23/06/2026
Diérèse n°96
En exergue, une citation de René Char : « Tu es lampe, tu es nuit ».
On pourrait ajouter : « Les murs entiers sont à celui que ta clarté met au monde ».
Le « tu », ici, renvoie à la femme, au féminin. Et l’opposition « lampe » et « nuit » marque un paradoxe pour dire un indéfinissable. Comment être « nuit » et éclairer dana le même temps ? Justement parce que la clarté ne peut se révéler, s’évaluer, que dans le déchiffrement du caché, de l’ombre.
Si on essaie de comprendre ces mots comme parole concernant la poésie cela peut signifier deux choses. Que l’écriture, même masculine, doit émerger de la part du féminin, de la capacité de faire naître, donc de rester incarné, en relation avec la réalité du corps (du geste) et de la nature, de la matière. Ancrage. Et que la poésie doit veiller à demeurer sur le fil d’une corde tendue entre lumière et nuit sans lâcher l’une ou l’autre. Donc oser aborder l’autre face des significations, faire du langage un scalpel autopsiant l’ombre en soi.
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20/06/2026
Diérèse n°95
En exergue, une citation d’Alain Bosquet :
« Suis-je l’être ou l’objet ? Je suis ce qui oppose le signe du mystère aux signes de l’erreur. »
On peut comprendre, ainsi, qu’accepter de regarder ce qui échappe peut-être à l’ordre rationnel ouvre la possibilité d’accéder à de paradoxales vérités déchiffrées en saisissant ce qui appartient à l’espace du mystère.
Car, oui, dans ses textes Alain Bosquet fait s’interroger Dieu (le concept de Dieu, cosmos ou abstraction du sens ou non-sens du réel) ou lui-même, le Je qui écrit, sur le sujet, l’être en face du rien (ce vide tel que peuvent le penser les bouddhistes). Une des réponses, hypothèse, est encore une question : « Suis-je un compromis conclu par l’être et le non-être aux dépens de moi-même ? » La conscience est une frontière, est à la frontière. Alors l’écriture se pose aussi dans cet espace intérieur « entre », l’enjeu de la poésie étant de parier sur la force des mots pour relier ce qui normalement ne peut l’être.
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17/06/2026
Revue Concerto pour marées et silence n° 19, 2026
En couverture une peinture de Colette Klein.
On retrouve la structure musicale construite autour des citations des poèmes de Pierre Esperbé, qui avait offert le superbe titre de son recueil à la revue de Colette Klein. C’est l’occasion de rappeler que ce livre, Concerto pour marées et silence, fut publié en 1974, éd. Guy Chambelland, et qu’en 2019 (10 ans après sa mort, en commémoration) Colette Klein lui a consacré un ouvrage, Pierre Esperbé : je suis né dans l’infini des êtres (le titre reprend un vers de lui), éd. Pétra.
En exergue, Romain Rolland (la musique... « la parole la plus profonde de l’âme »).
Et en avant-signe, un bref poème de Colette Klein (sans signature mais on reconnaît...), expression d’un douloureux engagement éthique :
Je vous laisse les mots
les mots qui ne terrassent
ni les armes ni la haine
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À L’Index, revue, n°53
Le numéro commence par un éditorial de Jean-Claude Tardif, qu’il titre « Mots à Maux ». Réflexion ample sur le langage, le vocabulaire, la perte des... mots. Comment la langue peut s’appauvrir. « L’Homme », écrit-il, « en tant qu’espèce, est me semble-t-il incompréhensible ». Car une utilisation dévoyée de la langue sert à « tenter de s’expliquer et de justifier à ses propres yeux l’inexplicable, l’injustifiable ». Il constate un « assèchement du vocabulaire », masquant le sens, le résultat étant une « déstructuration » de la langue, moyen de « contrôle ». Et « Ne pas pouvoir formuler sa pensée dans et par l’entièreté de ses nuances revient à la nier ». Des mots font peur, ils s’effacent. Ainsi la mort ne serait plus « mort » mais « disparition », cela dans le langage, alors que dans le réel (ou les images du réel) « elle nous assaille à longueur d’écran ». Pourquoi ces fractures entre langage et vie? Il mentionne une opposition (qui serait alibi manipulateur) entre la langue pensant nuances et profondeur et « la rapidité de nos modes de pensée, de fonctionnement ». Il y voit l’action de « censeurs » (c’est son terme, mais qui ?), et l’effet des « contraintes sociales ». Ce sont des questionnements proposés à la réflexion des lecteurs. C’est très difficile d’analyser des évolutions qui concernent notre présent alors que les racines ont des ramifications dans le temps qui nous échappent. L’humanité est un collectif agissant, même inconsciemment des choix sont faits. Qui décide si ce n’est ce corps de masse ? Qui manipule ? (Selon les options idéologiques des réponses contradictoires seront données).
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01:27 Publié dans Recensions.REVUES.poésie.citations.©MC San Juan | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : à l’index, poésie, littérature, idées, jean-claude tardif, citations, livres, poésie ukrainienne
15/06/2026
L'Intranquille n°30

En couverture une photographie de Julien Merieau (avec des bribes de collages) qui semble une peinture abstraite où on peut voir un paysage imaginaire, ciel étoilé ou crépuscule flamboyant.
Riche ENTRETIEN (de six grandes pages), Philippe Beck répond aux questions (amples) de Pierre Jamet. Deux parties, « Situation de Philippe Beck », puis « Lier et délier, forme et chaos ». L’ensemble est titré « Une certaine quantité d’inconnu ».
Pierre Jamet aborde la question du statut de l’auteur, en liant le terme «impersonnage » à « l’idée de l’impersonnalité, de disparition du sujet », d’une part, et au rejet du lyrisme, d’autre part. Au cours de ses propositions il se réfère à Rimbaud, sa notion de modernité « absolue ». Répondant, Philippe Beck met l’accent sur le questionnement de la «fonction-auteur ». Rappelant les théories de Foucault ou Barthes il note que « l’impersonnalité qui obsède les théories de ces années (notamment à travers Barthes) ne met pas fin au désir-besoin de signature des textes ». Il cite Foucault (« l’anonymat littéraire ne nous est pas supportable ; nous ne l’acceptons qu’à titre d’énigme »). Dans sa critique du lyrisme qui rejoint sa réflexion sur ce que serait « une écriture dé-subjectivée (ou pré-subjectve)», dont certains avaient ou ont la « nostalgie », il constate que cela «n’implique aucunement la disparition du nom d’auteur ». Se référant à Lacoue-Labarthe, Rimbaud, Freud, Nietzsche et Derrida, il définit la distance prise avec le sujet (présence « différée », Derrida) comme « non pas une destruction du sujet, mais un déplacement de celui-ci, qui cesse de se soutenir comme centre ». Car « chacun d’entre nous est ce sujet désistant qui, non pas se fond dans une communauté qui le dépasse, mais sent qu’il n’existe qu’en tant qu’il porte en lui l’être singulier pluriel » [...] «Si bien que chaque être humain est ce Messie impossible et traversé par l’humanité qui le hante et le fait exister, étant témoin de ce qui a lieu et se trahit dès qu’il s’institue ». Il rappelle la « résistance » de Derrida à la «notion de communauté » (c’est effectivement central dans sa pensée et ses écrits).
17:38 Publié dans Recensions.REVUES.poésie.citations.©MC San Juan | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : l’intranquille n°30, françoise favretto, poésie, livres, citations, théorie littéraire, recensions, philippe beck, pierre jamet, josé vidal valicourt, maroussia, murielle compère-demarcy, renée nicole good, ne’ma hasan, poètes chinois
03/06/2026
Possibles n°40
En couverture une photographie d’Emmanuel Bourreau-Chopin : matière, traces, ombres, traits.
Le titre du numéro intrigue : Précis d’orientation.
Le texte de Pierre Perrin, en 4ème de couverture, précise l’intention. Importance culturelle majeure de la lecture, mais inquiétude sur le recul et ce qu’il interprète comme le signe que « notre civilisation se défait ».
Mais le premier texte (très riche), Précis d’orientation, apparaît comme introductif du questionnement.
KJ Djii interroge le sens du mot « civilisation » et de ses connotations idéologiques.
03:35 Publié dans Recensions.REVUES.poésie.citations.©MC San Juan | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : possibles, pierre perrin, poésie, écriture, pensée, livres, citations, questionnements, lecture, culture, marcelle delpastre, albert camus
Possibles n°39
En couverture une peinture de Dominique Barrot. On peut voir un bouquet dans un vase, sur un coin de table.
Le titre du numéro, Poupe ou Proue, trouve son explication dans le texte de Pierre Perrin en 4ème de couverture. Rageur, inquiet, pessimiste, listant des catastrophes présentes ou annoncées : la langue, la dette, les écrans, les guerres... Mais son poème, en exergue, L’Éternité dure un clic , exprime le même désespoir. J’en cite deux vers :
L’électronique a remplacé le Sang, le Souffle.
[...]
Plus rien ne tient que par la boucle en chœur — des cris.
Les derniers mots : « une ombre, notre cendre ».
Écho, avec la pensée de la mort, deux vers de Jean Pérol :
La mémoire n’est plus qu’un vaste cimetière
[...]
mais qui viendra chercher leurs ombres dans le temps
(Sans importance)
Cependant, autre poème, il écrit aussi le goût de la beauté, de la vie qui ouvre des espoirs.
Vous aurez toujours tort de vouloir tout maudire
toujours repassera un cygne sur son lac
(Fermé)
03:16 Publié dans Recensions.REVUES.poésie.citations.©MC San Juan | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : possibles, pierre perrin, poésie, écriture, pensée, livres, citations, regard, art
Possibles n°38
En couverture, dessin d’ Annie Christy (voir lien vers son site, fin de note).
On peut imaginer des voiliers sur des vagues ou une chevelure de flammes. On sent le geste qui trace des boucles.
En 4ème de couverture un texte de Valéry qui n’étonne pas quand on a lu Pierre Perrin (le revuiste et auteur), son aversion pour le moderne qui se veut moderne. Valéry y met en garde contre « les vertiges du jour ». Texte de 1945 (Style en France n°1).
En exergue un texte de Jean-François Mathé, du recueil La Vie atteinte, Rougerie, 2014. Avant d’en recopier les deux premiers vers et les trois derniers je renvoie à la page 88, pour un fragment de courriel adressé à Pierre Perrin, où il affirmait son indifférence à la « postérité », évoquant même le possible « effacement » ne sauvant alors de l’oubli que des « bribes ». C’est une question cependant que le destin des textes, dont tant disparaissent, sauvés parfois par le hasard. Mort des poètes et mort des textes ?
02:48 Publié dans Recensions.REVUES.poésie.citations.©MC San Juan | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : possibles 38, pierre perrin, poésie, livres, recensions, apulée, citations
08/02/2026
Albert Camus d’une rive à l’autre, collectif, éds. Unicité, janvier 2026
Camus… Il est le lieu de la guérison car il est le lieu du malaise
[…]. Ses cendres sont notre feu.
Kamel Daoud, Le Quotidien d’Oran, chronique, 11-11-2013,
Mes indépendances. Chroniques 2010-2016, Actes Sud, 2017.
Ouvrage collectif, Albert Camus d’une rive à l’autre, a réuni vingt-deux auteurs majoritairement natifs d’Algérie, vivant sur une rive ou l’autre, ayant, certains, vécu l’exil du pays natal, et tous profondément méditerranéens (dont les quelques auteurs voisins de frontières). Lecteurs de Camus ils ont choisi de poser leurs connaissances (fondées sur une fréquentation intense des textes) sur le terrain de leur expérience intime de Camus. Ils interrogent autant l’histoire que l’idéologie qui font le contexte de l’écriture, tant de Camus que de leurs contributions. Avant janvier 1960 et été 62, société et culture, bonheurs, souffrances, et violences (la terre, les êtres, la guerre, le terrorisme). Depuis 1962, et les années 90, autres vécus, joies et douleurs, exils divers et devenirs de résilience. À écrire ensemble et à se lire, ce qui se révèle ce sont aussi les ressemblances. Mouloud Feraoun avait raison quand il parlait à Camus de la transformation des Français d’Algérie (devenus plus tard des Pieds-Noirs) de plus en plus s’assimilant alors (habitudes, nourriture, gestes, langage) aux autochtones séculaires. Et cela est vécu, là, autour de Camus, dont l’idéal était cette fraternité. Le livre dépasse le témoignage, il veut être aussi un outil permettant d’approfondir la connaissance d’Albert Camus et la plurielle culture de son pays natal, du passé et du présent.
Albert Camus d’une rive à l’autre, éds Unicité
(commande sur site, prix port compris) :
http://www.editions-unicite.fr/auteurs/Marie-Claude-San-J...
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20:30 Publié dans Albert CAMUS, Recensions.LIVRES.poésie.citations©MC.San Juan | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : albert camus d’une rive à l’autre, éditions unicité, albert camus, livres, citations, algérie, culture, fraternité, karim abouche, hubert ripoll, ismahan ait messaoud, pascale amara, mona azzam, mohamed el habib bouchama, jean-claude bourdet, jibril daho, tarik djerroud, marie-paule farina, michel filippi, kamal guerroua, nicole guiraudmona guyot, mehdi hamdi, mhamed hassani, djilali kadid, kacem madani, hanen marouani, catherine may atlani, jean-pierre ryf, marie-claude san juan, paul souleyre, jean-claude xuereb
05/02/2026
Le Livre du Corps doux, de Catherine May Atlani

Merveilleux, cet ouvrage (éds. Ressouvenances, 2024), le bilan de toute une vie de recherche, de création, de danse et d’enseignement de la danse. Catherine May Atlani était une artiste multiple (danseuse, chorégraphe, musicienne, calligraphe). À travers sa pratique elle a rejoint les intuitions les plus profondes des grandes sagesses du corps, celles qui ne séparent pas la philosophie de la présence au corps, comme le font les disciplines chinoises inspirées du taoïsme. Rejoindre n’est pas emprunter car sa démarche est née de son expérience singulière, sans chercher autrement que dans la présence à soi, à son propre ancrage. Ses connaissances elle les a construites pas à pas, à l’écoute des vibrations subtiles du geste conscient et de la beauté du circulaire dont naît la douceur.
Page des éditions Ressouvenances (commande sur site, prix port compris) :
http://www.ressouvenances.fr/CM-Atlani-Le-Livre-du-Corps-...
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01:57 Publié dans Recensions.LIVRES.poésie.citations©MC.San Juan | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : catherine may atlani, le livre du corps doux, éd. ressouvenances, danse, calligraphie, art vocal, gestes, cercles, spirales, douceur, valeurs, spiritualité, livres, citations, élise vigier, nancy huston, dominique boivin, gisèle gréau, isabelle maurel
02/12/2025
Diérèse n°94

Parcours non exhaustif...
L’éditorial de Daniel Martinez, « Vies de la poésie » (pp. 7-8), s’inscrit entre affirmation et interrogation, comme posé dans les interstices d’une pensée qui (comme il l’apprécie dans une citation de Bernard Noël à la fin de son texte) s’écrirait au conditionnel. Opposant la poésie, dans son rapport avec la langue, à ce qui, dans la culture acculturée du social, se situe « dans un siècle où la communication forcenée a dévalué la parole ». La poésie, elle, « renoue avec l’irremplaçable d’une langue qui vise à se défaire des faux-semblants ». Pour lui, aborder « la genèse du poème » est penser « perspective », considérant autant l’espace du geste externe d’écrire que le geste intérieur de déchiffrement des géométries intimes, des superpositions mentales à décrypter en soi (« le proche, le lointain »). J’aime la métaphore qu’il utilise pour traduire l’opération créative en poésie : frotter « les cailloux d’un réel polymorphe » [...] « afin que le feu prenne ».
Un autre questionnement intervient, qui n’est pas sans importance : la question de l’ego, dans une « tension » où se joue « la crainte d’être à un moment ou à un autre dépossédé du fruit de son labeur », mais aussi le processus d’une démarche intérieure vers un détachement permettant d’accéder à plus de « transparence ». Métamorphose de conscience qu’Henri Bergson, qu’il cite, formule en parlant du regard des poètes posé sur « une chose », vue « pour elle, et non plus pour eux ».
La poésie ? Elle « échappe à toute tentative de subordination » et « déborde le langage conçu comme simple outil de communication ». Le poète se faisant transfuge de soi-même, accédant à l’autre en lui dont Bernard Noël « suggère, lui, que cet autre pourrait ‘être une figure que nous ne touchons qu’en nous’ ». La poésie, libre « parole déplacée », dévoile, écrit Daniel Martinez, « la singularité de chacun », rendant possible un autre rapport au monde réel, pour une « respiration », « côté lumière ».
...
00:10 Publié dans Recensions.REVUES.poésie.citations.©MC San Juan | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : diérèse 94, daniel martinez, poésie, citations, livres
30/11/2025
Diérèse n°93
Parcours non exhaustif et un peu en désordre... jusqu’aux notes de lecture.
En exergue, page titre, une citation de Claude Michel Cluny :
« Tout est rencontre ». Pensée que le texte qui suit ne fait que soutenir...
L’éditorial, titré « L’adresse du poème » (pp.7-8), est d’Alain Fabre-Catalan. Lisant le titre une question s’est imposée : adresse, quel sens ? L’adresse du lieu du poème (et lieu à mille significations), destination à définir... ? Où est-il, dans quel lieu du langage et de la pensée ? de quel lieu vient-il : territoire, langue, corps, temps, inconscient ? Où va-t-il ? Mais adresse ce pourrait être aussi l’habileté, la maîtrise du langage, un pouvoir du savoir (et non-savoir). Ce que peut le poème (prose ou vers) que nulle autre écriture ne saurait signifier ? Justement le premier paragraphe évoque la polyphonie des mots, et j’y trouve la question du lieu : le poème « dans son hésitation entre une langue et une autre, animé du désir de rejoindre d’autres rives ». Parce que, est-il écrit, le poème ausculte « ignorance » et « silence » ; il ne se crée, peut-on comprendre, que dans un dépassement vers « l’inconnu » d’au-delà de tout territoire intérieur. Errance entre les moments et entre différents espaces du réel, le visible de nos vies, le caché que peut révéler le poème. L’expérience que dévoile ce texte, cernant des contours, est une tentative de « saisir le temps », et en même temps le choix d’écarter cette « illusion » pour mener une autre entreprise de pensée et d’écriture : « traduire ce qu’on ne sait pas encore ». L’écriture est « transgression », doublement, car elle doit franchir des frontières, celles du langage et de sa traversée, celle de la conscience de qui écrit, « mémoire et oubli ». Car l’écriture « donne à penser l’autre versant de la parole, à savoir ce qu’un corps est à même de faire au langage [...] ». Le poète est un passeur « de passage ».
Et... une fois le poème écrit reste le hasard de la rencontre qui fera d’un lecteur celui qui saura « déchiffrer » et reconnaître le sens, ce co-créateur, « tel l’interlocuteur inconnu si cher à Mandelstam ».
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02:22 Publié dans Recensions.REVUES.poésie.citations.©MC San Juan | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : diérèse 93, daniel martinez, poésie, citations, recensions, livres
26/11/2025
L'Intranquille n°29

https://atelierdelagneau.com/de/accueil/305-l-intranquill...
Entretien... pp. 5-10. L’écrivain Jean Daive répond aux questions de Françoise Favretto, qui dit être « impressionnée » par son « érudition ».
Première question, comment « articuler » les « cordes » de son « arc », radio et poésie ? Plutôt qu’articuler il note laisser en quelque sorte s’établir le rapport entre la pensée et la parole, à partir de la « faculté naturelle de [se] questionner devant l’inconnu ». Il parle des lettres, le rond des a, c, d... et des sons écoutés enfant, la genèse d’une attention aux « empreintes sonores ». Et il mentionne sa faim, à 17 ans, d’une culture encyclopédique : tout lire, tout voir.
Comme Françoise Favretto s’intéresse aux pratiques plurielles d’auteurs-artistes, elle lui demande ce qu’il fait de ses « passages » entre écriture et art. Écrivain, non, il ne reprend pas ce terme pour identité, préfère interroger sa mémoire de « l’équivoque » de la vie perçue très jeune et se souvenir des difficultés de l’enfant qu’il fut, de « l’intolérable » à les vivre, du choix de résister, en étant « être imperceptible ». Il mentionne rencontres, découvertes, et passion pour Kafka, s’étant identifié à l’Arpenteur, celui qui, donc, arpente et enquête (Auschwitz, Assise, Cnossos, Birkenau...). Mais, ajoute-t-il, « C’est aussi ma propre vie que j’arpente, car le corps des autres c’est aussi le mien ».
Est-il critique d’art ? Il répond en évoquant les mots, une « immersion » dans l’étymologie, et la « contemplation des étoiles ». L’essentiel est ce pouvoir, contemplation et « distanciation ». Il se souvient, œuvres nombreuses...
Question 4, la parole... Dans sa manière de faire de la radio il pose ceci : « une équation simple : micro + oreille = sens ». Mais, poursuit-il, « quel sens à donner au sens ? ». Revenant sur un sujet traité en émission, l’égarement, il donne alors peut-être une clé, s’égarer, lâcher, libère une autre attention, un espace de sens dans une autre écoute.
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23:52 Publié dans Recensions.REVUES.poésie.citations.©MC San Juan | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : l’intranquille 29, atelier de l’agneau, françoise favretto, capsule temporelle, temps, poésie, livres, citations
29/07/2025
Vie à vie, Feraoun & Giono, essai de Lucrèce Luciani
Lucrèce Luciani, qui vit entre Kabylie et France, a publié plusieurs essais, certains au Cerf, d’autres à La Bibliothèque, et deux aux éditions Frantz Fanon, Tizi-Ouzou (Bibliobled ou Vous êtes un livre, 2018, repris par Marsa en 2023, et Les Yeux d’Alger, 2021). Parmi les sujets qu’on peut repérer d’après les titres de sa bibliographie, il y a des études concernant le christianisme (« de saint Paul à Lacan »), la psychanalyse (Lettre à Lacan, collectif), les livres, l’Algérie (Kabylie particulièrement).
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Vie à vie, Feraoun & Giono, essai, Éditions Petra (coll. Méandre), 2024.
Le superbe incipit de cet ouvrage sur Mouloud Feraoun et Jean Giono mérite citation intégrale : « Je suis arrivée en Kabylie avec mes yeux. Tous mes yeux. La paire qu’on voit dans le visage, la mienne est bleue, accordée ou pas au ciel kabyle souvent pluvieux, parfois neigeux. Et puis l’œil dans chaque main, ouvert dans le cœur, échappé des bras qui s’écartent soudainement de joie. / Une girandole de z-yeux. / Dans ce pays feuillu, feuilleté je n’ai vu que ses livres. Même les gens sont des livres où chacune et chacun vous ouvre ses pages, il suffit de le vouloir. »
22:37 Publié dans ALGERIE/Algériens.hist.mémo.culture, Recensions.LIVRES.poésie.citations©MC.San Juan | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : lucrèce luciani, vie à vie feraoun & giono, petra, kabylie, algérie, mouloud feraoun, jean giono, livres, les vraies richesses, edmond charlot, emmanuel roblès
20/06/2025
Hommage au poète Jean-Claude Xuereb (1930-2025)
Le poète Jean-Claude Xuereb est décédé début avril 2025 à 94 ans. Son dernier texte en revue aura été publié par À L’Index (numéro 49). Il y évoquait des jardins de Malte, pays des ancêtres paternels qu’il avait visité mais dont il ne parlait pas la langue. Deux autres contributions sont à paraître : une préface, rédigée pour la réédition du livre d’un historien qui avait été publié en 1946 à Alger par Edmond Charlot, et une étude sur l’intertextualité dans l’œuvre de Camus (dont il fut un éminent spécialiste), sa participation à un livre collectif écrit par des auteurs majoritairement natifs d’Algérie (et vivant sur les deux rives). Mais de son recueil paru en 2021 aux éditions Rougerie il savait qu’il serait le dernier.
01:26 Publié dans POÉSIE | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : jean-claude xuereb, poésie, algérie, jean-louis vidal, gérard crespo, denis salas, livres, citations, valeurs, fraternité, partage






















