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24/11/2016

MAURITANIE. Un jeune blogueur risque d'être exécuté...

ECPM.jpgDécision de la justice attendue, pour le blogueur Mohamed Ould Cheikh Ould Mkhaitir condamné à mort en Mauritanie. On l'accuse d'être un apostat (crime dans ce contexte...), alors qu'il ne l'est pas. Donc, on projette sur lui de fausses accusations pour masquer d'autres raisons. Il serait apostat on devrait le soutenir de même, pour la liberté de conscience... Mais il est important que nous comprenions ce qui se joue là. Ce jeune homme fait partie de la caste des forgerons, méprisés et diffamés (on leur invente même des "crimes" contre le prophète du temps de Mahomet). Des groupes haineux utilisent la religion pour refuser de mettre en question le déclassement perpétuel d'une catégorie de gens qu'on enferme dans un statut dont ils sont prisonniers. Le mot "forgeron" est celui qui se cache derrière le mot "apostat". Ainsi on peut dresser des gens contre lui, pour de mauvaises raisons. Le combat de ce jeune blogueur est un combat pour la justice sociale, au nom de son groupe humain persécuté, les forgerons.

D’abord, je reprends cet article d’avril, qui permet de situer le contexte (les débats impossibles, le contexte hostile) avant de citer des textes plus récents… La décision de la justice doit être prise le 20-12 (confirmation de la sentence de mort ou annulation). Décision qui se prendra dans un contexte de fureur haineuse et hystérique de la rue... Les foules haineuses disent parler au nom de leur dieu, de leur prophète, et se réfèrent à leur livre sacré. Sauf que dans le Coran il est écrit : "Celui qui tue un être humain tue toute l'humanité. Celui qui sauve un être humain sauve toute l'humanité". Mais ils vont chercher des textes produits par des idéologues ivres de pouvoir, et, sur des mensonges, ils désirent la barbarie de la mise à mort.

Il a écrit récemment encore une lettre, pour expliquer sa position (publiée sur Facebook pour information par des gens qui le soutiennent). Et il s'adresse autant à ses détracteurs qu' "à mes frères opprimés" (voir lettre...). (( CITATIONS : « Ceux qui osent inventer de faux hadiths et les attribuent au prophète (paix et salut d’Allah sur lui), aucune morale ni religion ne peut l’empêcher d’interpréter à leur guise un article écrit par un simple jeune, novice de surcroît. Ils ne ménageront aucun effort afin de mobiliser la passion du musulman commun au service de leurs intérêts. C’est ainsi qu’ils ont prétendu que les forgerons ont Blasphémé à l’encontre du prophète (paix et salut d’Allah sur lui) à travers un article écrit par un des leurs, tout comme ils avaient prétendu que celui qui avait fait tomber les dents du prophète lors de la bataille du mont Ouhoud était un forgeron. » (…) « Tous les faits et récits que j’ai cité dans mon précédent article revêtent un caractère historique et véridique. Ces récits ont naturellement leurs interprétations littérales et superficielles et leurs sens visés et profonds. » (…)« A tous mes frères opprimés. / Nous devons être totalement conscients du fait que le destin nous a conduits à être les citoyens de cette terre. Nous devons par conséquent défendre notre droit à une citoyenneté pleine et à une vie descente. Ces droits ne nous seront jamais donnés, ils ne seront obtenus que par nos combats dont l’unification et le moyen le plus rapide pour accéder à nos droits. »

Ce que subit son avocathttp://www.chezvlane.com/2016/11/reflexe-maraboutique-le-... 

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« Un blogueur mauritanien condamné à mort pour blasphème. », article MondArique, 25-04-2016. (Sauf que le blasphème est une accusation fabriquée.) / « La journaliste Mariem Mint Derwich dénonce avec courage un verdict indigne.»... Citations : L’introduction de MondAfrique :« Un jeune blogueur mauritanien de 33 ans, Mohamed Cheikh Ould M’Kheitir, avait été arrêté début 2014 pour avoir publié sur internet des propos jugés blasphématoires à l’encontre du prophète Mahomet. Des manifestations demandant à ce que des sanctions soient prises contre Mohamed Cheikh Ould M’Kheitir avaient alors éclaté dans le pays. Plusieurs ONG dont Amnesty international avaient dénoncé cette arrestation et demandé l’annulation de la condamnation à mort. La Cour Suprême doit désormais statuer sur le repentir du jeune homme »... Le début du texte de Mariem Mint Derwich, poète, journaliste, et blogueuse : « « Ce soir je pense à Mkheïtir qui vient de voir sa peine de mort confirmée / Je pense à ces juges qui sont rentrés chez eux retrouver leurs familles, sans que leur décision ne les dérange et les empêche de manger le repas du soir et de continuer à vivre comme si….! / Je pense à tous ces salopards qui se réjouissent que le sang soit demandé pour un crime de pensée! » (…) « Je pense à Mkheïtir et je pleure avec lui devant tant de haine…. »...  http://mondafrique.com/blogueur-mauritanien-condamne-a-mo... 

L’article se réfère aussi aux posts de Mariem Mint Derwich, poète, sur son journal Facebook. Très suivie elle échange avec de nombreux correspondants et lutte contre les idées obscurantistes de fondamentalistes qui croient appliquer une juste loi divine en voulant mettre à mort un jeune, sous prétexte qu’il a osé penser librement. Mais ceci est présenté comme un blasphème, un crime pour les intégristes qui ne pensent qu’en fonction de ce qu’ils croient être la seule vérité. Quand on lit les posts et commentaires des interlocuteurs à ce sujet on constate que le débat se fait principalement en fonction d’interprétations religieuses. C’est le terrain d’intervention possible. Les arguments rationnels, au nom du respect de la liberté de conscience ou contre la peine de mort, ne sont pas entendus. Et là, ce sont des discussions d’intellectuels. La foule, elle, ne discute pas et demande la mort (mais sans doute manipulée pour qu’elle réagisse ainsi). Le jeune blogueur a des avocats courageux qui se dressent contre une majorité de décideurs de la mort. J’ai lu les explications, aussi, d’un doctorant, spécialiste de la charia, qui cherche à utiliser sa connaissance du juridique religieux pour montrer que, même en s’y référant, la mort devrait être refusée. Les partisans de l’abandon de cette condamnation sont obligés de se situer sur ce terrain. Rien d’autre n’est compris autrement.  

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ARTICLES RÉCENTS, Jeune Afrique, 13-11-2016. Fanatisme. Appel des chefs religieux pour la mort…  http://www.jeuneafrique.com/373557/societe/mauritanie-che... 

360.ma (Le360afrique.com / Mauritanie). Dossier sur le jeune mauritanien. Un article et des liens vers plusieurs autres sur le même sujet. Intervention d’imams mauritaniens pour demander la mort ….http://afrique.le360.ma/mauritanie/societe/2016/11/14/752... 

Dont cet article, avec un signe d’espoir (Des entretiens avec le président laisseraient entrevoir une solution apaisante. Mais l’article dit que la décision est influencée par le poids de pressions opposées : les islamistes, d’un côté, et les pays occidentaux, d’un autre, posant des questions sur les droits humains…)… http://afrique.le360.ma/mauritanie/societe/2016/11/19/766... »

L’appel à la mort des religieux musulmans mauritaniens. AfricaNews, 21-11-16...  « Des centaines de manifestants, ainsi que des clercs se sont rassemblés mardi 18 novembre à l’extérieur de la Cour suprême du pays et ont appelé les autorités à exécuter le blogueur Mohamed Ould Cheikh Ould Mkhaitir, condamné à mort en 2014 pour apostasie après avoir écrit un billet sur l’islam et la discrimination raciale » L’article dit que le jeune blogueur a expliqué qu’il avait été mal compris, qu’il s’était repenti. Repentir obligatoire pour espérer être sauvé : repentir qui fait donner comme « faute « , « péché » , « blasphème » le fait d’avoir pensé et de l’avoir écrit… http://fr.africanews.com/2016/11/21/mauritanie-les-religi... 

Autre fait inquiétant. Même un débat sur ce cas devient scandaleux pour les fanatiques… http://www.fr.alakhbar.info/12018-0-Mauritanie-des-manife... 

La justice de la Mauritanie ne semble pas se préoccuper de l’image désastreuse qui est donnée de son pays. Le pouvoir, pas plus. Et désastreuse, l’image, elle l’est. Mais pour eux, l’enjeu est peut-être de développer encore plus la peur, de donner encore plus de pouvoir aux forces les plus réactionnaires, dans le but de verrouiller les esprits, la pensée, de tout faire passer par le filtre de la norme d’une foi obligatoire (et de l’obligation de la définir dans le même cadre sclérosé).

Mais des consciences réagissent autrement, preuve en est cet appel de jeunes mauritaniens et africains qui ont lancé une pétition. Ils se définissent ainsi : « Active Generation, World wide web activists et jeunes africains défenseurs des libertés et de la dignité humaine. » Lettre ouverte (appel à signatures, car ils ajoutent « avec le soutien de défenseurs des droits humains et de la liberté »). Pétition (voir aussi les pétitions dans la note antérieure, en bas de page, ici) : http://talsou.wesign.it/fr 

Je suis revenue sur la pétition, et j’ai tapé un texte de soutien. Mais il n’est pas passé car j’avais déjà signé, il y a sans doute plusieurs mois… Mon message reste valable : « Je trouve cette condamnation scandaleuse et je pense avec tristesse à l'angoisse qui peut être celle de ce jeune blogueur. La Mauritanie donne une image désastreuse d'elle . Et si elle maintient la condamnation cela voudra dire que l'obscurantisme y règne. J'exprime mon estime pour les consciences libres qui défendent la liberté de conscience de ce jeune et refusent la peine de mort, cette infamie. » Oui, estime, car il leur faut du courage… 

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ACTIONS… 

RSF a demandé l’annulation de la peine de mort. Voir la page « Mauritanie » sur le site : https://rsf.org/fr/mauritanie 

Amnesty aussi a agi : https://www.amnesty.org/fr/latest/news/2016/04/maurtana-m... 

et, article à ce sujet…  http://aps.sn/actualites/international/article/amnesty-in... 

Rapport Amnesty 2015-2016, Mauritanie : https://www.amnesty.org/fr/countries/africa/mauritania/re... 

Sur Facebook, un groupe soutient ce jeune. Et une page existe, mais la mise à jour n’a pas de dates au-delà d’avril, à ce jour : https://www.facebook.com/NetuezpasOuldMkheitir/ 

Lutte, générale, pour l’abolition de la peine de mort, ECPM : http://www.abolition.fr 

Lutte contre la peine de mort et la torture, générale aussi, Acathttps://www.acatfrance.fr 

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SYNTHÈSES

Jeune Afrique... http://www.jeuneafrique.com/319194/societe/mauritanie-con... 

Une page wikipedia donne quelques infos (dont le nom d’une militante des droits humains, menacée par une fatwa), mais la fiche n’est pas à jour… https://fr.wikipedia.org/wiki/Mohamed_Ould_Cheikh_M%27Khe...

Dans cette note, antérieure, du 20-04-2016 (et mise à jour), j’avais mis des infos et des liens vers des pétitions… http://tramesnomades.hautetfort.com/archive/2016/04/20/ap...

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MISE à JOUR, 1er-12-16... Article récent sur des faits qui peuvent inquiéter...  http://www.chezvlane.com/2016/12/voila-pour-comprendre-le... 

20/04/2016

Procès en appel (21-04) du jeune blogueur mauritanien Cheikh Ould Mkheitir. Condamné à mort pour apostasie (Additif : Infos 23 et 24-04)

Le procès en appel du jeune blogueur mauritanien Cheikh Ould Mkheitir, 31 ans, condamné à mort pour "apostasie" en 2014, a lieu ce jeudi 21 avril (sans avocat, d’après l’IHEU : voir ci-dessous). On lui a reproché d’avoir publié un texte sur Facebook où il émettait des idées critiques, interrogeant le sectarisme originel dans la religion et la permanence de comportements actuels liés à la religiosité, aux normes transmises. Son texte, en arabe, était intitulé «La religion, la religiosité et les forgerons» (la caste des forgerons étant victime d’humiliations imposées par les religieux traditionnels mauritaniens). Son but était de défendre les forgerons (sa caste), mais le fait qu’il ait lié cela à une réflexion sur les causes idéologiques et religieuses, à l’héritage de normes rigides, a donné matière à l’accusation de blasphème. Cette condamnation à mort pour apostasie est un cas d’exception dans ce pays (dont les règles juridiques sont celles d’une charia rude, mais qui n’a pas exécuté de condamnés depuis trente ans environ : la menace demeure inquiétante).

Communiqué de presse d'AMNESTY, 19 avril 2016 "Il faut annuler la condamnation à la peine capitale": http://www.amnesty.fr/Presse/Communiques-de-presse/Maurit... 

MISE à JOUR 23-04-16. Peine de mort confirmée mais accusation requalifiée en "mécréance" au lieu d'apostasie, ce qui est considéré comme moins grave (...) et pourrait faire obtenir l'abandon de la peine en Cassation. Espoir léger, juridiquement  http://www.rfi.fr/afrique/20160422-mauritanie-peine-mort-...

MISE à JOUR 24-04-16. Mobilisation en Mauritanie... https://www.cath.ch/newsf/mobilisation-mauritanie-sauver-...

A lire :

La note blog d’Hebib Khalil, 20-04-16, chroniqueur au Matin DZ  reprend les infos AFP et pose des liens récents, comme l’article Jeune Afrique du 18-04-16) : http://khalilhebib.over-blog.com/2016/04/mauritanie-conda...

PÉTITION antérieure, elle peut toujours être lue et signée  : http://talsou.wesign.it/fr 

Groupe Facebook de soutien : https://www.facebook.com/groups/312364528953052/

Un article de Mohamed Louizi (16-02-15) sur le silence de la France et des institutions musulmanes en France au sujet de la condamnation à mort du jeune blogueur mauritanien Mohamed Cheikh Ould Mkheitir. Cridem (infos mauritaniennes) : http://cridem.org/C_Info.php?article=665499  ((Je relève un commentaire (mais certains, aussi, sont hostiles au jeune prisonnier) :  « Ce n'est pas ce jeune homme qu'on condamne à mort , mais c'est la liberté de penser et de s'exprimer qu'on veut ôter au peuple mauritanien. Les autorités veulent continuer à museler tout un peuple. »))

Info, 16-04-2016, en anglais, sur le site de l’IHEU, International Humanist and Ethical Union (« We also understand that he has no lawyer for the appeal process ») :http://iheu.org/young-writer-sentenced-to-death-for-apost...

J'ai retrouvé la page d'Amnesty, 2015, qui précisait que son avocat, soumis à des pressions, renonçait, alors, à le défendre (« La pression est telle que le premier avocat d’Ould Mkheitir, Mohameden Ould Icheddou, jette l’éponge. Il renonce à le défendre, après avoir reçu des menaces de mort. ») : http://www.amnesty.fr/Nos-campagnes/Abolition-de-la-peine... 

Page 2015, aussi, sur ACAT, secteur Mauritanie (recherche « s’informer » / pays / Mauritanie / 4ème doc.) : https://www.acatfrance.fr  

Et sur la page « Mauritanie » de RSF, il est fait mention de lui : https://rsf.org/fr/mauritanie?

Les associations comme RSF et ACAT, notamment, agissent (et tout n'est pas forcément en ligne)...

12/06/2015

ASIA BIBI prisonnière en danger, Pakistan : action urgente (dégradation inquiétante de sa santé)

BLASPHEME.pngLIVRE ASIA BIBI.jpg

Je reprends les informations de la page du MPCT, confirmées par lettre par la journaliste qui suit Asia Bibi et a écrit deux livres pour son soutien :

L’association britannique des Chrétiens pakistanais a alerté des associations (dont le MPCT) sur la dégradation alarmante de la santé d’Asia Bibi, condamnée à mort pour un prétendu blasphème, et emprisonnée depuis près de 6 ans.

La journaliste Anne-Isabelle Tollet, proche de la famille d’Asia, note : « Asia est très malade, elle a probablement été empoisonnée. Elle n’arrive plus à s’alimenter, ni à se déplacer et vomit du sang…Son avocat a déposé une requête auprès de la Cour Suprême pour qu’elle puisse être vue par un médecin, analyse de sang, bilan général et traitement. / Il a demandé aussi à ce qu’elle soit transférée pour plus de sécurité et pour être plus proche de sa famille. Les déplacements à Multan sont très longs et très onéreux et c’est pourquoi, ils n’arrivent pas toujours à lui apporter sa nourriture à temps, d’où les risques d’empoisonnement. »

Il faut intervenir rapidement et efficacement auprès des autorités pakistanaises pour qu’elle soit suivie par un médecin, qu’elle ait un traitement et qu’elle revienne à Lahore (la sauver : la faire libérer sera une autre étape...).

ACTIONS possibles ? (Après consultation des sites) :

Soutenir la pétition déjà posée : http://www.petitionpublique.fr/?pi=P2014N46953

Ecrire  (contact sur sites ou courriels). Résumer les faits pour demander une intervention du gouvernement français. Et s’adresser aux autorités pakistanaises par l’intermédiaire de l’ambassade et du consulat (les courriels sont sur le site).

Courrier sur le site de l’Elysée : http://www.elysee.fr/ecrire-au-president-de-la-republique/

Affaires étrangères : http://www.diplomatie.gouv.fr/fr/mentions-legales-infos-pratiques/nous-ecrire/

Ambassade du Pakistan : http://www.pakembparis.com/home  (deux adresses « emb », plus consulat).

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Site du Comité international de soutien : http://www.asiabibi.com/

Page du MPCT sur les dernières informations concernant Asia Bibi: http://www.mpctasso.org/spip.php?article1417

Livre. « Blasphème », La Vie, 30-05-2011 : http://www.lavie.fr/religion/islam/blaspheme-un-livre-exceptionnel-pour-sauver-asia-bibi-catholique-pakistanaise-condamnee-a-mort-30-05-2011-17246_20.php

Livre. « La mort n’est pas une solution » d’Anne-Isabelle Tollet, Paris-Match, 08-03-2015 : http://www.parismatch.com/Actu/International/Seul-un-elan-international-pourra-sauver-Asia-Bibi-721332

Mise à jour 03-06-2016 (Asia Bibi ciblée par la propagande islamiste) : https://www.portesouvertes.fr/informer/espace-radio/chron... 

15/01/2015

Lecture de Charlie, numéro 1178 : irrévérence, questions, tristesse, rire ...

CHARLIE MERCREDI.jpgLIBERATION du 15 janvier.jpgCANARD.png

 J’ai lu, aujourd’hui, intégralement, Charlie Hebdo... Digne de la Une, à laquelle je disais déjà hier que j’adhérais complètement (et ravie de trouver dans Libération, ce jeudi, une analyse qui rejoint ma lecture : résumé et citations dans la mise à jour de la note du 14-01...). Celle de Soufiane Zitouni, qui enseigne la philosophie au lycée Averroès.

Dans Charlie, l’éditorial de Gérard Biard, « L’Apéro », pose la question des « Oui, mais »... (Dessins et critiques de Charlie, oui, mais, quand même...). Crainte du retour aux frilosités critiques antérieures. (A juste titre : j’entends, infos, que le Pape catholique a protesté contre ce qui, pour lui, est atteinte au sacré des uns ou des autres. Veut-il, le Pape, remettre au goût du jour la question du blasphème, et être suivi par les Français qui partagent sa foi ?). Colère, dans l'édito, contre les manœuvres des complotistes, actifs dès le 7... Et insistance sur la notion de laïcité : « pas la laïcité-je-ne-sais-quoi, la laïcité point final. »

Jean-Yves Camus, dans sa chronique, « Les charognards du complot », décrypte ce phénomène inquiétant. Citation : « Si on laisse de côté les indécrottables tarés de l’ultradroite antisémite, pour qui tout est « sioniste » et « juif », il ne faut pas se leurrer : ce complotisme est un problème de la gauche radicale et de la sous-culture islamo-gauchiste qui sévit sur les forums. ».

Laurent Léger, lui, interroge les « trous dans le filet » du renseignement..

Le reste : émotion, réflexions, dessins, humour et humour sur larmes... c’est dans le journal. « Charlie » 1178 est  en vente plusieurs jours encore (plus d’exemplaires le matin dans les boutiques importantes, qui ont plus de place que les petits kiosques...). 

LAÏCITE... Au début de l’éditorial, il y a l’affirmation du refus de l’expression « laïcard intégriste », que Gérard Biard aimerait voir « disparaître  du vocabulaire intellectuel et politique ». Sauf que pour cela il faudrait que cela disparaisse de la réalité. Or les « laïcards intégristes » cela existe  : conception erronée de la laïcité, qui n’est plus, chez certains, séparation des églises et de l’Etat ("laïcité point final"), mais volonté d’imposer une vision, et mépris de tous ceux qui oseraient affirmer une foi quelconque – sans pour autant s’abstraire d’une société laïque. (Ce n'est pas une laïcité qu'on réduirait, à laquelle on enlèverait quelque chose, mais une laïcité à laquelle on ajoute quelque chose : on la colore, vision "laïcarde", d'une obligation de. croyance, athéisme imposé comme norme d'une pensée qui se voudrait laïque). Certains croient à une transcendance, d’autres pas. Point. Ils ne sont pas plus « crétins » les uns que les autres (vocabulaire qui pourtant désigne plus facilement les uns que les autres dans la parole des athées convaincus que sont souvent les laïcards, pas forcément les laïques, même militants, et vocabulaire qu'on retrouve parfois dans les expressions "des" Charlie).  

Crainte du retour des « oui, mais »... Oui, l’irrévérence et le droit au blasphème ne doivent pas se heurter aux « oui, mais » qui peuvent vite rejoindre l’appel à la contrainte ou à la censure. Oui, irrévérence et droit au blasphème "point final" aussi, cf. G. Biard... Cependant, malgré le massacre, on ne doit pas non plus sacraliser Charlie au point de refuser la critique. C’était, c’est, et cela reste un journal : ce serait une erreur d’en faire un emblème intouchable. Justement, dans Charlie, la critique féroce des religions, des pouvoirs,  et des postures idéologiques ou politiques qui ont leur ridicule, cela doit continuer. Mais il ne faudrait pas oublier une autre posture qui s’apparente au religieux : l’athéisme militant, bardé de certitudes qui ne sont pas plus fondées que celles sur le dieu (Dieu...) ou les dieux des autres. D’ailleurs ce mot de « dieu » ne recouvre pas forcément dans l’esprit de croyants un personnage de conte pour enfant : ce peut être simplement la croyance en une transcendance, quelque chose qu’on suppose, hors ou dans l’être humain, dépasser le petit personnage que nous sommes tous, piégé dans une pauvre identité limitée et en partie illusoire.  

(Et ce « dieu » dans l’esprit des agnostiques c’est seulement un point d’interrogation, pour ces êtres qui disent « je ne sais pas », donc les moins « religieux » qui soient... et peut-être les plus authentiquement laïques... Car comment prendre une posture totalitaire avec un « je ne sais pas » ?).

Critère du « je ne sais pas », donc, tant pour lire Charlie que pour interroger ses propres éventuelles « croyances ». Pour que la laïcité (mal comprise) ne devienne pas le mot clé du risque d’un autre obscurantisme. (Après tout des régimes totalitaires ont fait du refus du religieux une matière de la répression... de la liberté d’expression : les églises ne régentaient plus l’Etat, certes, mais l’Etat, lui, régentait un vide spirituel pour mieux opprimer). Sauf à tomber dans le piège dans lequel semble être tombé Amnesty international (2010), qui voit de la discrimination dans un outil de la laïcité (« la laïcité point final », comme le dit Gérard Biard. L'erreur d' Amnesty... donc.  Alors, oui, même si j’aime bien ajouter des « mais » aux « oui », pour quoi que ce soit (comment, autrement, penser les nuances et la complexité ?), devant de telles dérives associatives, on attend avec impatience la caricature qui pourra s’en inspirer... Amnesty et les « curés » fondamentalistes d’un islam dévoyé... Décidément, la dérision est nécessaire... (Mais je continuerai à signer des pétitions d'Amnesty : autres...).

Et, j'y reviens, le regard critique sur toute lecture...Voir, dans Charlie à venir, ce qui manquerait (en fonction de l'actualité). Voir ce qui est en trop (une chronique acceptée, il y a des années, par erreur, sur un brûlot, choix corrigé ensuite). Regard attentif, et critique s'il le faut. Cela aussi c'est respecter. 

[Mise à jour, 16-01-15. Obsèques émouvantes... Mais... je ressens un malaise, en entendant (infos) Mélenchon se lancer dans un discours tremblant d’émotion, lui qui, là, représenterait une figure critique libre du soutien de Charlie, lui, l’ami de Chavez, le soutien du pouvoir répressif de Cuba. Présence qui a été préférée à celle de Jeannette Bougrab, qui semble avoir dérangé. Les raisons de cet éloignement ne sont pas connues : ce peut être du fait de ses appartenances politiques ou pour d'autres résistances qui, dans tous les cas, choquent dans le contexte (il semble qu'elle ait décidé de ne pas venir ou qu'elle ne l'ai pu), malgré sa douleur évidente. Si c'est un rejet motivé par des préjugés idéologiques, c'est blessant, si la cause est émotionnelle (rivalité de proximité dans le deuil) c'est troublant. En tout cas, d'elle, on ne peut que saluer l'immense courage, prouvé par les risques pris afin de réaliser un documentaire, bien digne du courage de Charb. (Qu’importe qu’une relation soit officielle ou pas, discrète ou pas : si on est peiné on doit être invité à vivre sa peine...). Autre chose, triste signe des errances idéologiques dans la mouvance PCF, bien avant le massacre de Charlie Hebdo, à la fête de L’Humanité, où Charb vint (il votait PC, dit-on), un rappeur, Médine, était invité. (Lui qui crie « Crucifions les laïcards » dans un clip (« Don’t Laïk », je crois) pour ne relever qu’un exemple de ce qui n’est pas loin de l’appel au meurtre... et quoi qu'il puisse dire, depuis : les mots sont plus que des sons). Le mot "laïcards" signifie "laïques", là...  Triste coïncidence : « Médine, l’étrange invité à la fête de l’Humanité », Marianne, 27-09-2014 : http://www.marianne.net/Medine-l-etrange-invite-de-la-Fete-de-l-Humanite_a241577.html

MISE à JOUR 18-01-2015 (obsèques, suite...). ARTICLE : « La double peine de Jeannette Bougrab », Le Parisien, 18-01-2015 http://bit.ly/1xlT3aD (« Il manquait quelqu'un vendredi aux obsèques de Charb, à Pontoise. Jeannette Bougrab, qui, la semaine dernière, avait de façon forte et émouvante crié sa douleur sur les plateaux de télévision, révélant qu'elle était la compagne du dessinateur, n'aura pas pu lui rendre un dernier hommage et assister à ses funérailles. » / «... hospitalisée au Val-de-Grâce à Paris depuis plusieurs jours, n'est rentrée chez elle qu'hier. »

Mise à jour 24-01-15. Déclaration de l’avocat de Jeannette Bougrab. Le Point, 23-01-15 :  http://mobile.lepoint.fr/people/mise-en-cause-de-sa-relation-avec-charb-jeannette-bougrab-prete-a-aller-en-justice-23-01-2015-1898972_2116.php

Mise à jour, 02-02-15. Lecture de cette page : "Le 'oui-mais' est une formule assassine", Le Huffingtonpost, par Pauline Bebe, 1ère femme rabbin, 19-01-15 : http://huff.to/163pAeA

Mise à jour, 02-02-15. Réactions (pays) au numéro du 14 janvier. Huffingtonpost, 14-01-15 : http://huff.to/1Dvh5nx 

La lecture  de Charlie (à entendre lecture de ce numéro, et lecture du journal en général), cette lecture ne serait pas complète sans proposer la réflexion de Nicolas Bedos, sur le courage de l’humour (l’estime qu’il exprime pour les caricaturistes de Charlie, et l’affirmation de sa propre démarche, courageuse et engagée). Son admiration pour les journalistes assassinés ne l’empêche pas de soumettre un questionnement d'humoriste, questions à lui-même aussi), tout en rappelant le refus de l’autocensure : « Nicolas Bedos : ‘ Laissez-nous l’ouvrir et risquer notre peau ’ », Le Monde, 10-01-2015. Entretien : « Pleurer la bande Charlie n’empêche pas de rappeler son combat offensif, quasi hebdomadaire, à l’encontre des symboles islamiques. Non, Charlie n’était pas un repaire de déconneurs bon enfants. Et alors ? J’étais de tout cœur avec eux. Mais nier l’obsession satirique de Charb concernant l’Islam serait une provocation à l’égard des jeunes musulmans - ceux-là même qui, jamais, n’ont souhaité une telle barbarie. Charlie avait le droit - et le devoir – de concentrer son vitriol sur l’Islam radical mais on ne peut pas dire qu’il était un journal satirique classique. C’est faire de l’angélisme, du politiquement correct, et ça risque d’attiser le sentiment d’exclusion des jeunes musulmans. Qui pourraient se dire : ‘S’ils ne reconnaissent pas que certains dessins étaient extrêmement véhéments, alors j’emmerde Charlie et la France’ ». Article complet : http://www.lemonde.fr/culture/article/2015/01/10/nicolas-bedos-laissez-nous-l-ouvrir-et-risquer-notre-peau_4553347_3246.html

...... Echo de plusieurs questions évoquées ici, dans « Le canard enchaîné » : complotisme (article « Complètement complot » (etc.)......

...... Site de Charlie Hebdo : http://www.charliehebdo.fr/

........ Site du Canard enchaîné http://lecanardenchaine.fr/

14/01/2015

CHARLIE HEBDO 1178, 14 janvier 2015. Des millions d’exemplaires contre les haines mortifères et la bêtise

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La UNE.... Le dessin de Luz fait pleurer Mahomet, qui, ici, étranger aux terroristes, larme et bouche mécontente, dit que «Tout est pardonné». Les dessins ? Les malentendus ? Les menaces et les crimes ? L’indifférence qui aurait pu mener à la faillite ? La solitude d’un combat incompris parfois ? Qui pardonne ? Personne justement : il n’y a pas vraiment dans cette phrase de sujet d’un pardon, je crois. Il y a l’espoir d’une humanité au-delà de la haine, l’espoir de la possibilité du dessin, de la main vivante qui trace de nouveau des traits malgré le traumatisme. C’est le refus de la censure, de l’autocensure. (Doit-on parfois, aussi, se pardonner son courage pour encore vaincre la peur ? Et ainsi être dans encore plus de courage...).  Si Mahomet (qui n’est pas dieu mais homme) était ce que des croyants disent qu’il est, et s’il vivait maintenant, il aurait été du côté de Charlie, affichant « Je suis Charlie ». Il aurait pleuré après le massacre, mécontent de se voir associé à des crimes. Il aurait fait appel à cette notion de « pardon », sans espérer un pardon impossible, mais s’identifiant à Charlie, il aurait cassé la fracture de haine. Pardonner ? Pardonner l’impardonnable ? Non : garder mémoire, et garder mémoire du sens. Mais  faire que la dérision puisse reprendre ses droits et donc rire au moment où on pleure. Dans cette page, cette Une, les intégristes ont le prophète contre eux, le rire contre eux. Ce sont eux qui font pleurer le prophète, pas Charlie, puisque Mahomet est dans la manif : il marche en pleurant (ou n’arrive même plus à marcher) : lui aussi est Charlie... !!! D’ailleurs il n’est pas ridicule, ici : juste humain, du côté de l’humain, puisque, quand même, le pardon est posé comme horizon éthique. Mais il est cependant dessiné en Une d’un journal de dessinateurs caricaturistes : pas de censure. Les terroristes, décidément, ont perdu, sur tous les plans.

Mais il faudra de nouveau prendre aussi la plume et la parole pour dire et redire que la notion de blasphème fait écran à toute expression libre (et échappe au juridique dans nos lois et notre culture : elle ne regarde que l’intime de ceux qui y croient et qui ne devraient pas croire ainsi qu’une transcendance - posée par une foi quelconque ou par une autre – ait besoin d’effacer quoi que ce soit du réel qu’elle transcenderait...). Luz a peut-être voulu dire aussi que, si Mahomet est Charlie, comme nous tous, Charlie est Mahomet, et nous aussi. Tous humains. Le clivage qui met des frontières est un mensonge des extrémismes...

Il va falloir aussi approfondir notre réflexion, pour échapper aux pièges tendus par les manipulateurs qui sont à la source du projet terroriste. Ecoutons Boris Cyrulnik, analysant le 10 janvier la situation actuelle ("La seule bonne solution c'est la solidarité armée. S'armer intellectuellement, notamment." Et, dit-il, éviter le rejet de groupes humains, le rejet des musulmans...) 

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MISE à JOUR 19-01-15 et 23-01-15.

La Une de Charlie répond à un massacre qui atterre. Pas de justification aux assassinats (même si on devra tenter de comprendre les racines de ce désastre et lutter contre l’éternel recommencement du meurtre.). La mort, puis quelqu’un trace un DESSIN...  Une image pour dire...

Réactions. Quatre regards sur la UNE :

Inès Pohl, rédactrice en chef du journal "Tageszeitung", Allemagne, commente sa réception de la Une de Charlie et explique le sens de leur choix (publier cette couverture « sacrément bien réussie »). Libération, 18-01-15 : http://www.liberation.fr/monde/2015/01/18/luz-a-offert-un-geste-de-reconciliation_1183506 [Citations (traduction de Charles Morillon) : « Pour être honnête, si nous avons publié la une de Charlie Hebdo en première page de notre journal, c’est avant tout parce que nous la trouvions drôle et sacrément bien réussie[la quasi-totalité des journaux allemands ont publié les dessins de Charlie, y compris la une, sans que cela fasse débat, ndlr].Parce que notre confrère Renald Luzier, "Luz", est parvenu à relever un défi qui semblait presque impossible : offrir un geste de réconciliation dans cette situation, restant ainsi fidèle à l’esprit de l’hebdomadaire. «Parce que c’est une caricature qui a du mordant et qui dit : nous continuerons. Sans pour autant tomber dans le piège du "maintenant plus que jamais". Le turban évoque Mahomet ; la couverture est de la couleur du Prophète, en vert. C’est suffisant, on n’a pas besoin de plus.» (...) « La une de notre édition de mercredi est bien sûr un signe clair de solidarité. »]

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Fouad Laroui (auteur de l’essai « De l’islamisme, une réfutation personnelle du totalitarisme religieux », éd. Robert Laffont, 2011) : « On se dit catholique ou musulman, mais on sait à peine de quoi on parle ». Entretien de l’écrivain marocain avec Sabine Cessou, publié sur son blog ‘Rues d’Afrique’ (« Regards décalés sur l’Afrique, continent pluriel »), 21-01-15.  A la question « Que pensez-vous de la dernière une de Charlie Hebdo ? », il répond : « Les caricaturistes de Charlie Hebdo ont le droit de faire la une qu’ils veulent et ceux qui ne l’aiment pas ont le droit de protester pacifiquement. L’important, c’est de rester dans la légalité. ».  Entretien intégral lisible sur le blog : http://blogs.rue89.nouvelobs.com/rues-dafriques/2015/01/21/fouad-laroui-se-dit-catholique-ou-musulman-mais-sait-peine-de-quoi-parle-234090

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Malek Chebel (anthropologue des religions et psychanalyste). Au sujet de la UNE de Charlie. Le Monde, 19-01-2015 : http://www.lemonde.fr/idees/article/2015/01/19/le-prophete-lui-avait-de-l-humour_4559218_3232.html (« Ne pas représenter le Prophète c’est faire de lui une idole païenne, un Anti-Dieu. » (...) « On fait de la non-représentation du Prophète un secret mais si nous lisons les traités de théologie, Mohamed est décrit avec force détails. » (...) « Libérer l’image est une nécessité devant la prolifération maligne des images individuelles, forcément solipsistes. »)

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« Aujourd'hui, le prophète est aussi Charlie », Libération, 15-01-2015, par Soufiane Zitouni, professeur de philosophie au lycée Averroès : http://www.liberation.fr/societe/2015/01/14/aujourd-hui-le-prophete-est-aussi-charlie_1180802 

[La tribune commence par le rappel d’un hadith qui parle de Mahomet pleurant, et répondant à la question d’un compagnon : « J’ai vu que dans le futur j’allais devoir témoigner contre ma propre communauté. » /  Soufiane Zitouni  écrit : « Et je pose ensuite cette question à mes élèves : « Ce futur sur lequel pleurait le Prophète de l’Islam, n’est-ce pas notre propre époque ? » / Il évoque ensuite cette Une de Charlie qui avait fait scandale : « Un dessin de Cabu tellement juste et si peu compris par beaucoup de musulmans, malheureusement, montrant un prophète de l’islam en colère s’exclamant : « C’est dur d’être aimé par des cons ! ».  (...) « Je me demande si beaucoup de musulmans n’ont pas un énorme problème avec l’humour. » Il dit avoir repensé au livre du psychanalyste François Roustang, « Comment faire rire un paranoïaque ? », et il en résume le message essentiel (« Nous avons tous en nous un paranoïaque qui a besoin d’ennemis identifiés pour se rassurer quant à son identité propre, parce que ses ennemis lui servent de limites ou de bornes (qu’il n’a pas su se constituer lui-même). » Sur la représentation interdite ou pas du prophète ou des êtres en général, il rappelle des anecdotes – polémique en Algérie autour du cheikh Khaled Bentounès) démontrant la superstition ignorante de certains milieux et la froide rigidité de certaines institutions. (...) Pour conclure cette analyse il revient sur la notion d’humour : « Est-ce à dire, alors, que la connaissance serait sœur de l’humour ? A cette question, je réponds sans hésitation, oui ! » (...) « Alors oui, ce prophète caricaturé, insulté, moqué, mais surtout ignoré, est aussi Charlie aujourd’hui, n’en déplaise à un grand nombre de musulmans qui trouveront peut-être ce propos déplacé ou naïf, voire insultant, surtout de la part de quelqu’un qui se réclame comme eux de la culture islamique. »] 

MISE à JOUR 06-02-15 : Soufiane Zitouni a dû démissionner de son poste depuis cette tribune. Il explique pourquoi (ce qui va entraîner une plainte du lycée en question, dont il dénonce le double jeu). Libération, 05-02-15, "Pourquoi j'ai démissionné du lycée Averroès" : http://www.liberation.fr/societe/2015/02/05/pourquoi-j-ai-demissionne-du-lycee-averroes_1196424  

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LECTURES complémentaires, CITATIONS :

« Une minute peut blesser un siècle », Victor Hugo cité par Eric Fottorino, Le Un : 

« Ces monstres furieux de carnage altérés, / Excités par la voix des prêtres sanguinaires, / Invoquaient le Seigneur en égorgeant leurs frères ; / Et, le bras tout souillé du sang des innocents, / Osaient offrir à Dieu cet exécrable encens. » Voltaire,  La Henriade, 1723, texte choisi par Louis Chevaillier, Le Un 

Kamel Daoud sur sa page Facebook, deux jours après le 7. Courrier international, 13-01-2015 : http://www.courrierinternational.com/article/2015/01/09/kamel-daoud-a-nous-de-decider-quel-monde-nous-voulons (« Deux jours de silence. Mots épars dans la tête. Dessiner tue, penser tue, écrire tue, être libre tue, être digne tue, jouer tue, danser tue, rire tue, dénoncer tue, aimer tue. Deux jours à penser à la mort en soi, aux siens, aux autres, aux dessinateurs de Charlie Hebdo, aux deux journalistes tunisiens exécutés*, aux morts d'ailleurs. L'enjeu ? "Je suis libre" contre ceux qui hurlent "Je suis Allah". A nous de décider quel monde nous voulons face à la fin du monde que les tueurs veulent pour nous. »)

« S’il faut tenir compte du contexte, le contexte mondial ne sera jamais favorable à rigoler de l’islam radical ou des religions en général. Si on tient compte du contexte on ne parle plus de rien, jamais, la presse satirique est condamnée et c’est foutu. » Charb, cité par Eric Conan et Martine Gozlan. Marianne, 9 au 15 janvier.

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D'un côté des écrivains et des intellectuels qui apprécient la Une, de l'autre des foules qui manifestent, spontanément ou pas. Et des remarques, des réflexions de gens simples qui parfois acceptent, parfois se sentent blessés, ne comprennent pas cet humour, tout en condamnant totalement la violence. Des adolescents agressifs qui se sentent attaqués... Tout n'est pas mauvaise foi. Tout n'est pas bêtise. Ce sont juste des signes que la parole est nécessaire, l'écoute, le partage. Et le travail culturel. Il faut poser des ponts.

Mise à jour, 09-03-15. Tribune de Bruno Nassim Aboudrar, universitaire (professeur d'esthétique). Texte très éclairant : "Sans effigie du Prophète, il ne peut y avoir de caricature", Libération, 22-01-15 : http://www.liberation.fr/societe/2015/01/21/sans-effigie-...

Libération, 13-01-15, Malek Chebel, anthropologue des religions. Sur la Une de Charlie : "J ne vois rien dans cette une qui puisse provoquer quelque violence que ce soit." (...) "Il n'y a rien de blasphématoire dans ce dessin." (...) "Après, il y a toujours des semeurs de haine, des idéologues qui pourront s'en servir comme prétexte pour diviser." :  http://www.liberation.fr/societe/2015/01/13/je-me-rejouis-que-ce-dessin-ne-soit-pas-plus-clivant_1180092

17/02/2012

Hamza Kashgari, journaliste saoudien menacé. Pétition internationale

Pétition internationale sur change.org (il faut s’inscrire et prendre un mot de passe, ce qui se fait en un instant) : http://www.change.org/petitions/saudi-government-interpol-and-malaysian-government-freedom-for-hamza-kashgari

Elle a l’avantage de solliciter les signataires de plusieurs pays. Je l’ai signée aussi (les deux actions se complètent : voir la note précédente, datée 14-02…).

Un appel a aussi été publié par Le Nouvel Observateur (à l’initiative de Daniel Salvatore Schiffer): http://leplus.nouvelobs.com/contribution/321506-pendu-pour-un-message-sur-twitter-appel-pour-la-liberation-de-hamza-kashgari.html  

Il a été repris par plusieurs journaux, dont Marianne (avec de nombreux commentaires, divers points de vue, à lire aussi) : http://www.marianne2.fr/Arabie-Saoudite-Hamza-Kashgari-23-ans-condamne-a-mort-pour-un-tweet_a215514.html?com#comments  et le site de Mediapart  (la pétition internationale est indiquée dans un des commentaires) : http://blogs.mediapart.fr/blog/daniel-salvatore-schiffer/130212/liberte-pour-hamza-kashgari-jeune-blogueur-condamne-mort-

14/02/2012

Hamza Kashgari, journaliste saoudien menacé de mort. Infos...

Quatre articles (Liens et citations).

Le Monde,13-02-12, « Le « ‘’mécréant 2.0’’ saoudien risque la peine de mort » : http://www.lemonde.fr/asie-pacifique/article/2012/02/13/le-mecreant-2-0-saoudien-risque-la-peine-de-mort_1642583_3216.html   (« Hamza Kashgari, 23 ans, accusé de blasphème pour un dialogue imaginaire avec Mahomet sur Twitter et extradé dimanche 12 février par la Malaisie vers l'Arabie saoudite, où il risque la peine de mort. / Apparemment de longue date dans le collimateur des ultraconservateurs, le jeune homme a été rapatrié à la demande du gouvernement saoudien pour avoir diffusé sur son compte Twitter, fermé depuis, un dialogue fort peu orthodoxe dans lequel il ose s’adresser  directement au prophète Mahomet »)

Libération,13-02-12  , « La Malaisie extrade un journaliste saoudien » : http://www.liberation.fr/monde/01012389592-la-malaisie-extrade-un-journaliste-saoudien    (« Il risque la mort dans son pays pour des propos jugés blasphématoires, mais les autorités malaisiennes n’en ont pas moins décidé hier de renvoyer chez lui le jeune journaliste saoudien Hamza Kashgari. »)

Le Figaro,12-02-12 , « Un journaliste saoudien menacé de mort pour un tweet » : http://www.lefigaro.fr/international/2012/02/12/01003-20120212ARTFIG00130-un-journaliste-saoudien-menace-de-mort-pour-un-tweet.php (« Aussitôt, les organisations de défense des droits de l'homme montent au créneau. «Hamza Kashgari est un prisonnier d'opinion depuis qu'il a été arrêté en Malaisie pour avoir exercé pacifiquement son droit à la liberté d'expression», déplore Hassiba Hadj Sahraoui, la directrice adjointe d'Amnesty pour le Moyen-Orient et l'Afrique du Nord. En vain. Aujourd'hui de retour dans son pays, le jeune homme craint pour sa vie. »)

Lire aussi la page d' Ensemble contre la peine de mort, ECPM, abolition.fr : http://www.abolition.fr/fr/actualites/un-journaliste-saou... 

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MISE à JOUR...  « Hamza Kashgari a été libéré le 29 octobre 2013, après 20 mois de prison. »... Fiche wikipedia (qui cite d’autres condamnés en Arabie saoudite)... https://fr.wikipedia.org/wiki/Hamza_Kashgari