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24/07/2018

À L’INDEX, revue de poésie. Recension (et citations).

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Le numéro 36 est sorti en juin, riche de nombreux textes, près de 200 pages de poèmes et nouvelles.

Dans l’éditorial, Jean-Claude Tardif appelle à une conscience éveillée aux réalités du monde dont l’évolution inquiète. Relire Barjavel et Orwell, dit-il… Et il redonne l’axe, l’éthique, de la poésie qui est accueillie dans ces pages : « Pas un aller de soi vers soi, mais avant tout un allant de soi vers les autres ».

Mais il faut lire aussi, relire, le texte de Jean-Pierre Chérès qui est inscrit chaque fois en quatrième de couverture. J’en cite des fragments : « Être poète, c’est se donner corps et esprit à la présence du monde, c’est être possédé par le monde » (…) « se perdre dans les gens pour se retrouver dans le sens » (…) « Être là ». Le texte est repris comme un leitmotiv, donné en relecture car il est en quelque sorte un art poétique collectif. Les éditoriaux   développeront tel ou tel point, tel ou tel thème. D’un numéro à l’autre ils dessinent un programme d’écriture et de vie. (D’ailleurs ces éditoriaux mériteraient d’être regroupés en livre, plusieurs volumes sans doute, depuis le temps : ils s’ajouteraient aux quelques ouvrages essentiels qui permettent de penser la poésie, celle de l’exigence non formaliste.)

On ne peut parler de tout, lisant une revue. Le but est de donner envie d’aller lire…  Donc je ne fais qu’un survol et quelques notations.

J’aime beaucoup le texte de Luis Porquet, « Éloge du plus proche ». Une méditation sur la présence à « ce qui nous est immédiatement donné : l’ici ». Citant Kenneth White et Héraclite (et l’un citant l’autre) il écrit contre le piège illusoire de la projection dans le lointain de l’espace et du temps, et contre les mirages qui sont les erreurs du monde contemporain qui y sacrifie la nature. Alors que la sagesse serait de savoir reconnaître les liens tissés entre ce proche et ce lointain de notre réalité, de « voyager de l’un à l’autre », et « d’être là, simplement ». Ce, dit-il, qu’enseigne « toute quête spirituelle authentique ». Un poème de lui suit sa réflexion. « Calligraphie ». J’en cite deux vers : « Le mot comme le trait / Doit naître du silence. »

Un univers proche résonne avec ces pages : celui des poèmes de Jean-Pierre Bars : « Nous ne sommes pas inépuisables / nos limites ont la forme du monde ». Et « l’âme qui veille regarde l’âme / sortir de ces décombres. »

Nature… La mer, dans les poèmes en prose de Jacques Boise. Éloge de la mer et de la contemplation immobile. Paragraphes de huit lignes, régulièrement, descriptifs à la manière d’un peintre subtil, qui pose des touches délicates avec des mots qui donnent une force sensuelle à la perception des éléments et du vivant. Le regard comme acte essentiel. Superbes textes. J’ai aimé quand la lumière changeante transforme les oiseaux qui « ne sont plus que des leurres d’écume et de sel. »

Deux poèmes, bilingues, d’Edward Thomas, pour lui rendre hommage au centième anniversaire de sa mort sur le front en 1917. 

Les langues sont souvent présentes dans la revue. Et c’est le cas encore. Ainsi, textes en anglais et français pour les poèmes de Robert Nash (dont un livre est publié par À L’Index). Textes d’une respiration dans et de la nature, une écoute saisie même dans le quotidien urbain.

Très beaux textes, aussi, de Fabien Sanchez. En exergue, René Char, pour introduire des textes qui interrogent le présent avec la nostalgie de l’enfance, si loin déjà, quand tout passe si vite et qu’on regrette de ne pas avoir mieux su choisir et vivre. Ne sommes-nous que passager qui « vit et meurt en amateur » ? En n’étant pas assez investi parce qu’on a laissé la force de vie de l’enfance s’en aller et qu’on n’a plus que « sa perte », « ses cendres » ? A force de « douter de tout, même du doute », perd-on la présence ? L’auteur parle de lui, dans un exercice d’amère lucidité extrême. Mais son « je » rejoint le questionnement de tous ceux qui méditent sur le temps, la vie, la mort, voulant s’incarner en vivants et regrettant de ne pas toujours savoir le faire, ou pas suffisamment, anges fatigués par l’éloignement de leur temps d’ange (l’enfance). « Ma figure d’homme est scindée par ma fatigue d’ange. »

A noter, l’évocation d’Emily Brontë par Emmanuelle Le Cam (parcours de vie).

Et celle d’Albertine Sarrazin par Jean-Marc Couvé. Elle que j’ai trouvée si bouleversante, la lisant, et morte si jeune…

Plusieurs nouvelles de qualité, et d’autres poèmes, aussi.  

Retour sur le numéro 33 (les 34 et 35 sont des numéros spéciaux consacrés, chacun, à un auteur).

Pour ce numéro 33, long éditorial de Jean-Claude Tardif, qui met l’accent sur le rapport au corps. Corps présent dans l’écriture même. « La poésie n’est pas une écriture de stuc, elle est un contre-poison. La poésie repulpe la chair de la langue. » (…) « Elle relève de l’Essence ; de ce qui donne corps ! ». Poèmes pour « les gens de peu », c’est-à-dire nous tous, donc avec un langage qui parle à tous. « Le vers le plus simple peut éclairer un monde. ». Ce que la revue À L’Index veut donner à lire ? « Des poèmes qui nous semblent porteurs de sens et de chair, en ce qu’ils sont habités par leurs auteurs en même temps qu’ils les habitent. ».

J’avais aimé retrouver des poèmes de Roberto San Geroteo... Citation« Un goût de brume envahit tout / à commencer par nos corps / cyclopéens / aux airs de moulins à vent / aux ailes de lumière / vers le proche vers le lointain / qui font même tourner la tête / à la mer à la nuit ».

J’avais été émue par le portrait de Jean-Claude Pirotte dessiné par Henri Cachau, commentant lui-même son dessin, et disant pourquoi sa tendresse pour cet être. Un éloge de plus de deux pages, portrait en mots.

Robert Nash était déjà présent avec quelques poèmes. Premier avant-signe du livre publié par À L’Index, le second dans le numéro 36.

Claire Dumay était de retour avec un texte en prose où elle continue à se disséquer durement. Autoanalyse qui ne sépare pas d’autrui, et laisse entrer le monde. Et l’écriture est belle.

Nombreux poèmes dans ce numéro, des textes bilingues aussi, comme souvent, diverses langues.

Tous ces poèmes pourraient avoir pour exergue ces vers de A. Kadir Paksoy (p. 159) : « Qui est poète ?  / Peut-être celui qui aurait eu une plus grande part de la tempête / peut-être celui qui se serait approché le plus du soleil / ou d’un réverbère également allumé le jour » (Je retiens ce nom, je le note, même, pour chercher à le lire).

Note sur Entrevues… https://www.entrevues.org/revues/a-lindex/

Lien vers la revue À L’INDEX… http://lelivreadire.blogspot.com

22/07/2018

"Si vaste d'être seul". Citer Tristan Cabral... (citations et recension)

CABRAL .jpg« J’ai faim d’abîmes / Et des oiseaux muets tombent / tout doucement / Sur le monde… » (p. 19)

« J’ai le visage d’un grand brûlé dans son habit de cendre » (p.27)

« Parfois aussi / il coupait les mains des sources / et on le retrouvait  / dans l’arbre à feu » (Gaspar, p. 32)

« Qui ramassera les ombres ? / qui ramassera les noms ? /qui lavera la terre de tous ses bourreaux ? » (p. 39)

 « Sur une croix de bois  // rejetée par la mer  /// On peut lire en trois langues : / en arménien, en hébreu et en grec / ‘SI VASTE D’ÊTRE SEUL........ !’ » (P.75)

                              Fragments de poèmes, « Si vaste d’être seul ». Page éditeur... https://www.lisez.com/livre-grand-format/si-vaste-detre-s...

Livre bouleversant (publié en 2013, éd. du Cherche-Midi). Titre magnifique. (Un tel vers suffit à dire la force d’une œuvre entière, à la justifier, à la rendre incontournable : je pense qu’il vaut mieux quelques fragments de cette force radicale que des sommes de livres dont ne jaillissent rien d’évident). On a envie de consoler Tristan Cabral pour le fait d’être humain dans un monde où les dictateurs oppriment et les bourreaux tuent. Nous y sommes aussi, mais lui, écorché vif et qui le sait (il l’écrit), vit en empathie particulièrement douloureuse les drames de l’Histoire récente (Holocauste) ou très récente (répressions diverses, souffrances et morts). À tel point qu’il semble qu’il le vive dans son corps même. Sa marque est un engagement de toute la vie contre les injustices et les oppressions. Son écriture est charnelle (je la ressens ainsi), brûlante. Son lyrisme est servi par des métaphores ancrées, terriennes, nées du regard sur le monde concret et social. Et c’est allié à un réalisme cru, qui dit la mort avec la réalité du cadavre, sans évacuer l’horreur des désastres causés par l’humain à l’humain. La philosophie est là (il l'enseigna), par ce qui souterrainement motive le questionnement. Quel sens dans ce monde si c’est peuplé de tant de douleurs ?

Lui aussi cite, et beaucoup. Au début du livre, exergues pour l’ensemble, la solitude par Albert Cohen (« Chaque homme est seul et tous se fichent de tous et nos douleurs sont une île déserte. »)  et Franz Kafka (« Je suis seul… Comme Franz Kafka… »). Mais à l’intérieur, citations (ainsi, pleine page, des vers d’Anna Akhmatova, son Requiem : parenté d’évidence avec elle), ou, exergue de poème, André Laude. Et des noms dans le corps même des textes (Celan, Machado, Lorca…). Car « vaste » c’est cela aussi. Béance solitaire, mais univers personnel peuplé, habité, par des esprits frères. Et c'est beaucoup plus, la conscience d'un espace intérieur immense que la solitude révèle, même si elle est douloureuse, même si  peut être effrayant ce regard sur cet infini en soi.

Né en 44 il a enseigné la philosophie longtemps. Son pseudo d’auteur est une création en soi : "Yann Houssin prend le nom de plume de Tristan Cabral en hommage à l'homme politique bissau-guinéen et cap-verdier Amilcar Cabral et à Tristan, du conte populaire Tristan et Iseut." (Fiche Wikipedia).

Je viens de découvrir une très belle recension de David Campisi, sur La Cause littéraire (suivie d’une bibliographie). J’en copie le début… Suite sur le site (lien ci-dessous)…

« Tristan Cabral recopie ce qu’il voit sur les murs. A l’affût des drames d’aujourd’hui comme de ceux d’hier, furetant dans les massacres, au creux des catastrophes humaines, partout où rôde l’odeur âcre du sang, le poète promène sa sensibilité au gré des choses que l’on tait trop souvent, là où le temps a laissé la place au silence, quand le monde qui tourne va trop vite pour pleurer ses morts.

Mais de quoi nous parle Tristan Cabral ? Si vaste d’être seul est un recueil des poèmes à vif, de réflexions sentimentales, d’aphorismes qui résonnent. Si tout semble délié, quelques faisceaux traversent la poésie de Cabral : les arbres, d’abord, au cœur de son lyrisme, et puis la mer, ensuite, la mer de Bretagne, celle qui ouvre sur l’éternité et s’écrase sur le sable, et puis ses « phares aux yeux fermés » qui n’éclairent plus rien. »…  http://www.lacauselitteraire.fr/si-vaste-d-etre-seul-tris...

Comme j’ai trouvé cette chronique excellente j’ajoute un lien vers la liste des chroniques de ce contributeur régulier de La Cause littéraire… http://www.lacauselitteraire.fr/tag/David-Campisi/

20/07/2018

Federico Garcia Lorca l'immense... Juste une citation.

ederico garcia lorca,lorca,poésie,llanto pour ignacio sanchez mejias,dépouille mortelle,citations,esprits nomades,maurice ohana,andalousie,vicente pradalLa pierre est un dos pour porter le temps / avec arbres de larmes et rubans et planètes.

Federico Garcia Lorca (Corps gisant, « Llanto pour Ignacio Sanchez Mejias »)

En espagnol… La piedra es una espalda para llevar al tiempo / con árboles de lágrimas y cintas y planetas. (Cuerpo presente, « Llanto por Ignacio Sánchez Mejías » /sur… poemas-del-alma.com)

Dans la suite du poème ‘porter’ semble prendre le sens d’emporter… Pierre du gisant, pierre que les pluies fuient, pierre qui avale le temps, l’emporte avec la mort et le mort. 


LORCA 1.jpgPoèmes du Llanto pour Ignacio Sanchez Mejias, page sur le site créé par Gil Pressnitzer, Esprits nomades... Introduction de Gil Pressnitzer, et poèmes traduits par Vicente Pradal, dont Dépouille mortelle. Il traduit ainsi les vers cités ci-dessus  : La pierre est une échine qui peut porter le temps / avec ederico garcia lorca,lorca,poésie,llanto pour ignacio sanchez mejias,dépouille mortelle,citations,esprits nomades,maurice ohana,andalousie,vicente pradalarbres de larmes et rubans et planètes. Le poème intégral en français est sur cette page, après le texte de présentation... http://www.espritsnomades.com/sitelitterature/lorcallanto... 

Chez Actes Sud, note sur la création musicale inspirée à Maurice Ohana par le Llanto de Lorca… https://www.actes-sud.fr/catalogue/actes-sud-beaux-arts/l... 

LORCA dans la collection Poésie/Gallimard, plusieurs volumes… http://www.gallimard.fr/Catalogue/GALLIMARD/Poesie-Gallim...

Le poème intégral en espagnol est à lire ICI… https://www.poemas-del-alma.com/cuerpo-presente.htm 

Ou ICI… https://www.zendalibros.com/los-mejores-poemas-garcia-lor... 

(Ces sites publient les textes de nombreux poètes, liste dans la rubrique ‘poetas’ pour le premier, liste en bas de page pour le second).

17/07/2018

Jean-Claude Tardif cité par Philippe Claudel. Un exergue, un livre... (et un 2ème exergue, JC Pirotte)

CLAUDEL .jpg« Être le greffier du temps,

   quelconque assesseur que l’on voit rôder

   lorsque se mélangent l’homme et la lumière »

Homme de peu.jpg       Jean-Claude Tardif, L’Homme de peu, éd. La Dragonne. (Citation posée en exergue, par Philippe Claudel, pour son roman Les Âmes grises.

« Je suis là. Mon destin est d’être là. », Un voyage en automne. (Cette ligne de Jean-Claude Pirotte est l’autre exergue du roman)

CLAUDEL CHIEN.jpgLes âmes grises... La poésie pour donner l’axe des interrogations sur ces destins qui se croisent dans ce roman et qui se ratent, sur le courage et les lâchetés, la tristesse et les mensonges (ou les silences, ce qui revient au même). Une mort en entraîne d’autres, et les culpabilités possibles des faits visibles cachent les culpabilités probables des faits invisibles. Mais BLANC TARDIF.jpgsi la noirceur n’est pas totale, la lumière non plus. Gris, les êtres, car, contraires à eux-mêmes, ils survivent. Épaisseur trouble d’êtres ordinaires, qui se débrouillent avec leurs drames, comme ils peuvent. Les personnages du roman sont à côté de la guerre, la première du siècle, mais comme ils se débattent avec leurs doutes et leurs souffrances la tragédie collective est comme gommée. Le narrateur a peur du vide, alors il le peuple avec son enquête, pour n’avoir pas à regarder vraiment en lui, ne le faire qu’à la fin. 

Les âmes griseshttps://www.livredepoche.com/livre/les-ames-grises-978225... 

Page des éds. Stock, les livres de Philippe Claudelhttps://www.editions-stock.fr/auteurs/philippe-claudel 

Une autre pensée, de Jean-Claude Pirotte, rejoint l’atmosphère du livre de Philippe Claudel. Ce passage est cité par Gil Pressnitzer sur son merveilleux site Esprits nomades (il est décédé en 2015, le site est toujours lisible et j’espère qu’il le restera) : 

« Je trouve qu'il est toujours plus facile de parler de son angoisse que de son bonheur ; d'où mon désir de lumière. Grâce aux ombres je parviens à atteindre une lumière. S'il n'y a pas de contraste, il n'y a rien… Et cela aussi bien en littérature qu'en peinture. »

La page d'Esprits nomades sur Jean-Claude Pirotte, où figure cette citation… http://www.espritsnomades.com/sitelitterature/pirotte/pir... 

Gil Pressnitzer citait René Char et se présentait (voir aussi en accueil, hommage et bibliographie, notes et poèmes, livres, et des poèmes de lui à lire sur le site, voir sommaire)… Ici... http://www.espritsnomades.com/sitelitterature/pressnitzer... 

Quand j’ai découvert la citation de Jean-Claude Tardif posée en exergue je n’avais pas lu le recueil, « L’Homme de peu ». Je ne l’ai trouvé et lu que récemment. Épuisé chez l’éditeur, on arrive à le dénicher sur la Toile (quelques rares exemplaires). Mais ces trois vers suffisent à donner envie de lire le recueil entier. Dans le livre que j’ai maintenant lu et relu, et que j’ai sous les yeux à l’instant d’écrire, le poème de l’exergue se poursuit ainsi :

«  le blême et l’ébloui / pour quelques secondes / fraudées à la lune /// ici demeure la tentation / la seule qui vaille de serrer le souffle / telle, dans la main, la noix verte des mots. »

« L’Homme de peu » est le dernier volume d’une trilogie (il a été publié en 2002), je ne connais pas encore les deux autres, antérieurs (1995, 1999), alors que j’ai lu Nuitamment (2001) et La Vie blanchit (2014). Et alors que je vais bientôt lire « Simplement… presque… blanc… » (dernier recueil, 2018), que je viens de commander. Peu importe. On peut très bien lire en désordre les poèmes, et reconstruire la structure intérieure petit à petit. Chaque poème existe par lui-même, chaque livre de même. Chacun en fait sa propre lecture. Ce que je lis ne sera pas ce que d’autres verront dans ces pages. J’y trouve le portrait d’un homme et la quête vers la source de l’identité, donc aussi un autoportrait qui regarde de l’autre côté des frontières pour mieux saisir l’ici. 

« Revenir à la source. »

Un dialogue avec quelqu’un qui (me semble-t-il) ne peut plus entendre et répondre, mais peut-être quand même oui. Ombre du grand-père, et présence du père. Mystère de qui on est, ressemblances où on reconnaît en soi les traces de ceux dont on vient. Et tristesse devant les guerres et les exils, et devant l’humilité de vies qui n’ont pu donner leur mesure autant qu’elles méritaient de le faire, car à l’exil de terre s’ajoute un exil de langue. Le visage qui apparaît aussi entre les pages est peut-être tout à fait étranger à l’auteur, un errant parfois dans sa détresse. (Ce serait comme une superposition au propos de l’auteur, mais le texte s’échappe et mêle des réels différents). Cependant même ainsi il renverrait un miroir à celui qui écrit et à celui ou celle qui lit… 

« On ne sait jamais où porte la voix. »

L’art poétique de Jean-Claude Tardif est étranger au formalisme artificiel ou à la « fabrication » calculée du poème. Il parle à tous. 

« Écrire / des mots au goût de pain simple. // Faire jaillir la lame de l’encre. (…) Ne pas chercher le poème, il viendra sous la dent. (…) Écrire simplement  / pour enchanter la vie. »  

Et s’il rêve d’écrire des « lettres aux oiseaux », il inscrit dans ses textes les mots et les questions de la profondeur grave : la poésie de qualité a une dimension philosophique. (Une belle définition métaphorique de la poésie, que la penser comme art de ceux qui veulent écrire des lettres aux oiseaux, ces symboles des chercheurs de lumière et d’espace).

Autre expression de lui que je retiens : « prêtres de la lumière ».

Prêtre de la lumière (naturelle, soleil du sud et soleil des sommets, et lumière symbolique, celle du sens déchiffré où « tout, toujours, serait à recommencer   /   /   quel que fût le livre. ») le poète écrit avec elle ses « lettres aux oiseaux ».

BioBibliographie, Jean-Claude Tardif… http://www.editions-racine-icare.weonea.com/article/61523/ 

Et sur le site de la revue Les Hommes Sans Épaules. (Textes de lui, notamment, dans le numéros 32 consacré au dossier sur Reverdy et l’émotion, et dans les numéros 35 et 44, le dernier)... http://www.leshommessansepaules.com/auteur-Jean_Claude_TA...

Un point commun entre Jean-Claude Tardif et Philippe Claudel (à part cette connivence de lecture de l’un par l’autre, et la publication commune dans le catalogue de l’édition La Dragonne, par exemple), c’est l’engagement, un idéal de justice. 

L’un, Jean-Claude Tardif, dans le dernier éditorial de la revue qu’il dirige, A L’Index n° 36, juin 2018, s’inquiète, en voyant l’évolution de la société et du monde. Il supplie de relire Ravage et 1984. « Lisez ou relisez Barjavel et Orwell. », pour prendre conscience et réagir.  Et rappelle son exigence de toujours : « Que la poésie ne soit pas simplement un aller de soi vers soi, mais avant tout un allant de soi vers les autres. ». (Sur le site d'Entrevues, page sur la revue À L’Indexhttps://www.entrevues.org/revues/a-lindex/ )

L’autre, Philippe Claudel, après avoir publié un livre pour dénoncer la situation des migrants, « l’Archipel du chien », participe à l’initiative d’écrivains solidaires d’Oleg Sentsov, ce cinéaste ukrainien prisonnier, en grève de la faim depuis 60 jours et en grand danger de mourir… Lire, pour information, ceci... https://www.rtbf.be/info/monde/detail_60eme-jour-de-greve... 

Et lire la tribune de Philippe Claudel, « Un petit mort et puis s’en va »… https://bibliobs.nouvelobs.com/actualites/20180630.OBS898... 

14/07/2018

Les Hommes Sans Épaules, et l’émotivisme… Une revue, un site, l’édition.

REVUE HSE 45.jpgJe voudrais, par cette note, donner envie d’aller visiter le site de la revue Les Hommes Sans Épaules (revue et édition), parcourir et lire. (On ira plus loin après, en se procurant revue ou recueil : il y a le site, et en automne le Salon de la Revue, en plus des commandes chez son libraire). Des textes à lire, qui donnent l’axe, l’armature de pensée, dès l’accueil. Des sommaires de numéros, pas des listes de noms sans aucune indication, bien plus. Revue ou recueil, on trouve une présentation, des textes, des citations. De quoi parcourir longtemps, nourri de questions. Profondeur vibrante de ceux qui choisissent d’entrer entiers dans leurs textes, chair et émotions, de faire de la poésie un engagement d’être qui affronte les parts d’ombre et les douleurs comme les joies, avec les mots. 

Dès l’accueil, donc, Yves Bonnefoy, avec un extrait de ce « Discours de Guadalajara » (publié dans le n° 39), où il définit la grandeur des oeuvres par la capacité d’aller « très avant dans les labyrinthes de la conscience de soi », à manifester le rapport au temps qui interroge notre finitude, mais surtout à le faire à partir d’un travail souterrain avec les mots. Pas de poésie sans travail sur la langue. Écriture d’abord… Et enjeu, pas seulement pour soi, mais pour la société : « Mais pourquoi est-il si nécessaire de penser à la poésie ? ». « Comprendre que la société périra si la poésie s’éteint, peu à peu, dans notre rapport au monde. »

Puis Christophe Dauphin, directeur actuel de la revue, reprend un extrait de l’Éditorial manifeste, « L’Émotion Encore et Toujours », qui affirme le refus de toute « recherche esthétisante », des jeux artificiels sans âme, donc. Au contraire, engagement complet de soi. Rappel de la proximité avec Pierre Reverdy, pour qui la source de la poésie est en l’homme avant tout... Citation : « L’émotivisme est une attitude devant la vie, une conception du vivre qui ne saurait être détachée de l’existence du poète, car la création est un mouvement de l’intérieur à l’extérieur et non pas de l’extérieur sur la façade. L’émotivisme est un art de vivre et de penser en poésie, car une œuvre est nulle si elle n’est qu’un divertissement et si elle ne joue pas, pour celui qui la met en question, un rôle prépondérant dans la vie. »

Justement, pour comprendre la démarche fondatrice de la revue, l’émotivisme, il faut lire Pierre Reverdy.  Le texte, « Cette émotion appelée poésie » est, ainsi que deux autres courts essais, dans le volume de la collection Poésie/Gallimard, « Sable mouvant ». 

D’abord, « La forme ne saurait être un but », écrit Pierre Reverdy (salutaire affirmation contre le formalisme stérile qui est envahissant dans certaines publications : j’adhère totalement à cela). 

Ensuite, « Le degré de conscience spécifie le poète ». Formule qui résumerait en partie le manifeste émotiviste, et peut être adoptée par d’autres courants de pensée en poésie, ou devrait l’être : exigence nécessaire, si la poésie doit être ce « point de hauteur » qui la définit. Et sont donc écartées de la poésie à « hauteur » d’exigence (donc de la seule poésie qui vaille), les facilités médiocres qui ne sont que l’expression ordinaire d’élans ordinaires. (J’adhère encore, absolument).

Enfin, la poésie est pour Reverdy le « sceau » de l’homme sur le réel, son « empreinte », car « il n’y a pas de poésie dans la nature ». Bien sûr, la nature n’est pas l’humain la pensant et se pensant lui-même. Et n’est pas poète, non plus, n’importe quel contemplateur ému par un coucher de soleil, n’importe quel cueilleur de clichés ressassés sur les lacs, la mer et le reste, qui croirait faire glisser la poésie du paysage à sa feuille. Mais j’ai plus de mal avec cette affirmation, qui paraît si logique pourtant, et qui paraît achever la cohérence de la pensée de Reverdy. Et certains auteurs, peut-être, émotivistes non formalistes et à hauteur de conscience vive, mais ayant une conception philosophique autre, ne pourraient être signataires de cette phrase. Car le concept même de conscience n’est pas le même pour un rationaliste athée ou pour un mystique tout aussi rationnel, mais autrement. Et la nature n’est pas perçue de la même manière par un chaman amérindien, par un taoïste ou un soufi, par un voyageur solitaire allant méditer dans les bois comme Thoreau ou affronter les glaces du Grand Nord. Si l’être humain est part de la nature, connecté à la planète et au cosmos, il n’attend pas, poète, de trouver des poèmes soufflés par la nature, mais il sait qu’il peut capter du sens, et que ce sens est offert aussi par la nature non humaine. 

REVUE HSE 32 JC Tardif.jpgLe numéro 32 de la revue comporte aussi un dossier sur Pierre Reverdy et l’émotion.

A suivre...  Et c’est cela qui est intéressant dans ce que donne à lire le site de HSE. On ne reste pas passifs, on en sort toujours avec des questions. Et des envies de lecture. 

RIVERAINS .jpgUne autre publication, aussi, aide à entrer dans l’univers émotiviste. Christophe Dauphin avait réuni une ample anthologie émotiviste (500 pages) sous le beau titre « Les Riverains du feu », publiée en 2009 chez Le Nouvel Athanor, avec une préface de Jean-Luc Maxence. On peut encore en trouver des exemplaires. Bien sûr le poète Jean Breton, qui a créé la revue en 1953, à Avignon, y est présent. 

HSE 22 J Breton.jpgLe numéro 22 de la revue HSE lui consacre un dossier. 

Parmi les questions qu’on peut se poser, il en est une d’évidente. « Les Hommes sans Épaules », pourquoi ce titre?. Le titre, est-il dit (rubrique « Historique »), est tiré d’un roman de JH Rosny l’Aîné (mort en 1940), « Le Félin géant ». Citation : Il y pêchait des poissons aveugles ou des écrevisses livides, en compagnie de Zoûhr, fils de la Terre, le dernier des Hommes-sans-Épaules, échappé au massacre de sa race par les Nains-Rouges. » Long extrait du roman sur le site (rubrique « Historique »), autre extrait, même auteur mais autre livre, en accueil, sous une brève revue de presse.)

Explication (bref extrait) : « Hommes de la tête aux pieds, sans épaules mais entiers, c’est-à-dire avouant nos faiblesses et nos forces »… L’émotion, donc, vécue, exprimée. Hommes est à entendre au sens d’êtres humains en général, évidemment.

Sur le site, vous entrerez dans un univers infini, pages sur les revues anciennes, épuisées ou pas, les récentes, la prochaine, pages sur des livres, bio-bibliographies, etc. Et toujours, des citations (qui permettent de choisir ce qu’on voudra découvrir au-delà). Un index des auteurs permet de retrouver fiches et publications dans tel ou tel numéro. 

Le SITE…  http://www.leshommessansepaules.com  

13/07/2018

Patrick Chamoiseau, LES POÈTES DÉCLARENT…

CHAMOISEAU... .jpgPrenez le temps d’écouter, le temps de lire… 

« Les poètes déclarent que dans l’indéfini de l’univers se tient l’énigme de notre monde, que dans cette énigme se tient le mystère du vivant, que dans ce mystère palpite la poésie des hommes : pas un ne saurait se voir dépossédé de l’autre ! »

Fragment 2, sur 16, Les Poètes déclarent,"La Déclaration des Poètes". POÈME (très puissant message) de Patrick Chamoiseau, extrait de Frères Migrants (2017)

À écouter, ICI… Lecture (superbe) par Isabelle Fruleux... https://www.youtube.com/watch?v=v2qCTKVZChw&feature=y... 

NOTE, sur la démarche de l’auteur… http://www.l-etre-en-lettres.fr/actualites/la-declaration... 

Le TEXTE à lire, ICI… http://tout-monde.com/downloads/fre300res-migrants-chamoi...  

Frères migrants, LIVRE, Patrick Chamoiseauéd. du Seuil, page éditeur… http://www.seuil.com/ouvrage/freres-migrants-patrick-cham... 

12/07/2018

L'ardent pays d'André Campos Rodriguez...

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(…) s’élève lentement 

ce qui n’a pas de nom. »

André Campos Rodriguez (Légendes, Éclats, Approches. Editinter, Robert Dadillon, 1999)

Réédition dans l’anthologie « Pour que s’élève ce qui n’a pas de nom », choix de poèmes  1985-2015, 212 pages, éd. L’Ardent pays, 2016.

Le titre que j’ai mis pour cette note reprend le nom de la revue en ligne créée par l’auteur, édition L’Ardent pays.  C’est à la fois une volonté de programme collectif et un aveu d’orientation personnelle, l’ardeur (notion qui était en vedette pour le Printemps des Poètes, mais le nom est bien antérieur pour l’édition). Feu intérieur, de recherche et de création. Le pays que je désigne ainsi est l'espace de son écriture... 

« Pour que s’élève ce qui n’a pas de nom » est donc le titre du livre que je viens d’achever (l’exergue indique la source). Ce fut une très bonne idée que réunir des textes de plusieurs recueils épuisés, parus chez des éditeurs divers (comme Aube, Rétro-Viseur, Editinter, etc.) Pour moi c'est une découverte et j'apprécie beaucoup. C'est une méditation continue, avec des fils qui se tissent d'un recueil à l'autre, la recherche du centre, du noyau spirituel sans trahir le lien avec la matérialité du réel concret. Ou la recherche des mots qui pourraient dire ce centre. On a l'impression que c'est écrit sur la frontière, traversée ou pas, qui sépare le méditant du sage passé du côté d'un éveil. Un peu comme si c'était une enquête sur ce qui est derrière ce miroir, ou sur comment le dire. (C'est clair page 171, par exemple : "Il suffirait de... "). J'y ai même trouvé, dans ce livre, une citation, deux vers qui correspondent à ma démarche en photographie. Je les cite : "L'eau, la pierre, le feu : chaque mot / détient une gradation de secrets." (p. 55). Oui. Et le regard les capte. J’ai remarqué aussi une citation de René Char (en exergue p. 69, l’impossible), et une de Pierre Dhainaut sur l'ombre, page 109. Ombre métaphorique (et aussi, pour moi, ombre captée photographiquement, thématique qui m'est chère). J'ai apprécié de trouver Ramana Maharshi (cité p. 181). Cela rejoint le processus de création de soi qui est aussi dépouillement de soi (je reprends les termes en résumant). Ce qui définirait l'art poétique tel qu'il apparaît au fil des pages ce serait la synthèse entre les pages 86 et 160. Être "l'explorateur des failles" (du monde, du réel), et habiter "un songe si vaste qu'il possède le pouvoir de délier le temps" et d'inscrire la "simple épiphanie proche de l'inconnu.". Lecture faite en affinité de démarche et d'écriture. 

200 pages qui se lisent d’un trait, et s’ouvrent ensuite, pour relire.

CITATIONS…

... Pour se libérer des pierres / inutiles, faut-il donc creuser / l’ombre de soi-même ?

...         Seul

      peut nous aider

      l’appui incessant 

         du silence

... En te traversant  / tu accèdes au centre

...   accepter l’obscur / révèle l’étincelle

... le monde est en toi / mais tu es aussi le monde

... Tout but porte l’abîme / qui nous sépare de nous-mêmes.

.... Mais le labyrinthe est un lieu / noyé de signes obscurs 

... Tout désert porte un marcheur exalté / par la fécondité de la distance / voyant et météore

... Comment peux-tu être, / si tu ne cherches plus.

... L’ombre garde sa cadence et grave, dans la mémoire des pierres, l’obstination de la nuit.

... De ce dilemme / tu ne pourras sortir  / avant d’avoir posé ta lampe / entre l’ombre  et la clarté

...  Qui peut oser  cet Ouvert qui n’est qu’une dissolution, l’immolation consentie de soi-même, une première fois irréversible comme la mort ?

... se quitter soi-même / s’alléger /         / se dépouiller / s’élargir 

... Oiseau de l’âme /   / déplie tes ailes / évade-toi dans l’azur /   / sois le témoin silencieux 

LIENS…

La revue en ligne qu’il anime, édition de l’anthologie L’Ardent pays... http://ardentpays12.over-blog.com 

Une page sur lui, autre revue où il est cette fois l’invité, Possibles... http://longueroye.free.fr/pos23acr.php 

« Pour que s’élève ce qui n’a pas de nom », une recension du recueil-anthologie, par Pierre Perrin, note de bloghttp://lefraisregard.free.fr/rodriguez.php

Marie-Claude San Juan

17/06/2018

Poésie. Les Cahiers du Sens 2018. La voie / La voix...

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Jean-Luc Maxence (texte introductif, « La voie du futur commence mal »).

(En fin de note, à lire : citations, ma subjective sélection, douze poètes, de c. ou d. à v. ou z...).

Discrètement présente dans l’anthologie 2018 (comme l’an dernier, dans la revue 2017). De la thématique j’ai surtout choisi le questionnement de la voie (ce voyage intérieur vers soi ou loin du « moi »), mais qui a forcément un lien avec la voix, celle de l’écriture (mais aussi celle des voix lues, qui, quand on adhère au sens porté, aident à trouver ce qui peut être sa voie, ou une voie, si ce n’est « la » voie… En exergue j’avais posé deux citations, J-L Borges et Etty Hillesum.

C’est émouvant que ce partage déclenché par les éditeurs (Jean-Luc Maxence et Danny-Marc). Un thème, et chez quelques dizaines d’auteurs qu’ils ont sollicités se lève une réflexion commune, un déclenchement d’écriture. Ce sujet, voie et voix, est finalement assez intime, faisant plonger au centre de ce qui nous « meut », et quand on reçoit la revue achevée, on entre dans le secret des autres qui écrivent, on trouve des échos, des fraternités. Parole du « je », mais aussi questionnement collectif sur ce qu’est le monde et ce qu’on accepte ou refuse, ce que l’écriture peut faire et défaire. 

De mon texte (une grande page) je retire, pour ici, quelques vers (exercice nécessaire, m’entraîner à mettre « dehors », plus que je ne le fais naturellement, et donc extirper la pudeur d’écriture, ce frein). 

Deux fragments…

Voici...

« Dans le rêve je sais.

   Je sais qu’il faut chercher sans chercher

   et comment se défaire de l’illusion d’une porte à franchir

   qui s’éloigne à chaque pas.

   Se défaire des voies qui croient être « la » voie

   fascinante. »

Et, plus loin…

« Danser est possible

   sur ces sons que l’oreille n’entend pas, mais la peau, oui.

   Ils chantent l’éloge du vide, du « nada » des sages. »  

      MC San Juan (« Voyage intérieur, simple écart d’un pas »)

A la fin, cependant, j’évoque « l’ombre des colères, révoltes, doutes ».

.

L’exercice d’égoïsme fait, parlons des autres...

Dans ces pages je retrouve certaines voix amies, mais aussi des écritures lues sans avoir croisé les visages. Ce qui compte ce sont les textes que j’apprécie.

La revue est structurée en trois espaces. 

Des réflexions ou méditations sur le thème.

L’anthologie des poèmes (inspirés par la thématique, de manière proche ou lointaine);

Des lectures.

Des transcriptions de voyages (grand éloignement ou marche dans ses lieux, textes solidaires, aussi, avec « ailleurs »).

A noter, un hommage (plusieurs poèmes donnés à lire) rendu à Jean-Marie Berthier, mort accidentellement juste après avoir offert une préface à un ouvrage d’Annie Coll, publiée par l’édition Le Nouvel Athanor (collections et revue).

J’ai été particulièrement attentive, sur voie et voix (première partie) aux pages de... Jean-Luc Maxence (texte d’inquiétude, sur la marche du monde, et d’espoir cependant, par l’évocation du « coeur altruiste »), Gaëtan de Courrèges (qui ose « convoquer » Tintin, et c’est passionnant), Bojenna Orszulak, Marie-José Christien (dense écriture de ses "Éclats de voix", aphorismes, et un bel hommage rendu à l'écriture de Guy Allix dans un des fragments), Monique Leroux Serres (j’aime beaucoup comment elle relie la voie du Tao à ses démarches créatives, même devenir essentiel dans son cheminement : voie des fleurs, du haïku, du pinceau - je ne peux qu’adhérer à cela, création par les mots, les mains, le regard, car c’est le même geste qui conduit à soi et plus que soi) , Guy Allix, Claire Dumay (de tout ce que j’ai pu lire d’elle, je crois que ce sont ces pages que je préfère, et j’ai l’impression, d’ailleurs, d’une transmutation dans son écriture, ici : voile déchiré, traversée d'une frontière...), Robert Liris, Jean-François Migaud, Giovanni Dotoli.

Des poèmes de l’anthologie je préfère (première lecture, premier parcours) ceux de Danny-Marc, Gérard Engelbach, Christian Ganachaud, Lionel Gerin, Jean-Luc Maxence, Gérard Mottet, Bernard Perroy, Jean-Yves Vallat, Jacques Viallebesset, Patrice Zahn. 

Des lectures, livres parcourus, recensions, tout est intéressant. On retrouve notamment Guy Allix, Marie-Josée Christien, Monique Leroux Serres, Jean-Luc Maxence. Et je note que le livre d’Annie Coll a retenu Marie-Josée Christien et Jean-Yves Vallat, double présentation qui fait sens. Ouvrage à inscrire sur les listes en attente, « N’avez-vous pas vécu ? ». Je l’avais déjà repéré, et je n’attendrai pas trop. Voici ce qu’en dit Jean-Yves Vallat (je prends une phrase de ses deux  pages…) : « Dans ces paroles d’une minéralité de quartz, existe une lumière réfractée venue de grandes profondeurs. »

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CITATIONS, poèmes, fragments…  (et marges des poèmes, pour certains choix)...

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« C’est le Tao qui m’a amenée au « do » : à la voie des fleurs, à la voie du haïku, à la voie du pinceau. »

    Monique Leroux Serres (« Cheminant et devisant »)

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« De même que notre voix nous est inaudible, la voie que nous prenons nous est invisible. »

    Marie-Josée Christien (« Eclats de voix »).

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« Cette nuit j’ai largué le monde

   et pour quelques heures 

   lui ai demandé le silence »

     Danny-Marc (« Le miracle de vivre »)

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« Marcher sur tes brisées, cosmos »

   Gérard Engelbach (« Ramer, la mer »)

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« Vêtu de poussière d’os,

   j’ai appris,

   lettre après lettre,

   à me vider

   pour un nouveau silence. »

    Christian Ganachaud (« Le testament d’un ange ») 

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« Ne rien retrouver jamais

   Mais voir tout renaître »

    Lionel Gerin (« L’or de midi »)

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« L’eau a des relents de pétrole

   Au rendez-vous du futur

   L’apocalypse est annoncée avec la pénurie

   Des longs déserts intérieurs

   Traversant le désespoir » 

     Jean-Luc Maxence (« De quelle source parle-t-on ? »)

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« En chacun de tes pas

   il y a un chemin possible

   que tu n’emprunteras pas »

     Gérard Mottet (« En chacun de tes pas »

.

« à la recherche des clairières intimes

   ou du vaste horizon… »

    Bernard Perroy (« La vie s’avance »)

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« Consens à la pierre pour son immobilité de veilleur »

  Jean-Yves Vallat (« Consens »)

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« Marcher vers l’ultime frontière

   Avec du sang sous les paupières. »

      Jacques Viallebesset (« Exil »)

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« Mal à l’âme à la vie

   où même la lumière ralentit »

   Patrice Zahn (« Après Fukushima »)

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L'édition... http://lenouvelathanor.com

La revuehttp://lenouvelathanor.com/revue-les-cahiers-du-sens 

Marie-Claude San Juan

15/06/2018

LIU XIA. SOUTIEN.. / Enfin libre, la mobilisation a réussi...

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Mise à jour, 11-07-18

 ENFIN LIBRE... 

 

 

 

LIU XIA A QUITTÉ LA CHINE... https://www.nouvelobs.com/monde/20180710.OBS9450/liu-xia-...

CCCCCCC

Rencontre, le 16 juin à 19h. Maison de la Poésie

Avec Catherine Blanjean, auteur de « Liu Xia, lettres à une femme interdite », Liao Yiwu, poète chinois exilé en Allemagne (et préfacier du livre), Béatrice Desgranges, traductrice de Liu Xia (et auteur d’une pétition de soutien, lien ci-dessous), et Jean-Philippe Béja, traducteur de Liu Xiaobo… https://www.maisondelapoesieparis.com/events/catherine-bl...

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Pétition de soutien. (Et informations, dont poèmes de Liu Xia traduits)… Mises à jour régulière, comme, notamment l'indication de la pétition adressée au gouvernement chinois (voir ci-dessous, fin de la note...)...  https://www.change.org/p/mme-hidalgo-après-la-mort-de-liu...?   

Lecture des poèmes de Liu Xia, en soutien. ActuaLitté... https://bit.ly/2JN3Zvy

Et sur Culturebox… https://bit.ly/2LQinUh

De Liao Yiwu, on peut lire « Dans l’empire des ténèbres » et « Poèmes de prison ». Liu Xiaobo le considérait comme « le plus grand poète chinois de sa génération ». Le Figaro, juin 2018… https://bit.ly/2Jv2aq0

Lire aussi cet article de 2013, questionnement du poète Liao Yiwu sur la dictature en Chine et sur notre regard... https://lemde.fr/2HPRsG5

Liu Xia lit ses poèmes, Contrepoints.org… https://bit.ly/2uzU6fG

Sur une exposition de ses photographies.. https://bit.ly/2JW3QJs

2ème pétition, adressée au gouvernement chinois... https://form.jotform.me/81611618372455  

3ème pétition, Amnesty... https://www.amnesty.ie/china-release-poet-liu-xia-under-i...

 

04/02/2018

"Possibles", revue en ligne, note sur "Texture". Et digressions, pour lectures évoquées...

TEXTURE.jpgA lire, sur "Texture" de Michel Baglin, la note au sujet de la revue en ligne,
"Possibles" numéro 23, de Pierre Perrin. Je vais prendre le temps de la relire et d'aller voyager sur les pages en question, et aussi d'autres de Texture. Mais déjà, faire suivre...

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(En ce moment je lis, avec un peu de retard, le dernier numéro de la revue À L'Index, dossier consacré à Patricia Castex Menier, que je connais peu - sauf par quelques textes lus dans À L'Index, déjà (n*25). J'en suis à l'entretien, par Jean-Claude Tardif, questions qui creusent profond. En le détournant un peu - car il est précisément destiné à celle qu'il donne à lire - on pourrait en faire un questionnaire de Proust pour poètes, en tout cas se l'appliquer à soi-même, pour s'interroger en miroir).

Je lis, donc, tout en relisant Wislawa Szymborska. "De la mort sans exagérer". Et "Hautes lassitudes" de Jean-Marie Blas de Roblès. Eux, et quelques autres, relire, c'est tout le temps.

LIENS... 

Texture, la notehttp://revue-texture.fr/mes-lectures-de-2018.html#possibles 

Possibles n° 23http://longueroye.free.fr/pos23.php 

Possibles, divers numéroshttp://longueroye.free.fr/index.php

Le site de Pierre Perrinhttp://perrin.chassagne.free.fr/indebis.php

23/12/2017

Babel heureuse, revue d'art et littérature...

BABEL heureuse.pngVoilà donc enfin (et pour le moment) la brève note sur Babel heureuse, ample et superbe revue d’art et littérature, semestrielle. Juste, pour l’instant, les liens vers l’essentiel de la présentation. J’ai la joie d’occuper quelques pages pour des photographies et deux textes, l’un où je dis ma démarche de création et mes références ("Peindre sans peindre, et soi dans l’ombre et les ombres…"), l’autre où l’écrivain et éditeur Roland Chopard regarde, commente, devine. Et regarder, il sait, écrire son regard, tout autant… ("Ombres et lumières"). Roland Chopard analyse aussi sa propre démarche d'écriture dans un grand texte passionnant, "Comment j'écris". Il prolonge ainsi la méditation sur la création  commencée dans son ample poésie en prose, "Sous la cendre" où il évoquait la destruction d'une oeuvre par le feu et la plongée en soi pour faire advenir à la mémoire des bribes de ce qui fut perdu, et s'interroger sur la perte, le sens, écrire et vivre. 

Mais déjà, une clé, pour l'éloge du pluriel programmatique, des croisements de soi à soi et de soi à l'autre. En exergue de l’édition Gwen Catala, la citation de Roland Barthes, tirée de « Le plaisir du texte » : « Le sujet accède à la jouissance par la cohabitation des langages, qui travaillent côte à côte : le texte de plaisir c’est Babel heureuse. »... https://www.gwencatalaediteur.fr/babel-heureuse-1-explora... 

Présentation des objectifs éditoriaux. « Être en avant sur la parole en avant, faire entendre/voir/lire l’élémentaire, ce qui a l’opacité du réel, dans les langues et les arts ». Et, pour dire l’enjeu « polyphonique » (Babel !) : « Sans hiérarchisation de valeur, dans la revue trouveront leur place (car elle se veut lieu plurimodal de pensée et de création) : photographes, vidéastes, peintres, chorégraphes, compositeurs, penseurs… et ceux qui ne sont stricto sensu rien de tout cela et tout cela à la fois, les poètes — loin de la fragmentation des savoirs et des arts. » … https://www.gwencatalaediteur.fr/babel-heureuse-la-revue 

Lien, site de la revue, vers le numéro 2, couverture et contributeurs…En exergue un extrait de l’entretien publié par Diacritik, définition de l’axe de la revue par son directeur créateur : « La revue voudrait ainsi faire advenir ce qui suffoque, rompt, libère, excède le langage en filet. »…  https://www.gwencatalaediteur.fr/revue-babel-heureuse-n2 

Lire, donc, l’entretien publié par Diacritik (excellent magazine que je lis intensément…). Très riche approche qui donne l’occasion de préciser la démarche et les intentions…  François Rannou répond aux questions de Johan Faerber. Ou comment naît une revue, de quels rêves, par quelles rencontres…  https://diacritik.com/2017/11/07/la-revue-babel-heureuse-... 

Je reviendrai sur ce numéro 2 (et un parcours du numéro 1) pour des lectures et regards...

MC San Juan

15/07/2017

L'Inaccessible. "Les Cahiers du Sens" 2017

CAHIERS.jpg« …Partir où personne ne part… »

                 Jacques Brel, La Quête (exergue du numéro 27, L'Inaccessible, page de couverture)

« Rêver un impossible rêve… » 

                Jacques Brel, La Quête (exergue posé sous le titre intérieur)

Les cahiers du Sens, revue annuelle, 2017. Éd. Le Nouvel Athanor

Inaccessible ? Tout l’est, et rien. Tout, car nos rêves sont grands, et parfois nous dépassent. Rien, car ce qui doit être advient, je crois. (Je suis sans doute imprégnée de la croyance en ce « Mektoub » beaucoup rencontré dans mes autres rives, moi qui en ai traversé certaines…). Croire que c’est « mektoub », écrit, c’est ne pas penser l’inaccessible comme inaccessible. Ou alors oui, mais en se disant que peu importe, si c’est ainsi. Alors on vit dans une certaine lenteur d’un rapport au temps qui fait de l’instant un éternel présent sans futur. Et créer c’est disperser en poussière un alphabet de mots ou d’images, au risque de la perte, du posthume.  

Cependant l’Orient n’est-il pas, en fait, un paysage intérieur de nombreux poètes ? Car autrement ils ne chercheraient pas à déchiffrer le réel et leurs ombres comme si c’était un livre déjà tracé. Déchiffrer, c’est une démarche partagée. Devant ce terme, et thème, ainsi offert comme séduisant horizon d’écriture par les éditeurs de la revue « Les Cahiers du Sens » (Danny-Marc et Jean-Luc Mayence), j’ai commencé par m’interroger sur le sens de l’article défini. Car L’Inaccessible ce n’est plus une qualité prêtée à des rêves ou des projets, mais un substantif où la négation s’annule presque. Cela devient une essence, une métaphore métaphysique. 

Mais pourquoi?

Que faut-il donc atteindre qu’on ne puisse toucher, si ce n’est la force d’une évidence intérieure, l’achèvement de tous les processus de création de soi?

Que faut-il être pour en avoir la prétention ? Juste un esprit dans un corps. 

L’inaccessible est un secret, car seul chacun peut se dire à lui-même ce nom intérieur qu’il déchiffrera en lui, s’il en trouve le chemin.

Je me demandais ce que les autres en feraient, m’attendant presque à lire, quand la revue sortirait, des pages où se croiseraient des méditations similaires. Mais pas du tout. Le mot renvoie ici à des univers intérieurs fort divers, à des écritures qui, évidemment, ne se ressemblent en rien. Et pourtant l’ensemble a une unité, des textes se font écho. 

J’ai sélectionné mes coups de coeur, choisis parmi 247 pages, lecture faite… 

La première partie présente des textes en prose, des essais, des analyses, qui permettent de voir comment la littérature traite ce sujet, comment dans la poésie il est toujours présent, à travers le temps et les divers courants littéraires. Comme si c’était une clé pour comprendre le fait d’écrire, le rapport au langage et à la création. 

Des textes en prose qui introduisent la thématique j’ai apprécié particulièrement  l’analyse littéraire érudite de Giovanni Dotoli, « De l’inaccessible poétique ». Il cerne ce que la littérature poursuit, et en quoi elle traite aussi de l’inaccessible des sages ou des mystiques, cet absolu du poète « voyant ».

Jean-François Migaud, lui, dans « L’évidence de l’invisible », offre une belle méditation à partir du préfixe négatif, sur la voie qui passe par le vide, l’absence, l’insondable d’un « arrière-plan » des poètes et des chercheurs spirituels.

Don Quichotte hante ces pages. Et Maurice Cury le nomme (« Seul le rêve… »), ainsi qu’Alain Noël évoquant la voix de Jacques Brel et la voie de Saint Jean de la Croix (« L’inaccessible étoile »).

Toujours dans cette partie, Claire Dumay,  plonge dans les affres des doutes sur soi et sur autrui, effrayée par les mensonges qu’on se fait à soi-même. Alors comment croire aux « vérités » d’autrui, même proche ? Texte au scalpel qui dit  l’impossibilité de traverser les masques dans la rencontre de l’autre. L’Inaccessible ? Soi. L’autre. Donc son titre pose un paradoxe : « L’illusion de… l’accessible ». Ce texte est à lire en miroir avec le poème de Jean-Luc Maxence, car c’est aussi le scalpel qu’on retrouve, dans son texte, bouleversant, le plus « dur » du recueil, au sens de secouant.  

Deux autres textes ont retenu mon attention (et je reviens en arrière dans les pages, pour les associer, car ils ont en commun le visible, et, évidemment, cela m’interpelle car j’y retrouve des questionnements qui rejoignent ma réflexion sur l’acte de photographier). 

Robert Liris, dans « Les deux infinis », sollicite d’abord Hermès Trismégiste et André Breton, pour évoquer la similitude exposée dans l’antique « hermétisme » : ce qui est en haut est en bas et inversement, donc la non contradiction des pôles apparemment opposés, mais une non contradiction qui (dit Breton, chercheur du « surréel ») n’apparaîtrait qu’en un point que justement on ne peut saisir, traverser. L’Inaccessible… L’être humain cherche à franchir les portes du réel vers l’imaginaire du sens, mais il n’y arrive pas. Volonté de verticalité (corps esprit), pyramides pour rejoindre la lumière. Des dessins des grottes d’autrefois aux peintures et images captées, l’auteur voit un échec pour lequel il prend Barthes à témoin (« Toute image est une catastrophe »). On ne peut voir l’invisible, on ne peut saisir le sens du réel. J’aime Barthes que j’ai beaucoup lu, mais je ne le rejoins pas dans sa conception de l’image. On peut penser qu’au contraire on touche, presque, avec la capture par le regard, ce point de bascule où on peut transgresser l’interdit, traverser les frontières du sens. (De l'’image catastrophe de Barthes, Serge Tisseron, dans son livre « Le mystère de la chambre claire », montre les racines et les limites qui aboutissent à une fausse théorie de la photographie. La seule vérité qu’elle traduise est la « mélancolie » visuelle propre à Barthes…). Mais je reviens au texte (passionnant). Et à la fin c’est Mallarmé et Émily Dickinson qu’invoque Robert Liris, car l’hermétisme de leur écriture et le retrait du monde de la poétesse sublime, cela marque des destins habités par la question de l’inaccessible. Comme le Don Quijote de Brel.

Avec Anne de Commines (« L’icône pour appeler et veiller l’inaccessible »), en partant de l’icône, de l’iconicité, on aboutit à une perception différente. Au contraire l’image nous fait ici rencontrer le mystère, un sens. Médiatrice, elle informe. Parce que justement, à l’inverse, elle ancre l’image dans le réel charnel. « Accueillir » est le mot clé. Et ainsi le visuel fait accéder à l’au-delà du langage et penser la verticalité. C'est une philosophie poétique qu'aurait apprécié Maria Zambrano... 

…………………………….

Suivent les poèmes, la plus grande part du volume. Je ne vais citer que quelques noms, sachant que le choix serait autre, suivant les lecteurs. C’est subjectif, et je l’assume. Coups de coeur, donc. Des pages se répondent parfois, des métaphores se croisent et croisent les ombres et lumières du réel. L’inaccessible prend des sens divers suivant les auteurs.

Pour ma part j’ai écrit, d’abord, sur la fraternité en échec, quand en mer des réfugiés se noient et nous hantent. Mais aussi sur ce paradoxe qui nous fait être, dans le même temps, en recherche de sérénité, de sagesse (donc de détachement). Écartelés entre le monde et sa cruauté, le souci d’autrui, et des démarches presque mystiques. Capables de joie au moment de la douleur des autres et pour les autres. Inaccessible cohérence ? J’écris (« Peindre l’immense »), que nous sommes des « errants de l’altérité », cette altérité dont Kamel Daoud dit qu’elle est la grande question du XXI ème siècle (entretien, JDD du 9 juillet 2017). Mais je crois possible de « penser ce partage », pour « peut-être / saisir enfin le sens / du lointain ».

Je retiens, surtout, quelques noms, des titres, ou des citations… Comme dans la revue, par ordre alphabétique.

« L’arche de la révolte », de Salah Al Hamdani. Ample poème qui avait été déjà publié dans un recueil collectif contre le terrorisme : « Nous aimons la vie plus que vous n’aimez la mort » (éd. El Manar, 2016). Nuits hantées par les images des « corps mutilés », et volonté de se dresser contre l’horreur... « Prenons les écrits saints à l’envers / et de notre hauteur d’homme / jetons-les dans cette guerre qui ne dit pas son  nom » Évidemment, ce texte me touche, car c’est un sujet, essentiel, qui est très présent dans mon écriture (cf. les poèmes publiés dans A L'Index, et deux ou trois ici, comme " Litanie pour juillet plusieurs fois " / note blog...    "Poème pour dire").

Yoni Afrigan, aborde, , contre l’injonction qui entrave, la  « voie du secret » vers la « splendeur » cachée.

Pour Guy Allix,  « tous les poèmes (…) / Étaient déjà écrits / dans une seule goutte de temps ». Vertige quantique… 

Jean-Bernard Charpentier veut partir « sur les chemins de l’éveil », mais sans se retourner, « de crainte de rester » (lucide méfiance). Mais « Qu’importe ce qui fut et sera, / L’évidence de la beauté / conduit à ce qui est. »

Maurice Cury traque le faux des apparences, dans un exercice de lucidité, car « Rien n’est plus fragile que de vivre ». 

De Danny-Marc, un poème est une ode à des mains aimées. Texte d’un recueil publié chez Pippa (« Un grand vent s’est levé »). Douceur. Et l’autre poème rêve, mais les mains sont encore présentes. Pour un « peut-être »  à advenir encore. 

Giovanni Dotoli, dont j’ai déjà parlé pour un essai érudit, propose une sorte de peinture mystérieuse, nocturne. « Une lampe d’émail » est suspendue dans la nuit. Il peint là son « lieu d’infini ». Et c’est cela qui pour lui est inaccessible. Ou le fut et ne l’est plus, puisque la vision est là.

J’ai déjà évoqué le poème de Jean-Luc Maxence, en parlant du scalpel jumeau de Claire Dumay. Coup de poignard que ce texte, mais histoire d’une métamorphose qui rend inaccessible, car libre (« Sur le divan de Satan »). C'est ainsi que je le comprends... 

Là aussi, j’avais choisi un texte de l’auteur, dans la partie introductive. Signe que la même conscience littéraire qui passe dans une chronique nourrit l’écriture poétique. Jean-François Migaud (« Après »), se transporte dans l’infini du temps, après (lui, nous, quand nous ne serons plus) et pense le vent, les arbres et les visages autres qui peupleront, ici, ce temps d’après de notre absence. L’inaccessible est double, alors. Temps lointain aux limites du temps. 

Je suis intriguée par le poème de Pascal Mora, « Crèche suburbaine ». Une contemplation. Éloge de la vie, comme vue du « dessus », par le regard du Bouddha. Il y a tout : le germe, le bois, le souffle. « Nous sommes des âmes dans ces corps », et tout est connecté, même les rêves. Plus on lit plus le tableau se met en place, l’inaccessible est ailleurs… Il faut relire.

Dany Moreuil sait le langage du corps et comment dénouer les pièges du mental obsédant en se posant dans le coeur, centre, ou en faisant danser. Si le bruit des mots cesse, le silence est possible. Être ?

Rose-Marie Naime aborde ce mystère de la mémoire qui fait surgir un mot. Transmission. Et l’autre mystère, ce qui fait rater le passage vers ce qui devient alors l’inaccessible.

Bernard Perroy, c’est le sens de la lumière qui traverse corps et yeux, mais qu’on ne sait pas vraiment encore, ni en soi ni en l’autre.

Suivent des lectures, et des textes de voyages.

Au fil des pages, envie de prolonger des découvertes, vers certains livres… 

J’ajoute deux citations... 

 "Le vent parlera-t-il encore aux peupliers,

  Peuplera-t-il 

  Les arbres de visages ?

  Qui déchiffrera les messages

            Après ?"

   Jean-François Migaud, "Après"

et

"Quel miracle m’a fait naître

  A ce monde ancien ? 

(…)

  C’est le rayon qui fait croître

  C’est la racine qui connaît le profond 

  C’est le bois qui voyage dans les siècles."

          Pascal Mora, "Crèche suburbaine"

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LIENS... 

Page de l’édition... http://lenouvelathanor.com/revue-les-cahiers-du-sens 

Commandes, chez l’éditeur, en ligne ou par courrier (voir sur le site, page de la revue, lien ci-dessus).

Et à Paris, dépôts à L’Autre Livre librairie… https://www.lautrelivre.fr/pages/editorial 

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© Marie-Claude San Juan

29/05/2017

« La malédiction », POÈME de Hassan Yassin…

« La malédiction », POÈME de Hassan Yassin…

J’ai lu ce poème sur un post qui reprenait la réflexion de Tieri Briet, suivie de sa copie du bouleversant poème de Hassan Yassin. Je ne reprends qu’une partie du texte introductif de Tieri Briet : l’essentiel, qui situe. (Et de la même manière qu’il ne faut pas rendre les réfugiés responsables de situations qui leur échappent, je tiens à dire aussi qu’il ne faudrait pas non plus rendre les femmes qui refusent le harcèlement responsables de la situation des réfugiés quand ils ne sont pas pris en charge…) : 

« Qui sont ces hommes qu'on chasse de rue en rue, de ville en ville ? Ne sont-ils plus rien d'autre qu'une malédiction ? C'est ce que dit Hassan Yassin, arrivé du Soudan. L'autre soir, il a lu son poème en arabe, sur la petite scène du Local où un atelier théâtre destiné aux migrants nous avait invités. Une comédienne traduisait ses paroles en français. Et puis en prononçant les derniers mots, Hassan a fondu en larmes. La tragédie du poème continuait sous nos yeux. » (…) « Je recopie le poème de Hassan Yassin. Je voudrais qu'il soit lu, entendu, diffusé sur les murs. Et que nos regards changent eux aussi. » 

Tieri Briet 

…………………………………………………………………………

Le POÈME de Hassan Yassin, réfugié soudanais :

..

La malédiction

Je suis une malédiction

Je suis la malédiction incarnée

Suspendu à ma corde secrète

Attaché à l'utérus du ciel

J'entends les cris du vent et les pleurs aux alentours

Je parle aux fleurs autour de moi et j'admire le chant des murs

Ces murs de mon isolement infini et

La peur mon amie, 

Rien ne me donne le sentiment de sécurité...

Vous les passants face à moi 

Ne demandez pas la miséricorde en mon nom 

Comme un pécheur dans l'attente du pardon

Détournez le regard 

N'ayez pas pitié de moi

Donnez-moi juste un sac noir.

Pour que j'y rassemble ma désolation, 

Ma défaite et mon anéantissement

... Pour pouvoir le mâcher et l'avaler

Donnez-moi du feu pour que je brûle mes saletés, 

Je suis une charogne qui empuantit l'air tout autour

jusqu'à vous faire détester vos corps élancés

parfumés d'essences florales de Paris

Je vous inspire la haine de la race humaine 

mes semblables désarticulés...

ceux qui ont subi les horreurs des guerres

... Je suis une charogne où demeurent les vers 

Je ne serai ni leur dernier rêve, ni leur dernière demeure 

Ni ce qui reste de leurs souvenirs

J'ignore le jour de ma mort

Laissez moi reprendre souffle

Fermer les yeux pour me réveiller au paradis

Je n'ai envie de rien

Rien ne me séduit plus

Même pas le baiser de l'enfant que j'aurais pu avoir

Ni la jouissance au moment de sa conception

Ni même la pénétration d'une partie de moi 

Dans les vagins, berceaux de mes espoirs incertains

Priez pour que mon heure arrive vite

Le moindre regard vers moi ne vous inspire que dégoût

Laissez-moi quitter votre monde d'artifices

où je n'existe pas...

Je suis un anonyme sans identité, sans papiers

Un tas de détritus face à vos portes

Je veux mourir et remettre mon âme dans les mains de Dieu, 

Je finirai en ange ou en démon, qu'importe. 

Que ma mort ne soit pas lente, 

Si seulement les fleurs poussaient sur mon cœur, 

Parfumaient mes poumons et fardaient les vers qui me rongent de parures multicolores, 

Et la mélancolie des carillons des cloches couvriraient les battements de mon cœur.

Que vos prières puissent envelopper ma peur. 

Ne l'appelez plus corps, 

C'est mon cadavre pourri qui vous observe, 

Ce cadavre que vous méprisez !! 

Même ces chiens me regardent bizarrement, 

Vos chiens bien habillés qui ont une identité et un nom. 

Dieu mon préféré, quand est-ce que tu me regarderas avec pitié 

Pour ordonner à mon coeur de s'arrêter, mon cœur empli de fleurs emprisonnées, 

Son battement me tue. 

Quoi de pire que le mot réfugié pour nommer un homme ?

Des lambeaux de saleté recouvrent mon corps et l'enveloppent d'une chaleur aux relents pestilentiels,

Vos odeurs agréables dégoûtent les poux qui ont trouvé refuge dans mes cheveux. 

Vous les passants devant moi : 

Je suis un migrant qui a survécu à la fermentation de la chair en Méditerranée pour pourrir dans les rues de Paris.

Ces rues nettoyées au petit matin, et moi là !!!

Je suis le mensonge de ce monde, 

Je suis cette part d'humanité médiatisée, 

Ils cherchent des stratégies pour se débarrasser de moi, 

Ils dépensent des sommes colossales, 

Ils ont créé des commissions pour me déraciner.

Alors je ne sais plus si je suis un bout de viande ou un morceau d'asphalte.

Ce monde me procure du mépris, 

Comme à mes frères renvoyés à la torture, 

Assassinés au nom des conventions internationales.

Ou ceux qui ont échappé aux campements, 

Aux empreintes maudites,

Venant des bains de sang Africains pour se retrouver plus bas que terre, mais pourquoi ??? 

Parce que je suis un réfugié rempli de pourriture, 

allongé sans même pouvoir espérer. 

Inquiet, je meurs avec le silence des lucioles, caressé par des papillons multicolores.

Hassan Yassin

26/05/2017

"Et n'oubliez pas de peindre"...

IMAGINE.gifDécouvrir... 

« Et n'oubliez pas de peindre

  tous ceux qui ont vécu leur vie

  comme porteurs de lumière »

 "Instructions aux Peintres et aux Poètes"

  par Lawrence Ferlinghetti

https://immaginepoesia.jimdo.com

04/04/2017

"La poésie comme vivre..."

WHITE.jpg« La poésie comme vivre qui inclut l'idée plutôt que de lui obéir. La poésie comme rappel à ce qui est vivant en soi, à ce qui toujours échappe : comme cet instant. Être-devenir dans un mouvement qui en même temps se saisit et en même temps relâche, qui embrasse et qui se défait. La poésie, essence de vitalité qui brûle les lèvres, éveille les sens et parfois déchire, parfois nous adoucit le cœur. »

Texte en accueil d’un site entre poésie et mystique (ou plutôt sagesse?), « Un jardin derrière le portique », Ananda. / Sous-titre : « Poésie de l’ éveil et Sagesses du Corps ». Site d’Ananda… https://unjardinderriereleportique.fr 

...

L’auteur (poète, traducteur, artiste, enseignant) utilise, pour lui-même, des noms contextuels, donc, suivant le contexte, on le reconnaîtra tel ou tel. Comme Aédàn pour sa page Facebook sur la spiritualité non-duelle (avec un si beau nom : « Spiritualité sauvage »)...  https://www.facebook.com/SpiritualiteSauvage

Il est ce « garçon vêtu d’étoiles » qui apparaît dans un de ses fragments poétiques. Spiritualité au sens mystique (ou sage) du terme. Ou poésie telle que définie par Mallarmé, qu’il cite dans une note de lecture du « Journal » : « la seule tâche spirituelle » (lettre à Léo d’Orfer, 27 juin 1884)... http://bit.ly/2o4vJUu 

Regard. Ouvrir la page d’un autoportrait bleu (revenir à l’accueil), celui de l’arbre de la colonne vertébrale intérieure : ce qui n’étonnera pas ceux qui pratiquent un yoga (comme lui, et comme moi autrefois) ou un chi qong (comme moi, depuis qu’autrefois a été remplacé par un très long maintenant durable de pas mal d’années…)... https://unjardinderriereleportique.fr

Lisant ce texte introductif, « La poésie comme vivre », (programme et manifeste), et d’autres pages du « jardin derrière le portique », je pense à un poème de Kenneth White, dans un ouvrage que j’ai posé tout en haut d’une bibliothèque, pas sur un rayon de livres, mais sur le dessus, entre les pages dures d’un livre objet où je glisse des trésors, pour être sûre de retrouver facilement ce mince volume, sans qu’il risque d’être perdu, comme d’autres, dans la masse des pages entassées. Retrouver le recueil, d’abord (mais pas seulement) pour une page, où tout est dit d’une démarche particulière, celle qui accepte la rareté du poème, pour que le sens soit le résultat d’une lente alchimie qui réussira à capter l’essence du langage à la frontière du silence, des significations dont la grammaire est celle du regard. Texte de méditant, pour qui l’écriture est pratique de sagesse, exercice sur soi, tissage de l’être. Sans cesse revenir sur l’espace de la page, sculpter les mots le vide le temps les sons. 

Ainsi interfèrent, ici, trois visages de la seule poésie, écriture, qui m’intéresse vraiment : celle qui ne cherche pas le paraître d’un jeu formel, mais déblaie justement les masques, en arrachant l’illusion vaine, couche par couche. Vers un centre. Tout en malaxant, sculptant, les sons et les images… 

Aédàn/Ananda, Mallarmé, Kenneth White… 

...

Voici ce qu’écrit Kenneth White :

« Travaillant et retravaillant

   les mêmes textes

   jour après jour

   perdant tout sens

   de ‘production’ et de ‘publication’

   toute idée d’une ‘réputation’ à forger

   engagé plutôt dans quelque chose

   — loin de toute littérature —

   que l’on pourrait pertinemment nommer

   un yoga poétique »

  La résidence de la solitude et de la lumière / Méditations pyrénéennes 1

  William Blake and co. édit. (1978)

...

Kenneth White, liens…

Page du Printemps des Poètes… http://bit.ly/2nRRYL0 

Un ouvrage, « Le Visage du vent d’est », 2007… http://bit.ly/2nVYGkY  

Site offficiel, autres livres (dont 2016, 2017)… http://www.kennethwhite.org