoir amené à s'engager dans des actions solidaires.)
Voir, pour tout cela, la revue de presse, qui évoque ces fractures : note qui suit...
 
Mais, comme le dit la philosophe Nadia Tazi (voir note suivante, entretien), l'essentiel est que le débat se soit installé, qu'il y ait parole, quels que soient les points de vue.
 
L’Algérie vit un moment enthousiasmant qui peut déboucher sur des transformations très heureuses, vers une réelle démocratie plurielle. Mais c’est une transition qui doit vaincre pièges et résistances. On doit espérer la réussite. Éthique de l’optimisme. Donc, encore, espoir.

Je ne mets ici que quatre LIENS : un ample article, des pages sur les deux livres mentionnés dans l’article, et ma note précédente (Algérie).

Dans la note qui suit je pose une revue de presse, qui complète, avec des textes récents, les lectures relatives aux premières revendications, mentionnées dans la note antérieure.
 
ARTICLE-dossier, par Brice Perrier, 3 avril 2019, Le Parisien week-end.
Parcours historique, réalisé à partir d’entretiens avec deux auteurs de livres importants.
D’une part avec Mohamed Benchicou. Et d’autre part avec Ardavan Amir-Aslani.
"Le 15 avril 1999  est élu président de l’Algérie."...https://bit.ly/2P0Ygpv
 
LIVRE. "Le Mystère Bouteflika, Radioscopie d’un chef d’État", de Mohamed Benchicou, éd. Riveneuve, mars 2018.
 
LIVRE. "L’Âge d’or de la diplomatie algérienne", d'Ardavan Amir-Aslani, éds. du Moment, 2015. 
 Fiche Decitre (dont résumé)... https://bit.ly/2X5KqVF
 
NOTE précédente, Trames nomades, 04-03-19. "Algérie. Refus, élans, inquiétudes et espoir."
(dossier d’analyses, revue de presse, et liens presse)... 
Note qui suit : revue de presse, 07-04-19...
………………..
S’INFORMER, suite... PETIT PORTAIL de LIENS...
Le Matin d'Algérie… http://www.lematindalgerie.com
Le Quotidien d’Oran… http://www.lequotidien-oran.com
TSA actu. Tout sur l’Algérie... https://www.tsa-algerie.com
Algérie Part… https://algeriepart.com 
Toute la PRESSE ALGÉRIENNE, LIENS...  https://www.tsa-algerie.com/press/
MondAfrique/Algérie... https://mondafrique.com/tag/algerie/
Le Point Afrique, Algérie… http://afrique.lepoint.fr/pays/algerie/
Courrier international. Algérie… 
Toute la PRESSE FRANÇAISE…. https://www.journauxfrancais.net  
PRESSE INTERNATIONALE, tous pays. LEXILOGOS
(et voir « Plan du site », ressources multiples…)
 
MC San Juan

04/03/2019

ALGÉRIE. Refus, élans, inquiétudes, et ESPOIR...

 
ESPOIR... 
ALGÉRIE… Comment ne pas suivre ? Un tel élan... Enthousiasmant, respectable, admirable, même, par la manière dont il est vécu et pensé. Pacifique, joyeux et triste à la fois. Joyeux, car, comme le dit Kamel Daoud, la peur a été cassée. Plus de peur d’affronter le régime. Plus de peur de provoquer des affrontements entre adversaires et soutiens du système (ou peur maîtrisée). Joyeux, l’élan, comme celui  de la danseuse au drapeau qui fait des pointes dans la manifestation, belle photographie, riche en symboles. Elle marquera l’Histoire, sa photographie. (Mais je ne l'ai d'abord trouvée que sur Facebook, sur une page, celle du livre "Alger sans Mozart", de Michel Canési et Jamil Rahman, Folio. Portrait de femme, aussi…). Imaginez une jeune femme élancée qui danse, cheveux au vent. On pourrait la penser Parisienne ou Madrilène. Une femme moderne, libre, d’évidence. Symbole de ce que peut être une Algérie libérée de la pression d’un clan dictatorial. Et, signe de ce qui est déjà en germe dans le pays, qui connaît, malgré le pouvoir, de multiples initiatives pour changer le quotidien (sociales, culturelles, environnementales, etc.). Avec, bien sûr, les archaïsmes qui tentent d’imposer obscurantisme et croyances aberrantes, les islamistes, moins agressifs (pas toujours) qui guettent, le complotisme, nourri, comme en France par la lecture de Russia Today, la voix du Kremlin… . Pays de fractures (mais on peut en dire autant, sur ce plan, de la France et de beaucoup d’autres, en ces temps de populismes et de nationalismes - au pluriel). Triste, l’élan, car portant l’inquiétude des risques de dérives et récupérations, et celle du manque d’alternatives. Mais les voix des intellectuels (universitaires, chroniqueurs, écrivains) portent à la vigilance. 
En France, on suit. D’abord la diaspora algérienne et les Franco-Algériens, qui manifestent à Paris et ailleurs, et participent au débat sur les réseaux sociaux et autrement. 
Ensuite les natifs d’Algérie, Pieds-Noirs attachés au pays actuel, et Juifs pieds-noirs (se définissant ainsi ou pas), ayant des liens sur les deux rives (et plus qu’on ne croit, souvent par les villes de naissance, contacts maintenus, mais aussi par des réseaux professionnels, des coopérations diverses). 
Enfin les observateurs (presse, médias, politiques). Avec de la sympathie.
La jeune danseuse s'appelle Melissa Ziad. Et la photographie est sur la page du Matin d'Algérie (celle de la chronique de Tawfiq Belfadel sur les femmes dans ce mouvement, commentaire et lien en bas de note). Choix avisé.
Cette jeune femme est entrée dans l'Histoire. Et pas seulement celle de son pays.
D'abord, de ce pays... Mais symboliquement au-delà. Je vois cette danse comme un signe de l'humain à venir.
SI nous marchons vers cela. La beauté, plutôt que les cris. Sens universel. 
Lien. Pour la PHOTOGRAPHIE, même si le haut est coupé (dommage). Pour l'article c'est plus bas... 
 
La presse française et internationale a couvert aussi les manifestations et relayé des analyses et questionnements.
L’Union européenne a appelé au respect des droits des manifestants. Manière de soutenir, tout en rappelant les liens entre l’UE et l’Algérie… AlgériePart… (D'autres signes et appels similaires suivent, d'après la presse algérienne). Europe, UE :
"La France a-t-telle son mot à dire sur l’Algérie ?" (Risques d'interprétations 
négatives ?).
"Si la France soutient la rue, ce sera de l’ingérence. Si la France
soutient le pouvoir, c’est la main de l’étranger. Dans les deux cas, la France
ne peut que produire un silence assourdissant’’.
Naoufel Brahimi El Mili, politologue. France Culture,4 mars 19… 
https://bit.ly/2ETQR7H
La France réagit, cependant, discrètement, lentement...
Diplomatie.gouv Site officiel. Réponses de Jean-Yves Le Drian,  ministre des Affaires étrangères. 
France 24, 06-03-19. "Pour Jean-Yves Le Drian il faut laisser le processus électoral se dérouler en Algérie."
 
....................
Les FAITS...
 
Refus du 5ème mandat
Dès janvier, le boycott des élections comme riposte.
JeuneAfrique, 25-01-19. "Présidentielle en Algérie, le front du boycott s’élargit"…
Manifestations partout
Des milliers de manifestants (puis beaucoup plus…)… 
Le Parisien, sur les manifestations,
22-02-19. "Manifestations tendues contre un 5ème mandat"…
 https://tinyurl.com/yxc4eo83
Courrier international, REVUE de PRESSE. 
"En Algérie des milliers de manifestants crient leur colère
contre Bouteflika
"...
https://tinyurl.com/y4qjap8l
Belle photographie d’une manifestation… 
BFMtv… https://tinyurl.com/yyu83jc8
Et la diaspora algérienne s’engage…Le Figaro, 28-02-19.
"En France aussi la diaspora descend dans la rue contre Bouteflika"...
 
Mais... Diaspora (et.. autre diaspora)… Fausse note. La Grande mosquée de Paris soutient le 5ème mandat de Bouteflika, y mettant même un budget. Elle se compromet nettement. TSA Algérie, 27-02-19. "La Grande mosquée de Paris au secours du candidat Bouteflika"… https://bit.ly/2HbQpV5
………..
Bouteflika se représente et promet des élections (ensuite…)…
Citations..."Cette nouvelle candidature fait bien sûr aussi la Une de la presse ce lundi. Le journal El Watan titre que le président, par sa décision d’être candidat, défie les Algériens. Dans son éditorial, le quotidien francophone estime que cette décision est une humiliation insupportable." 
"Pendant ce temps, sur les réseaux sociaux, les appels à la désobéissance civile sont relayés en masse. Plusieurs centaines de milliers d'internautes ont d'ores et déjà fait savoir qu'ils participeraient au mouvement."
"Les promesses de Bouteflika n'apaisent pas la colère"RFI, 04-03-19… https://tinyurl.com/y6hg22sa
 
Le Point, 7 mars 19. "Algérie : le 5ème mandat fragilisé par une série de défections importantes." (Et par les informations sur la santé d’Abdelaziz Bouteflika, données par les médecins qui le suivent à Genève)… https://bit.ly/2H63gb6
 
REVUE de PRESSE, France Culture… Au 2 mars 19… 
....................
ANALYSES
 
"Pourquoi la jeunesse algérienne dit non." Omar Belhouchet, Marianne,
1er mars 19.
(Quatre grands paragraphes lisibles en ligne... L’essentiel…).
Omar Belhouchet est le fondateur d’El Watan.
Ce défenseur de l’état de droit dit que le 22 février a été un
'tournant historique’ dans le pays, avec cette jeunesse dont il loue
la maturité. Et il rappelle ce que sont les refus exprimés
par les jeunes (le régime, le système et sa corruption)…
 
La situation actuelle, 2019. 
Analyse approfondie d'El Mouhoub Mouhoud, universitaire (économie), Paris Dauphine.
Citations..."Il est tout d’abord désolant de constater que la préoccupation essentielle de certains observateurs en France, relayant la crainte des autorités, réside dans la peur d’un afflux massif d’immigrés. La « stabilité » garantissant la mise à distance des candidats potentiels à l’émigration vaudrait elle mieux que les espoirs du changement auquel aspire une jeunesse nombreuse et délaissée ? Il est vrai que ce fut déjà la première réaction du pouvoir politique en France au moment du déclenchement de la révolution tunisienne en 2010. Il serait bien plus utile de chercher à mieux comprendre les bases profondes de ce nouveau soulèvement." (...)"Ces propositions ne sont possibles que si une réforme profonde de l’État est réalisée. Il va sans dire que le préalable réside dans la lutte radicale contre la corruption à tous les niveaux et la mise en œuvre de mécanismes garantissant la transparence. Ce dernier point sera au centre des changements que réclament les Algériens." The Conversation, 1er mars 19, "Algérie, économie politique d'une rupture annoncée"… https://tinyurl.com/yxpwe5do
…………..
L’article de The Conversation ci-dessus répond indirectement à celui du Parisien qui parle de l’inquiétude française qui serait de voir s’installer en Algérie l’instabilité… Lien ci-dessous. La France n’a pas à soutenir silencieusement le maintien d’un régime mafieux et dictatorial pour des intérêts discutables et des peurs fantasmatiques… Le Parisien, 26-02-19. "Contestation en Algérie : ce qui inquiète la France"… https://tinyurl.com/yylc3q3f
.

L’état politique… 

"Thomas Serres est lecturer au département de politique à l’université de Californie, Santa Cruz, et chercheur associé à l’UMR développement et Sociétés. Il a publié des articles dans plusieurs revues à comités de lecture, dont « En attendant Bouteflika. Le Président et la crise de sens en Algérie », Année du Maghreb (2014). Il a également dirigé un ouvrage collectif avec Muriam H. Davis, intitulé « North Africa and the Making of Europe », Bloomsbury (2018). Il s’apprête à publier un ouvrage consacré à l’Algérie de Bouteflika chez Karthala, intitulé  'L’Algérie face à la catastrophe suspendue. Gérer la crise et blâmer le peuple sous Bouteflika (1999-2014)' (prévu pour mars 2019)." (....) "Pour le spécialiste de l’Algérie, le mouvement de contestation actuel en Algérie possède ses propres spécificités, ce qui permet de sortir de la « logique catastrophique » de la Libye et la Syrie."... Les clés du Moyen-Orient, 03-03-19. "Entretien avec Thomas Serres","En Algérie…"… https://tinyurl.com/y4vcu4p7

.
Aspiration au changement ou révolution ?  L’Orient le Jour, 07-03-19.
"Une prudente aspiration au changement plutôt qu’une révolution."
 
La question de la fraude électorale, par Mourad Benachenhou. (Citations... "L'Etat algérien actuel n'est ni algérien, ni démocratique, ni populaire." (..) "La normalité du quotidien masque l'anormalité du système politique algérien.")
Le Quotidien d’Oran, 03-03-19
 
..................
Des universitaires réagissent."Déclaration...". Actu-Fil...
https://tinyurl.com/y4wftaup
.
Les écrivains s’expriment, analysent, prévoient..
 
"Les écrivains algériens décrient le 5ème mandat", 
El Watan, 04-03-19...https://tinyurl.com/y69uss93
.
Kamel Daoud
Déjà, au moment du 4ème mandat, Kamel Daoud exprimait sa colère. Son texte a été repris cette fois par des lecteurs, notant qu'il suffit de dire 5 au lieu de 4, et tout reste valable. le texte est assez visionnaire, prévoyant
ce grand élan du peuple...
Citation... "Vous allez nous laisser un pays corrompu,
exsangue, défait, ridicule, mort, sans don et humilié
et cette humiliation on vous la rendra. C’est une
promesse et un serment. Ce peuple qui, selon vous
ne vous mérite pas, vous n’en méritez pas la terre.
Ils vous survivra et s’éveillera et vous renverra
vers le désert qui vous sied si bien. La cours des
comptes sera cette fois celle de l’histoire.’.
 
"Honte à toi Bouteflika",
Algérie Focus, 02-03-19https://tinyurl.com/y5c8fsxd
Et en 2019 Kamel Daoud voit une évolution, la peur rompue.
"Le mur de la peur a été cassé". Le Monde/Afrique,
Pas lisible intégralement en ligne, mais le début visible
est déjà intéressant.
Comment le "cadre’ des photos de Bouteflika est un symbole de
la prison politique qu’inflige le pouvoir au peuple algérien.
Car le Président n’est plus qu’une photo dans un cadre (c’est
le clan autour de lui qui tient le pouvoir). Sauf que le peuple
peut sortir du cadre…
"Bouteflika en Abd-El-cadre",
Le Point, 05-02-19… https://tinyurl.com/y6l9ef6a

Une analyse de Kamel Daoud.
Complexe lien et complexes regards
que ceux de la France sur l
Algérie (et son actualité). Et de
l
Algérie sur la France (dont son regard sur les Algériens).
Très subtilement Kamel Daoud donne des clés. Magnifique texte,
de plus, dont des passages rejoignent le poème en prose. Par
l
élan vital qui passe dans les mots. En parlant de lui, des
Algériens, des paradoxes des perceptions entre Algérie et
France, il parle de tous et de nous. Parfois avec humour
(sur
les islamistes)...

Citations
"A Paris, il fait froid comme si le corps était un os avec un prénom, nu."

(…) "
Paris est une fête. Le monde l’est aussi.
Et je suis son centre ouvert aux vents et aux images. Je marche. ».
Le Quotidien dOran, 
"Mon histoire commence par moi, pas par les autres"...
http://www.lequotidien-oran.com/index.php?news=5272501
.
Yasmina Khadra
Espoir. "Le peuple peut changer les choses".
Le Parisien, 28-02-19...https://tinyurl.com/y42yrmru
Nouvelle candidature d'Abdelaziz Bouteflika :
"Cette proposition n'a pas de sens".
FranceTvInfo,3 mars 19...
Il y voit aussi une humiliation de Bouteflika autant
que du peuple algérien. Une histoire ubuesque, surréaliste… 
https://tinyurl.com/y6tjw9b7
.
Boualem Sansal 
Il oppose élan et crainte de la guerre civile (du fait du passé, décennie noire).
(Peur que le pouvoir brandit. Mais si la peur du pouvoir est cassé, comme
le note Kamel Daoud, la peur de la guerre civile sera supprimée aussi par
l’élan collectif. FigaroVox, 28-02-19… "Les jeunes exècrent le régime mais…"
Boualem Sansal est inquiet, pessimiste, 
sûr que le pouvoir ne lâchera pas. A lire sur le site
Littérature algérienne, 02-03-19…
"Le pouvoir ne tombera pas…."https://tinyurl.com/y64hhwfm
Le 1er mars 19 il faisait une analyse des pressions que le pouvoir
exerce pour se maintenir. Libération
"Il y a eu beaucoup d’arrestations préventives...".. 
 
Adn-news (Afrique du Nord), reprend un texte de Boualem Sansal paru dans Le Parisien le 3 mars 19. Pessimiste, là aussi, il compare avec scepticisme sur la suite les rapports du peuple avec le pouvoir à une série télé qui se répète…"Algérie saison 7 épisode 5"... 
................
Chroniqueurs/auteurs
Des ‘plumes'
(chroniques et autres publications,
dont livres parus ou à paraître)...
Amin Zaoui 
Scepticime par désespoir critique. C’est révélateur de l’état d’esprit d’une génération en colère.
"La démocratie est une culture, une civilisation et une vision philosophique de la vie politique individuelle et collective"...
"L'urne au temps d'urine de chameau", Liberté-Algérie, 28-02-19
"Pourquoi je ne crois pas aux urnes."… https://tinyurl.com/y3839kmg
 .
Hebib Khalil
Jeune chroniqueur du Matin, et écrivain. (L’Algérie est un pays à bons chroniqueurs… pays de « plumes »)…
Dès le début de janvier 19 il montrait ce qu’il y avait de scandaleux et inacceptable pour les Algériens dans la candidature de Bouteflika.
Citation. "L'appel de plusieurs personnalités « politiques » au président Bouteflika, 82 ans, malade et aphone depuis six ans, à briguer un nouveau mandant est un flagrant appel au meurtre, contre l'espoir de tout un peuple et d'une jeunesse désemparée."
"Jeux dangereux, le 5ème mandat de Bouteflika pourrait pousser les Algériens à la révolte !", Le Quotidien d’Oran, 03-01-19... https://www.djazairess.com/fr/lqo/5271362
 
Bel article, ci-dessous (écrit deux mois après), qui se partage entre lucidité désespérée (informée) et ouverture vers l’espoir en quelque chose qui, dans l’identité algérienne, est de l’ordre du paradoxe (ce renoncement du mektoub -c’est écrit - qui est aussi, paradoxalement, une foi dans le possible de la vie qui offre des surprises et retournements). Donc ouverture… "Ils soldent l’Algérie : le black friday d’avant l’independance day",
Le Matind'Algérie, 03-03-19… https://tinyurl.com/y3hqqnzw
 .
Tawfiq Belfadel
Une note de son blog (hébergé par Médiapart), de décembre, est un de ces avant-signes de la grande révolte qui a mis les gens dans la rue. Une analyse, à propos d’un fait, sur ce qui pour lui est une des « maladies » du pays, le rapport au corps, la conception (pudeur, interdits, etc.). Et cette note montre aussi les résistances qui peuvent freiner les avancées vers la liberté, la démocratie...
"La maladie du corps en Algérie", 18-12-18… Citation… "L’Algérie souffre atrocement de trois maladies : la maladie de l’Histoire, la maladie islamiste, et la maladie du corps. Le corps de la femme bien sûr.  Le mâle  est si  sacralisé qu’on ne parle jamais de son corps"… https://tinyurl.com/y3r6qd6x
 
Mais un article du 17 février (sur Oumma) traite de la présidentielle. Sur un mode ironique (qui n’est pas compris par certains commentateurs…). Il imagine un personnage qui se fabrique une personnalité, une biographie et des faux diplômes pour être candidat. C’est le mensonge personnifié, qui vend du vent, promet tout, et recommencera ce qui fut fait en corruption, exploitation, et utilisation de l’islam pour tromper encore plus (pour "séduire").. 
 
Et... dans Le Matin d’Algérie du 6 mars, une chronique de Tawfiq Belfadel  fait écho à mon introduction.
FEMMES… Elle est illustrée par la photographie que j’avais remarquée… Oui, c’est très juste, la place des femmes dans ce mouvement de refus est essentielle, et promesse d’espoir.
… J’apprécie moins, pour ma part, l’accent mis (là et ailleurs) sur la présence de D. Bouhired, adulée comme militante de l’indépendance (elle y risqua sa vie), mais qui choisit le terrorisme contre les civils, enfants compris. 
… MAIS pour les Algériens il y a des symboles de l’indépendance qui font sens.  Et même s’ils occultent d’autres réalités, ces symboles, c’est l’histoire, complexe (et douloureuse, passée par la mémoire d’une guerre, la conquête coloniale, et d’une autre guerre, d’indépendance). Et c’est à tous d’en intégrer les significations et paradoxes. Car l’histoire officielle a déformé ou caché beaucoup de choses, tant en Algérie qu’en France… (L’histoire et les médias). Et les différentes communautés concernées, en France notamment, aussi, n’ont pas toujours pris la mesure, réciproquement, des souffrances des autres… Être soi et l’autre change le regard… (Et le reste sera le travail des historiens). Ce qui se produit en ce moment est beau à voir, porteur d'espoir. Ce que les Algériens montrent d'eux au monde est très estimable. Admirable. Pourvu que tout continue dans cet esprit, et que la liberté soit au bout... !
"La femme et l’éveil de l’Algérie : fleurs et naufrage." ("L’Algérienne a un rôle primordial dans ces événements qualifiés d’éveil."). 
Le Matin d’Algérie, 6 mars 19… https://bit.ly/2C9SIn4
… ……………..
S’INFORMER, suite... PETIT PORTAIL de LIENS...
Le Matin d'Algérie… http://www.lematindalgerie.com
Le Quotidien d’Oran… http://www.lequotidien-oran.com
TSA actu. Tout sur l’Algérie... https://www.tsa-algerie.com
Algérie Part… https://algeriepart.com 
Toute la PRESSE ALGÉRIENNE, LIENS...  https://www.tsa-algerie.com/press/
MondAfrique/Algérie... https://mondafrique.com/tag/algerie/
Le Point Afrique, Algérie… http://afrique.lepoint.fr/pays/algerie/
Courrier international. Algérie… 
Toute la PRESSE FRANÇAISE…. https://www.journauxfrancais.net  
PRESSE INTERNATIONALE, tous pays. LEXILOGOS
(et voir « Plan du site », ressources multiples…)
 
MC San Juan

28/07/2017

Kamel Daoud, lire et relire...

DAOUD .jpgKamel Daoud est primé pour une reconnaissance de son oeuvre de chroniqueur engagé pour les droits humains. Lui préfère se dire « concerné », et, oui, il l’est. Oeuvre marquée par la publication d’un choix, ample, de ses textes dans « Mes indépendances », livre publié par Actes Sud. Superbe.

Que ses chroniques soient lues abondamment, elles qui mettent en scène, en quelque sorte, le balancement subtil entre le total "oui" à la vie et la tension du "non". "Mes indépendances". Magnifique écriture d'un grand chroniqueur (nouvelliste et romancier aussi), mais l'écrivain est complètement présent dans les pages profondes, brillantes, du journaliste. Exercice de lucidité, processus de questionnement permanent. La critique, si on lit bien, porte sur les failles des deux rives. Aucune complaisance. Lecteur idéologue ou paresseux, sauvez-vous. Car Kamel Daoud ne propose pas le confort mais la secousse. Il secoue les préjugés, regrette que l'Algérie de 62 n'ait pas eu son Mandela (car un peuple métis en serait né, et une culture plurielle aurait pu être assumée). Il revendique fortement son algérianité (qui passe notamment par la langue). Et dans ce vital ancrage il entraîne Camus, dont il espère que l'Algérie arrivera à récupérer ses "cendres", au sens symbolique, c'est-à-dire à le revendiquer comme sien, autant si ce n'est plus que la France. Cela fait des années que je lis Kamel Daoud, et que je lis les commentaires que ses écrits entraînent. J'ai l'impression que, malgré les attaques qui perdurent (sur des erreurs de lecture), de plus en plus des Algériens le soutiennent, le comprennent, l'admirent.

CITATION, article de Livres Hebdo : « L’écrivain et journaliste Kamel Daoud vient d’obtenir ce jeudi 20 juillet le 16e prix Livre et Droits de l’Homme de la Ville de Nancy pour Mes indépendances, chroniques 2010-2016, pari en février chez Actes Sud. / Ce prix, sous la présidence d'honneur de Vincent Monadé, président du Centre national du livre, lui sera remis officiellement lors du 39e Livre sur la Place le vendredi 8 septembre à Nancy. De manière symbolique, cette année, le jury a souhaité dédié ce prix à l’écrivaine turque Asli Erdogan, qui, après avoir été incarcérée 136 jours, attend son procès et risque la prison à vie. »... Texte intégral...http://www.livreshebdo.fr/article/kamel-daoud-laureat-du-... 

« Mes indépendances », page de l’éditeur… http://www.actes-sud.fr/catalogue/societe/mes-independances 

15/07/2017

L'Inaccessible. "Les Cahiers du Sens" 2017

CAHIERS.jpg« …Partir où personne ne part… »

                 Jacques Brel, La Quête (exergue du numéro 27, L'Inaccessible, page de couverture)

« Rêver un impossible rêve… » 

                Jacques Brel, La Quête (exergue posé sous le titre intérieur)

Les cahiers du Sens, revue annuelle, 2017. Éd. Le Nouvel Athanor

Inaccessible ? Tout l’est, et rien. Tout, car nos rêves sont grands, et parfois nous dépassent. Rien, car ce qui doit être advient, je crois. (Je suis sans doute imprégnée de la croyance en ce « Mektoub » beaucoup rencontré dans mes autres rives, moi qui en ai traversé certaines…). Croire que c’est « mektoub », écrit, c’est ne pas penser l’inaccessible comme inaccessible. Ou alors oui, mais en se disant que peu importe, si c’est ainsi. Alors on vit dans une certaine lenteur d’un rapport au temps qui fait de l’instant un éternel présent sans futur. Et créer c’est disperser en poussière un alphabet de mots ou d’images, au risque de la perte, du posthume.  

Cependant l’Orient n’est-il pas, en fait, un paysage intérieur de nombreux poètes ? Car autrement ils ne chercheraient pas à déchiffrer le réel et leurs ombres comme si c’était un livre déjà tracé. Déchiffrer, c’est une démarche partagée. Devant ce terme, et thème, ainsi offert comme séduisant horizon d’écriture par les éditeurs de la revue « Les Cahiers du Sens » (Danny-Marc et Jean-Luc Mayence), j’ai commencé par m’interroger sur le sens de l’article défini. Car L’Inaccessible ce n’est plus une qualité prêtée à des rêves ou des projets, mais un substantif où la négation s’annule presque. Cela devient une essence, une métaphore métaphysique. 

Mais pourquoi?

Que faut-il donc atteindre qu’on ne puisse toucher, si ce n’est la force d’une évidence intérieure, l’achèvement de tous les processus de création de soi?

Que faut-il être pour en avoir la prétention ? Juste un esprit dans un corps. 

L’inaccessible est un secret, car seul chacun peut se dire à lui-même ce nom intérieur qu’il déchiffrera en lui, s’il en trouve le chemin.

Je me demandais ce que les autres en feraient, m’attendant presque à lire, quand la revue sortirait, des pages où se croiseraient des méditations similaires. Mais pas du tout. Le mot renvoie ici à des univers intérieurs fort divers, à des écritures qui, évidemment, ne se ressemblent en rien. Et pourtant l’ensemble a une unité, des textes se font écho. 

J’ai sélectionné mes coups de coeur, choisis parmi 247 pages, lecture faite… 

La première partie présente des textes en prose, des essais, des analyses, qui permettent de voir comment la littérature traite ce sujet, comment dans la poésie il est toujours présent, à travers le temps et les divers courants littéraires. Comme si c’était une clé pour comprendre le fait d’écrire, le rapport au langage et à la création. 

Des textes en prose qui introduisent la thématique j’ai apprécié particulièrement  l’analyse littéraire érudite de Giovanni Dotoli, « De l’inaccessible poétique ». Il cerne ce que la littérature poursuit, et en quoi elle traite aussi de l’inaccessible des sages ou des mystiques, cet absolu du poète « voyant ».

Jean-François Migaud, lui, dans « L’évidence de l’invisible », offre une belle méditation à partir du préfixe négatif, sur la voie qui passe par le vide, l’absence, l’insondable d’un « arrière-plan » des poètes et des chercheurs spirituels.

Don Quichotte hante ces pages. Et Maurice Cury le nomme (« Seul le rêve… »), ainsi qu’Alain Noël évoquant la voix de Jacques Brel et la voie de Saint Jean de la Croix (« L’inaccessible étoile »).

Toujours dans cette partie, Claire Dumay,  plonge dans les affres des doutes sur soi et sur autrui, effrayée par les mensonges qu’on se fait à soi-même. Alors comment croire aux « vérités » d’autrui, même proche ? Texte au scalpel qui dit  l’impossibilité de traverser les masques dans la rencontre de l’autre. L’Inaccessible ? Soi. L’autre. Donc son titre pose un paradoxe : « L’illusion de… l’accessible ». Ce texte est à lire en miroir avec le poème de Jean-Luc Maxence, car c’est aussi le scalpel qu’on retrouve, dans son texte, bouleversant, le plus « dur » du recueil, au sens de secouant.  

Deux autres textes ont retenu mon attention (et je reviens en arrière dans les pages, pour les associer, car ils ont en commun le visible, et, évidemment, cela m’interpelle car j’y retrouve des questionnements qui rejoignent ma réflexion sur l’acte de photographier). 

Robert Liris, dans « Les deux infinis », sollicite d’abord Hermès Trismégiste et André Breton, pour évoquer la similitude exposée dans l’antique « hermétisme » : ce qui est en haut est en bas et inversement, donc la non contradiction des pôles apparemment opposés, mais une non contradiction qui (dit Breton, chercheur du « surréel ») n’apparaîtrait qu’en un point que justement on ne peut saisir, traverser. L’Inaccessible… L’être humain cherche à franchir les portes du réel vers l’imaginaire du sens, mais il n’y arrive pas. Volonté de verticalité (corps esprit), pyramides pour rejoindre la lumière. Des dessins des grottes d’autrefois aux peintures et images captées, l’auteur voit un échec pour lequel il prend Barthes à témoin (« Toute image est une catastrophe »). On ne peut voir l’invisible, on ne peut saisir le sens du réel. J’aime Barthes que j’ai beaucoup lu, mais je ne le rejoins pas dans sa conception de l’image. On peut penser qu’au contraire on touche, presque, avec la capture par le regard, ce point de bascule où on peut transgresser l’interdit, traverser les frontières du sens. (De l'’image catastrophe de Barthes, Serge Tisseron, dans son livre « Le mystère de la chambre claire », montre les racines et les limites qui aboutissent à une fausse théorie de la photographie. La seule vérité qu’elle traduise est la « mélancolie » visuelle propre à Barthes…). Mais je reviens au texte (passionnant). Et à la fin c’est Mallarmé et Émily Dickinson qu’invoque Robert Liris, car l’hermétisme de leur écriture et le retrait du monde de la poétesse sublime, cela marque des destins habités par la question de l’inaccessible. Comme le Don Quijote de Brel.

Avec Anne de Commines (« L’icône pour appeler et veiller l’inaccessible »), en partant de l’icône, de l’iconicité, on aboutit à une perception différente. Au contraire l’image nous fait ici rencontrer le mystère, un sens. Médiatrice, elle informe. Parce que justement, à l’inverse, elle ancre l’image dans le réel charnel. « Accueillir » est le mot clé. Et ainsi le visuel fait accéder à l’au-delà du langage et penser la verticalité. C'est une philosophie poétique qu'aurait apprécié Maria Zambrano... 

…………………………….

Suivent les poèmes, la plus grande part du volume. Je ne vais citer que quelques noms, sachant que le choix serait autre, suivant les lecteurs. C’est subjectif, et je l’assume. Coups de coeur, donc. Des pages se répondent parfois, des métaphores se croisent et croisent les ombres et lumières du réel. L’inaccessible prend des sens divers suivant les auteurs.

Pour ma part j’ai écrit, d’abord, sur la fraternité en échec, quand en mer des réfugiés se noient et nous hantent. Mais aussi sur ce paradoxe qui nous fait être, dans le même temps, en recherche de sérénité, de sagesse (donc de détachement). Écartelés entre le monde et sa cruauté, le souci d’autrui, et des démarches presque mystiques. Capables de joie au moment de la douleur des autres et pour les autres. Inaccessible cohérence ? J’écris (« Peindre l’immense »), que nous sommes des « errants de l’altérité », cette altérité dont Kamel Daoud dit qu’elle est la grande question du XXI ème siècle (entretien, JDD du 9 juillet 2017). Mais je crois possible de « penser ce partage », pour « peut-être / saisir enfin le sens / du lointain ».

Je retiens, surtout, quelques noms, des titres, ou des citations… Comme dans la revue, par ordre alphabétique.

« L’arche de la révolte », de Salah Al Hamdani. Ample poème qui avait été déjà publié dans un recueil collectif contre le terrorisme : « Nous aimons la vie plus que vous n’aimez la mort » (éd. El Manar, 2016). Nuits hantées par les images des « corps mutilés », et volonté de se dresser contre l’horreur... « Prenons les écrits saints à l’envers / et de notre hauteur d’homme / jetons-les dans cette guerre qui ne dit pas son  nom » Évidemment, ce texte me touche, car c’est un sujet, essentiel, qui est très présent dans mon écriture (cf. les poèmes publiés dans A L'Index, et deux ou trois ici, comme " Litanie pour juillet plusieurs fois " / note blog...    "Poème pour dire").

Yoni Afrigan, aborde, , contre l’injonction qui entrave, la  « voie du secret » vers la « splendeur » cachée.

Pour Guy Allix,  « tous les poèmes (…) / Étaient déjà écrits / dans une seule goutte de temps ». Vertige quantique… 

Jean-Bernard Charpentier veut partir « sur les chemins de l’éveil », mais sans se retourner, « de crainte de rester » (lucide méfiance). Mais « Qu’importe ce qui fut et sera, / L’évidence de la beauté / conduit à ce qui est. »

Maurice Cury traque le faux des apparences, dans un exercice de lucidité, car « Rien n’est plus fragile que de vivre ». 

De Danny-Marc, un poème est une ode à des mains aimées. Texte d’un recueil publié chez Pippa (« Un grand vent s’est levé »). Douceur. Et l’autre poème rêve, mais les mains sont encore présentes. Pour un « peut-être »  à advenir encore. 

Giovanni Dotoli, dont j’ai déjà parlé pour un essai érudit, propose une sorte de peinture mystérieuse, nocturne. « Une lampe d’émail » est suspendue dans la nuit. Il peint là son « lieu d’infini ». Et c’est cela qui pour lui est inaccessible. Ou le fut et ne l’est plus, puisque la vision est là.

J’ai déjà évoqué le poème de Jean-Luc Maxence, en parlant du scalpel jumeau de Claire Dumay. Coup de poignard que ce texte, mais histoire d’une métamorphose qui rend inaccessible, car libre (« Sur le divan de Satan »). C'est ainsi que je le comprends... 

Là aussi, j’avais choisi un texte de l’auteur, dans la partie introductive. Signe que la même conscience littéraire qui passe dans une chronique nourrit l’écriture poétique. Jean-François Migaud (« Après »), se transporte dans l’infini du temps, après (lui, nous, quand nous ne serons plus) et pense le vent, les arbres et les visages autres qui peupleront, ici, ce temps d’après de notre absence. L’inaccessible est double, alors. Temps lointain aux limites du temps. 

Je suis intriguée par le poème de Pascal Mora, « Crèche suburbaine ». Une contemplation. Éloge de la vie, comme vue du « dessus », par le regard du Bouddha. Il y a tout : le germe, le bois, le souffle. « Nous sommes des âmes dans ces corps », et tout est connecté, même les rêves. Plus on lit plus le tableau se met en place, l’inaccessible est ailleurs… Il faut relire.

Dany Moreuil sait le langage du corps et comment dénouer les pièges du mental obsédant en se posant dans le coeur, centre, ou en faisant danser. Si le bruit des mots cesse, le silence est possible. Être ?

Rose-Marie Naime aborde ce mystère de la mémoire qui fait surgir un mot. Transmission. Et l’autre mystère, ce qui fait rater le passage vers ce qui devient alors l’inaccessible.

Bernard Perroy, c’est le sens de la lumière qui traverse corps et yeux, mais qu’on ne sait pas vraiment encore, ni en soi ni en l’autre.

Suivent des lectures, et des textes de voyages.

Au fil des pages, envie de prolonger des découvertes, vers certains livres… 

J’ajoute deux citations... 

 "Le vent parlera-t-il encore aux peupliers,

  Peuplera-t-il 

  Les arbres de visages ?

  Qui déchiffrera les messages

            Après ?"

   Jean-François Migaud, "Après"

et

"Quel miracle m’a fait naître

  A ce monde ancien ? 

(…)

  C’est le rayon qui fait croître

  C’est la racine qui connaît le profond 

  C’est le bois qui voyage dans les siècles."

          Pascal Mora, "Crèche suburbaine"

.... 

LIENS... 

Page de l’édition... http://lenouvelathanor.com/revue-les-cahiers-du-sens 

Commandes, chez l’éditeur, en ligne ou par courrier (voir sur le site, page de la revue, lien ci-dessus).

Et à Paris, dépôts à L’Autre Livre librairie… https://www.lautrelivre.fr/pages/editorial 

....

© Marie-Claude San Juan

23/05/2017

Islam et islamisme... Distinguer.

« Comment dénoncer l’islamisme sans servir les causes malveillantes du rejet des autres en Occident et ailleurs ? Comment proclamer l’altérité comme lieu de réflexion entre les jérémiades du Sud et les indifférences sophistiquées du Nord ? Comment dénoncer et dire ? Comment appeler à résister au Mal, à traquer en soi ses signes escamotés sous le prétexte de la communauté, de la religion ou de la spécificité culturelle, sans tomber dans l’offre de service aux radicalités d’en face ?  Comment écrire sans être sommé ? » 

                     KameL Daoud (Introduction au recueil de ses chroniques 2010-2016, "Mes indépendances", Barzakh / Actes Sud 2017).

Il est extrêmement important de distinguer l'islam (la religion de croyants qui ne sont pas des idéologues mais seulement des gens qui accordent une place à la spiritualité dans leur vie, en fonction de la culture transmise) et l'islamisme (construction idéologique et politique à visée totalitaire). Si on crée la confusion on stigmatise des gens qu'on voue ainsi à l'enfermement identitaire (et, pour les plus fragiles psychologiquement ou socialement, à une possible radicalisation). "Aimer" ou pas une religion ou les religions n'est ni de l'ordre d'une pensée politique ni une démarche laïque authentique. La séparation des églises et de l'État que définit la loi de 1905 n'exige ni amour ni détestation : juste de la vigilance et de la rigueur. Ce n'est pas la droite en tant que telle mais les extrêmes droites qui rejettent l'islam (et englobent les êtres dans leur détestation qui devient alors une forme de racisme) : le FN, les identitaires, des associations comme Riposte laïque. De même la complaisance à l'égard des islamistes a pour origine les analyses erronées non de la gauche mais des extrêmes gauches (aveuglement ancien qui date de la guerre d'Algérie et se poursuit aussi dans certains réseaux pro-palestiniens univoques et antisémites). La gauche a suivi (pas toujours) du fait d'un malaise néocolonial qui est dans certains cas un alibi. Enfin, l'anticléricalisme est une chose, mais "ne pas aimer les religions" n'est pas un marqueur de gauche (il y a des croyants engagés à gauche, autant que d'incroyants - même si ce terme de "croyants" n'est pas vraiment adapté car réducteur : des individus pour qui la spiritualité est part intégrante de leur vie, dans une religion ou hors de toute structure religieuse). Les marqueurs de gauche sont l'action pour la justice sociale, le respect de la liberté de conscience et de l'intégrité de la personne, des valeurs s'exprimant notamment par des refus (abolition de la peine de mort...). Les confusions produisent aussi des totalitarismes (et cela commence par le choix des mots) ; les pièges sémantiques deviennent des pièges dialectiques. Sur la question des religions... le stalinisme a érigé l'athéisme en "religion" de remplacement : ce n'est pas un modèle à suivre. La nature du totalitarisme se définit par une emprise sur la conscience des individus, en fonction de ce que le pouvoir du moment croit être la juste manière de penser, croire, ou ne pas croire. Les dictatures islamistes imposent de croire à leur manière, l'Inquisition catholique le fit aussi, avec la même violence, mais le stalinisme imposa tout aussi violemment de ne pas croire...

 

20/02/2017

Des ombres et des polémiques... Des mots et d'autres mots... Colonisation...

mms_img834840233.jpgAgitation générale autour de déclarations et de retours (parfois confus) sur les mots prononcés par Emmanuel Macron. Articles, émissions, notes, posts et commentaires sur Facebook ou ailleurs. A force de constater n’être d’accord avec personne, et agacée par beaucoup : trop de passions, de projections, de peurs (diverses), de pièges identitaires (de tous côtés…) j’ai réagi, là ou là, d’abord décidée à ne rien faire d’autre (c’est lassant, à force…). Mais tant pis, besoin de faire la synthèse de ma réflexion. Et cela donne cette page, à laquelle j’ajoute des liens vers des articles, qui permettent de revenir sur les notions, et sur le contexte de la polémique, mais aussi sur l’Histoire, en nuançant les positionnements... 

La photographie que je choisis d’associer à cette réflexion a été prise dans l’arrière-salle d’une galerie. Porte vitrée, des gens qui se pressent, ombres superposées. J’ai immédiatement pensé « présidentielle », d’instinct. Des candidats, ombres au sens où on cherche à définir les pensées et les stratégies, et à déchiffrer les parts d’ombre. Ombres qui renvoient aux inquiétudes, doutes, questions. Et de ces ombres plurielles, une sortira, on ne sait laquelle… 

COLONISATION, CRIMES de guerre ou crimes contre l'humanité (et crimes de qui?)... 

… Le terme "crimes contre l'humanité" est inadéquat si on en parle pour la colonisation en général (criminelle effectivement, mais par le statut de domination, par le vol de la terre, et par la violence de la conquête) car cela désigne des crimes précis et définis, particulièrement déshumanisants, commis par des individus ou ordonnés par des gouvernants. (Les procès contre les horreurs nazies, ainsi, ont concerné des personnes précises responsables de décisions ou d'actes criminels). Au sujet de la guerre de colonisation, de l’Algérie mais pas seulement de l’Algérie (et de celle de et contre l'indépendance) on peut parler de crimes de guerre, et dans certains cas de crimes contre l’humanité (massacres, assassinats, torture, déportation) : il y en eut, cela ne peut être nié. De la colonisation on peut (on doit) dénoncer le système global, le fait même que cela ait cru être légitime dans la tête de gouvernants, et les abus que cela entraîne, mais on ne peut qualifier un système, aussi condamnable soit-il, comme on peut qualifier des faits criminels précis dans ce cadre.

… Sachant que c'est cependant une réalité universelle et ancienne (le monde entier est le résultat de colonisations successives et diverses). Et le Maghreb entier en est un, colonisation arabe de peuples berbères, par la guerre au départ, diffusion de la religion et de la langue des dominants. Et de même la France a une culture, au sens large, et une langue qui est héritée de l'occupation romaine. L'Espagne a été colonisée par des pouvoirs arabo-berbères pendant des siècles (et cela a bien commencé par une guerre avec ses violences, même si le mythe édulcore la réalité, complexe, avec ses horreurs et ses partages interculturels, ce qui est le cas de toutes les colonisations). L'actualité débat (ou oublie de le faire, suivant les cas), encore, de faits coloniaux divers (Moyen-Orient/Israël/Palestine, Tibet/Chine, partie de Chypre/Turquie... etc.). 

… Les pays doivent faire retour sur leur histoire, mais sans la ressasser indéfiniment et sans en faire objet de stratégie (ou de campagne électorale - ou d'instrumentalisation pour dominer en utilisant les passions et les rancoeurs). Retour complet sur l'Histoire (il manque l'ouverture des archives algériennes pour que ce travail se fasse historiquement de manière complète, notamment.  Et du côté français il manque le courage de la métropole, à travers son gouvernement, pour assumer réellement les responsabilités françaises passées, au lieu de s'en débarrasser en les projetant sur les Pieds-Noirs dont la majorité est issue d'immigrés qui n'étaient pas Français au moment de la guerre de colonisation...Du côté de certains Pieds-Noirs (pas tous...) il manque le retour critique sur des erreurs d'analyse et la compréhension, à temps, de l'évidente nécessité de l'indépendance (et des manipulations de certains politiques extrémistes). Il manque aussi le refus de croire devoir défendre une France mythique en s’identifiant à ses décisions et actes de pouvoir (quand c’est l’État français qui est mis en question, pas un peuple majoritairement d’origine immigrée - et donc absent de la décision de coloniser et de la guerre de colonisation : car le croire c’est obéir aux injonctions d’une métropole et d’un État qui n’assume pas son passé et le projette sur un pratique bouc émissaire, en occultant, par exemple, la lourde responsabilité d’un François Mitterrand…) 

… Que devons-nous faire maintenant? Dépassionner les débats. Sortir (tous) des remuements victimaires (abus du colonialisme ou douleur de l'exode et des traumatismes dus au terrorisme et aux disparitions). Car on remue des émotions qui minent, et nous piègent, au bout du compte (pas de suivi psychologique dans les années de ces drames humains). Donc faire individuellement et collectivement un travail de guérison. Parce que que le monde va mal, que les extrêmes de tous bords (politiques ou religieux) cherchent à attiser les conflits et à provoquer la haine. (Et, aussi, que la planète est en danger, avec la question de la survie de l'humanité à l’horizon...).

LIRE... De Jean Pélégri, « Ma mère l’Algérie », et voir ce qu’il dit des métropoles…  De Mouloud Feraoun, son "Journal". Mais aussi, d'Albert Camus, "Le Premier homme", ses "Chroniques algériennes", et ses "Ecrits libertaires", regroupés par Lou Marin. De René-Jean Clot, "Une Patrie de sel". Et.. de Kamel Daoud, ses "Chroniques" publiées chez Actes Sud. Car il interroge toutes les consciences de toutes origines culturelles (ou religieuses), dans le but de comprendre quel présent on crée, avec la mémoire lucide du passé...

ARTICLES… 

Sur Le Monde, 16-02-17, une présentation non passionnelle des déclarations d'Emmanuel Macron, déclarations plus nuancées que ce que la polémique en fait. Même si le choix des termes pose question (voir ci-dessous ce qu’en dit Hamon, pourtant peu susceptible de faire l’éloge de la colonisation…)... http://www.lemonde.fr/election-presidentielle-2017/articl...

La position de Benoît Hamon, JDD, 20-02-17...  http://www.lejdd.fr/Politique/Hamon-sur-la-colonisation-f...

Une analyse de Pascal Blanchard, historien, La Croix, 17-02-17...  http://www.la-croix.com/France/Politique/Certaines-pages-... 

Et je suis assez d’accord avec les conclusions de cette chronique de Bruno Roger-Petit, dans Challlenges, 16-02-17. Qui replace le sujet dans l’ensemble de la colonisation française qui s’étendit en Afrique et Asie. (Je pense aux mères vietnamiennes auxquelles on arracha leurs enfants métis pour les placer dans des sortes d’orphelinats en métropole. Aux enfants réunionnais déplacés loin des leurs pour peupler une province française.). Afrique sub-saharienne et Asie, on n’en parle moins en France, car là il n’y a pas de peuple à cibler comme « responsable » et tout revient à l’armée et au pouvoir français. Clémenceau avait raison contre Jules Ferry.... https://www.challenges.fr/election-presidentielle-2017/la... 

Une opinion très critique, qui redéfinit les termes juridiquement et observe le contexte des affirmations variables. Sur les déclarations de Macron. Richard Malka (avocat), JDD, 19-02-17 : http://www.lejdd.fr/Chroniques/Invite-du-JDD/Colonisation...

Vu d’Algérie

Sur Courrier international (Algérie Focus), 17-02-17… http://www.courrierinternational.com/article/vu-dalgerie-... 

Dans Liberté, 18-02-17. Extrait et citation d’Emmanuel Macron par le chroniqueur : « “La colonisation a bel et bien comporté des crimes et des actes de barbarie que nous qualifierons aujourd’hui de crimes contre l’humanité. Pour autant, cela ne veut pas dire que celles et ceux qui vivaient en Algérie et servaient dans l’armée française étaient des criminels contre l’humanité. Car le seul responsable est l’État français”, a martelé Emmanuel Macron, en se défendant, toutefois, de vouloir être le chantre de la repentance. Il a, par ailleurs, indiqué que le devoir de mémoire de l’État français doit aussi couvrir les autres protagonistes de la guerre d’Algérie, comme les harkis et les pieds-noirs. »… http://www.liberte-algerie.com/actualite/macron-defend-sa...

Une pensée d’un militant de l’indépendance, opposant politique exilé, ensuite : Hocine Aït Ahmed (cofondateur du FLN, mort en exil)… Dans le numéro de juin 2005 de la revue Ensemble, organe de l’Association culturelle d’éducation populaire fondée à Constantine puis reprise à Montpellier il écrit le texte qui suit, comme une lettre à ses compatriotes pieds-noirs. Extraits, ici, mais je l’avais lu dans son intégralité alors : « Chasser les pieds-noirs a été plus qu’un crime, une faute car notre chère patrie a perdu son identité sociale. » Il ajoutait :« N’oublions pas que les religions, les cultures juives et chrétiennes se trouvaient en Afrique bien avant les arabo-musulmans, eux aussi colonisateurs, aujourd’hui hégémonistes. Avec les pieds-noirs et leur dynamisme – je dis bien les pieds-noirs et non les Français -, l’Algérie serait aujourd’hui une grande puissance africaine méditerranéenne. Hélas ! Je reconnais que nous avons commis des erreurs politiques et stratégiques. Il y a eu envers les pieds-noirs des fautes inadmissibles, des crimes de guerre envers des civils innocents et dont l’Algérie devra répondre au même titre que la Turquie envers les Arméniens. » Contrairement à ce qui est parfois dit dans des articles ou commentaires de cette lettre il ne parlait pas de génocide des Pieds-Noirs, évidemment, car il n’y en a pas eu (des massacres, oui, un génocide, non). Il mentionnait des massacres successifs et attentats qui avaient fait fuir les Pieds-Noirs. Le texte devrait être disponible en BNF, puisque la revue était déposée (si le document n’a pas été perdu…). Il est visible sur quelques sites, mais qui l’utilisent souvent en en déformant le sens (parler d’un sens implicite qui n’est pas présent dans la pensée d’Aït Ahmed, ou lui faire exprimer un regret de l’Algérie française, même si, oui, dans ce qu’il écrivit, il mentionna un regret de la présence des Pieds-Noirs. Il resta l’indépendantiste qu’il avait toujours été, mais en démocrate humaniste désireur d’une Algérie plurielle, non privée d’une part de ses natifs. Il voyait les Pieds-noirs comme des victimes de la colonisation et de la manière dont la décolonisation s’était produite…  Je note un lien où c’est mentionné, dans un courrier au journal Le Matin.dz : http://www.lematindz.net/news/1555-naissance-dune-associa...

L'analyse de Kamel Daoud...

Kamel Daoud, justement, réagit avec lucidité et de manière nuancée à la polémique sur les propos d’Emmanuel Macron. A la question du journaliste  sur cela il répond « J’appelle ça ‘un petit tour dans l’inconscient’». (Tout en notant que c’est « la halte algérienne » de la campagne électorale). Il reconnaît le courage de Macron, mais considère que « La France devrait chercher à faire œuvre positive au présent, et non à en chercher la trace dans le passé. »… Libération, 17-02-17... http://www.liberation.fr/debats/2017/02/17/kamel-daoud-ce... 

Kamel Daoud trouve qu’Emmanuel Macron a « rompu avec le discours habittuel » et qu’il faut « qu’il y ait quelqu’un qui tranche ». Donc il reconnaît une force à ce qui a été dit. mais aussi il pense qu’il faut une deuxième rupture, arrêter de ressasser et passer au présent…  « «Je suis partisan qu'on arrête de ressasser cette histoire. J'ai assez payé de ma vie personnelle. Je pense que la France a le droit de faire œuvre positive dans le présent, au lieu de chercher combien elle a fait de routes en Algérie par le passé». Il le dit ainsi : « L’exploitation de la colonisation de l’Algérie doit cesser. », citation reprise en titre par Le Figaro, 20-02-17… (D’autant plus qu’elle se fait sur les deux rives, cette exploitation-instrumentalisation, avec des objectifs divers, suivant les rives et les courants qui s’en emparent…)… http://www.lefigaro.fr/livres/2017/02/20/03005-20170220AR...

Et le début de sa chronique de 2013... "Malheureusement nous n'avons pas eu un Mandela en 62..."... https://bel-abbes.info/malheureusement-nous-navons-pas-eu...

.... Mise à jour... 

Et... Un peu d’humour…! Fellag : « Vous avez raté votre colonisation. Nous avons raté notre indépendance. France et Algérie sont quittes. ». Sur Algérie Focus, 24-02-17… http://www.algerie-focus.com/2017/02/fellag-avez-rate-col... 

03/04/2016

Penser ombre et lumière, sauver le sens : Abdennour Bidar et Kamel Daoud

BIDAR.png2012. Regard d'Abdennour Bidar sur des "récurrences tenaces". Et la lumière quand même… 

2015. Réflexion de Kamel Daoud. Pour que le sens (cherché, ouvert) ne soit pas pris en otage… 

Je retrouve par hasard ces deux textes en même temps. Publiés à trois ans d’intervalle, ils se croisent exactement pour se rejoindre et nous aider à comprendre ce qui est à l’oeuvre actuellement : les attaques contre Kamel Daoud et l’enjeu majeur (soutenir cette voix, la conscience, la laïcité pour la démocratie - sauver la pensée). A travers la force de cette voix soutenir aussi celle des poètes prisonniers (Arabie saoudite, Qatar…). Refuser les injonctions qui traversent les frontières, les compromissions, le silence honteux, les alliances honteuses avec l’oppression. 

Relecture de l'entretien d’Abdennour Bidar (propos recueillis en 2012, Le Monde des Religions) pour penser les attaques contre Kamel Daoud et être plus armé pour le défendre, en mesurant mieux le contexte 2012-2016 (et suite…).

« Comment sortir de la religion », entretien de 2012, donc… Mais explication par avance des racines des alliances entre sociologues et traditionalistes (ou carrément, cf. tribune des 19, entre sociologues et islamistes). Citation : « Les traditionalistes musulmans deviennent de plus en plus sociologues et certains sociologues, vaincus par leur empathie naturelle, viennent de plus en plus au secours des traditionalistes musulmans. » Cette phrase introduit sa réponse à la dernière question de l’entretien, où il précise ce qu’est cette alliance, ce qu’est le contexte (« crise spirituelle » et « sous-culture religieuse ») et ce que sont les « récurrences extrêmement tenaces et critiquables » présentes dans les sociétés musulmanes. Il évoque (en musulman et islamologue), ses fortes divergences avec Tariq Ramadan. Il parle du présent de 2012, mais ce qu’il dénonce se déroule là, en 2016, accentué, évident, plus destructeur encore, et plus assumé. Les attaques contre Kamel Daoud sont à situer dans ce qu’il dit de ce contexte de compromission intellectuelle, de dévoiement de la pensée tombée dans le piège d’une idéologie fourvoyée par complaisance politique à la domination du religieux… Alors qu’on entre dans l’ère de la fin des religions (pas de la spiritualité : des religions)… Cet entretien n’est pas un plaidoyer pour l’athéisme, rien de tel (Abdennour Bidar est plus proche d’un mystique que d’un athée, quand on le lit). Il traite de la fin de la religion (de la religion, pas de la spiritualité ou d’un rapport à la transcendance) pour penser une troisième voie, qui se situerait « par-delà religion et athéisme ». (Réflexion développée dans un ouvrage titré « Comment sortir de la religion », éds Les Empêcheurs de penser en rond / La Découverte, 2012)... http://www.lemondedesreligions.fr/culture/abdennour-bidar... 


mms_img1824734821.jpgRetour vers un texte de Kamel Daoud sur Tunisie Focus
, avril 2015… « Il faut être laïc pour sauver la religion ». Car les attaques contre Kamel Daoud veulent (en posant le soupçon de la dite « islamophobie ») donner de lui une image trompeuse (à laquelle adhèrent parfois ceux qui le défendent, soupçon d’islamophobie en moins mais confusion commune). Kamel Daoud n’est pas dans un combat contre la religion en tant que telle, ou contre les démarches de ceux qui cherchent un sens transcendant. A le lire on comprend qu’il combat les manipulations, les idéologies meurtrières, et, justement, la pollution des concepts qui permettent de penser les questions des êtres humains sur le sens et les réponses qu’ils se donnent. Il n’est pas un militant de l’athéisme, mais un penseur de la laïcité (celle, sans adjectifs, qui respecte autant  les croyants que les agnostiques ou les athées).  

CITATIONS… « Dans le monde dit ‘arabe’ c’est le ciel qui trace les frontières de la Terre et transforme les nations en nuages éphémères. C’est le nouveau siècle et les pays du coin sont des tracés sur le sable…» (…) « Le ciel s’y joue et tue l’homme qui passe ou s’y attarde. Cela se passe ainsi quand on ne sépare pas religion et État, péché et délit.» (…) « Les religieux sincères devraient être les premiers à défendre la laïcité. » (…) « Sauf que le mot a mauvaise presse, sali par ceux-là mêmes qui disent que la laïcité est un crime contre Dieu et un complot de l’Occident. Cela se comprend : l’assassin défend son masque. S’il vous dit que séparer la religion et la politique est un péché c’est parce qu’il fait de la politique au nom de la religion. » (…) « Séparer l’État de la religion sauve al religion de ceux qui la salissent et la manipulent. » (…) « Cela permettrait de libérer une religion de la prise d’otage par la violence. C’est alors que l’on parlera de l’homme, de l’amour d’un Dieu, de sens, de vision, de conviction…»... http://www.tunisiefocus.com/politique/il-faut-etre-laic-p... 

Chroniques de Kamel DAOUD, Impact24.info http://www.impact24.info/category/chroniques/kamel-daoud/ 

Articles de Kamel Daoud, Le Quotidien d’Oran, sur Djazairess… http://www.djazairess.com/fr/author/Kamel+Daoud 

Chronique régulière dans Le Point : http://www.lepoint.fr/journalistes-du-point/kamel-daoud

……….

« Cultures d’islam », Abdennour BIDAR sur France Culture, les émissions : http://www.franceculture.fr/personne-abdennour-bidar.html

Article, Abdennour Bidar, octobre 2010, « L’absence de spirituel est un problème, pas l’islam ». CITATION : « Ici en France, une laïcité mal comprise nous a fait expulser hors du champ public toute recherche en commun d’un souverain bien spirituel… Or, cette laïcité française est une chance, si aujourd’hui nous nous en saisissons pour chercher tous, avec nos musulmans, dans le respect et la compréhension mutuelle, ce qui en amont de la dignité de la personne humaine la fonde spirituellement. »... http://www.lemonde.fr/idees/article/2015/10/27/l-absence-... 

Livres d’Abdennour Bidar (en rapport avec le sujet traité ici) :

« Comment sortir de la religion », éds. La découverte, coll. Les empêcheurs de penser en rond, 2012. (Sortir de la religion n’est pas, pour lui, sortir de la possibilité de penser la transcendance, mais se libérer des instances qui imposent leurs dogmes. De même, Kamel Daoud, défendre la laïcité, valeur de liberté, ce n’est pas vouloir la disparition des dimensions religieuses, c’est refuser leur instrumentalisation politique. Ils se rejoignent dans l’exigence d’une raison lumineuse…). http://www.editionsladecouverte.fr/catalogue/index-Commen...

et...  « Lettre ouverte au monde musulman », éds. Les liens qui libèrent, 2015 : http://www.editionslesliensquiliberent.fr/livre-Lettre_ou...

10/03/2016

PROCÈS à ORAN. L’imam salafiste est condamné… Kamel Daoud gagne

LOGO artcle majeur.pngUne première en Algérie, « une première dans le monde arabo-musulman ». Et c’est UNE juge. Très fort symbole que l’Algérie offre. Une femme, jeune, portant une responsabilité forte dans un procès qui a l’attention du monde. Ceci se passe à Oran, et ce n’est pas anodin. Oran étant une ville qui a particulièrement une tradition d’ouverture, de modernité, de courage aussi. L’imam fait appel (et se répand sur les réseaux sociaux). Espérons que l’Algérie confirme cette avancée (car même si la peine n’est pas très lourde, elle fait sens). La ‘réconciliation’, qui avait valeur d’amnistie après la décennie noire, aurait pu museler la justice, et cela n’a pas été le cas. La peur aurait pu jouer un rôle (ces salafistes ayant un passé criminel qui s’associe à la terreur, et un discours qui n’a pas évolué).

Lire…

Excellente analyse d’Adlène Meddi , « Le cas Kamel Daoud, contre-enquête », middleeasteye.net, 9 mars 16. (Rien à ajouter à cela…). CITATIONS : « La jeune juge n’utilise pas le micro, malgré le vacarme qui règne dans la salle d’audience numéro 1 du tribunal d’Oran. Elle fait défiler les dossiers de sa gauche vers sa droite au rythme des énoncés de jugement en une rafale de mots portée par sa voix fluette. » (…) « C’est une première dans le monde arabo-musulman. C’est la première fois qu’on condamne à de la prison un intégriste qui a menacé de mort un intellectuel. C’est très symbolique. Une manière d’affirmer que la violence, même verbale, devrait être une ligne rouge dans les débats. » (…) « L’ascension de Kamel Daoud comme écrivain ne se fait pas sans douleur : prise au piège des polémiques en France et en Algérie, elle révèle combien, dans un contexte de tensions et de malentendus autour de l’islam, il est difficile de tenir un discours libre. » (…) «… Son indépendance fait sa force mais induit sa solitude, pour paraphraser Pasolini. / Ces gens de l’autre côté de la mer, qu’ils l’attaquent ou le soutiennent, sont dans le confort de leurs propres institutions et espaces de débats, de leur tradition des polémiques intellectuelles apaisées. Ici, Kamel reçoit tout cela seul, isolé dans un pays où le débat est un pugilat, un procès d’intention. » (…) « L’essentiel… C’est ce qui se passe ici, avec ce jugement et le combat de Kamel dans son pays, contre un régime vieux et des intégristes dangereux. C’est ici le centre. Eux, là-bas, avec leurs polémiques, sont à la périphérie. »  http://www.middleeasteye.net/fr/opinions/le-cas-kamel-dao...  

« Algérie : Kamel Daoud gagne son procès contre le prédicateur salafiste Abdelfattah Hamadache », Jeune Afrique, par Nadia Lamlili, 8 mars 16. CITATION : « Le tribunal d’Oran (à l’ouest d’Alger) a rendu ce matin 8 mars son verdict sur le procès opposant l’écrivain Kamel Daoud au prédicateur salafiste, Abdelfattah Hamadache, leader du parti du Front de la sahwa islamique (non reconnu officiellement).  ‘’Le prédicateur a été condamné à six mois de prison, dont trois mois ferme, et à 50 000 dinars d’amende (près de 500 euros)’’, selon une source sur place. » http://www.jeuneafrique.com/308178/societe/algerie-kamel-...

« Le salafiste Hamadache condamné à la prison ferme », Algérie-Focus, par Abdou Semmar, 8 mars 16. CITATION : « Une première dans les annales de la justice algérienne. Le salafiste, Zeraoui Hamadache, dit Abdelfettah Hamadache, a été condamné, mardi matin, par le tribunal d’Oran pour 6 mois de prison, dont 3 mois fermes pour avoir demandé la condamnation à mort de l’écrivain et journaliste Kamel Daoud. » http://www.algerie-focus.com/2016/03/136187/ 

 « L’imam salafiste qui a appelé au meurtre de Kamel Daoud condamné ».. Marianne, 8 mars 16. CITATION : « L’homme (Hamadache) poursuit surtout ses activités sur les réseaux sociaux, comme le rapporte Le Monde, qui revient sur la dernière vidéo postée par cet ancien du Front islamique du salut (FIS), formation politique à l’origine des centaines de milliers de morts qui ont endeuillé l'ancienne colonie française dans les années 90. » : http://www.marianne.net/imam-salafiste-qui-appele-au-meur...

..... MISE à JOUR, 10-03-16

« Salut à Kamel Daoud », Libération, 10-03-16, par Jean-Luc Nancy. (Mais le « chapeau de Libération n’est pas bon car il déforme une phrase de l’auteur : en ajoutant un adverbe qui modifie le sens et peut même l’inverser à la lecture). Jean-Luc Nancy ne critique pas le « bruit » que ferait la « pugnacité » de Kamel Daoud : au contraire il met en relief l’opposition entre un retrait, attendu et le contraire, public, visible, fort. D'un côté l'acceptation d’une écriture qui ne dérangerait pas les censeurs, ne bousculerait pas, ou serait tellement cachée, peu lue - poésie par exemple, touchant un public qui accepte « la hache » qui brise nos limites, la glace en nous (Kafka) -  écriture qui ne ferait pas de vagues. Et  de l'autre... l’écriture qui, publique, crie la révolte et heurte les inquisiteurs (mauvais lecteurs, conformes à l’ordre qu’ils instituent en norme, aimant peu la hache brûlante des voix fortes). C’est un digne salut que celui de Jean-Luc Nancy… CITATIONS : «Pourquoi l’a-t-on fait à vous et non à tant d’autres qui ont écrit et dit la même chose ? Des Meddeb, Adonis, Benslama, Wafa Sultan, Mona Eltahawy et plus d’un, plus d’une autre dont on pourrait faire recueil sur le sujet qui a fâché de belles âmes consciencieusement postcoloniales. Je prends un seul exemple. Abdellatif Laâbi » (…) « La pensée et la poésie, ça ne fait pas beaucoup de bruit. On trouve qu’il ne faut pas être trop bruyant. » (…) « Mais il est parfois nécessaire de fulminer. » (Et il cite un vers d’Abdellati Lâabi…)  http://www.liberation.fr/debats/2016/03/09/salut-a-kamel-...

.... MISE à JOUR, 14-03-16

Amin Zaoui, "Les faqih de Paris se réveillent", chronique sur les complices idéologiques (rive nord) des islamistes (rives sud et nord). CITATION…. « Après les attaques des islamistes du Sud et les menaces formulées par les Hamadache du bled, c’est au tour des Hamadache du Nord d’attaquer l’écrivain et journaliste Kamel Daoud. Jalousie, paternalisme intellectuel ou tout simplement illettrisme politique ? Bel et bien, les Hamadache occidentaux existent — une réalité maudite — et leurs fatwas ne cessent de pleuvoir sur les quelques têtes lumières de chez nous. Ces Hamadache occidentaux ont des odeurs, des ombres, des langues et des tribunes. Ils sont même des douktour d’universités françaises ! Les faqih de Paris se réveillent ! Oui, la France de Voltaire, Baudelaire, Derrida, Foucault, Bourdieu, Zola, Barthe… la France de la raison, elle aussi a ses Hamadache, ses faqih salafistes ! Et ils sont influents. Et ils sont écoutés ! Et ils sont propagés ! Et je suis en colère ! » Suite sur le site d’El Watan… http://www.elwatan.com/culture/les-faqih-de-paris-se-reve... 

.... MISE à JOUR, 21-03-16 :

Entretien avec Djemila Benhabib, par Walid Mebarek, El Watan, 18-03-16  : « Daoud tout comme Sansal ou Zaoui sont des phares dans l’obscurité ». / Dans son nouveau livre Après Charlie, qui vient de paraître en France (édition (H&O), Djemila Benhabib lance un véritable appel du cœur : «Laïcs de tous les pays mobilisez-vous». 

- Pourquoi avoir ressenti la nécessité de reprendre la plume après l’attentat contre Charlie Hebdo en janvier 2015, votre livre paraissant après les massacres du 13 novembre 2016 ?

« J’ai toujours été sensible à la force des idées et à la brutalité déployée pour les étouffer. Lorsque la conférence de Mouloud Mammeri a été interdite en 1980, j’avais 8 ans et j’habitais à Oran. Bien entendu, je ne comprenais pas grand-chose à cette affaire. Néanmoins, interdire une parole libre me paraissait déjà suspect. J’ai grandi dans une famille de militants de gauche entourée de militants dévoués. / Eliminer les porteurs d’espoir qu’ils se nomment Alloula, Djaout, Fardeheb, Charb, Cabu ou Wolinski m’est insupportable. Ma responsabilité première dans ces circonstances était de décrypter l’absurde et de jeter des ponts entre le «ici» et le «là-bas». L’oubli et la résignation étant la pire des trahisons. Surtout, ne pas se taire. Parler encore et toujours comme l’évoquaient Djaout et Charb. » : http://www.elwatan.com/culture/daoud-tout-comme-sansal-et... 

..... MISE à JOUR 23-03-16

Paul Berman et Michaël Walzer « contre les idiots utiles de l’islamisme ». France Culture, Brice Couturier, 23-03-16.. http://www.franceculture.fr/emissions/les-idees-claires/l...

... MISE à JOUR 25-03-16 

Boualem SANSAL. "Kamel DAOUD ou le principe de déradicalisation", Libération, 23-03-16..."La littérature mondiale a gagné une nouvelle plume en la personne de Kamel Daoud. » (…) « Un jour, il rejoindra le panthéon des grands écrivains, c’est sûr, il en a le talent. Mais voilà, le danger pour lui est bien là, il a du talent, il sait appeler les choses par leurs noms et dire où elles se trouvent, cela en fait une cible de choix. Les lanceurs de fatwas et les censeurs les plus émérites, mais aussi les seconds couteaux, les jaloux, les faux amis et les superagents de la police de la pensée, tapis dans les hautes structures de la culture et de l’information, se mobilisent pour l’abattre » (…) « L’écrivain que je suis, hyperattaqué dans son pays, sait depuis son premier roman l’intelligence et la ténacité des assassins de la liberté et de la pensée. De tout, ils font un crime, ils savent, comme pas un, lire un texte à leur manière, y trouver ce qui ne s’y trouve pas » (…) « Ce sont en vérité des fous, des sanguinaires, des tortionnaires, des lâches surtout, des malheureux, au fond, qui ont besoin d’un os à ronger pour exister, pour calmer en eux on ne sait quelle irrépressible pulsion."http://www.liberation.fr/debats/2016/03/23/kamel-daoud-ou... 

... MISE à JOUR 29-03-16 

A LIRE, un SOUTIEN, total, de Kamel Daoud, en une analyse pertinente… TEXTE signé par Paul Berman (écrivain et essayiste américain) et Michaël Walzer (philosophe, universitaire), 29-03-16. Article paru d’abord en anglais dans Tablet Magazine, traduit pour Le Monde par Pauline Colonna d’Istria. La tribune n’est pas lisible intégralement (abonnés…). Les auteurs insistent sur le double schéma qui est à l’oeuvre dans la condamnation des écrits de Kamel Daoud par des intellectuels occidentaux (intellectuels ou se disant tels). D’abord c’est un refus plus ou moins conscient de reconnaître le droit à des penseurs du Maghreb ou du Moyen-Orient de poser une vision critique sur leur propre société . (Ce qu’ils s’autorisent eux, occidentaux, de loin, mais par des critiques « confuses et réticentes »). Car le second schéma « remonte à l’époque du communisme soviétique », quand il ne fallait pas (croyait la même « intelligentsia) dénoncer les crimes du stalinisme de peur de soutenir la droite contre la gauche. Là, soutenir les intellectuels critiques du Maghreb et du Moyen-Orient  se heurte à la peur de risquer de mettre à mal la critique du colonialisme ou de donner des arguments à l’extrême droite : erreur grave car c’est l’insuffisance des analyses ou leur absence qui est récupérable par l’extrême droite et les nostalgiques du colonialisme). Ainsi, par manque de réelle rigueur, par ignorance et faiblesse de pensée, « cette intelligentsia » « pourfend les dissidents ». Au moment du stalinisme, rappellent les auteurs, « les intellectuels occidentaux n’ont réussi qu’à obscurcir la réalité soviétique », et « ils ont fini par devenir les alliés de l’oppression ». Pour n’avoir pas reconnu « que le débat politique a parfois besoin d’être complexifié », et pour n’avoir pas su « défendre les deux points de vue en même temps » (dénonciation de l’oppression soviétique et lutte contre l’extrême droite occidentale). « De trop nombreux intellectuels progressistes tombent dans le piège de cette logique fallacieuse d’hier . ». Et ainsi, « ils obscurcissent des réalités », et « ils contribuent à alimenter la haine à l’encontre de ces auteurs », les « écrivains les plus talentueux ». Enfin, « ils donnent du poids aux condamnations des islamistes ». Paul Berman et Michaël Walzer concluent en espérant que Kamel Daoud choisisse de continuer à « nous faire penser ». Lire ici le DÉBUT du texte, le passage lisible en ligne : « Les accusations dont il (Kamel Daoud) a fait l’objet représentent un phénomène inquiétant. Doublement inquiétant en réalité, parce que ces accusations obéissent à un schéma qui commence à nous devenir familier. En voici la logique : un écrivain progressiste de tradition musulmane, ou vivant peut-être même dans un pays musulman, se fait connaître. / Cet écrivain propose une critique de l’islam tel qu’il est pratiqué ou de la répression sexuelle par le pouvoir islamique (un thème majeur) ou encore une critique du mouvement islamiste. Ces critiques sont jugées blasphématoires par les islamistes et les imams réactionnaires, qui répondent de la manière qu’on leur connaît. / Dans les pays occidentaux, les intellectuels, qui se considèrent pour la plupart comme des progressistes, mènent leur propre enquête sur l’écrivain et ses idées. Ils espèrent trouver le genre de critiques confuses et réticentes qu’eux-mêmes produisent. Or, ils découvrent autre chose : des critiques plus emportées, plus véhémentes, ou plus radicales et plus directes. »... http://www.lemonde.fr/idees/article/2016/03/29/a-gauche-d... 

L’article de La Croix (par Ihsane Elkadi, Alger, 08-03-16 - et toujours en phase avec le débat actuel), déploie toute la trame des problématiques en jeu et signale les thématiques à partir desquelles Kamel Daoud  exerce sa lucidité et nous propose d’exercer la nôtre…(Texte lisible intégralement, et renvoyant aussi à d’autres pages). CITATIONS : « À 45 ans, le finaliste du Goncourt 2014 (1) n’aime pas le réel. Il l’efface par ses mots. La littérature comme espace hologramme, pour supporter les rideaux baissés dans Oran, le vendredi à l’heure de la prière. » (…) « Une plume singulière, à rebrousse-poil du consensus mou de la fin de la guerre civile algérienne. Un troc insidieux où le renoncement à l’islamisme politique s’échange contre le refus des libertés individuelles. Kamel Daoud ne comprend pas pourquoi les Algériens jouent à se contraindre autant dans la bigoterie sociale alors qu’ils ont résisté au diktat des barbus. Et comme le pouvoir autocratique et affairiste des années Bouteflika est la première cible de la tornade Daoud, tout le monde en prend pour son grade… » (…) « Comme son alter ego Chawki Amari, écrivain de talent chroniqueur à El Watan, ou Dilem, le caricaturiste « habité » de Liberté, Kamel Daoud incarne l’épopée de la presse algérienne insoumise. » (…) « Kamel Daoud a creusé son sillon durant de longues années dans la poussière de sa ville. Il a la légitimité de la terre et du temps. Et ne veut pas le perdre. » http://www.la-croix.com/Culture/Kamel-Daoud-plume-coeur-p... 

... MISE à JOUR 30-03-16. Chronique publiée, qui est une analyse de grande profondeur. Regard bilingue, pensée que la lucidité écartèle... CITATION. Chronique de Kamel Daoud, « Le bilinguiste et la surdité », 30-03-16… « Lectures du temps et du sang : l’actualité de la semaine est dans la routine du 11 septembre permanent. Cette fois à Bruxelles. Explosions, photos, morts, vidéos, arrestations, analyses et appels. Le calme du tueur tétanise et terrifie plus que le cadavre du mort. Le monde tourne en rond autour d’un néant nouveau. Le plus étrange pour un bilinguiste assis au sud du monde, entre le Français et la langue arabe, c’est de lire les réactions dans les deux mondes. Non pas à travers les spécialistes du «Sud » et le bilinguisme des académiciens « arabes » installés en Occident, un peu trop raffinés, trop désincarnés, amoureux des âges d’or et des accointances qui prouvent l’échange de civilisations, mais à travers le bilinguisme de chair et de terre. Des lieux et des mots des autres et des siens, dans les papiers des journaux et internet et dans les discussions de café. Quand à la fois vous êtes francophone par envie et arabophone par généalogie et curiosité, et que vous pouvez prêter l’oreille et le cœur de part et d’autre. » Suite en ligne… http://www.impact24.info/le-bilinguiste-et-la-surdite/ 

... MISE à JOUR 04-04-16... NETTES PAROLES D’UNE FEMME, Chahdortt Djavann, contre les auteurs de la tribune des 19… Un soutien nocturne, pour Kamel DAOUD…  / L’ouvrage « Les putes voilées n’iront jamais au paradis », de Chahdortt Djavann, était au programme d’une émission,  « Au fil de la nuit », émission culturelle, lundi 4 avril, soir tard (TF1). / Pour conclure, après voir parlé du sujet du livre, question de l’animateur, Christophe Ono-Dit-Biot, à Chahdortt Djavann, sur ce qu’elle pense des attaques venues d’occidentaux contre Kamel Daoud. (On sent que l’animateur - qui se situe là à l’opposé des signataires de la tribune hostile, les 19 - pose cette question en écho aux réflexions précédentes, à propos du livre, questions sur la place de la femme, et sur l’hypocrisie dramatique qui aboutit à la mort pour des prostituées, qui existent, sont utilisées, mais sont niées jusqu’à être tuées… Car le sujet est le même : ce que dénonce Kamel Daoud, ce livre le dénonce aussi. Voici la réponse de Chahdortt Djavann (de mémoire, mais sans trahir la pensée, à écouter en replay, c’était vers la fin de l’émission) : « C’est le pire racisme, c’est la première fois dans l’humanité, dit-elle, que des gens osent critiquer ainsi quelqu'un qui parle de religion de l’intérieur de sa culture » (Elle rappelle comment Voltaire et les penseurs des Lumières étaient critiqués, attaqués, au sujet de la religion, mais par des gens de leur propre culture, pas par des gens d’ailleurs prenant le parti des inquisiteurs). Elle ajoute « Bien sûr il ne faut pas essentialiser ,mais ne pas reconnaître que le rapport à la femme dans dans les pays d’islam n’est pas le même que dans les pays de culture chrétienne, ne pas reconnaître cela c’est de la collaboration. » L’émission Au fil de la nuit , lien: http://lci.tf1.fr/au-fil-de-la-nuit/ 

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RAPPEL. Information sur le collectif algérien de soutien. Article d'Hebib Khalilhttp://khalilhebib.over-blog.com/2016/02/kamel-daoud-tire...  

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Voir aussi les notes des 16, 21 et 27 février 16, 1er mars 16, 3 avril 16. Dans ces notes, texte, citations, et liens (revue de presse, articles et pages en ligne)... 

« Kamel Daoud, voix essentielle », 16-02-16 : http://bit.ly/1OGBTfh

« Lire Kamel Daoud, soutien, suite… », 21-02-16: http://bit.ly/1LODwaQ 

« Pour Kamel Daoud. Sur un texte de soutien », 27-02-16 : http://bit.ly/21EzGsn

« Contre les chiens de garde de la fatwa », 01-03-16  http://bit.ly/1TRXedC

« Penser ombre et lumière, sauver le sens » : Abdennour Bidar et Kamel Daoud »,  03-04-16 : http://bit.ly/1pVDE3L

Et ajout (février 2016)d’une dédicace supplémentaire au texte repris en note le 18-12-15. « Poème pour dire » (texte MCSJuan). Dédicace qui précède des exergues, puis le texte : http://bit.ly/1Tgz1hq

01/03/2016

CONTRE les "chiens de garde de la fatwa, déguisés en chercheurs". Réflexion, et lecture de la tribune de Pascal Bruckner

mms_img1203484475.jpgSoutien de Kamel Daoud, suite...

Car... "A nous de décider quel monde nous voulons" (Kamel Daoud, Courrier international, 09-01-15 : http://bit.ly/1BLvE7G )

Et car... « Ces dernières décennies, le monde dit musulman vit, à travers les propagandes islamistes, une surexcitation de ces codes sexués patriarcaux que la charia entérine. En désignant la liberté sexuelle comme le point crucial de la culture occidentale, l’islamisme identifie les droits des femmes et des homosexuels comme les pires fléaux d’une « occidentalisation » qui détruirait l’identité islamique. La mixité et l’autonomie des femmes sont aussi présentées comme sources de corruption sociale et de désordre. Dans cette optique, la prescription du voile, garant de la pudeur, et des conduites inhérentes à respecter confère d’emblée aux femmes non voilées un caractère impudique. » Chahla Chafik  (Le Monde, 15-01-2016.

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"Le Monde" a récidivé, en ouvrant une page (partagée) à une des signataires de la tribune hostile à Kamel Daoud (qui reprend les mêmes slogans donnés pour de la pensée… et ne comprend toujours pas ce qu’a écrit l’auteur que ces inquisiteurs accusent de tous les maux). Et en titrant, de manière choquante, « Peut-on critiquer Kamel Daoud? » (Pourquoi ne pas titrer « A-t-on le droit d’appuyer les fatwas contre les auteurs libres? » ou « A-t-on le droit de lyncher avec des mots hypocrites les penseurs qui nous dépassent? » ou « A-t-on le droit d’être les complices complaisants des islamistes? A-t-on le droit d’être des collaborateurs? »)

De quoi s’agit-il? Un auteur, chroniqueur et écrivain (qui depuis des années porte sur la société, les mentalités, les intégrismes, un regard d’une grande lucidité) a réagi à un fait dramatique, l’agression de femmes, à Cologne, par des hommes venant de pays arabo-musulmans (ce que l’enquête a démontré, mais que l’on savait dès les premiers témoignages, malgré le silence gêné d’officiels). Réagir à l’actualité, c’est le travail des chroniqueurs. Tenter de comprendre les causes des faits, de décrypter le réel, c’est du journalisme. 

Des agressions sexuelles? oui, ce fut le cas.

L’ identité des hommes? Oui, ce que disent les faits, les témoins, puis l’enquête, cela conforte le questionnement de Kamel Daoud. Pays, culture, appartenance à un ensemble déterminé par des codes machistes légitimés par des justifications se référant à une interprétation rigide de sources religieuses (ou un dévoiement inventant des règles que les sources ne confirment pas…).

Réelles agressions, occultées par les auteurs de la tribune qu’elles dérangent moins que le fait de les analyser et questionner, apparemment. Le crime de l’auteur est de refuser le déni. Et comme le déni est ce qui remplace la pensée pour les censeurs, il faut condamner celui qui le refuse.

Pourtant il n’y a pas  que Cologne. Le wahhabisme s’étend, là où il a le pouvoir les femmes sont soumises à l’effacement derrière les voiles qui masquent corps et beauté (car autrement les hommes ne sauraient résister aux pulsions?) et à des interdits, une soumission. Le voile sert aux salafistes de marque et d’affiche, et la notion de « pudeur » d’occultation à tout vécu de la sexualité qui ne soit d’emprise.

Il n’y a pas que Cologne. Mais, aussi, il n’y a pas que Kamel Daoud qui interroge et dénonce ce qui doit être interrogé et dénoncé. Pourquoi tant de hargne contre lui? Ce n’est pas seulement pour la grande qualité de son écriture (que les inquisiteurs n’ont pas l’air de savoir apprécier). Ce n’est pas seulement pour sa notoriété. 

Serait-ce parce qu’ils sont dérangés par la grande complexité de sa pensée? Justement? Complexité qui, notamment dans cette chronique sur Cologne, lui faisait renvoyer dos à dos les fantasmes des uns et des autres, les peurs des uns contre les peurs des autres. Ou, autre page, autre jour, dénoncer « les » intégrismes (« L’intégriste universel »). S’il n’accepte pas les pièges de la victimisation jouée et surdouée, qui évacue toute responsabilité, il n’accepte pas plus les pièges d’une idéalisation fausse des réalités occidentales. L’acuité du regard, Kamel Daoud l’exerce sur tout. 

Serait-ce à cause de cette fatwa? Par un désir inconscient de complaire aux salafistes? A moins que ce soit plus que complaire, et plus qu’inconscient? 

Ou, calcul stratégique qui aurait été impulsé par un courant idéologique qui sait infiltrer et capter des passeurs de message, serait-ce parce que, fragilisé par cette fatwa, il est une cible idéale pour ensuite décourager les autres auteurs. (Chroniqueurs, blogueurs, journalistes divers, romanciers, poètes ou philosophes?) On commence avec celui qui est le plus en vue, primé récemment encore (et on se saisit de ce moment, peut-être pas par hasard…), avec l’intention de continuer ensuite avec d’autres. 

Ou…? Je cherche, je réfléchis, depuis plusieurs jours, lisant les réactions des uns et des autres, tous ces soutiens qui sont de plus en plus nombreux. Et je me demande s’il n’y a pas quelque chose qui est de l’ordre du racisme, même si des signataires s’appuient sur leurs noms pour revendiquer une appartenance à l’univers culturel de l’auteur. Le racisme qui est ressenti devant celui qui échappe aux catégories, dont vous craignez qu’il vous ressemble au point que vous ne sachiez plus vous différencier. Kamel Daoud, lui, est très clair. Il est et se dit Algérien, totalement, avec amour pour la terre native et les êtres qui la peuplent. Il en prend toute la culture héritée, ne faisant pas profession d’athéisme. Il a choisi d’écrire en français, comme beaucoup (cette prise revendiquée par le grand Kateb Yacine). Et son esprit saisit le monde autant que le lieu. Son écriture produit des « chroniques algériennes », mais son art rejoint l’universel. Une conscience qu’on ne peut enfermer dans une case, et qui gêne le désir qu’ont certains de se mettre dans de confortables cases conformes : la victime éternelle de l’Histoire coloniale, le croyant toujours stigmatisé, l’antiraciste vigilant (ou qui croit l’être,antiraciste), l’ami « des » musulmans (qu’il confond souvent avec les islamistes, mais…), l’intellectuel (ou croyant l’être car bardé d’éventuels diplômes ou titres) professant le multiculturalisme (mais en fait le mono-culturalisme pluriel tel que défini par Amartya Sen), l’identitaire qui ne sait pas qu’il l’est (mais il l’est : obsédé par l’appartenance, l’origine, la fidélité aux frontières et aux normes dictées).

Oui, racisme sans doute. 

Et peur. Car Kamel Daoud interroge autant les conforts et failles de l’impensé européen (machisme miroir qui refusait de voir du viol là où il y avait viol) que les failles dans ce qu’il dit de son monde d’autre bord de mer. Secousse sur deux rives. 

Si de telles questions viennent d’Algérie, l’onde de choc qui se prolonge peut déchirer bien des certitudes. Et les « sociologues », enfermés dans leurs systèmes, être perdus sans leurs cadres repères. C’est leur statut aussi qu’ils défendent. Leur échec à savoir penser ce qu’un écrivain peut formuler avec d’autres mots et concepts que ceux que leurs schémas ne savent pas saisir. 

Ce que l’exigence de lucidité de Kamel Daoud provoque, c’est un questionnement sur le rapport de la société avec le féminin (plus que le rapport féminin-masculin seul), de manière universelle. Et aussi de la société avec la pensée et les frontières artificielles entre domaines de compétence. La force d’écriture d’un auteur dépasse en rigueur, par son art, les productions dites universitaires. Parfois une chronique vaut plus que certains livres lourds de pages et de certitudes. 

La flamme d’un style contre la glace des intégrismes (même coiffés).

Pour que l’intelligence ne soit pas marquée d’illégitimité…

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Et donc, j’ai lu, aujourd’hui, la tribune de Pascal Bruckner, qui oppose sa lecture des faits et sa perspicacité à l’obscurantisme déguisé en maîtrise. Soutien affirmé de Kamel Daoud. Affirmé et argumenté.

Le titre pose les points sur les « i »… Fatwas. Le « s » associe les signataires (et la récidive individuelle de l’une d’entre eux) à la monstruosité de l’appel du salafiste vouant la pensée à la mort. Car c’est effectivement du même ordre.

« Défendons les libres-penseurs contre les fatwas de l’intelligentsia », est donc le titre (papier) de cette tribune de Pascal Bruckner, dans Le Monde daté 2 mars. Sur le site le complément (« venus du monde musulman ») correspond bien au contenu du texte… (même si la notion de « monde musulman » masque la pluralité des mondes dits de l’islam - où, d’ailleurs, tout n’est pas « islam »… malgré les injonctions de forces dominantes - et où « islam » recouvre des réalités plurielles aussi). 

« Comment faire taire une voix originale ? », dit-il, « Par deux moyens : la menace physique, d’un côté, le discrédit moral, de l’autre. »

Si, insiste-t-il (à juste titre), Kamel Daoud a évoqué la misère sexuelle, la frustration, « Il n’est pas le premier à proposer une telle lecture : de Tahar Ben Jelloun à Fethi Benslama, nombreux sont les écrivains ou psychanalystes, originaires d’Afrique du Nord, à avoir mis en lumière la misère sexuelle, la relégation des femmes, l’interdit de l’homosexualité dans le monde arabe. ». Mais lui, note-t-il, a appliqué sa réflexion aux agressions de Cologne. C’est concret, c’est ici, c’est tabou. Donc : « Il s’agit de lui fermer la bouche en l’accusant de racisme. » Et « Avec cette pétition, on n’est pas dans le débat intellectuel, parfaitement légitime, mais dans la démonologie. » Pour supprimer de l’horizon, de manière inconsciemment magique, ce qui est insupportable car très grave, « il ne faut pas en parler »… « il ne faut rien en dire ». Comme si ne pas nommer avait pouvoir d’évacuer le réel dérangeant... « Une sorte d’interdit pèse sur l’interprétation. » 

Pascal Bruckner porte l’attention sur une inversion de la prise en compte des faits. Se soucier des personnes agressées portant l’attention sur la violence des hommes et leur identité, il ne faut pas le faire : donc se taire est le choix de ceux qui dénient à Kamel Daoud le droit de dire, questionner, analyser des… faits. Non, il faut se soucier plutôt de l’image que cela donnerait des cultures auxquelles ils se rattachent, disent implicitement les censeurs. Et du religieux, dont la présence est dominante. Parler du religieux, là, c’est forcément, explique Pascal Bruckner, être accusé d’islamophobie (ce qui a été fait dans leur tribune pétitionnaire) : « Voilà donc, le terme d’islamophobie, ce mot du vocabulaire colonial du XIX ème siècle, transformé en arme de guerre idéologique par les mollahs de Téhéran en 1979, à nouveau utilisé comme instrument de censure.» Censure, visant les intellectuels au-delà de Kamel Daoud  : « C’est toute la nébuleuse critique de l’intelligentsia franco-maghrébine qui est visée par les pétitionnaires. »

Et, là, Pascal Bruckner fait le lien avec la période stalinienne, où les tabous étaient aussi violents, où l’on désignait comme traîtres réactionnaires ceux qui osaient critiquer l’URSS, alors intouchable au regard de communistes suivistes… Une certaine gauche ne supporte pas de voir ses illusions percées à jour. (Je dirais, pour ma part, une gauche qui frôle l’extrême droite…).

Il dénonce aussi ce qui relève, dit-il, d’une sorte d’apartheid intellectuel (on ne reconnaît pas à l’intellectuel algérien, maghrébin, le droit de critiquer sa propre culture). Le regard critique sur soi étant un privilège d’européen : « mépris néo-colonial masqué sous la défense de l’islam ». Pascal Bruckner regrette qu’au lieu d’aider les penseurs dissidents à « combattre le fanatisme», les intellectuels soutiennent « les pouvoirs dominants » et « cautionnent »... la « bigoterie religieuse en cours » : « trahison des clercs », encore… 

Contre les « chiens de garde de la fatwa, déguisés en chercheurs » (titre de la note emprunté à cette citation),  Pascal Bruckner en appelle à ceux qui sauront « appuyer ces voix divergentes » : « Il n’est pas de cause plus sacrée ». I agree…! Car l’enjeu est de taille, pour la paix, pour la démocratie, pour le bonheur et l’intelligence des individus. Lien vers le texte (non lisible intégralement…), Le Monde, daté 02-03 : http://www.lemonde.fr/idees/article/2016/03/01/defendons-...

........ MISE à JOUR, 03-03-16 :

Chronique de Kamel Daoud « Mes petites guerres de libération ». Il explique son rapport à l’écriture, ses décisions : « «En règle générale, je n'aime pas parler à la première personne. Le « je » est un abus. Encore plus chez un journaliste. Cela me gêne comme une carapace ou un maquillage. Cela me rappelle ces egos démesurés qui croissent chez les « engagés », les militants, les intellectuels ou chez les bavards. Ecrire est une exigence de la lucidité et cela impose de s'effacer. Au « je », je préfère l'artifice de « chroniqueur ». Un statut d'administrateur de la métaphore. Cela me permet d'écrire tout en gambadant, libre, derrière les mots. Cela donne de l'importance à l'Autre. Laisser courir un vent. Ouvrir une fenêtre sur une poignée de main. Ecouter et rester un peu immobile pour voir surgir l'inattendu dans le buisson des verbes. Exprimer des idées sans les alourdir par son propre ego.   http://www.lequotidien-oran.com/?news=5225706

Plainte de Kamel Daoud contre le salafiste auteur de la fatwaProcès. Six mois requis (justice). Décision le 8 mars  http://www.lecourrierdelatlas.com/1097201032016Affaire-Da... 

« Haro sur un écrivain révolté », par Anne Hamidou, 23-02-16  http://www.lemonde.fr/afrique/article/2016/02/23/kamel-da...  

Marianne, 01-03-16. Sur la troisième intervention de Fawzia Zouari (sur France Inter le 1er mars, après des chroniques de soutien à Kamel Daoud parues dans Jeune Afrique et Libération - liens posés ici (note du 21-02, l’une, du 27-02, l’autre) : http://www.marianne.net/kamel-daoud-est-victime-fatwa-lai...

Tribune de Manuel Valls : https://www.actualitte.com/article/tribunes/en-soutien-a-... 

André Comte-Sponville. Pourquoi philosopher quand… « N’aurait-on pas le droit d’être…? ». L'Express  http://www.lexpress.fr/actualite/societe/andre-comte-spon... 

Et, Franck Crudo, "Le politiquement correct, l’islam et moi", http://www.causeur.fr/comte-sponville-islam-politiquement...

Note blog de Sébastien Fath, 01-03-16 (laïcité, protestantisme) : « Kamel Daoud, défaite du débat et misère de la sociologie française » : http://blogdesebastienfath.hautetfort.com/archive/2016/03...

Réaction de la Licra (Pas vu d’autre intervention d’associations antiracistes pour l’instant): http://www.licra.org/quels-mots-face-aux-maux/ 

Communiqué signé par Cherifa Kheddar, Blida, Présidente de l’association " Djazairouna" des Familles Victimes du Terrorisme Islamiste, et Huguette Chomsky Magnis, Paris, Secrétaire générale du Mouvement Pour la Paix et Contre le Terrorisme (MPCT). « Solidaires de Kamel Daoud, solidaires de toutes les femmes victimes de violences sexuelles, solidaires de toutes les victimes du terrorisme islamiste » : http://www.mpctasso.org/spip.php?article1484

Texte de Myriam Ibn Arabi, publié par Virgil Brill, (blog) https://blogs.mediapart.fr/virgil-brill/blog/220216/aux-o... 

Additif 9 mars 16. Réaction de Tahar Ben Jelloun  http://www.le360.ma/fr/blog/le-coup-de-gueule/affaire-kam... 

............... Mise à jour 04-03-16

Entretien avec Lydia Guirous, qui situe le contexte idéologique de la polémique…. Les faux débats  et les attaques s’inscrivent dans le cadre d’une lutte où le fondamentalisme trouve des complices. Lydia Guirous dénonce les pièges et dit les enjeux. « L’islamisme c’est le nazisme du XXIème siècle ». par Lydia Guirous, L’Écho, Belgique, 02-03-16. Citations : « Nous avons une gauche da­van­tage sou­cieuse d’évi­ter les ac­cu­sa­tions d’is­la­mo­pho­bie que de condam­ner le fa­na­tisme is­la­mique. C’est triste pour la France et c’est in­dé­cent pour toutes les vic­times. » (…) « Les ac­com­mo­de­ments rai­son­nables ont mené à l’échec de l’in­té­gra­tion. Quant au voile, il n’est rien d’autre que le sym­bole de la sou­mis­sion et de l’in­fé­rio­rité de la femme. Le com­mu­nau­ta­risme re­li­gieux est le ter­reau de la ra­di­ca­li­sa­tion. Or, par quoi passe le com­mu­nau­ta­risme re­li­gieux au­jour­d’hui? Par le pro­sé­ly­tisme. Et quels sont les ou­tils de ce pro­sé­ly­tisme? Ce sont les signes os­ten­ta­toires re­li­gieux: voile, burqa, niqab, etc. Ces at­tri­buts sont de­ve­nus le sym­bole du refus d’un mode de vie, de toute forme d’in­té­gra­tion. » (…) « On a fait preuve d’un aveu­gle­ment et d’un ro­man­tisme ef­frayant. L’is­la­misme, c’est le na­zisme du XXIe siècle. » https://m.lecho.be/economie_politique_europe_general/L_is...  

Les deux articles qui suivent illustrent ce que Lydia Guirous explique…

« Manuel Valls, merci pour Kamel Daoud. / Le Premier ministre a frappé fort. Plenel n’a pas apprécié », Causeur, 03-03-16. Dans cet article, Marc Cohen met en question le positionnement d’Edwy Plenel (symbolique d’un aveuglement) : http://www.causeur.fr/manuel-valls-kamel-daoud-edwy-plene... 

Mohamed Louizi, lui, va plus loin en pointant des liens qui lui semblent faire sens : https://blogs.mediapart.fr/mohamed-louizi/blog/110615/med...

27/02/2016

Pour Kamel Daoud. Sur un texte de soutien...

mms_img-2007196497.jpgIslamophobie?

« Quel islam pour quelle phobie ? L'islam de Médine ou l'islam de la Mecque ? L'islam soufi ou l'islam de Daech ? L'islam de Sayyid Qutb ou celui de Mahmoud Taha ? L'islam qui lapide ou l'islam d'Averroès ? L'islam de Mohammed Arkoun ou l'islam des ténèbres ? / N'a-t-on pas le droit de chercher à saisir la frontière qui sépare l'islam de l'islamisme, de comprendre comment l’islamisme se transforme en terrorisme ? »

Karim Akouche, chronique, Marianne, 26-02-16http://bit.ly/1T5aqvJ 

……………………………………………………………………………

Les 19 inquisiteurs (la tribune polémique…) osent parler "d'islamophobie" au sujet de Kamel Daoud, ce qui n'a pas de sens et démontre à quel point la notion est utilisée de manière perverse par des gens qui ont traversé la frontière qui sépare la lecture critique (droit que personne ne conteste, si c'est argumenté et fondé) du procès idéologico-religieux. Ils ont aussi traversé la frontière qui sépare le refus éthique de toute discrimination sur la base de l'ethnie ou de la foi et l'hystérisation fanatique de lois communautaires (interdiction de penser autrement que ce qu'exige de nous la norme des appartenances ethniques et religieuses, ou supposées religieuses). C'est poser un interdit sectaire, et refuser la liberté de conscience, droit humain s'il en est, dans la totale confusion. Ces gens devraient lire Amartya Sen…  

J'apprécie beaucoup le passage de l'article où Karim Akouche, en renvoyant un questionnement au sujet de ce soupçon diffamant "d'islamophobie", demande de quel Islam ils parlent. Car on ne peut certainement pas mettre sur le même plan, et derrière le même mot, l'islam lumineux des soufis (dont tous nous pouvons nous nourrir pour grandir en humanité), l'islam dit des Lumières, celui de la haute sagesse, d'une philosophie, d'une métaphysique rigoureuse, l'islam humble des croyants qui entrent une morale de vie, et l'islam de haine de criminels pouvant tuer une petite fille qui fuit, regardant son visage avec des yeux sans conscience... tuer (Toulouse). De criminels voulant débarrasser la terre de la musique, de la danse, des mots de la pensée.  Et ne pensant du corps que la violence (viol, meurtres, décapitations), des femmes que l'effacement et la domination. L'islam des sages et des méditants n'est pas celui des intégristes ou de leurs complices (ces gens qui préparent avec des anathèmes la route des assassins. Et qui le savent (ou sont fous). Non, Kamel Daoud n'est pas seul... La preuve, ces écrits (journalistes, écrivains, blogueurs) de gens qui signent des engagements de liberté. 

« Kamel Daoud ne hait pas les islamistes, il les combat », par Karim Akouche, Marianne, 26-02-16 : http://www.marianne.net/agora-kamel-daoud-ne-hait-pas-les... 

……... Mise à jour, 28-02-16, articles : 

« Kamel Daoud ou la défaite du débat », de Michel Guerrin , Le Monde, 26-02-16. Soutien de K.D., car la défaite n'est pas la sienne. (Et citation de Hugues Lagrange, joint en Inde, et qui soutient Kamel Daoud)  http://www.lemonde.fr/idees/article/2016/02/26/kamel-daou... 

« Sexe, islam, et polémiques », de Caroline Hayek, 22-02-16. L’Orient-Le-Jourhttps://www.lorientlejour.com/article/971657/sexe-islam-e... 

« La double fatwa », par Michel Onfray (le début, seul en ligne), Le Point, 24-02-16. Pour le titre, très juste, et quelques lignes  http://www.lepoint.fr/editos-du-point/sebastien-le-fol/mi...

Soutien. "Au-delà du relativisme culturel. pour une défense et illustration de la pensée critique". Par Amira Bouraoui et Maya Boutaghou, 28-02-16 . « …Montrer que notre liberté d’expression et notre esprit critique sont les seules réponses à une forme d’aveuglement bien pensant. »: http://www.chouf-chouf.com/chroniques/au-dela-du-relativi...

« Au nom de Kamel Daoud », par Fawzia Zouari (auteur du livre « Je ne suis pas Diam’s », Stock, ouvrage qui parle d’islam, de féminisme et de laïcité, à partir de sa propre expérience de musulmane laïque et d’une grande culture). Elle donne totalement raison à Kamel Daoud, en rappelant des réalités, en opposant la lucidité à l’aveuglement et aux complaisances. Libération, 28-02-16  http://www.liberation.fr/debats/2016/02/28/au-nom-de-kame... (Citations : « Oui, le concept de ‘oumma' recouvre l’adhésion à des certitudes dogmatiques aujourd’hui plus que jamais attestées sous le voile et le qamis. » (…) « Oui, les intégristes sont dans la culture de la mort. » (…) «Les signataires de la tribune appellent à un «débat apaisé et approfondi». Cela veut dire quoi, au juste ? Qu’on occulte ce qui ne va pas dans nos sociétés ? » (…) « Il existe, en France, une élite de gauche qui entend fixer les critères de la bonne analyse et qui veut faire de nous les otages d’un contexte français traumatisé par la peur de l’accusation d’islamophobie. » (…) « La même élite qui s’essaie à l’exégèse coranique et cherche la bénédiction de religieux devenus ses principaux interlocuteurs, aux dépens des musulmans laïques réfractaires au rôle de victime. » / « Cette tendance à dicter aux intellectuels arabes ce qu’ils doivent dire ou ne pas dire sur leurs sociétés confine au néocolonialisme » (…) « Or c’est d’un nouveau discours que nous avons besoin de la part de la gauche. » Nous sommes de plus en plus nombreux dans le monde arabo-musulman et ailleurs à penser que le salut de l’islam comprend et exige la relecture de l’islam. » (…) « Et si certains veulent se constituer en brigade anti-islamophobe, assimilant toute critique de l’islam à un sentiment de peur ou de haine, nous estimons que notre rôle à nous est d’éveiller les consciences sur le poids de nos tabous spécifiques et les maux de nos sociétés en attente de liberté. » (…) « Sachez que des Kamel Daoud, il en naît tous les jours de l’autre côté de la Méditerranée. Et c’est là un signe de bonne santé. » (« En cela, et contrairement à ce que vous pensez, ils ne sortent pas de leur monde ni ne souffrent de déni d’identité. Bien au contraire. Ils s’inscrivent dans une autre tradition de l’islam, celle des poètes rebelles et des penseurs du doute… »)

« Kamel Daoud dérange le confortable angélisme sur l’islam », Marianne, 25-02-16. Abdallah Soidri rappelle le contenu de la tribune de Fawzia Zouari parue dans Jeune Afrique et le contexte de sa réponse aux attaques contre Kamel Daoud. (La page comporte plusieurs liens) http://www.marianne.net/fawzia-zouari-kamel-daoud-derange...

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Autres notes : tag Kamel Daoud

 

21/02/2016

LIRE KAMEL DAOUD, soutien, suite... (Et soutiens...). Note et LIENS...

kamel daoud,daoud,chroniques algériennes,algérie,journalisme,idéologie,islamisme,islamistes,salafistes,islamophobie,intégristes,intégrisme,laïcité,religions,islam,musulmans,identité,peurs,politique,imaginaire,haine,autre,frères musulmans,liberté,pensée,critique,presse,inquisitionJ’ai lu la chronique d’Aziz BenyahiaAlgérie-Focus, publiée le 19-02-16, publiée aussi sur la page Facebook « Chroniques algériennes » sous le même titre  « Notre soutien sans faille avec Kamel Daoud »… (J’ai  posé ma réaction en commentaire sur la page FB).  Voici ce que j’ai écrit : 

Notre soutien doit être sans faille. Oui. Qu'il le soit...! Alors pas de virgules mentales qui rendent la réaction plus que confuse ("faux-pas", "saillie post-coloniale", "intellectuels" signataires, etc.). C’est l’inverse d’un soutien. L'analyse de Kamel Daoud n'est en rien mise en question par l'enquête allemande, et on le savait dès les premières informations. Aucun faux-pas dans sa chronique. (Le faux-pas est celui des signataires de ce texte lâche, et il est aussi celui du journal Le Monde, pas capable, là, de vérifier qui écrit avant d'accepter de publier...). "Saillie post-coloniale"...! Alors qu'il oppose deux visions fantasmatiques, celle d'hommes enfermés dans une perception qui chosifie les femmes (est-ce faux???!!!) et celle d'Européens projetant sur l'Autre, réfugié ou migrant, des peurs liées à la méconnaissance. (Son texte est très clair sur ce point. Les "intellectuels" - qui n'en sont pas vraiment - osent le soupçon d'islamophobie...! C'est ne pas savoir lire, ni le texte qu'ils critiquent ni l'ensemble des chroniques : le contexte d'une pensée est un tout). Ce que combat Kamel Daoud ce n'est certainement pas sa propre culture, dont il ne cesse de dire l'attachement qu'il a pour ce qui constitue son identité, tout ce qui fait l'algérianité. Ce que combat Kamel Daoud, en chroniqueur ouvreur de consciences, ce ne sont que les postures radicales qui piègent les gens en rendant les choix impossibles et en plaçant partout des barbelés mentaux. Ceux qui peuvent se prendre pour des cibles (ayant besoin de réagir contre le chroniqueur : ainsi ce collectif de 19 noms) ne peuvent être que des gens qui confondent islam et islamisme (comme le fait l'extrême droite européenne...). Ou qui sont islamistes. Ou complices-complaisants. Mais quand on lit une tribune on doit se demander (règle de l'énonciation) : "qui parle?", "d'où?", "en s'adressant à qui?".   Le lieu d'où parlent des gens, d'où ils écrivent, est autant fait des titres dont ils s'affublent que des appartenances idéologiques qui les constituent (affichées ou masquées)... Une femme a pris le temps de faire son enquête sur les personnes derrière les noms. Et c'est révélateur… Lire (Sonia), sur sicsic.blog.lemonde, note du 13-02-16. 

J'ai lu « Dis-moi d’où tu écris ». Enquête sur l’identité réelle (idéologique) des signataires de la tribune hostile à Kamel Daoud, masqués sous des titres qui cachent des choix idéologiques et des objectifs. (Le lien ne fonctionne plus).

Entretiens et articles qui permettent de mieux comprendre les enjeux de ce qui se passe dans nos sociétés, en rapport avec la parole possible et impossible, les mots porteurs de sens et les mots manipulateurs… Mais, aussi, les effets de miroir entre des positionnements réactionnaires, extrêmes (ceux qui nient le droit de penser autrement que dans le sillage de leurs interdits : islamistes, religieux radicaux, courants soumis à l’idéologie de l’islam radical, associations gangrenées par les Frères musulmans ou leurs complices complaisants) et des constructions mentales qui empruntent les masques de la fraternité (et parfois même de la laïcité) pour calquer leur langage, leurs constats, et leurs objectifs sur un salafisme  ‘soft’, stratège habile.

Entretien de Kamel Daoud avec Samira Hadj Amar, Le Temps/dz, 17-02-16 (Il parle d’un arrêt des chroniques, d’un repos auquel il pensait même avant l’histoire de la tribune, fatigué par les pressions incessantes. Mais l’arrêt du journalisme ne serait  pas l’arrêt de l’écriture). (Citations : « Ce journaliste, chroniqueur depuis une vingtaine d'années, a enchaîné les prix et les distinctions. En retour, il s'est fait lyncher. Il en parle. » (…) KD : « Cela fait 20 ans que je subis ces pressions. Je suis arrivé au point où chaque fois que je reçois un prix, j'ai peur. Parce que nous sommes arrivés à une situation de sous culture et de paranoïa où  au lieu d'applaudir un algérien qui parvient à décrocher le prix du meilleur journaliste  en France de l'année, on lui tombe dessus. Je ne dis pas que tout le monde est comme ça. Je reçois beaucoup de soutien (…). »

De Kamel Daoud, texte publié dans Chroniques algériennes ( https://www.facebook.com/Chroniques-Algériennes-497977740...  ) , FB, 19-02-16. (Il fait là le diagnostic de ce qui motive les comportements idéologiques, très associés à des frilosités identitaires, des crispations, des obsessions). « Questions fascinantes ». Citations : « D'où vient que certains se sentent menacés dans leur identité, dans leur conviction religieuse, dans leur conception de l'histoire et dans leur mémoire dès que quelqu'un pense autrement qu'eux ? La peur d'être dans l'erreur les poussant donc à imposer l'unanimité et combattre la différence ? De la fragilité des convictions intimes ? De la haine de soi qui passe par la haine de l'Autre ? (…) « Le regard tourné vers ce Nord qui les écrase, les fascine, les rend jaunes de jalousie. Le dos tourné à l'Afrique où l'on meurt quand cela ne les concerne pas: Dieu a créé l'Occident et eux comme couple du monde, le reste c'est des déchets. Il y a des cheikhs et des fatwas pour chaque femme en jupe, mais pas un seul pour nourrir la faim en Somalie. L'abbé Pierre n'est pas un emploi de musulman ?» (…) «… De quoi cela est-il le signe ? Du déni. ») / (Il énumère tous les problèmes divers contre lesquels il y aurait de quoi se révolter et lutter : les misères, violences, souffrances, proches ou lointaines). / « Rien de tout cela ne gêne. Sauf le genou de la femme, l'avis de Kamel Daoud, le film «l'Oranais», dénoncer la solidarité assise et couchée avec la Palestine, l'Occident en général, le bikini en particulier et l'affirmation que je suis Algérien ou le cas d'Israël comme structure des imaginaires morbides. Pourquoi cela existe ? Pourquoi l'âme algérienne est-elle encerclée par une meute de chiens aigus et des ogres pulpeux ?

Entretien d’Alexandre Devecchio avec Laurent Bouvet, professeur de science politique, Le Figaro, 19-02-16. « Cologne, ‘islamophobie’ : ce que révèle l’affaire Kamel Daoud ». Il parle de l’aveuglement et des complaisances : http://www.lefigaro.fr/vox/societe/2016/02/19/31003-20160... (Citation :  « Le terme islamophobie sert précisément d'arme à tous ces promoteurs de l'islamisme politique et à leurs alliés. Sous son aspect descriptif d'une réalité qui existe et qui doit être combattue avec vigueur, les paroles et les actes anti-musulmans, il sert avant tout à disqualifier et à mettre en accusation toutes celles et tous ceux qui émettent des critiques contre cet islamisme politique et ses alliés. Et lorsqu'il est déconstruit, avec force, récemment encore par Elisabeth Badinter, ou par Kamel Daoud aujourd'hui, il se trouve toujours des militants zélés ou des idiots utiles de la cause islamiste pour les désigner comme coupables d'être anti-musulmans. / Le terme lui-même n'est parfois même plus interrogé.»

Sur les signataires de la tribune contre Kamel Daoud et sur…Plenel… et l’extrême gauche. « Défendons Kamel Daoud ». Blog :http://in-girum-imus.blogg.org/defendons-kamel-daoud-a125...  (Citations : « Cela nous amène à la question suivante : pourquoi les militants d’extrême-gauche ne soutiennent-ils pas Daoud ? Pourquoi persistent-ils à se produire dans des théâtres avec le propagandiste des Frères Musulmans Tariq Ramadan ? Les Frères Musulmans sont ce qu’il y a de plus rétrograde en terre d’Islam. Mais les gauchistes préfèrent mener la lutte contre cette chimère nommée « islamophobie » plutôt que de lutter contre la pensée religieuse. En ce sens ils rejoignent le camp de la réaction et se situent clairement à droite de l’échiquier politique. » Et, chronique de Kamel Daoud, sur, justement ce soupçon permanent "d'islamophobie" que j'évoque ci-dessus (la tribune hostile, les islamistes contre des pensées critiques). "Le verdict d'islamophobie sert aujourd'hui d'inquisition"  http://www.marianne.net/kamel-daoud-verdict-islamophobie-... 

Lire aussi, de Sara Daniel, "L'islam et la gauche". "KD ne renoncez-pas"  http://tempsreel.nouvelobs.com/monde/20160220.OBS5014/l-i...

......

MISE à JOUR, 23-02-16. SOUTIENS. Une note du blog d'Hebib Khalil qui démonte les polémiques hypocrites (et malveillantes) par l'humour. Cela grince, et c'est fait pour provoquer un peu de vraie pensée http://khalilhebib.over-blog.com/2016/02/rapport-maladif-... 

...... Et note du blog de Sérénade Chafik, "Kamel Daoud face à la horde des nouveaux inquisiteurs"  http://www.huffingtonpost.fr/serenade-chafik/kamel-daoud-... (Citation : « Je me suis interrogée sur l'identité des signataires, et en consultant les profils de chacun, il a été aisé de constater qu'ils partageaient presque tous la même préoccupation. La plupart d'entre eux ont des publications qui les placent dans le courant racialiste qui dénonce la politique "postcoloniale" de l’Occident. »)

..... D’un écrivain sénégalais Mohamed Mbougar Sarr, soutien envoyé de Dakar, posé sur son blog et publié par le Courrier international  http://www.courrierinternational.com/article/tribune-kame...

..... Vidéo. Regard philosophique. Raphaël Enthoven  http://www.dailymotion.com/video/x3t1jlu_pourquoi-des-qu-...

....... "Pourquoi Kamel Daoud a raison", par Fawzia Zouari, Jeune Afrque  http://www.jeuneafrique.com/mag/304007/societe/polemique-...

...... "Les nouveaux procureurs de la pensée...?", El Watan, par Hacen Ouali, 22-02-2016. Synthèse remarquable. CITATIONS : « Après l’inquisition des ayatollahs du salafisme d’ici, le procès en islamophobie de la bien-pensance d’ailleurs.Depuis deux ans, le journaliste et romancier Kamel Daoud subit un lynchage religieux et politico-médiatique sans pareil. Presqu’à chaque chronique, chaque phrase prononcée, chaque tribune, il est sommé de s’expliquer. Quand il n’est pas conduit carrément devant le tribunal de la bien-pensante dominante. » (…) « Leur texte…(…) « Truffé de jugements et de procès d’intention. » (…) « A suivre cette logique, en accusant Daoud d’alimenter le fantasme d’islamophobie, les dix-neuf intellectuels ne donnent-ils pas du grain à moudre aux prédicateurs et autres marchands de la mort qui n’attendent que cela pour relancer leurs fatwas ? » (…) « …vont jusqu’à écrire que «Kamel Daoud intervient en tant qu’intellectuel laïque minoritaire dans son pays, en lutte quotidienne contre un puritanisme parfois violent». Voilà une autre thèse chère aux islamistes algériens qui considèrent que la démocratie, la liberté de conscience, l’égalité des sexes, l’émancipation sont des «valeurs étrangères à notre société portées par une minorité occidentalisée». (…) « C’est au nom de cette «déviance» que les Djaout, Mekbel, Liabes, Belkhenchir et des dizaines de journalistes ont été sauvagement assassinés. Vingt-ans avant Charlie Hebdo. » (…) « N’est-il pas du rôle de l’intellectuel de penser à contre-courant, contre lui-même, contre les siens ? En filigrane, cette tribune laisse croire, laisse entendre que l’«indigène» Kamel Daoud n’est pas en mesure de réfléchir, incapable d’intelligence. » (…) « Comme toutes les autres, la société algérienne a plus que jamais besoin des Kamel Daoud pour mieux disséquer les maux qui la traversent et malmener des certitudes mortifères. »)

...... "Du silence coupable contre Kamel Daoud", par Sophie Bélaïch, Huffingtsonpost, 24-02-16  http://www.huffingtonpost.fr/sophie-belaich/kamel-daoud-i... (Citations : « Quelle argumentation (elle s’adresse aux auteurs de la tribune haineuse). Depuis quand le fait d'être minoritaire serait-il synonyme d'avoir tort? Et s'il est si minoritaire, pourquoi prenez-vous alors le temps de vous réunir et de vous mettre d'accord, ensemble, sur un texte commun, pour le jeter ainsi à la vindicte populaire? Curieux, curieux, très curieux. » (…) « Cette tribune est loin d'être anecdotique. En visant Kamel Daoud, nous sommes tous en ligne de mire. » (…) « Il y a un réel problème si on ne lit pas clairement la bienveillance dans les écrits de Kamel Daoud, à travers ses dénonciations. On veut ainsi "tuer le messager". Essayer d'"annuler" le message en tentant de tuer intellectuellement le messager. C'est une erreur intellectuelle grave qui relève d'une forme de négationnisme. » (…) « Vive les esprits éclairés et vive l'Islam des Lumières. » (…) « Kamel Daoud, vous dérangez des prétendus bien-pensants malveillants qui se croient de gauche, mais qui encouragent clairement l'islamisme, qui en prennent une part de responsabilité. »)

...... Mise à jour 25-02-16 : « Kamel Daoud, la meute et les lâches », par Etienne Gernelle, Le Point/Afrique, 22-02-16  http://afrique.lepoint.fr/actualites/etienne-gernelle-kam...  (Citation : « C’est bien là le fardeau de Kamel Daoud : devoir supporter en Algérie les fanatiques de la religion et en France les imbéciles gaucho-régressifs, qui, révélant au passage des préjugés déterministes douteux, tentent de l'enfermer dans une case. Comme s'il leur était insupportable qu'un Algérien fût laïque et libre de sa pensée. »)

..... « Retour sur la ‘polémique Kamel Daoud’ en trois questions » (ou le point sur... ce qui est dénoncé car mal lu, sur ceux qui critiquent pour avoir mal lu, et sur ceux qui, sachant lire, le défendent…). Jeune Afrique, 25-02-16, par Rebecca Chaouch   http://www.jeuneafrique.com/305399/societe/retour-polemiq...

16/02/2016

KAMEL DAOUD, voix essentielle, grande conscience. Polémiques destructrices causées par des censeurs...

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Que ce soit dans Le Quotidien d'Oran (cf. illustration), ou que ce soit sur d'autres supports, on lit... pour plus de lucidité, pour un miroir qui nous renvoie des questions souvent douloureuses. Pour plus d'être. Voir ici ses chroniques reprises sur djazairess.com : http://www.djazairess.com/fr/author/Kamel+Daoud

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Choquée en lisant dans Le Monde une tribune hostile (agressive, violente, fermée), et attristée en lisant sa réaction, car on y lisait la lassitude de l’auteur devant l’incompréhension malveillante, j’ai posé un commentaire au post publié, m’adressant à lui, comme d’autres internautes, lecteurs. Puis j’ai repris ce commentaire, tel que, en le modifiant à peine, juste en l’adaptant aux destinataires. (mediateur@lemonde.fr et courrier-des-lecteurs@lemonde.fr). Faire passer le message au journal. J’ai précisé que j’en faisais une copie sur mon blog. 

Et c’est ceci : « Tristesse, immense, en lisant la tribune contre Kamel Daoud (sans aucun commentaire du Monde, qui n’aurait pas dû publier cela…). Et tristesse immense en lisant la chronique de Kamel Daoud, où la lassitude est telle devant toutes ces attaques que celui qui a été primé meilleur journaliste (mais est aussi la cible d’une menace de mort)  serait prêt à tout arrêter. On a tous besoin de grandes consciences. Et il en est une, majeure. Il est un des grands esprits algériens, qui fait honneur à la fois à ce pays, à la francophonie, et à l'humanité libre de penser. Ceux qui ont signé cette abjecte tribune (qui se disent intellectuels, affichant leurs titres, mais qui apparemment ne savent pas lire puisqu'ils n'ont rien compris) sont les complices objectifs des intégristes. (Et le Monde avec eux, en leu donnant cet espace). C’est grave d’'avoir accepté de publier cette infamie signée à plusieurs. Nous sommes dans une période où les aveugles et les complaisants règnent. Nous devons tous nous dresser, chacun comme il le peut, contre l'obscurantisme (et tous ses visages) : écrivains, blogueurs, poètes, artistes. En signant. ll y a bien plus de gens qui le lisent et le soutiennent que de gens comme ces auteurs d'une lâche tribune, ces infirmes de la pensée. Ils ont fait une faute grave. "Toute l'eau de la mer ne suffirait pas à laver une tâche de sang intellectuelle" a écrit Lautréamont. La leur ne sera lavée par rien, sauf par l'aveu de leur ignorance et de leur faillite idéologique. Et celle du Monde? »

….

Donc, je reprends ici les textes de Kamel Daoud. Et deux réactions (de deux femmes) qui s’opposent aux censeurs « bien-pensants »… 

La chronique de Kamel Daoud, suite aux attaques ignobles (tribune parue dans Le Monde, après la sienne, et déformant le sens de ce qu’il disait). « Lettre à un ami étranger » : http://www.lequotidien-oran.com/?news=5224963  

CITATION : « J'ai longtemps écrit avec le même esprit qui ne s'encombre pas des avis d'autrui quand ils sont dominants. Cela m'a donné une liberté de ton, un style peut-être mais aussi une liberté qui était insolence et irresponsabilité ou audace. Ou même naïveté. Certains aimaient cela, d'autres ne pouvaient l'accepter. J'ai taquiné les radicalités et j'ai essayé de défendre ma liberté face aux clichés dont j'avais horreur. J'ai essayé aussi de penser. Par l'article de presse ou la littérature. Pas seulement parce que je voulais réussir mais aussi parce que j'avais la terreur de vivre une vie sans sens. Le journalisme en Algérie, durant les années dures, m'avait assuré de vivre la métaphore de l'écrit, le mythe de l'expérience. J'ai donc écrit souvent, trop, avec fureur, colère et amusement. J'ai dit ce que je pensais du sort de la femme dans mon pays, de la liberté, de la religion et d'autres grandes questions qui peuvent nous mener à la conscience ou à l'abdication et l'intégrisme. Selon nos buts dans la vie. /  Sauf qu'aujourd'hui, avec le succès médiatique, j'ai fini par comprendre deux ou trois choses. / D'abord que nous vivons désormais une époque de sommations. » Suite sur la page du journal…

La chronique précédente qui a déclenché les foudres des censeurs autosatisfaits. Kamel Daoud montrait le double jeu de renvois fantasmatiques, pour démonter les pièges idéologiques, tout en affrontant les questions, refusant le déni de réalité  (des uns) et les projections racistes (des autres). « Cologne, lieu de fantasmes », Le Monde, 31-01-16  http://www.lemonde.fr/idees/article/2016/01/31/cologne-li... 

Il a publié aussi une réflexion sur la sexualité et le rapport aux femmes, NYTimes, 14-02-16, « La misère sexuelle du monde arabe ». (Refuser les tabous, regarder en face les situations, causes et conséquences). Texte en français : http://www.nytimes.com/2016/02/14/opinion/sunday/la-miser... 

Un autre texte de Kamel Daoud me semble important, dans ce débat. Car c’est bien la question du sujet de la conscience qui est en jeu ici. On veut enfermer l’auteur dans des silences exigés par le « nous », la communauté, l’appartenance figée, et lui interdire la pensée du « je ». (Alors que, comme l’inscrit la blogueuse en exergue, nous sommes pluriels, et que comme l’analysent Amin Maalouf et Amartya Sen dans leurs livres, nos identités ramenées à des singularités obligatoires sont des prisons.)

Ce texte est celui-ci, "Le procès permanent du 'je' par le 'nous'" : http://www.lequotidien-oran.com/?news=5224664 (Citations : « Le crime est celui d'avoir donné de l'encre à la voix ou d'avoir écrit ce que chacun dit. Le crime est la dénonciation de l'entre-nous, la transgression du murmure clandestin de sa propre culture. Le crime est la voix et le porte-voix. /  Et cela vous use. /Sous l'inquisition d'un Occident en pleine errance d'âme, qui essaye de trouver en vous le chamane de ses angoisses, le témoin de ses convictions peureuses et la preuve de ses théories sur l'Autre. / Sous l'inquisition des siens qui vous lapident pour votre singularité, ne comprennent pas le ‘je’  dans l'étable du ‘nous’ dominant, ne s'expliquent pas votre vision sauf sous l'angle de l'alimentaire, ne peuvent voir plus loin que la théorie du complot et la salive de l'âge d'or mort et enterré. / Piégé, sommé, obligé, repoussé, brûlé, incompris et soupçonné ou trop coloré et aromatisé comme un exotisme trop convenant. / Texte tarifé ou sommation du groupe. » (…) « C'est alors que l'épuisement guette la clairvoyance. ».

Et j'ajoute ce lien, sa réflexion sur les fascismes, entretien, dans Le Devoir  http://www.ledevoir.com/culture/livres/456378/tous-les-fa... 

...

La chronique sur Cologne a donc déclenché l’hostilité de gens se déclarant anthropologues, historiens, sociologues (cela ne donne pas une bonne idée de ce que peuvent être ces sciences humaines dans les mains de tels signataires…). Leur texte : http://www.lemonde.fr/idees/article/2016/02/11/les-fantas... (MISE à JOUR, 23-02-16. Mais QUI sont-ils vraiment? Lire cette note sur l'identité idéologique des signataires en question... http://www.huffingtonpost.fr/serenade-chafik/kamel-daoud-... Citation : « Je me suis interrogée sur l'identité des signataires, et en consultant les profils de chacun, il a été aisé de constater qu'ils partageaient presque tous la même préoccupation. La plupart d'entre eux ont des publications qui les placent dans le courant racialiste qui dénonce la politique "postcoloniale" de l’Occident. ») 

Voici une réaction à cette tribune hostile à Kamel Daoud. Par une juriste, Soraya Addi, qui insiste aussi sur le ridicule d’un chroniqueur condescendant qui s’exprime dans Algérie-Focus, pour défendre, en fait, la loi du silence et critiquer Kamel Daoud). Nouvel Obs, LePlus: http://leplus.nouvelobs.com/contribution/1482058-kamel-da...  (CITATION / « Que l'on soit d'accord ou non avec les articles "Cologne : lieu de fantasmes" et "La misère sexuelle du monde arabe", on ne peut nier que Kamel Daoud a permis, dans un éclat international, d'ouvrir le débat sur un sujet enfermé dans un silence de plomb et qui ne pouvait être abordé qu'à l’extérieur du monde musulman mais qui, grâce à sa traduction en arabe par le "New York Times", atteindra le premier public concerné. Car il est nécessaire que les sociétés musulmanes modérées prennent conscience du profond malaise que génère le tabou du sexe afin de combattre les clichés dévastateurs propagés par les islamistes. Et ni la peur de l’islamophobie occidentale, ni la honte du regard extérieur posé sur les souffrances du monde arabe ne devraient être des obstacles à ce combat. ») 

Une autre réaction, une femme encore, une blogueuse qui met en exergue de son blog ses identités plurielles : « La dangereuse guerre du silence faite à Kamel Daoud sur la terre de la liberté d’expression » : https://journaldunebougnouleeclairee.wordpress.com/2016/0...  (CITATIONS :  « Chers Mesdames et Messieurs les anthropologues, historiens et sociologues bien-pensants, permettez-moi tout d’abord de vous dire que vous avez tort. En tant que femme, musulmane, française de naissance, algérienne ayant vécu une décennie en Algérie, permettez-moi de vous dire que vous avez tort. L’islamophobie que vous devriez combattre n’est pas celle de Kamel Daoud mais la vôtre. En effet dans son premier texte, comme dans le second publié par le New York Times « The sexual misery of the Arab World », M. Daoud ne blâme pas l’Islam pour le rapport malsain des musulmans au sexe, mais l’Islamisme. Or dans votre lecture hâtive vous avez fini par assimiler ces deux très différentes notions, et c’est cela l’Islamophobie. » (…) « La France est un pays qui n’aime pas les tabous, et pourtant ici comme ailleurs, il y a culturellement des choses qui se ne disent pas. Or dire que le monde musulman a un rapport malsain au sexe n’a rien de choquant, certaines femmes sont cachées sous des draps sombres, il n’y a pas de preuve plus criante que cela. C’est un appel nécessaire qui aspire à un changement aujourd’hui vital. »)

 

19/12/2015

CITATIONS et... TITRES. Lecture... Lecture... Lecture... (pour soi, ou pour offrir...)

« Je crois que je devine pourquoi on écrit les vrais livres. Pas pour se rendre célèbre, mais pour mieux se rendre invisible, tout en réclamant à manger le vrai noyau du monde. »

Kamel Daoud, « Meursault, contre-enquête »

Donc, des livres écrits pour se rendre invisible (que les auteurs le sachent ou pas), des livres pour pénétrer le sens enfoui du réel… (le sachant). Des livres sur mon chemin, en phase avec ce chemin…


GESTE.jpg
POÉSIE. « Le moindre geste », de Michel Bourçon, éd. pré#carré / Hervé Bougel, décembre 2015. Citations : « peut-être que la direction à prendre n’est ni en soi / ni au dehors, que le panneau indicateur se trouve / planté dans la divergence. » (…) « entre soi et les choses / quelque chose / qui ne rejoint rien » Page éditeur : http://precarrediteur.fr/?page_id=1529 

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ATTESTE.jpgPOÉSIE. (Et publication Jeunesse). « J’atteste / contre la barbarie », d’Abdellatif Laâbi, éd. Rue du Monde (avec un dossier documentaire d’Alain Serres et des dessins de Zaü). Lecture pour tous les âges. Un poème écrit après la tuerie de janvier 2015, et publié en urgence après les massacres de novembre. Livre essentiel pour affirmer un idéal d’humanité, un refus des monstruosités produites par la haine et la folie idéologique. Page éditeur : http://www.rue-des-livres.com/livre/235504404X/j_atteste....  Librairie en ligne, La Courte échelle : http://lacourteechelle.hautetfort.com/archive/2015/12/07/... 

Le Monde, article, « Parler des attentats aux jeunes lecteurs » : http://www.lemonde.fr/idees/article/2015/12/15/parler-des... 


Abdellatif Laâbi.jpg

POÉSIE, même auteur, Abdellatif Laâbi, « La saison manquante », Éds. de La Différence : https://www.ladifference.fr/la-saison-manquante-suivi-de-... 

 

 

et Recours au poème, recension : http://www.recoursaupoeme.fr/critiques/abdellatif-laâbi-l... 

... 

PEN ANTHOLOGIE.jpg

 

 

 

POÉSIE. PEN club français. « Liberté de créer, liberté de crier », anthologie.

Recension, par Emmanuel Baugue, Recours au poème  http://www.recoursaupoeme.fr/critiques/pen-club-français-... 

D’Emmanuel Baugue, des chroniques sur Recours au poème, dont celle sur le poète Ashraf Fayad (agir : « A propos… ». Il le dit ‘saoudien’ alors qu’il est palestinien, mais le poète a effectivement représenté l’Arabie saoudite comme poète-artiste, ancré dans le pays où il vit, donc…). Et lire aussi deux textes sur la poésie (« Contre le simulacre » et « De la poésie »). Liste après le paragraphe sur lui : http://www.recoursaupoeme.fr/users/emmanuel-baugue 

Falaises.jpgEt, de lui, un recueil, « Falaises de l’abrupt » : http://www.recoursaupoemeediteurs.com/premiers-poemes/fal...

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TURC.jpgPOÉSIE.« Août 1936. Dernier mois dans le ventre de ma mère », d'Özdemir Ince. Préface de Lionel Ray, poèmes traduits du turc par Claire Lajus, éd. A L’Index (Le livre à dire / Jean-Claude Tardif lelivreadire.blogspot.com / revue.alindex@free.fr ). Citations : « Que je puisse voir à quoi ressemble une forêt de pluie » (…) « J’attends ma naissance depuis l’origine / de l’univers, je m’attends » (…) « Je serai un révolté, si jamais je me décide, / et si je reste là pour toujours » Page sur la revue Aynahttp://revueayna.com/actualites/

NAITRE.jpgPOÉSIE. « Naître si mourir », de Hyam Yared (née à Beyrouth), éds. Mémoire d’encrier (Canada/Québec). Citations (son prologue) : « Naître de toute évidence, puisque mourir est le dernier rêve. » (…) « Car on ne meurt pas, on rejoue une dernière fois sa naissance. » Citations (poèmes) : « L’errance est mon décharnement. Nos regards / — nos déchirés. On court après nos visages. » (…) « Où tu es je suis / visage. Où peut-être / je ne suis. » (…)  « Les morts ont tous droit à l’obscure. » Page éditeur : http://memoiredencrier.com/naitre-si-mourir-hyam-yared/ 

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DIAMS.jpgESSAI. « Je ne suis pas Diam’s », de Fawzia Zouari (franco-tunisienne), éd. Stock. Citations : « Je ne suis pas Diam’s. Ni par la naissance, ni par le parcours, ni par la conception de l’islam. J’ai vu le jour en Tunisie, dans un petit village où mon père avait le titre de "cheikh" qui lui conférait une autorité religieuse. Ma mère a passé sa vie enfermée derrière les murs de sa maison et je n’ ai aperçu sa chevelure que sur son lit de mort. Vers douze ans, mes soeurs aînées ont été interdites d’ école et cloîtrées. Je me suis alors promis d’aller jusqu’au bout de mes études et de ne pas me voiler. » Page éditeurhttp://www.editions-stock.fr/je-ne-suis-pas-diams-9782234...  Articles, Jeune Afrique : http://www.jeuneafrique.com/mag/274208/culture/livres-je-...  et Kapitalis (Tunisie) : http://kapitalis.com/tunisie/2015/11/23/je-ne-suis-pas-di... 

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NUIT.jpgFRAGMENTS (prose poétique, méditation et engagement). « À ce stade de la nuit », De Maylis de Kerangal, éd. Verticales. Comment un nom entendu à la radio (Lampedusa) traverse (est traversé par) des sens divers : mémoire, rêve, et cauchemar réel, enfin. Citations : « à ce stade de la nuit je tourne toujours les pages du journal, je les balaie du regard, je repère les titres, les légendes des photographies » (…) « La nuit avance. Je suis maintenant rivée à l’île de Lampedusa comme on s’obsède d’une poussière sur une feuille vierge. » (…) « Heures nocturnes, lumière qui perle au bout des cils, fatigue extralucide, vitesse de la pensée : l’événement cristallise doucement. » (…) « Etrangement le toponyme insulaire (…) mais ce matin, matin du 3 octobre 2013, il s’est retourné comme un gant, Lampedusa concentrant en lui seul la honte et la révolte, le chagrin, désignant désormais un état du monde, un tout autre récit. » Page éditeur http://www.gallimard.fr/Catalogue/GALLIMARD/Verticales/Mi... 

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Sur le site de Charlie Hebdo (édition créée par Charlie Hebdo, Les échappés)  https://charliehebdo.fr/editions-les-echappes/ 

Diffusion librairie en ligne, Decitre  http://www.decitre.fr/livres/tout-est-pardonne-9782357661... 

…....

EUX.jpgÉDITION JEUNESSE… « Eux, c’est nous », Les éditeurs Jeunesse avec les réfugiés, éd. Cimade/Gallimard http://www.gallimard.fr/Catalogue/GALLIMARD-JEUNESSE/Cima... 

PETITS.jpget « Les questions des tout-petits sur les méchants », de Marie Aubinais (illustrations d’Elsa Fouquier et Anouk Rucard), éd. Bayard Jeunesse. Présentation (illustrée) du livre, blog de Liyahhttp://www.leslecturesdeliyah.com/livre-pour-enfants-ques... 

Page Bayard éducation : http://www.bayardeducation.com/article/donner-aux-enfants... 

18/12/2015

POÈME POUR DIRE… SOUTIEN, suite. "Litanie pour juillet plusieurs fois, plusieurs fois tous les temps…"

mms_img-2007196497.jpg((SOMMAIRE : photographie (cristal des mots, éclair lucide…), dédicace, exergues, poème))

Dédicace. Aux victimes de la terreur, quelles que soient les formes, le lieu, et le moment. Refus, pour soi, pour eux. Résister c’est dire. Et particulièrement, dédicace offerte à Ahsraf Ayad, condamné en Arabie saoudite, à Mohammed Al Ajami, prisonnier au Qatar, à tous ceux qui souffrent, dans ces deux pays, de nos silences complices. Message, pour les êtres du 13-11-15 à Paris et hors de Paris, les morts et les vivants. Offert, ce poème, écrit d’abord dans la pensée d’autres drames, et repris encore et encore, à chaque blessure rappelée, en écho questionnant. Que faire des plaies du monde? Que faire des noirceurs qui nous tendent ce miroir effrayant de notre humanité?

.......... Et j’ajoute (25 février 2016), aux lignes antérieures, l’offre de cette dédicace à Kamel Daoud, grande plume algérienne, qui subit le lynchage de ceux qui se mettent du côté de la bêtise, par ignorance doublée d’hypocrisie idéologique, avec la complaisance d’esprits paresseux, ou de stratèges aveugles… (Voir les notes des 16 et 21 février, mises à jour depuis).

…………………..

Litanie pour juillet plusieurs fois, plusieurs fois tous les temps…

"Tout ce que nos yeux ont vu et que l’esprit ne parvient pas à comprendre."  Margherita Guidacci  (Inventaire du massacre / L’horloge de Bologne) 

"La vie additionne. La mort soustrait." Edmond Jabès  (Le petit livre de la subversion hors de soupçon) 

"J’atteste qu’il n’y a d’Être humain / que Celui qui combat sans relâche la Haine / en lui et autour de lui." Abdellatif Laâbi, 10 janvier 2015 (J’atteste / contre la barbarie) 

"Il y a de grandes flaques de sang sur le monde / où s’en va-t-il tout ce sang répandu." Jacques Prévert (Chanson dans le sang / Paroles)

………..

Aujourd’hui je ne me souviens pas. Je ne me souviens pas d’hier, seulement du plus lointain de la mémoire, d’une pluie de sable, d’une pluie d’instants. 

Nuages. Comme brouillard sur l’écran des yeux. Très douce la parole du passé, très douce.

Douce et violente de la violence des exils, douce de la déchirure des langues, douce du froissement du papier de soie autour du texte offert par l’étrangère, en cette intime voix du dedans.

Amnésie. Bouffée de rires sur fond d’horreur ultime.

Aujourd’hui on lapide une femme, aujourd’hui on lapide un couple. Je ne me souviens pas, je rampe. Dans le présent je rampe, et mange l’orchidée noire.

Aujourd’hui on jette un homme et son oeuvre au feu du mépris, au destin de mort. Poète, on a peur de l’éclair lucide de tes mots, peur des yeux et du corps vivant. On craint la contagion d’esprit, la source intime de pensée, l’invasion de multiples « je » libres. Consciences sans dieux, ou consciences mystiques, on a peur des braises du vent qui chante.

Litanie de dates, litanie de noms, oubliés de mars et juillet, oubliés de janvier et novembre. Oubliés d’avant et après mars et juillet. Massacres et génocides, bombes et pierres, fleuves obsédants d’octobre noir. Je ne me souviens pas, je rampe : bombes, couleurs d’artificiers, disparus.

Disparus, bouches hantées, tendresses ravagées, identités lacérées, juillet désert, été désert, automne sidéré, hiver brûlant d’effroi. Enfant aux yeux aveuglés.

Aujourd’hui on censure un livre, on déchire un poème, on interdit un film, on arrête un blogueur : je ne me souviens pas. Otages, je ne me souviens plus…

Je ne me souviens plus, je danse. Je danse sur des cadavres, je marche sur des charniers, j’habite des immondices mémoriels, je dors sur de la cendre. Et douce, douce, est la cendre.

Soleil je bois, en coulées d’averses. Non, je ne bois pas l’or, soleil, je cherche l’ombre qui brûle. Je la chante, sanglant oublieux, je la cherche.

Yeux mats, papier journal en terrasse d’ocre toit, ou fond de cour au figuier, oui. Je froisse la feuille des nouvelles, je déchire la photographie, j’oublie que je me souviens. Alors je ne me souviens pas.

Morte rive, amante desséchée, l’eau n’a pas le bleu qu’il faut, l’eau s’enfuit en abysse en faux bleu, en rigole.

Gargoulette fantasmatique, inutile de tendre les lèvres vers une image, ou de poser les paumes sur un souvenir de fraîcheur, la soif reste, et les mots, dans l’incandescence des mains. De ne pas savoir je me souviens.

Aujourd’hui on emprisonne encore une femme, pour crime de pensée, on fait de sa porte la clé d’une cellule, de sa fenêtre le miroir clos de leurs peurs. Et je ne me souviens pas, je danse, sur la cendre je danse, sur nos douleurs je danse.

Mystère des arbres : je pose la main, je pose les pieds, j’arrête le silence. Je ne sais. Ni le soldat enlevé, ni l’enfant assassiné, ni les rêves de joie, ni les gouttes de rosée sur la fleur du temps. Ni même les murs.

Non, je ne sais plus rien, je suis là, j’existe. Devoir de mémoire. Devoir de bonheur, je laisse la mort hanter le papier journal, le temps de ma récréation cosmique, de mes contemplations de galaxies, de mes tendresses.

Mais je me souviens du bruit, j’écoute les mots. Je me souviens de la voix, j’écoute le souffle, la musique. Violons de Rostropovitch et Menuhin contre les mirages des armes, luth de Raymond, tambour du chaman, voix du blues, danse soufie. Contre l’illusion kamikaze.

Je ne parle pas du sang : j’ai oublié le sang. Je ne parle pas des noms : cela j’ai oublié. Je ne parle que du reste : l’oubli même.

Oui, trace, poudre, silence du bois, silence de la pierre. Petits cailloux de quartz de Saint-Augustin : en lécher le goût, pacifier l’olivier, le parfum.

Sidi Yahia des frontières, oasis de quelqu’un d’autre, qui ne reconnaît que le nom et cherche pourtant des yeux les sages. De cela est-ce que je me souviens ? 

Naissance frontière, autre rive. Quelqu’un sait-il encore quelle rue ou quel chant ? 

Je ne me souviens pas des noms, je ne sais plus les rues. Aujourd’hui je perds cette langue.

Musicien perdu, de Thagaste en Ardenne, quels sons, quelles lettres ? Seulement un écho bruissant du vide, de ne pas savoir faire.

Clandestine migration, Grenade ne se souvient plus des noms, Alicante a perdu les visages, Valence tous les prénoms, Almeria les sons, Alger les tombes, Oujda le vent, Marseille l’accent, Montréal les adresses. Il n’y a que Paris, la mer, et l’olivier, qui sachent encore rejoindre les pas, faire soleil de l’ombre. 

L’acacia, peut-être, Camargue…

Je ne me souviens pas des pères et des mères, et je ne me souviens pas des enfants des pères et des mères. Juste des litanies de foules sur des routes vagues. Distraite de moi-même je ne sais plus les visages successifs enfouis derrière mes yeux, je ne sais plus la caresse du temps.

Je ne me souviens pas de ne faire que me souvenir. Devant une feuille et un crayon je me souviens de la trace malgré le soir, de la fatigue des ensommeillés, d’hypocrites menteurs qui déguisent mes pieds, de colères à écrire. Pour délivrer l’âme d’encombrantes lenteurs je me souviens de la rebelle solitude heureuse, d’un tapis où s’asseoir. Ici l’urgence de dire et la force du présent dans la douceur tiède des rues, des mains. Vers un ailleurs qui sait, lointain rivage.

Buscar. Buscar la luz. 

L’étrangère aussi, en soi sait peut-être… Elle.

© MC San Juan (Texte et photographie)

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