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30/07/2017

Graphisme urbain, une gare quelque part à Paris. Photographies...

GARE MONTPARNASSE 5.jpgQuelque part dans Paris, une gare et des fils. On entre par le regard dans l'abstraction d'une géométrie qui dessine un alphabet formel.
GARE MONTPARNASSE 3.jpgLe tableau abstrait que je crée en cadrant est quand même ancré dans la ville. Des bâtiments sont là. GARE MONTPARNASSE 5.jpgL'essentiel reste cependant une écriture dont le rêve est matériel mais dont le sens autre est à déchiffrer, comme si le graphisme s'inscrivait à l'envers au-delà d'un miroir.
L'âme collective de la ville parle un langage hors langue que seule, je crois, la photographie peut saisir.

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Photographies/texte © MC San Juan

 

01/06/2017

Regard de pluie...

mms_img-204020301.jpgAprès les élections, retrouver la photographie avec la pluie : rien de mieux pour se laver des agitations mentales, des tensions agressives. mms_img-1657114677.jpg
J’ai passé des heures sous l’eau, il y a  des jours et des jours. En rentrant : trempée mais contente. mms_img868740478.jpgRegarder le quartier se refléter au sol, et l’eau faire du regard un peintre. mms_img-1872984192.jpgExercice de silence intérieur sans lequel l’oeil ne se trouve pas. A peine interrompu, le silence, par des passants intrigués, gentiment. mms_img-1055922040.jpgTrop de photographies pour les mettre toutes. Une petite sélection, choix au hasard…pluie,regard,photographies,m.c.san juanpluie,regard,photographies,m.c.san juanpluie,regard,photographies,m.c.san juanpluie,regard,photographies,m.c.san juan

 

Photographies/texte © MC San Juan

 

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06/04/2017

Bleu, dedans et dehors...

Fenêtre.jpg

 

Bleu.

 

 

 

 

La vitre

 

est

 

 

 

 

une frontière,

la couleur un pont,

la lumière le langage… 

Et l’ombre la douceur.

22/03/2017

Mortel printemps… Si doux.

mms_img-1573165880.jpgMortel printemps… Si doux, annonciateur d’encore plus de douceur. Mais signe de l’éphémère. Tourne le temps, viennent les fleurs, le rose, une autre lumière. -1070359136.jpeg

 

 

 

 

 

 

 

 

Mortel, au sens de fort, passion de vie, savoir de mort. mms_img-510984261.jpgInstants de parfums, de silence contemplatif, de rêve, pourquoi pas?

 

 

 

 

 

 

 

Paradoxe de ces joies qui sont contemporaines des douleurs voisines ou lointaines… La beauté est là, tranquille, mais tout peut exploser, si passe un fou d’une haine ou d’une autre. mms_img-257479403.jpgEt les fleurs sont aussi ailleurs, entre les pierres, malgré les persécutions, les exécutions, les bombes…
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Alors on choisira le grand écart permanent. On militera, on écrira, on méditera… 

 

 

 

Regardant les arbres et la lumière d'un jardin.

25/11/2016

Peindre sans peindre... ou le regard.

658215738.jpegJuste regarder, sans les mains dans la couleur…

 

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Fulgurance d’un instant, comme un don, un cadeau du réel…

 

 

 

 

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Une pause consolatrice, quand l’actualité délivre ses laideurs…

07/06/2016

Deuil de blogs...

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MUSIQUE, Andalousie, fraternité. Il y avait un blog au nom héritier de l’Andalousie et de la pensée de Lorca. Une page sur "El Gusto", et le mot qui rejoint, en sens algérois, la signification  du duende andalou. La musique, et Enrico Macias, plus comme musicien que chanteur (chanteur aussi mais importance donnée à sa musique, à son orchestre andalou). 

Mais elduende.musicblog.fr ne peut plus être trouvé. La blogueuse l'avait écrit, disant qu'elle pensait arrêter, sans cesser d'aimer ce qu'elle aimait, fidèle à ses passions. Lassitude. Impression d'écrire dans le vent, dans la solitude, sans vraiment beaucoup de retour. Pourtant son blog était consulté. Moi je l'aimais particulièrement. Mais c'est vrai qu'on peut apprécier sans forcément commenter et contacter... Les notes sont des bouteilles à la mer, qui trouvent des échos inconnus souvent. Et puis, le temps… Elle tenait ce blog depuis longtemps, je crois, et voulait passer à autre chose. Mais c'est dur de découvrir que, voilà, c'est fait, le blog n'apparaît plus que par traces où plus rien ne peut se lire, mais où on voit qu'il y eut là des signes, du langage, des émotions, de l'amour... 

D'ailleurs cela pose un vrai problème de la mémoire (de la trace) de ces oeuvres qui ont accumulé des connaissances, des références, des pensées... Et qui disparaissent complètement. Deuil à faire d'un lien.

Emotion triste aussi - c’est autre chose - quand des sites ou blogs sont arrêtés par la mort du blogueur (forcément cela arrive : ainsi « Patawet », arrêté tout d’un coup). 

Et tristesse autrement, quand des blogs perdurent, mais silencieux depuis... un an, deux ans, ou plus. Et on ne sait pas pourquoi ce silence : lassitude, maladie, dépression, ou mort? Et même si en fait c'est le contraire, une vie passée à autre chose, qui prend le temps de s'échapper autrement... même cela est en rapport avec la mort, la fin, la disparition, l'éphémère... J’en connais un, de blog, entre vent et poème, ainsi silencieux. Quand je le consulte (archives riches) je parle en moi à la blogueuse (« Où es-tu, toi? », « Et qui maintient ce blog alors que tu ne parles plus? »), comme à une amie qui manquerait, une inconnue familière qu’on aurait aimé rencontrer…

Leçons de sagesse. Oui, rien n'est éternel, et encore moins dans cet espace virtuel. Et nous, pas plus. Car dans le miroir c'est notre propre finitude qu'on voit, et la sagesse n'est pas toujours au bord des yeux. Cependant il y a un autre questionnement, qui n'est pas personnel, pas pour une peine individuelle. La toile tissée est une oeuvre collective. Pourquoi perdre ces fragments? Pire quand ces fragments sont la seule mémoire de lieux, le seul témoignage de certains vécus collectifs, de certains exils. Le témoin meurt avec sa mémoire, et personne ne pourra tracer à sa place l’identique... Il manque quelque chose dans ce domaine.

Brisure, brisures. Justement, le traduire avec cette photographie, née de la trace d’une violence de rue. Vitre brisée, mais qui tenait encore. Cependant, en me déplaçant, le regard sur un éclat agressif s’est métamorphosé en vision de mandala, rayonnement partant d’un centre pour créer une étoile, métaphore d’un cosmos lumineux… accidenté par les consciences en recherche de sens. Même le hasard des signes nous enseigne. 

26/04/2016

Une sage lenteur...

mms_img1192164371.jpg« Une sage lenteur a raison de la hâte. » 

Theognis de Mégare, poète grec VIème siècle avant J.-C. (cité par La Croix, 26-04-16) en légende d’une photographie (Marathon de Londres du 24-04 : sur le sol l’inscription « slow »…).

J’aime que les journaux citent des bribes de poèmes, et j’aime que les exergues tissent des parcours de lecture en marge des livres, y compris quand cela devient une anthologie de fragments à l’intérieur de l’ouvrage, comme dans un recueil de Claude Roy. C’est pour cela que j’emporte toujours ce livre en voyage, ayant l’impression de transporter une Bible de poésie (une Bible, légère, où le seul dieu est l’écriture, la pensée reliée…). « Je suis plusieurs     qui se souviennent       et ne se connaissent pas      croient ne pas se connaître » (« Sais-tu si nous sommes encore loin de la mer? », p. 110, coll. Poésie/Gallimard, Claude Roy, ses poèmes, ses lectures : mêlés)

Sage lenteur… peut-être. Un horizon, la lenteur. Un horizon, la sagesse… Mais pourquoi ai-je tout de suite associé cette pensée (qui pourrait être celle d’un méditant taoïste) à une photographie prise il y a deux ou trois jours, où la lumière crée une flèche vers l’hyperespace, à travers des nuages moutonneux? Pour l’instant. Ni lenteur ni vitesse, l’arrêt. Est-on lent quand on s’arrête? Simplement présent à soi.

© MC San Juan (Trames nomades) 

02/03/2016

ARBRES SCULPTEURS, ou le regard...

mms_img409634800.jpgArbres sculpteurs,mms_img-1172499541.jpg

 

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ou

 

 

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le regard.

 

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Leur calligraphie, 

 

 

 

 

 

mms_img2054070148.jpgciel tissé de bois.

 

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Et

 

 

 

 

 

 

 

 

le

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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© MC San Juan (TramesNomades) / Texte et photographies

01/02/2016

Couleurs de pluie...

PART_1454345044381_mms_img415997126.jpgCouleurs de pluie, faire espace. Le regard peint, dans le silence.

 



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Juste percevoir, juste être. 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

PART_1454345044506_mms_img-14675022.jpgMais comment échapper au bruit social, au vacarme idéologique? Echapper aux récits… 

Car malgré le retrait dans l’instant la grande ombre au sol (sur une des photographies) fait partie de cet univers de pluie, en spectre de nuit, trace symbolique de tous les mots qui errent, hors des images, et qui ne sont pas ceux des poèmes. J’aurais pu la mettre hors champ, décider d’éviter, choix des yeux. Mais il me faudrait inventer une cellule zen, vide de journaux, de nouvelles, en ermite fantasmatique. Qui sait? 

© MC San Juan (TramesNomades) / Texte et photographies

18/12/2015

POÈME POUR DIRE… SOUTIEN, suite. "Litanie pour juillet plusieurs fois, plusieurs fois tous les temps…"

mms_img-2007196497.jpg((SOMMAIRE : photographie (cristal des mots, éclair lucide…), dédicace, exergues, poème))

Dédicace. Aux victimes de la terreur, quelles que soient les formes, le lieu, et le moment. Refus, pour soi, pour eux. Résister c’est dire. Et particulièrement, dédicace offerte à Ahsraf Ayad, condamné en Arabie saoudite, à Mohammed Al Ajami, prisonnier au Qatar, à tous ceux qui souffrent, dans ces deux pays, de nos silences complices. Message, pour les êtres du 13-11-15 à Paris et hors de Paris, les morts et les vivants. Offert, ce poème, écrit d’abord dans la pensée d’autres drames, et repris encore et encore, à chaque blessure rappelée, en écho questionnant. Que faire des plaies du monde? Que faire des noirceurs qui nous tendent ce miroir effrayant de notre humanité?

.......... Et j’ajoute (25 février 2016), aux lignes antérieures, l’offre de cette dédicace à Kamel Daoud, grande plume algérienne, qui subit le lynchage de ceux qui se mettent du côté de la bêtise, par ignorance doublée d’hypocrisie idéologique, avec la complaisance d’esprits paresseux, ou de stratèges aveugles… (Voir les notes des 16 et 21 février, mises à jour depuis).

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Litanie pour juillet plusieurs fois, plusieurs fois tous les temps…

"Tout ce que nos yeux ont vu et que l’esprit ne parvient pas à comprendre."  Margherita Guidacci  (Inventaire du massacre / L’horloge de Bologne) 

"La vie additionne. La mort soustrait." Edmond Jabès  (Le petit livre de la subversion hors de soupçon) 

"J’atteste qu’il n’y a d’Être humain / que Celui qui combat sans relâche la Haine / en lui et autour de lui." Abdellatif Laâbi, 10 janvier 2015 (J’atteste / contre la barbarie) 

"Il y a de grandes flaques de sang sur le monde / où s’en va-t-il tout ce sang répandu." Jacques Prévert (Chanson dans le sang / Paroles)

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Aujourd’hui je ne me souviens pas. Je ne me souviens pas d’hier, seulement du plus lointain de la mémoire, d’une pluie de sable, d’une pluie d’instants. 

Nuages. Comme brouillard sur l’écran des yeux. Très douce la parole du passé, très douce.

Douce et violente de la violence des exils, douce de la déchirure des langues, douce du froissement du papier de soie autour du texte offert par l’étrangère, en cette intime voix du dedans.

Amnésie. Bouffée de rires sur fond d’horreur ultime.

Aujourd’hui on lapide une femme, aujourd’hui on lapide un couple. Je ne me souviens pas, je rampe. Dans le présent je rampe, et mange l’orchidée noire.

Aujourd’hui on jette un homme et son oeuvre au feu du mépris, au destin de mort. Poète, on a peur de l’éclair lucide de tes mots, peur des yeux et du corps vivant. On craint la contagion d’esprit, la source intime de pensée, l’invasion de multiples « je » libres. Consciences sans dieux, ou consciences mystiques, on a peur des braises du vent qui chante.

Litanie de dates, litanie de noms, oubliés de mars et juillet, oubliés de janvier et novembre. Oubliés d’avant et après mars et juillet. Massacres et génocides, bombes et pierres, fleuves obsédants d’octobre noir. Je ne me souviens pas, je rampe : bombes, couleurs d’artificiers, disparus.

Disparus, bouches hantées, tendresses ravagées, identités lacérées, juillet désert, été désert, automne sidéré, hiver brûlant d’effroi. Enfant aux yeux aveuglés.

Aujourd’hui on censure un livre, on déchire un poème, on interdit un film, on arrête un blogueur : je ne me souviens pas. Otages, je ne me souviens plus…

Je ne me souviens plus, je danse. Je danse sur des cadavres, je marche sur des charniers, j’habite des immondices mémoriels, je dors sur de la cendre. Et douce, douce, est la cendre.

Soleil je bois, en coulées d’averses. Non, je ne bois pas l’or, soleil, je cherche l’ombre qui brûle. Je la chante, sanglant oublieux, je la cherche.

Yeux mats, papier journal en terrasse d’ocre toit, ou fond de cour au figuier, oui. Je froisse la feuille des nouvelles, je déchire la photographie, j’oublie que je me souviens. Alors je ne me souviens pas.

Morte rive, amante desséchée, l’eau n’a pas le bleu qu’il faut, l’eau s’enfuit en abysse en faux bleu, en rigole.

Gargoulette fantasmatique, inutile de tendre les lèvres vers une image, ou de poser les paumes sur un souvenir de fraîcheur, la soif reste, et les mots, dans l’incandescence des mains. De ne pas savoir je me souviens.

Aujourd’hui on emprisonne encore une femme, pour crime de pensée, on fait de sa porte la clé d’une cellule, de sa fenêtre le miroir clos de leurs peurs. Et je ne me souviens pas, je danse, sur la cendre je danse, sur nos douleurs je danse.

Mystère des arbres : je pose la main, je pose les pieds, j’arrête le silence. Je ne sais. Ni le soldat enlevé, ni l’enfant assassiné, ni les rêves de joie, ni les gouttes de rosée sur la fleur du temps. Ni même les murs.

Non, je ne sais plus rien, je suis là, j’existe. Devoir de mémoire. Devoir de bonheur, je laisse la mort hanter le papier journal, le temps de ma récréation cosmique, de mes contemplations de galaxies, de mes tendresses.

Mais je me souviens du bruit, j’écoute les mots. Je me souviens de la voix, j’écoute le souffle, la musique. Violons de Rostropovitch et Menuhin contre les mirages des armes, luth de Raymond, tambour du chaman, voix du blues, danse soufie. Contre l’illusion kamikaze.

Je ne parle pas du sang : j’ai oublié le sang. Je ne parle pas des noms : cela j’ai oublié. Je ne parle que du reste : l’oubli même.

Oui, trace, poudre, silence du bois, silence de la pierre. Petits cailloux de quartz de Saint-Augustin : en lécher le goût, pacifier l’olivier, le parfum.

Sidi Yahia des frontières, oasis de quelqu’un d’autre, qui ne reconnaît que le nom et cherche pourtant des yeux les sages. De cela est-ce que je me souviens ? 

Naissance frontière, autre rive. Quelqu’un sait-il encore quelle rue ou quel chant ? 

Je ne me souviens pas des noms, je ne sais plus les rues. Aujourd’hui je perds cette langue.

Musicien perdu, de Thagaste en Ardenne, quels sons, quelles lettres ? Seulement un écho bruissant du vide, de ne pas savoir faire.

Clandestine migration, Grenade ne se souvient plus des noms, Alicante a perdu les visages, Valence tous les prénoms, Almeria les sons, Alger les tombes, Oujda le vent, Marseille l’accent, Montréal les adresses. Il n’y a que Paris, la mer, et l’olivier, qui sachent encore rejoindre les pas, faire soleil de l’ombre. 

L’acacia, peut-être, Camargue…

Je ne me souviens pas des pères et des mères, et je ne me souviens pas des enfants des pères et des mères. Juste des litanies de foules sur des routes vagues. Distraite de moi-même je ne sais plus les visages successifs enfouis derrière mes yeux, je ne sais plus la caresse du temps.

Je ne me souviens pas de ne faire que me souvenir. Devant une feuille et un crayon je me souviens de la trace malgré le soir, de la fatigue des ensommeillés, d’hypocrites menteurs qui déguisent mes pieds, de colères à écrire. Pour délivrer l’âme d’encombrantes lenteurs je me souviens de la rebelle solitude heureuse, d’un tapis où s’asseoir. Ici l’urgence de dire et la force du présent dans la douceur tiède des rues, des mains. Vers un ailleurs qui sait, lointain rivage.

Buscar. Buscar la luz. 

L’étrangère aussi, en soi sait peut-être… Elle.

© MC San Juan (Texte et photographie)

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04/12/2015

"Frères et soeurs d'infortune"... en rencontre profonde d'humanité essentielle

Ombre chaîne NUIT attentat.jpgJai lu ce texte d’abord dans Marianne du 4 décembre, rubrique Journal des lecteurs. Je le retrouve en ligne sur un blog. (Je l'introduis, avec, en exergue, cette photographie qui interroge nos chaînes, nos ombres, le refus des chaînes... Mais la capacité de voir l'ombre, et donc la lumière...).

Danielle Michel-Chich, née en Algérie, qui a perdu une jambe à cinq ans en 1956 lors de l’attentat du Milk Bar, écrit aux blessés du 13 novembre. Car, si on a pensé beaucoup aux morts, absence irréversible, douleur infinie des proches, demeurent les blessés, si nombreux, dont certains le sont très gravement, et on peut se douter que des corps seront irrémédiablement atteints. Danielle Michel-Chich sait, pour le vivre, qu’on ne peut pas oublier cette atteinte, toujours présente pour rappeler le fracas terrifiant de cet instant. Terrorisme alors, terrorisme encore. Terreur telle qu’elle sidère quelque chose en soi et dans l’entourage, proche ou moins proche : communauté, concitoyens, compatriotes, et tout simplement humains, qui, même très loin, ressentent l’effet du choc, partagent. Ce choc physique et psychique se prolonge longtemps, et c’est un travail sur soi qu’en défaire ce qui serait obstacle au fait de vivre, malgré et à cause de ça, plus, encore plus, ou, simplement, vivre. Comment réagir, comment penser, et comment ne pas s’enfermer dans la haine? Sachant plus que personne les pièges et les ressources de vie qu’on trouve en soi, qu’on décide de trouver en soi, Danielle Michel-Chich s’adresse à tous ceux qui sont directement meurtris. Meurtris ils le sont par le deuil, s’ils ont perdu un proche (parfois deux, ou plus). Ils le sont par l’inquiétude et la révolte devant la souffrance de ceux qu’ils aiment, encore hospitalisés ou revenus chez eux et suivis. Devant le saccage des corps et des liens par la folie de fanatiques. Ils peuvent l’être, aussi, meurtris, par la colère. Colère contre les assassins, colère contre ceux qui n’ont pas su empêcher cela, comme l’ont exprimé fortement des pères révoltés (pourquoi n’a-t-on pas fait avant ce qu’on fait maintenant? pourquoi n’a-t-on pas pris la mesure des failles?). De la souffrance à la haine, de la colère à la haine, le fil est ténu. Parfois cela submerge, même quand on s’y refuse. Mais cela nous détruit, la haine est une prison.

Danielle Michel-Chich leur dit comment elle a réagi, les ‘choix’ qu’elle a faits (se demandant - elle met un point d’interrogation - si ce sont des choix ou un instinct vital qui a coulé sans le décider). Elle a choisi la vie, la joie, l’implication. 

Et elle leur exprime un seul souhait : qu’ils puissent éviter l’écueil de la haine.

D’elle on peut entendre cela, d’autres ce serait différent. Elle parle du lieu du partage, fraternité de douleur, d’infortune (au sens fort : ce hasard tragique qui atteint dans un instant, et aurait pu ne pas atteindre). 

Elle a un autre message : même si elle reprend le mot ‘victimes’ au début de son texte, pour dire à qui elle s’adresse, elle précise à la fin qu’elle récuse ce mot (‘étiquette salement collante’). Mot qui est une autre prison, chape de plomb qui réduit une identité singulière en la figeant dans un moment et dans un rôle. Avec le risque d’être transformé en icône d’une vision. Idéologies qui veulent leurs martyrs pour les maintenir dans leurs filets, en prétextant parfois les protéger, les soutenir. 

Elle parle de réactions à son livre, sans jugement. Dans le contexte passionnel de la mémoire de la guerre d’Algérie, les projections sont encore importantes, tant les douleurs peuvent avoir été violentes, et tous n’ont pas les mêmes ressources pour se délivrer de la haine. Certains ont peut-être désiré d’elle un partage de haine qu’elle n’a jamais proposé. Elle dit seulement que la haine empêche d’avancer. (D’autres ont vécu des drames similaires, et refusé la haine - ainsi la plasticienne Nicole Guiraud, qui a failli mourir en 1956, au Milk Bar, petite fille, et a perdu un bras. Pas de haine non plus. Mais chaque être exprime à sa façon son choix de vie : écrire, créer, militer pour la fraternité, les uns, militer contre le terrorisme, les autres) .  

Voici donc le texte si dense et fort que Danielle Michel-Chich offre aux êtres blessés du 13 novembre (corps et âmes) : « A mes jeunes frères et soeurs d’infortune » : https://blogs.mediapart.fr/danielle-michel-chich/blog/231... 

Dans une chronique du Monde, le 1er décembre, Benoît Hopquin faisait l’éloge des 130 morts, jeunes, citoyens heureux d’une Babel. Ce qu’il dit d’eux on peut le reprendre pour les vivants, les blessés, les meurtris, qui vont se reconstruire : « Ils étaient pioupious de la liesse, sentinelles du vivre-ensemble, artificiers de l’amitié, balançant encore leurs salves de rires, juste avant le drame. » Ils le seront encore, même si, comme le dit Danielle Michel-Chich, il leur faudra beaucoup de courage. Lien : http://www.lemonde.fr/societe/article/2015/11/30/morts-au... 

Le processus  de reconstruction de soi et de sa vie, c’est un peu le prolongement de ce que raconte ce couple de survivants, Caroline Dos Santos et Julien Boudot : « S’extraire de l’horreur » cela va continuer...  « S’extraire de l’horreur. Hébétés, ahuris, encore dans l’épouvante. Et courir dans la nuit. Survivants! Chercher désespérément un taxi au milieu des sirènes. Et se serrer l’un contre l’autre tandis que la voiture file sur les berges de la Seine et s’éloigne de ce théâtre de guerre. Incrédules. Pleins de larmes et de frissons. Avec l’urgence de vivre. » (…) « J’oscille en permanence », dit Caroline (entre pleurs et rires). Propos recueillis par Annick Cojean : "Je t'aime, on ne doit pas mourir" Lire : http://www.lemonde.fr/attaques-a-paris/article/2015/11/28... 

Humanité… Visages. Êtres émouvants, généreux. Et le mal, son mystère. Comment et pourquoi peut-on arriver à ne plus être capables de reconnaître en l’autre un visage, une conscience, un sujet? Humanisation et déshumanisation, disent Fabienne Brugère et Guillaume Le Blanc, philosophes, dans une tribune de La Croix du 1er décembre, "L'idée d'humanité" : « Dans toute société, il existe alors des processus d'humanisation portés par des valeurs et des processus de déshumanisation qui tiennent à la présence de la violence ou du mal. ‘Liberté, égalité, fraternité’  est une devise qui porte une idée de l'humanité, et qui doit s'incarner dans des processus d’humanisation… » (…) « Nous avons plus que jamais besoin de tenir ensemble, à la fois dans un même pays, mais aussi dans un univers mondialisé. Défendre les valeurs de l'humanité revient à ne pas faire des autres des ennemis, à ne pas oublier non plus l'ennemi intérieur. Le mal peut toujours être porté surtout s'il trouve les supports pour se déployer. » L’ennemi intérieur qui peut faire basculer un individu dans la folie meurtrière ou l’assassinat de masse. L’ennemi intérieur, tapi en soi, fait de rancoeurs, de ressassements, de haine plus ou moins consciente… Radicalité qui s’installe, fantasmes et théories du complot, fuite dans le jihadisme. Ou, autre radicalité jumelle, rejet de l’autre, xénophobie, projections. Le mal, qui s’insinue dans l’esprit, le langage, nourrit le meurtre dans tous les cas. Donc tentons de faire des valeurs les remparts au mal tapi dans l’ombre : http://www.la-croix.com/Archives/2015-12-01/FORUM.-L-idee...

30/11/2015

BRUNO HADJIH... METAPHORA, Le REGARD qui répare...

mms_img-329636550.jpgmms_img-1995844623.jpg"On a oublié de clôturer le visage. Offert à l’énigme. Regard errant dans le noir de ce visage, cherchant l’issue. L’autre issue. Prisonnier d’une opacité. Ne voyant pas que c’est même chose, même issue. Qu’il y a sans doute un tracé foudroyant l’espace. Ne heurtant plus rien. Plus rien ‘d’ici’ où tout se ramène à un visage. Ton visage en toutes choses et elle en toi. Il faut donc aller plus loin, creuser la blessure, ouvrir plus encore la brèche."(Pierre-Albert Jourdan,  ‘Brèche’, ’L’espace de la perte’)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

"Le visage me demande et m’ordonne. Sa signification est un ordre signifié."
(Emmanuel Lévinas, ‘Ethique et infini’)

"Tu as pensé aussi / qu’on te laisserait / rejoindre l’arbre, / les pierres… / Reprendre ta place / parmi eux" (Jean-Louis Giovannoni, ‘Au fond de l’air’)

"Nul arbre. Le désir. Et la mort / qui regarde / Une absence innommable des choses" (Roger Giroux, ‘L’autre temps’)

"Bruno Hadjih est un magnétiseur qui fait oeuvre de sismologue." (…) "A équidistance d’un désastre natif et d’une possible catastrophe terminale, Bruno Hadjih n’a pas d’autre visée alors, s’il veut transfigurer la nuit profonde de notre présent aveugle, que celle de la lucidité consistant, comme le souligne Walter Benjamin, à ‘organiser le pessimisme’." (Saad Chakali)... Superbe écriture, texte, exposé, qui fait une lecture de l’oeuvre en rapport avec l’origine du monde, y voyant éléments et signes qui viennent de très loin dans le passé, dans un questionnement inquiet, car lucide, de l’avenir de notre univers… et donc le nôtre.

En exergue à l’exposition, une citation de Walter Benjamin (sur le seul discours que tient une oeuvre, ‘…Celui qu’elle tient aux autres oeuvres, et qui ne se déploie pas dans le domaine du langage. Celui de l’engagement.’)

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METAPHORA, titre de l’exposition…

C’était le 14 novembre. L’artiste et la galerie avaient décidé de maintenir le vernissage (pour ne pas offrir un renoncement aux terroristes), et nous, nous avions décidé d’y aller.

Regarder des photographies, dans ces conditions, c’est entrer dans un espace du regard qui transcende toute approche ‘technique’, et même peut-être ‘esthétique’. Nous avions besoin de consolation et nous nous sommes mis sous les mains photographiées par l’artiste. Voir les reflets de nos corps sous la lumière de ces mains si humaines, à la peau presque palpable, grandes mains sombres aux doigts puissants, protecteurs, cela pouvait mettre les larmes aux yeux.

J’ai photographié ce reflet, et d’autres où deux espaces se mêlaient, nous ici à Paris, dans le cocon de la galerie, et plus loin d’autres lieux, d’autres êtres.

Nous sommes encore dans la sidération du 13 au soir, et là nous nous heurtons à une autre sidération, double.

La beauté. Le silence. La peau, les yeux. Et le bois, la matière. 

Nous entrons dans une expérience particulière, difficile à définir. Comme si la démarche était archéologique, pour une part. 

mms_img-1017221335.jpgmms_img-655907459.jpgFouiller dans la profondeur d’un visage, aux rides comme de la terre, et lui associer les signes du temps d’un arbre. Ces yeux nous regardent, et le cercle associé (la photographie accolée, installée dans le même cadre) fait venir ce regard de très loin, du fond du temps (tant passé que futur). Terre destinée à la terre, l’humain qui meurt. Visage seul, dont on ne sait rien de la vie. Être humain interrogeant le sens d’être là, sa destinée à lui, ses questions à lui. Peut-être son désespoir. Ou peut-être pas. Juste la question du rapport à cet univers du temps

mms_img-818883163.jpgLe bois, encore (je crois), mais vertical, pour accompagner un visage plus jeune.  Ascension, humanité. Et ce même regard qui interroge, qui semble interroger. Qui suis-je? Et, nous dit-il, qui es-tu? Toi qui regardes, qui?. Est-ce aussi la question du photographe? Quelles identités se rencontrent? 

Metaphora… Métaphore. Ne restez pas, nous dit le titre, à la surface d’une apparence. Allez plus loin. Percevez. Voyez votre propre métaphore, si vous voulez - votre représentation, humains. 

Voici un photographe qui est aussi un reporter, avide d’humanité ‘juste’. Il montre donc des beautés (visages, mains, corps, couleurs, lieux) et des réalités douloureuses, pour dénoncer des scandales. Ainsi certaines photographies (et un documentaire) nous font tomber, choc sur choc, sur un double secret d’Etat. Secret car tout n’est pas su, et beaucoup est tu. Les bombes, le nucléaire, espaces sacrifiés, le vivant sacrifié, Sahara… Visages du grand sud brûlé… Brûlé, ce sud, au sens plus fort que celui de l’impact du soleil, puisque Bruno Hadjih photographie aussi des êtres irradiés, et leurs descendants (un diaporama reprend des séries qui correspondent à un travail systématique de défrichement. Sahara : l’ordinateur est là, pour voir les êtres et le bleu de leurs vêtements, et celui du ciel, comme le voit Bruno Hadjih, un bleu intense).mms_img1535058292.jpgmms_img880101725.jpg

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Ce regard répare. L’art répare. La conscience ici  trouve sa densité. Présence.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Rien de doucereux dans cette ‘réparation’. Gifle, plutôt. Justement, c’est cela qui répare : nous avons besoin de lucidité. Kafka le dit pour les livres, c’est vrai pour les photographies aussi : la hache qui brise la glace… et le 14, le froid émotionnel nous faisait trembler et trembler ne suffisait pas à défaire le gel figé… Les visages sur les murs, oui, ils pouvaient. Et le cercle, et le bois, et l’ombre.

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SITE de la GALERIE Mamia Bretesché, 77 rue Notre Dame de Nazareth, 75003, Métro Réaumur Sébastopol (on peut aussi arriver par la 5 à République et marcher un peu en suivant cette rue.  L’expo continue jusqu’au 18-12-15. Quelques PHOTOGRAPHIES visibles sur le site   http://www.mamiabreteschegallery.com/?p=1361 

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BRUNO HADJIH. Éléments complémentaires

PAGE (riche et à jour) sur ses travaux, picturetank (sur ‘les mutations des sociétés musulmanes et particulièrement sur les failles historiques de ces dernières’, ‘travail sur le soufisme durant 15 années’,travail sur ‘les espaces sahariens’) : http://www.picturetank.com/creative.php?id=830

BIO, et travaux, dont la dernière exposition, Algériades : http://www.algeriades.com/bruno-hadjih/article/bruno-hadjih 

BIO, Africultures (pas mise à jour… mais des éléments complémentaires)  http://www.africultures.com/php/index.php?nav=personne&am...

Page sur des expos de groupe (2005 à 2015), artfacts.net  http://www.artfacts.net/fr/artiste/bruno-hadjih-75262/ligne-directrice.html

LIVRE. « Avoir 20 ans à Alger », avec Aziz Chouaki, éd. Gallimard : https://www.librairiedialogues.fr/personne/bruno-hadjih/7... 

PORTFOLIO, Le Monde (« Être algérien aujourd’hui ») : http://www.lemonde.fr/le-monde-2/portfolio/2009/03/27/etr... 

Article de La Dépêche sur le documentaire d'Élisabeth Leuvrey , d’après les photographies de Bruno Hadjih, sur les essais nucléaires français de 61 à 66, Sahara), At-h-ome : http://www.ladepeche.fr/article/2015/06/03/2117283-cinema-jeudi-at-h-ome-en-presence-de-bruno-hadjih.htmlmms_img-1110822157.jpgmms_img2066377143.jpg

16/11/2015

« Fluctuat nec mergitur ». Malgré les larmes et le sang...

« Fluctuat nec mergitur »

…. Locution latine comme devise de Paris….

(Il est battu par les flots mais ne sombre pas) / (Il flotte mais ne coule pas) / (Fluctuat… Il fluctue, est agité, mais…)

Quelle que soit la traduction qu’on retient, la devise, inscrite sur le blason de la ville de Paris, sous le bateau symbolique, a pris un sens très fort pour nous, Parisiens, depuis ce 13 novembre. Et c’est exactement ce qui se passe : résistance, courage, désir de vivre. « Même pas peur ». Juste résister. Et rester unis, « Ne pas finir leur travail en tombant dans les pièges de la division ».  Malgré la tristesse, grande, continuer la joie, des petites choses et des grandes. Des petites d’abord. Lire au café, en dégustant un bon breuvage chaud, et en lisant toute la presse, pour construire notre pensée CONTRE et notre pensée POUR. Contre le terrorisme et ce qui le nourrit. Pour la fraternité entre nous tous, toutes origines, toutes classes sociales, tous âges.

Flotter, ne pas couler. Notre éthique… 

Je ne dis pas « morale » mais « éthique » : nuance...

Regarder la Seine, et ne pas penser au sang des morts et des blessés, respirer.

Mais on ne regarde pas la Seine de la même façon, et on pense au sang.

On avait des chiffres bruts : nombre de morts, 129 (132 maintenant?), et le nombre de blessés, 352, dont un grand nombre en urgence vitale absolue, plus ceux qui viennent consulter pour le choc traumatique.

Maintenant on a des visages et des noms, des prénoms, et on réalise plus. C’est un deuxième choc. Deuil partagé. Je pense à Martin Buber, à Emmanuel Levinas. Visages d’autrui, altérité. Si je reconnais en l’autre un visage, un regard, une conscience, je ne peux le tuer.

Retrouvant une photographie prise cet été, j’en ai fait le support visuel de mon ressenti actuel. (Je cherchais ce qui pouvait le mieux traduire la peine, l’émotion.)

Cela s’est imposé. Jour de pluie, sud méditerranéen, vitre de voiture, gouttes, lumière rouge. Le symbole des larmes et du sang… Je peux même y voir les couleurs de notre drapeau, si je veux (que beaucoup, Français ou pas, solidaires, ont mis en surimpression sur leur profil Facebook). Bleu? Traces bleutées, très subtil reflet, que peut-être j'invente. Blanc? Lumière, en point focal. Rouge? Ce feu qui, maintenant, est sang. Et je préfère penser le sang des morts et des blessés comme un feu qui, en nous, va transformer les paresses et les ignorances en colère active, force de savoir, énergie d’action….

En s’appuyant sur des pensées…

« Le visage me demande et m’ordonne. Sa signification est un ordre signifié. Je précise que si le visage signifie un ordre à mon égard, ce n’est pas de la manière dont un signe quelconque signifie son signifié ; cet ordre est la signifiance même du visage. » (Emmanuel Lévinas, « Ethique et infini », Fayard éd., coll. « L’espace intérieur », 1982)

« C’est le fait totalitaire qui atteste, en la niant, la réalité de la subjectivité du sujet. » (Jean Zacklad, « Pour une éthique », Livre III, « L’Alliance », éd. Textes et travaux, 1985)

« Mais on ne sème pas le mensonge, il prolifère, il occupe l’étendue qu’il doit constituer lui-même peu à peu, ce qui lui est facile quand tous les moyens sont prêts pour cela. Et pendant ce temps, la vérité enterrée germe. » (Maria Zambrano, « Sentiers », éd. des femmes 1992 / éd. Editorial Anthropos del Hombre, Barcelone, 1986 / traduit de l’espagnol par Nelly Lhermillier)

« Penser dans les choses, parmi les choses, c’est justement faire rhizome, et pas racine, faire la ligne, et pas le point. Faire population dans un désert, et pas espèces et genres dans une forêt. Peupler sans jamais spécifier. » (Gilles Deleuze / Claire Parnet, « Dialogues », Flammarion, Champs essais, 1996)Gouttes et sang.jpg

15/11/2015

Note CONTRE et POUR. Et retour sur un billet d’humeur… posé sur mon journal Facebook, le 13 novembre à 19h06, et que je reprends ici.

Depuis la soirée du 13, les terribles attentats, je n’ai pas écrit sur mon blog, mais beaucoup sur Facebook, où l’échange est très riche, et où j’ai des signes de près et de loin, que je n’aurais jamais autrement. Cela m’a paru le lieu le plus adéquat pour réagir. Réagir CONTRE ce terrorisme. Et tenter de le penser, avec d’autres, dans le partage des textes, images, liens. Beaucoup d’amour dans les messages venus, au-delà de Paris, de province, et de plus loin : Algérie, Maroc, Tunisie, Australie, Europe, Etats-Unis, Canada, etc. 

En même temps, et c’est ce que j’ai un peu évoqué pour mes correspondants en donnant des nouvelles, j’étais troublée par ma dernière note, « Nuit, Paris Est, or et ombre » (poème et photographies), création d’un moment, vécue dans un sentiment d’amour pour ce quartier de Paris Est sud (le quartier touché par les attentats est plus haut, sur l'autre rive). Sud, dans cette note, mais Est… Et « barzakh », intermonde, qui serait l’espace entre deux mondes après la mort. Hasard ou prescience. Relisant à l'instant un texte d'Abdennour Bidar, j'y vois un sens supplémentaire. Parlant de lui, pour introduire sa réflexion sur l'islam (réflexion de musulman et d'islamologue) il utilise aussi ce mot, "barzakh", pour désigner cet entre-deux de l'appartenance à deux mondes de références. Et ceci est au coeur des problématiques actuelles, dans notre affrontement du terrorisme, la nécessité de le penser pour agir CONTRE. Car ce sont ceux qui se situent, pour une raison ou pour une autre, dans cet entre-deux des appartenances (qu'ils soient binationaux ou marqués par naissance ou origine par un ailleurs, ou qu'ils aient une religion qui les rattache à une communauté ou une autre, mais les ancre aussi dans la culture plus largement partagée, les posant entre-deux, donc), ce sont eux qui aideront à ce travail de pensée et de tissage des liens entre tous, pour faire éviter les pièges que les idéologies extrêmes tendent, dans le but de séparer les communautés humaines qui constituent le tissu social de la France (but visé par l'Ei/Daech, avec l'alliance objective de l'extrême droite, avec ses amalgames et ses appels à la haine, sous prétexte de lutte contre l'Ei).

Donc, penser, agir, créer CONTRE ce qui est mortifère. Penser, agir, créer POUR la force d'effet du barzakh vital, cette capacité de reconnaître en soi un métissage fondateur comme synergie identitaire puissante, pouvant rayonner.

L’autre élément de mon trouble est ce billet que je vais poser ici (ci-dessous) en décalage de temps, et que j’ai écrit et posé sur Facebook, le 13-11 à 19h06, avec une émotion mêlant colère et sentiment d’urgence. La lecture d’A Nous Paris, récupéré le même jour dans le métro, m’avait scandalisée (lire cela en pensant au poète prisonnier et en pensant à l’horreur du terrorisme...). La suite montre à quel point il faudra réfléchir sur cette question de la complaisance et de l’aveuglement à ce qui nourrit le terrorisme, que ce soient les liens géopolitiques fondés sur le marché et l’argent au lieu de l’être sur nos valeurs, ou que ce soit cette paresse idéologique à penser le fondamentalisme et le complotisme associé, base des radicalisations  (ou à OSER le penser et à OSER le dire, l’inscrire). OSER affronter les questions, même dérangeantes. Mais, aussi, SAVOIR le faire en opposition radicale avec les fausses analyses, les thèses et slogans de l’extrême droite. Oser DIFFUSER les paroles fortes de consciences qui, elles, osent, comme Ghaleb Bencheikh, Abdennour Bidar, ou Mohamed Louizi et d’autres, tous divers et essentiels. Essentiels, comme Abdelwahab Medeb, décédé (mais qu'il faut lire et relire). Essentiels, aussi, comme Kamel Daoud, chroniqueur majeur et écrivain, dont on peut lire les chroniques en ligne. Oser DENONCER les complicités objectives de discours et alliances qui tissent des liens au service des idéologies meurtrières, en couvrant cela de fausses théories. (Une analyse des motivations conscientes ET inconscientes de ces acteurs de la mort - ceux que Mohamed Louizi est un des rares à désigner - serait certainement éclairante.)  Enfin, quand des jeunes meurent parce que leur présence dans un lieu de musique est considérée comme le moyen de tuer à la fois la France plurielle et le goût de la vie, en conformité avec  la détestation des intégristes pour tout ce qui est vie (musique, danse, sexualité, etc.), on doit aussi penser à ces jeunes qu’on entraîne vers la mort en Syrie en leur faisant croire qu’on va répondre à leur demande de spiritualité et de « solidarité ». Comment notre société répond-elle à ces attentes? Comment luttons-nous, tous, contre les idéologies qui récupèrent ces insatisfactions? Comment aidons-nous les associations qui interviennent pour prémunir les radicalisations? 

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La photographie que je pose avec cette note, ci-dessous, est celle que j’ai faite le 12 au soir, en sortant d’une réunion sur le terrorisme, justement (invitée comme blogueuse partenaire par une association). Il y avait des ombres de motos dans la rue (et j’aime les ombres, j’en ai plusieurs séries). Mais quand je la regarde, maintenant, elle devient le symbole des corps à terre, image triste, ombre mais ombre de mort. Elle devient prémonitoire. Le regard transforme le sens de ce qu’il voit suivant le moment et ce qui est vécu par qui regarde.

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Billet d’humeur. Facebook, 13 novembre 2015, 19h06 (journal personnel)

A Nous Paris, anousparis.fr (daté 9 au 15 novembre) préfère la promotion du tourisme à Doha, Qatar, à la pensée un peu informée… 

A Nous Paris préfère insister sur la « stratégie de l’après » … « pétrole et gaz » qui (je cite) « amène le pays à miser beaucoup sur l’éducation de ses enfants » plutôt qu’évoquer (ne serait-ce qu’entre parenthèses) le poète qatari, Mohammed al Ajami, condamné pour un ou deux textes à des années de prison (perpétuité, ramenée à quinze années après la protestation internationale de nombreux auteurs et militants des droits humains). Pour des poèmes…!!! (Mais qui se permettaient de rêver de démocratie, crime s’il en est).

Plus qu’agacée, donc, aujourd’hui, par la lecture du gratuit « A Nous Paris », récupéré ce matin… Bien sûr, je peux apprécier, parfois, certaines rubriques (expos, cinéma), certains entretiens… Quand même, chaque semaine, je suis agacée - un peu - par le « save the date » : pas forcément les choix mais le titre, signe permanent de l’acceptation implicite d’une domination linguistique, de l’oubli des langues plurielles, et snobisme. Mais l’édito, en matière de snobisme, donne déjà le ton chaque semaine. Agacée, aussi - plus qu’un peu - par le goût univoque d’un luxe inabordable pour la majorité des lecteurs : usagers du métro, pas lecteurs en limousine… Mais…

Par contre, là, aujourd’hui, mon agacement devient de la colère. Qu’est-ce que cette faillite générale devant l’argent? Ces sourires d’assentiment envoyés à des dictatures? Cet aveuglement devant les réalités? 

Sur la Coupe du Monde prochaine on se limite à l’emploi de l’adjectif « polémique », façon de renvoyer à d’autres le soin de critiquer l’exploitation de travailleurs étrangers, par exemple.

Education de « ses » enfants, par le Qatar, dit-on (noble souci)… Quand ils seront assez éduqués pour rejoindre les rêves du poète prisonnier, ils ne seront plus « ses » enfants, « ses » citoyens, mais des dissidents à enfermer longtemps.

De cet hebdomadaire on n’attend pas, évidemment, qu’il publie les appels associatifs ou se transforme en revue de débat : il vend du loisir, les plaisirs de l’instant. Mais il y a des limites à ne pas dépasser. J’ai bien écrit : il « vend » car la publicité est effectivement là. Mais sur la page « Qatar » je n’ai pas vu l’indication « Communiqué publicitaire » (?) : elle fait partie d’un lot de suggestions (« quelques pistes et bonnes initiatives »). La bonne initiative serait de proscrire cette destination tant que la répression brutale existe, tant que des « soupçpns » de soutien de groupes terroristes existent.

Sur le POETE, lire (note et liens), vignette permanente en accueil du blog : http://tramesnomades.hautetfort.com/list/qatar-le-poete-p... mms_img-1234181133.jpg

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Lire aussi ceci : « Qatar: comment prendre 15 ans de geôle quand on est poète », par Delfeil de Ton, 2013, NouvelObs: http://bibliobs.nouvelobs.com/.../qatar-comment-prendre...

Sur le QATAR lire : « Comment le Qatar a acheté la France », par Eric Leser, Slate, 2011 : http://www.slate.fr/story/39077/qatar-france

QATAR. Rapport AMNESTY 2014-2015 (dont mention du poète) : https://www.amnesty.org/.../middle.../qatar/report-qatar/

Sur Trames nomades, mon blog, quelques notes (tag Qatar) dont celle-ci, 2012 (Le Qatar et la francophonie + liens) : http://tramesnomades.hautetfort.com/archive/2012/11/11/le... 

11/11/2015

Nuit, Paris Est, or et ombre...

mms_img444521999.jpgmms_img-2047871613.jpgmms_img1223989345.jpgmms_img1128745412.jpgmms_img893852533.jpgmms_img-1337287293.jpgBarzakh, hantise entre joie et sombre... 

...

Etrangers, malgré toutmms_img-1376926428.jpg

sommes 

nocturnes.

Etrangère, 

dans un quartier au parfum d’ambre

mais pas vraiment.

Nulle part

solaire 

part. 

Mais tous lieux.

La noche partout, belle,

la gente.

Marchant on s’échappe

errant

on s’ancre.

On fuit soi ou l’autre

et se trouve

soi ou l’autre.

Y los demás,

la sombra. 

Comme ciel une arborescence de neige lumière.

Comme terre un sol en message mosaïque.

Nuit, Paris Est, or et ombre...

.................

© MCSJuan/TramesNomades (texte et photographies) 

 

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