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30/06/2019

"Inverser le sens des aubes crépusculaires"... 36 choses à faire, suite. CITATIONS...

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       Jean-Claude Tardif, « L’homme de peu ».
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Quelques fragments des 36 choses (voir, note précédente, la démarche... et un fragment).
Recueil miniaturisé : « 36 traversées d'aubes crépusculaires »
Marie-Claude San Juan, pré#carré éditeur (Hervé Bougel), décembre 2018. Collection «  36 choses à faire avant de mourir ».
 
CITATIONS :
 
. Relire Lao-Tseu, tatouer ma peau de fragments de sagesse, et garder ainsi une lumière venue de la même ombre lointaine, inverser le sens des aubes crépusculaires.
 
. Délivrer Ashraf Fayad, Mohamed Ould M’Kheïtir, Ali Mohammed Al-Nimr, Serge Atlaoui, calligraphier leurs noms sur les pages des droits humains, puis oublier les pays qui enferment ou tuent. Me délivrer, moi, du poids du monde. Mais, quand même, rêver d’une liberté sans danger pour Asia Bibi enfin arrachée aux murs mortels. Rêver.
 
. Imaginer une pluie qui lave des emprunts fictifs, des apparences, de l’être qu’on n’est pas. / Atteindre l’os. / Faire le vide, laisser les objets se détacher de moi, comme une poussière qu’un souffle projette. 
 
. Effacer les traces des mots encore inscrits sur le palimpseste mental aux cent surimpressions. Effacer le « moi ».
 
. Inventer un parfum mauve, subtil. L’offrir sans le dire à l’aura des êtres.
 
. Tendre l’oreille vers l’inaudible.
 
. Traverser des yeux l’invisible.
 
. Tutoyer des inconnus, car éphémères mortels. Donc intimes.
 
. Souffler sur les braises qui pourraient s’éteindre, pour ne jamais succomber à la tiédeur.
 
. Graver sur une pierre, en épitaphe, deux vers de Benjamin Fondane : « Croyez-vous qu’il suffise de naître pour chanter, et de mourir pour vivre ? » / Entourer la pierre des notes de Fauré, son Requiem.
 
MC San Juan

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Note précédente, le sens de cette proposition d'écriture... Mon interprétation... http://tramesnomades.hautetfort.com/archive/2019/06/28/36-traversees-d-aubes-crepusculaires-ou-36-fragments-poetiq-6161020.html

LIEN, pré#carré éditeur... http://precarrediteur.fr

28/06/2019

"36 traversées d'aubes crépusculaires", ou 36 fragments poétiques miniaturisés...

36 choses tous... .jpgLa mort n’a rien d’illimité.
Le hasard est toujours pour nous — 
Ce sont toujours les autres qui meurent.
             Guy Lévis Mano
 
36 choses à faire avant de mourir, pré#carré éditeur (Hervé Bougel). Ou une collection de textes minuscules (mais pas tellement plus... que bien d’autres poèmes…).
Au départ, une idée oulipienne de Jacques Bens (50 choses…). Puis la reprise par Georges Perec, en 37 choses. Et enfin Hervé Bougel pour qui s’impose le chiffre de 36, sans qu’il sache, dit-il, pourquoi (même si le langage courant pense la multiplicité des tâches ainsi, 36…). Et voilà donc des plaquettes… Pour moi, deux fois, à dix ans d’intervalle. En 2008 j’ai presque pensé cela comme un grand poème ou comme une prosaïque liste de courses... En 2018, plutôt comme 36 petits poèmes denses et autonomes mais structurés ensemble.  
 
« Les poèmes sont », dit René Char, « des bouts d’existence incorruptibles que nous lançons à la gueule répugnante de la mort, mais assez haut pour que, ricochant sur elle, ils tombent dans le monde nominateur de l’unité. » ('Sur la poésie', du recueil 'En trente-trois morceaux', de Poésie/Gallimard). Et Jean-Pierre Lemaire, lui, dans un entretien en 2016 (La Procure), pense qu’il a « écrit des poèmes un peu comme le Petit Poucet sème des cailloux ». Mais il ajoute qu’ensuite il a vu que ceux-ci traçaient un chemin vers la lumière. Des bouts d'existence (Char), des cailloux (Lemaire). Et l’unité, la lumière (ce qui est pareil finalement). Cela me convient. Parce que c’est un regard humble sur la démarche de créer, qui se situe encore dans un inachevé informulé (tant que ce n’est pas abouti en sens radical). Et que cela inscrit l'écriture dans un processus de devenir soi encore aveugle à soi, pas dans l’arrogance d’un savoir d’avance qui porterait l’oeuvre. Les trente-trois morceaux de Char me font penser aux trente-six choses, cette contrainte établie par Hervé Bougel pour nous demander de lancer nos « bouts d’existence » dans sa collection de fragments. Il en manque trois à Char, et il ne dit pas ce qui reste à faire avant la mort. Mais il parle là de mort, il y a une série lexicale qui désigne l’éphémère, les incurables, les ruines, l’errance, l’agonie, et la mort (répétée). C’est aussi bref que nos miniatures poétiques, parfois plus (une ligne, deux), mais ce n’est pas miniaturisé : un texte par page, dans le blanc. Preuve qu’écrire a un rapport avec la mort, c’est au hasard, presque, que je lis ces pages précises.
 
Répugnante, la mort ? Je ne sais pas. La douleur, oui, la détérioration des corps, oui, les plaies, l’agonie, oui. Mais le passage, la traversée ? Seuls ceux qui le vivent le savent. Mais un sujet de l’écriture, certainement, et, comme le dit aussi René Char, le poème nous fait saisir ce qui, aux frontières entre vie et mort, nous fait entrer dans le vivant. Et c’est pourquoi répondre à une invitation qui nous demande de penser ce qui « reste » à vivre, qu’il faudrait faire « avant » de n’être plus, au lieu d’attrister cela donne un sentiment d’excitation jubilatoire. Liste de faits à vivre, fantasmée ou réelle. Et occasion d’une méditation sur ce qui compte vraiment.    
Est-ce l’anecdotique des « riens » des jours? Ou les travaux d’Hercule pour « finir » de faire contenir à nos années ce qu’elles peuvent faire entrer de réalisations majeures ? Qu’est-ce qui compte vraiment ? Étrangement la première idée qui vient c’est de faire le vide, de se désencombrer des choses et des obligations, de l’inutile. Installer une pièce zen et en faire un lieu refuge, éloge du rien. Comme Alice, traverser les miroirs, changer de regard sur le monde. Se mettre dans la peau des sages et se faire initié secret. Ensuite écrire.    
 
Se penser animal mortel qui trace des signes pour dire sa vie et sa mort, et se veut aussi éternel dans son désir de tracer, de laisser, d’achever. Mais toute écriture qui compte est métaphysique, vise la mystique. Le reste est bavardage. Cela mène loin, une proposition poétique. Penser la perte de soi, la perte de l’autre (au sens large). Penser l’anéantissement et, quand même, y déposer des « choses à faire ». Ancrage dans du concret.
 
Cependant, par hasard, je suis tombée sur deux recensions de livres qui ont ouvert un autre sens pour ce chiffre 36… Et les lisant je me disais qu’Hervé Bougel (qui aime particulièrement l’humour) nous avait fait, sans le savoir (ou le sachant inconsciemment, ou faisant semblant de ne pas le savoir...) une blague cosmique assez profonde… 
Dans Books (été 2010, retrouvé dans mes archives bien après, en fouinant) un article sur les « 36 Arguments for the Existence of God », roman philosophique, ésotérique, kabbalistique, de la philosophe américaine Rebecca Goldstein. 36 chapitres, et une analyse du chiffre 36, nombre « parfait entre les parfaits », « carré parfait et deux fois 18 », ce qui lui donne une signification particulière (et positive) dans la numérologie juive. Avec l’idée, aussi, que 36 sages tiennent le monde. Nos 36 fragments devaient ainsi nous faire entrer dans un autre ordre de pensée…  Dans un ouvrage de M.-H. Gobert, « Les nombres sacrés » (Stock, 1982), il est rappelé que le nombre 36 est dit le « Grand Quaternaire », ou Monde, par les Pythagoriciens, lui qui est « la somme des huit premiers nombres »...  
Et, en février 2019, dans Le Monde, autre recension, par Roger-Pol Droit (pas encore lu l’ouvrage, mais ça viendra), celle sur un essai d’une spécialiste de l’herméneutique juive, Betty Rojtman, « Une faim d’abîme » (je raccourcis le titre). Grâce à la tradition ésotérique juive, elle oppose, à l'angoisse contemporaine de la « fascination de la mort »,                         une « métaphysique de la fluidité », faisant se rejoindre - et se dépasser - peur de la mort et du néant, du vide, et désir de vivre. Comme si l’ombre produisait la lumière du vivant.
En fait, les 36 choses sont le rêve du chiffre de l’unité du sens. Et nos bouteilles à la mer, répondant à l’injonction de l’éditeur, ont cherché des indices, des tentatives de traduction de savoirs à effleurer avec le poème. Automatiquement, en abordant de tels sujets, on entre dans une autre rationalité, on échappe aux évidences de la raison normative, on est « agi » par le chiffre dont quelque chose en nous « sait » le lien avec une poétique des mathématiques. Et une brèche s’ouvre, on passe la porte.
 
Je note ici un fragment, le 7...

« Bribe par bribe arracher la peau des souvenirs, pour n’être plus qu’âme. »

MC San Juan

(Recueil miniaturisé : « 36 traversées d'aubes crépusculaires » (MC San Juan, pré#carré éditeur, décembre 2018).

 
LIEN, pré#carré éditeur... http://precarrediteur.fr

29/07/2015

"Retourner le champ invisible..."

 dedans dehors.pngfenêtre voile.pngfleurs mauves et voile.png

 « Continuer inlassablement de retourner le champ invisible »

Franck André Jamme, cité par les Souffleurs (commandos poétiques), sur leur site

« Susciter du visible fomente de l’invisible. La forme instaure ce qu’elle efface »

Joseph Beaude, « Habiter », livret premier, rééd. pré#carré, 2015

« écrire encore / un poème une phrase un chant / peu importe le nom / écrire encore »

Michaël Glück, « encore », opus IV, éd. pré#carré, 2014 

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« Retourner le champ invisible », en photographiant. Avec des éclats du monde, volés dans un instant à peine happé : regarder, cadrer, prendre. Et si le bord invisible du sens des choses mortes et vivantes n’y est pas, ou si le cadrage n’est pas celui du regard instinctif,  ne pas corriger, jeter... On ne traverse pas les transparences du réel avec de la technique retravaillée. Mais plutôt avec l’incessante maturation du regard. C’est plus de temps, de patience. Quelque chose jaillit du hasard, qui se préparait dans un long et lent silence.

Pourquoi le regard a-t-il tant d’importance, et tant en ce moment ? Un équilibre à trouver contre les cris des terreurs, et cette nécessaire présence au bruit du monde ? Art et douceur contre revue de presse et douleur ? Tentative pour saisir et comprendre l’arrière-plan de la violence du réel ? Et puiser de la beauté dans cet arrière-plan…

Mais aussi recherche du lieu, invention du lieu, pour savoir quelle ville on habite, où est la trace de la terre dans le béton, la couleur dans la rue, la lumière dans l’ombre. Recherche des voiles qui délivrent le caché. Et soi, autre lieu.

« Retourner le champ invisible », en écrivant.  Contre l’instant saisi, brutale émergence d’une mémoire des yeux, permanente lenteur de la gestation de soi. Ecrire ? Mettre ses yeux en mots, mais les yeux derrière les yeux. Barrer, effacer, couper, déchirer : revenir et revenir. Choisir le peu, l’essentiel. Malaxer corps et âme, tracer, comme sur du sable.

C’est ce que dit Kenneth White de cette ascèse de sens : « Travaillant et retravaillant / les mêmes textes / jour après jour / perdant tout sens / de « production » et de « publication » / toute idée d’une « réputation » à forger / engagé plutôt dans quelque chose / --- loin de toute littérature --- / que l’on pourrait pertinemment nommer / un yoga poétique » (« La Résidence de la solitude et de la lumière », William Blake and Co, 1978) 

Visible, invisible, dedans dehors. Mirages, ou vraie présence ? Le lieu projeté ailleurs avec ses lumières, ou l’ailleurs entré dans le lieu avec les signes du lointain, transparences de l’autre ? Tout est voile, et donc tout révèle l’œil central. Que ce soit la nuit, les reflets, ou des rideaux mouvants, légers, un voile fin, fait de rien, de rayon rose mauve, une toile tapissant d’ombres et d’arbres une trouée de ciel, des perles pour une échappée de rue sombre, ou un rideau métallique captant des spirales… tout est voile. 

© MC San Juan (TramesNomades) / Texte et photographiestrouée de ciel et reflets toile.pngVoile perles et noir.pngvoile métal.png

 

 

 

 

 

 

17/11/2012

Salon international des éditeurs indépendants

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C'est le 10 ème salon organisé par L'Autre livre : novembre 2012...

Liste de toutes les éditions présentes, sur le site de l’association organisatrice :  http://www.lautrelivre.net/

……

Présentation de la démarche, par  « L’Autre livre » : « Depuis des années, à l'occasion du Salon du livre de Paris, nous nous retrouvions, à plusieurs éditeurs, pour échanger sur les possibilités de résister face à la création d'un monopole de l'industrie du livre avec, sa mainmise sur la diffusion-distribution et les médias. En 2003, nous avons décidé d'organiser notre propre Salon du livre. Mais dans notre esprit, il ne s'agissait surtout pas d'organiser un mini ou un contre salon mais de créer un événement permettant aux éditeurs indépendants de présenter vraiment leur production et leur particularité éditoriale... Donner à nos amis lecteurs la possibilité de découvrir "d'autres LIVRES". / Pour mener à bien ce projet, il était indispensable de se constituer en association. Son nom L'autre LIVRE a été une évidence, puisque notre but n'est pas de combattre les livres des auteurs édités par les industriels du livre mais bien de permettre qu'existent à leurs côtés "d'autres livres" mis à la disposition du plus grand nombre de lecteurs possible. »

…… Parmi toutes les éditions présentes...

....Lis et parle éditions. (Où j'ai découvert des livres rares. Ils veulent privilégier « les textes inspirés », ce qu’on peut comprendre comme l’affirmation d’une exigence : chercher dans les œuvres une dimension plus profonde, au-delà de la qualité d’écriture, essentielle aussi, évidemment. Voir l’exergue choisi (une citation de George Sand). Le site présente la démarche, les auteurs, les collections (Littérature, Jeunesse, Spiritualité), et annonce les participations à divers salons  : http://www.lisetparle.fr/

.... Autre édition, très différente, Le temps des cerises. Voir notamment les anthologies de poèmes diffusés dans le métro (Paris, Montréal...), et des recueils qui correspondent, d'une manière ou d'une autre, à un engagement dans le réel sur lequel écrire : http://www.letempsdescerises.net/

.... Editeur de poésie, et lieu qui archive des ouvrages, dont certains sont épuisés et peuvent être consultés, les Éditions Laurence Mauguin : BLOG http://lmauguin-infos.blogspot.fr et SITE http://www.editionslmauguin.fr/Accueil   Editeur… mais aussi lieu (bibliothèque et salon de thé, de lecture…) : http://www.editionslmauguin.fr/Bibliotheque

.... pré#carré éditeur http://precarrediteur.fr/pre-carre-edition  pré#carré est à part dans l'univers éditorial de la poésie. Des créations de papier pour mettre en valeur des textes, une inventivité remarquable, et une générosité constante de quelqu'un qui est réellement un militant de la diffusion de poésie i aussi). les recueils en carrés... et des créations motivées par des contraintes oulipiennes... comme les "36 choses à faire avant de mourir"...  (Hervé Bougel est aussi écrivain. J'ai particulièrement apprécié ses "Cafés noirs" (2002, Carnets du dessert de Lune), "Petites fadaises à la fenêtre" (2004, La Chambre d'échos) : des pensées brèves, cinglantes et grinçantes, émouvantes ou piquantes, les poèmes brefs d'"Osram Osram", 2009, Atelier du Hanneton).