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24/11/2016

MAURITANIE. Un jeune blogueur risque d'être exécuté...

ECPM.jpgDécision de la justice attendue, pour le blogueur Mohamed Ould Cheikh Ould Mkhaitir condamné à mort en Mauritanie. On l'accuse d'être un apostat (crime dans ce contexte...), alors qu'il ne l'est pas. Donc, on projette sur lui de fausses accusations pour masquer d'autres raisons. Il serait apostat on devrait le soutenir de même, pour la liberté de conscience... Mais il est important que nous comprenions ce qui se joue là. Ce jeune homme fait partie de la caste des forgerons, méprisés et diffamés (on leur invente même des "crimes" contre le prophète du temps de Mahomet). Des groupes haineux utilisent la religion pour refuser de mettre en question le déclassement perpétuel d'une catégorie de gens qu'on enferme dans un statut dont ils sont prisonniers. Le mot "forgeron" est celui qui se cache derrière le mot "apostat". Ainsi on peut dresser des gens contre lui, pour de mauvaises raisons. Le combat de ce jeune blogueur est un combat pour la justice sociale, au nom de son groupe humain persécuté, les forgerons.

D’abord, je reprends cet article d’avril, qui permet de situer le contexte (les débats impossibles, le contexte hostile) avant de citer des textes plus récents… La décision de la justice doit être prise le 20-12 (confirmation de la sentence de mort ou annulation). Décision qui se prendra dans un contexte de fureur haineuse et hystérique de la rue... Les foules haineuses disent parler au nom de leur dieu, de leur prophète, et se réfèrent à leur livre sacré. Sauf que dans le Coran il est écrit : "Celui qui tue un être humain tue toute l'humanité. Celui qui sauve un être humain sauve toute l'humanité". Mais ils vont chercher des textes produits par des idéologues ivres de pouvoir, et, sur des mensonges, ils désirent la barbarie de la mise à mort.

Il a écrit récemment encore une lettre, pour expliquer sa position (publiée sur Facebook pour information par des gens qui le soutiennent). Et il s'adresse autant à ses détracteurs qu' "à mes frères opprimés" (voir lettre...). (( CITATIONS : « Ceux qui osent inventer de faux hadiths et les attribuent au prophète (paix et salut d’Allah sur lui), aucune morale ni religion ne peut l’empêcher d’interpréter à leur guise un article écrit par un simple jeune, novice de surcroît. Ils ne ménageront aucun effort afin de mobiliser la passion du musulman commun au service de leurs intérêts. C’est ainsi qu’ils ont prétendu que les forgerons ont Blasphémé à l’encontre du prophète (paix et salut d’Allah sur lui) à travers un article écrit par un des leurs, tout comme ils avaient prétendu que celui qui avait fait tomber les dents du prophète lors de la bataille du mont Ouhoud était un forgeron. » (…) « Tous les faits et récits que j’ai cité dans mon précédent article revêtent un caractère historique et véridique. Ces récits ont naturellement leurs interprétations littérales et superficielles et leurs sens visés et profonds. » (…)« A tous mes frères opprimés. / Nous devons être totalement conscients du fait que le destin nous a conduits à être les citoyens de cette terre. Nous devons par conséquent défendre notre droit à une citoyenneté pleine et à une vie descente. Ces droits ne nous seront jamais donnés, ils ne seront obtenus que par nos combats dont l’unification et le moyen le plus rapide pour accéder à nos droits. »

Ce que subit son avocathttp://www.chezvlane.com/2016/11/reflexe-maraboutique-le-... 

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« Un blogueur mauritanien condamné à mort pour blasphème. », article MondArique, 25-04-2016. (Sauf que le blasphème est une accusation fabriquée.) / « La journaliste Mariem Mint Derwich dénonce avec courage un verdict indigne.»... Citations : L’introduction de MondAfrique :« Un jeune blogueur mauritanien de 33 ans, Mohamed Cheikh Ould M’Kheitir, avait été arrêté début 2014 pour avoir publié sur internet des propos jugés blasphématoires à l’encontre du prophète Mahomet. Des manifestations demandant à ce que des sanctions soient prises contre Mohamed Cheikh Ould M’Kheitir avaient alors éclaté dans le pays. Plusieurs ONG dont Amnesty international avaient dénoncé cette arrestation et demandé l’annulation de la condamnation à mort. La Cour Suprême doit désormais statuer sur le repentir du jeune homme »... Le début du texte de Mariem Mint Derwich, poète, journaliste, et blogueuse : « « Ce soir je pense à Mkheïtir qui vient de voir sa peine de mort confirmée / Je pense à ces juges qui sont rentrés chez eux retrouver leurs familles, sans que leur décision ne les dérange et les empêche de manger le repas du soir et de continuer à vivre comme si….! / Je pense à tous ces salopards qui se réjouissent que le sang soit demandé pour un crime de pensée! » (…) « Je pense à Mkheïtir et je pleure avec lui devant tant de haine…. »...  http://mondafrique.com/blogueur-mauritanien-condamne-a-mo... 

L’article se réfère aussi aux posts de Mariem Mint Derwich, poète, sur son journal Facebook. Très suivie elle échange avec de nombreux correspondants et lutte contre les idées obscurantistes de fondamentalistes qui croient appliquer une juste loi divine en voulant mettre à mort un jeune, sous prétexte qu’il a osé penser librement. Mais ceci est présenté comme un blasphème, un crime pour les intégristes qui ne pensent qu’en fonction de ce qu’ils croient être la seule vérité. Quand on lit les posts et commentaires des interlocuteurs à ce sujet on constate que le débat se fait principalement en fonction d’interprétations religieuses. C’est le terrain d’intervention possible. Les arguments rationnels, au nom du respect de la liberté de conscience ou contre la peine de mort, ne sont pas entendus. Et là, ce sont des discussions d’intellectuels. La foule, elle, ne discute pas et demande la mort (mais sans doute manipulée pour qu’elle réagisse ainsi). Le jeune blogueur a des avocats courageux qui se dressent contre une majorité de décideurs de la mort. J’ai lu les explications, aussi, d’un doctorant, spécialiste de la charia, qui cherche à utiliser sa connaissance du juridique religieux pour montrer que, même en s’y référant, la mort devrait être refusée. Les partisans de l’abandon de cette condamnation sont obligés de se situer sur ce terrain. Rien d’autre n’est compris autrement.  

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ARTICLES RÉCENTS, Jeune Afrique, 13-11-2016. Fanatisme. Appel des chefs religieux pour la mort…  http://www.jeuneafrique.com/373557/societe/mauritanie-che... 

360.ma (Le360afrique.com / Mauritanie). Dossier sur le jeune mauritanien. Un article et des liens vers plusieurs autres sur le même sujet. Intervention d’imams mauritaniens pour demander la mort ….http://afrique.le360.ma/mauritanie/societe/2016/11/14/752... 

Dont cet article, avec un signe d’espoir (Des entretiens avec le président laisseraient entrevoir une solution apaisante. Mais l’article dit que la décision est influencée par le poids de pressions opposées : les islamistes, d’un côté, et les pays occidentaux, d’un autre, posant des questions sur les droits humains…)… http://afrique.le360.ma/mauritanie/societe/2016/11/19/766... »

L’appel à la mort des religieux musulmans mauritaniens. AfricaNews, 21-11-16...  « Des centaines de manifestants, ainsi que des clercs se sont rassemblés mardi 18 novembre à l’extérieur de la Cour suprême du pays et ont appelé les autorités à exécuter le blogueur Mohamed Ould Cheikh Ould Mkhaitir, condamné à mort en 2014 pour apostasie après avoir écrit un billet sur l’islam et la discrimination raciale » L’article dit que le jeune blogueur a expliqué qu’il avait été mal compris, qu’il s’était repenti. Repentir obligatoire pour espérer être sauvé : repentir qui fait donner comme « faute « , « péché » , « blasphème » le fait d’avoir pensé et de l’avoir écrit… http://fr.africanews.com/2016/11/21/mauritanie-les-religi... 

Autre fait inquiétant. Même un débat sur ce cas devient scandaleux pour les fanatiques… http://www.fr.alakhbar.info/12018-0-Mauritanie-des-manife... 

La justice de la Mauritanie ne semble pas se préoccuper de l’image désastreuse qui est donnée de son pays. Le pouvoir, pas plus. Et désastreuse, l’image, elle l’est. Mais pour eux, l’enjeu est peut-être de développer encore plus la peur, de donner encore plus de pouvoir aux forces les plus réactionnaires, dans le but de verrouiller les esprits, la pensée, de tout faire passer par le filtre de la norme d’une foi obligatoire (et de l’obligation de la définir dans le même cadre sclérosé).

Mais des consciences réagissent autrement, preuve en est cet appel de jeunes mauritaniens et africains qui ont lancé une pétition. Ils se définissent ainsi : « Active Generation, World wide web activists et jeunes africains défenseurs des libertés et de la dignité humaine. » Lettre ouverte (appel à signatures, car ils ajoutent « avec le soutien de défenseurs des droits humains et de la liberté »). Pétition (voir aussi les pétitions dans la note antérieure, en bas de page, ici) : http://talsou.wesign.it/fr 

Je suis revenue sur la pétition, et j’ai tapé un texte de soutien. Mais il n’est pas passé car j’avais déjà signé, il y a sans doute plusieurs mois… Mon message reste valable : « Je trouve cette condamnation scandaleuse et je pense avec tristesse à l'angoisse qui peut être celle de ce jeune blogueur. La Mauritanie donne une image désastreuse d'elle . Et si elle maintient la condamnation cela voudra dire que l'obscurantisme y règne. J'exprime mon estime pour les consciences libres qui défendent la liberté de conscience de ce jeune et refusent la peine de mort, cette infamie. » Oui, estime, car il leur faut du courage… 

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ACTIONS… 

RSF a demandé l’annulation de la peine de mort. Voir la page « Mauritanie » sur le site : https://rsf.org/fr/mauritanie 

Amnesty aussi a agi : https://www.amnesty.org/fr/latest/news/2016/04/maurtana-m... 

et, article à ce sujet…  http://aps.sn/actualites/international/article/amnesty-in... 

Rapport Amnesty 2015-2016, Mauritanie : https://www.amnesty.org/fr/countries/africa/mauritania/re... 

Sur Facebook, un groupe soutient ce jeune. Et une page existe, mais la mise à jour n’a pas de dates au-delà d’avril, à ce jour : https://www.facebook.com/NetuezpasOuldMkheitir/ 

Lutte, générale, pour l’abolition de la peine de mort, ECPM : http://www.abolition.fr 

Lutte contre la peine de mort et la torture, générale aussi, Acathttps://www.acatfrance.fr 

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SYNTHÈSES

Jeune Afrique... http://www.jeuneafrique.com/319194/societe/mauritanie-con... 

Une page wikipedia donne quelques infos (dont le nom d’une militante des droits humains, menacée par une fatwa), mais la fiche n’est pas à jour… https://fr.wikipedia.org/wiki/Mohamed_Ould_Cheikh_M%27Khe...

Dans cette note, antérieure, du 20-04-2016 (et mise à jour), j’avais mis des infos et des liens vers des pétitions… http://tramesnomades.hautetfort.com/archive/2016/04/20/ap...

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MISE à JOUR, 1er-12-16... Article récent sur des faits qui peuvent inquiéter...  http://www.chezvlane.com/2016/12/voila-pour-comprendre-le... 

21/02/2016

LIRE KAMEL DAOUD, soutien, suite... (Et soutiens...). Note et LIENS...

kamel daoud,daoud,chroniques algériennes,algérie,journalisme,idéologie,islamisme,islamistes,salafistes,islamophobie,intégristes,intégrisme,laïcité,religions,islam,musulmans,identité,peurs,politique,imaginaire,haine,autre,frères musulmans,liberté,pensée,critique,presse,inquisitionJ’ai lu la chronique d’Aziz Benyahia (Algérie-Focus, 19-02-16 : http://www.algerie-focus.com/2016/02/135541/ ), publiée aussi sur la page Facebook « Chroniques algériennes » sous le même titre  « Notre soutien sans faille avec Kamel Daoud »… (J’ai  posé ma réaction en commentaire sur la page FB).  Voici ce que j’ai écrit : 

Notre soutien doit être sans faille. Oui. Qu'il le soit...! Alors pas de virgules mentales qui rendent la réaction plus que confuse ("faux-pas", "saillie post-coloniale", "intellectuels" signataires, etc.). C’est l’inverse d’un soutien. L'analyse de Kamel Daoud n'est en rien mise en question par l'enquête allemande, et on le savait dès les premières informations. Aucun faux-pas dans sa chronique. (Le faux-pas est celui des signataires de ce texte lâche, et il est aussi celui du journal Le Monde, pas capable, là, de vérifier qui écrit avant d'accepter de publier...). "Saillie post-coloniale"...! Alors qu'il oppose deux visions fantasmatiques, celle d'hommes enfermés dans une perception qui chosifie les femmes (est-ce faux???!!!) et celle d'Européens projetant sur l'Autre, réfugié ou migrant, des peurs liées à la méconnaissance. (Son texte est très clair sur ce point. Les "intellectuels" - qui n'en sont pas vraiment - osent le soupçon d'islamophobie...! C'est ne pas savoir lire, ni le texte qu'ils critiquent ni l'ensemble des chroniques : le contexte d'une pensée est un tout). Ce que combat Kamel Daoud ce n'est certainement pas sa propre culture, dont il ne cesse de dire l'attachement qu'il a pour ce qui constitue son identité, tout ce qui fait l'algérianité. Ce que combat Kamel Daoud, en chroniqueur ouvreur de consciences, ce ne sont que les postures radicales qui piègent les gens en rendant les choix impossibles et en plaçant partout des barbelés mentaux. Ceux qui peuvent se prendre pour des cibles (ayant besoin de réagir contre le chroniqueur : ainsi ce collectif de 19 noms) ne peuvent être que des gens qui confondent islam et islamisme (comme le fait l'extrême droite européenne...). Ou qui sont islamistes. Ou complices-complaisants. Mais quand on lit une tribune on doit se demander (règle de l'énonciation) : "qui parle?", "d'où?", "en s'adressant à qui?".   Le lieu d'où parlent des gens, d'où ils écrivent, est autant fait des titres dont ils s'affublent que des appartenances idéologiques qui les constituent (affichées ou masquées)... Une femme a pris le temps de faire son enquête sur les personnes derrière les noms. Et c'est révélateur… Lire (Sonia), sur sicsic.blog.lemonde, note du 13-02-16. 

Lire « Dis-moi d’où tu écris ». Enquête sur l’identité réelle (idéologique) des signataires de la tribune hostile à Kamel Daoud, masqués sous des titres qui cachent des choix et des objectifs. Blog. http://sicsic.blog.lemonde.fr/2016/02/13/dis-moi-dou-tu-e...

J’ajoute ci-dessous six liens, et des citations. Entretiens et articles qui permettent de mieux comprendre les enjeux de ce qui se passe dans nos sociétés, en rapport avec la parole possible et impossible, les mots porteurs de sens et les mots manipulateurs… Mais, aussi, les effets de miroir entre des positionnements réactionnaires, extrêmes (ceux qui nient le droit de penser autrement que dans le sillage de leurs interdits : islamistes, religieux radicaux, courants soumis à l’idéologie de l’islam radical, associations gangrenées par les Frères musulmans ou leurs complices complaisants) et des constructions mentales qui empruntent les masques de la fraternité (et parfois même de la laïcité) pour calquer leur langage, leurs constats, et leurs objectifs sur un salafisme  ‘soft’, stratège habile.

Entretien de Kamel Daoud avec Samira Hadj Amar, Le Temps/dz, 17-02-16 (Il parle d’un arrêt des chroniques, d’un repos auquel il pensait même avant l’histoire de la tribune, fatigué par les pressions incessantes. Mais l’arrêt du journalisme ne serait  pas l’arrêt de l’écriture). : http://www.letempsdz.com/index.php/175478-le-romancier-et... (Citations : « Ce journaliste, chroniqueur depuis une vingtaine d'années, a enchaîné les prix et les distinctions. En retour, il s'est fait lyncher. Il en parle. » (…) KD : « Cela fait 20 ans que je subis ces pressions. Je suis arrivé au point où chaque fois que je reçois un prix, j'ai peur. Parce que nous sommes arrivés à une situation de sous culture et de paranoïa où  au lieu d'applaudir un algérien qui parvient à décrocher le prix du meilleur journaliste  en France de l'année, on lui tombe dessus. Je ne dis pas que tout le monde est comme ça. Je reçois beaucoup de soutien (…). »

De Kamel Daoud, texte publié dans Chroniques algériennes ( https://www.facebook.com/Chroniques-Algériennes-497977740...  ) , FB, 19-02-16. (Il fait là le diagnostic de ce qui motive les comportements idéologiques, très associés à des frilosités identitaires, des crispations, des obsessions). « Questions fascinantes ». Citations : « D'où vient que certains se sentent menacés dans leur identité, dans leur conviction religieuse, dans leur conception de l'histoire et dans leur mémoire dès que quelqu'un pense autrement qu'eux ? La peur d'être dans l'erreur les poussant donc à imposer l'unanimité et combattre la différence ? De la fragilité des convictions intimes ? De la haine de soi qui passe par la haine de l'Autre ? (…) « Le regard tourné vers ce Nord qui les écrase, les fascine, les rend jaunes de jalousie. Le dos tourné à l'Afrique où l'on meurt quand cela ne les concerne pas: Dieu a créé l'Occident et eux comme couple du monde, le reste c'est des déchets. Il y a des cheikhs et des fatwas pour chaque femme en jupe, mais pas un seul pour nourrir la faim en Somalie. L'abbé Pierre n'est pas un emploi de musulman ?» (…) «… De quoi cela est-il le signe ? Du déni. ») / (Il énumère tous les problèmes divers contre lesquels il y aurait de quoi se révolter et lutter : les misères, violences, souffrances, proches ou lointaines). / « Rien de tout cela ne gêne. Sauf le genou de la femme, l'avis de Kamel Daoud, le film «l'Oranais», dénoncer la solidarité assise et couchée avec la Palestine, l'Occident en général, le bikini en particulier et l'affirmation que je suis Algérien ou le cas d'Israël comme structure des imaginaires morbides. Pourquoi cela existe ? Pourquoi l'âme algérienne est-elle encerclée par une meute de chiens aigus et des ogres pulpeux ?

Entretien d’Alexandre Devecchio avec Laurent Bouvet, professeur de science politique, Le Figaro, 19-02-16. « Cologne, ‘islamophobie’ : ce que révèle l’affaire Kamel Daoud ». Il parle de l’aveuglement et des complaisances : http://www.lefigaro.fr/vox/societe/2016/02/19/31003-20160... (Citation :  « Le terme islamophobie sert précisément d'arme à tous ces promoteurs de l'islamisme politique et à leurs alliés. Sous son aspect descriptif d'une réalité qui existe et qui doit être combattue avec vigueur, les paroles et les actes anti-musulmans, il sert avant tout à disqualifier et à mettre en accusation toutes celles et tous ceux qui émettent des critiques contre cet islamisme politique et ses alliés. Et lorsqu'il est déconstruit, avec force, récemment encore par Elisabeth Badinter, ou par Kamel Daoud aujourd'hui, il se trouve toujours des militants zélés ou des idiots utiles de la cause islamiste pour les désigner comme coupables d'être anti-musulmans. / Le terme lui-même n'est parfois même plus interrogé.»

Sur les signataires de la tribune contre Kamel Daoud et sur…Plenel… et l’extrême gauche. « Défendons Kamel Daoud ». Blog :http://in-girum-imus.blogg.org/defendons-kamel-daoud-a125...  (Citations : « Cela nous amène à la question suivante : pourquoi les militants d’extrême-gauche ne soutiennent-ils pas Daoud ? Pourquoi persistent-ils à se produire dans des théâtres avec le propagandiste des Frères Musulmans Tariq Ramadan ? Les Frères Musulmans sont ce qu’il y a de plus rétrograde en terre d’Islam. Mais les gauchistes préfèrent mener la lutte contre cette chimère nommée « islamophobie » plutôt que de lutter contre la pensée religieuse. En ce sens ils rejoignent le camp de la réaction et se situent clairement à droite de l’échiquier politique. » Et, chronique de Kamel Daoud, sur, justement ce soupçon permanent "d'islamophobie" que j'évoque ci-dessus (la tribune hostile, les islamistes contre des pensées critiques). "Le verdict d'islamophobie sert aujourd'hui d'inquisition"  http://www.marianne.net/kamel-daoud-verdict-islamophobie-... 

Lire aussi, de Sara Daniel, "L'islam et la gauche". "KD ne renoncez-pas"  http://tempsreel.nouvelobs.com/monde/20160220.OBS5014/l-i...

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MISE à JOUR, 23-02-16. SOUTIENS. Une note du blog d'Hebib Khalil qui démonte les polémiques hypocrites (et malveillantes) par l'humour. Cela grince, et c'est fait pour provoquer un peu de vraie pensée http://khalilhebib.over-blog.com/2016/02/rapport-maladif-... 

...... Et note du blog de Sérénade Chafik, "Kamel Daoud face à la horde des nouveaux inquisiteurs"  http://www.huffingtonpost.fr/serenade-chafik/kamel-daoud-... (Citation : « Je me suis interrogée sur l'identité des signataires, et en consultant les profils de chacun, il a été aisé de constater qu'ils partageaient presque tous la même préoccupation. La plupart d'entre eux ont des publications qui les placent dans le courant racialiste qui dénonce la politique "postcoloniale" de l’Occident. »)

..... D’un écrivain sénégalais Mohamed Mbougar Sarr, soutien envoyé de Dakar, posé sur son blog et publié par le Courrier international  http://www.courrierinternational.com/article/tribune-kame...

..... Vidéo. Regard philosophique. Raphaël Enthoven  http://www.dailymotion.com/video/x3t1jlu_pourquoi-des-qu-...

....... "Pourquoi Kamel Daoud a raison", par Fawzia Zouari, Jeune Afrque  http://www.jeuneafrique.com/mag/304007/societe/polemique-...

...... "Les nouveaux procureurs de la pensée...?", El Watan, par Hacen Ouali. Synthèse remarquable :   http://www.elwatan.com/actualite/les-nouveaux-procureurs-... (Citations : « Après l’inquisition des ayatollahs du salafisme d’ici, le procès en islamophobie de la bien-pensance d’ailleurs.Depuis deux ans, le journaliste et romancier Kamel Daoud subit un lynchage religieux et politico-médiatique sans pareil. Presqu’à chaque chronique, chaque phrase prononcée, chaque tribune, il est sommé de s’expliquer. Quand il n’est pas conduit carrément devant le tribunal de la bien-pensante dominante. » (…) « Leur texte…(…) « Truffé de jugements et de procès d’intention. » (…) « A suivre cette logique, en accusant Daoud d’alimenter le fantasme d’islamophobie, les dix-neuf intellectuels ne donnent-ils pas du grain à moudre aux prédicateurs et autres marchands de la mort qui n’attendent que cela pour relancer leurs fatwas ? » (…) « …vont jusqu’à écrire que «Kamel Daoud intervient en tant qu’intellectuel laïque minoritaire dans son pays, en lutte quotidienne contre un puritanisme parfois violent». Voilà une autre thèse chère aux islamistes algériens qui considèrent que la démocratie, la liberté de conscience, l’égalité des sexes, l’émancipation sont des «valeurs étrangères à notre société portées par une minorité occidentalisée». (…) « C’est au nom de cette «déviance» que les Djaout, Mekbel, Liabes, Belkhenchir et des dizaines de journalistes ont été sauvagement assassinés. Vingt-ans avant Charlie Hebdo. » (…) « N’est-il pas du rôle de l’intellectuel de penser à contre-courant, contre lui-même, contre les siens ? En filigrane, cette tribune laisse croire, laisse entendre que l’«indigène» Kamel Daoud n’est pas en mesure de réfléchir, incapable d’intelligence. » (…) « Comme toutes les autres, la société algérienne a plus que jamais besoin des Kamel Daoud pour mieux disséquer les maux qui la traversent et malmener des certitudes mortifères. »)

...... "Du silence coupable contre Kamel Daoud", par Sophie Bélaïch, Huffingtsonpost, 24-02-16  http://www.huffingtonpost.fr/sophie-belaich/kamel-daoud-i... (Citations : « Quelle argumentation (elle s’adresse aux auteurs de la tribune haineuse). Depuis quand le fait d'être minoritaire serait-il synonyme d'avoir tort? Et s'il est si minoritaire, pourquoi prenez-vous alors le temps de vous réunir et de vous mettre d'accord, ensemble, sur un texte commun, pour le jeter ainsi à la vindicte populaire? Curieux, curieux, très curieux. » (…) « Cette tribune est loin d'être anecdotique. En visant Kamel Daoud, nous sommes tous en ligne de mire. » (…) « Il y a un réel problème si on ne lit pas clairement la bienveillance dans les écrits de Kamel Daoud, à travers ses dénonciations. On veut ainsi "tuer le messager". Essayer d'"annuler" le message en tentant de tuer intellectuellement le messager. C'est une erreur intellectuelle grave qui relève d'une forme de négationnisme. » (…) « Vive les esprits éclairés et vive l'Islam des Lumières. » (…) « Kamel Daoud, vous dérangez des prétendus bien-pensants malveillants qui se croient de gauche, mais qui encouragent clairement l'islamisme, qui en prennent une part de responsabilité. »)

...... Mise à jour 25-02-16 : « Kamel Daoud, la meute et les lâches », par Etienne Gernelle, Le Point/Afrique, 22-02-16  http://afrique.lepoint.fr/actualites/etienne-gernelle-kam...  (Citation : « C’est bien là le fardeau de Kamel Daoud : devoir supporter en Algérie les fanatiques de la religion et en France les imbéciles gaucho-régressifs, qui, révélant au passage des préjugés déterministes douteux, tentent de l'enfermer dans une case. Comme s'il leur était insupportable qu'un Algérien fût laïque et libre de sa pensée. »)

..... « Retour sur la ‘polémique Kamel Daoud’ en trois questions » (ou le point sur... ce qui est dénoncé car mal lu, sur ceux qui critiquent pour avoir mal lu, et sur ceux qui, sachant lire, le défendent…). Jeune Afrique, 25-02-16, par Rebecca Chaouch   http://www.jeuneafrique.com/305399/societe/retour-polemiq...

19/12/2014

Kamel Daoud menacé. Une liberté agissante, qui dérange...

MEURSAULT LIVRE K DAOUD.jpg

Petite revue de presse, puis réflexion personnelle... et liens vers pages de Kamel Daoud.

« Un salafiste algérien émet une "fatwa" contre Kamel Daoud », Le Monde ,18-12-2014, par Amir Akef (Alger, correspondance) : http://www.lemonde.fr/afrique/article/2014/12/17/un-salafiste-algerien-emet-une-fatwa-contre-kamel-daoud_4541882_3212.html (Extrait : « Un imam salafiste, Abdelfatah Hamadache, chef du parti non autorisé du Front de la Sahwa islamique salafiste algérienne, a émis mardi 16 décembre 2014, sur sa page Facebook une « fatwa » contre l’écrivain et chroniqueur Kamel Daoud, qualifié d’ennemi de l’islam et de la langue arabe, d’écrivain « sionisé » qui insulterait Allah et le Coran. »)

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« Menacé de mort, Kamel Daoud porte plainte contre son pourfendeur », France24, 17/18-12-2014: http://www.france24.com/fr/20141217-menace-mort-ecrivain-kamel-daoud-porte-plainte-dirigeant-salafiste-algerie-islamisme/  (CITATIONS : « Le journaliste et écrivain algérien Kamel Daoud a porté plainte en Algérie, mercredi 17 décembre, contre le dirigeant salafiste qui a demandé sa condamnation à mort sur Facebook. » /// « Kamel Daoud dérange et ce n’est pas nouveau. Connu pour ses prises de position très virulentes contre la religion ou ses chroniques sans complaisances à l’égard du président Abdelaziz Bouteflika, le romancier et journaliste algérien est régulièrement la cible d’insultes et de critiques. Cette fois, le  finaliste du  Goncourt est menacé de mort. Le dirigeant salafiste Abdelfatah Hamadache a lancé mardi 16 décembre une fatwa contre l’auteur de "Meursault, contre-enquête". » /// « "Je trouve ça dramatique [ce type de menace] dans un pays qui a beaucoup souffert, mais il ne faut pas y accorder plus d’importance que cela", confie Kamel Daoud à France 24. "Abdelfatah Hamadache est un simple clown islamiste. C’est un homme médiatique qui a un sens de la comédie très poussé. Mais j’ai toujours pensé à haute voix et je ne vais pas m’arrêter parce qu’il a émis une menace de mort", poursuit l’auteur. / Plus tôt dans la journée, Kamel Daoud avait publié sur son mur Facebook : "Fatwa pour me tuer émise par le mouvement salafiste algérien. Signé par le Abd El Fettah Hamdache. Voilà où mène le sentiment d'impunité chez ces gens là."  Il précise sa pensée : "Depuis quelques mois, il y a une poussée des islamistes en Algérie et il n’y a pas de ligne rouge. Pas de réaction politique", regrette l’écrivain. » /// « Vague d’indignation en Algérie : La menace de mort d’Abdelfatah Hamadache a soulevé une vague d'indignation sur les réseaux sociaux. »)

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Soutien des journalistes algériens : communiqué, déclarations, articles, réactions sur les réseaux sociaux, pétition...

Analyse, « Hamadache, ce terroriste protégé par le régime algérien », par Abdou Semmar, 17-12-2014, Algérie-Focus : http://www.algerie-focus.com/blog/2014/12/hamadache-ce-terroriste-protege-par-le-regime-algerien-par-abdou-semmar/  (CITATIONS : « ‘’Le fanatisme est un monstre qui ose se dire le fils de la religion’’, avait dit un jour le regretté Voltaire. Abdelfatah Hamadache, cet imam salafiste algérien qui veut «réislamiser» à sa manière la société algérienne, incarne parfaitement ce monstre dont parle si bien le bon vieux Voltaire.  // Un monstre de terrorisme intellectuel qui a franchi hier mercredi toutes les lignes rouges en appelant au «meurtre» de l’écrivain, certes d’expression francophone mais Algérien avant tout, Kamel Daoud. » // (...) « Les règles du jeu sont claires : le terrorisme idéologique de Hamadache est toléré, pour ne pas dire soutenu, dans la mesure où il ne vise que ces opposants honnis par le régime. Un terrorisme accepté s’il ne s’en prend qu’aux homosexuels, couples amoureux, femmes émancipées ou jeunes algériens en quête de liberté sexuelle. Un terrorisme idéologique protégé même puisqu’il est instrumentalisé par un régime soucieux de préserver le statu-quo. Dieu merci, tous les Algériens ne sont pas dupes… »). (Article intégral sur le site...)

Malheureusement, en cherchant des infos supplémentaires sur la Toile, on tombe aussi, ici, sur les tentatives haineuses des spécialistes de l’obsessionnelle hantise de l’islam : amalgame islam/islamisme donné comme allant de soi. Abdelwahab Meddeb parlait du « mépris ignare » de certains intellectuels par rapport aux musulmans (voir la note précédente). Oui, cela existe, mais là, c’est encore un cran au-dessous : ces gens ne méritent pas le titre d’intellectuels, car ils n’élaborent aucune pensée, mais naviguent dans un brouillard idéologique constitué de constructions fantasmatiques. Ils  déforment la pensée de Kamel Daoud (que sans doute ils n’ont pas lu, ou pas vraiment) pour instrumentaliser le fait de cette fatwa, en essayant de faire entrer cela dans leur système idéologique qui fantasme des foules hystériques appelant en chœur au meurtre dans le sillage du salafiste clownesque. Les réactions algériennes, massives, d’indignation et de soutien à Kamel Daoud ? Evidemment ils n’en parlent pas : cela ne cadre pas avec leur volonté de produire de la peur, de nourrir les préventions contre les musulmans en général. Extrême droite aux visages politiques divers, sites d’incitation à la haine (quand je vois sur une page d’accueil  carrément la revendication de « l’islamophobie » comme « opinion », avec un appel à participer à une campagne islamophobe...). On apprend, en fouinant, que Christine Tasin (Riposte laïque...) a été relaxée en appel (procès de Belfort)  pour des termes injurieux à l’égard de l’islam (... !!!). Si on détournait le dessin humoristique reproduit sur la page de Reporters.Dz on pourrait poser la question : « De quoi ces faiseurs d’agitation sont-ils le nom ? » Et répondre : « 50 nuances de haine », ou (variante) « 50 nuances de FN » (appartenance ou pas, d’ailleurs : le FN a ses marges...).

Preuve, tout cela, qu’il est extrêmement important de lire et faire lire les intellectuels de culture musulmane (croyants ou pas, pratiquants ou pas, mystiques ou pas), les musulmans qui veulent inscrire une pensée d’un islam des lumières, les islamologues, les soufis (qui représentent une haute spiritualité, une « sagesse », au-delà même de toute appartenance religieuse)s. Aussi important, cela, que la lutte indispensable contre l’idéologie salafiste, les miasmes jihadistes. L’absence de culture est porteuse d’errance et perte. 

L’intégrisme est « une maladie de l’islam » disait Abdelwahad Meddeb. Oui, mais pas seulement. Car si les horreurs de l’Inquisition catholique furent une maladie du christianisme elles furent aussi une maladie de société, de civilisation, d’époque, un révélateur des impensés du temps, des refoulés d’un inconscient perverti... Et la réalité d’un intégrisme qui fascine ici et ailleurs des gamins perdus autant que des idéologues rendus fous par leurs constructions mentales, cette réalité n’est pas qu’une maladie de l’islam (tout en l’étant évidemment totalement, aussi) : elle est un révélateur des failles contemporaines, locales et mondiales.

Des esprits de la qualité de Kamel Daoud interrogent les confusions identitaires, les illusoires « appartenances», les mensonges idéologiques, les croyances erronées, les instrumentalisations de conflits, les confiscations mémorielles.  Donc heurtent, ces esprits, ceux qui sont dérangés, ainsi, dans leur fanatisme, leur paresse, ou leur folie. C’est ce qu’a fait récemment, autres questions, autres urgences de parole, Harry Roselmack, dans Le Monde du 17-12-2014 (« Halte aux mauvais réflexes identitaires ! », dénonçant notamment des dérives racistes, antisémites précisément, dans la complaisante indulgence de certains devant les formulations haineuses de Dieudonné, sous prétexte d’appartenance communautaire).  

Les racistes hypocrites diront qu’ils désignent des faiblesses de communautés humaines critiquables, et ils feront semblant de croire trouver là arguments pour leur haine. Sauf que c’est l’inverse qui est vrai... Quel miroir est tendu là ? A mon sens celui qui force à se demander en quoi on interroge ses propres failles, en quoi on est capable d’échapper aux diktats communautaires de ses éventuelles appartenances (né quelque part, à tel moment, avec telle ou telle ascendance, telle(s) langue(s), et telle ou telle éducation religieuse ou athée). Comment gère-t-on l’écart nécessaire entre appartenir et savoir traverser les frontières réelles et symboliques ?

Le plus difficile, justement, est le regard critique sur les choix de ceux dont nous partageons une identité, un être là qui nous définit en partie ou beaucoup, suivant les ressentis. La légitime solidarité doit-elle être aveugle ? Celui qui dénonce les dérives prend pour certains la figure du « traître » (comme Camus, celui, surtout, des Chroniques algériennes ou de l’appel à la Trêve, perçu par les ultras comme l’homme à abattre, par exemple). L’intime déchirure sera parfois l’écart d’une lettre entre solidaire de n’importe quoi ou solitaire... Risque pris par ceux qui lancent leur parole au premier plan, risque récompensé par la reconnaissance des « justes », comme cela se voit dans l’élan de nombreux Algériens pour soutenir le chroniqueur et écrivain Kamel Daoud...

Donc tomber dans le piège du regard négatif sur une communauté ou un peuple parce que de l’intérieur des paroles critiques s’élaborent et se publient, c’est un contre-sens absolu. Estimable la communauté humaine, estimable le peuple capable de faire émerger des esprits critiques dans le regard sur soi (soi collectif...).

Sur la Toile, on voit donc l’élan unanime d’un soutien authentique de l’écrivain menacé, sur les deux rives et au-delà. Et on voit aussi, en marge, le faux soutien, ici (et sans doute ailleurs), de menteurs qui font semblant d’adhérer à une pensée qui est leur exact contraire, pour mieux nourrir leur fantasmatique délirante. C’est la stratégie habituelle de l’extrême droite : récupérer des valeurs pour les détourner et les inverser. Ces gens ne valent pas mieux que le salafiste : leur « solidarité » apparente et leur « soutien », affiché, à Kamel Daoud ne sont que le masque (assez transparent) de leurs projections mortifères. 

Peu importe pour lui. L’essentiel est ailleurs, dans l’appui authentique que son intégrité et son intelligence entraînent, massivement. Mais pour ceux qui veulent comprendre ce qui se joue en France autour du seul mot « islam », c’est important de regarder dans les marges problématiques qui s’étalent sur la Toile...

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Kamel Daoud 

Sur Decitre, auteur : http://www.decitre.fr/auteur/1565553/Kamel+Daoud/

Kamel Daoud, chroniqueur...  Impact 21, Algérie Focus, etc.

Articles de Kamel Daoud, Le Quotidien d’Oran, regroupés sur djazairess.com : http://www.djazairess.com/fr/author/Kamel+Daoud

25/10/2013

Musulmans contre islamistes… A lire...

Dossier du Courrier international daté 24-10-13. Deux articles et un éditorial sont lisibles (partie d'un dossier plus ample)... http://www.courrierinternational.com/magazine/2013/1199-musulmans-contre-islamistes  (« Violence, terrorisme et répression au nom de l’islam, fatwas délirantes, droits des femmes en régression : les musulmans en ont assez de sentir l’emprise des islamistes sur leur vie et sur leur image. » (…)  « De la Tunisie au Pakistan, des intellectuels musulmans veulent en finir avec la chape de plomb de l’obscurantisme. Des voix de femmes et d’hommes blessés que l’on n’avait pas l’habitude d’entendre. »)

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21/03/2012

LE RACISME TUE (2). Idéologie, théories fumeuses, terrorisme : les mots, la haine, les meurtres...

On sait maintenant que le meurtrier (Montauban et Toulouse), Mohammed Merah, se présente comme djihadiste, ce qu’il est, et revendique une appartenance à Al-Qaida (ce que l'enquête précisera): La Dépêche, 21-03-2012 : http://www.ladepeche.fr/article/2012/03/21/1311586-le-suspect-est-un-djihadiste-francais-de-24-ans.html , Le Figaro : http://www.lefigaro.fr/actualite-france/2012/03/21/01016-20120321ARTFIG00355-toulouse-le-suspect-est-un-djihadiste-francais-de-24-ans.php  Et les informations tournent en boucle, radio, télé, pendant que ce personnage est cerné. (Ce qui n’est pas sans poser problème, comme l’analysait ce soir sur la 16, Anne Giudicelli, spécialiste du terrorisme, agence TERRORISC : le meurtrier a sa stratégie, et retarder sa reddition lui donne la possibilité d’utiliser la situation à son profit, faisant passer indirectement des messages d’appel à la haine, à travers les médias. Mais c’est le Raid, expert en ce domaine, qui a la maîtrise d’une opération très difficile, avec un individu à la dangerosité particulièrement monstrueuse - et son but n’est pas de lui donner une tribune, mais de le remettre vivant à la justice, autant que possible). Son avocat, interrogé par les journalistes, parle  d’un itinéraire de délinquant, pas vraiment encore radicalisé  (mais qui était allé en Afghanistan... ce qui semble pourtant un signe… ), et ayant même eu le désir, à une période de rentrer dans l’armée, ce qu’il ne pouvait certainement pas faire avec un tel passé (?).  Ce à quoi Jean-Pierre Bouchard, criminologue, répond qu’une telle évolution ne se fait pas brusquement, que c’est un lent processus (toujours sur la 16). Sur la 5, C dans l'air, débat d’experts : "La dérive islamiste des frères Merah". Des livres sont évoqués, comme celui de Mathieu Guidère (« Les nouveaux terroristes », sur ces solitaires « formés sur Internet » : http://www.rfi.fr/emission/20101106-nouveaux-terroristes-mathieu-guidere ). Aziz Sahri intervient pour dénoncer l’alibi que se donnent des terroristes en affirmant soutenir les Palestiniens… Non, dit-il, les Palestiniens n’ont pas besoin de ce genre d’aide, qui leur nuit, il faut sortir de la volonté de guerre concernant le Moyen-Orient, des fausses solidarités.  Xavier Raufer, criminologue, intervient aussi...

Le 19, la police disait orienter son enquête vers deux cibles : islamistes radicaux, d’une part, et ultra droite, d’autre part. Deux extrémismes fascisants qui se ressemblent par la haine théorisée et le choix de la violence et des actes barbares. Du premier on dit « fascisme vert », et c’est celui qui est finalement en jeu là.

Hier on pouvait se demander si les soldats visés l’étaient en tant que soldats seulement (piste islamiste) ou choisis pour leur origine (ultra droite identitaire, qui, héritière du nazisme, confond dans la même haine Arabes et Juifs, et joue avec l’amalgame islam/islamisme)... L’identité des soldats m’avait fait penser auqqi à l'hypothèse "néonazis", racistes et antisémites. Mais, en même temps, je pensais à ce qui rejoint l’antisémitisme dans des positions militantes d’extrême gauche (qui se veulent pro-palestiniennes, critiquent abondamment Israël mais pas le Hamas). Car cela aussi aide la radicalisation des fanatiques, la banalise, la justifie.

J’ai lu aujourd’hui, dans Libération (entretien avec Christophe Forcari), ce que disait François Bayrou que j’avais déjà entendu s’exprimer un peu sur ce sujet. Il  répondait alors en ne sachant pas encore qui était l’auteur des crimes de Montauban et Toulouse, mais cela n’enlève rien à la pertinence de ses remarques, je trouve. « Combattre ceux qui font flamber les passions noires » : http://www.liberation.fr/politiques/01012397284-combattre-ceux-qui-font-flamber-les-passions-noires (« Je mets en cause une dérive générale de notre société, dérive lourde de conséquences, et dans laquelle la politique a sa part » (…) ‘Pour moi la crise morale du pays n’est pas un thème accessoire : c’est un thème central. »)

J'ai lu aussi l'éditorial du Monde, "L'hypothèse Al-Qaida, une menace permanente". J'en retiendrai surtout le dernier paragraphe. "Que veulent ces djihadistes? Précisément empêcher la France d'être la France et l'Europe d'être l'Europe, dans leur diversité et leur tradition de tolérance." (...) "La pire erreur aujourd'hui (...) serait de céder à cette pression, dans la douleur et sous la menace." C'est à rapprocher d'un article, titré "Al-Qaida prend en otage les musulmans". Où Jean-Pierre Filiu, répondant aux questions du Monde, dit que le but de ces groupes (que le tueur soit réellement relié à eux ou pas, car ces meurtres peuvent être utilisés par eux) cherchent à "déchaîner un cycle de violence raciste" (contre les musulmans, pour les "retrancher de la communauté nationale") : http://www.lemonde.fr/international/article/2012/03/21/je...

Stratégie de guerre civile. En fait les islamistes peuvent attendre des réactions comme celles, après le 19, de Marine le Pen, instrumentalisant déjà la triple tragédie (tout en s'en défendant) et ils peuvent désirer des ripostes d'ultras (guerre des mots sur Internet, malveillances, agressions, crimes).

Je pense effectivement que l'extrême droite, avec toutes ses mouvances, est un instrument pour les islamistes. Comme ils en sont un pour l'extrême droite. C'est pourquoi les attentats et les meurtres racistes (ou ciblant des symboles), qu'ils proviennent des uns ou des autres, se situent sur le même terreau idéologique, sur fond de même crise de repères, nés des mêmes échecs de notre part à construire une société fraternelle et juste, nationalement et internationalement... Extrêmes pensées... L'extrême gauche, elle, banalise des excès d'un autre genre, et elle sert aussi ces radicalismes...

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Juste au moment où nous étions bouleversés par de tels monstrueux actes de terrorisme, la télévision (FR.3) passait le film "Pour Djamila". Evocation du terrorisme, sans la moindre condamnation, ni dans l'interprétation, ni dans le débat. 

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Certaines informations posent question (diffusées  aujourd'hui sur France Info).

Plainte, triple,  contre lui, d’une mère en 2010 : pour avoir tenté d’embrigader son fils, l’avoir séquestré dans son appartement (en le forçant à regarder des vidéos violentes), et être venu ensuite les agresser et les menacer bruyamment dans leur quartier pour se venger de la plainte précédente. Plaintes restées sans suite. Prises plus au sérieux, auraient-elles suffi à arrêter la spirale infernale de cet itinéraire meurtrier et suicidaire? Ce n'est pas certain...  (Mais les tentatives d'embrigadement ne devraient-elles pas être un délit?).

Le tueur (certains commentateurs parlaient encore aujourd'hui de tueur présumé, alors qu’il est bien certain qu’il est l’auteur des massacres) a été interrogé en novembre par les services de renseignement. Sans que cela ait été plus loin, du fait de son apparente normalité. Mais comme des spécialistes du terrorisme le constatent et nous l'expliquent les actuels djihadistes radicalisés ont changé leur comportement et font tout pour se fondre dans la masse (vêtements, activités, comportements) pour ne pas être facilement repérés. Certains d'entre eux sont peut-être, comme il l'a été dit de M. Merah, atypiques, mais d'autres font ces choix pour porter un masque. Cela rend les surveillances bien plus difficiles.

15/10/2011

Laïcité Inch'Allah, documentaire de Nadia El Fani. Un film à voir et faire voir.

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Film... courage d'une femme qui sait ce qu'il faut refuser. Car il pose justement le problème des compromissions des pouvoirs, des confusions entre loi citoyenne et commandements religieux.

Impossible de ne pas penser au problème des arrangements pris, ici, au mépris des luttes des femmes laïques, quand d'autres affrontent des intégristes au péril de leur vie. Pour construire la démocratie que les islamistes ne veulent pas.

On peut, aussi, interroger cette notion du « religieux »  (quand cela interfère avec la loi et la vie civile - c'est le questionnement du film)... devenant croyance dominante – ou aspirant à le devenir : aspirant, donc, à être une norme générale, que ce soit sur un plan idéologique ou que ce soit de l'ordre du politique. Quand les frontières se brouillent. 

Ce film courageux, de quoi parle-t-il donc, précisément?

FICHE, BANDE-ANNONCE, et vidéos, sur allocine : http://www.allocine.fr/film/fichefilm_gen_cfilm=195311.html

Résumé et commentaire, Evene (« INSTRUCTIF et CITOYEN. ») : http://www.evene.fr/cinema/films/laicite-inch-allah-38236.php « Sous le régime de Ben Ali, pendant l’été 2010, la réalisatrice franco-tunisienne Nadia El Fani était en train de tourner son deuxième long métrage documentaire, pendant le ramadan, sur la laïcité et la liberté des femmes. La Révolution et le renversement du régime donnèrent tout à coup à son projet une tournure inattendue… » (…) « … la ferveur militante du propos n’est alourdie d’aucune conclusion dogmatique. » (…) « À noter également, une bande-son truffée de magnifiques chansons appelant à la liberté. Instructif et citoyen. »

Extrait, VIDEO : http://www.youtube.com/watch?v=OVvqd0zixhY

Critiques, points de vue :

Première (Fiche et synopsis) :  http://www.premiere.fr/film/Laicite-Inch-Allah-2769194

Le Monde http://www.lemonde.fr/cinema/article/2011/09/20/laicite-inch-allah-un-document-utile-a-la-comprehension-du-printemps-arabe_1574515_3476.html « Ce qui aurait sans doute été une déploration de l'emprise de l'islam sur la société, poussée par une intellectuelle qui revendique son athéisme, est devenu un argument - voire une arme - dans le débat qui traverse la société tunisienne. » (…) « Le matériau est passionnant et par la vertu de l'histoire, Laïcité Inch Allah est un document utile à la compréhension du printemps arabe. »

RFI : http://www.rfi.fr/france/20110920-laicite-inch-allah-sort-france « Laïcité Inch’Allah ! prône la tolérance et la séparation de l'Etat et de la religion. Une idée qui a suscité des réactions violentes chez les islamistes tunisiens. » (…) « Son documentaire, un temps intitulé Ni Allah ni maître choque les islamistes qui lancent une véritable campagne de haine. La réalisatrice est même menacée de mort. Mais Nadia el Fani ne veut pas céder. ''Je demande aux autorités tunisiennes, aux partis politiques, aux associations, à tous les gens de la société civile, de soutenir le fait qu’on n’a pas viré Ben Ali pour que les Benalistes nous imposent leur censure et leur mode de vie.'' »

Télérama (Trois scènes commentées par Nadia El Fani : VIDEOS et textes) : http://www.telerama.fr/cinema/laicite-inch-allah-revolution-tunisie,73190.php (Sur le jeûne du ramadan – tabous, hypocrisie, menaces. Les femmes, leurs revendications, la violence des islamistes. Savoir à quoi s’en tenir : « Mais après tout, mieux vaut savoir de quoi ils sont capables maintenant, plutôt que de les laisser accéder au pouvoir démocratiquement, eux qui n'ont nullement l'intention de pratiquer la démocratie. »).

Comme au Cinéma (Revue de presse, citations brèves : Studio CinéLive, TéléCinéObs, Le JDD/ Journal du Dimanche) : http://www.commeaucinema.com/film/laicite-inch-allah,214111

Regards croisés, BLOG. Le contexte. Texte sur les réactions de salafistes qui tentent d’empêcher la projection du film, sur la polémique provoquée par le film, considéré comme provocateur et inacceptable par les intégristes, les islamistes. Intervention de Nadia El Fani (vidéo) et commentaires d’internautes http://regardscroises.blog.tdg.ch/archive/2011/06/29/tunisie-de-ni-allah-ni-maitre-a-laicite-inch-allah.html « "Les salafistes voulaient empêcher la projection du film. Nous leur avons suggéré de le voir pour ensuite donner leur point de vue, mais ils ont refusé", a déclaré à l'AP le critique cinématographique Naceur Saâdi, connu pour être un fervent défenseur de la liberté d'expression et de création. » (…) « Suite à la polémique qu'a créé le film " Ni allah, ni maître" , réalisé par la tunisienne Nadia el Fani, cette dernière a décidé de changer le titre de son film à cause de la mauvaise interprétation de celui-ci. "Ni allah, ni maître" devient alors "Laïcité, inch'Allah". »

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Rue 89, « Tunisie : Nadia El Fani, cinéaste menacée de mort parce qu'athée », 09-05-2011 : http://www.rue89.com/2011/05/09/nadia-el-fani-realisatrice-tunisienne-menacee-de-mort-parce-quathee-203068 « Une interview tronquée de l'auteur de « Ni Allah, ni maître » suscite la haine des islamistes, qui multiplient les attaques. A chaque fois qu'elle tape son nom sur Facebook, elle découvre une nouvelle page d'appel à la haine contre elle. » (Le tire a été modifié depuis, voir Regards croisés, ci-dessus).