Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

29/05/2017

« La malédiction », POÈME de Hassan Yassin…

« La malédiction », POÈME de Hassan Yassin…

J’ai lu ce poème sur un post qui reprenait la réflexion de Tieri Briet, suivie de sa copie du bouleversant poème de Hassan Yassin. Je ne reprends qu’une partie du texte introductif de Tieri Briet : l’essentiel, qui situe. (Et de la même manière qu’il ne faut pas rendre les réfugiés responsables de situations qui leur échappent, je tiens à dire aussi qu’il ne faudrait pas non plus rendre les femmes qui refusent le harcèlement responsables de la situation des réfugiés quand ils ne sont pas pris en charge…) : 

« Qui sont ces hommes qu'on chasse de rue en rue, de ville en ville ? Ne sont-ils plus rien d'autre qu'une malédiction ? C'est ce que dit Hassan Yassin, arrivé du Soudan. L'autre soir, il a lu son poème en arabe, sur la petite scène du Local où un atelier théâtre destiné aux migrants nous avait invités. Une comédienne traduisait ses paroles en français. Et puis en prononçant les derniers mots, Hassan a fondu en larmes. La tragédie du poème continuait sous nos yeux. » (…) « Je recopie le poème de Hassan Yassin. Je voudrais qu'il soit lu, entendu, diffusé sur les murs. Et que nos regards changent eux aussi. » 

Tieri Briet 

…………………………………………………………………………

Le POÈME de Hassan Yassin, réfugié soudanais :

..

La malédiction

Je suis une malédiction

Je suis la malédiction incarnée

Suspendu à ma corde secrète

Attaché à l'utérus du ciel

J'entends les cris du vent et les pleurs aux alentours

Je parle aux fleurs autour de moi et j'admire le chant des murs

Ces murs de mon isolement infini et

La peur mon amie, 

Rien ne me donne le sentiment de sécurité...

Vous les passants face à moi 

Ne demandez pas la miséricorde en mon nom 

Comme un pécheur dans l'attente du pardon

Détournez le regard 

N'ayez pas pitié de moi

Donnez-moi juste un sac noir.

Pour que j'y rassemble ma désolation, 

Ma défaite et mon anéantissement

... Pour pouvoir le mâcher et l'avaler

Donnez-moi du feu pour que je brûle mes saletés, 

Je suis une charogne qui empuantit l'air tout autour

jusqu'à vous faire détester vos corps élancés

parfumés d'essences florales de Paris

Je vous inspire la haine de la race humaine 

mes semblables désarticulés...

ceux qui ont subi les horreurs des guerres

... Je suis une charogne où demeurent les vers 

Je ne serai ni leur dernier rêve, ni leur dernière demeure 

Ni ce qui reste de leurs souvenirs

J'ignore le jour de ma mort

Laissez moi reprendre souffle

Fermer les yeux pour me réveiller au paradis

Je n'ai envie de rien

Rien ne me séduit plus

Même pas le baiser de l'enfant que j'aurais pu avoir

Ni la jouissance au moment de sa conception

Ni même la pénétration d'une partie de moi 

Dans les vagins, berceaux de mes espoirs incertains

Priez pour que mon heure arrive vite

Le moindre regard vers moi ne vous inspire que dégoût

Laissez-moi quitter votre monde d'artifices

où je n'existe pas...

Je suis un anonyme sans identité, sans papiers

Un tas de détritus face à vos portes

Je veux mourir et remettre mon âme dans les mains de Dieu, 

Je finirai en ange ou en démon, qu'importe. 

Que ma mort ne soit pas lente, 

Si seulement les fleurs poussaient sur mon cœur, 

Parfumaient mes poumons et fardaient les vers qui me rongent de parures multicolores, 

Et la mélancolie des carillons des cloches couvriraient les battements de mon cœur.

Que vos prières puissent envelopper ma peur. 

Ne l'appelez plus corps, 

C'est mon cadavre pourri qui vous observe, 

Ce cadavre que vous méprisez !! 

Même ces chiens me regardent bizarrement, 

Vos chiens bien habillés qui ont une identité et un nom. 

Dieu mon préféré, quand est-ce que tu me regarderas avec pitié 

Pour ordonner à mon coeur de s'arrêter, mon cœur empli de fleurs emprisonnées, 

Son battement me tue. 

Quoi de pire que le mot réfugié pour nommer un homme ?

Des lambeaux de saleté recouvrent mon corps et l'enveloppent d'une chaleur aux relents pestilentiels,

Vos odeurs agréables dégoûtent les poux qui ont trouvé refuge dans mes cheveux. 

Vous les passants devant moi : 

Je suis un migrant qui a survécu à la fermentation de la chair en Méditerranée pour pourrir dans les rues de Paris.

Ces rues nettoyées au petit matin, et moi là !!!

Je suis le mensonge de ce monde, 

Je suis cette part d'humanité médiatisée, 

Ils cherchent des stratégies pour se débarrasser de moi, 

Ils dépensent des sommes colossales, 

Ils ont créé des commissions pour me déraciner.

Alors je ne sais plus si je suis un bout de viande ou un morceau d'asphalte.

Ce monde me procure du mépris, 

Comme à mes frères renvoyés à la torture, 

Assassinés au nom des conventions internationales.

Ou ceux qui ont échappé aux campements, 

Aux empreintes maudites,

Venant des bains de sang Africains pour se retrouver plus bas que terre, mais pourquoi ??? 

Parce que je suis un réfugié rempli de pourriture, 

allongé sans même pouvoir espérer. 

Inquiet, je meurs avec le silence des lucioles, caressé par des papillons multicolores.

Hassan Yassin

01/05/2017

Attention, élections. Ne pas ouvrir la porte au fascisme... VOTER !!!

mms_img142482101.jpgS'ABSTENIR est un choix dangereux, que je pense même irresponsable.                                                                                  C'est objectivement donner des voix au FN fasciste.               

mms_img1450971062.jpgJuger Macron sur les gens qui déclarent le soutenir n'a pas de sens (même si certains sont très honorables et vrais soutiens). Voir plutôt son programme et son équipe de travail. Plutôt que des personnalités qui se mettent en avant voir des collectifs ou des experts qui s'engagent. Il a le soutien concret de juges du terrorisme,  de syndicats policiers.                                                     

En face (FN, Le Pen) ce sont des xénophobes, des négationnistes, alliés à des néonazis, des Identitaires.                    Des menteurs.                                                                                      

A ce sujet l'histoire autour de l'UOIF est intéressante à examiner. Le Pen met ça en avant. Évidemment qu'ils appellent contre le FN : quelle que soit l'idéologie de ce groupe (que je combats)  il a fait comme tous les groupes qui représentent des minorités religieuses, ou communautés de croyants (ou prétendent les représenter...). Mais il peut y avoir aussi, de la part de l'UOIF, une volonté perverse de servir le FN d'une autre manière que l'abstention prônée par Ramadan (en jetant l'opprobre sur un faux allié, pas sur le vrai allié objectif).                                                Le CRIF (représentation de la communauté juive et veille contre l'antisémitisme)  appelle à voter Macron : c'est logique, rien de choquant en cela, rien de pervers (l'antisémitisme dans l'ADN du FN, le CRIF le connaît. Mais appellent aussi à ce vote contre le FN les protestants et de nombreuses associations chrétiennes (pas l'Église de France, qui soigne sa relation avec les intégristes de Sens commun,  soutiens du FN).                

L'UOIF, Macron et En Marche ne l'ont jamais sollicité ni rencontré. Le FN, oui,  par des responsables FN qui ont organisé des conférences communes avec l'UOIF (les traces sont sur la Toile, il suffit de chercher). De plus Daech a déjà affirmé publiquement plusieurs fois son désir de voir le FN arriver au pouvoir... ! Et il faut savoir que le médiateur français qui a fait le lien entre Lafarge et Daech est un responsable du FN. (Lafarge a payé Daech, donc financé le terrorisme,  pour continuer à travailler en paix, sans heurts avec Daech, et ceci par l'intermédiaire d'une personnalité du Front national... !). Enfin savez-vous que Tariq Ramadan,  l'islamiste soft, (mais très dangereux) fait campagne intensive contre Macron,  et qu'il appelle tous les musulmans à s'abstenir. (Pas, évidemment, la majorité des musulmans qui vivent leur croyance dans un cadre républicain, respectueux de la loi laïque de 1905. NON, ceux qui le suivent,  islamistes plus ou moins masqués.) S'abstenir c'est obéir à la stratégie de Tariq Ramadan  !!! Si vous en doutez regardez ses vidéos en mettant en recherche sur Google son nom et celui de Macron.                                                             

NON,  je ne voterai pas comme les islamistes qui suivent Tariq Ramadan...  ! (Drôle de façon, que ce serait, de lutter contre l'islamisme...!). Je ne vote pas comme ceux que je combats. Je vais voter pour la démocratie,  pour l'intelligence pragmatique,  les valeurs,  la fraternité.  Contre la vulgarité crasse et les héritiers des fascistes, alliés des néonazis.                                            

De plus je constate que L'INTERNATIONALE D'EXTRÊME DROITE ne cesse de fabriquer des désinformations qu'elle fournit au FN (jusqu'à la création d'un faux diffusé abondamment par les militants FN et les sites complotistes, et que Le Pen a évoqué au débat en insinuant un soupçon sur un compte : plainte est déposée pour usage de faux, une enquête se fera).                                                                                                    

Ainsi la presse RUSSE a publié un entretien de SORAL (voir doc sur mon mur), ce complotiste antisémite et négationniste,  pour lui demander son expertise (!) sur Macron (expertise reprise avec des variantes et attribuée à des psychiatres inventés, parfois italiens, parfois américains... !!!).                                                                               

Le Pen a le soutien officiel, plusieurs fois réaffirmé,  du KKK raciste américain,  groupe violent suprémaciste blanc qui a des assassinats multiples dans son histoire.                                                  

Voilà certains des alliés du parti qu'on prend le risque de laisser prendre le pouvoir en s'abstenant. Ou dont on laisserait monter le score, donc dont on légitimerait l'idéologie.                                        

Qui donc appelle à l'ABSTENTION ?                                              

L'islamiste Tariq Ramadan, donc, ET l'ultragauche de Mélenchon (son parti si peu critique de l'islamisme quand ce n'est pas en accord sur certains discours...).                                    

Je ne veux pas plus faire le même choix que l'ultragauche.  Je vote comme seuls les démocrates peuvent le faire, pour Macron.                                                                                                        

N'étant pas la télé j'ai le droit (simple citoyenne) de le dire, d'informer, discuter, dénoncer, mais pas de lancer un appel pour un des deux candidats... (nuance). Et je ne fais pas l'erreur de me croire accusée de crimes, moi ou mes parents, ou ancêtres espagnols, au sujet de l'Algérie, car même si la formule de Macron était erronée ou maladroite, suivant les analyses qu'on peut en faire, elle ne visait aucunement les Pieds-Noirs, et certainement pas les descendants d'immigrés qui n'étaient même pas Français au moment de la guerre de colonisation, mais elle désignait les responsabilités de l'État, donc de la France... métropolitaine. (N'y en a-t-il pas?).                                                

L'enjeu actuel étant grave il ne faut en aucun cas avoir un réflexe communautaire. Il faut penser à nos vies dans le présent de ce pays, à  la sécurité et à  la lutte contre le terrorisme (lutte pensée avec rigueur par Macron,  quand Le Pen a dit - débat - la confier... aux... douaniers, qui arrêteraient les terroristes aux frontières !!!). Il faut se déterminer aussi pour les enfants, qu'il ne faut pas mettre en situation de devoir nous reprocher de les avoir jetés dans l'enfer que décrit la femme polonaise qui lance un cri SOS pour la France. Car elle a fait, elle, comme d'autres polonais, l'erreur de l'abstention.  Et l'enfer de l'extrême droite au pouvoir elle le vit...! (Son appel est sur mon mur Facebook). Nous sommes devant une responsabilité historique,  et nous serons jugés pour cela...                                                                     

Je serai, pour ma part, en accord avec ma conscience. Et je pourrai regarder les jeunes de ma famille (aux noms divers... suivant les mariages, familles biologiques ou de coeur, recomposées ou pas) en sachant que je ne les aurai pas trahis, ni eux, ni leurs ancêtres exilés plusieurs fois. Pas trahi nos migrations, pas trahi nos métissages.                                                                             

Enfin, quand je vois qu'on affuble Macron du titre d'ultra-libéral... ! Libéral? Oui. Assumé.

Mais que signifie "libéral" ?      Cela ne veut pas dire favorable à un pouvoir destructeur de "machines financières" fantasmées par ceux qui en font des mythes empruntés à de troubles projections héritées des années 30. (Penser à d'immondes caricatures dignes des nazis qui ont circulé...!).                                                                                      

Cela veut dire deux choses.                                                           

D'ABORD une orientation idéologique et politique qui privilégie la LIBERTÉ individuelle. (Et donc le respect des individus, de leurs choix de vie, de leur liberté de conscience, de leur droit à l'éducation - et non celui d'être programmés pour une orientation professionnelle précoce sans espoir d'évolution, comme le FN le prévoit, en sacrifiant d'avance les enfants de ces milieux populaires qu'il prétend défendre...! En voulant revenir à des principes rétrogrades en matière de pédagogie). LIBERTÉ d'information et d'expression. (Et non la mise au pas de la presse, les pressions et menaces, comme on le voit déjà dans les villes tenues par le FN, et comme on a pu le voir pour CNews écartant Audrey Pulvar, ou au sujet du débat, avec le refus d'une personnalité que Le Pen craignait). LIBERTÉ de création, et non budget culturel limité et art condamné parce que non conforme aux perceptions rigides ou xénophobes du FN et ses aberrantes conceptions de ce qu'est la culture française de repli.                                                                                    

Donc LIBERTÉ en cohérence avec la tradition des Lumières.  Liberté, et DROITS (des femmes notamment, bien menacés par les projets FN).                                                                    

ENSUITE... LIBERTÉ d'entreprendre, donc de créer des entreprises et de les faire fonctionner dans un pays ouvert aux échanges commerciaux dans l'Europe (une Europe à repenser pour l'améliorer) et dans le monde, pas avec des frontières fermées aux exportations. LIBERTÉ de faire de la recherche. (Pas un retour, par exemple, au créationnisme que les intégristes confondent avec la raison, ou à d'autres errances similaires...). COMMUNAUTARISME, dans la pensée d'Emmanuel Macron? Certainement pas vrai pour le lecteur d'Amartya Sen qu'il est... ! Ne pas confondre communautarisme et fraternité respectueuse de la diversité des êtres qui constituent notre pays. Cette confusion est entretenue par le FN qui n'en est pas à un mensonge près. (En jouant justement sur des communutarismes... ).                                                                                        

La France est devant la possibilité d'une chance historique. D'une transformation sans violence. Chance dont les observateurs étrangers prennent la mesure (ceux qui ne sont pas les alliés d'extrême droite du FN, bien sûr...).                     

Passer à côté par erreur, frilosité, peur... ce serait inacceptable. Et il serait temps de sortir des attentes immatures d'une gouvernance nous dispensant d'agir en tant que société civile.  Autre argument problématique que les populistes ressortent infiniment (ayant peu de matière à penser...) : la FINANCE...!  Déjà, le FN qui a volé l'EUROPE (8 à 9 millions d'euros, quand même...!!) est mal placé pour se prévaloir d'une éthique à ce sujet... !                                                                                           

Enfin, "la" finance, c'est un mot vide si on ne le met pas au pluriel. Quel rapport entre la spéculation ou l'argent des mafias (voilà "une" finance...) ET le support financier de l'entreprise, du commerce, du mécénat, des services publics? CE sont deux réalités d'un monde économique (et financier) aussi complexe que toute réalité.                                                                                                 

Mais penser la COMPLEXITÉ n'est pas dans les capacités des théoriciens du rejet et du repli, des eurosceptiques enfermés dans les théorisations du vide.                                                            

OUI, je vais VOTER, et VOTER MACRON, pour ce que je pense être digne de la France, et parce que je suis profondément EUROPÉENNE. 

........................................

MESSAGE de POLOGNE, qu’on peut signer comme une pétition, sur WeMove.eu (Oui, je comprends pourquoi elle adresse ce cri qui est un SOS pour la France, car elle constate l'aveuglement irresponsable de beaucoup). Pour ma part, je n'ai pas du tout envie de tomber dans le piège qu'elle dénonce, dans lequel elle est tombée et qui se trouve être un cauchemar. NON. Je vote. Je vote pour la démocratie, l'Europe, l'intelligence pragmatique et les valeurs, la fraternité… https://act.wemove.eu/campaigns/lettre-ouverte?utm_campai... 

Lettre-chronique de Luc Le Vaillant... A JL Mélenchon... ("C'est inexcusable")... http://www.liberation.fr/chroniques/2017/05/01/jean-luc-c... . 

Emmanuel MACRON, ENTRETIEN avec MÉDIAPART (article et vidéos)… https://www.mediapart.fr/journal/france/050517/1-dimanche...

Macron est-il libéral ? Oui, socialement (valeurs, liberté) et économiquement (entreprendre). Slate… http://www.slate.fr/story/144592/macron-liberalisme-scandinave

15/11/2016

13-11..."Fluctuat nec mergitur". Ne pas sombrer, c'est aussi parler, témoigner...

BD Bataclan.jpg« La pluie de demain lavera les taches mais il restera toujours quelque chose dans nos âmes. »

Sting (Fragile)

« Nous sommes ceux qui restent, suivis par une ombre, tous unis par une même idée : ne pas nous laisser tuer deux fois. »

Antoine Leiris (auteur de « Vous n’aurez pas ma haine »)

...

PAS HAINE.jpgNe pas sombrer, c’est le défi des survivants des attentats. Et chacun trouve la manière de forger sa résistance, de remettre les pas dans la vie, de reconstruire son rapport aux autres, tant avec ceux qui sont directement concernés, victimes ou endeuillés, qu’avec ceux qui ne peuvent pas complètement comprendre, entendre la parole de douleur, le traumatisme gravissime. Choix entre se taire, ou parler. Parole de partage et parole thérapeutique. Solidarité.

Bien sûr, il y a des expériences différentes. Quand la colère domine, et quand la haine affleure, dont il faut réprimer les mots pour ne pas heurter - comme le dit de lui un survivant du Bataclan (dossier de Libération daté 12-13/11, riche de plusieurs témoignages différents) : père de famille qui s’est, de plus, heurté à des rigidités diverses (indemnisation problématique, incompréhensions de la situation scolaire de ses enfants par des acteurs de l’éducation nationale, dans la méconnaissance troublante de ce que sont les traumatismes graves et leurs effets). 

Beaucoup de témoignages sont le signe, le plus souvent, d’une force vitale renforcée : ne pas laisser les assassins gagner aussi contre l’esprit et le temps. 

Refus de la haine, comme l’a exprimé pour tous Antoine Leiris dans sa lettre spontanée, celle qui a jailli dans la proximité de la douleur la plus grande, et dans la conscience de tout ce qu’il fallait préserver pour son enfant… « Vous n’aurez pas ma haine »…  https://www.facebook.com/antoine.leiris/posts/10154457849... 

Cette lettre est devenue un livre, pour aller au plus loin du message… http://www.fayard.fr/vous-naurez-pas-ma-haine-9782213701295 

Et un documentaire a été créé par Antoine Leiris, qui donne la parole à ceux qui ont vécu la même tragédie…   (Rediffusé le 3-12, France 5, minuit)… http://www.france5.fr/emission/vous-naurez-pas-ma-haine 

« Alice et Aristide » est un documentaire de Laetitia Krupa, qui raconte le parcours du rugbyman Aristide Barraud et de sa soeur, survivants tous les deux (il est passé très près de la mort, et en le sachant). Le corps, la douleur, le doute, la peur, le courage, et le désir de rejouer, donc de vaincre tous les obstacles physiques. Pour soi, et pour les autres : être pour autrui ce que d’autres ont été pour lui, des repères de courage, de ténacité devant l’adversité. Et revenir sur le terrain pour tous ceux qui sont morts. Alice, aussi, accepte d’attendre mais pas de ne plus faire ce qu’elle aime, artiste du corps. Et elle va revenir à la vie du cirque… Ne pas renoncer, jamais…. (« On n’a pas choisi ce qui nous arrive, mais on va choisir ce qu’on va en faire», a dit Aristide, pour sa soeur et lui). A voir… http://www.lequipe.fr/Medias/Actualites/-alice-et-aristid... 

« Mon Bataclan » est une bande dessinée de Fred Dewilde, qui fait le récit de son cauchemar de survivant. Le dessinateur se libère ainsi de l’obsession des images : il les transcrit et s’en délivre… http://www.lemieux-editeur.fr/Fred-Dewilde-sortir-du-Bata... 

Voir aussi des vignettes sur L’Express… http://www.lexpress.fr/actualite/societe/en-images-un-sur... 

Trouver la manière de dire c’est trouver (ou retrouver) la matière, sa matière : les pages pour des mots, les crayons pour dessiner, la voix et l’instrument pour le chant, le corps pour la danse ou le sport de compétition, ou les gestes du quotidien d’un travail retrouvé. Je pense à une agricultrice vue dans un reportage, et qui disait « Ils sèment la mort, moi je sème des graines ». 

fluctuat nec mergitur,13 novembre,terrorisme,islamisme,racisme,intégrismes,fragile,sting,antoine leiris,vous n’aurez pas ma haine,solidarité,alice et aristide,laetitia krupa,mon bataclan,fred dewilde,la belle équipe,stade,traumatismes,résilience,douleur,courage,témoignages,noumouké sidibé,ali charrihi,nicole guiraud,fraternité,abdennour bidar,ikhwan,planète soufie,fondation conscience soufieUn livre très précieux, ainsi, celui de Georges Salines : « L’indicible de A à Z », Seuil. Médecin, père d’une victime du Bataclan, et président de l’association 13 novembre, il met par écrit, en abécédaire de fragments médités qui échappent à toute classification de genre, ce qui lui permet de se regarder souffrir et penser, pour que la pensée, justement, demeure possible. Un livre et un engagement irrécupérables… http://www.seuil.com/ouvrage/l-indicible-de-a-a-z-georges... 

L’anniversaire commémoré m’a fait revoir les visages, photographies dans les journaux, souvenir du choc d’alors. Ainsi ceux de La Belle Équipe. Et lire ou écouter les entretiens. La Belle Équipe, le Bataclan, le Stade, les autres lieux. Penser au présent de ceux qui poursuivent, marqués mais là. Attentive aux mots de Noumouké Sidibé, le chef de sécurité du Bataclan, toujours en arrêt, blessé par les soupçons du chanteur du groupe Eagles of Death Metal, blessé par les méconnaissances, et préoccupé par le risque de bascule dans le terrorisme de jeunes qu’on pourrait sauver de cela.

Commémorations, donc (Nice, Paris…). Elles ont été critiquées par certains commentateurs, (trop ceci, pas assez cela) mais les victimes les désiraient et disent en avoir tiré un apaisement. Comme Ali Charrihi, dont la mère, Fatima, est morte à Nice le 14 juillet. L’hommage rendu est pour lui un signe fort : « La nation entière va honorer ma mère » (cité dans un article du Parisien du 15 octobre). Sa réaction à lui est de décider de s’engager auprès de Latifa Ibn Ziaten, mère d’une victime de Mohamed Merah. Lutter contre les radicalisations, tenter de prévenir.

Ondes de choc… Le temps des secousses dure plus qu’on ne peut croire. Ainsi Nicole Guiraud, victime d’un attentat, enfant, pendant la guerre d’Algérie (le Milk Bar, Alger) le dit dans une lettre ouverte à Zohra Drif.  (Zohra Drif avait posé la bombe visant des civils dans un bar recevant des enfants, d’où son nom, et a réagi récemment, agressivement, à la déclaration du père d’une victime du Bataclan qui parlait de terrorisme dans ce cas précis - puisque le terrorisme est défini par le fait d’attaquer des civils, dont des enfants). Nicole Guiraud la désigne comme son bourreau, car les séquelles de son amputation d’un bras demeurent (douleurs, soins). Plasticienne, elle est aussi privée d’une main pour créer. La mémoire du terrorisme elle la retrouve chaque matin. 

Comme doivent la retrouver des personnes en Algérie, victimes des attentats de la décennie noire. (Et le Milk Bar a encore, alors, été visé…). Nicole Guiraud, comme Danielle Chich, a refusé la haine (au contraire, elle a participé à des actions fraternelles de liens entre les rives). Mais elle a fait de la lutte contre le terrorisme son engagement principal, y compris par la création (comme dans son exposition « Survivre »), ou le partage avec des artistes algériennes (comme lors d’une exposition à trois en Allemagne, à Berlin.).

Ondes de choc… autour. Nous, individuellement, et nous, collectivement.

Le risque des fractures intensifiées, sur lesquelles les extrémistes tirent pour les accentuer. 

…Que ce soient les stratèges de l’islamisme, jouant sur la victimisation (inversant les rôles) et glissant petit à petit leurs codes rigides, qui veulent emprisonner les êtres corps et âmes, et les femmes d’abord. Manipulation et taqiya (avancer masqués). 

…Que ce soient les partis d’extrême droite, racistes, et leurs alliés, dédiabolisés ou pas, ou le fatras des complotistes et antisémites.. 

Une réponse est l’écran construit contre les haines diverses, les peurs, les ignorances. 

..Se méfier des obsédés qui pensent tout à travers le filtre de la peur de l’islam (confondant musulmans et islamistes). 

..Se méfier des idéologues complaisants qui se font complice des manipulateurs, par bêtise, conviction, intérêt. Les idiots utiles. A l'inverse de cela, Abdennour Bidar met l'accent sur la fraternité, sans négliger la lutte contre les intégrismes mensongers, et il développe un mouvement de citoyens... https://www.fraternite-generale.fr 

Résister.

Mais résister ne peut faire l’économie d’une vigilance concertée et totale pour débusquer les pièges des totalitarismes concurrents. 

..Soutenir IkhwanInfo (Mohamed Louizi, Soufiane Zitouni, Caroline Fourest, Antoine Sfeir, etc.…)… http://www.ikhwan.whoswho  

..Soutenir les messagers d’un islam du respect, de haute spiritualité humaniste, comme Planète soufie…http://www.aktab.ma/veille/  ou Fondation conscience soufie… http://conscience-soufie.com 

..Faire passer le message aux politiques, contre le clientélisme aveugle et la diplomatie de complaisance. 

..Soutenir les associations qui luttent contre le racisme et les confusions (liste Agir, marge gauche… ici).

02/05/2016

Nimrod, poète… Sur les berges du Chari

NIMROD.jpgLe sous-titre est « district nord de la beauté ». Beauté, mais aussi violence et mort. Solidarité...

En exergue :

« Je n’ai de cri qu’en cette trace où fut le sel. »

Edouard Glissant

Le livre se met sous le superbe chiffre littéraire d’Edouard Glissant. Ainsi on sait que la parole née de la terre d’exil va rejoindre un regard-monde. C’est pour cela que Bruno Doucey peut noter partager avec le poète le « fleuve de la fraternité ».

J’ai associé ce vers (ici inscrit comme un programme poétique et éthique) à une expression d’Emmanuel Levinas : la « luisance de la trace », notion qu’évoque Jean-Paul Kauffmann au sujet de sa recherche des « fantômes » de la bataille d’Eylau (son dernier livre, « Outre-terre »). Il dit « Il n’y a rien, et donc c’est là que ça se trouve. » Evocation en parenté avec la démarche du photographe Yan Morvan (« Champs de bataille / Photosynthèses »). C’est en conclusion d’un long entretien croisé, passionnant, paru dans Marianne, 22/28 avril 2016. Hasard, ces lectures qui se rencontrent, où la trace est une clé. Et plus : batailles, aussi, dans le recueil, notamment dans des poèmes d’hommage (mineurs sud-africains fusillés, étudiants tchadiens réprimés). 

Mais, exergues, il y en a aussi pour introduire des parties du recueil, ou des poèmes : citations de Franck Venaille, de Paul Verlaine, de Benjamin Fondane (fragment magnifique et terrible, qui se termine justement sur la répétition du mot « fantômes », suivi d’un point d’exclamation, apostrophe qui interpelle ainsi ceux qui avaient « cru à l’homme / et aux beaux yeux de la bonté / mais que la route avale comme / un fleuve immense et éhonté »). Quand les exergues sont bien choisis ils valent tous les commentaires ou manifestes. Et, choix du poète, comme une signature, pour un des derniers textes du recueil, un poème encadré de citations d’Amadou Hampâté Bâ, l’immense… 

(« Je suis souverain dans les choses pastorales » 

et 

« Entrez, sortants… Sortants, entrez… »)

Lecture en cours, ce recueil de Nimrod… Qui fait écho, pour moi, au cri murmuré d’Anise Koltz (« Je renaîtrai »).

Page éditeur (éds Bruno Doucey, coll. l’autre langue) : http://www.editions-brunodoucey.com/sur-les-berges-du-cha...

Autres liens : 

Eds Obsidiane, plusieurs recueils de poésiehttp://perso.numericable.com/editions-obsidiane/Auteurs/B... 

BioBiblio, Africultureshttp://www.africultures.com/php/?nav=personne&no=4979 

Un poème, sur le blog de L’Ardent pays (entre autres pages): http://ardentpays12.over-blog.com/2016/04/nimrod-envol.html 

...

NOTE © MC San Juan (Trames nomades) 

Posée aussi… page Facebook : https://www.facebook.com/TramesNomades

04/12/2015

"Frères et soeurs d'infortune"... en rencontre profonde d'humanité essentielle

Ombre chaîne NUIT attentat.jpgJai lu ce texte d’abord dans Marianne du 4 décembre, rubrique Journal des lecteurs. Je le retrouve en ligne sur un blog. (Je l'introduis, avec, en exergue, cette photographie qui interroge nos chaînes, nos ombres, le refus des chaînes... Mais la capacité de voir l'ombre, et donc la lumière...).

Danielle Michel-Chich, née en Algérie, qui a perdu une jambe à cinq ans en 1956 lors de l’attentat du Milk Bar, écrit aux blessés du 13 novembre. Car, si on a pensé beaucoup aux morts, absence irréversible, douleur infinie des proches, demeurent les blessés, si nombreux, dont certains le sont très gravement, et on peut se douter que des corps seront irrémédiablement atteints. Danielle Michel-Chich sait, pour le vivre, qu’on ne peut pas oublier cette atteinte, toujours présente pour rappeler le fracas terrifiant de cet instant. Terrorisme alors, terrorisme encore. Terreur telle qu’elle sidère quelque chose en soi et dans l’entourage, proche ou moins proche : communauté, concitoyens, compatriotes, et tout simplement humains, qui, même très loin, ressentent l’effet du choc, partagent. Ce choc physique et psychique se prolonge longtemps, et c’est un travail sur soi qu’en défaire ce qui serait obstacle au fait de vivre, malgré et à cause de ça, plus, encore plus, ou, simplement, vivre. Comment réagir, comment penser, et comment ne pas s’enfermer dans la haine? Sachant plus que personne les pièges et les ressources de vie qu’on trouve en soi, qu’on décide de trouver en soi, Danielle Michel-Chich s’adresse à tous ceux qui sont directement meurtris. Meurtris ils le sont par le deuil, s’ils ont perdu un proche (parfois deux, ou plus). Ils le sont par l’inquiétude et la révolte devant la souffrance de ceux qu’ils aiment, encore hospitalisés ou revenus chez eux et suivis. Devant le saccage des corps et des liens par la folie de fanatiques. Ils peuvent l’être, aussi, meurtris, par la colère. Colère contre les assassins, colère contre ceux qui n’ont pas su empêcher cela, comme l’ont exprimé fortement des pères révoltés (pourquoi n’a-t-on pas fait avant ce qu’on fait maintenant? pourquoi n’a-t-on pas pris la mesure des failles?). De la souffrance à la haine, de la colère à la haine, le fil est ténu. Parfois cela submerge, même quand on s’y refuse. Mais cela nous détruit, la haine est une prison.

Danielle Michel-Chich leur dit comment elle a réagi, les ‘choix’ qu’elle a faits (se demandant - elle met un point d’interrogation - si ce sont des choix ou un instinct vital qui a coulé sans le décider). Elle a choisi la vie, la joie, l’implication. 

Et elle leur exprime un seul souhait : qu’ils puissent éviter l’écueil de la haine.

D’elle on peut entendre cela, d’autres ce serait différent. Elle parle du lieu du partage, fraternité de douleur, d’infortune (au sens fort : ce hasard tragique qui atteint dans un instant, et aurait pu ne pas atteindre). 

Elle a un autre message : même si elle reprend le mot ‘victimes’ au début de son texte, pour dire à qui elle s’adresse, elle précise à la fin qu’elle récuse ce mot (‘étiquette salement collante’). Mot qui est une autre prison, chape de plomb qui réduit une identité singulière en la figeant dans un moment et dans un rôle. Avec le risque d’être transformé en icône d’une vision. Idéologies qui veulent leurs martyrs pour les maintenir dans leurs filets, en prétextant parfois les protéger, les soutenir. 

Elle parle de réactions à son livre, sans jugement. Dans le contexte passionnel de la mémoire de la guerre d’Algérie, les projections sont encore importantes, tant les douleurs peuvent avoir été violentes, et tous n’ont pas les mêmes ressources pour se délivrer de la haine. Certains ont peut-être désiré d’elle un partage de haine qu’elle n’a jamais proposé. Elle dit seulement que la haine empêche d’avancer. (D’autres ont vécu des drames similaires, et refusé la haine - ainsi la plasticienne Nicole Guiraud, qui a failli mourir en 1956, au Milk Bar, petite fille, et a perdu un bras. Pas de haine non plus. Mais chaque être exprime à sa façon son choix de vie : écrire, créer, militer pour la fraternité, les uns, militer contre le terrorisme, les autres) .  

Voici donc le texte si dense et fort que Danielle Michel-Chich offre aux êtres blessés du 13 novembre (corps et âmes) : « A mes jeunes frères et soeurs d’infortune » : https://blogs.mediapart.fr/danielle-michel-chich/blog/231... 

Dans une chronique du Monde, le 1er décembre, Benoît Hopquin faisait l’éloge des 130 morts, jeunes, citoyens heureux d’une Babel. Ce qu’il dit d’eux on peut le reprendre pour les vivants, les blessés, les meurtris, qui vont se reconstruire : « Ils étaient pioupious de la liesse, sentinelles du vivre-ensemble, artificiers de l’amitié, balançant encore leurs salves de rires, juste avant le drame. » Ils le seront encore, même si, comme le dit Danielle Michel-Chich, il leur faudra beaucoup de courage. Lien : http://www.lemonde.fr/societe/article/2015/11/30/morts-au... 

Le processus  de reconstruction de soi et de sa vie, c’est un peu le prolongement de ce que raconte ce couple de survivants, Caroline Dos Santos et Julien Boudot : « S’extraire de l’horreur » cela va continuer...  « S’extraire de l’horreur. Hébétés, ahuris, encore dans l’épouvante. Et courir dans la nuit. Survivants! Chercher désespérément un taxi au milieu des sirènes. Et se serrer l’un contre l’autre tandis que la voiture file sur les berges de la Seine et s’éloigne de ce théâtre de guerre. Incrédules. Pleins de larmes et de frissons. Avec l’urgence de vivre. » (…) « J’oscille en permanence », dit Caroline (entre pleurs et rires). Propos recueillis par Annick Cojean : "Je t'aime, on ne doit pas mourir" Lire : http://www.lemonde.fr/attaques-a-paris/article/2015/11/28... 

Humanité… Visages. Êtres émouvants, généreux. Et le mal, son mystère. Comment et pourquoi peut-on arriver à ne plus être capables de reconnaître en l’autre un visage, une conscience, un sujet? Humanisation et déshumanisation, disent Fabienne Brugère et Guillaume Le Blanc, philosophes, dans une tribune de La Croix du 1er décembre, "L'idée d'humanité" : « Dans toute société, il existe alors des processus d'humanisation portés par des valeurs et des processus de déshumanisation qui tiennent à la présence de la violence ou du mal. ‘Liberté, égalité, fraternité’  est une devise qui porte une idée de l'humanité, et qui doit s'incarner dans des processus d’humanisation… » (…) « Nous avons plus que jamais besoin de tenir ensemble, à la fois dans un même pays, mais aussi dans un univers mondialisé. Défendre les valeurs de l'humanité revient à ne pas faire des autres des ennemis, à ne pas oublier non plus l'ennemi intérieur. Le mal peut toujours être porté surtout s'il trouve les supports pour se déployer. » L’ennemi intérieur qui peut faire basculer un individu dans la folie meurtrière ou l’assassinat de masse. L’ennemi intérieur, tapi en soi, fait de rancoeurs, de ressassements, de haine plus ou moins consciente… Radicalité qui s’installe, fantasmes et théories du complot, fuite dans le jihadisme. Ou, autre radicalité jumelle, rejet de l’autre, xénophobie, projections. Le mal, qui s’insinue dans l’esprit, le langage, nourrit le meurtre dans tous les cas. Donc tentons de faire des valeurs les remparts au mal tapi dans l’ombre : http://www.la-croix.com/Archives/2015-12-01/FORUM.-L-idee...

05/11/2015

Israël-Palestine. "Parcours de paix..."

« La médiathèque Lucie Aubrac de Ganges, en Cévennes, et Réel éditions (maison d'éditions à Ganges) s’associent pour proposer deux journées, les Vendredi 20 et Samedi 21 novembre 2015, et présenter les actions de paix de plusieurs Palestinien(ne)s et Israélien(ne)s, à travers rencontres, débats, projections, musique… Les invité(e)s sont les auteurs du livre collectif : « Israël – Palestine, Les mains tendues » (Réel éditions), qui sortira en librairie début novembre.

Ils sont Israéliens, Palestiniens, Juifs, Arabes, Musulmans, Chrétiens... »

« Ces propositions et ces actions existantes nous sortent du clivage médiatique simpliste et désespérant. » 

Suite sur le site : http://fr.ulule.com/parcoursdepaix/ 

Le site de l'édition : http://www.reel-editions.comPAIX.jpg

19/10/2015

Chantal Lefèvre, décès d’une femme très estimable

Née à Blida, elle y est revenue, et a fait vivre l’entreprise familiale, imprimerie et librairie.
J’ai appris son décès par un post de l’édition Barzach, daté 17 octobre (et suivi de commentaires chaleureux), lu un article d’El Watan qui lui rend hommage aussi (mais doit fermer les commentaires du fait de malveillances diverses). Cherchant, j’ai retrouvé, sur son itinéraire, une page de blog, ample et fort riche, passionnante, dont je mets le lien ci-dessous (là aussi, commentaires chaleureux), plus un ancien article sur Jeune Afrique, et une vidéo de France 24. 
Je ne l’ai jamais rencontrée, juste échangé une fois un message il y a fort longtemps, mais j’ai toujours eu envie de rester informée, de suivre son parcours, estimant la valeur du témoignage de fraternité qu’elle a donné toute sa vie.
Née en Algérie, Algérienne de coeur, Pieds-Noirs (je laisse le pluriel : on a deux pieds…) d’identité, ne trahissant rien d’elle-même, et ne trahissant rien de ses valeurs, voilà des êtres qu’on ne peut qu’aimer, même de loin. Les articles en diront beaucoup plus, et la vidéo… 
……………………………...
 
Annonce du décès et infos :
 
Par un post Facebook, 17 octobre, Barzach éditions (commentaires chaleureux) 
 
Par la presse, comme El Watan, qui titre "Blida pleure Chantal Lefèvre", le 19-10-2015.
 
 
Les professionnels de l'imprimerie (CCFI) : http://www.ccfi.asso.fr/blog/2015/10/blida-pleure-chantal... 
 
Son itinéraire
 
Page de blog (présentation ample de l’histoire de Chantal Lefèvre, et commentaires chaleureux sur la page), 2012 :http://www.zohramaldji.fr/wordpress/?p=28284 
 
L’article ancien sur Jeune Afrique (imprimerie, librairie, édition) : http://www.jeuneafrique.com/100935/archives-thematique/co...  
 
L'imprimerie Mauguinhttp://www.imprimerie-mauguin.com

13/10/2015

« Nos larmes ont la même couleur », un livre, des êtres, des rencontres...

LIVRE LARMES.jpg

Le titre est très beau, il traduit la manière dont la douleur est vécue, et l’éthique des êtres qui s’engagent, malgré toute la dureté du conflit, la situation qui semble bloquée. Sortir des colères et des rages, malgré l’horreur des drames (là c’est la mort absurde de son enfant, dans un conflit qui s’éternise, avec, de part et d’autre, des chercheurs de paix et des esprits enfermés dans la logique de guerre). Parler à la place des autres, c’est impossible, manipulateur (et trop le font, qui instrumentalisent la réalité, relativement proche mais lointaine cependant, pour des enjeux douteux). Mais entrer dans la souffrance de l’autre pour comprendre qu’elle est exactement la nôtre, c’est une démarche inverse, dont sont capables, justement, des êtres pour qui la réalité n’est pas une information externe, une analyse lue dans un journal, un info entendue, mais le vécu concret, émotionnel, charnel, et pourtant pensé. Celles qui témoignent sont des mères : elles ont perdu un fils, et militent ensemble. Ce conflit, on le suit avec tristesse ou rage, en lecteur/lectrice des journaux, oreille et yeux attentifs aux paroles et images télévisuelles, aux prises de position d’associations (fort diverses, clivées), aux commentaires vus ici et là sur des forums, et très souvent fort décevants, si ce n’est fort inquiétants (tant la haine s’y greffe, au point qu’on ne sait plus si le conflit est cause ou prétexte pour certains). 

Les uns, les autres : la séparation, encore, et les projections. Alors, quoi qu’on puisse penser des choix, des stratégies, des errements… des pouvoirs, constater que des personnes, particulièrement concernées, elles, sont capables d’entrer en empathie avec l’autre, apparemment étranger et ennemi, pour refuser la cassure, et tendre le fil du partage, c’est apaisant. Deux femmes témoignent, mais elles ne sont pas seules. Des familles israéliennes et palestiniennes se rencontrent régulièrement, toutes frappées par la même tragédie personnelle, et se saisissent de cela pour appeler à une prise de conscience, pour dire non à la violence et à la guerre, et dire qu’il est possible de penser autrement. 

On peut lire le livre d’Anne Guion, on peut aussi avoir envie de les entendre exprimer ce qu’elles vivent.  Bushra Awad, Palestinienne, et Robi Damelin, Israélienne, participent à des débats-échanges avec l’auteur du livre, en divers lieux. (Ainsi, le 15 octobre à l’église St-Merry : voir ci-dessous, précisions et lien). 

Le livre, « Nos larmes ont la même couleur » est celui d’Anne Guion, éd. du Cherche-Midi.

Page éditeur (dont version numérique), éd. du Cherche-Midihttp://www.cherche-midi.com/theme/Nos_larmes_ont_la_meme_...  

Résumé (et fiche technique, bio auteur), sur Decitre : http://www.decitre.fr/livres/nos-larmes-ont-la-meme-coule...  

Page Facebook dédiée : https://www.facebook.com/noslarmesontlamemecouleur 

 

Impossible de ne pas faire retour sur d’autres livres… 

Ceux de l’écrivain israélien David Grossman (qui a perdu son fils) :, « Tombé hors du temps »,  « Une femme fuyant l’annonce » et « Un cheval entre dans un bar ».

Bibliographie sur le site du Seuil : http://www.seuil.com/auteur-2742.htm 

« Tombé hors du temps », culturebox.francetvinfo : http://culturebox.francetvinfo.fr/livres/romans/tombe-hor... 

« Une femme fuyant l’annonce », Le Monde : http://www.lemonde.fr/livres/article/2011/08/25/david-gro... 

« Un cheval entre dans un  bar » (et ce que dit l’auteur, dans la subtilité et la complexité, sur la société israélienne), culturebox.francetvinfo : http://culturebox.francetvinfo.fr/la-rentree-litteraire-2...   

Celui d’Izzeldin Abuelaish, médecin palestinien (qui a perdu trois de ses filles et sa nièce) : « Je ne haïrai point ».

Article du Point, par Armin Arefi, nov. 2012 : http://www.lepoint.fr/monde/israel-palestine-je-ne-hairai...  

En complément, dans la liste Actu, marge gauche de ce blog (il faut descendre un peu…), j’ai posé de nombreux liens vers des articles et des sites, classés à Israël ou Palestine ou Israël/Palestine….

.......................................................................................

MISE à JOUR, 19-10-15, après le débat-échange du 15 octobre à Paris : 

Le 15 octobre, Bushra Awad et Robi Damelin, dont les témoignages ont été recueillis par Anne Guion, ont parlé de leur itinéraire personnel : comment passer de la souffrance, qui anéantit, à la capacité d’agir, comment ne pas s’enfermer dans la haine et le désir de vengeance. Elles ont parlé du temps nécessaire pour que le dialogue soit possible, et de la valeur du pardon, qui délivre les victimes et ceux qui ont agressé, tué. Oui, ont-elles dit, lutter pour la paix, contre la violence et la haine, c’est comme vider la mer avec une cuillère à thé. Mais, ont-elles insisté, nous ne pouvons pas renoncer, car nous devons protéger les enfants, l’avenir. Robin Damelin, répondant à une question, a dit que le gouvernement actuel d’Israël était le pire qu’ils pouvaient avoir (mais qu'en face...), que tout était expliqué par la peur, elle-même compréhensible , mais que rien n’était immobile. Elle a ajouté que rien ne pouvait s’ouvrir vers la paix tant que la colonisation continuerait. 
Elles ont expliqué qu’elles n’étaient pas seules, que Le Cercle des parents réunissait 600 familles, et que d’autres associations tentaient d’agir dans le même esprit, car l’espoir est, en quelque sorte, un devoir.
Cela, c’est ce qui est faisable pour eux, Israéliens et Palestiniens.
..
Mais, pour nous, qui vivons ailleurs et nous sentons concernés, impliqués, elles ont fait passer un message, qui leur paraît être l’essentiel de ce qu’elles veulent dire (en plus du pardon, libérateur, qui sort la victime de son statut de victime, et l’agresseur de ce qui semble être son inhumanité). Ce message est une supplique. Que nous cessions d’entrer dans le conflit par le choix d’un camp, que nous cessions de promouvoir la guerre dans des engagements partisans. Que nous soyons des deux camps, seule manière de les aider.
 
"Ne soyez pas pro-palestinien. Ne soyez pas pro-israélien.

Faites partie de la solution, pas du problème." 

........... MISE à JOUR, 07-06-16. Israël-Palestine, recherche d'une troisième voie... Israéliens et Palestiniens ensemble (qui contestent les choix des politiques et ont été déçus par des tentatives alternatives des camps de la Paix). "Two states, one homeland" : http://www.cclj.be/actu/israel/initiative-paix-two-states...

Dans le même esprit... pour lutter contre les clichés, il est bien de noter des expériences dialogiques qui réussissent et donnent espoir. Ou de repérer ce qui contredit les messages de haine ou les visions caricaturales... 

Ainsi, alors qu'en France le conflit Iraélo-palestinien, passionnel, est facilement instrumentalisé et présenté de manière caricaturale (des 'camps' s'affrontant avec haine) peu ont prêté attention à ce que dit la carte interactive de Facebook. En tête des premiers amis des Israéliens sur Facebook viennent les Palestiniens... http://www.caminteresse.fr/economie-societe/sur-facebook-... 

D'Israël, qui connaît en France le village de la paix? "Wahat as-Salam - Nevé Shalom - Oasis de Paix". Village établi par des citoyens israéliens, qui sont des Arabes palestiniens et des Juifs, ensemble... http://wasns.org/-oasis-de-paix- 

Et le Cercle des parents (parents israéliens et palestiniens qui ont perdu des enfants dans le conflit, guerre ou attentats) : http://www.theparentscircle.com

Enfin, lire la tribune magnifique d’Ahmed Meguini (Son récit, sa réflexion, sont une synthèse de tout ce qu'est aussi le message du livre d’Amartya Sen, « Identité et violence ». Ou comment on trouve notre humanité quand on sort de l’identité univoque.) : http://laicart.org/je-nai-pas-sauve-des-juifs-jai-sauve-d...

... Voir aussi ces trois notes... Une sur le film, "Une bouteille à la mer"... http://tramesnomades.hautetfort.com/archive/2015/10/13/un...  Et celle-ci, lectures et liens pour le dialogue ("Penser le conflit sans être le conflit")... http://tramesnomades.hautetfort.com/archive/2015/10/18/is... Et... sur une initiative particulière... http://tramesnomades.hautetfort.com/archive/2015/11/05/is... 

... Et cet entretien avec Aline Baldinger pour son livre sur les "tisseurs de paix"... http://www.cclj.be/actu/israel/aline-baldinger-et-tisseur... 

... Tisseurs de paix, ici, ceux qui utilisent les langues partagées pour créer le dialogue et la compréhension par l'apprentissage linguistique : « Parler en paix » (apprendre l’arabe et l’hébreu ensemble) : http://www.parlerenpaix.org

27/05/2015

Andalousie ? Non : Andalousies...

Blas Infante.gifANDALOUSIE.jpgAl-Andalus.gif

Ancestrale Andalousie à l’histoire complexe, aux récits parfois contraires. Et même si la réalité est  recouverte en partie par une mythologie idéale, il reste des mémoires transmises, qui touchent à un mystère identitaire. Ce qui est passé, de génération en génération, c’est un goût musical commun à plusieurs rives, les mêmes chants, un tissage de langues, une esthétique visuelle, architecturale notamment, qui transcende les frontières. Et des visages qui se ressemblent, car les gènes, au cours des siècles, ont circulé... Emprunts biologiques nés d’amours frontières. Andalousies, dit Jacques Berque, car ce pluriel donne une direction à la fraternité que les êtres humains, malgré tout, cherchent. L’Andalousie a ceci de particulier, qu’elle reste, plus qu’une région, une patrie intérieure des exilés, longtemps après qu’ils aient raconté leurs migrations, ou leur fuite, longtemps après, chez leurs descendants. Elle se fait centre diasporique, repère. Et quand on entend chanter Marlène Samoun, pour des chants sépharades en plusieurs langues, ou qu’on entend le violon ou la voix de Rachid Brahim-Djelloul, on part dans un voyage intime, on pénètre dans les douleurs et les joies de milliers de noms (avec les nôtres peut-être), dans un passé lointain, et dans le présent si proche qu’il suffit de quelques mots en espagnol ou de quelques heures en train, pour traverser le temps... Elle est peut-être, notre Andalousie métisse, la patrie intérieure de tous les humanistes, de tous ceux qui refusent les entraves de la haine, les pièges des barrières.

Il y a aussi, dans la souterraine identité andalouse (et espagnole), la conscience marrane. Ce mot peut se lire comme une injure faite aux conversos (porcs, pour ne pas vouloir en manger), ou trouver dans l'hébreu le sens de consciences forcées (à la conversion). Car des 5% de Juifs, seuls 12% partirent. C'est ainsi que certains donnèrent des saints chrétiens, authentiques mystiques ne sachant plus leur identité religieuse familiale (car leurs parents les protégeaient en ne la leur disant pas...). Et c'est ainsi que l'Espagne andalouse s'interrogea beaucoup, après le franquisme, sur les interférences cachées de ses visages culturels et spirituels...

On peut aller plus loin dans les questions, et sentir, encore plus, le ridicule des enfermements identitaires. Zev ben Shimon Halevi (Warren Kenton), kabbaliste anglais fascinant, écrivit un roman initiatique sur l'Andalousie des mystiques, "L'Envoyé de l'Esprit", publié d'abord en anglais à Londres et à New York, puis en français en 1991. Rencontres de destins, groupes hétérogènes qui s'enseignent. Talmud, kabbale et soufisme qui se frôlent et s'interpénètrent, familles qui se croisent... Chrétiens récents aux antécédents juifs "ou" musulmans, et même juifs "et" musulmans. Cela commence par "un matin glacé du printemps de 1491". Cela finit sur une scène de mort et son contraire. On parle de "l'envoyé de ce temps". (Non le Messie final des uns ou des autres, mais le "Katub", un esprit ordinaire en apparence - singulier ou pluriel - qui supporte le monde par son feu intérieur... Que les êtres ne reconnaissent pas, ou reconnaissent, et qui meurt, comme tous, suivi par un autre.) Il y a Rachel et Avraham, Hakim et Mora, à la fin, page 239. Rachel... "Mon père était juif et ma mère maure, avant que nous devenions chrétiens.", avait-elle dit, page 100... 

Encore plus loin? Si on parle à un taoïste ou un mystique tibétain, il dira que, sans doute, dans d'autres vies que parcourut notre âme, nous avons, nous, parcouru plus que des vies. En voyageur d'identité... Juif une vie, musulman une autre, chrétien la suivante, athée cérébral une autre fois, ou avant. Agnostique, souvent, en recherche de lucidité. Méditant parfois, et sage, peut-être, ou fou. En tout cas ennemi de soi-même dans les vies d'intégrisme, d'inquisition, de fermeture communautaire, tuant son miroir ou son frère. Mais il dira aussi qu'au bout du bout du temps (qui n'est pas ce que l'on croit) on finit par prendre conscience de ce que sont les mirages de nos rivages intérieurs, et par se voir soi-même dans l'autre, sage ou fou. Car notre réalité est une mise en abyme...    

« J’appelle à des Andalousies toujours recommencées, dont nous portons en nous à la fois les décombres amoncelés et l’inlassable espérance. » Jacques Berque, né en Algérie, leçon de clôture prononcée au Collège de France, en juin 1981.

............................

LECTURES....

"El Ideal Andaluz", de Blas Infante, Sevilla, Arévalo, 1915. Réédition, Sevilla. Junta de Andalucía, 2010, centrodeestudiosandaluces.es : http://bit.ly/1KyxuOQ

"Identité andalouse", de Gabriel Martinez-Gros, Actes sud, 1997 : http://bit.ly/1AwVsqe

"Al-Andalus, 711-1492", de Pierre Guichard, Hachette/Pluriel. Sur le site Bibliomonde : http://www.bibliomonde.com/livre/andalus-711-1492-1814.html

 "Construction des identités", l’exemple de l’Andalousie. Recherche d’Ébane  Mexcin, Montpellier : http://bit.ly/1EwiBEi

.......................

Sites...

L’Andalousie par elle-même, "Así es Andalucía", andalucia.org : http://bit.ly/1RmaP9r

Fiche wikipedia (liens, dont portails): http://fr.wikipedia.org/wiki/Andalousie

.......................

Notes antérieures...

J’ai fait une mise à jour dans une note du 07-03-11, en constatant un manque étonnant (note qui était suivie d’une autre page, le 11). Multiples liens, livres et musique, sites dédiés, aussi : http://tramesnomades.hautetfort.com/archive/2011/03/07/andalousies.html

Autre note, complémentaire, le 11-03-11 : http://bit.ly/1GC3dfO

30/04/2015

« Petit-fils d’Algérie », BD, avril 2015

BD Petit-fils d'Algérie.jpg

 

 

 

 

Album de Joël Alessandra (scénario, dessin, couleurs), éd. Casterman, coll. Univers d’auteurs.

 

 

 

 

 

 

 

Critique, par David Taugis, sur actuabd.com. Intéressante, parce qu’elle met l’accent, dans l’origine de cette famille, dont l’histoire est donc comptée par le « petit-fils », dessinateur bédéiste,  sur le premier exil de ces Italiens. Immigrés : Français... après.

...Rappel important du fait migratoire dans la constitution de ce « peuple » de Pieds-Noirs, communauté majoritairement issue de l’immigration méditerranéenne. (Et qu’on a tendance à transformer en  « colons » venus de France, à les assimiler à eux, ou aux descendants des soldats colonisateurs... Non. Ils n’étaient même pas des Français, alors, eux. Ensuite, ils ont eu le tort de se laisser piéger par un mélange entre l’ancrage algérien - l’amour de cette terre - et la construction mensongère - élaborée par le pouvoir français, sa propagande - d’une identité qui devait se confondre avec l’acceptation d’un statut et d’une citoyenneté inégalitaires. Tous n’étaient pas dupes, mais beaucoup, car un système dans lequel on baigne nous imprègne. Et que la population, en France métropolitaine, globalement, l’appuyait). Citations : « Découverte poignante de Constantine par ce fils de Pieds-noirs italiens qu’est Joël Alessandra. Où il reconstruit son passé autant que des morceaux d’histoire d’Algérie. » (...) « Il se penche non seulement sur l’histoire de tous les Pieds-noirs, mais aussi sur l’évolution de l’Algérie, sa mémoire, ses blessures dues aux années terribles des attentats durant les années 1990. » / « Dans ’Petit-fils d’Algérie’, le sentiment de réconciliation et d’apaisement nous ramène au ‘Portugal’de Pedrosa. Une porte à nouveau ouverte vers le passé, et un chemin de mémoire éclairé pour les générations suivantes. ».

....Oui, il fallait insister aussi sur cet aspect : « réconciliation et apaisement ». Les générations qui suivent les temps des conflits et des violences peuvent avoir, réciproquement, un regard qui se défait des ombres et des peurs, mais garde les proximités. Dans la guerre d’Algérie (guerre d’indépendance), il y avait, d’une part, un peuple qui voulait ne plus dépendre d’une identité captive et se libérer de ce joug, et, d’autre part, un pouvoir colonisateur, avec son armée et ses fantasmes de puissance, en France métropolitaine. Au milieu, les Pieds-Noirs qui n’étaient ni l’un ni l’autre (mais dont certains choisirent d’être acteurs de cette libération nationale, et d’autres de tout faire pour ne pas perdre ce qu’ils considéraient comme leur patrie, mais française, notamment en se faisant manipuler par des stratèges suicidaires, cf. oas métro – comme on dit). Il est temps de mettre de côté les jugements (sur les uns et les autres) et de prendre en compte, surtout, ce sentiment, non-dit, pour des Pieds-Noirs, de se retrouver dans l’horreur d’une sorte de guerre civile. On voit mourir les uns et les autres, voisins et lointains (au sens littéral et au sens métaphorique). Exil sur exil : il y a de quoi perdre le sens des racines, et de quoi, chez ceux qui suivent, de tenter de le retrouver. ...Quand on lit cet album, on sait qu’on peut remplacer « Italiens » par « Espagnols », « Maltais », « Gitans », « Arméniens », etc. et repérer les mêmes schémas. Ainsi les BD des fils et petit-fils de Pieds-Noirs tiendront le rôle d’une salle de Musée de l’immigration... ! (Inexistante... elle). Migrations, errances... exils. Est-ce drame ou chance ? Un sens est à déchiffrer, à mon avis. Le résultat, aussi : métissage d’âme, qui peut ouvrir - et ouvre - les lignées à une acceptation de l’Autre, au goût des langues, au refus du racisme. Terrien, n’est-ce pas suffisant ? (Remarque récente d’un Pieds- Noirs arrivé en France très jeune adolescent – je mets PN avec ‘s’ car on a deux pieds, même si on est ‘un’). Lire l’article intégral de David Taugis, actuabd.com: http://www.actuabd.com/Petit-fils-d-Algerie-Par-Joel 

...........................

Critique sur 9èmeart.fr. Par Alfro ... Moins bonne  critique, car partiale, et peu cohérente. Bizarrement, déjà, le site (dédié à la BD...) reproche à l’auteur son expression par la... BD (car, dit l’auteur de la page, c’est ainsi moins convaincant qu’un reportage... !). Ce qui est ignorer tout le courant de la BD qui crée en ayant comme supports des autobiographies, biographies, enquêtes, reportages,  voyages, récits historiques. Ensuite, le parti pris est flagrant. Alfro (pseudo…) sur 9emart.fr, donc, continue en exprimant son malaise. Comme le retour de ce petit-fils de Pieds-Noirs se fait dans l’harmonie, que ce qu’il apprend de la vie de sa famille en Algérie ne peut être que créateur de lien (au singulier, sens fort) avec les Algériens qu’il rencontre, la ville, la mémoire familiale, un ancrage dans cette part de son identité hérité. Comment... ???!!! Des Pieds-Noirs qui ne correspondent pas aux clichés construits par la métropole, une parole paisible avec les Algériens, du dialogue ??? Non, Alfro ne supporte pas ça. Donc il déclare que c’est « bâtard » comme point de vue. Il soupçonne de « l’angélisation », trouve que la violence de l’OAS et du FLN n’est pas assez présente... Sauf que l’auteur n’est pas venu pour ressasser la guerre et se vautrer dans les émotions négatives : il est venu (par accident au départ, une invitation qui se transforme) avec l’intention de profiter de ce voyage pour faire un pont entre lui et ceux dont il descend, un pont entre celui qui méconnaissait sa part algérienne et cette part enfouie, un pont entre lui et les êtres de l’Algérie vivante actuelle. Pour comprendre d’où il vient en partie. C’est juste... ce qu’il fallait faire. Et tant mieux si c’est de la BD. Cela complète une « collection » d’œuvres qui finissent par réaliser un portrait nuancé d’une communauté. (Les Pieds-Noirs et leur « algérianité » complexe, triste et joyeuse à la fois : triste par l’exil, joyeuse par la conscience d’une culture qui ne peut se perdre complètement, car elle se glisse dans les interstices de la mémoire transmise, même insuffisamment.  Et que, si la métropole a tendance à la jeter aux orties, cette mémoire, il y a aussi, justement, des consciences qui portent un autre regard, comme des éditeurs de BD...  Et il y a, c’est essentiel, une proximité avec les natifs de l’autre rive, par cette algérianité commune que même les descendants retrouvent quand ils franchissent la mer, ou sans la franchir encore, dans leurs rencontres d’autres exilés, sur cette rive.).   Ce texte critique décevant, par ces deux faiblesses importantes, donc, est à lire ici (il a quand même le mérite d’en parler, ce qui est déjà beaucoup). LIEN, 9emeart.fr : http://www.9emeart.fr/post/critique/franco-belge/petit-fils-d-algerie-la-critique-3882

Autres BD,  même thématique 

Jacques Ferrandez (particulièrement « Fils du Sud » dans « Carnets d’Orient ») et « L’Hôte » puis « L’Etranger » de Camus (voir TAGS à son nom, pour notes) : http://www.bedetheque.com/auteur-877-BD-Ferrandez-Jacques... 

« L’Algérie c’est beau comme l’Amérique », d’Olivia Burton et Mahi Grand http://steinkis.com/l-alg-eacute-rie-c-est-beau-comme-l-a... 

« Là-bas », de Tronchet-Sibran, éd Dupuis  http://www.dupuis.com/la-bas/bd/la-bas-la-bas/2870 

« Le chat du rabbin », de Joann Sfar https://fr.wikipedia.org/wiki/Le_Chat_du_rabbin

« Pierrot de Bab El Oued », éd Limage, Alger, de Sid Ali Melouah. Bio sur ActuaBD http://www.actuabd.com/Deces-du-dessinateur-algerien-Sid-... 

Hommage sur Femmes en action (forum). Sid Ali Melouah : http://femmesenaction.forumactif.fr/t644-deces-du-dessina...

Zoom sur la BD algérienne, sur ToutenBD, 2004 : http://www.toutenbd.com/dossiers/article/zoom-sur-la-bd-a...  

La BD algérienne à travers une expo (avril 2016) : http://www.lecourrierdelatlas.com/1115006042016-Caractere... 

...... BIBLIOGRAPHIE thématique, ALGÉRIE, guerre d’Algérie. Sélection de BD... http://www.bdfugue.com/bd/selections/independance-algerie

...... Voir aussi… Algérie, guerre d’Algérie, mémoire, livres Jeunesse… note. Un livre, et une bibliographie : http://tramesnomades.hautetfort.com/archive/2016/02/29/un...

14/03/2015

Fraternité et résistance... Penser la tension en soi, choisir la vie, la « spiritualisation de nos vies »...

PLAIDOYER Abd BIDAR.jpgLETTRE aux islamistes.gif

« Tout ce qui monte converge »

Teilhard de Chardin, cité par Abdennour Bidar (p.79)

« Mon cœur est devenu capable / d’accueillir toute forme. » (...) « Car l’amour est ma religion et ma foi. »

Ibn Arabi, cité par Abdennour Bidar (p.94)

 « Nous avons aujourd’hui l’occasion historique de changer d’ère en changeant de vision de l’homme. En échangeant cette mesure de l’homme à partir de son inhumanité contre sa mesure à partir de son humanité. » (p.71) / « Le sacré de la fraternité n’impose rien. Il laisse être. » (p.94)

Abdennour Bidar   Plaidoyer pour la fraternité, Albin Michel Spiritualités, 2015 : http://bit.ly/1AzC5Gz

« Savoir endiguer la déferlante extrémiste, ravaler le délabrement moral, guérir du malaise existentiel, en finir avec l’indigence intellectuelle et la déshérence culturelle. Telle est la vision programmatique pour sortir de l’ornière dans laquelle nous nous débattons. L’extrémisme est le culte sans la culture ; le fondamentalisme est la croyance sans la connaissance ; l’intégrisme est la religiosité sans la spiritualité. »

 Ghaleb Bencheikh, Editorial, Religions pour la paix, 10-01-15 : http://bit.ly/1BDoYcc

« Appartenir à deux cultures, loin de créer un choc de civilisations, est au contraire une richesse ; mais s’en tenir exclusivement à une soi-disant « culture d’origine », qui renie l’Autre dans son essence, risque pourtant d’engendrer un choc de cultures. »

Antoine Sfeir, Editorial, Cahiers de l’Orient N° 118, note de son blog, 05-02-15 : http://bit.ly/1FkLAQn

.........................................

Deux livres, dont l’un précède l’autre de plusieurs années, trois auteurs, et des expressions récentes répondant à l’actualité (entretiens, articles, tribunes, éditoriaux, émissions). Ce qui est proposé c’est de faire l’effort de penser la réalité en prenant du recul par rapport aux émotions d’abord traversées, en se remettant dans la rationalité de l’exigence fraternelle. Il y a le NON du refus du terrorisme. Mais il y a le OUI de l’engagement qui concerne chacun. Abdennour Bidar nous dit (Albin Michel, 2015) qu’il faut passer des luttes CONTRE aux actions POUR. Sortir du négatif. C’est au citoyen en chacun qu’il s’adresse dans son Plaidoyer, texte indispensable qui répond à l’urgence d’agir (la nôtre, implication concrète, individuelle).

Ni déni ni haine. Au contraire. Nuances dans le regard porté sur l’islam : distinction claire entre ce qui est  spiritualité fondée sur la culture, sur une perception historique, sur le questionnement philosophique, et ce qui n’est que dévoiements de l’ignorance, de la perte de liberté de conscience, et, pire, l'oppression ou la terreur qui veulent faire croire qu’elle sont légitimes.

J’ai noté « Penser la tension », car c’est un fil tendu entre des voies qui semblent parfois, ou semblent à certains, antinomiques. Deux sacralisations s’affrontent, nous dit Abdennour Bidar (liberté et spiritualité). Peut-être, justement, parce que, dans nos sociétés nous avons « évacué la dimension du sacré » et qu’il faut retrouver « un sacré partageable ». Les idéologies ne répondent plus aux questions actuelles, et nous n’avons pas encore réinvesti la valeur de la fraternité. Et ce qui oppose (nos « démons » réciproques souterrains) ce n’est que le miroir tendu qu’on refuse de voir. D’où cet examen de conscience double dont il parle. Son livre nous propose une éthique de la fraternité, pour laquelle un « travail sur soi » est nécessaire. En exergue, Régis Debray. Au cours des pages, des références, des citations : Pierre Rabhi pour « l’insurrection des consciences », Albert Camus, Mohammed Arkoun, Emmanuel Lévinas, Kant... Et, bien sûr, des versets du Coran. La philosophie n’interdit pas l’expérience mystique, au contraire, elle en fait une richesse intérieure enracinée dans le savoir : « Je suis croyant » / « Je crois en philosophe et en mystique ».  

Comment aimer une spiritualité et devoir poser un regard critique... Certains, qui essentialisent les croyants, portent un regard de suspicion sur l’effort de refondation que tentent de plus en plus d’intellectuels, et, ce faisant, ils se laissent atteindre par une dangereuse porosité avec les courants fondamentalistes. Aveuglement ou hypocrisie idéologique. Compromission, dans tous les cas.

Et comment, quand on mesure les dangers qui guettent, être cependant capable d’interroger ce qui fait obstacle à la fraternité, contrôler les pulsions de haine, prendre conscience de la nécessité de faire, sur soi, ce travail « d’intégration » dont parle pour chacun Abdennour Bidar (pour chacun, ,dit-il, pas à projeter sur autrui)... Alors qu’on croit que cela ne concerne que celui qui fait figure d’étranger (à sa foi, son origine, à son imaginaire identité fermée) alors que notre réalité plurielle nous demande de savoir entrer en elle et la faire entrer en nous... "Plaidoyer pour la fraternité"... http://www.albin-michel.fr/Plaidoyer-pour-la-fraternite-E... 

Ghaleb Bencheikh et Antoine Sfeir s’adressaient  (en 2008, éd. Bayard) aux islamistes, pour une parole autre, pour dénoncer les pièges. En 2015 le message est toujours valable, mais il est complété, enrichi par leur expression récente : textes divers éclairants. Chez Ghaleb Bencheikh, comme chez Abdennour Bidar, il y a la puissance d’un regard, intérieur à une spiritualité qu’ils veulent sauver des pièges, en croyants qui refusent les fausses lucidités, celles qui sont revendiquées notamment par des non croyants étrangers à l’islam, forts de leur ignorance et qui, pensant être solidaires, sont seulement cyniques par incompétence, et même, dit Abdennour Bidar, méprisants. Antoine Sfeir, lui, parle de l’intérieur d’un Orient originel fraternel, en connaisseur de réalités géopolitiques qui aident aussi à penser les faits religieux. Trois voix précieuses, qui aimeraient qu’on donne plus de place à toutes les autres, celles qui, intellectuelles et/ou mystiques, ouvrent le chemin d’une opportunité, pour la France, de faire un grand pas vers elle-même, pour s’accepter dans sa riche pluralité et barrer la route aux deux dangers complices : l’obscurantisme de la terreur (et ses penseurs voisins), d’une part, l’extrémisme haineux des droites identitaires (et ses idéologues voisins, politiciens ou pas), d'autre part. Porosités dont il faut se méfier... "Lettre aux islamistes"... http://www.decitre.fr/livres/lettre-ouverte-aux-islamiste... 

23/02/2015

ROGER HANIN. HOMMAGE...

HANIN AUTOBIOGRAPHIE.gif

Pas question, pour moi, de ne pas rendre hommage à Roger Hanin, « le Raimu des Pieds-Noirs » (le Soir, Belgique, titre de l’article de Fabienne Bradfer). Acteur plus grand qu’on ne l’a suffisamment dit (et Alexandre Arcady le rappelle), homme d’idées, fidèle à ses racines, et antiraciste de toujours. Son dernier choix (être enterré à Alger, dans le cimetière juif où son père repose) est un geste symbolique très fort, un message envoyé autant aux Algériens qu’à la communauté des Pieds-Noirs (Juifs ou pas), et, aussi, aux Français métropolitains. Que comprendre ? L’appartenance irréversible à une terre de naissance et d’origine (ce qui n’est pas contradictoire avec la pleine implication dans la citoyenneté française). Le lien possible entre les communautés d’une même terre native ou originelle, sur cette rive et sur l’autre rive, à condition de se pacifier soi-même, de ne pas être dans une mémoire de la guerre qui évacuerait les mémoires de paix et de partage. La paix des esprits, donc, nécessaire. La fraternité, indispensable. Et ce message, il le lance dans une période secouée où il est d’autant plus nécessaire de l’entendre.

 ........................................................................................................................................................................................................

Alexandre Arcady, cité par  Le Monde, 11-02-15. Il dit notamment que pour lui Roger Hanin était « de la même trempe que Gabin et Belmondo », et « n'a pas eu dans le monde du cinéma la reconnaissance qu'il méritait ».

Lettre-hommage d’Alexandre Arcady, réalisateur, dans une lettre ouverte écrite le 13, dans le retour vers Alger pour l’enterrement de Roger Hanin (selon le choix de l’acteur), lettre dans laquelle il cite Camus.  JDD, 18-02-15… http://www.lejdd.fr/Culture/Le-cineaste-Alexandre-Arcady-...

La proximité d’Elisabeth Guigou et Roger Hanin (« On trouvait Mitterrand injuste vis à vis des Pieds-Noirs et ça nous réunissait »). Lci.tf1... http://lci.tf1.fr/cinema/video/elisabeth-guigou-evoque-ro... 

 Le Parisien, 12-02-15. Dossier. Titres et sous-titres : « Il était bien plus que le commissaire Navarro ». / « L’Algérien / L’Amoureux/ L’Acteur / Evocation de Robert Castel, de Marthe Villalonga ("Roger Hanin le plus souvent marié à Marthe Villalonga") / L’Engagé / Ses grands rôles vus par Emmanuelle Boidron, Patrick Bruel, Alexandre Arcady, Richard Berry... 

LIVRES  de Roger Hanin. Sélection. « L’Ours en lambeaux », autobiographie. « Roger Hanin raconte et se raconte. Comme il parle : d'une écriture murmurée, traversée d'éclats et de chatoiements. ». Et « Les Sanglots de la fête » (histoire vraie de Blanchette, partie de la Casbah vers Paris, et qui mourra à Ravensbrück.) 

Fiche wikipedia (biographie, filmographie, bibliographie, théâtre)... https://fr.wikipedia.org/wiki/Roger_Hanin 

Hommage. Article, Actu.J., "L'homme qui a fait entrer les Pieds-Noirs dans le cinéma français"... http://www.actuj.com/2015-02/culture/1451-mort-de-roger-h... 

07/11/2013

Citoyens du monde : Garry Davis et Albert Camus. Double hommage…

CAMUS.jpgL’un, Garry Davis (décédé en juillet 2013),  s’est proclamé citoyen du monde, renonçant à la citoyenneté américaine et diffusant largement ce concept de citoyenneté mondiale (d’abord apparu en Angleterre en 1937), dans un contexte d’après-guerre qui permettait de prendre conscience de la nécessité de sortir des enfermements nationalistes (même si cela est encore loin d’être une réalité en 2013…). C’est loin, et c’est proche aussi, car beaucoup de gens agissent dans une conscience transnationale, tissent des liens transculturels, et de multiples structures solidaires traversent les frontières, même dans la complexe situation de crise économique, politique, environnementale et plus…    

L’autre, Albert Camus, dont on marque le centenaire de naissance (par de nombreux hommages et quelques tentatives diverses – mais vaines - de récupération – car sa pensée est radicalement irrécupérable, s’il est lu intégralement et sans mauvaise foi…) manifesta toujours une aversion pour les nationalismes quels qu’ils soient – ce qui entraîna, et entraîne encore, des malentendus de lecture, des projections et incompréhensions d’une pensée qui est à hauteur d’éthique, complexe, questionnante, assumant le doute. Lui, donc, Albert Camus, fut impliqué dans le soutien de Garry Davis alors que ce dernier se trouvait en France, en situation d’apatride. Textes d'hommage et revue de presse sur le site des Citoyens du monde : http://www.recim.org/dem/garry.htm#autres  (« Robert Sarrazac, qui conservait de nombreux contacts de son temps dans la Résistance, avait créé un « Conseil de Solidarité » formé de personnes admirées pour leur indépendance d’esprit et qui n’étaient liées à aucun parti politique en particulier. Le Conseil était dirigé par Albert Camus, romancier et rédacteur dans plusieurs journaux, André Breton, poète surréaliste, l’Abbé Pierre et Emmanuel Mounier, rédacteur en chef d’Esprit, tous deux étant des Catholiques dotés d’une forte indépendance d’esprit, ainsi qu’Henri Roser, pasteur protestant et secrétaire en charge des pays francophones du Mouvement international de la Réconciliation. »). Plusieurs liens vers d’autres articles  sur Garry Davis, ou extraits, sur cette même page.  Dont l’article du Monde qui se termine sur la même évocation des soutiens dont fut, donc, Albert Camus : « Il va donc lancer en 1953 son mouvement pour un " gouvernement des citoyens du monde ", recevant les soutiens de personnalités aussi diverses qu'Albert Camus, André Gide, Albert Einstein ou Eleanor Roosevelt. Au jour de sa mort, le registre des " citoyens du monde ", tenu par ses supporteurs du World Service Autority à Washington, comptait près d'un million d'inscrits. »

D’octobre 2013 à janvier 2014, une exposition (Aix) fait pénétrer dans la pensée solaire de Camus à partir de cette thématique de citoyenneté du monde. C’est une entrée qui me paraît particulièrement justifiée : Algérie native, Espagne originelle et présente, France de la culture et de la création, ancrage méditerranéen qui porte en lui-même son ouverture au monde, voilà la matrice de cette conscience transnationale, des déchirements intimes qui en découlent et de la dimension libertaire de sa présence au monde. Centre Albert Camus de la Cité du livre, Aix : http://www.citedulivre-aix.com/Typo3/fileadmin/documents/Expositions/centrecamus/

Ouvrage collectif publié à l’occasion de cette exposition, « Albert Camus, citoyen du monde », Gallimard, 2013 : http://www.gallimard.fr/Catalogue/GALLIMARD/Albums-Beaux-Livres/Albert-Camus-citoyen-du-monde  (« Pour Albert Camus, le monde est une cité où pourraient cohabiter des hommes libres et égaux. Montrer en lui le «citoyen du monde», c'est souligner son lien avec la nature, son souci du temps présent et de l'avenir, sa générosité envers les autres, son refus des frontières, son sens aigu d'une fraternité universelle. »)

Garry Davis… Sa déclaration de 1948 aux Nations Unies est dite « déclaration d’Oran », pour ce lien avec Camus qui participa à la rédaction de cet appel, affirmation et haut questionnement (« I interrupt you in the name of the people of the world not represented here.”). Fiche wikipedia : http://fr.wikipedia.org/wiki/Garry_Davis   (« Le 19 novembre 1948, en préparation avec Albert Camus, Davis interrompt une séance de l’Assemblée générale des nations Unies au Palais de Chaillot afin de demander la création d’un gouvernement mondial. Le texte de la déclaration d'Oran (ainsi appelée car elle fut rédigée avec Camus, originaire d'Oran. ») .

En ce 07-11-2013, Camus aurait eu cent ans...

18/10/2013

Andalousie… Rêve, mémoire… Illusion ? Utopie ?

Je viens de lire une réflexion de  Jean Daniel, titrée « L'illusion andalouse », et publiée le 09-10-2013 dans le Nouvel Obs… Questionnement percutant. Andalousie, plurielle…  réelle, ou fantasmée. Oui, l’ombre est présente autant que la lumière. Mais beauté du rêve, quand même, d’une sagesse possible, d’une fraternité cependant tissée, et de proximités reconstruites…

Beau texte, à lire lentement et relire. Exercice de lucidité, non pour nier la possibilité de la fraternité, mais pour insister sur les pièges de ce qui l’entrave, sur ce qui fait de la haine entre les communautés une fatalité transmise par enfermement identitaire sur soi. Ignorance et mépris de l’autre, fiction de sa supériorité comme individu d’appartenance… La rencontre, souvent, se ferait par l’art, les créations croisées… et la possibilité offerte de rejoindre l’universel.

La chronique est à lire là : http://tempsreel.nouvelobs.com/jean-daniel/20131009.OBS0285/l-illusion-andalouse.html

De ce lieu, de son histoire complexe, on peut garder, je pense, ce qui effectivement demeure en héritage, si souvent, dans la culture de ceux qui ont une ascendance issue de ce rivage (ou de ceux qui, pour une raison ou une autre, sont attirés par ce qui n’est pas qu’un mirage). Le goût du partage en création (musique andalouse qui, de l’Espagne au Maghreb, et, en écho de présences, en France - Marseille, Paris - marque des identités croisées, des consciences traversées par des appartenances frontières où l’autre est aussi l’étranger que l’on porte en soi). Goût du son des langues… Parentés philosophiques : sagesses. Mystiques en miroir.

………….  

Dans le prolongement de cette lecture on pourra aborder (ou retrouver) deux ouvrages essentiels. 

De Jean Daniel, « La prison juive. Humeurs et méditations d’un témoin », poches, Odile Jacob (Autre regard sur le rapport à l’identité, une ouverture, le témoignage d’une sagesse vécue…).  Christian Makarian écrit ceci sur ce livre, dans L’Express du 27-11-2003 : « Fort d'une puissante culture juive, en admiration devant l'édifice du christianisme, empathique envers l'islam, le directeur-fondateur du Nouvel Observateur propose sa propre clef, son passe personnel: pour échapper à la prison qu'il décrit, il n'y a que l'universalisme. ». La prison juive, humeurs et méditations d’un témoin,sur Decitre : http://www.decitre.fr/livres/la-prison-juive-978273811564... 

D’Amin Maalouf, « Les identités meurtrières », Livre de poche. « Ce qui fait que je suis moi-même et pas un autre, c'est que je suis ainsi à la lisière de deux pays de deux ou trois langues, de plusieurs traditions culturelles. C'est cela mon identité... ». Page éditeur, Grassethttp://www.grasset.fr/les-identites-meurtrieres-978224654... ... Decitre : http://www.decitre.fr/livres/les-identites-meurtrieres-97... .....Citations du livre sur evene.fr : http://www.evene.fr/livres/livre/amin-maalouf-les-identit... 

Pour changer de regard il faut donc développer une éthique personnelle, faite de liberté intérieure, de refus des cadres formels rigides, de recherche de la sagesse. Cela passe par la traversée des frontières mentales et des réelles frontières culturelles. Nécessité du voyage, sous une forme ou une autre, ne serait-ce que par les livres…

Clin d’œil musical à l'éthique méditerranéenne questionnant l'identité singulière pour l'ouvrir à la pluralité, cet orchestre regroupant seize pays du pourtour méditerranéen, Mediterranean Charlie OrchestraLaurent Dussutour, JournalVentilo, résume ainsi l’orientation méditerranéenne de l’orchestre, inspiré aussi par Conrad : « Le véritable sens musical proposé par le MCO est loin du sens commun, proposant un objet jazzistique non identifié, ce qui est le propre de l’esprit du genre ! Au-delà d’un « troisième courant » du jazz qui consisterait à rapprocher classique et notes bleues, c’est plus à une odyssée méditerranéenne rompant avec le tropisme transatlantique du genre que convie ce projet. » : http://www.journalventilo.fr/mediterranean-charlie-orches... 

L’orchestre a une page Facebook : https://www.facebook.com/179835852047859/videos/596901680...

...........

...Jean Daniel... Fiche wikipedia  https://fr.wikipedia.org/wiki/Jean_Daniel 

Jean Daniel, observateur du XXème siècle, sur culture-libre  http://www.culture-libre.org/wiki/Jean_Daniel_:_Observate...

Chroniques, Jean Daniel, Obs : http://tempsreel.nouvelobs.com/journaliste/16443/jean-dan... 

...Amin Maalouf... Fiche wikipedia  https://fr.wikipedia.org/wiki/Amin_Maalouf

................... MISE à JOUR...  LIVRE... Identité et violence, d’Amartya Sen, éd. Odile Jacob : http://www.odilejacob.fr/catalogue/sciences-humaines/reli...

.................. Voir aussi, Méditerranées, film d'Olivier PY, commentaires croisés (identité, Méditerranée...)... http://tramesnomades.hautetfort.com/archive/2013/07/24/me... 

.................. Andalousie / Méditerranée... Catégories et TAGS.......

24/07/2013

« Méditerranées », d’Olivier Py, sur « Vivre à Belcourt », de Luc Demarchi, et sur MémoBLOG. Commentaires croisés… Et lectures (sites)…

olivier py,films,cinéma,culture,art,belcourt,vivre à belcourt,algérie,luc demarchi,memoblog,paul souleyre,fraternité,histoire,mémoire,identité,guerre,pieds-noirs,harkis,leslutins.com,blogs,algeriades,py,méditerranées« Le rapport que certains peuvent avoir avec une terre je l'ai avec une mer. »  Olivier Py (Entretien, mickrociné) /  

« L’ensemble de mon travail au cinéma comme au théâtre est une interrogation sur l’identité de « méditerranéen »  Olivier Py (citation en exergue, article de Version originale)

................

Sur le site « Vivre à Belcourt » de Luc Demarchi, une vidéo : extrait d’un court métrage d’Olivier Py, « Méditerranées » (le 's' de nos pluralités…)  http://belcourtois.com/index.php/2015/05/11/mediterranees...

Du commentaire de Luc Demarchi, je copie la conclusion, beau message qui correspond totalement à ma vision de la Méditerranée : le lien que cette mer crée entre les êtres divers qui vivent sur ses rives, la fraternité à l’horizon. Voici :

« Le réalisateur conclut son film en évoquant la Mer Méditerranée comme une dimension commune à tous ceux qui vivent ou qui ont vécu dans les pays qui la bordent et c’est bien grâce à ces Méditerranées que nous nous rejoignons et que nous nous retrouvons.

Au-delà des conflits passés ou présents, la Mer apparaît comme le lieu sacré du baptême qui nous mène ensemble vers la voie de la paix et de la fraternité.

On ne peut visionner ce document sans faire la relation avec l’œuvre passionnée d’Albert Camus pour ce pays, une œuvre que l’on perçoit en filigrane tout au long du film. »

J'ai regardé. C'est très bref, cet extrait, mais suffisant pour capter la beauté de ces moments simples. Il y a de l'amour dans le regard de ces êtres, et de l'amour dans le double regard porté sur eux : regard de ceux qui filment, se filment (dans la présence de l'instant), et de celui qui reprend ces bribes familiales et les recrée. Une étrange sorte de double énonciation... Mais là ce ne sont pas des personnages qu'un auteur fait vivre devant nous : des personnes réelles dans un passage fugace de leur vie. Bribes de temps méditerranéen... Que la mer y est belle! Image de paix... Et je les vois, attentive, avec, en surimpression, l'accélération des vies, le fracas de la guerre, la rupture avec leur lieu d'ancrage, l'exil, les années qui passent. Et puis simplement, de nouveau, comme des méditerranéens à la source de leur force vitale. D'une rive à l'autre c'est toujours la même Méditerranée, la terre des Noces de Camus (Luc Demarchi a raison de faire le lien). Terre de danseurs, comme le père, jeune, dans son arbre, ou la mère, qu'elle marche ou nage... Magnifique. 

Il me faudra voir intégralement ce film, que je découvre avec grand retard...

Ce que j'ai lu de la démarche d'Olivier Py me fait adhérer totalement à cette démarche. Et je cosigne la première citation, mise en exergue de ma note... 

Entretien avec Olivier Py sur mickrociné. Passionnant (Et les commentaires sont aussi à lire) : http://on.fb.me/1aIrwq3  [Il insiste sur cette réalité métisse du Méditerranéen, et du Pied-Noir, sur le croisement de l’intime et de l’Histoire, sur la souffrance familiale, le refoulé, évoque les Harkis, les camps. Identité (nous pourrions tous écrire ça) : « Et comme il y a un exil qui est un peu à l'origine de l'histoire familiale, le centre en est la Méditerranée, pas une terre. Le rapport que certains peuvent avoir avec une terre je l'ai avec une mer. C'est pour ça que je suis arabo-italo-espagnol, et c'est plus fondamental pour moi que mon identité française par exemple. » Politique et identité (Le difficile lien… Il est conscient de donner des clés, loin des jugements anachroniques.) : « Le matériau que j’avais me permettait en quelque sorte d’utiliser un voile poétique pour raconter une histoire sans jeter de jugements politiques qui n'ont plus de sens. Je suis très content en tout cas si jamais une partie des Pieds-Noirs retrouvait leur histoire et leur identité à travers ce film. »

« Méditerranées », sur Doc en courts (Palmarès 2012, nominé).   : (Où il est dit ce que je percevais en surimpression, mais qui n’est pas encore explicite dans l’extrait présenté) : « Comment montrer l’Histoire ? Comment parler d’un souvenir aussi vibrant que la pellicule Super 8 sur lequel il est inscrit ? » (…) « Ici la guerre est en coulisse, mais qu’est-ce qu’une image de la guerre finalement? » / Lien devenu inactif...

Et sur Mémoblog de Paul Souleyre (blog référencé ici, cf. liste « Pages tissées… ») : « Olivier Py est un méditerranéen » :http://www.memoblog.fr/olivier-py-est-un-mediterraneen/ (Où il évoque la rencontre, idéologique et éthique, avec Luc Demarchi (de « Vivre à Belcourt » et la portée du film d’Olivier Py). Comment la conscience de l’identité méditerranéenne permet (Olivier Py, Luc Demarchi, Paul Souleyre – sur cette page) de vivre en cohérence son identité particulière et d’échapper aux enfermements des appartenances, quand elles sont limitantes (Pieds-Noirs, fils de Pieds-Noirs, ici – mais c’est une vérité qui est valable pour toutes les communautés humaines). Beau portrait du webmestre de Vivre à Belcourt dans cette page, et ample citation.

Autre note, Mémoblog : « Méditerranées, un film d’Olivier Py » http://www.memoblog.fr/film-olivier-py/ (Où Paul Souleyre dit son agacement, à la lecture d’une fiche wikipedia, devant un contenu erroné sur l’enfance d’Olivier Py – comme si le message de l’œuvre n’avait pas été compris : déni, là aussi, dans cette incompréhension, explique-t-il à juste titre).

Ample et bel article, sur Algériades, au cœur de l’identité méditerranéenne comprise à travers l’origine et la référence algérienne : http://www.algeriades.com/olivier-py/article/mediterranees-d-olivier-py (En conclusion, citation d’Olivier Py – entretien : « Nous avons une histoire en commun mais aussi un avenir. Et c’est ce monde de la Méditerranée qui aujourd’hui me semble une vraie, une magnifique utopie". »)

Sur cinemaniac.fr, une lecture qui tient compte de l’essentiel du message, compris profondément. Le film intégral se déroule, comme si nous étions en train de le visionner : « Méditerranées, l’été qui ne reviendra plus » : http://www.cinemaniac.fr/news/mediterranees-l-ete-qui-ne-reviendra-plus 

Article de Version originale : (En exergue, une citation d’Olivier Py : « L’ensemble de mon travail au cinéma comme au théâtre est une interrogation sur l’identité de « méditerranéen ».) / Lien devenu inactif...

Le blogueur, sur Vu du balcon, rappelant le Grand Prix obtenu par ce film au Festival de Nice 2012, relie les souvenirs évoqués dans le film aux siens, jeune à Paris, pendant la guerre d’Algérie… Histoire : http://vudubalcon.blogspot.fr/2012/10/mediterranees.html

... Deux pages sur le site d’ARTE... 

Le film… http://cinema.arte.tv/fr/article/mediterranees-dolivier-py 

Zoom… http://cinema.arte.tv/fr/article/zoom-mediterranees

... Le DVD, page FNAC... http://video.fnac.com/a6211320/Mediterranees-DVD-DVD-Zone-2

.................. Voir aussi, note, Andalousie (illusion?)... http://tramesnomades.hautetfort.com/archive/2013/10/18/an... 

................... Andalousie, Méditerranée, voir catégories et TAGS...