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20/02/2017

Des ombres et des polémiques... Des mots et d'autres mots... Colonisation...

mms_img834840233.jpgAgitation générale autour de déclarations et de retours (parfois confus) sur les mots prononcés par Emmanuel Macron. Articles, émissions, notes, posts et commentaires sur Facebook ou ailleurs. A force de constater n’être d’accord avec personne, et agacée par beaucoup : trop de passions, de projections, de peurs (diverses), de pièges identitaires (de tous côtés…) j’ai réagi, là ou là, d’abord décidée à ne rien faire d’autre (c’est lassant, à force…). Mais tant pis, besoin de faire la synthèse de ma réflexion. Et cela donne cette page, à laquelle j’ajoute des liens vers des articles, qui permettent de revenir sur les notions, et sur le contexte de la polémique, mais aussi sur l’Histoire, en nuançant les positionnements... 

La photographie que je choisis d’associer à cette réflexion a été prise dans l’arrière-salle d’une galerie. Porte vitrée, des gens qui se pressent, ombres superposées. J’ai immédiatement pensé « présidentielle », d’instinct. Des candidats, ombres au sens où on cherche à définir les pensées et les stratégies, et à déchiffrer les parts d’ombre. Ombres qui renvoient aux inquiétudes, doutes, questions. Et de ces ombres plurielles, une sortira, on ne sait laquelle… 

COLONISATION, CRIMES de guerre ou crimes contre l'humanité (et crimes de qui?)... 

… Le terme "crimes contre l'humanité" est inadéquat si on en parle pour la colonisation en général (criminelle effectivement, mais par le statut de domination, par le vol de la terre, et par la violence de la conquête) car cela désigne des crimes précis et définis, particulièrement déshumanisants, commis par des individus ou ordonnés par des gouvernants. (Les procès contre les horreurs nazies, ainsi, ont concerné des personnes précises responsables de décisions ou d'actes criminels). Au sujet de la guerre de colonisation, de l’Algérie mais pas seulement de l’Algérie (et de celle de et contre l'indépendance) on peut parler de crimes de guerre, et dans certains cas de crimes contre l’humanité (massacres, assassinats, torture, déportation) : il y en eut, cela ne peut être nié. De la colonisation on peut (on doit) dénoncer le système global, le fait même que cela ait cru être légitime dans la tête de gouvernants, et les abus que cela entraîne, mais on ne peut qualifier un système, aussi condamnable soit-il, comme on peut qualifier des faits criminels précis dans ce cadre.

… Sachant que c'est cependant une réalité universelle et ancienne (le monde entier est le résultat de colonisations successives et diverses). Et le Maghreb entier en est un, colonisation arabe de peuples berbères, par la guerre au départ, diffusion de la religion et de la langue des dominants. Et de même la France a une culture, au sens large, et une langue qui est héritée de l'occupation romaine. L'Espagne a été colonisée par des pouvoirs arabo-berbères pendant des siècles (et cela a bien commencé par une guerre avec ses violences, même si le mythe édulcore la réalité, complexe, avec ses horreurs et ses partages interculturels, ce qui est le cas de toutes les colonisations). L'actualité débat (ou oublie de le faire, suivant les cas), encore, de faits coloniaux divers (Moyen-Orient/Israël/Palestine, Tibet/Chine, partie de Chypre/Turquie... etc.). 

… Les pays doivent faire retour sur leur histoire, mais sans la ressasser indéfiniment et sans en faire objet de stratégie (ou de campagne électorale - ou d'instrumentalisation pour dominer en utilisant les passions et les rancoeurs). Retour complet sur l'Histoire (il manque l'ouverture des archives algériennes pour que ce travail se fasse historiquement de manière complète, notamment.  Et du côté français il manque le courage de la métropole, à travers son gouvernement, pour assumer réellement les responsabilités françaises passées, au lieu de s'en débarrasser en les projetant sur les Pieds-Noirs dont la majorité est issue d'immigrés qui n'étaient pas Français au moment de la guerre de colonisation...Du côté de certains Pieds-Noirs (pas tous...) il manque le retour critique sur des erreurs d'analyse et la compréhension, à temps, de l'évidente nécessité de l'indépendance (et des manipulations de certains politiques extrémistes). Il manque aussi le refus de croire devoir défendre une France mythique en s’identifiant à ses décisions et actes de pouvoir (quand c’est l’État français qui est mis en question, pas un peuple majoritairement d’origine immigrée - et donc absent de la décision de coloniser et de la guerre de colonisation : car le croire c’est obéir aux injonctions d’une métropole et d’un État qui n’assume pas son passé et le projette sur un pratique bouc émissaire, en occultant, par exemple, la lourde responsabilité d’un François Mitterrand…) 

… Que devons-nous faire maintenant? Dépassionner les débats. Sortir (tous) des remuements victimaires (abus du colonialisme ou douleur de l'exode et des traumatismes dus au terrorisme et aux disparitions). Car on remue des émotions qui minent, et nous piègent, au bout du compte (pas de suivi psychologique dans les années de ces drames humains). Donc faire individuellement et collectivement un travail de guérison. Parce que que le monde va mal, que les extrêmes de tous bords (politiques ou religieux) cherchent à attiser les conflits et à provoquer la haine. (Et, aussi, que la planète est en danger, avec la question de la survie de l'humanité à l’horizon...).

LIRE... De Jean Pélégri, « Ma mère l’Algérie », et voir ce qu’il dit des métropoles…  De Mouloud Feraoun, son "Journal". Mais aussi, d'Albert Camus, "Le Premier homme", ses "Chroniques algériennes", et ses "Ecrits libertaires", regroupés par Lou Marin. De René-Jean Clot, "Une Patrie de sel". Et.. de Kamel Daoud, ses "Chroniques" publiées chez Actes Sud. Car il interroge toutes les consciences de toutes origines culturelles (ou religieuses), dans le but de comprendre quel présent on crée, avec la mémoire lucide du passé...

ARTICLES… 

Sur Le Monde, 16-02-17, une présentation non passionnelle des déclarations d'Emmanuel Macron, déclarations plus nuancées que ce que la polémique en fait. Même si le choix des termes pose question (voir ci-dessous ce qu’en dit Hamon, pourtant peu susceptible de faire l’éloge de la colonisation…)... http://www.lemonde.fr/election-presidentielle-2017/articl...

La position de Benoît Hamon, JDD, 20-02-17...  http://www.lejdd.fr/Politique/Hamon-sur-la-colonisation-f...

Une analyse de Pascal Blanchard, historien, La Croix, 17-02-17...  http://www.la-croix.com/France/Politique/Certaines-pages-... 

Et je suis assez d’accord avec les conclusions de cette chronique de Bruno Roger-Petit, dans Challlenges, 16-02-17. Qui replace le sujet dans l’ensemble de la colonisation française qui s’étendit en Afrique et Asie. (Je pense aux mères vietnamiennes auxquelles on arracha leurs enfants métis pour les placer dans des sortes d’orphelinats en métropole. Aux enfants réunionnais déplacés loin des leurs pour peupler une province française.). Afrique sub-saharienne et Asie, on n’en parle moins en France, car là il n’y a pas de peuple à cibler comme « responsable » et tout revient à l’armée et au pouvoir français. Clémenceau avait raison contre Jules Ferry.... https://www.challenges.fr/election-presidentielle-2017/la... 

Une opinion très critique, qui redéfinit les termes juridiquement et observe le contexte des affirmations variables. Sur les déclarations de Macron. Richard Malka (avocat), JDD, 19-02-17 : http://www.lejdd.fr/Chroniques/Invite-du-JDD/Colonisation...

Vu d’Algérie

Sur Courrier international (Algérie Focus), 17-02-17… http://www.courrierinternational.com/article/vu-dalgerie-... 

Dans Liberté, 18-02-17. Extrait et citation d’Emmanuel Macron par le chroniqueur : « “La colonisation a bel et bien comporté des crimes et des actes de barbarie que nous qualifierons aujourd’hui de crimes contre l’humanité. Pour autant, cela ne veut pas dire que celles et ceux qui vivaient en Algérie et servaient dans l’armée française étaient des criminels contre l’humanité. Car le seul responsable est l’État français”, a martelé Emmanuel Macron, en se défendant, toutefois, de vouloir être le chantre de la repentance. Il a, par ailleurs, indiqué que le devoir de mémoire de l’État français doit aussi couvrir les autres protagonistes de la guerre d’Algérie, comme les harkis et les pieds-noirs. »… http://www.liberte-algerie.com/actualite/macron-defend-sa...

Une pensée d’un militant de l’indépendance, opposant politique exilé, ensuite : Hocine Aït Ahmed (cofondateur du FLN, mort en exil)… Dans le numéro de juin 2005 de la revue Ensemble, organe de l’Association culturelle d’éducation populaire fondée à Constantine puis reprise à Montpellier il écrit le texte qui suit, comme une lettre à ses compatriotes pieds-noirs. Extraits, ici, mais je l’avais lu dans son intégralité alors : « Chasser les pieds-noirs a été plus qu’un crime, une faute car notre chère patrie a perdu son identité sociale. » Il ajoutait :« N’oublions pas que les religions, les cultures juives et chrétiennes se trouvaient en Afrique bien avant les arabo-musulmans, eux aussi colonisateurs, aujourd’hui hégémonistes. Avec les pieds-noirs et leur dynamisme – je dis bien les pieds-noirs et non les Français -, l’Algérie serait aujourd’hui une grande puissance africaine méditerranéenne. Hélas ! Je reconnais que nous avons commis des erreurs politiques et stratégiques. Il y a eu envers les pieds-noirs des fautes inadmissibles, des crimes de guerre envers des civils innocents et dont l’Algérie devra répondre au même titre que la Turquie envers les Arméniens. » Contrairement à ce qui est parfois dit dans des articles ou commentaires de cette lettre il ne parlait pas de génocide des Pieds-Noirs, évidemment, car il n’y en a pas eu (des massacres, oui, un génocide, non). Il mentionnait des massacres successifs et attentats qui avaient fait fuir les Pieds-Noirs. Le texte devrait être disponible en BNF, puisque la revue était déposée (si le document n’a pas été perdu…). Il est visible sur quelques sites, mais qui l’utilisent souvent en en déformant le sens (parler d’un sens implicite qui n’est pas présent dans la pensée d’Aït Ahmed, ou lui faire exprimer un regret de l’Algérie française, même si, oui, dans ce qu’il écrivit, il mentionna un regret de la présence des Pieds-Noirs. Il resta l’indépendantiste qu’il avait toujours été, mais en démocrate humaniste désireur d’une Algérie plurielle, non privée d’une part de ses natifs. Il voyait les Pieds-noirs comme des victimes de la colonisation et de la manière dont la décolonisation s’était produite…  Je note un lien où c’est mentionné, dans un courrier au journal Le Matin.dz : http://www.lematindz.net/news/1555-naissance-dune-associa...

L'analyse de Kamel Daoud...

Kamel Daoud, justement, réagit avec lucidité et de manière nuancée à la polémique sur les propos d’Emmanuel Macron. A la question du journaliste  sur cela il répond « J’appelle ça ‘un petit tour dans l’inconscient’». (Tout en notant que c’est « la halte algérienne » de la campagne électorale). Il reconnaît le courage de Macron, mais considère que « La France devrait chercher à faire œuvre positive au présent, et non à en chercher la trace dans le passé. »… Libération, 17-02-17... http://www.liberation.fr/debats/2017/02/17/kamel-daoud-ce... 

Kamel Daoud trouve qu’Emmanuel Macron a « rompu avec le discours habittuel » et qu’il faut « qu’il y ait quelqu’un qui tranche ». Donc il reconnaît une force à ce qui a été dit. mais aussi il pense qu’il faut une deuxième rupture, arrêter de ressasser et passer au présent…  « «Je suis partisan qu'on arrête de ressasser cette histoire. J'ai assez payé de ma vie personnelle. Je pense que la France a le droit de faire œuvre positive dans le présent, au lieu de chercher combien elle a fait de routes en Algérie par le passé». Il le dit ainsi : « L’exploitation de la colonisation de l’Algérie doit cesser. », citation reprise en titre par Le Figaro, 20-02-17… (D’autant plus qu’elle se fait sur les deux rives, cette exploitation-instrumentalisation, avec des objectifs divers, suivant les rives et les courants qui s’en emparent…)… http://www.lefigaro.fr/livres/2017/02/20/03005-20170220AR...

Et le début de sa chronique de 2013... "Malheureusement nous n'avons pas eu un Mandela en 62..."... https://bel-abbes.info/malheureusement-nous-navons-pas-eu...

.... Mise à jour... 

Et... Un peu d’humour…! Fellag : « Vous avez raté votre colonisation. Nous avons raté notre indépendance. France et Algérie sont quittes. ». Sur Algérie Focus, 24-02-17… http://www.algerie-focus.com/2017/02/fellag-avez-rate-col... 

22/03/2015

D’ombre et de lumière... La poésie contre l’arrogance brumeuse...

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« J’écris pour que la vie soit respectée par tous /// je donne ma lumière à ceux que l’ombre étouffe »

Messaour Boulanouar

La Meilleure Force (et poème cité dans l’Anthologie de la poésie algérienne, « Quand la nuit se brise », dirigée par Abdelmadjid Kaouah, éds Autres temps, 2004 /Points, 2012)

 Que d’ombre... dans les paroles des uns et des autres, quand on aborde le sujet de l'Algérie (colonisation, décolonisation, communautés). Que d'ombre... chez ceux qui ont besoin de reprendre, pour on ne sait quelle satisfaction perverse, des litanies de rejet, dans leur seule poussière de mots sans lumière. Et cela se retrouve autant dans une certaine sorte de presse (celle qui choisit le masque nationaliste : qu'il soit fait de passion française ou de passion algérienne) que sur des sites et sur les réseaux sociaux (le fiel masqué... derrière des pseudos - ou sans pseudos, mais à l'abri de la distance, derrière son clavier). Sans doute ne lisent-ils pas assez la poésie, qui, peut-être, peut, par les mots, faire entrer un peu de conscience complexe...

Et dans ces charges d'ombre, si souvent (d'où que cela vienne) les Pieds-Noirs sont une cible pratique. Pratique, car cela permet d'éviter le regard lucide sur le réel. Celui qui ferait assumer consciemment par la France et ses composantes sociales, idéologiques et politiques - de gauche, aussi - les responsabilités du pouvoir de la métropole dans la guerre de colonisation, dans les injustices qui suivirent, et dans la guerre du refus de l'indépendance. (Guerre qui ne fut pas le fait des immigrés qui créeront ensuite ce métissage méditerranéen pied-noir, par le processus de migrations plurielles : Espagnols, Italiens, Maltais, Gitans... Guerre qui ne fut pas non plus, d'ailleurs, le choix des Communards français exilés de force, ni des Alsaciens fuyant pour garder leur identité). Cible, les PN, aussi, des nationalistes algériens aux pensées conformes à l'Histoire officielle, à l'idéologie officielle, préférant s'aveugler plutôt que penser et analyser les erreurs passées et les dérives présentes.  Le bouc émissaire, c'est confortable...

Cependant, ombre et ombres, de même, chez des nostalgiques d'un statut antérieur de l'Algérie coloniale, sans regard critique sur le fait colonial, dans l'idéalisation mensongère de réalités, qui, si on doit en voir la complexité, ne peuvent être comprises en dehors de ce constat : un passé enfermé dans l'aberration d'un système qu'un mot suffit à dénoncer, et c'est le mot "colonisation". Cette ombre-là a des effets pervers sur le regard qui est porté sur les Algériens ou Franco-Algériens, et, de manière élargie, fantasmée, sur les musulmans (d'autant plus que le terrorisme islamiste semble légitimer, autoriser, un glissement de perception où se produit une interférence faussée entre passé mal compris et présent analysé à la mesure seule des peurs). Extrême minorité des Pieds-Noirs et frange extrémiste générale de la population (dont il est difficile de saisir vraiment l'importance, la proportion, et aussi la toxicité réelle - car les statistiques viennent de sondages et études à relativiser - les questions semblant parfois suggérer les réponses). Et si, en plus, on fait intervenir la question de l'antisémitisme (qui vise, là encore, une partie des Pieds-Noirs, et les Juifs qui tiennent, malgré le destin et l'exil commun, à se définir autrement, seulement comme Français Juifs d'origine algérienne)... on retrouve autrement des miasmes idéologiques créateurs de haine. Et l'articulation, assez perverse, avec l'actualité moyen-orientale...  

Pourtant, dans cette période lourde, de montée des nationalismes européens, des fanatismes de toutes sortes, le seul langage qui vaille est celui de la fraternité. Dont la source, l'intelligence (la compréhension profonde), est à chercher dans la parole des écrivains.

Jean Pélégri, dans son ouvrage « Ma mère l’Algérie », Actes Sud, le dit bien, que les PN seraient chargés de « tous les péchés d’Algérie »... « Je pressentais qu’un jour prochain, par commodité simplificatrice, et parce que c’est l’habitude des métropoles, ma communauté, les Pieds-Noirs... » (...) « Alors que la colonisation était un fait global et politique qui relevait essentiellement de la France. » (page 70).

René-Jean Clot (peintre et écrivain), lui, écrivit dans « Une Patrie de Sel », Librairie Bleue, ceci  (à méditer)... Parlant de l’exil, du manque d’Alger : « Dans cette eau mouvante et trouble, il faut retirer la vermine politique. Dépolitiser, cela veut dire décrasser. Au début, j’étais perdu dans mon chagrin, maintenant mon chagrin m’a donné une leçon d’ordre moral. » (page 29). Et « Pourquoi, contre nous, cette ignorance, cette mauvaise foi des métropolitains ? Nous les dérangions. » (p.41). Et « Avec douleur nous nous sommes aperçus que, parlant des Pieds-Noirs, les métropolitains se trompaient de portes, de noms, de dates, de lois et, disons-le, d’Histoire de France. » (p.43). Et il ajoute : « Qu’avons-nous appris ? A vivre sans sombrer dans la haine. » (p.49). 

Que les Algériens et les Pieds-Noirs se parlent sans les chambres d’échos, et motivations douteuses, venant déformer la réalité des uns et des autres. Car ils sont liés par une terre et des imprégnations culturelles qui font se comprendre, sans regard « étranger »... Donc, au lieu de poursuivre les guerres, qu'ils servent de médiateurs, de créateurs de liens.

Les poètes algériens savent, eux aussi, dire les dangers de la haine, des dissensions qui apportent la mort.  Ainsi, Ahmed Azeggah, écrivain et humaniste de haute tenue, dans son poème « Arrêtez » (message que tous doivent entendre) : « Arrêtez de célébrer les massacres / Arrêtez de célébrer des noms / Arrêtez de célébrer les fantômes / Arrêtez de célébrer des dates » (...)  « Ce sang coagulé / Venin de la haine / Levain du racisme » (...) « ... et moi je suis Pied-noir et moi Juif et moi on m’appelait Bicot / On en a marre de vos histoires et vos Idées / Elles / Rebuteraient tous les rats écumeurs de poubelles » (...) « L’univers seule patrie » (A chacun son métier).

... 

Prolonger la réflexion... Livre de Jean-Jacques JORDI, « Les Pieds-Noirs », coll. Idées reçues, éd Le Cavalier bleu  http://www.lecavalierbleu.com/f/index.php?sp=liv&livr...

et "Pieds-Noirs, identité et culture", par MC S-J: http://editions-gandini.fr/df077-pieds-noirs-identite-et-... 

22/11/2013

Transmission pieds-noirs : un site de Paul Souleyre

Blog qui prolonge et développe la démarche entamée avec MémoBlog, site où, en fils de Pieds-Noirs (né en 1969), il cherchait déjà à déchiffrer ce qu’il en est de cette identité, et des traces, en soi, de cette mémoire familiale d’exil :  http://www.memoblog.fr  («… Préciser que la nostalgie n’est pas dans ma nature, que je ne regarde jamais le passé pour le refaire ou le regretter, mais seulement pour mieux comprendre le présent, mon présent. ») (…) «… il s’agit manifestement d’un site d’enfant de pieds-noirs affecté dans son psychisme par l’exode de toute une famille. » (…) « Mais j’ai la certitude d’avoir  perdu une terre. Et là est la vraie surprise de Memoblog.  / Comment est-ce possible, je ne sais pas, mais j’ai perdu une terre. / La terre rouge d’el-Hamri. »)

……………………………

Transmission Pieds-Noirs succède donc à Mémoblog, le complète : http://www.transmission-pieds-noirs.fr/   Dès l'accueil, des visages dans des cercles, visages de ceux qui ont "reçu" ce qui... n'a pas été transmis, ou difficilement, ou raté (comme le dit un père pied-noir, cité dans la page de présentation). Mais la génération des enfants, des jeunes ados, a tout intégré de l'exil et des souffrances. C'est l'inconscient qui trahit, les hasards, les ratages aussi (comme l'explique une des jeunes femmes). Paul Souleyre explore de manière passionnante les signes étranges que tissent le hasard et l'inconscient. Et il sait dire comment on peut flotter dans un vide identitaire (est-ce "identitaire"? je mets ce mot pour traduire) quand l'espace n'a pas accueilli. A travers sa recherche d'Oran (Oran, pas la mémoire de la guerre, pas les histoires de famille : le lieu) il retrouve sa part d'algérianité et aide aussi ceux de sa génération à la retrouver (pour choisir de la savoir, de l'assumer ou de s'en éloigner : l'essentiel étant la prise de conscience de ces dimensions...). La transmission, si elle a sauté une génération, peut se rétablir ensuite. Car le temps est long...

Donc, déjà, lire la page de présentation de sa démarche : http://www.transmission-pieds-noirs.fr/about/ 

CITATIONS : «  L’ambiguïté est la seule valeur qui me tienne vraiment à cœur. » (…) « Je ne crois pas du tout à la vérité, ou plutôt, la vérité, pour moi, a toujours pris la forme d’une contradiction. Donc plus que les vérités univoques qui n’ont jamais réussi à me toucher, je recherche des vérités contradictoires et ambiguës, perturbantes. Des vérités où la personne qui s’exprime se demande d’abord et avant tout si elle n’a pas elle-même raté quelque chose. »

Et voilà comment il commence ce voyage en ambiguïté, en profondeur, dans le regard des tensions et contradictions, en soi et dans le réel : par un très beau texte qui interroge une identité suspendue dans le vide, en quelque sorte. Celle d’exilé sans exil su, d’immigré sans savoir d’où, de citoyen d’un espace de questionnement : http://www.transmission-pieds-noirs.fr/paul-souleyre-1969/

« Ma mère n’aimait pas l’Algérie Française.

Ma mère est née à Oran le 19 novembre 1946, a quitté la ville le 28 juin 1962, et s’est éteinte à Bordeaux le 15 février 2009. Je crois pouvoir dire qu’elle n’a jamais été heureuse nulle part.

Pour l’Algérie, en tout cas, je n’ai aucun doute. »

(...)  « Commencer à percevoir la complexité d’une situation permet de s’éloigner d’affirmations générales et pathologiques du style « tout le monde était bête » pour se réconcilier avec des origines extrêmement diverses, tout en gardant à l’esprit qu’à Oran, cette diversité au sein de la catégorie des Français d’Algérie était en conflit avec elle-même. » (…) « Ce n’est pas très spectaculaire donc personne ne s’en préoccupe, mais j’ai comme la vague intuition que quelques enfants de pieds-noirs flottent gentiment au milieu de nulle part dans la société française actuelle, et se demandent juste par quel miracle ils ont acquis la capacité de se mouvoir dans le vide. » (…)« Il y a déjà un moment que je me considère comme un enfant d’immigrés-exilés. Mais de quel pays ? »

Lisez le texte intégral…Précieuses écritures que celles qui ont pour projet de ne pas se cloîtrer dans les certitudes, les barrières idéologiques (les camps, les pour, les contre, les clichés et les schémas figés, ou les émotions stériles ressassées à l’infini). Là, une distance apparemment paradoxale (car la proximité du regard sur l’autre prochain n’est pas niée, si elle n’est pas exaltée). Ambiguïté, donc complexité… Grande humanité. (Complexité... qui est une clé pour Camus. La réalité n'est pas binaire...)

Comme j’aimerais trouver autant de subtilité et de cœur chez ceux qui écrivent, de l'extérieur, SUR les Pieds-Noirs, en projetant sur eux tous les affects produits par des faits de propagande (lire, pour comprendre cela, « Une Patrie de Sel » de René-Jean Clot, et « Ma mère l’Algérie » de Jean Pélégri (et, ici même, mes notes, catégorie « Pieds-Noirs »)…

... Complément d'informations, sur ce site, sur l'identité, sur le rôle de la rencontre de Luc Demarchi (Site "Vivre à Belcourt"), dans la note sur Olivier Py, sur lequel nous avons tous trois écrit, tant il exprime ce qui nous est commun... une irréalité de terre, peut-être. Olivier Py a trouvé ses racines dans la mer Méditerranée et Paul Soulever explore Oran... Tiens, Vivre à Belcourt : là encore, c'est le lieu qui est le sujet, le lieu et les êtres qui y vivaient et qui y vivent. Plus que le pays, les villes (car les appartenances y sont inter-communautaires dans la traversée des communications actuelles).

Identité(s)? Cartographies qui se déchiffrent et s'inscrivent diversement. Dans la recherche des lieux, d'un espace autre, mer réelle et symbolique qui relie et qui échappe aux enfermements. Dans la recherche des langues (dont le pataouète), l'exploration des êtres, et... la littérature : Camus, Clot, Pélégri, Cardinal, Roy, Roblès, Xuereb, Vircondelet, etc.

Lien vers cette note (où je parle d'Olivier Py, mais aussi de Paul Souleyre et Luc Demarchi..), "Méditerranées,  d'Olivier Py..." http://tramesnomades.hautetfort.com/archive/2013/07/24/me...

...Des clés, en marge du site de Paul Souleyre

Article d’Hubert Ripoll, Le Monde,  05-07-2012, « Le dernier exil des Pieds-Noirs » https://dl.dropboxusercontent.com/u/29077738/Le%20dernier... 

Et son livre, « Mémoire de là-bas / une psychanalyse de l'exil » : https://dl.dropboxusercontent.com/u/29077738/Chapitre%201... 

Mais j’allais oublier… « Pieds-Noirs, identité et culture » : http://editions-gandini.fr/df077-pieds-noirs-identite-et-...