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26/10/2016

Silence, on danse… Silence, on médite… et tisse.

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« La danse est une forme de foi, une espérance, disait-elle. C’est une aspiration, le besoin d’atteindre un univers, une atmosphère, un état qui vous fait progresser, la recherche d’une vérité. »

Yvette Chauviré, danseuse étoile (citée par Rosita Boisseau, Le Monde, ample article du 20-10-16 qui lui rend hommage après sa mort, le 19 octobre) http://www.lemonde.fr/culture/article/2016/10/19/mort-de-... 

Avant le 19 octobre, je voulais, depuis quelques jours, faire une note brève sur Masatake Ito, danseuse qui laisse son corps bouger en fluidité totale, osmose étrange entre elle et le vent, l’herbe. Contemplant cet instant magique de beauté absolue (ode à la vie) j’avais associé cette fusion avec les éléments à la pratique du chi qong spontané : rien de formel mais un laisser faire de l’énergie qui décide du geste. On est, regardant sa danse, devant une prière cosmique. Les mains envoient leurs spirales en ondes immenses qui rejoignent le ciel lointain, et plus, mais l’ancrage est total, pieds arrimés à la terre, plongeant leurs racines invisibles. Quand j’ai lu cette citation d’Yvette Chauviré j’ai trouvé qu’elle correspondait aussi (en partie au moins) à ce qui émane de Masatake Ito (lien vers une vidéo, en fin de note : magie d’un instant). Autre association naturelle, celle qui concerne un livre, « La danse des femmes » de Rosina-Fawzia Al-Rawi (née en Irak), où la danse (orientale) est présentée, étudiée, comparée, dans la même perspective que ce lien que je fais entre danse et pratique du chi qong avancé. Danse avec ses rituels d’initié(e)s, son mystère, voie pour faire émerger ce qui peut sourdre au-delà des blocages physiques, émotionnels, ou mentaux, et mystère de l’accès à soi. Tout un savoir est là, transmis de génération en génération. (Éd. Almora, 2011). Présentation détaillée sur une page d’Amazon (citation : « Elle détaille précisément des exercices qui ouvrent les centres d’énergies et nous permettent aussi de retrouver une harmonie intérieure. La danse concerne tout le corps et Fawzia nous montre comment ressentir chaque partie du corps pour nous ouvrir à notre espace intérieur de vie et de vibration. En reliant également la danse orientale à la mystique soufie et notamment à la danse des derviches tourneurs, Fawzia explique la dimension mystique et ésotérique de cette danse. »). Lien vers cette page (et d’autres, dont l’édition) sur cette note du blog, de 2011 « Conscience sans objet ». (J'ai remarqué aussi qu’au 25-10-16 on trouve un entretien avec Abdennour Bidar au sujet de son dernier livre, « Les Tisserands, réparer ensemble le tissu déchiré du monde » : http://consciencesansobjet.blogspot.fr/2011/11/rosina-faw... 

Le titre de cette note s’est imposé, par l’association qui s’est faite naturellement entre danse, méditation, et silence (même si la danse est souvent soutenue par la musique). Silence, aussi, de la mort. L’étoile disait que les rôles mouraient et renaissaient, recréés par une danseuse après une autre qui cessait ou disparaissait. Silence, quand on fait des pauses, comme l’explique très bien Alain Gourhant dans sa note de blog, « Pause, silence et poésie ». Silence comme espace de devenir, de ce devenir non obsédé par le futur personnel du petit « moi » mais ouvert au tissage du monde (qui a, oui, besoin d’être réparé par tous les tisserands de liens et d’art) : http://blog.psychotherapie-integrative.com/pause-silence-...

Un documentaire a été consacré à Yvette Chauviré par Dominique Delouche, « Yvette Chauviré pour l’exemple ». Extrait sur cette page : http://www.filmsdocumentaires.com/films/1184-yvette-chauv... 

Sur la page de FranceInfo l’article sur la danseuse étoile disparue est complété par deux vidéos, deux moments forts (Giselle, Le Cygne) de cette « étoile étincelante » : http://culturebox.francetvinfo.fr/scenes/la-mort-d-yvette... 

Regarder Masatake Ito. Vidéo. Le son est un peu brouillé, mais ce qui importe est la danse du corps : on peut mettre sur silence si cela gêne… (Je n’ai rien trouvé d’autre sur elle, ni article ni lien quelconque.) : https://www.youtube.com/watch?v=bgGIUQr5uTU 

10/05/2015

« Suspendus à l’indéfini »... Images, entre indéfini et défini. Fragments d’autoportrait...

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« Nous sommes tous suspendus à l’indéfini »

 

 Carolyn Carlson (elle rappelle cette phrase, fragment poétique, dans un entretien publié dans la revue Polka - interview, par Elisa Mignot, N°29/mars-avril-mai 2015).

 

« Suspendus à l’indéfini »... C’est peut-être pour cela qu’il est si difficile de passer de l’indéfini au défini... pour tenter de donner des clés, ou de faire indirectement son autoportrait, ou choisir un symbole qui nous représente.  Mais cette pensée de Carolyn Carlson va plus loin. L’indéfini, c’est la marge qui permet la création...  et c’est l’espace qui rend possible l’interprétation.

Justement, entre indéfini de la création, et indéfini de la lecture qu’on en fait, même quand c’est soi, l’hésitation peut être longue.

Sur Facebook (où je continue mon apprentissage en lenteur) la plupart des gens mettent leur visage en profil, des créations en « pages » créatives, peu de symboles. Moi qui aime les détours j’ai mis du temps à choisir les images... que j’ai fini par poser.  Fragments de bibliothèque et désordre de table ... J’ai utilisé aussi pour le blog, ici, en haut à droite, une des photographies (minuscule, car vignette pour poser des liens : écritures ou créations visuelles). Je les pose donc ici, complètes, visibles et lisibles... et même une, qui n’est restée qu’un instant (et fait partie d’une série de pluie : il pleuvait, j’ai regardé... A suivre). 

© MC San Juan (TramesNomades) / Texte et photographies

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02/05/2015

De phrase... en phrases lues, relues, danser en esprit. CITATIONS

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« Vent tissé », seuils et pas... (C’était le titre de la note du 04-12-2010. Exergues...).

Trames... Vent tissé, fils brisés, parfois. Tisser, c’est faire pont, mais c’est aussi dénouer les nœuds mensongers, dénoncer l’injuste, par le murmure ou par le cri. Cependant, toujours, revenir au silence, au poème, au regard…  Voici mon manifeste aux mots empruntés. Goût de citer, d’extraire, qui n’est séparable, pour moi, ni de la lecture, ni de l’écriture… Seuils et pas.

Je reprends, ci-dessous, plusieurs des exergues posés en 2010, au moment de la création du blog sur hautetfort... et un peu après. Et, là, cette anthologie miniature, sorte de manifeste aux mots empruntés, s’enrichit encore de quelques citations... qui me sont essentielles. Exercice : bribes notées au fil des lectures, cristal des livres, essence nourricière. Anthologie, et autoportrait... Danser en esprit... Être.

Autoportrait, peut-être, aussi, ce fragment de l’intime sur deux étagères... Lire (trames... errance / écriture... / identités traversées... / être...).

Ccccccccccccccccccccccccccccccccccccccccccccccccccccccccccccccccccccccccccccccccc

« La seconde métaphore est la trame. » 

  Jorge Luis Borges,

  Treize poèmes.

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« Notre vie est du vent tissé. »   

   Joseph Joubert,

   Pensées.   

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« Cela qui fait de nous l’humanité

Tissage et métissage »

Salah STETIE, Le Bleu de la question (ds A poèmes ouverts, Anthologie, choix de JP Siméon, éd. Points)

......

 « Je suis seuil et je suis chemin.

 Je suis pierre qui dit l'horizon.

 Je suis l'enclos des pas nomades.

 Je suis paume où se lisent les lignes de l'ailleurs. »

  Jacques Lacarrière

    A l'Orée du pays fertile

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« Trame parmi les incidents / Peut lui être augure »

Ted Berrigan

Les sonnets 

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« Il est urgent de réveiller le nomade que chacun porte en soi. »

Jean Malaurie

Ultima Thulé

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« On n'est pas originaire d'un lieu mais de plusieurs. »

Eric Faye

Somnambule dans Istanbul

(cité par Florence Bouchy, Le Monde du 29-11-2013) ......

 « Salut aux passeurs, aux errants, aux exilés. »

Jean-Claude Xuereb, Ulysse ou l’ultime épreuve

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« ... l’habité, l’inhabité. / Voué à l’errance. »

Edmond Jabès

Récit

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 « Ils construisent des murs et ils détruisent le vent. »

Jean-Marie Kerwich, poète gitan, cité par Alexandre Romanès, poète et directeur de cirque.

Nomades, nous resterons : http://www.lemonde.fr/idees/article/2011/02/26/nomades-nous-resterons-par-alexandre-romanes_1485448_3232.html )     

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« Développez votre étrangeté légitime. »

René Char

Fureur et mystère

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« errance de qui ne se lasse pas / de traverser les frontières »

Abdelwahab Meddeb

Portrait du poète en soufi

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« Sur cet îlot de l’univers / L’univers seule patrie »

Ahmed Azeggah

Arrêtez (Anthologie de la poésie algérienne, « Quand la nuit se brise », dirigée par Abdelmadjid Kaouah, Points)

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« La pensée avant d’être œuvre est trajet. »

Henri Michaux

Poteaux d’angle

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« La Nature est une Maison Hantée – mais l’Art – une Maison qui essaie de l’être. »

Emily Dickinson

Autoportrait au roitelet

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 « -- Et cela pourriez-vous le décrire? Et je répondis : -- Oui, je le peux. »

        Anna Akhmatova    

       Requiem

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« Dans de la colle durcie, Ce pas. Oh, que d'efforts Pour repousser pour rebrousser la route De l'opinion commune! » 

      Marina Tsvétaeva         Le Poème de l'air

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 « Qui dira l’intérieur d’une orange ? / Qui peut à cette clarté-là lire au-dedans des pierres précieuses ? »

Rainer Maria Rilke

Chant éloigné

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« De jour tu écris le poème / qui écrit / en toi / la nuit »

Henry Bauchau

Nous ne sommes pas séparés

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« Je reconnais ma nuit je reconnais ma cendre / Ce qu’à la fin j’ai su comment le faire entendre / Comment ce que je sais le dire de mon mieux »

Aragon

Le roman inachevé

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« Un livre ouvert c’est aussi la nuit. »

Marguerite Duras

Ecrire

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« Affirmer et garder par un poème, / ce qu’est la durée. »

Peter Handke

Poème à la durée

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« J’efface en écrivant. J’écris en effaçant. Je l’un ou l’autre, ou l’inverse. N’importe. Je cultive les passerelles. »

Lyonel Trouillot

Eloge de la contemplation/Poésie

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« Travaillant et retravaillant / les mêmes textes / jour après jour / perdant tout sens / de ‘production’ et de ‘publication’ / toute idée d’une ‘réputation’ à forger / engagé plutôt dans quelque chose / -- loin de toute littérature -- / que l’on pourrait pertinemment nommer / un yoga poétique. »

Kenneth White

La Résidence de la solitude et de la lumière / méditations pyrénéennes 1

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« Un coup de dés jamais n’abolira le hasard » (...) « C’était le nombre  issu stellaire » (...) « Rien n’aura eu lieu que le lieu » (...) « Toute Pensée émet un Coup de Dés »

Stéphane Mallarmé

Un coup de dés

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« Pour chercher le ‘duende’*, il n’existe ni carte ni ascèse. On sait seulement qu’il brûle le sang comme une pommade d’éclats de verre... » (« Le ‘duende’ opère sur le corps de la danseuse comme le vent sur le sable. »

Federico Garcia Lorca

Jeu et théorie du duende

[* el duende : (intraduisible...). La flamme de l’art, qui rend possible l’art, la poésie. Le souffle du flamenco, le feu qui jaillit de l’élan du corps, hors de toute maîtrise technique. Une magie qui opère à la frontière de la souffrance et de la joie. De l’ordre de la transe mystique ou sensuelle. Transcende tout. C’est présent ou pas, et on le sait.]

Federico Garcia Lorca

Jeu et théorie du duende

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« Il faut être toujours ivre. Tout est là : c’est l’unique question. » (...) « Enivrez-vous ; enivrez-vous sans cesse ! De vin, de poésie ou de vertu, à votre guise. »

Charles Baudelaire

Petits poèmes en prose

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« J’ai tendu des cordes de clocher à clocher ; des guirlandes de fenêtre à fenêtre ; des chaînes d’or d’étoile à étoile, et je danse. »

Arthur Rimbaud

Les Illuminations

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« Les labyrinthes érudits de Borges ont ouvert mon troisième œil en me faisant découvrir les profondeurs des sagas et des mythologies. »

Erri de Luca

La parole contraire

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 « Mon pays, / C'est toutes parts où des hommes. / Mon pays? / Toutes parts où des soleils. »

Gabriel Audisio, poème

Hommes au soleil, 1923

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« Sur cet îlot de l’univers / L’univers seule patrie »

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« Seul un esprit socratique d'indulgence envers les autres et de rigueur envers nous-mêmes peut constituer une réelle menace pour une civilisation fondée sur le meurtre. »       

Albert Camus      

Conférence, 1946, Columbia University, USA. NRF, janvier 1996, n° 516.

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« Si l'homme nouveau n'invente pas un vocabulaire à la mesure de sa conscience / Que s'écroule l'homme nouveau. » Jean Sénac Citoyens de beauté 

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« On se croit libre de vivre sa vie d’être humain et d’écrivain, ne se reconnaissant d’autres obligations que celles que vous dicte votre conscience d’être humain ordinaire, semblable — et singulier pourtant — à des milliards d’autres êtres humains.

Et on se retrouve face à une foultitude d’individus et d’institutions qui ne rêvent que de vous inclure de gré ou de force dans une division du monde en troupeaux ethniques, évidemment hiérarchisés les uns par rapport aux autres. » 

Anouar Benmalek

De la malédiction d’être arabe

et de quelques moyens, pour un écrivain arabe, d’y échapper

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 « Vivre ailleurs que là a changé pour moi le sens du mot vivre. »

Marie Cardinal

Au pays de mes racines

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 « Qu’avons-nous appris ? A vivre sans sombrer dans la haine. »

René-Jean Clot

Une Patrie de Sel

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« Les paysages sont comme les livres : ils nous ouvrent à la vie mais leur sens change selon l’âge et les circonstances. (…) Et, matrice de notre mémoire, ils nous constituent à jamais. C’est en eux que s’élaborent, jour après jour, notre sensibilité et notre métaphysique du monde. »

Jean Pélégri

Ma mère, l’Algérie

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« Un honnête homme, un homme de cœur, ne saurait se taire ni se boucher les oreilles. »

Mouloud Feraoun

Journal 1955-1962

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« Jamais l'Obscur en soi ne fut si parfait / car toutes les haines emmêlées / à la liasse des remords / ont saccagé les derniers relents de la lumière »

Umar Timol

(Source : africultures.com / Rubrique POESIE)

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« Oui, j’essaierai d’être. Car je crois que c’est orgueil de n’être pas. »

Antonio Porchia

Voix

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« Je suis l’analogue de ce qui est. »

Paul Valéry

Ego scriptor

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« As-tu déjà regardé l’ombre de tes larmes ? Ce n’est pas une ombre ordinaire, ça n’a rien à voir. C’est une ombre venue exprès pour nos cœurs d’un autre monde lointain. »

Haruki Murakami

Chroniques de l’oiseau à ressort

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« Prends et lis! Prends et lis! »

Augustin (de Thagaste, 654-430)

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« le monde est un tissu d’épiphanies / toute chose visible porte en elle / les traces de l’Invisible »

Abdelwahab Meddeb, Portrait du poète en soufi (Belin)

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« Indemne, qui le prétend ? / Mais d’où survient le lien, la ligature du moment ? »

 Jean-Marie Blas de Roblès, Hautes lassitudes (Dumerchez)

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« L’Orient n’a jamais commis l’erreur de verser dans la poésie individuelle ; tout ce qui a une valeur dans la poésie orientale traite de l’universel. »  Antonin Artaud, Préface (élogieuse) au recueil de Roger Gilbert-Lecomte, La Vie l’Amour la Mort le Vide et le Vent  (Poésie/Gallimard)

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« Je ne reconnaîtrai jamais le droit d’écrire ou de peindre qu’à des voyants » Roger Gilbert-Lecomte (à propos de Sima), Puisque peinture il y a... / Œuvres complètes (Gallimard)

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« Nous ne voulons pas écrire, nous nous laissons écrire. » Roger Gilbert-Lecomte, Avant-propos au premier numéro du Grand Jeu (Poésie/Gallimard et Oeuvres complètes, Gallimard) 

17/12/2013

« Quand j’ai lu Albert Camus »… Abd Al Malik…

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Merci, Abd Al Malik…

Hier soir j’ai assisté à l’hommage rendu à Camus par un lecteur intense… Abd Al Malik. Triomphe. Les spectateurs présents ont senti, compris, l’authenticité de la démarche, le lien entre cet homme jeune, pur produit de notre réalité contemporaine, qu’il transcende dans la création, dans l’écriture, et l’auteur magnifique où il se reconnaît. Il révèle comment, lui, il est concerné, comment, lui, il a été transformé par une lecture. Le choc, les points communs (misère, soleil, exigence entre souffrance, désespoir, et espoir, refus, amour, mère aimée, omniprésente, père absent, trou béant du manque, et, je crois, aussi, la double identité : partage et richesse, déchirement et tension vers un absolu).

Il répète cette phrase en litanie « Quand j’ai lu Albert Camus », puis « Après avoir lu Albert Camus ». Lecture et vécu se croisent, dans une marche sur un fil ténu, où tout pourrait basculer… Et si cette rencontre ne s’était faite, où serais-je, semble-t-il dire. Figure paternelle et message d’éthique et de force. Ou comment vivre, donner du sens, comment s’échapper du risque de mourir, quand des jeunes autour de soi meurent et que tout risquait de nous entraîner encore et encore dans les mêmes dérives mortelles.

Il parle, dit-il, à partir de sa « parcelle d’humanité » (bien grande… !), de ce refus des injustices, refus de la misère quand les autres n’en sortent pas, de la mort (on guillotine encore, rappelle-t-il, dans une longue lettre qu’il adresse à Camus, lui qui lutta contre la peine de mort, pour l’abolition). On guillotine de plusieurs façons, aussi : en abandonnant, en niant, en discriminant. 

Il cite Camus, et Jacques Martial lit Camus.

Ecran. Le visage d’Albert Camus, présence forte.

Ecran. Ombre d’un corps qui danse, magnifiquement.

Musiciens. Soutiennent la voix, sont une voix.

La Méditerranée (et Gibraltar. Alger en passant par Oujda…).

Scène. Danseurs de hip hop qui expriment la même chose, qui font écho à ce qui crie. Gestes purs, souplesse extrême : corps qui se tordent, comme enchaînés, et se libèrent, mais comme s’ils se déchiraient.  

Camus, cité par Abd Al Malik, lu par Jacques Martial, parlait de cette fausse communication où la méchanceté veut se faire passer pour de l’intelligence. Entendant cela, je repensais à une critique négative de ce spectacle, lue je ne sais plus où. On reprochait au rappeur poète de trop centrer sur lui cet hommage, comme prisonnier de son ego, et on disait être gêné par la présence des danseurs de hip hop, comme si cela ne pouvait correspondre à une parole sur un auteur comme Camus. Pourquoi donc ?  Au contraire, l’hommage tire sa force de ce rapport à soi. (Je fais le lien avec le documentaire de Joël Calmettes,  « Vivre avec Camus ». Des jeunes aussi y parlent de leur expérience, et c’est bouleversant : notamment ces jeunes qui en Algérie ont trouvé le lien avec le natif frère d’âme). Ce n’est pas piège de l’ego, mais traduction vitale : l’intellect n’est pas absent, mais l’émotion passe par le corps, c’est tripal. Les mains d’Abd Al Malik en disent autant que les mots. Et le hip hop, moi j’aime ça. J’y vois un art qui défait les armures de souffrance, qui libère corps et cœurs. Corps et cœurs qui savent des douleurs et des joies (des joies parce que des douleurs…). Car « Il n’y a pas d’amour de vivre sans désespoir de vivre » répète inlassablement Abd Al Malik, avec la voix et les mains. Les applaudissements qui accueillent cet hommage sont aussi, forcément, adhésion à l'œuvre et à l'éthique de Camus. Cela corrige Sartre et autres faiseurs d'ombre... Abd Al Malik voudrait réconcilier Sartre et Camus (il le dit à un moment : espoir de paix entre les idées, mais certaines idées sont antinomiques...). Et rien ne peut effacer les paroles de  Sartre, son appel au meurtre, l'éloge de la violence (préface célèbre...).Un auteur mort ne peut revenir sur ses mots. Ce qui peut être apaisé c'est le rapport entre les vivants, capables de faire l'effort du pardon, et capables de cet effort paradoxal de la rencontre entre mémoire et oubli : devoir de mémoire, témoignages, mais effacement de ce qui excède, par le retour au présent... Non, on ne peut se réconcilier avec le choix du terrorisme, on ne peut que le refuser... C'est Kamel Daoud qui a raison sur ce point. En Algérie, en 1962, nous n'avons pas eu un Mandela, a-t-il écrit ( http://www.djazairess.com/fr/lqo/5191330 )... Mais, maintenant, nous pouvons tous tenter la même démarche : voir en l'autre une humanité pareille, se mettre à sa place... 

Juliette Greco fut sur scène un instant.

Amnesty international proposait, dehors, à l’étage, de signer les appels d'actions en cours.

Et en sortant on pouvait se procurer des livres ou disques. Celui tiré du spectacle (L’art et la révolte), avec quelques textes, et une note de remerciement à Catherine Camus, qui encouragea l’entreprise. Le dernier livre d’Abd Al Malik n’était plus disponible là (il est en librairie) : « L’Islam au secours de la République ». (C'est toute la démarche de paix d'Abd Al Malik, en musulman proche du soufisme, soufi, même : il veut faire passer un message positif, montrer qu'il y a une autre voie en islam, et que cette voie peut coïncider avec les valeurs et réalités de la République).  

SITE officiel d'Ab Al Malikhttp://www.abdalmalik.fr/   

14/12/2012

THEÂTRE. « Algérie, Quels mots sur nos silences », CCA/Paris, déc. 2012

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Théâtre...

 

 

 

 

Voilà une oeuvre de partage. Liens entre créateurs reliant Algérie, France, Tunisie. Liens entre techniques formelles différentes. Thématique qui est au centre des problématiques actuelles... Quand les mots s'opposent (ou ne s'opposent pas) au silence des refoulements ou des censures (autocensures aussi) qui empêchent d'aller vers la lucidité, qui limitent ou interdisent la parole  Quand s'installent les ressassements producteurs de haine et de colère si le corps ne dit pas ce que les gestes et la danse savent. La culture est une réponse, contre la stérilité d'un mauvais silence. (Le silence de la sagesse sereine, c'est autre chose..).

Présentation, sur le SITE du Centre culturel algérien : http://bit.ly/26qelb5

Deux compagnies : Nawel Oulad et Theôrêma, en co-réalisation avec le Théâtre de l’Etoile du Nord de Tunis. Danse et mots.

« Travail sur l’amnésie, sur le vide, dialogue entre mots et corps, lutte invisible entre la mémoire et le temps présent, réveil des absents, obstacles aux souvenirs. »

Chorégraphie et interprétation : Nawel Oulad
Texte et interprétation : Olivier Schneider
Mise en scène : Sonia Zarg Ayouna

Nawel Oulad : http://www.naweloulad.com/

Theôrêma : http://theorema.free.fr/

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...A LIRE...

Le MOT du DIRECTEUR du CCA, Yasmina KHADRA. (Sur le rôle de la culture, sur celui d'un centre culturel comme le CCA). Créer des PONTS. Que l’intelligence et les valeurs reconnues et maintenues soient le REMPART contre l’intolérance, la violence, l’injustice. ( Source : site du CCA).

CITATIONS :: « La culture est un territoire de partage ; un havre de réconciliation avec ce que nous avons de plus profond et qui nous singularise parmi les espèces peuplant notre planète : notre authenticité et notre générosité. Elle est cet héritage qui revient à chacun d’entre nous, qui devrait nous rassembler autour d’un espoir commun, d’un rêve collectif, d’un élan fraternel et beau. Elle est cette source splendide dans laquelle s’abreuvent nos émotions les plus saines, notre empathie et notre besoin de faire partie intégrante de l’aventure humaine dans ce qu’elle a de plus exaltant, voire de plus festif. » (…) « Notre revue « Kalila » s’inscrit dans cette volonté de nous ouvrir les uns aux autres, de dépoussiérer les ponts censés nous rapprocher dans un monde souvent intolérant et injuste, sourd à l’appel des cœurs et de l’esprit , volubile lorsqu’il s’agit de vilipender, diaboliser , chahuter les initiatives louables, devenues presque suspectes maintenant que les raccourcis et les hostilités insensées sont devenues monnaie courante. Cependant, dans cette incohérence tumultueuse, tandis que la méfiance et le rejet sont en voie de dépasser l’entendement, l’intelligence malmenée tient bon, accrochée désespérément aux valeurs essentielles et aux espoirs défigurés par les colères et la méconnaissance ; elle tient bon parce que consciente du cataclysme qui menacerait notre avenir si elle venait à lâcher prise. Elle demeurera, aujourd’hui plus qu’avant, et demain davantage, le dernier rempart qui nous protège de nous-mêmes, du tort que nous incarnons après avoir échoué à incarner les mythes que nous n’avons pas su faire vivre en nous. »