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12/07/2018

L'ardent pays d'André Campos Rodriguez...

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(…) s’élève lentement 

ce qui n’a pas de nom. »

André Campos Rodriguez (Légendes, Éclats, Approches. Editinter, Robert Dadillon, 1999)

Réédition dans l’anthologie « Pour que s’élève ce qui n’a pas de nom », choix de poèmes  1985-2015, 212 pages, éd. L’Ardent pays, 2016.

Le titre que j’ai mis pour cette note reprend le nom de la revue en ligne créée par l’auteur, édition L’Ardent pays.  C’est à la fois une volonté de programme collectif et un aveu d’orientation personnelle, l’ardeur (notion qui était en vedette pour le Printemps des Poètes, mais le nom est bien antérieur pour l’édition). Feu intérieur, de recherche et de création. Le pays que je désigne ainsi est l'espace de son écriture... 

« Pour que s’élève ce qui n’a pas de nom » est donc le titre du livre que je viens d’achever (l’exergue indique la source). Ce fut une très bonne idée que réunir des textes de plusieurs recueils épuisés, parus chez des éditeurs divers (comme Aube, Rétro-Viseur, Editinter, etc.) Pour moi c'est une découverte et j'apprécie beaucoup. C'est une méditation continue, avec des fils qui se tissent d'un recueil à l'autre, la recherche du centre, du noyau spirituel sans trahir le lien avec la matérialité du réel concret. Ou la recherche des mots qui pourraient dire ce centre. On a l'impression que c'est écrit sur la frontière, traversée ou pas, qui sépare le méditant du sage passé du côté d'un éveil. Un peu comme si c'était une enquête sur ce qui est derrière ce miroir, ou sur comment le dire. (C'est clair page 171, par exemple : "Il suffirait de... "). J'y ai même trouvé, dans ce livre, une citation, deux vers qui correspondent à ma démarche en photographie. Je les cite : "L'eau, la pierre, le feu : chaque mot / détient une gradation de secrets." (p. 55). Oui. Et le regard les capte. J’ai remarqué aussi une citation de René Char (en exergue p. 69, l’impossible), et une de Pierre Dhainaut sur l'ombre, page 109. Ombre métaphorique (et aussi, pour moi, ombre captée photographiquement, thématique qui m'est chère). J'ai apprécié de trouver Ramana Maharshi (cité p. 181). Cela rejoint le processus de création de soi qui est aussi dépouillement de soi (je reprends les termes en résumant). Ce qui définirait l'art poétique tel qu'il apparaît au fil des pages ce serait la synthèse entre les pages 86 et 160. Être "l'explorateur des failles" (du monde, du réel), et habiter "un songe si vaste qu'il possède le pouvoir de délier le temps" et d'inscrire la "simple épiphanie proche de l'inconnu.". Lecture faite en affinité de démarche et d'écriture. 

200 pages qui se lisent d’un trait, et s’ouvrent ensuite, pour relire.

CITATIONS…

... Pour se libérer des pierres / inutiles, faut-il donc creuser / l’ombre de soi-même ?

...         Seul

      peut nous aider

      l’appui incessant 

         du silence

... En te traversant  / tu accèdes au centre

...   accepter l’obscur / révèle l’étincelle

... le monde est en toi / mais tu es aussi le monde

... Tout but porte l’abîme / qui nous sépare de nous-mêmes.

.... Mais le labyrinthe est un lieu / noyé de signes obscurs 

... Tout désert porte un marcheur exalté / par la fécondité de la distance / voyant et météore

... Comment peux-tu être, / si tu ne cherches plus.

... L’ombre garde sa cadence et grave, dans la mémoire des pierres, l’obstination de la nuit.

... De ce dilemme / tu ne pourras sortir  / avant d’avoir posé ta lampe / entre l’ombre  et la clarté

...  Qui peut oser  cet Ouvert qui n’est qu’une dissolution, l’immolation consentie de soi-même, une première fois irréversible comme la mort ?

... se quitter soi-même / s’alléger /         / se dépouiller / s’élargir 

... Oiseau de l’âme /   / déplie tes ailes / évade-toi dans l’azur /   / sois le témoin silencieux 

LIENS…

La revue en ligne qu’il anime, édition de l’anthologie L’Ardent pays... http://ardentpays12.over-blog.com 

Une page sur lui, autre revue où il est cette fois l’invité, Possibles... http://longueroye.free.fr/pos23acr.php 

« Pour que s’élève ce qui n’a pas de nom », une recension du recueil-anthologie, par Pierre Perrin, note de bloghttp://lefraisregard.free.fr/rodriguez.php

Marie-Claude San Juan

06/04/2017

Bleu, dedans et dehors...

Fenêtre.jpg

 

Bleu.

 

 

 

 

La vitre

 

est

 

 

 

 

une frontière,

la couleur un pont,

la lumière le langage… 

Et l’ombre la douceur.

15/11/2015

Note CONTRE et POUR. Et retour sur un billet d’humeur… posé sur mon journal Facebook, le 13 novembre à 19h06, et que je reprends ici.

Depuis la soirée du 13, les terribles attentats, je n’ai pas écrit sur mon blog, mais beaucoup sur Facebook, où l’échange est très riche, et où j’ai des signes de près et de loin, que je n’aurais jamais autrement. Cela m’a paru le lieu le plus adéquat pour réagir. Réagir CONTRE ce terrorisme. Et tenter de le penser, avec d’autres, dans le partage des textes, images, liens. Beaucoup d’amour dans les messages venus, au-delà de Paris, de province, et de plus loin : Algérie, Maroc, Tunisie, Australie, Europe, Etats-Unis, Canada, etc. 

En même temps, et c’est ce que j’ai un peu évoqué pour mes correspondants en donnant des nouvelles, j’étais troublée par ma dernière note, « Nuit, Paris Est, or et ombre » (poème et photographies), création d’un moment, vécue dans un sentiment d’amour pour ce quartier de Paris Est sud (le quartier touché par les attentats est plus haut, sur l'autre rive). Sud, dans cette note, mais Est… Et « barzakh », intermonde, qui serait l’espace entre deux mondes après la mort. Hasard ou prescience. Relisant à l'instant un texte d'Abdennour Bidar, j'y vois un sens supplémentaire. Parlant de lui, pour introduire sa réflexion sur l'islam (réflexion de musulman et d'islamologue) il utilise aussi ce mot, "barzakh", pour désigner cet entre-deux de l'appartenance à deux mondes de références. Et ceci est au coeur des problématiques actuelles, dans notre affrontement du terrorisme, la nécessité de le penser pour agir CONTRE. Car ce sont ceux qui se situent, pour une raison ou pour une autre, dans cet entre-deux des appartenances (qu'ils soient binationaux ou marqués par naissance ou origine par un ailleurs, ou qu'ils aient une religion qui les rattache à une communauté ou une autre, mais les ancre aussi dans la culture plus largement partagée, les posant entre-deux, donc), ce sont eux qui aideront à ce travail de pensée et de tissage des liens entre tous, pour faire éviter les pièges que les idéologies extrêmes tendent, dans le but de séparer les communautés humaines qui constituent le tissu social de la France (but visé par l'Ei/Daech, avec l'alliance objective de l'extrême droite, avec ses amalgames et ses appels à la haine, sous prétexte de lutte contre l'Ei).

Donc, penser, agir, créer CONTRE ce qui est mortifère. Penser, agir, créer POUR la force d'effet du barzakh vital, cette capacité de reconnaître en soi un métissage fondateur comme synergie identitaire puissante, pouvant rayonner.

L’autre élément de mon trouble est ce billet que je vais poser ici (ci-dessous) en décalage de temps, et que j’ai écrit et posé sur Facebook, le 13-11 à 19h06, avec une émotion mêlant colère et sentiment d’urgence. La lecture d’A Nous Paris, récupéré le même jour dans le métro, m’avait scandalisée (lire cela en pensant au poète prisonnier et en pensant à l’horreur du terrorisme...). La suite montre à quel point il faudra réfléchir sur cette question de la complaisance et de l’aveuglement à ce qui nourrit le terrorisme, que ce soient les liens géopolitiques fondés sur le marché et l’argent au lieu de l’être sur nos valeurs, ou que ce soit cette paresse idéologique à penser le fondamentalisme et le complotisme associé, base des radicalisations  (ou à OSER le penser et à OSER le dire, l’inscrire). OSER affronter les questions, même dérangeantes. Mais, aussi, SAVOIR le faire en opposition radicale avec les fausses analyses, les thèses et slogans de l’extrême droite. Oser DIFFUSER les paroles fortes de consciences qui, elles, osent, comme Ghaleb Bencheikh, Abdennour Bidar, ou Mohamed Louizi et d’autres, tous divers et essentiels. Essentiels, comme Abdelwahab Medeb, décédé (mais qu'il faut lire et relire). Essentiels, aussi, comme Kamel Daoud, chroniqueur majeur et écrivain, dont on peut lire les chroniques en ligne. Oser DENONCER les complicités objectives de discours et alliances qui tissent des liens au service des idéologies meurtrières, en couvrant cela de fausses théories. (Une analyse des motivations conscientes ET inconscientes de ces acteurs de la mort - ceux que Mohamed Louizi est un des rares à désigner - serait certainement éclairante.)  Enfin, quand des jeunes meurent parce que leur présence dans un lieu de musique est considérée comme le moyen de tuer à la fois la France plurielle et le goût de la vie, en conformité avec  la détestation des intégristes pour tout ce qui est vie (musique, danse, sexualité, etc.), on doit aussi penser à ces jeunes qu’on entraîne vers la mort en Syrie en leur faisant croire qu’on va répondre à leur demande de spiritualité et de « solidarité ». Comment notre société répond-elle à ces attentes? Comment luttons-nous, tous, contre les idéologies qui récupèrent ces insatisfactions? Comment aidons-nous les associations qui interviennent pour prémunir les radicalisations? 

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La photographie que je pose avec cette note, ci-dessous, est celle que j’ai faite le 12 au soir, en sortant d’une réunion sur le terrorisme, justement (invitée comme blogueuse partenaire par une association). Il y avait des ombres de motos dans la rue (et j’aime les ombres, j’en ai plusieurs séries). Mais quand je la regarde, maintenant, elle devient le symbole des corps à terre, image triste, ombre mais ombre de mort. Elle devient prémonitoire. Le regard transforme le sens de ce qu’il voit suivant le moment et ce qui est vécu par qui regarde.

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Billet d’humeur. Facebook, 13 novembre 2015, 19h06 (journal personnel)

A Nous Paris, anousparis.fr (daté 9 au 15 novembre) préfère la promotion du tourisme à Doha, Qatar, à la pensée un peu informée… 

A Nous Paris préfère insister sur la « stratégie de l’après » … « pétrole et gaz » qui (je cite) « amène le pays à miser beaucoup sur l’éducation de ses enfants » plutôt qu’évoquer (ne serait-ce qu’entre parenthèses) le poète qatari, Mohammed al Ajami, condamné pour un ou deux textes à des années de prison (perpétuité, ramenée à quinze années après la protestation internationale de nombreux auteurs et militants des droits humains). Pour des poèmes…!!! (Mais qui se permettaient de rêver de démocratie, crime s’il en est).

Plus qu’agacée, donc, aujourd’hui, par la lecture du gratuit « A Nous Paris », récupéré ce matin… Bien sûr, je peux apprécier, parfois, certaines rubriques (expos, cinéma), certains entretiens… Quand même, chaque semaine, je suis agacée - un peu - par le « save the date » : pas forcément les choix mais le titre, signe permanent de l’acceptation implicite d’une domination linguistique, de l’oubli des langues plurielles, et snobisme. Mais l’édito, en matière de snobisme, donne déjà le ton chaque semaine. Agacée, aussi - plus qu’un peu - par le goût univoque d’un luxe inabordable pour la majorité des lecteurs : usagers du métro, pas lecteurs en limousine… Mais…

Par contre, là, aujourd’hui, mon agacement devient de la colère. Qu’est-ce que cette faillite générale devant l’argent? Ces sourires d’assentiment envoyés à des dictatures? Cet aveuglement devant les réalités? 

Sur la Coupe du Monde prochaine on se limite à l’emploi de l’adjectif « polémique », façon de renvoyer à d’autres le soin de critiquer l’exploitation de travailleurs étrangers, par exemple.

Education de « ses » enfants, par le Qatar, dit-on (noble souci)… Quand ils seront assez éduqués pour rejoindre les rêves du poète prisonnier, ils ne seront plus « ses » enfants, « ses » citoyens, mais des dissidents à enfermer longtemps.

De cet hebdomadaire on n’attend pas, évidemment, qu’il publie les appels associatifs ou se transforme en revue de débat : il vend du loisir, les plaisirs de l’instant. Mais il y a des limites à ne pas dépasser. J’ai bien écrit : il « vend » car la publicité est effectivement là. Mais sur la page « Qatar » je n’ai pas vu l’indication « Communiqué publicitaire » (?) : elle fait partie d’un lot de suggestions (« quelques pistes et bonnes initiatives »). La bonne initiative serait de proscrire cette destination tant que la répression brutale existe, tant que des « soupçpns » de soutien de groupes terroristes existent.

Sur le POETE, lire (note et liens), vignette permanente en accueil du blog : http://tramesnomades.hautetfort.com/list/qatar-le-poete-p... mms_img-1234181133.jpg

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Lire aussi ceci : « Qatar: comment prendre 15 ans de geôle quand on est poète », par Delfeil de Ton, 2013, NouvelObs: http://bibliobs.nouvelobs.com/.../qatar-comment-prendre...

Sur le QATAR lire : « Comment le Qatar a acheté la France », par Eric Leser, Slate, 2011 : http://www.slate.fr/story/39077/qatar-france

QATAR. Rapport AMNESTY 2014-2015 (dont mention du poète) : https://www.amnesty.org/.../middle.../qatar/report-qatar/

Sur Trames nomades, mon blog, quelques notes (tag Qatar) dont celle-ci, 2012 (Le Qatar et la francophonie + liens) : http://tramesnomades.hautetfort.com/archive/2012/11/11/le... 

11/11/2015

Nuit, Paris Est, or et ombre...

mms_img444521999.jpgmms_img-2047871613.jpgmms_img1223989345.jpgmms_img1128745412.jpgmms_img893852533.jpgmms_img-1337287293.jpgBarzakh, hantise entre joie et sombre... 

...

Etrangers, malgré toutmms_img-1376926428.jpg

sommes 

nocturnes.

Etrangère, 

dans un quartier au parfum d’ambre

mais pas vraiment.

Nulle part

solaire 

part. 

Mais tous lieux.

La noche partout, belle,

la gente.

Marchant on s’échappe

errant

on s’ancre.

On fuit soi ou l’autre

et se trouve

soi ou l’autre.

Y los demás,

la sombra. 

Comme ciel une arborescence de neige lumière.

Comme terre un sol en message mosaïque.

Nuit, Paris Est, or et ombre...

.................

© MCSJuan/TramesNomades (texte et photographies) 

 

 mms_img-1038213039.jpg

25/07/2015

Autoportraits d’ombres…

Lignes.pngarbre cercles.png

escalier.pngconversation.pngbain d'arbre.pngFascination pour l’ombre. Soi entre réel et perte, sur la surface des choses. A peine là, éphémère, visible et invisible. Trace sans langage, mais que les mots peuvent saisir, trace qui donne envie de mots tout autant que de silence. Présence qui s’efface sans effacer le sol. Autoportraits d’ombre, dialogue intérieur, voyage dans la conscience, autrement. L’ombre c’est dehors, c’est dans la lumière, la marche des rues. L’œil intense. C’est soi, mais n’importe qui. Ou peut-être pas…

Là, cinq photographies, au hasard parmi d’autres… Autoportrait aux lignes, la géométrie est une écriture du réel. Photographie à l’arbre diagonal dans sa grille aux deux cercles, instant photographique, c’est ce geste qui compte, comme si j’avais besoin de fixer cet acte du fugitif, apparemment si bref, et pourtant si longuement présent dans la maturation du regard, le fixer pour en savoir quelque chose. Capture d’autoportrait à l’escalier, ce fut d’un clic plus que rapide, en courant presque, pour ne pas perdre les angles de lumière. Conversation, quand même, hasard d’un moment, croiser les amitiés voisines mais vite retrouver le temps des yeux, un temps qui se veut solitaire. Bain d’arbre, tenir l’appareil d’une main, l’autre levée vers les branches, pour rendre hommage aux feuillages, respiration de paume. 

© MC San Juan (TramesNomades) / Texte et photographies

22/03/2015

D’ombre et de lumière... La poésie contre l’arrogance brumeuse...

PELEGRI.pngPOESIE ALGERIENNE.gif

 

« J’écris pour que la vie soit respectée par tous /// je donne ma lumière à ceux que l’ombre étouffe »

Messaour Boulanouar

La Meilleure Force (et poème cité dans l’Anthologie de la poésie algérienne, « Quand la nuit se brise », dirigée par Abdelmadjid Kaouah, éds Autres temps, 2004 /Points, 2012)

 Que d’ombre... dans les paroles des uns et des autres, quand on aborde le sujet de l'Algérie (colonisation, décolonisation, communautés). Que d'ombre... chez ceux qui ont besoin de reprendre, pour on ne sait quelle satisfaction perverse, des litanies de rejet, dans leur seule poussière de mots sans lumière. Et cela se retrouve autant dans une certaine sorte de presse (celle qui choisit le masque nationaliste : qu'il soit fait de passion française ou de passion algérienne) que sur des sites et sur les réseaux sociaux (le fiel masqué... derrière des pseudos - ou sans pseudos, mais à l'abri de la distance, derrière son clavier). Sans doute ne lisent-ils pas assez la poésie, qui, peut-être, peut, par les mots, faire entrer un peu de conscience complexe...

Et dans ces charges d'ombre, si souvent (d'où que cela vienne) les Pieds-Noirs sont une cible pratique. Pratique, car cela permet d'éviter le regard lucide sur le réel. Celui qui ferait assumer consciemment par la France et ses composantes sociales, idéologiques et politiques - de gauche, aussi - les responsabilités du pouvoir de la métropole dans la guerre de colonisation, dans les injustices qui suivirent, et dans la guerre du refus de l'indépendance. (Guerre qui ne fut pas le fait des immigrés qui créeront ensuite ce métissage méditerranéen pied-noir, par le processus de migrations plurielles : Espagnols, Italiens, Maltais, Gitans... Guerre qui ne fut pas non plus, d'ailleurs, le choix des Communards français exilés de force, ni des Alsaciens fuyant pour garder leur identité). Cible, les PN, aussi, des nationalistes algériens aux pensées conformes à l'Histoire officielle, à l'idéologie officielle, préférant s'aveugler plutôt que penser et analyser les erreurs passées et les dérives présentes.  Le bouc émissaire, c'est confortable...

Cependant, ombre et ombres, de même, chez des nostalgiques d'un statut antérieur de l'Algérie coloniale, sans regard critique sur le fait colonial, dans l'idéalisation mensongère de réalités, qui, si on doit en voir la complexité, ne peuvent être comprises en dehors de ce constat : un passé enfermé dans l'aberration d'un système qu'un mot suffit à dénoncer, et c'est le mot "colonisation". Cette ombre-là a des effets pervers sur le regard qui est porté sur les Algériens ou Franco-Algériens, et, de manière élargie, fantasmée, sur les musulmans (d'autant plus que le terrorisme islamiste semble légitimer, autoriser, un glissement de perception où se produit une interférence faussée entre passé mal compris et présent analysé à la mesure seule des peurs). Extrême minorité des Pieds-Noirs et frange extrémiste générale de la population (dont il est difficile de saisir vraiment l'importance, la proportion, et aussi la toxicité réelle - car les statistiques viennent de sondages et études à relativiser - les questions semblant parfois suggérer les réponses). Et si, en plus, on fait intervenir la question de l'antisémitisme (qui vise, là encore, une partie des Pieds-Noirs, et les Juifs qui tiennent, malgré le destin et l'exil commun, à se définir autrement, seulement comme Français Juifs d'origine algérienne)... on retrouve autrement des miasmes idéologiques créateurs de haine. Et l'articulation, assez perverse, avec l'actualité moyen-orientale...  

Pourtant, dans cette période lourde, de montée des nationalismes européens, des fanatismes de toutes sortes, le seul langage qui vaille est celui de la fraternité. Dont la source, l'intelligence (la compréhension profonde), est à chercher dans la parole des écrivains.

Jean Pélégri, dans son ouvrage « Ma mère l’Algérie », Actes Sud, le dit bien, que les PN seraient chargés de « tous les péchés d’Algérie »... « Je pressentais qu’un jour prochain, par commodité simplificatrice, et parce que c’est l’habitude des métropoles, ma communauté, les Pieds-Noirs... » (...) « Alors que la colonisation était un fait global et politique qui relevait essentiellement de la France. » (page 70).

René-Jean Clot (peintre et écrivain), lui, écrivit dans « Une Patrie de Sel », Librairie Bleue, ceci  (à méditer)... Parlant de l’exil, du manque d’Alger : « Dans cette eau mouvante et trouble, il faut retirer la vermine politique. Dépolitiser, cela veut dire décrasser. Au début, j’étais perdu dans mon chagrin, maintenant mon chagrin m’a donné une leçon d’ordre moral. » (page 29). Et « Pourquoi, contre nous, cette ignorance, cette mauvaise foi des métropolitains ? Nous les dérangions. » (p.41). Et « Avec douleur nous nous sommes aperçus que, parlant des Pieds-Noirs, les métropolitains se trompaient de portes, de noms, de dates, de lois et, disons-le, d’Histoire de France. » (p.43). Et il ajoute : « Qu’avons-nous appris ? A vivre sans sombrer dans la haine. » (p.49). 

Que les Algériens et les Pieds-Noirs se parlent sans les chambres d’échos, et motivations douteuses, venant déformer la réalité des uns et des autres. Car ils sont liés par une terre et des imprégnations culturelles qui font se comprendre, sans regard « étranger »... Donc, au lieu de poursuivre les guerres, qu'ils servent de médiateurs, de créateurs de liens.

Les poètes algériens savent, eux aussi, dire les dangers de la haine, des dissensions qui apportent la mort.  Ainsi, Ahmed Azeggah, écrivain et humaniste de haute tenue, dans son poème « Arrêtez » (message que tous doivent entendre) : « Arrêtez de célébrer les massacres / Arrêtez de célébrer des noms / Arrêtez de célébrer les fantômes / Arrêtez de célébrer des dates » (...)  « Ce sang coagulé / Venin de la haine / Levain du racisme » (...) « ... et moi je suis Pied-noir et moi Juif et moi on m’appelait Bicot / On en a marre de vos histoires et vos Idées / Elles / Rebuteraient tous les rats écumeurs de poubelles » (...) « L’univers seule patrie » (A chacun son métier).

... 

Prolonger la réflexion... Livre de Jean-Jacques JORDI, « Les Pieds-Noirs », coll. Idées reçues, éd Le Cavalier bleu  http://www.lecavalierbleu.com/f/index.php?sp=liv&livr...

et "Pieds-Noirs, identité et culture", par MC S-J: http://editions-gandini.fr/df077-pieds-noirs-identite-et-...