03/02/2026
Éditions du 6 rue Gryphe, recueil En-tête, de Christian Rigault
Une étrange aventure, étonnante entreprise (au sens de créer) que cette édition lyonnaise non commerciale, qui produit des plaquettes de quelques pages en cent exemplaires, offertes au hasard des amitiés ou rencontres (ou demandes de lecteurs curieux). Juste le désir de faire exister des paroles particulières. Pas de site, mais un auteur-éditeur, Vincent Courtois, que j’ai découvert en revue, comme un de ses auteurs.
Ainsi Christian Rigault dont j’avais remarqué des textes auparavant. Plusieurs plaquettes de lui, qu’il titre toutes En-tête, ajoutant en page-titre intérieure un numéro : troisième, huitième (celles que j’ai lues).
Pourquoi « en-tête » ? Peut-être pour que ce terme seul en couverture soit une signature visuelle, presque recouverte de couleur (plaquette trois) ou cachée à moitié (la huit). La clé serait donnée par le premier fragment de la huitième, la bouteille vide lancée : « qu’elle flotte, apportera l’inconnu au connu, qu’elle se brise, l’invisible au visible. ». Le reste à recevoir comme une lettre, ce qui va avec l’esprit de l’édition.
En-tête, troisième... C’est un univers singulier. Textes brefs, denses, dont un fragment pourrait traduire l’entreprise d’écriture, en donner comme une méthode. (Aborder le processus d’écriture comme expérience intérieure et accueillir ce qui peut advenir) :
Fabrique ta terre, enterre ta pensée et fais silence de ce qui germera.
Lisant, on constate que l’univers matériel (la nature) se mêle à la géométrie mentale, et parfois ce peut être la beauté des roses ou de noirs oiseaux. Réel et imaginaire tissés.
Et se crée « l’or à poèmes ».
Il voit le paysage tel que, et comme une peinture pour la pensée et l’écriture :
Il faut la neige (ou la cendre) de cette manière : blanchir (ou noircir) tout dans l’absolu.
Rencontre entre deux géométries, ciel du monde (ciel-terre) et celle des « trajectoires » mentales.
En-tête, huitième... Le parcours interroge trace et effacement, dilution :
Là où je vais toujours où toujours il n’y a personne.
Les contraires se rencontrent, s’annulant ou se renforçant :
Rose qui tache la surface de l’eau qui est d’un sang dilué, ciel qui s’empourpre d’un rouge qui est d’un feu, sapins aux cimes orangées qui est d’une neige qui brûle.
Le monde pensé comme oxymore concret.
« Qu’est-ce qu’un arbre ? », se demande Artaud, qu’il cite. Et cela éclaire ses propres questionnements interrogeant matière, éléments, corps.
Mais...
C’est magie d’écrire sur le feu qui brûle la main qui écrit [...].
L’écriture déborde sur le vivant et le transmute :
Noir papillon trempé dans l’encre, jaune aurait trempé dans le soufre [...]. Noir papillon dans un ciel de cendres.
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Je repère des titres, même édition :
Nulle part, de Vincent Courtois.
Qu’est-ce qu’on lance au-delà de soi dans le mystère ? de Besssompierre.
Si on veut savoir ce qui est disponible on peut écrire à
Vincent Courtois
6, rue Sébastien Gryphe
69007 Lyon
(Et si un titre nous intéresse, faire ce qu’il ne demande pas et joindre alors une enveloppe timbrée, 3.10 € pour une plaquette de 65g.)
Cherchant des traces j’ai trouvé ceci, productions de la rue Gryphe, Fanzinothèque :
https://fanzinotheque.centredoc.fr/index.php?lvl=publishe...
Et la mention d’une plaquette de Christian Rigault dans la liste des titres reçus par Poesibao/Poezibao :
https://www.poesibao.fr/la-vitrine-poesie-du-samedi-19-no...
Vincent Courtois écrit et crée des collages. Un livre retrace un parcours d’écriture et créations visuelles de 1997 à 2011, Photocollages, éd. Palimpseste, coll. Singuliers, 2012. Depuis une exposition de 2024 a rendu compte de l’évolution ultérieure.
https://editionspalimpseste.fr/singuliers/
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Recension MC San Juan
23:50 Publié dans Recensions.LIVRES.poésie.citations©MC.San Juan | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : éditions du 6 rue gryphe, vincent courtois, christian rigault, en-tête, poésie, fragments, citations






















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