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03/02/2019

Gilets jaunes... Des ANALYSES, des points de vue, des questions.

« La révolte n’est pas le ressentiment ». ANALYSE de Brigitte Stora, auteur, pour le CCLJ belge (Juifs laïques). Elle décrypte les émotions en jeu, les concepts utilisés (qui traduisent quelle orientation ?), les revendications exprimées (qui signent quelle appartenance idéologique, quelle identité politique ?). Et elle prend en compte les « marges » qui, si on les néglige, empêchent de penser idéologiquement et politiquement ce qui se produit. Comment ne pas voir les dérapages antisémites, racistes, homophobes (tags, slogans, banderoles, violences et mises en question, rejets). Ceci sans jugement globalisant. Mais un courant collectif entraîne des individus qui sont pris dans la force dominante et suivent des « leaders » dont ils ne repèrent pas les composantes réelles, les itinéraires passés et les liens, les influences, les réseaux... 

Dans ce texte elle affirme d’abord une volonté de reconnaître les légitimités et le refus de réduire un mouvement à ses marges : « On ne pourra jamais réduire la colère de milliers de personnes à un mouvement ou à un mot. La complexité, les contradictions, la richesse des êtres humains est toujours plus grande qu’une définition politique. La plupart des revendications des Gilets Jaunes sont légitimes et on ne peut se détourner d’une cause en raison de ses écarts. » Mais elle refuse aussi de croire que le début avait une « pureté » idéale : les dérives étaient là tout au début. Présents, la haine, le populisme, le complotisme. A l’injustice de la violence sociale la réaction n’est pas une critique des excès du capitalisme mais, dit-elle, une « réplique » utilisant la violence en miroir sans perspectives sociales, économiques, politiques. Rejet des institutions et des partis, rejet des élites (pas celles des grands profits, pas un capitalisme cynique, non, mais les intellectuels et les politiques élus).

Les « valeurs d’émancipation » ont été moquées (« Droits de l’hommisme », « bons sentiments » et « bien-pensance ».  « Pourtant la colère populaire sans les valeurs d’émancipation, sans les organisations qui les ont portées, n’est hélas le plus souvent que la possibilité du fascisme. » 

Elle cite Albert Camus, « L’homme révolté », avec une phrase essentielle (alors qu’elle a été citée ailleurs à contretemps, confondant Histoire et actualité). Cette phrase, au contraire, parle de processus généraux, répétitifs, réalités valables à toutes les périodes de l’Histoire : « Quand le ressentiment supplante la révolte », écrivait Albert Camus dans L'Homme révolté, « alors l’on voit se lever partout la cohorte ricanante de ces petits rebelles, graines d'esclaves, qui finissent par s'offrir, aujourd'hui, sur tous les marchés d'Europe, à n'importe quelle servitude ».’

En conclusion elle note que « La haine ne signe aucune authenticité autre que celle du fascisme. » Après avoir insisté sur le fait que le plus grand mépris des manifestants Gilets jaunes est celui qui ne dénonce pas les dérives (comme si cela était part d’eux, de cette partie du peuple qui se veut (à tort) tout le peuple. Or dénoncer ce qui devait l’être (dont le cadre de l’ensemble, la dominante complotiste qui va avec les restes des failles), cela a toujours été, depuis des semaines, pris comme mépris... http://www.cclj.be/node/12270

Un regard extérieur, L’Orient le jour. Le mouvement vu du Liban… https://www.lorientlejour.com/article/1146462/democratie-...
Un questionnement, venu de Belgique; Le Soirhttps://plus.lesoir.be/199128/article/2019-01-07/gilets-j...
« L’urgence démocratique commence par le bas… », 
The conversationhttps://theconversation.com/gilets-jaunes-lurgence-democr...
La FOULE, les MOUVEMENTS de MASSE… Et le risque de la haine. Libération… https://www.liberation.fr/debats/2018/04/11/le-but-c-est-...
« L’antifascisme n’est pas une option », 
Le Mondehttps://www.lemonde.fr/idees/article/2018/12/15/sarah-kil...

DÉNONCER CE QUI DOIT L’ÊTRE… Cela s’est fait à partir d’enquêtes, investigations, observations, analyses. Et la simple attention à ce qu’on pouvait lire sur des pages ou entendre lors d’entretiens, de prises de parole (y compris à la télévision), cela suffisait pour faire des constats inquiétants.

Parcourir cette page pour prendre la mesure de l’influence des thèses complotistes chez les Gilets jaunes, Conspiracy Watch… https://www.conspiracywatch.info/etienne-chouard-gilets-j...

Un décryptage nuancé, Les Décodeurs, Le Monde. Vérification de 74 infos sur les PAGES Facebook des Gilets jaunes. 24 problématiques, les autres assez correctes. Mais les problèmes portent sur des sujets centraux, la répression et la « censure »… https://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2019/01/31/d...

L’univers idéologique des Gilets jaunes…
Plongée au cœur des PAGES Facebook des GJ, Le Monde… Une France qui se sent humiliée, pas vraiment antisémite, raciste ou homophobe, mais dans la défiance des élites : « sentiment de persécution » et tendance au complotisme… https://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2019/01/30/p...

Autre plongée dans l’univers des COMPTES Facebook des Gilets jaunes, Le Nouvel Observateur (une enquête faite par un journaliste pour la Fondation Jean Jaurès… Le constat est : « édifiant »... https://www.nouvelobs.com/politique/20190111.OBS8351/plon...

La démarche de ce décryptage, sur le site de la Fondation Jean Jaurès… https://jean-jaures.org/nos-productions/en-immersion-nume...

De nombreuses questions se posent. Dont celle des ingérences étrangères supposées (sans que la genèse du mouvement soit attribuée à des influences externes : il a sa logique et sa dynamique, avec ses causes et revendications). Mais des faits interrogent. Dont le constat sur l'activité intense de trolls russes et l'influence de sites comme Russia Today, RT, ou Sputnik. Lire l'investigation d'une journaliste finlandaise sur l'usine à trolls de Moscou... https://m.usbeketrica.com/article/les-ambitions-des-troll...

D'autre part Bannon s'installe à Bruxelles où il a un bureau et se déplace beaucoup en Europe pour soutenir les extrêmes droites. Avec M. Le Pen dans son sillage. Autre direction, même extrémisme... (Et les divers nationalistes européens soutiennent les GJ, s'affirmant en phase avec ce mouvement)... https://www.huffingtonpost.fr/2018/12/08/paris-brule-se-r...

Qu'y a -t-til derrière le RIC ? Des revendications de partis extrémistes et le militantisme ancien d'Étienne Chouard, apprécié par de nombreux Gilets jaunes. Or penser un référendum cadré pour respecter les institutions, ou rêver d'un outil pour destituer le gouvernement élu ce n'est pas la même chose. Et c'est là qu'il y a fracture entre des GJ démocrates - qui veulent améliorer la participation et rendre cette démocratie plus juste, notamment fiscalement - et des factieux (car comment le dire autrement ?) qui ne veulent pas de réformes, pas de débat, pas de démocratie représentative. Pour situer ces fractures, voir qui est ce personnage adulé par les plus  réfractaires à tout dialogue, Chouard. Lire ceci... Conspiracy watch... https://www.conspiracywatch.info/pour-francois-ruffin-eti...  Et lire cela, Huffingtonpost... https://www.huffingtonpost.fr/2018/12/19/etienne-chouard-...

Autre question, la violence. Celle des casseurs (venus pour cela, ultras), mais aussi celle de certains Gilets jaunes qui légitiment le fait d'incendier, détruire, agresser, bloquer. Et la violence verbale. Mots de haine (racisme, antisémitisme, homophobie, haine des élites, menaces). Pas une majorité, mais suffisamment pour faire nombre et inquiéter. Autre forme de violence, la durée qui coûte cher à tous, économiquement. Et la violence des armes utilisées pour maintenir l'ordre, non létales mais dangereuses (A Bauer lui-même a exprimé un désaccord). Dans un contexte où la police est exténuée par des semaines très dures et face à des gens qui viennent affronter (pas tous, non, mais trop). Un médecin a lancé une demande de moratoire. C'est à discuter... Il faut des solutions de remplacement.

Enfin, reste la réflexion que chacun doit avoir sur les perspectives. Un débat est proposé,et commencé . Peut-être même une consultation (...?). Si la société civile se saisit des outils qu'elle a, et des outils qui sont proposés là pour participer, beaucoup de pistes peuvent être ouvertes... (Pour plus de justice sociale - même si la France distribue plus que d'autres, des inégalités évidentes demeurent, précarité et travail insuffisamment reconnu, alors que des PDG ont des traitements indécents bien au-delà de ce qu'il faut pour vivre dans un luxe acceptable. Pour une fiscalité revue. Pour la laïcité respectée et les fondamentalismes combattus. Sans oublier les problèmes du logement, et le sujet de l'écologie...) MAIS en espérant que ce soit autrement que dans la posture de la revendication sans implication, dans l'attente passive de solutions venues "d'en haut". On peut inventer le "possible"... Cela passe par soi-même, pour chacun.

02/02/2019

Manifestations en jaune... Constats et questions.

"Les actes sont des murmures comparés aux rêves."

       Alison Jean Lester, La vie de Lillian. mode d'emploi

GILETS JAUNES, un MOUVEMENT…

Je reprends dans cette note, des posts que j’ai publiés sur Facebook, petit à petit, avec, forcément, des éléments contradictoires. Entendre, comprendre, mais ne pas adhérer, être dans l’état de vigilance, voyant, du dehors, des signes que ceux qui participent ne voient pas (sauf ceux qui justement en sont les stratèges).

Chance ou malchance, ce qui se produit peut donner le meilleur (une transformation de la démocratie vers plus de démocratie, une recherche de plus de justice sociale) et le pire (une manipulation politique vers une évolution de plus en plus extrémiste, avec une alliance entre les extrêmes à la manière du pouvoir italien, et/ou un pouvoir sous la coupe de Bannon et/ou Poutine, le pire du chavisme associé au pire du FN…). Les deux possibles y sont agissants, l’un utilisant l’autre. Pour donner le meilleur il faudrait que les acteurs factieux soient éliminés par les acteurs démocrates (qui se font menacer quand ils disent leurs choix) et que les manifestations s’arrêtent (avec tous les problèmes qu’elles causent) pour passer à des actions dans un cadre conforme aux possibilités d’une démocratie. (Alors que certaines figures de ce mouvement parlent de dictature : une dictature paradoxale, qui ne les opprime pas et les laisse continuer – au Venezuela ils auraient eu l’armée qui tire sur eux et en Russie quelques meneurs auraient été victimes « d’accidents »… comme ce fut le cas de certains dissidents).

RÉFLEXION. Au commencement, des impressions contradictoires et des questions.
"Les actes sont des murmures comparés aux rêves..." J'avais relu cette phrase d'Alison Jean Lester, et depuis j'y pensais en relation avec ce qui se passait en France.

Elle signifie que ce qu'on désire dit plus sur nous que les actes par lesquels on tente de réaliser nos désirs et rêves. Nous sommes ces rêves, et leur inscription dans le réel est déjà plus loin de nous.
Quels rêves se mêlent dans les manifestations où se croisent des gens si différents ? Les révoltés en détresse, créateurs de possibles, les radicaux haineux, les manipulateurs stratèges. Rêves de démocratie plus juste, rêves de démocratie détruite. Et nous, observateurs impliqués, partagés entre l'empathie réelle (un intérêt, une estime, un espoir ?) et la vigilance critique. Sur un fil, assumant les deux. Collectivement qu'est-ce que cela produit ? Car il y a, en plus, souterrainement, ceux qui agissent par la propagande, diffusant intox et suspicions complotistes. Un égrégore trouble, dont nous sommes part. Part qui résiste ou agit autrement.

Une partie de moi pensait que peut-être ce qui se passait était un événement plus considérable qu'on ne le disait, qui donnerait raison à Jean Ziegler, penseur analysant les méfaits de la mondialisation et d'un capitalisme violent. Il voit la solution dans ce qui se profile à travers Internet, la force de la société civile, partout. Oui. Mais (pensait l’autre part de moi) cela peut prendre des directions diverses. Un pacte social autre, plus juste, négocié, et une métamorphose des rapports de pouvoir. Ou une dérive vers des choix autoritaires, totalitaires, dictatoriaux (nationalisme et xénophobie). Tout est ouvert. Et cela dépend de nous tous.

En 2015, Abd Al Malik écrivait ceci au sujet de ce qui pouvait être une forme de révolution, de changement émancipateur : " Non violente, pacifique, fondée sur un retour pragmatique et clairvoyant à une acceptation de l'homme qui reconsidère sa dimension spirituelle." Et il ajoutait qu'il nous fallait être guidés par la mémoire et l'histoire de la France, mais aussi, disait-il, par "cette part de lumière intime et universaliste qui brille au coeur du peuple français." ("Place de la République"). 
Leila Anvar parle, dans une chronique ("L'âme du monde"), d'écologie éthique, "fondée sur une vision spiritualiste du monde ", et se référant aux sagesses des chamans des peuples premiers. Voies proposées qui impliquent prises de conscience et autre conception de ce qu'est le politique.
On peut donc penser qu'il faut, pour que le monde change positivement, que l'humanité commence à vivre une transmutation intérieure. Au-delà des conceptions venues de l'intellect seul.

Et ce n’est pas ce qui se produit quand la colère guide.

FRACTURES. C'est bien le mot. Ceux qui expriment une vraie détresse et ne se sentent pas entendus. Ceux qui instrumentalisent des colères. Pas illégitimes, elles, mais eux, oui. Ceux qui, ultras (extrême droite, extrême gauche) cherchent à utiliser politiquement, idéologiquement, les révoltes des autres. Ceux qui, déconnectés, sont loin des réalités vécues par ceux qui crient la souffrance. Il aurait fallu écouter le pragmatisme des propositions de la Cfdt, notamment, et remettre de l'écoute dans le dialogue social... Mais il y a des noeuds de refus de tout dialogue. Il y a, parallèlement aux gens réels pensant à mieux vivre, ceux qui ne veulent que déconstruire et obtenir un chaos qu'ils croient "révolutionnaire" (et qui refuse de réformer). Avec un vocabulaire et des objectifs loin d'être démocratiques. Et, paradoxe, les "souverainistes nationalistes" consomment la propagande complotiste fabriquée en Russie ou par Bannon, et se laissent manipuler par des trolls étrangers.

DÉRISION, HUMOUR. Sophia Aram n’a pas joué la compassion molle. Elle a démonté les aveuglements complaisants. « La magie de Noël et celle du gilet jaune »… https://www.franceinter.fr/emissions/le-billet-de-sophia-...

La HAINE… Réflexion sur cet aspect passionnel très présent dans les slogans et déclarations de manifestants GJ…

« POINT DE VUE. Pourquoi Emmanuel Macron suscite tant de haine ». Par Dominique Schnapper, sociologue et politologue. Elle distingue cette haine de celle d’autres présidents. Elle la caractérise comme « démocratique », ne voulant pas dire par cela qu’elle soit légitime mais expliquée par les effets des attentes que la démocratie, accentuée, provoque. Attentes donc déceptions, et ressentiments. L’autre facteur tient au rôle des réseaux sociaux qui permettent la diffusion de désinformations non vérifiées. Et enfin l’aisance intellectuelle même du Président, sa jeunesse, provoque des jalousies, l’intelligence étant prise pour de l’arrogance (chaque maladresse étant utilisée comme argument, et des phrases tirées de leur contexte amplifiant cela).

On est devant un phénomène en partie irrationnel, oui.

Et des politiques irresponsables soufflent sur les braises, excusant même la violence. Et des intellectuels le font aussi, à force de se vouloir (ou de se croire) solidaires des revendications populaires (qui ne le serait pas pour réclamer plus de justice sociale et moins de précarité ?)... 

L'article pointe des choses justes. Mais il y a aussi le fait d'arriver à la fin d'un cycle, sans doute, avec perte d'espoir dans la démocratie telle qu'elle fonctionne. Et des maladresses qui accentuent le ressentiment, des erreurs symboliques qui font associer un visage aux réalités qui ne sont plus acceptées... https://www.francetvinfo.fr/economie/transports/gilets-ja...

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MISE à JOUR, 20-03-19. Le peuple ? (Sur la violence). 

https://www.lesechos.fr/idees-debats/editos-analyses/0600...

04/12/2015

"Frères et soeurs d'infortune"... en rencontre profonde d'humanité essentielle

Ombre chaîne NUIT attentat.jpgJai lu ce texte d’abord dans Marianne du 4 décembre, rubrique Journal des lecteurs. Je le retrouve en ligne sur un blog. (Je l'introduis, avec, en exergue, cette photographie qui interroge nos chaînes, nos ombres, le refus des chaînes... Mais la capacité de voir l'ombre, et donc la lumière...).

Danielle Michel-Chich, née en Algérie, qui a perdu une jambe à cinq ans en 1956 lors de l’attentat du Milk Bar, écrit aux blessés du 13 novembre. Car, si on a pensé beaucoup aux morts, absence irréversible, douleur infinie des proches, demeurent les blessés, si nombreux, dont certains le sont très gravement, et on peut se douter que des corps seront irrémédiablement atteints. Danielle Michel-Chich sait, pour le vivre, qu’on ne peut pas oublier cette atteinte, toujours présente pour rappeler le fracas terrifiant de cet instant. Terrorisme alors, terrorisme encore. Terreur telle qu’elle sidère quelque chose en soi et dans l’entourage, proche ou moins proche : communauté, concitoyens, compatriotes, et tout simplement humains, qui, même très loin, ressentent l’effet du choc, partagent. Ce choc physique et psychique se prolonge longtemps, et c’est un travail sur soi qu’en défaire ce qui serait obstacle au fait de vivre, malgré et à cause de ça, plus, encore plus, ou, simplement, vivre. Comment réagir, comment penser, et comment ne pas s’enfermer dans la haine? Sachant plus que personne les pièges et les ressources de vie qu’on trouve en soi, qu’on décide de trouver en soi, Danielle Michel-Chich s’adresse à tous ceux qui sont directement meurtris. Meurtris ils le sont par le deuil, s’ils ont perdu un proche (parfois deux, ou plus). Ils le sont par l’inquiétude et la révolte devant la souffrance de ceux qu’ils aiment, encore hospitalisés ou revenus chez eux et suivis. Devant le saccage des corps et des liens par la folie de fanatiques. Ils peuvent l’être, aussi, meurtris, par la colère. Colère contre les assassins, colère contre ceux qui n’ont pas su empêcher cela, comme l’ont exprimé fortement des pères révoltés (pourquoi n’a-t-on pas fait avant ce qu’on fait maintenant? pourquoi n’a-t-on pas pris la mesure des failles?). De la souffrance à la haine, de la colère à la haine, le fil est ténu. Parfois cela submerge, même quand on s’y refuse. Mais cela nous détruit, la haine est une prison.

Danielle Michel-Chich leur dit comment elle a réagi, les ‘choix’ qu’elle a faits (se demandant - elle met un point d’interrogation - si ce sont des choix ou un instinct vital qui a coulé sans le décider). Elle a choisi la vie, la joie, l’implication. 

Et elle leur exprime un seul souhait : qu’ils puissent éviter l’écueil de la haine.

D’elle on peut entendre cela, d’autres ce serait différent. Elle parle du lieu du partage, fraternité de douleur, d’infortune (au sens fort : ce hasard tragique qui atteint dans un instant, et aurait pu ne pas atteindre). 

Elle a un autre message : même si elle reprend le mot ‘victimes’ au début de son texte, pour dire à qui elle s’adresse, elle précise à la fin qu’elle récuse ce mot (‘étiquette salement collante’). Mot qui est une autre prison, chape de plomb qui réduit une identité singulière en la figeant dans un moment et dans un rôle. Avec le risque d’être transformé en icône d’une vision. Idéologies qui veulent leurs martyrs pour les maintenir dans leurs filets, en prétextant parfois les protéger, les soutenir. 

Elle parle de réactions à son livre, sans jugement. Dans le contexte passionnel de la mémoire de la guerre d’Algérie, les projections sont encore importantes, tant les douleurs peuvent avoir été violentes, et tous n’ont pas les mêmes ressources pour se délivrer de la haine. Certains ont peut-être désiré d’elle un partage de haine qu’elle n’a jamais proposé. Elle dit seulement que la haine empêche d’avancer. (D’autres ont vécu des drames similaires, et refusé la haine - ainsi la plasticienne Nicole Guiraud, qui a failli mourir en 1956, au Milk Bar, petite fille, et a perdu un bras. Pas de haine non plus. Mais chaque être exprime à sa façon son choix de vie : écrire, créer, militer pour la fraternité, les uns, militer contre le terrorisme, les autres) .  

Voici donc le texte si dense et fort que Danielle Michel-Chich offre aux êtres blessés du 13 novembre (corps et âmes) : « A mes jeunes frères et soeurs d’infortune » : https://blogs.mediapart.fr/danielle-michel-chich/blog/231... 

Dans une chronique du Monde, le 1er décembre, Benoît Hopquin faisait l’éloge des 130 morts, jeunes, citoyens heureux d’une Babel. Ce qu’il dit d’eux on peut le reprendre pour les vivants, les blessés, les meurtris, qui vont se reconstruire : « Ils étaient pioupious de la liesse, sentinelles du vivre-ensemble, artificiers de l’amitié, balançant encore leurs salves de rires, juste avant le drame. » Ils le seront encore, même si, comme le dit Danielle Michel-Chich, il leur faudra beaucoup de courage. Lien : http://www.lemonde.fr/societe/article/2015/11/30/morts-au... 

Le processus  de reconstruction de soi et de sa vie, c’est un peu le prolongement de ce que raconte ce couple de survivants, Caroline Dos Santos et Julien Boudot : « S’extraire de l’horreur » cela va continuer...  « S’extraire de l’horreur. Hébétés, ahuris, encore dans l’épouvante. Et courir dans la nuit. Survivants! Chercher désespérément un taxi au milieu des sirènes. Et se serrer l’un contre l’autre tandis que la voiture file sur les berges de la Seine et s’éloigne de ce théâtre de guerre. Incrédules. Pleins de larmes et de frissons. Avec l’urgence de vivre. » (…) « J’oscille en permanence », dit Caroline (entre pleurs et rires). Propos recueillis par Annick Cojean : "Je t'aime, on ne doit pas mourir" Lire : http://www.lemonde.fr/attaques-a-paris/article/2015/11/28... 

Humanité… Visages. Êtres émouvants, généreux. Et le mal, son mystère. Comment et pourquoi peut-on arriver à ne plus être capables de reconnaître en l’autre un visage, une conscience, un sujet? Humanisation et déshumanisation, disent Fabienne Brugère et Guillaume Le Blanc, philosophes, dans une tribune de La Croix du 1er décembre, "L'idée d'humanité" : « Dans toute société, il existe alors des processus d'humanisation portés par des valeurs et des processus de déshumanisation qui tiennent à la présence de la violence ou du mal. ‘Liberté, égalité, fraternité’  est une devise qui porte une idée de l'humanité, et qui doit s'incarner dans des processus d’humanisation… » (…) « Nous avons plus que jamais besoin de tenir ensemble, à la fois dans un même pays, mais aussi dans un univers mondialisé. Défendre les valeurs de l'humanité revient à ne pas faire des autres des ennemis, à ne pas oublier non plus l'ennemi intérieur. Le mal peut toujours être porté surtout s'il trouve les supports pour se déployer. » L’ennemi intérieur qui peut faire basculer un individu dans la folie meurtrière ou l’assassinat de masse. L’ennemi intérieur, tapi en soi, fait de rancoeurs, de ressassements, de haine plus ou moins consciente… Radicalité qui s’installe, fantasmes et théories du complot, fuite dans le jihadisme. Ou, autre radicalité jumelle, rejet de l’autre, xénophobie, projections. Le mal, qui s’insinue dans l’esprit, le langage, nourrit le meurtre dans tous les cas. Donc tentons de faire des valeurs les remparts au mal tapi dans l’ombre : http://www.la-croix.com/Archives/2015-12-01/FORUM.-L-idee...

18/07/2013

« Elle murmure des signes à ses doigts »

SONNETS.jpg

 

 

« Elle murmure des signes à ses doigts »

 « Rêves, aspirations à la présence ! Et il marche

 Voué à l’éveil, à la nuit qui n’est pas la mort »

  « Chaque arbre est introspection »

 Les SONNETS

Ted Berrigan

Traduit de l’anglais (USA), par Martin Richet

Voilà… pause dans les signes. Retomber sur les nuages, ou tendre la main vers les nuages. Non ceux de l’irréalité illusoire pour se promener dans un monde imaginaire sans racisme et sans haine (petites fleurs et sentiments doucereux…), mais ceux de l’énergie ascensionnelle, de la présence, du sens, du retour sur soi . Pour ne pas s’engoncer dans l’émotion de la colère. La dire, la vivre, mais lâcher l’emprise des émotions. Ainsi, agir, corps libre des miasmes. Hier, ma colère était causée par l'ostracisme, rencontre répétitive : les gens, souvent, s'enferment dans des refuges de haine, érigent des murs de clichés et vous les renvoient avec l'arrogance de l'ignorance (quelle que soit l'identité ainsi heurtée). On tombe, alors, sur des conversations captées, des phrases de trop dans des articles, une remarque choquante à la radio. Impossible, après, d'accepter de se nourrir de textes fades.

Mais vient la rencontre heureuse d'un vers magique, qui semble émerger d'une profonde contemplation, du seul regard qui sache. 

« Elle murmure des signes à ses doigts ». Tant de sens pour ce vers répété par Ted Berrigan… Regard d’un homme sur la danse des doigts d’une femme retirée en elle-même ? Elle, ou je, quand on écrit. Et quand on lit. Sens offert dans la communication, signes donnés. Murmure, pour soi, du corps à lui-même, murmure de la conscience intérieure. Détour par le silence, même si, ensuite, il faut crier pour dire l’injuste, quand on reviendra au monde, nourri de densité. Réconcilié...

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Sur Ted Berrigan :

Page éditeur (éds. joca seria): http://bit.ly/12zwcte   (sur le site on peut feuilleter les premières pages…)

Page de Florence Trocmé, sur Dezibao, 08-04-2013 (avec des liens) : http://bit.ly/10Ke7Ip

Sur Remue.net, un petit dossier, et plusieurs poèmes, offerts au site par le traducteur de Ted Berrigan, Martin Richet : http://bit.ly/195KfxZ