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29/02/2016

"Un trait de khôl au bord des yeux"... Ou la trace sensible de la mémoire.

KHÔL.jpgLivre dont la dédicace est double, adressée à sa mère, qui est centrale dans le livre, et à ses enfants, pour le devoir de transmission de la mémoire. 

L’auteur, Laurence Fontaine Kerbellec, est née d’un métissage entre exil pied-noir et ancrage normand. Elle, de cet exil et de cette culture dont vient sa mère, elle a reçu ce qui passe par les mots, les silences, le signe des douleurs, mais aussi par les minuscules choses qui traduisent des appartenances, des héritages. Elle a baigné, le sachant parfois et parfois le sachant moins, dans un espace nourri d’Oranie espagnole. Nourri, car la nourriture, la cuisine, cela est part importante de ce qui se transmet : le goût de recettes métissées, de certaines épices, de certaines couleurs, dans les plats (et des plats). Mais nourri aussi d’un reste d’accent, de parfums peut-être, de mots traversant les langues. De la tristesse, car l’exil est souffrance (et ce qui précéda l’exil autant que ce qui le suivit, ce fut souffrance), mais aussi une présence autre du corps, et du corps féminin. 

D’où ce titre, si bien choisi, qui dit tant de choses… "Un trait de khôl au bord des yeux" Car le khôl, venu de l’esthétique du Maghreb, est comme une empreinte. On marque son regard d’étrangeté, on lui fait signer sa part d’orient. Au bord des yeux, comme on est au bord des larmes. Regard ici, regard ailleurs (« là-bas »). Le khôl marque une frontière qu’inconsciemment on trace pour dire son statut d’exilée. (En tout cas ce fut un sens possible, qui s’est perdu ensuite, avec l’emprunt de ce signe par d’autres, loin, elles, d’avoir à dire le traumatisme d’une traversée non choisie, ou d’un héritage de mémoire à interroger, écrire, transmettre.)

En exergue, Maupassant, pour dire, à travers lui, quelque chose de l’amour d’un enfant pour sa mère : « On aime sa mère presque sans le savoir, sans le sentir, car cela est naturel comme de vivre. »

L’écriture est dans le sillage de cet amour : « Je veux tout savoir sur l’enfance et la jeunesse de ma mère ». Avec aussi l’attrait de ce qui diffère d’elle. La mère, fille du soleil, la fille qui en a aussi le goût mais sait vivre avec le froid normand…

Mais ce qui motive aussi ce désir d’écrire pour mieux connaître cette mère, c’est le besoin de se comprendre mieux soi-même : « Quand nos origines ne nous sont pas toutes dévoilées ou du moins dans le détail, on est en recherche de soi. C’est important de savoir d’où on vient pour mieux comprendre où on va et pourquoi on va dans cette direction. »

Ce livre intéressera ceux qui ont des racines identiques, car ils y trouveront un écho ou des repères. Mais il peut aussi concerner quiconque a le goût d’autrui, justement quand les vécus sont tout à fait autres. Comment les mémoires ancestrales font leur chemin dans les consciences, comment on trouve son identité à partir du croisement d’identités aux marques différentes, comment on entre dans le souvenir de joies et de douleurs, intimement, et comment cela se tisse avec les questionnements de l’histoire et de l’actualité, que ce soit formulé ou pas.

Il est diffusé aussi en e-book : https://www.publibook.com/un-trait-de-khol-au-bord-des-ye...

……….. « Un trait de khôl au bord des yeux » est destiné aux adultes, mais la présentation sur Ricochet le conseille aussi à partir de 13 ans (à juste titre) : http://www.ricochet-jeunes.org/livres/livre/46618-un-trai...

Et c’est vrai que ce travail sur la mémoire passe bien dans cette littérature, car (on le voit aux notes sur les ouvrages que je mentionne ci-dessous) le fait que les livres soient destinés à un public jeune fait que les auteurs qui choisissent ce public (ou qui peuvent être lus aussi par ce public jeune) ont un regard qui tente de rendre à tous les protagonistes de leurs histoires leur humanité, sans polémiques inutiles, sans ostracisme. Et quand les personnages sont des enfants on voit mal comment on leur ferait porter le poids des responsabilités historiques, même quand l’auteur est extérieur à leur univers. Quand les auteurs parlent de leur propre mémoire, personnelle ou familiale, en s’adressant à des enfants ou à des jeunes, ils font un travail sur eux-mêmes, pour que le témoignage ne soit pas trop chargé de douleur ou de désespoir (ce qui serait traumatisant pour les lecteurs jeunes), mais en conservant la charge d’émotion. Et ce faisant ils opèrent une réparation, une guérison psychologique, contagieuse pour le lecteur (et c'est pourquoi ils devraient être lus aussi, ces livres, par les adultes). De plus, faisant entrer dans l’univers d’enfants ou d’adolescents dans l’Histoire, souvent, ils combattent les clichés et l’ostracisme dont ont tant souffert les exilés… 

...... Lectures complémentaires…...

ALGÉRIE, guerre d’Algérie. Livres JEUNESSE (et pouvant être lus par des adultes…) 

Douleurs d’exil.  « Le livre d’Étoile », et « Le Voyage de Mémé », de Gil Ben Aych, né à Tlemcen http://www.lacauselitteraire.fr/gil-ben-aych-de-tlemcen-a... 

Plusieurs ouvrages de Gil Ben Aych, sur la mémoire, l’exil, la culture : http://www.ecoledesloisirs.fr/auteur/gil-ben-aych 

Un livre de lui, aux éds Exils : http://www.editions-exils.fr/auteurs/gil-ben-aych 

Article sur l’enseignement de la philosophie, Le Parisien (et mention d’un ouvrage paru chez L’Harmattan, en 2006, « Du bonheur d’enseigner la philosophie » : http://www.leparisien.fr/val-de-marne/gil-ben-aych-un-pro... 

« Oran 62, la rupture », de Pierre Davy (auteur de récits historiques pour la jeunesse), né en France, mais ancien appelé en Algérie, d’où ce livre. BioBibliographie : http://www.histoiredenlire.com/auteurs/pierre-davy.php 

Présentation du livre, sur Ricochethttp://www.ricochet-jeunes.org/livres/livre/4485-oran-62-... 

« Quand ils avaient mon âge. Alger 1954-1962 », de Gilles Bonotaux et Hélène Lasserre, éd. Autrement Jeunesse : http://www.histoiredenlire.com/20e-siecle/avaient-age-alg...  et (brève note sur Ricochet) http://www.ricochet-jeunes.org/livres/livre/12485-quand-i...  

Le site du couple d’auteurs (nés en France, aussi, et traitant de sujets divers avec humanisme) http://bonotauxlasserre.monsite-orange.fr/index.html

De Jean-Paul Nozière. « Le Ville de Marseille ». Départ d’Algérie d’une famille : http://www.ricochet-jeunes.org/critiques/livre/35375-le-v...

Guy Jimenes, auteur de livres pour la jeunesse né à Oran (ne traite pas surtout de l’Algérie - sauf le livre sur Abd-El-Kader, mais de questions qui relèvent d’une sensibilité aux malheurs liés à l’Histoire : la douleur des hommes dans les conflits, le rejet, l’exclusion). 

Bio : http://www.guyjimenes.net/bio.php 

Bibliographie : http://www.guyjimenes.net/bibliodispo.php

Entretienhttp://www.ricochet-jeunes.org/entretiens/entretien/13-gu...

... BIBLIOGRAPHIE thématique, ALGÉRIE, guerre d’Algérie. Livres JEUNESSE, sélection de Ricochet... http://www.ricochet-jeunes.org/themes/theme/58-algerie

...Voir aussi, mémoire, Algérie… note, BD, un album et une bibliographie : http://tramesnomades.hautetfort.com/archive/2015/04/30/pe... 

Commentaires

Bonjour !
Merci pour ce bel article, tout en finesse, très plaisant à lire et qui permet de redécouvrir cet ouvrage !
Belle interprétation du titre. Les autres lectures proposées sont également particulièrement intéressantes, merci des conseils !
Seul regret... Le lien vers l'ouvrage ne fonctionne pas (plus, les sites ont beaucoup changé ces derniers temps).
https://www.publibook.com/un-trait-de-khol-au-bord-des-yeux.html/

Écrit par : Publibook | 15/06/2016

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