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08/07/2019

Des recueils de poésie à lire en vacances... (et après aussi).

Une_anthologie_de_la_poesie_francaise.jpgQuant à la poésie (gemme, cosse, graines, floraison) c’est le territoire originaire de la parole, personne ne peut apprendre à personne à écrire de la poésie. Une boussole oriente et dénude les mots jusqu’à la pleine page silencieuse du poème de la voix. 
      Patrick Laupin, Le Rien qui précède
 éd. Gros textes, coll. La petite porte, 2019
(Poète, auteur du livre sur  Mallarmé, coll. Poètes d’aujourd’hui, Seghers, 2004. Recueils chez différents éditeurs).
La poésie n’est pas pour moi un exercice réussi lorsque les contraintes ou les procédures ont été respectées, elle est à chaque fois invention d’une écrire-vivre, tension de langue contre ce qui nous rend muets.
Antoine Emaz 
 
Quelqu’un, sur Facebook, a réagi aux listes de livres  « d’été » que font les journaux, les blogs, les sites, les revues en ligne. Constatant un déni d’existence opposé à la poésie, il a fait une liste de recueils… Oui. On propose de quoi se distraire, se délasser. Romans, romans, et romans. La poésie ? Oubliée. (Et j’ajoute à cela l’oubli des aphorismes, catégorie d’ailleurs niée dans le classement des bibliothèques. Mais dans certains recueils de poésie, ils sont présents aussi). Réaction ? Faire des listes de recueils de poésie à mettre dans les valises. Au choix de chacun. Ceci n’étant pas négation du reste. Pour ma part je lirai en vacances de la poésie, toujours. (Plus précisément je relirai surtout, découvrirai un peu.) Mais je ne me priverai pas de romans policiers, de livres de science-fiction, et, même, de mangas (j’en ai repérés). Et il y aura aussi systématiquement un temps pour les journaux et une philosophie non-systémique, en plus de grands textes de sagesse, à relire. (Car la poésie des petites fleurs loin des sursauts du monde et des questionnements sur vivre et mourir - ou la haute spiritualité - ce n'est pas mon truc).
 
1 ANTHOL FR 0rizet.jpgDonc, listes. Et j'ai fait la mienne. Le but n’est pas de s’adresser à des érudits, ni à ceux qui connaissent à fond l’univers de la poésie, jusqu’aux publications les plus récentes (même si j’en mentionne un peu). Ni de proposer de se ruiner (comme on peut être tenté de le faire au Marché de la Poésie…). Non. Proposer à un public large des titres, c’est permettre aussi une initiation, par des livres qui ne soient pas effrayants par l’ampleur, et en prévoir qui soient disponibles à des prix modiques...

ANTHOL FR POCHE.jpgANTHOLOGIES d’abord. 
La meilleure façon de découvrir quels sont les poètes dont on voudra lire des livres et ceux qui ne nous « accrochent » pas. 
Car de la poésie, comme de la littérature en général, on ne lira pas tous les livres... Tous ne sont pas faits pour nous (goûts, affinités, rapport aux mots, au langage, méta-philosophie racine proche ou lointaine, adverse parfois). Pas plus qu’on ne rencontrera tous les êtres humains qu’on est susceptible de croiser, même en se limitant à notre quartier… Alors la ville, le pays, le monde… Alors le temps des siècles : tant d’auteurs et tant de langues… Et même, de certains auteurs choisis, dont on aime beaucoup un ouvrage on ne lira pas tous les autres. Car même parmi les meilleurs certains écrivent trop. (Trop de textes dans un livre, trop de livres en bibliographie. Apparemment il manque alors le silence, et les coups de ciseaux pour enlever ce qui excède). 
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Anthologies de la poésie française.
… de Jean-François Revel, éd. Robert Laffont, coll. Bouquins… 
… Ou (De Villon à Verlaine), d’Annie Collognat-Barès. Livre de poche, Libretti (poèmes, présentation, notes et index…). (2€)…. En poche, aussi, l’anthologie de Georges Pompidou... Ou celle de Jean Orizet. Et plusieurs titres, catégorie ‘poésie'… 1 Haikus.jpgPlus, ouverture à l’ailleurs, L’art du haïku
 
1 LETTRES RILKE .jpg… Chez Librio, certaines anthologies, comme celle de Sébastien Lapaque, au très beau titre, J'ai vu passer dans mon rêve - titre emprunté à Verlaine, dont une citation est mise en exergue. Son introduction est excellente (quatre pages denses, qui suivent l'épitaphe, une définition rigoureuse de la poésie). Même collection Librio, des recueils (pour 2€). Comme ceci, de Rainer Maria Rilke, Lettres à un jeune poète... 
 
… La poésie est présente aux éditions Mille-Et-Une-Nuits. (Pour 3€). Il faut fouiner… 
 
Écrivains francophones du Maghreb, sous la direction d’Albert Memmi, éds Seghers. Dont poètes… 
 
Anthologie de la poésie algérienne, Quand la nuit se brise, par Abdelmadjid Kaouah, Autres temps, Points poche.
 
… Poésie espagnole / les nouvelles générations PU.Lyon, (anthologie bilingue) par Pedro Provencio
 
1 FEMMES.jpgQuelqu’un plus tard se souviendra de nous, (femmes poètes, noms majeurs, monde : mes très chères y sont). Poésie/Gallimard...
 
Poètes du monde… Anthologies (et collections). Dont livre éd. Marabout…1 ANTHOL MONDE.jpg
 
Poèmes chan (de moines du bouddhisme chan). Picquier poche.
 
1 Anthol vers unique.jpg… Et enfin, Anthologie du vers unique, de Georges Schehadé. Une merveille…
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TITRES seuls. RECUEILS… 
 
Si vaste d’être seul, de Tristan Cabral,  Le Cherche Midi (recension faite, 2018, lien ci-dessous). (Dernier livre, Poèmes à dire, éd. Chemins de Plume, Nice). Lien vers la note…  http://tramesnomades.hautetfort.com/archive/2018/07/22/si... 
 
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Au secret, de Franck André Jamme, éds. Isabelle Sauvage
 
Variations sur le silence, de Philippe Mac Leod, éds Ad Solem
 
Hautes lassitudes, de Jean-Marie Blas de Roblès, Dumerchez
 
Apostumes, de Jean-Luc Sarré, Le Bruit du temps
 
Six titres, coll. Poésie/Gallimard
    … Terre énergumène, de Marie-Claire Bancquart
    … En trente-trois morceaux, de René Char 
    … Jonas, de Jean-Paul de Dadelsen
    … Les Mégères de la mer, suivi de Poèmes de Samuel Wood, de Louis-René Des Forêts
    … Sais-tu si nous sommes encore loin de la mer ? de Claude Roy
     … Toute personne qui tombe a des ailes, d’Ingeborg Bachmann
 
Et…
Trois leçons de ténèbres, de José Ángel Valente, éds Unes, traduction et préface de Jacques Ancet (recueil bilingue).
Oeuvre sur l’eau, d’Erri De Luca, éd. Seghers (biilingue).
Poème à la durée, de Peter Handke, NRF Gallimard
Le Souffle du Monde, d’Yves Simon, éd. Librio… 
1 NERVAL.jpgAurélia, de Gérard de Nerval… Philo et poésie aux Éds Mille-Et-Une-Nuits… https://www.lecteurs.com/editeur/mille-et-une-nuits/11517
 
Autres titres, voir les notes de la catégorie "Recensions"… dont une note de dix titres (Égarer la lenteur)… Et beaucoup d'autres sur un seul livre, comme par exemple "Échos du silence", de François Cheng et Patrick Le Bescont... (Je mettrai des liens dans la liste "Trames nomades... Relire" qui est en marge gauche et doit être mise à jour...)
 
De François Cheng j'emporterai "La vraie vie est ici" (Poésie/Gallimard), pour relire et relire. Il parle à l'âme, à hauteur d'âme, mais des pages peuvent aussi faire venir les larmes aux yeux, tant l'émotion est présente, devant des faits de tous les jours ou l'évocation de grandes douleurs humaines - en empathie avec tout ce qui est. Et tant il sait dire aussi des hésitations entre bonheur et souffrance, présence des autres et solitude radicale, un "Je" discret, pudique, mais là. Une écriture du paradoxe métaphysique, vécu, des oscillations entre le Soi et le moi. 
Et je prendrai ses trois romans, disponibles en livre de poche. Pas lus encore. 
Poésie, encore, voir, en marge droite (descendre un peu) trois listes de liens vers des sites et blogs, des éditions, des revues (papier ou en ligne).
 
MC San Juan
 
LIEN important. Hommage.
TEXTURE. Revue de poésie créée par Michel Baglin, poète dont on perd la présence et garde l’oeuvre…

26/06/2019

"Égarer la lenteur".. Incipit, excipit, titres... Parcours de livres, éds. Unicité.

Voilà une autre manière de donner à lire… 
Beaucoup de livres en lecture programmée (Marché de la Poésie…), ou lus plus ou moins récemment. Envie de noter un parcours rapide. Cette fois, je fais un tour dans un catalogue (éds. Unicité)...
INCIPIT. Premières phrases, premiers vers… Les incipit (mot invariable, mais l’usage joue avec cela…) peuvent suffire à révéler un univers, donner envie de lire plus, ou pas. 
EXCIPIT, Les excipit disent comment l’auteur a voulu la fermeture de sa parole, et cela fait sens.
Pour chaque livre… deux citations. Incipit, d’abord, excipit ensuite, puis le titre, l’auteur. S’il y a une épigraphe, je passe (cette fois…). Et pour certains livres, je reviendrai citer les exergues… Entre parenthèses je note un commentaire...
 
AIR 5 DUC.jpg    veille du solstice
dans l’ajout du brouillard
     la clarté du seigle        
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     désordre du monde
 dans la boue une limace
     esquisse son épure    
Hélène Duc, « Égarer la lenteur », 2015
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Arpenteur du silence
dire est l’écho oublié
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Il y a toujours un regard attaché à un autre regard
s’il n’est pas brisé
Éric Dubois, « Chaque pas est une séquence », 2016
AIR 9 DUBOIS .jpg(Recension faite, ici, récente. Un recueil que j’ai beaucoup aimé, pour la profondeur méditative qui rejoint un parcours d’ordre philosophique, je trouve, avec une conscience aiguë de soi, nous, dans nos fragilités conscientes et inconscientes et nos parts de lumière… Ici, trois livres mentionnés. Car je le lis depuis longtemps, de recueil en recueil, d’édition en édition. Là, mention des trois livres publiés par Unicité.)
Ma note du 28 mai 19 sur ce livre… 
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Il faudrait pouvoir dire le vent
aussi bien que l’écorce de l’arbre
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Il arrive parfois / qu’un éclair dans la nuit
soudain / s’immobilise 
tel un désir inassouvi / d’éternité
Gérard Mottet, «  Dans les plis du silence », 2019 
AIR 1.jpg(Une oeuvre où le silence est un thème de méditation dans plusieurs livres. Un ensemble de huit recueils de poésie,de 2016 à 2018 - où l’on sent que les textes sont issus d’un long parcours de conscience poétique avant la décision de les mettre « dehors », les publier, et la volonté de ne pas superposer poèmes sur poèmes. Dans une lecture récente - et passionnante il parlait de son désir de poursuivre l’écriture « sur »  la poésie, commencée par des publications de textes plus théoriques dans des revues, comme Poésie / première, notamment. Entreprise de méta-poésie nécessaire pour un auteur qui a une exigence de transmission, pas seulement de création. Et une exigence théorique. Je l’avais découvert pour avoir partagé l’espace des pages d’une revue commune, Les Cahiers du Sens. Réseaux de proximité d’axes de recherches, d’intentions éthiques et esthétiques...). 
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Les bruits du monde sont le paravent des habitudes
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Situer le monde / dans son rétrécissement 
AIR 10 DUBOIS.jpgÉric Dubois, « Langage(s) », 2017 (évoqué dans la recension de son autre recueil).
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Depuis quelque temps la vallée /des toits gris souci se refermait 
et les hiéroglyphes de pouvoir / proliféraient sans gouverneur 
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la porte de l’ouest s’ouvre au nomade / ancrage moiré point cardinal 
tempo primo
Pascal Hermouet, « Sillage », 2019 

AIR 1.jpg(En exergue, Claude Esteban, citation du livre « Le nom et la demeure ». Et cela est important. Auteur phare, je crois, pour Pascal Hermouet, et peut-être notamment celui du Partage des mots, de la réflexion sur le rapport au langage. Claude Esteban entre français et espagnol, et déchiré par ce partage comme construit par lui tout autant. Pascal Hermouet, lui, traducteur de textes de l’espagnol au français, trait qui m’intéresse, évidemment. Le recueil n’est pas un essai sur le langage, non. Poésie terrienne (entre terre et mer), voyageuse. Mais chantant les « vertus de l’errance ». Une âme nomade passe là. Et s’il ne parle pas du langage, d’autre langue, il glisse des mots d’espagnol, « sol y sombra »… Comme je le fais moi-même dans des poèmes, et, comme moi, sans les traduire - avec raison. Mais s’il ne théorise pas dans un recueil de « Partance, Traversée, Ancrage », les trois parties, il  dit quand même ceci : «  reprendre langue / c’est refaire surface ».)
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AIR 2 ERIC.jpgLa vie n’a pas de plan préétabli, de schéma directeur. La vie se charge de nous mener là où elle veut, sans qu’on y décide quelque chose. Tout est question de voix, et ça, les voix, je vais connaître, d’appels, ça aussi, de commandements internes (ou externes ?). Le fleuve cru emporte nos pessimismes, nos beautés retranchées et nos rêves essorés par un quotidien terne et sans événements majeurs ou si peu.
///
Il manque à ce récit de vrais dialogues, mais désolé, je n’ai pas pu vraiment les transcrire à partir de ma mémoire, car j’ai oublié beaucoup de choses. Il m’est arrivé bien des péripéties, dans ces années-là, que je n’ai pas évoquées, peut-être, un jour, sait-on jamais… j’en parlerai aussi… 
Éric Dubois, « L’homme qui entendait des voix », 2019 
Livre préfacé par Laurence Bouvet : « récit personnel mais pudique… qui relate ce temps des brisures de l’âme… ».
(Oui. Prose d’un souffle qui tient du début à la fin. Livre nécessaire. Une autre parole que celle de ses recueils, mais qui nous touche, me touche, car elle traite de douleurs humaines plus partagées qu’on ne le dit. Et c’est écrit avec la force de l’écriture du poète. Portée universelle.)
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Comment vivre le monde quand je ne connais que 
Toi pour réalité 
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J’invoque toute blessure
Qui semble vouloir te livrer à la nuit
Watson Charles, « Le chant des marées », 2018 
AIR 7 Charles.jpg(Lisant ce livre j’ai remarqué plusieurs choses particulières dans la structure de l’ensemble de cet univers d’eau, île, mer. C’est une lettre, en quelque sorte, avec un mystère, entre rêve et colères. Parle-t-il à la femme aimée ? Ou à la terre aimée ? Aux deux, mêlées en lui ? Parfois lui-même se dit rivière - comme hanté par l’eau qui sépare les continents. Le corps est présent, mais aussi les étoiles, le cosmos. Et la gradation, cette figure de style qu’on repère dans des textes, c’est dans le recueil entier qu’elle joue un rôle. Des éléments vont, du petit à l’immense (eau ou autre), et de l’immense au minuscule. Et l’a-t-il décidé dans l’écriture ou simplement laissé venir d’instinct, peu importe, c’est. Donc ce que le titre annonce, ce chant des marées, c’est présent dans la structure de l’ensemble. Gradation ascendante et descendante, flux et reflux, cette marée qui est chant - mais chant parfois de deuil, chant entre lumière et nuit. Il veut dire les souffrances de son île, Haïti, et ses mémoires. Même si, comme il l’écrit, «  Nos mémoires ne sont que des leurres / Livrés à la dérive des continents » Ou justement parce que c’est ainsi, et qu’il faut déconstruire les leurres.  Et s’il faut écrire « Mille pages de délires et de guerres » il le fera, c’est l’engagement du poète que de dire les vérités du réel avec ses mots : beautés et laideurs, luxuriances et misère.) 
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été indien / les reflets de la douceur / des premiers rayons 
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au bout du chemin / là où les rêves s’arrêtent / commence l’aventure… 
Patrick Fetu, « Un bout de chemin » (avec ses photographies), 2019
AIR 4 FETU.jpg(Les haïkus correspondent précisément aux photographies. Un message simple. On appelle ces créations des haïshas, quand il y a association d’une photographie et d’un haïku, et c’est un haïga quand c’est une peinture qui s’associe au texte bref. Les textes ne décrivent pas la photo, ils en esquissent une lecture, un voisinage. Les photographies n’illustrent pas les textes. (Heureusement : il n’y a rien que je déteste autant que les photographies réduites à « illustrer ».) Ici on voit du concret quotidien, la nature, surtout, mais aussi du social, la réalité de la rue. J’étais intriguée et voulais découvrir, connaissant peu l’univers des haïkus, très différent de celui des aphorismes. Une des photographies que je préfère est son autoportrait d’ombre, son « ombre frigorifiée », parce qu’elle est plus proche de mon univers photographique et de mes autres repères visuels. Et j’en retiens d’autres, minimales et géométriques, ou de nuit, pour le graphisme suggéré. Aux fleurs je préfère aussi la dure série de rue.)
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rien ne vient. / le son sec des branches mortes / sous mes pieds
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loin, si loin / du feu d’artifice / l’étoile filante
Vincent Hoarau, «  Silences », 2016 
AIR 6. Hoarau.jpg(Le titre dit bien un pluriel du silence. Celui qu’on désire - pour plus de présence à soi, et celui qui s’impose, dans la non-communication, ou quand les mots manquent pour savoir dire ou écrire. Celui de la nature, de ses murmures, et celui qu’on remarque pour entendre de légers bruits du quotidien.) 
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Arôme d’herbes / je cache sous le mimosa / lait de végétaux
C’est par là que va / mon enfance / mon vieillissement / fumé parfumé / entre cahiers endormis 
Voyageurs / moi / je marche seul dans la maison / du rêve… (poème 1969) 
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il est dangereux de ne pas regarder l’humour qui regarde
il est dangereux de ne pas regarder l’inhabituée qui regarde
il est dangereux de ne pas regarder l’inachevé qui regarde
il est dangereux de ne pas regarder l’inexistant qui regarde (poème 2019), p.529.
/// 
Tu es libre. Je suis venu avec ma Psychopoésie / pour te psycho-libérer à l’instant. / Maintenant tu peux t’envoler sans peur ni danger . / Nous sommes un.
(2019… p. 781). Plus une déclaration finale, ouvrant à la lecture plutôt que fermant le livre, pas donnée comme poème, mais écriture de poète, avec son sérieux… humour (« qui regarde »).
Pablo Poblète, « Psychopoésie » / Anthologie Totale 1969-2019, 50 ans de poésie, 2019
AIR 8 POBLETE.jpg(Livre d’un natif du Chili devenu un grand francophone « planétaire », comme le dit le titre de la collection d'Unicité.
Le fragment que j’ai posé, en premier faux et vrai excipit, est page 529 d’une somme qui compte près de 800 pages. C’est le dernier poème, noté 2019, quand les textes qui suivent sont des études, des articles, des entretiens, des réflexions, des analyses : textes essentiels mais autres. Donc ici, incipit et excipit ne le sont pas d’un recueil mais d’une vie de poésie. Et quand on sait que c’est le bilan de tant d’années d’écriture ce n’est pas du tout une lourde accumulation. (Cela je l’apprécie, car j’y vois le signe d’une exigence : l’écriture de quelqu’un qui a suivi - par choix personnel - l’injonction du poète Emmanuel Hocquard, qui disait qu’écrire c’est aussi savoir s’arrêter). J’ai été écouter Pablo Poblète lire (ou plutôt dire) ses textes, entre lecture théâtrale et improvisation. Un don pour le spectacle qui fait entendre (parfois jusqu’au cri) le sens du message. Poète que je connaissais par certains textes et par ses interventions solidaires (pour une cause ou une autre). En humaniste - comme il le dit, lui, de son éditeur François Mocaër, dans sa dédicace à ses proches, amis, soutiens).
 
MC San Juan
 
LIENS… 
SITE des éditions Unicité (poésie, haïkus, photographie, spiritualité...). Y retrouver ces livres et ces auteurs...
.....
Et, parenthèse voyageuse sur Toile… 
INCIPIT. Une liste… 
EXCIPIT. Une liste

09/06/2012

CITATIONS, parcours : haïkus…

HAIKUS.png

Voyage, un peu de lecture… Parcours d'un livre...

 


 

HAÏKU du XXè siècle, Le poème court japonais d’aujourd’hui, éd. Gallimard, 2007.

 

La gare / pierre tombale des hommes --- / tout s’embrume (Hoshinaga Fumio, né en 1933)

Les azalées flamboient ---- / tout ce qui vit / va vers la mort (Usuda Arô, 1879-1951)

Au milieu des fougères / un Bouddha / couleur d’or (Mizuhara Shûôshi, 1892-1981)

Difficile de mourir / difficile de vivre ---- / lumière de fin d’été (Mitsuhashi Takajo*1899-1972)

Bain de soleil ---- / ce lourd fardeau / qu’on appelle l’âme (Chiba Kôshi, né en 1947)

Me lavant les cheveux / je me lave / le cœur (Awano Seiho, 1899-1992)

Terre de la bombe atomique ---- / dans ces brumes d’intense chaleur / l’enfant a disparu (Ishihara Yakka, 1919-1998)

Vent d’automne ---- / les eaux sombres / du sombre pays natal (Suzuki Shin’ichi, né en 1957)

Jour anniversaire / du grand tremblement de terre ---- / tous mes livres retiennent leur souffle (Nakamura Kusatao, 1901-1983)

Reviennent / les âmes des exilés ---- / sous la forme d’oiseaux (Kadokawa Haruki, né en 1942)

Bonne Année ! / seule la télévision / me la souhaite ( Sumitaku Kenshin, 1961-1987)

Je tousse / donc je suis ---- / neige de minuit (Hino Sôjô, 1901-1956)

A soixante ans / le cœur inapaisable / je traverse la mer (Taneda Santôka, 1882-1940)

Du regard de l’homme / assassiné / nous nous effaçons aussi (Suzuki Murio, 1919-2004)

Dans le bleu Picasso / un jeune homme / qui souffre (Mitsuhashi Toshio, 1920-2001)

Seulement ce chemin / où je marche seul (Taneda Santôka, 1882-1940)

Faudra-t-il / traverser les nébuleuses / pour trouver un jardin de pierres ? (Kimura Toshio, né en 1956)

Elle cherche et trouve / les lèvres de la plaie ---- / la main de l’homme (Morita Tomoko*, née en 1938)

Il assiège  / la porte de la cuisine ---- / le cosmos (Kiyosaki Toshio, 1922-1999)

16/03/2012

Le Japon, un an après la catastrophe

CERISIERS.png

La presse mêle les articles sur l’anniversaire de la catastrophe nucléaire et les pages culturelles d’hommage au Japon, en relation avec le Salon du livre. Cela interfère évidemment : infos et littérature ou mangas, tout se croise. Et même quand les œuvres ne parlent pas de Fukushima directement, ou sont très antérieures, on lit et on évoque malgré soi d’autres sens, comme en déchiffrement d’une trame fatale, de 1945 à aujourd’hui. Ainsi, ce haïku de Kobayashi Issa, dit Issa (XIXè siècle) : « En ce monde nous marchons / sur le toit de l’enfer / et regardons les fleurs ». Ou, XXè siècle, celui-ci, de  Ishihara Yakka  : « La mort en ce printemps / doit jouer / sur les rivages du ciel ». Ou cet autre,  de Morita Tomoko : « Elle cherche et trouve / les lèvres de la plaie --- / la main de l’homme ».

Un blog francophone (mais avec des liens vers la presse japonaise anglophone) fait le point sur le drame nucléaire de Fukushima et ses conséquences, démonte les désinformations : http://fukushima.over-blog.fr/  

Articles… « Des vies brisées par un mal invisible », le Japon un an après, Le JDD, 11-03-2012 : http://www.lejdd.fr/International/Asie/Actualite/A-Fukushima-entre-destins-brises-et-vies-disloquees-493551/  (« La vie à Minamisoma ne tient plus qu’à un souffle. Celui du vent qui charrie au loin la poussière radioactive. » Le médecin qui se sacrifie, et les remarques sur les carences du pouvoir, la blogueuse qui perd ses dents, la mère qui apprend que sa fille est gravement atteinte, ceux qui survivent, et s’interrogent…)

Kenzaburô Ôé, prix Nobel de littérature 1994, lutte pour la fin du nucléaire. Le Monde des livres, entretien, 16-03-2012,  « Sommes-nous un peuple aussi facile à berner ? » : http://www.lemonde.fr/livres/article/2012/03/15/kenzaburo-oe-sommes-nous-un-peuple-aussi-facile-a-berner_1669357_3260.html  (« Car cette crise ne se réduit pas au désastre de Fukushima. Le plus désespérant pour moi est la "conspiration du silence" des compagnies d'électricité, des administrations, du gouvernement et des médias pour cacher les dangers. Depuis mars 2011 ont été dévoilés tant de mensonges - et il y en a probablement d'autres... La révélation de cette complicité des élites pour dissimuler la vérité me bouleverse. Sommes-nous un peuple aussi facile à berner ? »)

Le Japon est l’invité du Salon du livre 2012. Littérature et Culture manga...

Echo... Hiroshima, 1955, 10 ans après la bombe atomique. BD, manga, Le pays des cerisiers, de Fumiyo Kouno : http://www.actuabd.com/Le-Pays-des-cerisiers-Fumiyo-Kouno-Kana (« Évidemment, un titre vient immédiatemment à l’esprit si l’on pense à manga et à bombe atomique, celui de Gen d’Hiroshima, la série de Keiji Nakazawa actuellement en cours de publication chez Vertige Graphic. Mais là où Nakazawa s’inspirait de sa vie et de celle de sa famille pour nous faire partager l’horreur de la bombe, Fumiyo Kouno, une mangaka née en 1964 à Hiroshima même, fait œuvre de fiction. »)

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APPEL  INTERNATIONAL . Hiroshima, Tchernobyl, Fukushima : des crimes contre l’humanité. En français : http://fukushima.over-blog.fr/article-appel-international-hiroshima-tchernobyl-fukushima-des-crimes-contre-l-humanite-101458831.html  Et en anglais : http://fukushima.over-blog.fr/article-international-appeal-hiroshima-chernobyl-fukushima-crimes-against-humanity-101394506.html