Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

06/05/2020

Le temps du sable...

sable,char,rimbaud,camus,unamuno,photographie,temps,trace,marie-claude san juanC'est de ressemblance que vit le sable ; c'est de son vide diapré qu'il meurt.

Edmond Jabès, Le petit livre de la subversion hors de soupçon

 

Sable, sables… Je rêve de sable. Marcher pieds nus sur la plage, marcher longtemps, jusqu’à atteindre un autre lieu, s’arrêter et méditer devant la mer, Méditerranée évidemment. J’ai des tas de souvenirs de sable, celui des plages, celui du désert, celui d’un vent de sable, enfance, celui d’un livre magnifique ("La femme des sables", d’Abe Kôbô), celui (ceux) de René Char préfaçant Rimbaud, pour dire le parti du poète qui "empêche les sables mortels de s’épandre sur l’aire de notre coeur". (Et c’est d’actualité, à condition que le poète de 2020, en temps d’épidémie, ne soit pas enfermé dans une contemplation fascinée, regard porté sur ses propres textes et son auto-promotion lassante, avec le poème du jour, qui n'a pas subi l'épreuve du tiroir - mais, c'est autre chose, j'apprécie d'avoir des informations sur les publications abouties). 

Lire la suite

24/07/2015

Lecture… Au sud de l’Occident, de Laurent Doucet

POESIE.jpgLIVRE.jpg

Effacement, écrit Christian Viguié en introduction, effacement pour laisser parler autre chose que soi.

Oui, dans ce livre, un silence d’écoute semble être une sorte de programmation intérieure pour un voyage particulier. Laurent Doucet l’écrit dès la première page : « voir sans être vu ». Espaces entre les lignes, marge blanche qui signifie ce silence pour rendre le regard possible. Juste des notations sur des fragments de paysages, choses vues, la nature et les signes du lieu. Le végétal (« peuplier / cèdre / roseau » (…) coquelicot  (…) blé … palmeraies… Le minéral : sable…).

Mais les portes, le khôl, des «fils d’or », réels ou métaphoriques : l’humain, par les objets, les corps, les yeux.

Et, aussi, au-delà du lieu d’un désert marocain (« dunes », « sable ») la remontée des « cours d’eau caillouteux » semble souterrainement accompagner le parcours pour un itinéraire qui engage l’antériorité de questions personnelles. Il y a le silence pour l’innocence du regard : que seul le lieu existe, avec les êtres qui y vivent, pour une rencontre vierge, qui voit cependant autant la beauté que la violence et les souffrances, et sait le sel des larmes, pas seulement la beauté des arbres (« figuiers », « grenadiers »), pas seulement le son de l’oud.

Un motif intérieur, ou motivation (c’est un peu pareil), révèle des cercles et nœuds de questions à dénouer : « Quoi que tu fasses désormais / la vie / sera toujours un jardin que tu quittes ». Peut-être les caillouteux parcours et ce sable fascinent-ils au point de retenir (c’est douleur de s’arracher au lieu), hypnose volontaire qui fait pénétrer profondément dans la perception des pierres, du miel et des épices. Car la connaissance de l’autre lieu passe par l’intimité du corps qui goûte. Mais… « Plus ta langue réclamera d’épices / plus ta vie quittera de jardins ». On peut le comprendre aussi autrement. Ce qui est fort, trop fort, le piquant des épices, ce serait le piège de trop de présence de l'ego dans le plaisir du réel matériel, risque de fuite en avant, et de perte de soi pour le mirage du toujours plus (plus de sens, plus de beauté) : la phrase serait un frein de conscience, mise en garde, vœu de sagesse... 

Magie de « l’obsidienne semée par le vent », son que seuls entendent ceux qui ouvrent une oreille intérieure, et font écran au bruit des touristes ou des fausses apparences. Car ainsi la vraie rencontre est possible, mais c’est une soie fragile, comme celle que lavent des femmes. « Le réel est plus fort que le roseau », car « la poésie ne peint pas le paysage ». Non, il y a tout le reste dont elle est débitrice, le réel des êtres : « ils trônent au fond de tes yeux ». Cependant, luth ou souffle, c’est une possible métamorphose : « l’or du secret ». Rien n’est donné sauf le chemin. Et l’or se révèle à la relecture…

MC San Juan

Page éditeur, La Passe du Vent (le livre est bilingue français-anglais) : http://www.lapasseduvent.com/Au-sud-de-l-occident.html