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06/01/2016

Jacques Derrida, la philosophie contre la peine de mort. Séminaire...

DERRIDA.gif« Derrida déclarait à Elisabeth Roudinesco que "tant qu’on n’aura pas déconstruit (…) le discours (…) qui prétend justifier la peine de mort de façon principielle, sans référence à la moindre utilité, on s’en tiendra à un discours abolitionniste précaire, limité, conditionné par les données empiriques, et, par essence, provisoire’’ » Jacques Derrida a donc élaboré, au cours de son séminaire, cette déconstruction systématique d’un discours philosophique favorable à la peine de mort, celui de Kant, pour développer une philosophie abolitionniste (Kant dont Derrida dit que sa pensée de la justice pénale se fonde sur une "morale sacrificielle" : c’est cette "pulsion sacrificielle" qu’il faut donc interroger). 

La chronique de Hicham-Stéphane Afeissa sur Non Fiction donne des clés très intéressantes pour comprendre cette démarche. 

Car c’est vrai que les arguments qu’on utilise contre la peine de mort (et cependant à juste titre) tiennent compte de la logique sociale (inefficacité, prouvée par des études statistiques, contre le crime) et de la morale (ne pas se faire meurtrier du meurtrier pour refuser le crime, ou ne pas déléguer à d’autres le geste de tuer, en assumant cependant le choix donc le crime : chaîne infinie). 

Mais cela reste une morale pensée sans avoir conscience de la dimension sacrificielle, que Jacques Derrida réintroduit dans son analyse.

Aspect très intéressant de la pensée de Derrida, aussi, c’est le lien fait avec notre rapport aux animaux ("Je pense la même chose pour le rapport aux animaux : derrière toutes les problématiques qui sont des alibis au sujet de notre consommation et de notre tuerie des animaux, il y a, au-delà de toutes les prétendues nécessités sur les protéines, etc., il y a une pulsion sacrificielle. (…) Il faut penser ce que signifie ‘sacrifice’ pour approcher aussi bien la question de l’animal que la question de la peine de mort, des deux côtés »).    

Je vois cette oeuvre abolitionniste comme un prolongement de l’écriture et de la lutte d’Albert Camus (et, plus loin dans le temps, de Victor Hugo). Camus et Derrida, deux natifs d’Algérie engagés (chacun à sa manière, chacun avec son langage) contre cette barbarie toujours si présente dans le monde. Cela peut nous aider, au-delà des pétitions et diverses actions contre les exécutions, l’engagement peut être plus fort s’il s’appuie sur des pensées fortes. 

C’est bien nécessaire quand on vient d’apprendre les 47 exécutions en Arabie saoudite, qu’on craint, dans ce pays, pour le poète palestinien et pour le jeune neveu d’un des dissidents assassinés. Quand on doit signer une pétition pour tenter de sauver trois jeunes condamnés en Iran (pays qui exécute encore plus que l’Arabie saoudite…). Même si de plus en plus de pays deviennent abolitionnistes nombreux sont ceux qui ne le sont pas encore (comme les USA, la Chine, etc.).

LIENS :

De Jacques Derrida… Volume 2, Séminaire, La peine de mort (2000-2001), éd. Galilée. Note sur Non fictionhttp://www.nonfiction.fr/article-7875-la_folie_de_la_rais... 

BioBiblio sur wikipedia : https://fr.wikipedia.org/wiki/Jacques_Derrida 

Sur une biographie de Jacques Derrida (celle de Benoît Peeters, éd. Flammarion). Présentation de l'éditeur: http://www.derrida.ws/index.php?option=com_content&ta...  

Et..., échos...

Réflexions sur la guillotine, Albert Camus : http://www.etudes-camusiennes.fr/wordpress/tag/reflexionx... 

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Le dernier jour d’un condamné, Victor Hugo  https://fr.wikipedia.org/wiki/Le_Dernier_Jour_d%27un_condamnéjacques derrida,derrida,séminaire,albert camus,camus,kant,peine de mort,abolition,victor hugo,hicham-stéphane afeissa,non fiction,essais,livres,philosophie,sacrifice,morale,société,idées,animaux,exécutions,arabie saoudite,iran,u.s.a.,chine

20/10/2015

Barzakh, intermonde et océan… Mohammed Dib et Jeff Foster… L’écriture et la vague...

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« Qu’est-il arrivé à cette part du Monde ; à ses jours, à ses nuits ? Serait-elle tombée dans un entre-deux où chaque composante du temps ne sait dire que son contraire ? (…) N’est-ce pas le barzakh, s’il pouvait exister et s’il faut y vivre ? » 

Mohammed Dib, Neiges de marbre.

Citation en exergue sur  le site de Barzakh éditions... http://www.editions-barzakh.com

Note sur le livre, librairie Ombres blanches : http://bit.ly/1NlToUL )

Barzakh (citation de Mohamed Dib...), peut se comprendre de multiples façons. Dans l’ouvrage, «  Neiges de marbre », c’est la perte, le deuil qui fait s’interroger sur le « barzakh », mot qu’on traduit par la notion d' « intermonde », cet espace entre la vie physique et un monde où seraient les âmes après la mort. Séparation, barrière, écran, espace… Mais aussi, dans la trame du livre de Mohammed Dib, la part d’ombre des êtres, des marges de la folie. On peut voir, dans le barzakh, simplement la métaphore du mystère de cet entre-deux qu’est le temps de la mort (nous étions, corps présent, ancré, heureux ou souffrant, et nous ne sommes plus, nous entrons dans la mémoire et dans l’oubli des autres). On peut y lire aussi le symbole du trouble entre savoir et ne rien savoir, croire et ne pas croire. Mais chez le poète on peut aller encore plus loin, autoriser toutes les lectures, en faire une méditation sur la part d’ombre de notre monde, enfermé dans ses barrières, ses masques et ses haines.

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« La vague regarde l’océan et demande : ''Pourquoi tant de vagues si tout est l’océan?’' » / « Bien sûr, il n’y a jamais eu de vague séparée. Ainsi les questions se dissolvent et la réponse devient absolument apparente. » 

Jeff Foster, « Une absence extraordinaire », p.142, éd. Almora   http://www.almora.fr/telechargement/jeff-foster/383-une-a...

Et, autre citation, la vague, encore (métaphore qu’il utilise dans ces passages de deux livres, pour tenter de traduire ce que peut être l'expérience de la non-dualité, dans l’esprit de quelqu’un qui vit une ouverture de conscience qui métamorphose le sens de l’identité personnelle, la perception de l’altérité supposée d’autrui)...  

« D’un certain point de vue, une vague peut sembler éloignée d’une autre au milieu de l’océan, mais du point de vue de l’océan, dans la mesure où chaque vague est l’océan lui-même, le concept de distance ou son absence, perd son sens. » (…) « Toutes les vagues dans l’océan que je suis sont par essence ce que je suis même si en apparence certaines sont à des milliers de kilomètres les unes des autres. » 

Jeff Foster, « L’acceptation profonde », p.90, éd. Almora   http://www.almora.fr/telechargement/jeff-foster/382-l-acc...  

N’est-ce pas cela que nous tentons de rejoindre quand, comme les Israéliens et Palestiniens qui dialoguent et refusent la haine, parents qui partagent ensemble leur souffrance d’endeuillés, nous voyons en l’autre le même? 

Difficile, devant certains faits de l’actualité quotidienne, ici et ailleurs, partout, devant la noirceur et la brutalité de crimes, de voir en l’autre le même, bien sûr… Mais pourtant, si nous savons être en train de vivre dans un monde dont nous sommes aussi les co-créateurs, que devient la pensée de la vague? 

23/01/2015

« Pourquoi tant de haine ? », dossier, Le Un

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« Ce n’est pas vrai qu’un mort / Soit comme un vague empire / Plein d’ordres et de bruit. (...) – Mais c’est vrai que des morts / Font sur terre un silence / Plus fort que le sommeil. »

 Souvenir

Guillevic      (recueil « Exécutoire »). Poème choisi par Louis Chevaillier, rubrique « La voix du poète », Le Un  

En exergue du numéro, Camus (parlant des Possédés). CITATION : « Pour moi Dostoïevski est d’abord l’écrivain qui, bien avant Nietzsche, a su discerner le nihilisme contemporain, le définir, prédire ses suites monstrueuses, et tenter d’indiquer les voies du salut. Son sujet principal est ce qu’il appelle lui-même ‘’l’esprit profond, l’esprit de négation et de mort’’, l’esprit qui, revendiquant la liberté illimitée du ‘’tout est permis’’, débouche dans la destruction de tout ou dans la servitude de tous. » (Témoins, automne 1957-1958).

Après les attentats, tenter de penser les racines des drames, et les perspectives offertes à ceux qui ne veulent pas rester impuissants et n’attendent pas tout (mais beaucoup cependant) des pouvoirs de l’Etat. Editorial : « Après le deuil vient le temps de la réflexion. ». Suite en Une... 

Différents points de vue (et, justement, différents : la complexité de cette réalité terrifiante est saisie, et le lecteur peut réfléchir en sortant des excès compassionnels – du seul compassionnel – et échapper aux injonctions politico-morales qui forcent à penser dans un sens, pris au piège, parfois, de clichés désolants. Là, non,  rien de tel : des avis qui se confrontent, mais sans polémique, entrant tellement dans la recherche de ce qui, racines complexes des faits, échappe d’abord au regard de l’émotion. Mots clés de la thématique :  fanatisme, djihadisme, islam, Coran, laïcité... "Pourquoi en sommes-nous là?"

Les contributeurs : Edgar Morin, Leïla Slimani, Michel Onfray, Dominique Schnapper, Metin Arditi, Olivier Roy, Mayanthi Fernando, Tahar Ben Jelloun. Noter, aussi, la rubrique "Repères", qui, en dessins, fait l'historique de l'insertion des jeunes dans les quartiers (par Manon Paulic/Jochen Gerner).

Sur le site certains articles sont lisibles. Ainsi : « Un islam sans racines ni culture », par Olivier Roy, http://le1hebdo.fr/numero/40/un-islam-sans-racines-ni-culture-651.html

Et « Une armée de plumes », par Leïla Slimani : http://le1hebdo.fr/numero/40/une-arme-de-plumes-642.html

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CITATIONS :

"Aux essayistes, comme aux écrivains, va bientôt revenir la tâche de prendre de la distance. De faire quelques pas en arrière pour apprécier ce qui se passe." (...) "La littérature est plus que jamais nécessaire. Elle ramène de la complexité et de l'ambiguïté dans un monde qui les rejette." Leïla Slimani, écrivain, "Une armée de plumes".

"Les humiliations subies ne s'oublient pas. Elles se transmettent de génération en génération. La marginalité sociale et le chômage endémique n'expliquent pas tout. La démocratie 'extrême' ne favorise pas l'intégration des populations marginales ou fragiles. Elle cultive une relativité des valeurs qui constitue un choc pour les héritiers des cultures traditionnelles." (...) "Il faut lutter contre l'antisémitisme, même sous ses formes sophistiquées d'antisionisme (...)." / "Il faut lutter pour que cesse la lente communautarisation de la société française. Trop souvent les politiques ont alimenté l'idée de 'communautés' au sein de la société française et fait apparaître les juifs et les musulmans comme étrangers à la nation, tandis que se développait la confusion entre juif et Israélien." Dominique Schnapper, sociologue, "Les ressorts de la haine".

"IL Y A UN TEMPS POUR TOUT". "Un temps pour dire (...) qu'une terre éclairée doit savoir vivre avec celui qu'elle a a fait venir pour vider ses poubelles." (...) "Il y a un temps pour dire que former des imams français qui souscrivent aux valeurs de la France ne serait pas la pire des idées."/"Un temps pour rappeler ces mots : Il ne faut jamais blesser les hommes, disait Machiavel. Il faut les caresser ou les occire, car un homme blessé est un animal dangereux." (...) "Un temps pour rappeler à François Hollande, qui parle d'unité, que ce mot dit l'unicité, qu'il est le contraire de la pluralité. Que c'est un mot d'exclusion. C'est d'union qu'il faut parler. D'union, qui désigne une entente entre plusieurs. Ce qui est tout autre chose. Et c'est le cœur du problème." Metin Arditi, écrivain, "To be or not to be Charlie"

"Dehors, droite et gauche confondues, la France a bombardé les populations musulmanes (...) sous prétexte de lutter contre le terrorisme." (...) "La plupart des intellectuels (...)"... 'je songe au terrible rôle de BHL..." (...)  "Comment ces guerres répétées contre les musulmans partout sur la planète depuis presque un quart de siècle ne pouvaient-elles pas faire de la France une cible? Ce qu'elle est devenue aujourd'hui. Islamophobe au-dehors, la France est islamophobe au-dedans." (...) Que n'avons-nous aujourd'hui, à gauche, un Chevènement capable, au-dehors, de mener une politique proarabe qui ne soit pas anti-israélienne et, au-dedans, de conduire une politique clairement laïque qui ne laisse aucun pion se positionner dans une stratégie antirépublicaine sur l'échiquier français." Michel Onfray, philosophe, "Le balai de l'apprenti sorcier"

"Les rejetés rejettent ceux qui les rejettent. Une partie de ces jeunes se sentent non pas Français, mais privés de patrie." (...) "Pour les jeunes d'ascendance maghrébine, le poids de la colonisation qu'ont subie leurs ascendants n'a pas disparu." (...) "Une grande majorité d'Arabo-musulmans souffrent de toutes les humiliations subies par le monde arabe. Ils voient dans les guerres américaines en Afghanistan et en Irak des interventions impérialistes contre des nations arabes." (...) "L'Occident dénonce avec horreur le terrorisme aveugle qui tue civils, femmes et enfants, sans se soucier que dans le monde arabo-musulman, on dénonce avec horreur les bombardements aveugles qui tuent civils, femmes et enfants, les assassinats ciblés par drones ou autres." (...) "Ainsi la guerre du Moyen-Orient est entrée en France le 7 janvier 2015." (...) "L'IMPUISSANCE." (...) "La coalition inclut l'Arabie saoudite, dont le régime est proche de celui que rêve d'instaurer Daech." (...) "L'AVEUGLEMENT. L'interventionnisme occidental accentue la décomposition des nations du Moyen-Orient qu'il a en grande partie provoquée." (...) "L'ILLUSION. L'objectif des Occidentaux au Moyen-Orient est la restauration des Etats-nations déjà décomposés. Alors qu'il existe un seul et vrai but de guerre à opposer au califat de Daech, c'est la confédération du Moyen-Orient, à l'image amplifiée d'un Liban, qui respecterait l'autonomie et la liberté des ethnies et des religions diverses qui y sont implantées, dont le christianisme" (...) "Sauf redressement et changement de voie, tout s'aggravera, y compris en France." (...) "... L'espoir serait que, de cette société civile qui s'est réveillée, puisse naître en dehors des partis une confédération d'associations." (...) "Mais malheureusement l'anti-islamisme profite maintenant du raz-de-marée de dimanche, l'orientant pour isoler, culpabiliser, dégrader les populations musulmanes. De plus une incompréhension réciproque s'est installée dans les esprits : les uns, laïcs, ne peuvent admettre une limitation de nature religieuse à la liberté, quand les autres ne peuvent accepter une atteinte à ce que leur religion a de plus sacré. / "La réponse n'est pas dans les polémiques lapidaires. Elle est dans l'introduction au cœur de la culture française, et d'abord à l'école, d'une culture historique." (...) "Il faut également rappeler que le 'terrorisme' n'est pas une invention islamique en Europe." (...) "La re-pensée, la ré-éducation sont beaucoup plus nécessaires que les proclamations antiracistes. / S'impose à nous une grande, lourde, mais nécessaire tâche de régénération de la pensée, qui comporte nécessairement une regénération de la pensée politique." Edgar Morin, philosophe, "Essayons de comprendre..."

"Terroristes ou djihadistes, ils se construisent un statut de héros, de guerriers (...) ils se mettent en scène (...) ne préparent ni leur fuite ni des lendemains qui chantent, et meurent en direct à la une des journaux télévisés, dans un bref spasme de toute-puissance." (...) "En ce sens ils sont bien le produit d'une culture nihiliste et individualiste de la violence que l'on retrouve dans d'autres secteurs de la jeunesse (...)."Il y a beaucoup de rebelles en quête d'une cause, mais la cause qu'ils peuvent choisir n'est évidemment pas neutre." (...) "On pourrait enfin se demander si la 'laïcité' ne fabrique pas à son tour un sacré qui échapperait à la liberté d'expression." (...) Ce religieux (...) est reconstruit à partir d'une déculturation profonde des nouvelles générations. Le salafisme, qui en est l'expression la plus pure, rejette toutes les cultures à commencer par la culture musulmane et sa propore histoire. (...) " L'Arabie saoudite... (...) La Mecque aujourd'hui, c'est Las Vegas plus la charia." (...) "Historiquement, l'islam comme le christianisme se sont 'enculturés', aujourd'hui religion et culture se séparent. La question est donc non pas de 'réformer' l'islam, mais de 'culturer' l'islam en l'insérant dans la société française. En mettant en avant une conception de la laïcité qui exclurait le religieux de l'espace public, on contribue à 'fanatiser' le religieux." Olivier Roy, politologue, spécialiste de l'islam politique, "Un islam sans racines ni culture".

"Les musulmans sont donc placés dans une situation impossible : ils doivent désavouer une appartenance communautaire à laquelle ils sont pourtant constamment réduits." Mayanthi Fernando, anthropologue, "Le fardeau de la représentation".

"Deux visions du monde vont s'affronter à travers la lecture du Coran. La première est portée par des théologiens appartenant au courant mutazilite, des rationalistes lisant le texte de manière symbolique et métaphorique." (...) "... Face à eux des traditionalistes pour qui le Coran est non seulement incréé, mais doit être lu de manière littérale sans aucune distance ni interprétation." (...) '... Victoire de l'obscurité sur la lumière, du rigorisme sur l'intelligence." (...) "La défaite de la raison est aussi celle de l'humanisme qu'on trouve dans le Coran." Tahar Ben Jelloun, écrivain, "Lire le Coran".

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Des lectures sont suggérées, au fil des articles ou dans la note "Pour aller plus loin". Dont l'ouvrage d'Abdelwahab Meddeb, "La Maladie de l'islam", 2202, éd. du Seuil, ou "Généalogie de l'islamisme" d'Olivier Roy, Pluriel, 2011.

 

11/01/2015

MARCHER CONTRE LA TERREUR

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Le dire en quelques citations...

« Ils ont tiré sur des clowns. / Ils ont tiré sur l’humour. / Ils ont tiré sur des poètes. / Ils ont tiré sur la beauté. / (...) Ils ont tiré sur des Juifs. / Ils ont tiré sur la fraternité. /Ils ont tiré au nom de l’islam. / Ils ont tiré sur l’islam. / (...) ... mais aucune balle ne peut tuer la lumière. »

 Caroline Fourest, Le Monde, 11/12-01-2015

(Oui. Mais, si on prend le temps du lent silence, en soi, un peu à l’écart de ce qui se veut analyse politique et idéologique et de l’émotionnel de peine et de colère – un peu à l’écart seulement car cela demeure présent -  ces « ils », qui sont-ils pour tous les « je » que nous sommes ? Eux qui « ont tué » et ont choisi de se faire tuer, volontairement en affrontant, ajoutant leur mort aux morts, qui sont-ils ? C’est-à-dire de quelle écume du réel produit par la masse de nos « nous » émergent-ils ? Que faudra-t-il faire pour que cessent les chaînes mortifères de haine, de racisme, de fascisme ? Quelles failles faudra-t-il interroger ? Complexité des causalités, ici et ailleurs... Comment penser les actes impensables sans tomber dans la haine en miroir des haines.... Et comment penser les êtres qui commettent ces actes impensables... Comment ne pas laisser gagner le terrorisme qui veut nous entraîner dans ses dérives mortifères, et nous transformer aussi en porteurs de mort - en actes ou en mots... puisque les mots tuent aussi, préparant les gestes qu'ils justifient par avance, ou créant dans les esprits la place du possible de l'horreur.)

« Je rêve que 2015 nous délivre de la peur. De l’alerte, de l’alarme (...). « Peur du voisin, peur du lointain. Peur de la vie, peur de la mort. En plus de la peur de la guerre, la guerre des peurs. Et pour finir, la peur de la peur. (...) «... Je décrète : 2015, même pas peur ! »

Irène Frain, Le Un, 07-01-2015

« ... Rêvons que chacun, sur cette terre, autant qu’il en aura le temps, dans la portion de cette année qu’il lui sera donné de vivre, puisse et ose s’arracher à la routine, à la servitude, pour se tenir debout face aux barbaries, pour les faire reculer d’un sourire, pour réaliser au moins en partie ce qu’il porte d’unique en lui... »

Jacques Attali, Le Un, 07-01-2015 

(C’est bien « barbaries », qu’il écrit, pas « barbares ». Barbarie du terrorisme, des terrorismes, violence aveugle, constructions aberrantes de pensées justifiant l’horreur absolue, l’assassinat sans affect, les actes monstrueux. Criminels aux doubles visages, où les voisins ou familiers ne reconnaissent pas les meurtriers brutaux que révèlent les médias. Comment bascule-t-on ainsi ? Question que pose sans cesse Latifa Ibn Ziaten, elle dont le fils fut tué par Mohamed Merah, elle qui rencontra des jeunes du quartier de Merah et qui, effarée par leur ignorance et leur discours, décida de vouer sa vie au dialogue avec ces êtres capables d’être un jour d’autres semeurs de terreur, et pour cela, pour la prévention, créa une association au nom de ce fils aimé, Imad : http://association-imad.fr/ )

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« Lorsque tu es dans la solitude ou l’obscurité, j’aimerais tellement pouvoir te montrer la stupéfiante lumière de ton être profond. »

Hafiz. Exergue, cité par Jeff Foster, dans son livre « L’acceptation profonde », éd. Almora : http://www.almora.fr/livre/jeff-foster/335-l-acceptation-... 

« Et sans aucune raison, / Je commence à sautiller comme un enfant. / Et sans aucune raison je deviens une feuille / Qui est emportée si haut / J’embrasse la bouche du soleil / Et fonds. « 

Hafiz. Exergue, cité par Jeff Foster, dans son livre « Une absence extraordinaire », éd. Almora : http://www.almora.fr/livre/jeff-foster/338-une-absence-ex... 

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« En état de choc les Français se rassemblent », Le Parisien, 08-01-2015 : http://www.leparisien.fr/informations/en-etat-de-choc-les-francais-se-rassemblent-08-01-2015-4427749.php

« Libres, debout, ensemble », éditorial, Le Monde, 09-01-2015 : http://www.lemonde.fr/attaque-contre-charlie-hebdo/article/2015/01/08/libres-debout-ensemble_4551628_4550668.html [« C’est la meilleure réponse que nous puissions adresser aux auteurs de cet acte de guerre contre la France et les Français. Nous le devons aux victimes, nos amis. »]

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Mise à jour, 12-01-15. Extraordinaire réussite de cette marche : près de 2 millions à Paris (compte difficile tant la foule était nombreuse), près de 4 millions pour le pays... Evénement historique, communion fraternelle magnifique......  

10/12/2014

« Les drones ont-ils une âme ? ». Dossier, « Le un »

UN   UN.pngLa presse... une passion de lecture. Certaines publications sortent du lot... Dont celle-ci : le un...  « Le un ». Hebdomadaire. Un seul sujet d'actualité, une page (dépliable...), des questionnements, des informations, des avis divers, un poème, des suggestions de lecture (aller vers un livre ou plusieurs sur le sujet...). 

Le un, site : http://le1hebdo.fr/ 

Numéro 36, 10-12-2014. « Les drones ont-ils une âme ? ».Titre entre ironie et question souterraine (qu’on retrouve traitée dans le dossier)... Quand « on » déclenche de loin cette arme qui tue, qui est ce « on » qui décide, que voit-il ? La main qui appuie pour le geste décisif est-elle un instrument ou un sujet (avec, au bout, une conscience, une victime de syndrome traumatique possible ensuite, d'ailleurs) ? De qui dépend la décision ? Que voit-on de ce qu’on cible ? Et quelle pensée de la guerre se construit-il là (ou se déconstruit-il) avec cette utilisation d’arme, cet objet de haute technologie? Maîtrise du ciel voulue par les pays, objectif d'une lutte contre le terrorisme, notamment, cibles déterminées... Ethique? Mais sur terre, en bas, qu'en est-il des 4443 morts? Tous de dangereux criminels? Et que penser des survols de centrales nucléaires (le sujet est esquissé, le risque posé)?.. Citation : "Ma grand-mère et moi aimions le ciel bleu, mais maintenant je ne l'aime plus. Maintenant, je préfère le ciel gris parce que les drones ne peuvent pas voler quand le ciel est nuageux" (Zubair, 13 ans, pakistanais, dont la grand-mère est morte, tuée par un drone...).

 « Rien de grave rien de réel », fiction d’Alexis Jenni : http://le1hebdo.fr/numero/36/rien-de-grave-rien-de-rel-583.html

Les différents sujets traités : http://le1hebdo.fr/les-numeros.html

 

15/04/2013

Le premier homme, Camus. Du livre au film

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Le premier homme, d’Albert Camus…  Le livre commence ainsi : « Au-dessus de la carriole qui roulait sur une route caillouteuse, de gros et épais nuages filaient vers l’est dans le crépuscule. ». De ce livre j’aime tout, les pages solaires qui donnent le parfum de la terre, les lignes sombres des souffrances, les bribes de textes des  annexes en fin de volume, fragments lucides qui font penser aux carnets. A lire et relire. Le film de Gianni Amelio traduit la vérité de l’écrivain, son exigence et son désespoir-espoir d’humaniste. Du livre, je retiens aussi la « patience » de la mère, la pauvreté présente comme réalité et comme concept, la « tristesse africaine » du père disparu, la mémoire des exils, et je reprends un passage en fin de volume : « Il faudrait vivre en spectateur de sa propre vie. Pour y ajouter le rêve qui l’achèverait. Mais on vit et les autres rêvent votre vie. » Que le film donne envie de revenir au livre, et qu’il humanise le regard sur les êtres et les communautés du pays de Camus, quand l’idéologie ferme encore trop souvent le cœur.

Première. Synopsis, bandes-annonces, critiques : http://www.premiere.fr/film/Le-Premier-Homme-2330943

Sur Nord-cinéma. Citation : « Il s'agit donc d'une chronique et l'adaptation cinématographique du "Premier homme", qui n'était absolument pas une évidence, est une parfaite réussite. Les plans sont magnifiques, le montage est fluide entre passé et présent et, au bout du compte, on comprend parfaitement toute la difficulté de la position humaniste de Camus, qui se sentait et se disait algérien et qui, à tout prix, voulait tenir le discours de la raison et de l'intelligence contre le discours radical des passions exacerbées. Evidemment, dans le contexte, ce discours n'était pas tenable et, hué par l'extrême-droite en même temps que condamné pour trahison et pusillanimité par la gauche et l'extrême-gauche anticolonialistes, on comprend que Camus ait été totalement ravagé par le drame algérien. Le grand mérite du film est d'expliquer tout cela, tout en faisant œuvre cinématographique, et on ne peut qu'inciter le public à aller voir cette très belle réalisation. » 

J'apprécie particulièrement la page du blog Armenian Trends/Mes Arménies. J’en note le début et la fin. Citations : « L’on sait l’importance des thèmes de l’exil, de l’enfance et de la violence sociale à l’œuvre chez Gianni Amelio. Un parcours qui ne pouvait que croiser celui d’un Albert Camus, marqué à jamais par la disparition d’un père, qu’il ne connaîtra pas, un foyer quasi matriarcal, où la survie dicte une morale exigeante, une terre où deux communautés vont se trouver contraintes à l’affrontement et la radicalisation. » (…) « Il était, nous rappelle-t-on, un temple à Corinthe, dédié à la Nécessité et à la Violence. Il est aussi des geôles plus obscures encore que celles de la vengeance et de la haine. Il est encore une voie que peu osent explorer. Par delà les enfermements, les ignorances, les oublis. Si les morts sont toujours trop nombreux, à chacun des vivants de se saisir de sa part de lumière, de conscience libre. De générosité vraie. » (Conclusion à méditer…). Texte intégral à lire là : http://armeniantrends.blogspot.fr/2013/04/gianni-amelio-albert-camus-le-premier.html

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Document, vidéo :

Michel Onfray devant la maison d'Albert Camus à Alger. Entendre ce qu'il dit : http://www.youtube.com/watch?v=_cTenUAIB3U

28/11/2012

« L’appel de l’intelligence », lectures et réflexion…

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Mode d’emploi, festival, LYON. Les mots, les idées, l’intelligence... mobilisée... 

Présentation...

http://www.villagillet.net/portail/mode-demploi/presentat...

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En exergue à cette note qui donne lecture d’une parole sur l’intelligence (évoquant la complexité), et en écho à la rencontre introductive du festival Mode d’Emploi (dont on peut lire les interventions sur le courage) s’imposent deux citations d’Henri Michaux…

« Etant multiple, compliqué, complexe, et d’ailleurs fuyant – si tu te montres simple, tu seras un tricheur, un menteur. » (p 28)

« Lâche, tu as du courage. Mais où l’as-tu ? Tu ne le sais pas. / Il est là comme étranger à toi, tu n’as pas idée comment le mettre en fonctionnement. Sois donc plus chercheur, il est là, sot que tu es, endormi à cause de ton incurie, de ton incuriosité et parce que devant de nouveaux commencements tu te dérobes. Trouve-le donc. Trop bête de le laisser puisqu’il est en toi, en attente. Mais ne va pas le prendre là où il n’est pas, où en toi il ne tiendra jamais; il t’en cuirait. Tu n’en sortirais pas vivant. Ça ne plaisante pas, de ce côté. » (p.36)

Henri MICHAUX, Poteaux d’angle (Poésie/Gallimard).

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En conclusion de ma propre réflexion (précédée par des citations de Guy Walter), je mets une citation de Boualem SANSAL, fragment d’une réponse tiré d'un entretien avec  Arezki Metref, paru dans Le Matin en janvier 2012 (Histoire, identité, singularité d'une parole qui dérange). ………………………………………………………………………………...................................................................................... 

« Je pense que la complexité est un bien public. »

« Penser vraiment est toujours une mise en danger. »

« La pensée est toujours agonistique, le conflit d'idées est porteur d'énergie. »

« Je crois profondément en l'appel de l'intelligence. Je pense que tout le monde y répond. »

« Il y a un Eros de la pensée, un plaisir inouï à écouter des gens se parler. » (…) «… Cela crée une jubilation incroyable. »

Guy WALTER (répondant à Aude Lancelin : entretien, « L’appel de l’intelligence », Marianne, 17-11-12)

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Ces citations sont tirées d’un long entretien paru dans Marianne. Les passages dont elles sont extraites sont notés après le lien, ci-dessous. Les paragraphes éclairent un peu la pensée, l’article intégral (lisible sur le site) permet d’aller plus loin dans la compréhension de la démarche intellectuelle de Guy Walter, directeur de la Villa Gillet (Lyon) et organisateur de projets ambitieux. Comme ce Festival Mode d’emploi, où il propose au public d’entrer dans la « jubilation », et la profondeur, de la parole réellement dialogique (du 20 nov. au 02 déc. 2012). Exigence, complexité (accepter de prendre le temps d’entrer dans la nuance, le détail, les contradictions ou paradoxes, les questionnements). Prise de risque : secouer les pensées conformes, les paresses et les rejets partisans (quand si souvent on pense entre soi, du même au même, dans les certitudes installées). Mouvement vers l’autre dans la tension, mais pas dans l’anathème… Oser l’intelligence. (Avoir le courage d’oser l’intelligence ? Voir aussi, ci-dessous, la rencontre inaugurale de Mode d'emploi sur ce thème).

 « Guy Walter : l’appel de l’intelligence », Marianne, numéro du 17 au 23 novembre 2012, introduction et entretien, par Aude Lancelin :   http://www.marianne.net/Guy-Walter-l-appel-de-l-intelligence_a224371.html (CITATIONS (réponses de Guy Walter) : « (...) …Les philosophes ne sont plus invités à la télévision aux heures de grande écoute ou dans les radios généralistes. Pourquoi ? On prétend que ça va être trop compliqué, qu'il faut s'adapter à la capacité d'écoute des gens. C'est inouï. J'ai un credo qui me guide dans ce que je fais : je pense que la complexité est un bien public. Mon travail, ce n'est pas de rendre les choses plus simples, mais de les rendre plus complexes justement. Je suis absolument convaincu qu'il y a une ruse idéologique qui consiste à aliéner l'appétit d'intelligence, qui est pourtant évident chez tout le monde. Au fond, personne ne veut prendre le risque de faire entendre ces paroles-là, là où elles pourraient l'être. Il est vrai aussi que trop peu de médiateurs culturels et de journalistes prennent le risque de réfléchir vraiment à leur propre travail. Penser vraiment est toujours une mise en danger. » /// (…) «… (…) Préparant le programme de Mode d'emploi. Un grand nom de la sociologie a refusé catégoriquement de dialoguer avec quelque libéral que ce soit. Et j'ai essuyé d'autres refus du même genre. Pour moi, c'est une faute morale. La pensée est toujours agonistique, le conflit d'idées est porteur d'énergie, c'est ainsi, il faut l'accepter. » /// (...) « Je crois vraiment au plaisir de la pensée et à la force des assemblées. Il y a un Eros de la pensée, un plaisir inouï à écouter des gens se parler. Je garde, à cet égard, un souvenir ébloui du dialogue que nous avions organisé entre le théoricien de l'art Carlo Ginzburg et Paul Holdengräber, l'intervieweur de la New York Public Library. A la fin, le public les a ovationnés debout. Ginzburg a une telle générosité que, soudain, le public a eu le sentiment de pénétrer dans le labyrinthe de sa pensée. Evidemment, cela crée une jubilation incroyable. » /// (…)  « Je suis un mixte assez improbable : j'aime l'aristocratie de l'esprit, mais je suis un dandy démocrate. Je crois profondément en l'appel de l'intelligence. Je pense que tout le monde y répond. »)

Mode d’emploi (Festival des idées, organisé par Guy Walter). Programme et objectif : « Prendre le temps des questions, accepter la confrontation, imaginer des solutions : trouver le Mode d’emploi ». Participent des chercheurs, des écrivains, penseurs, artistes, et des citoyens : http://www.villagillet.net/fileadmin/Contenus_site/Tickets/Actualites/PROGRAMME_MODE_D__EMPLOI_light.pdf 

Le 15 novembre, une rencontre introductive interrogeait le courage (« Le courage : actualité d’une vertu ») : http://www.villagillet.net/portail/mode-demploi/details/article/le-courage-actualite-dune-vertu/  (« Rester ferme devant le danger, résister à l’oppression, affronter la souffrance ou la peur, surmonter la fatigue ou la paresse, trouver la force d’être soi-même... Toutes ces choses en nécessitent une autre : le courage. Désigné comme « première des qualités humaines car elle garantit toutes les autres » par Aristote, le courage est presque toujours perçu positivement. C’est lui qui permet de faire le saut, de se lancer, de commencer. Lui qui permet, chez Jankélévitch de réaliser les autres vertus : « Sincérité, justice ou modestie, elles commencent toutes par ce seuil de la décision inaugurale. » / Mais le courage n’est-il pas une valeur plus ambiguë que cela ? Est-il réservé aux héros ? Est-il nécessairement utilisé au service de la morale ? Le fanatique, le kamikaze, le terroriste, ne font-ils pas eux aussi preuve de courage ? Peut-on dire, avec Voltaire, qu’il n’est pas une vertu, mais « une qualité commune aux scélérats et aux grands hommes » ? ») 

Sur le site villagillet.net, les textes des intervenants sont disponibles : Kwame Anthony Appiah  (USA. Travaux sur le cosmopolitisme, l’ethnicité et l’identité/Le Code d’honneur), Caroline Fourest  (ProChoix/ Laïcité, Droits de l’homme/ Courage),  Pierre Zaoui  (Philosophie. Recherches sur Spinoza et Deleuze).……………………………………………………………………………………………………………………………………………

En tant que citoyen(ne)s nous sommes constamment devant ce choix de l’acceptation de la complexité, qui, pour être vécue dans la pensée, demande du temps, de la présence, une lutte contre les fatigues de la paresse, des questionnements permanents, beaucoup de lecture, beaucoup de doute, de patience (avec soi-même…). Complexité qui exige un travail intérieur - regard  sur le regard qu’on porte sur les êtres, les choses  et les faits; qui exige du silence, des périodes de retrait et d’autres de parole, d’écriture. Mais quand la complexité opère, l’autre choix à faire est celui du courage, car aucun dogme ne pourra nous récupérer (et en cela d’autres verront facilement dogme inverse au leur…). Courage qui est évident quand la pensée s’affirme contre des oppressions dans des contextes dictatoriaux, ou quand il faut lutter contre les extrémismes – y compris ceux qui s’expriment dans les marges (ou les failles) de nos démocraties. Mais courage, aussi, quand la pensée crée un espace de désaccord dans un lieu de partage, par refus de toute globalité simplificatrice. De cet espace il faut protéger les frontières, contre les autres et contre soi-même, contre la tentation du refuge dans l’appartenance. Nous sommes enrichis par (et à la fois empêtrés dans) des réseaux de liens, intimes et plus lointains. Nous sommes faits singuliers,  d’une communauté humaine, forcément (un corps né quelque part, nommé, un esprit nourri de croyances ou d’incroyances). Mais nous sommes aussi faits multiples, par le hasard des rencontres, du métier, des goûts, du lieu de vie, et même des voyages (immobiles ou errants) : nos diverses communautés humaines. Déchirés, si l’espace de liberté est douleur de la séparation, s’il se mêle à la peur de « déranger ». Paisibles, au contraire, s’il n’est que la conscience de la cohérence intérieure, d’une force qui sait que penser ne peut se faire sans déranger : d’abord soi-même.

« Le premier réflexe de toute communauté est de rejeter celui qui vient lui dire des choses qui la dérangent dans ses certitudes ou dans son sommeil. » (« Boualem Sansal : “L’histoire de l’Algérie a toujours été écrite par les autres“ », entretien avec Arezki Metref, Le Matin, 19-01-2012, lematindz.net :  http://www.lematindz.net/news/7072-boualem-sansal-lhistoire-de-lalgerie-a-toujours-ete-ecrite-par-les-autres.html  )

23/01/2012

Les Identités meurtrières, d’Amin Maalouf. INCIPIT

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« Depuis que l’ai quitté le Liban en 1976 pour m’installer en France, que de fois m’a-t-on demandé, avec les meilleures intentions du monde, si je me sentais ‘’plutôt français’’ ou ‘’plutôt libanais’’. Je réponds invariablement : ‘’L’un et l’autre !’’. (…) Ce qui fait que je suis moi-même et pas un autre, c’est que je suis ainsi à la lisière de deux pays, de deux ou trois langues, de plusieurs traditions culturelles. C’est précisément cela qui définit mon identité. Serais-je plus authentique si je m’amputais d’une partie de moi-même ? (…) « Moitié français, donc, et moitié libanais ? Pas du tout ! L’identité ne se compartimente pas, elle ne se répartit ni par moitiés, ni par tiers, ni par plages cloisonnées.»

Dans cet ouvrage Amin Maalouf rejette cette idée dangereuse qui serait celle d’une identité unique comme essence de notre être, alors que notre réalité est complexe, plurielle, et cette complexité unique pour chaque être. Dangereuse conception, dit-il (et il le démontre avec des exemples précis) que ce qui « réduit l’identité entière à une seule appartenance, proclamée avec rage ». Car « C’est ainsi que l’on ‘’fabrique ‘’ des massacreurs ». Oui, l’identité peut être un piège, quand l’appartenance enferme dans de fausses fidélités, que l’enfermement vienne des ‘’siens’’ (engagements communautaires, sociaux ou idéologiques) ou du regard des ‘’autres’’ (projections, rejets, fantasmes). Alors que les siens sont aussi ‘’autres’’ et que les autres sont aussi ‘’nôtres’’.

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Fiche wikipedia sur le LIVRE : http://fr.wikipedia.org/wiki/Les_Identit%C3%A9s_meurtri%C3%A8res

Page éditeur, éd. Grassethttp://www.grasset.fr/les-identites-meurtrieres-978224654... 

Livre de poche : http://www.livredepoche.com/les-identites-meurtrieres-ami...

21/01/2012

Boualem Sansal. Entretien avec Arezki Metref (le Soir d’Algérie) : citations

« Le premier réflexe de toute communauté est de rejeter celui qui vient lui dire des choses qui la dérangent dans ses certitudes ou dans son sommeil. »

 (Réponse de Boualem Sansal à la question d’Arezki Metref sur « la collision de son œuvre avec le dogme », et l’hostilité de ceux qui en sont les gardiens.)

Mais voici une autre citation,  qui donne son titre à la page : « L’Histoire de l’Algérie a toujours été, depuis l’Antiquité, écrite par les autres, les Romains, les Byzantins, les Vandales, les Arabes, les Turcs, les Espagnols, les Français, et tous nous ont traités dans leur Histoire comme si nous n’existions pas, comme si nous étions une race disparue ou vouée à la disparition, ou au mieux comme si nous étions une partie congrue d’eux, des bâtards. Et lorsque, enfin, nous sommes maîtres de notre destin, donc en mesure d’entrer dans notre Histoire et de la poursuivre, des gens, nos chefs autoproclamés, incultes et complexés, ont décidé de nous inscrire dans une Histoire qui n’est pas la nôtre, ils font comme s’ils avaient honte de notre identité, de notre histoire, comme si nous étions réellement des bâtards. »

Cet entretien complète tout à fait la réflexion entamée dans des notes précédentes, d’où l’importance que je lui accorde. Il faut que nous ayons le courage de déranger : la vérité des faits s’impose avec le temps, comme la complexité de la réalité fait éclater les certitudes simplificatrices...

Lecture intégrale de l’article, sur lematindz.net, 19-01-2012, « L’histoire de l’Algérie a toujours été écrite par les autres ». : http://www.lematindz.net/news/7072-boualem-sansal-lhistoire-de-lalgerie-a-toujours-ete-ecrite-par-les-autres.html

18/01/2012

Michel Onfray, le livre sur Albert Camus : revue de presse

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Michel Onfray : « L’ordre libertaire. La vie philosophique d’Albert Camus », éds. Flammarion, 2012.

 

 

 

 

 

 

Page EDITEUR : http://editionsflammarion.flammarion.com/albums_detail.cf... 

Site officiel de Michel Onfray : http://mo.michelonfray.fr/

Le Point, 05-01-2012, article de Michel Onfray (et liens, revue de presse, en marge), « La tentative d’assassinat de Sartre contre Camus » : http://banquetonfray.over-blog.com/article-michel-onfray-camus-par-onfray-le-point-96119911.html  (« Si, d'une certaine manière, le XXe siècle fut bien celui de Sartre, c'est que l'auteur de La nausée avait décidé qu'il en serait ainsi et qu'il ne s'est rien interdit pour parvenir à ses fins. Dans sa stratégie pour conquérir le pouvoir intellectuel en France et assurer sa domination, il ne recula devant rien. La fortune libéra Sartre de concurrences qui auraient été terribles » (…) « Camus fut un adversaire philosophique terrible et Sartre a lâché les chiens contre lui. » () « La déconsidération du travail et des idées de Camus sera donc la règle. »

Le Figaro, 11-01-2011, « Michel Onfray : L’Ordre libertaire », par Paul-François Paoli : http://www.lefigaro.fr/livres/2012/01/11/03005-20120111ARTFIG00721-michel-onfray-l-ordre-libertaire.php (« Comme le rappelle Onfray, alors que Camus a toujours refusé de plier l'échine devant la violence de l'histoire, aussi bien en France, à l'époque de l'occupation, que face au double terrorisme du FLN et de l'OAS, Sartre s'en est accommodé. » (…) « Au-delà de Sartre, c'est toute une intelligentsia qu'Onfray met en cause, celle-là même qui avait snobé Camus. »)

Le Monde, 12-01-2012, « Sartre-Camus : cessez le feu ! », par Olivier Todd, auteur d’une somme biographique sur Camus : http://www.lemonde.fr/livres/article/2012/01/12/l-ordre-libertaire-la-vie-philosophique-d-albert-camus-de-michel-onfray_1628602_3260.html  («L'Histoire de la fin du XXe siècle donna raison à Camus contre Sartre dans sa condamnation des totalitarismes bruns et rouges, même s'il n'alla pas aussi loin que George Orwell. » (…) « Utopistes sérieux, Sartre et Camus furent aussi les héritiers des anarchistes et des libertaires du XIXe siècle. Comme Onfray ! » (…) « Intéressant et irritant, ce gros livre gras propose la compilation d'une époque qu'Onfray n'a pas connue » (…) « Si cet ouvrage, ce monument d'impatience, sans doute sincère, bâclé, ramène aux textes de Camus et de Sartre, tant mieux. S'il accroît la confusion, tant pis. »)

Le Magazine Littéraire, 09-01-2012, « Albert Camus : la contre-enquête de Michel Onfray », par Aliocha Wald Lasowski : http://www.magazine-litteraire.com/content/rss/article?id=20831 ( «  Qu’est-ce qu’une vie philosophique ? Comment penser l’existence d’un homme, son engagement, la formation d’un regard sur le monde, vif et singulier ? » (…) « Quelle est la démarche d’Onfray pour aborder celui qui, par sa disparition soudaine, apparaît parfois comme le James Dean de la philosophie ? » (…) « Pour Onfray, Camus, l’un des auteurs les plus lus dans le monde, s’inscrit dans le lignage français des philosophes existentiels, mais surtout pas existentialistes. Onfray refuse l’enfermement de Camus dans cette image convenue… » (…) « L’Ordre libertaire d’Onfray développe la leçon philosophique d’une oeuvre qui change la vie. » (…) « Lorsqu’il intègre Alger républicain comme rédacteur en chef à l’âge de 25 ans, Camus se veut, dans son vaste reportage « Misère de la Kabylie » – onze articles entre le 5 et le15 juin 1939 –, défenseur des minorités arabes et musulmanes, critique du mécanisme colonial, farouche opposant à la justice de classe, condamnant les erreurs judiciaires et les arbitraires de tous ordres. Bref, déjà, tout entier, Camus libertaire, celui qui défend le pacifisme et la liberté de critiquer. » (…) « Onfray rapproche Camus d’écrivains comme Chestov, Berdiaev, Unamuno et Ortega y Gasset, autrement dit « des oeuvres qui pensent le monde dans la perspective de produire des effets philosophiques dans l’existence ». »

Marianne, 08-01-2012, « Le vrai Camus », par Aude Lancelin ( lien inactif après 2012)...  Citations : « Un malentendu se dissipe souvent parce qu'un autre s'installe. Une légende s'en va parce qu'une autre la chasse. Cette fois pourtant, un dévoilement décisif semble en cours au sujet de Camus. » (…) « C'est un tout autre penseur que Michel Onfray restitue à un large public avec l'Ordre libertaire. La vie philosophique d'Albert Camus. Un Camus proudhonien et libertaire, un Camus anticolonialiste de la première heure, un Camus en lutte contre les féodalités financières, un Camus concrètement révolutionnaire » (…) « Nul doute que les plumes de la droite française ayant pris beaucoup de liberté avec Camus ces dernières années auront un haut-le-coeur à la lecture du livre d'Onfray, un de leurs ennemis idéologiques intimes. »

Voir aussi :

France catholique (des points de désaccord, analysés subtilement: http://www.france-catholique.fr/Onfray-Camus-et-Danielou.html

Une lettre ouverte sur Le Post, de Manuel Gomez, auteur d’un ouvrage « Camus l’Algérois » (il tient à corriger certains points de détail…) : http://www.lepost.fr/article/2012/01/07/2675099_lettre-ouverte-a-michel-onfray-concernant-l-article-sur-camus-que-lui-a-consacre-le-point.html

Télérama éreinte (cela ne m’étonne pas)... http://www.telerama.fr/livres/l-ordre-libertaire-la-vie-philosophique-d-albert-camus,76743.php

Et, évidemment, Le Monde diplomatique, dont l’idéologie prend un coup (ce livre ne dérangera donc pas que la droite, mais beaucoup de systèmes de pensée figés et doctrinaires…) : http://www.monde-diplomatique.fr/carnet/2012-01-11-Coup-bas-intellectuel

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Albert Camus, fiche wikipedia : http://fr.wikipedia.org/wiki/Albert_Camus  

Michel Onfray, fiche wikipedia :  https://fr.wikipedia.org/wiki/Michel_Onfray 

  (Voir la note précédente…)

14/01/2012

Michel Onfray « sur les traces de Camus », par Franz-Olivier Giesbert

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« En Algérie, sur les traces de Camus », par Franz-Olivier Giesbert, Le Point, 13-01-2012 : http://www.lepoint.fr/livres/en-algerie-sur-les-traces-de-camus-13-01-2012-1418558_37.php  (« Il n'y a pas à tortiller, Camus est l'affaire de sa vie : j'ai vu Michel Onfray le teint blême, submergé par l'émotion, à Alger, au 93 de l'ancienne rue de Lyon, aujourd'hui rue Mohamed Belouizdad, là où habitait dans sa jeunesse l'auteur de L'étranger. »)

Je trouve que l’écriture de ce livre sur Camus, et son contexte, fait découvrir Michel Onfray, autant qu’il veut, lui, faire découvrir des aspects de Camus. Lui qui parfois peut heurter, par ses formules et ses certitudes (un athéisme un peu trop militant) il paraît là bien plus complexe et nuancé. Et tant pis si Olivier Todd éreinte plus ou moins l’ouvrage (Le Monde, 13-01-2012, « Sartre-Camus : cessez le feu ! »), ne le trouvant pas assez préoccupé de littérature (ce n’est pas tout à fait son objet…) et ne supportant pas les critiques adressées à Sartre (pourtant fort justifiées à mon sens…). 

Fiche Decitre.fr, sur le livre de Michel Onfray : « L’ordre libertaire. La vie philosophique d’Albert Camus », éd. Flammarion, 2012. (Résumé, sommaire, auteur) : http://www.decitre.fr/livres/L-ordre-libertaire.aspx/9782...

(Voir la note suivante : revue de presse...)