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10/12/2020

POÉSIE. À L'INDEX, N° 41...

De l’éditorial de Jean-Claude Tardif je retiens notamment la distinction qu’il fait entre les auteurs qui ne sont attentifs qu’à leurs publications, ne montrant pas d’intérêt pour les autres, pas vraiment lecteurs, et ceux qui lisent, curieux d’autrui. Cela rejoint le malaise que je ressens devant des conduites d’autopromotion exclusive. 

Dans ce numéro, entre les textes, de beaux dessins de Peter Neu, très structurés, architectures sombres, rues, lieux, maisons. Et une création de Claude Jacquesson.
 
Des traductions, comme toujours, textes bilingues d’auteurs à découvrir. Poèmes traduits de l’anglais américain, du grec, de l’allemand, cette fois… Des recensions, deux, de qualité (je les mentionne largement). Je suis présente (poèmes), mais je me cite en fin de note, tout en bas.

De Peter Gizzi (traduit de l’américain par Vladimir Claude Fisera) je copie un fragment de poème : 
 
Je ne suis pas un poète
parce que je vis dans le monde factuel
où la peur divise la lumière 
Je n’ai pas de protection contre
le vrai mal et l'argent
qui est le monde
où la plupart des vies sont vécues
(…)
Je ne suis pas un poète
mais un témoin qui porte
l’espace libre qui va bien à nos cœurs
…..
J’ai lu avec attention le texte de Michel Lamart sur poésie et peinture. Étude érudite à partir d’un tableau de Rembrandt et de son titre, La Ronde de nuit. Mais il met l’accent sur la lumière : "Il s’agit de peindre non la nuit mais, bien davantage, le mouvement marquant l’accès à la lumière." Dans sa réflexion il fait intervenir les Goncourt, Huysmans, et il analyse la manière dont ce tableau fut reçu et compris, regrettant l’absence de "l’approche sociale du tableau".
….
J’ai lu, surtout, les poèmes (nombreux), et certaines proses.
Pour les poèmes, il faut citer. J’en choisis certains… 
….
Du poème Présence/absence de Line Szöllösi, je note le début  et la fin :
 
De la présence à l’absence
ou l’inverse
 
sait-on ce qui se cache dans l’ici
si l’ici est ailleurs
(…)
mais nous n’avons pas la clé
pour être.
…..
De Jean ChatardL’oubli fait loi, je note deux fragments :
 
L’haleine des grands fonds 
dissimule au regard ces monstres
fabuleux qui naissent en nos cœurs
et se vêtent d’azur
(…)
La peau sait s’embraser
devant le sorcier fou lorsqu’il
demande au ciel de mutiler l’espace
                     
                                    et d’oublier midi
….
Suit une étrange nouvelle de Jean-Claude Tardif,
Rencontre de nuit
ou une homophonie
Comme souvent, dans ses textes, on bascule entre réel et fantastique. Une rencontre mystérieuse sur une route, ou une hallucination à deux ? Personnages inventés ou fantômes, projections imaginaires nées des contes ? Homophonie. Satire ? Satyre ? Et on voyage dans la mythologie. Le mystère est inscrit sur des notations très concrètes, c’est cela qui déstabilise.
…..
Nouvelle, aussi, de Jean Bensimon. Un passé lointain.
Un rêve entraîne le narrateur dans une recherche de vérité sur son histoire familiale
…...
Poésie, de nouveau, Résistance, de Roberto San Geroteo, dont je commence à connaître l’univers, et l’idéal de justice et fraternité.
 
Citations :
 
Quand je fume tard dans la huit 
je reviens vers vous à l’époque
où nous avons appris à démêler le vrai du faux
question ou sentiment de fraternité
liée à la lutte à l’écoute du silence
propre à chacun(e)
parole singulière passant de l’un à l’autre
rétive à l’oubli
utopie pure et simple
ou est-ce encore la nostalgie
l’anesthésie sur les épaules de la vieille veille.
(…)
Et de la bougie en phase terminale
tombent en silence les derniers pétales.
…...
Et enfin, poème de Jacques Nuñez-Teodoro, Le jour d’après (sous-titré Conte à dormir debout)…
Les douleurs du monde…
 
Citation :
 
Vous
hommes innommés innommables
errant à travers les effrois emmurés de géographies convulsives
gosses enfance abolie école démolie
enfoncés dans le boyau assassin d’une mine
hommes ancêtres indiens arrachés
par les bulldozers saignant vos forêts incendiées
hommes mendiants accroupis translucides
dominos branlant au gré des calculs diagnostiques 
…...
Et enfin, dernières pages, deux longues (et passionnantes) critiques.
 
Une pour la revue de Michel CosemEncres vives (août 2019), un dossier sur Claire Légat, par Arnaud Forgeron.
Extraits de Nous nous sommes trompés de monde (recueil de 1966) et D’outre toi-même (recueil en cours de création). Une formule semble qualifier l’univers de cette poésie (au sujet du premier recueil, mais on sent que c’est plus fondamental et permanent). En fait c'est la reprise d'un titre regroupant plusieurs auteurs (mention sur un dossier la concernant, en ligne), mais cela peut traduire une démarche, une interrogation : "Poésie des imites et limites de la poésie". Et Arnaud Forgeron évoque la métaphore de l’alpinisme pour dire les sommets entrevus dans cette poésie (je pense à Erri De Luca...!). Précisant sa pensée il cite André Suarès (Carnets) : "Le grand poète, qu’il s’en doute ou non, est l’oracle d’une religion ou d’une métaphysique". Oui. Ce qui finit de me séduire, c’est ce qu’il note du long retrait de Claire Légat, des décennies de silence. Pour moi qui met de la valeur dans la rareté, c’est là que va surtout mon estime. Et je recopie les dernières phrases de cette lecture, écho à ma tristesse quand je vois passer sur FB tant de poèmes du jour (cette autopromotion de l’immédiateté…) : "Cela a son importance, surtout dans l’engorgement du trafic qui semble sévir en poésie et dans nos sociétés de l’immédiateté." Et "Une voix, celle de Claire Légat, la voie travaillée par le silence". Je vais commander la revue (en espérant qu’elle ne soit pas épuisée), et chercher à trouver l’ancien recueil, en attendant le dernier.
…...
Et l'ample recension d’un recueil de Monique W. Labidoire, par André Prodhomme, qui connaît bien son œuvre.
Voyelles bleues, consonnes noires, éds. Alcyone.
Il dit donc son admiration, et c’est efficace, car si on ne la connaît pas encore on a forcément envie d’aller découvrir l’œuvre de l’être chez qui il y a, dit-il, "une lumière qui résiste à tout". Preuve, ce qu’il dit de son histoire, qui commence "avec le noir absolu de l’abjection"  (père disparu en camp, se cacher pour survivre, enfant très jeune, presque bébé). Il explique comment elle "ancre son chant" dans le poème, contre la terreur et les blessures, les ombres de la vie. De ce livre il nous dit qu’il est à prendre "comme une boussole", car donnant des clés vers une sagesse "en humanité", et la beauté... "Je suis acquise à l’échappée", écrit-elle dans un poème. On peut l’interpréter comme le sens de la liberté intérieure, retour lucide sur nos ténèbres et  porte vers le sacré (qui dépasse le religieux). André Prodhomme cite Reiner Maria Rilke pour évoquer Orphée, le poète des poètes, sommet légendaire, et montrer une direction...
J'ajoute que deux autres recueils de Monique W. Labidoire sont disponibles aux éds. Alcyone : D'une lune à l'autre, et Gardiens de lumière... Pour moi, repère fait.
 
Et décidément, je vais fouiller dans ma collection de plusieurs années de la revue, pour voir si je n'ai pas raté des pistes précieuses données, comme là, avec ces deux lectures.
…….
 
Je reviens en arrière, car j’ai suivi les pages… 
Entre deux nouvelles (celles de Jean-Claude Tardif et Jean Bensimon) mes trois (longs) poèmes… Je cite…
 
Elle, d’elles, non obscures
(En exergue, Emily Dickinson et Anise Koltz)
 
Se souvenir des visages que les mers séparent.
Se souvenir des visages perdus en eau morte.
 
Jeter sept cailloux et tracer le sillon du hasard et du calme.
Penser au regard de l’enfant.
 
Mais comment faire devant le monstre intérieur qui crée les guerres et l’absolu du mal ?
 
Comment faire ? 
 
Jeter sept cailloux, et deviner la route, le hasard de la route.
…….
 
Ode aux visages
(en exergue, Emmanuel Lévinas, Charles Juliet, Claude Louis-Combet)
 
On regarde certains visages, comme une pause reposante hors de l’étrangeté habituelle et du déchiffrement qu’il faut faire constamment.
On peut reconnaître la marque de l’accent sur les traits silencieux.
Les voisins, les lointains.
 
De tous ces êtres il faut garder des images, en rêver, et reconstruire un pays de papier dans l’eau déchirée des regards.
…..
Chant multiple
(en exergue, Rainer Maria Rilke, Zéno Bianu)
 
Le silence serait total. Rien, ni bruissement ni souffle ni frôlement. Pas même la soie des pas.
(…)
Dans l’ombre, aussi, un calligraphe et un rabbin, pour le sens du mystère commenté, métaphores et expérience. Traces sur les murs. Mots en espagnol, en hébreu, en arabe. Traduction...
........
© Marie-Claude San Juan, ces trois poèmes, et la recension.
…………………………………...
À L’Index... 
et le numéro 41… 
...............................
MISE à JOUR, 28-01-21
Le commentaire du poète Henri-Louis Pallen, ci-dessous, offre un éclairage supplémentaire intéressant.

Commentaires

Bonjour Marie-Claude, juste vous dire combien la lecture et la relecture de votre recension ci-dessus apaise mon esprit et confirme globalement les vues que j'ai toujours eues de l'acte d'écrire, des fonctions que depuis mon adolescence j'ai toujours (d'instinct d'abord, ensuite par adhésion profonde aux valeurs humanistes qui selon moi la sous-tendent) assignées à la Poésie, jusqu'à en faire les conditions sine qua non de son authenticité, le sceau ou le coin que seul il touche mon cœur et mon esprit de sentir en Elle. Peut-être m'avez-vous fait l'honneur de remarquer que je suis et reste loin moi-même, dans la gestion de ma modeste page facebook, du repli sur moi-même et d'une quelconque indifférence à la l'écriture des autres. Je n'ai d'autre vision de mes rapports au monde que collective. Mes premiers sémaphores culturels et humains (-car dès l'enfance, grâce à ma mère, je me passionnais aussi pour leur biographie, pour le rapport entre une œuvre et son auteur(e)-, bien avant René Char que j'ai fréquenté à l'Isle sur la Sorgue pendant plus de 15 années) ont été Alfred de Vigny et Stéphane Mallarmé. Retraité de l'enseignement depuis 2011 après avoir passé le plus gros de ma carrière en région parisienne, Iufm et fac, j'ai dès le retour dans ma ville natale créé, une association culturelle, citoyenne et sociale, humaniste enfin, qui regroupe et implique dans nos diverses actions (pièces de théâtre, conférences-spectacles à plusieurs voix sur la poésie, animations de diverses natures), beaucoup de personnes de tous âges et de toutes conditions. Voilà en gros Marie-Claude, et donc très lacunairement car je craindrais comme la mort de trop m'étendre, ce qu'est ce petit bonhomme né en 47, qui consacre (mal peut-être, car je sais ma présence sur FB souvent critiquable pour sa naïveté ou encore sa gaucherie, pour bien intentionnées qu'elles soient !) sa vie entière -à l'écriture et à la lecture de la Poésie, -et aux autres, à l'Autre, ses alter-égo jamais absents de son esprit... PARDON pour l'affreuse lourdeur de cette présentation...

Écrit par : Henri-Louis Pallen | 24/01/2021

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