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28/03/2017

Quelle poésie perd son chant ? Sur un fragment d'éditorial...

JOURNAL des poètes.jpgTitré « Poésie à l’oubli » le début de l'éditorial de Jean-Marie Corbusier donne envie de lire intégralement le texte, pour voir où cela aboutit (ce que je ferai, dans la revue belge Le Journal des Poètes). Recours au poème en a fait un post sur sa page Facebook, en annonçant la parution, et c’est ainsi que je l’ai découvert et commenté…

J'y reconnais certains de mes agacements, et questionnements. Il est vrai que pas mal de publications sont décevantes, sans l'exigence d'une écoute intérieure laissant émerger de l'intense rare : voix évidente, musique ET regard. Voix et sens, car si le chant n'est que chant il tombera des mains du lecteur (autant que le texte qui peut se confondre avec un article du journal quotidien...). J'apprécie l'évocation de "la pénombre du poème", car, effectivement,  il faut au poème cette frange d'hésitation qui fait douter d'une première lecture, ou trouver, à force de relire, une superposition d'interprétations parfois même contradictoires, mais donnant petit à petit son épaisseur au poème (texte ou livre). L'inconscient affleure, et se lit aussi une sorte de métaphysique singulière qui est la marque d'un (une), immédiatement reconnaissable. Dans ce qui est poème, l'alliance des mots est fulgurance. Coup de foudre pour un vers, une phrase, une page, un livre entier. Désir d'apprendre par coeur des fragments. Coup de foudre ou rien. S'il n'y a pas ce choc c'est qu'il n'y a rien. Mais je n'adhère pas à l'opposition "prose et poésie". Poèmes en prose de Baudelaire, Rimbaud, fragments poétiques de Char... et de bien d'autres. Même si les phrases qui suivent précisent la pensée, la confusion dénoncée n'est pas vraiment cela. N'est-ce pas plutôt la confusion entre écriture du seul factuel (y compris étalé en vers...) et poésie (donc factuel transcendé)?

Citations, l’éditorial (fragments soulignés sur Recours au poème, choix que je garde…) : « De plus en plus, lors de mes nombreuses lectures de textes actuels, dits poèmes, je m’aperçois que la pénombre du poème a disparu. Il y a confusion entre prose et poésie. (…) L’élan poétique, si faible souvent, se brise dans une parole trop claire. (…) L’on donne la priorité à un contenu plutôt qu’à un chant. »

Recours au poème, page Facebook : https://www.facebook.com/revueRaP/ 

Recours au poème, le site : http://www.recoursaupoeme.fr 

Le Journal des Poètes, page FB : https://www.facebook.com/Journal-des-Poètes-1608351529448... 

28/01/2017

Anne Perrier, poète, nomade de l’essentiel. Nomade enfuie…

 VOIE nomade.jpg« Ce n’est pas 

    Au moment de mourir tous les cris

    Déchirants de la terre que j’emporterai

    Toutes les larmes non

    Mais ce rire d’enfant comme un chevreuil

    Qui traverse la foudre »

             Anne Perrier, La voie nomade 

Elle meurt, mais les textes sont là. J’aurais aimé la connaître, elle qui demandait  « où est ma demeure » et rêvait de possession qui soit dépossession, en cherchant à la frontière du silence. Demeure? Celle des mots, mais justement lesquels pour dire l’essentiel? Et celle du sens intérieur, d’un rapport juste au monde et à la mort, donc à la vie. Perte d’une inconnue non rencontrée, mais si connue, si proche, rencontrée autrement, intimement. 

Poèmes… « La voie nomade » et autres titres… http://www.wikipoemes.com/poemes/anne-perrier/la-voie-nom... 

Chronique, dans Recours au poème…  http://www.recoursaupoeme.fr/chroniques/chronique-du-veil... 

Article du Temps… https://www.letemps.ch/culture/2017/01/22/poete-vaudoise-... 

Chronique du Monde. Disparitions… http://www.lemonde.fr/disparitions/article/2017/01/25/mor... 

Fiche wikipedia… https://fr.wikipedia.org/wiki/Anne_Perrier

Note de 2013 : http://tramesnomades.hautetfort.com/archive/2013/12/04/la... 

 

21/01/2017

« Ne plus rien dire que l’essentiel… », A L’Index numéro 32…

INDEX 32.jpg« Ne plus rien dire / que l’essentiel

   Ne plus rien faire / que l’éphémère »

              Jean-Pierre Chérès, Silex (A L’Index 32)

De nouveau, relisez le texte de Jean-Pierre Chérès en quatrième de couverture. Autre fragment que j’en retire... «  Se perdre dans les gens pour se retrouver dans le sens… ».

De nouveau, regardez la vignette de couverture : c’est aussi cela la poésie, cette répétition du regard sur l’essentiel du sens.

Ce numéro 32 est essentiellement constitué de poèmes. L’introduction de Jean-Claude Tardif met l’accent sur la liberté, dans le refus de toute compromission, pour une poésie qui se veut être toujours ce qu’elle fut, « le parler premier des hommes ». Il met aussi l’accent sur le rapport « singulier » du lecteur au livre. Singulier, donc, aussi, hors des règles commerciales des circuits soumis à des normes.

De Jean-Pierre Chérès on retrouve trois poèmes inédits, denses et forts : Silex, Strates, Rages. Le silex, pour un retrait dans le silence froid de la pierre, pour « Ne plus rien dire / que l’essentiel »… Les « strates de la mémoire » pour une archéologie intime. Et les rages, pour une mémoire de perte. Peut-être. 

Suit un texte de Luis Porquet, que j’ai apprécié particulièrement, au point de symboliquement pourvoir le co-signer. Un « essai » qui me semble correspondre à une conception très haute de la poésie. Ses premières références, dans « L’Éclat fuyant du météore » répondent à cette exigence : Héraclite, René Char, Daniel Pons, Suzuki, Octavio Paz… Et les fragments qu’il cite ensuite, pour « L’Offrande céleste du jasmin », sont là pour soutenir un ancrage de cette sorte d’écriture : l’Espagne est pour lui le pays où s’écrit le mieux une poésie essentielle : « L’écrivain ibérique s’inscrit dans la chair palpitante du monde. Son langage est l’ennemi des pirouettes abstraites et de l’esbroufe intellectuelle. » (…) « Le poète hispanique est vêtu de son âme ». Poésie essentielle au sens fort : nécessaire et traitant de l’essence de l’être, une poésie où la mystique s’écrit, en lien avec une conscience cosmique. « Hispanique », c’est l’Espagne, mais aussi la langue, avec la poésie de Luis Mizon et le chant de Paco Ibañez. Mais citer Lorca, Alberti, Jimenez, Hernandez, Bergamin, Gamoneda, n’empêche pas de puiser des références clés chez Novalis, ou d’avoir Jean Grenier comme maître à penser (un des…). Universalisme de celui pour qui le zen paraît être un centre repère, et le yoga de l’art, une clé de la création. Parce que le « duende » de Lorca, qui ici serait figuré par le jasmin et l’ancrage charnel du poète espagnol (sans être nommé), le duende est connexion cosmique.  Comme Bergamin, Luis Porquet refuse « le procédé, le truc », ces « falsifications », pour chercher ce qui transmet la part de « lumière » (ou plus que la part). 

Et justement, dans les textes qui suivent, ne cherchez pas de procédés artificiels. Ni dans « Ardoises » de Michaël Glück - un de mes auteurs lu et relu depuis longtemps, lui qui disperse ses textes dans des micro-éditions, créatrices de poèmes sculptés parfois (j’ai ainsi de lui une pierre gravée, un bois cachant un texte, un parchemin long… et des petits carrés de « pré#carré », etc.). Poème, « Ardoises », où l’on sent une sourde colère, pour affirmer que les mots convoquent le réel et que le réel, même d’horreur, doit être dit dans « un poème sans fin », qui est en lui, avant même l’écriture… 

Proximité de mémoire entre Michaël Glück et Laurent Nuchy, je le sais et je le lis : « Hillel et Myriam répondirent… / Suis-je allé jadis à ma rencontre? » (Le Golem,).

Entre eux (merci pour ce choix), mon long poème « Fugue de lieu ». Mémoire(s), aussi, et démarche posée sous forme de questionnement, pour relier deux axes : « Faire silence, en mystique sans dieu ni dieux, ou se faire bruyant prophète de paix? Être le démiurge caché d’un monde miroir, changer l’eau sombre? ».

Et, juste après, une nouvelle de Luc Demarchi, « Castiglione », où (décidément, c’est un thème récurrent dans ce numéro, mémoire…) l’auteur raconte un souvenir d’enfance, vacances dans une étrange maison sans eau ni électricité, devant une plage et une mer où serait enfouie une ville d’autrefois. Comme le sont, dans la mer de la mémoire, les souvenirs qu’on déchiffre et un réel disparu. 

Échos, encore, d’un texte à un autre. Au « Silex » de Jean-Pierre Chérès répond « Archéologie d’une pierre » de Raymond Farina : métamorphoses de la pierre, arme ou galet de douceur, ou sculpture créatrice de beauté… Autres échos, les pierres de Roland Nadaus… 

A la maison enfuie (dans le passé) de Luc Demarchi répond celle que quitte le personnage de Jean-Claude Tardif dans « L’accident », en laissant une feuille vierge, sans message, pour aller (accident ou suicide?) se détruire (mourir?) en voiture. Etrange récit, dont l’étrangeté même fait la profondeur du personnage au sujet duquel on se demande ce qu’il fut et ce qui l’a mené à cet instant. On tente une interprétation, et elle se détache, comme la première poupée russe qui en cache une autre et une autre, la dernière se brisant en éclats de sens possibles. A-t-on compris? Pas sûr, et tant mieux. 

Antoine Houlon-Garcia, lui, cherche dans un bref essai fouillé sur La Jeune Parque, « de quelle Ariane Valéry nous fait le récit »… Ariane mythologique ou femme ouvrant un pan autobiographique… 

Beaucoup de traductions, dans ce numéro. Textes, poèmes, issus de plusieurs langues… Ne pouvant tout relever je choisis de citer des vers de Luis Benitez. Pour déclencher l’envie de lecture de ses poèmes, et des autres… 

« Permets à ton ombre ou à la nuit d’humecter tes paupières , / Ainsi n’entrera pas en toi / le feu et l’avenir ne t’effleurera point. »

(…)

« Les spectres que je fus épient derrière les mots / le mouvement de la vie, plus torrentielle que le temps, / car je fus spectre et spectres sont les choses / et les hommes. »

(…)

« Il est inutile que je dédie / à ceux qui m’écoutent / une vérité : ils en feront des miettes. / De leurs miettes naîtra Lao-Tseu. »

(…)

« Ce soir et une partie de la nuit / je suis retourné m’immerger dans la mer épaisse / où nous flottons, êtres et choses. » (…) « Je n’ai pas vu de berge. Tout est mer. / Ceux qui craignent la berge / ne savent pas qu’ils cheminent dans la mer. »

(…)

«… le brillant de l’humble couleur a réuni en mots / le visage de ce qui a été vu »

(…)

« Pour moi, la certitude est le brillant chemin de son jamais. »

………………..

A L’Index aujourd’hui : http://lelivreadire.blogspot.fr/2016/11/blog-post.html 

Pour lecture…

MC San Juan

Revue déposée librairie Compagnie, Paris… http://www.librairie-compagnie.fr 

17/01/2017

Jean-Louis Giovannoni, dans la revue A L'Index 31...

INDEX 31.jpgJe reviens à ce numéro 31, en retard d’écriture puisque le numéro 32 vient de paraître… 

D’abord, relisez la quatrième de couverture, avec le manifeste poétique de Jean-Pierre Chérès. J’en picore un fragment : «  Être poète, c’est se donner corps et esprit à la présence du monde, c’est être possédé par le monde, c’est ouvrir en permanence ses antennes sensibles à l’univers… ». Manifeste de Jean-Pierre Chérès, et programme collectif pour la revue, d’écriture et d’engagement, pour le sens et autrui. 

Ensuite regardez de nouveau la vignette d’Yves Barbier en couverture, car c’est exactement la même chose : le personnage esquissé fait tourner un cercle du temps et du non-temps, en rapport avec le cosmos. (Voir, numéro suivant, 32, l’essai de Luis Porquet sur la poésie, essai que je pourrais co-signer, tant j’y adhère…).

Parcourez enfin les pages, pour les textes, où domine la poésie, et, cette fois, le dossier double, fils tissés, sur « Tarn en poésie 2016 » et Jean-Louis Giovannoni, auteur que je lis depuis longtemps et dont j’aime particulièrement les aphorismes, les fulgurances brèves. On nous fait entrer dans l’ambiance de plusieurs jours d’échange, pour la rencontre qui a fait se déplacer la revue, comme le dit Jean-Claude Tardif, « des falaises de craie du pays de Caux » à la région d’Albi.

En exergue à la présentation de l’auteur principal de ce numéro, par Georges Cathalo, une définition apparemment paradoxale de l’écriture par jean-Louis Giovannoni, « source » et « soif ». Apparemment. Car cela traduit bien la tension qui le fait écrire. Si on devait résumer en quelques mots ce qui est retenu de lui à travers ce parcours des textes et des livres, que pourrait-on choisir de garder? De celui qui se dit « né entre les pages d’un Don Quichotte » (mais d’une édition « abrasée » au point d’être illisible) on dirait : mort et deuil révélateur (initiatique), énigme des voix d’autrui (des voix de la folie d’autrui, croisée par le travail, respectée : porte vers l’humain universel, la force de l’écoute plurielle, oreille tendue vers les murmures de l’autre, et finalement de soi), doute et présence du sens, amour (à condition qu’il ne se dise pas en poème). On le qualiifie de « métaphysicien », de « poète du sens », rappelle Georges Cathalo... 

En conclusion, deux chroniques, les lectures, précieuses, de Bernard Noël et James Sacré, déchiffrant le parcours du poète. Hommage. Et un poème de Jean-Claude Tardif, dédié en « clin d’oeil », « Je n’écris plus de poème les jours de pluie ». Le « je » serait celui qui écrit et (ou?) celui sur qui on écrit. Complicité qui mêle les mots et fait entrer l’un dans la conscience de l’autre pour dévoiler ce qui se refuse, déplacer la pudeur. C’est ainsi que je le sens. Est-ce su? Voulu? (Peu importe, c’est lu…). Echo, dans un texte introductif du numéro qui suit, de nouveau la pluie évoquée par Jean-Claude Tardif, mais qui provoque un mimétisme de forme, symboliquement.

A L’Index aujourd’hui : http://lelivreadire.blogspot.fr/2016/10/blog-post.html 

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Pour lecture…

MC San Juan

Revue déposée librairie Compagnie, Paris… http://www.librairie-compagnie.fr 

08/06/2016

MARINA...

MARINA.jpg« Un poète c’est quelqu’un qui a un don égal pour l’âme et pour le verbe. »

Marina Tsvetaïeva, « Le poète et la critique »

Marina Tsvetaïeva, sa POESIE d’un livre à l’autre, d’un site à l’autre (graphies différentes de son nom, parfois Tsvetaeva). Majeure, Marina. Un des auteurs pour notre île déserte. Elle, le contraire du désert. Une lumière, au-delà de tant de souffrances, mais toujours, en elle, cette fulgurance d'âme. Comptent ses poèmes, comptent ses essais. Superbe pensée. Mieux que beaucoup d'autres, elle sait dire ce que signifie créer, en regardant sa vie dans le miroir des oppressions, des exils, des morts des pertes, avec l'étoile du sens au creux de son être. Précieux volumes, édités par "Le Temps qu'il fait" : "L'Art à la lumière de la conscience", " Le Poète et le Temps", "Le Poète et la Critique"... En marge de "L'Offense lyrique", des lampes qui balisent le chemin... 

LIVRE MARINA.jpg

 

 

 

 

 

 

Liens...       

Marina Tsvetaïeva, POESIE  BioBibliographie, par Florence Trocmé, POEZIBAO : http://poezibao.typepad.com/poezibao/2005/05/marina_tsvta...

Des poèmes, POEZIBAO : http://bit.ly/1DCBUlp

Magnifique dossier, sur ESPRITS NOMADES (« Indices terrestres », « Marina, Marina », « Une passante de l’éternité », textes et BIBLIOGRAPHIE ): http://www.espritsnomades.com/sitelitterature/tsvetaeva/t... 

REMUE.net, lecture de Marina Tsvetaeva par Dominique Dussidour. Commentaire médité, belle page, et des textes  http://remue.net/spip.php?article2314

TERRES de FEMMES (Angèle Paoli) : Un poème, et des liens vers d’autres textes sur d’autres pages du même site http://bit.ly/1NMjxKu

Recension (un volume, « Insomnie et autres poèmes »), et citations, sur RECOURS au POEME : http://bit.ly/1CIovoq

Textes, bibliographie, liens, TERRE à CIEL : http://terreaciel.free.fr/poetes/poetestsvetaeva.htm 

FRANCE CULTURE, Marina… http://www.franceculture.fr/personne-marina-tsvetaieva 

et, France Culture, « Les forçats de l’absolu » : http://www.franceculture.fr/emissions/les-nouveaux-chemin...

Chronique de Cécile Guivarch, Francopolis... http://www.francopolis.net/revues/TsvetaievaM.html 

Et Lettre à Marina, de Zeio, Francopolis... http://www.francopolis.net/Vie-Poete/MARINATSVETAEVA.html 

Fiche wikipedia : https://fr.wikipedia.org/wiki/Marina_Tsvetaïeva 

SITE dédié : http://tsvetaeva.free.fr/index.html

Couvertures de livres, titres à voir… images google (recherche : « Marina Tsvetaeva livres »)… 

19/05/2016

La poésie, ou "Le présent dans sa respiration". A L'Index numéro 30, revue...

INDEX 30.jpg

Lire une revue littéraire, une revue de poésie, c’est, déjà, palper le papier, regarder le frontispice, lire la quatrième de couverture (quand elle existe - et c’est le cas pour A L’Index…), passer à l’éditorial, chercher le sommaire, les noms (qui connaît-on? ou pas?), les titres (c’est important, les titres…), et voir si, parmi les auteurs publiés cette fois, il y a des passeurs de langues, des voyageurs ou des exilés, ou simplement des poètes venus d’ailleurs, passés par l’art de la traduction (et c’est souvent le cas pour cette revue, avide d’ouverture au-delà des frontières, de connaissance des « autres », autres par la nationalité, la langue, quand ce n’est pas par le continent). Prénoms féminins et masculins sont en équilibre dans ce sommaire : les femmes ne sont pas des oubliées, pour cet éditeur (ce n’est pas comme pour les programmes du bac, ou pour la tribune de certaines rencontres poétiques : de celles qui me donnaient l’impression d’être devant les costumes gris d’un gouvernement…).

Plaisir de lecture d’avance, quand c’est une revue dont on connaît la qualité, et à laquelle on est fidèle. Et j’y suis fidèle, de plusieurs façons (en lisant, en écrivant). (Ce qui ne veut pas dire ne pas lire les autres revues et oublier de saisir le tissu de ces publications qui sauvent la poésie de l’inexistence. Lire et parfois aimer beaucoup… Ou tenter de lire, d’autres fois, et ne rien trouver qui mérite d’être relu et gardé… cela arrive, et on n’y reviendra pas, alors).

Revues, justement c’est le sujet de l’éditorial de ce numéro, de cette introduction qui présente l’essentiel. En poésie les revues qui tiennent ne sont pas si nombreuses, même s’il y en a beaucoup qui se publient en même temps : beaucoup disparaissent aussi. Comme la presse ne parle que peu ou pas des publications de poésie, et pas tellement plus des livres, que pour la radio et la télévision (à part quelques rares émissions de qualité, confidentielles) c’est moins important que les vidéos sur youtube… tenir est de l’ordre d’une persévérance folle. Qui demande d’être soutenue. Mais ceux qui écrivent et publient (ou veulent publier) sont-ils conscients suffisamment de ces enjeux, du caractère collectif de la création? L’éditeur dit son agacement devant ceux qui exigent publication, sans avoir vérifié si ce qu’ils proposent correspond à l’esprit du support qu’ils convoitent. Cela me fait penser à un article lu, il y a quelques mois peut-être, où un éditeur de poésie, marocain, ayant compté le nombre de poètes publiés en revues ou dans des petites maisons d’édition, s’était dit qu’il aurait suffi qu’ils soient vraiment lecteurs des autres pour que l’édition marocaine de poésie soit largement bénéficiaire au lieu d’être en permanent danger de faillite… C’est un phénomène étrange, et apparemment commun, que cette désaffection de lecture des principaux intéressés. Pourtant je ne crois pas que quelqu’un puisse produire une oeuvre de qualité sans être intensément lecteur. D’abord lecteur, et toujours lecteur. Lire, et donc, surtout, relire. 

Donc, la couverture... Frontispice permanent, signature symbolique… Dans un carré d’encre (page?) un personnage (poète? éditeur? lecteur?) pousse une spirale, comme en dansant. Spirale monde ou temps, centre d’écriture déroulé ou centre en construction, perspective cosmique, si je veux le voir ainsi, et c’est ainsi que je le lis. Il ne pourrait y avoir meilleure traduction de ce qui est offert ensuite dans les pages. Une part de jeu et de danse avec les mots, mais dans un contexte d’engagement, d’ancrage réel dans le monde tel qu’il est. 

Et c’est ce qu’affirme le très beau texte de Jean-Pierre Chérès qui sert de manifeste permanent, paragraphe dense de la quatrième de couverture… « …Préserver le présent dans sa respiration ». L’écriture, la poésie, le corps, le monde… L’humain. L’humain d’abord. Dans la réciprocité du regard, dans l’inscription de tous les sens. L’autre, différent ou étranger, l’autre respecté. Ethique d’une poésie qui se soucie peu de fariboles superficielles. (Echo, pour moi, à ce que je viens de relire d’Abdellatif Laâbi (« L’arbre à poèmes », anthologie)… L’auteur y expliquant que, vraiment, pour lui, pas de fleurs et de papillons au coeur du poème, mais le souci du monde, cette présence dont parle aussi Jean-Pierre Chérès. C’est le même langage, la même famille d’esprit. Beaucoup de ceux qui écrivent ainsi sont dans un permanent grand écart entre l’engagement (qui ne peut être "que" d’écriture, même s’il doit être d’écriture) et la création. Engagement non doctrinaire. Au contraire, liberté rebelle de la pensée critique, recherche en profondeur de sa propre authenticité, en poète « possédé par le monde », ce qui est l’inverse de la volonté dogmatique de possession du monde et de la pensée d’autrui. La poésie réelle est une clé contre le fanatisme. 

PEU.jpgL’éditeur est écrivain. Jean-Claude Tardif. Livres divers publiés chez divers éditeurs, textes régulièrement proposés. J’ai envie de citer le fragment de poème que Philippe Claudel a mis en exergue de son livre « Les Âmes grises », extrait de « L’Homme de peu »  : Être le greffier du temps / quelconque assesseur que l’on voit rôder / lorsque se mélangent l’homme et la lumière. » (L’autre exergue était une citation de Jean-Claude Pirotte, tirée du livre « Un voyage en automne »). Exergue, ou hommage et direction de sens. Ce bref extrait de texte est suffisant pour dire un écrivain. Que « se mélangent l’homme et la lumière », n’est-ce pas le but ultime de l’écriture poétique?. Sur « L’Homme de peu », lire : http://www.francopolis.net/francosemailles/jeantardif.htm 

ETE.jpgDernier ouvrage, poèmes (à quatre mains, avec Jean Chatard), « Choisir l’été » : http://factorie.fr/jean-claude-tardif-2/  

Dans la revue, un texte de lui, prose fictionnelle. « Le Syndrome ». Etrange titre, étrange texte, volontairement étrange, qu’il faut relire pour défaire la distance avec l’apparent sujet. La rencontre d’une femme, jamais revue (des obstacles, des freins, le hasard des rendez-vous ratés), un homme croisé (qui pourrait parler d’elle, peut-être : mais cela n’est pas sûr), et, à la fin, on ne sait pas : il tentera de la rejoindre, et ratera l’instant, ou sera tellement en retard que la rencontre sera ratée d’avance. Relisant, j’ai automatiquement fait le lien avec ce que dit Javier Cercas (écrivain espagnol, sa chronique dans Le Monde des livres). Un roman, une fiction, de qualité, a « un sujet visible et un sujet invisible », l’un permettant d’accéder à l’autre, plus essentiel. Qu’importe réellement la trame apparente, qui n’est que surface? Que dit d’autre ce texte? Rapport au temps : demander l’heure, chercher « le fil du temps », courir et rater le moment. C’est-à-dire, dans le fond, se demander où on est dans cette chronologie devenue confuse, et dont le présent échappe. Et, s’il échappe, qui court après le temps? Est-ce comédie, presque théâtrale (on se moque un peu de soi)?. Est-ce, plus gravement, une sorte de méditation inquiète sur la procrastination relationnelle? Sur les évitements qu’on s’invente pour ne pas affronter les vrais visages? Sujet universel. 

Il y a aussi d’autres nouvelles, et un texte bref. Dans la continuité d’une exigence d’écriture où rêve et réel se tissent ensemble, où d’une page on passe à l’autre sans heurt. Je suis plus attentive à la poésie (prose ou vers ou alternance). 

LUIS.jpgCependant j’ai été très émue par le texte (prose, mémoire, réflexion) de Luis Porquet sur la valise de son père (en bois…). Valise monde, ancrage et errance, exil et patrie. Moi aussi, comme lui, « j’éprouve pour les valises une tendresse de plus en plus grande » (même si celle de mon père était en… carton : comme lui, je la garde, symbole de douleur et de liberté, de départ toujours possible vers un ailleurs choisi, quand il faut). Et comment pourrais-je être indifférente au texte d’un « citoyen planétaire », à mémoire d’Espagne? Même si mon Espagne est plus lointaine dans le temps et dans l’espace, et mêlée d’autres rives... J’adhère à ce qu’il dit des exilés, des réfugiés : initiés. On est dans le monde des libertaires… Il y a ainsi des textes qui justifient ou signifient tout l’ensemble. Qui suffisent. A lire : http://www.luis-porquet.com . Livre, « Le nuage et la montagne », poèmes, éditions de L’Aiguille : http://leseditionsdelaiguille.blogspot.fr/2015_05_01_arch... 

LIVRE ANNA JOUY.jpgEt j’ai lu et relu le « Journal » d’Anna Jouy (qui vit en Suisse romande, et que je ne connaissais pas). Je relirai encore. C’est dense. Sur l’écriture (de « textes sans marges »…), le lever « dévêtue de mon âme », l’interrogation sur le « dire », le « geste ». et cette note : « J’apprends à parler la nuit ». Plongée en soi, interrogation et lucidité, écriture comme philtre magique pour capturer le mystère au lieu d’être capturé par lui et par ce qui rejoint la mort… Novembre 2015, extraits. (Novembre 2015… Évidemment?). J’espère qu’une écriture ira au-delà de novembre 2015, au-delà de toutes les nuits… On peut avoir besoin de ce texte et de ce qui suivrait. J’ai posé le nom sur la Toile, et j’ai trouvé un journal en ligne. Autres pages : http://jouyanna.ch  J’ai cherché encore, et trouvé un ouvrage, aux éditions Alcyone, collection Surya (« De l’acide citronnier de la lune ») : http://www.editionsalcyone.fr/425207624 

La revue est très structurée. Des rubriques reviennent. Ainsi la petite anthologie portative (poèmes à découvrir), ainsi les notes de lecture, recensions de quelques ouvrages. Des traductions, textes bilingues (portugais, roumain, américain, turc : toute une équipe au travail…!). Des dessins de Jean-Marc Couvé, contributeur régulier : dessins qui nous font voyager, je trouve, dans un univers digne d’Alice au pays des merveilles. (Elle s’y retrouverait, entre rêve et peur, devant des plantes, aux yeux fleurs ou feuilles, à la tête oiseau, ou des monstres marins qui font presque hésiter le soleil, caché en partie à l’horizon…). 

J’ai parlé du refus du jeu des gentils papillons (écho, Abdellatif Laâbi, sa déclaration…). 

LEYLA.jpgEt justement, le premier poème, pourtant, arbore un titre qui l’impose (« Papillonner »), et le premier vers inscrit un papillon. Mais rien à voir avec ce que les refus dénonçaient de cette fausse poésie gentillette et sans présence ancrée. C’est à l’opposé. Lucide texte tranchant de Leyla Al-Sadi (née à Poitiers, origine irakienne). Pas de jeu, pas d’espoir : « le noir règne ». Et le poème suivant parle de conflits, de feu, de morts. Regard sans illusion, très loin de la moindre mièvrerie. Poésie dans l’axe, de quelqu’un qui sait, et dit les douleurs, pas la flânerie des amours tendres… hors du monde. Elle peut co-signer l’engagement de J-P Chérès. Comme tous ceux qui reviennent dans cette parution… Livre, « Liens de sang - Thé rouge », poèmes, EditInter : http://www.editinter.fr/al-sadi.html 

BASSE VISAGES.jpgJacques Basse, lui, aborde la question métaphysique de la vie la mort, le sens de cela ou l’absence, l’hypothèse d’autres vies, le « mystère » d’avant ou après « l’ultime nécrose » : « un labyrinthe sans fin est notre vie » . Poésie haute, de celui qui est aussi peintre... Découvrir (ou redécouvrir) : http://www.jacques-basse.net  Poèmes et bibliographie : http://www.le-capital-des-mots.fr/2014/11/le-capital-des-... 

 

 

Livre, « Visages de poésie » : http://poezibao.typepad.com/poezibao/2010/02/visages-de-p...  Sur son site de portraits, ce que dit la revue Texture : http://revue-texture.fr/Le-site-de-Jacques-Basse.html  De Jacques Basse on ne peut oublier le portraitiste... Ses "Visages de poésie". C'est une part essentielle de son oeuvre.

NOMAGES.gifJe ne cite pas tous les auteurs, ni les thèmes (il faut lire…).

François Teyssandier, lui, veut « Tisser / Détisser le temps », dire de son écriture la démarche qui cherche à « Retisser », entre oubli et mémoire, silence et langage, un sens (peut-être) contre le néant : détruire pour construire. Ce sont trois poèmes inédits, mais qui… « tissent » un ensemble cohérent. On a envie d’en lire d’autres, l’avant et l’après du processus. Page sur lui, et textes, revue Ce qui reste : http://www.cequireste.fr/francois-teyssandier/  Et (livre, poèmes), « Paysages nomades », éd. Voix d’encre : http://www.voix-dencre.net/article.php3?id_article=275 

Hervé Martin, dans six textes, se demande (façon de l’affirmer autrement) si dénoncer des injustices c’est encore de la poésie, et il revendique le cri de la révolte : « Tant que je le peux encore ». Avant  la « nuit aphone », « chuchoter »… « Hurler ». Car… « Désir de cueillir ce fruit / couleur du sang / de notre dignité ». Révolte et dignité (de soi, d’autrui). Page sur Terre à Ciel : http://terreaciel.free.fr/poetes/poeteshmartin.htm#internet BioBibliographie : http://hervemartindigny.jimdo.com/biobibliographie/ 

Pour représenter les poètes traduits, je choisis une citation de Cecilia Meireles : « Je marche toute seule / le long de la nuit. / Mais l’étoile est mienne. » Solitude nocturne de ce qui veut sourdre des réalités à nommer, l’écriture… Mais quelque part une lumière, non donnée : forgée (« mienne »). P. 53.

A noter aussi, le dossier Anne Sexton, 1928-1974 (textes traduits de l’américain). Lire (en plus) ceci (en français): https://fr.wikipedia.org/wiki/Anne_Sexton  Ou ceci (en anglais) : http://www.poetryfoundation.org/poems-and-poets/poets/det... 

.... La revue, ici : http://lelivreadire.blogspot.fr

NOTE… © MC San Juan (Trames nomades)

Et sur la PAGE Facebook du blog TramesNomades  https://www.facebook.com/TramesNomades/posts/883412195115... 

19/12/2015

CITATIONS et... TITRES. Lecture... Lecture... Lecture... (pour soi, ou pour offrir...)

« Je crois que je devine pourquoi on écrit les vrais livres. Pas pour se rendre célèbre, mais pour mieux se rendre invisible, tout en réclamant à manger le vrai noyau du monde. »

Kamel Daoud, « Meursault, contre-enquête »

Donc, des livres écrits pour se rendre invisible (que les auteurs le sachent ou pas), des livres pour pénétrer le sens enfoui du réel… (le sachant). Des livres sur mon chemin, en phase avec ce chemin…


GESTE.jpg
POÉSIE. « Le moindre geste », de Michel Bourçon, éd. pré#carré / Hervé Bougel, décembre 2015. Citations : « peut-être que la direction à prendre n’est ni en soi / ni au dehors, que le panneau indicateur se trouve / planté dans la divergence. » (…) « entre soi et les choses / quelque chose / qui ne rejoint rien » Page éditeur : http://precarrediteur.fr/?page_id=1529 

.........

ATTESTE.jpgPOÉSIE. (Et publication Jeunesse). « J’atteste / contre la barbarie », d’Abdellatif Laâbi, éd. Rue du Monde (avec un dossier documentaire d’Alain Serres et des dessins de Zaü). Lecture pour tous les âges. Un poème écrit après la tuerie de janvier 2015, et publié en urgence après les massacres de novembre. Livre essentiel pour affirmer un idéal d’humanité, un refus des monstruosités produites par la haine et la folie idéologique. Page éditeur : http://www.rue-des-livres.com/livre/235504404X/j_atteste....  Librairie en ligne, La Courte échelle : http://lacourteechelle.hautetfort.com/archive/2015/12/07/... 

Le Monde, article, « Parler des attentats aux jeunes lecteurs » : http://www.lemonde.fr/idees/article/2015/12/15/parler-des... 


Abdellatif Laâbi.jpg

POÉSIE, même auteur, Abdellatif Laâbi, « La saison manquante », Éds. de La Différence : https://www.ladifference.fr/la-saison-manquante-suivi-de-... 

 

 

et Recours au poème, recension : http://www.recoursaupoeme.fr/critiques/abdellatif-laâbi-l... 

... 

PEN ANTHOLOGIE.jpg

 

 

 

POÉSIE. PEN club français. « Liberté de créer, liberté de crier », anthologie.

Recension, par Emmanuel Baugue, Recours au poème  http://www.recoursaupoeme.fr/critiques/pen-club-français-... 

D’Emmanuel Baugue, des chroniques sur Recours au poème, dont celle sur le poète Ashraf Fayad (agir : « A propos… ». Il le dit ‘saoudien’ alors qu’il est palestinien, mais le poète a effectivement représenté l’Arabie saoudite comme poète-artiste, ancré dans le pays où il vit, donc…). Et lire aussi deux textes sur la poésie (« Contre le simulacre » et « De la poésie »). Liste après le paragraphe sur lui : http://www.recoursaupoeme.fr/users/emmanuel-baugue 

Falaises.jpgEt, de lui, un recueil, « Falaises de l’abrupt » : http://www.recoursaupoemeediteurs.com/premiers-poemes/fal...

....... 

TURC.jpgPOÉSIE.« Août 1936. Dernier mois dans le ventre de ma mère », d'Özdemir Ince. Préface de Lionel Ray, poèmes traduits du turc par Claire Lajus, éd. A L’Index (Le livre à dire / Jean-Claude Tardif lelivreadire.blogspot.com / revue.alindex@free.fr ). Citations : « Que je puisse voir à quoi ressemble une forêt de pluie » (…) « J’attends ma naissance depuis l’origine / de l’univers, je m’attends » (…) « Je serai un révolté, si jamais je me décide, / et si je reste là pour toujours » Page sur la revue Aynahttp://revueayna.com/actualites/

NAITRE.jpgPOÉSIE. « Naître si mourir », de Hyam Yared (née à Beyrouth), éds. Mémoire d’encrier (Canada/Québec). Citations (son prologue) : « Naître de toute évidence, puisque mourir est le dernier rêve. » (…) « Car on ne meurt pas, on rejoue une dernière fois sa naissance. » Citations (poèmes) : « L’errance est mon décharnement. Nos regards / — nos déchirés. On court après nos visages. » (…) « Où tu es je suis / visage. Où peut-être / je ne suis. » (…)  « Les morts ont tous droit à l’obscure. » Page éditeur : http://memoiredencrier.com/naitre-si-mourir-hyam-yared/ 

.......

DIAMS.jpgESSAI. « Je ne suis pas Diam’s », de Fawzia Zouari (franco-tunisienne), éd. Stock. Citations : « Je ne suis pas Diam’s. Ni par la naissance, ni par le parcours, ni par la conception de l’islam. J’ai vu le jour en Tunisie, dans un petit village où mon père avait le titre de "cheikh" qui lui conférait une autorité religieuse. Ma mère a passé sa vie enfermée derrière les murs de sa maison et je n’ ai aperçu sa chevelure que sur son lit de mort. Vers douze ans, mes soeurs aînées ont été interdites d’ école et cloîtrées. Je me suis alors promis d’aller jusqu’au bout de mes études et de ne pas me voiler. » Page éditeurhttp://www.editions-stock.fr/je-ne-suis-pas-diams-9782234...  Articles, Jeune Afrique : http://www.jeuneafrique.com/mag/274208/culture/livres-je-...  et Kapitalis (Tunisie) : http://kapitalis.com/tunisie/2015/11/23/je-ne-suis-pas-di... 

........

NUIT.jpgFRAGMENTS (prose poétique, méditation et engagement). « À ce stade de la nuit », De Maylis de Kerangal, éd. Verticales. Comment un nom entendu à la radio (Lampedusa) traverse (est traversé par) des sens divers : mémoire, rêve, et cauchemar réel, enfin. Citations : « à ce stade de la nuit je tourne toujours les pages du journal, je les balaie du regard, je repère les titres, les légendes des photographies » (…) « La nuit avance. Je suis maintenant rivée à l’île de Lampedusa comme on s’obsède d’une poussière sur une feuille vierge. » (…) « Heures nocturnes, lumière qui perle au bout des cils, fatigue extralucide, vitesse de la pensée : l’événement cristallise doucement. » (…) « Etrangement le toponyme insulaire (…) mais ce matin, matin du 3 octobre 2013, il s’est retourné comme un gant, Lampedusa concentrant en lui seul la honte et la révolte, le chagrin, désignant désormais un état du monde, un tout autre récit. » Page éditeur http://www.gallimard.fr/Catalogue/GALLIMARD/Verticales/Mi... 

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Sur le site de Charlie Hebdo (édition créée par Charlie Hebdo, Les échappés)  https://charliehebdo.fr/editions-les-echappes/ 

Diffusion librairie en ligne, Decitre  http://www.decitre.fr/livres/tout-est-pardonne-9782357661... 

…....

EUX.jpgÉDITION JEUNESSE… « Eux, c’est nous », Les éditeurs Jeunesse avec les réfugiés, éd. Cimade/Gallimard http://www.gallimard.fr/Catalogue/GALLIMARD-JEUNESSE/Cima... 

PETITS.jpget « Les questions des tout-petits sur les méchants », de Marie Aubinais (illustrations d’Elsa Fouquier et Anouk Rucard), éd. Bayard Jeunesse. Présentation (illustrée) du livre, blog de Liyahhttp://www.leslecturesdeliyah.com/livre-pour-enfants-ques... 

Page Bayard éducation : http://www.bayardeducation.com/article/donner-aux-enfants... 

14/12/2015

SOLIDARITÉ. Soirée pour ASHRAF FAYAD, poète palestinien condamné à mort en Arabie saoudite. Maison de la Poésie, Paris, le 14-12, 20h.

POETE.jpgAPPEL de la Maison de la Poésie : « Le poète palestinien Fayad Ashraf a été condamné à mort pour « apostasie » par des juges d’Arabie Saoudite. / Il est lui est notamment reproché d’avoir publié un recueil de poèmes en 2007, « Instructions internes », qui contiendrait des poèmes athées. (Cette condamnation à mort intervient après une première condamnation à quatre ans de prison et 800 coups de fouets). / Des poètes français et arabes liront des poèmes de Fayad Ashraf, ainsi que des poèmes en rapport avec le sujet. Le même jour, à l’invitation du Mouvement mondial des poètes, d’autres manifestations semblables se tiendront dans d’autres villes en différentes régions du monde. / Soirée organisée par La Biennale Internationale des poètes en Val de Marne, le Pen Club français et le Printemps des Poètesavec le soutien de la SGDL (Société des Gens de Lettres), de l’Union des poètes,du WPM (mouvement mondial des poètes).» LIEN : http://www.maisondelapoesieparis.com/events/sauvons-fayad...

Pour rappel des infos, note Trames nomade du 24-11-15 http://tramesnomades.hautetfort.com/archive/2015/11/24/as... 

Mise à jour, 14-01-2016http://tramesnomades.hautetfort.com/archive/2016/01/14/so... 

11/11/2015

Nuit, Paris Est, or et ombre...

mms_img444521999.jpgmms_img-2047871613.jpgmms_img1223989345.jpgmms_img1128745412.jpgmms_img893852533.jpgmms_img-1337287293.jpgBarzakh, hantise entre joie et sombre... 

...

Etrangers, malgré toutmms_img-1376926428.jpg

sommes 

nocturnes.

Etrangère, 

dans un quartier au parfum d’ambre

mais pas vraiment.

Nulle part

solaire 

part. 

Mais tous lieux.

La noche partout, belle,

la gente.

Marchant on s’échappe

errant

on s’ancre.

On fuit soi ou l’autre

et se trouve

soi ou l’autre.

Y los demás,

la sombra. 

Comme ciel une arborescence de neige lumière.

Comme terre un sol en message mosaïque.

Nuit, Paris Est, or et ombre...

.................

© MCSJuan/TramesNomades (texte et photographies) 

 

 mms_img-1038213039.jpg

03/08/2015

QATAR. LE POETE Mohammed Ibn Al-Dhib Al-Ajami / LIBÉRÉ (info avril 2016)

POESIE.jpg

Mise à jour, avril 2016. Après avoir été condamné à la perpétuité (pour ses écrits), puis à 15 ans, il vient enfin d'être libéré de manière anticipée, après quatre années de prison (info Amnesty international). Le soutien a des effets. Cependant les conditions de sa libération (et de sa liberté d'expression) peuvent encore poser question. Lien http://www.amnesty.be/je-veux-m-informer/actualites/artic... 

............. Note du 03-08-15, trace pour mémoire...................................

Poésie, oui… Récemment le Marché à St-Sulpice… Mais des poètes sont en prison, comme Mohammed Ibn Al-Dhib Al-Ajami. Au Qatar il avait été condamné d’abord à la perpétuité, puis en 2013 cela fut commué à quinze ans de prison. Pour un poème - non une critique directe de l’émir, comme cela est dit parfois, mais un poème d’espoir, rêve de démocratie pour la Tunisie et tous…  En 2012 j’avais fait une note, et depuis, j’ai toujours laissé des liens sur lui dans les listes en marge de mes notes - en étant particulièrement attentive aux dérives du Qatar concernant les droits humains. J'ai remarqué, parmi les pages qu'on trouve sur lui, qu'une édition laisse un lien en accueil vers la note sur lui, Aile, et que Poetas del mundo avait publié une ode d’hommage...

Marché de la poésie 2013 : Poètes empêchés (dont lui) : http://poesie.evous.fr/mardi-4-juin-2013-Ecrivains.html"

Aile éditions (« Créations croisées, langues en dialogue, arts mêlés… »), page de soutien (toujours indiquée en accueil), et poème, plus un message de lui, de 2013 : http://www.aile-editions.com/article/scandale-15-ans-de-p...  

Poetas del mundo. Ode au poète qatari. Site multilingue : http://www.poetasdelmundo.com/detalle.php?id=2768

Aile éditions et Poetas del mundo, page Facebook, aussi, dans les deux cas…

Pour que cela soit en mémoire, et afin de commencer à semer une graine pour des actions de soutien à venir, cette note (la précédente avait été faite au moment des pétitions et soutiens divers (articles, appels, etc.) 11-11-12...  http://tramesnomades.hautetfort.com/archive/2012/11/11/qa...  

 

20/07/2015

ARBRES, un monde infini…

DOUCEUR de l'OMBRE  ARBRES.jpgMARIO MERCIER.jpg

« Un seul arbre, une seule ombre, et un homme. » 

(…) « Personne ne tient  / la frontière / qui mène / du signe au songe »

André Velter, L’Arbre-Seul, coll. Poésie/Gallimard

« Ce qui m’enchante ce sont les feuilles. Multicolores comme les fleurs. »

Jacques Henri Lartigue, citation affichée, exposition de la MEP (24 juin au 24 août 2015) : http://www.mep-fr.org/evenement/lartigue/ 

Si on aime les arbres, on commence par les contempler, les photographier (et les photographier transforme le regard qu’on a sur eux), mais on a envie aussi de rechercher le sens du regard de tous, culturellement, historiquement. C’est un voyage dans une géographie mentale, une plongée dans l’inconscient collectif, une occasion de questionnement, aussi, sur son lien avec la nature, y compris celle qui trouve sa place dans les villes, arbres des rues, des jardins, des parcs. Arbres sculpteurs dont les branches dessinent des formes magnifiques, chorégraphies de bois. J’ai photographié une centaine d’arbres, récemment, photographies posées dans le tiroir invisible du temps…

Quand on lit des ouvrages sur des arbres, symboliquement, métaphoriquement, ce n’est plus seulement l’arbre de la forêt (ou des jardins) qui est pris en compte (même s’il l’est, concrètement), mais un arbre mythologique, qui rejoint le cosmos, le représente, traduit du sens. Avec cette notion, aussi, d’arbre intérieur, dans la perception de l’énergétique chinoise, indienne, tibétaine, autour de la conception des centres énergétiques (une géométrie du corps et du psychisme). D’un continent à l’autre (Asie, Afrique, Amérique, Australie, Europe) les conceptions divergent par les mots et les structures, mais d’une manière ou d’une autre on retrouve la figure de l’arbre. Arbre présent dans la poésie, la fiction, la peinture, le cinéma (présence répétitive de l'arbre dans les films d'Andreï Tarkovski : L'Enfance d'Ivan, Le Sacrifice, Andreï Roublev...).

Dans la culture religieuse, ésotérique, on parle d’arbre de vie. Pour la Bible c’est l’arbre de la connaissance, et dans la Kabbale l’arbre séphirotique du microcosme miroir du macrocosme, univers cosmique…  Géométrie rêvée ou source de sagesse, chacun en fait la lecture qu’il veut, mais ce sont des élaborations humaines qui tentent de déchiffrer le réel, donc méritent le détour.

Un livre offre le parcours de la vision de l’arbre au cours du temps, « La Douceur de l’ombre. L’arbre, source d’émotions, de l’Antiquité à nos jours », d’Alain Corbin, éd. Fayard (découvert par une critique de Roger-Pol Droit dans Le Monde, « Le besoin d’enlacer les arbres », 18-04-2013) : http://bit.ly/1ecBAhC

Page éditeur, Fayard : http://www.fayard.fr/la-douceur-de-lombre-9782213661650

Chez Decitre, diffusion : http://www.decitre.fr/livres/la-douceur-de-l-ombre-9782213661650.html

...

Pour parcourir une sorte de géographie des arbres on peut consulter les sites suivants très riches (dont pages sur Facebook, publiques, visibles comme des blogs) :

Arbres remarquables (avec une carte de France), de quoi découvrir : http://www.arbres.org/arbres_remarquables.html

Arbres vénérables : https://krapooarboricole.wordpress.com/liste-des-arbres-venerables/

Liste d’arbres remarquables, monde, wikipedia : https://fr.wikipedia.org/wiki/Liste_d%27arbres_remarquables

Page Facebook, Arbres remarquables du monde, photographies. Regarder et connaître : https://www.facebook.com/ArbresRemarquablesDuMonde

Page Facebook, Arbres remarquables et boisés de France, iconographie (arbres, créations). L’arbre source de culture et art : https://www.facebook.com/arbres.remarquables.france

...

Pour aller au-delà du sens premier :

Page wikipedia, avec de nombreux liens vers des articles divers sur différentes visions (chamanisme, symbolisme, etc.). Arbre du Monde : https://fr.wikipedia.org/wiki/Arbre_du_Monde

Bible, Kabbale, belle galerie iconographique sur ce thème, page wikipedia : https://fr.wikipedia.org/wiki/Arbre_de_vie

Arbre de vie, sur Esopedia : http://esopedia.urobore.net/Arbre_de_Vie_(g%C3%A9n%C3%A9ral)

Arbre séphirotique : http://users.skynet.be/lotus/tree/sefirot-fr.htm Et (définitions) : http://cnrtl.fr/definition/se%CC%81phirotique plus (symbolisme, iconographie) : http://www.kabbale.eu/rubrique/etudes-kabbalistiques/kabb...

...

Lecture chamanique, c’est ce que fait Mario Mercier dans son livre (interprétation et pratique initiatique), « L’Enseignement de l’arbre-maître ».

Page éditeur, éd. Du Relié : http://www.editions-du-relie.com/L-enseignement-de-l-arbre-maitre.html

Et chez Decitre : http://bit.ly/1DqXrsa

Arbre support de retour sur soi… Entre rêve et méditation. Des cartes (une sorte de tarot des arbres), arbres du monde entier. "L’Oracle des arbres", par Jane Strythers, éd. Guy Trédaniel. Diffusion Decitre ou Amazon : http://www.decitre.fr/livres/l-oracle-des-arbres-9782813205056.html

Vision ésotérique, aussi, mais qui rejoint ce que disent les taoïstes sur l’arbre (échange entre les humains et l’arbre. Deux livres de Marie Emilia Vannier. Autoédition, diffusée largement (Amazon, etc.) : http://www.arbreguerisseur.com/

© MC San Juan (TramesNomades)

02/05/2015

De phrase... en phrases lues, relues, danser en esprit. CITATIONS

BIBLIO médiante.jpg

« Vent tissé », seuils et pas... (C’était le titre de la note du 04-12-2010. Exergues...).

Trames... Vent tissé, fils brisés, parfois. Tisser, c’est faire pont, mais c’est aussi dénouer les nœuds mensongers, dénoncer l’injuste, par le murmure ou par le cri. Cependant, toujours, revenir au silence, au poème, au regard…  Voici mon manifeste aux mots empruntés. Goût de citer, d’extraire, qui n’est séparable, pour moi, ni de la lecture, ni de l’écriture… Seuils et pas.

Je reprends, ci-dessous, plusieurs des exergues posés en 2010, au moment de la création du blog sur hautetfort... et un peu après. Et, là, cette anthologie miniature, sorte de manifeste aux mots empruntés, s’enrichit encore de quelques citations... qui me sont essentielles. Exercice : bribes notées au fil des lectures, cristal des livres, essence nourricière. Anthologie, et autoportrait... Danser en esprit... Être.

Autoportrait, peut-être, aussi, ce fragment de l’intime sur deux étagères... Lire (trames... errance / écriture... / identités traversées... / être...).

Ccccccccccccccccccccccccccccccccccccccccccccccccccccccccccccccccccccccccccccccccc

« La seconde métaphore est la trame. » 

  Jorge Luis Borges,

  Treize poèmes.

......        

« Notre vie est du vent tissé. »   

   Joseph Joubert,

   Pensées.   

......

« Cela qui fait de nous l’humanité

Tissage et métissage »

Salah STETIE, Le Bleu de la question (ds A poèmes ouverts, Anthologie, choix de JP Siméon, éd. Points)

......

 « Je suis seuil et je suis chemin.

 Je suis pierre qui dit l'horizon.

 Je suis l'enclos des pas nomades.

 Je suis paume où se lisent les lignes de l'ailleurs. »

  Jacques Lacarrière

    A l'Orée du pays fertile

........

« Trame parmi les incidents / Peut lui être augure »

Ted Berrigan

Les sonnets 

.......

« Il est urgent de réveiller le nomade que chacun porte en soi. »

Jean Malaurie

Ultima Thulé

........

« On n'est pas originaire d'un lieu mais de plusieurs. »

Eric Faye

Somnambule dans Istanbul

(cité par Florence Bouchy, Le Monde du 29-11-2013) ......

 « Salut aux passeurs, aux errants, aux exilés. »

Jean-Claude Xuereb, Ulysse ou l’ultime épreuve

........

« ... l’habité, l’inhabité. / Voué à l’errance. »

Edmond Jabès

Récit

.......

 « Ils construisent des murs et ils détruisent le vent. »

Jean-Marie Kerwich, poète gitan, cité par Alexandre Romanès, poète et directeur de cirque.

Nomades, nous resterons : http://www.lemonde.fr/idees/article/2011/02/26/nomades-nous-resterons-par-alexandre-romanes_1485448_3232.html )     

.......

« Développez votre étrangeté légitime. »

René Char

Fureur et mystère

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« errance de qui ne se lasse pas / de traverser les frontières »

Abdelwahab Meddeb

Portrait du poète en soufi

........

« Sur cet îlot de l’univers / L’univers seule patrie »

Ahmed Azeggah

Arrêtez (Anthologie de la poésie algérienne, « Quand la nuit se brise », dirigée par Abdelmadjid Kaouah, Points)

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« La pensée avant d’être œuvre est trajet. »

Henri Michaux

Poteaux d’angle

.......

« La Nature est une Maison Hantée – mais l’Art – une Maison qui essaie de l’être. »

Emily Dickinson

Autoportrait au roitelet

.......

 « -- Et cela pourriez-vous le décrire? Et je répondis : -- Oui, je le peux. »

        Anna Akhmatova    

       Requiem

.......

« Dans de la colle durcie, Ce pas. Oh, que d'efforts Pour repousser pour rebrousser la route De l'opinion commune! » 

      Marina Tsvétaeva         Le Poème de l'air

.........

 « Qui dira l’intérieur d’une orange ? / Qui peut à cette clarté-là lire au-dedans des pierres précieuses ? »

Rainer Maria Rilke

Chant éloigné

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« De jour tu écris le poème / qui écrit / en toi / la nuit »

Henry Bauchau

Nous ne sommes pas séparés

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« Je reconnais ma nuit je reconnais ma cendre / Ce qu’à la fin j’ai su comment le faire entendre / Comment ce que je sais le dire de mon mieux »

Aragon

Le roman inachevé

.......

« Un livre ouvert c’est aussi la nuit. »

Marguerite Duras

Ecrire

.......

« Affirmer et garder par un poème, / ce qu’est la durée. »

Peter Handke

Poème à la durée

.......

« J’efface en écrivant. J’écris en effaçant. Je l’un ou l’autre, ou l’inverse. N’importe. Je cultive les passerelles. »

Lyonel Trouillot

Eloge de la contemplation/Poésie

.......

« Travaillant et retravaillant / les mêmes textes / jour après jour / perdant tout sens / de ‘production’ et de ‘publication’ / toute idée d’une ‘réputation’ à forger / engagé plutôt dans quelque chose / -- loin de toute littérature -- / que l’on pourrait pertinemment nommer / un yoga poétique. »

Kenneth White

La Résidence de la solitude et de la lumière / méditations pyrénéennes 1

.......

« Un coup de dés jamais n’abolira le hasard » (...) « C’était le nombre  issu stellaire » (...) « Rien n’aura eu lieu que le lieu » (...) « Toute Pensée émet un Coup de Dés »

Stéphane Mallarmé

Un coup de dés

.......

« Pour chercher le ‘duende’*, il n’existe ni carte ni ascèse. On sait seulement qu’il brûle le sang comme une pommade d’éclats de verre... » (« Le ‘duende’ opère sur le corps de la danseuse comme le vent sur le sable. »

Federico Garcia Lorca

Jeu et théorie du duende

[* el duende : (intraduisible...). La flamme de l’art, qui rend possible l’art, la poésie. Le souffle du flamenco, le feu qui jaillit de l’élan du corps, hors de toute maîtrise technique. Une magie qui opère à la frontière de la souffrance et de la joie. De l’ordre de la transe mystique ou sensuelle. Transcende tout. C’est présent ou pas, et on le sait.]

Federico Garcia Lorca

Jeu et théorie du duende

.......

« Il faut être toujours ivre. Tout est là : c’est l’unique question. » (...) « Enivrez-vous ; enivrez-vous sans cesse ! De vin, de poésie ou de vertu, à votre guise. »

Charles Baudelaire

Petits poèmes en prose

.......

« J’ai tendu des cordes de clocher à clocher ; des guirlandes de fenêtre à fenêtre ; des chaînes d’or d’étoile à étoile, et je danse. »

Arthur Rimbaud

Les Illuminations

.......

« Les labyrinthes érudits de Borges ont ouvert mon troisième œil en me faisant découvrir les profondeurs des sagas et des mythologies. »

Erri de Luca

La parole contraire

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 « Mon pays, / C'est toutes parts où des hommes. / Mon pays? / Toutes parts où des soleils. »

Gabriel Audisio, poème

Hommes au soleil, 1923

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« Sur cet îlot de l’univers / L’univers seule patrie »

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« Seul un esprit socratique d'indulgence envers les autres et de rigueur envers nous-mêmes peut constituer une réelle menace pour une civilisation fondée sur le meurtre. »       

Albert Camus      

Conférence, 1946, Columbia University, USA. NRF, janvier 1996, n° 516.

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« Si l'homme nouveau n'invente pas un vocabulaire à la mesure de sa conscience / Que s'écroule l'homme nouveau. » Jean Sénac Citoyens de beauté 

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« On se croit libre de vivre sa vie d’être humain et d’écrivain, ne se reconnaissant d’autres obligations que celles que vous dicte votre conscience d’être humain ordinaire, semblable — et singulier pourtant — à des milliards d’autres êtres humains.

Et on se retrouve face à une foultitude d’individus et d’institutions qui ne rêvent que de vous inclure de gré ou de force dans une division du monde en troupeaux ethniques, évidemment hiérarchisés les uns par rapport aux autres. » 

Anouar Benmalek

De la malédiction d’être arabe

et de quelques moyens, pour un écrivain arabe, d’y échapper

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 « Vivre ailleurs que là a changé pour moi le sens du mot vivre. »

Marie Cardinal

Au pays de mes racines

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 « Qu’avons-nous appris ? A vivre sans sombrer dans la haine. »

René-Jean Clot

Une Patrie de Sel

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« Les paysages sont comme les livres : ils nous ouvrent à la vie mais leur sens change selon l’âge et les circonstances. (…) Et, matrice de notre mémoire, ils nous constituent à jamais. C’est en eux que s’élaborent, jour après jour, notre sensibilité et notre métaphysique du monde. »

Jean Pélégri

Ma mère, l’Algérie

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« Un honnête homme, un homme de cœur, ne saurait se taire ni se boucher les oreilles. »

Mouloud Feraoun

Journal 1955-1962

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« Jamais l'Obscur en soi ne fut si parfait / car toutes les haines emmêlées / à la liasse des remords / ont saccagé les derniers relents de la lumière »

Umar Timol

(Source : africultures.com / Rubrique POESIE)

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« Oui, j’essaierai d’être. Car je crois que c’est orgueil de n’être pas. »

Antonio Porchia

Voix

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« Je suis l’analogue de ce qui est. »

Paul Valéry

Ego scriptor

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« As-tu déjà regardé l’ombre de tes larmes ? Ce n’est pas une ombre ordinaire, ça n’a rien à voir. C’est une ombre venue exprès pour nos cœurs d’un autre monde lointain. »

Haruki Murakami

Chroniques de l’oiseau à ressort

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« Prends et lis! Prends et lis! »

Augustin (de Thagaste, 654-430)

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« le monde est un tissu d’épiphanies / toute chose visible porte en elle / les traces de l’Invisible »

Abdelwahab Meddeb, Portrait du poète en soufi (Belin)

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« Indemne, qui le prétend ? / Mais d’où survient le lien, la ligature du moment ? »

 Jean-Marie Blas de Roblès, Hautes lassitudes (Dumerchez)

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« L’Orient n’a jamais commis l’erreur de verser dans la poésie individuelle ; tout ce qui a une valeur dans la poésie orientale traite de l’universel. »  Antonin Artaud, Préface (élogieuse) au recueil de Roger Gilbert-Lecomte, La Vie l’Amour la Mort le Vide et le Vent  (Poésie/Gallimard)

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« Je ne reconnaîtrai jamais le droit d’écrire ou de peindre qu’à des voyants » Roger Gilbert-Lecomte (à propos de Sima), Puisque peinture il y a... / Œuvres complètes (Gallimard)

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« Nous ne voulons pas écrire, nous nous laissons écrire. » Roger Gilbert-Lecomte, Avant-propos au premier numéro du Grand Jeu (Poésie/Gallimard et Oeuvres complètes, Gallimard) 

01/05/2015

POESIE VISUELLE, note introductive...

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Voici une introduction à la poésie visuelle... Mon regard, pour commencer, puis des citations issues de recherches universitaires, dont la lecture de ce qui est lisible en ligne est fort abordable (d'abord un essai de définition sur la poésie visuelle, comme forme poétique, ses sources, son évolution, puis  une thèse sur un poète visuel). De nombreux liens suivent (page BNF, textes, SITES - très beaux visuellement, livres, bibliographies, vidéo, film, PORTAILS de liens, répertoires... Etc.)     

Passionnantes approches, qui peuvent ouvrir une porte (des portes)  vers une étude approfondie et éclairante. Ceci peut concerner des passionnés, déjà intéressés et lecteurs "visuels", mais aussi être l'occasion d'une découverte aux promesses infinies, pour les autres. La poésie, qui peine souvent à se faire lire, est un domaine où se manifestent des tentatives de métamorphose de ce que peut être tant l'écriture que la lecture. Parfois cela va jusqu'à une conscience d'art total. Créer avec l'énergie vitale de tous ses sens, faire entrer le poème dans une chorégraphie, le geste dans le poème... Penser et vivre le regard créateur de poésie au même titre que la main qui trace des mots. Laisser dans l'image les mots se deviner, s'inventer. Provoquer, par des techniques diverses, dont la photographie, un graphisme sans lettres, ou lettres captées autrement. Faire du regard un acteur de poésie, au même titre que l'intellect qui use des mots, des alliances de sens. Traverser des limites. D'autant plus que les outils que nous avons actuellement nous donnent la possibilité de les transformer en stylos alternatifs et rejoindre, ainsi, l'art plastique, les arts visuels, les arts du geste, la danse... Etc.   

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« La poésie visuelle : essai de définition », par Vincent Foucaud , agrégé d’espagnol, recherche (thèse) sur la poésie visuelle.  (Archives ouvertes. HAL, document bilingue anglais-français). Pour une approche vraiment informée : https://halshs.archives-ouvertes.fr/hal-00658808/document [ CITATIONS : « Elle est une forme de poésie expérimentale et se trouve par conséquent intimement liée à d’autres formes de poésies contemporaines comme la poésie sonore, la polypoésie, la typoésie, la poésie concrète, la cyberpoésie... » (...) «... Cette forme d’art ultra-contemporaine (en effet, les anthologies existantes citent toutes des poètes vivants) s’inscrit dans la très ancienne tradition de la poésie figurative que l’on fait remonter à l’Antiquité. » (...)  « Mais la poésie visuelle s’inspire aussi des multiples associations texte-image qui parsèment les arts visuels, depuis les hiéroglyphes égyptiens de l’Antiquité jusqu’aux tableaux de Miró qui intègrent des mots dans la peinture, comme dans l’oeuvre ‘Escargot femme fleur étoile’(1934). La poésie visuelle est donc née de traditions artistiques diverses et anciennes. Elle se présente pourtant comme une forme d’art inédite et novatrice.» (...) «... Nous essaierons de mettre en évidence les caractéristiques propres à la poésie visuelle. Pour cela, nous nous appuierons uniquement sur un corpus espagnol, plus précisément sur 235 poèmes composés par quelques 58 poètes visuels, tous cités dans l’ouvrage de Alfonso López Gradolí : ‘Poesía visual española (Antología incompleta)’(Madrid, Calambur, 2007» (...) «... Cette réflexion d’ordre méta-artistique était sous-tendue par un système multi-réflexif complexe de mises en scène du signifiant. » / « Ce qui frappe en premier lieu quand on s'intéresse aux poèmes visuels, c'est leur caractère ludique. » (...) «... Les poèmes visuels sont davantage caractérisés par une réflexion plus profonde sur la poésie elle-même, sur l'art en général et sur le statut du poète. » (...) « par sa forme hybride associant plusieurs sémiologies souvent issues de plusieurs disciplines artistiques, elle pose plus que jamais le problème des frontières entre les différents arts et celles entre l'art et la littérature. Cette caractéristique de la poésie visuelle a été mise en évidence par la poétesse visuelle Julia Otxoa qui parle de « ‘poesía visual como arte combinatoria.’ » (...) « Ce caractère combinatoire de la poésie visuelle pose parallèlement le problème du statut du poète visuel qui n'est plus jugé sur son style d'écriture ou sur sa manipulation des vers ou des rimes, mais bien sur sa virtuosité à composer les macro-signes que sont les poèmes visuels. Certes, le poète visuel reste un assembleur de signes, mais il ne s'agira plus d'associer dans un syntagme des signes linguistiques comme le fait le poète traditionnel, mais des signes linguistiques avec des signes iconiques. Ces signes iconiques se révèlent parfois être des images insérées par montage, sans que celles-ci soient modifiées par la main du poète. » (...) «... Cette forme d'art est constituée d'un enchâssement de réflexivités fondées sur plusieurs mises en scène simultanées du signifiant.» (...) « Ainsi, en conclusion, nous pouvons observer que la poésie visuelle est une forme transcendante d'art dans le sens où elle s'interroge sans cesse non seulement sur sa propre matière, mais aussi sur la notion d'art et plus généralement sur le langage. » (...) « Elle rappelle ainsi que la lecture est un acte tout aussi subjectif que l'écriture. »] TEXTE intégral sur le site, voir le lien ci-dessus...

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THESE de Marc Audi, 2011, Sorbonne et Barcelone. Sur la poésie visuelle de Joan Brossa (1919-1998). SEPT PAGES (passionnantes) de présentation de l’objet de la thèse, à lire là : http://www.paris-sorbonne.fr/IMG/pdf/AUDI_position.pdf [ CITATIONS :  « L’objet de cette thèse est de décrire, de mettre en contexte et d’analyser l’intégralité de la poésie visuelle de Joan Brossa, composée de 1941 à 1998, en très grande partie inédite à ce jour. Considéré comme l’une des personnalités majeures de la littérature et de l’art expérimentaux du XXe siècle en Catalogne et en Espagne, son oeuvre est un pivot entre les avant-gardes historiques – très riches dans les domaines catalan et espagnol. » (...) « Brossa mit au centre de ses recherches la poésie qu'il a appelé visuelle à partir de la fin des années 1950. C'est précisément dans ce domaine particulier que l'on peut lire, aujourd'hui, une partie de l'histoire des croisements entre l'art et la littérature des cinquante dernières années. » (...) « Ses liens avec le groupe madrilène El Paso dans les années 1950, les dialogues de la poésie visuelle de Brossa avec l’oeuvre plastique de Tàpies, Chillida ou Miró à partir des années 1960, sont quelques exemples d’un travail ouvert sur son temps. Outre ces collaborations, ’étude de la poésie visuelle fait apparaître le contexte comme un matériau en soi. La récupération, l’objet trouvé, le travail à partir de la presse, sont des techniques de composition que Brossa hérite du dadaïsme et du surréalisme, mais qu’il porte à un degré de pertinence extraordinaire, dans une Espagne et une Catalogne muselées. » (...) « Dès le début de nos recherches, le dépouillement des archives de poésie visuelle à la Fundació Joan Brossa de Barcelone a été une source d’émerveillement et de questionnement. Les originaux de plus de mille poèmes visuels y sont conservés, souvent organisés en recueils inédits, des séries de collages de matériaux de récupération, verbaux ou alphabétiques essentiellement. Nous avons conçu le projet d’en établir une recension intégrale » (...) « La première partie de cette étude est consacrée à la définition du concept de poésie visuelle en général. Celui-ci interroge les limites et la nature du genre poétique, auquel Brossa reproche son enfermement dans le domaine strictement littéraire. Si la poésie visuelle est un autre de la littérature, il faut donc déterminer en quoi, et selon quels principes. L'examen de la notion de poésie expérimentale s'avère nécessaire avant de parvenir à l'une de ses branches, la poésie visuelle. » (...) « Reprise probablement au poète italien Carlo Belloli, puis utilisée par de nombreux poètes expérimentaux dans toute l’Europe et en Amérique avec des variantes depuis les années 1950 – dont celui plus connu peut-être de poésie concrète –, la notion de poésie visuelle est restée fort vague. Elle désigne une poésie dont les enjeux formels et sémiotiques reposent fondamentalement sur l’image plutôt que sur le langage. L’héritage de l’oeuvre de Kurt Schwitters, qui fut avant tout poète, et du questionnement radical de Dada sur le langage et la signification y est très présent » (...) « Cependant dans le domaine littéraire, toujours dans le sillage de Dada, l’incessante exploration brossienne transforma la manière de concevoir, d’imprimer, de diffuser et de ‘lire’ les poèmes.» (...) « Les poèmes visuels sont donc des objets hybrides, sur la ligne de partage très poreuse au XXe siècle entre les domaines littéraire et plastique. » (...) « Ce sont des poèmes sans syntaxe, la plupart du temps sans texte, l’image n’y ayant pas de fonction illustrative. Une poésie qui compose des images non rhétoriques, des images au sens propre, représente un défi théorique pour la critique littéraire, » (...) «... Brossa propose une nouvelle perception du poème ainsi qu’une nouvelle façon de faire de la poésie qui répond à ce qui lui apparaît comme une insuffisance du texte. Le texte, pour Brossa, n’atteint l’imagination que de manière indirecte et médiate ; il faut solliciter d’autres sens, de nouvelles formes. Le bouleversement technique va de pair avec un renversement de l’attitude poétique : le poète-médium transcrivant des images rêvées cède le pas au poète visuel qui crée directement de nouvelles images. » (...) « La poésie visuelle dialogue alors avec la création proprement plastique. » (...) « Brossa baptise ses créations plastiques du nom de poésie visuelle. C’est un parler paradoxal dans la mesure où dans ses images le poète se tait tout en disant ceci est un poème. En quoi ces images sont-elles des poèmes ? La poésie naît ici des liens incessants que l’image entretient avec la lettre, mais aussi et surtout, des séries ordonnées d’images. » (...) « Les poèmes visuels s’inscrivent dans une syntaxe propre. » (...) « ... le hasard joue un rôle essentiel jusque dans la réflexion sur l’existence que Brossa a de plus en plus menée dans sa poésie littéraire. » (...) « La thèse comprend (...) une base de données comprenant plus de mille poèmes visuels. » (...) « ... utilité pour les archives de la Fundació Joan Brossa, qui viennent d’être transférées au Museu d’Art Contemporani de Barcelona (MACBA). » Page sur Joan Brossa (musée) : http://www.macba.cat/ca/brossa-joan

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Documentation BNF : http://data.bnf.fr/11959250/poesie_visuelle/

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TEXTES :

Jacques Donguy, « Poésie visuelle internationale », parcours : http://www.costis.org/x/donguy/poesie-visuelle-fr.htm

Poésie visuelle (« ‘l’interlangue’ de mon siècle »), par Gaëlle Theval, revue littéraire Trans : http://trans.revues.org/157

« Penser l’image, voir le texte », par Bettina Thiers , La vie des idées : http://www.laviedesidees.fr/Penser-l-image-voir-le-texte.html

« Le poème visuel », préface d’une anthologie, par Harry Polkinhorn, sur  le blog de Lucien Suel : http://academie23.blogspot.fr/2007/10/anthologie-posie-visuelle-harry.html

« La poésie visuelle », par Giovanni Pozzi , page Books google : http://bit.ly/1DIwI9b 

Artwiki. Poésie visuelle, texte : http://www.artwiki.fr/wakka.php?wiki=PoesieVisuelle

Jean-Jacques Thomas, « Essais sur la poésie française », éd. P.U. Lille, sur un livre de Pierre Garnier (« Spatialisme et poésie concrète », éd. Gallimard, 1960), page Books Google : http://bit.ly/1JGQwCd 

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SITES dédiés, œuvres, poètes visuels :

Xavier Dandoy de Casabianca : http://xddc.org/index.html

Démosthène Agrafiotis : http://dagrafiotis.com/?cat=8&lang=fr

Hortense Gauthier : http://des-plis-et.com/tag/poesie-visuelle/

Ratures, SITE (collectif) d’expression poétique (Grenoble): http://ratures.over-blog.fr/album-1299672.html

Poésie cybernétique, scriptpoèmes, photographies  d’Antero De Alda, et ANTHOLOGIE de poésie visuelle : http://www.anterodealda.com/p_visuelle.htm

Collection de poésie visuelle et sonore, site de poésie Tapin : http://tapin2.org/

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LIEUX, événements :

Galerie 13 (et liens): http://poesievisuelletreizegalerie.blogspot.fr/

Galerie nomade, librairie, livres d’artistes : http://artistesdulivre.com 

Association PAGES, promotion du livre d’artistes : http://www.pages-paris.com

Librairie Nicaise : http://www.nicaise.com

Biennale de poésie visuelle et Festival « Poètes pour la paix » (avec  trois ONG : ‘Poetas del mundo’, ‘100 thousand poets for change’ et ‘World poetry movement’ : http://www.lr2l.fr/acteur/biennale-de-poesie-visuelle-ille-sur-tet.html

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LIVRES :

« Typoèmes », livre de Jérôme Peignot (typographie et poésie visuelle), éd. du Seuil : http://jeromepeignot.free.fr/2004-peignot-typoemes/2004-00.html

LIVRE, de Julien Blaine, « Cours minimal sur la poésie contemporaine » (quelques clés sur la poésie), éd. Al Dante : http://al-dante.org/poesie/blaine-julien-cours-minimal-sur-la-poesie-contemporaine/ 

Et citation (le « descriptif ») sur Cultura : http://bit.ly/1FDPXa0 

Plus... BIBLIOGRAPHIE, tag ‘poésie visuelle’ (dont plusieurs ouvrages de Julien Blaine), éd. Al Dante : http://al-dante.org/shop-4/product-tag/poesie-visuelle/

Bibliographie, Médiathèque de Paris : http://bit.ly/1dBKfKQ 

Ilse Garnier, « Jazz pour les yeux / Anthologie de poésie spatiale, éds. « L’herbe qui tremble » : http://www.lherbequitremble.fr/catalogue-Garnier.html

Pierre Garnier, « Manifeste pour une poésie nouvelle, visuelle et phonique », éd Silvaire (fonds cédé aux Eds du Rocher). / Texte sur Pierre Garnier (Célébration) , par  François Huglo, sur Sitaudis : http://www.sitaudis.fr/Celebrations/pierre-garnier-un-agitateur.php

« Visuelle poésie », éd. Reclam Phillip. Sur Decitre : http://bit.ly/1zl8czz 

BIBLIOGRAPHIE, BNF, le livre d’artiste, PDF : http://www.bnf.fr/documents/biblio_livre_artiste.pdf

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DOSSIER: « Avant-gardes poétiques et littérature numérique » : http://www.olats.org/livresetudes/basiques/litteraturenumerique/5_basiquesLN.php

ETUDE  et  reproductions, « Des signes dans l’espace », sur Recours au poème : http://www.recoursaupoeme.fr/essais/des-signes-dans-l%E2%80%99espace/lucien-wasselin

ENTRETIEN avec Philippe Castellin, par Alexandre Gherban, sur Poezibao. « La poésie est sans épithète » (ou les cloisons qui sont des leurres...) : http://bit.ly/1ECFf1o

PUZZLE d’écrits de 1 à 11 (au 29-04-15), par Camille de Toledo, « Manifeste d’un art potentiel » (pour situer la question de la poésie visuelle dans le contexte général de la création contemporaine, XXI è siècle), Remue-net : http://remue.net/spip.php?article7235   (en marge le sommaire de l’ensemble)

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SOMMES...

« L’œil littéraire. La vision comme opérateur scriptural », collectif, P.U. Rennes. Etudes réunies par Paul Dirkx : http://artsetmondesocial.blogspot.fr/2015/03/lil-litteraire-la-vision-comme.html

« Anthologie du graphisme », éds Pyramid : http://pyramyd-editions.com/anthologie-du-graphisme/

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Cédérom, Académie de Grenoble, « Créations poétiques au XXème siècle », site de Créteil : http://bit.ly/1ECGsFV 

Effets spéciaux et poésie visuelle, Jean-Marie Marbach. VIDEO  : http://www.jm-marbach.net/

FILM, documentaire de Claudio Francia, « De la poésie visuelle à l’Art total », Yadé films : http://www.lussasdoc.org/film-de_la_poesie_visuelle_a_l_a... 

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PORTAIL :

Répertoire de poésie (portail, nombreux sites) : http://repertoiredepoesie.free.fr/ecriture-online.htm#editeursonline

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IMAGES Google. Poésie visuelle : http://bit.ly/1GDr7Ty 

Poésie visuelle contemporaine. IMAGES Google (des images communes, et quelques images présentes sur une page et pas sur l’autre...)  : http://bit.ly/1zAwNku 

Images google, livres d'artistes : http://bit.ly/1Y2rK5u

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PAGES wikipedia (pour certains liens, certaines références) :

Poésie visuelle : http://fr.wikipedia.org/wiki/Po%C3%A9sie_visuelle

Poésie graphique : http://fr.wikipedia.org/wiki/Po%C3%A9sie_graphique

Calligramme : http://fr.wikipedia.org/wiki/Calligramme

Livre d'artiste : https://fr.wikipedia.org/wiki/Livre_d%27artiste 

06/04/2015

Ecriture... A L’INDEX N° 28, revue littéraire

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Puissante œuvre poétique que celle d’Anne Sexton

 

 

 

 

 

(née en 1928 dans le Massachusetts, morte en 1974, suicidée), fascinante même dans cette obsession suicidaire (qu’elle partage avec Sylvia Plath, poète immense aussi, née en 1932, morte en 1963, par un suicide que toute son œuvre  semble annoncer). Amitié qui constitue le dossier d’ouverture de la revue. Ce qu’Anne Sexton écrit sur (et à) Sylvia Plath est bouleversant, intime, riche autant pour ce partage fraternel d’émotion que pour tout ce qui est dit du processus d’écriture, entrelacé dans le même partage. Puissante écriture, tant pour les textes d’analyse de soi (par quelqu’un qui a vécu la démarche analytique) que pour les poèmes. On la connaît peu, d’où la nécessité d’un tel dossier. Je ne sais pas pourquoi elle a été plus négligée, en France, que Sylvia Plath. J’ai aimé le portrait que Jacques Basse fait des deux auteurs (non, moi je ne mets pas le « e » d’un féminin formel, qui, à mon avis, est un contresens linguistique). Jacques Basse, je l’avais découvert par hasard, avant de lire A L’Index, en cherchant un texte de René-Jean Clot, et le nom m’avait mené à son site, et au portrait du peintre-écrivain (qui m’est cher, très cher), et depuis c’est lui que je cherche aussi, pour ce regard sur des visages marqués par l’écriture. Traits noirs, mais pas tristes, ici. C’est la vitalité qu’il a voulu montrer, pas le désespoir sourd. Dépressives, Anne Sexton et Sylvia Plath, le sont donc au point d’en mourir, de « vouloir mourir » (comme l’affirme en titre le poème de la page 11, d’Anne Sexton, ou page 17 celui sur « La Mort de Sylvia »). Mais leur lecture donne de la joie, par la profondeur du cri intérieur, par la maîtrise lucide, malgré tout, du langage pour saisir ce qui est en jeu,  même quand, comme moi, on se sent complètement étranger à ce genre de triste déchirement intérieur. Mais sans doute en nous tous y a-t-il un écho de tels questionnements. Camus l’a dit, la question du suicide est le sujet philosophique central, et moral, c’est pourquoi ces poètes parlent de nos vies. Et la différence avec elles, avec elle, c’est qu’elles savent, elle sait, quel est le gouffre qui  attire. Nous, consciemment, non, mais qui sait ce qui est mortifère dans nos rapports aux émotions, au corps, au monde. Parfois nous frôlons la mise en danger de soi, par une fuite apparente des parts sombres, et l’inconscient est là.

Magnifique texte, que celui de Frédéric Miquel, dès le début : « Un verre à la main, une bouteille de vodka dans l’autre, elle se mit à exhumer amoureusement les souvenirs enfouis au plus profond de la terre séchée de sa mémoire... ». Il parle d’un « corps solaire » mais c’est l’être entier qui est solaire dans ce portrait d’un « physique éblouissant de beauté ». Texte amoureux. C’est la juste approche, pour lire et relire : que ce soit amoureux. Voilà un critère pour apprécier une œuvre : produit-elle en nous un tel élan (comment, peu importe, mais d'une impulsion violente, de manière inconditionnelle et dans la distance de la gratuité) vers l’être qui a tracé ces mots-là? Anne Sexton y réussit. (Tous ceux qui ont écrit ou dessiné pour ce dossier l’expriment diversement).

Echo des ombres, êtres perdus dans l’immense et dans l’angoisse, le beau poème de Guy Girard (2011). Je retiens ici un fragment, particulièrement : « dansante évidence de la lumière éclairant de son ombre / ce grain de poussière  dans le jeu de quilles du présent. »

Rabiaa Marhouch dit son admiration pour les poèmes d’Anne Sexton, comme dans une sorte de terreur : « Ta poésie me terrasse ». « Ma page blanche » : je le vois, ce texte,  comme un poème en prose. Elle y parle de la lecture de cette œuvre accomplie, achevée, d’Anne Sexton, qui peut être contemplée dans un ciel de splendeur et qui écrase par sa magnificence, quand on admire. Un début, une fin, finalité qui peut paraître trop loin, inatteignable. Je peux comprendre, et l’angoisse et l’élan que le texte sait traduire avec force : « Ma poésie est à délivrer de ta Poésie. »... Au début, cependant, elle écrivait : « Je suis une immensité qui se méconnaît. ». Oui... C'est une phrase qui restera longtemps dans la mémoire, après l'avoir lue. On aura donc envie de relire ce texte, et de suivre cette écriture...

Mais aucune de mes grandes admirations ne m’a jamais fait ressentir ces peurs, même adolescente. Très jeune je savais (et je l’avais décidé, je m’en souviens, à douze ans exactement : j’ai même le souvenir d’un instant précis, à l’ombre d’une entrée de patio, cristallisation des pensées de beaucoup de moments et de jours...). Je savais que le temps serait mon espace d’écriture, des décennies de travail devant moi quand d’autres avaient des décennies de travail derrière eux. De plus, Rimbaud démontrait que l’inverse est possible, l’intense concentre le temps et tout peut être transcendé. La preuve... Enfin, pourquoi craindre le temps si l’on ne rêve pas d’une accumulation de livres remplissant une bibliothèque, mais plutôt de l’ouvrage essentiel, qui serait le produit de la déchirure d’infinis brouillons,  alchimie de soi autant que des mots tracés. L’importance de la création ce n’est pas le poids. Je n’ai pas un rapport quantitatif avec la mesure d’une œuvre. Et ne m’intéresse, pour moi et les autres (écriture, ici, lecture, là), que ce que signifie (et crée) cette lente métamorphose que l’écriture ne fait pas que traduire mais bien plus produit. Les mots comme un feu qui brûle l’inessentiel et fait sourdre de notre ombre des scories qui ne sont pas des déchets mais gardent en eux une densité volcanique faite de son contraire, et, en eux, aussi, ces vacuoles d’espace cosmique. Le creux de soi, centre libre, n’est pas que racines. Ce que je veux dire par cosmique, c’est justement ce qui empêche l’admiration de se muer en peur de ne pouvoir atteindre cela qui est écrit par quelqu’un d’autre.  Tous peuvent être sculpteurs d’eux-mêmes, donc de leur œuvre. A condition de... Affaire de travail, de lecture, et de conscience. De perception de cet espace immense autant interne qu’externe. Et de ce sens présent partout, qu’il faut juste déchiffrer. Est-ce orgueil ? Non. L’humilité, je la mets plutôt dans un goût pour la longue patience, très longue patience... Et pourquoi pas ? Regards et regard...

Donc, poèmes d’Anne Sexton, dans ce numéro. Citations. « Vouloir mourir » (texte pp.11-12) :

« Puisque vous demandez, la plupart du temps je ne me souviens pas. / Je marche dans mes vêtements sans porter la marque de ce voyage. / Puis ce désir viscéral presque innommable revient. »

Et

« La Mort de Sylvia » (pp.17-19)

« Sylvia, Sylvia, / où es-tu allée / après m’avoir écrit / du Devonshire (...) ? » (...) « à quoi as-tu été fidèle, / comment, au juste, t’es-tu allongée dedans ? »

(...)

« cette mort que nous disions avoir toutes deux dépassée, / celle que nous portions sur nos poitrines maigres »

Cette mort l’attriste, mais lui donne le désir « d’y goûter, comme à du sel. »... Elle le fera, plus tard. Ses textes disent qu’elle ne sait toujours pas de quelle plaie vient encore ce désir de mourir qu’elle croyait avoir vaincu. « Innommable » désir, sans mémoire pour pouvoir le cerner. Innommable, car il est le désastre du défi lancé à l’écriture. Si les mots d’Anne Sexton avaient pu saisir totalement l’attrait de la mort, cet attrait aurait-il été englouti dans le travail de mise à la conscience par l’écriture ? Ou, au contraire, si l’enjeu avait juste un peu déplacé le regard ? L’influence de Robert Lowell n’a-t-elle pas été un frein, malgré ce qu’elle en dit, admirative et reconnaissante ? Dans un texte elle écrit « Après tout, le suicide est le contraire du poème » (« Le pilier de bar devait chanter », pp.7-11, citation, p.10). Et elle ajoute qu’avec Sylvia elles discutaient « souvent de contraires ». C’est comme si, là, on était au bord d’une frontière qui aurait pu être traversée dans un sens ou tout à fait dans l’autre sens. Même si, bien sûr, on ne peut rien dire sur le mystère des bascules dans la dépression, ni, dans le fond, pas beaucoup plus sur ce que l’écriture arrive à vaincre chez autrui...

Ce dossier seul justifie la parution du numéro, qu’il emplit déjà, jusqu’à la page 26 (seulement ?) : qu’il emplit de sens.

Mais d’autres textes suivent...

Poèmes de la « Petite anthologie portative ». Plusieurs auteurs. Je relève un nom, pour les textes que je préfère : Nora Thermes, d’évidence. Découverte d’une écriture, où je sens un souffle, une pensée qui sous-tend la poésie (pp. 36-38). Une démarche qui engage tout l’être. C’est une écriture...  On reste à hauteur du dossier...  Citer, c’est parfois trahir un peu, quand tout est lié (comme pour le texte de Rabiaa  Marhouch...). Mais commenter sans citer, non.

Donc... Nora Thermes « S’enorgueillir alors de n’être jamais qu’à soi / Et ne se dicter comme quête relationnelle / (Pour ne point effleurer l’affect, / Et sanctifier l’angoisse) / Que la triomphante obtention / Des ombres des corps les moins lumineux » (...) ///   « Et tisser sans transparence des liens furtifs / Fugaces, pour ne point plonger / Ne point goûter la douce douleur salée / Des abîmes d’impudiques » 

Pages 49 à 64, jeu entre écriture et dessins, Jean Chatard et Claudine Goux. Humour et poésie. C’est original (« Visages, Nuages, Mirages »).

Pages 65 à 69, mon texte, poème, vers libres et prose. « Une et toutes douleurs ». Exergues (bien sûr...) : Anna Akhmatova, Monique Rosenberg, Lyonel Trouillot, Geneviève Clancy. Je ne peux que tisser lecture et écriture. Je ne citerai qu’un fragment, tout au début. Il donne une des clés, en posant une question : « Le lieu est-il l’exil de la pensée ? ». Exils, conscience : méditation... La traversée des frontières est au centre de mon identité, de tous mes questionnements. Pluriel interne, valises « arrachées », et chiffre de l'éthique nomade. Regard autre. Je signe d'un S, mémoire du soleil-signature de Jean Sénac, et de l'initiale en commun, S solaire, oui, et S des pluriels, qui ouvre le multiple en soi et dehors (MC San Juan...).

Page 77, poème, « Marelle », de Jean-Claude Tardif. Evidemment le jeu n’est qu’un prétexte, pour cartographier bien plus que les pas sautillants d’enfants... J’aime beaucoup. On entre plus facilement dans un univers quand on a lu des recueils, des pages diverses de l’auteur. Dans un poème on ouvre alors un monde. On peut se tromper et inventer un sens qui n’est pas celui que l’auteur voulait nous faire lire. Mais le lecteur crée aussi le texte qui inscrit plus que le poète croyait dire (et il le sait).

Donc... « Sur le chemin de la marelle / L’éclat calcaire / Limite au bonheur »  Pourquoi limite ? Parce que cela casse la symétrie plane ? Parce que cela alourdit et ramène au sol vers l’éclat (trop poudreux ?) « L’enfant solaire » ? Ferme son espace ?  Mais quand même l’élan qui élève. « Agir »... « Lancer la pierre / Contraindre l’espace ». Non, décidément, ce n’est plus seulement le jeu d’enfance, le rêve dans la lumière. J’y vois le symbole de nos vies, tous au départ « enfants solaires », à sauter « Sur la nuit et les jours », « Blancs et noirs » du jeu,  à devoir trouver la route entre les « droites » quand un instant peut faire dévier, et arriver, au bout du compte, à être capable de dévier exprès des chemins fixés, sans angoisse. Le but, la fin, dans le texte, c’est aller  « Jusqu’à l’asymétrie ». Parce que l’espace libre échappera aux traits normatifs, que la vie fera entrer du désordre dans nos jours et nos années, et nous forcera à sortir des repères anxieux, obsessionnels, des normes et des cadres. Mais il y a un mot, « lutte », qui marque l’effort de l’enfant dans son jeu (pour suivre ce qui est droit), et, peut-être, la lutte de l’adulte, au contraire (pour fuir ce qui est trop droit...). Asymétrie vivante, l’art... 

Les pages qui suivent sont de Claire Dumay. Feuilletant la revue sans regarder le sommaire pour trouver les pages, au départ, j’ai lu la dernière phrase d’un de ses deux textes (pp.78 à 85), et j’ai immédiatement reconnu le style, signe qu’il est très personnel. Un style...  « Essai d’autobiographie », voilà qui soutient ma lecture du poème de Jean-Claude Tardif... La même chose est dite (sans le savoir, en voulant dire le contraire, en regrettant ce contraire...). Elle explique son impossibilité à inscrire un quelconque projet autobiographique qui ressemblerait à ce qu’elle lit ailleurs. Elle croit devoir s’en désoler... Parce qu’elle perd les repères, ne sait plus où elle va, en est « ébranlée, bousculée ». Justement, c’est bien. C’est signe que l’écriture ne se ment pas, que le désordre de la vie est bien là (qui fait arriver où on ne va pas, et fort heureusement car autrement on n’aurait pas su le décider...). Bien sûr les visages du passé ne seront pas les visages du passé. Les bribes captées deviendront autre chose. Et « tourner autour » c’est cela qui est intéressant, car autour on prend le juste recul, alors que dedans on serait enfoui dans les identifications faussaires. « Tourner autour » obligerait-il vraiment au « recyclage d’une gestation unique » que même cela serait une perspective d’écriture. Une page qui devient cent, car elle a autant de significations que de tentatives d’écriture du même instant d’un être. « Impasse » ? « Inutile de dévider l’impasse », écrit-elle. Moi, justement, j’entre dans ce texte qui se dit impasse avec un plaisir de lecture où je trouve matière à comprendre, à interroger. Les histoires tranquillement déroulées ne m’intéressent pas, mais cette hésitation de l’écriture, oui. Car le basculement est en train de se jouer. On approche l’asymétrie que visait le poème Marelle... Parce que le doute l’installe. Aux orties le moment où Pascal « marchait solitaire sur la grève » : c’est juste une clé, le saut de la marelle, avant ce trou du silence où autre chose émerge. Et que ces doutes sont bien écrits... !

Claire Dumay, encore, « Ecrire le matin ». Là aussi j’aime beaucoup. Amusée, aussi. Je remplacerais matin par nuit et je reconnaîtrais  la plupart des signes. Le matin, pour moi, serait celui des nuits blanches (alors je peux voir l’aube). Très beau texte sur l’écriture, celle qui vient sans qu’on la cherche, comme d’une étrangère. Lieux et rythme d’un monde très féminin. Solitude de l’écriture dans les moments où l’espace se libère. Rangements... ou ménage qui va marquer des pauses cérébrales, gestes dont on ne sait s’ils produisent, causent, ce qui s’écrit, ou viennent de ce qui s’écrit. Boisson chaude qui donne de la douceur au corps. Toilette décalée pour ne pas stopper l’élan du flux qui passe par les doigts. Citations : « Je quitte le mémorial, les eaux sacrificielles, la crypte funéraire » (...) « L’exode des mots supplante la stagnation, le règne de l’immobilité. Moi qui suis un être d’attache, fidèle à mes demeures, m’affranchis malgré moi de ces contrées souterraines, de la claustration du confessionnal. » (...) «  J’entre en migration. Les lettres qui sont frappées sur le clavier ne sont plus traces, ni empreintes. »   

Poème... Anne-Marie Marcelli, pp. 90-95. « Prémonitoires ». Le silence, l’écriture, le corps, la peur (ou les peurs). Toujours, l’écriture est interrogée, questions entrelacées aux thèmes courants de la vie (le corps, les liens, les lieux, la matière). Je lis, et des fragments retiennent l’œil.  Ainsi :

« Je vis / Que les pierres / Même les pierres / Se froisseraient comme du papier / ... / Et nous sommes / Moins que pierre » (...) « Ecoutons / Les murmures étouffés / De la source du verbe / Qui tremblent dans nos os » (...) « Faisons la paix / Avec le temps / Silence / Prière ». Belle méditation sur la genèse de nos écritures... et ce qui s’installe quand on fait taire les mots. Une sagesse du silence ?

Des poèmes en prose de Marie-Anne Bruch je préfère « Toussaint », « Sable et cendre », « Cercles ». 

A noter, une étude (dense, riche) d’Alexandre Zotos, sur la poésie d’ Ali Podrimja.

Et des recensions.

A L’Index N°28, Table des matières (et, sur ce blog éditeur, numéros précédents et projets) : http://lelivreadire.blogspot.fr/2015/02/a-lindex-n28-en-cours.html

Autres numéros de la revue, ici : notes, blog Trames nomades, tags...

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Anne Sexton, site dédié : http://anne-sexton.blogspot.fr/

22/03/2015

D’ombre et de lumière... La poésie contre l’arrogance brumeuse...

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« J’écris pour que la vie soit respectée par tous /// je donne ma lumière à ceux que l’ombre étouffe »

Messaour Boulanouar

La Meilleure Force (et poème cité dans l’Anthologie de la poésie algérienne, « Quand la nuit se brise », dirigée par Abdelmadjid Kaouah, éds Autres temps, 2004 /Points, 2012)

 Que d’ombre... dans les paroles des uns et des autres, quand on aborde le sujet de l'Algérie (colonisation, décolonisation, communautés). Que d'ombre... chez ceux qui ont besoin de reprendre, pour on ne sait quelle satisfaction perverse, des litanies de rejet, dans leur seule poussière de mots sans lumière. Et cela se retrouve autant dans une certaine sorte de presse (celle qui choisit le masque nationaliste : qu'il soit fait de passion française ou de passion algérienne) que sur des sites et sur les réseaux sociaux (le fiel masqué... derrière des pseudos - ou sans pseudos, mais à l'abri de la distance, derrière son clavier). Sans doute ne lisent-ils pas assez la poésie, qui, peut-être, peut, par les mots, faire entrer un peu de conscience complexe...

Et dans ces charges d'ombre, si souvent (d'où que cela vienne) les Pieds-Noirs sont une cible pratique. Pratique, car cela permet d'éviter le regard lucide sur le réel. Celui qui ferait assumer consciemment par la France et ses composantes sociales, idéologiques et politiques - de gauche, aussi - les responsabilités du pouvoir de la métropole dans la guerre de colonisation, dans les injustices qui suivirent, et dans la guerre du refus de l'indépendance. (Guerre qui ne fut pas le fait des immigrés qui créeront ensuite ce métissage méditerranéen pied-noir, par le processus de migrations plurielles : Espagnols, Italiens, Maltais, Gitans... Guerre qui ne fut pas non plus, d'ailleurs, le choix des Communards français exilés de force, ni des Alsaciens fuyant pour garder leur identité). Cible, les PN, aussi, des nationalistes algériens aux pensées conformes à l'Histoire officielle, à l'idéologie officielle, préférant s'aveugler plutôt que penser et analyser les erreurs passées et les dérives présentes.  Le bouc émissaire, c'est confortable...

Cependant, ombre et ombres, de même, chez des nostalgiques d'un statut antérieur de l'Algérie coloniale, sans regard critique sur le fait colonial, dans l'idéalisation mensongère de réalités, qui, si on doit en voir la complexité, ne peuvent être comprises en dehors de ce constat : un passé enfermé dans l'aberration d'un système qu'un mot suffit à dénoncer, et c'est le mot "colonisation". Cette ombre-là a des effets pervers sur le regard qui est porté sur les Algériens ou Franco-Algériens, et, de manière élargie, fantasmée, sur les musulmans (d'autant plus que le terrorisme islamiste semble légitimer, autoriser, un glissement de perception où se produit une interférence faussée entre passé mal compris et présent analysé à la mesure seule des peurs). Extrême minorité des Pieds-Noirs et frange extrémiste générale de la population (dont il est difficile de saisir vraiment l'importance, la proportion, et aussi la toxicité réelle - car les statistiques viennent de sondages et études à relativiser - les questions semblant parfois suggérer les réponses). Et si, en plus, on fait intervenir la question de l'antisémitisme (qui vise, là encore, une partie des Pieds-Noirs, et les Juifs qui tiennent, malgré le destin et l'exil commun, à se définir autrement, seulement comme Français Juifs d'origine algérienne)... on retrouve autrement des miasmes idéologiques créateurs de haine. Et l'articulation, assez perverse, avec l'actualité moyen-orientale...  

Pourtant, dans cette période lourde, de montée des nationalismes européens, des fanatismes de toutes sortes, le seul langage qui vaille est celui de la fraternité. Dont la source, l'intelligence (la compréhension profonde), est à chercher dans la parole des écrivains.

Jean Pélégri, dans son ouvrage « Ma mère l’Algérie », Actes Sud, le dit bien, que les PN seraient chargés de « tous les péchés d’Algérie »... « Je pressentais qu’un jour prochain, par commodité simplificatrice, et parce que c’est l’habitude des métropoles, ma communauté, les Pieds-Noirs... » (...) « Alors que la colonisation était un fait global et politique qui relevait essentiellement de la France. » (page 70).

René-Jean Clot (peintre et écrivain), lui, écrivit dans « Une Patrie de Sel », Librairie Bleue, ceci  (à méditer)... Parlant de l’exil, du manque d’Alger : « Dans cette eau mouvante et trouble, il faut retirer la vermine politique. Dépolitiser, cela veut dire décrasser. Au début, j’étais perdu dans mon chagrin, maintenant mon chagrin m’a donné une leçon d’ordre moral. » (page 29). Et « Pourquoi, contre nous, cette ignorance, cette mauvaise foi des métropolitains ? Nous les dérangions. » (p.41). Et « Avec douleur nous nous sommes aperçus que, parlant des Pieds-Noirs, les métropolitains se trompaient de portes, de noms, de dates, de lois et, disons-le, d’Histoire de France. » (p.43). Et il ajoute : « Qu’avons-nous appris ? A vivre sans sombrer dans la haine. » (p.49). 

Que les Algériens et les Pieds-Noirs se parlent sans les chambres d’échos, et motivations douteuses, venant déformer la réalité des uns et des autres. Car ils sont liés par une terre et des imprégnations culturelles qui font se comprendre, sans regard « étranger »... Donc, au lieu de poursuivre les guerres, qu'ils servent de médiateurs, de créateurs de liens.

Les poètes algériens savent, eux aussi, dire les dangers de la haine, des dissensions qui apportent la mort.  Ainsi, Ahmed Azeggah, écrivain et humaniste de haute tenue, dans son poème « Arrêtez » (message que tous doivent entendre) : « Arrêtez de célébrer les massacres / Arrêtez de célébrer des noms / Arrêtez de célébrer les fantômes / Arrêtez de célébrer des dates » (...)  « Ce sang coagulé / Venin de la haine / Levain du racisme » (...) « ... et moi je suis Pied-noir et moi Juif et moi on m’appelait Bicot / On en a marre de vos histoires et vos Idées / Elles / Rebuteraient tous les rats écumeurs de poubelles » (...) « L’univers seule patrie » (A chacun son métier).

... 

Prolonger la réflexion... Livre de Jean-Jacques JORDI, « Les Pieds-Noirs », coll. Idées reçues, éd Le Cavalier bleu  http://www.lecavalierbleu.com/f/index.php?sp=liv&livr...

et "Pieds-Noirs, identité et culture", par MC S-J: http://editions-gandini.fr/df077-pieds-noirs-identite-et-...