Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

30/06/2019

"Inverser le sens des aubes crépusculaires"... 36 choses à faire, suite. CITATIONS...

36 traversées d’aubes crépusculaires,36 choses à faire avant de mourir,mort,vie,pré#carré éditeur,hervé bougel,pré#carré,marie-claude san juan,fragments,citations,poésie,jean-claude tardif,benjamin fondane« Chercher  toujours  / et n’écrire qu’à l’infinitif / par joie du commencement. » 

       Jean-Claude Tardif, « L’homme de peu ».
...................................................................................................................
 
Quelques fragments des 36 choses (voir, note précédente, la démarche... et un fragment).
Recueil miniaturisé : « 36 traversées d'aubes crépusculaires »
Marie-Claude San Juan, pré#carré éditeur (Hervé Bougel), décembre 2018. Collection «  36 choses à faire avant de mourir ».
 
CITATIONS :
 
. Relire Lao-Tseu, tatouer ma peau de fragments de sagesse, et garder ainsi une lumière venue de la même ombre lointaine, inverser le sens des aubes crépusculaires.
 
. Délivrer Ashraf Fayad, Mohamed Ould M’Kheïtir, Ali Mohammed Al-Nimr, Serge Atlaoui, calligraphier leurs noms sur les pages des droits humains, puis oublier les pays qui enferment ou tuent. Me délivrer, moi, du poids du monde. Mais, quand même, rêver d’une liberté sans danger pour Asia Bibi enfin arrachée aux murs mortels. Rêver.
 
. Imaginer une pluie qui lave des emprunts fictifs, des apparences, de l’être qu’on n’est pas. / Atteindre l’os. / Faire le vide, laisser les objets se détacher de moi, comme une poussière qu’un souffle projette. 
 
. Effacer les traces des mots encore inscrits sur le palimpseste mental aux cent surimpressions. Effacer le « moi ».
 
. Inventer un parfum mauve, subtil. L’offrir sans le dire à l’aura des êtres.
 
. Tendre l’oreille vers l’inaudible.
 
. Traverser des yeux l’invisible.
 
. Tutoyer des inconnus, car éphémères mortels. Donc intimes.
 
. Souffler sur les braises qui pourraient s’éteindre, pour ne jamais succomber à la tiédeur.
 
. Graver sur une pierre, en épitaphe, deux vers de Benjamin Fondane : « Croyez-vous qu’il suffise de naître pour chanter, et de mourir pour vivre ? » / Entourer la pierre des notes de Fauré, son Requiem.
 
MC San Juan

…………………………………………………………………..........................................................................................

Note précédente, le sens de cette proposition d'écriture... Mon interprétation... http://tramesnomades.hautetfort.com/archive/2019/06/28/36-traversees-d-aubes-crepusculaires-ou-36-fragments-poetiq-6161020.html

LIEN, pré#carré éditeur... http://precarrediteur.fr

25/06/2019

"Autopsier un mirage". Dossier Michel Mourot, poète et photographe (À L'Index N° 38)

michel mourot,poésie,photographie,À l’index,À l’index 38,autopsier un mirage,jean-claude tardif,hervé carn,michel cosem,michel lamart,patrick mouze,béatrice pailler,christian travaux,james sacré,denis rocheil faudrait au poème un vide
photographique un en-deçà de la langue
où la nuit se sente progresser
     Michel Mourot, 'Dans le coeur de la distance', éds. de La Différence, 2005
 

michel mourot,poésie,photographie,À l’index,À l’index 38,autopsier un mirage,jean-claude tardif,hervé carn,michel cosem,michel lamart,patrick mouze,béatrice pailler,christian travaux,james sacré,denis rocheAu centre du paysage, un œil.
et la lumière comme on sculpterait 
le tonnerre d’une caresse
   Michel Mourot, 'Façons du feu, Façons du froid' (31 poèmes hors recueils). À L’Index 38, 2019
 
michel mourot,poésie,photographie,À l’index,À l’index 38,autopsier un mirage,jean-claude tardif,hervé carn,michel cosem,michel lamart,patrick mouze,béatrice pailler,christian travaux,james sacré,denis rocheJe rêve parfois d’un poème
comme d’un objet fractal.
chaque vers, la réduction
exacte du poème entier
    Michel Mourot, 'Approches du poème par le désespoir de l’air'
(Textes du tapuscrit hors recueil, À L’Index 38, 2019. Ce titre est dans le recueil 'Intimités du chaos', éds de La Différence, 2007)
                                       Michel Mourot (poète et photographe, 1948-2009)
 
Je n’avais jamais rien lu de Michel Mourot, dont je ne savais rien, et donc pas du tout ce qui m’a tout de suite interpellée et intéressée : qu’il soit poète « et » photographe. C’est ce « et » qui m’a donné envie de lire attentivement ce dossier au beau titre, « Autopsier un mirage » (titre qu’on retrouve en entrée du texte de Michel Lamart, qui étudie, notamment, la création photographique et le visible dans la poésie de l’auteur. Ce titre traduit bien le projet du dossier complet, qui veut nous faire pénétrer dans le mystère d’un destin d’écriture et de regard (interrompu par un accident de voiture). Mais dit aussi à quel point il ne se donne pas d’emblée. Et « autopsier », le poète cherche cela dans son écriture et pour l’écriture. Il y a une acuité de recherche qui se veut en quelque sorte une effraction du langage. Dans certains textes il déchire tout : lignes, mots, syllabes, lettres, signes. Même la ponctuation est détournée de ses effets (un point suivi d’une minuscule, par exemple, prend un autre sens que celui d’une fin de phrase, il marque son espace dans la phrase même). Parfois c’est cela et parfois pas du tout. Deux directions, deux manières de faire trace.
 
Jean-Claude Tardif, l'éditeur, nous dit, en un bref avant-propos, les conditions de l’existence de cette publication. Rencontres, fidélités. Les sept contributeurs nous font entrer dans l’intimité complexe d’un artiste, et dans une oeuvre qui est beaucoup, me semble-t-il, déchirure. 
 
Ainsi, on lit…
Hervé Carn (qui se souvient de ses rencontres avec le poète, autour du cinéma et de la poésie).
Michel Cosem (poète et éditeur, qui le publia, à « Encres vives »).
Michel Lamart (à l’initiative du dossier ).
Patrick Mouze (qui présente des inédits).
Béatrice Pailler (qui écrit des poèmes en marge des photographies de sol et d’eau).
Christian Travaux (qui étudie les paradoxes du travail de « désécriture »  du poète, sa « rage » à casser, biffer, griffer, abréger, pour, dit-il, « écrire l’écrire »).
Et le poète James Sacré (qui le connut par le hasard d’une recension que fit Michel Mourot sur un de ses livres, ce qui le fit vouloir le rencontrer). Et qui, rappelant le méchant propos d’un poète d’alors au sujet des textes de Michel Mourot qu’il qualifiait de « galimatias », dit que l’auteur, lui, ne prenait pas cela péjorativement, car il y retrouvait la qualité (donc au contraire de l’intention négative) de sa démarche de déconstruction. James Sacré, montre justement, à partir de cela
 (rejoignant la lecture de Christian Travaux) la force littéraire de ces biffures et cassures - car elles sont conscientes, et nommées dans les poèmes (« gestes foudroyés », « séisme »). Oui, il y a toujours des gens qui veulent avec arrogance juger les autres sans les comprendre… Et, à l’inverse, des écrivains se faisant lecteurs pour révéler ce qu’ils reconnaissent dans une œuvre, comme ceux-ci dans ce numéro.
 
Michel Mourot affirme une volonté formelle de la destruction des normes du poème, tout en cherchant avec obstination à construire, à structurer le poème et le recueil (on voit des plans divers et des variantes), en défaisant et reprenant autrement l’ordre et les titres. Il bouscule, crée des scansions, des heurts, met des signes, des chiffres, des parenthèses…
Parenthèses. J’aime ce mode de pensée, car c’en est un, où on inscrit ainsi l’in-fini (le non fini) d’une interrogation sur le sens. Façon de dire que rien n’est figé, qu’il y a encore autre chose à dire. Et même s’il n’y a rien de noté, juste le signe, la parenthèse est l’inscription d’une digression intérieure, la pause dans la pensée pour plus de pensée (ou au contraire la méfiance de ce qui serait un « trop » de pensée). Et simplement l’espace suggéré du regard non transcrit. Le photographe en lui sait qu’il ne peut tout dire de la vue, que la poésie est visuelle mais échappe cependant à une totalité illusoire de la captation des images. Entre la poésie et la photographie Denis Roche mettait un « parce que » liant les deux créations, l’une imposant l’autre. J’ai l’impression que, quoi que puisse être une possible concordance entre eux (puisque Michel Mourot connut et apprécia l’oeuvre de Denis Roche) c’est différent. Je crois que ce serait, là, un « malgré ». La poésie malgré la photographie, et inversement. Tension : « Cerner le lieu, qu’y puis-je ? ». Mais de toute façon l’œil est omniprésent. Écrivant c’est parfois comme s’il frottait les mots pour les user et en faire sortir le visible, rien que le visible, à force d’effacer le reste : « Les abréviations sont des mots foudroyés ». (Poète foudroyé ?).
 
J’aime, dans les trois photographies proposées, que ce soit matière d’eau, présence du sol, « matière-fantôme » : « Je photographie la pluie » écrit-il. Et : « la voix nous vient des pierres. / on n’échappe pas au sol. » Il va loin, dans ce sens : « l’écriture me vient des pieds ». Peut-être car ainsi il poursuit l’auscultation du réel et de soi, mais pas devant une table. Saisir la topographie des lieux comme il trace une typographie heurtée. Démultiplier les cadres du réel en marchant, car les regards successifs impriment des images en surimpression, et cela dérange l’immobilité, les certitudes sur ce qui est. Alors que l’immobilité peut faire mentir la perception. Ainsi il déchiffre les « cicatrices de la terre » et choisit «  Plutôt l’incertitude ».
 
Pour moi c’est une rencontre majeure que cette lecture. Émue devant des proximités étonnantes (en ce qui concerne la photographie et ce qu’on peut dire de la photographie). Moi avec ma série de flaques, fascinée par ces surfaces d’eau, ce qu’elles révèlent. Mes ombres sur le sol, et ma réflexion sur ce rapport au sol, à la surface. Mais j’aimerais que des photos de lui soient regroupées dans un livre (avec ce qu’il a pu écrire sur la photographie et le regard, dont les citations lues dans À L’index, à ce sujet). 
 
J’aurais aimé le citer beaucoup plus, tant j’ai apprécié de passages des textes. Mais il y a la revue pour les lire… 
 
MC San Juan
 
Réponse au commentaire (transmise aussi directement).
Merci, Michel, pour ce retour. C'est précieux, quand on écrit sur le travail des autres, que savoir comment ils reçoivent cette lecture. Ces recensions sont l'autre face de mon écriture, qui compte, car la lecture est au sommet des pratiques préalables à la création, pour moi. J'ai aimé ce dossier, beaucoup, car il traite de questions qui me sont intimes, et l'art double de Michel Mourot est celui d'un frère en regard. Les auteurs qui ont ouvert, avec art, le sens profond de sa démarche ont fait oeuvre juste.
Et, oui, il manque un paragraphe sur le CD, la voix. Je le ferai, plus tard (date incertaine, car serai longtemps loin du CD...).
 
LIENS... 
Sur une conférence (à Reims) autour de ce numéro d’À L’Index…Texte introductif.
Bio-bibliographie, liste des livres (dont plusieurs à rééditer…).
À L’Index N° 38
Commande : Le livre à dire, Jean-Claude Tardif, 11 rue du Stade, 76133 Épouville. Le dossier, et le CD associé (voix de l’auteur) 17€

24/06/2019

"Simplement... Presque blanc...". Lire la poésie de Jean-Claude Tardif

simplement presque blanc,jean-claude tardif,poésie,maurice blanchot,eugène guiilevic,jean-louis giovanonni,werner lambersy,philippe claudelJ’écris / pour oublier la parole

              Je parle 
pour écrire simplement
      plus haut dans l’air
        Jean-Claude Tardif
 Simplement… Presque blanc… (Éditinter éds. 2018). 
 
Le titre du recueil est l’affirmation d’une exigence, qu’on peut comprendre, première lecture, comme une poétique humble. 
Que signifie « simplement » ? Est-ce une manière de dire « Ce n’est que cela » ? Ou de dire « Il n’y a rien à ajouter  sur ce qui est offert ici en lecture : c’est juste posé, donné, sans volonté de complexification artificielle » ? J’y lis une éthique inverse de l’arrogance. Par un auteur qui a une très vaste culture poétique et une conscience aiguë de ce qu’est écrire.
Et « Presque » ? C’est le mot de l’intervalle entre ce qui est là et pas tout à fait là. Le mot de la marge, justement pour qualifier le « blanc », terme polysémique en poésie, mais aussi blanc des marges, quand le poème est dense, volontairement fragmentaire. « Presque » est l’adverbe du poétique, où le sens doit être évocation ouverte plus qu’affirmation fermée. Pour que le lecteur assume la part de co-création du texte.
 
simplement presque blanc,jean-claude tardif,poésie,maurice blanchot,eugène guiilevic,jean-louis giovanonni,werner lambersy,philippe claudelLe « blanc » est-il ici en rapport avec le « neutre » de Maurice Blanchot ? L’écriture neutre. Je trouve qu’il y a des points communs. Car le recueil expose effectivement cet écart entre les mots et les choses, les mots et soi, et cette idée du « rien » radical qu’oppose le monde, la vie, le corps, et la mort au désir du poète de saisir le réel avec les mots. Comme si écrire se voulait conscience d’impossible, savoir d’un échec joué d’avance. On n’arrivera jamais au plein du sens avec nos mots. Et personne ne le peut. Ce qui fait la valeur d’une écriture est précisément ce savoir, donc la capacité d’écrire dans les marges entre le vide et le plein du sens et des choses. Distance, ce blanc, prise avec les émotions, avec les concepts trop proches des certitudes, et métaphore du silence, dont il est dit, en entrée (épigraphe d'une ligne, seule sur la page) qu’il est aussi dans les mots (pas seulement entre les mots). Puisque les mots ne portent pas tout le sens. (Et c’est pourquoi il faut la poésie, qui est cette entreprise qui sait l’impossible et l’affronte en inventant un autre rapport avec le langage.)  
 
simplement presque blanc,jean-claude tardif,poésie,maurice blanchot,eugène guiilevic,jean-louis giovanonni,werner lambersy,philippe claudelParce que l’être humain est coupé, ontologiquement, de la parole fondatrice (« Au commencement / était le verbe dit-on / / / mais juste après… »)… 
Mais aussi parce que sont problématiques les réalités de notre modernité dans le rapport au « dire vrai « , en général. Cela c’est le contexte de toute expression consciente. Mais plus encore pour la poésie, car elle va plus loin que toute parole, que toute écriture, dans son rapport avec les ombres et les lumières tapies dans notre inconscient. 
 
simplement presque blanc,jean-claude tardif,poésie,maurice blanchot,eugène guiilevic,jean-louis giovanonni,werner lambersy,philippe claudelLa triple dédicace du recueil donne aussi une orientation. Eugène Guiilevic, d’abord. Ou hommage à un art poétique qui porte une réflexion sur le rapport au réel, la capacité (et la nécessité) de douter des repères que sont
le temps, l’espace, les choses (« Art poétique »,  rééd., Poésie/Gallimard simplement presque blanc,jean-claude tardif,poésie,maurice blanchot,eugène guiilevic,jean-louis giovanonni,werner lambersy,philippe claudel2001). (Donc un positionnement dans cet intervalle du « presque »). Volonté de lucidité. Puis Jean-Louis Giovanonni (qui a, en plus, dirigé un travail collectif sur Guillevic…), ou un maître de l’écriture fragmentaire, aphoristique. Et dont les questionnements rejoignent cette lucidité de Guillevic, l’interrogation sur la difficulté de nommer au risque de perdre ce qu’on nomme. Et
simplement presque blanc,jean-claude tardif,poésie,maurice blanchot,eugène guiilevic,jean-louis giovanonni,werner lambersy,philippe claudelenfin Werner Lambersy, immense poète dont l’avant-propos à son anthologie poétique (publiée chez Actes sud en 2004, «  L’éternité est un battement de cils », superbe titre ) est un magnifique manifeste d’art poétique où la lucidité, là encore, est première. Mais j’en retiens une injonction : « laisser faire  le poème »,        « ne pas s’interposer ». Peut-être est-ce là aussi le sens de ce « simplement » : une pratique de l’écriture dans un lâcher-prise, l’acceptation de ce qui vient, puis la distance. Je crois que la pensée de Krishnamurti que Werner Lambersy cite dans cet avant-propos pourrait être co-signée aussi par Jean-Claude Tardif : « Si on ne peut pas donner rendez-vous au vent, on peut toujours laisser la fenêtre ouverte. ». Oui, les dédicaces sont éclairantes. Et, pour mieux saisir ces parentés profondes entre des univers d’écrivains, lire d’eux ces livres. Et de Jean-Louis Giovanonni ce peut être aussi le récent «  L’air cicatrise vite » (éd. Unes, 2019), car il rejoint complètement les thématiques en question, en suivant d’un an à peu près le livre de Jean-Claude Tardif). Des mondes frères.  
 
Premier poème du recueil, le temps, mais celui, infime, entre une seconde et une autre, ce « rien ». Puis, page suivante, poème bref de trois vers, une question devant le miroir. Et la réponse qui suit, autre page, c’est encore le « rien ». Moi, en lectrice des taoïstes et bouddhistes, j’y vois une parenté philosophique (peu importe si lui la voit ou pas, le questionnement est là). Conscience du vide et volonté de le dire. Un constat, mais dans les sagesses évoquées c’est aussi un objectif, pour être capable de se déprendre du « moi » qui nous encombre, alors que nous pouvons savoir que peut-être dans le miroir il n’y a rien, le réel ultime étant autre, même nous. D’ailleurs il le dit : «  En soi / se retirer / de soi / et plus encore /// comme  / si le néant voulait dire / quelque chose ». 
 
Le mot « silence » revient souvent dans ces pages, ce « trou blanc ». Et la méfiance devant les mots qui induisent en erreur et deviennent « cendres » / « sur la peau », mémoires paradoxales de douceurs heureuses. Notre vie a un rapport avec la mort et l’écriture en est la dépositaire. Si le mot juste échappe, alors il faut exiger plus, dit-il, en parlant de hauteur, et aller chercher à extirper le silence du corps même, celui qui s’insinue.. Exercice lucide de regard sur le rapport avec soi et le langage, la parole qui pout mentir. Cela passe par la peau, le corps. Il faut déchiffrer les traces dehors et dedans. Se taire peut être parfois proche du cri. Dire proche du masque. 
 
Le blanc n’est pas que la marge ou le neutre, il est la non-couleur (la couleur, ce « mythe »), et le non-savoir reconnu. Écrire un poème est une entreprise de lutte avec le silence, aussi, et avec les mots qui pénètrent et bousculent notre être intime. Car les saisir c’est être traversé par eux, donc changé. Écrire « un » poème. En sous-titre c’est noté « poème(s) », car les poèmes brefs tissent « un » poème, une méditation suivie.
 
À l’inverse du blanc, dernier poème, autre non-couleur, le noir du point, d’une mouche sur un drap, d’une tache sur la peau. Ce reste qui emplit le vide en dehors du blanc, et qui est aussi l’espace de la mort. Ce dernier poème renvoie au premier, faisant penser au temps : « rien / si peu /// et pourtant ». Et pourtant toutes nos vies… La boucle du temps, structure circulaire du recueil. 
 
Impossible, pour moi, de ne pas rapprocher ce livre de deux autres de Jean-Claude Tardif. Les titres trahissent la proximité des thèmes, en tout cas de certains, car chaque livre a sa logique, sa nécessité. D’abord «  La vie blanchit » , éd. La Dragonne, 2014. Thématique du silence, aussi. Mais présence de gens, de lieux revisités, simplement presque blanc,jean-claude tardif,poésie,maurice blanchot,eugène guiilevic,jean-louis giovanonni,werner lambersy,philippe claudelréflexion sur la vie, la mort, la mémoire et l’oubli. (Un recueil où on entre facilement, car il fait le récit de moments du quotidien, des émotions du quotidien). Qu’est-ce qui blanchit ? Peut-être le temps. Peut-être quelque chose en nous qui se glace parfois devant les séparations, les pertes, ce qui disparaît, n’est plus. Ensuite « Nuitamment », Cadex Éds., 2001. La nuit n’est pas le noir du recueil actuel, mais le temps de l’intime, de l’amour (belle préface, une page, de Marcel Moreau). Donc le sombre peut avoir une autre signification, et le noir, dans ce livre, n’est pas non-couleur. En exergue au recueil, Baudelaire : «  Ceux qui savent, me devinent ». 
Je garde une tendresse particulière pour le recueil dont j’ai fait une recension antérieurement, « L’homme de peu ». Je mets ci-dessous le lien vers la note. C’est de ce livre que Philippe Claudel a pris une citation pour l’exergue de son roman «  Les Âmes grises »… 
 
MC San Juan
..................................................
Livres de Jean-Claude Tardif chez Éditinter, dont celui-ci (tout en bas, car 2018), disponible pour 8 €. Résumés, présentations, sur la page de l’édition… .
Ma NOTE du 17-07-2018 sur « L’homme de peu »…

23/06/2019

"Pour un éloge de l'impossible". Miguel Casado traduit et présenté par Roberto San Geroteo

CASADO.jpgEl día escinde la percepción / al colorear la tierra.

     Le jour scinde la perception
     en coloriant la terre.
.
                     (…) este extraño
elogio de lo imposible
que acompaña al que no supo detenerse.
                     (…) cet étrange
éloge de l’impossible
qui accompagne celui qui n’a pas su s’arrêter. 
      Miguel Casado (traduit par Roberto San Geroteo)
.            
 
Ce livre, bilingue, publié en 2017 par À L’Index (Jean-Claude Tardif éditeur, Le livre à dire) dans la collection Le Tire-langue (traductions) est un choix de poèmes de Miguel Casado, allant de 1985 à 2015. Le choix des textes, la traduction, et l’introduction sont de Roberto San Geroteo, poète et traducteur (Valdès, Gamoneda… etc.).
Miguel Casado est poète, essayiste, critique, et traducteur (de Verlaine, Rimbaud, Ponge, Noël, San Geroteo… etc.). 
L’introduction permet de découvrir l’itinéraire de l’auteur. L’accent est mis sur l’ancrage du poète dans une conscience historique et donne des clés de lecture, qui m’intéressent particulièrement, dont une qui a un rapport avec le regard. Le cinéma est très présent dans les références de Miguel Casado, inspiré par des films, dont Faux mouvement de Win Wenders. Ce lien avec Wenders rejoint la question de l’ancrage dans le réel, car celui-ci, dans son livre Emotion pictures, fait le procès des images qui mentent (truquées, fabriquées), travestissant le réel. Cette référence n’est pas anodine, elle dit une parenté intellectuelle et esthétique, une exigence éthique. Je note aussi la mention de Kandinsky, dans les oeuvres qui inspirent aussi l’écrivain. Ceci interroge autrement (tout en confirmant l’importance du regard pour le poète). Car, si Roberto San Geroteo insiste sur le rapport au réel et à l’Histoire, en ajoutant que cette écriture ne cherche « aucune sorte de transcendance », Wassily Kandinsky, lui, est l’auteur du livre « Du spirituel dans l’art et dans la peinture en particulier ». Le mot spirituel est polysémique, certes, mais mène cependant à la prise en compte d’une dimension de l’humain qui transcende, en quelque sorte, le rapport au quotidien, le rapport aux choses. Cette proximité signe une complexité, un possible paradoxe, et c’est intéressant aussi. 
L’essentiel reste l’importance du regard. Or ce poète a un regard de peintre : les couleurs sont partout dans ses textes, partout une « matière » visuelle, aussi. D’ailleurs une de ses publications est titrée « Pour une théorie de la couleur ».
Enfin, autre référence, L’Étranger d’Albert Camus. Clé, cette fois, pour saisir le questionnement de l’auteur sur ce réel qu’il interroge et peint avec ses mots, et sur la conscience d’être soi et autre en même temps. Rencontre camusienne pas étonnante, et pas seulement en rapport avec le thème de l’étrangeté à soi-même. Pour un poète espagnol, l’hispanité assumée de Camus est une porte d’entrée dans son oeuvre. Un titre de Miguel Casado, parmi les essais sur la poésie, est « L’expérience de l’étranger ». Ne l’ayant pas lu je ne peux que supposer comment la question du rapport à l’autre, étranger à soi, et à l’autre en soi, peut intervenir dans la théorie de la poésie. Mais il est vrai que l’enjeu de la poésie est de scruter les failles du sens : c’est donc complètement lié. (Il ne reste plus qu’à lire l’essai…). 
Autre essai, je note, dans la bibliographie, un titre qui est un programme théorique et pratique, « La poésie en tant que pensée ». Penser à partir du fait d’écrire, le poème comme matrice conceptuelle. 
 
En ouvrant le livre, dès les premières pages des notations de couleur.
« (…) des franges de bleu entre les nuages », ou l’eau verte, mais « à peine ». Couleurs esquissées, légères, subtiles (souvent) ou franches, nettes, fortes (plus rarement), tout le livre est peinture. Ce qui est vu est aussi ce qui s’entend. Comme si les « sons végétaux », venant de l’eau, entraient dans le paysage. Et « quelque chose », dit-il, « suggère la fiction du mouvement » (« Faux mouvement » de Wenders ?). Comme si le poète-peintre était en même temps celui qui se méfie du narratif de ce qui est regardé, pour ne pas être piégé par les apparences. Il regarde, il peint, et il pense, en décalage immédiat de lucidité. C’est passionnant de constater cette rigueur de la distance prise avec son propre regard. Page qui suit je remarque le mot « simulacre » (au sens pluriel, tout étant, là, dans ce moment, simulacre). C’est venu de l’absence de couleur sur « certains versants », la nudité du « rien ». Ce n’est pas du silence, dit-il, et pourtant c’est un monde « muet ». Retrait intérieur par rapport à la nature qui ne donne pas, ou semble ne pas donner, dans cet instant en tout cas, sa place au vivant qui regarde, à l’humain. 
Couleurs, encore. Le noir loin de la lampe, métaphore d’une angoisse cependant. Puis le bleu de la plaine, le gris de la mer. Même fumer est l’occasion de parler de couleur, de créer un tableau. Cigarettes d’autrefois, et cigarettes actuelles. Le papier, le filtre. Ou, ailleurs, couleur brune de la terre, et verte d’une source, ou sombre des nuages et de la pluie. Et la fumée bleue qui semble être la brume sur le paysage, puis l’orange des arbres (feuilles d’automne peut-être, ou reflet d’un soleil couchant). Même le vent semble avoir une couleur ou créer de la couleur. Et enfin l’écriture elle-même est vue, graphie noire et traces d’encre. 
La couleur est aussi matière qui peut se toucher. Terre, sable, poussière, pierres, bois, feuilles… L’eau, le végétal. Comme dans les livres d’artistes où des éléments concrets sont posés, collés.
Je tourne les pages, je reviens en arrière, au tout début. L’étranger est là, l’autre en soi. Il parle de se « reconnaître », et de l’étrangeté de ce ressenti, soi présent qui ne ressemble pas à soi du passé. La distance avec lui-même est aussi dans « l’opacité des images ». Dehors et dedans se rejoignent, le monde visible et la conscience de soi. Il oppose, ensuite, et mêle, « authenticité » et « imposture » des actes et des rêves de la vie. Exercice de lucidité au fil des poèmes. Réflexion sur la mémoire et ses « silences ». Plus loin il parle à ce sujet d’un « exil » (par rapport à soi). Se souvenir est lié à cet exil de soi, des choses du passé qui ne sont plus. Expérience personnelle d’un vide de sens dont il n’attend rien, dans les moments de tristesse devant la dégradation des lieux, des choses et des corps (le sien compris).
Regard. Sans regard pas d’identité, de conscience de soi. Perte des choses et perte de la conscience de soi si le concret n'est plus un repère. (Cela évoque Ponge qu’il a traduit : poser le réel par les objets à saisir, voir, décrire, et ainsi exister).
Regard. 
Car « Ce qui est consistant et ne ment pas » c’est cela, « l’émotion du regard » associée au « contact ambigu des pierres » dans la marche.
Dans le dernier texte de cette anthologie, « Autoportrait au miroir », il exprime un regret, un paradoxe. D’un côté « toute la vie à regarder ». De l’autre la myopie, « ces yeux creux et voilés », « ces yeux qui ne voient pas ». Or peut-être est-ce justement cette myopie qui lui a fait regarder le monde en peintre, et écrire en peintre. Car la myopie c’est le flou. Gilbert Lascault, lui, myope aussi, en a fait une force pour penser autrement l’esthétique (celle du peu, de l’impur, du dispersé : lire l’introduction de ses « Écrits timides sur le visible » ). Et dans une thèse sur le flou, « Un 'éloge du flou' dans et par la photographie »  (titre que certains traduisent en éloge de la myopie) Julia Elchinger montre en quoi le regard flou est plus juste, finalement. Citation : «  Dans la nature, les choses ne sont pas fixes. Et le flou en traduit les vibrations. Le flou frotte les choses entre elles, qui se confondent alors avec tout leur environnement. De ce fait le flou harmonise la vision, bien plus que la netteté ne le fait, puisqu’au contraire elle sépare tout. Donc nous voyons plus selon la vision floue, impressionniste, que selon la vision nette de l’art classique. » 
 
Pour conclure, très beau recueil anthologique, fine traduction de poète à poète. La bonne manière pour entrer dans l’oeuvre de Miguel Casado et avoir envie d’aller plus loin dans la lecture…
 
MC San Juan
………………. ...............................................................................................
LIENS
Accueil édition...
Note éditeur sur le recueil et l’auteur… 
Commande : Le livre à dire, Jean-Claude Tardif, 11 rue du Stade, 76133 Épouville. Le recueil bilingue, 17€

06/05/2019

3. À L’Index n°37. Se relire, Noir sur noir, soleil... Donc retourner sur les traces de soi et de plus que soi…

A INDEX.jpgTout ce que nos yeux ont vu et que l’esprit ne parvient pas à comprendre.

 Margherita Guidacci

 

Nous qui doutons à une encablure de nous-mêmes  

Ermites ultimes ou migrateurs du sang. 

Jamel-Eddine Bencheikh

J’ai autre chose à dire avant d’en arriver à la relecture de moi-même, et à me citer. Exercice un peu difficile, parce qu’il faut mettre au dehors des textes du dedans, même s’ils parlent du hors soi tout autant, et alors, pourtant, qu’ils sont déjà dehors, puisque sur les pages d’une revue… (Relire… Si relecture on peut dire, plutôt peut-être détour en marge, un peu à la façon d’Amin Maalouf pour la mer, dont il dit aimer rester sur le rivage, marcher au bord plutôt qu’affronter les flots et le grand large. Le grand large de soi, de ce qu’on écrit, c’est écrit, ce qui dut être affronté des mémoires et des rêves, de l’écriture en train d’advenir, c’est fait, c’est là.)

Je veux revenir sur le frontispice de la revue, que j’avais déjà commenté il y a longtemps (mais je ne sais plus ce que je disais, ancienne note). Cette vignette créée par Yves Barbier est une absolue réussite, car elle donne matière à interprétation et vaut manifeste. Dans un rectangle, qui peut figurer une page, une silhouette androgyne pousse une spirale, ou la suit en courant, à moins qu’elle ne lui résiste, reculant. J’y vois le poète qui trace ses signes, en alphabet archaïque, originel, et qui les déchiffre (ou déchiffre en lui ce qui émerge de lettres et de mots). Signe spirale ou Terre, pour le poète qui garde le lien avec le monde, cette planète ronde et son feu central, et nous dans ce circulaire cosmos des galaxies, dont Hubert Reeves dit que nous sommes "poussières d’étoiles". La main touche la surface. La silhouette danse un peu, le cercle est peut-être aussi un cerceau, celui du jeu, pour garder l’esprit d’enfance et faire de la poésie une divinité intérieure "qui saurait danser" (Friedrich Nietzsche…). Ou c’est un fil lancé comme un lasso pour attraper mots et sens, ou s’attraper soi-même, et faire naître la possibilité d’accepter cette "salve" dont parle Henri Pichette cité par Jean-Claude Tardif. Je vois aussi une surimpression de O, cercle symbole de ce qui fait chercher et créer un centre (de soi, d’un texte, d’une oeuvre visuelle)... Mais j’y ai vu aussi l’immense et lourde pierre que Sisyphe pousse jusqu’au sommet qu’il doit atteindre, et inlassablement recommence encore à gravir, encore et encore. Car si l’élan est là, qui fait créer, si la page est tracée, encore faut-il qu’elle sorte du rectangle. Et si la "présence au monde" (Jean-Pierre Chérès) fait s’impliquer celui qui écrit (celle), celui qui se sait "embarqué" (Albert Camus), il peut désespérer devant son impuissance. Désespoir, quand l’obscurantisme et la violence règnent, qu'on sent que ce qui ressemble au fascisme guette, et que cela menace toute possibilité d’entrer dans le silence de l’intériorité. On tend d’aller vers le sommet de soi-même, et tout bouscule et ramène aux réalités triviales. Redescendre, reprendre l’ascension.

Il y a des phrases d'Albert Camus qui m’aident à faire la paix avec ce questionnement tellement mien, intime. J’y reconnais ce grand écart intérieur, que j’ai toujours choisi de garder, mais qui m’a fait choisir longtemps d’être surtout celle qui est "embarquée" plutôt que celle qui prend le temps de montrer l’autre part créatrice. C’est le temps qui déchire. Camus, d’abord, cite Emerson : "Tout mur est une porte" (merveilleuse formule). Et il commente ainsi : "Ne cherchons pas la porte, et l’issue, ailleurs que dans le mur contre lequel nous vivons. Cherchons au contraire le répit où il se trouve, je veux dire au milieu de la bataille. Car selon moi il s’y trouve." (Discours de Suède, 1957). Ailleurs il cite Pascal, en exergue des Lettres à un ami allemand : "On ne montre pas sa grandeur pour être à une extrémité, mais bien en touchant les deux à la fois." (Et tout le livre illustre cette vérité éthique). Cela rejoint d’ailleurs ce que dit Jean-Claude Tardif sur ce qui est vécu en dehors des "salves" de la création : l’ordinaire des vies et des engagements.

Donc. Retour à mes poèmes du numéro 37. Ils font aussi ce grand écart d’une "extrémité" à l’autre "en touchant les deux à la fois" (merci, Pascal). Comme je le fais pour tout ce que j’écris et choisis de vivre. Ils sont en prose, le deuxième alternant fragments en prose et vers isolés, le premier n’ayant que peu de vers seuls, à la fin. 

J’ai cinq sortes d’écriture, différences formelles mais unité intérieure. 

… Celle du blog, ou des posts, prose qui commente ou lutte. (Et j’y tiens). C’est un outil d’implication, d’une part, de méditation, d’autre part (notamment avec les recensions, réflexion intense), quand la pétitionnaire ‘embarquée’ s’arrête. C’est un exercice d’écriture, une mise en état d’écriture, donc de l’écriture, tout simplement. (Je la retrouve dans ce que j’ai donné à la revue Mémoire plurielle, par exemple).

… Celle des poèmes en prose, pour tout un ensemble (comme les textes dans les numéros d’À L’Index). Pour le souffle, le mouvement qui va (et une parole d’émotion qui a besoin du "large").

… Celle des poèmes en vers libres (comme ceux parus dans Les Cahiers du Sens). Une écriture plus ciselée, qui travaille sur le silence.

… Celle des fragments poétiques (comme les "36 choses à faire avant de mourir" édités par pré#carrré). Choix du minimal, des miniatures. Celle-ci étant aussi l’écriture des aphorismes (eux sont dans la longue épreuve du tiroir, c’est-à-dire sur un fichier sauvegardé, tiroir actuel). 

… Celle de la photographe, que je suis aussi. Écrire PAR la photographie et SUR ce qu’est, pour moi, photographier. Écrire "sur" est aussi important, pour l’acte de photographier, que le temps du regard. Il y a interférence. Je l’ai fait pour un dossier sur une série de feuillages d’ombres (dans la revue Babel heureuse : "Peindre sans peindre, et soi dans l’ombre et les ombres..."), et je suis en train d'achever de le faire pour un projet en chantier. C’est mon "art poético-photographique".

Donc, ici, numéro 37, deux textes. Et des exergues. Sans doute trop d’exergues. Mais j’aime ces croisements avec les écritures des autres qui comptent, et dont les citations font manifeste esthétique et éthique. Je n’en ai gardé ici que deux, au début de cette note. 

J’ai ajouté une dédicace au premier poème. Pour, à partir de mémoires anciennes, réactiver les faits passés dans l’écoute des drames du présent.

Un paragraphe où j’évoque les prisonniers, les torturés, les "plaies du monde", les noirceurs de notre humanité. 

Car comment pourrais-je écrire sur quoi que ce soit en oubliant que le très jeune Ali Al Nimr peut être exécuté d’un jour à l’autre en Arabie saoudite, lui qui attend dans le couloir de la mort pour avoir manifesté un jour avec un rêve de démocratie ? Quand je sais que le poète palestinien Ashraf Fayad (qu’on a sauvé de l’exécution par nos actions) y est toujours prisonnier, condamné pour des poèmes ? Quand je sais qu’au Yémen des gens meurent de faim, quand ils ne meurent pas sous les bombes ? Sans parler des Rohingyas persécutés en Birmanie, des Ouïghours musulmans opprimés en Chine, des chrétiens et des juifs tués (parce que chrétiens et parce que juifs). Non, d’abord faire comme Anna Akhmatova affirme le pouvoir. DIRE. Parce que les mots le peuvent. Et trouver la porte dans le mur. C’est ce que j’ai voulu inscrire dans ces poèmes, même si les bribes citées là en rendent difficilement compte. J’ai tenu à faire cela, et le reste : les deux bouts des fils.

Mais l’autre extrémité du fil tiré en moi, c’est, presque, un univers étranger à mon regard sur les douleurs du réel de tous. C’est la parole de la méditante qui lit les mystiques et les philosophes de la haute conscience (avec ou sans dieux), et réussit parfois à s’abstraire du bruit du monde. Celle qui contemple le beau, et écoute le chant des sages. Celle qui pourrait être un ermite heureux. 

Dans ces mêmes poèmes cela passe aussi, par bribes, par évocations glissées. Et dans certains autres, encore plus, avec la joie d’être, de sentir; de voir.

En photographie c'est différent. Je choisis l’abstraction graphique, ou la distance des rues (street photography), les signes sans visages et douleurs, une autre présence de l’humain, par les marques qu’il laisse sur le réel. Et je peins "sans peindre". Si je n’avais pas les mots j’aurais peut-être choisi de montrer ce qui fait mal. Mais j’ai les mots. Donc la photographie est un regard libre de capter des formes, et la joie de ce qui est. Préservé.

Dans mes textes je mets parfois, comme des petits cailloux pour retrouver un chemin de racines, des mots d’espagnol, des bribes de phrases. Et je ne traduis pas souvent. Une signature.

………………………………………….......................................

CITATIONS

Litanie pour juillet plusieurs fois, plusieurs fois tous les temps…

Aujourd’hui je ne me souviens pas. Je ne me souviens pas d’hier, seulement du plus lointain de la mémoire, d’une pluie de sable, d’une pluie d’instants.

Nuages. Comme brouillard sur l’écran des yeux. Très douce la parole du passé, très douce.

Douce et violente de la violence des exils, douce de la déchirure des langues, douce du froissement du papier de soie autour du texte offert par l’étrangère, en cette intime voix du dedans.

(…)

Je ne me souviens plus, je danse. Je danse sur des cadavres, je marche sur des charniers, j’habite des immondices mémoriels, je dors sur de la cendre. Et douce, douce, est la cendre.

Soleil je bois, en coulées d’averses. Non, je ne bois pas l’or, soleil, je cherche l’ombre qui brûle. Je la chante, sanglant oublieux, je la cherche.

(…)

Gargoulette fantasmatique, inutile de tendre les lèvres vers une image, ou de poser les paumes sur un souvenir de fraîcheur, la soif reste, et les mots, dans l’incandescence des mains. De ne pas savoir je me souviens.

(…)

Vers un ailleurs qui sait, lointain rivage.

Buscar. Buscar la luz. 

L’étrangère aussi, en soi sait peut-être… Elle.

……………...........

Noir sur noir, soleil

Il y a des êtres qui sont séparés par des frontières dressées.

Séparés aussi d’eux-mêmes.

Mais ils marchent, le regard à l’horizon, cherchant à rejoindre leur indicible étrangeté. Ecrivant des douleurs inguérissables, des colères enfouies, celles qui rongent et tuent, oblitèrent l’âme. Fouillent, libèrent, réparent. Trouvent l’indicible et l’étrange, la part universelle. Noir sur noir.

(…)

Tourner autour de la ville, dans la poussière.

Oublier. Olvidar ?

(...)

Croix, croissant, étoile. Redire et redire. Appel des sages… Espérance soufie.

(...)

Femme magicienne, viens enlever le feu du feu.

(...)

Rêve, enfant, rêve… 

Et ne traverse pas encore des mers infranchissables.

..................................

Recension (et auto-recension...) MC San Juan

...................................................................................................................................................

LIENS

Vers la note de parution (et informations pour se procurer la revue)... http://lelivreadire.blogspot.com/2018/09/a-lindex-n37-paraitre-en-octobre.html
et infos diverses... 
À L’Index éditeur de livres. Coll. Les Plaquettes (recueils, textes et photographies ou dessins ou encres). Même lien, livres publiés comme hors série (hors abonnement) de la revue. Ainsi "Quelqu'un d'absent", de François Vignes.
Commande : Le livre à dire, Jean-Claude Tardif, 11 rue du Stade, 76133 Épouville. La revue, 17€, port compris.

03/05/2019

1. À L'INDEX n°37. Faire revue (Jean-Claude Tardif). Donc offrir la poésie "à la présence du monde" (Jean-Pierre Chérès).

à l’index,à l’index 37,poésie,jean-claude tardif,jean-pierre chérès,henri pichette,lelivreadire.blogspot.com,le livre à dire"Pour moi le poète n'est qu'un instant, une fugacité, un mot égaré qui nous grandit, nous fait advenir. La seconde d'après il redevient vulgum pecus, factotum, quidam et citoyen ; homme ordinaire dans une vie qui l'est tout autant. C'est cet instant, ce souffle court qui le travaille, le taraude et le projette brièvement ailleurs qui le fait et le gardera poète."
 Jean-Claude Tardif, "Au doigt et à l'oeil" (Avant-propos)
 
Je pose enfin la recension de ce numéro de la revue A L’Index, qui m’est particulièrement chère. Alors que le numéro suivant vient de sortir (passionnant dossier sur Michel Mourot, photographe et écrivain). Pourquoi ce décalage de temps ? Je sais et ne sais pas. Des tas de travaux en retard, dont certains demandent beaucoup de silence, de temps de regard intérieur (dont intense réflexion sur l’art photographique : mon art poético-photographique, pour un projet en chantier). Et il y a, dans l’écriture, des moments de maturation où il faut accepter de ne rien faire. 
Mais, réflexion faite, et après relecture des textes et poèmes que je préfère, je crois y être entrée autrement, plus que je n’aurais pu le faire avant. Lire et oublier, même soi (sa propre écriture...), puis relire, c’est toujours autrement, et plus. 
 
J’occupe une dizaine de pages dans ce numéro, avec deux amples poèmes, dont je noterai les titres et des bribes,  à la fin de ma recension en trois notes. (Lien avec cette revue, et son esprit, depuis 2013, moment où je fus invitée à partager  ce "lieu" d’écriture, avec d’autres qui le fréquentaient depuis longtemps. De ces rencontres heureuses, qui comptent...). 
 
Ici, comme toujours, l’introduction de l’éditeur (et écrivain) Jean-Claude Tardif. Et, comme à chaque fois que je lis son avant-propos, je pense que regrouper toutes ces pages ferait un passionnant livre sur la poésie, sur les questions que se pose qui écrit et publie. 
Il dit une triple réalité. Et le lisant, le relisant, j’en profite pour réfléchir encore à ce qu’est écrire. C’est cela que les textes provoquent : penser à partir d’eux.
Il exprime une lassitude, d’abord, sans doute celle de celui qui est sollicité par l’envoi de textes qu’il peut ne pas aimer. Lassitude qui fait écho à la mienne (autre, car autre vécu) devant la multitude de poèmes que donnent à lire, sur divers réseaux sociaux ou blogs, leurs auteurs. Textes majoritairement décevants par leur médiocrité, mais souvent adulés par des lecteurs rapides (montrant qu’ils aiment pour être aimés aussi ?). Phrases jetées dans l’écriture du jour, loin du silence et de l’épreuve du tiroir. Trop de textes (pourquoi tant quand l’oeuvre de très grands tient parfois en trois ou quatre livres essentiels?). Et ce qui est regrettable c’est aussi que des diamants sont perdus dans la masse. Mais eux viennent, ces diamants, sauf exception, de publications annoncées, citations pour dire un recueil, passé, lui, par le temps du tiroir et le comité de lecture, ou le regard d’un éditeur. On ne peut lire des masses de pages (ou il faudrait choisir de sacrifier les livres). Et que devient le regard sur le monde, cette présence au monde chère à l’équipe de la revue À L’Index ? Et voilà que relire le questionnement de Jean-Claude Tardif (présent ici, sur ce blog, par une recension de livre, en plus de celles de la revue, et présent bientôt par d’autres lectures en attente - car écriture qui compte), voilà que cela me ramène à des questionnements et à des paradoxes. Car si d’autres montrent trop je suis (peut-être) dans un excès contraire. Et de ces réseaux sociaux en partie problématiques (ou de ces blogs) j’ai reçu aussi l’émerveillement de très belles découvertes : écritures authentiques, lumineuses, dont on sent l’exigence méditée (même si c'est peut-être un texte écrit l'instant d'avant). 
Jean-Claude tardif, dans ce qu’il dit de cette sorte de lassitude, parle de "moulins infatués" (ceux qui sollicitent, sans doute, ou ont d’eux une opinion qui ne laisse pas de place au doute). Je pensais, juste avant de relire, à la question du mirage de l’ego. Et pour avoir animé, pendant des années, des ateliers d’écriture, je sais que de très belles pages peuvent sortir des mains de collégiens ou d’étudiants, qui ne prétendent pas pour autant être des "poètes", des "auteurs". Et sachant cela, l’ayant vu si souvent, j’ai toujours pensé qu’il fallait, pour faire "oeuvre", un au-delà de ces démarches, un long cheminement qui justifie que ce soit... "plus". Au risque que rien ne soit, à force de retrait. Car c’est aussi devenir, soi, ce "plus".
 
L’autre réalité dont parle l’éditeur, dans son texte préliminaire, c’est la joie. Des découvertes, rencontres d’écritures auxquelles il trouve de la force de sens. Des retrouvailles, voix qu’il connaissait, et qui reviennent offrir des textes qu’il aime.
 
Et enfin, c’est le questionnement. La revue pourra-t-elle se maintenir ? Les abonnés seront-ils fidèles ? Inquiétude permanente de tous les éditeurs de revues. Même si celle-ci a de très nombreuses années de vie, beaucoup de noms passés par là, des centaines et des centaines de pages produites, et qui resteront. Ce doute est plus que justifié, quand on sait qu’en 1984 il existait 548 revues littéraires, et qu’en 2012 il n’y en avait plus qu’une centaine (enquête de l'éditeur Jean-Michel Place, rappelée par Le Magazine littéraire de février 2012 - et nous sommes en 2019…). Or sans revues la poésie ne peut exister. C'est le laboratoire des éditions (et des auteurs). Ce sont des lettres envoyées, comme bouteilles à la mer, aux lecteurs (poètes ou pas).
 
Ces trois réalités inscrites, cela l’entraîne vers sa réflexion permanente (qui est autant celle de celui qui publie les autres que de celui qui écrit et est publié par d’autres…). Car, au bout du compte, qu’est-ce donc que la poésie ? Tant de livres existent qui tentent de définir cet art, et tant de questions demeurent. Il dit ne pas pouvoir, finalement, le dire (il l’a fait pourtant dans bien des pages, en questionnement renouvelé). Mais il ajoute qu’il sait ce que la poésie n’est pas. Car si elle est "un souffle", "un instant", c’est qu’elle est l’exceptionnel moment où faire advenir la densité vraie du poème "projette ailleurs". Ce qu’elle n’est pas, donc, c’est cette écriture sans le souffle, sans ce miracle de l’instant. Et il cite Henri Pichette : "La poésie est une salve contre l’habitude". Salve. Force qui habite soudain l'être, et transfigure. Mais aussi violence contre soi, pour se défaire des facilités médiocres. Se désapprendre. La poésie ne serait pas ce qui nous laisserait glisser dans les pas de nous-mêmes, du nous d’hier qu’on n’interrogerait pas. 
 
En quatrième de couverture, toujours, le paragraphe de Jean-Pierre Chérès (et tant mieux, car c’est excellent, comme un  manifeste, une charte, que je relis à chaque nouveau numéro). Le rappel du rapport au présent. Et la notion de don "corps et esprit à la présence du monde". La poésie ? C’est "ouvrir en permanence ses antennes sensibles à l’univers". Présence au réel et à autrui, c’est l’éthique de la revue. 
 
Je relis, pour cette recension, ce que j’ai déjà lu et relu. 
Note suivante, mon parcours des textes et poèmes (surtout), parcours intuitif, selon mes préférences (subjectives), donc non exhaustif. Puis, troisième et dernière note, réflexion sur mon écriture, à partir des poèmes publiés là.
 
MC San Juan
 
LIENS
Vers la note de parution (et informations pour se procurer la revue)... http://lelivreadire.blogspot.com/2018/09/a-lindex-n37-paraitre-en-octobre.html
et infos diverses... 
À L’Index éditeur de livres. Coll. Les Plaquettes (recueils, textes et photographies ou dessins ou encres). Même lien, livres publiés comme hors série (hors abonnement) de la revue. Ainsi "Quelqu'un d'absent", de François Vignes.
Commande : Le livre à dire, Jean-Claude Tardif, 11 rue du Stade, 76133 Épouville. La revue, 17€, port compris.

24/07/2018

À L’INDEX, revue de poésie. Recension (et citations).

à l’index,jean-claude tardif,jean-pierre chérès,poésie,poètes,poèmes,luis porquet,jacques boise,edward thomas,fabien sanchez,rené char,robert nash,emily brontë,emmanuelle le cam,albertine sarrazin,jean-marc couvé,roberto san geroteo,jean-claude pirotte,henri cachau,claire dumay,a. kadir paksoy,le livre à dire,poésie à l’indexSortie du numéro 36, et retour sur le 33...

Le numéro 36 est sorti en juin, riche de nombreux textes, près de 200 pages de poèmes et nouvelles.

Dans l’éditorial, Jean-Claude Tardif appelle à une conscience éveillée aux réalités du monde dont l’évolution inquiète. Relire Barjavel et Orwell, dit-il… Et il redonne l’axe, l’éthique, de la poésie qui est accueillie dans ces pages : « Pas un aller de soi vers soi, mais avant tout un allant de soi vers les autres ».

Mais il faut lire aussi, relire, le texte de Jean-Pierre Chérès qui est inscrit chaque fois en quatrième de couverture. J’en cite des fragments : « Être poète, c’est se donner corps et esprit à la présence du monde, c’est être possédé par le monde » (…) « se perdre dans les gens pour se retrouver dans le sens » (…) « Être là ». Le texte est repris comme un leitmotiv, donné en relecture car il est en quelque sorte un art poétique collectif. Les éditoriaux   développeront tel ou tel point, tel ou tel thème. D’un numéro à l’autre ils dessinent un programme d’écriture et de vie. (D’ailleurs ces éditoriaux mériteraient d’être regroupés en livre, plusieurs volumes sans doute, depuis le temps : ils s’ajouteraient aux quelques ouvrages essentiels qui permettent de penser la poésie, celle de l’exigence non formaliste.)

On ne peut parler de tout, lisant une revue. Le but est de donner envie d’aller lire…  Donc je ne fais qu’un survol et quelques notations.

J’aime beaucoup le texte de Luis Porquet, « Éloge du plus proche ». Une méditation sur la présence à « ce qui nous est immédiatement donné : l’ici ». Citant Kenneth White et Héraclite (et l’un citant l’autre) il écrit contre le piège illusoire de la projection dans le lointain de l’espace et du temps, et contre les mirages qui sont les erreurs du monde contemporain qui y sacrifie la nature. Alors que la sagesse serait de savoir reconnaître les liens tissés entre ce proche et ce lointain de notre réalité, de « voyager de l’un à l’autre », et « d’être là, simplement ». Ce, dit-il, qu’enseigne « toute quête spirituelle authentique ». Un poème de lui suit sa réflexion. « Calligraphie ». J’en cite deux vers : « Le mot comme le trait / Doit naître du silence. »

Un univers proche résonne avec ces pages : celui des poèmes de Jean-Pierre Bars : « Nous ne sommes pas inépuisables / nos limites ont la forme du monde ». Et « l’âme qui veille regarde l’âme / sortir de ces décombres. »

Nature… La mer, dans les poèmes en prose de Jacques Boise. Éloge de la mer et de la contemplation immobile. Paragraphes de huit lignes, régulièrement, descriptifs à la manière d’un peintre subtil, qui pose des touches délicates avec des mots qui donnent une force sensuelle à la perception des éléments et du vivant. Le regard comme acte essentiel. Superbes textes. J’ai aimé quand la lumière changeante transforme les oiseaux qui « ne sont plus que des leurres d’écume et de sel. »

Deux poèmes, bilingues, d’Edward Thomas, pour lui rendre hommage au centième anniversaire de sa mort sur le front en 1917. 

Les langues sont souvent présentes dans la revue. Et c’est le cas encore. Ainsi, textes en anglais et français pour les poèmes de Robert Nash (dont un livre est publié par À L’Index). Textes d’une respiration dans et de la nature, une écoute saisie même dans le quotidien urbain.

Très beaux textes, aussi, de Fabien Sanchez. En exergue, René Char, pour introduire des textes qui interrogent le présent avec la nostalgie de l’enfance, si loin déjà, quand tout passe si vite et qu’on regrette de ne pas avoir mieux su choisir et vivre. Ne sommes-nous que passager qui « vit et meurt en amateur » ? En n’étant pas assez investi parce qu’on a laissé la force de vie de l’enfance s’en aller et qu’on n’a plus que « sa perte », « ses cendres » ? A force de « douter de tout, même du doute », perd-on la présence ? L’auteur parle de lui, dans un exercice d’amère lucidité extrême. Mais son « je » rejoint le questionnement de tous ceux qui méditent sur le temps, la vie, la mort, voulant s’incarner en vivants et regrettant de ne pas toujours savoir le faire, ou pas suffisamment, anges fatigués par l’éloignement de leur temps d’ange (l’enfance). « Ma figure d’homme est scindée par ma fatigue d’ange. »

A noter, l’évocation d’Emily Brontë par Emmanuelle Le Cam (parcours de vie).

Et celle d’Albertine Sarrazin par Jean-Marc Couvé. Elle que j’ai trouvée si bouleversante, la lisant, et morte si jeune…

Plusieurs nouvelles de qualité, et d’autres poèmes, aussi.  

Retour sur le numéro 33 (les 34 et 35 sont des numéros spéciaux consacrés, chacun, à un auteur).

Pour ce numéro 33, long éditorial de Jean-Claude Tardif, qui met l’accent sur le rapport au corps. Corps présent dans l’écriture même. « La poésie n’est pas une écriture de stuc, elle est un contre-poison. La poésie repulpe la chair de la langue. » (…) « Elle relève de l’Essence ; de ce qui donne corps ! ». Poèmes pour « les gens de peu », c’est-à-dire nous tous, donc avec un langage qui parle à tous. « Le vers le plus simple peut éclairer un monde. ». Ce que la revue À L’Index veut donner à lire ? « Des poèmes qui nous semblent porteurs de sens et de chair, en ce qu’ils sont habités par leurs auteurs en même temps qu’ils les habitent. ».

J’avais aimé retrouver des poèmes de Roberto San Geroteo... Citation« Un goût de brume envahit tout / à commencer par nos corps / cyclopéens / aux airs de moulins à vent / aux ailes de lumière / vers le proche vers le lointain / qui font même tourner la tête / à la mer à la nuit ».

J’avais été émue par le portrait de Jean-Claude Pirotte dessiné par Henri Cachau, commentant lui-même son dessin, et disant pourquoi sa tendresse pour cet être. Un éloge de plus de deux pages, portrait en mots.

Robert Nash était déjà présent avec quelques poèmes. Premier avant-signe du livre publié par À L’Index, le second dans le numéro 36.

Claire Dumay était de retour avec un texte en prose où elle continue à se disséquer durement. Autoanalyse qui ne sépare pas d’autrui, et laisse entrer le monde. Et l’écriture est belle.

Nombreux poèmes dans ce numéro, des textes bilingues aussi, comme souvent, diverses langues.

Tous ces poèmes pourraient avoir pour exergue ces vers de A. Kadir Paksoy (p. 159) : « Qui est poète ?  / Peut-être celui qui aurait eu une plus grande part de la tempête / peut-être celui qui se serait approché le plus du soleil / ou d’un réverbère également allumé le jour » (Je retiens ce nom, je le note, même, pour chercher à le lire).

Note sur Entrevues… https://www.entrevues.org/revues/a-lindex/

Lien vers la revue À L’INDEX… http://lelivreadire.blogspot.com

MC San Juan

17/07/2018

Jean-Claude Tardif cité par Philippe Claudel. Un exergue, un livre... (et un 2ème exergue, JC Pirotte)

CLAUDEL .jpg« Être le greffier du temps,

   quelconque assesseur que l’on voit rôder

   lorsque se mélangent l’homme et la lumière »

Homme de peu.jpg       Jean-Claude Tardif, L’Homme de peu, éd. La Dragonne. (Citation posée en exergue, par Philippe Claudel, pour son roman Les Âmes grises.

« Je suis là. Mon destin est d’être là. », Un voyage en automne. (Cette ligne de Jean-Claude Pirotte est l’autre exergue du roman)

CLAUDEL CHIEN.jpgLes âmes grises... La poésie pour donner l’axe des interrogations sur ces destins qui se croisent dans ce roman et qui se ratent, sur le courage et les lâchetés, la tristesse et les mensonges (ou les silences, ce qui revient au même). Une mort en entraîne d’autres, et les culpabilités possibles des faits visibles cachent les culpabilités probables des faits invisibles. Mais BLANC TARDIF.jpgsi la noirceur n’est pas totale, la lumière non plus. Gris, les êtres, car, contraires à eux-mêmes, ils survivent. Épaisseur trouble d’êtres ordinaires, qui se débrouillent avec leurs drames, comme ils peuvent. Les personnages du roman sont à côté de la guerre, la première du siècle, mais comme ils se débattent avec leurs doutes et leurs souffrances la tragédie collective est comme gommée. Le narrateur a peur du vide, alors il le peuple avec son enquête, pour n’avoir pas à regarder vraiment en lui, ne le faire qu’à la fin. 

Les âmes griseshttps://www.livredepoche.com/livre/les-ames-grises-978225... 

Page des éds. Stock, les livres de Philippe Claudelhttps://www.editions-stock.fr/auteurs/philippe-claudel 

Une autre pensée, de Jean-Claude Pirotte, rejoint l’atmosphère du livre de Philippe Claudel. Ce passage est cité par Gil Pressnitzer sur son merveilleux site Esprits nomades (il est décédé en 2015, le site est toujours lisible et j’espère qu’il le restera) : 

« Je trouve qu'il est toujours plus facile de parler de son angoisse que de son bonheur ; d'où mon désir de lumière. Grâce aux ombres je parviens à atteindre une lumière. S'il n'y a pas de contraste, il n'y a rien… Et cela aussi bien en littérature qu'en peinture. »

La page d'Esprits nomades sur Jean-Claude Pirotte, où figure cette citation… http://www.espritsnomades.com/sitelitterature/pirotte/pir... 

Gil Pressnitzer citait René Char et se présentait (voir aussi en accueil, hommage et bibliographie, notes et poèmes, livres, et des poèmes de lui à lire sur le site, voir sommaire)… Ici... http://www.espritsnomades.com/sitelitterature/pressnitzer... 

Quand j’ai découvert la citation de Jean-Claude Tardif posée en exergue je n’avais pas lu le recueil, « L’Homme de peu ». Je ne l’ai trouvé et lu que récemment. Épuisé chez l’éditeur, on arrive à le dénicher sur la Toile (quelques rares exemplaires). Mais ces trois vers suffisent à donner envie de lire le recueil entier. Dans le livre que j’ai maintenant lu et relu, et que j’ai sous les yeux à l’instant d’écrire, le poème de l’exergue se poursuit ainsi :

«  le blême et l’ébloui / pour quelques secondes / fraudées à la lune /// ici demeure la tentation / la seule qui vaille de serrer le souffle / telle, dans la main, la noix verte des mots. »

« L’Homme de peu » est le dernier volume d’une trilogie (il a été publié en 2002), je ne connais pas encore les deux autres, antérieurs (1995, 1999), alors que j’ai lu Nuitamment (2001) et La Vie blanchit (2014). Et alors que je vais bientôt lire « Simplement… presque… blanc… » (dernier recueil, 2018), que je viens de commander. Peu importe. On peut très bien lire en désordre les poèmes, et reconstruire la structure intérieure petit à petit. Chaque poème existe par lui-même, chaque livre de même. Chacun en fait sa propre lecture. Ce que je lis ne sera pas ce que d’autres verront dans ces pages. J’y trouve le portrait d’un homme et la quête vers la source de l’identité, donc aussi un autoportrait qui regarde de l’autre côté des frontières pour mieux saisir l’ici. 

« Revenir à la source. »

Un dialogue avec quelqu’un qui (me semble-t-il) ne peut plus entendre et répondre, mais peut-être quand même oui. Ombre du grand-père, et présence du père. Mystère de qui on est, ressemblances où on reconnaît en soi les traces de ceux dont on vient. Et tristesse devant les guerres et les exils, et devant l’humilité de vies qui n’ont pu donner leur mesure autant qu’elles méritaient de le faire, car à l’exil de terre s’ajoute un exil de langue. Le visage qui apparaît aussi entre les pages est peut-être tout à fait étranger à l’auteur, un errant parfois dans sa détresse. (Ce serait comme une superposition au propos de l’auteur, mais le texte s’échappe et mêle des réels différents). Cependant même ainsi il renverrait un miroir à celui qui écrit et à celui ou celle qui lit… 

« On ne sait jamais où porte la voix. »

L’art poétique de Jean-Claude Tardif est étranger au formalisme artificiel ou à la « fabrication » calculée du poème. Il parle à tous. 

« Écrire / des mots au goût de pain simple. // Faire jaillir la lame de l’encre. (…) Ne pas chercher le poème, il viendra sous la dent. (…) Écrire simplement  / pour enchanter la vie. »  

Et s’il rêve d’écrire des « lettres aux oiseaux », il inscrit dans ses textes les mots et les questions de la profondeur grave : la poésie de qualité a une dimension philosophique. (Une belle définition métaphorique de la poésie, que la penser comme art de ceux qui veulent écrire des lettres aux oiseaux, ces symboles des chercheurs de lumière et d’espace).

Autre expression de lui que je retiens : « prêtres de la lumière ».

Prêtre de la lumière (naturelle, soleil du sud et soleil des sommets, et lumière symbolique, celle du sens déchiffré où « tout, toujours, serait à recommencer   /   /   quel que fût le livre. ») le poète écrit avec elle ses « lettres aux oiseaux ».

BioBibliographie, Jean-Claude Tardif… http://www.editions-racine-icare.weonea.com/article/61523/ 

Et sur le site de la revue Les Hommes Sans Épaules. (Textes de lui, notamment, dans le numéros 32 consacré au dossier sur Reverdy et l’émotion, et dans les numéros 35 et 44, le dernier)... http://www.leshommessansepaules.com/auteur-Jean_Claude_TA...

Un point commun entre Jean-Claude Tardif et Philippe Claudel (à part cette connivence de lecture de l’un par l’autre, et la publication commune dans le catalogue de l’édition La Dragonne, par exemple), c’est l’engagement, un idéal de justice. 

L’un, Jean-Claude Tardif, dans le dernier éditorial de la revue qu’il dirige, A L’Index n° 36, juin 2018, s’inquiète, en voyant l’évolution de la société et du monde. Il supplie de relire Ravage et 1984. « Lisez ou relisez Barjavel et Orwell. », pour prendre conscience et réagir.  Et rappelle son exigence de toujours : « Que la poésie ne soit pas simplement un aller de soi vers soi, mais avant tout un allant de soi vers les autres. ». (Sur le site d'Entrevues, page sur la revue À L’Indexhttps://www.entrevues.org/revues/a-lindex/ )

L’autre, Philippe Claudel, après avoir publié un livre pour dénoncer la situation des migrants, « l’Archipel du chien », participe à l’initiative d’écrivains solidaires d’Oleg Sentsov, ce cinéaste ukrainien prisonnier, en grève de la faim depuis 60 jours et en grand danger de mourir… Lire, pour information, ceci... https://www.rtbf.be/info/monde/detail_60eme-jour-de-greve... 

Et lire la tribune de Philippe Claudel, « Un petit mort et puis s’en va »… https://bibliobs.nouvelobs.com/actualites/20180630.OBS898... 

...........

MC San Juan

................. NOTE du 24-06-2019. Sur le recueil "Simplement... presque blanc..."... http://tramesnomades.hautetfort.com/archive/2019/06/24/simplement-presque-blanc-lire-la-poesie-de-jean-claude-tard-6160244.html

04/02/2018

"Possibles", revue en ligne, note sur "Texture". Et digressions, pour lectures évoquées...

TEXTURE.jpgA lire, sur "Texture" de Michel Baglin, la note au sujet de la revue en ligne,
"Possibles" numéro 23, de Pierre Perrin. Je vais prendre le temps de la relire et d'aller voyager sur les pages en question, et aussi d'autres de Texture. Mais déjà, faire suivre...

texture,michel baglin,possibles,pierre perrin,à l’index,patricia castex menier,jean-claude tardif,wislawa szymborska,jean-marie blas de roblès,lire,poésie,relire

(En ce moment je lis, avec un peu de retard, le dernier numéro de la revue À L'Index, dossier consacré à Patricia Castex Menier, que je connais peu - sauf par quelques textes lus dans À L'Index, déjà (n*25). J'en suis à l'entretien, par Jean-Claude Tardif, questions qui creusent profond. En le détournant un peu - car il est précisément destiné à celle qu'il donne à lire - on pourrait en faire un questionnaire de Proust pour poètes, en tout cas se l'appliquer à soi-même, pour s'interroger en miroir).

Je lis, donc, tout en relisant Wislawa Szymborska. "De la mort sans exagérer". Et "Hautes lassitudes" de Jean-Marie Blas de Roblès. Eux, et quelques autres, relire, c'est tout le temps.

LIENS... 

Texture, la notehttp://revue-texture.fr/mes-lectures-de-2018.html#possibles 

Possibles n° 23http://longueroye.free.fr/pos23.php 

Possibles, divers numéroshttp://longueroye.free.fr/index.php

Le site de Pierre Perrinhttp://perrin.chassagne.free.fr/indebis.php

21/01/2017

« Ne plus rien dire que l’essentiel… », A L’Index numéro 32…

INDEX 32.jpg« Ne plus rien dire / que l’essentiel

   Ne plus rien faire / que l’éphémère »

              Jean-Pierre Chérès, Silex (A L’Index 32)

De nouveau, relisez le texte de Jean-Pierre Chérès en quatrième de couverture. Autre fragment que j’en retire... «  Se perdre dans les gens pour se retrouver dans le sens… ».

De nouveau, regardez la vignette de couverture : c’est aussi cela la poésie, cette répétition du regard sur l’essentiel du sens.

Ce numéro 32 est essentiellement constitué de poèmes. L’introduction de Jean-Claude Tardif met l’accent sur la liberté, dans le refus de toute compromission, pour une poésie qui se veut être toujours ce qu’elle fut, « le parler premier des hommes ». Il met aussi l’accent sur le rapport « singulier » du lecteur au livre. Singulier, donc, aussi, hors des règles commerciales des circuits soumis à des normes.

De Jean-Pierre Chérès on retrouve trois poèmes inédits, denses et forts : Silex, Strates, Rages. Le silex, pour un retrait dans le silence froid de la pierre, pour « Ne plus rien dire / que l’essentiel »… Les « strates de la mémoire » pour une archéologie intime. Et les rages, pour une mémoire de perte. Peut-être. 

Suit un texte de Luis Porquet, que j’ai apprécié particulièrement, au point de symboliquement pourvoir le co-signer. Un « essai » qui me semble correspondre à une conception très haute de la poésie. Ses premières références, dans « L’Éclat fuyant du météore » répondent à cette exigence : Héraclite, René Char, Daniel Pons, Suzuki, Octavio Paz… Et les fragments qu’il cite ensuite, pour « L’Offrande céleste du jasmin », sont là pour soutenir un ancrage de cette sorte d’écriture : l’Espagne est pour lui le pays où s’écrit le mieux une poésie essentielle : « L’écrivain ibérique s’inscrit dans la chair palpitante du monde. Son langage est l’ennemi des pirouettes abstraites et de l’esbroufe intellectuelle. » (…) « Le poète hispanique est vêtu de son âme ». Poésie essentielle au sens fort : nécessaire et traitant de l’essence de l’être, une poésie où la mystique s’écrit, en lien avec une conscience cosmique. « Hispanique », c’est l’Espagne, mais aussi la langue, avec la poésie de Luis Mizon et le chant de Paco Ibañez. Mais citer Lorca, Alberti, Jimenez, Hernandez, Bergamin, Gamoneda, n’empêche pas de puiser des références clés chez Novalis, ou d’avoir Jean Grenier comme maître à penser (un des…). Universalisme de celui pour qui le zen paraît être un centre repère, et le yoga de l’art, une clé de la création. Parce que le « duende » de Lorca, qui ici serait figuré par le jasmin et l’ancrage charnel du poète espagnol (sans être nommé), le duende est connexion cosmique.  Comme Bergamin, Luis Porquet refuse « le procédé, le truc », ces « falsifications », pour chercher ce qui transmet la part de « lumière » (ou plus que la part). 

Et justement, dans les textes qui suivent, ne cherchez pas de procédés artificiels. Ni dans « Ardoises » de Michaël Glück - un de mes auteurs lu et relu depuis longtemps, lui qui disperse ses textes dans des micro-éditions, créatrices de poèmes sculptés parfois (j’ai ainsi de lui une pierre gravée, un bois cachant un texte, un parchemin long… et des petits carrés de « pré#carré », etc.). Poème, « Ardoises », où l’on sent une sourde colère, pour affirmer que les mots convoquent le réel et que le réel, même d’horreur, doit être dit dans « un poème sans fin », qui est en lui, avant même l’écriture… 

Proximité de mémoire entre Michaël Glück et Laurent Nuchy, je le sais et je le lis : « Hillel et Myriam répondirent… / Suis-je allé jadis à ma rencontre? » (Le Golem,).

Entre eux (merci pour ce choix), mon long poème « Fugue de lieu ». Mémoire(s), aussi, et démarche posée sous forme de questionnement, pour relier deux axes : « Faire silence, en mystique sans dieu ni dieux, ou se faire bruyant prophète de paix? Être le démiurge caché d’un monde miroir, changer l’eau sombre? ».

Et, juste après, une nouvelle de Luc Demarchi, « Castiglione », où (décidément, c’est un thème récurrent dans ce numéro, mémoire…) l’auteur raconte un souvenir d’enfance, vacances dans une étrange maison sans eau ni électricité, devant une plage et une mer où serait enfouie une ville d’autrefois. Comme le sont, dans la mer de la mémoire, les souvenirs qu’on déchiffre et un réel disparu. 

Échos, encore, d’un texte à un autre. Au « Silex » de Jean-Pierre Chérès répond « Archéologie d’une pierre » de Raymond Farina : métamorphoses de la pierre, arme ou galet de douceur, ou sculpture créatrice de beauté… Autres échos, les pierres de Roland Nadaus… 

A la maison enfuie (dans le passé) de Luc Demarchi répond celle que quitte le personnage de Jean-Claude Tardif dans « L’accident », en laissant une feuille vierge, sans message, pour aller (accident ou suicide?) se détruire (mourir?) en voiture. Etrange récit, dont l’étrangeté même fait la profondeur du personnage au sujet duquel on se demande ce qu’il fut et ce qui l’a mené à cet instant. On tente une interprétation, et elle se détache, comme la première poupée russe qui en cache une autre et une autre, la dernière se brisant en éclats de sens possibles. A-t-on compris? Pas sûr, et tant mieux. 

Antoine Houlon-Garcia, lui, cherche dans un bref essai fouillé sur La Jeune Parque, « de quelle Ariane Valéry nous fait le récit »… Ariane mythologique ou femme ouvrant un pan autobiographique… 

Beaucoup de traductions, dans ce numéro. Textes, poèmes, issus de plusieurs langues… Ne pouvant tout relever je choisis de citer des vers de Luis Benitez. Pour déclencher l’envie de lecture de ses poèmes, et des autres… 

« Permets à ton ombre ou à la nuit d’humecter tes paupières , / Ainsi n’entrera pas en toi / le feu et l’avenir ne t’effleurera point. »

(…)

« Les spectres que je fus épient derrière les mots / le mouvement de la vie, plus torrentielle que le temps, / car je fus spectre et spectres sont les choses / et les hommes. »

(…)

« Il est inutile que je dédie / à ceux qui m’écoutent / une vérité : ils en feront des miettes. / De leurs miettes naîtra Lao-Tseu. »

(…)

« Ce soir et une partie de la nuit / je suis retourné m’immerger dans la mer épaisse / où nous flottons, êtres et choses. » (…) « Je n’ai pas vu de berge. Tout est mer. / Ceux qui craignent la berge / ne savent pas qu’ils cheminent dans la mer. »

(…)

«… le brillant de l’humble couleur a réuni en mots / le visage de ce qui a été vu »

(…)

« Pour moi, la certitude est le brillant chemin de son jamais. »

………………..

A L’Index aujourd’hui : http://lelivreadire.blogspot.fr/2016/11/blog-post.html 

Pour lecture…

MC San Juan

Revue déposée librairie Compagnie, Paris… http://www.librairie-compagnie.fr 

17/01/2017

Jean-Louis Giovannoni, dans la revue A L'Index 31...

INDEX 31.jpgJe reviens à ce numéro 31, en retard d’écriture puisque le numéro 32 vient de paraître… 

D’abord, relisez la quatrième de couverture, avec le manifeste poétique de Jean-Pierre Chérès. J’en picore un fragment : «  Être poète, c’est se donner corps et esprit à la présence du monde, c’est être possédé par le monde, c’est ouvrir en permanence ses antennes sensibles à l’univers… ». Manifeste de Jean-Pierre Chérès, et programme collectif pour la revue, d’écriture et d’engagement, pour le sens et autrui. 

Ensuite regardez de nouveau la vignette d’Yves Barbier en couverture, car c’est exactement la même chose : le personnage esquissé fait tourner un cercle du temps et du non-temps, en rapport avec le cosmos. (Voir, numéro suivant, 32, l’essai de Luis Porquet sur la poésie, essai que je pourrais co-signer, tant j’y adhère…).

Parcourez enfin les pages, pour les textes, où domine la poésie, et, cette fois, le dossier double, fils tissés, sur « Tarn en poésie 2016 » et Jean-Louis Giovannoni, auteur que je lis depuis longtemps et dont j’aime particulièrement les aphorismes, les fulgurances brèves. On nous fait entrer dans l’ambiance de plusieurs jours d’échange, pour la rencontre qui a fait se déplacer la revue, comme le dit Jean-Claude Tardif, « des falaises de craie du pays de Caux » à la région d’Albi.

En exergue à la présentation de l’auteur principal de ce numéro, par Georges Cathalo, une définition apparemment paradoxale de l’écriture par jean-Louis Giovannoni, « source » et « soif ». Apparemment. Car cela traduit bien la tension qui le fait écrire. Si on devait résumer en quelques mots ce qui est retenu de lui à travers ce parcours des textes et des livres, que pourrait-on choisir de garder? De celui qui se dit « né entre les pages d’un Don Quichotte » (mais d’une édition « abrasée » au point d’être illisible) on dirait : mort et deuil révélateur (initiatique), énigme des voix d’autrui (des voix de la folie d’autrui, croisée par le travail, respectée : porte vers l’humain universel, la force de l’écoute plurielle, oreille tendue vers les murmures de l’autre, et finalement de soi), doute et présence du sens, amour (à condition qu’il ne se dise pas en poème). On le qualiifie de « métaphysicien », de « poète du sens », rappelle Georges Cathalo... 

En conclusion, deux chroniques, les lectures, précieuses, de Bernard Noël et James Sacré, déchiffrant le parcours du poète. Hommage. Et un poème de Jean-Claude Tardif, dédié en « clin d’oeil », « Je n’écris plus de poème les jours de pluie ». Le « je » serait celui qui écrit et (ou?) celui sur qui on écrit. Complicité qui mêle les mots et fait entrer l’un dans la conscience de l’autre pour dévoiler ce qui se refuse, déplacer la pudeur. C’est ainsi que je le sens. Est-ce su? Voulu? (Peu importe, c’est lu…). Echo, dans un texte introductif du numéro qui suit, de nouveau la pluie évoquée par Jean-Claude Tardif, mais qui provoque un mimétisme de forme, symboliquement.

A L’Index aujourd’hui : http://lelivreadire.blogspot.fr/2016/10/blog-post.html 

...

Pour lecture…

MC San Juan

Revue déposée librairie Compagnie, Paris… http://www.librairie-compagnie.fr 

19/05/2016

La poésie, ou "Le présent dans sa respiration". A L'Index numéro 30, revue...

INDEX 30.jpg

Lire une revue littéraire, une revue de poésie, c’est, déjà, palper le papier, regarder le frontispice, lire la quatrième de couverture (quand elle existe - et c’est le cas pour A L’Index…), passer à l’éditorial, chercher le sommaire, les noms (qui connaît-on? ou pas?), les titres (c’est important, les titres…), et voir si, parmi les auteurs publiés cette fois, il y a des passeurs de langues, des voyageurs ou des exilés, ou simplement des poètes venus d’ailleurs, passés par l’art de la traduction (et c’est souvent le cas pour cette revue, avide d’ouverture au-delà des frontières, de connaissance des « autres », autres par la nationalité, la langue, quand ce n’est pas par le continent). Prénoms féminins et masculins sont en équilibre dans ce sommaire : les femmes ne sont pas des oubliées, pour cet éditeur (ce n’est pas comme pour les programmes du bac, ou pour la tribune de certaines rencontres poétiques : de celles qui me donnaient l’impression d’être devant les costumes gris d’un gouvernement…).

Plaisir de lecture d’avance, quand c’est une revue dont on connaît la qualité, et à laquelle on est fidèle. Et j’y suis fidèle, de plusieurs façons (en lisant, en écrivant). (Ce qui ne veut pas dire ne pas lire les autres revues et oublier de saisir le tissu de ces publications qui sauvent la poésie de l’inexistence. Lire et parfois aimer beaucoup… Ou tenter de lire, d’autres fois, et ne rien trouver qui mérite d’être relu et gardé… cela arrive, et on n’y reviendra pas, alors).

Revues, justement c’est le sujet de l’éditorial de ce numéro, de cette introduction qui présente l’essentiel. En poésie les revues qui tiennent ne sont pas si nombreuses, même s’il y en a beaucoup qui se publient en même temps : beaucoup disparaissent aussi. Comme la presse ne parle que peu ou pas des publications de poésie, et pas tellement plus des livres, que pour la radio et la télévision (à part quelques rares émissions de qualité, confidentielles) c’est moins important que les vidéos sur youtube… tenir est de l’ordre d’une persévérance folle. Qui demande d’être soutenue. Mais ceux qui écrivent et publient (ou veulent publier) sont-ils conscients suffisamment de ces enjeux, du caractère collectif de la création? L’éditeur dit son agacement devant ceux qui exigent publication, sans avoir vérifié si ce qu’ils proposent correspond à l’esprit du support qu’ils convoitent. Cela me fait penser à un article lu, il y a quelques mois peut-être, où un éditeur de poésie, marocain, ayant compté le nombre de poètes publiés en revues ou dans des petites maisons d’édition, s’était dit qu’il aurait suffi qu’ils soient vraiment lecteurs des autres pour que l’édition marocaine de poésie soit largement bénéficiaire au lieu d’être en permanent danger de faillite… C’est un phénomène étrange, et apparemment commun, que cette désaffection de lecture des principaux intéressés. Pourtant je ne crois pas que quelqu’un puisse produire une oeuvre de qualité sans être intensément lecteur. D’abord lecteur, et toujours lecteur. Lire, et donc, surtout, relire. 

Donc, la couverture... Frontispice permanent, signature symbolique… Dans un carré d’encre (page?) un personnage (poète? éditeur? lecteur?) pousse une spirale, comme en dansant. Spirale monde ou temps, centre d’écriture déroulé ou centre en construction, perspective cosmique, si je veux le voir ainsi, et c’est ainsi que je le lis. Il ne pourrait y avoir meilleure traduction de ce qui est offert ensuite dans les pages. Une part de jeu et de danse avec les mots, mais dans un contexte d’engagement, d’ancrage réel dans le monde tel qu’il est. 

Et c’est ce qu’affirme le très beau texte de Jean-Pierre Chérès qui sert de manifeste permanent, paragraphe dense de la quatrième de couverture… « …Préserver le présent dans sa respiration ». L’écriture, la poésie, le corps, le monde… L’humain. L’humain d’abord. Dans la réciprocité du regard, dans l’inscription de tous les sens. L’autre, différent ou étranger, l’autre respecté. Ethique d’une poésie qui se soucie peu de fariboles superficielles. (Echo, pour moi, à ce que je viens de relire d’Abdellatif Laâbi (« L’arbre à poèmes », anthologie)… L’auteur y expliquant que, vraiment, pour lui, pas de fleurs et de papillons au coeur du poème, mais le souci du monde, cette présence dont parle aussi Jean-Pierre Chérès. C’est le même langage, la même famille d’esprit. Beaucoup de ceux qui écrivent ainsi sont dans un permanent grand écart entre l’engagement (qui ne peut être "que" d’écriture, même s’il doit être d’écriture) et la création. Engagement non doctrinaire. Au contraire, liberté rebelle de la pensée critique, recherche en profondeur de sa propre authenticité, en poète « possédé par le monde », ce qui est l’inverse de la volonté dogmatique de possession du monde et de la pensée d’autrui. La poésie réelle est une clé contre le fanatisme. 

PEU.jpgL’éditeur est écrivain. Jean-Claude Tardif. Livres divers publiés chez divers éditeurs, textes régulièrement proposés. J’ai envie de citer le fragment de poème que Philippe Claudel a mis en exergue de son livre « Les Âmes grises », extrait de « L’Homme de peu »  : Être le greffier du temps / quelconque assesseur que l’on voit rôder / lorsque se mélangent l’homme et la lumière. » (L’autre exergue était une citation de Jean-Claude Pirotte, tirée du livre « Un voyage en automne »). Exergue, ou hommage et direction de sens. Ce bref extrait de texte est suffisant pour dire un écrivain. Que « se mélangent l’homme et la lumière », n’est-ce pas le but ultime de l’écriture poétique?. Sur « L’Homme de peu », lire : http://www.francopolis.net/francosemailles/jeantardif.htm 

ETE.jpgDernier ouvrage, poèmes (à quatre mains, avec Jean Chatard), « Choisir l’été » : http://factorie.fr/jean-claude-tardif-2/  

Dans la revue, un texte de lui, prose fictionnelle. « Le Syndrome ». Etrange titre, étrange texte, volontairement étrange, qu’il faut relire pour défaire la distance avec l’apparent sujet. La rencontre d’une femme, jamais revue (des obstacles, des freins, le hasard des rendez-vous ratés), un homme croisé (qui pourrait parler d’elle, peut-être : mais cela n’est pas sûr), et, à la fin, on ne sait pas : il tentera de la rejoindre, et ratera l’instant, ou sera tellement en retard que la rencontre sera ratée d’avance. Relisant, j’ai automatiquement fait le lien avec ce que dit Javier Cercas (écrivain espagnol, sa chronique dans Le Monde des livres). Un roman, une fiction, de qualité, a « un sujet visible et un sujet invisible », l’un permettant d’accéder à l’autre, plus essentiel. Qu’importe réellement la trame apparente, qui n’est que surface? Que dit d’autre ce texte? Rapport au temps : demander l’heure, chercher « le fil du temps », courir et rater le moment. C’est-à-dire, dans le fond, se demander où on est dans cette chronologie devenue confuse, et dont le présent échappe. Et, s’il échappe, qui court après le temps? Est-ce comédie, presque théâtrale (on se moque un peu de soi)?. Est-ce, plus gravement, une sorte de méditation inquiète sur la procrastination relationnelle? Sur les évitements qu’on s’invente pour ne pas affronter les vrais visages? Sujet universel. 

Il y a aussi d’autres nouvelles, et un texte bref. Dans la continuité d’une exigence d’écriture où rêve et réel se tissent ensemble, où d’une page on passe à l’autre sans heurt. Je suis plus attentive à la poésie (prose ou vers ou alternance). 

LUIS.jpgCependant j’ai été très émue par le texte (prose, mémoire, réflexion) de Luis Porquet sur la valise de son père (en bois…). Valise monde, ancrage et errance, exil et patrie. Moi aussi, comme lui, « j’éprouve pour les valises une tendresse de plus en plus grande » (même si celle de mon père était en… carton : comme lui, je la garde, symbole de douleur et de liberté, de départ toujours possible vers un ailleurs choisi, quand il faut). Et comment pourrais-je être indifférente au texte d’un « citoyen planétaire », à mémoire d’Espagne? Même si mon Espagne est plus lointaine dans le temps et dans l’espace, et mêlée d’autres rives... J’adhère à ce qu’il dit des exilés, des réfugiés : initiés. On est dans le monde des libertaires… Il y a ainsi des textes qui justifient ou signifient tout l’ensemble. Qui suffisent. A lire : http://www.luis-porquet.com . Livre, « Le nuage et la montagne », poèmes, éditions de L’Aiguille : http://leseditionsdelaiguille.blogspot.fr/2015_05_01_arch... 

LIVRE ANNA JOUY.jpgEt j’ai lu et relu le « Journal » d’Anna Jouy (qui vit en Suisse romande, et que je ne connaissais pas). Je relirai encore. C’est dense. Sur l’écriture (de « textes sans marges »…), le lever « dévêtue de mon âme », l’interrogation sur le « dire », le « geste ». et cette note : « J’apprends à parler la nuit ». Plongée en soi, interrogation et lucidité, écriture comme philtre magique pour capturer le mystère au lieu d’être capturé par lui et par ce qui rejoint la mort… Novembre 2015, extraits. (Novembre 2015… Évidemment?). J’espère qu’une écriture ira au-delà de novembre 2015, au-delà de toutes les nuits… On peut avoir besoin de ce texte et de ce qui suivrait. J’ai posé le nom sur la Toile, et j’ai trouvé un journal en ligne. Autres pages : http://jouyanna.ch  J’ai cherché encore, et trouvé un ouvrage, aux éditions Alcyone, collection Surya (« De l’acide citronnier de la lune ») : http://www.editionsalcyone.fr/425207624 

La revue est très structurée. Des rubriques reviennent. Ainsi la petite anthologie portative (poèmes à découvrir), ainsi les notes de lecture, recensions de quelques ouvrages. Des traductions, textes bilingues (portugais, roumain, américain, turc : toute une équipe au travail…!). Des dessins de Jean-Marc Couvé, contributeur régulier : dessins qui nous font voyager, je trouve, dans un univers digne d’Alice au pays des merveilles. (Elle s’y retrouverait, entre rêve et peur, devant des plantes, aux yeux fleurs ou feuilles, à la tête oiseau, ou des monstres marins qui font presque hésiter le soleil, caché en partie à l’horizon…). 

J’ai parlé du refus du jeu des gentils papillons (écho, Abdellatif Laâbi, sa déclaration…). 

LEYLA.jpgEt justement, le premier poème, pourtant, arbore un titre qui l’impose (« Papillonner »), et le premier vers inscrit un papillon. Mais rien à voir avec ce que les refus dénonçaient de cette fausse poésie gentillette et sans présence ancrée. C’est à l’opposé. Lucide texte tranchant de Leyla Al-Sadi (née à Poitiers, origine irakienne). Pas de jeu, pas d’espoir : « le noir règne ». Et le poème suivant parle de conflits, de feu, de morts. Regard sans illusion, très loin de la moindre mièvrerie. Poésie dans l’axe, de quelqu’un qui sait, et dit les douleurs, pas la flânerie des amours tendres… hors du monde. Elle peut co-signer l’engagement de J-P Chérès. Comme tous ceux qui reviennent dans cette parution… Livre, « Liens de sang - Thé rouge », poèmes, EditInter : http://www.editinter.fr/al-sadi.html 

BASSE VISAGES.jpgJacques Basse, lui, aborde la question métaphysique de la vie la mort, le sens de cela ou l’absence, l’hypothèse d’autres vies, le « mystère » d’avant ou après « l’ultime nécrose » : « un labyrinthe sans fin est notre vie » . Poésie haute, de celui qui est aussi peintre... Découvrir (ou redécouvrir) : http://www.jacques-basse.net  Poèmes et bibliographie : http://www.le-capital-des-mots.fr/2014/11/le-capital-des-... 

 

 

Livre, « Visages de poésie » : http://poezibao.typepad.com/poezibao/2010/02/visages-de-p...  Sur son site de portraits, ce que dit la revue Texture : http://revue-texture.fr/Le-site-de-Jacques-Basse.html  De Jacques Basse on ne peut oublier le portraitiste... Ses "Visages de poésie". C'est une part essentielle de son oeuvre.

NOMAGES.gifJe ne cite pas tous les auteurs, ni les thèmes (il faut lire…).

François Teyssandier, lui, veut « Tisser / Détisser le temps », dire de son écriture la démarche qui cherche à « Retisser », entre oubli et mémoire, silence et langage, un sens (peut-être) contre le néant : détruire pour construire. Ce sont trois poèmes inédits, mais qui… « tissent » un ensemble cohérent. On a envie d’en lire d’autres, l’avant et l’après du processus. Page sur lui, et textes, revue Ce qui reste : http://www.cequireste.fr/francois-teyssandier/  Et (livre, poèmes), « Paysages nomades », éd. Voix d’encre : http://www.voix-dencre.net/article.php3?id_article=275 

Hervé Martin, dans six textes, se demande (façon de l’affirmer autrement) si dénoncer des injustices c’est encore de la poésie, et il revendique le cri de la révolte : « Tant que je le peux encore ». Avant  la « nuit aphone », « chuchoter »… « Hurler ». Car… « Désir de cueillir ce fruit / couleur du sang / de notre dignité ». Révolte et dignité (de soi, d’autrui). Page sur Terre à Ciel : http://terreaciel.free.fr/poetes/poeteshmartin.htm#internet BioBibliographie : http://hervemartindigny.jimdo.com/biobibliographie/ 

Pour représenter les poètes traduits, je choisis une citation de Cecilia Meireles : « Je marche toute seule / le long de la nuit. / Mais l’étoile est mienne. » Solitude nocturne de ce qui veut sourdre des réalités à nommer, l’écriture… Mais quelque part une lumière, non donnée : forgée (« mienne »). P. 53.

A noter aussi, le dossier Anne Sexton, 1928-1974 (textes traduits de l’américain). Lire (en plus) ceci (en français): https://fr.wikipedia.org/wiki/Anne_Sexton  Ou ceci (en anglais) : http://www.poetryfoundation.org/poems-and-poets/poets/det... 

.... La revue, ici : http://lelivreadire.blogspot.fr

 MC San Juan 

Et sur la PAGE Facebook du blog TramesNomades  https://www.facebook.com/TramesNomades/posts/883412195115... 

06/04/2015

Ecriture... A L’INDEX N° 28, revue littéraire

INDEX 28    28.jpg

 

 

 

 

 

Puissante œuvre poétique que celle d’Anne Sexton

 

 

 

 

 

(née en 1928 dans le Massachusetts, morte en 1974, suicidée), fascinante même dans cette obsession suicidaire (qu’elle partage avec Sylvia Plath, poète immense aussi, née en 1932, morte en 1963, par un suicide que toute son œuvre  semble annoncer). Amitié qui constitue le dossier d’ouverture de la revue. Ce qu’Anne Sexton écrit sur (et à) Sylvia Plath est bouleversant, intime, riche autant pour ce partage fraternel d’émotion que pour tout ce qui est dit du processus d’écriture, entrelacé dans le même partage. Puissante écriture, tant pour les textes d’analyse de soi (par quelqu’un qui a vécu la démarche analytique) que pour les poèmes. On la connaît peu, d’où la nécessité d’un tel dossier. Je ne sais pas pourquoi elle a été plus négligée, en France, que Sylvia Plath. J’ai aimé le portrait que Jacques Basse fait des deux auteurs (non, moi je ne mets pas le « e » d’un féminin formel, qui, à mon avis, est un contresens linguistique). Jacques Basse, je l’avais découvert par hasard, avant de lire A L’Index, en cherchant un texte de René-Jean Clot, et le nom m’avait mené à son site, et au portrait du peintre-écrivain (qui m’est cher, très cher), et depuis c’est lui que je cherche aussi, pour ce regard sur des visages marqués par l’écriture. Traits noirs, mais pas tristes, ici. C’est la vitalité qu’il a voulu montrer, pas le désespoir sourd. Dépressives, Anne Sexton et Sylvia Plath, le sont donc au point d’en mourir, de « vouloir mourir » (comme l’affirme en titre le poème de la page 11, d’Anne Sexton, ou page 17 celui sur « La Mort de Sylvia »). Mais leur lecture donne de la joie, par la profondeur du cri intérieur, par la maîtrise lucide, malgré tout, du langage pour saisir ce qui est en jeu,  même quand, comme moi, on se sent complètement étranger à ce genre de triste déchirement intérieur. Mais sans doute en nous tous y a-t-il un écho de tels questionnements. Camus l’a dit, la question du suicide est le sujet philosophique central, et moral, c’est pourquoi ces poètes parlent de nos vies. Et la différence avec elles, avec elle, c’est qu’elles savent, elle sait, quel est le gouffre qui  attire. Nous, consciemment, non, mais qui sait ce qui est mortifère dans nos rapports aux émotions, au corps, au monde. Parfois nous frôlons la mise en danger de soi, par une fuite apparente des parts sombres, et l’inconscient est là.

Magnifique texte, que celui de Frédéric Miquel, dès le début : « Un verre à la main, une bouteille de vodka dans l’autre, elle se mit à exhumer amoureusement les souvenirs enfouis au plus profond de la terre séchée de sa mémoire... ». Il parle d’un « corps solaire » mais c’est l’être entier qui est solaire dans ce portrait d’un « physique éblouissant de beauté ». Texte amoureux. C’est la juste approche, pour lire et relire : que ce soit amoureux. Voilà un critère pour apprécier une œuvre : produit-elle en nous un tel élan (comment, peu importe, mais d'une impulsion violente, de manière inconditionnelle et dans la distance de la gratuité) vers l’être qui a tracé ces mots-là? Anne Sexton y réussit. (Tous ceux qui ont écrit ou dessiné pour ce dossier l’expriment diversement).

Echo des ombres, êtres perdus dans l’immense et dans l’angoisse, le beau poème de Guy Girard (2011). Je retiens ici un fragment, particulièrement : « dansante évidence de la lumière éclairant de son ombre / ce grain de poussière  dans le jeu de quilles du présent. »

Rabiaa Marhouch dit son admiration pour les poèmes d’Anne Sexton, comme dans une sorte de terreur : « Ta poésie me terrasse ». « Ma page blanche » : je le vois, ce texte,  comme un poème en prose. Elle y parle de la lecture de cette œuvre accomplie, achevée, d’Anne Sexton, qui peut être contemplée dans un ciel de splendeur et qui écrase par sa magnificence, quand on admire. Un début, une fin, finalité qui peut paraître trop loin, inatteignable. Je peux comprendre, et l’angoisse et l’élan que le texte sait traduire avec force : « Ma poésie est à délivrer de ta Poésie. »... Au début, cependant, elle écrivait : « Je suis une immensité qui se méconnaît. ». Oui... C'est une phrase qui restera longtemps dans la mémoire, après l'avoir lue. On aura donc envie de relire ce texte, et de suivre cette écriture...

Mais aucune de mes grandes admirations ne m’a jamais fait ressentir ces peurs, même adolescente. Très jeune je savais (et je l’avais décidé, je m’en souviens, à douze ans exactement : j’ai même le souvenir d’un instant précis, à l’ombre d’une entrée de patio, cristallisation des pensées de beaucoup de moments et de jours...). Je savais que le temps serait mon espace d’écriture, des décennies de travail devant moi quand d’autres avaient des décennies de travail derrière eux. De plus, Rimbaud démontrait que l’inverse est possible, l’intense concentre le temps et tout peut être transcendé. La preuve... Enfin, pourquoi craindre le temps si l’on ne rêve pas d’une accumulation de livres remplissant une bibliothèque, mais plutôt de l’ouvrage essentiel, qui serait le produit de la déchirure d’infinis brouillons,  alchimie de soi autant que des mots tracés. L’importance de la création ce n’est pas le poids. Je n’ai pas un rapport quantitatif avec la mesure d’une œuvre. Et ne m’intéresse, pour moi et les autres (écriture, ici, lecture, là), que ce que signifie (et crée) cette lente métamorphose que l’écriture ne fait pas que traduire mais bien plus produit. Les mots comme un feu qui brûle l’inessentiel et fait sourdre de notre ombre des scories qui ne sont pas des déchets mais gardent en eux une densité volcanique faite de son contraire, et, en eux, aussi, ces vacuoles d’espace cosmique. Le creux de soi, centre libre, n’est pas que racines. Ce que je veux dire par cosmique, c’est justement ce qui empêche l’admiration de se muer en peur de ne pouvoir atteindre cela qui est écrit par quelqu’un d’autre.  Tous peuvent être sculpteurs d’eux-mêmes, donc de leur œuvre. A condition de... Affaire de travail, de lecture, et de conscience. De perception de cet espace immense autant interne qu’externe. Et de ce sens présent partout, qu’il faut juste déchiffrer. Est-ce orgueil ? Non. L’humilité, je la mets plutôt dans un goût pour la longue patience, très longue patience... Et pourquoi pas ? Regards et regard...

Donc, poèmes d’Anne Sexton, dans ce numéro. Citations. « Vouloir mourir » (texte pp.11-12) :

« Puisque vous demandez, la plupart du temps je ne me souviens pas. / Je marche dans mes vêtements sans porter la marque de ce voyage. / Puis ce désir viscéral presque innommable revient. »

Et

« La Mort de Sylvia » (pp.17-19)

« Sylvia, Sylvia, / où es-tu allée / après m’avoir écrit / du Devonshire (...) ? » (...) « à quoi as-tu été fidèle, / comment, au juste, t’es-tu allongée dedans ? »

(...)

« cette mort que nous disions avoir toutes deux dépassée, / celle que nous portions sur nos poitrines maigres »

Cette mort l’attriste, mais lui donne le désir « d’y goûter, comme à du sel. »... Elle le fera, plus tard. Ses textes disent qu’elle ne sait toujours pas de quelle plaie vient encore ce désir de mourir qu’elle croyait avoir vaincu. « Innommable » désir, sans mémoire pour pouvoir le cerner. Innommable, car il est le désastre du défi lancé à l’écriture. Si les mots d’Anne Sexton avaient pu saisir totalement l’attrait de la mort, cet attrait aurait-il été englouti dans le travail de mise à la conscience par l’écriture ? Ou, au contraire, si l’enjeu avait juste un peu déplacé le regard ? L’influence de Robert Lowell n’a-t-elle pas été un frein, malgré ce qu’elle en dit, admirative et reconnaissante ? Dans un texte elle écrit « Après tout, le suicide est le contraire du poème » (« Le pilier de bar devait chanter », pp.7-11, citation, p.10). Et elle ajoute qu’avec Sylvia elles discutaient « souvent de contraires ». C’est comme si, là, on était au bord d’une frontière qui aurait pu être traversée dans un sens ou tout à fait dans l’autre sens. Même si, bien sûr, on ne peut rien dire sur le mystère des bascules dans la dépression, ni, dans le fond, pas beaucoup plus sur ce que l’écriture arrive à vaincre chez autrui...

Ce dossier seul justifie la parution du numéro, qu’il emplit déjà, jusqu’à la page 26 (seulement ?) : qu’il emplit de sens.

Mais d’autres textes suivent...

Poèmes de la « Petite anthologie portative ». Plusieurs auteurs. Je relève un nom, pour les textes que je préfère : Nora Thermes, d’évidence. Découverte d’une écriture, où je sens un souffle, une pensée qui sous-tend la poésie (pp. 36-38). Une démarche qui engage tout l’être. C’est une écriture...  On reste à hauteur du dossier...  Citer, c’est parfois trahir un peu, quand tout est lié (comme pour le texte de Rabiaa  Marhouch...). Mais commenter sans citer, non.

Donc... Nora Thermes :  « S’enorgueillir alors de n’être jamais qu’à soi / Et ne se dicter comme quête relationnelle / (Pour ne point effleurer l’affect, / Et sanctifier l’angoisse) / Que la triomphante obtention / Des ombres des corps les moins lumineux » (...) ///   « Et tisser sans transparence des liens furtifs / Fugaces, pour ne point plonger / Ne point goûter la douce douleur salée / Des abîmes d’impudiques » 

Pages 49 à 64, jeu entre écriture et dessins, Jean Chatard et Claudine Goux. Humour et poésie. C’est original (« Visages, Nuages, Mirages »).

Pages 65 à 69, mon texte, poème, vers libres et prose. « Une et toutes douleurs ». Exergues (bien sûr...) : Anna Akhmatova, Monique Rosenberg, Lyonel Trouillot, Geneviève Clancy. Je ne peux que tisser lecture et écriture. Je ne citerai qu’un fragment, tout au début. Il donne une des clés, en posant une question : « Le lieu est-il l’exil de la pensée ? ». Exils, conscience : méditation... La traversée des frontières est au centre de mon identité, de tous mes questionnements. Pluriel interne, valises « arrachées », et chiffre de l'éthique nomade. Regard autre. Je signe d'un S, mémoire du soleil-signature de Jean Sénac, et de l'initiale en commun, S solaire, oui, et S des pluriels, qui ouvre le multiple en soi et dehors (MC San Juan...).

Page 77, poème, « Marelle », de Jean-Claude Tardif. Evidemment le jeu n’est qu’un prétexte, pour cartographier bien plus que les pas sautillants d’enfants... J’aime beaucoup. On entre plus facilement dans un univers quand on a lu des recueils, des pages diverses de l’auteur. Dans un poème on ouvre alors un monde. On peut se tromper et inventer un sens qui n’est pas celui que l’auteur voulait nous faire lire. Mais le lecteur crée aussi le texte qui inscrit plus que le poète croyait dire (et il le sait).

Donc... « Sur le chemin de la marelle / L’éclat calcaire / Limite au bonheur » Pourquoi limite ? Parce que cela casse la symétrie plane ? Parce que cela alourdit et ramène au sol vers l’éclat (trop poudreux ?) « L’enfant solaire » ? Ferme son espace ?  Mais quand même l’élan qui élève. « Agir »... « Lancer la pierre / Contraindre l’espace ». Non, décidément, ce n’est plus seulement le jeu d’enfance, le rêve dans la lumière. J’y vois le symbole de nos vies, tous au départ « enfants solaires », à sauter « Sur la nuit et les jours », « Blancs et noirs » du jeu,  à devoir trouver la route entre les « droites » quand un instant peut faire dévier, et arriver, au bout du compte, à être capable de dévier exprès des chemins fixés, sans angoisse. Le but, la fin, dans le texte, c’est aller  « Jusqu’à l’asymétrie ». Parce que l’espace libre échappera aux traits normatifs, que la vie fera entrer du désordre dans nos jours et nos années, et nous forcera à sortir des repères anxieux, obsessionnels, des normes et des cadres. Mais il y a un mot, « lutte », qui marque l’effort de l’enfant dans son jeu (pour suivre ce qui est droit), et, peut-être, la lutte de l’adulte, au contraire (pour fuir ce qui est trop droit...). Asymétrie vivante, l’art... 

Les pages qui suivent sont de Claire Dumay. Feuilletant la revue sans regarder le sommaire pour trouver les pages, au départ, j’ai lu la dernière phrase d’un de ses deux textes (pp.78 à 85), et j’ai immédiatement reconnu le style, signe qu’il est très personnel. Un style...« Essai d’autobiographie », voilà qui soutient ma lecture du poème de Jean-Claude Tardif... La même chose est dite (sans le savoir, en voulant dire le contraire, en regrettant ce contraire...). Elle explique son impossibilité à inscrire un quelconque projet autobiographique qui ressemblerait à ce qu’elle lit ailleurs. Elle croit devoir s’en désoler... Parce qu’elle perd les repères, ne sait plus où elle va, en est « ébranlée, bousculée ». Justement, c’est bien. C’est signe que l’écriture ne se ment pas, que le désordre de la vie est bien là (qui fait arriver où on ne va pas, et fort heureusement car autrement on n’aurait pas su le décider...). Bien sûr les visages du passé ne seront pas les visages du passé. Les bribes captées deviendront autre chose. Et « tourner autour » c’est cela qui est intéressant, car autour on prend le juste recul, alors que dedans on serait enfoui dans les identifications faussaires. « Tourner autour » obligerait-il vraiment au « recyclage d’une gestation unique » que même cela serait une perspective d’écriture. Une page qui devient cent, car elle a autant de significations que de tentatives d’écriture du même instant d’un être. « Impasse » ? « Inutile de dévider l’impasse », écrit-elle. Moi, justement, j’entre dans ce texte qui se dit impasse avec un plaisir de lecture où je trouve matière à comprendre, à interroger. Les histoires tranquillement déroulées ne m’intéressent pas, mais cette hésitation de l’écriture, oui. Car le basculement est en train de se jouer. On approche l’asymétrie que visait le poème Marelle... Parce que le doute l’installe. Aux orties le moment où Pascal « marchait solitaire sur la grève » : c’est juste une clé, le saut de la marelle, avant ce trou du silence où autre chose émerge. Et que ces doutes sont bien écrits... !

Claire Dumay, encore, « Ecrire le matin ». Là aussi j’aime beaucoup. Amusée, aussi. Je remplacerais matin par nuit et je reconnaîtrais  la plupart des signes. Le matin, pour moi, serait celui des nuits blanches (alors je peux voir l’aube). Très beau texte sur l’écriture, celle qui vient sans qu’on la cherche, comme d’une étrangère. Lieux et rythme d’un monde très féminin. Solitude de l’écriture dans les moments où l’espace se libère. Rangements... ou ménage qui va marquer des pauses cérébrales, gestes dont on ne sait s’ils produisent, causent, ce qui s’écrit, ou viennent de ce qui s’écrit. Boisson chaude qui donne de la douceur au corps. Toilette décalée pour ne pas stopper l’élan du flux qui passe par les doigts. Citations : « Je quitte le mémorial, les eaux sacrificielles, la crypte funéraire » (...) « L’exode des mots supplante la stagnation, le règne de l’immobilité. Moi qui suis un être d’attache, fidèle à mes demeures, m’affranchis malgré moi de ces contrées souterraines, de la claustration du confessionnal. » (...) «  J’entre en migration. Les lettres qui sont frappées sur le clavier ne sont plus traces, ni empreintes. »   

Poème... Anne-Marie Marcelli, pp. 90-95. « Prémonitoires ». Le silence, l’écriture, le corps, la peur (ou les peurs). Toujours, l’écriture est interrogée, questions entrelacées aux thèmes courants de la vie (le corps, les liens, les lieux, la matière). Je lis, et des fragments retiennent l’œil. Ainsi :

« Je vis / Que les pierres / Même les pierres / Se froisseraient comme du papier / ... / Et nous sommes / Moins que pierre » (...) « Ecoutons / Les murmures étouffés / De la source du verbe / Qui tremblent dans nos os » (...) « Faisons la paix / Avec le temps / Silence / Prière ». Belle méditation sur la genèse de nos écritures... et ce qui s’installe quand on fait taire les mots. Une sagesse du silence ?

Des poèmes en prose de Marie-Anne Bruch je préfère « Toussaint », « Sable et cendre », « Cercles ». 

A noter, une étude (dense, riche) d’Alexandre Zotos, sur la poésie d’ Ali Podrimja.

Et des recensions.

MC San Juan

A L’Index N°28, Table des matières (et, sur ce blog éditeur, numéros précédents et projets) : http://lelivreadire.blogspot.fr/2015/02/a-lindex-n28-en-cours.html

Autres numéros de la revue, ici : notes, blog Trames nomades, tags...

............................................

Anne Sexton, site dédié : http://anne-sexton.blogspot.fr/

15/03/2015

Francopolis... Voyage en poésie... Auteurs à découvrir ou relire. TEXTES.

FRANCOPOLIS.jpgCoup de coeur.jpg

Un voyage bref en poésie. Sur une page d'exergues, livre de poche ouvert au hasard. Puis sur le site Francopolis...

« Je suis là. Mon destin est d’être là. »

Jean-Claude Pirotte, Un voyage en automne

« Etre le greffier du temps / quelconque assesseur que l’on voit rôder / lorsque se mélangent l’homme et la lumière. »

Jean-Claude Tardif, L’Homme de peu

(Exergues du livre  de Philippe Claudel, « Les Âmes grises »)

........................................................................

« Toute nuit est lumière. »

Héraclite

[FRANCOPOLIS... Exergue de la page consacrée à Francesca Y. Caroutch. Rubrique Salon de lecture, page élaborée par Dana Shismanian  (textes et biobibliographie. Extrait : « Née le 3 février 1937 à Paris. Poète, traductrice, romancière, essayiste, spécialiste du bouddhisme tibétain, membre de l’Académie européenne des Sciences, des Arts et des Lettres, également peintre, elle a publié de nombreux recueils de poèmes, des récits, des études sur le symbolisme de la Licorne. »] : http://www.francopolis.net/salon/CaroutchFrancescaY-fevrier2015.html

Citation.Poème choisi par Dana Shismanian. « L’or des étoiles » de Francesca Y. Caroutch : « Les pires abîmes avaient enfanté / l’entrelacs de nos chemins./// Nous célébrions la transhumance des esprits / à travers les mille scintillements de la matière, /les métamorphoses du cosmos vers la lumière. /// Nous célébrions l’ascension de l’âme vers le soleil, / la contraction de l’univers avec ses graines et ses pierres, ses racines et ses tombeaux. »

..............

Page, A propos d’un recueil de Jean-Claude Tardif, « L’homme de peu » (éds La Dragonne),  par Florence Noël. Commentaire et textes : http://www.francopolis.net/francosemailles/jeantardif.htm

CITATION, fragment de poème de J-C Tardif, choisi par Florence Noël :  

« Pour retenir le quotidien /comme un fruit dans le compotier /il a en héritage / les gestes lents de la vie / qu'il enferme le soir/ dans sa montre à gousset / et des mots aux parfums de draps mouillés qu'il lustre comme des vêtements de travail,/ par esprit de compagnonnage ».

..................

Poèmes de quatre auteurs, rubrique Coup de cœur, dont trois textes de J-C Tardif, du recueil « La Vie blanchit », éds la Dragonne, et une prose d’Henri Michaux, du recueil « Poteaux d’angle ». Choix de Dana Shismanian :  http://www.francopolis.net/rubriques/coupdecoeur-textedecembre2014.html

.................

Le site Francopolis, accueil : http://www.francopolis.net/index.htm

Printemps des Poètes 2015 :http://www.printempsdespoetes.com