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04/12/2019

"En trente-trois morceaux", fragments de René Char

1 CHar.jpgRené Char... Donc, des éclats de verre, 
éclats de textes
qui échappent aux livres
et deviennent livre essentiel. 
Peu de fragments
dépassent les trois lignes, souvent 
deux
suffisent, ou une seule. Trente-trois pages,
un éclat par page. 
Le "Veilleur éphémère du monde" n'a pas 
besoin de plus
pour tracer l'errance lucide
d'un des "pélerins extrêmes". 
Suivent des notations brèves sur la poésie. 
Pour dire 
pourquoi et comment
"Les poèmes sont des bouts
d'existence
incorruptibles".
Et notamment par quels refus
du poète
(comme celui des "pages insignifiantes
qu'il n'écrit pas").
Lien, page éditeur...
http://www.gallimard.fr/Catalogue/GALLIMARD/Poesie-Gallimard/En-trente-trois-

02/07/2019

"Comme des marbres issus d'une carrière"... "La Porte", recueil de Pierre Perrin-Chassagne

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    Pierre Perrin-Chassagne, La Porte
(Recueil, avec deux photographies de Christine Perrin)
 
tout le trajet à refaire depuis le premier je
comme si l’on devait contempler cette porte à jamais
comme s’il n’y avait pas de porte
(jamais n’atteindre la mère…)
Roger Giroux, Je / pas encore 
Orange Export Ltd (anthologie), Flammarion, 1986 (Relisant les pages de Roger Giroux dans cette anthologie, alors que ma recension était achevée, j'ai été frappée par les éléments qui rejoignaient la thématique de ce recueil). 
 
Poèmes en prose, inscrits dans la lignée des poètes prosateurs. Avec des fulgurances intérieures qui auraient pu offrir des vers pour l’Anthologie du vers unique de Georges Schehadé
Dans ce recueil de Pierre Perrin, La Porte, deux parties. D’abord douze poèmes d’un recueil épuisé depuis longtemps, La Vie crépusculaire (Cheyne éditeur, 1996). Puis choix de textes d’un recueil en chantier, Des jours de pleine terre. Alternance de fragments narratifs et de « morceaux » méditatifs. 
 
L’épigraphe évoque le silence, qui est et qu’on brise. Manière de dire que publier des poèmes c’est lancer une bouteille à la mer que peu ouvriront pour lire le message, la poésie étant souvent celle que « nul ne lit ». D’autant plus si les livres sont épuisés. Or, quand on regarde la bibliographie de l’auteur (elle emplit deux pages) on voit qu’il y a environ cinquante ans de publications chez divers éditeurs. Ses recueils, mais pas seulement. Des études, dont une au très beau titre (« Les caresses de l’absence chez Françoise Lefèvre »). Des anthologies. J’apprécie cela. Écrire c’est bien, mais inscrire ses lectures et en laisser des traces, c’est essentiel. Je le fais avec mes recensions et j’aime quand ceux qui écrivent savent dire qu’ils lisent et comment ils lisent. D’autant plus que, quoi qu’on puisse en penser, la poésie a besoin de traducteurs. J’écris « traducteurs », car c’est effectivement un travail de décryptage d’une langue à une autre, qui se fait dans la même langue pourtant.Un enseignement nécessaire qui se prolonge au-delà des études (courtes ou longues) des lecteurs potentiels. Lui l’a fait aussi comme chroniqueur critique (NRF), l’a fait et le fait comme revuiste (papier puis web).
 
Les titres (bibliographie et ce recueil), il en a le sens. Ils ouvrent un seuil, on devine l’axe possible, les thématiques qui pourraient être traitées dans ce qui suit. Je suis très attentive aux titres (poèmes, livres) : je peux lire un livre pour le titre, ou au contraire ne pas en avoir envie, à cause du titre. Un titre doit éveiller la curiosité. (Mais j’aurais peut-être préféré que la liste des livres sépare les catégories différentes, en maintenant l’indication chronologique, qui est le choix, là, pour l’ensemble : poésie, récits, notes et carnets,essais. ) 
 
J’ai remarqué quelque chose d’important, la présence de plusieurs recueils co-créés avec des peintres, dessinateurs, photographes. Signe que le visuel est une dimension qui compte pour lui. 
 
D’ailleurs la couverture est une photographie. La mer, la côte, les nuages et le ciel. Du bleu. Le titre, La Porte, sur ce bleu, prend le sens de l’ouvert, pas de la clôture. Symboliquement, le bleu serait une couleur iiée au spirituel, au détachement qui élève, à une vacuité atteinte -- pas le vide-néant, mais le vide qui remplace les noeuds dont on s’est libéré - par la psychanalyse, ou par un processus de méditant, ou, aussi, par la poésie qui est, quand elle est authentique rapport au langage et travail sur les mots, un scalpel efficace. Le terme « scalpel », pour cette écriture, est tout à fait adéquat. Il fouille, triture, brise et coupe. Cruel avec lui-même. L’objectif est la plénitude (chemin de soi et pour soi, mais chemin partagé avec une jumelle d’âme : c’est ce qui apparaît).  
L’autre photographie de Christine Perrin est en noir et blanc. Elle sépare les deux parties du livre et représente une porte, écho du titre et du premier poème, métaphore des questions posées par les textes. Pierres, ruines, verticalité. Et mise en abyme. Une porte suit une porte, et notre imagination complète la profondeur de l’espace, au-delà d’une voûte sombre. Vers où fouiller ses ombres et celles de tous, humains capables d'indifférence ou de haine, de violence fanatique ou gratuite. Tout cela est évoqué dans les textes.
 
Puisque j’ai parlé de la bibliographie je dois ajouter que le titre du récit qui est mentionné dans la quatrième de couverture est « Le Cri retenu ». Dialogue avec une mère morte, « la » mère. À lire pour éclairer autrement la « matière » poétique. Ce sont les premiers textes que j’ai découvert de lui. Scalpel, encore.
 
Ce que je regarde souvent, dans un livre, ce sont les exergues, les citations, évocations… Car cela donne des clés. Comme un commentaire indirect de ce qui est écrit, une mise en profondeur. Et connaître les références invoquées révèle des proximités, une lignée. Donc quels sont les écrivains qu’on retrouve ici
René Char, d’abord, auquel il consacre un poème (p. 25), « Gisant debout ». Le titre est déjà l’hommage. Et je relève : 
« Il est plus grand que son corps d’homme sous la terre. », «  un paysan du cosmos », «  Le lire c’est l’aimer ; l’aimer c’est le relire non plus en aveugle ni à genoux, mais pour le grain de son poème. »  
Puis, p. 31, en exergue à un texte sur la poésie, Ramuz : « Le poète immobilise l’espace ; il tâche de le guérir de sa maladie qui est le temps ». Espace et temps, maya, illusion, pour les sages… La poésie serait-elle un outil pour l’éveil, elle qui « précède la pensée » ? Éveil au sens jungien de l’individuation réalisée, ou au sens mystique des bouddhistes ? Ou les deux, successivement ? Car la poésie «  ébranle », «  témoigne... d’une faille intérieure, d’une tectonique de l’impossible. » Poésie qui « propose… des éclairs froids et des cendres. » (J’aime moins cette dernière notation, qui s’associe à la perception du poète comme celui qui est «  l’instrument » dont joue un archet. Vision sombre, là.) Contredite par le poème sur René Char. (Char, solaire, même .) Donc les deux faces de sa pensée sur la poésie. 
Enfin, je retiens la citation de Jean-Paul de Dadelsen : « La terre apprise avec effort est nécessaire ». Car je suis ravie de le trouver là, ayant une passion pour cet auteur d’un seul livre, et livre posthume, « Jonas », établi grâce à sa femme. Pierre Perrin a choisi un vers du poème que Camus fit publier dans la NRF, Bach en automne. Camus, qui était son ami, devait publier le livre de Dadelsein (dont seuls quelques poèmes étaient connus), mais à sa mort la préparation n’était pas achevée… Je ne suis pas étonnée par cette concordance. Les presciences de Jean-Paul de Dadelsen font écho chez Pierre Perrin. Et ce mot, « effort ». Cela en exergue d’un texte, « Partir », qui commence par poser la question de « l’espérance en désordre » qu’il faudrait savoir « entrer de force dans notre vie ». Car ce n’est pas naturel et facile, pas évident. Quand il y a les douleurs, les ruptures, la mémoire, les deuils. Quand « chaotique est notre ascension ». Et qu’il y a l’amertume qu’on « renifle, crache », la mort, qui est « un compost », la peur qui « ne résiste pas au monde ». Comment interpréter cette phrase ? Est-ce le monde qui impose la vie contre la peur mortifère ? Ou la peur qui ne sait pas résister au réel, ne sait pas nous protéger des dangers du réel ? J’ai l’impression que c’est tout cela à la fois, paradoxe intérieur. Le mot « résiste » ferait presque oxymore, associé à la peur. La terre, comment ne serait-elle pas rappelée, puisque le poète parcourt un univers très terrien. Et d’ailleurs un texte  porte ce titre, « La terre » (celle qu’on travaille avec les mains, celle qui épuise les corps), texte qui précède «  Partir » et qui pourrait avoir le vers de Dadelsen en exergue pareillement.
Autres auteurs mentionnés, cités : Ronsard, Claude Michel Cluny, La Bruyère (pas étonnant, le livre comporte des portraits, avec cette exigence de vérité dure), Jean-François Mathé (à qui un poème de la deuxième partie est aussi dédié, donc une écriture et une conception de la poésie qui compte : conscience de soi, et conscience du monde, dire et déchiffrer l’énigme du processus poétique que l’écriture permet de penser), Annie Salager, Jacques Réda, George Steiner… 
 
Mémoires d’enfance où se confondent douleur et douceur, ce qui se dit et ce qui se tait. Paradoxes d’une lucidité qui « percute ». Mais l’horizon du rêve, de l’écriture, qui saisit et trace les « fils de lumière ». Avec le risque, mesuré, de ne pas garder en soi le lieu de « l’impossible », « habitat toujours précaire ». Et l’exigence d’une radiographie de lui écrivant.  Retour à la présence de l’autre : une femme aimée, associée à la plénitude, comme dans le message en épigraphe interne.
 
Ce ne sont pas des pages enroulées sur un univers clos. Le bruit des drames du monde est présent. Ainsi, les réfugiés, par le texte sur l’enfant noyé, celui d’une photographie qui a bouleversé le monde entier, symbole d’une réalité terrible, et plusieurs autres notations, dispersées. Ainsi la dénonciation rageuse de la cruauté gratuite envers les animaux. Indifférence aux êtres humains, aux détresses, et froideur émotionnelle devant la souffrance animale. Même cuirasse qui coupe du coeur.
 
Pour conclure, ceci :
« Qu’est-ce que vivre, sinon s’approprier l’infini particulier d’une éclipse de la mort ? »
(Tombeau de papier, p. 87).
 
MC San Juan
 
LIEN vers le site de Pierre Perrin...
Livres, poèmes, études critiques (nombreuses), revue...
 

28/06/2019

"36 traversées d'aubes crépusculaires", ou 36 fragments poétiques miniaturisés...

36 choses tous... .jpgLa mort n’a rien d’illimité.
Le hasard est toujours pour nous — 
Ce sont toujours les autres qui meurent.
             Guy Lévis Mano
 
36 choses à faire avant de mourir, pré#carré éditeur (Hervé Bougel). Ou une collection de textes minuscules (mais pas tellement plus... que bien d’autres poèmes…).
Au départ, une idée oulipienne de Jacques Bens (50 choses…). Puis la reprise par Georges Perec, en 37 choses. Et enfin Hervé Bougel pour qui s’impose le chiffre de 36, sans qu’il sache, dit-il, pourquoi (même si le langage courant pense la multiplicité des tâches ainsi, 36…). Et voilà donc des plaquettes… Pour moi, deux fois, à dix ans d’intervalle. En 2008 j’ai presque pensé cela comme un grand poème ou comme une prosaïque liste de courses... En 2018, plutôt comme 36 petits poèmes denses et autonomes mais structurés ensemble.  
 
« Les poèmes sont », dit René Char, « des bouts d’existence incorruptibles que nous lançons à la gueule répugnante de la mort, mais assez haut pour que, ricochant sur elle, ils tombent dans le monde nominateur de l’unité. » ('Sur la poésie', du recueil 'En trente-trois morceaux', de Poésie/Gallimard). Et Jean-Pierre Lemaire, lui, dans un entretien en 2016 (La Procure), pense qu’il a « écrit des poèmes un peu comme le Petit Poucet sème des cailloux ». Mais il ajoute qu’ensuite il a vu que ceux-ci traçaient un chemin vers la lumière. Des bouts d'existence (Char), des cailloux (Lemaire). Et l’unité, la lumière (ce qui est pareil finalement). Cela me convient. Parce que c’est un regard humble sur la démarche de créer, qui se situe encore dans un inachevé informulé (tant que ce n’est pas abouti en sens radical). Et que cela inscrit l'écriture dans un processus de devenir soi encore aveugle à soi, pas dans l’arrogance d’un savoir d’avance qui porterait l’oeuvre. Les trente-trois morceaux de Char me font penser aux trente-six choses, cette contrainte établie par Hervé Bougel pour nous demander de lancer nos « bouts d’existence » dans sa collection de fragments. Il en manque trois à Char, et il ne dit pas ce qui reste à faire avant la mort. Mais il parle là de mort, il y a une série lexicale qui désigne l’éphémère, les incurables, les ruines, l’errance, l’agonie, et la mort (répétée). C’est aussi bref que nos miniatures poétiques, parfois plus (une ligne, deux), mais ce n’est pas miniaturisé : un texte par page, dans le blanc. Preuve qu’écrire a un rapport avec la mort, c’est au hasard, presque, que je lis ces pages précises.
 
Répugnante, la mort ? Je ne sais pas. La douleur, oui, la détérioration des corps, oui, les plaies, l’agonie, oui. Mais le passage, la traversée ? Seuls ceux qui le vivent le savent. Mais un sujet de l’écriture, certainement, et, comme le dit aussi René Char, le poème nous fait saisir ce qui, aux frontières entre vie et mort, nous fait entrer dans le vivant. Et c’est pourquoi répondre à une invitation qui nous demande de penser ce qui « reste » à vivre, qu’il faudrait faire « avant » de n’être plus, au lieu d’attrister cela donne un sentiment d’excitation jubilatoire. Liste de faits à vivre, fantasmée ou réelle. Et occasion d’une méditation sur ce qui compte vraiment.    
Est-ce l’anecdotique des « riens » des jours? Ou les travaux d’Hercule pour « finir » de faire contenir à nos années ce qu’elles peuvent faire entrer de réalisations majeures ? Qu’est-ce qui compte vraiment ? Étrangement la première idée qui vient c’est de faire le vide, de se désencombrer des choses et des obligations, de l’inutile. Installer une pièce zen et en faire un lieu refuge, éloge du rien. Comme Alice, traverser les miroirs, changer de regard sur le monde. Se mettre dans la peau des sages et se faire initié secret. Ensuite écrire.    
 
Se penser animal mortel qui trace des signes pour dire sa vie et sa mort, et se veut aussi éternel dans son désir de tracer, de laisser, d’achever. Mais toute écriture qui compte est métaphysique, vise la mystique. Le reste est bavardage. Cela mène loin, une proposition poétique. Penser la perte de soi, la perte de l’autre (au sens large). Penser l’anéantissement et, quand même, y déposer des « choses à faire ». Ancrage dans du concret.
 
Cependant, par hasard, je suis tombée sur deux recensions de livres qui ont ouvert un autre sens pour ce chiffre 36… Et les lisant je me disais qu’Hervé Bougel (qui aime particulièrement l’humour) nous avait fait, sans le savoir (ou le sachant inconsciemment, ou faisant semblant de ne pas le savoir...) une blague cosmique assez profonde… 
Dans Books (été 2010, retrouvé dans mes archives bien après, en fouinant) un article sur les « 36 Arguments for the Existence of God », roman philosophique, ésotérique, kabbalistique, de la philosophe américaine Rebecca Goldstein. 36 chapitres, et une analyse du chiffre 36, nombre « parfait entre les parfaits », « carré parfait et deux fois 18 », ce qui lui donne une signification particulière (et positive) dans la numérologie juive. Avec l’idée, aussi, que 36 sages tiennent le monde. Nos 36 fragments devaient ainsi nous faire entrer dans un autre ordre de pensée…  Dans un ouvrage de M.-H. Gobert, « Les nombres sacrés » (Stock, 1982), il est rappelé que le nombre 36 est dit le « Grand Quaternaire », ou Monde, par les Pythagoriciens, lui qui est « la somme des huit premiers nombres »...  
Et, en février 2019, dans Le Monde, autre recension, par Roger-Pol Droit (pas encore lu l’ouvrage, mais ça viendra), celle sur un essai d’une spécialiste de l’herméneutique juive, Betty Rojtman, « Une faim d’abîme » (je raccourcis le titre). Grâce à la tradition ésotérique juive, elle oppose, à l'angoisse contemporaine de la « fascination de la mort »,                         une « métaphysique de la fluidité », faisant se rejoindre - et se dépasser - peur de la mort et du néant, du vide, et désir de vivre. Comme si l’ombre produisait la lumière du vivant.
En fait, les 36 choses sont le rêve du chiffre de l’unité du sens. Et nos bouteilles à la mer, répondant à l’injonction de l’éditeur, ont cherché des indices, des tentatives de traduction de savoirs à effleurer avec le poème. Automatiquement, en abordant de tels sujets, on entre dans une autre rationalité, on échappe aux évidences de la raison normative, on est « agi » par le chiffre dont quelque chose en nous « sait » le lien avec une poétique des mathématiques. Et une brèche s’ouvre, on passe la porte.
 
Je note ici un fragment, le 7...

« Bribe par bribe arracher la peau des souvenirs, pour n’être plus qu’âme. »

MC San Juan

(Recueil miniaturisé : « 36 traversées d'aubes crépusculaires » (MC San Juan, pré#carré éditeur, décembre 2018).

 
LIEN, pré#carré éditeur... http://precarrediteur.fr

04/06/2019

"Épuise le champ du possible." Paroles de sagesse... des Carnets d'Albin Michel

SAGESSE ETERNELLE.jpgÔ mon âme, n’aspire point à l’Immortalité mais épuise le champ du possible.
                                         Pindare
(Paroles de sagesse éternelle, coll. Carnets de sagesse, Albin Michel)
 
En couverture, les spirales de Philippe Roux, et sous le frontispice (une sorte de labyrinthe, avec spirale dans des carrés, représentation métaphorique du chemin de la pensée, ou image du destin du chercheur de sagesse...), une citation de  Pythagore mise ici comme en exergue : "Les paroles sont le souffle de l’âme".
 
La présentation de Michel Piquemal et Marc de Smedt, une page, commence par évoquer le roman de Ray Bradbury, Fahrenheit 451. Pour poser la question suivante : quels sont les livres qu’il faudrait garder, sauver ? Et donner la réponse : les grands classiques surnagent, pour les valeurs essentielles qu’ils portent. Et pour allier deux choses : concision et beauté. C’est René Char qu’ils citent, pour clore leur introduction et finir de donner les clés de leurs choix. Char qui nous dit d’éviter de "faire des noeuds", cette "énigmatique maladie" humaine. Leçon de sagesse, aussi. Simplifier, dépouiller. La pensée qui sait le dénuement intérieur (centre de soi lavé des pollutions du temps que les auteurs évoquent - psychiques et médiatiques), cette pensée est celle qui rejoint l’essentiel.
 
Et, comme toujours pour cette collection, une riche iconographie. Reproductions de fresques antiques, estampes chinoises, miniatures indiennes, ou tableaux, comme "Saint François prêchant aux oiseaux", de Giotto. Mais aussi Raphaël, Vermeer, Vinci, Botticelli, Goya, Van Gogh… Etc. 
 
Ci-dessous, encore des citations, mais ce n’est qu’une sélection. L’anthologie va des textes de sages de l’Asie (taoïstes, penseurs et mystiques du zen, etc.) à des auteurs de la littérature française et étrangère (comme Montaigne, Pascal, Hugo, Balzac, Malraux, Tagore, Tolstoï, Gibran, Rilke...), en passant par Bouddha, L’Ecclésiaste, Jésus, et des mystiques chrétiens ou musulmans, sans oublier les philosophes grecs… Une centaine de pages de fragments et textes brefs.
 
CITATIONS… 
 
As-tu passé ce que tu as à me dire à travers les trois tamis ? 
                                Apologue grec
(Socrate répondant à quelqu’un voulant rapporter un fait. Les tamis étant : vérité, bonté, utilité…)
 
Puisque la fin de ce monde est le néant,
Suppose que tu n’existes pas, et sois libre.
                                    Omar Khayyâm
 
Il y a plus de choses dans le ciel et sur la terre 
que ne peut en inventer votre philosophie.
                       William Shakespeare
 
Tu es un enfant de l’Univers, tout autant que les arbres et les étoiles.
(Texte anonyme trouvé dans une église de Baltimore en 1692. Page complète dans le livre.)
 
Je suis une partie, une parcelle de Dieu…
                  Ralph Waldo Emerson 
 
L’homme est une corde tendue entre la bête et le Surhumain —, une corde sur l’abîme. (…) Il est un pont et non un but. 
                         Friedrich Nietzsche
 
LIENS...
Carnets de sagesse. Les livres. Librairie Decitre
et
Albin Michel Spiritualités...

30/03/2019

Les Souffleurs commandos poétiques...

POÉSIE…. Si vous vous inscrivez à la newsletter des Souffleurs
vous recevrez régulièrement une citation fort bien choisie 
(newsletter qui n’est pas envahissante, juste le rythme qu’il faut pour suivre).
Et si vous allez sur le site, vous rencontrerez un fragment de poème de Franck-André Jamme, grande référence pour eux.
Les Souffleurs commandos poétiques…

"La faveur des étoiles est de nous inviter à parler, de nous montrer que nous ne sommes pas seuls, que l’aurore a un toit et mon feu tes deux mains."
René Char (citation de la dernière newsletter)

"Aimer les spirales que dessine en dansant l’ensemble du corps de l’esprit."
Franck-André Jamme (citation en accueil sur le site, qui donne la description de toutes les actions programmées, ici et ailleurs, car les Souffleurs voyagent, et font voyager parfois très loin la poésie…)

Actions. En voici une, parmi d’autres, dans l’esprit de toutes les autres :
"Par surprise, un million cinq cent mille poèmes tombent du ciel. Chacun peut partir à la cueillette de ce trésor délicat, se constituer un « butin poétique » ou bien danser sous les étoiles."

SITE…
PAGE Facebook…

24/07/2018

À L’INDEX, revue de poésie. Recension (et citations).

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Le numéro 36 est sorti en juin, riche de nombreux textes, près de 200 pages de poèmes et nouvelles.

Dans l’éditorial, Jean-Claude Tardif appelle à une conscience éveillée aux réalités du monde dont l’évolution inquiète. Relire Barjavel et Orwell, dit-il… Et il redonne l’axe, l’éthique, de la poésie qui est accueillie dans ces pages : « Pas un aller de soi vers soi, mais avant tout un allant de soi vers les autres ».

Mais il faut lire aussi, relire, le texte de Jean-Pierre Chérès qui est inscrit chaque fois en quatrième de couverture. J’en cite des fragments : « Être poète, c’est se donner corps et esprit à la présence du monde, c’est être possédé par le monde » (…) « se perdre dans les gens pour se retrouver dans le sens » (…) « Être là ». Le texte est repris comme un leitmotiv, donné en relecture car il est en quelque sorte un art poétique collectif. Les éditoriaux   développeront tel ou tel point, tel ou tel thème. D’un numéro à l’autre ils dessinent un programme d’écriture et de vie. (D’ailleurs ces éditoriaux mériteraient d’être regroupés en livre, plusieurs volumes sans doute, depuis le temps : ils s’ajouteraient aux quelques ouvrages essentiels qui permettent de penser la poésie, celle de l’exigence non formaliste.)

On ne peut parler de tout, lisant une revue. Le but est de donner envie d’aller lire…  Donc je ne fais qu’un survol et quelques notations.

J’aime beaucoup le texte de Luis Porquet, « Éloge du plus proche ». Une méditation sur la présence à « ce qui nous est immédiatement donné : l’ici ». Citant Kenneth White et Héraclite (et l’un citant l’autre) il écrit contre le piège illusoire de la projection dans le lointain de l’espace et du temps, et contre les mirages qui sont les erreurs du monde contemporain qui y sacrifie la nature. Alors que la sagesse serait de savoir reconnaître les liens tissés entre ce proche et ce lointain de notre réalité, de « voyager de l’un à l’autre », et « d’être là, simplement ». Ce, dit-il, qu’enseigne « toute quête spirituelle authentique ». Un poème de lui suit sa réflexion. « Calligraphie ». J’en cite deux vers : « Le mot comme le trait / Doit naître du silence. »

Un univers proche résonne avec ces pages : celui des poèmes de Jean-Pierre Bars : « Nous ne sommes pas inépuisables / nos limites ont la forme du monde ». Et « l’âme qui veille regarde l’âme / sortir de ces décombres. »

Nature… La mer, dans les poèmes en prose de Jacques Boise. Éloge de la mer et de la contemplation immobile. Paragraphes de huit lignes, régulièrement, descriptifs à la manière d’un peintre subtil, qui pose des touches délicates avec des mots qui donnent une force sensuelle à la perception des éléments et du vivant. Le regard comme acte essentiel. Superbes textes. J’ai aimé quand la lumière changeante transforme les oiseaux qui « ne sont plus que des leurres d’écume et de sel. »

Deux poèmes, bilingues, d’Edward Thomas, pour lui rendre hommage au centième anniversaire de sa mort sur le front en 1917. 

Les langues sont souvent présentes dans la revue. Et c’est le cas encore. Ainsi, textes en anglais et français pour les poèmes de Robert Nash (dont un livre est publié par À L’Index). Textes d’une respiration dans et de la nature, une écoute saisie même dans le quotidien urbain.

Très beaux textes, aussi, de Fabien Sanchez. En exergue, René Char, pour introduire des textes qui interrogent le présent avec la nostalgie de l’enfance, si loin déjà, quand tout passe si vite et qu’on regrette de ne pas avoir mieux su choisir et vivre. Ne sommes-nous que passager qui « vit et meurt en amateur » ? En n’étant pas assez investi parce qu’on a laissé la force de vie de l’enfance s’en aller et qu’on n’a plus que « sa perte », « ses cendres » ? A force de « douter de tout, même du doute », perd-on la présence ? L’auteur parle de lui, dans un exercice d’amère lucidité extrême. Mais son « je » rejoint le questionnement de tous ceux qui méditent sur le temps, la vie, la mort, voulant s’incarner en vivants et regrettant de ne pas toujours savoir le faire, ou pas suffisamment, anges fatigués par l’éloignement de leur temps d’ange (l’enfance). « Ma figure d’homme est scindée par ma fatigue d’ange. »

A noter, l’évocation d’Emily Brontë par Emmanuelle Le Cam (parcours de vie).

Et celle d’Albertine Sarrazin par Jean-Marc Couvé. Elle que j’ai trouvée si bouleversante, la lisant, et morte si jeune…

Plusieurs nouvelles de qualité, et d’autres poèmes, aussi.  

Retour sur le numéro 33 (les 34 et 35 sont des numéros spéciaux consacrés, chacun, à un auteur).

Pour ce numéro 33, long éditorial de Jean-Claude Tardif, qui met l’accent sur le rapport au corps. Corps présent dans l’écriture même. « La poésie n’est pas une écriture de stuc, elle est un contre-poison. La poésie repulpe la chair de la langue. » (…) « Elle relève de l’Essence ; de ce qui donne corps ! ». Poèmes pour « les gens de peu », c’est-à-dire nous tous, donc avec un langage qui parle à tous. « Le vers le plus simple peut éclairer un monde. ». Ce que la revue À L’Index veut donner à lire ? « Des poèmes qui nous semblent porteurs de sens et de chair, en ce qu’ils sont habités par leurs auteurs en même temps qu’ils les habitent. ».

J’avais aimé retrouver des poèmes de Roberto San Geroteo... Citation« Un goût de brume envahit tout / à commencer par nos corps / cyclopéens / aux airs de moulins à vent / aux ailes de lumière / vers le proche vers le lointain / qui font même tourner la tête / à la mer à la nuit ».

J’avais été émue par le portrait de Jean-Claude Pirotte dessiné par Henri Cachau, commentant lui-même son dessin, et disant pourquoi sa tendresse pour cet être. Un éloge de plus de deux pages, portrait en mots.

Robert Nash était déjà présent avec quelques poèmes. Premier avant-signe du livre publié par À L’Index, le second dans le numéro 36.

Claire Dumay était de retour avec un texte en prose où elle continue à se disséquer durement. Autoanalyse qui ne sépare pas d’autrui, et laisse entrer le monde. Et l’écriture est belle.

Nombreux poèmes dans ce numéro, des textes bilingues aussi, comme souvent, diverses langues.

Tous ces poèmes pourraient avoir pour exergue ces vers de A. Kadir Paksoy (p. 159) : « Qui est poète ?  / Peut-être celui qui aurait eu une plus grande part de la tempête / peut-être celui qui se serait approché le plus du soleil / ou d’un réverbère également allumé le jour » (Je retiens ce nom, je le note, même, pour chercher à le lire).

Note sur Entrevues… https://www.entrevues.org/revues/a-lindex/

Lien vers la revue À L’INDEX… http://lelivreadire.blogspot.com

MC San Juan

12/07/2018

L'ardent pays d'André Campos Rodriguez...

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(…) s’élève lentement 

ce qui n’a pas de nom. »

André Campos Rodriguez (Légendes, Éclats, Approches. Editinter, Robert Dadillon, 1999)

Réédition dans l’anthologie « Pour que s’élève ce qui n’a pas de nom », choix de poèmes  1985-2015, 212 pages, éd. L’Ardent pays, 2016.

Le titre que j’ai mis pour cette note reprend le nom de la revue en ligne créée par l’auteur, édition L’Ardent pays.  C’est à la fois une volonté de programme collectif et un aveu d’orientation personnelle, l’ardeur (notion qui était en vedette pour le Printemps des Poètes, mais le nom est bien antérieur pour l’édition). Feu intérieur, de recherche et de création. Le pays que je désigne ainsi est l'espace de son écriture... 

« Pour que s’élève ce qui n’a pas de nom » est donc le titre du livre que je viens d’achever (l’exergue indique la source). Ce fut une très bonne idée que réunir des textes de plusieurs recueils épuisés, parus chez des éditeurs divers (comme Aube, Rétro-Viseur, Editinter, etc.) Pour moi c'est une découverte et j'apprécie beaucoup. C'est une méditation continue, avec des fils qui se tissent d'un recueil à l'autre, la recherche du centre, du noyau spirituel sans trahir le lien avec la matérialité du réel concret. Ou la recherche des mots qui pourraient dire ce centre. On a l'impression que c'est écrit sur la frontière, traversée ou pas, qui sépare le méditant du sage passé du côté d'un éveil. Un peu comme si c'était une enquête sur ce qui est derrière ce miroir, ou sur comment le dire. (C'est clair page 171, par exemple : "Il suffirait de... "). J'y ai même trouvé, dans ce livre, une citation, deux vers qui correspondent à ma démarche en photographie. Je les cite : "L'eau, la pierre, le feu : chaque mot / détient une gradation de secrets." (p. 55). Oui. Et le regard les capte. J’ai remarqué aussi une citation de René Char (en exergue p. 69, l’impossible), et une de Pierre Dhainaut sur l'ombre, page 109. Ombre métaphorique (et aussi, pour moi, ombre captée photographiquement, thématique qui m'est chère). J'ai apprécié de trouver Ramana Maharshi (cité p. 181). Cela rejoint le processus de création de soi qui est aussi dépouillement de soi (je reprends les termes en résumant). Ce qui définirait l'art poétique tel qu'il apparaît au fil des pages ce serait la synthèse entre les pages 86 et 160. Être "l'explorateur des failles" (du monde, du réel), et habiter "un songe si vaste qu'il possède le pouvoir de délier le temps" et d'inscrire la "simple épiphanie proche de l'inconnu.". Lecture faite en affinité de démarche et d'écriture. 

200 pages qui se lisent d’un trait, et s’ouvrent ensuite, pour relire.

CITATIONS…

... Pour se libérer des pierres / inutiles, faut-il donc creuser / l’ombre de soi-même ?

...         Seul

      peut nous aider

      l’appui incessant 

         du silence

... En te traversant  / tu accèdes au centre

...   accepter l’obscur / révèle l’étincelle

... le monde est en toi / mais tu es aussi le monde

... Tout but porte l’abîme / qui nous sépare de nous-mêmes.

.... Mais le labyrinthe est un lieu / noyé de signes obscurs 

... Tout désert porte un marcheur exalté / par la fécondité de la distance / voyant et météore

... Comment peux-tu être, / si tu ne cherches plus.

... L’ombre garde sa cadence et grave, dans la mémoire des pierres, l’obstination de la nuit.

... De ce dilemme / tu ne pourras sortir  / avant d’avoir posé ta lampe / entre l’ombre  et la clarté

...  Qui peut oser  cet Ouvert qui n’est qu’une dissolution, l’immolation consentie de soi-même, une première fois irréversible comme la mort ?

... se quitter soi-même / s’alléger /         / se dépouiller / s’élargir 

... Oiseau de l’âme /   / déplie tes ailes / évade-toi dans l’azur /   / sois le témoin silencieux 

LIENS…

La revue en ligne qu’il anime, édition de l’anthologie L’Ardent pays... http://ardentpays12.over-blog.com 

Une page sur lui, autre revue où il est cette fois l’invité, Possibles... http://longueroye.free.fr/pos23acr.php 

« Pour que s’élève ce qui n’a pas de nom », une recension du recueil-anthologie, par Pierre Perrin, note de bloghttp://lefraisregard.free.fr/rodriguez.php

MC San Juan

26/11/2013

CAMUS, L’ART et la REVOLTE, l’hommage d’Abd Al Malik…

THEATRE abd-al-malik.jpg

Spectacle « inspiré librement » de la lecture de L’Envers et l’Endroit d'Albert Camus, hommage musical d'Abd Al Malik,  Théâtre du Châtelet (soirée unique à Paris, le 16-12-2013 – après des représentations en province). "L'art et la révolte"... 


Présentation sur le site du Châtelet , extrait : « Le rappeur-poète Abd Al Malik part à la rencontre de l'oeuvre d’Albert Camus. De la poésie à l’état brut, de la philosophie mise en musique. / A l’image d’Albert Camus, Abd al Malik porte haut l’intelligence du texte et une pensée aigüe sur l’existence et sur la condition d’artiste. / Abd al Malik choisit de partir de nouvelles de
L’Envers et l’endroit, texte de jeunesse de Camus publié à Alger en 1937, que l’écrivain considère comme la source secrète qui a alimenté toute sa pensée. » 

ABD AL MALIK a présenté ce qu’il propose sur le site artemedia.fr : « Qu’y a-t- il de commun entre Albert Camus et moi-même ? Il n’y a aucune prétention dans la question que je me pose, mais plutôt une aspiration. Car j’ai toujours vu en Camus un idéal dans la manière d’être artiste, un élan dans la façon d’habiter l’écriture. J’ai surtout vu en lui, comme en moi, ce farouche besoin de représenter « son peuple », de représenter les siens et, par eux, de chercher inlassablement le moyen de se connecter à tous. C’est en ce sens que ce qui m’intéresse dans ce projet n’est pas de « parler » de son oeuvre (ou de lui-même finalement), mais de questionner les origines philosophiques de celle-ci. Je dirais même de questionner l’origine philosophique, et j’oserais presque dire spirituelle, de celle-ci. Et, de mon point de vue, comme il le dit lui-même d’ailleurs, tout s’origine (et quelque part se termine) dans cet ouvrage de jeunesse intitulé L’ Envers et l’endroit. La préface qu’il fait à la réédition de ce petit livre, vingt ans plus tard, a toujours été pour moi une sorte de feuille de route. Je dirais même une sorte de viatique dans ma quête, en tant qu’homme de mots, d’une certaine vérité artistique. » 

Vidéo ("Quand Abd Al Malik rencontre Albert Camus"). Extrait. Le spectacle d’Abd Al Malik présenté dans le sud (cf. Aix en mars 2013). Charles Berling parle de cette initiative: « Le postulat de départ je le trouve formidable. Cela rencontre l’universalité formidable d’Albert Camus » : http://www.youtube.com/watch?v=4PawEAjNMIc

.......Articles sur le spectacle........

Le Parisien, Abd Al malik slame Albert Camus , 13-03-2013 http://bit.ly/10Mhanx    (« Entre rap, rock et musique classique, Abd al Malik slame Albert Camus "son idéal, son grand frère des cités ». (…) «Je l'ai lu comme un grand frère de la cité qui était en train de me parler. On se rend compte avec son oeuvre que Camus, c'est un gars de chez nous. Il y parle de sa mère, le fait d'avoir été élevé seul par sa mère. Vous imaginez, toute suite ça faisait écho", explique l'artiste dont la photo de sa mère apparaît au lever de rideau.Le rappeur fait la rencontre d'Albert Camus à l'école. Il commence par L'Étranger qui le "bouleverse ". A la même époque, Régis Fayette-Mikano de son vrai nom, commence à faire du rap et "veut devenir artiste"."Camus disait en substance 'la culture m'a arrachée de ma condition'. Une phrase qui fait sens. J'ai vécu dans un milieu dur et ma passion pour la littérature a été une vraie fenêtre de sortie", raconte le slameur. »)

Le Monde, par Raphaëlle Rérolle, 07-11-2013, "Abd Al Malik : lame du rap": http://bit.ly/17UZgDL   CITATIONS : « Sans Camus, il n'y aurait pas Abd al Malik. » (dit de lui-même Abd Al Malik, qui a découvert Camus avec passion, jeune, et fait un lien entre cette découverte et son chemin vers l’écriture et la création). (…) « Autant dire que le rappeur occupe une position très particulière sur la scène musicale. « Un mec dans le hip-hop qui travaille sur les textes de Camus, les mômes ont un peu de mal à comprendre », s'amuse son copain Laurent Garnier, star de la musique électro et fan depuis des années. »  /  « C'est la littérature qui l'a sauvé, dit-il. Camus, précisément, venu à sa rescousse quand il avait 12 ans. ‘La lecture de L'Envers et l'Endroit a été un vrai bouleversement, raconte Abd al Malik : voilà un type qui venait d'une cité, comme moi, qui avait été élevé par une mère seule. Comme moi, il avait rencontré des enseignants qui croyaient en lui’ »

Dans Télérama du 09-03-2013, Gilles Rof  écrivait (extrait) : « L’art et la révolte, spectacle musical inspiré de ses textes, se veut un hommage du slameur à l’un de ses grands inspirateurs. »  / A la question sur l’origine de ce spectacle, il répond : « Catherine Camus, la fille d’Albert Camus, et Dominique Bluzet, le directeur du grand théâtre de Provence à Aix, souhaitaient une création autour de l’écrivain en 2013, dans le cadre de la Capitale de la culture, mais aussi du centenaire de sa naissance. Ils m’ont contacté pour me proposer de travailler autour du Premier homme… Moi, j’avais une autre idée. / Quand j’ai lu L’envers et l’endroit, je devais avoir 13 ans. Je commençais à m’intéresser au rap et ce livre a été une sorte de révélation. Avec cette préface que Camus a écrite 20 ans après la première édition du livre. Un texte où il fait le point sur lui, sur ses origines, sur ce que c’est que représenter les siens, être un écrivain, un artiste… Immédiatement, ces quelques pages sont devenues comme un viatique pour moi. Une feuille de route, que j’ai gardée jusqu’à maintenant. Ça correspondait à ce que je devais être en tant qu’artiste. »

...... ABD AL MALIK........

SITE officiel : http://www.abdalmalik.fr/  

Fiche wikipedia : http://bit.ly/fGSjoO

........ALBERT CAMUS.......le livre source et le thème du spectacle........

L’Envers et l’Endroit, note sur le site de la Société des Etudes camusiennes, par Paul Viallaneix : http://www.etudes-camusiennes.fr/wordpress/1937/03/09/lenvers-et-lendroit-1937/  (L’œuvre à laquelle se réfère Abd Al Malik – voir sa présentation – le  texte originel du livre et la préface ajoutée pour une réédition : pour Camus c’est effectivement une œuvre source, un centre). 

CAMUS, L’art de la révolteEmission sur France Culture, 22-09-2013, (Raphaël Enthoven). 59 minutes, document audio. En exergue (page de la radio), la lettre de René Char à Albert Camus, après la lecture de L’Homme révolté. Il dit son enthousiasme et son respect, remercie. Extrait : « Après avoir lu – et relu – votre Homme révolté j’ai cherché qui et quelle oeuvre de cet ordre – le plus essentiel – avait pouvoir d’approcher de vous et d’elle en ce temps ? Personne et aucune oeuvre. C’est avec un enthousiasme réfléchi que je vous dis cela. Ce n’est certes pas dans le carré blanc d’une lettre que le volume, les lignes et l’extraordinaire profonde surface de votre livre peuvent être résumés et proposés à autrui. D’abord j’ai admiré à quelle hauteur familière (qui ne vous met pas hors d’atteinte, et en vous faisant solidaire, vous expose à tous les coups) vous vous êtes placé pour dévider votre fil de foudre et de bon sens. Quel généreux courage ! quelle puissante et irréfutable intelligence tout au long ! » Suite sur le site de France Culture : http://bit.ly/1eyBtLl