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15/07/2018

FOOT. Olivier GUEZ, Albert CAMUS, et moi... UNE "PAUSE MÉTAPHYSIQUE" ?

 GUEZ.jpgJ'ai toujours considéré le football comme une pause métaphysique. À l'échelle d'une nation, c'est extraordinaire et, à mes yeux, largement suffisant."

       Olivier GUEZ    (écrivain, dont je recopie ci-dessous un fragment de chronique)

CAMUS.jpgVraiment le peu de morale que je sais, je l’ai appris sur les terrains de football et les scènes de théâtre qui resteront mes vraies universités.

                Albert CAMUS

  (« Pourquoi je fais du théâtre », 1959)

« Maintenant encore, les matchs du dimanche, dans un stade plein à craquer et le théâtre, que j’ai aimé avec une passion sans égale, sont les seuls endroits au monde où je me sente innocent. »

            Albert CAMUS  (La Chute)

Albert Camus et le foot... http://toutelaculture.com/livres/albert-camus-et-le-foot-... 

et... Camus, ce footeur devenu écrivain... http://lefooteur.com/2013/01/14/camus-ce-footeur-devenu-e...

 

Coupe du Monde… Ce que j'en pense ? 

Oui, la répression continue en Russie (il suffit, pour le savoir, de consulter le dossier 'Russie' sur les sites de RSF et d'autres associations des droits humains, et de lire la presse - mais pas RT ou Sputnik...). Oui, Poutine utilise la Coupe du Monde en stratège habile, et d'autres gouvernants peuvent s'en saisir (avec perversité, ou pas du tout). Et, oui, le triste anniversaire de la tragédie de Nice met une ombre sur ces jours. Alors justement... LUMIÈRE... !!! (Et nous agirons aussi en signant des pétitions pour soutenir le cinéaste ukrainien prisonnier, en grève de la faim : en diffusant des informations, et en participant aux actions proposées par des associations... La joie collective aide la solidarité, ne l'entrave en rien).

Car cet événement, il me semble, n'est pas récupérable : il s'y joue autre chose, si des peuples aiment ce sport et ont leurs raisons pour cela. (Non, l'argument "le pain et les jeux", qui réduit l'univers des gens à une manipulation qu'ils acceptent, cela n'explique pas l'essentiel et c'est assez méprisant.) 

Même quand, comme moi, on n'y connaît strictement rien (regardant très rarement des matchs), on peut aimer la gestuelle qui est comme une chorégraphie (c'était vrai pour Zidane et ça le devient pour d'autres), on peut admirer l'habileté époustouflante et la grande maîtrise de certains. On peut voir dans une équipe une métaphore de la société, du collectif. Et quand des personnalités surnagent, par leur comportement, leur charisme, cela aide à penser autrement l'humain (l'enthousiasme de beaucoup de jeunes doit sans doute beaucoup à cela : s'identifier à du "possible" dans les réalisations des êtres, à travers quelques visages qui les séduisent). Une équipe qui nous ressemble, par sa diversité assumée et heureuse. Différents, et très Français. 

En plus on assiste à un phénomène pédagogique assez remarquable (ou comment un sélectionneur crée une dynamique collective et révèle des personnalités). 

Albert CAMUS aimait le foot, et ce qu'il a dit à ce sujet parle autant de lui que du foot, ce sport populaire (or lui était d'un milieu populaire, justement) : "Vraiment le peu de morale que je sais, je l’ai appris sur les terrains de football et les scènes de théâtre qui resteront mes vraies universités." (citation déjà en exergue...).

La fébrilité des groupes de spectateurs qui suivaient la demi-finale, et la fièvre dans les cafés (les cris pour les buts...) et dans les rues, c'est de la vie, une dynamique particulière que seule provoque aussi la musique dans les foules de concerts. Pas de l'hystérie, du partage. Ce soir il faut être dans les cafés... 

Albert CAMUS, donc, pour le foot.

Mais aussi Olivier GUEZ, qui a écrit une belle chronique dans Le Monde daté du 13 juillet. J'en retiens un passage (dont j'ai tiré un exergue) : "Il y a une autre chose que révèle le parcours russe des Bleus : l'immense besoin de communier des Français, ensemble, après les drames de 2015 et 2016 et malgré nos divisions, politiques, économiques et religieuses. J'ai toujours considéré le football comme une pause métaphysique. À l'échelle d'une nation, c'est extraordinaire et, à mes yeux, largement suffisant."

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PS : après le triomphe des Bleus. Joie de voir gagner cette équipe si sympathique et ce sélectionneur remarquable…

25/07/2014

FOOT. Retour sur le Mondial…

 

FOOT.jpgPourquoi vouloir faire une note sur le foot (alors que ce n’est pas un de mes centres d’intérêt (sauf quand je regardais la chorégraphie sacrée de Zidane…), que je ne suis jamais un match en entier, et que, tous ces jours, mes lectures de la presse et mes réflexions sont principalement liées à l'actualité... Parce que j’ai été attentive, quand même, à tout ce qui tournait autour de cet événement international, ce qu’il révélait, ce qu’il inspirait, et le sens qu’il avait pour des gens passionnés.

D’abord, en premier plan tout au début, la réalité sociale du Brésil, les colères populaires mettant en question l’argent dépensé pour cette fête mondiale dans un contexte de manque, l’écho que cela renvoyait des scandales de la préparation du Mondial futur au Qatar (exploitation esclavagiste, morts d’ouvriers, et statut de ce pays : argent, idéologie, politique et complicités plus que problématiques…). Voir l'article "Carton rouge" pour le Brésil 2014, sur ccfd-terre solidaire : http://bit.ly/UzCXgu 

Puis, petit à petit, en zappant sur les chaînes d’info, des bribes d’images et du sens qui se mettait en place, malgré tout, avec ces foules criant ou chantant ensemble (comme dans une messe inventée…). Une équipe des Bleus différente de ce qui précéda catastrophiquement, un enthousiasme de supporters qui traduisait l’envie de joie et de partage… Expérience (télévisuelle y compris) qui donne l’occasion de s’intéresser à des pays proches ou étrangers à travers le regard porté sur leurs sportifs, et d’observer, chez d’autres et en moi, la capacité de se sentir d’identité plurielle, au-delà de ces histoires de drapeaux...

Et que tant de personnes, d’esprits, aient le regard fixé en même temps sur un même lieu, tous ces gens qui regardaient des matchs, ou, comme moi, en grappillaient quelques bribes, c’était, je crois, un événement de conscience, un partage planétaire qui doit avoir du sens. Du jeu, simplement du jeu (même si l’argent y joue un rôle excessif…). Que des joies collectives soient si fortes alors que, en même temps, des conflits terribles continuent, le terrorisme, des drames, c’est paradoxal. Mais n’a-t-on pas besoin de se défaire de l’émotionnel négatif pour créer en marge, de temps en temps au moins, de l’émotionnel positif, collectivement ?

L’aspect idéologique m’a particulièrement intéressée. Faits interprétés, projections pour se complaire dans des rejets et cultiver la haine. Sans essayer de comprendre. Alors que d’autres donnent des clés pour percevoir au plus juste…

LECTURES...

(Une critique féroce du spectacle foot, dans un livre policier – un thriller - assez remarquable, par la langue et la culture de l’auteur, brillant observateur du monde actuel.  Ce n’est qu’un passage unique sur ce thème, dans cet ouvrage de près de 800 pages lu avec grand plaisir). Citation : « Il aperçut du vert sur l’écran et de minuscules silhouettes vêtues de bleu qui couraient dans tous les sens. Compte tenu de l’heure, il devait s’agir d’une rediffusion. Il soupira en songeant que des pays entiers étaient su le point de s’écrouler ; les quatre cavaliers de l’Apocalypse avaient pour noms finance, politique, religion et épuisement des ressources, et ils cravachaient ferme – mais la fourmilière continuait de danser sur le volcan et se passionner pour des choses aussi insignifiantes que le football. Servaz se dit que le jour où le monde finirait dans un déchaînement de catastrophes climatiques, d’effondrements boursiers, de massacres et d’émeutes, il y aurait des types assez cons pour marquer des buts et d’autres encore plus cons pour se rendre au stade et les encourager. » Bernard MINIER, « Le Cercle », p.103, Pocket 2013, XO Eds 2012.

On peut voir là une vision sans doute un peu élitiste, mais c’est un personnage qui parle… Et l'aspect dérisoire de passions supposées "inutiles" est mis en évidence. On peut opposer à cela une autre vision, celle d'un partage collectif qui dépasse le jeu de loin.

Car le foot, pour d’autres, ce peut être le lieu d’un apprentissage, d’une école de vie. Ce fut ainsi pour Albert CAMUS, qui écrivit ce qu’il devait au sport, au foot. Lire cette page fort intéressante (avec une citation de Camus sur la formation morale que lui donna le foot)... toutelaculture.com : http://bit.ly/1ookU9b  (« S'il ne deviendra jamais un grand gardien, Camus restera toute sa vie passionné de ce sport : quand avec l'argent du prix Nobel, il s'offre une propriété à Lourmarin dans le Lubéron, loin du tumulte dramatique algérois ou parisien, il occupe ses dimanches à traîner sur le bord du terrain en regardant les enfants du club local s'entraîner ou matcher contre le village voisin. Il ira même jusqu'à les sponsoriser et payer leur maillot. »)  Et celle-ci, qui reprend des citations, celle sur le sport en troisième paragraphe, où la place du foot est dominante, L’Express : http://bit.ly/WRoiPn

Une chronique intéressante dans Le Monde, 2010. Une citation de Camus  (l'éthique du sport) pour introduire une critique féroce : non du sport mais du système pourri par l’argent et l’arrogance de certains : http://bit.ly/1rRWzsm

En 2012, une autre chronique, du Courrier international, faisait l’éloge du football amateur, en l’opposant à l’univers professionnel : http://bit.ly/1pU8bZE