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24/04/2019

"La mort n’est point notre issue". Parole de poète, François Cheng

GLOIRE ICI CHENG.jpg"La mort n’est point notre issue,
  Car plus grand que nous
  Est notre désir, lequel rejoint
  Celui du commencement,
  Désir de la Vie."
  François Cheng, La vraie gloire est ici
 
AME CHENG.jpg"L’âme n’est pas seulement la marque de l’unicité de chaque personne, elle lui assure une unité de fond, et, par là,   une dignité, une valeur, en tant qu’être."
François Cheng, De l’âme
 
ENFIN ROYAUME CHENG.jpg
 
 
 
 
 
 
 
 
"Ce que tu donnes trace une voie
 Te menant plus loin que tes pas."
  François Cheng, Enfin le royaume
 
Sur plusieurs moments de parole du poète, La Grande librairie (2015, 2016, 2018). 
2019... J'avais mis, dans la note sur l'incendie, le lien vers l'émission "Spéciale Notre-Dame", où François Cheng est présent. Je le remets ici... https://www.youtube.com/watch?v=s49jQRLDFn4 
 
Dans La Grande librairie, l'émission de François Busnel, en novembre 2015, François Cheng parle de son livre,
"La vraie gloire est ici" (Gallimard, 2015), de la poésie, de la création, et de vivre "ici et maintenant" l’instant présent. "Vivre est un triomphe du Tout sur le rien, malgré tout" (comme, le rappelle-t-il, le dit Rilke à un jeune poète, Jules Supervielle, en lui écrivant une semaine avant sa mort : "en dépit de tout, la vie est une gloire"….). La "gloire" est la splendeur de la nature, et des "hauts chants" des êtres humains.
Il parle de la "concentration en soi", d’une sorte d’ascèse qui rend cela possible. Les poèmes ont pour but, dit-il, de révéler cela, les paradoxes de la présence, entre souffrances, épreuves, ténèbres donc, mais lumière des rencontres (avec les êtres ou avec une transcendance)… Et même la mort, la perspective de la mort,  nous offre selon lui la possibilité d’atteindre le sens de tout cela. Y compris dans le travail sur la langue ("épurée"). Et "rien ne vaut la vie" , "même si la vie ne vaut peut-être rien" (il cite alors André Malraux), et même si la tragédie est là (y compris dans la détresse de la misère, pauvreté que le poète a connue) : mais toujours le message de la vie est là aussi, cet "humus" Et l’ailleurs de Rimbaud est, pour lui, "toujours un ici et maintenant". François Busnel insiste sur la manière dont François Cheng dépasse les paradoxes qui opposent souffrances et joie.
Car "La mort n’est point notre issue" (début d’un des poèmes)… Sans la mort, dit-il, "nous n’aurions aucune perspective de transfiguration, alors que la mort nous offre la chance d’atteindre une autre forme d’être, un ordre supérieur d’être." "Rien ne vaut la vie, il insiste, car ‘il y a cette unicité de l’être’.
VIDÉO (extrait de La Grande librairie)…
"La vraie gloire est ici", page éditeur, Gallimard… 
 
Autre moment de La Grande librairie (autour du livre "De l’âme", écrit avec l'intention de réhabiliter ce mot (tabou, presque, en Occident). "Souffle vital", explique-t-il, qu’on retrouve partout (ainsi dans le chi chinois,ou le souffle du latin et des autres cultures). L’âme est "la marque de l’unicité de chacun de nous", liée à une forme de "transcendance". "L’esprit et l’âme sont intimement liés, entrelacés". François Cheng évoque des auteurs comme Malraux et Camus (pour une lettre) qui, parlant des nazis disait qu'ils tentaient de "tuer l’esprit et l’âme". Et c'est cela qui est le sens principal, tuer l'âme. C'est important, pour François Cheng, qu'Albert Camus ait utilisé ce mot et dise ainsi quelque chose d'essentiel. Il aimerait que ce texte soit beaucoup lu.
VIDÉO. La Grande librairie, 2016...
"De l’âme", page éditeur, Albin Michel (une correspondance)…
 
Et, sur un autre ouvrage, "Enfin le royaume", recueil de quatrains, La Grande librairie, février 2018...
On entend d’abord le témoignage de Dany Laferrière, qui dit la part d'écorché vif de François Cheng, qui acquiesce (disant qu’il peut avoir du mal à dormir pendant des jours à cause d’un fait divers bouleversant). De la poésie il dit que celle qu’il aime est celle des poètes de l’être, et il cite Dante. À propos du quatrain il parle d’une lignée de poètes, comme Rimbaud, Nerval, Michaux, Char, poètes "diamantaires". L’écriture du quatrain demande, dit-il, une aimantation (il avait évoqué un instant avant, la "cristallisation"). Il cite aussi Jeanne d’Arc, ce qu’elle a dit aux juges : "Puis vint cette voix, environ l’heure de midi, au temps de l’été, dans le jardin de mon père". C’est un quatrain parfait : (5-7-5-7). Dont il dit que tous les Français devraient le savoir par coeur.
VIDÉO (La Grande librairie, février 2018, extrait)… 
"Enfin le royaume", page éditeur, Gallimard...
 
Et encore, retour à 2016. "Le livre qui a changé ma vie" Le choix de François Cheng n’est pas un recueil de poèmes, mais "À la recherche du temps perdu" de Marcel Proust. Choix d’écrivain, car ce qu’a dit Proust sur l’écriture lui a donné confiance en la possibilité de tout transformer par l’écriture, de se "réconcilier avec la vie". Par cette affirmation : "La vraie vie est une vie vécue et repensée et recrée par l’écriture".
 
MC San Juan

16/04/2019

Notre-Dame qui brûle… Choc.

ND DRAME.jpgJ’ai d’abord traduit cela ainsi :
Sidération et bouleversement. On se rend compte, dans l'émotion, de l'importance de ces lieux dans notre univers. Et du sens du mot "patrimoine". Un lieu sacré. (Pompiers admirables, qui ont sauvé l'essentiel.)
 
ND LARMES.jpgAlors, après les images et les mots, besoin d’autres mots, réparateurs. Reprendre racine dans le sens profond, qui console de l’ignorance, de la peur de voir détruites des traces de culture et de spiritualité (murs et symboles). Notre tristesse dit l’attachement à un lieu qui fait partie de nous, et auquel nous appartenons aussi, en partage avec tant d’autres. (Exception ND CENDRES.jpgfaite de ceux qui, il y en a et il y en a eu, ont besoin de ruminer de la haine : j’ai vu cela aussi, mais ce sont des marges ND DESASTRE.pngpathologiques, des névroses identitaires qui suent des phrases malodorantes et dysorthographiques - comme ces racialistes qui traînent à l’Unef et ailleurs...). Et, signes fraternels, des messages venus de partout, officiels et anonymes. J’ai été touchée de voir sur les pages Facebook algériennes ou marocaines (par exemple) des textes disant l’essentiel, des reproductions d’oeuvres d’art figurant la cathédrale, ou des citations de Victor Hugo. Émue par le beau message de Kamel Daoud sur ce que représente Notre-Dame (lieu d'art et de mémoire), et par les phrases des commentateurs algériens de sa page, exprimant leur émotion (sauf quelques grincheux, vite remis en place par les autres).
 
"L'art est la seule éternité qu'on a pu prouver et fabriquer. Et le feu qui a emporté, presque, la Cathédrale de Paris rend triste, inquiète, car il porte atteinte à cette part en nous. Touriste, français, croyant, visiteur, passant, artiste et enfant. La destruction d'un monument nous inquiète toujours profondément, nous attriste, nous blesse. Courage aux français: ils rebâtiront."
Kamel Daoud, post Facebook, 15-04
 
PAROLES s éternelle.jpgLectures, donc… L'universel.
J’ai ouvert un recueil d’aphorismes et citations des 
Carnets de sagesse d’Albin Michel,
"Paroles de sagesse éternelle".
Et j’ai picoré, dans le désordre des pages,
mais l’ordre de ma réflexion
 
Il y a un moment pour chaque chose sous les cieux.
Il y a un temps pour naître et un temps pour mourir,
Un temps pour planter et un temps pour arracher ce qui a été planté,
(…)
Un temps pour démolir et un temps pour bâtir.
L’Écclésiaste
 
Ne laisse pas la tristesse t’étreindre
(…)
Suppose que tu n’existes pas, et sois libre.
Omar Khayyâm
 
Le désespoir est une défaite anticipée.
Karl Jaspers
 
Car… 
 
Il y a plus de choses dans le ciel et sur la terre
que ne peut en inventer votre philosophie.
William Shakespeare
 
Et…
 
Le chemin mystérieux 
va vers l’intérieur.
Novalis
……………………………………..
notre-dame,paris,cathédrale,incendie,spiritualité,citations,sagesse,universelUne "vision" de Victor Hugo, dans "Notre-Dame de Paris" (Feu créé par Quasimodo pour faire fuir les truands).
"Tous les yeux s’étaient levés vers le haut de l’église. Ce qu’ils voyaient était extraordinaire. Sur le sommet de la galerie la plus élevée, plus haut que la rosace centrale, il y avait une grande flamme qui montait entre les deux clochers avec des tourbillons d’étincelles, une grande flamme désordonnée et furieuse dont le vent emportait par moments un lambeau dans la fumée. Au-dessous de cette flamme, au-dessous de la sombre balustrade à trèfles de braise, deux gouttières en gueules de monstres vomissaient sans relâche cette pluie ardente qui détachait son ruissellement argenté sur les ténèbres de la façade inférieure."
..................................
Gérard de Nerval, dans son poème "Notre-Dame de Paris" (Odelettes)
évoque un futur très lointain où des hommes "de tous les pays de la terre"…  "Viendront pour contempler cette ruine austère,  / Rêveurs, et relisant le livre de Victor". Le présent heurte encore la vision d’un poète. Car "tous les pays de la terre" ont regardé les images de la cathédrale en souffrance, et beaucoup de Français, mais certainement beaucoup d’étrangers aussi, se sont mis à relire Victor Hugo… 
  Voici… 

"Notre-Dame est bien vieille : on la verra peut-être 
Enterrer cependant Paris qu'elle a vu naître ; 
Mais, dans quelque mille ans, le Temps fera broncher 
Comme un loup fait un boeuf, cette carcasse lourde, 
Tordra ses nerfs de fer, et puis d'une dent sourde 
Rongera tristement ses vieux os de rocher !

Bien des hommes, de tous les pays de la terre  
Viendront, pour contempler cette ruine austère,  
Rêveurs, et relisant le livre de Victor :  
— Alors ils croiront voir la vieille basilique,  
Toute ainsi qu'elle était, puissante et magnifique,  
Se lever devant eux comme l'ombre d'un mort !"

Mise à jour 20-04-19... Vidéo, lecture du poème de Gérard de Nerval et suite de l'émission... (La Grande librairie, Spéciale Notre-Dame, avec les interventions, intéressantes, de plusieurs auteurs, dont Alain Finkielkraut et François Cheng)... https://www.youtube.com/watch?v=s49jQRLDFn4 

..........................................................................................
Mise à jour 20-04-19. Une analyse très subtile, par Jean-Noël Kapferer (The Conversation, 18-04-19) des motivations profondes des dons venant du luxe. Il relie cela au sacré. "Pourquoi le luxe vole au secours de Notre-Dame"... https://theconversation.com/pourquoi-le-luxe-vole-au-secours-de-notre-dame-115692?utm
 
........................................................................................
Les Unes de la presse, 16-04.
Et (les mêmes et d’autres) sur le site de BfmTV… https://www.bfmtv.com/societe/incendie-a-notre-dame-de-pa... 
Diaporama du désastre, avec de nombreuses Unes. Mystérieusement la beauté de Notre-Dame passe à travers la vision des flammes, même si cela serre le coeur… Et on voit que le choc est international… Ozap.com…  https://www.ozap.com/photos-images/photo--notre-drame-en-une-de-liberation-4615085.html

30/03/2019

Les Souffleurs commandos poétiques...

POÉSIE…. Si vous vous inscrivez à la newsletter des Souffleurs
vous recevrez régulièrement une citation fort bien choisie 
(newsletter qui n’est pas envahissante, juste le rythme qu’il faut pour suivre).
Et si vous allez sur le site, vous rencontrerez un fragment de poème de Franck-André Jamme, grande référence pour eux.
Les Souffleurs commandos poétiques…

"La faveur des étoiles est de nous inviter à parler, de nous montrer que nous ne sommes pas seuls, que l’aurore a un toit et mon feu tes deux mains."
René Char (citation de la dernière newsletter)

"Aimer les spirales que dessine en dansant l’ensemble du corps de l’esprit."
Franck-André Jamme (citation en accueil sur le site, qui donne la description de toutes les actions programmées, ici et ailleurs, car les Souffleurs voyagent, et font voyager parfois très loin la poésie…)

Actions. En voici une, parmi d’autres, dans l’esprit de toutes les autres :
"Par surprise, un million cinq cent mille poèmes tombent du ciel. Chacun peut partir à la cueillette de ce trésor délicat, se constituer un « butin poétique » ou bien danser sous les étoiles."

SITE…
PAGE Facebook…

20/03/2019

CITATIONS sur le thème de la mort... (et ce n'est pas triste...).

SOURCE.jpgSur la mort (réponse à un appel à partages de références sur ce thème). Prétexte trouvé pour fouiner dans mes livres… 

Relire des pages de livres où je sais retrouver des passages sur la mort, c’est faire un parcours qui traite, beaucoup, de sujets métaphysiques, mais aussi d’histoire (Shoah), d’éthique (la question de l’abolition de la peine de mort) et d’actualité (terrorisme, drames des migrants…). C’est infini, ce voyage dans sa bibliothèque… Et ce n’est absolument pas triste. Toute pensée profonde aborde la mort. On se sait d’autant plus vivant, même si c’est pour un passage éphémère. 

TITRES et CITATIONS de… 
María Zambrano, Albert Camus, Guy Lévis Mano, Anise Koltz, Emily Dickinson,
Marina Tsvetaeva, Etty Hillesum, Ingeborg Bachmann, Gérard de nerval, René Char, Bossuet, Margherita Guidacci, Henry Bauchau, Georges Didi-Huberman, Michel Houellebecq, Erri de Luca, Federico García Lorca, Antonio Machado… Plus le rappel de la série de fragments poétiques des  « 36 choses à faire avant de mourir ». (Et j'ajoute, à la fin, des références non littéraires, dont ce livre de Patrice Van Eersel et trois dossiers de revues - qui contiennent des bibliographies...).

… Des fragments dispersés dans l’oeuvre de la philosophe-poète espagnole María Zambrano, recueillis sous le titre Apophtegmes (Corti). Dont celui-ci : « L’horreur de la mort est le parallèle nécessaire à l’horreur de la naissance. » ou (même page, 73, « Si ‘la mort silencieuse’ a été l’idéal des stoïciens, la mort tranquille peut être celle des philosophes de la vie contemplative. »
… Plusieurs textes chez Albert Camus, et notamment dans Le Premier homme et dans ses Carnets. Dernières pages des Carnets je relève deux fragments : « Je souhaitais parfois la mort violente — comme une mort où l’on soit excusé de crier contre l’arrachement de l’âme… « (le fragment se prolonge, p. 344, éd. Gallimard). Pages 344-345, ceci « Si je devais mourir ignoré du monde,dans le fond d’une prison froide, la mer, au dernier moment, emplirait ma cellule, viendrait me soulever au-dessus de moi-même et m’aider à mourir sans haine. ». Et, évidemment, Camus abolitionniste… « Réflexions sur la guillotine ». Citation : « Ni dans le coeur des individus ni dans les moeurs des sociétés, il n’y aura de paix durable tant que la mort ne sera pas mise hors la loi. » 
Guy Lévis Mano (éditeur-poète). Volume coll. Seghers Poètes d’aujourdhui, p. 106 : « La mort n’a rien d’illimité. / Le hasard est toujours pour nous — / Ce sont toujours les autres qui meurent. » Et, p. 117 (poème,« La nuit du prisonnier »), « J’ai vu la mort et j’ai manié des outils de mort / Et me voici aujourd’hui sans mort et sans vie avec mes tribulations sans grandeur » (etc.).
Anise Koltz, « Je renaîtrai », éd. Arfuyen (multiples passages)… 
Emily Dickinson, Poèmes (éd. Belin). « Si je ne suis plus en vie / Quand viendront les Grives », p. 31. Et fragment de poème, dans « Ainsi parlait Emily Dickinson », recueil de citations. Ainsi « Mourir — ne prend qu’un court moment », p. 39 (…). Et Le pire — j’aime la Cause qui M’a tuée — / Souvent quand je meurs » (…). 
Marina Tsvetaeva, « Le Poème de la fin ». Rupture, blessure, mort en soi. 
« — Partons. — Et moi qui espérais : / Mourons. C’est tellement plus simple. »  
Etty Hillesum, « Une vie bouleversée ». Dernières lettres, du 3 et 10 juillet 43 et trois lettres d’août 43. Certains passages, et le tout.
Ingeborg Bachmann, « Toute personne qui tombe a des ailes », Poèmes 1942-1967, Poésie/Gallimard. Le poème « Cimetière juif », p. 509. « Forêt de pierres, sans tombes remarquables, rien pour s’agenouiller, / et pour les fleurs rien » (…) « Qui atteint la sortie n’a pas la mort, / mais le jour au coeur. » 
Gérard de nerval, « Aurélia » . Il y fait le récit d’un voyage intérieur et évoque une traversée vers un monde de supra-conscience, une possible « rencontre » d’êtres d’un mystérieux au-delà, des souvenirs de vies antérieures, un questionnement métaphysique… 
René Char, « Sur la poésie ». Dans le volume « En trente-trois morceaux » (Poésie/Gallimard). P. 53-54. Citations, trois fragments : « La poésie me volera ma mort. »… « Les poèmes sont des bouts d’existence incorruptibles que nous lançons à la gueule répugnante de la mort, mais assez haut pour que, ricochant sur elle, ils tombent dans le monde nominateur de l’unité. » … « Faire un poème, c’est prendre possession d’un au-delà nuptial qui se trouve bien dans cette vie, très rattaché à elle, et cependant à proximité des urnes de la mort. » 
Bossuet, « Oraisons funèbres » .
… Margherita Guidacci, « L’Horloge de Bologne » (Arfuyen). Le poème « Inventaire du massacre », p. 19 (le livre porte sur l’attentat terroriste du 2 août 1980 à la gare de Bologne). Et, poème en fragments, « Ultimes échos », p. 43. J’en relève un : « Les décombres des corps parmi les décombres des murs ». 
Henry Bauchau, « Nous ne sommes pas séparés » (Actes Sud), « Le monologue d’Antigone », long poème, pages 53 à 59. En 4ème de couverture, un texte d’Henry Bauchau explique le titre : « Nous ne sommes pas séparés de la Terre, de la vie et de la mort. Nous ne sommes pas non plus séparés de l’histoire ». Il évoque le retentissement en nous du crime du 11 septembre 2001. Puis le lien que nous avons, devant la beauté d’un jardin, avec le tout.  
Georges Didi-Huberman, « Écorces » (Éds de Minuit). « Récit-photo d’une déambulation à Auschwitz-Birkenau ». Retour sur un terrible lieu de mort, et réflexion sur le regard, sur les « décisions de regard ». 
Michel Houellebecq, « Non réconcilié » (Anthologie, Poésie/Gallimard). Poème, p. 105. « Par la mort du plus pur / Toute joie est invalidée / La poitrine est comme évidée, / Et l’oeil en tout connaît l’obscur. /// Il faut quelques secondes / pour effacer un monde. » Et, volume « Poésies » (J’ai lu), « Rester vivant », partie « Survivre » : « Un poète mort n’écrit plus. D’où l’importance de rester vivant. » 
Erri de Luca, « Oeuvre sur l’eau » (Seghers). Un poème, « Noël » est dédié à un enfant de migrants, naissant et mourant en mer, p. 93-95. « Il naît dans les soutes des clandestins » (…) / « Il va avec ceux qui durent une heure ». 
... Federico García Lorca (« A las cinco de la tarde », et autres poèmes...).
... Antonio Machado. « Champs de Castille », et « Solitudes ». (Poésie/Gallimard). Citation :  
« Et quand viendra le jour du dernier voyage, 
Quand partira la nef qui jamais ne revient, 
Vous me verrez à bord, et mon maigre bagage, 
Quasiment nu, comme les enfants de la mer. »

… Et, évidemment, la série des « 36 choses à faire avant de mourir », éd. pré#carré 2018 (Hervé Bougel éditeur), recueils miniaturisés de fragments poétiques d’une vingtaine d’auteurs. (Et réédition de nos textes plus anciens). Pour ma contribution en 2018 j’ai ajouté un sous-titre (« 36 traversées d’aubes crépusculaires »), un exergue (citation de Jean-Claude Tardif, poète et éditeur) et un épitaphe intégré au dernier fragment (citation de Benjamin Fondane).
.....................................................................................
J’ajoute (non littéraire)
Et… « La source noire » de Patrice Van Eersel, Livre de poche. (Enquête journalistique. « Révélations aux portes de la mort »). 
Trois dossiers (revues). Et bibliographies intégrées… 
… « Aux frontières de la conscience » , Le Monde des religions, mars-avril. Avec des bibliographies qui concernent l’approche de la mort (p. 35, et dernières pages). 
… « Mourir ? », revue 3ème millénaire, Automne 2016 (boutique du site…).
… « Si la mort… » , Inexploré, automne 2018, dernier trimestre 2018

MC San Juan

24/07/2018

À L’INDEX, revue de poésie. Recension (et citations).

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Le numéro 36 est sorti en juin, riche de nombreux textes, près de 200 pages de poèmes et nouvelles.

Dans l’éditorial, Jean-Claude Tardif appelle à une conscience éveillée aux réalités du monde dont l’évolution inquiète. Relire Barjavel et Orwell, dit-il… Et il redonne l’axe, l’éthique, de la poésie qui est accueillie dans ces pages : « Pas un aller de soi vers soi, mais avant tout un allant de soi vers les autres ».

Mais il faut lire aussi, relire, le texte de Jean-Pierre Chérès qui est inscrit chaque fois en quatrième de couverture. J’en cite des fragments : « Être poète, c’est se donner corps et esprit à la présence du monde, c’est être possédé par le monde » (…) « se perdre dans les gens pour se retrouver dans le sens » (…) « Être là ». Le texte est repris comme un leitmotiv, donné en relecture car il est en quelque sorte un art poétique collectif. Les éditoriaux   développeront tel ou tel point, tel ou tel thème. D’un numéro à l’autre ils dessinent un programme d’écriture et de vie. (D’ailleurs ces éditoriaux mériteraient d’être regroupés en livre, plusieurs volumes sans doute, depuis le temps : ils s’ajouteraient aux quelques ouvrages essentiels qui permettent de penser la poésie, celle de l’exigence non formaliste.)

On ne peut parler de tout, lisant une revue. Le but est de donner envie d’aller lire…  Donc je ne fais qu’un survol et quelques notations.

J’aime beaucoup le texte de Luis Porquet, « Éloge du plus proche ». Une méditation sur la présence à « ce qui nous est immédiatement donné : l’ici ». Citant Kenneth White et Héraclite (et l’un citant l’autre) il écrit contre le piège illusoire de la projection dans le lointain de l’espace et du temps, et contre les mirages qui sont les erreurs du monde contemporain qui y sacrifie la nature. Alors que la sagesse serait de savoir reconnaître les liens tissés entre ce proche et ce lointain de notre réalité, de « voyager de l’un à l’autre », et « d’être là, simplement ». Ce, dit-il, qu’enseigne « toute quête spirituelle authentique ». Un poème de lui suit sa réflexion. « Calligraphie ». J’en cite deux vers : « Le mot comme le trait / Doit naître du silence. »

Un univers proche résonne avec ces pages : celui des poèmes de Jean-Pierre Bars : « Nous ne sommes pas inépuisables / nos limites ont la forme du monde ». Et « l’âme qui veille regarde l’âme / sortir de ces décombres. »

Nature… La mer, dans les poèmes en prose de Jacques Boise. Éloge de la mer et de la contemplation immobile. Paragraphes de huit lignes, régulièrement, descriptifs à la manière d’un peintre subtil, qui pose des touches délicates avec des mots qui donnent une force sensuelle à la perception des éléments et du vivant. Le regard comme acte essentiel. Superbes textes. J’ai aimé quand la lumière changeante transforme les oiseaux qui « ne sont plus que des leurres d’écume et de sel. »

Deux poèmes, bilingues, d’Edward Thomas, pour lui rendre hommage au centième anniversaire de sa mort sur le front en 1917. 

Les langues sont souvent présentes dans la revue. Et c’est le cas encore. Ainsi, textes en anglais et français pour les poèmes de Robert Nash (dont un livre est publié par À L’Index). Textes d’une respiration dans et de la nature, une écoute saisie même dans le quotidien urbain.

Très beaux textes, aussi, de Fabien Sanchez. En exergue, René Char, pour introduire des textes qui interrogent le présent avec la nostalgie de l’enfance, si loin déjà, quand tout passe si vite et qu’on regrette de ne pas avoir mieux su choisir et vivre. Ne sommes-nous que passager qui « vit et meurt en amateur » ? En n’étant pas assez investi parce qu’on a laissé la force de vie de l’enfance s’en aller et qu’on n’a plus que « sa perte », « ses cendres » ? A force de « douter de tout, même du doute », perd-on la présence ? L’auteur parle de lui, dans un exercice d’amère lucidité extrême. Mais son « je » rejoint le questionnement de tous ceux qui méditent sur le temps, la vie, la mort, voulant s’incarner en vivants et regrettant de ne pas toujours savoir le faire, ou pas suffisamment, anges fatigués par l’éloignement de leur temps d’ange (l’enfance). « Ma figure d’homme est scindée par ma fatigue d’ange. »

A noter, l’évocation d’Emily Brontë par Emmanuelle Le Cam (parcours de vie).

Et celle d’Albertine Sarrazin par Jean-Marc Couvé. Elle que j’ai trouvée si bouleversante, la lisant, et morte si jeune…

Plusieurs nouvelles de qualité, et d’autres poèmes, aussi.  

Retour sur le numéro 33 (les 34 et 35 sont des numéros spéciaux consacrés, chacun, à un auteur).

Pour ce numéro 33, long éditorial de Jean-Claude Tardif, qui met l’accent sur le rapport au corps. Corps présent dans l’écriture même. « La poésie n’est pas une écriture de stuc, elle est un contre-poison. La poésie repulpe la chair de la langue. » (…) « Elle relève de l’Essence ; de ce qui donne corps ! ». Poèmes pour « les gens de peu », c’est-à-dire nous tous, donc avec un langage qui parle à tous. « Le vers le plus simple peut éclairer un monde. ». Ce que la revue À L’Index veut donner à lire ? « Des poèmes qui nous semblent porteurs de sens et de chair, en ce qu’ils sont habités par leurs auteurs en même temps qu’ils les habitent. ».

J’avais aimé retrouver des poèmes de Roberto San Geroteo... Citation« Un goût de brume envahit tout / à commencer par nos corps / cyclopéens / aux airs de moulins à vent / aux ailes de lumière / vers le proche vers le lointain / qui font même tourner la tête / à la mer à la nuit ».

J’avais été émue par le portrait de Jean-Claude Pirotte dessiné par Henri Cachau, commentant lui-même son dessin, et disant pourquoi sa tendresse pour cet être. Un éloge de plus de deux pages, portrait en mots.

Robert Nash était déjà présent avec quelques poèmes. Premier avant-signe du livre publié par À L’Index, le second dans le numéro 36.

Claire Dumay était de retour avec un texte en prose où elle continue à se disséquer durement. Autoanalyse qui ne sépare pas d’autrui, et laisse entrer le monde. Et l’écriture est belle.

Nombreux poèmes dans ce numéro, des textes bilingues aussi, comme souvent, diverses langues.

Tous ces poèmes pourraient avoir pour exergue ces vers de A. Kadir Paksoy (p. 159) : « Qui est poète ?  / Peut-être celui qui aurait eu une plus grande part de la tempête / peut-être celui qui se serait approché le plus du soleil / ou d’un réverbère également allumé le jour » (Je retiens ce nom, je le note, même, pour chercher à le lire).

Note sur Entrevues… https://www.entrevues.org/revues/a-lindex/

Lien vers la revue À L’INDEX… http://lelivreadire.blogspot.com

MC San Juan

22/07/2018

"Si vaste d'être seul". Citer Tristan Cabral... (citations et recension)

CABRAL .jpg« J’ai faim d’abîmes / Et des oiseaux muets tombent / tout doucement / Sur le monde… » (p. 19)

« J’ai le visage d’un grand brûlé dans son habit de cendre » (p.27)

« Parfois aussi / il coupait les mains des sources / et on le retrouvait  / dans l’arbre à feu » (Gaspar, p. 32)

« Qui ramassera les ombres ? / qui ramassera les noms ? /qui lavera la terre de tous ses bourreaux ? » (p. 39)

 « Sur une croix de bois  // rejetée par la mer  /// On peut lire en trois langues : / en arménien, en hébreu et en grec / ‘SI VASTE D’ÊTRE SEUL........ !’ » (P.75)

                              Fragments de poèmes, « Si vaste d’être seul ». Page éditeur... https://www.lisez.com/livre-grand-format/si-vaste-detre-s...

Livre bouleversant (publié en 2013, éd. du Cherche-Midi). Titre magnifique. (Un tel vers suffit à dire la force d’une œuvre entière, à la justifier, à la rendre incontournable : je pense qu’il vaut mieux quelques fragments de cette force radicale que des sommes de livres dont ne jaillissent rien d’évident). On a envie de consoler Tristan Cabral pour le fait d’être humain dans un monde où les dictateurs oppriment et les bourreaux tuent. Nous y sommes aussi, mais lui, écorché vif et qui le sait (il l’écrit), vit en empathie particulièrement douloureuse les drames de l’Histoire récente (Holocauste) ou très récente (répressions diverses, souffrances et morts). À tel point qu’il semble qu’il le vive dans son corps même. Sa marque est un engagement de toute la vie contre les injustices et les oppressions. Son écriture est charnelle (je la ressens ainsi), brûlante. Son lyrisme est servi par des métaphores ancrées, terriennes, nées du regard sur le monde concret et social. Et c’est allié à un réalisme cru, qui dit la mort avec la réalité du cadavre, sans évacuer l’horreur des désastres causés par l’humain à l’humain. La philosophie est là (il l'enseigna), par ce qui souterrainement motive le questionnement. Quel sens dans ce monde si c’est peuplé de tant de douleurs ?

Lui aussi cite, et beaucoup. Au début du livre, exergues pour l’ensemble, la solitude par Albert Cohen (« Chaque homme est seul et tous se fichent de tous et nos douleurs sont une île déserte. »)  et Franz Kafka (« Je suis seul… Comme Franz Kafka… »). Mais à l’intérieur, citations (ainsi, pleine page, des vers d’Anna Akhmatova, son Requiem : parenté d’évidence avec elle), ou, exergue de poème, André Laude. Et des noms dans le corps même des textes (Celan, Machado, Lorca…). Car « vaste » c’est cela aussi. Béance solitaire, mais univers personnel peuplé, habité, par des esprits frères. Et c'est beaucoup plus, la conscience d'un espace intérieur immense que la solitude révèle, même si elle est douloureuse, même si  peut être effrayant ce regard sur cet infini en soi.

Né en 44 il a enseigné la philosophie longtemps. Son pseudo d’auteur est une création en soi : "Yann Houssin prend le nom de plume de Tristan Cabral en hommage à l'homme politique bissau-guinéen et cap-verdier Amilcar Cabral et à Tristan, du conte populaire Tristan et Iseut." (Fiche Wikipedia).

Je viens de découvrir une très belle recension de David Campisi, sur La Cause littéraire (suivie d’une bibliographie). J’en copie le début… Suite sur le site (lien ci-dessous)…

« Tristan Cabral recopie ce qu’il voit sur les murs. A l’affût des drames d’aujourd’hui comme de ceux d’hier, furetant dans les massacres, au creux des catastrophes humaines, partout où rôde l’odeur âcre du sang, le poète promène sa sensibilité au gré des choses que l’on tait trop souvent, là où le temps a laissé la place au silence, quand le monde qui tourne va trop vite pour pleurer ses morts.

Mais de quoi nous parle Tristan Cabral ? Si vaste d’être seul est un recueil des poèmes à vif, de réflexions sentimentales, d’aphorismes qui résonnent. Si tout semble délié, quelques faisceaux traversent la poésie de Cabral : les arbres, d’abord, au cœur de son lyrisme, et puis la mer, ensuite, la mer de Bretagne, celle qui ouvre sur l’éternité et s’écrase sur le sable, et puis ses « phares aux yeux fermés » qui n’éclairent plus rien. »…  http://www.lacauselitteraire.fr/si-vaste-d-etre-seul-tris...

Comme j’ai trouvé cette chronique excellente j’ajoute un lien vers la liste des chroniques de ce contributeur régulier de La Cause littéraire… http://www.lacauselitteraire.fr/tag/David-Campisi/

MC San Juan

20/07/2018

Federico Garcia Lorca l'immense... Juste une citation.

ederico garcia lorca,lorca,poésie,llanto pour ignacio sanchez mejias,dépouille mortelle,citations,esprits nomades,maurice ohana,andalousie,vicente pradalLa pierre est un dos pour porter le temps / avec arbres de larmes et rubans et planètes.

Federico Garcia Lorca (Corps gisant, « Llanto pour Ignacio Sanchez Mejias »)

En espagnol… La piedra es una espalda para llevar al tiempo / con árboles de lágrimas y cintas y planetas. (Cuerpo presente, « Llanto por Ignacio Sánchez Mejías » /sur… poemas-del-alma.com)

Dans la suite du poème ‘porter’ semble prendre le sens d’emporter… Pierre du gisant, pierre que les pluies fuient, pierre qui avale le temps, l’emporte avec la mort et le mort. 


LORCA 1.jpgPoèmes du Llanto pour Ignacio Sanchez Mejias, page sur le site créé par Gil Pressnitzer, Esprits nomades... Introduction de Gil Pressnitzer, et poèmes traduits par Vicente Pradal, dont Dépouille mortelle. Il traduit ainsi les vers cités ci-dessus  : La pierre est une échine qui peut porter le temps / avec ederico garcia lorca,lorca,poésie,llanto pour ignacio sanchez mejias,dépouille mortelle,citations,esprits nomades,maurice ohana,andalousie,vicente pradalarbres de larmes et rubans et planètes. Le poème intégral en français est sur cette page, après le texte de présentation... http://www.espritsnomades.com/sitelitterature/lorcallanto... 

Chez Actes Sud, note sur la création musicale inspirée à Maurice Ohana par le Llanto de Lorca… https://www.actes-sud.fr/catalogue/actes-sud-beaux-arts/l... 

LORCA dans la collection Poésie/Gallimard, plusieurs volumes… http://www.gallimard.fr/Catalogue/GALLIMARD/Poesie-Gallim...

Le poème intégral en espagnol est à lire ICI… https://www.poemas-del-alma.com/cuerpo-presente.htm 

Ou ICI… https://www.zendalibros.com/los-mejores-poemas-garcia-lor... 

(Ces sites publient les textes de nombreux poètes, liste dans la rubrique ‘poetas’ pour le premier, liste en bas de page pour le second).

MC San Juan

17/07/2018

Jean-Claude Tardif cité par Philippe Claudel. Un exergue, un livre... (et un 2ème exergue, JC Pirotte)

CLAUDEL .jpg« Être le greffier du temps,

   quelconque assesseur que l’on voit rôder

   lorsque se mélangent l’homme et la lumière »

Homme de peu.jpg       Jean-Claude Tardif, L’Homme de peu, éd. La Dragonne. (Citation posée en exergue, par Philippe Claudel, pour son roman Les Âmes grises.

« Je suis là. Mon destin est d’être là. », Un voyage en automne. (Cette ligne de Jean-Claude Pirotte est l’autre exergue du roman)

CLAUDEL CHIEN.jpgLes âmes grises... La poésie pour donner l’axe des interrogations sur ces destins qui se croisent dans ce roman et qui se ratent, sur le courage et les lâchetés, la tristesse et les mensonges (ou les silences, ce qui revient au même). Une mort en entraîne d’autres, et les culpabilités possibles des faits visibles cachent les culpabilités probables des faits invisibles. Mais BLANC TARDIF.jpgsi la noirceur n’est pas totale, la lumière non plus. Gris, les êtres, car, contraires à eux-mêmes, ils survivent. Épaisseur trouble d’êtres ordinaires, qui se débrouillent avec leurs drames, comme ils peuvent. Les personnages du roman sont à côté de la guerre, la première du siècle, mais comme ils se débattent avec leurs doutes et leurs souffrances la tragédie collective est comme gommée. Le narrateur a peur du vide, alors il le peuple avec son enquête, pour n’avoir pas à regarder vraiment en lui, ne le faire qu’à la fin. 

Les âmes griseshttps://www.livredepoche.com/livre/les-ames-grises-978225... 

Page des éds. Stock, les livres de Philippe Claudelhttps://www.editions-stock.fr/auteurs/philippe-claudel 

Une autre pensée, de Jean-Claude Pirotte, rejoint l’atmosphère du livre de Philippe Claudel. Ce passage est cité par Gil Pressnitzer sur son merveilleux site Esprits nomades (il est décédé en 2015, le site est toujours lisible et j’espère qu’il le restera) : 

« Je trouve qu'il est toujours plus facile de parler de son angoisse que de son bonheur ; d'où mon désir de lumière. Grâce aux ombres je parviens à atteindre une lumière. S'il n'y a pas de contraste, il n'y a rien… Et cela aussi bien en littérature qu'en peinture. »

La page d'Esprits nomades sur Jean-Claude Pirotte, où figure cette citation… http://www.espritsnomades.com/sitelitterature/pirotte/pir... 

Gil Pressnitzer citait René Char et se présentait (voir aussi en accueil, hommage et bibliographie, notes et poèmes, livres, et des poèmes de lui à lire sur le site, voir sommaire)… Ici... http://www.espritsnomades.com/sitelitterature/pressnitzer... 

Quand j’ai découvert la citation de Jean-Claude Tardif posée en exergue je n’avais pas lu le recueil, « L’Homme de peu ». Je ne l’ai trouvé et lu que récemment. Épuisé chez l’éditeur, on arrive à le dénicher sur la Toile (quelques rares exemplaires). Mais ces trois vers suffisent à donner envie de lire le recueil entier. Dans le livre que j’ai maintenant lu et relu, et que j’ai sous les yeux à l’instant d’écrire, le poème de l’exergue se poursuit ainsi :

«  le blême et l’ébloui / pour quelques secondes / fraudées à la lune /// ici demeure la tentation / la seule qui vaille de serrer le souffle / telle, dans la main, la noix verte des mots. »

« L’Homme de peu » est le dernier volume d’une trilogie (il a été publié en 2002), je ne connais pas encore les deux autres, antérieurs (1995, 1999), alors que j’ai lu Nuitamment (2001) et La Vie blanchit (2014). Et alors que je vais bientôt lire « Simplement… presque… blanc… » (dernier recueil, 2018), que je viens de commander. Peu importe. On peut très bien lire en désordre les poèmes, et reconstruire la structure intérieure petit à petit. Chaque poème existe par lui-même, chaque livre de même. Chacun en fait sa propre lecture. Ce que je lis ne sera pas ce que d’autres verront dans ces pages. J’y trouve le portrait d’un homme et la quête vers la source de l’identité, donc aussi un autoportrait qui regarde de l’autre côté des frontières pour mieux saisir l’ici. 

« Revenir à la source. »

Un dialogue avec quelqu’un qui (me semble-t-il) ne peut plus entendre et répondre, mais peut-être quand même oui. Ombre du grand-père, et présence du père. Mystère de qui on est, ressemblances où on reconnaît en soi les traces de ceux dont on vient. Et tristesse devant les guerres et les exils, et devant l’humilité de vies qui n’ont pu donner leur mesure autant qu’elles méritaient de le faire, car à l’exil de terre s’ajoute un exil de langue. Le visage qui apparaît aussi entre les pages est peut-être tout à fait étranger à l’auteur, un errant parfois dans sa détresse. (Ce serait comme une superposition au propos de l’auteur, mais le texte s’échappe et mêle des réels différents). Cependant même ainsi il renverrait un miroir à celui qui écrit et à celui ou celle qui lit… 

« On ne sait jamais où porte la voix. »

L’art poétique de Jean-Claude Tardif est étranger au formalisme artificiel ou à la « fabrication » calculée du poème. Il parle à tous. 

« Écrire / des mots au goût de pain simple. // Faire jaillir la lame de l’encre. (…) Ne pas chercher le poème, il viendra sous la dent. (…) Écrire simplement  / pour enchanter la vie. »  

Et s’il rêve d’écrire des « lettres aux oiseaux », il inscrit dans ses textes les mots et les questions de la profondeur grave : la poésie de qualité a une dimension philosophique. (Une belle définition métaphorique de la poésie, que la penser comme art de ceux qui veulent écrire des lettres aux oiseaux, ces symboles des chercheurs de lumière et d’espace).

Autre expression de lui que je retiens : « prêtres de la lumière ».

Prêtre de la lumière (naturelle, soleil du sud et soleil des sommets, et lumière symbolique, celle du sens déchiffré où « tout, toujours, serait à recommencer   /   /   quel que fût le livre. ») le poète écrit avec elle ses « lettres aux oiseaux ».

BioBibliographie, Jean-Claude Tardif… http://www.editions-racine-icare.weonea.com/article/61523/ 

Et sur le site de la revue Les Hommes Sans Épaules. (Textes de lui, notamment, dans le numéros 32 consacré au dossier sur Reverdy et l’émotion, et dans les numéros 35 et 44, le dernier)... http://www.leshommessansepaules.com/auteur-Jean_Claude_TA...

Un point commun entre Jean-Claude Tardif et Philippe Claudel (à part cette connivence de lecture de l’un par l’autre, et la publication commune dans le catalogue de l’édition La Dragonne, par exemple), c’est l’engagement, un idéal de justice. 

L’un, Jean-Claude Tardif, dans le dernier éditorial de la revue qu’il dirige, A L’Index n° 36, juin 2018, s’inquiète, en voyant l’évolution de la société et du monde. Il supplie de relire Ravage et 1984. « Lisez ou relisez Barjavel et Orwell. », pour prendre conscience et réagir.  Et rappelle son exigence de toujours : « Que la poésie ne soit pas simplement un aller de soi vers soi, mais avant tout un allant de soi vers les autres. ». (Sur le site d'Entrevues, page sur la revue À L’Indexhttps://www.entrevues.org/revues/a-lindex/ )

L’autre, Philippe Claudel, après avoir publié un livre pour dénoncer la situation des migrants, « l’Archipel du chien », participe à l’initiative d’écrivains solidaires d’Oleg Sentsov, ce cinéaste ukrainien prisonnier, en grève de la faim depuis 60 jours et en grand danger de mourir… Lire, pour information, ceci... https://www.rtbf.be/info/monde/detail_60eme-jour-de-greve... 

Et lire la tribune de Philippe Claudel, « Un petit mort et puis s’en va »… https://bibliobs.nouvelobs.com/actualites/20180630.OBS898... 

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MC San Juan

14/07/2018

Les Hommes Sans Épaules, et l’émotivisme… Une revue, un site, l’édition.

REVUE HSE 45.jpgJe voudrais, par cette note, donner envie d’aller visiter le site de la revue Les Hommes Sans Épaules (revue et édition), parcourir et lire. (On ira plus loin après, en se procurant revue ou recueil : il y a le site, et en automne le Salon de la Revue, en plus des commandes chez son libraire). Des textes à lire, qui donnent l’axe, l’armature de pensée, dès l’accueil. Des sommaires de numéros, pas des listes de noms sans aucune indication, bien plus. Revue ou recueil, on trouve une présentation, des textes, des citations. De quoi parcourir longtemps, nourri de questions. Profondeur vibrante de ceux qui choisissent d’entrer entiers dans leurs textes, chair et émotions, de faire de la poésie un engagement d’être qui affronte les parts d’ombre et les douleurs comme les joies, avec les mots. 

Dès l’accueil, donc, Yves Bonnefoy, avec un extrait de ce « Discours de Guadalajara » (publié dans le n° 39), où il définit la grandeur des oeuvres par la capacité d’aller « très avant dans les labyrinthes de la conscience de soi », à manifester le rapport au temps qui interroge notre finitude, mais surtout à le faire à partir d’un travail souterrain avec les mots. Pas de poésie sans travail sur la langue. Écriture d’abord… Et enjeu, pas seulement pour soi, mais pour la société : « Mais pourquoi est-il si nécessaire de penser à la poésie ? ». « Comprendre que la société périra si la poésie s’éteint, peu à peu, dans notre rapport au monde. »

Puis Christophe Dauphin, directeur actuel de la revue, reprend un extrait de l’Éditorial manifeste, « L’Émotion Encore et Toujours », qui affirme le refus de toute « recherche esthétisante », des jeux artificiels sans âme, donc. Au contraire, engagement complet de soi. Rappel de la proximité avec Pierre Reverdy, pour qui la source de la poésie est en l’homme avant tout... Citation : « L’émotivisme est une attitude devant la vie, une conception du vivre qui ne saurait être détachée de l’existence du poète, car la création est un mouvement de l’intérieur à l’extérieur et non pas de l’extérieur sur la façade. L’émotivisme est un art de vivre et de penser en poésie, car une œuvre est nulle si elle n’est qu’un divertissement et si elle ne joue pas, pour celui qui la met en question, un rôle prépondérant dans la vie. »

Justement, pour comprendre la démarche fondatrice de la revue, l’émotivisme, il faut lire Pierre Reverdy.  Le texte, « Cette émotion appelée poésie » est, ainsi que deux autres courts essais, dans le volume de la collection Poésie/Gallimard, « Sable mouvant ». 

D’abord, « La forme ne saurait être un but », écrit Pierre Reverdy (salutaire affirmation contre le formalisme stérile qui est envahissant dans certaines publications : j’adhère totalement à cela). 

Ensuite, « Le degré de conscience spécifie le poète ». Formule qui résumerait en partie le manifeste émotiviste, et peut être adoptée par d’autres courants de pensée en poésie, ou devrait l’être : exigence nécessaire, si la poésie doit être ce « point de hauteur » qui la définit. Et sont donc écartées de la poésie à « hauteur » d’exigence (donc de la seule poésie qui vaille), les facilités médiocres qui ne sont que l’expression ordinaire d’élans ordinaires. (J’adhère encore, absolument).

Enfin, la poésie est pour Reverdy le « sceau » de l’homme sur le réel, son « empreinte », car « il n’y a pas de poésie dans la nature ». Bien sûr, la nature n’est pas l’humain la pensant et se pensant lui-même. Et n’est pas poète, non plus, n’importe quel contemplateur ému par un coucher de soleil, n’importe quel cueilleur de clichés ressassés sur les lacs, la mer et le reste, qui croirait faire glisser la poésie du paysage à sa feuille. Mais j’ai plus de mal avec cette affirmation, qui paraît si logique pourtant, et qui paraît achever la cohérence de la pensée de Reverdy. Et certains auteurs, peut-être, émotivistes non formalistes et à hauteur de conscience vive, mais ayant une conception philosophique autre, ne pourraient être signataires de cette phrase. Car le concept même de conscience n’est pas le même pour un rationaliste athée ou pour un mystique tout aussi rationnel, mais autrement. Et la nature n’est pas perçue de la même manière par un chaman amérindien, par un taoïste ou un soufi, par un voyageur solitaire allant méditer dans les bois comme Thoreau ou affronter les glaces du Grand Nord. Si l’être humain est part de la nature, connecté à la planète et au cosmos, il n’attend pas, poète, de trouver des poèmes soufflés par la nature, mais il sait qu’il peut capter du sens, et que ce sens est offert aussi par la nature non humaine. 

REVUE HSE 32 JC Tardif.jpgLe numéro 32 de la revue comporte aussi un dossier sur Pierre Reverdy et l’émotion.

A suivre...  Et c’est cela qui est intéressant dans ce que donne à lire le site de HSE. On ne reste pas passifs, on en sort toujours avec des questions. Et des envies de lecture. 

RIVERAINS .jpgUne autre publication, aussi, aide à entrer dans l’univers émotiviste. Christophe Dauphin avait réuni une ample anthologie émotiviste (500 pages) sous le beau titre « Les Riverains du feu », publiée en 2009 chez Le Nouvel Athanor, avec une préface de Jean-Luc Maxence. On peut encore en trouver des exemplaires. Bien sûr le poète Jean Breton, qui a créé la revue en 1953, à Avignon, y est présent. 

HSE 22 J Breton.jpgLe numéro 22 de la revue HSE lui consacre un dossier. 

Parmi les questions qu’on peut se poser, il en est une d’évidente. « Les Hommes sans Épaules », pourquoi ce titre?. Le titre, est-il dit (rubrique « Historique »), est tiré d’un roman de JH Rosny l’Aîné (mort en 1940), « Le Félin géant ». Citation : Il y pêchait des poissons aveugles ou des écrevisses livides, en compagnie de Zoûhr, fils de la Terre, le dernier des Hommes-sans-Épaules, échappé au massacre de sa race par les Nains-Rouges. » Long extrait du roman sur le site (rubrique « Historique »), autre extrait, même auteur mais autre livre, en accueil, sous une brève revue de presse.)

Explication (bref extrait) : « Hommes de la tête aux pieds, sans épaules mais entiers, c’est-à-dire avouant nos faiblesses et nos forces »… L’émotion, donc, vécue, exprimée. Hommes est à entendre au sens d’êtres humains en général, évidemment.

Sur le site, vous entrerez dans un univers infini, pages sur les revues anciennes, épuisées ou pas, les récentes, la prochaine, pages sur des livres, bio-bibliographies, etc. Et toujours, des citations (qui permettent de choisir ce qu’on voudra découvrir au-delà). Un index des auteurs permet de retrouver fiches et publications dans tel ou tel numéro. 

Le SITE…  http://www.leshommessansepaules.com  

MC San Juan

13/07/2018

Patrick Chamoiseau, LES POÈTES DÉCLARENT…

CHAMOISEAU... .jpgPrenez le temps d’écouter, le temps de lire… 

« Les poètes déclarent que dans l’indéfini de l’univers se tient l’énigme de notre monde, que dans cette énigme se tient le mystère du vivant, que dans ce mystère palpite la poésie des hommes : pas un ne saurait se voir dépossédé de l’autre ! »

Fragment 2, sur 16, Les Poètes déclarent,"La Déclaration des Poètes". POÈME (très puissant message) de Patrick Chamoiseau, extrait de Frères Migrants (2017)

À écouter, ICI… Lecture (superbe) par Isabelle Fruleux... https://www.youtube.com/watch?v=v2qCTKVZChw&feature=y... 

NOTE, sur la démarche de l’auteur… http://www.l-etre-en-lettres.fr/actualites/la-declaration... 

Le TEXTE à lire, ICI… http://tout-monde.com/downloads/fre300res-migrants-chamoi...  

Frères migrants, LIVRE, Patrick Chamoiseauéd. du Seuil, page éditeur… http://www.seuil.com/ouvrage/freres-migrants-patrick-cham... 

12/07/2018

L'ardent pays d'André Campos Rodriguez...

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(…) s’élève lentement 

ce qui n’a pas de nom. »

André Campos Rodriguez (Légendes, Éclats, Approches. Editinter, Robert Dadillon, 1999)

Réédition dans l’anthologie « Pour que s’élève ce qui n’a pas de nom », choix de poèmes  1985-2015, 212 pages, éd. L’Ardent pays, 2016.

Le titre que j’ai mis pour cette note reprend le nom de la revue en ligne créée par l’auteur, édition L’Ardent pays.  C’est à la fois une volonté de programme collectif et un aveu d’orientation personnelle, l’ardeur (notion qui était en vedette pour le Printemps des Poètes, mais le nom est bien antérieur pour l’édition). Feu intérieur, de recherche et de création. Le pays que je désigne ainsi est l'espace de son écriture... 

« Pour que s’élève ce qui n’a pas de nom » est donc le titre du livre que je viens d’achever (l’exergue indique la source). Ce fut une très bonne idée que réunir des textes de plusieurs recueils épuisés, parus chez des éditeurs divers (comme Aube, Rétro-Viseur, Editinter, etc.) Pour moi c'est une découverte et j'apprécie beaucoup. C'est une méditation continue, avec des fils qui se tissent d'un recueil à l'autre, la recherche du centre, du noyau spirituel sans trahir le lien avec la matérialité du réel concret. Ou la recherche des mots qui pourraient dire ce centre. On a l'impression que c'est écrit sur la frontière, traversée ou pas, qui sépare le méditant du sage passé du côté d'un éveil. Un peu comme si c'était une enquête sur ce qui est derrière ce miroir, ou sur comment le dire. (C'est clair page 171, par exemple : "Il suffirait de... "). J'y ai même trouvé, dans ce livre, une citation, deux vers qui correspondent à ma démarche en photographie. Je les cite : "L'eau, la pierre, le feu : chaque mot / détient une gradation de secrets." (p. 55). Oui. Et le regard les capte. J’ai remarqué aussi une citation de René Char (en exergue p. 69, l’impossible), et une de Pierre Dhainaut sur l'ombre, page 109. Ombre métaphorique (et aussi, pour moi, ombre captée photographiquement, thématique qui m'est chère). J'ai apprécié de trouver Ramana Maharshi (cité p. 181). Cela rejoint le processus de création de soi qui est aussi dépouillement de soi (je reprends les termes en résumant). Ce qui définirait l'art poétique tel qu'il apparaît au fil des pages ce serait la synthèse entre les pages 86 et 160. Être "l'explorateur des failles" (du monde, du réel), et habiter "un songe si vaste qu'il possède le pouvoir de délier le temps" et d'inscrire la "simple épiphanie proche de l'inconnu.". Lecture faite en affinité de démarche et d'écriture. 

200 pages qui se lisent d’un trait, et s’ouvrent ensuite, pour relire.

CITATIONS…

... Pour se libérer des pierres / inutiles, faut-il donc creuser / l’ombre de soi-même ?

...         Seul

      peut nous aider

      l’appui incessant 

         du silence

... En te traversant  / tu accèdes au centre

...   accepter l’obscur / révèle l’étincelle

... le monde est en toi / mais tu es aussi le monde

... Tout but porte l’abîme / qui nous sépare de nous-mêmes.

.... Mais le labyrinthe est un lieu / noyé de signes obscurs 

... Tout désert porte un marcheur exalté / par la fécondité de la distance / voyant et météore

... Comment peux-tu être, / si tu ne cherches plus.

... L’ombre garde sa cadence et grave, dans la mémoire des pierres, l’obstination de la nuit.

... De ce dilemme / tu ne pourras sortir  / avant d’avoir posé ta lampe / entre l’ombre  et la clarté

...  Qui peut oser  cet Ouvert qui n’est qu’une dissolution, l’immolation consentie de soi-même, une première fois irréversible comme la mort ?

... se quitter soi-même / s’alléger /         / se dépouiller / s’élargir 

... Oiseau de l’âme /   / déplie tes ailes / évade-toi dans l’azur /   / sois le témoin silencieux 

LIENS…

La revue en ligne qu’il anime, édition de l’anthologie L’Ardent pays... http://ardentpays12.over-blog.com 

Une page sur lui, autre revue où il est cette fois l’invité, Possibles... http://longueroye.free.fr/pos23acr.php 

« Pour que s’élève ce qui n’a pas de nom », une recension du recueil-anthologie, par Pierre Perrin, note de bloghttp://lefraisregard.free.fr/rodriguez.php

MC San Juan

17/06/2018

Poésie. Les Cahiers du Sens 2018. La voie / La voix...

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Jean-Luc Maxence (texte introductif, « La voie du futur commence mal »).

(En fin de note, à lire : citations, ma subjective sélection, douze poètes, de c. ou d. à v. ou z...).

Discrètement présente dans l’anthologie 2018 (comme l’an dernier, dans la revue 2017). De la thématique j’ai surtout choisi le questionnement de la voie (ce voyage intérieur vers soi ou loin du « moi »), mais qui a forcément un lien avec la voix, celle de l’écriture (mais aussi celle des voix lues, qui, quand on adhère au sens porté, aident à trouver ce qui peut être sa voie, ou une voie, si ce n’est « la » voie… En exergue j’avais posé deux citations, J-L Borges et Etty Hillesum.

C’est émouvant que ce partage déclenché par les éditeurs (Jean-Luc Maxence et Danny-Marc). Un thème, et chez quelques dizaines d’auteurs qu’ils ont sollicités se lève une réflexion commune, un déclenchement d’écriture. Ce sujet, voie et voix, est finalement assez intime, faisant plonger au centre de ce qui nous « meut », et quand on reçoit la revue achevée, on entre dans le secret des autres qui écrivent, on trouve des échos, des fraternités. Parole du « je », mais aussi questionnement collectif sur ce qu’est le monde et ce qu’on accepte ou refuse, ce que l’écriture peut faire et défaire. 

De mon texte (une grande page) je retire, pour ici, quelques vers (exercice nécessaire, m’entraîner à mettre « dehors », plus que je ne le fais naturellement, et donc extirper la pudeur d’écriture, ce frein). 

Deux fragments…

Voici...

« Dans le rêve je sais.

   Je sais qu’il faut chercher sans chercher

   et comment se défaire de l’illusion d’une porte à franchir

   qui s’éloigne à chaque pas.

   Se défaire des voies qui croient être « la » voie

   fascinante. »

Et, plus loin…

« Danser est possible

   sur ces sons que l’oreille n’entend pas, mais la peau, oui.

   Ils chantent l’éloge du vide, du « nada » des sages. »  

      MC San Juan (« Voyage intérieur, simple écart d’un pas »)

A la fin, cependant, j’évoque « l’ombre des colères, révoltes, doutes ».

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L’exercice d’égoïsme fait, parlons des autres...

Dans ces pages je retrouve certaines voix amies, mais aussi des écritures lues sans avoir croisé les visages. Ce qui compte ce sont les textes que j’apprécie.

La revue est structurée en trois espaces. 

Des réflexions ou méditations sur le thème.

L’anthologie des poèmes (inspirés par la thématique, de manière proche ou lointaine);

Des lectures.

Des transcriptions de voyages (grand éloignement ou marche dans ses lieux, textes solidaires, aussi, avec « ailleurs »).

A noter, un hommage (plusieurs poèmes donnés à lire) rendu à Jean-Marie Berthier, mort accidentellement juste après avoir offert une préface à un ouvrage d’Annie Coll, publiée par l’édition Le Nouvel Athanor (collections et revue).

J’ai été particulièrement attentive, sur voie et voix (première partie) aux pages de... Jean-Luc Maxence (texte d’inquiétude, sur la marche du monde, et d’espoir cependant, par l’évocation du « coeur altruiste »), Gaëtan de Courrèges (qui ose « convoquer » Tintin, et c’est passionnant), Bojenna Orszulak, Marie-José Christien (dense écriture de ses "Éclats de voix", aphorismes, et un bel hommage rendu à l'écriture de Guy Allix dans un des fragments), Monique Leroux Serres (j’aime beaucoup comment elle relie la voie du Tao à ses démarches créatives, même devenir essentiel dans son cheminement : voie des fleurs, du haïku, du pinceau - je ne peux qu’adhérer à cela, création par les mots, les mains, le regard, car c’est le même geste qui conduit à soi et plus que soi) , Guy Allix, Claire Dumay (de tout ce que j’ai pu lire d’elle, je crois que ce sont ces pages que je préfère, et j’ai l’impression, d’ailleurs, d’une transmutation dans son écriture, ici : voile déchiré, traversée d'une frontière...), Robert Liris, Jean-François Migaud, Giovanni Dotoli.

Des poèmes de l’anthologie je préfère (première lecture, premier parcours) ceux de Danny-Marc, Gérard Engelbach, Christian Ganachaud, Lionel Gerin, Jean-Luc Maxence, Gérard Mottet, Bernard Perroy, Jean-Yves Vallat, Jacques Viallebesset, Patrice Zahn. 

Des lectures, livres parcourus, recensions, tout est intéressant. On retrouve notamment Guy Allix, Marie-Josée Christien, Monique Leroux Serres, Jean-Luc Maxence. Et je note que le livre d’Annie Coll a retenu Marie-Josée Christien et Jean-Yves Vallat, double présentation qui fait sens. Ouvrage à inscrire sur les listes en attente, « N’avez-vous pas vécu ? ». Je l’avais déjà repéré, et je n’attendrai pas trop. Voici ce qu’en dit Jean-Yves Vallat (je prends une phrase de ses deux  pages…) : « Dans ces paroles d’une minéralité de quartz, existe une lumière réfractée venue de grandes profondeurs. »

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CITATIONS, poèmes, fragments…  (et marges des poèmes, pour certains choix)...

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« C’est le Tao qui m’a amenée au « do » : à la voie des fleurs, à la voie du haïku, à la voie du pinceau. »

    Monique Leroux Serres (« Cheminant et devisant »)

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« De même que notre voix nous est inaudible, la voie que nous prenons nous est invisible. »

    Marie-Josée Christien (« Eclats de voix »).

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« Cette nuit j’ai largué le monde

   et pour quelques heures 

   lui ai demandé le silence »

     Danny-Marc (« Le miracle de vivre »)

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« Marcher sur tes brisées, cosmos »

   Gérard Engelbach (« Ramer, la mer »)

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« Vêtu de poussière d’os,

   j’ai appris,

   lettre après lettre,

   à me vider

   pour un nouveau silence. »

    Christian Ganachaud (« Le testament d’un ange ») 

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« Ne rien retrouver jamais

   Mais voir tout renaître »

    Lionel Gerin (« L’or de midi »)

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« L’eau a des relents de pétrole

   Au rendez-vous du futur

   L’apocalypse est annoncée avec la pénurie

   Des longs déserts intérieurs

   Traversant le désespoir » 

     Jean-Luc Maxence (« De quelle source parle-t-on ? »)

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« En chacun de tes pas

   il y a un chemin possible

   que tu n’emprunteras pas »

     Gérard Mottet (« En chacun de tes pas »

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« à la recherche des clairières intimes

   ou du vaste horizon… »

    Bernard Perroy (« La vie s’avance »)

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« Consens à la pierre pour son immobilité de veilleur »

  Jean-Yves Vallat (« Consens »)

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« Marcher vers l’ultime frontière

   Avec du sang sous les paupières. »

      Jacques Viallebesset (« Exil »)

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« Mal à l’âme à la vie

   où même la lumière ralentit »

   Patrice Zahn (« Après Fukushima »)

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L'édition... http://lenouvelathanor.com

La revuehttp://lenouvelathanor.com/revue-les-cahiers-du-sens 

Marie-Claude San Juan

15/06/2018

LIU XIA. SOUTIEN.. / Enfin libre, la mobilisation a réussi...

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Mise à jour, 11-07-18

 ENFIN LIBRE... 

 

 

 

LIU XIA A QUITTÉ LA CHINE... https://www.nouvelobs.com/monde/20180710.OBS9450/liu-xia-...

CCCCCCC

Rencontre, le 16 juin à 19h. Maison de la Poésie

Avec Catherine Blanjean, auteur de « Liu Xia, lettres à une femme interdite », Liao Yiwu, poète chinois exilé en Allemagne (et préfacier du livre), Béatrice Desgranges, traductrice de Liu Xia (et auteur d’une pétition de soutien, lien ci-dessous), et Jean-Philippe Béja, traducteur de Liu Xiaobo… https://www.maisondelapoesieparis.com/events/catherine-bl...

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Pétition de soutien. (Et informations, dont poèmes de Liu Xia traduits)… Mises à jour régulière, comme, notamment l'indication de la pétition adressée au gouvernement chinois (voir ci-dessous, fin de la note...)...  https://www.change.org/p/mme-hidalgo-après-la-mort-de-liu...?   

Lecture des poèmes de Liu Xia, en soutien. ActuaLitté... https://bit.ly/2JN3Zvy

Et sur Culturebox… https://bit.ly/2LQinUh

De Liao Yiwu, on peut lire « Dans l’empire des ténèbres » et « Poèmes de prison ». Liu Xiaobo le considérait comme « le plus grand poète chinois de sa génération ». Le Figaro, juin 2018… https://bit.ly/2Jv2aq0

Lire aussi cet article de 2013, questionnement du poète Liao Yiwu sur la dictature en Chine et sur notre regard... https://lemde.fr/2HPRsG5

Liu Xia lit ses poèmes, Contrepoints.org… https://bit.ly/2uzU6fG

Sur une exposition de ses photographies.. https://bit.ly/2JW3QJs

04/02/2018

"Possibles", revue en ligne, note sur "Texture". Et digressions, pour lectures évoquées...

TEXTURE.jpgA lire, sur "Texture" de Michel Baglin, la note au sujet de la revue en ligne,
"Possibles" numéro 23, de Pierre Perrin. Je vais prendre le temps de la relire et d'aller voyager sur les pages en question, et aussi d'autres de Texture. Mais déjà, faire suivre...

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(En ce moment je lis, avec un peu de retard, le dernier numéro de la revue À L'Index, dossier consacré à Patricia Castex Menier, que je connais peu - sauf par quelques textes lus dans À L'Index, déjà (n*25). J'en suis à l'entretien, par Jean-Claude Tardif, questions qui creusent profond. En le détournant un peu - car il est précisément destiné à celle qu'il donne à lire - on pourrait en faire un questionnaire de Proust pour poètes, en tout cas se l'appliquer à soi-même, pour s'interroger en miroir).

Je lis, donc, tout en relisant Wislawa Szymborska. "De la mort sans exagérer". Et "Hautes lassitudes" de Jean-Marie Blas de Roblès. Eux, et quelques autres, relire, c'est tout le temps.

LIENS... 

Texture, la notehttp://revue-texture.fr/mes-lectures-de-2018.html#possibles 

Possibles n° 23http://longueroye.free.fr/pos23.php 

Possibles, divers numéroshttp://longueroye.free.fr/index.php

Le site de Pierre Perrinhttp://perrin.chassagne.free.fr/indebis.php

23/12/2017

Babel heureuse, revue d'art et littérature...

BABEL heureuse.pngVoilà donc enfin (et pour le moment) la brève note sur Babel heureuse, ample et superbe revue d’art et littérature, semestrielle. Juste, pour l’instant, les liens vers l’essentiel de la présentation. J’ai la joie d’occuper quelques pages pour des photographies et deux textes, l’un où je dis ma démarche de création et mes références ("Peindre sans peindre, et soi dans l’ombre et les ombres…"), l’autre où l’écrivain et éditeur Roland Chopard regarde, commente, devine. Et regarder, il sait, écrire son regard, tout autant… ("Ombres et lumières"). Roland Chopard analyse aussi sa propre démarche d'écriture dans un grand texte passionnant, "Comment j'écris". Il prolonge ainsi la méditation sur la création  commencée dans son ample poésie en prose, "Sous la cendre" où il évoquait la destruction d'une oeuvre par le feu et la plongée en soi pour faire advenir à la mémoire des bribes de ce qui fut perdu, et s'interroger sur la perte, le sens, écrire et vivre. 

Mais déjà, une clé, pour l'éloge du pluriel programmatique, des croisements de soi à soi et de soi à l'autre. En exergue de l’édition Gwen Catala, la citation de Roland Barthes, tirée de « Le plaisir du texte » : « Le sujet accède à la jouissance par la cohabitation des langages, qui travaillent côte à côte : le texte de plaisir c’est Babel heureuse. »... https://www.gwencatalaediteur.fr/babel-heureuse-1-explora... 

Présentation des objectifs éditoriaux. « Être en avant sur la parole en avant, faire entendre/voir/lire l’élémentaire, ce qui a l’opacité du réel, dans les langues et les arts ». Et, pour dire l’enjeu « polyphonique » (Babel !) : « Sans hiérarchisation de valeur, dans la revue trouveront leur place (car elle se veut lieu plurimodal de pensée et de création) : photographes, vidéastes, peintres, chorégraphes, compositeurs, penseurs… et ceux qui ne sont stricto sensu rien de tout cela et tout cela à la fois, les poètes — loin de la fragmentation des savoirs et des arts. » … https://www.gwencatalaediteur.fr/babel-heureuse-la-revue 

Lien, site de la revue, vers le numéro 2, couverture et contributeurs…En exergue un extrait de l’entretien publié par Diacritik, définition de l’axe de la revue par son directeur créateur : « La revue voudrait ainsi faire advenir ce qui suffoque, rompt, libère, excède le langage en filet. »…  https://www.gwencatalaediteur.fr/revue-babel-heureuse-n2 

Lire, donc, l’entretien publié par Diacritik (excellent magazine que je lis intensément…). Très riche approche qui donne l’occasion de préciser la démarche et les intentions…  François Rannou répond aux questions de Johan Faerber. Ou comment naît une revue, de quels rêves, par quelles rencontres…  https://diacritik.com/2017/11/07/la-revue-babel-heureuse-... 

Je reviendrai sur ce numéro 2 (et un parcours du numéro 1) pour des lectures et regards...

MC San Juan