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28/05/2017

La haine...

Tristesse. L'Égypte, après Manchester et avant, encore, L’Afghanistan (et alors qu’on n’en parle pas, famille kurde massacrée à Mossoul, Irak : voir la tribune du MPCT, en lien ci-dessous).

Egypte... 

Encore la haine des islamistes qui exécutent cet "autre" qui les terrifie. Haine de celui qui croit autrement (ou ne croit pas). Haine de l'autre d'autant plus qu'il est "soi". Les coptes ne sont pas une minorité en Égypte, mais ils dérangent l'obsession islamiste du "pur", et la conviction d'avoir la seule croyance qui vaille. Les extrêmes droites criminelles sont toutes les mêmes, avec leur obsession d'une pureté, obsession qui est l'exact reflet du refus du vivant. L'islamiste s'est inventé un dieu pouvant regarder son immonde "fidèle" en train d'assassiner des hommes, des femmes, des enfants. Un dieu détestant les visages du vivant. L'assassin fanatique, avec le faux amour pour son dieu (il croit ou fait semblant), peut tirer sur des enfants car il est enfermé dans une carapace de fer rouillé qui ne sait plus rien des visages et de l'humain, coupé des sens et de lui par l'idéologie fondamentaliste. Il tue et c'est avec la jouissance du pouvoir sur l'autre (de celui qui n'a pas de pouvoir sur lui-même). Seule jouissance dont il soit capable. Car quelqu'un qui se souviendrait de la peau, du regard et des parfums ne pourrait être cet atroce criminel. Je n'écris pas cette dernière phrase par hasard. Mais pour avoir réfléchi à la réaction du gouvernement égyptien qui bombarde des terroristes à l'extérieur. Peut-être ont-ils un lien avec ce massacre (peut-être), mais cela ne suffira pas. S'il n'y a pas une lutte institutionnelle, une lutte idéologique assumée politiquement, ils continueront. Et c'est valable pour la France, l'Europe, l'Occident, le monde. Trump dit vouloir lutter contre le terrorisme mais il salue les maîtres d'une source "religieuse" essentielle et lui vend des armes. La France a fait pareil (saluts et armes). A l'intérieur des pays on joue la complaisance complice, on oublie ce que "laïcité" veut dire (celle sans adjectifs). On oublie de même, que si la musulmanophobie existe (et peut-être même l'islamophobie) le mot "islamophobie" sert de porte d'entrée aux fondamentalistes hypocrites qui en font un fond de commerce et un écran pour empêcher de penser librement autant "pour" que "contre". Pourquoi avoir parlé des sens et des parfums (fragile obstacle aux fanatismes, en apparence) ? Parce que ! Avec une autre manière d'éduquer on peut participer au recul de ce qui est mortifère. Même le hip hop entre dans ce qui réveille les gens, à mon avis. École, rue, quartiers... Et télé, il faut tout changer. (Ce n'est pas avec des animateurs qui diffusent les mêmes balivernes haineuses que les intégristes qu'on va rendre les gens plus vivants…).

Il faudrait aussi que les faits soient connus, qu'il y ait un travail sérieux d'information. Pour pouvoir comprendre. Lire, ci-dessous, en plus des articles, la note de blog de Mohamed Louizi : il y donne un éclairage qu'on ne trouve pas ailleurs...

…………...

Articles… 

"Les coptes égyptiens exécutés après avoir refusé de renier leur foi". Courrier international 27-05-17... http://www.courrierinternational.com/depeche/les-coptes-e... 

Tribune intéressante sur le site du MPCT. Égypte, et Irak… http://www.mpctasso.org/spip.php?article1686 

Manchester. L’enquête après le drame. Ouest Francehttp://www.ouest-france.fr/faits-divers/attentat/attentat...

Afghanistan. RFIhttp://www.rfi.fr/asie-pacifique/20170527-afghanistan-moi...

NOTE de BLOG. informations et décryptage par Mohamed Louizi... http://mlouizi.unblog.fr/2017/05/26/attentat-de-mancheste...   

03/04/2017

Sur une manifestation… et des questions.

Samedi, une manifestation a eu lieu, censée être un soutien aux Palestiniens, mais révélatrice d'autres motifs idéologiques. L'appel était signé notamment par le racialiste PIR et une liste d'associations pro-palestiniennes (mais surtout hostiles à Israël et aux Juifs : pas vraiment pour la paix et deux États...). Un des slogans pour relayer l'appel était "Séparation du CRIF et de l'État", ce qui signifie qu'étaient reprises les thèses complotistes sur le soi-disant pouvoir des Juifs. La récente manifestation contre les violences policières avait été largement l'occasion de crier des slogans antisémites (et le sujet n'avait rien à voir pourtant avec Israël et la communauté juive...). Que ce genre de manifestation soit autorisé par la préfecture est scandaleux. Des personnalités étaient intervenues pour qu'elle soit interdite (dont la maire de Paris, signalant un risque de trouble à l'ordre public). Lire la note de blog d'Hebib Meyer (ample et documentée), qui fait quelques rappels nécessaires... http://www.huffingtonpost.fr/meyer-habib/manifestation-bo...

Attiser les tensions est très dangereux. Et de tels appels sont très loin des positions de ceux qui soutiennent des projets de paix (et donc sont capables de critiquer ceux qui s'y opposent, sans oublier que ces freins sont largement aussi chez les Palestiniens : le Hamas n'étant pas un modèle d'humanisme et de démocratie, sa charte en est un signe, entre autres).

Les liens ci-dessous donnent des informations complémentaires : analyse de Laurent Joffrin sur les dessous du mouvement BDS, chronique de Libération sur les réseaux antisémites, lien vers le site de LPM (La Paix Maintenant, qui milite pour la paix entre les deux peuples en informant largement), lien vers la page des communiqués du CCLJ (Centre Communautaire Laïc Juif belge), qui a le souci de l'intégrité d'Israël comme pays et de la sécurité du peuple, mais n'hésite pas à critiquer le gouvernement israélien pour dénoncer des atteintes aux droits des Palestiniens : tout le contraire d'un positionnement identitaire (le piège dans lequel d'autres tombent, cette manifestation en étant une preuve : le piège identitaire crée la haine...). Voir aussi l'analyse du MPCT (Mouvement contre le terrorisme).

Les positions univoques ne mènent pas à la paix. Comme le demandaient les deux mères (israélienne et palestinienne) témoignant dans le livre "Nos larmes ont la même couleur", à l'étranger ne pas entrer dans le conflit, dans la guerre, mais soutenir les initiatives de paix. (Ainsi, pour ne donner qu'un exemple, les associations pro-palestiniennes qui manifestaient ont-elles parlé quelque part de la grande marche pour la paix de femmes très nombreuses avançant ensemble, Israéliennes et Palestiniennes? Non.). A noter, parmi les signataires, Mgr Gaillot (!) et quelqu'un pour l'Acat (chrétiens contre la torture...). Décidément, relents inquiétants. Il y a aussi quelqu’un d’Ensemble... Et un groupe de La France insoumise (Douai), mais la virgule entre le nom du mouvement et le groupe peut faire croire que L.F.I. signe en tant que mouvement.

Aucune autre association de droits de l'homme ne s'est compromise, en dehors d'Acat...

LIENS... 

"BDS, dessous d’un boycott", chronique de Laurent Joffrin, Libération (2015, mais toujours valable…)… http://www.liberation.fr/planete/2015/08/14/bds-dessous-d...

Autour des manifs pro-palestiniennes, "Antisémitisme, les réseaux de la haine", chronique, Libération (2014, toujours valable)... http://www.liberation.fr/societe/2014/07/22/antisemitisme...

La Paix maintenant s'engage pour la paix entre les deux peuples dans la perspective de deux États… http://www.lapaixmaintenant.org 

CCLJ. Centre Communautaire Laïc Juif. Les communiqués n’hésitent pas à critiquer des actions du gouvernement israélien, mais la charte (lisible dans la rubrique « Qui sommes-nous? ») affirme le souci de l’intégrité d’Israël et la lutte contre l’antisémitisme... http://www.cclj.be/tags/communiqués 

Note (au sujet de cette manifestation) sur le site du MPCT Résistance au Terrorisme... http://www.mpctasso.org/spip.php?article1654

15/11/2016

13-11..."Fluctuat nec mergitur". Ne pas sombrer, c'est aussi parler, témoigner...

BD Bataclan.jpg« La pluie de demain lavera les taches mais il restera toujours quelque chose dans nos âmes. »

Sting (Fragile)

« Nous sommes ceux qui restent, suivis par une ombre, tous unis par une même idée : ne pas nous laisser tuer deux fois. »

Antoine Leiris (auteur de « Vous n’aurez pas ma haine »)

...

PAS HAINE.jpgNe pas sombrer, c’est le défi des survivants des attentats. Et chacun trouve la manière de forger sa résistance, de remettre les pas dans la vie, de reconstruire son rapport aux autres, tant avec ceux qui sont directement concernés, victimes ou endeuillés, qu’avec ceux qui ne peuvent pas complètement comprendre, entendre la parole de douleur, le traumatisme gravissime. Choix entre se taire, ou parler. Parole de partage et parole thérapeutique. Solidarité.

Bien sûr, il y a des expériences différentes. Quand la colère domine, et quand la haine affleure, dont il faut réprimer les mots pour ne pas heurter - comme le dit de lui un survivant du Bataclan (dossier de Libération daté 12-13/11, riche de plusieurs témoignages différents) : père de famille qui s’est, de plus, heurté à des rigidités diverses (indemnisation problématique, incompréhensions de la situation scolaire de ses enfants par des acteurs de l’éducation nationale, dans la méconnaissance troublante de ce que sont les traumatismes graves et leurs effets). 

Beaucoup de témoignages sont le signe, le plus souvent, d’une force vitale renforcée : ne pas laisser les assassins gagner aussi contre l’esprit et le temps. 

Refus de la haine, comme l’a exprimé pour tous Antoine Leiris dans sa lettre spontanée, celle qui a jailli dans la proximité de la douleur la plus grande, et dans la conscience de tout ce qu’il fallait préserver pour son enfant… « Vous n’aurez pas ma haine »…  https://www.facebook.com/antoine.leiris/posts/10154457849... 

Cette lettre est devenue un livre, pour aller au plus loin du message… http://www.fayard.fr/vous-naurez-pas-ma-haine-9782213701295 

Et un documentaire a été créé par Antoine Leiris, qui donne la parole à ceux qui ont vécu la même tragédie…   (Rediffusé le 3-12, France 5, minuit)… http://www.france5.fr/emission/vous-naurez-pas-ma-haine 

« Alice et Aristide » est un documentaire de Laetitia Krupa, qui raconte le parcours du rugbyman Aristide Barraud et de sa soeur, survivants tous les deux (il est passé très près de la mort, et en le sachant). Le corps, la douleur, le doute, la peur, le courage, et le désir de rejouer, donc de vaincre tous les obstacles physiques. Pour soi, et pour les autres : être pour autrui ce que d’autres ont été pour lui, des repères de courage, de ténacité devant l’adversité. Et revenir sur le terrain pour tous ceux qui sont morts. Alice, aussi, accepte d’attendre mais pas de ne plus faire ce qu’elle aime, artiste du corps. Et elle va revenir à la vie du cirque… Ne pas renoncer, jamais…. (« On n’a pas choisi ce qui nous arrive, mais on va choisir ce qu’on va en faire», a dit Aristide, pour sa soeur et lui). A voir… http://www.lequipe.fr/Medias/Actualites/-alice-et-aristid... 

« Mon Bataclan » est une bande dessinée de Fred Dewilde, qui fait le récit de son cauchemar de survivant. Le dessinateur se libère ainsi de l’obsession des images : il les transcrit et s’en délivre… http://www.lemieux-editeur.fr/Fred-Dewilde-sortir-du-Bata... 

Voir aussi des vignettes sur L’Express… http://www.lexpress.fr/actualite/societe/en-images-un-sur... 

Trouver la manière de dire c’est trouver (ou retrouver) la matière, sa matière : les pages pour des mots, les crayons pour dessiner, la voix et l’instrument pour le chant, le corps pour la danse ou le sport de compétition, ou les gestes du quotidien d’un travail retrouvé. Je pense à une agricultrice vue dans un reportage, et qui disait « Ils sèment la mort, moi je sème des graines ». 

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L’anniversaire commémoré m’a fait revoir les visages, photographies dans les journaux, souvenir du choc d’alors. Ainsi ceux de La Belle Équipe. Et lire ou écouter les entretiens. La Belle Équipe, le Bataclan, le Stade, les autres lieux. Penser au présent de ceux qui poursuivent, marqués mais là. Attentive aux mots de Noumouké Sidibé, le chef de sécurité du Bataclan, toujours en arrêt, blessé par les soupçons du chanteur du groupe Eagles of Death Metal, blessé par les méconnaissances, et préoccupé par le risque de bascule dans le terrorisme de jeunes qu’on pourrait sauver de cela.

Commémorations, donc (Nice, Paris…). Elles ont été critiquées par certains commentateurs, (trop ceci, pas assez cela) mais les victimes les désiraient et disent en avoir tiré un apaisement. Comme Ali Charrihi, dont la mère, Fatima, est morte à Nice le 14 juillet. L’hommage rendu est pour lui un signe fort : « La nation entière va honorer ma mère » (cité dans un article du Parisien du 15 octobre). Sa réaction à lui est de décider de s’engager auprès de Latifa Ibn Ziaten, mère d’une victime de Mohamed Merah. Lutter contre les radicalisations, tenter de prévenir.

Ondes de choc… Le temps des secousses dure plus qu’on ne peut croire. Ainsi Nicole Guiraud, victime d’un attentat, enfant, pendant la guerre d’Algérie (le Milk Bar, Alger) le dit dans une lettre ouverte à Zohra Drif.  (Zohra Drif avait posé la bombe visant des civils dans un bar recevant des enfants, d’où son nom, et a réagi récemment, agressivement, à la déclaration du père d’une victime du Bataclan qui parlait de terrorisme dans ce cas précis - puisque le terrorisme est défini par le fait d’attaquer des civils, dont des enfants). Nicole Guiraud la désigne comme son bourreau, car les séquelles de son amputation d’un bras demeurent (douleurs, soins). Plasticienne, elle est aussi privée d’une main pour créer. La mémoire du terrorisme elle la retrouve chaque matin. 

Comme doivent la retrouver des personnes en Algérie, victimes des attentats de la décennie noire. (Et le Milk Bar a encore, alors, été visé…). Nicole Guiraud, comme Danielle Chich, a refusé la haine (au contraire, elle a participé à des actions fraternelles de liens entre les rives). Mais elle a fait de la lutte contre le terrorisme son engagement principal, y compris par la création (comme dans son exposition « Survivre »), ou le partage avec des artistes algériennes (comme lors d’une exposition à trois en Allemagne, à Berlin.).

Ondes de choc… autour. Nous, individuellement, et nous, collectivement.

Le risque des fractures intensifiées, sur lesquelles les extrémistes tirent pour les accentuer. 

…Que ce soient les stratèges de l’islamisme, jouant sur la victimisation (inversant les rôles) et glissant petit à petit leurs codes rigides, qui veulent emprisonner les êtres corps et âmes, et les femmes d’abord. Manipulation et taqiya (avancer masqués). 

…Que ce soient les partis d’extrême droite, racistes, et leurs alliés, dédiabolisés ou pas, ou le fatras des complotistes et antisémites.. 

Une réponse est l’écran construit contre les haines diverses, les peurs, les ignorances. 

..Se méfier des obsédés qui pensent tout à travers le filtre de la peur de l’islam (confondant musulmans et islamistes). 

..Se méfier des idéologues complaisants qui se font complice des manipulateurs, par bêtise, conviction, intérêt. Les idiots utiles. A l'inverse de cela, Abdennour Bidar met l'accent sur la fraternité, sans négliger la lutte contre les intégrismes mensongers, et il développe un mouvement de citoyens... https://www.fraternite-generale.fr 

Résister.

Mais résister ne peut faire l’économie d’une vigilance concertée et totale pour débusquer les pièges des totalitarismes concurrents. 

..Soutenir IkhwanInfo (Mohamed Louizi, Soufiane Zitouni, Caroline Fourest, Antoine Sfeir, etc.…)… http://www.ikhwan.whoswho  

..Soutenir les messagers d’un islam du respect, de haute spiritualité humaniste, comme Planète soufie…http://www.aktab.ma/veille/  ou Fondation conscience soufie… http://conscience-soufie.com 

..Faire passer le message aux politiques, contre le clientélisme aveugle et la diplomatie de complaisance. 

..Soutenir les associations qui luttent contre le racisme et les confusions (liste Agir, marge gauche… ici).

08/11/2016

« O-Dieux ». Semblables et séparés, se penser avec le théâtre de Kheireddine Lardjam…

O-DIEUX.jpg« Je veux montrer la complexité du conflit israélo-palestien. J’ai eu l’idée de monter cette pièce à force de discuter avec des jeunes et de constater à quel point ils ne comprennent rien à ce conflit mais le mettent à toutes les sauces. Des enfants ici naissent avec l’intifada dans le sang. »  

Kheireddine Lardjam, metteur en scène, Compagnie El Ajouad. Sur ses choix de mise en scène, pour "O-Dieux", pièce de Stefano Massini...

 

Fiche... http://www.vitry94.fr/actualites/fiche/o-dieu-hors-les-mu...

SITE de la Compagnie El Ajouad... http://www.elajouad.com 

Refus du manichéisme. Une actrice, Marie-Cécile Ouakil, joue les trois rôles (admirable performance...) : une Israélienne pacifiste qui est bouleversée par un attentat, et déchirée entre des émotions et pensées contraires, une Palestinienne future kamikaze, qui est décidée à se sacrifier, mais est elle aussi traversée par des errements intérieurs, et une Américaine qui intervient avec des militaires israéliens, qui voit les deux peuples avec un certain recul un peu cynique. On voit la proximité possible des êtres et le contexte invivable par les tensions et la peur. La mort omniprésente, et finale, absurdement. Le choix de l'actrice seule en scène fait percevoir autrement l'humanité commune. Et l'installation mobile (mise en scène dépouillée) permet de figurer autant les barrages, la symbolique de l'emprisonnement dans les identités et la peur, le quotidien, les lieux des attentats, les autres suggérés et la solitude de chacun dans son destin. Juste la voix, le jeu des gestes pour représenter chaque personnage, à la fois assez différent pour qu’on comprenne et pas trop pour qu’on saisisse la force d’un questionnement qui dépasse le récit factuel mais devient question sur l’essence humaine. Qui sommes-nous? Ceux qu’une identité nationale définit? Une religion? Ou des êtres au-delà de cela qui se sont fait piéger dans des situations qui les emprisonnent dans des cadres identitaires en fait interchangeables?

A peine le bruit des sirènes (police, ambulances, secours, armée) un instant, après celui d'une musique de boîte (où des jeunes tentent de vivre une normalité apparente). Mourir, tuer, deux faces des destins... Pas de parti pris. Le conflit est vu en hauteur : pas de volonté de traduction politique (ou pire, partisane). Mais, comme l’a dit dit le metteur en scène, c’est un regard méditerranéen (donc en empathie avec ceux qui sont pris dans ce long conflit, empathie par commune matrice culturelle, celle de cette mer Méditerranée), celui de l'auteur italien et du créateur algérien, Kheireddine Lardjam, fidèle à son message d'humanisme, de fraternité. On ne nous donne pas à haïr, mais à comprendre.

Nous sommes en face de nos doubles contradictoires, enfermés dans la peur qui sépare, et pourtant si semblables. Même si le « feu » final vient d’une riposte israélienne pour éviter un attentat programmé, on ne doit pas comprendre cela comme une invitation à porter la culpabilité sur Israël seul, je pense. Le croire serait trahir le message d’humanisme. Deux des personnages meurent quand le troisième est un des soldats qui tirent, l’Américaine venue en renfort (et pour la protection de son ambassade, dit-elle à un moment). Un voile posé sur la tête pour éviter la pluie crée une confusion entre la terroriste  palestinienne (kamikaze), décrite par les renseignements, et la jeune femme israélienne. Car les identités sont brouillées, en réalité. Et donc les rôles dont on se vêt. « Feu ». Et c’est la nuit totale, d’un coup, celle de la mort qui hante toute la pièce. Mort choisie pour l’une, mais qui rate sa fin, puisqu’elle est abattue. Mort par le hasard du « mauvais endroit au mauvais moment », pour l’autre, absurdement car ce n’est pas ce dont elle a peur qui la tue, mais une peur plus large, un climat qui fait de n’importe quel autre un ennemi possible. 

Cela parle d’un conflit, mais dans la réalité du monde actuel cela parle de bien des lieux et de beaucoup de sociétés, dont la nôtre. En fait la peur est porteuse de mort. Mais comment lui échapper quand on est devant des menaces? En refusant de s’y perdre…

Volonté de ne pas accepter l’instrumentalisation du conflit israélo-palstinien, ici notamment, piège rendu possible par l’ignorance et qui produit de la haine. Contrairement à l’analyse que j’ai lue dans un article de L’Humanité qui disait que la jeune femme israélienne s’enfonce dans la haine, après le traumatisme d’un attentat, alors qu’elle était une pacifiste engagée, j’ai vu plutôt quelqu’un qui était de plus en plus habitée par la peur, la peur produisant la méfiance, la séparation. Cela peut ressembler à la haine, mais la haine c’est plus violent, viscéral, alors qu’elle continue à s’interroger, déchirée. De même la jeune palestinienne est obsédée par ce qu’elle pense sa mission, être une kamikaze quand elle aura franchi les étapes initiatiques à l’intérieur d’un cheminement de mort, mais elle aussi on la sent déchirée, même hésitante à un moment. Et elles ont les mêmes mots pour se demander si l’autre peuple envahit leur espace, cherchant (d’une certaine manière) ce qu’elles sont. Et on sent la question de l’absurdité des guerres des humains, quand d’autres solutions pourraient tout changer. Absurdité des conflits qui font se heurter des semblables, si proches, mais qui ne le savent plus, et donc si lointains. Tellement semblables que la mort leur prêtera la même identité… L’Américaine, elle, est étrangère aux deux réalités, et cela accentue la proximité, paradoxale en apparence, des deux autres.

………………………

Voir la page du théâtre de l’Aquarium sur O-Dieux, avec des précisions sur le contenu du texte de Stefano Massini.  ... http://www.theatredelaquarium.net/O-DIEU 

Texte posé lors des représentations programmées là, associées à celle d’une autre pièce, Page en construction.

………………………

Page en construction, justement…  Le texte est de Fabrice Melquiot, qui a pris comme sujet la personne même du metteur en scène, qui doit donc jouer son rôle, en maniant humour et émotion, recul et regard intérieur, pudeur et mise à nu. Page en construction (éd. L’Arche, 2015) est une oeuvre passionnante, qui traite de la mémoire personnelle et historique, de l’identité héritée, complexe, et de celle qui se construit, que nous construisons nous-mêmes. Comment on tente à la fois de se défaire des normes imposées, de la subjectivité qui peut trahir le réel, mais en même temps comment on maintient ses repères culturels car ils nous font tenir debout, et comment on respecte sa subjectivité libre, car elle est l’axe de notre individualité. La création a été le résultat d’un dialogue fécond, d’un regard de l’auteur sur son « personnage » qui n’en est pas un. Comme si l’auteur entrait dans les pensées secrètes du metteur en scène comédien, le révélant à lui-même, et éclairant plus que lui. Car les thèmes traités, les questions posées, sont des sujets qui nous concernent tous, et particulièrement dans cette période d’interrogations sur nos appartenances, de risques de fractures entre des pans entiers de la population. Les traces de la guerre d’Algérie (blessures et liens, mémoire familiale), la religion (entre spiritualité et culture) et les projections causées par l’ignorance. La double identité, le métissage, la transmission : ce que l’on a reçu des générations précédentes, et surtout, du père et de la mère, proches ou pas, présents ou pas, et ce qu’on va faire passer de soi à l’enfant. Appartenance à deux rives et imprégnation double des codes parfois contradictoires. Difficultés, et immense richesse. Agacements (quand on croise la bêtise ou l’agressivité). Partage et fraternité. La page qui  se construit c’est à la fois la personne et le pays qui s’invente (en tout cas dont on espère qu’il sache le faire). Espoir possible, inquiétudes. On ne cesse de naître, en fait, car l’identité n’est  pas figée, elle est un processus. Et cela concerne l’aspect psychologique et culturel, mais aussi le corps, qui est une carte à déchiffrer. Pièce d’une forte actualité : comment nous situons-nous? Nous acceptons-nous multiples et nomades, ou nous figeons-nous dans des peurs? Quel rapport entre les rives algériennes et françaises? Et quelles perspectives pour ces pays où nous vivons, ces « ici » mobiles? 

Il faut espérer que cette pièce puisse être découverte par ceux qui ne l’ont pas encore vue. Car elle nous concerne tous. Ce « je » n’est pas un étranger : il nous tend un miroir…

…...

Ces deux pièces qui font partie de la programmation 2016-2017 (voir sur le site de la compagnie) ont en commun des interrogations qui sont en fait celles, fondamentales, d’une possible bascule de conscience de l’humanité (si elle entend les questions, voit l’absurdité créée par les passions, les manipulations, et l’illusion identitaire) ou au contraire d’un risque d’embrasement, si un réveil ne se produit pas, si l’aveuglement général perdure…

10/09/2016

Terrorisme, un autre regard…

MORT PEUR.jpgEn cherchant des infos sur le festival O+O, programmé Butte aux Cailles, à côté de chez moi, j’ai trouvé ce message « Terrorisme - Le festival O+O est annulé. La mort dans l'âme, nous avons dû annuler le festival O+O de Paris 2016. » 

Source, blog, « Les armes secrètes de la poésie » : http://armesecretepoesie-axodom.blogspot.fr 

Et site : https://sites.google.com/site/axolotletdominiqueguillerm/... 

Mais sur le blog, à côté de l’information, en évidence, un lien vers un autre site, pour le texte de Thich Nhat Hanh, « Des clés pour faire face au terrorisme », 2001 : http://maisondelinspir.over-blog.com/2015/01/des-cles-pou... 

MAINS.jpgLe hasard crée un lien entre des notes et des réflexions. Ce texte de méditant au 3è oeil ouvert est à lire en prenant le temps de sortir des rails habituels de la pensée et des émotions associées au terrorisme. On peut au moins garder en arrière-plan la perspective d’un autre regard sur la réalité… tout en pensant que l’annulation ne pouvait guère être évitée, dans le contexte… 

Et voilà comment une journée mène de la poésie au terrorisme et du terrorisme à des paroles de sagesse… Faire prendre conscience d’une violence présente dans le monde, co-créée par tous, dont le terrorisme serait une des conséquences, symptôme d’une maladie générale. Même si l’obstacle est cependant cette fascination perverse qu’exercent des idéologies fanatiques qui n’ont besoin de nulle raison pour créer une emprise totalitaire. Instinct de mort et ignorance mêlés donnant, suivant l’époque, nazisme ou islamisme. La réponse serait alors une transmutation totale de l’esprit humain, transformation collective vers une sorte d’éveil global. En commençant par le refus de réagir en miroir à la violence.

Sur Thich Nhat Hanh, un article du Monde « L’Éveillé du Village des Pruniers », repris par le site meditationfrance.comhttp://www.meditationfrance.com/enseigne/hanh.htm 

Mise à jour… J’ai entendu (radio, France-Info) un chef d’entreprise français, qui travaillait dans les tours lors du 11 septembre, et avait réussi à être évacué avec ses employés, mais avait vécu, évidemment, des moments très traumatisants (notamment quand il était dehors et qu’une tour s’était écroulée, mettant le quartier dans la nuit, « une nuit plus noire que la nuit » dit-il). Sa réflexion porte surtout, actuellement, sur le vide de sens du monde actuel, qui mène les gens vers des solutions terrifiantes. Répondre au terrorisme c’est aussi redonner du sens au monde.

J’ai suivi, aussi, une partie d’une émission sur la 5, où Dounia Bouzar insistait sur le fait que chercher des causes nationales aux attentats était un leurre, le terrorisme « impactant le monde » et l’Ei s’adaptant aux situations locales pour trouver un langage qui touche les failles, la causalité principale étant idéologique, à la source.

Complexité des regards. Au centre, le sens à donner au réel…

28/07/2016

Le sabre et l'esprit...

PENSEE EXTREME.jpg« Il n’y a que deux puissances au monde, le sabre et l’esprit. A la longue le sabre est toujours battu par l’esprit. » Napoléon à Las Cases. Cité dans la chronique de Marie-Laure Delorme sur le livre de Jean-Paul Kauffmann, « Outre-Terre » (la bataille d’Eylau, Napoléon..).

La mort, les crimes atroces, comment penser cela, comment penser les assassinats violents et comment penser les assassins, pour lutter contre ce qui les détermine? Parce que cette réalité n’est pas la même que celle du nazisme, avec un pouvoir repérable, un pays, la guerre. La dimension insidieuse est en plus, le travail souterrain d’ennemis masqués qui tissent leur toile maléfique, avec leur propagande qui fanatise. Pour penser il faut lire, écouter, échanger, et encore lire, au-delà de la presse, livres qui approfondissent (et au minimum chroniques qui en tirent le questionnement essentiel, car on ne pourra tout lire…). Ainsi, cet ouvrage de 2009, réédité : « La pensée extrême. Comment des hommes ordinaires deviennent des fanatiques », de Gérald Bronner

« Ne pas rester sur l’image d’une désespérance qui, actuellement, alimente les démagogies d’extrême droite. » dit Jean-Louis Laville, cité par Julie Clarini, dans Le Monde du 25 mars 2016. Le sujet était la crise intellectuelle dans la pensée de gauche (« Nombreux sont les intellectuels tétanisés. Ils ont l’impression qu’un monde se défait. », disait-il aussi). Mais on peut adapter cela à cette période longue d’attentats qui se succèdent, ici et ailleurs, et qui mettent les survivants et les témoins en état de sidération (nous le sommes tous, à divers titres, témoins, même de loin : par les informations, les images, les témoignages, l’émotion). Et ce qui va nous être nécessaire c’est de lutter contre l’impression que notre univers se défait, qu’il ne reste que le désespoir, ce grand piège compréhensible…  

Même si un certain pessimisme est une des formes de la lucidité, parfois. Comme celui qui advient quand on découvre les faces sombres de pouvoirs qui manoeuvrent en coulisses obscures, parce qu’on maîtrise une langue qui permet d’entendre des voix masquées en traduction… Ainsi l’explique Kamel Daoud dans une chronique du Point (5 mai 2016) sur le bilinguisme cause de souffrance : « Le bilinguisme est aussi un pessimisme ». Car il peut lire et entendre les discours de haine soutenus par de faux « alliés » de pays occidentaux, qui auront un autre langage (celui du  masque) quand il s’agira de manipuler (ou d’acheter des armes…).

« Pour éradiquer le terrorisme islamiste, les mesures sécuritaires ne suffiront pas. Il faudra aussi lui opposer la force de l’esprit. » Sébastien Le Fol, Le Point, 11-02-16. D’un côté, le sabre des armes de mort (quelles qu’elles soient) et le sabre de l’idéologie totalitaire, d’une sorte de fascisme qui impose sa vision religieuse comme un outil de domination (l’islamisme, le pétrole irriguant la Mecque qui prend les croyants en otage et participe au formatage wahhabite en uniformisant un islam qui est en réalité pluriel), et d’un autre l’esprit, la pensée, la création, l’humour, la libre conscience. Sébastien Le Fol dit qu’il « faut disséquer cette idéologie apocalyptique » qu’est l’islamisme et opposer (notamment sur les réseaux sociaux) la dérision et l’humour : « Pour terrasser l’hydre djihadiste, nous devrons aussi la tourner en ridicule. »

C’est ce qu’ont compris les Marseillais, dans leur réponse aux menaces de Daech. Par tweets moqueurs, posts divers et même vidéo à visage découvert (l’ironie et le courage). C’est un régal. Sur MétroNews : http://www.metronews.fr/info/quand-les-marseillais-se-moq...  Et sur Libération (pour sourire deux fois, avec des variantes) : http://www.liberation.fr/societe/2016/07/22/sur-les-resea... 

Mais je repense aussi au témoignage du luthiste irakien Naseer Shamma, qui, avec la musique, par l’enseignement de la maîtrise de l’oud, a sauvé un jeune Irakien désespéré par la mort de ses soeurs à cause d’une bavure militaire. Il l’a sauvé de la haine qui allait le faire basculer dans des choix extrêmes. En lui disant que la musique exprimerait les absentes et serait son langage. (J’avais fait une note sur lui au début de l’année). Ce jeune a trouvé devant lui une personne au moment exact où il le fallait et la personne qu’il fallait. Naseer Shamma n’a pu faire passer un tel message que pour avoir été loin dans sa propre démarche intérieure. Malgré son pays ravagé, malgré son engagement, c’est de musique dont il a parlé en ouvrant un horizon d’espoir. Bien sûr tout le monde n’a pas un luth à mettre sous les yeux de quelqu’un qui serait habité par une colère personnelle ou d’emprunt. Mais tout le monde peut être une présence (écoute et parole) parmi les autres.  

.......... MISE à jour, 29-07-16. Deux réflexions au sujet du terrorisme et de la manière de le penser... Amin Zaoui, dans Liberté.dz. Réaction au dernier attentat, 28-07-16... http://www.liberte-algerie.com/chronique/flaubert-et-les-... 

Et Kamel Daoud, La Cause littéraire. Chronique de mai 2015, toujours valable... http://www.lacauselitteraire.fr/un-mort-est-la-somme-de-s...

Plus... le texte essentiel d'Abdennour Bidar, envoyé comme communiqué à l'AFP, et publié sur son site (Édito de juillet 2016, lisible alors en accueil). Réaction aux attentats et pistes pour agir : http://abdennourbidar.fr

25/07/2016

Contempler la terreur en soi... ou être (tenter d'être?) et agir.

mms_img1004210911.jpgTerrorisme, terreur, nuit qui obscurcit aussi le regard qu’on porte sur le réel. Il y a des faits et il y a la course aux informations, ou plutôt aux hypothèses qui précèdent les informations. Hâte de beaucoup à interpréter avant même de pouvoir nommer (réseaux sociaux, chaînes en continu). Théâtre vain des certitudes et des projections. Fascination pour la peur, la sienne et celle des autres. Au point qu’on sent parfois dans des mots et des phrases une malsaine jubilation à voir conforter par un fait dramatique une opinion qui le précédait. Il n’y a plus alors de place en l’être pour l’empathie authentique. A cela opposer la lenteur. Légitimes sont les émotions et la tristesse devant l’horreur et la souffrance, mais pas que s’y glisse une sorte de complaisance à se regarder être bouleversé, ni une satisfaction de l’ego à se reconnaître dans des miroirs conformes aux croyances communes, y compris quand elles s’affirment dans d’apparents schémas « d’incroyance ». Comment penser, quand on a lu les analyses contradictoires des uns et des autres, observé les postures, vu les polémiques, risqué la contagion des passions, pris distance en refusant l’obsession guerrière? Par la lenteur et le retour aux questionnements essentiels. Avec l’aide de quelques textes qui sont passés par le filtre de la méditation ou du recul silencieux… Comment agir? En pensant lentement, en dénonçant intégrisme(s) et fascisme(s), et idéologies de haine, d'où qu'elles viennent. Porter une autre parole...

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CITATIONS…  

 « Non pas faire comme si de rien n’était, mais comme si rien ne pouvait nous empêcher d’être ». Christophe Claro, écrivain, tweet posé après le 14-07-16. (signé Claro).

« La vraie vie est multiple, complexe, impure : tous les bons romans sont là pour nous le dire. » Tarun Tejpal, cité par Florence Noiville, Le Monde, 02-11-12

« C’est notre propre humanité qui est comme attaquée et niée… Notre première réaction est sans doute de vouloir réagir immédiatement, mais en un sens très profond, dans une telle situation, il est bon de commencer par ne rien dire et garder le silence. Même si cela n’est plus très audible aujourd’hui, le silence, en son sens fort, n’est pas la négation ou la privation de parole, mais une manière très profonde et très digne de dire et de se tenir. Une manière profondément éthique d’être. » Fabrice Midal (enseignant de méditation, auteur, éditeur, co-rédacteur de la revue Ultreïa pour des chroniques diverses, sur la poésie notamment), post, page Facebook,  fragment d’un message posé après le 13 novembre 15 (page Facebook publique), et reposé après Nice. Site : http://www.fabricemidal.com/a-propos-de-fabrice-midal/liv... 

13 NOVEMBRE, 14 JUILLET… « Les temps actuels, par leur intensité, nous obligent à réaliser de profondes prises de conscience. La principale doit nous conduire à mesurer notre responsabilité dans le déroulement et le contenu du spectacle du monde. » (…) « Les temps ne sont plus à commenter avec effroi, stupeur, colère, indignation, résignation ou sentiment d'impuissance ce qui se joue devant nous, comme si cela était séparé ou indépendant de nous, comme complètement coupé de nos scénarios intérieurs. Car, que nous l'assumions ou non, ce qui se joue devant nos yeux est le fruit de nos entrailles. » (…) « Tout ce contre quoi nous luttons se renforce. Mettre toute notre énergie dans la riposte revient à focaliser nos efforts vers la haine et la peur. » (…) Nous sommes responsables de la façon dont nous regardons le monde. » (…) « Combien de temps allons-nous perdurer dans ces archaïsmes qui ont mené l'Humanité dans sa posture actuelle ? En vérité, la décision nous revient. Elle est intérieure. Elle est notre responsabilité collective et individuelle d'êtres humains dotés de conscience. » Gregory Mutumbo (ancien militaire que la guerre a transformé)… http://www.lasymphoniedesames.com/13_novembre.html 

« Ah, nous avons tout cela en nous : Dieu, le ciel, l’enfer, la terre, la vie, la mort et les siècles, tant de siècles. Les circonstances extérieures forment un décor et une action changeants. Mais nous portons tout en nous et les circonstances ne jouent jamais un rôle déterminant. Etty Hillesum, « Une vie bouleversée », Journal, 3 juillet 42.

Terrorisme, terreur, réactions. Par Yuval Harari, historien, université de Jérusalem. Auteur de « Sapiens. Une brève histoire de l’humanité », Albin Michel. Une réflexion qui fait des détours et sort des chemins balisés par la fascination de la peur… A rebours des commentaires et analyses  les plus courants… http://bibliobs.nouvelobs.com/idees/20160331.OBS7480/la-s...

( Photo. © MCSJ. Affiche déchirée, symbole des fractures…)

27/02/2016

Pour Kamel Daoud. Sur un texte de soutien...

mms_img-2007196497.jpgIslamophobie?

« Quel islam pour quelle phobie ? L'islam de Médine ou l'islam de la Mecque ? L'islam soufi ou l'islam de Daech ? L'islam de Sayyid Qutb ou celui de Mahmoud Taha ? L'islam qui lapide ou l'islam d'Averroès ? L'islam de Mohammed Arkoun ou l'islam des ténèbres ? / N'a-t-on pas le droit de chercher à saisir la frontière qui sépare l'islam de l'islamisme, de comprendre comment l’islamisme se transforme en terrorisme ? »

Karim Akouche, chronique, Marianne, 26-02-16http://bit.ly/1T5aqvJ 

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Les 19 inquisiteurs (la tribune polémique…) osent parler "d'islamophobie" au sujet de Kamel Daoud, ce qui n'a pas de sens et démontre à quel point la notion est utilisée de manière perverse par des gens qui ont traversé la frontière qui sépare la lecture critique (droit que personne ne conteste, si c'est argumenté et fondé) du procès idéologico-religieux. Ils ont aussi traversé la frontière qui sépare le refus éthique de toute discrimination sur la base de l'ethnie ou de la foi et l'hystérisation fanatique de lois communautaires (interdiction de penser autrement que ce qu'exige de nous la norme des appartenances ethniques et religieuses, ou supposées religieuses). C'est poser un interdit sectaire, et refuser la liberté de conscience, droit humain s'il en est, dans la totale confusion. Ces gens devraient lire Amartya Sen…  

J'apprécie beaucoup le passage de l'article où Karim Akouche, en renvoyant un questionnement au sujet de ce soupçon diffamant "d'islamophobie", demande de quel Islam ils parlent. Car on ne peut certainement pas mettre sur le même plan, et derrière le même mot, l'islam lumineux des soufis (dont tous nous pouvons nous nourrir pour grandir en humanité), l'islam dit des Lumières, celui de la haute sagesse, d'une philosophie, d'une métaphysique rigoureuse, l'islam humble des croyants qui entrent une morale de vie, et l'islam de haine de criminels pouvant tuer une petite fille qui fuit, regardant son visage avec des yeux sans conscience... tuer (Toulouse). De criminels voulant débarrasser la terre de la musique, de la danse, des mots de la pensée.  Et ne pensant du corps que la violence (viol, meurtres, décapitations), des femmes que l'effacement et la domination. L'islam des sages et des méditants n'est pas celui des intégristes ou de leurs complices (ces gens qui préparent avec des anathèmes la route des assassins. Et qui le savent (ou sont fous). Non, Kamel Daoud n'est pas seul... La preuve, ces écrits (journalistes, écrivains, blogueurs) de gens qui signent des engagements de liberté. 

« Kamel Daoud ne hait pas les islamistes, il les combat », par Karim Akouche, Marianne, 26-02-16 : http://www.marianne.net/agora-kamel-daoud-ne-hait-pas-les... 

……... Mise à jour, 28-02-16, articles : 

« Kamel Daoud ou la défaite du débat », de Michel Guerrin , Le Monde, 26-02-16. Soutien de K.D., car la défaite n'est pas la sienne. (Et citation de Hugues Lagrange, joint en Inde, et qui soutient Kamel Daoud)  http://www.lemonde.fr/idees/article/2016/02/26/kamel-daou... 

« Sexe, islam, et polémiques », de Caroline Hayek, 22-02-16. L’Orient-Le-Jourhttps://www.lorientlejour.com/article/971657/sexe-islam-e... 

« La double fatwa », par Michel Onfray (le début, seul en ligne), Le Point, 24-02-16. Pour le titre, très juste, et quelques lignes  http://www.lepoint.fr/editos-du-point/sebastien-le-fol/mi...

Soutien. "Au-delà du relativisme culturel. pour une défense et illustration de la pensée critique". Par Amira Bouraoui et Maya Boutaghou, 28-02-16 . « …Montrer que notre liberté d’expression et notre esprit critique sont les seules réponses à une forme d’aveuglement bien pensant. »: http://www.chouf-chouf.com/chroniques/au-dela-du-relativi...

« Au nom de Kamel Daoud », par Fawzia Zouari (auteur du livre « Je ne suis pas Diam’s », Stock, ouvrage qui parle d’islam, de féminisme et de laïcité, à partir de sa propre expérience de musulmane laïque et d’une grande culture). Elle donne totalement raison à Kamel Daoud, en rappelant des réalités, en opposant la lucidité à l’aveuglement et aux complaisances. Libération, 28-02-16  http://www.liberation.fr/debats/2016/02/28/au-nom-de-kame... (Citations : « Oui, le concept de ‘oumma' recouvre l’adhésion à des certitudes dogmatiques aujourd’hui plus que jamais attestées sous le voile et le qamis. » (…) « Oui, les intégristes sont dans la culture de la mort. » (…) «Les signataires de la tribune appellent à un «débat apaisé et approfondi». Cela veut dire quoi, au juste ? Qu’on occulte ce qui ne va pas dans nos sociétés ? » (…) « Il existe, en France, une élite de gauche qui entend fixer les critères de la bonne analyse et qui veut faire de nous les otages d’un contexte français traumatisé par la peur de l’accusation d’islamophobie. » (…) « La même élite qui s’essaie à l’exégèse coranique et cherche la bénédiction de religieux devenus ses principaux interlocuteurs, aux dépens des musulmans laïques réfractaires au rôle de victime. » / « Cette tendance à dicter aux intellectuels arabes ce qu’ils doivent dire ou ne pas dire sur leurs sociétés confine au néocolonialisme » (…) « Or c’est d’un nouveau discours que nous avons besoin de la part de la gauche. » Nous sommes de plus en plus nombreux dans le monde arabo-musulman et ailleurs à penser que le salut de l’islam comprend et exige la relecture de l’islam. » (…) « Et si certains veulent se constituer en brigade anti-islamophobe, assimilant toute critique de l’islam à un sentiment de peur ou de haine, nous estimons que notre rôle à nous est d’éveiller les consciences sur le poids de nos tabous spécifiques et les maux de nos sociétés en attente de liberté. » (…) « Sachez que des Kamel Daoud, il en naît tous les jours de l’autre côté de la Méditerranée. Et c’est là un signe de bonne santé. » (« En cela, et contrairement à ce que vous pensez, ils ne sortent pas de leur monde ni ne souffrent de déni d’identité. Bien au contraire. Ils s’inscrivent dans une autre tradition de l’islam, celle des poètes rebelles et des penseurs du doute… »)

« Kamel Daoud dérange le confortable angélisme sur l’islam », Marianne, 25-02-16. Abdallah Soidri rappelle le contenu de la tribune de Fawzia Zouari parue dans Jeune Afrique et le contexte de sa réponse aux attaques contre Kamel Daoud. (La page comporte plusieurs liens) http://www.marianne.net/fawzia-zouari-kamel-daoud-derange...

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Autres notes : tag Kamel Daoud

 

18/12/2015

POÈME POUR DIRE… SOUTIEN, suite. "Litanie pour juillet plusieurs fois, plusieurs fois tous les temps…"

mms_img-2007196497.jpg((SOMMAIRE : photographie (cristal des mots, éclair lucide…), dédicace, exergues, poème))

Dédicace. Aux victimes de la terreur, quelles que soient les formes, le lieu, et le moment. Refus, pour soi, pour eux. Résister c’est dire. Et particulièrement, dédicace offerte à Ahsraf Ayad, condamné en Arabie saoudite, à Mohammed Al Ajami, prisonnier au Qatar, à tous ceux qui souffrent, dans ces deux pays, de nos silences complices. Message, pour les êtres du 13-11-15 à Paris et hors de Paris, les morts et les vivants. Offert, ce poème, écrit d’abord dans la pensée d’autres drames, et repris encore et encore, à chaque blessure rappelée, en écho questionnant. Que faire des plaies du monde? Que faire des noirceurs qui nous tendent ce miroir effrayant de notre humanité?

.......... Et j’ajoute (25 février 2016), aux lignes antérieures, l’offre de cette dédicace à Kamel Daoud, grande plume algérienne, qui subit le lynchage de ceux qui se mettent du côté de la bêtise, par ignorance doublée d’hypocrisie idéologique, avec la complaisance d’esprits paresseux, ou de stratèges aveugles… (Voir les notes des 16 et 21 février, mises à jour depuis).

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Litanie pour juillet plusieurs fois, plusieurs fois tous les temps…

"Tout ce que nos yeux ont vu et que l’esprit ne parvient pas à comprendre."  Margherita Guidacci  (Inventaire du massacre / L’horloge de Bologne) 

"La vie additionne. La mort soustrait." Edmond Jabès  (Le petit livre de la subversion hors de soupçon) 

"J’atteste qu’il n’y a d’Être humain / que Celui qui combat sans relâche la Haine / en lui et autour de lui." Abdellatif Laâbi, 10 janvier 2015 (J’atteste / contre la barbarie) 

"Il y a de grandes flaques de sang sur le monde / où s’en va-t-il tout ce sang répandu." Jacques Prévert (Chanson dans le sang / Paroles)

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Aujourd’hui je ne me souviens pas. Je ne me souviens pas d’hier, seulement du plus lointain de la mémoire, d’une pluie de sable, d’une pluie d’instants. 

Nuages. Comme brouillard sur l’écran des yeux. Très douce la parole du passé, très douce.

Douce et violente de la violence des exils, douce de la déchirure des langues, douce du froissement du papier de soie autour du texte offert par l’étrangère, en cette intime voix du dedans.

Amnésie. Bouffée de rires sur fond d’horreur ultime.

Aujourd’hui on lapide une femme, aujourd’hui on lapide un couple. Je ne me souviens pas, je rampe. Dans le présent je rampe, et mange l’orchidée noire.

Aujourd’hui on jette un homme et son oeuvre au feu du mépris, au destin de mort. Poète, on a peur de l’éclair lucide de tes mots, peur des yeux et du corps vivant. On craint la contagion d’esprit, la source intime de pensée, l’invasion de multiples « je » libres. Consciences sans dieux, ou consciences mystiques, on a peur des braises du vent qui chante.

Litanie de dates, litanie de noms, oubliés de mars et juillet, oubliés de janvier et novembre. Oubliés d’avant et après mars et juillet. Massacres et génocides, bombes et pierres, fleuves obsédants d’octobre noir. Je ne me souviens pas, je rampe : bombes, couleurs d’artificiers, disparus.

Disparus, bouches hantées, tendresses ravagées, identités lacérées, juillet désert, été désert, automne sidéré, hiver brûlant d’effroi. Enfant aux yeux aveuglés.

Aujourd’hui on censure un livre, on déchire un poème, on interdit un film, on arrête un blogueur : je ne me souviens pas. Otages, je ne me souviens plus…

Je ne me souviens plus, je danse. Je danse sur des cadavres, je marche sur des charniers, j’habite des immondices mémoriels, je dors sur de la cendre. Et douce, douce, est la cendre.

Soleil je bois, en coulées d’averses. Non, je ne bois pas l’or, soleil, je cherche l’ombre qui brûle. Je la chante, sanglant oublieux, je la cherche.

Yeux mats, papier journal en terrasse d’ocre toit, ou fond de cour au figuier, oui. Je froisse la feuille des nouvelles, je déchire la photographie, j’oublie que je me souviens. Alors je ne me souviens pas.

Morte rive, amante desséchée, l’eau n’a pas le bleu qu’il faut, l’eau s’enfuit en abysse en faux bleu, en rigole.

Gargoulette fantasmatique, inutile de tendre les lèvres vers une image, ou de poser les paumes sur un souvenir de fraîcheur, la soif reste, et les mots, dans l’incandescence des mains. De ne pas savoir je me souviens.

Aujourd’hui on emprisonne encore une femme, pour crime de pensée, on fait de sa porte la clé d’une cellule, de sa fenêtre le miroir clos de leurs peurs. Et je ne me souviens pas, je danse, sur la cendre je danse, sur nos douleurs je danse.

Mystère des arbres : je pose la main, je pose les pieds, j’arrête le silence. Je ne sais. Ni le soldat enlevé, ni l’enfant assassiné, ni les rêves de joie, ni les gouttes de rosée sur la fleur du temps. Ni même les murs.

Non, je ne sais plus rien, je suis là, j’existe. Devoir de mémoire. Devoir de bonheur, je laisse la mort hanter le papier journal, le temps de ma récréation cosmique, de mes contemplations de galaxies, de mes tendresses.

Mais je me souviens du bruit, j’écoute les mots. Je me souviens de la voix, j’écoute le souffle, la musique. Violons de Rostropovitch et Menuhin contre les mirages des armes, luth de Raymond, tambour du chaman, voix du blues, danse soufie. Contre l’illusion kamikaze.

Je ne parle pas du sang : j’ai oublié le sang. Je ne parle pas des noms : cela j’ai oublié. Je ne parle que du reste : l’oubli même.

Oui, trace, poudre, silence du bois, silence de la pierre. Petits cailloux de quartz de Saint-Augustin : en lécher le goût, pacifier l’olivier, le parfum.

Sidi Yahia des frontières, oasis de quelqu’un d’autre, qui ne reconnaît que le nom et cherche pourtant des yeux les sages. De cela est-ce que je me souviens ? 

Naissance frontière, autre rive. Quelqu’un sait-il encore quelle rue ou quel chant ? 

Je ne me souviens pas des noms, je ne sais plus les rues. Aujourd’hui je perds cette langue.

Musicien perdu, de Thagaste en Ardenne, quels sons, quelles lettres ? Seulement un écho bruissant du vide, de ne pas savoir faire.

Clandestine migration, Grenade ne se souvient plus des noms, Alicante a perdu les visages, Valence tous les prénoms, Almeria les sons, Alger les tombes, Oujda le vent, Marseille l’accent, Montréal les adresses. Il n’y a que Paris, la mer, et l’olivier, qui sachent encore rejoindre les pas, faire soleil de l’ombre. 

L’acacia, peut-être, Camargue…

Je ne me souviens pas des pères et des mères, et je ne me souviens pas des enfants des pères et des mères. Juste des litanies de foules sur des routes vagues. Distraite de moi-même je ne sais plus les visages successifs enfouis derrière mes yeux, je ne sais plus la caresse du temps.

Je ne me souviens pas de ne faire que me souvenir. Devant une feuille et un crayon je me souviens de la trace malgré le soir, de la fatigue des ensommeillés, d’hypocrites menteurs qui déguisent mes pieds, de colères à écrire. Pour délivrer l’âme d’encombrantes lenteurs je me souviens de la rebelle solitude heureuse, d’un tapis où s’asseoir. Ici l’urgence de dire et la force du présent dans la douceur tiède des rues, des mains. Vers un ailleurs qui sait, lointain rivage.

Buscar. Buscar la luz. 

L’étrangère aussi, en soi sait peut-être… Elle.

© MC San Juan (Texte et photographie)

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28/11/2015

PARIS-TUNISIE… Des attentats qui convergent. Des questions.

Un entretien, Guy Sitbon, journaliste français, répond à Leaders. 

Deux textes (rubrique ‘Opinions’, Leaders) : Mourad Guellaty et Badie Ben Ghachem.

Et une question de la rédaction, Leaders (une conférence nationale sur le terrorisme?).

Paris, en première ligne (Europe) dans le combat contre Daech…

Tunis, en première ligne (Maghreb, et plus) pour le projet démocratique et la lutte contre le terrorisme… Eclairage de Leaders...

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Un outil de presse en ligne, tunisien. Et des réflexions qui se rejoignent… France et Tunisie.

Une réflexion sur (et contre) le terrorisme, par Mourad Guellaty, Leaders/Opinions, 26-11-2015. Texte. (Terrorisme en Tunisie, terrorisme dans le monde, et la faillite des réactions). CITATION : « Il est étonnant que des Etats, aussi puissants que les USA, l’URSS, la France, et bien d’autres, n’aient pas trouvé encore l’équation qui permette de mettre un terme à leurs incroyables avancées. / Quand les calculs politiciens, qui se répandent au sein du monde, vont-ils cesser, et mettre un terme à ces agissements bien réels mais de parcours virtuels? / Quand notre  monde va –il se coaliser, oublier ses errements : trop d’injustices, trop de corruption, trop de favoritisme, trop de sensations, trop d’ambitions, trop de déraisons,  partout, oui partout, et gagner la guerre de son temps? ». LIENhttp://www.leaders.com.tn/article/18504-tunisie-2015-la-g... 

Guy Sitbon, journaliste français natif de Tunisie, analyse, pour Leaders (Tunisie), « Les tenants et aboutissants des attaques de Paris ». Entretien (vidéo), 23-11-15. Pas de surprise, dit-il. Riposte, puisque nous combattons Daech. Ce qui ne justifie rien, et ne doit pas suspendre la riposte. Questions sur les engagements insuffisants de certains pays (Europe). Remarque sur la coalition, qui serait plutôt une convergence de choix, d’engagements. Cela suffira-t-il à éradiquer Daech? « Je n’en sais rien », dit-il. Mise en question de la conception qui montre Daech comme le « bébé » des Américains : conception purement polémique, dit-il. Il évoque la question des recrutements et les racines de ce qui permet ces recrutements (misère et propagande). Et aussi le problème du financement de Daech par, notamment, la vente de pétrole à moindre prix (et qui trouve des acheteurs). Analyse de certains errements de langage au sujet de la perception de l’islam en France, d’ignorances. Volonté de refuser les amalgames. Il distingue le prestige de l’islam chez certains penseurs qui y voient un contrepoids à l’Occident, et, au contraire, la méfiance que provoque l’islam : des préjugés historiques aux racines profondes sont accentués par la peur provoqués par Daech, cette hérésie « qui appartient à cette ère civisationnelle » (comme d’autres, veut-il dire, furent les hérésies d’autres temps). VIDEO : https://www.youtube.com/watch?v=UgUbWruTv4Y 

Réflexion de Badie Ben Ghachem, 23-11-15, Leaders/Opinions, « Le Nouveau Monde et le Désert » (vente d’armes, achat de pétrole, prospérité financière de Daech/Ei…). CITATION : « (…) …une opinion publique qui ne croit plus à la classe politique   bernée par le lobby des armes ou celui du pétrole selon des choix stratégiques implacables. / Il est vrai que le commerce des armes est incompatible avec la paix mais nous continuons à croire que le développement du commerce à l’instar des civilisations antiques devrait être source de prospérité et de paix. / Seul le commerce de Daesch continue de prospérer. Ils se nourrissent du pétrole pour acheter des armes. / Le «Nouveau Monde» continue à vendre des armes pour pouvoir acheter du pétrole! ». LIEN : http://www.leaders.com.tn/article/18485-le-nouveau-monde-... 

Question, au sujet d’une conférence nationale sur le terrorisme, en Tunisie. Obstacles et heurts entre groupes et partis… Comme les débats politiciens en France… Lien , Leaders : http://www.leaders.com.tn/article/18512-une-conference-co... 

26/11/2015

TUNISIE. Un CRI qu'il faut entendre...

tunisie,mabrouk soltani,nessim soltani,nessma news,état islamique,décapitation,crime,assassinat,terrorisme,misère,résistance,daouar slatniya,daech,leaders,leaders.comLe 13 novembre, l’horreur à Paris, massacre de masse. 

Le 13 novembre, l’horreur en Tunisie (Le Parisien situe le crime le 15, les autres sources le 13, mis ce n’est pas l’essentiel).

Tunisie, indépendamment des attentats précédents (Bardo) et suivants (la garde présidentielle), dans la solitude, un adolescent est massacré (après avoir été menacé), dans la plus grande solitude. Décapité. Et une famille, ravagée de douleur et de peur. Des gens dans la plus grande précarité, pas protégés, pas aidés. 

Il faut écouter ce que dit Nessim Soltani, et voir son visage, qui dit toute sa révolte désespérée, et force notre respect par sa lucidité extrême et son courage (car il résiste). Il a témoigné à la télévision, sur Nessma news.)

VIDEO. Sous-titrage en français sur la page youtube. Et cette légende : « Mabrouk Soltani a été décapité par les terroristes le 13 novembre 2015 dans un silence assourdissant des pouvoirs publics. » Son cousin témoigne : https://www.youtube.com/watch?v=-kxuIolboIc&sns=fb 

Il faut l'entendre. Car c'est à tous qu'il s'adresse. C’est terriblement triste. Son courage est aussi grand que sa colère et son désespoir. Pour lui aussi, nous devons lutter contre les causes de la terreur et contre la misère (et ses causes)… Que peut-on faire? Aider à partir (financements participatifs)? Non, il veut rester, résister, faire barrage aux terroristes qui sont dans la montagne. (Mais est-ce aux gens de son village de faire cela? Dans le dénuement et sans aide?) Aider la protection? Mais comment? Aider. Il faut trouver.

Ce témoignage est révélateur de la double stratégie des terroristes. 

Là ils veulent, par la terreur, faire fuir les gens d’un village, pour lesquels la montagne a une importance vitale (s’ils ne peuvent y aller ils n’ont plus les moyens de trouver de l’eau et de faire paître leurs animaux). Ainsi les terroristes veulent grignoter petit à petit un territoire. Autre réalité de ce ravage auquel les Tunisiens doivent eux aussi s’affronter. 

Mais ce jeune homme (qui regrette de n’avoir pas pu faire d’études et qui est fort intelligent) analyse aussi les faits autrement. Il explique que les menaces et manipulations ont pour autre but d’entraîner les gens, qu’ils savent démunis et mécontents (leur misère est immense). Ils veulent recruter : ils recrutent ou tuent celui qui refuse.

Autres informations

Emotion des Tunisiens en apprenant ce drame. (L’article parle du ‘frère’ du jeune assassiné, qui témoigne à la télévision, mais lui se désigne comme cousin). MétroNews, 19-11-15 . (« Cet acte ignoble relance en outre le sentiment d'abandon d'une région délaissée d'où était parti, fin 2010, le "Printemps arabe", après l'immolation d'un vendeur ambulant, Mohamed Bouazizi. Depuis la révolution, et malgré les avancées démocratiques dans le pays, la Tunisie est confrontée à une montée de l'islamisme radical et du terrorisme. ») : http://www.metronews.fr/info/emotion-en-tunisie-apres-la-... 

Article du Parisien, le 19-11-15 (la revendication n’a pas encore été faite…). Citations : « Ses assassins ont ensuite ordonné à son cousin Chokri, 14 ans, témoin de la scène, de ramener la tête enveloppée dans du plastique à la famille, selon des proches et le ministère de l’Intérieur. Lorsque Chokri arrive, couvert de sang, avec dans les bras son macabre fardeau, le choc est terrible à Daouar Slatniya, hameau situé au pied de la montagne. » (…) « A Daouar Slatniya, la mort de Mabrouk a ravivé le sentiment d'exclusion d'une région, celle du gouvernorat de Sidi Bouzid, où le vendeur ambulant Mohamed Bouazizi s'était immolé par le feu le 17 décembre 2010, point de départ du "Printemps arabe". / Cinq ans plus tard, à la pauvreté et au chômage toujours croissants s'est ajoutée la menace djihadiste. / "Ici, nous vivons en dehors de l'Histoire. Coupés du monde", affirme à l'AFP Imed, 32 ans, un cousin de Mabrouk. Dans un témoignage poignant, Nessim, 20 ans, un autre cousin, a raconté sur Nessma la misère quotidienne. "Nous mangeons les plantes, ramenons l'eau de la montagne et aujourd'hui il y a les terroristes. Où vais-je boire? Je vais mourir soit de soif, soit de faim, soit de terrorisme", a-t-il clamé. "Pourquoi Mabrouk est mort? Parce qu'il vivait de la montagne", a poursuivi le jeune Tunisien, la gorge serrée. » : http://www.leparisien.fr/flash-actualite-monde/tunisie-co... 

Sur l’assassinat et les mensonges des terroristes au sujet du jeune berger. Jeune Afrique, 23-11-15. Citation : « Mabrouk Soltani, 16 ans, a été tué le 13 novembre sur le mont Mghilla, dans le centre-ouest de la Tunisie. Un groupe jihadiste se présentant comme Jund al-Khilafa a revendiqué son meurtre au nom de l’État islamique »)  http://www.jeuneafrique.com/280954/politique/tunisie-berg...

Sur la revendication. Jeune Afrique, 22/23-11 : http://www.jeuneafrique.com/280727/politique/tunisie-lass... 

Sur la revendication au nom de l’EI de la décapitation du jeune berger tunisien, RFI, 23-11-15 : http://www.rfi.fr/afrique/20151123-tunisie-decapitation-b...

Article, "Le cri d’alarme de Nessim Soltani", et les réponses à donner d’urgence. Par Mokhtar El Khlifi, Leaders/Opinions (Tunisie), 23-11-15  http://www.leaders.com.tn/article/18474-le-cri-d-alarme-d...

MISE à JOUR 29-11-15... puis 07-06-16. Collecte de dons lancée. Et réussie (aide concrète portée, pour un travail possible du jeune cousin qui aidera sa famille). Mais la situation reste très angoissante dans leur région (d'après les informations qui ont suivi, et qui ne sont pas étonnantes : le contexte général l'explique).

 

16/11/2015

« Fluctuat nec mergitur ». Malgré les larmes et le sang...

« Fluctuat nec mergitur »

…. Locution latine comme devise de Paris….

(Il est battu par les flots mais ne sombre pas) / (Il flotte mais ne coule pas) / (Fluctuat… Il fluctue, est agité, mais…)

Quelle que soit la traduction qu’on retient, la devise, inscrite sur le blason de la ville de Paris, sous le bateau symbolique, a pris un sens très fort pour nous, Parisiens, depuis ce 13 novembre. Et c’est exactement ce qui se passe : résistance, courage, désir de vivre. « Même pas peur ». Juste résister. Et rester unis, « Ne pas finir leur travail en tombant dans les pièges de la division ».  Malgré la tristesse, grande, continuer la joie, des petites choses et des grandes. Des petites d’abord. Lire au café, en dégustant un bon breuvage chaud, et en lisant toute la presse, pour construire notre pensée CONTRE et notre pensée POUR. Contre le terrorisme et ce qui le nourrit. Pour la fraternité entre nous tous, toutes origines, toutes classes sociales, tous âges.

Flotter, ne pas couler. Notre éthique… 

Je ne dis pas « morale » mais « éthique » : nuance...

Regarder la Seine, et ne pas penser au sang des morts et des blessés, respirer.

Mais on ne regarde pas la Seine de la même façon, et on pense au sang.

On avait des chiffres bruts : nombre de morts, 129 (132 maintenant?), et le nombre de blessés, 352, dont un grand nombre en urgence vitale absolue, plus ceux qui viennent consulter pour le choc traumatique.

Maintenant on a des visages et des noms, des prénoms, et on réalise plus. C’est un deuxième choc. Deuil partagé. Je pense à Martin Buber, à Emmanuel Levinas. Visages d’autrui, altérité. Si je reconnais en l’autre un visage, un regard, une conscience, je ne peux le tuer.

Retrouvant une photographie prise cet été, j’en ai fait le support visuel de mon ressenti actuel. (Je cherchais ce qui pouvait le mieux traduire la peine, l’émotion.)

Cela s’est imposé. Jour de pluie, sud méditerranéen, vitre de voiture, gouttes, lumière rouge. Le symbole des larmes et du sang… Je peux même y voir les couleurs de notre drapeau, si je veux (que beaucoup, Français ou pas, solidaires, ont mis en surimpression sur leur profil Facebook). Bleu? Traces bleutées, très subtil reflet, que peut-être j'invente. Blanc? Lumière, en point focal. Rouge? Ce feu qui, maintenant, est sang. Et je préfère penser le sang des morts et des blessés comme un feu qui, en nous, va transformer les paresses et les ignorances en colère active, force de savoir, énergie d’action….

En s’appuyant sur des pensées…

« Le visage me demande et m’ordonne. Sa signification est un ordre signifié. Je précise que si le visage signifie un ordre à mon égard, ce n’est pas de la manière dont un signe quelconque signifie son signifié ; cet ordre est la signifiance même du visage. » (Emmanuel Lévinas, « Ethique et infini », Fayard éd., coll. « L’espace intérieur », 1982)

« C’est le fait totalitaire qui atteste, en la niant, la réalité de la subjectivité du sujet. » (Jean Zacklad, « Pour une éthique », Livre III, « L’Alliance », éd. Textes et travaux, 1985)

« Mais on ne sème pas le mensonge, il prolifère, il occupe l’étendue qu’il doit constituer lui-même peu à peu, ce qui lui est facile quand tous les moyens sont prêts pour cela. Et pendant ce temps, la vérité enterrée germe. » (Maria Zambrano, « Sentiers », éd. des femmes 1992 / éd. Editorial Anthropos del Hombre, Barcelone, 1986 / traduit de l’espagnol par Nelly Lhermillier)

« Penser dans les choses, parmi les choses, c’est justement faire rhizome, et pas racine, faire la ligne, et pas le point. Faire population dans un désert, et pas espèces et genres dans une forêt. Peupler sans jamais spécifier. » (Gilles Deleuze / Claire Parnet, « Dialogues », Flammarion, Champs essais, 1996)Gouttes et sang.jpg

15/11/2015

Note CONTRE et POUR. Et retour sur un billet d’humeur… posé sur mon journal Facebook, le 13 novembre à 19h06, et que je reprends ici.

Depuis la soirée du 13, les terribles attentats, je n’ai pas écrit sur mon blog, mais beaucoup sur Facebook, où l’échange est très riche, et où j’ai des signes de près et de loin, que je n’aurais jamais autrement. Cela m’a paru le lieu le plus adéquat pour réagir. Réagir CONTRE ce terrorisme. Et tenter de le penser, avec d’autres, dans le partage des textes, images, liens. Beaucoup d’amour dans les messages venus, au-delà de Paris, de province, et de plus loin : Algérie, Maroc, Tunisie, Australie, Europe, Etats-Unis, Canada, etc. 

En même temps, et c’est ce que j’ai un peu évoqué pour mes correspondants en donnant des nouvelles, j’étais troublée par ma dernière note, « Nuit, Paris Est, or et ombre » (poème et photographies), création d’un moment, vécue dans un sentiment d’amour pour ce quartier de Paris Est sud (le quartier touché par les attentats est plus haut, sur l'autre rive). Sud, dans cette note, mais Est… Et « barzakh », intermonde, qui serait l’espace entre deux mondes après la mort. Hasard ou prescience. Relisant à l'instant un texte d'Abdennour Bidar, j'y vois un sens supplémentaire. Parlant de lui, pour introduire sa réflexion sur l'islam (réflexion de musulman et d'islamologue) il utilise aussi ce mot, "barzakh", pour désigner cet entre-deux de l'appartenance à deux mondes de références. Et ceci est au coeur des problématiques actuelles, dans notre affrontement du terrorisme, la nécessité de le penser pour agir CONTRE. Car ce sont ceux qui se situent, pour une raison ou pour une autre, dans cet entre-deux des appartenances (qu'ils soient binationaux ou marqués par naissance ou origine par un ailleurs, ou qu'ils aient une religion qui les rattache à une communauté ou une autre, mais les ancre aussi dans la culture plus largement partagée, les posant entre-deux, donc), ce sont eux qui aideront à ce travail de pensée et de tissage des liens entre tous, pour faire éviter les pièges que les idéologies extrêmes tendent, dans le but de séparer les communautés humaines qui constituent le tissu social de la France (but visé par l'Ei/Daech, avec l'alliance objective de l'extrême droite, avec ses amalgames et ses appels à la haine, sous prétexte de lutte contre l'Ei).

Donc, penser, agir, créer CONTRE ce qui est mortifère. Penser, agir, créer POUR la force d'effet du barzakh vital, cette capacité de reconnaître en soi un métissage fondateur comme synergie identitaire puissante, pouvant rayonner.

L’autre élément de mon trouble est ce billet que je vais poser ici (ci-dessous) en décalage de temps, et que j’ai écrit et posé sur Facebook, le 13-11 à 19h06, avec une émotion mêlant colère et sentiment d’urgence. La lecture d’A Nous Paris, récupéré le même jour dans le métro, m’avait scandalisée (lire cela en pensant au poète prisonnier et en pensant à l’horreur du terrorisme...). La suite montre à quel point il faudra réfléchir sur cette question de la complaisance et de l’aveuglement à ce qui nourrit le terrorisme, que ce soient les liens géopolitiques fondés sur le marché et l’argent au lieu de l’être sur nos valeurs, ou que ce soit cette paresse idéologique à penser le fondamentalisme et le complotisme associé, base des radicalisations  (ou à OSER le penser et à OSER le dire, l’inscrire). OSER affronter les questions, même dérangeantes. Mais, aussi, SAVOIR le faire en opposition radicale avec les fausses analyses, les thèses et slogans de l’extrême droite. Oser DIFFUSER les paroles fortes de consciences qui, elles, osent, comme Ghaleb Bencheikh, Abdennour Bidar, ou Mohamed Louizi et d’autres, tous divers et essentiels. Essentiels, comme Abdelwahab Medeb, décédé (mais qu'il faut lire et relire). Essentiels, aussi, comme Kamel Daoud, chroniqueur majeur et écrivain, dont on peut lire les chroniques en ligne. Oser DENONCER les complicités objectives de discours et alliances qui tissent des liens au service des idéologies meurtrières, en couvrant cela de fausses théories. (Une analyse des motivations conscientes ET inconscientes de ces acteurs de la mort - ceux que Mohamed Louizi est un des rares à désigner - serait certainement éclairante.)  Enfin, quand des jeunes meurent parce que leur présence dans un lieu de musique est considérée comme le moyen de tuer à la fois la France plurielle et le goût de la vie, en conformité avec  la détestation des intégristes pour tout ce qui est vie (musique, danse, sexualité, etc.), on doit aussi penser à ces jeunes qu’on entraîne vers la mort en Syrie en leur faisant croire qu’on va répondre à leur demande de spiritualité et de « solidarité ». Comment notre société répond-elle à ces attentes? Comment luttons-nous, tous, contre les idéologies qui récupèrent ces insatisfactions? Comment aidons-nous les associations qui interviennent pour prémunir les radicalisations? 

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La photographie que je pose avec cette note, ci-dessous, est celle que j’ai faite le 12 au soir, en sortant d’une réunion sur le terrorisme, justement (invitée comme blogueuse partenaire par une association). Il y avait des ombres de motos dans la rue (et j’aime les ombres, j’en ai plusieurs séries). Mais quand je la regarde, maintenant, elle devient le symbole des corps à terre, image triste, ombre mais ombre de mort. Elle devient prémonitoire. Le regard transforme le sens de ce qu’il voit suivant le moment et ce qui est vécu par qui regarde.

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Billet d’humeur. Facebook, 13 novembre 2015, 19h06 (journal personnel)

A Nous Paris, anousparis.fr (daté 9 au 15 novembre) préfère la promotion du tourisme à Doha, Qatar, à la pensée un peu informée… 

A Nous Paris préfère insister sur la « stratégie de l’après » … « pétrole et gaz » qui (je cite) « amène le pays à miser beaucoup sur l’éducation de ses enfants » plutôt qu’évoquer (ne serait-ce qu’entre parenthèses) le poète qatari, Mohammed al Ajami, condamné pour un ou deux textes à des années de prison (perpétuité, ramenée à quinze années après la protestation internationale de nombreux auteurs et militants des droits humains). Pour des poèmes…!!! (Mais qui se permettaient de rêver de démocratie, crime s’il en est).

Plus qu’agacée, donc, aujourd’hui, par la lecture du gratuit « A Nous Paris », récupéré ce matin… Bien sûr, je peux apprécier, parfois, certaines rubriques (expos, cinéma), certains entretiens… Quand même, chaque semaine, je suis agacée - un peu - par le « save the date » : pas forcément les choix mais le titre, signe permanent de l’acceptation implicite d’une domination linguistique, de l’oubli des langues plurielles, et snobisme. Mais l’édito, en matière de snobisme, donne déjà le ton chaque semaine. Agacée, aussi - plus qu’un peu - par le goût univoque d’un luxe inabordable pour la majorité des lecteurs : usagers du métro, pas lecteurs en limousine… Mais…

Par contre, là, aujourd’hui, mon agacement devient de la colère. Qu’est-ce que cette faillite générale devant l’argent? Ces sourires d’assentiment envoyés à des dictatures? Cet aveuglement devant les réalités? 

Sur la Coupe du Monde prochaine on se limite à l’emploi de l’adjectif « polémique », façon de renvoyer à d’autres le soin de critiquer l’exploitation de travailleurs étrangers, par exemple.

Education de « ses » enfants, par le Qatar, dit-on (noble souci)… Quand ils seront assez éduqués pour rejoindre les rêves du poète prisonnier, ils ne seront plus « ses » enfants, « ses » citoyens, mais des dissidents à enfermer longtemps.

De cet hebdomadaire on n’attend pas, évidemment, qu’il publie les appels associatifs ou se transforme en revue de débat : il vend du loisir, les plaisirs de l’instant. Mais il y a des limites à ne pas dépasser. J’ai bien écrit : il « vend » car la publicité est effectivement là. Mais sur la page « Qatar » je n’ai pas vu l’indication « Communiqué publicitaire » (?) : elle fait partie d’un lot de suggestions (« quelques pistes et bonnes initiatives »). La bonne initiative serait de proscrire cette destination tant que la répression brutale existe, tant que des « soupçpns » de soutien de groupes terroristes existent.

Sur le POETE, lire (note et liens), vignette permanente en accueil du blog : http://tramesnomades.hautetfort.com/list/qatar-le-poete-p... mms_img-1234181133.jpg

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Lire aussi ceci : « Qatar: comment prendre 15 ans de geôle quand on est poète », par Delfeil de Ton, 2013, NouvelObs: http://bibliobs.nouvelobs.com/.../qatar-comment-prendre...

Sur le QATAR lire : « Comment le Qatar a acheté la France », par Eric Leser, Slate, 2011 : http://www.slate.fr/story/39077/qatar-france

QATAR. Rapport AMNESTY 2014-2015 (dont mention du poète) : https://www.amnesty.org/.../middle.../qatar/report-qatar/

Sur Trames nomades, mon blog, quelques notes (tag Qatar) dont celle-ci, 2012 (Le Qatar et la francophonie + liens) : http://tramesnomades.hautetfort.com/archive/2012/11/11/le... 

01/08/2015

"les événements, les faits, les circonstances"

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« Ma conviction est que nous devrons toujours refuser de nous incliner devant les événements, les faits, les circonstances, la richesse et le pouvoir, l’histoire comme elle procède, le monde comme il va. Nous voulons voir la condition humaine telle qu’elle est. Et nous la connaissons désormais en profondeur. C’est l’horrible condition qui exige des charretées de cadavres et des siècles d’histoire pour provoquer une modification infime dans le destin de l’homme. » (…) « Combien  de Socrate ont été assassinés en Europe, ces dernières années ? C’est un signe. Le signe que seul un esprit socratique d’indulgence envers les autres et de rigueur envers nous-mêmes peut constituer une réelle menace pour une civilisation fondée sur le meurtre. Un signe, donc, que seul cet esprit peut rénover le monde. Toute action, fût-elle la plus admirable, qui aurait pour finalité d’asseoir la domination et le pouvoir, ne peut que mutiler l’homme encore plus atrocement. » Albert Camus, « La crise de l’homme » conférence prononcée en 1946 aux Etats-Unis, à la Colombia University. Texte publié par la NRF en janvier 1996.

Ce qu’il dit là après les ravages d’une terrible guerre, l’horreur de l’holocauste, Camus aurait pu le redire en 2015. C’est toujours la même réalité sombre qu’on constate : domination et intérêt, règne de la violence et de la mort.

Actuellement, désespérant spectacle des luttes autour des problèmes et des choix de la Grèce : dureté, mépris, fracture politique, lutte nord-sud dans une Europe plus déchirée qu’on pouvait croire. Pays en posture de bouc émissaire, et pays en position de jeux de règne. Aux frontières, la souffrance, la peur, la mort : migrants (et tout un continent qui interroge la géopolitique, les stratégies mondiales). Pour cela aussi faillite de la pensée qui ne sait s’en saisir, de l’éthique qui se dilue dans des peurs adverses. Plus loin, Asie, autres migrants, Rohingyas musulmans persécutés par des bouddhistes intégristes et racistes : faits sidérants, contraires aux catégories mises en place. Mais, au contraire, terreur diffusée par d’autres musulmans, fondamentalistes, intégristes, stratèges manipulateurs, eux : les islamistes habiles à installer la porosité idéologique qui fait recruter. Terroristes, mais qui se réfèrent à une religion, dont ils ont une vision où la spiritualité a disparu (à des années lumières de la superbe mystique des soufis, et même de la simple pratique du quotidien de tous ceux qui leur échappent et qu’ils voudraient détruire). Le terme « islamistes » contenant le radical « islam » certains réfutent son emploi, mais il est pourtant le seul à désigner le soubassement du système mis en place. Le fait que les confusions soient possibles, les projections et amalgames aussi, cela ne peut justifier le déni. Cela nous impose juste une vigilance accrue : penser des pôles inverses en même temps. Toujours sur le fil du rasoir. Et lire, beaucoup. Relire. Camus autant que la presse, où on trouve des débats de qualité. Terrorisme, il faut mettre le pluriel : les faits dramatiques récents, en Israël, le démontrent, comme la répétition des assassinats de noirs aux USA. « Meurtre », concept clé (rappel de Camus). Même un roi lion se fait assassiner par quelqu’un qui peut payer le droit de cruauté. Meurtre et peine de mort… encore largement répandue. Meurtres, massacres, bombardements, mensonges. « Refuser de nous incliner ». Et soutenir ceux qui refusent…

Mais fil du rasoir et grand écart, pas seulement pour la pensée. Aussi pour savoir quelle place donner en soi aux trois pointes de l’angle. A la préoccupation du monde (qui peut devenir hantise, dérive militante anesthésiante), d’un côté. A la contemplation de la beauté des choses dans ce même monde, à la création pour la déchiffrer, d’un autre côté. Et, enfin, au cheminement intérieur vers plus de conscience, de silence, de l’autre. Trois pieds, trois yeux. Donc, là, pendant que je lisais des poèmes (notes précédentes, notamment, une partie de mon « marché » de la poésie de juin), et pendant que je photographiais et écrivais, j’avais constamment en tête tous les bruits des faits, les mots de la presse, le texte de Camus, et d’autres, chroniques ou éditos, entretiens parfois : documents accumulés, lus stylo en main. Textes (très récents ou beaucoup moins récents…) qui me paraissent donner des clés, mériter relecture, aider à penser l’actualité, pour refuser l’emprise des faits, pour ne pas être prisonniers de leur pouvoir. Textes que je relis, pour moi, textes que je pose en citations dans des notes (ou dans les listes en marge des notes : réserve de pensées, de questionnements, et d'informations prises en compte dans la lenteur contraire aux précipitations des faits donnés en pâture sur des chaînes qui paradoxalement nous coupent du réel).

Indépendamment de ces liens, et pour accompagner Camus, en écho éthique, je note des citations diverses… ci-dessous.

« Pour la majorité d’entre nous qui, n’ayant pas les moyens de stopper la barbarie, est condamnée à la subir, reste la solitude partagée. Ce n’est pas rien. Car plus les êtres humains seront nombreux à être seuls, plus ils constitueront un espace susceptible de reprendre un jour la parole. Car qu’est-ce que l’éthique, pour finir, sinon tenir bon et refuser d’obéir, y compris sans le soutien de l’espoir ? ». Dominique Eddé, texte dans « L’orient littéraire », fragment cité par Marc Saghié, éditorial du Courrier international, hors série sur « L’islam en débat », début 2015 : http://www.lorientlitteraire.com/

La solitude partagée, cela peut donner ce qui suit… Entrer en empathie dans la réalité de la vie d’autrui, sa solitude, en gardant la nôtre, pour dire.

« La route est là ». Ce fut une expo à la Goutte d’Or  (Portes d’or): douleur des migrants. Les artistes du quartier ont choisi de porter la souffrance des exilés de la guerre, des dictatures et de la misère, d’en prendre une part et de la dire. Voici comment cette démarche fut introduite : « Ils quittent leur monde, traversent des mondes, transpercent les cloisons du monde. Ils en meurent, ici. Là, ils s’arrêtent mais ne sont jamais arrivés. Quand ils arrivent on les arrête. Ils repartent, s’envolent et font tourner la terre. Et nous les voyons passer, parfois mourir ; alors un peu de nous tous meurt avec chacun d’eux. ». Texte complet de la présentation de l’exposition collective, Portes d’or, lien, pdf : http://bit.ly/1LXvD5z 

Ce peut être aussi la solitude métaphysique, philosophique, conscience d’un exil sur terre, plus intense que l’exil d’un pays. Solitude commune à Atiq Rahimi et Albert Camus, dans la compréhension intime qu’en a Atiq Rahimi (qui, comme des lecteurs indiens, sait voir en lui une parenté méconnue : avec un Orient de l’esprit). Dans son commentaire sur sa lecture de L’Etranger, paru dans La Croix du 28-07-2011, il témoigne d’autres grandes proximités, comme Shams, ce mystique splendide, maître de Rûmi, Erri de Luca, et Dostoïevski. Et il cite Shams : « Le grand scripte a écrit trois textes, l’un qui pouvait être lu par les autres et par lui-même ; le deuxième qui pouvait être lu seulement par lui-même ; et le troisième qui ne peut être lu ni par les autres ni par lui : c’est moi. ». L’entretien, La Croix : http://bit.ly/1Di59uq

Solitude du refus du troupeau (idéologique, politique, identitaire, religieux…). « Le citoyen c’est l’homme sans étiquette », dit Régis Debray (entretien, Marianne, 5-11 juin 2015 : http://bit.ly/1MEDOp0

En fait la question du choix de la place des sujets sociaux, idéologiques, politiques - les faits, l’actualité, dans l’espace de notre pensée et de notre action, ce n’est pas seulement un problème de temps à consacrer à cela « contre » le temps du reste, c’est principalement la saisie d’un enjeu de langage. Thomas Clerc, ainsi, parle de l’abjection du langage, danger idéologique double : corruption abjecte de la pensée complaisante, idéologiquement paresseuse, d’une part, et anéantissement du langage par l’univers de la terreur, Libération : http://bit.ly/1ICOwJV

Mais, en deçà de la terreur, la politique, déjà, oppose une langue pervertie (par trop de cadres mentaux ?) à la présence du langage en poésie, qui est travail du questionnement, des marges et du doute, un « flou » qui fait traverser les couches du sens. On retrouve cette manière de penser chez Jérôme Ferrari : « La politique pourrit la langue, c’est-à-dire qu’elle fait à la langue l’exact contraire de la poésie ». Voir ce qu’il dit sur la physique quantique - le rapport au réel qu’elle bouleverse, et le rapprochement avec la démarche de la poésie soufie. Dans L’orient littéraire : http://bit.ly/1OW24kH 

10/04/2015

KENYA, présences et signes, pour eux. Quelques photos prises le 8 avril 2015...

« Que feront-ils sans nos prières ? / Qui priera pour nos assassins ? / Quand ils nous auront tués. »

Nancy Huston, citée par Henry Bauchau dans son poème  « Petite suite au 11 septembre 2001 », recueil « Nous ne sommes pas séparés », Actes Sud, 2006KENYA PHOTO 10.jpgKENYA PHOTO 8.jpgKENYA PHOTO 11.jpgKENYA PHOTO 9.jpgKENYA PHOTO 4.jpgKENYA PHOTO 7.jpgKENYA PHOTO 6.jpgKENYA Photo 2.jpgKENYA PHOTO 3.jpgKENYA PHOTO 5.jpg